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Culture

Playlist: French touch pop 2020

Avant on choisissait sa musique pour avoir la bande originale de sa vie défilant tel un film, maintenant il y a tellement de moyens qu’on peut réaliser soi-même le portait d’une tranche de vie. Il y a de véritables bijoux qui sont ainsi produits, mais de manière totalement aberrante, leur écho est terriblement restreint.

Serait-ce parce que c’est trop vrai, trop authentique, trop concret ? Pourtant, si c’était le cas, ces choses seraient connues et ensuite évitées, alors que là c’est une sorte de marge ! Une marge pourtant au cœur de la vie des gens « normaux ».

Ce qui joue sans doute ici, c’est qu’on doit parler d’une véritable révolution dans la musique française, car l’apport de l’électro – qui seule permet vraiment la french touch – modifie de fond en comble la chanson française : ce qu’on trouve ici aurait été dans le passé de la « variété » française – et c’est désormais de la musique populaire.

Tout a changé et ce n’est qu’un début !

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la liste des titres :

  • Moussa – simple X Claire Laffut
  • Michel – Appel Manqué
  • Zed Yun Pavarotti – De larmes
  • TESSÆ— À l’envers
  • Iliona – Reste
  • The Pirouettes – Encore un peu d’amour / Ciel radieux
  • La Femme – Disconnexion
  • L’Impératrice — Anomalie bleue (LIVE)
  • ascendant vierge – Impossible Mais Vrai
  • Magenta – Boum Bap (Live Rework)


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Société

Diego Maradona, le cerf-volant cosmique

Diego Maradona a été une icône, atteignant un symbolisme religieux porteur des espoirs et des faiblesses populaires. Tout sauf un saint, et pourtant un saint dont l’absence est considérée comme insoutenable pour ceux qui l’ont vu religieusement.

Diego Maradona, décédé le 25 novembre 2020, a fait rêvé et c’est pour cela que sa mort est marquante. En quoi consiste ce rêve ? Pour le comprendre, il faut se tourner vers le football sud-américain, en particulier celui d’Argentine et du Brésil. Il y a une dimension populaire dans le football, dans ces pays, avec une pratique à la fois très large et quotidienne, faisant qu’il y a un côté artistique, profondément joueur, avec beaucoup de talent.

Diego Maradona a incarné cela, à travers qui plus est une personnalité fantasque, et il est un jour qui le consacra : le 22 juin 1986. C’est un jour mythique dans le football. Le cadre, c’est la coupe du monde de football au Mexique, avec le match Angleterre-Argentine, devant 115 000 personnes. Diego Maradona réalisa deux choses : une véritable sarabande footballistique d’une part, une escroquerie esthétisée de l’autre.

Voici la sarabande, Diego Maradona partant du milieu de terrain pour dribbler de multiples joueurs anglais, avant de marquer.

 Voici la traduction de ce que raconte le commentateur sportif argentin Victor Hugo Morales lors de l’action, reflétant l’impression des Argentins :

« Un génie, un génie, un génie, Gooooool… Je veux pleurer. Dieu Saint, vive le football! Golaaazooo! Diegoooool! Maradona, lors d’une action mémorable, la plus belle action de tous les temps… Un cerf-volant cosmique… De quelle planète viens-tu pour laisser sur ton chemin autant d’Anglais… Merci Dieu, pour le football, pour Maradona, pour ces larmes. »

Il y a ici un côté irrationnel tout à fait propre au culte du football en Amérique latine. Cela s’associe à un côté très pragmatique : il faut gagner à tout prix. Et justement Diego Maradona avait marqué juste avant en trichant. Son but quatre minutes avant a été marqué en effet de la main ; il dira par la suite, ce qui renforcera sa légende, qu’il a marqué le but…

« avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu.

Le tout est particulièrement renforcé également de par la petite taille de Diego Maradona (1 mètre 66), lui donnant l’image d’un petit gros de 70 kilos parvenant miraculeusement à jongler pour sauver la mise. Il faut bien entendu ajouter qu’on est au début de la télévision véritablement de masse.

La question reste bien entendu de savoir dans quelle mesure le but du siècle aurait eu tellement de valeur s’il n’y avait pas eu, quelques minutes auparavant, l’escroquerie du but de la main. On a ici une idéologie du génie assumant d’être criminel, avec un côté malsain ; Diego Maradona jouera particulièrement là-dessus, pusqu’il avait rejoint en 1984 le club de Naples.

Le club de football de cette ville magnifique (Voir Naples et mourir, dit-on) était alors de seconde zone et Diego Maradona le fit incroyablement progresser. Mais le club dépendait bien entendu de la mafia, omniprésente dans la ville, Diego Maradona basculant lui-même dans la drogue (jusqu’à être accusé de relever de l’organisation du trafic), l’alcoolisme, assumant un mode de vie de grand bourgeois décadent (utilisation de la prostitution, grosses voitures, etc.), cumulant les problèmes de santé et ne réussissant plus rien du tout par la suite. Il obtint ainsi l’image d’un ange déchu tout en se revendiquant révolutionnaire en soutenant ouvertement Cuba et Fidel Castro, le Venezuela, etc.

Dans un documentaire sur lui du réalisateur Emir Kusturica (forcément fasciné par le côté frénétique de ce footballeur), Diego Maradona chante une chanson sur lui-même où il raconte qu’il vient des faubourgs, que Dieu a voulu qu’il ait survécu et réussi à faire face à l’adversité, qu’il forma sa technique du pied gauche sur un terrain vague, qu’il a apporté l’allégresse au peuple… qu’il est curieux que Jésus ait trébuché, car lui jamais!

Il y a ainsi un côté fantasmatique et on pouvait plaquer sur Diego Maradona tout et n’importe quoi. C’est un Saint pour le groupe français très latino la Mano Negra, la figure du drogué tricheur avec des prostituées pour le groupe anglais Business (pour qui évidemment on ne plaisante pas avec le football, Gary Southgate en faisant les frais pour son penalty raté avec un classique du punk oï anglais).

Cette ironie mordante, cette prétention baroque, ce talent fragile, cette réalité si populaire ne pouvait que faire vibrer, malgré et à cause de son ambiguïté fondamentale, pour ne pas dire la corruption totale et un véritable gâchis humain. Maradona, c’est ainsi toute une époque de la vie populaire de la fin du 20e siècle, avec une valorisation de l’authentique mais une fascination étrange voire morbide pour celui qui s’en sort quitte à être amoral. La mort de Maradona a de ce fait nécessairement fait pleurer des gens ne s’intéressant pas à la carrière de Maradona, ni même vraiment au football. C’est dire l’ampleur de la question Maradona, qui est tout simplement de nature religieuse.

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Culture

Les Cig Köfte et les Jingalov hats: la cuisine populaire contre les nationalismes

Les nationalistes sont un peu comme le Don Quichotte de Cervantès : ils luttent contre des moulins à vent. Mais ils luttent par le sang et les larmes des peuples.

Il est important d’avoir ceci en tête pour comprendre la situation au Karabagh. Cet exemple est significatif de la façon dont précisément le nationalisme s’oppose à la paix et écrase les peuples. Même si la situation est dissymétrique, dans un camp comme dans l’autre, à rebours des expériences du passé, celui de l’Union soviétique mais même un passé encore plus lointain, les nationalistes de deux bords se déchirent autour d’une certitude commune : pour les Arméniens nationalistes, le Karabagh, qu’ils appellent l’Artsakh, ne peut revenir ou rester en Azerbaïdjan, car c’est une « terre arménienne ». Pour les Azeri nationalistes, le Karabagh ne peut rester ou être arménien, car c’est une « terre turque ».

Mais la terre de ceci ou la terre de cela, ça n’existe pas. Il existe des Arméniens et il existe des Turcs azéri, voilà ce qui doit occuper les gens qui ont une perspective démocratique. La vie sur un territoire n’impose pas la purification ethnique. Cela devrait être une évidence. Et l’élan de la culture, élan collectif et universel, pousse à chercher les communs, et non cultiver jusqu’à la fin des temps, c’est-à-dire jusqu’au génocide, les différences formelles.

Prenons un exemple parlant de cela : la cuisine. Quoi de plus quotidien, de plus banal et donc de plus déterminant que la cuisine pour saisir un peuple ? Toutes les personnes amenées à voyager constatent avec le plaisir de la découverte, ce qui fait justement l’exotisme d’une rencontre à l’étranger : goûter une cuisine différente, de nouveaux aliments, de nouveaux condiments, de nouvelles façon de les transformer, de les fondre. Et cette différence s’abolit immanquablement dans le processus même de la rencontre.

