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Politique

La « pomme rouge » et la propagande de guerre turque

Le bourrage de crâne mystico-eschatologique du régime turc emporte la Turquie vers l’Apocalypse.

En campagne pour les élections de novembre 2023, le président de la République de Turquie, Reccep Tayyib Erdoğan, a prononcé ce weekend devant une foule de plusieurs milliers de ses partisans à Konya. C’était un discours très offensif, exposant de manière très ouverte l’expansionnisme du capitalisme turc, de nature bureaucratique, qu’il incarne avec son parti, l’AKP. On traduit habituellement le nom de ce parti par « Parti de la Justice et du Développement », mais il y a aussi un jeu de mot à saisir, dans le sens où Ak signifie aussi « blanc » ou « pur », c’est-à-dire non corrompu, en langue turque.

Konya est une ville du centre de la Turquie, au cœur du dispositif politique de l’AKP dont elle est un bastion électoral, mais aussi une vitrine. La ville est en effet dirigée par l’AKP depuis le début de l’expansion de ce parti, elle a bénéficié d’investissements massifs pour la moderniser, en terme d’équipements urbains et de réseaux de transports. Par exemple, la ville a accueilli les Jeux panislamiques, rassemblant des sportifs de plus de 50 États, en août dernier et s’apprête à prendre la présidence à l’international de la CGLU, héritière de « l’Internationale des municipalités », fondée à Gand en Belgique en 1913.

Cette organisation d’orientation disons libérale-démocratique, très peu connue en France, participe de la propagande du régime turc à la promotion de ce qu’il appelle le « municipalisme islamique », qui est un des piliers de son idéologie nationale-conservatrice à dimension moderne.

Plus profondément encore, Konya occupe une place spéciale dans le folklore turco-islamique mis en place par l’État turc depuis le régime de Mustafa Kemal Atatürk, entre 1923 et 1938. Sous ce rapport, la ville est censée incarner la spécificité turque de l’islam anatolien, à travers la confrérie des « derviches tourneurs », relativement connue en France, et de la figure de Rumi, penseur islamique relativement syncrétique du Moyen Âge turc, surnommé en turc Mevlana, le maître à penser, le guide.

Mais Konya fut aussi la capitale du sultanat seljukide des Romains, fondé entre la victoire turque sur l’Empire byzantin à Mantzikert en 1071, et la conquête de l’Asie mineure par l’Ilkhanat turco-mongol de Perse au XIIIe siècle. Dans la propagande du régime turc actuel, ce sultanat est tenu pour le fondateur de l’État turc en Anatolie, sorte d’ancêtre de l’Empire ottoman et de la République de Turquie si on peut dire. D’ailleurs, la plus haute tour de la ville porte justement le nom de « Seljuk Tower », dominant de ses 163 mètres de haut un centre commercial, ce qui en somme veut absolument tout dire.

C’est donc dans ce cadre que Reccep Tayyib Erdoğan a chauffé à blanc ses partisans, n’hésitant pas à cibler ses adversaires politiques du CHP, le parti Républicain tenu pour incarner une sorte d’opposition de « gauche » aux islamistes nationaux-conservateurs de l’AKP, en les traitant ouvertement de traîtres à la patrie, de valets de l’Otan et de 5e colonne pro-PKK, alors même que l’armée turque est engagée justement dans une opération de bombardement des bases des combattants kurdes de Syrie, les YPG, alliés au PKK et considérés comme responsables de l’attentat qui a frappé Istanbul au début du mois de novembre.

Mais de manière plus significative, Reccep Tayyib Erdoğan a exposé de manière claire et ramassée l’idéologie expansionniste de son régime qu’il entend mettre en œuvre, dont voici les principaux points :

  • D’une manière générale, selon sa perspective, l’époque qui vient sera le « siècle de la Turquie » (Türkiye Yüzyılı), qui entend se tailler sa place dans le repartage du monde.
  • Cette expansion doit s’effectuer sur la base d’une politique industrielle et commerciale agressive que Reccep Tayyib Erdoğan définit par la formule : croissance par l’investissement, l’emploi, la production, les exportations, l’excédent du compte courant (yatırım, istihdam, üretim, ihracat, cari fazla yoluyla büyüme). Reccep Tayyib Erdoğan s’affirme ici absolument déterminé à poursuivre coûte que coûte cette expansion en poursuivant d’injecter encore plus de crédit et de liquidité dans l’économie turque malgré une inflation des prix ces derniers mois.
  • Cette expansion doit se manifester par la réalisation de grands travaux d’équipement, comme le monstrueux projet du Kanal Istanbul par exemple, devant relier la mer Noire à la mer méditerranée pour augmenter le trafic maritime. L’objectif est de moderniser la Turquie et la doter d’infrastructures en mesure d’en faire une puissance capitaliste complète.
  • Cette expansion doit aussi se manifester par une politique industrielle restructurant profondément l’appareil de production turc, afin de faire émerger des monopoles en mesure de s’élancer à la conquête des marchés émergents, et même de l’Europe, comme le sont par exemple Beko pour l’électroménager et comme est censé le devenir TOGG (pour « Cartel des industries automobiles de Turquie, Türkiye’nin Otomobili Girişim Grubu), présenté comme la première marque nationale automobile de Turquie, devant conquérir le marché de la voiture électrique en Europe.
  • Mais le fleuron principal de cette expansion telle que l’a présentée Reccep Tayyib Erdoğan est le secteur de la défense, devenu ainsi qu’il l’a souligné, national et indépendant à 80%, et désormais exportateur. Reccep Tayyib Erdoğan a très largement souligné le lien entre le développement de cette industrie, la croissance turque et l’expansion nationale de la Turquie, comme « puissance de l’islam », devant galvaniser les masses, les « 85 millions de turcs » que Reccep Tayyib Erdoğan veut élancer vers le futur qu’il imagine dans le cadre de l’expansion capitaliste bureaucratique turc, en faisant de la Turquie une puissance indépendante du capitalisme mondialisé, et en saisissant l’opportunité de la crise pour prendre agressivement le plus de poids possible.

