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Culture & esthétique

Playlist « Parce que Paris Texas »

Le hip-hop est terminé comme musique. Soit il est devenu une nouvelle musique de variété avec des éléments hyper basiques, soit il est passé dans un mélange très complexe ouvert à toute une série d’autres genres musicaux. La playlist qu’on trouve ici présente cette seconde perspective, en mettant l’accent sur la dimension agressive, nihiliste, révoltée, froide de ce nouveau hip-hop.

Un hip-hop extrêmement travaillé, avec un grand arrière-plan culturel, à rebours du cliché du « rap ». Et comme c’est porté par des personnalités en rupture, il y a une tendance puissante au tourmenté et au grotesque, à l’utopie et au nihilisme. Impossible de rester indemne devant cette déferlante totalement 21e siècle où le hip-hop disparaît en se conjuguant au punk.

Il est commencé ici avec la meilleure chanson de l’album Utopia de Travis Scott, avec une partie notamment incroyable de SZA. Cette vague de froid est rejointe par FML de Kanye West. Initialement, la chanson avait une partie chantée par Travis Scott, mais finalement ce fut la version avec The Weeknd qui fut choisie. La fin de la chanson consiste en un long sample de la chanson « Hit » du groupe post-punk britannique Section 25, datant de 1981 et sur un album coproduit par Ian Curtis du groupe postpunk Joy Division.

Ian Curtis est d’ailleurs la référence incontournable pour des figures majeures de cette tendance historique, comme Vince Staples, Danny Brown, Tyler The Creator, Earl Sweatshirt… Quand on sait que Vince Staples est vegan straight edge et a connu Joy Division grâce aux Mexicains de la rue d’en face… On voit bien qu’on ne peut que gagner et que le capitalisme a déjà perdu. Trop c’est trop, il est dépassé.

Le côté froid de ce hip-hop tourmenté post-hip-hop, si rentre-dedans et dont Travis Scott est un acteur fondamental, se retrouve de manière notable chez Paris Texas, référence à l’incontournable film de Wim Wenders (1984). La chanson Panic!!!, voilà ce qu’est le vrai punk en 2023. Il faut par contre bien l’écouter en entier pour voir la magistrale transition qu’on y trouve, sinon on rate la substance de la démarche et on en reste au premier degré. Une seconde chanson est mise dans la playlist, car inévitablement une part significative des auditeurs basculera dans Paris Texas.

Le début du 21e siècle, pourquoi ? Parce que Paris Texas. Tout va de plus en plus vite, tout se mélange, c’est la grande synthèse et le socialisme, cela va être formidable, de par les associations à l’infini.

En attendant, on est encore dans le capitalisme, et la playlist se conclut par des expressions dont la dimension punk est toujours plus nette, jusqu’au nihilisme. Une vraie playlist pour saisir l’esprit d’une époque.

La voici (en lecture automatique) suivie de la track list.

1. Travis Scott – Telekinesis (Official Audio) ft. SZA, Future (2023)
2. Kanye West – FML (2016)
3. Vince Staples – Big Fish (2017)
4. Danny Brown – Dip (2013)
5. Tyler, The Creator – Hot winds blow (2023)
6. Earl Sweatshirt – Making The Band (Danity Kane) (2023)
7. Paris Texas – Panic !!! (2023)
8. Paris Texas – Bullet man (2023)
9. 070 Shake – Cocoon (2022)
10. redveil & JPEGMAFIA – black enuff (2023)
11. JPEGMAFIA – 1539 N. Calvert (2018)
12. Armand Hammer – Trauma Mic feat. Pink Siifu (2023)
13. ZillaKami x SosMula – HAHA WACO (2023)

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Playlist son et mélodie

Le 21e siècle est lancé.

Si on porte son attention sur l’évolution de la musique depuis 20 ans, on peut voir un phénomène qui se produit en deux temps : l’alliance du son et de la mélodie.

Les progrès technologiques ont permis une démocratisation de l’accès à la musique. Jusqu’au MP3, c’était le temps des vinyls et des cassettes audio. Si on ne voulait ou pouvait pas acheter, il fallait trouver quelqu’un qui avait ce qu’on cherchait pour procéder à une fastidieuse copie.

Encore fallait-il trouver une telle personne, et encore fallait-il vouloir chercher. Et comment découvrir les choses qui plus est, dans un tel parcours semé d’embûches?

Cela forçait à chercher, d’où une petite minorité très pointue musicalement, même s’il faut relativiser car les productions musicales n’étaient pas encore complètement formatées par les majors.

Par la suite les majors ont dominé et le MP3 a amené un goinfrage de musique sans précédent, débouchant sur le culte du « son » qui caractérise largement la jeunesse des années 2010. On n’écoute plus de la musique, mais du son. C’est un arrière-plan écouté en bruit de fond.

Ce qui est intéressant en ce début des années 2000, c’est de voir comment la démocratisation technologique a fait émergé des talents qui, élevant le niveau, réaffirment la mélodie, la combinant à un son travaillé.

La mélodie gagne en envergure avec le son, le son y gagne une âme. Le processus est loin d’être terminé, mais il a déjà des marqueurs, dont la playlist suivante se veut une tentative de témoignage.

On notera que les femmes sont à la pointe, souvent dans une tonalité jazzy de la recherche de complexité ; cependant, ce sont des figures tourmentées – décadentes – consommatrices comme Travis Scott et la formation Migos qui ont joué un incontournable rôle historique (particulièrement contradictoire) en élevant puissamment la qualité et la complexité sonique.

Pour l’instant, c’est en effet le côté électro qui est le vecteur de la combinaison son et mélodie.

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la tracklist :

1. Fazerdaze – Winter (2022)
2. Kilo Kish – Obsessed (2017)
3. Yaya Bey – Keisha (2022)
4. KeiyaA – I! Gits! Weary! (2020)
5. SZA – Babylon (2014)
6. Amber Mark – Conexão (2018)
7. Yaya Bey – Reprise (2022)
8. Robert Glasper Experiment – « Fever » featuring Hindi Zahra (2022)
9. Bruno Mars, Anderson .Paak, Silk Sonic – Leave the Door Open (2021)
10. Amber Mark – Love me right (2018)
11. Pharrell Williams, Travis Scott – Down In Atlanta (2022)
12. M.I.A. – Bad Girls (2012)
13. Travis Scott – SICKO MODE ft. Drake (2018)
14. Migos – Roadrunner (2021)
15. Travis Scott – Skyfall ft. Young Thug (2014)

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Playlist punk anti-guerre 1980’s

La guerre est aussi le prolongement de toute une société.

Les années 1980 ont été des années terrifiantes en raison du risque d’affrontement militaire et nucléaire entre les deux superpuissances d’alors, les États-Unis et l’URSS. En France, cette angoisse a été moins forte qu’en Allemagne et en Grande-Bretagne, de par l’orientation « géopolitique » en retrait de la France. Mais en Grande-Bretagne, il y avait la hantise de se faire vitrifier en cas de conflit et le mouvement punk, tout au long de la décennie, n’a cessé de faire de la guerre un thème essentiel.

