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Guerre

L’Ukraine tente de mettre le feu à sa frontière polonaise

Une provocation criminelle.

Le régime ukrainien est en totale décomposition et il tente d’attirer avec lui le monde entier dans l’abîme. C’est ni plus ni moins le sens des accusations de Vladimir Zelenski et de son entourage envers la Russie, qui aurait selon eux volontairement bombardé la Pologne le 15 novembre 2022.

Cette accusation s’est propagée méthodiquement le 16 novembre, avec en soirée les médias occidentaux qui se sont déchaînés dans la foulée, accusant l’armée russe.

L’arrière-plan, c’est l’envoi par l’armée russe de cent missiles sur l’Ukraine le 15.

L’Ukraine a en fait tenté une provocation afin de chercher à se sortir de sa situation désespérée à terme. D’où l’accusation d’un missile russe tombé en Pologne, alors que factuellement il était facile de savoir qu’il était ukrainien.

L’objectif du régime ukrainien était l’escalade militaire. La Pologne étant dans l’Otan, une attaque russe signifierait le déclenchement de l’article 5 du traité de l’Alliance atlantique, donc l’intervention des alliés contre la Russie, et donc la 3e guerre mondiale.

Évidemment, tout cela n’a pas de sens, du moins pour l’instant ; la Russie n’a aucun intérêt à tirer sur un tracteur dans une ferme polonaise pour tuer deux personnes. Mais le ridicule n’effraie pas les dirigeants d’un régime aux abois, qui ont été livrés en pâture à la Russie par les Américains, et qui maintenant se rendent compte de l’immense pétrin dans lequel ils sont. L’Ukraine est terrassée par ce conflit qui tue des vagues entières de mobilisés sur le front et envoie des vagues encore plus grandes d’Ukrainiens se réfugier à l’étranger – y compris en Russie.

Sur le plan militaire, c’est une Bérézina pour l’Ukraine, malgré les propos ridicules que l’on peut entendre dans les médias français décrivant une armée russe connaissant revers sur revers, et une Russie au bord de l’effondrement… Alors qu’il est en même temps expliqué que l’armée russe risque d’envahir toute l’Europe de l’Est. La propagande est ininterrompue, afin de préparer les opinions publiques occidentales à accepter l’intervention de l’OTAN pour sauver le régime ukrainien.

Du côté de l’état-major américain par contre, là où se décide véritablement le sort de l’Ukraine, le discours est très clair. Le général Mark Milley a tenu une conférence de presse dans la journée du 16 novembre pour dire qu’il est peu probable que l’Ukraine déloge bientôt la Russie de l’ensemble des territoires occupés :

«La probabilité d’une victoire militaire ukrainienne, expulsant les Russes de tout l’Ukraine y compris (…) la Crimée, la probabilité que cela se passe de sitôt n’est pas très élevée militairement. »

L’Ukraine est également terrassée par la campagne massive de bombardements russes visant ses infrastructures électriques et stratégiques, au point que des millions de gens sont régulièrement coupés du réseau. Malgré la fourniture d’armes et de missiles occidentaux, l’armée ukrainienne n’a pour ainsi dire aucune défense anti-aérienne.

L’armée ukrainienne utilise des missiles sol-air avec les moyens du bord, ceux-ci atterrissent parfois sur des civils et c’est justement ce qui s’est passé à Przewodow en Pologne, comme l’ont confirmé tant les Américains que les Polonais. Bien sûr, c’est surtout l’Otan, directement concernée, qui devait réagir pour calmer le jeu, à moins d’assumer dès aujourd’hui la 3e guerre mondiale.

Jens Stoltenberg a donc mis fin à toutes les spéculations en déclarant le 16 novembre, après avoir lui-même mis de l’huile sur le feu en disant qu’il fallait attendre, que l’OTAN se réunissait, etc. :

« Notre analyse préliminaire suggère que l’incident a été probablement causé par un missile de système ukrainien de défense anti-aérienne tiré pour défendre le territoire ukrainien contre les missiles de croisière russes. »

Mais les dirigeants ukrainiens sont tellement furieux dans leur nationalisme fanatique qu’ils accusent encore la Russie pour faire monter la pression, quitte à déformer les faits comme ce fut le cas à Bucha et à la gare de kramatorsk, d’ailleurs.

Vladimir Zelenski expliquant dans une vidéo aux dirigeants du G20 à Bali que ce missile en Pologne ne serait « rien d’autre qu’un message de la Russie adressé au sommet du G20 » ayant eu lieu en même temps à Bali en Indonésie, alors que le ministre ukrainiens des Affaires étrangères qualifie de « théories du complot » toutes les affirmations contredisant son récit quant à un missile russe.

Malgré les explications américaines, et celles de l’Otan, récusant la thèse ukrainienne, le président ukrainien continuait d’ailleurs ses accusations hystériques dans la soirée du 16 novembre :

« Je n’ai aucun doute que ce missile n’était pas à nous. Je crois que c’était un missile russe conformément au rapport des militaires. »

Cet acharnement en dit long sur l’état de délabrement du régime ukrainien, au bord de la faillite.