Et pour que cette dernière idée soit la plus claire possible, il a martelé du début à la fin de son discours la force que donne à l’expansion militariste de la Turquie un des fleurons de son appareil militaro-industriel : les drones de la firme Baykar, fondée par un de ses soutiens industriels Ôzdemir Bayraktar.

Il a notamment mis en avant le nouveau modèle, le drone KIZILELMA, qui est en fait un avion de combat sans pilote, à la puissance de feu supérieure à tous les modèles précédents.

Cet appareil a été annoncé une première fois lors de la fête islamique du Sacrifice en 2021, pour une mise en service en 2023, après donc les élections et au moment surtout où la Turquie s’apprêtera à fêter le centenaire de la fondation de la République, dont Reccep Tayyib Erdoğan entend faire le point de départ de la refondation d’une nouvelle puissance turque, dans une perspective romantico-eschatologique.

D’où le nom de ce drone, dont le président turc a répété le nom et souligné le sens mystique : Kizil Elma signifie en effet « pomme rouge » en turc, et cela est devenu un symbole ultra-nationaliste très connu en Turquie, car il recycle une vieille légende turco-islamique, où les forces militaires turques sont censés faire la conquête de la « pomme rouge », qui était le surnom de Constantinople, en ce qu’il s’y trouvait, devant l’immense basilique Sainte-Sophie, devenue aujourd’hui la mosqueée Aya Sofya, une statue équestre de l’empereur romain Justinien tenant une pomme d’or, devenu rouge avec la patine du temps, et annonçant la future conquête du monde.

Saisissant cette pomme rouge, en abattant cette statue après la prise de Constantinople en 1453, le symbole est resté comme devant annoncer la chute des autres « pomme rouge » en Occident, Vienne et Rome.

L’imaginaire semi-féodal des nationalistes turcs modernes a fait de ce symbole une métaphore de l’expansionnisme agressif de la Turquie, comme devant s’imposer au monde pour accomplir la domination islamique dont la Turquie est le meilleur agent, en ciblant de manière oblique l’Occident, tout en ne le ciblant en fait pas formellement.

De fait le régime turc piège implacablement la Turquie dans les insurmontables contradictions qui la tiraillent historiquement depuis l’effondrement tragique de l’Empire ottoman et son entrée dans le mode de production capitaliste.

Prise dans les griffes de son propre chauvinisme, exprimé par son appareil militaro-industriel porté par la crise ouverte en 2020 qui semble lui laisser un espace, la Turquie est à un tournant de son Histoire. Son régime national-conservateur l’élance d’un pas ferme et décidé dans l’Apocalypse.

En face, la France et la Grèce sont prêts à l’affronter, eux-mêmes portés par la bataille pour le repartage du monde.

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Guerre

Le complexe militaro-industriel français dans la course aux armements avec la Turquie en ligne de mire

La course aux armements s’accélère dans la zone euro-méditerranéenne.

Alors que la Turquie multiplie les coups de menton sur ses frontières, face à l’Arménie, face à la Syrie, à l’Irak et face à la Grèce et Chypre, la France a annoncé ce mois-ci le début de la livraison des premières frégates dites de défense et d’intervention (FDI) à la marine française, qui doit en être équipée de manière opérationnelle pour 2024, avant la marine grecque, qui sera livrée en 2025.

La Grèce a annoncé l’achat de quatre FDI (trois plus une en option), et le ministre grec des armées, Nikolaos Panagiotopoulos, était d’ailleurs présent à Lorient, en Bretagne, dans le département du Morbihan, qui abrite la principale base des sous-marins de la Marine de guerre française, et où se trouve aussi le site de production d’un des principaux monopoles du complexe militaro-industriel français, Naval Group, chargé de l’assemblage de ces frégates.

On parle là d’un véhicule considéré comme étant à la pointe de la technologie actuelle, avec une capacité de longue autonomie technique et numérique, bénéficiant d’une installation de haut niveau en mesure de contrer théoriquement toute attaque de type informatique, tout en embarquant un équipement complet et quasiment autonome de traitement de données complexes.

Le bateau en lui-même est conçu pour être à la fois rapide, discret et en mesure d’embarquer un lourd armement de frappe : drone, hélicoptère d’assaut, dont le modèle à venir Guépard Marine, en commande chez Airbus et surtout tout un arsenal (antiaérien, antinavire, antisous-marin et mer-sol) de missiles de frappe produit par MBMA , sans compter la capacité à projeter des groupes armés des forces spéciales.

Les FDI sont donc des armes polyvalentes, conçues autant pour appuyer le renseignement, l’attaque et la défense, avec un système de radar conçu par Thalès en mesure de constituer un bouclier anti-missile.