Par exemple, il n’y pas un supermarché de France qui n’offre pas des plats « mexicains », « italiens » etc, qui font désormais entièrement partie de notre gastronomie. Le stade, l’étape de la rencontre a été dépassé depuis longtemps sur ce plan. L’aspect « mexicain » ou « italien » demeure, mais il a été fondu, incorporé, dans l’aspect principal « français » qui reste le nôtre. Mais une étape plus complexe a été atteint, puis franchie. Et cela continue ainsi dans cette perspective, parce qu’il en va du mouvement même de la vie.

Mais que dire alors de peuples que la cuisine ne sépare pas ? Sinon que le processus de fusion y est déjà considérablement avancé. La cuisine arménienne, la cuisine turque, la cuisine arabe syrienne ou la cuisine kurde par exemple ne différent pas fondamentalement, au point qu’il convient souvent plus justement d’en parler comme étant de la cuisine « orientale ». Les déclinaisons tiennent dans les condiments, les épices, les herbes aromatiques plus que dans la composition même de la recette.

L’exemple des Cig Köfte (ou Vospov Köfte), un terme turc dérivé du persan, est très exemplaire de cela. Le plat est aussi populaire chez tous les peuples concernés, et son origine tourne autour de la même région, peuplée de tous ces peuples. À la base, il s’agit de boulettes de viandes mêlées de blé boulgour et aromatisé à l’avenant selon les goûts de chacun. Mais toute les variétés vont dans le même sens et d’ailleurs, la version végétale de la recette s’impose de plus en plus.

Les Cig Köfte actuelles sont préparées de lentilles corail et de blé boulgour, légèrement pimentées. Elles se dégustent tièdes, volontiers arrosées de citron, ou assaisonnées de grain de grenade dont la saveur est là aussi commune aux goûts des peuples orientaux.

L’idée de farcir une galette de blé avec des herbes aromatiques et des légumes verts est aussi une pratique culinaire absolument commune, sous la forme du börek turc, ou pour en revenir au Karabagh, du Jingalov Hats (Ժենգյալով հաց), spécialité de Stepanakert et des campagnes arméniennes du Karabagh. Cette dernière recette a la particularité d’être un mélange d’herbes aromatiques, le Jengyal, dont la récolte est en soi le reflet d’une immense connaissance des ressources naturelles du territoire par la population. On dit que certaines recettes de ce plat sont composées de plus de 20 plantes différentes !

Les Dolma, ou farcis, sont encore un autre exemple emblématique de cette cuisine partagée. On en trouve de tout type, poivrons, aubergines, tomates ou encore bien sûr les fameuses feuilles de vignes.

Et sans conclure, les conserves marinées en vinaigre et saumures, appelés en turc Tursu sont forcément dans les armoires et les habitudes culinaires des Orientaux, en particulier des Arméniens de France qui poursuivent sur ce plan le développement de leurs goûts. Et ceci tout en fusionnant toujours davantage les saveurs, les associations.

Cette imagination sans limite des peuples pour améliorer leur cuisine, illustre toute la force créatrice du peuple, illustre la dynamique allant à la fusion, à l’harmonie. Un proverbe arménien plein de sagesse affirme qu’on ne peut séparer ceux qui ont bu la même eau.

Les nations, les peuples, ne sont pas des planètes différentes qui se partagent notre monde. Leur mouvement tend à les rapprocher, c’est pourquoi les nationalistes font tout pour les figer. Le nationalisme a ceci de particulier qu’il cherche à affirmer la dignité d’un peuple en le coupant des autres.

En cela, le nationalisme n’a rien à voir avec la définition classique de la nation pour la Gauche, qui repose sur une détermination fondamentalement matérialiste : une langue commune, un territoire historique, une tournure d’esprit identifiable, un folklore distinctif. Voilà autant d’éléments concrets, vérifiables, tangibles. Mais ce sont des éléments mouvants, allant vers la transformation et la fusion avec d’autres éléments.

Le nationalisme a ceci de commun avec le libéralisme post-moderne qu’il cultive tout comme lui le narcissisme de la différence, le goût de la fragmentation séparée. C’est en raison de cette conception fondamentalement différentialiste que les nationalistes ne peuvent pas reconnaître des pans entier de ce qui constitue l’existence des peuples.

La musique, la cuisine, le folklore sont en la matière autant de réalités qui ne peuvent être assumées jusqu’au bout, sinon en les biaisant, en les « gelant » dans des supposées « traditions » immobiles, quasi-structurelles. Les nationalistes ont donc une vision forcément tronquée, séparatiste de l’Histoire, une vision chauvine et mensongère.

Ce qui manque au nationalisme, c’est qu’il ne peut pas, qu’il refuse même d’ailleurs de porter l’élan de la culture. Non pas des cultures au sens justement différentialiste et identitaire qu’il essaye de donner à ce mot, et sur ce point il y a une bataille idéologique déterminante à mener, mais au sens de la culture comme élan universel poussant l’Humanité à la fusion, à l’élévation de ses capacités collectives et de sa compréhension de la matière, de l’univers, de manière toujours plus complexe et avancée.

La charge de ce mouvement est précisément ce contre quoi pensent devoir lutter les nationalistes. Lutte vaine et irrationnelle, qui autorise toutes les brutalités, toutes les contorsions machiavéliques. Lutte dans laquelle les nationalistes abandonnent le peuple au profit d’abstractions de plus en plus sophistiquées. C’est ce que font les nationalistes turcs qui parlent du Karabagh comme si aucun être humain n’y vivait, comme d’un territoire à reconquérir purement et simplement et à « purifier » de sa population arménienne.

Mais c’est parce que la vie l’emporte sur tout que les nationalistes seront forcément vaincus et que les peuples arméniens et turcs renverseront les divisions qui entravent leur existence en commun, et leur fusion à venir dans une forme plus complexe. Les Arméniens de France devraient, doivent être à l’avant-garde de cet engagement. C’est une responsabilité historique.

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Culture

«Vers Amalfi, avec des filles d’Palerme»: le magnifique album «Beauseigne» de Zed Yun Pavarotti

Beauseigne est une expression courante du parler gaga de la région de Saint-Étienne, pour désigner avec compassion une personne dans une situation de faiblesse, par exemple un enfant qui vient de se faire mal. L’intitulé « Beauseigne » du nouvel album de Zed Yun Pavarotti décrit ainsi un artiste prolétaire, ou plutôt un prolétaire artiste, à la merci d’un monde qui n’est pas fait pour lui, ni pour personne d’ailleurs.

On ne peut qu’être saisi par le sens et la sonorité du titre éponyme ouvrant l’album, dont voici le clip dévoilé à l’occasion de la sortie vendredi 9 octobre 2020 :

Visuellement, c’est très marquant, de part un style à la fois brut et quotidien, très ancré dans le réel. Et cela marque une œuvre, l’intégrant franchement dans le champ de la culture populaire. Au programme, on a donc l’agenda du peuple : du love et du soleil.

« J’ai sept collines, j’fais mes poèmes
On s’retrouve mes amis bientôt
J’ai mis la clim’ sur mon p’tit radeau
Vers Amalfi avec des filles d’Palerme
Des éclats d’rire et du rouge à lèvre »

Les sept collines désignent ici Saint-Étienne, dans une allusion classique localement aux 7 collines de Rome, et Amalfi est une ville splendide du golfe de Salerne, au soleil, en Italie.

Tout l’album est dans ce registre, avec un goût très prononcé pour le chant, maîtrisé à merveille, dans un style très moderne, qui assume le tourment, mais est toujours tourné vers le positif. Le style est varié, tendant cependant inexorablement vers la ballade mélodique, à la fois délicate et puissante, de manière très française et dans la lignée de la chanson francophone du XXe siècle.

Sur le plan du contenu, c’est très exigeant, tant musicalement que pour le texte lui-même, qui est souvent très complexe et ne se laisse dévoiler que subtilement, parfois difficilement, au fur et à mesure des écoutes.

Ce n’est toutefois pas un problème et c’est là où Zed Yun Pavarotti est véritablement un artiste de grand talent : ses morceaux sont surtout une quête de l’émotion, de la sensibilité propre à des situations concrètes.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on y retrouve aucun featuring, la profondeur de la démarche exigeant forcément une sensibilité personnelle, une intimité, qui ne soit pas « empêchée » par un autre artiste.

Il avait déjà été parlé ici du très marquant morceau Lalaland lors de la sortie du clip en mai dernier. Le revoici, tellement il mérite d’être vu et revu, avec toujours autant de plaisir :

On s’arrêtera également sur le clip de Mon frère, qui relève indiscutablement de la variété française, mais de celle des années 1980, pas de la soupe insipide des années 2000 ou 2010 :

Dans un style pop-rap plus proche des précédentes productions de Zed Yun Pavarotti, il y a également Îles, dont le clip sorti pendant le confinement avait été une petite bouffée d’oxygène (malgré le joint fumé) :

Enfin, on attendra (ou souhaitera) avec impatience la sortie du clip du morceau Ta bouche, ce magnifique poème d’amour :

Avec une telle sensibilité, et surtout une telle expression de la sensibilité, Zed Yun Pavarotti est forcément promis à une grande célébrité populaire dans les années à venir. Ou alors c’est que les années 2020 auront été un échec. On a ici une sorte d’ingénieur des âmes et si le peuple passe à côté de cela, c’est qu’il est vraiment empêtré dans une terrible aliénation.

