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Refus de l’hégémonie

L’industrie française de l’armement s’installe en Ukraine

Les Echos n’hésitent pas à donner comme titre à un article « Armement : pluie de contrats et d’accords entre la France et l’Ukraine ». C’est que la France, à la pointe de la coalition contre la Russie, s’appuie sur une industrie ultra-moderne en ce qui concerne l’armement, et avec sa capacité financière, elle est en mesure de se positionner de manière hyper-active.

Cela passe bien entendu inaperçu, seuls les médias spécialisés en parlent, de manière pointue. On est là dans des affaires d’État, des intérêts d’État.

De quoi parle-t-on ? Déjà, de Thales, une entreprise formée à la fin des années 1990 à partir des branches militaires des activités militaires d’Alcatel, de Dassault Électronique et de Thomson-CSF. Elle va livrer à l’Ukraine des équipements, former son armée à la guerre électronique, implanter une base logistique en Ukraine même.

Thales présente la chose ainsi, assumant entièrement de servir l’armée ukrainienne.

« Thales a signé à Eurosatory [salon mondial de la défense et de la sécurité] trois accords avec l’industrie ukrainienne sous l’égide du ministère des Armées français et du ministère des Industries stratégiques ukrainien.

L’objectif est de renforcer le soutien opérationnel des forces armées ukrainiennes en première ligne et de consolider les capacités de défense locales.

Les domaines de coopération incluent la guerre électronique, les communications tactiques, les systèmes de défense aérienne et les radars, ainsi que les drones. »

De manière plus spécifique :

« Le premier accord annonce l’intention de Thales de créer une entreprise commune en Ukraine, qui facilitera la livraison et l’exploitation d’équipements pour les systèmes de défense, notamment de guerre électronique, ainsi que des équipements de communication tactique, des systèmes de défense aérienne et des radars.

Le deuxième accord concerne plus spécifiquement la guerre électronique, domaine dans lequel Thales est une référence mondiale. Le Groupe fournira des services complets de formation spécialisée, d’essai et d’entretien.

Cet accord vise à développer les capacités locales de maintien en conditions opérationnelles en Ukraine, afin de réduire les cycles d’entretien et de réparation, et de garantir une disponibilité opérationnelle optimale.

Dans le cadre d’un troisième accord, signé avec le spécialiste ukrainien des drones etrobots FRDM, Thales prévoit de co-développer et de fabriquer un système de drone capable de transporter et de larguer des munitions. »

On est là dans l’impérialisme assumé. On est dans l’esprit de colonisation, dans le long terme, et on est dans le prolongement d’un choix déjà fait en amont. Qu’on ne vienne pas dire que la France ne fait pas la guerre à la Russie.

Pascale Sourisse, directeur général du développement international, a clairement dit que :

« Thales est un partenaire de longue date des forces ukrainiennes, avec lesquelles le Groupe collabore depuis plus de dix ans, d’abord dans le domaine de la guerre électronique, puis dans un large éventail de programmes.

À court terme, ces accords renforcent le soutien de Thales à la préparation des forces ukrainiennes.

Ils témoignent également de notre engagement, par le biais d’une collaboration avec des acteurs et des fournisseurs ukrainiens de premier plan, afin de nous implanter à plus long terme en Ukraine et d’y soutenir l’industrie de défense locale. »

Comme on est en économie de guerre, Thales doit également livrer plusieurs dizaines de milliers de munitions de 120 mm pour l’armée française. Son usine de la Ferté Saint-Aubin dans le Loiret va passer d’une production de 20 000 munitions par an en 2023 à plus de 80 000 par an en 2026. Dans l’usine de Limours, on produit déjà 30 radars GM par an, au lieu d’une douzaine normalement.

Dans la même perspective, KNDS France (qui s’appelait auparavant Nexter) est en capacité de produire six canons Caesar par mois, contre moins de deux auparavant, et en produira douze par mois en 2024. 36 canons Caesar vont également être vendus à l’Arménie.

Et KNDS France va installer une base logistique en Ukraine. On n’en sait pas plus, c’est confidentiel tant pour le lieu que pour ce en quoi ça consiste concrètement. Cependant, on se doute que c’est pour les canons Caesar, qui sont sur-utilisés et dont les réparations ont été initialement menées par une entreprise ukrainienne qui s’occupe d’industrie agricole.

Quant au producteur de poudre Eurenco (qui a une usine à Bergerac désormais), toute sa production prévue d’ici 2030 a déjà pratiquement trouvé preneur.

Et il y a la mise en place d’un projet de 600 millions d’euros pour un lance-roquette français, sous l’égide de la Direction générale de l’armement. On parle d’un équivalent du « Himars » américain, pour lancer une bombe à 150 km, et sont en concurrence d’un côté MBDA-Safran, de l’autre Thales-ArianeGroup. Le projet doit être validé au début de l’année 2026.

Pour un militaire français de haut rang, un haut cadre du gouvernement, tout cela semble « logique » et si on leur disait qu’ils vont sciemment à la guerre, ils le réfuteraient. Les faits sont là cependant, tels des zombies, ces gens mènent le pays à la guerre, servant le capitalisme en crise cherchant à s’extirper de sa situation.

On est dans l’inexorable marche forcée au conflit, on est déjà dans le contexte de la troisième guerre mondiale, dont l’arrière-plan principal est la compétition sino-américaine pour l’hégémonie mondiale.

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Joe Biden à Paris le 8 juin 2024

Après le 80e anniversaire du débarquement en présence d’Emmanuel Macron, Joe Biden et Volodymyr Zelensky, il y a eu le lendemain le triomphe fait à ce dernier. Au troisième jour, le 8 juin 2024, cela a été au tour de Joe Biden de recevoir tous les honneurs.

Ce qui fait, d’ailleurs, que Volodymyr Zelensky a reçu un triomphe en France, alors que le président américain Joe Biden était en France, à l’arrière-plan. C’est tout un symbole. La France est une succursale américaine, et si elle prend la tête de la coalition contre la Russie, c’est sur ordre américain. D’où les propos de Volodymyr Zelensky, ce pantin de la superpuissance américaine :

« Emmanuel, Monsieur le président, je voudrais te remercier aussi de n’avoir pas laissé l’Europe sans leader et l’Ukraine sans la France au moment qui était décisif. »

La vassalisation est totale, la France ne peut plus reculer. Son armée est totalement intégré dans l’Otan, toutes les institutions ont fusionné avec l’Union européenne. Désormais, si décrochage il y a, il ne peut qu’être total.

Pour preuve, la journée du 8 juin 2024 n’a été accompagnée de strictement aucune annonce franco-américaine. C’était une pure mise en scène. Deux phrases résument ce théâtre : « Alliés nous sommes et alliés nous resterons » (Emmanuel Macron), « La France et les Etats-Unis sont ensemble, aujourd’hui et pour toujours » ( Joe Biden).

Comme il fallait bien faire quelque chose, Emmanuel Macron et Joe Biden sont allés raviver la flamme du soldat inconnu, avec une descente des Champs-Elysées escortés par 140 chevaux et 38 motards de la Garde républicaine. S’en est suivi un banquet à l’Elysée.

Une « Feuille de route franco-américaine » a été signée, comme c’est l’usage, au minimum, lors de telles rencontres. Le document est très long et concerne littéralement tous les domaines : l’Ukraine, l’Otan, la Moldavie, les Balkans occidentaux et le Caucase du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique, la région Indopacifique, les Amériques, la lutte contre les activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger, le climat, les câbles sous-marins dans le Pacifique, les transports, la coopération scientifique, etc.

Voici les passages les plus importants, ceux qui reflètent l’objectif d’une guerre européenne contre la Russie et la soumission de la France à l’Otan.

Les présidents réitèrent leur ferme condamnation de la guerre menée par la Russie en Ukraine et rejettent la tentative d’annexion par la Russie de territoires ukrainiens souverains, en violation flagrante du droit international, notamment de la Charte des Nations Unies. Le discours nucléaire irresponsable de la Russie et son mépris des régimes de contrôle des armements sont inacceptables.

Dans ce contexte, la France et les États-Unis réaffirment leur soutien constant à la défense par l’Ukraine de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, notamment en continuant de lui apporter une aide politique, humanitaire, économique et de sécurité.

Les deux pays confirment leur appui à une paix globale, juste et durable dans le respect du droit international, et continueront à travailler avec leurs partenaires et Alliés à coordonner l’aide pour permettre à l’Ukraine d’exercer pleinement son droit de légitime défense, prévu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies.

Les présidents ont échangé sur les possibilités d’agir davantage en soutien à l’Ukraine ; cette guerre met en effet en jeu la sécurité euro-atlantique dans son ensemble.

La France et les États-Unis coprésident la « coalition artillerie » au sein du Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine et ont l’intention de prendre de nouvelles mesures pour apporter à l’Ukraine le soutien nécessaire dans la période actuelle et à plus long terme.

Les deux pays demeurent déterminés à réfuter les arguments qui prétendent faussement que le temps joue pour la Russie ; les deux présidents s’engagent à soutenir les efforts déployés dans le cadre de l’Union européenne (UE) et du Groupe des sept (G7) pour faire bénéficier l’Ukraine des profits considérables provenant des avoirs souverains russes immobilisés, conformément au droit international et à leurs systèmes juridiques et processus de décision respectifs.

Les présidents ont également exprimé leur vive préoccupation face aux transferts d’armes, notamment depuis l’Iran et la République populaire démocratique de Corée, ainsi que de biens à double usage et de composants pour une production militaire en provenance d’entreprises situées en République populaire de Chine et dans d’autres pays, que la Russie utilise pour reconstruire sa base industrielle militaire et de défense afin de continuer sa guerre contre l’Ukraine.

La France et les États-Unis soutiennent des mesures visant à interdire l’accès aux systèmes financiers français et américain de tous ceux qui sont impliqués dans de tels transferts.

Ils soutiennent tous deux résolument le travail de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) visant à mettre en lumière et à documenter les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les forces russes.

Les deux pays demeurent déterminés à atténuer les conséquences tragiques de la guerre sur le plan humanitaire et des droits de l’homme ainsi que ses répercussions sur la sécurité alimentaire mondiale, l’énergie, la sécurité et la sûreté nucléaires, et l’environnement.

La France et les États-Unis réaffirment leur volonté d’assurer leur défense réciproque et de défendre chaque parcelle de territoire allié à tout moment, de protéger leurs ressortissants et de préserver la liberté et la démocratie, conformément aux engagements qu’ils ont pris en tant qu’Alliés au sein de l’OTAN.

Ils renforcent ensemble leur défense collective contre l’ensemble des menaces, dans toutes les directions, en suivant une approche à 360 degrés.

Les présidents ont réaffirmé l’importance du renforcement du partenariat stratégique OTAN-UE et d’une défense européenne plus forte et plus capable soutenant le pilier européen de la sécurité transatlantique qui contribue de manière positive à la sécurité collective.

Les États-Unis soutiennent les investissements croissants des Alliés européens et de leurs partenaires dans des capacités militaires qui consolident notre défense commune, de manière complémentaire à l’OTAN.

Depuis la crise commencée en 2020, le capitalisme s’effondre, la superpuissance américaine perd son hégémonie, et pour sauver sa propre peau, le capitalisme français se précipite comme vassal pour aider à « geler » l’ordre mondial.

Cette mise en scène du 8 juin 2024 était très importante pour une partie de la bourgeoisie, qui n’avait pas compris l’initiative prise par Emmanuel Macron le 26 février 2024. Elle craignait que la France ne se retrouve seule, ou bien qu’Emmanuel Macron agissait de manière isolée. La visite de Joe Biden vise à rassurer, à bien montrer que tout est concerté.

L’éditorial du Monde du même jour ne s’y trompe pas, et salue la situation nouvelle, qui donne beaucoup moins l’impression que la France provoque une « escalade » (ce qui est en réalité le cas). Le Monde s’inquiète toutefois du manque d’unité nationale.

« M. Macron se pose ainsi en leader de l’engagement européen au côté de l’Ukraine, même si en quantité cette assistance est bien inférieure à celle des Etats-Unis et de l’Allemagne.

M. Poutine ne s’y trompe pas, qui multiplie les manifestations d’hostilité à l’égard de Paris. M. Macron voit dans ces « signes de nervosité » du Kremlin la confirmation de la justesse de sa stratégie, et rappelle que le droit international autorise l’Ukraine à se défendre : l’aide occidentale se situe dans ce strict cadre.

C’est bien l’agression russe qui provoque un engagement européen accru, pas l’inverse. Mais cet engagement doit pouvoir s’appuyer sur le plus large soutien politique et diplomatique.

L’image d’une Assemblée nationale à moitié désertée, vendredi, au moment où s’y exprimait le président d’un pays en guerre auquel la France vient en aide était à cet égard désastreuse − et inquiétante. »

Le 8 juin 2024 exprime la situation actuelle. La France est vassalisée, il n’y a aucune opposition politique, ni de masse, à l’hégémonie américaine. Tous les partis politiques institutionnels, ou « à gauche de la gauche », se sont alignés. Même le camp nationaliste (Marine Le Pen, Jordan Bardella, Eric Zemmour, Marion Maréchal…) obéit aux attentes de l’Otan sur le plan des positions.

Par conséquent, soyons à la hauteur des attentes historiques, soyons à la pointe de la lutte contre le repartage du monde. En France, sabotons l’effort de guerre, refusons l’hégémonie américaine!

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Zelensky à Paris réclame « d’en faire plus »

Cérémonie en son honneur à l’Hôtel national des Invalides (musée de l’Armée), discours devant l’Assemblée nationale, visite du quartier général des Forces armées françaises, visite d’une usine d’armement, entretien avec le Président américain Joe Biden également présent à Paris, puis réception à l’Élysée : la journée parisienne du Président ukrainien Zelensky vendredi 7 juin 2024 a été très intense.

Devant l’Assemblée nationale (où le Président français n’a légalement pas le droit de se rendre), il a déclaré :

« Emmanuel, je te remercie de ne pas avoir laissé l’Europe sans leader« .

En effet, la France assume pleinement son rôle de premier vassal pour emmener le continent européen dans la guerre américaine contre la Russie.

Le Président ukrainien est venu en personne assurer la propagande de guerre et favoriser l’escalade. C’est une machine à fabriquer une opinion pour la guerre qui tourne à plein régime.

« Il faut plus, ce n’est pas un reproche. Il faut faire plus pour vaincre le mal. »

Voilà ce qu’il a assené devant une assemblée conquise, bien qu’un peu clairsemée, et l’ayant ovationné. Cela a pris une tournure particulièrement odieuse, comme la veille lors des cérémonies du Débarquement, puisqu’il a fait référence à la résistance contre le nazisme, alors que le régime dont il est à la tête en est largement imprégné (et c’est d’ailleurs officiellement ce qui lui est reproché par la Russie).