Le discours prononcé à l’occasion de ce lancement par le PDG de Naval Group, Pierre Éric Pommellet, lui-même polytechnicien passé par le MIT américain, s’est donc voulu extrêmement clair sur l’engagement central du complexe militaro-industriel au service de l’État français, en parlant frontalement d’économie de guerre :

« Nous sommes fiers d’être présents ici à Lorient aujourd’hui pour célébrer ce jalon important pour l’Amiral Ronarc’h, première de la série FDI, la nouvelle génération de frégates de premier rang de la Marine nationale. La mise à l’eau d’un navire de guerre est aussi l’occasion de rappeler que l’outil industriel français est au service de nos forces armées, engagé dans l’économie de guerre.

Dès 2025, le site Naval Group de Lorient réalisera ainsi jusqu’à deux bateaux par an. Aujourd’hui, nous célébrons également l’avenir du programme FDI avec la présence du ministre Nikolaos Panagiotopoulos, l’occasion de rappeler l’importance de la coopération militaire et industrielle en Europe, la FDI associant déjà de nombreux industriels grecs dans la réalisation du programme pour la Grèce ».

Il faut voir ici que Naval Group a annoncé la création de près de 2000 emplois pour satisfaire cette commande, et que donc la pression sur les masses en terme de propagande et de bourrage de crâne pro-militariste ne peut que s’accroître, d’abord de manière sectorielle sur la région, mais cette tendance ne peut que se renforcer de plus en plus de manière générale au plan national.

Le nom choisi pour ce premier navire est d’ailleurs aussi une sorte de symbole, l’Amiral Ronarc’h ayant été un officier très engagé dans le cadre de la Première Guerre mondiale, et s’étant formé face à la Chine dans le cadre de la guerre des Boxers (1899-1901).

Mort en avril 1940, après avoir été chef d’état-major de la Marine, il a aussi l’avantage de ne pas avoir eu à se postionner face à la capitulation décidée par le Maréchal Pétain en juin 1940.Pierre Éric Pommellet n’a bien sûr pas manqué d’appuyer l’alliance militaire qui se constitue de manière toujours plus nette avec la Grèce, avec bien entendu la Turquie en ligne de mire.

Il faut voir que la Grèce dispose ainsi d’une perspective redoutable de consolidation de son arsenal, avec une alliance militaire renforcée, désignée comme la QUAD (EUNOMIA), liant Chypre, la Grèce, l’Italie et la France, explicitement formée pour affirmer l’hégémonie de ces pays en Méditerranée orientale.

L’horizon 2024-2025 est d’autant plus significatif du côté turc, que la République de Turquie célébrera alors son centenaire, et que Recep Tayyip Erdogan annonce depuis des années vouloir faire de cette date une sorte de refondation de la puissance turque.

La course aux armements qui s’élance pour le repartage de la Méditerranée, mettant face à face la Turquie et la France, au-delà de la Grèce, a de très bonnes chances de faire exploser toute cette situation bien avant cela… On est à la limite de l’ouverture du conflit – ce qui implique en réalité que la limite a déjà été dépassée : les conflits dans le cadre de la bataille pour le repartage du monde se mettent toujours en place avant même de commencer formellement.

Le désastre n’est pas devant nous : il est parmi nous.

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Guerre

Pour maintenir sa puissance à bout de souffle, la France se militarise toujours plus

Le budget militaire continue de grimper…

Alors que la superpuissance soviétique s’effondrait, le 10 juin 1990, dans un discours devant l’Assemblée nationale, Laurent Fabius, alors première secrétaire du Parti Socialiste, appelait à la baisse du budget militaire français pour engranger les « dividendes de la paix ».

Que l’expression ait été justifiée ou non, elle est restée dans les mémoires comme l’illustration des années 1990-2000 où le rêve de la fin des guerres conventionnelles devait profiter au progrès collectif. Si la baisse du budget dévolu aux armées commençait dès 1981, cela devait s’approfondir tout au long des années 1990, passant de 3,2 % du PIB en 1990 à 1,1 % à la fin de cette décennie marquée par la fin de la conscription obligatoire décrétée par Jacques Chirac en 1996.

Mais voilà, le capitalisme restant ce qu’il est, avec ses inégalités de développement, le rêve devait prendre fin quelque part dans les années 2010 avec la remontée des antagonismes entre puissances, et surtout la montée de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine.

En 2018 est ainsi votée la loi de programmation militaire pour la période 2019-2025 qui vise à renforcer l’armée et « rattraper » les lacunes des décennies précédentes. De fait, depuis 2019, le budget militaire augmente en moyenne de 1,7 milliards d’euros dans l’objectif d’atteindre les 2 % du PIB exigé par l’OTAN en 2025 (50 milliards d’euros par an).

C’est dans cette optique qu’une nouvelle rallonge de 3 milliards a été intégrée dans le cadre de la loi de finances 2023, le budget militaire s’élevant pour l’année prochaine à pratiquement 44 milliards d’euros, soit le deuxième poste de dépense après l’enseignement scolaire.

Si cette rallonge était prévue depuis la publication d’un rapport sur la « préparation à des conflits de haute intensité » par une mission d’information parlementaire en février 2022, l’accélération de la tendance à la guerre de repartage avec la guerre en Ukraine implique le renforcement de chaque militarisme national.

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, jamais la France n’avait connu de tels niveaux de dépenses militaires et la raison est bien simple. La France est une puissance déclinante qui tente de sauvegarder sa place dans le monde, et cela passe forcément par la modernisation, le maintien en condition opérationnelle (MCO) et l’augmentation du matériel et des stocks d’une armée qui se veut complète.