En Allemagne, il y avait bien entendu la considération que si une guerre se déroulait, ce serait avant tout sur son territoire… Et il n’en resterait pas grand chose. La chanson de Nena, 99 Luftbalons, est ici la plus connue des chansons anti-guerre. Elle raconte comment 99 ballons dans le ciel sont compris comme une attaque par les furieux militaristes qui alors se précipitent dans la guerre.

Le mouvement punk anglais a cependant ceci de différent par rapport à Nena qu’il a toujours relié le militarisme au mode de fonctionnement d’une société capitaliste précipitant les gens dans l’aliénation. D’où le fait que cette musique punk était justement écouté dans les innombrables squats berlinois de la même époque avec les autonomes. La guerre n’était pas considérée comme quelque chose tombant du ciel, mais comme dans la nature même d’un capitalisme agressif.

D’où l’adoption d’un son agressif, un sens de l’urgence, une volonté de confrontation. Le punk n’a pas été dans les années 1980 qu’un nihilisme, il a été aussi une philosophie de refus d’une société acceptant et produisant la guerre.

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la tracklist :

  1. The Exploited – War (1982)
  2. Camera Silens – Est/Ouest (1985)
  3. The Clash – London calling (1979)
  4. Chaos UK – 4 Minute Warning (1984)
  5. The Stranglers – Nuclear device (1979)
  6. UK Subs – Warhead (1980)
  7. Bad Religion – World War III (1981)
  8. Discharge – Visions of War (1981)
  9. Disorder – Provocated War (1985)
  10. M.D.C. – Missile Destroyed Civilization (1986)
  11. The Proletariat – Splendid Wars (1983)
  12. Subhumans – Who’s Gonna Fight in the Third World War ? (1984)
  13. The Exploited – Let’s Start a War [said Maggie one day] (1983)
  14. Discharge – Never again (1981)
  15. Anti cimex – Victims of a bombraid (1984)
  16. Doom – War crimes (1988)
  17. Crucifix – Annihilation (1982)
  18. Axegrinder – Damnation of the living (1987)
  19. Dirt – Anti-war (1985)
  20. Conflict – One Nation Under The Bomb (1983)
  21. Icons of filth – Onward Christian Soldiers (1984)
  22. Lost cherrees – No fighting no war (1983)
  23. Flux of pink indians – Tapioca sunrise (1982)
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Playlist « Breakbeat du XXIe siècle »

Le terme breakbeat qualifie une caractéristique musicale des genres où le motif habituel du kick est brisé, avec un beat particulier, presque arythmique, qui s’illustre principalement dans la Drum & Bass (ou DnB).

Mais les premiers breakbeats c’étaient les breaks de batterie, les parties non-chantées dans les morceaux de funk qui, une fois isolés et joués en boucle, ont servi de matière première pour le Hip-Hop des origines des années 1970.
C’était la partie qui faisait danser les breakers, qui permettaient aux rappers de poser leurs mots.

Le morceau comportant le break le plus célèbre est « Amen Brothers » par The Winstons et un solo de batterie exécuté par le fameux G.C. Coleman, ci-dessous à 1’26.

Ce fameux contretemps est aussi présent dans la musique caraïbéenne où on l’appelle skank et aboutira dans le dub. Il réapparaît sous forme électronique dans le milieu hardcore anglais avec la Jungle puis la fameuse Drum & Bass.

La Drum & Bass a succédé à la « Jungle » aux alentours de 1996 dans la région de Bristol au Royaume-Uni. C’est une rupture relative avec les ambiances « traditionnelles » de la techno, car la notion rythme est tout à fait centrale dans le développement d’une mentalité et d’une attitude, d’une manière de danser principalement. On passe du rythme binaire régulier, lancinant hérité de la techno de Detroit à des breaks endiablés, sans fin, augmentés grâce à l’informatique. On a ainsi un style qui s’éloigne des « traditionnelles » amphétamines qui innondent la scène techno, préférant une approche plus passive avec la consommation de weed et, plus tard, d’anti-dépresseurs.

Malgré ces différences, la Drum & Bass fait partie du milieu rave, cela agrandit encore les perspectives au sein des musiques électroniques, en terme de choix de soirée, d’ouverture culturelles etc.

Il y a eu moins d’écho en France par rapport à l’ère anglo-saxonne ou l’Allemagne par exemple, mais dans les années 2000 jusqu’au début des années 2010 il était tout à fait possible et facile d’aller uniquement dans des soirées D&B. Les freeparty ont participé également à la diffusion de ce genre, les grosses lignes de basses et le rythme particulier permettant de reposer les corps dans les matinées ensoleillées suivant les nuits blanches.

On trouve des morceaux récents de DnB, à la fois très modernes du point de vue des sonorités, au mastering très propre, et à la fois « old school » dans l’esprit.

C’est un peu le son de la crise, avec un style particulier, avec une énergie comme contenue, enserrée dans des nappes de basses, comme ne parvenant pas à s’exprimer totalement.
Forcément, les breakbeats sont basés sur les breaks, des cassures littéralement plutôt que des transitions, donc sur une rupture musicale : la fin d’une séquence, le début d’une nouvelle, différente, plus complexe, plus intense.

Pour accéder à la playlist >cliquez ici<

Voici la tracklist :

1) Molecular, Bouncer

2) Thread, When I Feel

3) Philth & Bredren – Butterfunk

4) Molecular, Rolling Ride

5) Ground, Regain

6) Telekinesis, Sensor

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Playlist Cabaret Voltaire

Du post-punk à l’aventure industriel-techno.

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Lorsque Ian Curtis de Joy Division se suicida, les membres de Cabaret Voltaire furent les seuls présents à l’enterrement avec le groupe et la famille de celui-ci. Les premiers enregistrements de New Order se feront dans les studios de Cabaret Voltaire. C’est un rapprochement qui en dit long et qui est une référence pour ceux appréciant la contribution de ces deux groupes, New Order étant profondément marqués par l’approche électronique de Cabaret Voltaire et il faut ajouter aux groupes largement influencés Depeche Mode, Front Line Assembly, Ministry, Skinny puppy, ou encore Bauhaus.

Tous ces groupes ont en commun d’être composés de gens culturellement de gauche à la fois avant-gardistes et ancrés dans la protestation populaire de l’époque, de mêler un esprit contestataire et la musique électronique comme repli.

Il y a plusieurs périodes dans l’histoire de Cabaret Voltaire. Initialement, c’est un groupe de post-punk utilisant les bases de ce qui va être la musique industrielle.

C’est rentre-dedans puis rapidement construit de manière expérimentale abrasive, avec un profond sens du collage qui va être la marque du groupe. Le groupe tire son nom d’ailleurs d’un café de Zurich où est né le mouvement Dada, le « Cabaret Voltaire ». On est ici en 1979 et c’est une sorte de punk electro-sonore.

Au tout début des années 1980, Cabaret Voltaire passe alors à la musique industrielle en tant que telle, avec un profond sens de la répétition. Les albums « Red Mecca » et « Three Mantras » sont ici de grande valeur.