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Politique

La mairie de Nantes veut hisser le drapeau identitaire «breton»

La maire de Nantes Johanna Roland a annoncé que le drapeau « Gwen ha du » serait hissé au fronton de l’hôtel de ville de Nantes début décembre 2020. C’est une véritable agression contre la Gauche, car il s’agit là d’un drapeau inventé par des fascistes dans les années 1920.

L’annonce a été faite dans le cadre d’un rassemblement identitaire visant à intégrer le département de la Loire-Atlantique à la région Bretagne, rassemblement auquel la maire de Nantes a elle-même participé. D’ailleurs, Johanna Roland a maintenant un adjoint aux enjeux bretons, qui est lui-même un fervent activiste identitaire breton faisant dans le lyrisme pour défendre sa cause :

« Le drapeau, ce n’est pas juste un bout de tissu. Ça touche à l’intime, ça résonne fort chez beaucoup de Nantais. »

Tout ce petit monde s’active depuis quelque temps déjà pour rebaptiser officiellement les rues du centre-ville nantais avec de nouvelles plaques « bilingues », en français et en « breton ». Il y a ici des guillemets, car cette langue n’a en vérité « rien à voir avec le breton parlé par les migrants venus de Basse-Bretagne travailler aux chantiers navals ou s’embaucher comme dockers sur les quais du port », comme l’a justement fait remarqué un Nantais dans une lettre à la maire (publiée par Françoise Morvan sur son blog).

De surcroît, le breton n’a jamais été la langue à Nantes, ville située dans une région où la langue populaire des campagnes était un dialecte du français, le gallo, avant la généralisation du français moderne (généralisation qui a forcément eu lieu très tôt dans une ville aussi importante que Nantes, intégrée au Royaume de France en 1532).

N’importe qui s’intéressant réellement à la culture populaire, et à la culture en général, le sait. Comme il est bien connu que le « Gwen ha du » a été inventé par en 1923 par le militant fasciste Maurice Marchal, plus connu sous le nom de Morvan Marchal, et que c’était l’étendard d’une petite bande d’antisémites ayant activement collaboré avec les nazis pendant l’Occupation.

Pendant longtemps, cela était très connu à Gauche en Bretagne, y compris à Nantes, et jamais la Gauche n’aurait laissé flotter un tel drapeau de « collabos » sur un Hôtel de ville, encore moins si c’est une prétendue « socialiste » qui le fait hisser. Cela est d’autant plus insupportable que Johanna Roland prétend faire cela au nom de la culture populaire (elle a indiqué que le drapeau sera installé « en lien avec des événements célébrant la culture populaire bretonne à Nantes »).

En vérité, la maire de Nantes ne fait que coller à l’agenda des identitaires-régionalistes « bretons », comme le font les socialistes à la tête de la Région Bretagne depuis des années, sous la houlette de Jean-Yves Le Drian. Leur perspective est de décomposer l’État central français et il existe toute une bourgeoisie dans la région Bretagne qui a pour plan de s’arroger la Loire-Atlantique, afin de créer une grande région économique dans le cadre européen.

Cela n’a rien de populaire et ne correspond à aucun intérêt populaire !

Traditionnellement en Loire-Atlantique, le Parti socialiste est plutôt hostile à cet identitarisme-régionaliste et en décembre 2018, Philippe Grovalet le président socialiste du Conseil départemental, à majorité socialiste, avait logiquement balayé la tentative de référendum local pour le « rattachement » à la région Bretagne.

Toutefois, le Parti socialiste est surtout une machine électorale et ne brille que rarement par ses prises de positions idéologiques fermes, que ce soit pour défendre la culture populaire ou l’Histoire. Si tel était le cas, la fédération ligérienne du Parti socialiste s’empresserait de menacer d’exclusion Johanna Roland si elle en venait à hisser un drapeau identitaire issue du fascisme sur sa mairie.

C’est en tous cas ce que ferait un véritable parti de gauche, relavant de la Gauche historique, du mouvement ouvrier.

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Culture

La musique populaire, miroirs des liens forts entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Si vous voulez pleurer ou être pris d’une rage folle, il suffit de faire face à ces deux chanson nationalistes et militaristes, naturellement nulles et caricaturales, une insulte aux cultures arménienne et azérie.

Quelle infamie, alors que la musique est un aspect incontournable des peuples du Caucase, avec des échanges qui sont innombrables, avec bien entendu également des influences diverses de Turquie et d’Iran, des pays abritant eux-mêmes différents peuples. Tout se mélange, tout est inextricablement lié et les nationalismes n’en apparaissent que totalement aberrants quand on regarde la culture avec un regard démocratique.

Voici par exemple deux chansons de Lusik Koshyan, Arménienne née en 1921 à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan.

Voici une reprise moderne de cette seconde chanson, une chanson d’amour traditionnelle destinée à une femme des montagnes. Il n’est pas besoin de dire à quel point les tenues et les bijoux placent l’Arménie en Orient…

Voici la même chanson, interprétée de manière plus moderne jazzy par une Kurde (de Turquie).

Et si Lusik Koshyan vient de Bakou, le plus grand compositeur d’Azerbaïdjan, Üzeyir Hacıbəyov, vient lui du Nagorny Karabagh, en l’occurrence de la seule ville, Shusha, peuplé historiquement par des Azéris et l’un des principaux centres musicaux du Caucase. Il a notamment composé l’hymne nationale de la république démocratique puis de la république soviétique, ainsi que plusieurs opéras.

On a encore un bon exemple de cet échange et esprit commun avec Hayko, une figure du rabiz arménien, une démarche populaire, parfois trop facile, de s’ouvrir aux mélodies orientales, si fortes en mélancolie du côté turc et azéri.

La chanson Mi gna de ce genre a été un grand tube, notamment en Turquie, elle a d’ailleurs été reprise par notre maître Gims national avec les chanteurs arméniens !

Hayko a d’ailleurs provoqué un grand scandale dans le camp nationaliste arménien (mais également du côté azerbaïdjanais), alors qu’on le voit dans une vidéo à une fête en train de chanter avec l’Azerbaïdjanais Nasib Ceferov la chanson Haydi söyle du Kurde de Turquie Ibrahim Tatlıses.

Un exemple de culture contre le nationalisme.

Voici un exemple tout à fait significatif. Hayko se lance ici dans une prestation tout à fait dans l’esprit régional oriental, le titre étant même une référence au style azéri, le mugham, et pourtant on retrouve un drapeau arménien.

En fait, ces peuples ont tellement de retard qu’ils sont en avance, au sens où la notion de copyright n’avait pas de sens de par le passé dans une mosaïque vivante, et cela sera bien entendu le cas dans le futur également.

Les nationalistes s’interposent à cela en disant au sujet de telle ou telle œuvre : cela vient de chez nous, ils nous l’ont volé, etc. Ils le font à toutes les occasions, dénonçant les autres comme des barbares n’ayant pas de réelle culture et devant s’effacer. Les nationalistes azerbaïdjanais traitent les Arméniens d’ « invités », les Arméniens nient la culture azérie en les dénonçant comme des « Turco-tatars ».

En voici un exemple avec la vidéo de Tamam Ashkhar, une chanson de Sayat-Nova, un barde arménien du 18e siècle, avec ici à l’œuvre l’un des plus grands chanteurs arméniens, Norayr Mnatsakanyan, spécialisé dans la musique des troubadours, les Gusans.

Le début de la vidéo présente une thématique ultra-nationaliste arménienne… Alors que Sayat-Nova, s’il est Arménien, est né en Géorgie, que le titre de la chanson est en arméno-turc, que les poèmes de Sayat-Nova alternent l’arménien, le géorgien, le perse et le dialecte turc Ayrum d’une zone de l’Arménie (et c’est même en cette langue qu’il écrivit le plus de poèmes).

Le niveau musical de ces peuples est admirable, la profondeur de leur sensibilité immense.

Et surtout, la musique de cette région est à la fois fine et profonde, accessible et lié aux gens. Tout cela va ensemble dans la véritable culture, à l’opposé des facilités, de la superficialité, etc.

Concluons pour montrer l’importance du mélange avec Lorke, une chanson consistant en un appel à la danse à l’occasion d’un mariage. On s’imagine bien que le combo mariage + danse + musique suffit à rassembler les gens. C’est autre chose que le nationalisme avec ses tanks.