On aura remarqué aussi le niveau hallucinant de bellicisme en France, où cette information a été dans un premier temps traitée en assumant totalement la possibilité de la thèse ukrainienne du missile russe, contre toute vraisemblance. Jusque tard dans la journée du 16 novembre, Emmanuel Macron était encore très timoré sur les faits, laissant planer le doute quant à la possibilité d’un tir de missile russe et donc d’un emballement vers la 3e guerre mondiale.

Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il en soit toujours ainsi et que les choses ne s’emballent pas, bien au contraire. Cet épisode fait encore monter les choses en gamme !

Voici, pour documentation, la déclaration le 16 novembre 2022 du Canada, de la Commission européenne, du Conseil européen, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas, de l’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis, en marge du Sommet du G20 à Bali.

Aujourd’hui, les dirigeants du Canada, de la Commission européenne, du Conseil européen, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas, de l’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis se sont réunis en marge du Sommet du G20 à Bali et ont publié la déclaration suivante :

Nous condamnons les attaques de missiles barbares que la Russie a perpétrées mardi contre des villes et des infrastructures civiles ukrainiennes.  

Nous avons discuté de l’explosion qui a eu lieu dans la partie orientale de la Pologne, près de la frontière avec l’Ukraine. Nous offrons notre plein soutien et notre assistance à l’enquête en cours en Pologne. Nous avons convenu de rester en contact étroit afin de déterminer les prochaines étapes appropriées à mesure que l’enquête progresse. 

Nous réaffirmons notre soutien indéfectible à l’Ukraine et au peuple ukrainien face à l’agression russe, ainsi que notre volonté constante de tenir la Russie responsable de ses attaques contre les communautés ukrainiennes, alors même que le G20 se réunit pour faire face aux conséquences plus larges de la guerre. Nous exprimons nos condoléances aux familles des victimes en Pologne et en Ukraine. 

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Politique

Le projet de loi visant à interdire le communisme en Pologne

Les réactionnaires polonais au pouvoir ont modifié le code pénal le 13 juin 2019 pour rendre illégal le communisme, au même titre que le fascisme et le nazisme. 

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne est une Démocratie populaire, c’est-à-dire qu’une coalition composée majoritairement de partis de gauche gouverne le pays.

En 1946 est organisé un référendum pour une réforme du pays ; c’est le vote du « 3x Tak » c’est-à-dire « 3 fois oui » : oui à la Suppression du Sénat, oui à la réforme économique et agraire et oui au report des frontières polonaise à l’Ouest sur la Baltique, sur l’Oder et la Neisse. La Gauche fait la campagne pour le « 3 fois oui », c’est une victoire populaire sans précédent: 68% des votes sont pour le « 3 fois oui » !

Deux ans après, le Parti Socialiste Polonais et le Parti Ouvrier Polonais (le parti communiste) fusionnent pour créer le Parti Ouvrier Unifié Polonais, c’est une nouvelle victoire !

En 1952, le 22 juillet, est adoptée la constitution de la République Populaire de Pologne dont le premier article est :

« Article 1.

1. La République Populaire de Pologne est un État de Démocratie populaire.

2. Le pouvoir dans la République Populaire de Pologne appartient au peuple travailleur des villes et des campagnes. »

Les réactionnaires ont subi trois coups durs entre 1944 et 1952 : la victoire du « 3 fois oui », la possibilité de l’union de la gauche par une volonté de servir le peuple polonais et la proclamation de la République Populaire par le Président Bierut le 22 juillet 1952.

Si après la mort de ce dernier la situation se dégrade dans le pays, passant d’une Démocratie populaire à une tyrannie antisémite bureaucratique – avec notamment les purges d’esprit pogrommiste de mars 1968, la prise de pouvoir par les nationalistes puis les militaires polonais, malgré des accords avec l’Église, les réactionnaires et la Droite en général ne s’est jamais remise de la victoire de la Gauche polonaise à l’époque.

Si aujourd’hui celle-ci ne représente pas grand chose en Pologne, le gouvernement réactionnaire du PiS (droit et justice) a peur du résurgence de la Gauche et s’attaque donc à l’une de ses deux composantes majeures historique : les communistes.

Les réactionnaires polonais ont donc modifié modifié l’article 256 du code pénal rendant désormais illégal le communisme, au même titre que le fascisme ou le nazisme (la loi polonaise fait une différence entre fascisme et nazisme).

« Article 256 :

§ 1. Toute personne faisant la promotion d’un régime nazi, communiste, fasciste ou d’un tout autre régime totalitaire ou incite à la haine sur fond racial […] s’expose à une peine de privation de liberté qui peut aller jusqu’à 3 ans.

§ 1a. À la même peine sont soumises les personnes qui propagent publiquement une idéologie nazi, communiste, fasciste ou une idéologie appelant à la violence ayant comme but d’influencer la vie politique ou la vie sociale.