Puis dès 1982, on passe comme avec New Order dans la musique dansante mais froide, dans l’esprit Funk industriel. Il y a ici quelque chose d’incroyablement en avance, mais il va manquer quelque chose. L’esprit reste trop expérimental, il y a un fétichisme du collage dans les vidéos rendant l’ensemble très vite suranné, il y a trop d’inégalités dans les productions. L’ensemble est néanmoins clairement marquant et ouvrant une voie, ni plus ni moins que celle de la House music, avec le côté funk dansant mais froid et répétitif sur la durée.

Le virage étant raté, Cabaret Voltaire va alors connaître deux périodes. La première c’est celle d’une electropop qui s’éteindra rapidement. La seconde, c’est le passage dans la techno ambient, l’expérimentation électronique, l’IDM (intelligent dance music), avec un arrière-plan en fait tech-house et la culture acid-house.

https://www.youtube.com/watch?v=_j7hCaWWU-s

Voici une vidéo d’un projet de Richard H. Kirk, Sweet Exorcist (avec DJ Parrot) ; elle a été réalisée par Jarvis Cocker de Pulp.

Voici une chanson tirée de Plasticity, un album techno de 1992 d’une grande valeur (et totalement inconnu); la vidéo consiste en ce qui était projeté en 1990-1991 lors de la tournée de Cabaret Voltaire. C’est que le groupe avait bien entendu en tête, dans l’esprit des années 1980, d’un projet « total ». Il était sur ce point bien trop en avance.

Cabaret Voltaire est en fait emblématique, avec New Order des tout débuts ou le premier ministry, d’une petite vague « funk industrial » qui, au tout début des années 1980, va servir de laboratoire à la confluence de la musique d’Europe et de celle des Etats-Unis, à l’image de la rencontre entre Kraftwerk et Afrika Bambaataa dans « Planet rock » en 1986.

Playlist

Voici la playlist en lecture automatique suivie de la tracklist !

Just fascination (1983)

I want you (1985)

Kino (1985)

Yashar (1982)

James Brown (1984)

Digital Rasta (1984)

Back to Brazilia (1992)

Colours (1991)

Landslide (1981)

Blue heat 12 mix (1984)

Here to go (1987)

Sensoria (1984)

Animation (1983)

Baader Meinhof (1979)

24-24 (1983)

Nag nag nag (1979)

Silent command (1979)

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Playlist Afghanistan

L’Afghanistan, carrefour géographique, produit une musique très riche.

L’Afghanistan est entre le Moyen-Orient et le sous-continent indien et cela se ressent particulièrement. Le pays a été traversé d’ouest en est et d’est en ouest, du nord au sud et du sud au nord, produisant une synthèse aussi marquante que l’incroyable et magnifique géographie afghane.

La musique est répétitive-entraînante, la thématique dans l’esprit du bulbul, le rossignol, avec l’expression de l’amour masculin le plus complet faisant face à l’apparente indifférence de la bien-aimée qui vérifie en fait qu’il s’agit bien de celui attendu (les chansons Bacha Bacha et Yak Qadam Pesh font allusion à cela).

La vidéo de la chanson « Mohabat », terme désignant d’ailleurs l’amour, est exemplaire de ce romantisme le plus complet – où l’on meurt d’amour s’il le faut, si le destin n’est pas au rendez-vous.

Cette dimension romantique, présent disons des Balkans au Bangladesh, cet aspect positif de la culture islamique, est en fait le meilleur moyen de briser l’Islam comme religion, comme expression féodal-patriarcal.

On notera qu’il existe une grande scène pop commerciale, notamment en Allemagne ; parfois elle puise dans une dimension populaire historique niveau musical, parfois elle rompt dans un sens plus moderne, mais elle conserve le plus souvent une dimension ouvertement démocratique, appelant à l’unité de tous les gens du pays au nom d’une culture commune.

Enfin, petite anecdote toujours utile, Afghanistan se prononce en quelque sorte « Avranistânne ».

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la tracklist :

Madina – Sarzamine (2021)

Seeta Qasemie – Nametarsam (2019)

Jawid Sharif – Yak Qadam Pesh (2012)

Bashir Asem & Setara – Mohabat (2017)

Ahmad Ghani Zada – Bacha Bacha (2020)

Nazir Khara & Ghezal Enayat – Dil e Biqarar (2014)

Sahrish Khan – Shna Bangri (2019)

Shafiq Mureed – Hairan Yam (2018)

Shekiba Teimoori – Bia Berim Dasht (2021)

Hojat Rahimi & Vahdat Rahimi – Afghanistan (2018)

Shafiq Mureed – Khanda Ko (Hazaragi) (2018)

Sadiqa Madadgar – Alai Jan (2021)

Aryana Sayeed – Dar Qalb-e Kabul (2021)

Mozhdah – Bayshay e Sheran (2016)

Ustad Beltoon – Khomari (1986)

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Playlist Gothic rock (Bauhaus, Sisters of Mercy, Fields of the Nephilim)

Trois groupes avec un univers artistique très développé.

La notion de Gothic rock est paradoxalement très imprécise et extrêmement précise. Elle est précise, parce que c’est clairement un sous-genre du mouvement gothique du début des années 1980. On a la même perspective lugubre, de critique esthétisante de la société, d’exigence d’une affirmation personnelle romantique. La base musicale est très proche, avec une influence significative de Joy Division, des Cure et de Siouxsie & the Banshees, qui forment le socle initial de l’approche Gothic rock.

Elle est toutefois imprécise, car les groupes qui en relèvent ont une sensibilité différente, privilégiant leur propre esthétique, sombre mais largement teintée d’un esprit rock rebelle d’esprit post-punk et de références artistiques. Il ne s’agit pas d’un quelconque « snobisme », mais d’une mise en perspective réellement différente : Bauhaus, Sisters of Mercy, et les Fields of the Nephilim ont un univers extrêmement élaboré, reflétant un très haut niveau culturel.

Ce sont d’ailleurs les trois groupes qu’on cite communément comme Gothic rock, parce que ce sont eux qui ont réussi à faire acte d’indépendance. Si les gothiques considèrent que ces groupes font partie de leur patrimoine (ce qui est vrai), un public touché par un de ces trois groupes se considère comme à l’écart du gothique (ce qui est vrai aussi).

Pour essayer de faire un panorama ayant un sens, on peut voir les choses ainsi :

– Bauhaus est un groupe avec une grosse base intellectuelle ; issu du post-punk, il est très marqué par la dub, par le collage d’esprit cubiste, par l’expressionnisme, l’esprit avant-gardiste pointu voire expérimental, mais tout en cherchant à maintenir un cap accessible, même si esthétisant (c’est un dépassement de David Bowie) ;

– les Sisters of Mercy, qui ont connu un très grand succès commercial, privilégient la dimension accessible mais avec une perspective romantique ouverte (c’est un dépassement des Stooges) ;

– les Fields of the Nephilim sont un groupe rupturiste, avec des artistes en look de cow-boys poussiéreux allant toujours plus loin dans un son rock lugubre et raffiné, peuplé de références littéraires-religieuses mystico-délirantes, mais dans une perspective ouvertement romantique – sentimental.

