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Manifestations du 17 septembre: le folklore syndicaliste est un échec et surtout une erreur

La crise économique attendue pour cette rentrée se fait déjà ressentir, avec notamment déjà des grands plans sociaux annoncés. Les syndicats pourraient être très utiles dans cette période, dans la mesure où ils devraient être des lieux d’expression de la conscience populaire face aux restructurations, à la pseudo-rationalisation de la production. Mais ce n’est pas avec le folklore syndicaliste qu’on attire les gens et à ce titre, les très faibles manifestations de la « journée d’action » du 17 septembre sont plus qu’un échec, elles sont carrément une erreur ou même une faute.

Ce qu’il y a de pire pour le syndicalisme, c’est de ne pas exister. C’est exactement ce qui se passe actuellement et cela n’a rien de nouveau : pendant des années et des années, la bourgeoisie a graissé la patte aux dirigeants syndicaux, de la CGT à FO en passant par la CFDT, afin qu’ils se maintiennent comme une petite caste, sans aucune base, sans réel ancrage de masse. C’était il est vrai déjà dans la matrice d’un syndicalisme français, volontiers syndicaliste révolutionnaire, tenant du coup de force substitutiste. Le syndicalisme de masse n’existe pas historiquement en France, à part en 1936 ou dans l’immédiat après-guerre.

En temps de crise comme c’est le cas désormais, une telle situation est très utile pour la bourgeoisie : il n’y a plus qu’à ignorer les syndicalistes si on en a pas besoin. C’est exactement ce qui s’est passé : les médias au sens large ont systématiquement ignoré la mobilisation du 17 septembre dans les jours précédents et le jour même, les manifestations n’ont été abordées qu’au passage, de manière anecdotique, pour disparaître dans la soirée.

Sur le site du Figaro, le premier journal en ligne en France, dans la soirée, on ne trouvait même rien sur les manifestations du jour. Pareil sur le site du Monde, du Parisien et de la plupart des titres locaux.

On a même la chaîne Canal +, en pleine déliquescence, qui se permet dans la journée du 17 septembre cet odieux titre, d’un mépris abject pour les travailleurs :

Le syndicalisme est ainsi mis sur le même plan que le virus par des bourgeois ne supportant pas que la marche du capitalisme soit troublée. C’est de la lutte des classes au sens le plus strict et il est ici vraiment terrible que cette lutte ne soit menée que par la bourgeoisie, sans aucun répondant ouvrier pour l’instant. Les syndicalistes ne sont simplement pas à la hauteur, la question étant politique.

La CGT prétend qu’il y avait 10 000 personne à la manifestation parisienne, ainsi que quelques milliers ici et là dans les grandes villes. Outre que ces chiffres sont gonflés, de par l’habituel cinéma syndicaliste, tout cela est, même si c’était vrai, extrêmement faible. Ce qui est en jeu actuellement, ce qui est nécessaire, c’est la mobilisation de plusieurs millions de travailleurs, avec une affirmation sociale très forte et très claire : celle de ne pas vouloir payer la crise.

C’est le minimum. Et on voit le problème : les syndicalistes proposent quelque chose de mou et ramènent quelques milliers de personnes, alors qu’il faudrait des millions de gens, sur une base dure ! Face à la crise, si on ne veut pas que le peuple paie, alors il faut aller chercher chaque travailleur là où il est, sans relâche, de manière systématique, et pas pour lui proposer du folklore, mais bien pour affirmer : la bourgeoisie doit payer la crise. C’est le mot d’ordre qui a du sens par excellence aujourd’hui !

Mais cela nécessite un travail de fond, dont ne veulent certainement pas les dirigeants actuels des syndicats, car ces gens croient encore beaucoup trop dans le capitalisme, ils espèrent encore beaucoup trop des miettes que la bourgeoisie avait à leur offrir. Mais tout ceci est fini, une vaste crise s’annonce et pas simplement économique. La crise est aussi morale, culturelle, sociale, sécuritaire, ainsi que, bien-sûr, sanitaire.

Pour aborder tout cela, pour faire face à un telle actualité historique, il faut une Gauche très forte, solidement ancrée sur ses bases idéologiques dont le cœur est la lutte des classes. Cette Gauche n’existe pas, ou de manière extrêmement faible et isolée, tandis que la fausse gauche occupe le terrain et fait diversion avec de fausses actualités (le racialisme, les prétendues violences policières, les prétendues oppression vestimentaires des jeunes filles dans les lycées, le prétendu racisme d’un joueur de l’OM, la prétention comme quoi l’insécurité serait inventée par la Droite, etc.)

Le syndicalisme a ici toute sa place… s’il cesse d’être du folklore et de la cogestion et qu’il vise tous les travailleurs : il faut qu’il vise à organiser tous les travailleurs, de manière unitaire, pas à parler pour eux. La « journée d’action » du 17 septembre n’a pas été du tout menée en ce sens là ; son sens premier est l’autosatisfaction. Ce qui ne sert à rien à part éduquer les bourgeois qui se lâchent toujours plus dans l’anticommunisme, l’antisocialisme, l’antisyndicalisme… Eux ayant compris les enjeux.

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CNT-SO: «Covid-19: le cas des personnes vulnérables et de leurs proches»

Pour tout un nombre de travailleurs vulnérables sur le plan de la santé, une présence sur le lieu de travail était très délicate en raison du covid-19. Après avoir privilégié la santé générale de la population, l’État en est revenu à une lecture privilégiant l’efficacité capitaliste avant tout ; voici une présentation synthétique de la nouvelle situation légale pour les salariés quant à cette question, fournie par le syndicat CNT – Solidarité Ouvrière.

« Covid-19 : le cas des personnes vulnérables et de leurs proches

A contre courant de la reprise épidémique actuelle, deux nouveaux textes réduisent considérablement la prise en charge des personnes vulnérables et de leur entourage ! On fait le point 👇

Les salarié.e.s du privé présentant un risque face au COVID-19 avaient bénéficié d’un arrêt de travail dérogatoire jusqu’au 30/04, puis avaient basculé à compter du 01er mai dans le dispositif de chômage partiel. Ce dispositif était étendu à leurs proches partageant le même domicile. Dans le public les agent.e.s concerné.e.s étaient placé.e.s en télétravail ou bénéficiaient d’ASA.

Attention, depuis le 01er septembre, deux nouveaux textes réduisent considérablement la prise en charge des personnes vulnérables et de leur entourage !
- Dans le privé avec le décret n° 2020-1098 du 29 août 2020
- Dans le public avec la circulaire du 01er septembre relative à la prise en compte dans la Fonction Publique de l’État de l’évolution de l’épidémie de covid-19.

…………………..

A compter du 31 août 2020, le dispositif exceptionnel d’activité partielle pour les salarié.e.s partageant le même domicile qu’une personne vulnérable n’existe plus.

La liste permettant d’identifier les salarié.e.s vulnérables présentant un risque de développer une forme grave d’infection au virus SARS-CoV-2 et pouvant être placés en activité partielle (secteur privé) est largement diminuée.

Pour rappel, un décret du 5 mai 2020 fixait plusieurs critères de vulnérabilité permettant au salarié d’être placé en activité partiel.