« Sans ces victoires contre le nazisme, les nations libres n’existeraient pas. Il n’y aurait pas de liberté en Europe.

Notre Europe est le résultat du courage des hommes et des femmes, qui ont résisté contre le mal. Cette unité donne de la force à notre Europe. Aucune autre motivation à part celle de protéger notre foyer et d’être des hommes dotés de liberté. »

Mais peu importe le fond, car c’est ici la forme qui compte. Tout ce qui peut favoriser l’escalade guerrière est bon à prendre pour les faiseurs de guerre, peu importe l’Histoire, la réalité ou la Raison.

Le Président ukrainien n’y est donc pas allé par quatre chemins. Il appelle ouvertement et plus concrètement que jamais à l’escalade.

Sur le plan historique, il faudra bien remarquer qu’on a un chef d’État étranger qui est ovationné par les députés français, alors qu’il vient leur intimer de faire la guerre à un autre État.

C’est le genre de chose impensable a priori, mais en réalité tout à fait possible dans la France du 21e siècle, qui n’est plus qu’une succursale américaine, accueillant une autre succursale qu’est l’Ukraine… sous la supervision du Président américain présent à Paris!

C’est une chose qui aurait été impensable ne serait-ce qu’il y a dix ans. La pandémie a fait vaciller le capitalisme, désormais c’est l’affrontement généralisé qui se met en place, avec au coeur la bataille pour l’hégémonie entre les superpuissances américaine et chinoise. Tous les autres doivent donc, au fur et à mesure, se mettre au garde à vous.

Et la France s’est vassalisée à la superpuissance américaine. La scène du théâtre du 7 juin 2024 a donc servi à ce que le président russe Vladimir Poutine soit ouvertement désigné comme « ennemi commun » de l’Ukraine et de l’Europe (la France n’intéresse en fait que comme moyen d’entrainer toute l’Europe).

Et il n’y a aucune opposition politique à cela en France. Même les plus critiques sont en fait totalement soumis au soutien à l’Ukraine, donc aux intérêts américains, au-delà des différences de forme.

Marine Le Pen critique le calendrier présidentiel français, en prétendant que la visite de Zelensky est une diversion en vue des élections européennes (dont tout le monde se fiche en réalité). Mais elle prend bien soin de préciser sa soumission :

« Je suis ravie d’accueillir monsieur Zelensky à l’Assemblée. »

Il en est de même pour la France insoumise, ou encore le PCF, qui pourtant voit très bien la situation qui se dessine. Son premier représentant, Fabien Roussel, a tout à fait bien résumé la situation actuelle :

« J’entends les appels à entrer dans une 3è guerre mondiale. À revivre un DDay. Je vois mon pays s’enfoncer dans la guerre. Nous n’en voulons pas. Le peuple doit s’en mêler ! Dire non à cette escalade militaire dangereuse ! »

Sauf qu’il est démagogique, car inconséquent, puisqu’il ajoute en fait au préalable :

« Soutenir la résistance ukrainienne, 1000 fois oui ! »

Il n’y a pas de « résistance ukrainienne », il y a un régime nationaliste et furieusement anti-Gauche (toute la Gauche y est interdite), qui sert de proxy à la superpuissance américaine pour mener la guerre à la Russie (elle-même étant relativement un proxy chinois).

La seule position valable et utile, c’est celle du refus total du soutien au régime ukrainien et de la dénonciation de Zelensky. On ne combat pas la guerre mondiale en soutenant en même temps la constitution de la guerre mondiale.

Il suffit de lire régulièrement notre chronologie de l’escalade guerrière dans laquelle est rentrée la France depuis le mois de février 2024 pour comprendre à quel point il est urgent et vitale de dénoncer l’engrenage. De le saboter même.

Il faut dénoncer avec force ces propos de Zelensky qui vient réclamer ouvertement l’engagement direct de la France contre la Russie :

« Poutine peut-il gagner cette bataille? Non, parce que nous n’avons pas le droit de perdre. Nous pouvons certainement gagner cette bataille. L’Ukraine, et donc l’Europe. L’Europe, et donc la France. »

Sur le plans des annonces, il faut retenir essentiellement quatre choses de la journée :

  • des accords avec à la clé 650 millions de prêts ;
  • des accords entre KNDS (fabriquant notamment les canons Caesar) et des entreprises ukrainiennes pour un transfert de production ;
  • la prise en charge par la France de la formation et de l’équipement d’une brigade ukrainienne (plus de 4000 soldats);
  • la fourniture d’avions de chasse de type Mirage.

Le même jour, le groupe de défense Thales a annoncé qu’il allait fournir au régime ukrainien un deuxième système de défense aérienne de type Ground Master 200, qui est un radar de moyenne portée, transportable sur camion.

La France se prépare nettement à participer directement à la guerre en Ukraine, et elle y est largement déjà impliqué. Il faut s’y opposer, il faut dénoncer l’Otan et les plans de la superpuissance américaine, il faut la guerre à la guerre!

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80e anniversaire du débarquement: encore l’escalade

La préparation du 80e anniversaire du débarquement avait causé un grand trouble diplomatique en France, en raison de la nécessité traditionnelle d’inviter la Russie, qui assume la mémoire de la contribution, principale, de l’URSS contre l’Allemagne nazie et ses alliés.

Et quand on dit ses alliés… Il y a les nationalistes ukrainiens. Qui ont désormais, depuis 2014, l’hégémonie sur l’Ukraine, où ils détruisent systématiquement tous les monuments soviétiques de la victoire sur le nazisme. Ce qui veut tout dire sur le plan des valeurs.

Pourtant, on a donc eu le 6 juin 2024 cette incohérence d’une cérémonie en Normandie sans représentant russe, mais avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui ne parle désormais qu’en ukrainien, lui qui était auparavant un… humoriste russophone.

Mais les incohérences ne comptent pas puisqu’il s’agit de la « liberté », avec une continuité censée aller de 1944 À 2024, la Russie étant désormais présentée comme la grande et seule menace (en attendant la Chine), comme l’a rappelé Emmanuel Macron.

« Aujourd’hui, l’Ukraine est une nation qui résiste et, ce faisant, la Russie a un peu trahi le message de la Libération et du Débarquement (…). Parce que qui dit que la Russie s’arrêtera là ? Nous sommes sûrs du contraire et la Russie est à nos frontières. »

La mise en scène a d’ailleurs été très réussie. Le film « Il faut sauver le soldat Ryan », une production hybride Pentagone – Hollywood, ressortait dans 300 salles de cinéma en France le même jour, alors que l’acteur Tom Hanks et le réalisateur Steven Spielberg étaient eux-mêmes en Normandie.Volodymyr Zelensky est tombé dans les bras d’un vétéran qui l’a qualifié de « sauveur », dans la continuité d’un storytelling à l’américaine ininterrompu depuis deux ans.

Au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, le président américain a mis en valeur « la bataille entre la liberté et la tyrannie », assimilant le président russe Vladimir Poutine à un « tyran » et appelant à soutenir le régime ukrainien, car:

« Nous ne pouvons pas abandonner devant des dictateurs, c’est inimaginable ».

Puis il est allé à Paris, avec le quartier de l’opéra bloqué autour de son hôtel, ainsi que le périphérique et quatre autoroutes, alors qu’en même temps, une déclaration commune a été signée par les représentants de toute une série de pays, expression d’allégeance à la superpuissance américaine.

Elle a été signée par les pays suivants: Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Danemark, Etats-Unis, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Monaco, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie, Ukraine. En voici le noyau dur.

« Nous plaidons en faveur d’échanges économiques pacifiques, des liens entre les peuples et de la coopération internationale afin de promouvoir la sécurité et la prospérité en Europe et dans le reste du monde.

Ces principes universels se trouvent au cœur de notre engagement collectif en faveur de la paix et de la sécurité. Ils sont depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale la pierre angulaire de l’alliance nouée entre les États-Unis, le Canada et les pays européens, ainsi que des partenariats mondiaux établis de longue date.

Aujourd’hui, ils demeurent au cœur de notre action dans le monde, alors que nous nous efforçons de favoriser l’établissement de normes mondiales, de promouvoir des valeurs et de soutenir le développement durable pour tous.

Ils nous guident dans la détermination sans faille que nous déployons pour aider l’Ukraine à se défendre contre la guerre d’agression russe, et que nous continuerons de déployer aussi longtemps que nécessaire pour rétablir la paix en Europe.

Alors que les événements nous rappellent de façon dramatique que la paix n’est pas éternelle et que la sécurité n’est pas une évidence, il est plus que jamais nécessaire de redoubler d’efforts pour renforcer notre défense collective, notre capacité de dissuasion et notre résilience.

Nous réaffirmons le rôle central que joue l’OTAN dans la sécurité du continent européen et l’importance d’une défense européenne plus solide et plus performante qui contribue activement à la sécurité mondiale et transatlantique. Nous reconnaissons qu’il reste encore beaucoup à faire. »

Difficile d’exprimer davantage l’hégémonie américaine sur l’ordre mondial.

Puis, il y a eu un grand interview d’Emmanuel Macron, sur différents thèmes. Sur la Palestine, la France prône le statu quo et les négociations, et c’est pareil dans tous les domaines, car c’est le moyen de tirer son épingle de jeu que d’apparaître intelligente, plus subtile que les Américains, plus libérale que les Chinois, etc.

Sur l’Ukraine, par contre, le diktat américain est là et la France est à la tête de la coalition anti-Russie. Le problème, c’est que les moyens ne sont pas là. La France est un pays qui se déclasse, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle est autant agressive. Et ce n’est pas facile de faire beaucoup avec peu.

Le président français a donc annoncé que la France fournirait à l’Ukraine des avions de chasse Mirage 2000-5. Les pilotes ukrainiens seront formés en France.

Sauf que ces avions sont en fin de vie, et qu’il faut au moins cinq mois pour une formation (il faudrait même plutôt compter en années pour être réellement expérimenté). De tels avions, il n’y en a également qu’une quarantaine, plus concrètement autour d’une petite vingtaine, même si Emmanuel Macron a précisé que:

« Nous allons bâtir une coalition avec d’autres partenaires. »

Toutefois, on en voit mal les contours, à moins d’échanger de tels avions vendus contre des avions américains nouveaux (par exemple pour la Grèce ou le Qatar).

Le régime ukrainien se voit donc accorder un soutien dans six mois, et sans réelle envergure, à part celle de lancer des missiles SCALP fournis par la France. On est surtout dans le service après-vente de l’industrie de l’armement français.

Et cela accroît en même temps la présence française, car pour maintenir ces avions, il faut des techniciens… Et là, on ne forme pas des gens en six mois. Cela implique forcément la présence de soldats français.

Une autre mesure annoncée a plus de poids. « Dans la zone libre, à l’ouest de l’Ukraine », explique Emmanuel Macron, la France va se charger « former 4500 soldats ukrainiens et donc de les équiper, les entrainer, leur apporter les munitions, les armes ». Ce serait en quelque sorte une « brigade française » a-t-il dit. On est là dans une forme de sponsoring morbide, avec l’armée ukrainienne clairement là pour servir de chair à canon.

C’est là un premier pas. En soi, ce n’est rien, mais il suffit de lire la chronologie depuis le 26 février 204 pour comprendre l’engrenage.

Le régime ukrainien commence d’ailleurs à chercher à récupérer les hommes de 17 à 60 ans qui ont quitté le pays pour ne pas être mobilisé. La pression commence à s’exercer sur eux, de manière administrative, mais certains pays dont la Pologne sont déjà dans l’optique d’entraîner des régiments ukrainiens nouveaux au moyens de mobilisés ukrainiens enrôlés de force sur leur territoire.

Malgré tout cela, Emmanuel Macron a prétendu que:

« Nous ne voulons pas d’escalade de la guerre et en aucun cas, nous sommes en guerre contre la Russie et son peuple. »

On est là dans la totale continuité. D’où, par exemple, l’appui du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner.

« Sur le fond, je partage complètement l’idée que défendre l’Ukraine, c’est nous défendre. Je suis totalement opposé à toute tendance qui reviendrait à dire, en négociant maintenant, on va calmer les appétits de l’ogre Russe (…). Il faut continuer à aider l’Ukraine et que les armes arrivent en temps et en heure. »

Il suffit d’ailleurs de voir les votes, en France comme au parlement européen, pour voir que le soutien au régime ukrainien est total, que les appels à démanteler la Russie sont toujours unanimes.

Cependant, l’interview d’Emmanuel Macron trois jours avant les élections européennes aboutit forcément à des accusations d’instrumentalisation par les candidats. C’est de l’opportunisme électoral inévitable. En voici un exemple.

Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel sur X s’est plaint des décisions. Ce qui est de la démagogie, puisque le PCF approuve les livraisons d’armes au régime ukrainien!

« Le Président de la République annonce, sans débat avec le Parlement, accroître notre présence en Ukraine. Il prend le risque, seul, de faire entrer la France en guerre contre la Russie. L’heure est grave, la démocratie est bafouée. Je demande un débat au Parlement en urgence. »

Le PCF est ici trompeur, puisque s’il appelle à des négociations entre la Russie et l’Ukraine, il présente toujours la Russie comme le seul pays agresseur et soutient le régime ukrainien.

Qui plus est, Léon Deffontaines, tête de liste pour le PCF aux élections européennes du 9 juin 2024, qui déplore pareillement que le Parlement français n’ait pas été consulté à propos de l’envoi d’avions de chasse Mirage 2000-5, avait dit ouvertement que, oui, il fallait fournir des F-16 au régime ukrainien…

Il l’a dit le 5 avril 2024 à Franceinfo. Il dit explicitement que si le régime ukrainien a besoin d’avions, il faut les lui fournir. Il dit également que:

« Moi, je suis favorable, et on l’a toujours dit, à aider les Ukrainiens militairement, à se défendre, et il faut regarder bien sûr les besoins qu’ils ont, et il faut qu’on regarde bien évidemment en fonction des besoins du front ukrainien. Il faut cesser à tout prix, à tout prix, que les Russes continuent d’avancer. »

C’est bien clair : « à tout prix ». Et c’est la ligne générale de la France. Encore une fois la chronologie que nous fournissons est ici l’arme politique suprême, c’est elle qui permet de voir les faits, de les comprendre, d’analyser adéquatement, de ne pas se faire piéger par l’opportunisme. Guerre à la guerre!

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La France dit oui aux frappes en Russie

Le 6 juin 2024, pour les 80 ans du débarquement, il n’y aura pas de délégation russe. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est par contre invité. Ce qui est un comble, car le régime ukrainien se revendique du nationalisme ukrainien, dont les forces armées étaient alliées aux nazis pendant la seconde guerre mondiale. En Ukraine, les monuments commémorant la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie sont tous détruits ou en passe de l’être.