On trouve souvent comme références, à côté de ces deux groupes, The Mission (qui est une scission des Sisters of Mercy), pratiquant un gothique rock « pur », ainsi que The Cult, dans une même perspective mais plus glam, ou encore les Damned, de la première vague punk. On a cependant pas affaire ici à la même exigence de formation d’un univers artistique en soi. On doit mentionner absolument également le projet du chanteur des Sisters of mercy, The Sisterhood, dont l’album « Gift » est une expression majeure de cette approche.

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la tracklist :

The Cure – Charlotte Sometimes (1981)
Joy Division – Atmosphere (1980)
Bauhaus – She’s In Parties (1983)
The Sisters of mercy – Marian (1985)
Fields of the Nephilim – Last Exit For The Lost (live 1988)
The Sisterhood – Colours (1986)
The Sisters Of Mercy – Walk Away (1985)
Fields Of The Nephilim – Moonchild (1988)
The Sisters of Mercy – Lucretia My Reflection (1987)
The Cure – Primary (1981)
Bauhaus – Lagartija Nick (1982)
Fields Of The Nephilim – Shroud / Straight to the Light (live 2008)
Bauhaus – Ziggy Stardust (1982)
The Mission – Deliverance (1990)
The Cult – Rain (1985)
The Damned – Shadow Of Love (1985)
The Sisters Of Mercy – Ribbons (1990)
Bauhaus – In The Flat Field (1982)

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Playlist россия♥україна♥россия♥україна

Une playlist pour introduire à la culture… qui va avec la paix et l’amitié entre les peuples.

Voici une playlist qui pour beaucoup de gens en France apparaîtra pittoresque, mais en même temps, incroyablement inspirante. Chaque chanson est d’une incroyable charge. Et pour faire les choses bien, loin des valeurs des va-t-en guerre, la playlist, avec uniquement des œuvres récentes, s’appuie uniquement sur des femmes, qui témoignent de leur haut niveau artistique, de leur haut niveau de culture, de synthèse.

C’est autre chose que la guerre. Et pour faire les choses encore mieux, il ne sera pas précisé qui est russe, qui est ukrainienne.

La dernière chanson est une exception relative puisqu’un éloge des sœurs, magnifique, avec un ton qui correspond bien à la tristesse des menaces de guerre entre deux d’entre elles.

Voici la playlist en lecture automatique sur YouTube, suivis de la tracklist :

  1. DakhaBrakha – Monakh (2017)
  2. Сабрина – Сестра (2019)
  3. Katya Yonder – Вновь и вновь (2020)
  4. ONUKA – UA (2014)
  5. Alina Pash – Bosorkanya (2019)
  6. Maria Teriaeva – SØS (2020)
  7. Jekka – Midnight Hour (2015)
  8. Fanny Kaplan – Smeh (2016)
  9. Нaaдя — Осколки (2020)
  10. КОЛО – Серце в Житах (2017)
  11. Navka – Цвіте терен (2020)
  12. Іванка Червінська – Покоси (2020)
  13. Magnetic Poetry – Not Alone (2017)
  14. Mustelide – Salut (2016)
  15. Три Сестры (Les trois soeurs) (juste après 1991)

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Playlist Grunge

Le grunge a été un mouvement très profond dans la révolte existentielle, avec une indifférence à la fois placide et tourmentée aux exigences du capitalisme.

L’ambiance dépressive due à la pandémie doit amener une revalorisation du grunge, ce style de musique apparue dans les années 1990. Car si on parle de vie en société, de culture, on peut voir que le grunge a prôné une sortie de tout cela, un refus complet de participer. On est à rebours de la culture punk et punk hardcore, où il y a un désengagement du monde mais pour une révolte. Dans le grunge, on est dans un tourment existentiel consistant tout simplement au refus d’en être.

C’est somme toute très actuel voire une anticipation d’une société qui a fait le tour d’elle-même.

Si on devait ou pouvait résumer le grunge, ce serait simplement : ben non, on ne fait pas. On se pose dans un coin et puis non. On refuse de « grandir », d’être conforme à une société qui contamine tout avec sa consommation, qui est donc victorieuse, mais nous au moins on est de côté.

Le grunge n’a toutefois rien à voir avec les zadistes. Ces derniers ne se mettent pas de côté, ils prétendent vivre à part, en autarcie. Le grunge accompagne le monde, il l’accompagne par son style indifférent, des sons abrasifs, une affirmation d’une déchirure.

Le grunge est avant tout quelqu’un qui ne peut pas s’empêcher d’être lui-même et qui affronte avec indifférence le monde, jusqu’à l’autodestruction éventuellement, mais sans artifices comme les punks, les zadistes, etc.

Le grunge est un pessimisme résigné, tourné vers lui-même, mais pas anti-social, non-social, avec un refus de la logique dominante. C’est du décalé assumé, pas esthétisant, c’est un moyen de se préserver, une tentative d’échapper à la pression par une surface à la fois lisse et balafrée.

Il y a beaucoup à apprendre du grunge, une révolte authentique, limitée car sans perspective et niant les masses au profit d’un repli individuel, mais qui est le dernier mouvement de rébellion échappant à l’omniprésence de l’ego tout puissant du capitalisme avancé.

Voici la playlist en lecture automatique :

  1. Nirvana – Negative creep (1989)
  2. Mudhoney – Touch Me I’m Sick (1996)
  3. 7 Year Bitch – 24,900 Miles Per Hour (1996)
  4. Alice In Chains – Down in a Hole (1992)
  5. Hole – Violet (1994)
  6. Soundgarden – Fell On Black Days (1994)
  7. Nirvana – Peel Session (1991)
  8. Pearl Jam – Even Flow (1991)
  9. Babes In Toyland – Bruise Violet (1992)
  10. Alice In Chains – Would? (1992)
  11. The Melvins – Honey Bucket (1993)
  12. L7 – Pretend we’re dead (1992)
  13. Screaming Trees – Shadow of the Season (1993)
  14. Mad Season – River Of Deceit (1995)
  15. Babes In Toyland – He’s My Thing (1990)
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Playlist: French touch pop 2020

Avant on choisissait sa musique pour avoir la bande originale de sa vie défilant tel un film, maintenant il y a tellement de moyens qu’on peut réaliser soi-même le portait d’une tranche de vie. Il y a de véritables bijoux qui sont ainsi produits, mais de manière totalement aberrante, leur écho est terriblement restreint.

Serait-ce parce que c’est trop vrai, trop authentique, trop concret ? Pourtant, si c’était le cas, ces choses seraient connues et ensuite évitées, alors que là c’est une sorte de marge ! Une marge pourtant au cœur de la vie des gens « normaux ».