Par armée complète, il faut attendre la capacité à intervenir de manière autonome sur terre, mer et air, mais aussi et surtout à bénéficier d’une dissuasion nucléaire là-aussi sur les trois types de champ de bataille, qui coûte cher, très cher. Environ 6,5 milliards d’euros par an.

Dans des propos très clairs, le journal La Tribune écrivait à propos de cette hausse du budget militaire que « ce n’est donc pas le moment de baisser la garde pour la France, qui a des prétentions mondiales notamment en Afrique et Indo-Pacifique », cela alors même que l’Angleterre et l’Allemagne annoncent une hausse de budget de 100 milliards d’euros, allant bénéficier principalement à l’industrie militaire américaine au détriment du rêve d’Emmanuel Macron d’une « Europe de la défense » pilotée par les fabricants de canons français.

Ce qui est clair, c’est que la bourgeoisie française prépare la guerre de haute intensité pour assurer ses zones d’influences dans le monde et c’est pourquoi l’armée de l’air va bénéficier de 13 rafales supplémentaires (stock réduit par l’envoi ou la vente d’appareils à la Grèce et la Croatie) ainsi que la marine avec 6 nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque, et l’armée de terre va être modernisée avec la rénovation de 18 chars Leclerc et l’acquisition de 280 nouveaux blindés (programme Scorpion). Cela sans compter la montée en puissance du service national universel, appelé à devenir obligatoire dans les années à venir.

En effet, la France doit assurer une vaste zone d’influence dans le monde, en tant que seconde puissance maritime mondiale mais aussi dans ses relations avec certains pays d’Afrique de l’ouest, rivés à la domination française par la monnaie et des accords « bilatéraux » de « défense »…

C’est pourquoi pour s’assurer de ces intérêts stratégiques se renforce la puissance militaire, avec des divergences entre le ministre de l’économie, le ministre des armées et l’état-major militaire lui-même sur les fonds à allouer pour la future LPM 2024-2031, cela oscillant entre 370 et 410 milliards d’euros demandés selon les cas.

Car la France qui a opté dans les années 1960 pour l' »autonomie stratégique », permise d’ailleurs par son vaste empire colonial, en a toujours moins les moyens car la situation n’est plus celle d’un capitalisme dans une phase d’accumulation mais bien celle d’une crise générale et dont la France apparaît comme un maillon faible.

C’est tout le sens de l’appel d’Emmanuel Macron en juin au sommet de l’armement européen Eurosatory, à forger une « économie de guerre », c’est-à-dire à augmenter les capacités productives de guerre et à sortir de la logique de flux-tendu pour aller vers la constitution à long terme de stocks.

Mais avec un endettement massif et un important déficit public, la bourgeoisie française n’a plus de grandes marges de manœuvre financière pour assurer le maintien de sa puissance déclinante dans un contexte où la guerre de repartage menace chaque jour de prendre un tournure antagoniste ouverte.

A cela s’ajoute le fait que sur les 4 000 entreprises de la « base industrielle technologique de défense », nombreuses sont celles qui sont confrontées aux retards de livraison de composants et de pénurie de main d’œuvre, en plus du remboursement des PGE accordés pendant la période du covid-19.

Évidemment la principale difficulté reste la hausse du coût de l’énergie, d’autant plus difficile à encaisser que les entreprises de l’armement sont des industries dites duales, combinant productions civiles et militaires tout à la fois, caractéristique qui s’est approfondie dans les années 1990-2000 pour faire face à la baisse des budgets militaires dans le monde.

Alors la bourgeoisie française n’a pas 36 000 solutions pour faire face aux difficultés : il lui faut préparer l’affrontement de haut intensité au plus vite, et cela passe par décider des choses par en haut, de manière technocratique, ce qui concrètement se traduit par le renforcement du complexe militaro-industriel dans l’appareil d’État.

Pour preuve ces paroles à propos de l’ « économie de guerre » de Thierry Gaiffe, présenté comme le responsable des chaînes d’approvisionnement de la BITD et officiellement président de la Commission défense du Comité Richelieu, une sorte de regroupement de PME axées sur l’innovation technologique, devant la commission de défense de l’assemblée nationale :

L’ensemble de la supply chain (chaîne d’approvisionnement) doit être capable de produire, pas de manière immédiate mais avec des délais infiniment plus courts que ce qu’ils sont aujourd’hui. Aujourd’hui on est plutôt sur l’ordre d’un an, maintenant il faut ramener ça à plutôt l’ordre du mois. Alors comment faire quand on a, depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine, des délais qui sont délirants ? Et bien il faut évidemment constituer des stocks stratégiques, il n’y a pas d’autres alternative, c’est la seule. Donc ça demande à ce que l’ensemble de la chaîne, du maillon le plus grand à celui le plus petit compose un stock stratégique qui va lui permette de réagir au besoin de l’État. Donc ça demande une structuration peut-être par système d’armes, avec l’État là-haut qui va donner en fonction des scénarii une vision, une visibilité […] et en bas les délais de livraison.

La puissance française affaiblie prépare sa survie en assumant d’aller à l’affrontement militaire. Elle va tout faire pour sauver ce qu’elle peut et fera même tout ce qui est en son pouvoir pour se sortir du bourbier mondial actuel, quels qu’en soient les coûts sociaux, politiques et moraux. A la gauche historique d’en tirer les conclusions adéquates.

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Guerre

L’explosion à l’usine de Bergerac, une expression de l’économie de guerre

Le complexe militaro-industriel français tourne à l’abri des regards.