La France voulait initialement tout de même qu’il y ait une présence russe. Mais elle a finalement, le 31 mai 2024, abandonné cette idée, au motif que l’offensive russe en Ukraine, dans la zone de Kharkiv, serait redoublée, « meurtrière » pour les civils, etc. C’est dans le prolongement de la propagande occidentale qui martèle que l’armée russe serait démoniaque, massacrerait les civils à la chaîne, etc.

Il faut dire aussi que les tenants du nationalisme ukrainien en France ont mené une grande campagne, à l’instar de la tribune publiée dans Le Monde intitulée « Il est indécent d’inviter la Russie aux commémorations du débarquement en Normandie, le 6 juin ». La ligne est celle d’une guerre totale.

« La France ne devrait pas offrir pareilles caution et tribune médiatique à un Etat révisionniste, promoteur du terrorisme, qui s’entête dans une guerre d’agression (…). Inviter la Russie à la commémoration du débarquement de Normandie – auquel elle n’a pas participé – contredit la posture de fermeté de la France face à l’agression russe. On ne peut que le déplorer.

Liste des signataires : Galia Ackerman, historienne, rédactrice en chef de Desk Russie ; Yves Cohen, historien, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ; Vincent Desportes, général de l’armée de terre (2S) ; Jean-Marc Dreyfus, historien, rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah ; André Klarsfeld, secrétaire général de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ; Florent Murer, président de l’association Kalyna ; Pierre Raiman, historien, cofondateur de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ; Cécile Vaissié, professeure des universités en études russes et soviétiques ; Emmanuel Wallon, professeur émérite de sociologie politique ; Nicolas Werth, historien, directeur de recherche honoraire au CNRS, président de l’association Mémorial France. »

Dans la même logique d’ailleurs, une digue est tombée. Le 28 mai 2024,  lors d’une conférence de presse aux côtés du chancelier Olaf Scholz au château de Meseberg, près de Berlin, le président français Emmanuel Macron a affirmé que l’armée ukrainienne a le droit de frapper sur le territoire russe avec des armes fournies par les pays de l’Otan (« On doit leur permettre de neutraliser les sites militaires d’où sont tirés les missiles »).

Le 31 mai 2024, la superpuissance américaine a ensuite donné l’autorisation pour l’Ukraine de frapper en Russie même, avec des armes américaines, pour protéger Kharkiv. Naturellement, pas de hasard à cela, on est dans la narration la plus organisée.

Et les 30-31 mai 2024, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Otan sont justement en réunion informelle, notamment à la demande pressante de la France. Il faut s’engager toujours plus à fond, avec la France en première ligne pour le branle-bas de combat. La Suède a d’ailleurs annoncé que 6,5 milliards d’euros d’aides seraient fournis à l’Ukraine pour la période 2024-2026, et tout son stock de 302 véhicules blindés de transport de troupe va être envoyé là-bas.

On voit très bien comment chaque jour, une pièce se rajoute au puzzle de la guerre, les initiatives faisant écho à celle des autres, l’escalade n’étant mené en tant que tel par personne, mais finalement par tout le monde, avec toutefois l’impression que les choses vont d’elles-mêmes et que de toutes façons tout serait la faute de la Russie seulement.

La situation est assez claire pour que l’éditorial du Figaro du 30 mai 2024 affirme que « La France en première ligne face à la Russie ». En même temps, le Figaro a laissé Pierre Lellouche publier une longue tribune. On parle ici d’un cadre de haut niveau de la Droite française, qui depuis le début du conflit entre la Russie et l’Ukraine pose une ligne hostile à la cobelligérance.

Pierre Lellouche dit de manière simple que l’Ukraine ne peut pas gagner et qu’il faut tout geler tout de suite, sinon on va au-devant d’un affrontement généralisé… C’est un texte de panique complète, qui exprime le point de vue d’une partie de la bourgeoisie française, qui appréhende énormement la direction prise par Emmanuel Macron le 26 février 2024.

« En Ukraine, malgré la violence des combats et leur durée, la guerre a pu être contenue jusqu’ici par le risque, connu de tous, d’une escalade incontrôlée vers une guerre nucléaire totale.

C’est ce qui a conduit les deux camps à observer deux règles qui se sont progressivement imposées : d’une part, éviter tout affrontement direct entre les forces des deux camps ; d’autre part, confiner géographiquement le conflit sur le seul sol ukrainien en évitant tout débordement sur le territoire de la Russie ou sur celui de l’Otan.

Le problème est qu’à l’approche de l’été, un an après l’échec de l’offensive ukrainienne de juin 2023 et alors que la situation militaire sur le terrain se détériore gravement pour les Ukrainiens, les  alliés européens, par ailleurs paniqués à l’idée d’une victoire de Trump à la Maison-Blanche qui remettrait en question l’avenir même de l’Otan, envisagent de s’impliquer beaucoup plus fortement dans le conflit aux côtés des Ukrainiens, au risque de faire sauter les deux verrous qui, jusqu’ici, avaient permis de contenir ce conflit.

Le premier verrou explicitement énoncé par Joe Biden dès février 2022 est le fameux «No boots on the ground». Les États-Unis soutiendront l’Ukraine y compris par l’envoi d’armements, mais s’interdiront de déployer le moindre soldat sur le sol ukrainien. Cela, selon les propres termes du président américain, «afin d’éviter une troisième guerre mondiale ».

Ce premier verrou a été fracturé le 26 février dernier par le président Macron, en envisageant d’envoyer des forces françaises et occidentales sur le terrain.

Réitérée à plusieurs reprises depuis trois mois, la proposition française commence à recueillir le soutien de certains pays particulièrement exposés, notamment les États Baltes et la Pologne.
En revanche, les États-Unis y restent absolument hostiles, ainsi que l’Allemagne, l’Italie et d’autres pays.

Le débat est donc en train d’évoluer vers l’envoi sinon de forces combattantes, du moins « d’instructeurs » qui aideraient à la formation des soldats ukrainiens sur place, plutôt que dans des bases utilisées actuellement en Allemagne et en Pologne, notamment.

Mais il est bien évident que dès lors que des soldats de l’Otan se trouveraient en Ukraine, ils risqueraient d’être ciblés par les Russes, entraînant un risque d’escalade évident : que ferions-nous dans ce cas-là ? Et qui contrôlera alors l’escalade ?

Le deuxième verrou, implicite cette fois, qui a fait que la dissuasion a pu être maintenue depuis deux ans et demi, est que la guerre restait confinée sur le territoire ukrainien et ne déborderait pas, ni sur le territoire russe ni sur celui de l’Otan.

Concrètement, les Occidentaux ont pu livrer l’équivalent de 200 milliards de dollars d’armements à l’Ukraine sans que les Russes essayent d’interrompre ce flot à la frontière polonaise par exemple ; mais en contrepartie, leur emploi restait limité au seul territoire de l’Ukraine, Crimée comprise.

Cette règle ne s’appliquait cependant pas aux Ukrainiens eux-mêmes, dont les propres armes à longue portée, notamment des drones, font des ravages sur les navires de la Flotte russe en mer Noire, ainsi que sur les raffineries de pétrole situées en Russie.

Cette deuxième règle implicite est, elle aussi, en train de sauter ces jours-ci. Après l’offensive russe, lancée le 10 mai autour de Kharkiv, le président Zelensky et son état-major ont semble-t-il convaincu nombre d’Européens et jusqu’au secrétaire général de l’Otan que l’Ukraine ne peut continuer à se battre avec « des menottes dans le dos » : les Russes attaquent impunément depuis leur territoire avec des missiles des bombes guidées, et les Ukrainiens se voient interdits de répondre sur ces sites de lancement.

D’où l’idée qu’il faut faire sauter cette limite, et comme le dit le président Macron, «on doit permettre aux Ukrainiens de neutraliser les sites militaires d’où sont tirés les missiles depuis lesquels l’Ukraine est agressée ».

Nous sommes donc au bord d’une phase nouvelle, potentiellement extrêmement dangereuse dans l’escalade du conflit, dont il est essentiel de prendre toute la mesure.

Avant qu’il ne soit trop tard, il faut espérer que les leçons de 1914, celles de la crise de Cuba auront été soigneusement méditées par ceux qui nous gouvernent. Le fond du sujet, c’est que l’Ukraine, malgré tout son courage, ne peut tout simplement, pour des raisons démographiques et matérielles, reprendre seule la totalité de ses territoires occupés par la Russie.

Que Zelensky essaye d’internationaliser le conflit et jouer à fond la carte de l’escalade est de son point de vue parfaitement logique. Est-ce pour autant l’intérêt vital de la France ?

Que nous nous engagions dans une telle logique extrêmement risquée est certes une option qui doit être considérée, mais dont on doit aussi mesurer toutes les implications, et qui mérite un vrai débat, devant notre peuple, concerné au premier chef.

Engager nos soldats en Ukraine n’est pas recommencer l’opération Barkhane (de triste mémoire au demeurant) quoi qu’en dise M. Macron. Frapper la Russie avec des missiles français a nécessairement une signification politique et stratégique majeure, qu’il faut prendre en compte, et dans ce cas, être prêt à en assumer toutes les conséquences.

Pour ma part, je reste attaché à un mot qui n’a jamais été prononcé jusqu’à présent : le mot « négociation ». Le but de cette guerre doit être d’éviter non pas que l’Ukraine perde, mais qu’elle ne perde trop. »

La position de Pierre Lellouche est, en un certain sens, la même que celle de Marine Le Pen, mais pas du tout de celle de Jordan Bardella, qui est lui pour un alignement complet sur l’Otan. Et, dans les faits, l’unité autour de la « défaite » de la Russie est totale ou quasi totale. Il en va du sauvetage du capitalisme français. Seule une Russie vassalisée, colonisée, peut fournir les ressources nécessaires pour relancer la machine capitaliste française, alors que l’affrontement sino-américain s’annonce toujours plus.

La France veut la guerre avec la Russie, elle est déjà en guerre avec elle. Et l’escalade continue.

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Refus de l’hégémonie

L’armée française entraîne des néo-nazis ukrainiens

L’information est issue d’une enquête du journal d’investigation Médiapart, dont l’article est réservé aux abonnés et dont on se doute qu’elle va rester confinée aux confins de l’opinion publique.

Car il y est démontré qu’à la fin octobre 2023, l’armée française a organisé un camp d’entrainement au « camp de La Courtine, dans le sud de la creuse » avec des soldats ukrainiens issus de la 3e brigade d’assaut, héritière du régiment Azov et dont le changement de façade à l’été 2022 n’avait à l’époque trompé aucune personne un peu attentive au caractère idéologique du bataillon.

Le commandant de la 3e brigade est d’ailleurs Andriy Biletsky, le dirigeant d’Azov qui est à la fois une composante de l’armée et un parti politique. En Ukraine de nombreuses unités sont de ce type.

Nul doute que les formateurs français étaient au courant du caractère idéologique des soldats formés, certains ayant des tatouages à la gloire du nazisme visibles sur leur visage.

Le nazi français (pseudo « Cafard Misanthrope ») a rejoint Azov et a fait partie des soldats ukrainiens formés en France

En réalité, cette enquête de Médiapart intervient à un moment précis. À la fin avril, une reporter au Donbass, Christelle Néant, publiait une enquête sur cette réalité. Il y était affirmé que la France avait livré, et donc formé des soldats d’Azov au maniement du canon TRF1 de 155mm produit par Nexter, et pouvant par ailleurs envoyer des obus à sous-munition proscrit par les conventions internationales.

Des renseignements qui ne sont pas sortis du chapeau mais directement issus des propos tenus sur la chaine du réseau social telegram d’Azov, exposant ses combats d’artillerie à l’aide du canon TRF1.

Dès la fin octobre 2022, il avait été remarqué par Rosa la gazette l’apparition d’un commandant d’artillerie arborant une Totenkopf stylisée tirant des obus d’un canon CAESAR français….sans qu’il ne soit fait mention du caractère néo-nazi du personnage par France 2.

Ainsi, que l’information soit étayée par Médiapart, organe de presse totalement aligné sur le soutien au régime ukrainien, atteste en fait du redoublement de la vigilance pour assurer la légitimité de la guerre contre la Russie. L’enjeu viserait à renforcer la pression pour mieux « contrôler » les soldats formés alors qu’on parle actuellement, et officiellement, de 12 000 soldats formés en France.

Ce n’est pas forcément gagné : voici une photographie de l’ancien premier ministre britannique Boris Johnson le 22 mai 2024, avec des nazis d’Azov invités au Parlement britannique…

Comme on le sait, au-delà d’Azov, les groupes ultra-nationalistes ont été les premiers à s’engager de manière volontaire contre la Russie dans le Donbass dès 2014, avant d’être intégrés de manière officielle.

Dans le feu des combat, ces groupes ont généré des cadres militaires intermédiaires, se retrouvant en toute logique dans les camps de formation occidentaux. Ils sont en effet utilisés comme bataillons de choc, de par la ferveur nationaliste et la volonté de détruire la « Moscovie » semi-asiatique.

Il est donc incorrect de seulement parler de « soldats » tant les figures néonazies sont impliquées dans la guerre depuis longtemps et ont gravi les échelons du commandement, formant dorénavant une strate de la hiérarchie militaire elle-même, et de toutes façons à l’arrière-plan toute l’idéologie de l’Etat ukrainien.

Le chef d’Azov dans un reportage du média en ligne « Brut » publié le 12 avril 2024

L’Ukraine a choisi son orientation historique et elle est en cela malheureusement déjà condamnée… La fièvre nationaliste l’a trop contaminée pour une remise en cause d’elle-même. Le fanatisme anti-Russes de gens ayant vécu des décennies avec… des Russes, et souvant parlant russe eux-mêmes au quotidien, est un exemple de délire et de comment le nationalisme peut l’emporter.

La base du régime de Kiev est en même temps viciée. Sa perspective impossible de mobilisation de 500 000 soldats atteste du décalage avec la population. La place prise au départ par les néo-nazis au détriment des masses populaires est une caractéristique du régime.

C’est d’ailleurs bien pour cette raison que la propagande se fissure, formant un terreau pour la justification d’envoi de troupes occidentales. Car le régime de Kiev n’a jamais eu de base populaire ni de perspectives démocratiques, d’ailleurs tout ce qui est de gauche est interdit.

Kyrylo Boudanov, le directeur du renseignement militaire ukrainien, dans ses bureaux avec la carte indiquant son rêve de partition de la Russie

La réalité c’est que l’Otan a choisi d’utiliser les éléments nationalistes les plus fanatisés de l’Ukraine pour sa basse besogne anti-Russie. Et dans ce panorama immonde, la France a choisi de se positionner en tête de pont des Etats-Unis en Europe pour remplir cette mission.