A compter du 31 août 2020, il ne reste que 4 critères au lieu de 11 :

1° Être atteint de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ;
2° Être atteint d’une immunodépression congénitale ou acquise :
- médicamenteuse : chimiothérapie anticancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie à dose immunosuppressive ;
- infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 < 200/mm3 ;
- consécutive à une greffe d’organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques ;
- liée à une hémopathie maligne en cours de traitement ;
3° Être âgé de 65 ans ou plus et avoir un diabète associé à une obésité ou des complications micro ou macrovasculaires ;
4° Être dialysé ou présenter une insuffisance rénale chronique sévère.

Attention ces critères ne sont pas automatiques : il faut qu’un médecin estime qu’ils présentent un risque de développer une forme grave d’infection au virus SARS-CoV-2.
Sans certificat médical, l’employeur ne peut pas placer le salarié en activité partielle.

La réduction des critères est préoccupante :
- les personnes souffrant de diabète ou d’obésité ne sont désormais considérées vulnérables que lorsqu’elles ont plus de 65 ans
- plusieurs pathologies respiratoires, même chroniques, ne sont plus considérées comme critère de vulnérabilité (asthme sévère, mucoviscidose,…)
- Les antécédents cardiovasculaires, ainsi que plusieurs affections graves ne rentrent plus dans les critères de vulnérabilité ;
- l’état de grossesse ne permet plus de bénéficier du statut de personne vulnérable
Le gouvernement réduit les critère de vulnérabilité pour obliger les travailleurs.euses à retourner à leur poste ! Cette mesure purement économique est totalement à contre-courant de la dynamique épidémique actuelle et des mesures sanitaires nécessaires à la protection collective.

…………………..

Dans le Public, la logique est la même.
Les agents publics présentant une des quatre pathologies mentionnées à l’article 2 du décret du 29/08/20 sont soit placés en télétravail lorsqu’il est possible, ou placés en autorisation spéciale d’absence (ASA) sur la base d’un certificat d’isolement délivré par un médecin.
Pour les autres agents présentant l’un des facteurs de vulnérabilité rappelés dans l’avis du Haut Conseil de santé publique du 19 juin 2020 , la circulaire préconise le télétravail lorsqu’il est possible. Lorsqu’il n’est pas possible ou si la reprise en présentielle est imposée par le chef de service, des conditions d’emploi aménagées, sont préconisées.
Comme dans le privé, ce texte est insuffisamment protecteur pour les agent.e.s concerné.e.s !

…………………..

La CNT-SO revendique : le maintien des critères précédents avec un télé-travail de droit ou un congé indemnisé à 100/100 par l’État et les employeurs du privé. Dans le public nous demandons le maintien des ASA ou le placement en télétravail de droit pour les agents concernés. »

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Appel à une «rupture profonde» et à une journée d’action syndicale le 17 septembre 2020

La CGT, la FSU, Solidaires, l’UNEF et des organisations lycéennes appellent à une « journée d’action » le 17 septembre 2020, remarquant le « caractère inédit » de la rentrée sociale en raison de la crise sanitaire.

Voici le communiqué de presse unitaire :

« Une rupture profonde s’impose !

La rentrée sociale revêt un caractère tout à fait inédit à plus d’un titre. Aux conséquences humaines de la crise sanitaire, s’ajoutent des mesures régressives portées par le Gouvernement. Celles et ceux qui travaillent et produisent les richesses, dont les salariés qui ont été particulièrement exposés et mis à contribution pendant le confinement, sont les premiers à payer les velléités d’employeurs qui annoncent licenciements et délocalisations. Pendant ce temps, ils maintiennent le versement de dividendes pour les actionnaires et exigent de nouvelles exonérations de cotisations sociales et des baisses d’impôts.

Préparée sans réelle prise en compte de la situation sanitaire et sans moyens supplémentaires, la rentrée scolaire et universitaire inquiète les jeunes, les familles et les professionnels, cela dans le cadre d’un protocole sanitaire ministériel illisible et sans cesse remis en cause. Nous exigeons la mise à disposition gratuite de masques en quantité suffisante à l’ensemble des collégiens, lycéens et étudiants. Il en va de même pour l’ensemble de la population. Pour le monde du travail, il revient aux employeurs de prendre en charge les mesures de protections individuelles et collectives, dont la distribution gratuite de masques en quantité suffisante. La réduction du temps d’exposition également nécessaire induit de discuter de l’organisation, des conditions de travail et réduction du temps de travail.

Les organisations syndicales et de jeunesse affirment ensemble que la priorité doit être donnée à la préservation et à la création en nombre d’emplois stables et qualifiés, à la sortie de la précarité en particulier des jeunes travailleurs, des étudiants, avec leur mise en protection sociale. Cela passe notamment par la réduction du temps de travail sans perte de salaire, le développement des services publics et des industries nécessaires à la réponse aux besoins en biens et services, en prenant en compte l’urgence écologique.

Il est urgent d’augmenter les salaires, les traitements, les pensions et les minimas sociaux.

Il est également temps d’en finir avec les aides publiques de toute nature dont bénéficient de grandes multinationales sans contrepartie et contrôle d’utilisation.

La période a également confirmé les exigences communes qu’ont portées nos organisations lors de la lutte contre la réforme du système des retraites. Nos organisations condamnent toute nouvelle régression en matière de retraite et de protection sociale programmée notamment par le Gouvernement au détour du projet de loi de finance de la sécurité sociale (création de la cinquième branche, augmentation de la CSG, etc.).

L’urgence sociale impose aujourd’hui, tout au contraire, de préserver notre système intergénérationnel et d’envisager une protection sociale incluant la dimension professionnelle tout au long de la vie, des années d’études à la retraite.

La situation impose donc des mesures de transformation profonde en totale rupture avec les politiques économiques et sociales actuelles. Un énième « plan de relance » qui ne remettrait pas en cause ces politiques ne pourrait conduire qu’à une aggravation de la crise sociale, économique et écologique.
La question de l’emploi est centrale : lutte contre la précarité et la pauvreté, hausse des salaires, développement des services publics, abandon définitif de la réforme des retraites. Les organisations La CGT, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNEF et UNL appellent à faire de la journée du 17 septembre une première journée d’action, selon des modalités à définir dans les secteurs professionnels et les territoires (grèves, manifestations, rassemblements, etc.) pour imposer le changement nécessaire. »

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Grève nationale des dockers samedi, après l’assassinat sauvage d’un docker au Havre

La CGT des travailleurs portuaires appelle à une journée de grève ce samedi 20 juin 2020 dans l’ensemble des ports français, en hommage à Allan Affagard. Ce docker du Havre, délégué syndical, a été sauvagement assassiné en rentrant chez lui la semaine dernière et le trafic de drogue est directement mis en cause.

Allan Affagard a été retrouvé au petit matin sur le parking d’une école avec le corps sévèrement mutilé (les détails sont ignobles). La CGT pointe directement du doigt le trafic de drogue, à propos duquel elle alerte depuis longtemps.

La police judiciaire a tenu à préciser à la presse qu’il était mis en examen dans un dossier de trafic de stupéfiants, toujours en cours d’instruction, pour des faits datant de 2017. Cependant, la CGT, son syndicat, réfute totalement qu’il puisse être lié au trafic de drogue, en expliquant au contraire :

« Notre camarade Allan n’a jamais été condamné pour le moindre fait concernant le trafic de drogue et pour quoi que soit d’autre d’ailleurs ; à l’inverse, il a toujours été au front pour combattre ce fléau pour le port du Havre, et donc pour les ouvriers dockers »

L’ouvrier docker de 40 ans était par ailleurs père de famille, sportif et impliqué dans son club de rugby, le Racing Club Port du Havre. Son syndicat le décrit comme « un frère d’armes apprécié par tous. »

La grève de samedi, en plus de l’hommage indispensable à un camarade disparu dans des conditions atroces, sera également importante pour dénoncer les trafics de drogue dans les ports.