Ce qui joue sans doute ici, c’est qu’on doit parler d’une véritable révolution dans la musique française, car l’apport de l’électro – qui seule permet vraiment la french touch – modifie de fond en comble la chanson française : ce qu’on trouve ici aurait été dans le passé de la « variété » française – et c’est désormais de la musique populaire.

Tout a changé et ce n’est qu’un début !

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la liste des titres :

  • Moussa – simple X Claire Laffut
  • Michel – Appel Manqué
  • Zed Yun Pavarotti – De larmes
  • TESSÆ— À l’envers
  • Iliona – Reste
  • The Pirouettes – Encore un peu d’amour / Ciel radieux
  • La Femme – Disconnexion
  • L’Impératrice — Anomalie bleue (LIVE)
  • ascendant vierge – Impossible Mais Vrai
  • Magenta – Boum Bap (Live Rework)


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Un bonnet et du hardcore (playlist)

Le hardcore est né comme prolongement du punk, sur un mode pratiquement aussi agressif, mais avec une perspective d’affirmation positive ou en tout cas de résistance à un monde fade et brutal. Il a ainsi été capable d’évoluer, de s’ouvrir au hip hop, au metal, au grunge… et de garder un côté accessible. Un bonnet, un sweat à capuche, quelques tatouages, éventuellement un skateboard, et c’est parti.

Le hardcore oscille ainsi entre une tonalité colorée, très côte ouest américaine, et une approche plus lourde, en noir et blanc, avec d’ailleurs des passages lents et lourds, propices au mosh, qui est au hardcore ce que le pogo est au punk.

Dans tous les cas, il y a une insistance sur l’expression d’une rage structurée, affirmative. Le hardcore est écouté comme bande originale d’une vie où il faut faire face, tenir, ne pas basculer dans la destruction !

On notera d’ailleurs l’insistance du hardcore à ne pas accorder d’attention à l’âge, la couleur de peau, le sexe… l’objectif, c’est de rester soi-même, de rester loyal c’est-à-dire de ne pas devenir un opportuniste, de ne pas être contaminé par une société sombre et violente, même si cela déteint forcément. Il va de soi qu’il y a des tendances de hardcore négatif mais c’est éphémère et vain, cela ne laisse pas de traces, par définition, tellement c’est hors de propos. Le hardcore reste ancré ou plutôt propulsé par une dynamique de changement.

Voici la playlist (en lecture automatique) suivie de la liste des titres :

  1. First Blood – Rules Of Conviction (2017)
  2. Turnstile – Bomb / I Don’t Wanna Be Blind (2018)
  3. Desolated – Death By My Side (2013)
  4. Brutality Will Prevail – The path (2012)
  5. Trapped Under Ice – Pleased To Meet You (2011)
  6. Knocked Loose – Mistakes like fractures (2019)
  7. Wolf Down – Stray from the path (2014)
  8. Terror – I’m only stronger (2013)
  9. Expellow – Game insane (2018)
  10. Earth Crisis – To Ashes (2009)
  11. Lashdown – Face our time (2013)
  12. Get the shot – Faith ripper (2018)
  13. Sect XVX – Day For Night (2017)
  14. Varials – Bite (2016)
  15. Reign Supreme – Persevere and Overcome (2019)

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Playlist Euphories

Le jeune et talentueux duo nantais Videoclub a encore frappé avec une chanson entraînante, pleine de romance et accompagnée d’une mise en scène particulièrement réussie. De l’esprit et de la musique électronique, voilà la French Touch !

Une telle réussite exigeait un petit accompagnement au moyen d’une playlist se voulant dans la même perspective, rafraîchissante et créative, entraînante et colorée, avec de la mélodie et du beat… à l’instar du duo (russe) Tesla Boy et Sabrina.

On notera que ce retour à la mélodie dans un sens années 1980 s’accompagne justement de cette esthétique très stylé Adidas, avec également un côté décalé, des références aux jeux vidéos souvent également. Il y a un côté frais, euphorique sentimentalement parlant, libéré mais contenu en même temps, avec une certaine mélancolie.

Voici la vidéo avec la playlist, suivie de la liste des chansons la composant.

VIDEO PLAYLIST

  1. Videoclub : Euphories, 2020
  2. Tesla Boy – Прогулка (feat. Сабрина), 2020
  3. Soccer Mommy – Bloodstream, 2020
  4. Kennedy Rd. – Falling, 2019
  5. Moussa – Cabrioli, 2018
  6. Drake – Take Care ft. Rihanna, 2012
  7. The Pirouettes – Héros de la ville, 2019
  8. Childish Gambino – Feels Like Summer, 2018
  9. Mura Masa – Love$ick (Official Video) ft. A$AP Rocky, 2016
  10. Kilo Kish – Locket, 2014
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Soleil de fin d’été en mode alternative R&B

La fin des années 2010 a connu des productions de véritables splendeurs de la part d’une vaste mouvance alternative R&B.

Le R&B a été extrêmement populaire en France dans les années 1990, il a été un marqueur très fort d’une culture populaire enracinée dans la funk et extérieure aux formes commerciales. Cependant, le R&B était importé des États-Unis et, forcément, la dimension commerciale l’a emporté. Cela se lit avec le mélisme. Le mélisme, c’est quand un chanteur, plus souvent une chanteuse, jongle mélodiquement avec un mot, de manière appuyée et prolongée, au lieu de le prononcer simplement. Mariah Carey est très connue pour ce genre de courses vocales dans les chansons.

S’agit-il d’une démarche typique de la variété afin de jouer sur les sentiments de manière superficielle ? Il y a lieu de se le demander, car si on regarde l’évolution de certains chanteurs et groupes, il est flagrant que le passage dans la dimension commerciale fait passer d’un phrasé « normal » aux courses vocales : Jean-Jacques Goldman par rapport au mélisme de Fredericks Goldman Jones, Wham ! par rapport au mélisme de George Michael en solo, ou encore l’évolution de Depeche Mode, The Cure, U2… Il viendra sans doute à l’esprit, immédiatement, le nom de tel ou tel chanteur, de telle ou telle chanteuse, de tel ou tel groupe.

L’alternative R&B, qui s’est surtout développé au cours des années 2010, n’a pas du tout cette démarche de mélisme et, d’ailleurs, il est fascinant de voir qu’il privilégie systématiquement la présentation de tranches de vie, n’hésitant pas à régulièrement manier le copié-collé d’enregistrements de la vie quotidienne.

L’influence de la Soul et du Folk est par ailleurs massive et il est également clair que, même si beaucoup de ces artistes sont afro-américains, la démarche est américaine tout court. La reprise modifiée de Hotel California par Frank Ocean, sous le titre d’American Wedding, en témoigne ; elle hante véritablement celui qui l’a écouté. Il faut dire que Frank Ocean est indubitablement l’une des figures artistiques majeures du début du 21e siècle, de par sa variété mêlée d’unité, sa qualité et sa profondeur, son sens vocal exprimant une sensibilité toujours concrète.