§ 2. La même peine est appliquée à quiconque, dans le but de diffuser, produit, enregistre ou importe, acquiert, vend, offre, stocke, conserve, présente, transporte ou transmet un objet imprimé, enregistrant ou autre contenant le contenu. spécifié au § 1 ou 1a ou qui est porteur du symbolisme totalitaire nazi, communiste, fasciste ou autre, utilisé de manière à propager le contenu spécifié au § 1 ou 1a. »

On notera aussi que le mot communiste est mis entre nazisme et fascisme, comme pour les séparer, pour dire que finalement le communisme est la même chose que le fascisme et le nazisme. C’est évidemment fait exprès, l’influence de l’Église catholique romaine a aidé à propager une vision de la « théorie du fer à cheval » qui voudrait que les « extrêmes se rejoignent ».

Or, rien qu’au niveau historique c’est bien évidemment faux. Pour ne rester qu’en Pologne, les premiers résistants étaient communistes et ce sont eux qui ont participé en grand nombre à la libération du pays du fascisme. Par ailleurs, les juifs étaient persécutés à la fois par les nazis, les groupes résistants proto-fascistes comme les Narodowe Sily Zbrojne et les nationalistes (même si il y avait une partie non négligeable de sociaux-démocrates, le groupe était sur une ligne nationaliste) qui voyaient en eux des traîtres ayant collaborés avec les « komuch » (appellation péjorative pour dire communiste) avant et au début de la guerre.

Les seuls à avoir eu une attitude irréprochable pendant la guerre antifasciste était donc les communistes.

La Gauche polonaise à l’heure actuelle n’assume pas de réel projet…

Ensemble (Razem) se réfère uniquement par folklore à Marx, mais sont sur une ligne sociale-libérale.

Le Parti socialiste polonais (Polska Partia Socjalistyczna) a deux lignes antagonistes en son sein : l’une à Gauche et l’une sur une ligne anticommuniste voyant l’Armia Krajowa comme des héros. Mais la ligne à Gauche est sur une ligne post-1989, alors elle voit la fin de la Pologne Populaire comme une chose positive (hors dans la réalité ce n’était plus le cas).

Il y a aussi le site lancé récemment par « Camarade Michal » odrodzenie (renaissance), qui se veut de la Gauche historique, mais est en réalité dans une logique non claire et donne la parole à la fois à des nationaux-bolchéviques sur son site et sa page YouTube, ainsi qu’à des personnes comme Bruno Drweski, qui est un chargé de cours à l’INALCO franco-polonais apparaissant sur Russia Today et présent à l’université d’été de l’Union populaire républicaine de François Asselineau à Annecy il y a quelques années.

Enfin, il y a les différents groupes communistes polonais, qui n’assument pas un réel discours communiste…

Alors bien sûr il y a de temps en temps des positions qui sont intéressantes, mais peu de choses sérieuses sont amenées par la Gauche polonaise. Elle n’est pas écoutée et tournée en ridicule.

À noter qu’il y a tout de même des projets qui veulent ramener une Gauche historique comme la page Facebook gérée par l’historien polonais Piotr Ciszewski « Historia Czerwona » (Histoire Rouge) et le site Naprzod (En avant ! ), qui publie des documents de la Gauche historique et qui s’affiche pour un Front populaire.

Avec une gauche polonaise qui s’affirmerait plus et n’étant ni dans un délire passéiste, ni dans le libéralisme, le gouvernement polonais ne pourrait faire passer ce genre de loi.

Alors la Gauche polonaise connaît des problématiques semblables à celles  d’en France…

Il faut aussi noter que cette loi visant à interdire le communisme s’inscrit dans toute la logique antisémite du judéo-bolchévisme.

Il faut bien sûr soutenir les campagnes de solidarité lancée par les différents partis de Gauche pour que le communisme ne soit pas interdit en Pologne.

En France, il y a le groupe PRCF (une scission du PCF) qui est à l’origine d’un appel à une mobilisation contre la criminalisation du communisme en Pologne.

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Politique

Adam Andruszkiewicz, un fasciste au gouvernement polonais

Depuis 2015, la Pologne est gouvernée par le parti Droit et Justice, un parti réactionnaire et nationaliste. Le 28 décembre 2018, le réactionnaire Morawiecki, premier ministre polonais et membre du parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwosc), a appelé Adam Andruszkiewicz pour devenir le vice-ministre des affaires digitales.

Comme on l’apprend sur le site officiel du gouvernement polonais, Adam Andruszkiewicz en tant que nouveau Secrétaire d’État aura comme missions d’être le représentant du ministère au Parlement polonais et sera chargé de la mise en place de la 5G (la technologie télécoms succédant à la 4G) ainsi que des affaires de cyber-sécurité pour le pays.

Ce point est très important, car si l’on se penche sur son parcours, on comprend que c’est un véritable fasciste. Il y a donc largement de quoi craindre pour les donnés informatiques des militants de Gauche, qui pourraient « fuiter » dans les prochaines semaines… Cela, bien sûr, fait craindre directement pour leur sécurité.