Voici le communiqué de la CGT des Travailleurs Portuaires du Havre :

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La CGT industries chimiques appel à la grève le 16 juin

Voici le communiqué de la Fédération nationale des industries chimiques – CGT appelant à la grève le 16 juin :

« DES MILLIARDS POUR LES PATRONS…
…DES MILLIERS DE LICENCIEMENTS POUR LES TRAVAILLEURS

Le jour d’après est arrivé !

Le gouvernement Macron sort l’arrosoir à milliards pour les entreprises : Après le secteur bancaire, les secteurs aéronautique et automobile voient arriver les milliards de fonds publics, dont le gouverneur de la Banque de France rappelle « qu’il faudra les rembourser » (entendez par les contribuables).

Ces milliards serviront à diminuer le temps de travail ? À augmenter les salaires ? À embaucher ? Non ? Au moins à maintenir l’emploi ?

Non, ils sont distribués sans aucune garantie. Les annonces fumeuses du banquier de l’Élysée sur des « contreparties » de relocalisation désignent des projets déjà engagés.
Il faudrait ainsi accepter de devoir payer plus d’impôt pour continuer de gaver les actionnaires pendant que les patrons décident la fermeture de sites et d’activités chez Renault, Airbus, ainsi que dans toute la chaîne de sous-traitants, en particulier dans les industries de la plasturgie, du caoutchouc, de la chimie ?

Ce n’est pas en demandant plus d’argent à l’Union Européenne pour le « social » qu’on va convaincre les patrons de renoncer à leurs marges. La valeur est créée par le seul travail, la période de confinement nous l’a rappelé clairement.

Cette crise n’a absolument pas été créée par le coronavirus, qui n’a pas contaminé un organisme sain mais un organisme déjà au bord du gouffre. Ainsi, le PIB avait déjà reculé de 6% au premier trimestre, alors que le confinement n’a démarré que mi-mars.

Si on a manqué de masques, de gel, de respirateurs, de places d’hôpitaux, provoquant trois fois plus de morts en France qu’en Allemagne pour un nombre de cas comparables, c’est que l’industrie a été détruite dans notre pays. Oui pour mémoire, il y a un lien direct entre emploi industriel et emploi de service, y compris public !

Nous avons besoin d’une reconquête industrielle, non pas à la sauce patronale, à savoir le productivisme polluant, mais une industrie utile, répondant aux besoins sociaux et écologiques.

Pour imposer une autre société que la simple réinitialisation de l’ancienne, avec ses actionnaires qui décident « où » et « quoi » est fabriqué, avec pour seule boussole le profit, les travailleurs doivent agir !

La Fédération Nationale des Industries Chimiques appellent ses syndicats à ne plus attendre !

Nous devons dès à présent engager une bataille difficile, une bataille longue mais nécessaire : celle qui concerne notre avenir !

Si nous voulons vivre dans une société où le personnel hospitalier continue de gagner cinq fois moins qu’un présentateur météo à la télévision, alors ne faisons rien. Restons confinés ! Contentons-nous d’applaudir aux balcons à 20h et laissons les locaux de la CGT fermés dans les entreprises, dans les départements et à Montreuil !

Mais si nous voulons que le monde de demain ressemble à une société de fraternité, d’égalité et de liberté, alors notre devoir est de nous engager dans la lutte.

APPEL GÉNÉRAL À LA GRÈVE !

Le 16 juin, la FNIC-CGT appelle ses syndicats, les travailleurs à cesser le travail dans toutes les entreprises.

Tous ensemble, les travailleurs doivent s’unir pour imposer une autre alternative à la guerre économique et au désastre social et écologique.

16 JUIN : TOUTES ET TOUS EN GRÈVE ! »

 

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Mais pourquoi l’usine Renault de Maubeuge arrête-t-elle sa grève!

Alors que l’usine de Choisiy-le-Roi est la cible des restructurations, celle de Maubeuge arrête son mouvement de grève, car ses revendications sont satisfaites. La logique syndicaliste a encore frappé de par sa nuisance anti-ouvrière.

Une grève doit être menée par un Comité de grève, pas par une intersyndicale. Le syndicat est toujours le syndicat de quelque chose et l’ouvrier, l’ouvrier de quelque chose. Ce n’est pas comme cela que peut être affirmé l’unité ouvrière.

L’arrêt de la grève de Maubeuge est qui plus montée à l’avance par Renault. Les patrons fonctionnent comme les jeunes qui demandent à sortir tard : ils proposent une heure, les parents une autre, finalement la poire est coupée en deux. Renault a fait pareil en faisant semblant de reculer et d’abandonner le transfert de 2900 employés produisant des Kangoo électriques à l’usine de Douai.

Soyons sérieux cinq minutes : on ne transfère pas 2900 personnes et une production comme cela. Soit on le fait, soit on ne le fait pas. On voit ici un calcul machiavélique : la colère ouvrière est déportée vers un aspect particulièrement remarquable et en l’espace d’un week-end et de deux jours, tout est terminé ?

Et voilà comment les ouvriers de Maubeuge abandonnent ceux de Choisy-le-Roi, alors que l’État garanti un prêt de 5 milliards d’euros à Renault. Parce que ceux de Choisy sont encore en grève et ils ont même manifesté dans la ville le mercredi après-midi, alors que le matin on apprenait l’arrêt de la grève de Maubeuge !

Pour ajouter au caractère dramatique ou absurde de la situation, Philippe Martinez était avec eux. Il est pourtant à la tête de la CGT, pourquoi n’a-t-il pas poussé à l’unité des ouvriers de Renault ?

Ce qui se passe est non seulement catastrophique en particulier pour Choisy-le-Roi, mais c’est même un poignard dans le dos de la classe ouvrière alors qu’on va vers une crise terrible. Si Maubeuge ne sait pas continuer une grève, dans un groupe historiquement aussi lié à l’État que Renault, avec un soutien populaire local aussi grand, alors qui va y arriver ?

On aurait pu, on aurait dû voir un véritablement mouvement de révolte ouvrière, pour serrer les coudes face aux couches sociales dominantes qui vont évidemment chercher à faire payer la crise aux ouvriers. Mais l’intersyndicale CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, Sud a préféré jouer la ligne du corporatisme, du syndicalisme local défendant des individus et non pas une classe sociale. L’appel permanent à Emmanuel Macron, c’est vraiment le degré zéro de la lutte des classes.

On risque d’avoir cet exemple d’échec complet en tête à la rentrée de septembre, lorsque la casse sociale va se lancer véritablement. Les ouvriers vont être en première ligne du combat, qu’ils le veuillent ou non, et soit ils assument ce combat, soit ils vont se faire littéralement broyer.

Il est vrai que des décennies de culte du mode de vie petit-bourgeois ont neutralisé le tissu ouvrier, amenant la petite propriété, le fameux pavillon ouvrier, à devenir un objectif en soi, et même l’objectif en soi d’une vie parfaitement réglée.

Sauf que tout a changé et que les ouvriers ne le voient pas, ils ne veulent pas le voir. Le degré de conscience, au niveau de l’unité ouvrière, est d’une faiblesse inouïe. Et pourtant il va falloir aller à la bataille !