« Eh bien, tu peux avoir ma Mustang, c’est tout ce que j’ai en mon nom / Mais au nom de Jésus-Christ, ne me brise pas le cœur / Cette alliance ne s’effacera jamais / Mais si tu restes, oh, si tu restes / Tu partiras probablement plus tard de toute façon, c’est de l’amour made in USA »

https://www.youtube.com/watch?v=3C0tPaHLhqQ

L’alternative R&B reste, malgré son très haut niveau, très marginal. Il y a un véritable plafond de verre, le capitalisme barrant totalement la route ne serait-ce qu’à son accès, alors que matériellement cet accès est possible. Une chanson surprenante, frappante comme Goldmine de Kilo Kish a environ 70 000 vues en sept ans sur YouTube… et ce même alors que le label / marque d’habits Maison Kitsuné la place sur une de ses compilations.

« Eh bien ce téléphone n’est pas le meilleur pour écrire des chansons

Mais néanmoins un vaisseau pour les fantasmes et les pensées voilées

Et alors que la lumière entre et m’attend sur mon mur

Je rassemble tout ce que j’ai et jette le voile une fois pour toutes

J’aimerais dire que c’est très bien

Ce ne pourrait jamais être une nuit perdue

5 heures du matin avant la lumière

Et si tu te réveilles bien

Appelle-moi, ce ne sera pas horrible

Je perds le sommeil à penser à toi, je trouve ça génial

J’ai cherché vraiment à fond

Mais je suis revenu les mains vide

J’ai pensé que le seul

Pour toi, c’est moi »

Il faut souligner que l’alternative R&B part dans des directions très différentes et qu’on y trouve, comme dans le metal, des orientations très différentes, des sensibilités ou des thématiques très variées. La musique électronique est plus ou moins présente, le rapport au hip-hop plus ou moins fort, la démarche peut être sombre ou lumineuse, etc. La vie quotidienne est en tout cas un axe central de l’approche, avec un profond intimisme couplé à une grande ouverture musicale et un côté accessible maintenu malgré le côté parfois pointu.

https://www.youtube.com/watch?v=VQKdJlzuzts

Tout cela fait de l’alternative R&B une perpétuelle redécouverte, quelque chose de très productif et ce n’est nullement un hasard qu’on y trouve un hégémonie féminine. On est à rebours de la course à la destruction du rap.

Voici la playlist en lecture automatique. Utilisez les boutons du lecteur pour passer d’un morceau à l’autre :

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La playlist «Hier et demain»

La playlist « Hier et demain » présente des versions modernes de la musique folklorique. Si en France la musique folklorique et le folklore ont été pratiquement anéantis avec la révolution française, ce n’est pas le cas du tout dans la plupart des pays. Il y a alors un patrimoine musical, ou même plus généralement culturel, qui ne s’efface pas.

On ne parle pas ici de reconstruction artificielle comme en Bretagne, avec une langue bretonne bricolée au XXe siècle, dans le prolongement d’un drapeau calqué sur le drapeau américain. On parle d’une continuité et d’une insertion dans la culture moderne. D’ailleurs, les groupes de musique se tournant vers le folklore présentent souvent les mêmes caractéristiques :

– ils se veulent « pop » ;

– ils ont un haut niveau technique sur le plan musical ;

– ils sont ouverts sur le monde et nullement « traditionalistes » ;

– il n’y a pas de dimension identitaire et il y a des échanges culturels assumés.

Il y a évidemment des pôles. À l’un, on a des formes qui ne se distinguent pas vraiment de la musique folklorique, voire en relèvent carrément. À l’autre, on a des inspirations plus qu’autre chose, comme le groupe allemand Heilung qui va puiser de manière assez imaginaire dans le milieu eurasien de la Norvège à la Russie actuelles, avec un goût prononcé pour le chamanisme.

On aura compris le choix du nom de la playlist : en parlant d’hier, ces musiques parlent en fait de demain. Il y a un besoin de culture, de vie en communauté de manière harmonieuse. C’est là l’idéal de la Gauche. Et il va sans dire que si la Gauche oublie la culture, le « national-socialisme » interviendra ici pour dévier ces aspirations. C’est d’ailleurs le cas en Russie où, à côté de la main-mise de la religion orthodoxe sur les gens, il y a une vague très forte de paganisme mystique, identitaire et aberrant.

La playlist ne se veut évidemment nullement exhaustive ; elle est d’ailleurs principalement tourné vers l’Est et le Nord de l’Europe. C’est simplement qu’un portrait relativement unifié et la formidable richesse des musiques africaines demande une présentation spécifique.

> La playlist est en lecture automatique ; utilisez les boutons du lecteur pour passer directement au morceau suivant.

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Playlist «soviet wave»

La chute de l’union soviétique en 1991 s’est accompagnée d’une vague de brutalité et d’une corruption massive, étouffant la société toute entière. Née dans les années 1990, la génération qui a franchi sa vingtième année dans les années 2010 est marquée par une enfance socialement et moralement troublée.

C’est l’essor d’un capitalisme russe issu de l’ancien appareil militaire d’État, s’appropriant tout ce qu’il peut, notamment en priorité la rente gazière et pétrolière, et laissant prospérer des activités décadentes auparavant réprimés (comme par exemple la banalisation de la prostitution, des drogues…).

Dans cette ambiance de déliquescence culturelle, PPK, un groupe de musique électronique très actif entre 1999 et 2003 et entre 2010 et 2011, a joué le rôle d’incubateur d’un style combinant une esthétique rétrofuturiste nostalgique de l’URSS, essentiellement abordée à travers la conquête spatiale, à des mélodies de synthétiseurs surfant sur la cold wave anglaise des années 1980.

Dans les années 2010, la génération née dans les années 1990 s’est appropriée ce style culturel donnant lieu à une grande vague musicale nommée la « soviet wave », un mélange de post-punk, de cold wave et de musique électronique fondée sur la nostalgie de l’URSS.

Il y a une progression de ce phénomène dans les grandes villes de Russie mais aussi dans l’ancienne ère soviétique (Ukraine, Lettonie…), que l’on trouve dans les très nombreuses playlist de « doomer music », le mouvement s’élargissant au-delà, avec par exemple le groupe italien « Soviet soviet ».

Un « doomer » (traduire par « condamné ») est une jeune personne précaire qui sombre dans une profonde tristesse sans pour autant tomber dans la violence misogyne des « incels ». Il est plutôt découragé, bloqué par une mélancolie existentielle, mais sans développer une rancœur. La « soviet wave » est une expression directe de l’état d’esprit « doomer » d’une génération Z, née après 1997, qui ne se reconnaît ni dans la ringardise des « boomer » (génération papy-boom) ni dans l’optimisme naïf des « bloomer ».

Il y a là un phénomène musical et culturel très intéressant à saisir dans le contexte de la société russe post-soviétique dominée par une oligarchie rentière anti-démocratique, et dans laquelle la jeunesse cherche, tant bien que mal et sans y parvenir, une nouvelle perspective pour l’avenir.