Pendant ses études en relations internationales dans l’est de la Pologne à Bialystok, Adam Andruszkiewicz a rejoint le mouvement clérico-fasciste Młodzież Wszechpolska (MW), que l’on peut traduire par « jeunesse de Toute la Pologne ».

Ce nom est par ailleurs inspiré de l’organisation fasciste Związek Akademicki Młodzież Wszechpolska (union académique de la jeunesse de Toute la Pologne), créée par le théoricien « national-démocrate » Dmowski, connu dans les années 1930 pour ses actions antisémites.

Adam Andruszkiewicz est devenu le leader de l’organisation MW entre le 21 mars 2015 et le 2 juillet 2016, et a rejoint en 2014 le Ruch Narodowy (Mouvement National), la branche adulte de ce mouvement se voulant un rassemblement de nationalistes, puisque les fascistes de Oboz Narodowo-Radykalny en faisaient partie jusqu’en fin d’année 2015.

Lors du premier congrès du Mouvement National étaient présents les représentants du parti néo-nazi hongrois Jobbik, les fascistes italiens de Forza Nueva, ainsi que les franquistes espagnols de Democracia Nacional.

Sur directive stratégique de son parti, Adam Andruszkiewicz s’est présenté aux élections législatives de 2015 sous l’étiquette du mouvement populiste Kukiz ‘15, lancé par un chanteur populaire polonais.

Il a remporté son siège de député dans sa circonscription. Il démissionne alors du Mouvement National en 2016, et quelques jours après de la direction du MW, pour se consacrer à son nouveau mouvement, en créant une association à l’intérieur de celui-ci nommé  Endecja, qui se veut dans le prolongement idéologique du Związek Akademicki Młodzież Wszechpolska.

En rentrant au gouvernement, il a marqué un virage encore plus à droite, et avec le poste qu’il occupe maintenant, les personnes progressistes polonaises doivent véritablement craindre pour leur sécurité, puisqu’il y a quelque temps, il rendait hommage au NSZ, l’organisation fasciste anti-allemande et anti-communiste polonaise qui a tué des innocents après-Guerre.

Il arborait aussi fièrement des tee-shirts de cette organisation. À l’époque où il dirigeait MW, il voyait des communistes partout en Pologne et incitait à « tuer les ennemis de la Patrie » (Śmierć wrogom ojczyzny) – ce slogan étant repris par l’ensemble des forces réactionnaires et fascistes polonaises.

Depuis plusieurs semaines, Adam Andruszkiewicz avait montré son soutien à l’actuel premier ministre Morawiecki, notamment via des messages sur les réseaux sociaux. Le nouveau vice-ministre a montré à de nombreuses reprises sa haine de la Gauche et du progrès, son ascension au gouvernement et les moyens techniques qui vont être à sa disposition sont donc de terribles nouvelles pour les progressistes de Pologne et du monde entier.

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Culture

Curzio Malaparte dans le ghetto de Varsovie

Dans l’immense Kaputt, Curzio Malaparte retrace son expérience terriblement douloureuse pour son esprit, sans sensibilité, de la cruauté nazie, de la barbarie raffinée et sans bornes. Lui qui avait rejoint, par idéalisme, la cause fasciste qu’il espérait à la fois social et élevant le niveau de la civilisation, est confronté à l’échec dans l’ignominie la plus complète.

« Il y a une sorte d’avilissement voulu dans l’arrogance et la brutalité de l’Allemand, un profond besoin d’auto-dénigrement dans son impitoyable cruauté, une fureur d’abjection dans sa « peur » mystérieuse.

J’écoutais les paroles des commensaux avec une pitié et une horreur que je m’efforçais en vain de cacher, quand [le gouverneur nazi de Pologne] Frank, s’apercevant de ma gêne, et peut-être aussi pour me faire participer à son impression d’humiliation morbide, se tourna vers moi avec un sourire ironique et me demanda « Êtes-vous allé voir le ghetto, mein lieber Malaparte? »

J’étais allé, quelques jours plus tôt, dans le ghetto de Varsovie.

J’avais franchi le seuil de la « ville interdite » ceinte de cette haute muraille de briques rouges, que les Allemands ont construite pour enfermer dans le ghetto, comme dans une cage, de misérables fauves désarmés.

A la porte gardée par un peloton de SS armés de mitrailleuses, était collée l’affiche, signée du gouverneur Fischer, menaçant de la peine de mort tout Juif qui se fût risqué à sortir du ghetto.

Dès les premiers pas, tout comme dans les « villes interdites » de Cracovie, de Lublin, de Czenftochowa, j’avais été atterré par le silence de glace qui régnait dans les rues, bondées d’une lugubre population apeurée et déguenillée.