Cette chanson est donc un grand classique, dont voici un exemple arménien. Suit la chanson, dans une version rock de 1966 par un groupe turc, une version kurde, une autre version arménienne avec une danse, une par un chanteur kurde yézidi, une version rock turc de 1971, une version dance arménienne, une version traditionnelle kurde, un extrait d’une fête turque ou azéri on ne sait trop et qu’importe, une version turque, une autre version turque, une version dans un mariage arménien…

On ne sait pas d’où ça vient, on ne sait plus, et peu importe car cela vient du peuple, cela va au peuple, et c’est bien ainsi !

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Culture

Le vrai Michel 2, la hype prolétaire

Le vrai Michel 2 de Michel sortie vendredi 4 septembre met la barre très haut en combinant une esthétique prolétaire masculine très typique avec toute une attitude parisienne ultra-branchée. C’est d’une fraîcheur incroyable et il faudrait vraiment être en dehors du temps pour ne pas y être sensible.

Si l’on combine le meilleur de la musique de niche pour jeunes urbains branchés avec ce que la pop-rap, frôlant la variété, a de mieux à offrir, on a le rappeur-chanteur Michel. C’est léger, aérien, bien ficelé, entraînant et plein de subtilité, bref, c’est de la très très bonne musique.

> Lire également : Michel: beaux-arts style et culture pop

 

Michel vient de la périphérie de Valenciennes dans le Nord et sa culture est incontestablement prolétaire. Cela produit forcément un décalage quand on est artiste musical, tant en France les artistes musicaux sont dans une perspective petite-bourgeoise ou bourgeoise, surtout à Paris.

Il exprime cela avec une profondeur incroyable dans le morceau « Air Max », l’un des plus brillant qu’il ait fait jusqu’à présent :

À côté de cela, Michel communique beaucoup sur les réseaux sociaux avec un très grand sens de la mise en scène. Il s’est ainsi construit un personnage très subtil, à la fois outrancièrement benêt, qui ne pense qu’à jouer à Fifa ou à épater la galerie sans en avoir les moyens, et en même temps toujours très sincère, particulièrement avenant, etc.

Voici la compilation des petits épisodes ayant servit de teasing à la sortie de son EP (présentée comme une mixtape), qui sont franchement très drôles :

Michel est un des artistes musicaux les plus marquants de ce début des années 2020 et il reflète un véritable changement de fond dans la société. Les grilles de lecture s’estompent, s’effacent, le côté populaire part à la conquête du style, en assumant un haut niveau. C’est un signe des temps : en profondeur, le peuple prend toujours plus de hauteur, il a gagne en densité, il est prêt à prendre les commandes de la société.

Le peuple n’en a encore pas du tout conscience, il n’en entrevoit la nécessité que de manière floue, mais il est déjà dans l’affirmation.

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Société

La défaite du PSG est une (relative) défaite du football moderne

Le PSG est un club de football devenu totalement artificiel depuis son rachat par le régime autocratique et islamiste du Qatar en 2011. C’est ce que le football moderne a de plus détestable et de plus anti-populaire ; sa défaite contre le Bayern Munich a donc été très réjouissante.

De manière fort étrange, la ministre des sports Roxana Maracineanu a appelé à soutenir le Paris Saint-Germain pour sa finale de la Ligue des champions du 23 août 2020, contre le Bayern de Munich. L’injonction a d’ailleurs été reprise un peu partout, même par le grand rabbin de France ! Une démarche que, bien entendu, n’a pas reprise L’Équipe pour sa Une au sujet du match, sachant très bien que le PSG est honni à la fois comme club parisien mais aussi, et surtout, et jusqu’en région parisienne, pour représenter un état d’esprit à la fois mercantile et replié sur lui-même.

Il va de soi que le rachat du PSG par le Qatar et sa transformation en marque mondiale parisienne, avec le soutien d’Anne Hidalgo, maire de Paris, est ici un arrière-plan essentiel. L’héritage du PSG, qui avait une indéniable base populaire de type petite-bourgeoise, très en phase avec Jacques Chirac et sa Droite populaire somme toute, a été gommée du jour au lendemain en 2011. Pour de nombreux historiques, le PSG, c’est aujourd’hui un nouveau club, coupé de ce qu’il y avait avant ce rachat, une opération préparée quasiment directement par Nicolas Sarkozy, alors président de la République et supporter du club.

Le « plan Leproux » avait consisté entre 2010 et 2011 en une grande opération de « nettoyage » des tribunes populaires parisiennes, préparant le rachat du club par l’émir du Qatar pour en faire quelque chose de totalement nouveau, de « luxueux », à coup de milliards d’euros.

Le Qatar devenait ainsi l’idiot utile de toute une frange de la bourgeoisie française, incapable d’investir elle-même dans un grand club de football, mais s’imaginant profiter des pétro-dollars qataris pour acheter à la fois victoires et prestige pour Paris. Inversement, le Qatar y a vu là une véritable opportunité afin d’« exister » dans le monde et garantir sa dictature néo-féodale, parallèlement à ses opérations de soutien à l’islamisme dans le monde.

Le rejet populaire face à cet immonde projet a été très faible en France. Si l’on prend les supporters historiques du PSG, seule une petite partie d’entre eux n’a pas été dupe. Leur dignité a consisté à refuser cela en quittant le club, par dépit. Ce fût une grande défaite populaire, mais le plus terrible était à venir.

Partout en France, une nouvelle génération est apparue, complètement aliénée par le capitalisme et sans aucun repère par rapport à la culture populaire du football, adhérant totalement au projet du PSG, méprisant au passage tout autre grand club local.

Il n’y a pas eu que des jeunes d’ailleurs, mais aussi beaucoup de prolétaires, abandonnant toute dignité de classe pour céder au rêve d’un grand club « français » rivalisant avec les mastodontes européens. Prêts à toutes les illusions, beaucoup de Français ont cédé au mensonge consistant à faire croire que le PSG allait élever le niveau du championnat français, alors qu’il n’a fait réalité que l’assécher, ôtant tout intérêt sportif à la Ligue 1.

Or, le problème du PSG, c’est que la réussite sportive ne s’achète pas, ou alors difficilement. Le modèle inverse est le Bayern Munich, qui a su profiter ces dernières années d’une large base populaire et d’un héritage historique pour développer une bonne gestion typiquement capitaliste, permettant la mise en place d’une équipe d’un très grand niveau, probablement l’une des équipes les plus fortes de l’histoire du football.

Lors de la finale de la Ligue des champions du 23 août 2020, malgré un match terne et peu ambitieux, l’équipe bavaroise n’a ainsi jamais vraiment été bousculée par le PSG, pour qui par contre ce match était censé être un aboutissement historique.

Le décalage a été immense entre l’apathie d’un Kylian Mpabbé face au but et la grande détermination de Kingsley Coman, l’homme du match ayant marqué le seul but de la rencontre. L’anecdote est pleine de sens : tous deux sont nés en banlieue parisienne, mais l’un a été rejeté par le PSG alors qu’il y a été formé, l’autre a été acheté pour 180 millions d’euros à l’AS Monaco, en contournant au passage les règles du fair-play financier.

Le transfert de Kylian Mbappé au PSG est d’ailleurs le transfert le plus cher de l’histoire du football, tandis que l’achat de Neymar par le PSG consiste en la plus grande somme dépensée pour un joueur dans l’histoire du football avec 220 millions d’euros (il ne s’agit pas d’un transfert au sens strict mais d’une sorte de manœuvre crapuleuse pour arracher le joueur au FC Barcelone).

D’ailleurs, si l’on fait les comptes, puisqu’il s’agit ici d’argent, les onze joueurs titulaires alignés par le Bayern Munich dimanche lui ont coûté en transfert la somme de… « seulement » 116 millions d’euros !

Les centaines de millions d’euros (plus d’un milliard) d’euros dépensés par le PSG en achat de joueur ces dernières années n’a pas fait le poids, car il ne s’agit pas seulement de s’acheter des joueurs, mais de construire une équipe. Indéniablement, le PSG a échoué à être une équipe, et pas seulement en finale d’ailleurs.

Il ne suffit clairement pas pour gagner la Ligue des champions de s’acheter Neymar et de le payer 36 millions d’euros par an, soit l’équivalent du salaire cumulé de tout l’effectif de l’Atalanta Bergame, qui était à deux doigts de sortir le PSG en 1/4 de finale. Pour cette raison, même si le PSG n’a probablement pas dit ses derniers mots et que les centaines de millions d’euros continueront à pleuvoir pour continuer à tuer le football, sa défaite est considérée comme une satisfaction populaire en France.

C’est une défaite (relative) du football moderne.

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Société

Football: des ultras refusent de revenir au stade en raison du Covid-19

Le peuple, quand il s’organise, a l’esprit collectif et la responsabilité sociale chevillés au corps. On a un bel exemple de cela avec les communiqués de différents groupes de supporters « ultra » qui expliquent pourquoi ils refusent de revenir dans les stades en raison de la crise sanitaire.