L’usine Manuco de Bergerac

Mercredi 3 août 2022, des explosions et un début d’incendie ont eu lieu sur le site de la poudrerie d’Eurenco à Bergerac faisant huit blessés, dont un grave. Cette usine produit de l’explosif en utilisant de la nitrocellulose, une matière extrêmement explosive et inflammable, ce qui explique qu’elle soit classée SEVESO « seuil haut ».

C’est ce produit qui est à l’origine de l’explosion dans la zone de stockage.

A l’origine, l’usine est possédée par Manuco, entreprise spécialisée dans la fabrication de nitrocellulose qui a pris racine à Bergerac en pleine première guerre mondiale, en vue de fournir l’artillerie de l’époque. D’autres accidents de ce type eurent lieu en juillet 1928 et octobre 1980, chaque fois causés par cette matière.

En 2021, l’usine a été rachetée par Eurenco, entreprise elle-même née d’une fusion en 2004 entre la Société Nationale des Poudres et Explosifs, une filiale de Nexter anciennement Groupement industriel des armements terrestres (GIAT), et de NEXPLO, une entreprise commune entre les géants de l’armement suédois Saab et finlandais Patria.

Cela fait de l’European Energtics Corporation (Eurenco), en majorité détenue par la SNPE française donc désormais Nexter, une entreprise stratégique dans le complexe militaro-industriel français visant à assurer sa place dans l’industrie de l’armement européenne. Une orientation dûment revendiquée par l’entreprise elle-même sur son site :

« un acteur clé du secteur de la défense au service de la souveraineté de la France et de l’Europe. Nous concevons, produisons et fournissons des produits et solutions innovants et à forte valeur ajoutée dans les domaines de la pyrotechnie et de la chimie. »

En tant que pièce maîtresse du complexe militaro-industriel français, Eurenco est un des principaux fournisseurs d’explosifs pour l’armée française, notamment pour la fabrication des obus de 155mm utilisés par le canon dit CAESAr ou encore les futures bombes de grandes puissances destinées à équiper les nouveaux modèles de Rafales.

L’entreprise vient aussi de conclure un contrat avec l’OTAN pour produire leurs munitions explosives d’artillerie utilisant les mêmes obus de 155mm. Eurenco produit aussi des explosifs à destination de l’industrie minière et pétrolifère qui sont des industries ultra stratégique pour l’approvisionnement des armées.

Le territoire français abrite donc deux sites de productions d’Eurenco, celui de Bergerac en Dordogne, spécialisé dans les objets combustibles, et celui de Sorgue dans le Vaucluse, où sont produits les explosifs et des additifs de carburants.

Tout comme lors de l’incendie militaire au camp de Canjuers, la société française découvre des installations dangereuses liés au complexe militaro-industriel français qui fonctionnent à l’abri des préoccupations de la société civile.

Car faire opérer des ouvriers de maintenance au contact d’un tel matériau explosif en pleine sécheresse et canicule semble ahurissant, mais cela ne l’est pas pour des industriels au cœur d’une « économie de guerre » annoncée récemment par Emmanuel Macron. Comme l’a déclaré (à huis clos) le chef d’état major des armées de terre, Pierre Shill, devant la commission défense de l’Assemblée nationale le 20 juillet :

« Quant à l’industrie de défense, la question sera de prévoir la capacité d’entrer dans une
économie de guerre et de sortir d’une logique de flux pour disposer des stocks indispensables
à la réactivité et à la capacité à durer, d’ouvrir des lignes de fabrication et de produire des
équipements, des munitions, des pièces de rechange dans des délais très courts. »

Une telle perspective implique une maîtrise organisationnelle très importante à une époque où la bourgeoisie se montre incapable à maintenir des règles strictes d’organisation sociale et il est à craindre que d’autres accidents industriels aient lieu ailleurs, alors que la tendance à la guerre engendre des hausses de budgets militaires partout dans le monde, promettant à Eurenco un développement croissant.

La présence d’une telle industrie militaire devrait donc questionner toutes les personnes faisant du pacifisme et de l’internationalisme un étendard, car cet accident ne doit pas seulement questionner la sécurité des industries dites dangereuses, mais bien notre rapport à la production en générale, et en particulier à celle qui participe à la destruction de la Terre et de la Paix.

Cet accident est d’ailleurs déjà un drame, car les ouvriers n’ont pas à payer le prix du militarisme de grandes puissances, alors même que participer à la production d’obus capable de traverser des murs en béton et réduire des habitations en poussière comporte un danger plus que considérable.

Considérer qu’il soit normal que les armées possèdent de telles armes destructrices produites sur notre territoire, c’est accepter que ces armes soit utilisées quelque part et développent leurs effets dévastateurs. Mais c’est aussi accepter que des problèmes au cours de cette production puissent avoir lieu et entraîner des explosions et des morts ici même.

Cet accident doit donc être saisi comme un accident de type militaire et doit servir à comprendre concrètement quelle est le rôle de notre pays dans les différentes organisations militaires et ce que cela implique dans la vie quotidienne.

Pour la paix, pas un euro ne doit aller au militarisme et pas un seul obus ne devrait pouvoir sortir des usines sans un contrôle populaire strict. Le développement des usines d’Eurenco doit être soumis à des choix démocratiques d’ensemble de part ses caractéristiques industrielles dangereuses (Seveso) et ses débouchés militaires. Cela implique un changement fondamental de régime.

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Guerre

La France s’enfonce toujours plus dans le bellicisme

La tendance à la guerre modifie l’orientation même de l’appareil d’État.