J’avais essayé de parcourir le ghetto tout seul, et de me passer de l’escorte de l’agent de la Gestapo qui me suivait partout comme une ombre ; mais les ordres du gouverneur Fischer étaient sévères, et cette fois-là encore il avait fallu me résigner à la compagnie du Garde Noir, un grand jeune homme blond au visage maigre, au regard clair et froid.

Il avait une figure très belle, avec un front haut et pur que son casque d’acier obscurcissait d’une ombre secrète. Il marchait au milieu des Juifs, comme un Ange du Dieu d’Israël.

Le silence était léger, transparent on eût dit qu’il flottait dans l’air.

Au-dessous de ce silence, on entendait le léger craquement de mille pas sur la neige, semblable à un rince-ment de dents. Intrigués par mon uniforme d’officier italien, les hommes levaient des visages barbus, et me fixaient avec des yeux mis-clos, rougis par le froid, la fièvre et la faim : des larmes brillaient dans les cils et coulaient dans les barbes sales.

S’il m’arrivait, dans la foule, de heurter quelqu’un, je m’excusais, je disais : « prosze Pana «  et celui que j’avais heurté levait la tête et me fixait d’un air de stupeur et d’incrédulité.

Je souriais et je répétais : « prosze Pana », parce que je savais que ma politesse était pour eux quelque chose de merveilleux, qu’après deux années et demie d’angoisse et d’un rebutant esclavage, c’était la première fois qu’un officier ennemi (je n’étais pas un officier allemand, j’étais un officier italien, mais il ne suffisait pas que je ne fusse pas un officier allemand : non, cela ne devait pas suffire) — disait poliment « prosze Pana » à un pauvre Juif du ghetto de Varsovie.

De temps en temps, il me fallait enjamber un mort; je marchais au milieu de la foule sans voir ou je mettais les pieds et, parfois, je trébuchais contre un cadavre étendu sur le trottoir entre les candélabres rituels.

Les morts gisaient, abandonnés dans la neige dans l’attente que le char des « monatti » passât les emporter : mais la mortalité était élevée, les chars peu nombreux, on n’avait pas le temps de les emporter tous, et les cadavres restaient là des jours et des jours, étendus dans la neige entre les candélabres éteints.

Beaucoup gisaient à terre dans les vestibules des maisons, dans les corridors, sur les paliers d’escaliers ou sur des lits dans des chambres bondées d’êtres pâles et silencieux. Ils avaient la barbe souillée de neige et de boue.

Certains avaient les yeux ouverts et regardaient la foule passer, nous suivant longtemps de leur regard blanc. Ils étaient raides et durs : on eût dit des statues de bois.

Des morts juifs de Chagall.

Les barbes semblaient bleues dans les maigres visages rendus livides par le gel et par la mort. D’un bleu si pur qu’il rappelait le bleu de certaines algues marines. D’un bleu si mystérieux qu’il rappelait la mer, ce bleu mystérieux de la mer à certaines heures mystérieuses du jour.

Le silence des rues de la ville interdite ce silence glacial, parcouru, comme par un frisson, de ce léger grincement de dents, m’écrasait à tel point qu’à un certain moment, je commençai à parler tout seul, à haute voix.

Tout le monde se retourna pour me regarder, avec une expression de profond étonnement et un regard apeuré. Alors je me mis à observer les yeux des gens.

Presque tous les visages d’hommes étaient barbus. Les quelques figures glabres que j’apercevais étaient épouvantables tant la faim et le désespoir s’y montraient nus.

La face des adolescents était couverte d’un duvet frisé rougeâtre ou noirâtre sur une peau de cire. Le visage des femmes et des enfants semblait en papier mâché. Et sur toutes ces figures, il y avait déjà l’ombre bleue de la mort.

Dans ces visages couleur de papier gris ou d’une blancheur crayeuse, les yeux semblaient d’étranges insectes fouillant au fond des orbites avec des pattes poilues pour sucer le peu de lumière qui brillait au-dedans.

A mon approche, ces répugnants insectes se mettaient à remuer avec inquiétude et, quittant un instant leur proie, surgissaient du fond des orbites comme du fond d’une tanière, et me fixaient apeurés.

C’étaient des yeux d’une extraordinaire vivacité, les uns brûlés par la fièvre, les autres humides et mélancoliques. Certains luisaient de reflets verdâtres comme des scarabées. D’autres étaient rouges, ou noirs, ou blancs, certains éteints, opaques, et comme ternis par le voile mince de la cataracte.

Les yeux des femmes avaient une courageuse fermeté : elles soutenaient mon regard avec un mépris insolent, puis fixaient en pleine figure le Garde Noir qui m’accompagnait, et je voyais une expression de peur et d’horreur les assombrir tout à coup.

Mais les yeux des enfants étaient terribles, je ne pouvais les regarder.

Sur cette foule noire, vêtue de longs caftans noirs, le front couvert d’une calotte noire, stagnait un ciel d’ouate sale, de coton hydrophile.