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1er mai: l’appel de la CGT et de l’ultra-gauche à manifester virtuellement

Cela fait plusieurs années que la CGT et l’ultra-gauche pratiquent l’agitation velléitaire et l’échec du mouvement contre la réforme des retraites les a terriblement affaiblis. Avec la crise sanitaire, il y a la peur de disparaître – et effectivement la politique va reprendre ses droits. D’où la tentative d’appeler à… manifester le premier mai sur les réseaux sociaux, certains groupes sociaux appelant même à manifester physiquement, d’autres à manifester dès le lendemain de la fin du confinement. Comme si tout allait recommencer comme avant…

Voici l’appel de la CGT, de la FSU et de Solidaire, ainsi que de l’Unef et d’organisations lycéennes :

 

« Plus que jamais le 1er Mai,

Alors que le monde entier fait face à la pandémie, ce premier mai sera plus que jamais la journée internationale de luttes des travailleuses et travailleurs.

Depuis le début de la crise sanitaire, des millions de personnes sont confinées. De nombreux pays vivent grâce aux oublié-es, aux invisibles de nos sociétés, qui continuent à travailler, le plus souvent au risque de leur propre vie.

Évidemment ce sont d’abord l’ensemble des personnels de santé qui n’ont pas comptées leurs heures, leur dévouement. Ensuite il y a tous les salarié-es, souvent des femmes, du commerce, de l’agro-alimentaire, du paramédical du social, du nettoiement…, ainsi que tous-tes ces agent-es de la fonction publique qui ont continué d’assurer leurs missions de service publics, et plus largement ceux et celles qui travaillent au service de la population.

Les paroles de reconnaissance des gouvernements n’ont pas été suivies d’actes forts. Les mots sont évidemment insuffisants pour exprimer notre colère, et notre détermination à faire changer les choses. Nous porterons ce 1er mai 2020, bien que confiné-es, les revendications qui sont plus que jamais d’actualité :

Car sacrifier la santé des travailleurs-ses n’est pas admissible :

Si la « reprise » de la vie sociale, dont le travail fait partie, est une espérance, une nécessité pour beaucoup d’entre nous, (et pour d’autres plus pour remettre leur profit à l’ordre du jour), cela ne peut se faire sans la garantie la plus absolue de la sécurité de chacun, chacune, ainsi que celle de ses enfants. La santé, la sécurité, le droit de retrait, de grève, le droit syndical doivent être respectés !!

Car sacrifier les droits des travailleuses-eurs sur l’autel de l’économie n’est pas tolérable et ne pourra continuer quelle que soit la situation :

Des semaines à 60 heures de travail, la perte des congés, des jours de repos, le travail dominical étendu, les abus sur le télétravail ne sont pas légitimes et ne peuvent durer ! Ce n’est pas une prime donnée au bon vouloir du patron, ou de l’employeur public, une aide ponctuelle aux plus modestes qui suffiront aux travailleurs-euses : ce sont de vraies revalorisations salariales du SMIC et des salaires en particulier dans les conventions collectives où ils sont les plus bas, tout comme dans la fonction publique !

Sacrifier les plus précaires d’entre nous n’est pas admissible dans une société d’égalité et de solidarité :

Vacataires, intérimaires, intermittent-es, services civiques, la précarisation des travailleur-euses s’est multipliée ces dernières années, et la situation des chômeur-euses et étudiant-es a été dégradée, tout comme celle des sans-papiers aujourd’hui ignoré-es sur le plan sanitaire comme social.

Elles et ils payent le prix fort de la situation, et les inégalités sociales explosent. Le manque d’investissement au niveau de la santé, la réforme de l’assurance chômage, le projet de réforme de la retraite pas points, mettent à mal la protection sociale, laquelle est un socle protecteur.

De plus, le développement des services publics est nécessaire et indispensable pour assurer l’égalité et répondre aux besoins de la population. De nombreuses aides sont prévues pour les entreprises, alors que pour ceux et celles qui sont dans les situations difficiles, elles restent mineures. Il faut permettre la suspension des loyers et des dépenses de toute l’énergie, une aide pour l’accès à internet et aux transports, car nous savons que si la crise sanitaire peut régresser, la situation économique et sociale va continuer à faire des dégâts.

Cette situation inédite, qui peut malheureusement perdurer et/ou continuer, a remis en lumière l’essentiel : Un hôpital et un système de santé publique avec de vrais moyens humains, matériels, financiers, un système de protection sociale large tout au long de la vie, des services publics qui ne sont pas sacrifiés par des politiques de restructurations, suppressions au bénéfice des appétits de ceux qui prospèrent dans ce système capitaliste !

Le 1er mai doit permettre à chacun et chacune de s’emparer de ces revendications, et par tous les moyens de les rendre visibles.

Même confiné-es, manifestons toutes et tous le 1er mai, avec des pancartes, banderoles ou en envahissant les réseaux sociaux(…) et donnons à cette journée une véritable force collective !

Le 1 er mai, soyons visibles, solidaires, déterminées. Nous ne paierons pas la crise générée par des choix politiques d’un système capitaliste mortifere.

Transformons le monde de demain en un monde vivable, de justice sociale, écologiste et féministe ! »

 

 

 

 

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Un inspecteur du travail suspendu: réaction de la CGT

Voici le communiqué de la CGT suite à la suspension d’Anthony Smith, inspecteur du travail dans la Marne, lui-même de la CGT.

« Pénicaud met à pied un inspecteur du travail qui tente de faire appliquer le droit, la politique de mise en danger des salarié-es doit cesser !

Communiqué commun de la confédération CGT, de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat, du SNTEFP-CGT et la CGT de la Marne

Anthony Smith, inspecteur du travail du département de la Marne, ancien secrétaire général de la CGT TEFP, membre de son bureau national et représentant des inspecteur-trices du travail au Conseil national de l’inspection du travail, vient de se voir notifier la suspension immédiate de ses fonctions « dans l’intérêt du service », à titre conservatoire, dans l’attente de la mise en œuvre d’une possible sanction disciplinaire.

Le motif de cette procédure d’une extrême violence ? Notre collègue et camarade a voulu continuer à exercer ses missions de contrôle du respect du droit du travail dans cette période où les salarié-es qui continuent de travailler sont encore davantage exposé-es qu’en temps normal. Il lui est ainsi notamment reproché d’avoir adressé des lettres de rappel de la réglementation aux entreprises de son secteur, et surtout d’avoir engagé « hors du cadre collectif de l’unité de contrôle » une procédure de référé visant une structure d’aide à domicile n’ayant pas pris de mesures suffisantes pour préserver la santé et la sécurité des travailleur-euses qu’elle emploie. Il lui est également expressément reproché d’avoir demandé à l’employeur de cette structure de mettre des masques de protection et d’autres équipements de protection individuelle à disposition des aides à domicile alors même que des salarié-es de l’association ont été hospitalisé-es et plusieurs autres  en arrêt pour suspicion de COVID 19.

Depuis le début de la crise sanitaire que nous traversons, l’orientation du ministère du travail est la poursuite de l’activité économique à tout prix, et quel qu’en soit le coût pour les salariés. La suspension de notre collègue et camarade s’inscrit dans la droite ligne de cette doctrine. Muriel Pénicaud veut faire régner la terreur dans les rangs de l’inspection du travail, perçue comme un obstacle à cette orientation, afin de dissuader les agents de contrôle de faire usage des pouvoirs que leur confère le code du travail. L’objectif est notamment d’éviter que les procédures en référé, comme celles qui ont été couronnées de succès dans le département du Nord, ne se généralisent sur le territoire.