Malgré la possibilité (pour l’instant) d’avoir 5000 supporters dans un stade, il y a l’idée que soit tout le monde peut venir au stade, soit personne. Il n’est pas question d’avoir un quelconque favoritisme ou bien d’engendrer des frustrations. On a là une haute conscience sociale, de la part de personnes souvent jeunes. Mais ce n’est pas la seule raison.

Les ultras, bien qu’ils soient relativement criminalisés en France, sont des gens responsables, en tous cas pour la plupart d’entre eux. Ils savent très bien que leurs tribunes sont des lieux de promiscuité et de liesse collective. Impossible de respecter les mesures sanitaires dans ce cas et comme il n’est pas question de refuser les mesures sanitaires (les ultras ont souvent été à la pointe de la solidarité avec les soignants pendant le confinement), alors l’évidence s’impose : pas de retour au stade dans de telles conditions.

Gageons que l’ensemble des groupes d’ultras rejoignent cette position dans les jours qui suivent, alors que le championnat de France doit reprendre le 21 août pour la Ligue 1 et le lendemain pour la Ligue 2.

Nous reproduisons ci-dessous quelques exemples typiques.

Voici pour commencer le communiqué du 16 août 2020 des Merlus Ultras 1995, supporters du FC Lorient, qui expliquent avec une très grande dignité pourquoi et comment ils ont « essayé » pendant un match amical, avant de se rendre compte dès la mi-temps que ce n’était pas possible :

Voici le communiqué du 17 août 2020 des Red Tigers 1994, supporters du RC Lens, particulièrement actifs pour la solidarité populaire pendant le confinement :

Voici le communiqué du 16 août 2020 de la Brigade Loire 1999, supporters du FC Nantes, avec une critique très intelligente et très bien vue du « laxisme » ambiant dans la société quant aux mesures sanitaires :

Voici le communiqué du 17 aout 2020 des Ultrem 1995, supporters du Stade de Reims :

Voici un extrait du communiqué des South Winners 1987, supporters de l’Olympique de Marseille, qui déjà le 6 août 2020 entrevoyaient l’impossibilité de reprendre l’activité en tribune et appelaient à la plus grande responsabilité sanitaire :

On notera que certains groupes d’ultras n’ont pas le même sens des responsabilités ni la même dignité populaire. C’est le cas du Collectif Ultra Paris (PSG) qui a organisé un lamentable rassemblement sauvage devant le Parc des Princes pour « fêter » une victoire de leur club en 1/4 de finale de coupe d’Europe mercredi 12 août (comme si c’était une victoire de la coupe), avec banderoles, chants, fumigènes, etc.


Mais il faut noter ici que le CUP ne représente qu’une petite partie des ultras parisiens historique, celle qui a accepté l’état de fait où leur club est rentré en possession du Qatar.

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Culture

La playlist «Hier et demain»

La playlist « Hier et demain » présente des versions modernes de la musique folklorique. Si en France la musique folklorique et le folklore ont été pratiquement anéantis avec la révolution française, ce n’est pas le cas du tout dans la plupart des pays. Il y a alors un patrimoine musical, ou même plus généralement culturel, qui ne s’efface pas.

On ne parle pas ici de reconstruction artificielle comme en Bretagne, avec une langue bretonne bricolée au XXe siècle, dans le prolongement d’un drapeau calqué sur le drapeau américain. On parle d’une continuité et d’une insertion dans la culture moderne. D’ailleurs, les groupes de musique se tournant vers le folklore présentent souvent les mêmes caractéristiques :

– ils se veulent « pop » ;

– ils ont un haut niveau technique sur le plan musical ;

– ils sont ouverts sur le monde et nullement « traditionalistes » ;

– il n’y a pas de dimension identitaire et il y a des échanges culturels assumés.

Il y a évidemment des pôles. À l’un, on a des formes qui ne se distinguent pas vraiment de la musique folklorique, voire en relèvent carrément. À l’autre, on a des inspirations plus qu’autre chose, comme le groupe allemand Heilung qui va puiser de manière assez imaginaire dans le milieu eurasien de la Norvège à la Russie actuelles, avec un goût prononcé pour le chamanisme.

On aura compris le choix du nom de la playlist : en parlant d’hier, ces musiques parlent en fait de demain. Il y a un besoin de culture, de vie en communauté de manière harmonieuse. C’est là l’idéal de la Gauche. Et il va sans dire que si la Gauche oublie la culture, le « national-socialisme » interviendra ici pour dévier ces aspirations. C’est d’ailleurs le cas en Russie où, à côté de la main-mise de la religion orthodoxe sur les gens, il y a une vague très forte de paganisme mystique, identitaire et aberrant.

La playlist ne se veut évidemment nullement exhaustive ; elle est d’ailleurs principalement tourné vers l’Est et le Nord de l’Europe. C’est simplement qu’un portrait relativement unifié et la formidable richesse des musiques africaines demande une présentation spécifique.

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Société

Troublante fin de saison au RC Lens, filmée dans un documentaire (la magie du football a-t-elle disparu?)

L’Équipe a diffusé sur sa chaîne télévisée un documentaire sur le RC Lens, club majeur et souvent très apprécié dans le football français en raison de son identité ouvrière. Durant quatre épisodes est montrée la vie du club de l’intérieur lors de la saison 2019/2020, qui s’est terminée dans les circonstances que l’on sait avec le confinement.

Ce qu’on y voit est forcément intéressant quand on aime le football et la culture populaire en général, mais n’a somme toute rien d’extraordinaire. On suit surtout des bourgeois dirigeants le club à la manière de bourgeois, faisant semble-t-il de leur mieux alors que les précédents dirigeants ont été désastreux. C’était en quelque sorte une anomalie que ce club soit en deuxième division et cela apparaît comme une réussite bienvenue de le voir à nouveau en Ligue 1 la saison prochaine.

Tel n’est cependant pas le principal intérêt du documentaire, qui nous rappelle surtout de manière particulièrement saisissante comment s’est finie cette saison de football en France. C’était il n’y a pas longtemps, mais cela paraît une éternité tellement il s’est passé quelque chose d’immense, d’inimaginable, de particulièrement historique.

La société française a été littéralement figée, du jour au lendemain, en raison du confinement qui était le dernier recours afin d’endiguer la vague épidémique de Covid-19, particulièrement alarmante. Le ciel est tombé sur la tête d’à peu près tout le monde en cette moitié du mois de mars 2020 et le football n’a bien sûr pas échappé à l’impératif sanitaire.

Le RC Lens était alors deuxième de Ligue 2, ayant même joué son dernier match à huis-clos en raison des premières mesures sanitaires. C’était là un premier « drame », car à ce niveau, le football sans supporters n’est plus vraiment la même chose… Et inversement, pour les supporters, le football sans le stade, ce n’est plus vraiment le football. Même quand on ne va pas au stade soi-même, un match à la télévision avec un stade vide, cela n’a aucune saveur.

Avec le confinement, le championnat a été suspendu puis la fin de saison décrétée, probablement à juste titre contrairement à ce qu’il s’est fait dans d’autre pays où les matchs sont joués sans public, pour finir « administrativement » la saison. En France, les classements ont été figés et le RC Lens s’est vu officiellement promu en Ligue 1 (et le Amiens SC a été honteusement poussé vers la Ligue 2). Mais une promotion sans supporters qui la fêtent, sans envahissement de terrain, sans défilé des joueurs dans la ville, sans salves d’applaudissement et autres manifestations d’une joie démesurée, quel sens cela-a-t-il ? Est-ce toujours ça, le football ?

Les images du documentaire montrant cela sont saisissantes… car justement il n’y a pas d’images. On a juste des rues lensoises désespérément vides et une promotion sportive qui s’avère n’être plus qu’une formalité comptable. Le supporter suivi toute la saison par le documentaire est ému par le titre, mais depuis son portable dans son salon. Pareil pour le président du club ou les joueurs intervenants. L’émotion est là, mais précaire, pas forcément forcée, mais semblant fortuite.

Et c’est là qu’on se demande : la magie du football a-t-elle disparu ? On est maintenant au mois de juillet et, donc, cette promotion du RC Lens en ligue 1, qui pourtant n’est pas quelque chose d’anodin, n’est pas fêtée, ne pourra pas être fêtée. Et si ça l’est, ce sera trop tard, formel, administratif, sans âme.

Il faut en dire de même d’ailleurs pour le titre de champion d’Angleterre du Liverpool FC, club extrêmement populaire localement ainsi que de part le monde, dont le titre était attendu depuis trente ans. Les matchs ont repris en Angleterre, sans public, avec tout un protocole sanitaire. Les « reds » ont obtenu le titre sportivement peu après la reprise, mais l’entraîneur est contraint de dire aux supporters de rester à la maison et que le titre sera fêté comme il se doit quand cela sera possible… Mais tout le monde sait que ce ne sera pas pareil. Il y aura forcément dans cette célébration, si tant est qu’elle ait lieu, une froideur, un décalage. Il manquera quelque-chose, un quelque-chose qui ne se décrète pas, qui est insaisissable et s’envole rapidement. Ce n’est probablement pas pour rien que « Liverpool » a complémentent manqué son premier match après l’officialisation de son titre, en s’inclinant presque honteusement 4 à 0 face à son dauphin, le Manchester City FC.