Lors de son passage au salon de l’armement Eurosatory à Paris, Emmanuel Macron a déclaré que la France devait rentrer dans une économie de guerre et que cela allait durer. Il en a profité pour appeler à une réévaluation de la loi de programmation militaire qui planifie les dépenses militaire de l’armée française.

La loi actuelle à été établie en 2018 et planifie les dépenses jusqu’à 2025 c’est-à-dire dans 3 ans avec l’objectif d’avoir 2% du PIB français investi dans l’armée à cette date.

Vouloir aujourd’hui augmenter subitement cette programmation est le signe que la guerre sur le territoire ukrainien a changé la donne dans le rapport entre les pays et que les choses s’accélèrent rapidement, prenant une tournure militariste toujours plus assumée.

Avec les nombreuses livraisons d’armes au régime ukrainien, mais aussi le déploiement de soldats et de matériel dans les pays de l’Est, la France a diminué ses stocks militaires alors même que les tensions entre grandes puissances oblige à massifier et diversifier les armées. Il faut donc suivre la course aux armements, et reconstituer des stocks revus à la hausse.

Tout cela était déjà un très mauvais signe concernant l’évolution des choses mais un article du Monde (payant) publié lundi 13 juin nous apprend qu’un texte de loi est en train d’être mis en place pour autoriser l’État Français à réquisitionner des éléments économiques du secteur civil pour renforcer les capacités militaires de la France.

Par matériel, il faut comprendre la mobilisation des usines, machines et travailleurs compris. Ce texte de loi vise à reproduire le « Defense Priorities and Allocations System Program (DPAS) » adopté dans les années 1950 aux États-Unis pour réquisitionner certains secteurs industriels, non pas simplement en temps de guerre mais aussi pour préparer la guerre.

Concrètement des secteurs industriels tels que l’aviation, le naval, l’électronique, l’usinage et le décolletage, la plasturgie ou bien encore le textile, qui ne produisent habituellement que partiellement ou pas du tout de matériel militaire, pourraient stopper leur production civile pour se concentrer sur une production militaire à la demande directe de l’État.

Au vue des pénuries qui frappent le monde entier, il est à parier qu’il y aura un volet spécifique sur la réquisition de certaines matières premières en vue de cette production, des grands groupes tels qu’ArcelorMittal pourrait ainsi se voir réquisitionner différents métaux, par exemple.

Le fait que cette loi soit directement initiée par la direction générale de l’Armement (DGA) est significative de la poussée belliqueuse au sein de l’appareil d’État. Ce qui se passe, c’est une transformation progressive de la ligne de conduite dans l’appareil d’État, avec une prise en compte assumée de la tendance à la guerre.

Et de fait, cette transformation passe par le renforcement de l’influence dans l’État du commandement militaire dans la politique générale, mais aussi des grands fabricants d’armes. Il faut penser ici à Nexter, Naval group, Arquus, Dassault, MBDA, Thalès dont le poids économique pèse parfois beaucoup, comme dans la région de Bourges où l’industrie militaire représente 7 000 salariés.

Cela se fait évidemment sans débat général dans la société, dans une sorte de « révolution de palais » alors même que les peuples sont entraînés dans une logique belliqueuse et militariste de leur pays. Et c’est un mécanisme dont il est difficile de revenir en arrière une fois qu’il s’est lancé…

Car cette tendance historique qui met le complexe militaro-industriel toujours plus au centre de l’économie, et donc de la société, stimule entre autres choses les innovations technologiques. A ce titre, les quelques critiques à propos de l’industrie de guerre font souvent l’erreur de ne considérer seulement le poids économique de l’industrie d’armement, sans voir que la question n’est pas uniquement quantitative mais aussi qualitative, soit la capacité d’orienter et de dynamiser les choses.

C’est une perspective que les sociétés capitalistes ont bien connue dans les décennies 1910-1920, 1940-1950, ou dans une autre mesure dans les années 1980, où les industries de guerre omniprésentes dans le tissu industriel, puis aux commandes de l’État pendant les guerres mondiales elles-mêmes, ont permis des modernisations d’ensemble, que cela soit avec l’automobile civile, l’aviation civile et l’informatique et Internet.

Ce qui se joue ici, c’est le cœur même de la crise avec d’un côté la tendance à la guerre qui modifie la direction dans l’appareil d’État, contribuant à un régime anti-démocratique (et non plus simplement non-démocratique), ce qui a pour conséquence de l’autre côté, de générer un terrain pour la restructuration capitaliste elle-même.

Ainsi, il faudra suivre de près ce qui va se passer avec cette proposition de loi, notamment en scrutant qui va voter pour ou contre à l’Assemblée nationale et au Sénat. Cela permettra de voir qui soutient le capitalisme français et va nous emmener vers la guerre, et qui soutient les peuples sur une base pacifiste et démocratique.

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Vers la guerre: un sous-marin français capable de détruire à plus de 1000 kilomètres

L’armée a procédé pour la première fois mardi 20 octobre 2020 à un tir longue distance depuis un sous-marin avec un missile capable de frapper des infrastructures terrestres de grande importance. La France se dote ainsi d’une puissance destructrice massive, avec des sous-marins disposant d’une arme équivalente au fameux Tomahawk américain.

C’est le sous-marin nucléaire d’attaque Le Suffren qui a réalisé le premier tir d’essais d’un missile de croisière naval, d’une portée gigantesque de plus de mille kilomètres. La Marine française se trouve maintenant en capacité, depuis les mers, de frapper l’intérieur d’un pays sans positionner de troupes sur place.