Aux carrefours stationnaient des couples de gendarmes juifs, l’étoile de David imprimée en lettres rouges sur leur brassard jaune, immobiles et impassibles au milieu d’un trafic incessant de traîneaux tirés par des troïkas d’enfants, de petites voitures de bébé et de petits « pousse » chargés de meubles, de tas de chiffons, de ferraille, de toutes sortes de marchandises misérables.

Des groupes de gens se rassemblaient de temps en temps à un coin de rue, battant la semelle sur la neige gelée, se tapant les épaules de leurs mains grandes ouvertes, et se serraient, s’étreignaient les uns les autres par dizaines et par vingtaines pour se communiquer un peu de chaleur.

Les lugubres petits cafés de la rue Nalewski, de la rue Przyrynek, de la rue Zarkocaymska étaient bondés de vieillards barbus debout, silencieux, serrés les uns contre les autres, peut-être pour se réchauffer, peut-être pour se donner du courage, comme font les bêtes.

Quand nous nous montrions sur le seuil, ceux qui se trouvaient prêts de la porte se rejetaient en arrière, apeurés. On entendait quelques cris d’effroi, quelques gémissements, puis le silence revenait, coupé seulement par le halètement des poitrines, ce silence de bêtes résignées à mourir.

Toux fixaient le Garde Noir qui me suivait. Tous fixaient son visage df’Ange, ce visage que tous reconnaissaient, que tous avaient vu cent fois briller parmi les oliviers près des portes de Jéricho, de Sodome, de Jérusalem.

Ce visage d’Ange annonciateur de la colère de Dieu.

Alors je souriais, je disais « prosze Pana » à ceux que je heurtais involontairement en entrant ; et je vais que ces paroles un don merveilleux.

Je disais en souriant « prosze Pana » et je voyais autour de moi, sur ces visages de papier sale, naître un pauvre sourire de stupeur, de joie, de gratitude. Je disais « prosze Pana » et je souriais.

Des équipes de jeunes faisaient le tour des rues pour ramas-ser les morts. Ils entraient dans les vestibules, montaient les escaliers, pénétraient dans les pièces. Ces jeunes « monatti » étaient en grande partie des étudiants.

La plupart venaient de Berlin, de Munich, et de Vienne ; d’autres avaient été déportés de Belgique, de France, de Hollande ou de Roumanie. Beaucou, naguère, étaient riches et heureux, habitaient une belle maison, avaient grandi parmi des meubles de luxe, de tableaux anciens, des livres, des instrutnents de musique, de l’argenterie précieuse et de fragiles bibelots maintenant ils se traînaient péniblement dans la neige, les pieds entortillés dans des loques et les vêtements en Lambeaux.

Ils parlaient français, bohémien, roumain, ou le doux allemand de Vienne. C’étaient de jeunes intellectuels élevés dans les meilleures Universités d’Europe.

Ils étaient déguenillés, affamés, dévorés de parasites, encore tout endoloris des coups, des insultes, des souffrances endurés dans les camps de concentration et au cours de leur terrible odyssée de Vienne, de clin, de Munich, de Paris, de Prague ou Bucarest jusqu’au ghetto de Varsovie, mais une belle lumière éclairait leur visage : on lisait dans leurs yeux une volonté juvénile de s’entraider, de secourir l’immense misère de leur peuple, dans leurs yeux et dans leur regard un défi noble et résolu.

Je m’arrêtais et les regardais accomplir leur œuvre de pitié. Je leur disais à voix basse en français : « Un jour vous serez libres. Vous serez heureux un jour et libres ». Les jeunes « monatti » relevaient la tête et me considéraient en souriant.

Puis, lentement, ils tournaient les yeux sur le Garde Noir qui me suivait comme une ombre, fixaient leur regard sur l’Ange au beau visage cruel, l’Ange des Écritures, annonciateur de mort, et se penchaient sur les corps étendus le long du trottoir — approchant leur sourire heureux de la face bleue des morts.

Ils soulevaient ces morts avec délicatesse, comme s’ils eussent soulevé une statue de bois. Ils les déposaient sur des chars traînés par des équipes de jeunes gens hâves et déguenillés — et la neige gardait l’empreinte des cadavres, avec ces taches jaunâtres, effroyables et mystérieuses, que les morts laissent sur tout ce qu’ils touchent.

Des bandes de chiens osseux venaient renifler l’air derrière les funèbres convois, et des troupes d’enfants loqueteux, la figure marquée par la faim, l’insomnie et la peur, ramassaient dans la neige les guenilles, les morceaux de papier, les pots vides, les pelures de pommes de terre, toutes ces précieuses épaves que misère, la faim et la mort laissent toujours derrière elles.

De l’intérieur des maisons, j’entendais parfois s’élever un chant faible, une plainte monotone qui cessaient aussitôt que j’apparaissais sur le seuil.

Une odeur indéfinissable de saleté, de vêtements mouillés, de chair morte imprégnait l’air des pièces lugubres où des foules misérables de vieillards de femmes et d’enfants vivaient entassées comme des prisonniers : les uns assis par terre, les autres debout, adossés au mur, certains étendus sur des tas de paille et de papier Lee malades, les moribonds, les morts, gisaient sur les lits.