Combattons la superpuissance américaine qui cherche à maintenir son hégémonie mondiale à tout prix, dans le sang, dans la guerre, et dont le capitalisme français est le vassal zélé!

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Refus de l’hégémonie

Attal-Bardella, les deux visages de l’Otan et du capitalisme moderne

Le 23 mai 2024, les partis populistes et nationalistes du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen ont exclu de leurs rangs le parti allemand AfD.

En théorie, c’est pour des propos sur les Waffen SS de la part de sa tête de liste aux élections européennes de juin 2024. En pratique, c’est parce que l’AfD est pour une alliance entre l’Allemagne et la Russie, aux dépens du choix de la soumission à la superpuissance américaine.

Car pour participer au gouvernement dans les pays occidentaux, il faut montrer de la clarté quant au passage assumé dans l’orbite américaine. D’où les propos incessants en faveur du régime ukrainien de Jordan Bardella, du Rassemblement National, une composante du groupe Identité et Démocratie.

Voici entre autres ce qu’il a expliqué le 23 mai 2024, lors du débat avec le premier ministre Gabriel Attal.

« Au Parlement européen, j’ai toujours été très clair et toujours condamner sans la moindre ambiguïté l’agression de l’Ukraine par la Russie, qui est aujourd’hui une menace multidimensionnelle. »

Il y avait d’ailleurs un autre débat le 21 mai 2024, avec huit représentants des principaux partis : Jordan Bardella (RN), Valérie Hayer (Renaissance), Raphaël Glucksmann (PS-Place Publique), François-Xavier Bellamy (LR), Manon Aubry (LFI), Marion Maréchal (Reconquête!), Marie Toussaint (Les Écologistes), et Léon Deffontaines (PCF). Tous ont été unanimes quant à leur hostilité à la Russie.

Et du côté de la gauche de la gauche, hors cadre institutionnel, c’est le grand silence ou le soutien au régime ukrainien, dans 99% des cas. La France marche au pas, au rythme de la propagande incessante en faveur de l’escalade contre la Russie.

Pas une journée sans qu’il n’y ait une pierre d’ajoutée à l’édifice, comme le 23 mai 2024 encore avec la chaîne Public Sénat invitant le professeur de géopolitique Frédéric Encel pour dénoncer la Russie qui veut le chaos, alors que bien entendu la France veut « l’ordre international ».

Et le même jour toujours, Le Monde faisait un éditorial de rappel à l’ordre : « Inutile d’entretenir d’irresponsables illusions à Washington, à Paris ou à Berlin : le couple sino-russe n’est pas près de divorcer ». Car trop de journalistes et de commentateurs français croient encore à la fable que la Chine serait à l’écart des initiatives russes. C’est là rêver debout pour des bourgeois catastrophés par la situation.

Le Monde, représentant de la bourgeoisie libérale-moderniste, particulièrement agressive comme agent de la superpuissance américaine, entend mettre fin à cette illusion et exige le silence dans les rangs.

Voici ce qu’on lit notamment :

« En ce printemps 2024, Xi Jinping a rappelé qu’il était partie prenante dans le conflit qui fait rage en Europe : il est du côté russe. Le président chinois veut conforter son « ami » Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine.

Ou, plus exactement, Xi entend que l’Occident ne sorte pas renforcé de cette épreuve sur le Vieux Continent. Inutile d’entretenir d’irresponsables illusions à Washington, à Paris ou à Berlin : le couple sino-russe n’est pas près de divorcer.

Ce message a été transmis sans ambiguïté par le numéro un chinois lors de son séjour en Europe (du 6 au 10 mai) puis, dans sa cristalline clarté, proclamé lors de la visite du président russe à Pékin (les 16 et 17 mai). La déclaration commune signée par les deux chefs d’Etat est frappée au coin de la lutte qu’ils mènent ensemble contre les Etats-Unis (…).

La Chine va soutenir davantage encore l’économie de guerre que Poutine instaure en Russie. Officiellement, Pékin ne livre pas d’armes à la Russie, mais fournit les machines-outils nécessaires à la fabrication des armes – c’est très différent, n’est-ce pas… Elle livre les pièces détachées pour les chasseurs bombardiers russes. Elle vend les semi-conducteurs à utilisation duale (civile et militaire). Elle transmet les informations satellitaires utiles au champ de bataille. En clair, la Chine entretient l’effort de guerre russe (…).

Pékin reprend les plus gros mensonges de la propagande du Kremlin : la guerre contre Kiev, c’est parce que l’Occident, éternellement impérialiste, s’apprêtait à attaquer la Russie à partir de l’Ukraine ! (…)

Les deux régimes sont soudés dans et par la même ambition. Elle est affichée en toutes lettres dans le « pacte d’amitié sans limites » que Xi et Poutine signent à Pékin le 4 février 2022, quelques jours avant que les chars russes foncent sur Kiev… »

Le panorama est très clair. En France, on peut être

  • pour les populistes et nationalistes, qui sont sur une ligne de repli démagogique, avec des relents racistes mais surtout paternalistes, avec le regret de la France d’avant;
  • ou bien pour les libéraux-sociaux, comme Emmanuel Macron, avec comme variante extrême sur le plan libéral ou social les LGBT, La France Insoumise, le PCF…

Mais tout cela doit rester social-impérialiste : la France doit rester un havre de paix pour la société de consommation, peu importe après qu’au gouvernement on ait l’équivalent des « Républicains » ou des « Démocrates » américains.

Car tel est le fond de la situation : la société française s’est américanisée et le régime lui-même n’est qu’un appendice de la superpuissance américaine. C’est à Washington que tout se décide… Alors que le monde va à la confrontation générale entre Washington et Pékin.

La position, dans ce désastre, c’est de souhaiter la fin du mode de vie occidental, qui ne peut se réaliser que par son dépassement socialiste, avec une remise en cause à tous les niveaux, sur tous les plans. Et la grande initiative américaine, de placer la France au premier rang de la coalition européenne militaire contre la Russie, autour de l’Otan, il faut s’y confronter.

Guerre à la guerre !

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Refus de l’hégémonie

Poussée française pour la guerre en Russie même

Strictement personne ne connaît Jean-Louis Bourlanges. Son rôle est pourtant important, puisqu’il est président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Il est une figure des institutions, et il peut pousser les choses dans un sens ou dans un autre.

Le 19 mai 2024, il a appelé la France à autoriser l’armée ukrainienne à frapper en Russie même au moyen d’armements français. La Russie avait juste auparavant dénoncé que des missiles français avaient été employés par l’armée ukrainienne dans la région de Belgorod.

C’est ainsi une contribution à l’escalade. Et cela sur la base d’un alignement stratégique, puisque Jean-Louis Bourlanges appelle la France « à sortir de sa réserve et à prendre une décision comparable à celle des Britanniques et des Américains ».

L’urgence apparaît également en filigrane du communiqué de Jean-Louis Bourlanges, puisqu’on comprend bien que ce sont les succès opérationnels russes récents qui inquiètent sans commune mesure.

Surtout, Jean-Louis Bourlanges prétend que les « États amis de l’Ukraine sont bien déterminés à rester non belligérants ». C’est totalement faux et lui-même ne peut pas ne pas le savoir. Aussi, s’il appelle à l’emploi d’armements français en Russie même, c’est pour que cette porte soit ouverte avant que la prochaine ne le soit.

Si, en effet, l’armée ukrainienne attaque déjà en Russie, alors les troupes occidentales en Ukraine pourront le faire également lors de leur intervention. Si ce n’était pas le cas et qu’elles en prenaient l’initiative, cela serait une escalade frontale.

Encore une fois, en fait, l’Ukraine est utilisée comme chair à canon. C’est un simple outil pour les pays occidentaux. Et cet outil sera utilisé jusqu’au bout sans pitié aucune, tellement c’est facile, puisqu’il est aux mains des nationalistes, totalement fanatiques, qui réussissent à mettre le pays au service de l’Otan et de la superpuissance américaine.

La chronologie depuis le 26 février 2024 est très claire et la tendance parfaitement lisible. La France veut faire tomber la Russie pour participer à la colonisation de celle-ci, afin de relancer le capitalisme en crise.

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Refus de l’hégémonie

Les États-Unis confirment l’intervention en Ukraine

L’escalade passe obligatoirement par la mise en place d’une opinion publique favorable à la guerre. C’est toujours le même refrain : il serait souhaitable de faire différemment, mais on ne peut pas, car l’ennemi en face est sans foi ni loi, etc.

Le New York Times est un quotidien qui joue ici un rôle éminent. Le 25 février 2024, il avait déjà « révélé » que la superpuissance américaine était en partenariat étroit avec le régime ukrainien depuis 2014. Il y a ainsi eu 12 bases d’espionnage construites à la frontière avec la Russie…

Une « révélation » qui visait, naturellement, à éduquer l’opinion publique américaine, pour dire : voyez, nous sommes déjà installés, nous devons maintenir nos positions.

L’information balancée le 16 mai 2024 relève de cette approche. Ici encore, ce qui est dit serait le résultat d’une « enquête ». Sauf que bien sûr, les journalistes ne font que raconter ce qu’il est voulu qu’il soit raconté. La base de pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, Israël… c’est d’avoir une narration travaillée de manière extrêmement élaborée.

Que dit l’article du New York Times ? Qu’une ligne rouge est en train de devenir floue, car le régime ukrainien a demandé aux États-Unis et à l’Otan de former 150 000 soldats ukrainiens. Et que le président du comité des chefs d’état-major interarmées de l’armée américaine, Charles Q. Brown Jr., a affirmé qu’on y viendrait forcément. « Nous finirons par y arriver, avec le temps ».

L’article dit ouvertement que ce général a raconté cela aux reporters dans un avion les emmenant à un sommet de l’Otan à Bruxelles… Ce qui est ouvertement souligné est le côté officiel.

Pourquoi l’entraînement en Ukraine est-il nécessaire ? Pour deux raisons. Tout d’abord, la contre-offensive ukrainienne a échoué et c’est la preuve qu’un entraînement en-dehors de l’Ukraine est trop abstrait, alors qu’il s’agit de pratiquer des manœuvres assez vastes et coordonnées de tanks, d’infanterie, de d’artillerie.

L’article ne le dit pas ici, mais en réalité les méthodes militaires trop différentes ont amené à des incompréhensions (et au remplacement du chef de l’armée ukrainienne). L’armée américaine enseignait de taper en un seul point sur la ligne de front, en mode « choc », et l’armée ukrainienne avait dispersé ses forces, se cassant les dents sur la défense russe très bien préparée.

Ensuite, l’armée américaine ne connaît que bien trop peu l’intensité de la guerre qui a lieu en Ukraine. Et là on comprend qu’il ne s’agit pas tant d’entraîner l’armée ukrainienne… Que d’entraîner l’armée américaine à une guerre intense d’artillerie et de drones.

Il faut en effet savoir que le principe de la guerre américaine, c’est la supériorité aérienne totale, les missiles hyper calibrés, puis ensuite seulement le déversement des troupes. C’est la théorie du blitzkrieg, ni plus ni moins, et le mode de pensée bourgeois ne peut pas concevoir autre chose.

L’article du New York Times le dit d’ailleurs à mots couverts, expliquant que les formateurs américains formeraient mieux l’armée ukrainienne… s’ils apprenaient eux-mêmes davantage sur le terrain.

L’article explique aussi que certains formateurs américains sont déjà sur le terrain, de manière ciblée, pour aider à utiliser le matériel de guerre fourni… mais qu’il en faudrait bien plus.

Et que plusieurs pays veulent pareillement massifier ce soutien technico-opératif : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’Estonie et la Lituanie sont présentés comme deux pays poussant en ce sens.

Voici donc une pierre de plus à l’édifice de l’escalade. Les tabous tombent les uns après les autres et les contours d’une intervention occidentale en Ukraine sont relativement clairs. Formateurs de plusieurs pays de l’Otan, puis troupes de soutien à l’arrière par plusieurs pays de l’Otan (pas forcément les mêmes)…

Où tout cela mène-t-il ? C’est très clair, pour qui a compris les enseignements de 1914 et de 1939, pour qui a saisi ce qu’est la bataille pour le repartage du monde issue de la crise générale du capitalisme.

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Refus de l’hégémonie

Blinken en Ukraine et un nouveau ministre russe de la Défense

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé le général chargé de la zone de Kharkiv, en raison des succès tactiques de l’armée russe qui vient de lancer une initiative au moyen de 30 000 soldats. L’information, arrivée tardivement, date du 11 mai 2024.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est pour cette raison précipité à Kiev, pour assurer du soutien militaire américain (« cela fera une réelle différence sur le champ de bataille »). De nouvelles aides sont encore annoncées, alors qu’en avril le Congrès américain a décidé d’un « paquet » pour l’Ukraine de 61 milliards de dollars.

Antony Blinken a également mangé une pizza tenue par un nationaliste ayant combattu au début des années 2010 dans le Donbass, puis joué de la guitare dans un bar underground pour reprendre Rockin’ in the Free World de Neil Young.

Du côté ukrainien, depuis le début du conflit, la narration est élaborée comme jamais dans l’histoire. Chaque jour, il y a une mise en scène.

En même temps, la Russie a réorganisé la tête de son armée. Le ministre de la Défense, Sergueï Choigou, a été remplacé par Andreï Belooussov. Cela a été tout de suite compris par tous les commentateurs. Car Andreï Belooussov n’est pas du tout un militaire, c’est un spécialiste de l’économie et de l’organisation de l’économie.

Sa mission est clairement d’organiser l’appareil d’Etat, l’économie et l’administration par rapport à l’armée. Concrètement, Belooussov est chargé de la mise en place du Capitalisme Monopoliste d’Etat. C’est un saut qualitatif très net.

Naturellement, la presse occidentale a affirmé que Sergueï Choigou avait été « limogé ». C’est tout à fait faux. Car ce personnage appartient au gouvernement depuis…. trente ans. Il est indéboulonnable, et a d’ailleurs été nommé… secrétaire du Conseil de sécurité de Russie. Il faut plutôt voir un renforcement de son utilité éventuelle si Vladimir Poutine décédait.

Alors que la guerre est intense en matériel, qu’elle exige une économie de guerre accentuée, il y a une contraction de tout régime voulant tenir le choc. C’est bien le cas ici.

Le poste occupé nouvellement par Sergueï Choigou appartenait à Nikolaï Patrouchev, qui l’avait depuis 2008. C’est une grande figure des services secrets russes et surtout sans doute le principal stratège de l’Etat russe. Il a désormais comme fonction officielle celui d’assistant du président russe Vladimir Poutine.