Le ministère des Armées, qui est dans une logique guerrière tout à fait assumée, se félicite ainsi que « sa capacité de mise en œuvre depuis un sous-marin permet de faire peser sur l’adversaire la menace constante et indétectée d’une frappe depuis la mer ».

Avec une telle arme, la France se positionne encore plus comme une grande puissance militaire, capable de peser sur le monde par la guerre et la menace de la guerre. Cette perspective est ouvertement assumée au plus haut de l’État, avec la ministre des Armées Florance Parly qui a expliqué que :

« Pour la première fois, un sous-marin français tire un missile de croisière. Ce succès confère une nouvelle capacité stratégique à notre Marine et la place parmi les meilleures au monde. Ce nouvel armement est une véritable rupture, fruit d’années d’efforts et d’investissements, notamment permis par la loi de programmation militaire 2019-2025. Je félicite toutes celles et ceux – Marine nationale, DGA, industrie – qui ont permis ce tir ».

Quand elle parle de « tout ceux qui ont permis ce tir », il faut en effet voir qu’il y a une mobilisation de grande ampleur pour la militarisation de la France. Un sous-marin de la classe Barracuda tel que le Suffren nécessite pas moins de 10 000 personnes pour son élaboration, avec pour sa construction sept fois plus de pièces que pour un avion de ligne. Il pèse 5 000 tonnes pour 99 mètres de long et 8,8 mètres de diamètre et c’est de la très haute technologie, de l’industrie disposant d’un degré fabuleux de développement, qui est mise au service de la menace guerrière avec la possibilité de détruire de manière massive.

Selon les chiffres officiels, l’engin peut plonger à plus de 300 mètres de profondeur et dispose d’une autonomie de 70 jours, soit 25 % de plus que les sous-marins de la génération précédente. Il embarque, en plus des Missiles de croisière naval qui viennent d’être testés, des missiles antinavires Exocet SM39 modernisés, des torpilles lourdes filoguidées F-21 et des mines. Il dispose également d’une porte de sortie sous-marine où se trouve un mini sous-marin (PSM3G) capable de transporter un commando de 6 plongeurs, dans la discrétion la plus totale.

Cette course à l’armement de la part de la France a lieu dans le cadre de l’Otan, avec une Loi de programmation militaire qui a été adopté pour coller à l’objectif des 2% du PIB dédié aux dépenses militaires.

Tout cela mène, pour l’ensemble des pays de l’OTAN, à un total de 1,092 billion de dollars (plus de mille milliards) de dépenses militaires. Selon le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, 2020 sera la sixième année consécutive de hausse des dépenses militaires pour les membres européens et la tendance doit se poursuivre encore dans les années à venir.

C’est une folie furieuse, les États les plus modernes vont à marche forcée vers la guerre et assument ouvertement de développer leur capacité à détruire de manière massive. C’est une folie d’autant plus inquiétante qu’elle n’est presque jamais dénoncée, quasiment personne n’en parle, mise à part pour la Droite qui s’en félicite. La Gauche quant à elle, ne peut être la Gauche si elle ne fait pas de l’opposition active à la militarisation du pays et à la marche vers la guerre, un pilier de son existante politico-culturelle !

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La France dans le «top 5» des pays à la plus grande dépense militaire

Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), la France est entrée dans le « top 5 » des pays à la plus grande dépense militaire, passant devant la Russie. En 2018, la France a vu ses commandes d’exportation d’armes augmenter de 30 %, ce secteur industriel ayant généré en 2018 près de 379 milliards d’euros de chiffre d’affaire (en hausse de plus de 47 % par rapport à 2002). La tendance à la guerre généralisée est de plus en plus marquée pour la décennie 2020-2030.

Au début du mois de septembre 2017, voici ce qu’affirmait le Premier ministre Édouard Philippe :

« Nous allons l’année prochaine augmenter, dans le budget que je présenterai, le budget des Armées de plus de 1,6 milliard (d’euros). Cet effort sera poursuivi en 2019 puis en 2020 parce que le monde dans lequel nous vivons est dangereux ».

Il faut dire que la pression des secteurs les plus agressifs et militaristes de la classe dominante se faisaient toujours plus sentir.

Dès le mois de mars 2017, dans le journal économique La Tribune, Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon, chef d’état major des armées, appelait à augmenter le budget militaire à 2 % du P.I.B dès 2022. Depuis, il renouvelle régulièrement ce rappel à l’ordre, que cela soit lors de sa démission à l’été 2017 ou il y a peu dans son possible recours émis par le journal réactionnaire Valeurs Actuelles.

Si l’objectif de 2 % du PIB dès 2022 n’a pas été retenu, il reste que la Loi de Programmation militaire (LPM) promulguée le 14 juillet 2018 prévoit d’atteindre cet objectif en 2025. En effet, la hausse est bien réelle : alors que la LPM de 1997-2002 atteignait 85,308 milliards d’euros, le budget 2019-2023 table déjà sur 197, 8 milliards d’euros.

Cela a des conséquences économiques et sociales concrètes. C’est d’abord le progressif embrigadement national avec le service national universel impliquant un mois obligatoire pour les jeunes de 15 et 16 ans. Ce service doit se généraliser à l’horizon 2021-2023.

Au plan économique, ce sont six entreprises françaises qui sont dorénavant dans le « top 100 » des entreprises d’armement (hors sociétés chinoises), dont Thalès (10e), le Commissariat à l’énergie atomique (47e), Naval group (21e), Nexter (83e). Ces entreprises sont elles-mêmes portées par le « moteur » que constitue Dassault Aviation qui a vu ses ventes d’avions augmenter de 30 % en 2018.