Voici la playlist :

Voici les titres de la playlist :

  1. Nürnberg – Adny (Minsk)
  2. дурной вкус – пластинки (Mauvais goût – Enregistrement / Saint Pétersbourg)
  3. Ploho – Город устал (« La ville est fatiguée » – Novorsibrisk)
  4. Где Фантом? – Это так архаично (Où est le fantôme ? –C’est tellement archaïque / Oufa)
  5. Molchat doma – Volny (Maisons silencieuses – Vagues / Minsk)
  6. Перемотка – Стреляй (Rembobiner – Tirer/Chasser / Yekaterrinburg)
  7. Стыд – Одинокий гражданин (Honte – citoyen solitaire / Tomsk)
  8. Nürnberg – Biessensounasc
  9. PXWLL – Лето (été, Riga, Lettonie)
  10. Улица Восток – Дурак (Vostok street – Fool / Kiev)
  11. Soviet soviet – Ecstasy
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Culture

French touch 2020 (playlist)

La scène musicale française est très productive. Elle est portée par des artistes brillants, assumant une touche très spécifique, que l’on pourrait qualifier de mélodique-mélancolique, avec toujours une attention donnée au style, à l’attitude. On reconnaît en général une certaine légèreté, mais qui est construite, élaborée, travaillée.

Voici une petite sélection de morceaux récents, voir très récents, avec souvent un nombre incroyablement bas de vues. Quelle est donc cette jeunesse incapable de reconnaître les talents qu’elle produit ?

[le service multiplateforme de streaming que nous utilisions habituellement clôt malheureusement ses services à la fin du moins ; les playlists seront dorénavant sur YouTube uniquement].

1. MAGENTA – Chance feat. Vendredi sur Mer
2. Mou – Sophie Marceau
3. Hier soir – Midi Minuit
4. The Pirouettes feat. Timothée Joly – Lâcher prise
5. Sally – ROULETTE RUSSE
6. Moussa – Element
7. Myth Syzer – Nirvana
8. Zed Yun Pavarotti – îles

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Culture Culture & esthétique

Playlist «pop intelligente»

La disco a été un mouvement populaire, avec une forte participation à la base. Le punk a critiqué la dimension passive des gens et le tournant post-punk a consisté en une approche esthétisante, relativement élitiste, mais parfois orienté pop au sens strict. Cette contradiction a, au début des années 1980, pu être très productive.

Au sens strict, on est chez les hipsters à l’origine même du phénomène, avant que cela ne devienne un snobisme. On a en effet des petits-bourgeois cultivés chez les prolétaires, la rencontre entre la culture et le punk. L’idée est simple : conserver la rage populaire, sa dureté, voire ses utopies politiques. Et y ajouter un certain raffinement, une qualité musicale d’un vrai niveau.

La chanson Making Plans For Nigel de XTC est emblématique de cette démarche, fragile mais pas précieuse, mélodique mais s’appuyant sur un fond post-punk.

C’est une aventure personnelle de la part d’artistes se baladant dans le punk, qui va produire une culture de haute qualité. Une aventure, car il faut avoir ici en tête qu’au début des années 1980, les instruments de musique coûtaient plus chers qu’aujourd’hui, l’accès à la musique plus compliqué. Et l’idée de partir du dissonant pour aller à la pop était une exigence très difficile à mettre en œuvre. L’une des grandes références, ce fut les Talking Head, passé de la scène pré-punk à la scène post-punk.

On a pareillement les Stranglers, passé d’un punk hargneux à une sorte de pop somptueusement sculptée, l’album Feline étant un bijou. Voici une chanson de 1977 liée à l’esprit punk, et une autre de 1982, très connue, Golden Brown.

Les groupes les plus fameux – des références absolues pour les esthètes de la musique en quête de pop intelligente – ce sont XTC et Wire d’un côté, Talk Talk de l’autre. Les premiers sont issus du punk au sens strict, Talk Talk étant passé par l’intermédiaire de la new wave. L’album Spirit of Eden de Talk Talk, sorti en 1988, est désormais considéré comme un classique.

Et les premiers albums de XTC et de Wire sont considérés comme incontournables, Wire étant d’autant plus apprécié pour son côté assez cryptique.

La dimension expérimentale est également parfois très présente, notamment chez Public Image Limited, avec au chant l’ancien chanteur des Sex Pistols. On oscille ici entre pop et une orientation intellectuelle et expérimentale.

Il va de soi que les groupes les plus connus ayant pris cette orientation sont U2 et The Police, ou bien, dans une certaine mesure, Téléphone en France. Mais leurs perspectives sont très différentes, car ils n’ont pas voulu conserver une ligne de rupture culturelle, U2 surfant justement sur une fausse ligne de rupture, malgré ses qualités indéniables.

Il y a beaucoup à réfléchir sur la rencontre d’une énergie prolétaire et de petits-bourgeois cultivés se reconnaissant – la rencontre étant capable du meilleur en renforçant l’authenticité comme du pire par l’esthétisation outrancière jusqu’au commercial.

Comme d’habitude, la playlist est disponible pendant plusieurs semaines dans la colonne de droite (version web) ou en bas de page (version mobile) ainsi que sur la page des playlists.

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Culture

Playlist: le souffle nouveau du rap français en 1997, 1998, 1999

À la fin des années 1990, le rap français a connu un souffle immense avec de nombreux artistes émergents et des sons d’une énergie incroyable, très sophistiqués. L’année 1997 a pour beaucoup marqué un tournant, rangeant au placard tout ce qui s’était fait avant. L’album Si Dieu veut… des Marseillais de la Fonky Family avait mit la barre très haute cette année-là.

Alors que tout une scène « underground » s’affirmait en dehors des grands circuits commerciaux, il y avait une grande vague très pop, comme avec « Bye Bye » de Menelik qui inondait les radios et faisait définitivement découvrir le rap à la France, pour ceux qui n’avaient pas vu ou voulu voir passer la vague Mc Solaar, IAM, Suprême NTM, etc.

La compilation Première classe (volume 1) assumait à la même époque une culture plus sombre, très musicale mais pas pop ni vraiment « underground », dressant un tableau tout à fait typique du quotidien des banlieues françaises. Au contraire, l’album KLR du Saïan Supa Crew assumait presque de faire de la variété, avec une approche très joviale et des morceaux de qualité.

Au milieu de tout cela, on a de nombreuses perles, plus ou moins connues, comme « Époque de fou » de Koma ou le très profond « Vivre ou mourir » de Bams en 1999.

Il y a dans ces morceaux une puissance tout à fait typique du rap de cette époque et de l’ambiance d’alors… avant les années 2000 où tout allait être corrompu par le business, la drogue, l’individualisme et le relativisme généralisé.

« Obsédée par le vide, le néant
Le trou noir qui s’ouvre devant moi géant comme un milliard
Vingt ans, vingt piges, je me sens déjà tarire
Lasse, assez de haïr, de me sentir envahir
De mauvaise vibes auxquelles je dois obéir
Que dois-je choisir, vivre ou mourir? » Bams.