Un autre assistant nommé est Alexeï Dyumine. Spécialisé initialement dans la sécurité de Vladimir Poutine, il a ensuite été notamment vice-ministre de la Défense. Avec ces deux nouveaux assistants, le nouveau ministre de la Défense, et Sergueï Choigu secrétaire du Conseil de Sécurité, on a la mise en place d’une direction soudée et parfaitement reconnaissable.

C’est une centralisation pour assumer le conflit avec les pays occidentaux qui ont très clairement annoncé que ce serait l’escalade. Le régime ukrainien cherche d’ailleurs à provoquer celle-ci, ayant compris que si cela n’a pas lieu, l’armée russe l’emporte à terme.


19 personnes ont été tuées dans les bombardements des forces armées ukrainiennes sur Belgorod le 12 mai 2024

Historiquement, il n’est pas bien difficile de comprendre ce qui se passe. L’escalade occidentale contre la Russie est strictement parallèle à l’agonie culturelle de la société française. On dirait que l’occident est peuplé de zombies allant mécaniquement à la guerre de repartage du monde afin de sauver le niveau de vie, le style de vie, les privilèges au niveau mondial.

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Refus de l’hégémonie

Les contours de l’intervention occidentale en Ukraine

Il est bien entendu impossible de connaître les plans par définition secrets de l’armée américaine, et donc de savoir quels sont les contours exacts possibles et nécessaires de l’intervention occidentale en Ukraine.

Néanmoins, les 5-6 mai 2024 ont scellé les traits généraux de l’affrontement. Et à moins que l’un des protagonistes ne cède, cela va grosso modo à la chose suivante. Par « céder », on peut comprendre le fait de reculer, à défaut de capituler : Vladimir Poutine, lors de son discours du 8 mai 2024, a souligné qu’il dépendait du camp occidental de savoir quels rapports il veut avec la Russie.

En tout état de cause, les points suivants semblent relever d’une évaluation correcte.

A. L’intervention occidentale ne se fera pas sous l’égide de l’Otan. Cela provoquerait un conflit majeur de manière immédiate et, surtout, de nombreux pays membres ne veulent pas s’embarquer dans l’aventure.

B. La France sera une composante majeure de l’opération. Elle est déjà à la tête de l’initiative, elle pousse sans arrêt en ce sens, elle monte une économie de guerre.

C. La France ne montera pas seule au front. Son initiative rentrera dans un cadre commun d’initiative de solidarité, etc.

D. L’intervention occidentale n’enverra pas de soldats sur le front. Elle consistera en un contingent chargé de protéger l’arrière et de former un bloc pour empêcher une éventuelle avancée russe en cas de percée. La zone derrière Odessa est forcément la priorité.

E. Parmi les pays envoyant des troupes en plus de la France, il faut considérer qu’il y aura a priori au moins la Belgique et les Pays-Bas. Pour l’Italie, ce sera plutôt non, pour l’Allemagne plutôt oui, mais pour ces deux pays c’est très incertain.

F. Dans tous les cas, le front fournissant du matériel sera bien plus large que celui qui enverra directement des troupes.

G. Le contingent occidental devra être d’autour de 60 000 soldats pour représenter quelque chose de suffisamment solide. Difficile d’aller au-delà pour autant, en raison de la faiblesse numérique des troupes occidentales en général (à part celles de la superpuissance américaine) et surtout du besoin d’assurer un cohérence à l’ensemble.

H. L’économie de guerre montera en puissance parallèlement à l’intervention occidentale. L’une nourrira l’autre. Tout cela n’est qu’une étape, que d’ailleurs la France ne voit pas, elle s’imagine simplement avancer un pion, elle ne saisit pas l’engrenage général.

I. Il n’y aura pas d’opposition « naturelle » à l’intervention. Comme le montre le pseudo « soutien » à la Palestine actuellement, la France préfère la comédie, la mascarade, le témoignage chrétien. La seule opposition possible sera politique et c’est le lieu de la recomposition du prolétariat – le seul lieu.

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Refus de l’hégémonie

Les 5-6 mai 2024 scellent l’intervention occidentale en Ukraine

Pour comprendre cet article, il faut bien avoir en tête que nous avons annoncé le conflit armé en Ukraine six mois avant son commencement, et que nous le suivons de manière régulière depuis cette date, avec une analyse rigoureuse et efficace.

Ce qui va être dit est, ainsi, tout à fait sérieux, au-delà du caractère habile des propos. Cette mise en garde alors que la société française est totalement décadente, et que les Français ne savent se révéler que mous et larmoyants.

Voici les deux événements marquants, qui reflètent un moment dramatique.

Le 5 mai 2024, le quotidien italien La Repubblica a publié un article donnant une information « confidentielle » de l’Otan. Cela est précisé de la manière suivante.

« Pour la première fois depuis le début de la guerre, l’OTAN a identifié, de manière très confidentielle et sans annonce officielle, au moins deux lignes rouges au-delà desquelles une intervention directe dans le conflit en Ukraine pourrait avoir lieu. »

L’article n’est pas signé que par un journaliste direct de ce quotidien, mais également par deux correspondants, un basé à… Paris, l’autre à Bruxelles. Il se veut avoir une facture officielle-inoficielle.

Quelles sont les deux lignes rouges? La première, c’est la participation de la Biélorussie au conflit entre la Russie et l’Ukraine. En fait, derrière cela il y a l’idée que si le front s’élargit, l’armée ukrainienne aura du mal à répondre en raison de son manque de soldats.

Cette hypothèse est de toutes façons peu plausible, car du point de vue russe, la Biélorussie est appelée à jouer le rôle de frère futur « arbitre » pour le compromis entre les deux autres frères ennemis russe et ukrainien.

La seconde ligne rouge, c’est l’invasion par l’armée russe des États baltes, de la Pologne ou de la Moldavie. L’hypothèse d’une invasion des Etats baltes ou de la Pologne n’a aucun sens, car ce sont des pays membres de l’Otan et la Russie n’allait pas en 2024 se rajouter de ennemis directs.

La Moldavie, par contre, n’est pas dans l’Otan et là cela indique beaucoup de choses. Il y a là une véritable ligne rouge. Mais à quoi?

L’article italien a été beaucoup commenté, et il a été concerné que l’intervention occidentale en Ukraine dépendait de ces deux points. C’est là une imbécillité.

En réalité, les deux lignes rouges indiquent non pas le point minimum, mais le point maximum. Ce qu’il faut lire, c’est la chose suivante : « tant que la Biélorussie, la Pologne, les Etats baltes et la Moldavie ne sont pas en jeu, l’Otan n’interviendra pas ».

Cela veut dire en même temps : « une intervention occidentale en Ukraine pour participer au conflit est acceptable pour l’Otan, tant que cela ne dépassera pas un certain seuil, défini par les lignes rouges, car là c’est l’Otan collectivement qui interviendrait ».

L’article italien a bien entendu également précisé qu’en l’état, l’Otan n’a aucun plan pour intervenir militairement en Ukraine, histoire de bien fermer l’hypothèse et de livrer l’intervention occidentale à elle-même.

Le 5 mai 2024, l’intervention occidentale en Ukraine a ainsi été autorisée, et définie.

Ne manquait alors plus que la réponse russe. Elle est venue le lendemain. Le 6 mai 2024, le ministre russe de la Défense a annoncé des exercices militaires « en réponse aux déclarations provocatrices et menaçantes de certains dirigeants occidentaux contre la Fédération de Russie ».

La tenue de ces exercices sera faire « sur instruction du Commandant en chef suprême des forces armées de la Fédération de Russie », qui est le président russe Vladimir Poutine. C’est une décision du plus haut niveau possible.

Et, surtout, il y a la tenue de ces exercices.

« Au cours de l’exercice, une série de mesures seront prises pour s’entraîner à la préparation et à l’utilisation d’armes nucléaires non stratégiques. »

La doctrine militaire russe est formelle. L’emploi des armes nucléaires est réservé à une situation où l’existence même de l’Etat russe est menacé. Depuis plusieurs mois, cet emploi a été élargi à la Biélorussie, où des armes nucléaires non stratégiques ont été placées.

Ces armes désignent en fait des bombes nucléaires de puissance bien moindre, pour détruire notamment des troupes s’avançant.

Le principe a notamment été théorisé par l’Otan pendant la guerre froide. En cas d’offensive du pacte de Varsovie, il avait été considéré que les troupes passeraient par deux passes stratégiques : la trouée de Fulda, près de Francfort, et la vallée du Danube à la frontière entre l’Autriche et la Slovaquie. Les armes nucléaires tactiques de l’Otan étaient prêtes à être lancées ou utilisées sur place en cas d’attaque.

Autrement dit, la Russie a elle-même exposé ses deux lignes rouges à une intervention occidentale. La première, c’est une invasion occidentale de la Biélorussie, et il faut considérer que l’enclave de Kaliningrad est concernée ici.

La seconde, c’est la défaite : si l’armée russe est défaite au-delà d’un certain point, elle forcera l’arrêt des hostilités.

Deux autres points viennent s’ajouter.

Tout d’abord, le même jour, la Russie a convoqué l’ambassadeur français, et averti que si des armes britanniques fournis à l’armée ukrainienne frappait le territoire russe, alors « toute installation ou équipement militaire britannique sur le territoire ukrainien et au-delà » pourrait en conséquence être la cible de l’armée russe.

Cela fournit une « limite » à la France et au Royaume-Uni.

Ensuite, le président Xi Jinping était également le même à Paris. Il a tenu de nouveau le discours chinois qui dit tout pour ne rien dire, et rien pour tout dire. La formule la plus concrète fut :

« Nous nous opposons à l’utilisation de la crise ukrainienne pour jeter la responsabilité sur d’autres, salir un pays tiers et déclencher une nouvelle guerre froide. »

Autrement dit, la Chine n’interviendra pas directement aux côtés de la Russie, mais naturellement tout est un jeu mondial, et la Chine a tout intérêt à ce que la Russie ne perde pas, donc il ne faut pas compter sur elle pour se subordonner aux occidentaux.

De toutes manières ici, à part pour les journalistes occidentaux qui sont de purs crétins, il est évident que la Russie n’aurait jamais lancé son opération en Ukraine sans l’accord chinois. Stratégiquement, les intérêts russes et chinois sont trop communs.

Tout cela est malheureusement absolument clair, si on lit correctement les choses. Le 5 mai, les pays occidentaux ont défini le cadre de leur côté, le 6 mai la Russie a défini le cadre de son côté.

Tout ce qui produit sous un certain seuil de tolérance est donc accepté… L’intervention occidentale peut donc se faire, sans « risque de troisième guerre mondiale ».

Il faut noter ici la stupidité de ceux qui imaginent que l’escalade en Ukraine signifierai la destruction du monde. Ce fantasme « exterministe » n’a aucun sens. Les choses sont bien pires que ça, avec des affrontements qui vont s’étendre et se contracter, avec des armes nucléaires qui peuvent être utilisées et provoquer des catastrophes, sans pour autant que ne cesse les conflits, etc.

Pour qui s’intéresse plus précisément à cette question de l’emploi de l’arme atomique, un article est ici incontournable : « Les stratégies impérialistes de contournement de l’équilibre de la
terreur à l’époque de la seconde crise générale du capitalisme :
l’asphyxie comme approche de la superpuissance américaine, le
délitement comme approche sino-russe » (revue Crise n°18, février 2022).

Si on veut angoisser, on peut dire que les 5-6 mai 2024, il y a eu la mise en place d’un contournement de l’équilibre de la terreur.

Naturellement, dans les faits tout sera bien plus compliqué et les généraux furieux qui s’imaginent inventer des « règles » sont en plein délire. Mais ce sont eux qui décident… Ce sont eux qui font ce qu’ils veulent…

Pour l’instant. Guerre à la guerre! L’ennemi est dans notre propre pays, conformément au défaitisme révolutionnaire. Non à l’intervention occidentale pour faire la guerre contre la Russie!

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Culture & esthétique

« Les armées de l’Occident entrèrent en Russie, et la guerre éclata! »

Léon Tolstoï est un titan, car en plus d’être un artiste réaliste à la plume géniale, il était capable de la meilleure des philosophies. L’ensemble est lié, naturellement.

Ce passage qui introduit le Livre III de Guerre & Paix est absolument incontournable. C’est, précisément au milieu du roman, une réflexion matérialiste saisissante sur la guerre et la destinés des hommes.

C’est extrêmement bien exprimé, d’une intelligence rare ; cela reflète d’autant mieux notre actualité, qui est celle d’une nouvelle guerre entre l’Occident et la Russie, avec notre pays la France en première ligne contre la Russie.

Il faut lire Léon Tolstoï, pour comprendre et combattre cette marche terrible vers la guerre, faisant qu‘il arriva ainsi que des millions d’hommes, répudiant tout bon sens et tout sentiment humain, se mirent en marche de l’Ouest vers l’Est pour aller massacrer leurs semblables

Cultivons-nous et développons notre philosophie avec Léon Tolstoï pour être à la hauteur de l’époque ! Guerre à la guerre, à bas l’Otan, à bas les faiseurs de guerre Emmanuel Macron et Joe Biden, à bas le capitalisme ! Vive l’amitié universelle entre les peuples, vive la Gauche historique, vive le socialisme !

« À la fin de l’année 1811, les souverains de l’Europe occidentale renforcèrent leurs armements, et concentrèrent leurs troupes. En 1812, ces forces réunies, qui se composaient de millions d’hommes, y compris, et ceux qui les commandaient, et ceux qui devaient les approvisionner, se mettaient en marche vers les frontières de la Russie, qui, de son côté, dirigeait ses soldats vers le même but. Le 12 juin, les armées de l’Occident entrèrent en Russie, et la guerre éclata !…

C’est-à-dire qu’à ce moment eut lieu un événement en complet désaccord avec la raison et avec toutes les lois divines et humaines ! Ces millions d’êtres se livraient mutuellement aux crimes les plus odieux : meurtres, pillages, fraudes, trahisons, vols, incendies, fabrication de faux assignats… tous les forfaits étaient à l’ordre du jour, et en si grand nombre, que les annales judiciaires du monde entier n’auraient pu en fournir autant d’exemples pendant une longue suite de siècles !… Et cependant ceux qui les commettaient ne se regardaient pas comme criminels !

Où trouver les causes de ce fait aussi étrange que monstrueux ? Les historiens assurent naïvement qu’ils les ont découvertes dans l’insulte faite au duc d’Oldenbourg, dans la non observation du blocus continental, dans l’ambition effrénée de – 297 – Napoléon, dans la résistance de l’Empereur Alexandre, dans les fautes de la diplomatie, etc., etc.