La France, pesant pour 3,5 % des dépenses militaires mondiales, est ainsi le second plus gros vendeur d’armes de l’Union européenne (20, 96 milliards d’euros), après le Royaume-Uni (31,72 milliards d’euros) et le quatrième vendeur au niveau mondial.

Cette hausse des dépenses militaires n’est qu’un simple reflet des crispations militaires qui ont lieu dans le monde, avec le regain de tensions entre les deux superpuissances que sont les États-Unis et la Chine. Ces deux superpuissances sont des mastodontes de l’armement, avec des États-Unis pesant pour 36 % des dépenses mondiales militaires et la Chine pour 14 %, loin devant donc l’Arabie Saoudite (3,7%), l’Inde (3,7%) et la France (3,5%).

> Lire également : Valeurs Actuelles en appelle au militaire Pierre de Villiers pour la tête de l’État

Il faut être bien naïf pour penser que la relance des armements, dont la France est plus que bien placée, n’est qu’une stratégie de dissuasion. Comment peut-on penser cela sérieusement après les deux guerres mondiales du siècle dernier ?

Le seul rempart à la guerre, c’est la mobilisation démocratique et populaire, massive en faveur de la paix. Elle ne peut être portée que par la Gauche historique, celle qui n’a jamais cédé aux sirènes du libéralisme et qui a toujours su que le capitalisme mène inévitablement à la guerre.

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Les frappes en Syrie et le complexe militaro-industriel français

Emmanuel Macron est incontestablement un président de la République décidé à affirmer la puissance militariste de la France. A ce titre, il constitue une menace à la fois pour la paix mondiale et aussi pour notre pays en développant la pratique impérialiste.

C’est à ce titre qu’il convient de revenir sur les frappes décidées le mois dernier en Syrie, dans la nuit de du 13 au 14 avril. Hors de tout mandat international, au côté des États-Unis et du Royaume-Uni, elles visaient des sites supposés de production d’armes chimiques, dont la France et ses deux alliés accusent d’utilisation, sans toutefois détenir de preuves formelles, le régime de Bachar al-Assad, lui-même soutenu par la Russie et l’Iran.

Sans revenir sur la question du refus de ces frappes que nous avons déjà exprimé, il faut bien voir que, de toute manière, celle-ci avaient aussi un objectif symbolique, au-delà de toutes considérations tactiques.

Pour la première fois, la Marine française a fait usage de missiles de croisières naval (MdCN), lancés à partir de deux frégates de type FREMM (Frégates Muti-Missions), réputées furtives.

Ces navires ultra-modernes, ont été développés en partenariat avec l’Italie et Général Electrics pour la propulsion et sont capables de déployer 16 de ces missiles. Ils sont assemblés à Lorient, et outre la France et l’Italie, le Maroc et l’Egypte en ont aussi passé commande.

Les missiles en eux-mêmes sont construit par MBDA, une filiale d’Airbus (associé au britannique BAE systems) notamment installée à Le Plessis-Robinson dans les Hauts-de-Seine, mais dont l’usine d’assemblage se trouve à Selles-Saint-Denis dans le Loir-et-Cher, qui produit à elle seule près de mille missiles chaque année.

Cette arme est présentée comme un missile d’une grande précision, utilisant un signal GPS et capable de frapper de manière coordonnée, rapide et précise sa cible depuis une frégate ou un sous-marin. Les sous-marins français devraient d’ailleurs en être prochainement équipés.

L’engin pèse en tout près d’une tonne et demie, pour une longueur de plus de 6 mètres et embarque une charge de près de 250 kg à la vitesse de 800km/h. Il s’agit donc une arme particulièrement horrible et meurtrière, dont le coût à l’unité revient à 2,86 millions d’euros !

La « nouveauté » est que cela donne à la Marine française une capacité de frappe de près de 1000 km, autant dire presque n’importe où dans le monde depuis un littoral, sachant que plus de 70% de la population mondiale vit à moins de 100 km des côtes.

Jusque là, la France ne disposait pas de telles armes et devait utiliser des missiles embarqués sur des avions pour ses frappes. Seuls les États-Unis et la Russie et dans une moindre mesure le Royaume-Uni (mais depuis des sous-marins) avaient la capacité de telles frappes depuis des navires de surface.

Le choix de mobiliser ce nouvel armement, dont les média ont largement relayés l’information, est donc totalement délibéré : il s’agit de montrer les capacités modernes de l’armée française et de la placer au rang des principales puissances militaires. C’est donc une affirmation chauvine et impérialiste de premier ordre.

C’est aussi une opération de communication commerciale, ces missiles étant proposés à la vente depuis 2015, mais seule l’armée française en a jusque là acquis. Pour le coup, il était prévu de tirer 6 de ces missiles, mais seulement trois ont été effectivement lancés, depuis la frégate Aquitaine, la frégate Languedoc ayant échoué à tirer les siens.

Regardons les choses en face. Il est capital de se dresser contre la politique impérialiste d’Emmanuel Macron et de densifier cette opposition en nous attaquant à l’appareil militaro-industriel de notre pays qu’il nous faut identifier et combattre.

Il s’agit là d’une question de civilisation, de rapport à la vie. Ces armes n’ont rien à faire dans nos vies et n’apportent rien de bon au monde. Dénoncer les monopoles de l’armement en France, leurs sites, leurs entreprises, est une tâche nécessaire pour construire une France populaire, démocratique et pacifique.