A cette fin, comme le dénonce depuis maintenant plusieurs semaines l’intersyndicale CGT-SUD-FSU-CNT du ministère du travail qui vont saisir l’OIT, le ministère du travail est prêt à toutes les dérives et n’hésite pas à violer allégrement les textes nationaux et internationaux, notamment l’article 6 de la convention n°81 de l’OIT qui rend les agent-es de l’inspection du travail indépendant-es « de toute influence extérieure indue ».

Car cette procédure infâme est engagée sur fond de complète collusion entre la hiérarchie locale et l’employeur visé par l’assignation en référé, important pourvoyeur d’emplois à Reims. Relayant les pressions du pouvoir politique et du patronat, la responsable départementale de la DIRECCTE de la Marne a ainsi ouvertement invité par écrit l’employeur à faire obstacle au contrôle engagé en lui conseillant de ne plus répondre aux sollicitations de l’inspecteur du travail et de « mettre cette correspondance de côté ». L’employeur s’est même enquis par courriel du 11 avril 2020, soit avant que notre collègue ne soit informé de son existence, de l’avancement de la procédure disciplinaire en ces termes éloquents : « où en êtes-vous de la procédure le concernant ? ».

Les responsables nationaux du ministère du travail qui ont choisi de relayer et d’amplifier ces manigances se couvrent de honte et devront en répondre. Car en empêchant sciemment une procédure de référé, pouvoir propre de l’inspecteur-trice du travail, d’aller à son terme, l’administration engage aussi sa responsabilité quant aux conséquences possibles et prévisibles pour les salarié-es concerné-es dont l’exposition au risque perdure aujourd’hui.

La CGT invite l’ensemble du monde du travail à dénoncer cette mesure grave qui participe d’une offensive généralisée contre les droits des salarié-es au prétexte de l’urgence sanitaire. Elle exige le retrait immédiat de la mise à pied d’Anthony Smith et l’abandon de toute procédure disciplinaire.

Elle demande l’arrêt de toutes les pressions et représailles à l’encontre des agent-es du ministère du travail qui tentent de mener à bien leurs missions dans ces circonstances exceptionnelles. »

 

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CFDT: Covid-19 : Les personnels des Ehpad face au confinement

Voici un communiqué de la CFDT alarmant sur la situation du personnel des Ehpad, de plus en plus souvent confiné dans les établissements…

« Covid-19 : Les personnels des Ehpad face au confinement

« Depuis quelques jours, nous constatons qu’un certain nombre de professionnels d’Ehpad, sous l’impulsion de leur direction, se confinent dans leur établissement », alerte Eve Rescanières, secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux CFDT.

Alors que le nombre de décès se multiplient au sein des 7 000 établissements public et privé du territoire, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé une mesure radicale pour les 700 000 résidents et l’ensemble des personnels soignants et accompagnants. « Partout où cela sera possible, j’encouragerai toute démarche pour que le personnel (…) des Ehpad puisse sortir le moins possible de ces établissements. » Une décision aussitôt dénoncée par la fédération Santé-Sociaux. « Elle a été faite mépris des règles d’hygiène élémentaires, du respect des gestes barrières, de la législation sur le temps de travail et du dialogue social. »

Un confinement imposé aux agents et salariés

Fabienne Deconchat, secrétaire générale du syndicat Santé-Sociaux Haute-Vienne déplore l’attitude de plusieurs directions. Dans le sud du département, les responsables d’un établissement ont convoqué les agents le vendredi pour un confinement effectif dès le lundi, sans en informer les organisations syndicales. « Une façon de faire honteuse ! » Dans le Lot-et-Garonne, trois établissements ont mis en place ce confinement. « On s’assoit complétement sur le code du travail. Que se passe-t-il en cas d’accident en dehors du temps de travail ? Comment sont pris les temps de repos ? s’interroge Julia Morel, secrétaire générale du syndicat Santé-Sociaux 47. Dans un établissement, elles dorment à sept par dortoirs, il n’y a pas de respect des règles de distanciation sociale… » Dans les Landes,Béatrice Jayo, secrétaire générale du syndicat CFDT Santé-Sociaux 40, fait le même constat. A Biscarosse, la direction d’un EHPAD a convoqué les agents pour leur signifier la mise en place quasi-immédiate du confinement. « Devant les inquiétudes légitimes des agents, les incompréhensions et les réticences des personnels, la direction a tenu des propos extrêmement culpabilisant afin de les faire céder. Les contractuels étaient particulièrement ciblés ». Le syndicat a condamné ces méthodes. Il alerté la DIRECCTE et l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine et a fini par faire reculer la direction. « Grâce à notre action, l’ARS a rapidement réagi. Elle a rappelé qu’il n’existait aucune preuve scientifique que le confinement soit efficace. Elle a aussi signifié son opposition au confinement total, se félicite Béatrice. L’ARS a néanmoins fait savoir qu’elle restait ouverte à l’adaptation des cycles de travail, sur la base d’une négociation et de l’accord formel des représentants des salariés. »

« Le Président qui fait des soignants des héros, ne doit pas en faire des martyrs »

Une option pour le syndicat Santé-Sociaux des Landes, à condition que cela soit assortie de règles strictes : protection de la santé des personnels et des résidents, conditions de logements dignes, rémunérations adéquates, temps de travail respectés et congés supplémentaires. « Nous tenons à rappeler que ces préconisations ne sauraient être déployées sans obtenir, en amont, l’assentiment individuel de tous les professionnels concernés. Aucune forme de pression ou de contrainte ne saurait être tolérée. Seuls les personnels volontaires peuvent s’y inscrire. Le Président qui fait des soignants des héros, ne doit pas en faire des martyrs », martèle Béatrice. Même son de cloche du côté la fédération. « Le dialogue social doit être privilégié. Il est inadmissible que les personnels doivent se sacrifier pour pallier les insuffisances du système. Si les professionnels possédaient les équipements nécessaires suffisants, s’ils avaient accès au dépistage et à du renfort de personnel, ils ne seraient pas contraints de se confiner. » Pour la CFDT Santé-Sociaux cette situation est inacceptable. « Nous demandons au gouvernement de la faire cesser immédiatement ».

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Les 11 mesures demandées par la CFDT pour les salariés des commerces alimentaires

Voici la déclaration de la CFDT ce mardi 31 mars 2020 concernant les salariés des commerces, en première ligne dans le cadre de la crise sanitaire en cours :

« Covid-19 : La CFDT services demande 11 mesures pour protéger les salariés des commerces alimentaires

 La Fédération CFDT des services a établi une liste de onze revendications pour protéger les 600 000 salariés du commerce alimentaire dont l’action est indispensable pour permettre aux Français confinés de continuer de se nourrir. Elle estime que ces salariés ne tiendront pas dans la durée si le secteur ne répond pas favorablement ses demandes.