Il aurait donc suffi, s’il fallait les en croire, que Metternich, Roumiantzow ou Talleyrand eussent rédigé, entre une réception de cour et un raout, une note bien tournée, ou que Napoléon eût adressé à Alexandre un : « Monsieur mon frère, je consens à restituer le duché d’Oldenbourg… », pour que la guerre n’eût pas lieu ! On conçoit aisément que tel devait être le point de vue des contemporains.

Ainsi qu’il l’a dit plus tard à Sainte-Hélène, Napoléon attribuait exclusivement la guerre aux intrigues de l’Angleterre, tandis que de leur côté les membres du Parlement anglais donnaient pour prétexte son ambition insatiable ; le duc d’Oldenbourg, l’insulte dont il avait été l’objet ; les marchands, le blocus continental qui ruinait l’Europe ; les vieux soldats et les généraux, l’absolue nécessité de les employer activement ; les légitimistes, le devoir sacré de soutenir les bons principes ; les diplomates, l’alliance austro-russe de 1809, que l’on n’avait pas su dissimuler au cabinet des Tuileries, et la difficulté que présenterait la rédaction d’un mémorandum, portant, par exemple, le n° 178.

Ces raisons, jointes à une foule d’autres, d’une nature plus infime et provenant de la diversité des points de vue personnels, ont pu sans doute satisfaire les contemporains, mais pour nous, pour nous qui sommes la postérité, et qui envisageons dans son ensemble la grandeur de l’événement et qui en approfondissons la vraie raison d’être dans sa terrible réalité, elles ne sauraient nous paraître suffisantes. Nous ne saurions comprendre que des millions de chrétiens se soient entretués parce que Napoléon était un ambitieux, parce qu’Alexandre avait montré de la fermeté, l’Angleterre de la ruse, ou parce que le duc d’Oldenbourg avait été insulté !

Où est donc le lien entre ces circonstances et le fait même du meurtre et de la violence ? Pourquoi les habitants des gouvernements de Smolensk et de Moscou ont-ils été, en conséquence de semblables motifs, égorgés et ruinés par des milliers d’hommes venus du bout opposé de l’Europe ?

Nous ne sommes pas des historiens, et nous ne nous laissons pas entraîner à la recherche, plus ou moins subtile, des causes premières : aussi, nous contentons-nous de juger les événements avec notre simple bon sens, et plus nous les étudions de près, plus, nous leur trouvons de motifs véritables. De quelque façon qu’on les envisage, ils nous paraissent également justes ou également faux, si l’on en compare l’infime valeur intrinsèque avec l’importance des faits qui en ont été la conséquence, et nous restons convaincus que leur ensemble seul peut en donner une explication plausible.

Pris isolément, le refus de Napoléon, qui ne veut pas rappeler ses troupes en deçà de la Vistule, ou rendre le grand-duché au grand-duc d’Oldenbourg, nous paraît aussi valable, comme argument, que si l’on disait : S’il avait plu à un caporal français de quitter le service, et si son exemple avait été suivi par un grand nombre de ses camarades, le nombre des soldats aurait été trop réduit, la guerre serait, en conséquence, devenue impossible.

Sans doute, si Napoléon ne s’était point offensé de ce qu’on exigeait de lui, si l’Angleterre et le duc dépossédé n’avaient pas intrigué, si l’Empereur Alexandre n’avait pas été profondément froissé, si la Russie n’avait pas été gouvernée par un pouvoir autocratique, si les raisons qui ont amené la révolution française, la dictature et l’Empire n’avaient point existé, il n’y aurait pas eu de guerre ; mais, de même aussi, qu’une de ces causes vînt à manquer, et rien de ce qui est arrivé n’aurait eu lieu!

C’est donc de leur ensemble, et non de l’une d’elles en particulier, que les événements ont été la conséquence fatale : ILS SE SONT ACCOMPLIS PARCE QU’ILS DEVAIENT S’ACCOMPLIR, et il arriva ainsi que des millions d’hommes, répudiant tout bon sens et tout sentiment humain, se mirent en marche de l’Ouest vers l’Est pour aller massacrer leurs semblables, comme, quelques siècles auparavant, des hordes innombrables s’étaient précipitées de l’Est vers l’Ouest, en tuant tout sur leur passage !

Considérés par rapport à leur libre arbitre, les actes de Napoléon et d’Alexandre étaient aussi étrangers à l’accomplissement de tel ou tel événement que ceux du simple soldat que le recrutement ou le tirage au sort obligeait à faire la campagne.

Comment d’ailleurs aurait-il pu en être autrement ? Pour que leur volonté, maîtresse en apparence de tout diriger à leur gré, se fût exécutée, il aurait fallu le concours d’une infinité de circonstances ; il aurait fallu que ces milliers d’individus entre les mains desquels se trouvait la force agissante, que tous ces soldats qui se battaient, ou qui transportaient les canons et les vivres, consentissent à faire ce que leur ordonnaient ces deux faibles unités, et que leur soumission unanime fût motivée par des raisons aussi compliquées que diverses.

Le fatalisme est inévitable dans l’histoire si l’on veut en comprendre les manifestations illogiques, ou, du moins celles dont nous n’entrevoyons pas le sens et dont l’illogisme grandit à nos yeux, à mesure que nous nous efforçons de nous en rendre compte.

Tout homme vit pour soi, et jouit du libre arbitre nécessaire pour atteindre le but qu’il se propose. Il a, et il sent en lui la faculté de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose, mais, du moment qu’elle est faite, elle ne lui appartient plus, et elle devient la propriété de l’histoire, où elle trouve, en dehors du hasard, la place qui lui est assignée à l’avance.

La vie de l’homme est double : l’une, c’est la vie intime, individuelle, d’autant plus indépendante que les intérêts en seront plus élevés et plus abstraits ; l’autre, c’est la vie générale, la vie dans la fourmilière humaine, qui l’entoure de ses lois et l’oblige à s’y soumettre.

L’homme a beau avoir conscience de son existence personnelle, il est, quoi qu’il fasse, l’instrument inconscient du travail de l’histoire et de l’humanité. Plus il est placé haut sur l’échelle sociale, plus le nombre de ceux avec qui il est en rapport est considérable, plus il a de pouvoir, plus sont évidentes la prédestination et la nécessité inéluctable de chacun de ces actes :

LE CŒUR DES ROIS EST DANS LA MAIN DE DIEU !

LES ROIS SONT LES ESCLAVES DE L’HISTOIRE !

L’histoire, c’est-à-dire la vie collective de toutes les individualités, met à profit chaque minute de la vie des rois, et les fait concourir à son but particulier. Bien que Napoléon fût plus que jamais convaincu, en l’an de grâce 1812, qu’il dépendait de lui seul de verser ou de ne pas verser le sang de ses peuples, plus que jamais au contraire il était assujetti à ces ordres mystérieux de l’histoire qui le poussaient fatalement en avant, tout en lui laissant l’illusion de croire à son libre arbitre.

Ainsi donc, tout en obéissant, à leur insu, à la loi de la coïncidence des causes, ces hommes qui marchaient en foule vers l’Orient, pour tuer et massacrer leurs semblables, y étaient en même temps conduits par ces nombreuses et puériles raisons qui, aux yeux du vulgaire, motivaient cette terrible perturbation.

Ces raisons, on les connaît, c’étaient : la violation du blocus continental, le démêlé avec le duc d’Oldenbourg, l’entrée des troupes en Russie pour en obtenir, comme le croyait Napoléon, une neutralité armée, son goût effrénée pour la guerre, l’habitude qu’il en avait prise, jointe au caractère des Français, à l’entraînement général causé par le grandiose des préparatifs, aux dépenses qu’ils occasionnaient et à la nécessité par suite d’y trouver des compensations, aux honneurs enivrants qu’il avait reçus à Dresde, aux négociations diplomatiques qui, quoique animées, au dire des contemporains, d’un sincère désir de paix, n’avaient cependant abouti qu’à froisser les amours-propres de part et d’autre… et mille autres prétextes, plus ou moins bons, qui, tous réunis, n’avaient, en définitive, d’autre résultat que le fait qui devait fatalement s’accomplir.

Pourquoi une pomme tombe-t-elle quand elle est mûre ? Est-ce son poids qui l’entraîne ? Est-ce la queue du fruit qui meurt ? Est-ce le soleil qui la dessèche ? Est-ce le vent qui la détache, ou bien est-ce tout simplement que le gamin qui est au pied de l’arbre a une envie démesurée de la manger ?

Prise à part, aucune de ces raisons n’est la bonne. La chute de cette pomme est la résultante obligée de toutes les causes qui produisent l’acte le plus minime de la vie organique. Par conséquent le botaniste qui attribuera la chute de ce fruit à la décomposition du tissu cellulaire aura tout aussi raison que l’enfant qui l’attribuera à son désir de la croquer à belles dents et à la réalisation de son désir.

De même aura tort et raison à la fois celui qui dira que Napoléon a été à Moscou parce qu’il l’avait résolu, et qu’il y a trouvé sa perte parce que telle était la volonté d’Alexandre ; de même aura tort et raison celui qui assurera qu’une montagne pesant plusieurs millions de pouds (environ 20 kg, NDT) et sapée à sa base ne s’est écroulée qu’à la suite du dernier coup de pioche donné par le dernier terrassier !

Les prétendus grands hommes ne sont que les étiquettes de l’Histoire : ils donnent leurs noms aux événements, sans même avoir, comme les étiquettes, le moindre lien avec le fait lui-même. Aucun des actes de leur soi-disant libre arbitre n’est un acte volontaire : il est lié à priori à la marche générale de l’histoire et de l’humanité, et sa place y est fixée à l’avance de toute éternité. »

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Refus de l’hégémonie

Macron dans The Economist: la guerre au nom de l’Europe

Lorsque le président français Emmanuel Macron a parlé d’intervention militaire française en Ukraine le 26 février 2024, pratiquement personne ne l’a pris au sérieux dans le pays. Les Français sont ainsi, ils ne prennent rien au sérieux.

Néanmoins, tout l’appareil d’État s’est mis en branle dans cette perspective de conflit. L’économie de guerre a pris forme, la propagande a commencé à se généraliser.

Le 2 mai 2024, dans un entretien à l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel Macron a réaffirmé la perspective de l’intervention. Et là les Français ne se moquent plus de lui. Car en deux mois, le matraquage a opéré. En ce sens, notre chronologie de l’escalade depuis le 26 février 2024 est une arme politique centrale et il y a lieu de se fonder dessus en toutes occasions.

L’entretien avec The Economist s’inscrit dans cette militarisation et il va d’ailleurs avec un paquet. On a l’interview publié en anglais, l’original en français, un article de présentation de The Economist, puis un long article de commentaire.

« Une région en danger mortel »
« Le message urgent d’Emmanuel Macron pour l’Europe »

Le mot d’ordre de The Economist : Emmanuel Macron a « une vision apocalyptique », et malgré les apparences où l’on peut penser qu’il va très loin, ou trop loin, il aurait raison. « Comme d’autres lugubres visionnaires, il court le risque que son message soit ignoré ».

On lit en conclusion de la présentation d’ailleurs la chose suivante.

« Monsieur Macron est plus clair sur les périls auxquels l’Europe est confrontée que le dirigeant de n’importe quel autre grand pays.

Lorsque le leadership fait défaut, il a le courage de regarder l’histoire dans les yeux. La tragédie pour l’Europe est que les paroles de la Cassandre française risquent de tomber dans l’oreille d’un sourd. »

Emmanuel Macron a donc ici le statut d’un prophète. Sa parole est présentée comme essentielle, car ce dont il s’agit, c’est de sauver la partie européenne de l’occident capitaliste. Pas moins.

Ce qu’il faut noter en effet, et c’est très important, c’est que The Economist souligne que l’entretient se tient quelques jours après le grand discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron, tenu à la Sorbonne.

Or, comme on le sait, le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne. Il faut donc comprendre l’Europe au sens d’un continent. Emmanuel Macron parle d’ailleurs de menace « existentielle » pour l’Europe géographique et il est également question de la Norvège, un autre pays à l’écart de l’Union européenne.

Emmanuel Macron parle d’un « beau, grand et existentiel débat que les Européens doivent avoir et qui n’est pas réduit à l’Union européenne ». 

Emmanuel Macron à la Sorbonne pour son discours sur l’Europe

Le long article de commentaire de l’interview est d’ailleurs titré « How to rescue Europe », « Comment sauver l’Europe ». Il cite les propos d’Emmanuel Macron lors de l’entretien, comme quoi « une civilisation peut mourir ».

Que dit justement Emmanuel Macron ? Voici les propos les plus significatifs. Mais avant tout, il faut remarquer qu’Emmanuel Macron est brillant dans la construction du propos. On sait comment en France, on aime se moquer des politiques, de manière populiste, disproportionnée. C’est un défaut, propre aux Français qui ne savent pas accorder de gravité suffisante aux choses essentielles.

Emmanuel Macron agit en effet en professionnel. Le moindre mot est soupesé, habilement choisi. Il maîtrise de manière parfaite tout le langage et la philosophie de « l’humanisme européen », dont la source est l’esprit bourgeois tchécoslovaque des années 1920.

La Tchécoslovaquie, qui venait de se libérer de l’oppression féodale autrichienne et hongroise, était la seule démocratie bourgeoise d’Europe centrale, au milieu des dictatures fascistes. Cela a produit un esprit bourgeois post-chrétien (ou démocrate-chrétien), « progressiste », « humaniste », anti-féodal et libéral, mais teinté d’inquiétude : l’humanité connaît une crise, il faut réfléchir au développement de la technique, le rôle de la technique et de l’organisation, etc.

Les propos d’Emmanuel Macron, dans leur forme et leur esprit, sont un écho très clair de ceux du président tchécoslovaque Tomáš Masaryk, d’Edmund Husserl, de Karel Čapek, repris ensuite par Karel Kosík, Jan Patočka, Václav Havel.

C’est l’idéologie de l’Union européenne, bien qu’il manque une inquiétude profonde, une angoisse, qu’on retrouve par contre de manière totale et absolue en France Antoine de Saint-Exupéry, Albert Camus, la CFDT, l’UNEF, etc.

Emmanuel Macron se situe dans cette perspective. Il est donc un cadre bourgeois brillant. En fait, il redevient le jeune libéral-démocrate « moderne » qui avait été choisi par la haute bourgeoisie moderniste, financière et technologique, pour gagner l’élection présidentielle de 2017.

Il faut, pour saisir son approche, de l’intelligence et de la culture, sans quoi on se fait piéger. C’est à cela que nous travaillons. Emmanuel Macron se propose comme Tomáš Masaryk, il le fait sciemment. S’imagine-t-on qu’on puisse le combattre sans être à son très haut niveau intellectuel et idéologique ?