Tous se taisaient brusquement, me regardant et regardanr l’Ange qui me suivait. »

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Politique

75e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie

Il y a 75 ans, jour pour jour, débutait le soulèvement du ghetto de Varsovie. Le 19 avril 1943, la veille de Pessa’h (pâque juive), deux milles policiers allemands et SS entrent dans le ghetto afin de le détruire.

Face à eux s’opposent quelques centaines de personnes : des membres de l’organisation juive de combat (Żydowska Organizacja Bojowa ou ŻOB), de l’union militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy ou ŻZW) et quelques hommes de l’armée de l’intérieur (Armia Krajowa – mouvement polonais non juif contrairement aux deux premières organisations) qui fournira également des armes.

L’opération devait durer trois jours, elle durera jusqu’au 16 mai 1943. Le ghetto fut rasé et les survivants envoyés dans des camps de concentration (Poniatowa et Trawniki), d’extermination (Treblinka et Majdanek).

Le ghetto de Varsovie était le plus important ghetto juif au sein de l’Europe nazie. Construit en 1940, il sera donc détruit trois ans plus tard. Le ghetto sera qualifié de « zone de contagion » par l’occupant nazi, les lois de plus en plus dures à l’égard des personnes juives (qui seront obligées de venir y vivre), et les conditions de plus en plus catastrophiques.

Il comptera jusqu’à 400 000 habitants qui devront survivre dans une zone de 3,3km². Les conditions de vie y sont terribles : insalubrité, malnutrition… Les épidémies frappent et font beaucoup de mort.

Entre le 23 juillet et le 21 septembre 1942, entre 4 et 7 000 personnes juives seront déportées quotidiennement vers le camp de Treblinka. Personne ne sait au début que ces personnes partent vers un camp d’extermination. Entre 250 et 300 000 mourront à Treblinka durant ces huit semaines.

Les déportations reprirent en janvier 1943, après plusieurs mois de calme, et les premières actions de résistance armées et organisées eurent lieu. La ŻOB et la ŻZW subirent de lourdes pertes mais l’occupant nazi recula et arrêta les déportations au bout de quelques jours : 5 000 juifs l’ont été, contre 8 000 prévus. Les deux organisations prirent le contrôle du ghetto.

Le 19 avril 1943, l’insurrection héroïque débuta. Les organisations de résistance disposaient d’armes et de planques mais n’avaient aucune chance face aux troupes nazies (tant en nombre de combattants qu’en matériel).

Après trois jours de combats, les maisons furent brûlées et les sous-sol dynamités. Le ghetto fut rasé petit à petit et la résistance fut brisée : le 29 avril, la ŻZW n’avait plus de commandements et les combattants restants s’échappèrent via un tunnel. Le 16 mai, le commandant Jürgen Stroop fit exploser la grande synagogue de Varsovie. Ceci marqua la fin de l’insurrection.

En ce 19 avril 2018, nous n’oublions pas la résistance des combattants du ghetto de Varsovie. Nous n’oublions pas l’horreur nazie, ce qui ne veut pas dire qu’il faille éprouver une quelconque haine à l’égard du peuple allemand, ou du peuple polonais martyr lui-même par ailleurs. L’ennemi est le fascisme.

Et le fascisme n’est pas une anomalie historique qui ne pourrait pas ré-apparaître. On ne peut pas être de gauche aujourd’hui et s’imaginer que tout cela n’est que du passé. Le fascisme monte et, comme hier, le fascisme veut le pouvoir. Ceci est vrai en France, en Autriche et dans de plus en plus de pays.

Face au fascisme, il faut toujours un rassemblement le plus large possible des personnes progressistes afin de lui faire barrage : « plus jamais ça !».

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Loi sur la mémoire : l’honneur de la Pologne

L’amitié entre les peuples est un grande principe de la Gauche. Aucun peuple n’est supérieur à un autre et si jamais un peuple sombre dans la barbarie, c’est pour des raisons historiques, cela ne tient pas à la nature de ce peuple.

Nous formons une seule humanité, qui toute entière veut le bonheur et la paix. Ce principe est considéré comme naïf par ceux qui veulent diviser l’humanité, pour défendre des intérêts étroits. Mais il n’en est pas moins sacré pour la Gauche, car il faut savoir faire face aux diviseurs.

On sait malheureusement aussi comment le nationalisme est un poison qui naît dans les peuples victimes d’injustice. L’Allemagne affaiblie et humiliée en 1918 a connu ce terrible poison.

L’Ukraine le connaît actuellement : il y a quelques jours a été mise en place une milice pour épauler la police. Organisée à partir du régiment Azov, elle regroupe 600 de ces néo-nazis du fertile terreau d’un pays dévasté économiquement, humilié par l’occupation d’une partie de son territoire par des séparatistes pro-russes.