 « Ce que nous voulons c’est une régulation du secteur. Il y a à ce jour trop de disparités entre les enseignes, explique Olivier Guivarch, le secrétaire général de la fédération CFDT des services, il y a beaucoup de différences en temps normal sur les salaires, les avantages, les acquis mais là sur la santé des salariés, c’est inacceptable. C’est la raison pour laquelle nous avons fait des propositions très concrètes. Nous avons les mêmes exigences de protection pour tous. »

Aussi la fédération a réuni les délégués CFDT des enseignes de la grande distribution qui ont défini les mesures à mettre en place pour protéger les 600 000 salariés du commerce alimentaire. La Fédération a transmis ces revendications au gouvernement et à la fédération du commerce et de la distribution (FCD), revendications sans lesquelles elle estime que les salariés de ce secteur ne pourront pas tenir longtemps sans mettre leur santé en péril. Les voici :

  • L’accès prioritaire à un équipement de protection individuelle (dont masques, gel et gants) pour tout le personnel, sous-traitants inclus (propreté, sécurité). quel que soit le format de l’établissement qu’ils soient en hyper, super, en établissement de proximité, en franchise ou location – gérance ;
  • L’aide de l’État pour les entreprises ;
  • La réorganisation des caisses pour respecter la distanciation sociale ;
  • La fermeture de tous les commerces alimentaires le dimanche ;
  • La fermeture au plus tard à 18h00 de tous les magasins, toutes surfaces ;
  • Un nombre maximum de clients par surface ;
  • La mise en rayon en dehors des heures d’ouverture ou neutralisation de la zone fermée à la clientèle (pour limiter le contact avec la clientèle) ;
  • La protection des magasins et des salariés par la force publique (incivilités des clients) ;
  • La sécurisation des établissements sans personnel (tout en caisses automatiques) pour préserver le personnel de sécurité ;
  • La sécurisation des caisses automatiques dans les établissements avec personnel ;
  • La mise en place de procédures en cas de salariés contaminés.

La fédération CFDT des services estime que ces revendications sont d’une urgence absolue.

Par Didier Blain dblain@cfdt.fr »

 

 

 

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Communiqué de la CGT sur les ordonnances du gouvernement

Voici le communiqué de la CGT s’inquiétant des ordonnances du gouvernement concernant le droit du travail :

« ORDONNANCES : LE GOUVERNEMENT DÉRÉGLEMENTE À TOUT VA !

Le conseil des ministres, réuni ce jour, vient de rendre publique ses ordonnances, mettant en place des déréglementations majeures, en matière de droit du travail, en particulier sur le temps de travail, les congés, la prise des RTT ou encore le compte épargne temps.

Le gouvernement profite, ainsi, de manière scandaleuse, de la crise sanitaire pour déroger, dans certains secteurs économiques dits essentiels mais non définis, aux règles du droit du travail.

La durée quotidienne maximale de travail est portée à 12 heures, au lieu de 10 heures actuellement, celle du travail de nuit à 12 heures au lieu de 8 heures.

De même, il décide de réduire le temps de repos, entre 2 journées de travail, à 9 heures contre 11 heures minimum aujourd’hui.

Il fixe la durée maximale de travail hebdomadaire à 60 heures contre 48 heures jusqu’ici et augmente également les durées de travail hebdomadaires, dans le secteur agricole ainsi que le travail de nuit.

Il instaure l’extension du travail le dimanche et prévoit la possibilité d’user de ces régressions jusqu’à décembre 2020.

Toutes ces décisions expriment sans nul doute la volonté gouvernementale et patronale de préparer une intensification de la production économique. Veulent-ils déjà assurer l’après crise sanitaire ?

Pire, la liste des secteurs concernés par ces déréglementations sera définie unilatéralement par le gouvernement par le biais de décrets, alors que le gouvernement refuse toujours de définir quels secteurs non essentiels doivent arrêter leur activité et mettre enfin les salariés en sécurité.

Il y a donc un vrai risque que ces régressions, en matière de droit du travail, soit étendues à de très nombreux secteurs voire à toutes les activités.

Les ordonnances actent également des reculs majeurs en matière de prise des congés payés qui pourraient être imposés jusqu’à 6 jours ouvrables, avec un délai de prévenance réduit à 1 jour franc après accord soit collectif, soit directement entre le salarié et l’employeur dans les petites entreprises.

Ces ordonnances sont, pour la CGT, inacceptables, injustifiées et représentent une remise en cause sans précédent du droit du travail. Elles constituent bien un effet d’aubaine pour les employeurs.

L’urgence, au contraire, est de garantir la protection et la santé de tou.te.s les travailleur.euse.s, en listant l’ensemble des activités ne répondant pas à des besoins essentiels pour la population.

Ce dont ont besoin les travailleu.euse.s, c’est d’aides et non pas de nouvelles contraintes ! »

 

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Document de la CGT sur le droit de retrait lié à la crise du Covid-19

Voici un document de la CGT sur le droit de retrait lié à la crise du Covid-19 publié hier :

« Coronavirus, droit de retrait et action syndicale et du CSE

Vous avez des questions concernant le droit de retrait, l’action syndicale et le CSE ? Nous y répondons ici !
  • Exercice du droit de retrait du salarié

L’exercice du droit de retrait peut permettre de protéger la santé du salarié exposé au risque de contracter le coronavirus. De plus, la simple évocation d’un exercice collectif du droit de retrait lors de discussions avec l’employeur peut permettre de créer un rapport de force propre à contraindre celui-ci à prendre les précautions nécessaires pour protéger les salariés et limiter la propagation du virus (mesures barrières, diminution de l’activité, annulation de certains déplacements, etc.).

À l’heure où tout un chacun se demande comment il peut contribuer à lutter contre la propagation du virus, l’exercice du droit de retrait, peut constituer une mesure forte et efficace. Encore faut-il qu’il soit mis en œuvre de façon appropriée !

  • Danger grave et imminent pour la santé du salarié

En cas de danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, le salarié est en droit de suspendre son activité après avoir avisé l’employeur de ce danger (art. L. 4131-1 du Code du travail). Il suffit que le salarié ait un motif raisonnable de craindre pour sa vie ou sa santé pour qu’il déclenche la procédure de retrait (Cass. soc. 23 avril 2003, n° 01-44806, BC V n° 136).

L’appréciation se fait au cas par cas. Le Questions/Réponses du gouvernement souligne que peut être considéré comme « grave » tout danger susceptible de produire un accident ou une maladie entraînant la mort ou paraissant devoir entraîner une incapacité permanente ou temporaire prolongée et comme « imminent », tout danger susceptible de se réaliser brutalement dans un délai rapproché (Q/R 29 du « Questions/Réponses » pour les entreprises et les salariés Covid-19 version du 17/03/2020).

L’employeur ne peut pas sanctionner le salarié qui exerce ce droit et ne peut pas cesser de lui verser sa rémunération (L. 4131-3 du Code du travail).

En cas de suspicion d’abus dans l’exercice du droit de retrait, le litige pourra être tranché a posteriori par un conseil de prud’hommes (qui sera le plus souvent saisi d’une demande de l’employeur ou du salarié relative au versement des salaires).

Le risque d’exposition au coronavirus permet-il au/à la salarié.e d’exercer son droit de retrait ?

Une position gouvernementale contestable

Pour le gouvernement les possibilités de recours au droit de retrait sont « fortement limitées » lorsque l’employeur prend les mesures de prévention et de protection recommandées par le gouvernement. Dès lors qu’un employeur suit les recommandations du gouvernement, le salarié ne pourrait a priori pas invoquer le droit de retrait au motif qu’un de ses collègues revient d’une zone à risque ou a été en contact avec une personne contaminée, en l’état des connaissances épidémiologiques à ce jour (Question/réponse du gouvernement n° 9).

Cette position du gouvernement est restrictive. D’abord, le droit de retrait est un droit garanti par de dispositions législatives et mis en œuvre sous le contrôle des conseils de prud’hommes, ce n’est pas au gouvernement de le définir. De plus, les recommandations du gouvernement paraissent parfois bien légères au vu des risques de contamination encourus.