Quelque-chose a disparu, et ne reviendra probablement jamais, ou en tous cas pas comme avant. Parce que le football, particulièrement en Angleterre, est censé toujours être là, s’imposer à tout, à tous les accidents de la vie. On divorce, on perd un proche, son travail, une région est sinistrée économiquement, etc.… mais le club lui est toujours là. Malgré les défaites, malgré les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants qui vont et viennent.

Ce qui est vrai en Angleterre est vrai pour tous les clubs dans le monde, forcément marqués par l’approche anglaise, au moins en partie. C’est vrai au RC Lens, ne serait-ce que par la physionomie de son stade, mais aussi par l’état d’esprit de ses supporters. D’ailleurs, si la frange la plus organisée et déterminée des supporters lensois relève au sens strict de la culture « ultra », d’influence italienne, cela n’est pas aussi franc quand dans d’autres clubs en France. L’influence anglaise, de type « Kop », est beaucoup très preignante dans le stade. Pour faire simple, disons que les « ultras » ont une approche unilatérale, s’inscrivant directement dans le jeu et se devant d’être « toujours présent », de ne jamais critiquer l’équipe pendant un match. Cela a sa dignité, mais c’est différent de l’approche « Kop » à l’anglaise, beaucoup plus festive, faisant plus facilement la différence entre le club (une identité d’ordre éternelle) et l’équipe sur le terrain, qu’on peut critiquer pendant le match, ou juste regarder sans applaudir ni chanter quand il n’y a pas d’emballement.

Toujours est-il que, pour les « Kop » ou les « ultras », ou pour le supporter lambda, le football relève d’une certaine magie, dans le sens où cela transcende la raison immédiate. Cela correspond d’ailleurs à toute une époque, commencée au milieu du XIXe siècle.

Cette « magie », aussi longtemps mise de côté depuis le confinement, pourra-t-elle réapparaître ? A-t-elle d’ailleurs vraiment existé ? Ou n’était-elle finalement qu’une belle illusion… ?

 

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Politique

Déconfinement: la France est coupée en deux

Depuis la première phase du déconfinement le 11 mai, la France s’est littéralement coupée en deux. Non pas physiquement, mais culturellement. Deux attitudes se font face, ou plutôt se croisent et se toisent du regard. Il y a les gens responsables, prenant les précautions nécessaires en raison de la situation sanitaire et ceux qui n’en ont rien à faire.

Se rendre dans un supermarché cette semaine sans porter de masque, cela relève clairement de la provocation. Plus encore, c’est une affirmation, consistant à assumer le relativisme selon une conception des choses entièrement décadente.

Les masques sont dorénavant disponibles, beaucoup de collectivités territoriales en ont distribué, des couturières en font dans les familles, de nombreuses pharmacies et certains magasins en vendent. On a eu des semaines de débat sur l’incapacité du gouvernement à en fournir alors qu’il en aurait fallu massivement. Personne ne peut maintenant ignorer l’intérêt du masque, non pas pour soi directement, mais comme mesure barrière collective. Mais c’est justement parce qu’il s’agit d’une mesure collective, demandant une grande conscience sociale, que cela est difficile pour les esprits décadents pétris d’individualisme.

Penser non pas seulement à soi-même, à son petit confort personnel, mais à la collectivité et en particulier aux personnes fragiles, cela demande un haut niveau culturel. Ce niveau culturel, il apparaît de plus en plus clairement que la bourgeoisie ne l’a plus, ou presque plus, alors qu’il est très généralisé dans les classes populaires et en particulier chez les prolétaires.

Pour les bourgeois, les petits-bourgeois, les ouvriers corrompus, les lumpens, porter un masque en faisant ses courses, cela est de trop. Pour les prolétaires et les gens issus des milieux populaires, c’est considéré comme la moindre des choses depuis le 11 mai, en attendant d’être certain que la situation soit meilleure sur le plan sanitaire.

De la même manière, dans les familles populaires, pour les prolétaires, on ne va pas avec ses enfants traîner dans les magasins, il faut faire preuve de retenue dans la vie quotidienne, on limite encore drastiquement ses fréquentations, on se salue et se parle de loin, on porte un masque quand on est dans un milieu dense comme un centre-ville ou une galerie marchande, etc.

Inversement, les esprits faibles et lâches ont sauté sur l’occasion dès le 11 mai pour foncer dans les magasins ou à la plage, faire la fête entre amis à nombreux, se regrouper par poignées entières sur les pelouses des grandes villes, quitte à même se faire la bise pour les personnes les plus stupides.

On a ainsi en France un panorama spectaculaire où deux mondes cohabitent littéralement et se considèrent l’un l’autre de manière dédaigneuse. Bien malin d’ailleurs celui qui dira avec certitude lequel de ces deux mondes est le plus important numériquement.

Illustration dramatique de cette opposition : la valse des responsables de partis politiques à Matignon mercredi, pour une consultation concernant les municipales. Tous se présentent sans masque, alors même qu’ils sortent d’une voiture avec chauffeur, un espace particulièrement confiné où le masque est de rigueur. Tous ? Non, sauf Jordan Bardella, du Rassemblement national. Ce dernier a grandi dans une cité HLM de Seine-Saint-Denis, il vient d’un milieu populaire et on sait bien malheureusement à quel point le RN est presque le seul parti ayant une certaine assise populaire. Lors de cette réunion, le point de vue porté par Jordan Bardella était d’ailleurs simple : d’accord pour les élections municipales en juin, mais avec une protection FFP2 pour les assesseurs et un masque pour les électeurs.

De leur côté, Olivier Faure du PS, Julien Bayou d’EELV ou encore Alexis Corbière de la France insoumise, se sont présenté sans masque, de manière tout à fait décadente, complètement décalés par rapport au quotidien des classes populaires. Cela en dit long sur leur conception du monde, sur leurs valeurs, et en fin de compte, sur ce qu’ils représentent culturellement.

Ils ne valent ici pas mieux que le libéral Emmanuel Macron et son gouvernement débordé par la crise, incapable ne serait-ce que d’obliger le port du masque dans les grandes surfaces ou de véritablement faire respecter les interdictions de rassemblement.

Souhaitons vraiment que la circulation du virus se soit tarie depuis le 11 mai, notamment grâce à ceux respectant les règles sanitaires, et que tous les comportements irresponsables ne soient pas la cause d’une circulation massive du virus et d’une nouvelle vague de covid-19.

Il faudra en tous cas regarder avec une grande attention pour la période à venir l’existence de ces deux mondes, leur relation, leur évolution. La Gauche, la vraie Gauche, celle du mouvement ouvrier, qui porte la civilisation, ne pourra bien sûr exister que dans le camp des gens responsables, à la conscience collective aiguisée. Et il faudra alors mener la bataille contre l’individualisme et les comportements décadents portés par la bourgeoisie et le capitalisme s’effondrant.

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Culture

Moby appelle à un retour à l’esprit techno de la fin des années 1980

Moby vient de sortir un album et c’est toujours l’occasion de saluer cette figure musicale, culturelle, politique. Il a réussi à maintenir une profonde cohérence, des valeurs sérieuses tout en cherchant autant que possible à éviter toute forme de corruption.

Moby a sorti son 17e album et on aurait tort de le juger selon des critères traditionnels. Moby ne prétend pas à la nouveauté et il n’est pas là pour étaler son ego. Il aurait pu aisément mener une carrière commerciale, mais il a réussi à maintenir son intégrité punk initiale. L’un de ses coups marquants a été, après l’important succès de l’album Everything Is Wrong en 1995, la sortie l’année d’après d’un album d’alternative rock au son parfois carrément abrasif, sur une base punk ou hardcore, Animal rights.

Sa carrière commerciale fut torpillée, mais lui s’en moqua très clairement. C’était une question d’intégrité. Il considère d’ailleurs Animal rights comme son meilleur album. Et l’album suivant, Play, avec un retour à la musique électronique fut son plus grand succès. Là les choses se passèrent mal : il sombra dans la décadence. Drogues, alcool, coucheries, jusqu’à l’implosion. Qu’à cela ne tienne, assumant le combat et la rupture, il vit désormais dans un trois pièces, rejetant ce passé corrompu.

Car, de quel « succès » parle-t-on ? Moby est l’un des nôtres. Lui, qui a désormais « vegan for life » de tatoué sur le cou, a distribué ces dix dernières années la quasi totalité de son argent gagné à des associations, notamment en faveur des animaux. On ne peut pas le juger selon des critères propres au capitalisme et il en va de même pour son dernier album.