Ce n’est pas avec la CGT qu’on combat au plus haut niveau, en fait celui de l’affrontement entre capitalisme et Socialisme. C’est avec l’esprit de Parti, avec le drapeau rouge. Avec un travail de fond, avec une presse intelligente et cultivée. C’est notre travail, central et essentiel.

La teneur des propos d’Emmanuel Macron n’en apparaissent, cela dit, que plus clairement.

« Nous sommes le continent qui a inventé la démocratie libérale. Nos systèmes de société reposent sur ces règles. Or nous sommes percutés par ce que les réseaux sociaux et la numérisation de la vie de nos sociétés et du fonctionnement démocratique créent de vulnérabilités. »

« Les choses peuvent se désagréger très vite. Elles créent en Europe et partout ailleurs, une montée des colères et du ressentiment. Nos compatriotes le sentent. Cela nourrit de la peur, de la colère et cela nourrit les extrêmes. Les choses peuvent se précipiter beaucoup plus vite qu’on ne le croit et peut conduire à une mort beaucoup plus brutale qu’on ne l’imagine.

Ce qui m’intéresse surtout, c’est de conjurer ce mouvement à l’œuvre et montrer qu’un sursaut est possible. Et d’ailleurs, toutes les décisions que nous avons prises ces dernières années, sont des décisions que nous n’avons pas prises dix ans plus tôt. On a réagi plus vite, mieux et dans la bonne direction.

Mais il y a une telle accélération des risques, des menaces, du mal-être de nos sociétés qu’il nous faut maintenant un sursaut beaucoup plus profond. Et au fond, il nous faut bâtir un nouveau paradigme. Un nouveau paradigme géopolitique, économique et de société pour l’Europe. »

« Il y a non seulement un retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen, mais cette guerre est menée par une puissance dotée de l’arme nucléaire et qui a un discours belliqueux. Tout cela fait que l’Europe doit légitimement se poser la question de sa protection militaire. Et qu’en effet, elle doit se préparer à ne plus bénéficier de la même protection par les Etats-Unis d’Amérique, c’est ce que je disais déjà en 2019 dans vos colonnes. Nous devons nous préparer à nous protéger. »

« Le défi pour l’Europe est économique et technologique. Il n’y a pas de grandes puissances sans prospérité économique, ni sans souveraineté énergétique et technologique. »

« Nous devons être encore plus puissants, plus forts, plus radicaux. Et à cela s’ajoute le fait que l’Europe ne produit pas assez de richesse par habitant, en comparaison là aussi des autres grandes puissances, et notre grande ambition, alors que nous sommes dans un moment de réallocation des facteurs de production, qu’il s’agisse des cleantech ou de l’intelligence artificielle, c’est d’être un continent attractif pour ces grands investissements. »

Tout ce discours permet donc de faire de la Russie un ennemi absolu, une sorte d’entité anti-libérale et anti-moderne par excellence. Une construction habile, qui obtient sans souci l’aval des citoyens biberonnés à la société de consommation.

« La Russie, c’est une menace qu’on connaît, qu’on a toujours vu. Je parle pour l’ensemble des Européens et tout particulièrement pour l’Allemagne et la France, puisque nous étions en charge de sauver les accords de Minsk et du processus de Normandie. »

« Depuis 2022, Vladimir Poutine n’a plus mis les pieds lui-même dans un g20 et il a été exclu du g8 devenu g7 en 2014. Elle a décidé d’enfreindre le droit international en violant des frontières internationalement reconnues pour un membre permanent du Conseil de sécurité.

À ce point, avec une telle constance, c’est inédit. Elle a aussi commis des crimes de guerre, là aussi avec une puissance inédite. C’est elle qui a lancé cette guerre d’agression contre un pays souverain sur le sol européen.

Il ne faut pas sous-estimer non plus le glissement. Sur la question des oblasts, la Russie a essayé de construire une espèce de paravent de légalité, lequel a été ensuite abandonné. Beaucoup de gens ont sous-estimé le glissement qu’il y a eu entre février et avril 2022. En février, la Russie faisait encore l’effort de formuler un narratif qui serait compatible avec le droit international avec cette idée d’« opération spéciale ».

Maintenant, la Russie elle-même utilise le mot de « guerre » et l’assume. Elle est sortie de tous les cadres et au fond, elle est rentrée dans une logique de guerre totale.

Depuis 2022, de manière croissante, la Russie a ajouté la menace nucléaire explicite, parfois désinhibée, par la voix du président Poutine lui-même et ce, de manière systématique. Elle y a ajouté l’hybridité, en provoquant et en attisant des conflits qui étaient parfois larvés dans d’autres zones. Elle y a ajouté des agressions et des menaces dans l’espace et dans le champ maritime, et elle y a ajouté des menaces et des attaques cyber et informationnelles à un niveau inédit que nous avons décidé, avec nos partenaires européens, pour la première fois, de révéler.

La Russie aujourd’hui est devenue une puissance suréquipée qui continue d’investir de manière massive dans les armements de tout type et qui a une posture de non-respect du droit international, d’agressivité territoriale et d’agressivité dans tous les champs connus de la conflictualité.

C’est aujourd’hui aussi une puissance de déstabilisation régionale partout où elle le peut. Et donc oui, la Russie, ce faisant, par son comportement et ses choix, est devenue une menace pour la sécurité des Européens. En dépit de tous les efforts qui ont été faits par la France, mais aussi par l’Allemagne et les Etats-Unis. »

Après de tels propos, la guerre se justifie d’elle-même

The Economist: Maintenez-vous vos propos concernant un envoi éventuel des troupes au sol ?

Président Macron: Tout à fait. Comme je l’ai dit, je n’exclus rien, parce que nous avons face à nous quelqu’un qui n’exclut rien. 

CQFD : puisque, en face, est apparu un ennemi sans légitimité, une puissance définie par le rejet du « droit », alors on a le droit de s’y confronter. Le raisonnement est implacable.

Et alors autant le faire le plus tôt possible :

« Si les Russes devaient aller percer les lignes de front, s’il y avait une demande ukrainienne – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – on devrait légitimement se poser la question. »

C’est donc la décision de la guerre, qui sera prise mécaniquement (car de la « faute » des Russes), anonymement (car sous prétexte de la protection européenne en général).

Si l’on regarde avec intelligence le cours des choses, tout s’enchaîne avec méthode et cohérence. Cela ne veut pas dire qu’Emmanuel Macron sache ce qu’il fait, car la bourgeoisie ne pense pas. Il ne veut pas de la guerre, dira-t-il, si on lui demande personnellement, et il sera sincère dans sa réponse.

Mais l’Histoire est l’Histoire de la lutte des classes, et il n’est qu’un outil de la bataille pour le repartage du monde, de la bataille sino-américaine pour l’hégémonie.

A nous de lever le drapeau rouge contre l’hégémonisme et la guerre !

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Nouvel ordre

1er mai 2024 – faire face à la guerre

Le premier mai, c’est la journée du prolétariat international, c’est la journée du drapeau rouge. Et comme malheureusement le prolétariat international n’est pas à la hauteur, le monde se précipite dans la guerre. Les capitalistes visent à se repartager le monde pour développer coûte que coûte leurs économies.

C’était sans doute inévitable en raison de l’expansion massive du capitalisme entre 1989 et 2020, à l’échelle mondiale. L’intégration des pays de l’ancien bloc de l’Est et la transformation de la Chine en usine du monde ont facilité de manière massive l’accès aux marchandises. Les gens des pays occidentaux sont tout simplement corrompus par le mode de vie occidental.

Les gens considèrent qu’il n’y a plus de classe, que le capitalisme est le seul horizon. La question animale les interpelle parfois peut-être, mais ils ne font rien pour les animaux pour autant. Les femmes refusent d’assumer la direction de la société, laissant les généraux être tous des hommes, ainsi que la quasi totalité des banquiers, des grands patrons, des grands financiers, etc.

Sous prétexte de tolérance, c’est le libéralisme qui dirige tout, donnant naissance à la permissivité généralisée, au laxisme, à la fragilité artificielle, au culte émotif de l’ego, au style de vie bobo ou LGBT. Rien ne va plus dans la société capitaliste en perdition, en décadence généralisée.

Mais le Socialisme est inévitable historiquement. Et le capitalisme triomphant a comme conséquence la grande bataille pour le repartage du monde. La crise de 2020 a tout bouleversé, la croissance a rencontré un mur, et le seul moyen de le contourner est pour chaque pays de s’approprier les richesses d’un autre pays.

C’est donc la guerre qui est à l’ordre du jour. Et là, le prolétariat a des intérêts contraires à ceux de la bourgeoisie. Il peut et doit se recomposer dans une vaste lutte de classes l’arrachant à sa corruption et le replaçant en face de son ennemi historique.

Il n’y a donc pas lieu de perdre son temps avec la pseudo-gauche, universitaire et bobo, dont le centre de gravité, ce sont les réseaux sociaux, dont les références, ce sont les migrants et les LGBT. Tout cela n’est que le produit « de gauche » de la société de consommation.

Ce qu’il faut, c’est réapprendre de Rosa Luxembourg et de Lénine, pour affirmer le défaitisme révolutionnaire. L’ennemi est dans notre propre pays, il faut saboter l’effort de guerre, guerre à la guerre !

La France est en train de mettre en place une « économie de guerre ». C’est là une ennemie. Cette mise en place est également directement encadrée et soutenue par l’Otan d’un côté, l’Union européenne de l’autre. Ce sont là deux autres ennemis. Et tout cela a comme sens fondamental que la France est devenue le vassal de la superpuissance américaine, qui entend affronter son concurrent chinois.

La France met en place une économie de guerre, en tant que vassal le plus zélé de la superpuissance américaine qui entend à ce que l’Otan et surtout l’Union européenne se lance dans un soutien à tous les niveaux au régime ukrainien pour défaire la Russie. Telle est la clef de toute la situation politique.

C’est l’aspect principal. Tout dépend de ça. Il n’est pas de phénomènes en France qui n’échappe à cette tutelle historique qu’est la marche à la guerre.

Nous ne sommes qu’au début du processus. Mais la guerre mondiale a déjà commencé. Les 5-10 ans à venir vont être décidés par l’affrontement sino-américain.

Il y a besoin d’un pays occidental décrochant de la société de consommation, rejetant les hégémonies impérialistes. Faisons en sorte que ce soit le nôtre !

Vive le Socialisme – guerre à la guerre !

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Refus de l’hégémonie

« Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie »

Pas un jour sans bourrage de crâne ! Cette fois, c’est un inconnu qui s’y colle, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe depuis février 2024. Dans une interview à Ouest-France le 21 avril 2024, il se déchaîne. « Nous sommes pilonnés », dit-il.

Par quoi? Par des manipulations russes à grande échelle, qui amèneraient à penser comme-ci ou à réfléchir comme-ça. Et cela, tout le temps ! Les preuves, bien sûr il n’y en a aucune.

« Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie de Vladimir Poutine et de ses courroies de transmission. Il ne se passe pas une semaine sans que la France ne soit la cible de manœuvres coordonnées et délibérées pour perturber le débat public et interférer dans la campagne pour les élections européennes. »

L’emploi des mots « courroie de transmission » est lourd de sens. Il est évident que les opposants à la guerre contre la Russie seront taxés d’agents de la Russie. Le narratif s’installe pour criminaliser.

Il ne peut qu’en être ainsi, car la Russie n’a aucune influence sur l’opinion publique. Personne n’en a une, d’ailleurs. Les gens suivent la société de consommation, et tant que ça tourne, ça tourne. Croire qu’avec quelques sites internes mensongers ou des bots producteurs de messages sur les réseaux sociaux, la Russie pourrait manipuler à grande échelle des gens, c’est prendre au sérieux les théoriciens de la publicité et du marketing.

Bien entendu, cela ne veut pas dire que les Etats ne mènent aucune opération de guerre psychologique. Mais là, on est en plein fantasme, on est dans le bourrage de crâne, en jouant sur l’image d’Epinal du Russe sûr de lui et manipulateur induisant les esprits en erreur avec des moyens totalitaires.

Ce qui joue, en réalité, ce sont les influences culturelles et idéologiques. C’est indirectement que ces choses fonctionnent, certainement pas à coups de manipulations grossières sur des réseaux sociaux.

D’ailleurs, Jean-Noël Barrot explique… que de son côté l’Etat mobilise des influenceurs et la télévision nationale pour diffuser les valeurs de l’Union européenne vues par le prisme du gouvernement… C’est très exactement cela, le réel pilonnage pour façonner les opinions publiques.

Dans ce cadre, l’Union européenne est devenu de manière unilatérale l’outil de la superpuissance américaine, avec son idéologie libérale-sociale, mêlant LGBT, art contemporain, relativisme généralisé, consumérisme débridé, etc.

Et la fonction, c’est désormais la guerre contre la Russie. D’où la théorie de la « souveraineté européenne », une fiction au service de la campagne belliciste.

Tout cela marche très efficacement. Il n’est pas difficile de voir en avril 2024 qu’en France, le légitimisme est généralisé. Tout le monde s’aligne sur un mode de vie à protéger coûte que coûte. Rien ne doit plus venir bousculer la société de consommation. Et pour la sauver, la Russie doit tomber, telle est la démarche absolument dominante.

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Refus de l’hégémonie

États-Unis: 95 milliards de dollars pour la guerre

La Chambre des représentants, l’équivalent américain de l’Assemblée nationale en France, a voté samedi 20 avril 2024 un plan gigantesque de 95 milliards de dollars, dont 61 milliards présentés comme étant en faveur de l’Ukraine, par 311 voix pour et 112 voix contre.

Cela faisait des mois que la situation était bloquée par l’opposition républicaine, particulièrement par sa frange la plus radicale organisée autour de Mike Johnson, réputé proche de Donald Trump.

Il est le président de cette assemblée et prônait une ligne dure consistant en le fait de se focaliser uniquement sur l’affrontement contre la superpuissance chinoise (via Taïwan), en laissant de côté l’affrontement avec la Russie (via l’Ukraine).

Finalement, il a fait voter le plan de Joe Biden à propos de l’Ukraine en déclarant :

« Pour parler franchement, je préfère envoyer des munitions à l’Ukraine plutôt que des soldats américains. Mon fils va entrer à l’Académie navale cet automne. Pour moi comme pour de nombreuses familles américaines… ce n’est pas un jeu, ce n’est pas une plaisanterie ».

D’ici quelques jours, les formalités devraient être réglées après un passage du texte devant le Sénat, puis une validation par le Président Joe Biden lui-même.

En fait, les 61 milliards pour le régime ukrainien seraient ainsi répartis :

  • environ 10 milliards de dollars pour de l’assistance économique dédiée aux secteurs de l’énergie et des infrastructures, sous la forme d’un prêt ;
  • près de 14 milliards de dollars pour former, équiper et payer l’armée ukrainienne ;
  • le reste pour les usines d’armement américaines.