Ce qui est certain, c’est que de l’avis même du gouvernement, le fait que l’employeur ne mette pas en œuvre les recommandations du gouvernement (voir Q/R n° 13 à 19) peut ouvrir la voie au droit de retrait : refus de télétravail alors qu’il est possible, pas de protection mise en place en cas d’accueil du public, absence d’affichage des gestes barrières, absence de nettoyage adéquat des locaux etc.

Ensuite, soulignons que le « danger » peut être caractérisé par une cause extérieure au salarié (ex. : locaux dangereux), mais peut aussi très bien être lié à son état de santé (ex. : allergie aux agents auxquels son poste l’expose ; Cass. Soc. 20 mars 1996, n° 93-40111, BC V n° 107). Ainsi, un salarié vulnérable au coronavirus (femmes enceinte, personnes âgées de plus de 60 ans, gros fumeurs, personnes asthmatiques ou connaissant des difficultés respiratoires) pourrait mettre en œuvre son droit de retrait beaucoup plusfacilement.

Notons que le droit de retrait concerne la situation du salarié. Le fait qu’il vive avec une personne particulièrement vulnérable au coronavirus ne permet malheureusement pas d’invoquer le droit de retrait. Cependant, si l’employeur a parfaitement connaissance du fait que le salarié vit avec des personnes vulnérables, et qu’il existe des solutions de télétravail, de changement de postes, de mesures de protection ou de remplacement par un autre salarié, et que l’employeur ne les a pas mises en œuvre, il commet alors certainement un abus dans l’exécution du contrat de travail.

Le rôle des syndicats et représentants du personnel est indispensable pour regarder au cas par cas la situation des salariés et peser pour que leur soit appliquées les mesures les plus protectrices.

Comment le salarié peut-il mettre en œuvre son droit de retrait ?

Il suffit que le salarié informe son employeur ou son responsable hiérarchique par tout moyen de l’existence d’un danger et de l’exercice du droit de retrait juste avant ou concomitamment au début du retrait. Un écrit (mail, lettre recommandé etc.) est cependant toujours préférable.

Le droit de retrait s’exerce individuellement par le salarié. Cependant, il est plus efficace et protecteur qu’un syndicat ou les représentants du personnel organisent le déclenchement du droit de retrait.

Rôle des représentants du personnel et des syndicats

Mise en œuvre syndicale du droit de retrait : un droit de retrait « collectif » est plus efficace et protecteur qu’un droit de retrait exercé individuellement

Le droit de retrait s’exerce individuellement par le salarié. Cependant, il est largement préférable qu’un syndicat organise le déclenchement du droit de retrait en ciblant les postes de travail exposés à un danger grave et imminent ou encore en ciblant les salariés particulièrement vulnérables.

Mais pour être sûr d’être dans les clous, il faut que chaque salarié individuellement prévienne l’employeur de l’exercice de son droit de retrait.

Les salariés du musée du Louvre, en lien avec la CGT Culture, ont exercé leur droit d’alerte et de retrait pendant plusieurs jours, avant que leur Direction ne prenne des mesures de limitation du nombre de visiteurs et de protection.

Mise en œuvre du droit d’alerte par les membres du CSE

Les représentants du personnel au CSE peuvent individuellement exercer un droit d’alerte en cas de danger grave et imminent pour les travailleurs.

Il doit consigner son alerte par écrit dans un registre spécial. Cet avis doit comporter les postes de travail concernés par le danger, la nature et les causes de ce danger, le nom des travailleurs exposés.

L’employeur est alors tenu de procéder à une enquête avec le représentant du personnel qui a lancé l’alerte et de prendre toute mesure qui s’impose. Avant que les salariés n’exercent leur droit de retrait chacun individuellement, il peut être utile que des membres du CSE lancent une alerte auprès de l’employeur. Cela rend le droit de retrait plus collectif. Cela peut permettre également de contraindre l’employeur à réfléchir à des solutions pour éviter les situations à risque.

A l’issue de l’enquête s’il y a désaccord entre le CSE et l’employeur sur les mesures à mettre en œuvre ou sur l’existence même d’une situation de danger l’inspecteur du travail doit être saisi par l’employeur.

Une communication indispensable

Dans le contexte actuel, il est indispensable d’expliquer de façon claire et convaincante les raisons du droit de retrait ou du droit d’alerte. La communication pourra se faire en fonction de l’ampleur du droit de retrait via un tract interne, un communiqué, un P-V de réunion de CSE, etc.

La communication pourra par exemple démontrer que l’employeur n’a pas mis en place les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs et que c’est pour éviter la propagation du virus dans la population et l’engorgement des hôpitaux que ceux-ci exercent leurs droit de retrait ou que le syndicat les appelle à le faire.

Exiger la mise en place des mesures nécessaire à la santé et sécurité des salariés

Les représentants du personnel et les syndicats peuvent exiger des employeurs qu’ils diffusent les informations sur les règles d’hygiène et de sécurité, qu’ils mettent à disposition du matériel de prévention, qu’ils procèdent au nettoyage des locaux lorsque cela est nécessaire, qu’ils réaménagent les postes de travail, qu’ils mettent en place du télétravail, qu’ils ferment temporairement l’entreprise avec maintien de salaire… toutes mesures qui doivent être exigées en fonction de la situation spécifiques de chaque entreprise, chaque poste, chaque salarié.

Rappelons que l’employeur est tenu à une obligation de sécurité à l’égard des salariés. Il doit prendre les mesures nécessaires pour protéger leur santé. Il doit notamment les informer lorsque des risques se présentent et mettre en place les moyens adaptés pour les protéger au mieux (art. L. 4121-1 et L. 4121-2 du Code du travail).

Les représentants du personnel et syndicaux peuvent aussi revendiquer que les mesures prises par l’employeur soient négociées.

Surtout, toutes les mesures concernant le fonctionnement de l’entreprise nécessitent une consultation du CSE. Ces consultations doivent impérativement avoir lieu. Les élus doivent exiger d’être consulté dans les formes. Ils doivent également veiller à la bonne application des accords existants (ex. : accord de modulation du temps de travail, accord RTT, accord sur le télétravail).

Si les représentants du personnel ne souhaitent pas se rendre physiquement à des réunions ils peuvent toujours demander des réunions par visio-conférences, même si les conditions légales ne sont pas remplies, avec toutefois le risque que l’employeur refuse pour ce motif.

Les représentants du personnel sont un rouage essentiel du fonctionnement de l’entreprise, à plus forte raison lorsque celle-ci fait face à une crise. Il n’y a pas de bonne décision auxquelles ils n’ont pas été associés et, surtout, ce sont eux qui permettent d’informer réellement et en confiance le personnel.

Or, ces derniers jours ont montré que « l’effet panique » créé par les annonces des dirigeants peut avoir des conséquences sérieuses et créer des problèmes qui ne se seraient pas produits autrement (ex. : pénuries dans les supermarchés parisiens, embouteillages exceptionnels pour quitter Paris, etc.).

Le projet de loi qui va être débattu cette semaine prévoit de nombreux aménagements en matière de droit du travail, qui seront précisés par ordonnance. On sait dès à présent que le gouvernement envisage de prendre des mesures permettant de modifier les modalités d’information et de consultation des institutions représentatives du personnel, notamment le CSE, « pour leur permettre d’émettre les avis nécessaires dans les délais impartis ».