Tout l’est de l’Europe est d’ailleurs contaminé par une vague nationaliste de type néo-nazie, avec des thèmes abandonnés par la Gauche : la dignité, l’arrêt de l’effondrement du cadre juridique avec les mafias ayant l’hégémonie, le respect de la nature. Toutes les questions importantes sont déviées vers des réponses nazies, barbares.

Les réseaux sociaux connaissent une diffusion massive de jeunes blondes avec des symboles nazis ou des armes, symboles d’un « renouveau », et cela avec une base massive : en Pologne, 60 000 personnes manifestaient en novembre pour une « Pologne blanche ».

C’est en ce sens qu’il faut comprendre la loi polonaise qui punit d’une peine, allant jusqu’à trois années de prison, toute personne qui « accuse, publiquement et contre les faits, la nation polonaise, ou l’État polonais, d’être responsable ou complice des crimes nazis commis par le IIIe Reich allemand. »

La loi interdit également de parler de « camps polonais » au sujet des camps de la mort, étant donné que ceux-ci avaient été organisés par l’Allemagne nazie.

Cette loi est-elle erronée ? Non, elle est tout à fait juste. Il est tout à fait exact qu’il y a eu des exactions antisémites commis en Pologne, même après la défaite de l’Allemagne nazie.

Mais cela est indépendant de l’organisation industrielle de destruction de la population juive d’Europe par l’Allemagne nazie.

La Pologne ne faisait pas partie des États alliés à l’Allemagne nazie, directement ou indirectement, comme la Hongrie, l’Italie ou encore la Finlande et la très hypocrite Suède. La Pologne était une nation martyre, souffrant atrocement.

Elle a d’ailleurs ses héros, bien entendu, comme Jan et Antonina Żabiński, responsables du zoo de Varsovie ayant permis la fuite de centaines de Juifs. Le film de 2017 retraçant leur histoire, La Femme du gardien de zoo, s’il est mièvre, est très émouvant, mais n’est même pas sorti en salle.

Comment veut-on après connaître l’histoire des héros, l’histoire des événements réels, si on ne s’intéresse qu’à des mondes illusoires, ceux de Game of thrones ou Star Wars ?

Comment aller à l’amitié des peuples, si on célèbre des mondes imaginaires, tout en laissant justement à l’imaginaire le plus nauséabond l’image d’un pays comme la Pologne ?

Comment ne pas comprendre qu’en Pologne on en ait assez qu’il soit parlé des camps de la mort polonais, alors que Pologne était alors écrasée par l’Allemagne nazie, dirigée par le gouverneur Hans Frank ?

Hans Frank, le « bourreau de la Pologne », vivant dans une opulence baroque dans le château de Wawel, à Cracovie ; Malaparte, dans son roman Kaputt, revient à de nombreuses reprises sur cette figure sanglante et sordide, parlant d’un « singulier mélange d’intelligence cruelle, de finesse et de vulgarité, de cynisme brutal et de sensibilité raffinée ».

Il raconte en effet des soirées où la prétention à la plus haute culture côtoyait l’affirmation du cynisme destructeur le plus vil. Comme lorsqu’il décrit la scène suivante :

« C’étaient les premières notes d’un Prélude de Chopin. Dans la pièce voisine (je le voyais par la porte entrouverte), Frank était assis au piano de Madame Beck, le visage penché sur la poitrine.

Il avait le front pâle, moite de sueur. Une expression de profonde souffrance humiliait son visage orgueilleux. Il respirait péniblement, et mordait sa lèvre inférieure. Il avait les yeux fermés ; je voyais ses paupières trembler.

C’est un malade, pensai-je. Et, tout de suite, cette idée me contraria.

Tous, autour de moi, écoutaient en silence, en retenant leur souffle. Les notes du Prélude, si pures, si légères s’envolaient dans l’air tiède comme des petits tracts de propagande lancés par un avion.

Sur chaque notre était imprimé en capitales rouges : VIVE LA POLOGNE !

A travers les vitres de la fenêtre, je regardais les flocons de neige tomber lentement sur l’immense Place de Saxe, déserte sous la lune, et sur chaque flocon était écrit en capitales rouges : VIVE LA POLOGNE ! »

Malaparte explique ressentir « un sentiment de honte et de révolte » alors que le bourreau de la Pologne osait jouer, dans le Palais de Brühl, à Varsovie, l’immense compositeur polonais Chopin.

C’est le même sentiment de honte et de révolte qui traverse la Pologne quand on l’accuse d’être l’auteure de ce dont l’Allemagne nazie est responsable.

Quant aux exactions antisémites, aux pogroms, faut-il en accuser la nation polonaise toute entière ? Certainement pas, pas plus d’ailleurs qu’il faut haïr l’Allemagne. Tous les peuples sont égaux et frères et c’est malheureusement l’histoire, dirigée par des criminels, des conquérants, des pillards, qui les divisent.

Il n’y aucune raison d’accuser la Pologne, cette nation martyre victime du bourreau nazi, et de dédouaner justement ce dernier du système général de destruction qu’il a alors mis en place.