Si demain il y avait le Socialisme et qu’on confisquait ses richesses, en admettant qu’il en ait réellement, il dirait : ah, cool. Et il faut bien faire attention : Moby ne vient pas de la petite-bourgeoisie intellectuelle. Il vient des couches populaires. Il a même vécu à un moment dans une usine à moitié abandonnée, sans eau courante mais avec l’électricité gratuite, lui permettant d’élaborer de la musique électronique après qu’il ait participé à la scène punk hardcore.

Il n’a d’ailleurs jamais pu s’entendre avec les « majors » de l’industrie musicale ni tous les escrocs de ce milieu et finalement il est bien content d’être un énorme travailleur produisant énormément de choses, faisant de la « méditation », « déçu » d’être hétéro mais ne passant pas pour autant dans les délires postmodernes. Il est à la frontière : son difficile parcours et ses racines, tant alternatives que populaires, en font quelqu’un d’ancré dans le réel. Il faut dire que le véganisme ne pardonne pas niveau ancrage dans le réel, surtout quand on l’est comme lui depuis 1997.


Sur son compte Twitter, Moby se définit comme « un amoureux de l’ALF » et il est d’ailleurs évidemment également straight edge, avec VX (pour vegan straight edge) tatoué à côté de son œil droit. Il a un regard très critique sur ses errements passés à la suite du succès de l’album Play et dans une interview au JDD à l’occasion du nouvel album, il raconte avoir rencontré Donald Trump « à plusieurs reprises quand [il vivait] à New York durant [ses] années décadentes ».

Tout cela pour dire qu’il est un personnage terriblement sympathique, à rebours des beaufs et Dieu sait s’il y en a en France et aux États-Unis. Ce qui amène la question : pourquoi n’y a-t-il pas plus de Moby ? Et puis où sont tous nos Moby français ? Il faut dire ici que les Français considèrent la viande, l’alcool et les coucheries comme un haut niveau de civilisation, ce qui fait qu’on est évidemment très loin du compte.

On ne doit pas s’étonner que le nouvel album, All visible objects, a ainsi une approche assez recherchée. Musicalement, c’est en quelque sorte un retour de la fin des années 1980, avec ce son des début de la musique électronique, dont Voodoo Ray d’A guy called Gerald fut un sacré emblème. On est dans cet esprit mêlant sonorités house, dub, revendication d’universalisme et de paix, avec des nappes électroniques ambiantes.


C’est un choix esthétique de Moby, sa contribution. Il est conscient que la fin des années 1980, dont il explique être nostalgique avec « 10 000 autres ravers », portait dans la musique électronique une énorme volonté de changement, avec une profonde dimension existentielle. Ce qui s’est déroulé en Grande-Bretagne a été énorme, d’une ampleur formidable, malheureusement anéantie par les drogues. La techno assumait l’universalisme, la modernité technologique, le fait de vivre en paix, de vouloir l’harmonie avec la planète. C’est avec cela que Moby appelle à renouer. Et il a raison.

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Société

Kobe Bryant dit le «Black Mamba», figure de la culture populaire

Le basketteur américain Kobe Bryant est décédé ce dimanche 26 janvier 2020 dans un accident d’hélicoptère en présence de sa fille aînée et de deux autres personnes. Le « Black Mamba » était très apprécié pour son talent et sa ferveur au travail, mais aussi comme figure représentant la culture pop, dans sa version américaine.

Les légendes du sport ont l’avantage d’être des figures universelles représentant l’humanité dans ce qu’elle peut faire de meilleur sur le plan de la performance physique et de l’intelligence physique. Kobe Bryant était de ceux-là, ayant succédé à Michael Jordan en NBA, qui lui-même avait succédé à Magic Johnson et à Larry Bird. L’annonce de sa mort hier suscite donc logiquement de l’émotion et ravive des souvenirs pour beaucoup de gens, tant il fait partie de la culture populaire, même pour ceux ne suivant pas vraiment le basketball américain.

Kobe Bryant s’était façonné un personnage, le « Black Mamba », en référence à un serpent africain très vif et rapide, mentionné dans le film Kill Bill. Ce personnage est acharnée de travail et il était ainsi connu pour s’exercer longtemps avant et après les autres à l’entraînement, parfois même dès très tôt le matin, etc.

Son habilité en match était fascinante, tout comme son sang-froid, combinés à une extraordinaire confiance en soi qui lui permettait de marquer énormément de paniers par match. Avec cinq titres NBA, deux sacres olympiques, 18 All Star Game et plus de 33 000 points marqués, il fait partie des meilleurs basketteurs de l’histoire.

Le jeune numéro 8 avait marqué les esprits au tournant des années 2000 au sein des Lakers de Los Angeles, mais aussi en dehors des terrains comme figure commerciale pour la marque Adidas qui lui a fait un modèle de chaussures dès 1997.

Ces pubs ont marqué des adolescents du monde entier, parfois même simplement à travers des magazines qui relayaient tout un style de vie, une attitude ultra moderne et sophistiquée à l’américaine.

Sur le plan strictement sportif, il a marqué les esprits en réalisant la performance de marquer 81 points dans un match, contre les Toronto Raptors en 2006, puis en enchaînant des saisons de très haut niveau avec désormais le numéro 24.

Il a mis fin à sa carrière en 2016, avec un match à 60 points, à l’issue duquel il a prononcé son fameux « Mamba out », avant de poser le micro par terre.

C’est par un poème qu’il avait annoncé quelques mois plus tôt la fin de sa carrièreavec des mots très bien vus, représentant bien l’esprit du sport : un amusement sérieux, qui devient souvent beaucoup plus qu’une passion.

On dit de Kobe Bryant qu’il tenait de très bonnes bases techniques et tactiques de par sa formation au basketball en Italie, où son père évoluait comme joueurs professionnel. Le basketball américain est en effet beaucoup plus physique et spectaculaire que le basketball en Europe, où on reproche souvent à la NBA ses largesses sur l’application des règles, mais aussi le peu de mise en place tactique pour la défense. Kobe Bryant lui était un passionné de football, ce qui peut-être est quelque-chose ayant marqué son style de jeu, avec sa capacité à chercher et trouver des espaces.

Le fait qu’il soit mort dans son hélicoptère privé en dit bien entendu long également sur les fortunes faramineuses attribuées à ceux qui sont utilisés comme vecteurs de l’appauvrissement culturel et psychologique à travers de véritables bonnes choses, comme le sport. C’est une contradiction de toute notre époque : d’un côté, c’est l’ère des masses… de l’autre, elles sont asservies par la logique entrepreneuriale décidant de tout.

Voici une vidéo des meilleurs moments de Kobe Bryant :

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Société

La grande ingéniosité populaire pour ne jamais dépenser d’argent sur le mode «FUT» de FIFA

Les modes multijoueurs en ligne ont bouleversé la pratique du jeu vidéo ces dernières années. C’est le cas notamment sur FIFA, la simulation de football où les joueurs pratiquent surtout le mode « FUT » dans lequel il existe une sorte de loterie pour améliorer ses compétences avec un système de cartes. L’éditeur du jeu EA Sport mise là-dessus pour soutirer de l’argent aux joueurs, mais certains s’organisent avec des techniques pointues pour éviter de payer et ils en font une véritable culture !

Plus de trois millions de personnes se sont connectées chaque jour sur « FIFA Ultimate Team » l’an dernier. Le « FUT » est un mode de jeu très complexe dans lequel il faut créer sa propre équipe avec des cartes de footballeurs (existant dans la vraie vie), afin d’affronter d’autre joueurs dans des matchs en ligne. Il faut changer régulièrement ses cartes de footballeurs afin d’augmenter le niveau général de son équipe et bien sûr avoir de meilleures individualités à chaque poste.

Voici un exemple de carte où l’on retrouve les caractéristiques principales du footballeur :

Pour que l’équipe soit efficace, il faut également qu’elle ait une bonne note collective. Celle-ci est déterminée par les rapports entre les footballeurs dans la vraie vie. Comme on le voit dans l’exemple ci-dessous, si deux footballeurs viennent d’un même club, ou alors ont la même nationalité et évoluent dans le même championnat, ils ont alors une liaison verte, qui fait augmenter la note collective :

Le premier moyen d’obtenir les cartes de footballeurs est d’ouvrir des « packs ». Le principe est qu’on ne sait jamais quelles cartes sortiront du « pack », comme c’est le cas pour les paquets de cartes à collectionner Panini.

Les « packs » sont offerts en récompense à l’issue de certaines compétitions ou de mini-challenges de création d’équipe, mais ils peuvent aussi et surtout, être directement achetés avec de l’argent réel.