Par ailleurs, le plan d’aide autorise le Président Joe Biden à confisquer et à vendre des actifs financiers russes, pour qu’ils servent à financer la reconstruction de l’Ukraine.

Autrement dit, tout cela consiste essentiellement en deux choses : d’une part l’asservissement économique de l’Ukraine (ou de ce qu’il en restera) à l’issue de la guerre, d’autre part en la mise en branle de l’économie de guerre aux États-Unis en vue de l’affrontement avec la Chine.

Le plan consiste également en 13 milliards d’aide à Israël, qui profite du massacre du 7 octobre pour procéder à la destruction meurtrière de Gaza, et surtout en 8 milliards d’investissement dans des sous-marins pour venir en aide au régime de Taïwan contre la Chine.

À la manière d’une film hollywoodien (il faut imaginer ici une musique mièvre et lancinante pour accompagner la lecture), le président ukrainien Zelensky a immédiatement déclaré à l’issue du vote :

« Je remercie la Chambre des représentants des États-Unis, les deux partis, ainsi que le président Mike Johnson personnellement pour cette décision qui maintient l’histoire sur la bonne voie.

La démocratie et la liberté auront toujours une importance mondiale et n’échoueront jamais tant que les États-Unis contribueront à les protéger. Le projet de loi vital sur l’aide américaine adopté par la Chambre aujourd’hui empêchera la guerre de s’étendre, sauvera des milliers et des milliers de vies et aidera nos deux nations à devenir plus fortes.

Une paix et une sécurité justes ne peuvent être obtenues que par la force.

Nous espérons que ces projets de loi recevront le soutien du Sénat et seront envoyés au bureau du président Biden. Merci l’Amérique ! »

En plus d’être pathétiques, ces propos sont odieux, car bien évidemment ils n’aideront en rien à sauver des milliers de vies. Ce qui se prépare, concrètement et directement, c’est un emballement guerrier meurtrier avec les millions de victimes que fera la grande bataille pour le repartage du monde, qui ne fait que s’élargir, chaque jour.

L’Ukraine, la nation ukrainienne, n’est malheureusement qu’un prétexte à tout cela, son peuple servant de chair à canon pour ce qui n’est qu’un prologue à la troisième guerre mondiale.

Concrètement, le régime nationaliste et corrompu de Kiev va pouvoir, grâce à l’aide américaine, tenir tête encore quelques temps au rouleau compresseur russe. Mais l’Ukraine est déjà condamnée depuis longtemps, n’étant qu’un pion, une case, un passage sur le chemin historique du véritable conflit : l’affrontement entre la superpuissance américaine et son challenger, la superpuissance chinoise.

D’ailleurs, le président Joe Biden ne s’est pas trompé en expliquant très justement la nature de ce plan de 95 milliards :

« un message clair sur la puissance du leadership américain à travers le monde ».

Ce n’est pas pour rien que le même jour, le secrétaire d’État américain Antony Blinken (l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères) expliquait que selon lui la Chine alimente indirectement le conflit en Ukraine en fournissant des composants pour son industrie de défense, permettant ainsi à Moscou de « continuer son agression ». Un voyage en Chine est d’ailleurs annoncé de sa part.

C’est en effet de cela dont il s’agit en priorité pour les représentants américains : affronter indirectement la Chine et se préparer à affronter directement la Chine.

Tout le reste n’est que du cinéma, de la narration, pour légitimer le fait de faire tourner l’économie de guerre américaine. Personne n’en a rien à faire ni de l’Ukraine, ni des Ukrainiens.

Forcément, la Russie ne se prive pas de le dénoncer et c’est très habilement que le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov a déclaré :

« La décision de fournir une aide à l’Ukraine était attendue et prévisible. Elle enrichira davantage les États-Unis et ruinera encore plus l’Ukraine, en tuant encore plus d’Ukrainiens à cause du régime de Kiev ».

Il faut préciser également une chose très importante, qui pourrait paraître anecdotique au premier abord mais qui ne l’est pas du tout. Le plan voté ce samedi 20 avril 2024 contient également un texte prévoyant la possibilité de l’interdiction de l’application TikTok.

Cette application est directement liée au régime chinois, via sa maison-mère ByteDance, pour ce qu’il est convenu d’appeler à notre époque la guerre hybride.

TikTok est d’abord un gigantesque aspirateur à intelligence : sur le plan culturel et moral, l’application est un véritable désastre, abrutissant une génération entière de part son fonctionnement qui rend les cerveaux hostiles à tout effort, à toute réflexion. Il est évident que la Chine a intérêt à abrutir la jeunesse américaine (et la jeunesse occidentale en générale).

Mais il y a également le fait, plus concret et facile à voir, que l’application est accusée par les représentants américains d’être utilisée par la Chine pour espionner et manipuler ses 170 millions d’utilisateurs aux États-Unis.

Il y a là un enjeu immense, un affrontement de la plus haute importance, entre les deux puissances rivales. C’est la bataille pour le repartage du monde, c’est la 3e guerre mondiale comme perspective immédiate.

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Refus de l’hégémonie

12 avril 2024, journée de l’escalade forcenée

La chronologie depuis le 26 février 2024 est totalement délirante. Prenons le 12 avril 2024 : en apparence, c’est une journée comme les autres. Il n’y a aucune information majeure qui a marqué l’opinion. Et pourtant, c’est une journée dramatique tellement il y a de choses.

Déjà, il y a eu Pierre Lévy, ambassadeur français à Moscou, convoqué par le ministère russe des Affaires étrangères. Cela fait suite aux propos du ministre français des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, affirmant que le contact avec la Russie devait être rompu.

La Russie a affirmé que « l’ambassadeur français a été informé du caractère inacceptable de telles déclarations, qui n’ont rien à voir avec la réalité », que c’est « une action consciente et délibérée » de la part de la France, « visant à saper la possibilité même de tout dialogue entre les deux pays ».

Le même jour, le ministre des Armées Sébastien Lecornu passait sur la chaîne LCI, qui est propagandiste en mode ultra pour la guerre à la Russie. Il a expliqué vouloir « moderniser » le recensement des jeunes, afin d’être en mesure d’identifier les compétences et dans une perspective de « remilitariser » la Journée défense et citoyenneté.

Toujours le même jour, Ouest France publiait un grand entretien du même Sébastien Lecornu. Voici une question et la réponse qu’il donne, et tout est clair.

L’opinion s’interroge, elle sent les bruits de bottes revenir. Faut-il se préparer à la guerre ?

S. L. : Oui, mais à celle qui pourrait éventuellement nous tomber dessus demain, pas à celles d’hier ! 

On notera que dans l’interview, Sébastien Lecornu se revendique de manière ininterrompue du gaullisme. C’est, comme on l’a remarqué ici, un nouvel outil dans la narration. La France serait « indépendante » en s’alignant sur les Etats-Unis!

Il insiste également très lourdement sur l’économie de guerre, qui serait la preuve de « l’indépendance » par rapport aux Etats-Unis. En réalité, c’est le valet qui est satisfait du rôle que lui a attribué son maître.

Le même jour, encore Ouest France publie une interview de Sébastien Lecornu pour parler de son coup de téléphone à son homologue russe. « L’échange a été dur » a-t-il dit. Et, un joli coup calculé, il explique… que la France entraîne des pilotes de l’armée ukrainienne.

Ouest France est ici un outil de la narration belliciste. C’est une opération psychologique.

Selon nos informations, des pilotes ukrainiens seraient formés dans le sud de la France à l’usage des avions de chasse de dernière génération. Vous pouvez nous le confirmer ?

Oui, sur une formation généraliste, sur Alpha Jet, qui permet à des pilotes ukrainiens d’acquérir des fondamentaux sur le pilotage d’un avion de chasse.

Dans le cadre de la réflexion sur les avions, on a réussi quelque chose de technologiquement important, l’adaptation des bombes air-sol guidées AASM sur des avions de classe soviétique.

Ce n’est pas le tout d’avoir un avion, si vous n’avez pas de pilotes formés et les munitions qui vont avec. Nous avons pris les devants avec ces bombes AASM pour être capables de fournir ces munitions à l’Ukraine.

Autre opération psychologique, toujours le 12 avril : l’annonce qu’un jeune sur deux entre 18 et 25 ans serait prêt à s’engager pour la France en Ukraine. C’est de la mythomanie bien entendu, mais les médias ont repris l’information.

D’où vient ce sondage?  Du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et de l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’école militaire). L’IRSEM est un projet du ministère des Armées, situé à l’École Militaire, membre de l’Académie de défense de l’Ecole militaire au même titre que l’École de guerre!

Quant à Sciences Po, c’est une sorte de super université pour former les cadres de l’Etat et des institutions en général. Très « à gauche » dans son identité « apparente », c’est en réalité littéralement une succursale du capitalisme moderniste.

La question était « si la protection de la France nécessitait que le pays s’engage dans la guerre en Ukraine, seriez-vous prêt à vous engager pour défendre votre pays ? », avec 51% de oui, dont 17% de « oui tout à fait » et de 34% de « oui peut-être ».

1/3 des jeunes seraient également d’accord pour une intervention française en Ukraine!

Ce 12 avril 2024 est exemplaire de la propagande à basse intensité que mène en ce moment l’Etat français. C’est une narration pour établir la guerre. La réponse, la seule réponse possible, est le défaitisme révolutionnaire!

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Refus de l’hégémonie

Macron à Bergerac pour l’économie de guerre

Xavier Niel, l’un des principaux capitalistes français, entend acheter en Ukraine le numéro 1 de l’internet fixe et le numéro 3 de la téléphonie mobile. C’est un excellent exemple de comment le capitalisme français agit dans le cadre du repartage du monde, et comment la guerre contre la Russie s’inscrit à tous les niveaux.

Xavier Niel sait d’ailleurs très bien qu’il agit avec une réelle envergure:

« Nous sommes convaincus que notre transaction historique servira de signal à d’autres que le moment est venu d’investir en Ukraine, de soutenir la reconstruction du pays et de réaliser son potentiel. »

Cela s’associe à cette autre information essentielle. Le 10 avril 2024, le gouvernement ukrainien a signé un accord avec InfraNum, une structure française regroupant plus de 200 entreprises actifs dans le domaine des infrastructures numériques (bureaux d’études, équipementiers, fournisseurs de services, etc…). Il s’agit de la réparation et de la modernisation de 60 000 km de fibre optique et 3 200 stations de télécommunications, ce qui coûtera autour des 10 milliards d’euros.

C’est là ce qu’on appelle l’impérialisme. Et cela implique la guerre. C’est pour cela que le 11 avril, le président français Emmanuel Macron est allé poser la première pierre d’une usine de poudre pour obus à Bergerac, en Dordogne. On est sur le site d’Eurenco, leader européen des poudres et explosifs, qui produit notamment les charges modulaires des obus du canon Caesar, utilisé par le régime ukrainien.

Emmanuel Macron était accompagné du ministre de l’Économie Bruno Le Maire et celui des Armées, Sébastien Lecornu. Il a souligné que même si la guerre en Ukraine cessait, cela ne stopperait en rien le processus de réarmement général! Car la Russie serait la mal incarné de toutes façons…

« Le monde de demain ne s’arrêtera pas si demain la guerre se termine, parce qu’il y a un réarmement massif qui s’est opéré ces derniers temps de la Russie. »

Il y a quelques mois encore, l’armée russe n’était censée plus avoir de missiles et ses soldats auraient combattu avec des pelles, et voilà que désormais la Russie serait à deux doigts d’envahir l’Europe. C’est là du bourrage de crâne pour militariser, pour doper l’économie de guerre, selon le principe suivant expliqué par Emmanuel Macron :

« Il faut aller vite, fort, massifier. »

Ce n’est qu’un début, il faut en avoir conscience !

 « Nous sommes partis durablement pour nous installer dans un changement géopolitique, géostratégique où les industries de défense vont avoir un rôle croissant. »

Les 5-10 prochaines années sont celles de la marché forcée à la guerre.

Et, comme un symbole, la seconde partie du mois d’avril 2024, le groupe aéronaval français, composé du porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle et de son accompagnement avec notamment un sous-marin nucléaire d’attaque, sera sera placé sous le contrôle opérationnel de la structure « Naval Striking and Support Forces » de l’Otan.

L’Otan, c’est la guerre! Que vive le défaitisme révolutionnaire!

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Refus de l’hégémonie

« Pas notre intérêt de discuter avec les responsables russes »

Le ministre français des Affaires étrangères Stéphane Séjourné s’est rendu au Kenya et au Rwanda, puis en Côte d’Ivoire. Dans ce dernier pays, à Abidjan, il a accordé une interview à France 24 et RFI.

Il a affirmé qu’une rupture de contact avec la Russie était nécessaire. C’est un acte de militarisme assumé.

Le prétexte, c’est la discussion téléphonique récente entre le ministre français des Armées Sébastien Lecornu et son homologue russe Sergueï Choïgu. Emmanuel Macron avait dénoncé le compte-rendu russe de la discussion comme « baroque et menaçant ».

Stéphane Séjourné s’appuie dessus pour justifier la rupture.

« Ce n’est pas aujourd’hui notre intérêt de discuter avec les responsables russes puisque les communiqués qui sortent, les comptes rendus qui en sont faits sont mensongers. »

Jusqu’à quand cela durera-t-il? Eh bien, pas moins que jusqu’à la « défaite » souhaitée de la Russie.

« Il faut peut-être d’abord établir la confiance et surtout avoir une évolution sur le terrain militaire en Ukraine pour que les relations puissent se renouer. »

Le ministre des Affaires étrangères a tenu à souligner que les aides militaires au régime ukrainien ne s’arrêteront pas.

« Les Européens seront au rendez-vous de l’aide dans la durée, et cela il faut que tout le monde en soit convaincu. C’est une question existentielle pour l’Europe. »

Il a même pris en prétexte le retrait américain de l’engagement en Ukraine pour dire qu’on ne pourrait pas avoir totalement confiance en les Etats-Unis et qu’il faut une « défense européenne ». C’est là le nouveau masque « gaulliste » de la démagogie française. En réalité, la superpuissance américaine a délégué à ses vassaux européens le soutien au régime ukrainien.

Le ministre français des Affaires étrangères a également promis des « annonces » lorsque le président Emmanuel Macron se rendra à Kiev.

La narration continue donc, sans accrocs ; le story-telling pour la guerre contre la Russie est bien en place et ne connaît pas d’interruption. Rien qu’à lire la chronologie depuis le 26 février 2024, on comprend tout, les faits parlent d’eux-mêmes. Guerre à la guerre!