[EDIT : le lecteur soundsgood n’étant plus disponible, voici la playlist sur Youtube en lecture automatique]

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Culture Culture & esthétique

Playlist batcave – rock gothique

La critique romantique et esthétique de la scène gothique fut à la fois talentueuse et inspirante. Son affirmation de la sensibilité et du goût en fait quelque chose de tout à fait important.

Nous sommes à la fin des années 1970 et la vague punk a commencé. Mais déjà il y a l’idée de formuler quelque chose de plus dense, de plus sombre. Le côté punk nihiliste et brutal, parallèle à la violence skinhead, rapide et autodestructeur, semble trop insatisfaisant.

Ce qui s’affirme alors, c’est l’idée que la tristesse est une rébellion. C’est l’émergence du gothique, qui connaît deux phases. La première, celle montrée dans la playlist, est une opposition entre un son cinglant et abrasif – ce qu’on appellera le batcave – et de l’autre un son plus direct, plus accessible, plus rock – ce qu’on appellera le rock gothique.

> La playlist sera disponible quelques semaine dans la colonne de droite (version web) ou en bas de page (version mobile) et sera ensuite visible sur la page des playlists.

Une sorte de synthèse des deux se produit lorsque des groupes cinglants trempent leur musique dans la glace, pour donner ce qu’on appelle la cold wave.

Par la suite apparaîtra l’utilisation massive de la musique électronique, faisant qu’une réelle soirée gothique aujourd’hui dispose toujours de deux pistes de danse : une pour la direction rock, l’autre pour ce qui sera appelé l’electro-gothique.

Mais regardons l’une des grandes sources d’inspiration, qui a révolutionné les esprits de nombreux artistes qui deviendront goth et qui ont alors 12, 13, 14 ans. Il s’agit d’une vidéo totalement anodine pour nous aujourd’hui, mais qui a bouleversé l’Angleterre alors. Nous sommes en 1972 et David Bowie passe à l’émission Top of the pops.

On a ici une musique totale, une esthétique totale, une expression sensible assumée. L’Angleterre fut horrifiée pour une partie, fascinée pour une autre.

La vidéo de la reprise de la chanson de David Bowie Ziggy Stardust par Bauhaus reflète parfaitement comment cela été compris et transformé, de manière bien plus abrasive bien entendu.

Il faut comprendre ici que le gothique au sens le plus large est lié au punk. Il se vit, il se danse, il implique une esthétique dans la vie quotidienne. Il a une grande prétention de culture et d’exigence.

Pour cette raison d’ailleurs, et contrairement à ce que des préjugés peuvent laisser penser, le gothique a toujours possédé une très forte base populaire. En effet, quoi de plus normal que de vouloir s’arracher à un environnement beauf, sans attrait pour la beauté ?

Que ce soit par le côté punk abrasif rupturiste ou bien le rock gothique axé sur l’amour romantique, il y a toujours eu un fond de vaste critique du monde tel qu’il est. Voici deux chansons des Sisters of mercy (qui ont toujours réfuté le terme de gothique), avec une vidéo présentant indirectement une critique de la misère en Inde, et une chanson tirée d’une compilation intitulée « Ils ne passeront pas » en soutien à la CNT (avec notamment le groupe rock-soul The Redskins).

Porter un regard approfondi sur la musique gothique – batcave s’avère donc forcément utile ; de par les multiples directions prises – allant de l’incisif à la préciosité – on y trouve nécessairement des éléments parlant.

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Playlist cross over, fusion: oui à l’appropriation culturelle!

La rencontre du punk, du hardcore, du métal… avec le hip hop, le reggae, le jazz, le ska, la funk… et inversement, fut un processus des années 1980 et 1990 à rebours des problématiques identitaires actuelles. Le mélange des genres musicaux, le dédain complet pour la couleur de peau… tout cela était et est encore considéré comme normal par qui sait que le peuple, c’est la fusion.

Il existe en France une obsession pour la couleur de peau et cela depuis une vingtaine d’années. C’est une véritable catastrophe identitaire, qui place les gens dans des cases racistes. Rien de tel qu’une bonne playlist témoignant de l’absurdité de tout cela, avec une rencontre du métal, du hardcore, du rap et du Hiphop, de la funk, du jazz, tout cela dans un mélange de musiciens noirs, blancs, arabes ou on ne sait quoi, et cela ne compte pas.

> La playlist « Cross over » est disponible sur la colonne de droite (version web) ou sous l’article (version mobile), ainsi que sur la page des playlists.

Les années 1990 ont été marquées par ce puissant esprit positif, contestataire, constructif, parfois appelé Cross over, fusion. Le groupe Fishbone est une figure majeure de cette tendance, aux côtés des Bad Brains ; leur admiration est immense dans le milieu des musiciens.

Deux groupes strictement parallèles, les Beastie Boys et les red Hot Chili Pepper auront un succès immense. La vidéo de la chanson Hump de Bump des Red Hot Chili Peppers, tournée par Chris Rock en 2009, témoigne de cet esprit joyeux et plein d’unité populaire.

Tout « postmoderne » considérera par contre forcément cette vidéo comme raciste, « appropriation culturelle », pleine de « clichés », etc.

La chanson Sabotage des Beastie Boys – à la base un groupe de punk hardcore – avec sa vidéo décalée et également très bon esprit, est un autre exemple brillant de tendance cross-over, fusion.

Un groupe classique de Hiphop comme Public Enemy s’appuie parfois ouvertement sur une base rock, chose inconcevable aujourd’hui pour beaucoup d’esprits rétifs, enfermés sur eux-mêmes. Un autre groupe ayant eu un immense succès est Rage against the machine.

La France connut également toute une vague très proche, bien que différente tout de même, avec Lofofora, Silmarils, No one is innocent… au coeur de toute une véritable scène, qui malheureusement fut incapable d’avancer par manque de socle culturel alternatif assez solide.

La vague néo-métal de la fin des années 1990 profite dans une très large mesure de cet esprit « cross over », avec Linkin Park, Korn, Limp Bizkit ou encore dans un esprit différent Papa Roach.

Impossible de ne pas mentionner la chanson Last resort de Papa Roach, éloge de l’esprit contestataire de la jeunesse qui suffoque dans l’impossibilité de s’épanouir. C’était avant que les identitaires et les postmodernes ne torpillent les exigences alternatives avec leur repli identitaire individualiste délirant et fanatique…

Impossible non plus de parler de rencontres culturelles productives sans évoquer la chanson Planet Rock d’Afrika Bambaataa & The Soul Sonic Force qui, en samplant le groupe électronique allemand Kraftwerk, a apporté une contribution énorme à l’émergence de la musique techno.

Le son n’a rien à voir avec le « cross over » ou la fusion, mais l’esprit est le même : le mélange, la rencontre. Pas d’ethno-différentialisme, pas de soupe commerciale « mondialisée » pour autant.

Au milieu des années 2000, le groupe Death Grips est l’un des exemples significatifs de rencontre d’un son abrasif, dans un certain esprit de collage punk, et du Hiphop. Car le processus de rencontre est sans fin et lui seul est productif. Les rencontres ne sont pas productives en soi… mais sans elles, il n’y a rien.