C’est un système particulièrement pervers créant une addiction, exactement comme pour les jeux de hasards permettant de gagner de l’argent. Cette loterie du mode « Ultimate Team » engendre des bénéfices immenses, qui ont représenté en 2018 28 % du chiffre d’affaire d’EA Sport, qui est pourtant déjà un immense éditeur de jeux vidéos. Sa maison mère Electronic Arts a déclaré 1,2 milliard d’euros de bénéfice net pour son dernier exercice fiscal.

Il est difficile d’avoir des cartes de bon niveau sur le mode « FUT » de FIFA sans dépenser d’argent réel, à moins d’y consacrer beaucoup de temps. Il faut alors pratiquer tout un tas de techniques dites d’achat-revente de ses cartes de footballeurs (avec la monnaie virtuelle donc, pas de l’argent réel) sur l’immense marché d’enchère présent dans le jeu.

Cela nécessite de se tenir au courant plusieurs fois par jour de l’évolution du marché, en fonction des compétitions ayant lieu chaque semaine, à la fois dans le jeu, mais aussi dans la vraie vie. Si un footballeur connu fait un très grand match avec son équipe le week-end, il aura probablement dans FIFA une carte spéciale (qui sera plus ou moins rare) pouvant apparaître dans les « packs ». Ces cartes doivent être prises en compte dans les techniques les plus sophistiquées.

Le marché des transferts de cartes de footballeurs est censé n’être qu’une sorte de prolongement du système de « packs », la loterie par laquelle on obtient initialement les cartes. Dans la pratique, il devient primordial pour qui veut évoluer dans le jeu sans dépenser un centime d’argent réel. Il s’agit alors, via la monnaie virtuelle, de vendre au meilleur prix à certains moments tout en achetant le moins cher possible à d’autre moments.

Il faut bien voir ici qu’il y a tellement d’utilisateurs connectés à ce marché et de raisons d’acheter telle ou telle carte, que cela génère d’énormes possibilités du fait de l’immensité des flux. Les cartes les plus recherchées se vendent et s’achètent plusieurs fois par seconde.

Les différentes techniques mises en place par les joueurs, avec des noms comme « tech or », « tech avion » ou encore « tech 59 », consistent à analyser ces immenses flux pour en profiter intelligemment. Ce n’est pas de la spéculation en tant que telle, mais une sorte de boursicotage habilement mené, dans le but de renforcer sa propre équipe dans le jeu (on ne peut pas en retirer d’argent réel).

On comprend aisément qu’EA Sport fasse alors la chasse à ces différentes techniques d’achat-revente, qui permettent d’obtenir de belles cartes de footballeurs sans dépenser d’argent réel pour la loterie des « packs ». Pour continuer d’êtres efficaces malgré les restrictions, ces techniques de contournement deviennent alors de plus en plus sophistiquées, mais aussi de plus en plus chronophages.

Il y a quelque chose de vraiment fascinant à voir ces youtubeurs, pratiquement toujours des hommes assez jeunes issus des classes populaires, rivaliser d’ingéniosité pour obtenir les meilleurs cartes sans payer de « packs », tout en partageant leurs techniques au plus grand nombre.

C’est ni plus ni moins qu’une expression de la lutte des classes entre des prolétaires voulant s’amuser et une immense entreprise multinationale voulant les faire payer toujours plus. Il faut bien voir ici que les joueurs doivent déjà débourser une cinquantaine d’euros chaque année pour avoir la mise à jour du jeu et payent chaque mois auprès de Playstation ou Xbox l’accès aux serveurs permettant de jouer en ligne.

Il y a chez ces jeunes hommes pratiquant les techniques d’achat-revente sans argent réel une véritable culture antagonique contre EA Sport et une grande dignité populaire.

L’éditeur est considéré de manière tout à fait juste comme un monstre voulant les escroquer à tout moment et contre lequel il faut s’organiser !

Ces jeunes hommes ne sont pas dupes des pratiques mercantiles de l’éditeur de FIFA, qu’ils accusent aussi de mettre des « scripts » dans les matchs en ligne du mode FUT, c’est-à-dire de mettre en place un algorithme influant directement sur les matchs et dénaturant le jeu.

On comprend alors leur colère quand ils apprennent qu’EA Sport embauche carrément certain joueurs, afin de perturber leurs techniques.

Plutôt que d’abandonner le jeu, ou alors de capituler en achetant des packs avec de l’argent réel, ces joueurs mettent un point d’honneur à ne jamais rien lâcher et perfectionnent leurs techniques. C’est malheureusement une fuite en avant terrible, qui prend un temps fou, au point que certains se rendent compte qu’ils jouent finalement de moins en moins de matchs alors qu’ils passent toujours plus de temps sur leur console…

Quel immense gâchis, peut-on se dire, car si toute cette intelligence et tout ce temps était mis au service de la révolution, on renverserait si vite le capitalisme en France ! On produirait alors des jeux « FIFA » bien mieux, bien plus réjouissants, sans cette perte de temps insupportable que sont ces techniques d’achat-revente démesurées pour contourner le système.

Le jeu vidéo FIFA est dans de nombreux pays, dont la France, considéré comme le premier produit culturel en termes de vente qui se chiffrent en dizaines de millions. Il est vraiment incroyable que la Gauche, qui est censée incarner la voix du peuple, ne s’est jamais intéressée à ce phénomène de société. C’est pourtant totalement hégémonique chez les jeunes hommes des classes populaires et cela fait maintenant partie intégrante de la culture football.

La Gauche devrait donc être en première ligne pour mener la fronde sur le terrain politique contre EA Sport, en faisant interdire ni plus ni moins l’achat de ces « packs ». Ce jeu de hasard payant, complètement sous contrôle d’une grande entreprise et sans aucun cadre public, est inacceptable, tellement on sait qu’il est facile de tomber dans l’addiction et de dépenser des centaines d’euros, surtout chez les plus jeunes.

Nos voisins belges ont déjà interdit ces loteries payantes dans les jeux vidéos et ils ont bien raison. La France devrait suivre l’exemple. Mais interdire ne suffit pas, il faut également, en même temps, mener la bataille sur le plan culturel afin de proposer autre chose à la jeunesse, lui donner d’autres perspectives que le contournement passif par des techniques aussi ingénieuses qu’improductives socialement.

C’est là une question démocratique de grande importance, notamment pour les femmes qui doivent subir tout ce temps perdu par leur compagnon pour pratiquer ces laborieuses techniques d’achat-revente…

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Société

Mode: le style football 2019/2020 témoigne du rythme populaire

L’élévation de la qualité des maillots de football et des habits qui y sont liés reflète une exigence populaire de style et d’universalisme. Le capitalisme a ici totalement triomphé, ce qui signifie qu’il est en train de s’effondrer et de laisser la place à un processus de socialisation. La mode est devenue une exigence de style populaire, dans la vie quotidienne. Le style graphique 2019/2020 en est un signe efficace.

La mode était auparavant l’apanage d’une minorité au style de vie franchement isolé du reste de la société. Le développement de la société de consommation a bouleversé la donne. Si le style populaire est largement aliéné par les valeurs imposées par le marché, il affirme un universalisme qui préfigure la socialisation complète.

Rien que les habits proposés par le club de football des Kaizer Chiefs de Johannesburg, en Afrique du Sud, sont d’une fraîcheur exceptionnelle. A l’avenir, tous les maillots auront ce niveau… quand on aura changé le contenu de la société.

Ce processus de socialisation est bien entendu invisible aux yeux de qui pratique le misérabilisme quant aux conditions de vie. Sur un site d’ultra-gauche, au sujet de l’écologie, il est écrit tout récemment que la majorité des prolétaires n’a pas les moyens de se procurer des tomates bios.

Un tel misérabilisme est en décalage total avec le développement de la société de consommation, qui est aussi l’expression de l’universalisme et de la socialisation. Poto ! Le maillot de la Roma extérieure coûte seulement 60 euros…

Le niveau de culture augmente, il se généralise, même si le processus est tourmenté et déboussolé par le rythme capitaliste de la consommation, sa superficialité. Il y a une esthétisation de la réalité sociale qui se produit et la pression des masses à ce niveau est immense. Il y a une exigence de qualité et de style, évidemment tout est détourné par le capitalisme… pour l’instant.

Il n’y a plus que les gens liés à la vieille culture syndicale pour ne pas voir l’intérêt d’un produit comme le maillot home du club anglais de Hull city…

Il faut être sans culture pour ne pas voir le style rigoureusement italien du troisième maillot de l’AS Roma, de par sa coupe, ses couleurs, le style qu’il impose.

Le maillot home de Liverpool en mode spécial Blackout est formidable et il n’est pas étonnant que son succès a été très grand.

Le maillot extérieur d’Arsenal à l’occasion du carnaval londonien de Notting Hill est une réussite brillante également.

Ce monde toujours plus en noir et blanc se colore toujours plus. Tous les succès du capitalisme sur tous les plans annoncent son dépassement par la socialisation populaire.