Nous ne savons pas pour l’instant quelles formes prendront précisément ces mesures, si elles ne concerneront que les modalités de consultation du CSE en cas de mise en œuvre de l’activité partielle, ou si elles concerneront également d’autres consultations. Nous tenions toutefois à vous alerter dès à présent sur ces dispositions envisagées, et vous tiendrons informés dès que possible. »

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Le document de la CFDT à propos du Covid-19

La CFDT a produit un document très complet et utile dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19. C’est actuellement le seul véritable document syndical de valeur quant à la situation.

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Retraites: la CGT ne veut pas être écartée de la cogestion du capitalisme

La CGT est dans un situation compliquée : d’un côté elle doit prétendre à une certaine radicalité pour peser, de l’autre elle veut se montrer responsable pour ne pas être écarter définitivement de la gestion du capitalisme, du fait de sa faiblesse. Après une nouvelle « journée d’action », elle met en avant une conférence de financement alternative et continue à prétendre qu’elle a avec elle une mobilisation d’ampleur… tout en participant à la conférence de financement du gouvernement et de la CFDT.

« Des cortèges colorés, dynamiques et intergénérationnels, avec des slogans et des airs de musique engagés qui ont donné la pêche à plusieurs centaines de milliers de manifestants – dont beaucoup de grévistes – ont rassemblé sur plus de 200 lieux de manifestation partout sur le territoire. »

Quand on commence ainsi un communiqué après une journée de grève et de manifestation, c’est qu’on a manifestement plus grand-chose à dire pour faire croire qu’il se passe quelque-chose. Cela devient carrément risible quand il est expliqué ensuite :

« Toujours plus rassembleuses, elles donnent à cette mobilisation – dont la durée est historique – des envies d’en découdre encore et encore : concerts, spectacles, projections de films, retraites aux flambeaux, bals, signatures de pétition, carnavals de luttes… »

La CGT, qui écrit cela dans son communiqué du 20 février 2020, se retrouve en effet en très mauvaise posture, sentant venir à grand pas sa mise à l’écart de la cogestion du capitalisme.

Cela a donné lieu mercredi à une cacophonie pathétique avec Catherine Perret, chargée du dossier des retraites à la CGT, annonçant dans la matinée qu’elle claquait la porte de la « conférence de financement », puis son syndicat nuançant les choses quelques heures plus tard en expliquant qu’il fallait attendre que ses propositions soient entendues.

Pour justifier sa position, Catherine Perret a dénoncé un « compromis impossible » avec le gouvernement. Elle joue la carte du poing sur table, en espérant que cela puisse suffire à revenir à la table des négociations par la grande porte. La direction de la CGT a cependant vite réagit, jugeant ce coup de poker trop risqué.

D’ailleurs, le secrétaire d’État chargé des retraites, Laurent Pietraszewski, a immédiatement fait un appel du pied à la CGT pour qu’elle rentre dans le rang de la cogestion et qu’elle se montre raisonnable :

«Il n’y a pas que la CGT dans le paysage. Mais je regrette qu’un grand syndicat claque la porte à ce type de dialogue car elle a toute sa place. Ceux qui restent ont du travail».

La CGT s’est donc montrée raisonnable et a expliqué que rien n’était définitif, qu’elle voulait surtout que ses propositions soient entendues. Et des propositions, elle en a beaucoup, alors elle s’évertue à se présenter comme le meilleur élève en mesure de gérer la bonne marche du capitalisme.

On est pas ici dans la lutte des classe, portée par la Gauche historique et dirigée par la classe ouvrière assumant le Socialisme, mais dans le train-train du capitalisme devant perdurer.

Catherine Perret de la CGT a donc très bien travaillé son dossier pour réussir à « dégager à peu près 85 milliards d’euros par an » comme elle l’a expliqué à la radio, le communiqué de la CGT suite à la mobilisation du 20 février expliquant pour sa part :

« Après la première réunion de la Conférence sur le financement des retraites où nous avons porté notre analyse argumentée sur l’enfumage des chiffres de déficit en mettant en face nos propositions, nous sommes dans l’attente d’une réponse du gouvernement. »

Dans cette optique de se montrer raisonnable et utile pour le capitalisme, il est expliqué qu’une « Vraie conférence » sera organisée fin mars avec l’intersyndicale (CGT, FO, SOLIDAIRES, FSU).

Le syndicalisme tente ainsi de se maintenir, mais il a avec lui une base de plus en plus faible et isolée du monde du travail. Le gouvernement parle d’à peine 100 000 manifestants ce jeudi 20 février 2020 et la CGT ne donne même pas de chiffre national du nombre de manifestants… pas plus que du nombre de grévistes, dont elle prétend pourtant qu’ils sont nombreux.

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Le député PCF André Chassaigne dans la revue américaine Jacobin

Interviewé par la principale revue de la Gauche américaine, Jacobin, André Chassaigne  du PCF prône le suivisme par rapport aux syndicalistes et aux gilets jaunes. C’est là assumer de nier la primauté de la Politique.

La revue Jacobin est très bien faite, très bien écrite, avec une mise en page aérée, bref c’est une revue de très haute qualité. Elle est américaine, elle est de gauche, donc c’est plutôt sympathique. Le souci c’est que c’est de la Gauche américaine, donc c’est simplement « progressiste », coupé du mouvement ouvrier, et sans les expériences importantes comme on en a fait en Europe. Mais c’est une Gauche qui fait l’effort de se tourner vers le monde ouvrier, ce qui est déjà totalement différent d’en France.

Toutes les limites de la démarche se reflètent à la lecture d’une interview d’André Chassaigne, député du PCF depuis 2002 (traduite en français ici). En effet, cela n’a aucun sens de demander quelque chose au sujet de la lutte contre la réforme des retraites à quelqu’un relevant de la Gauche politique. Car la Gauche politique n’a pas été présente dans cette lutte. Bien entendu, il y a des gens de gauche qui se sont mobilisés. Mais sur le plan de l’initiative, des idées, de la culture, des mentalités, il n’y aucune dimension politique. C’est une lutte syndicaliste de bout en bout.

Jacobin le sait d’ailleurs et explique son intérêt par la défense du « modèle social français ». Et, naturellement, le député André Chassaigne est ravi de pouvoir répandre ce qui est son propre discours également, consistant précisément en un « système social français » qui serait né en 1945 et qu’il faudrait défendre contre le libéralisme. Sauf que ce faisant, il oublie que c’est le capitalisme lui-même qui a développé l’État-providence, notamment par l’intermédiaire d’une social-démocratie abandonnant toute référence au Socialisme.

Le « modèle social français » est tout autant suédois, autrichien que belge. Parce que cela a été une tendance irrépressible du capitalisme lui-même. Ayant suffisamment grandi, devant de toutes façons lâcher du lest en 1945, il a littéralement intégré la classe ouvrière dans le capitalisme par la consommation de masse et l’institutionnalisation des syndicats. Résumer cela à des « acquis » conquis de haute lutte, alors que le capitalisme était ravi, c’est ne pas voir les faits en face.

D’ailleurs, le capitalisme n’entend nullement supprimer l’État-providence, ce qu’il cherche, c’est à le réorganiser, le pressuriser, le pousser dans tel ou tel sens. Mais tout comme la gratuité de l’école ou pratiquement des études en général en France, il ne va pas démonter des structures totalement en sa faveur, tant sur le plan de l’organisation des gens que des idées inculquées. Le discours misérabiliste prétendant que les gens sont, dans un État capitaliste très puissant, au bord de la misère, est totalement mensonger.

Que révèle précisément ce misérabilisme ? Qu’on est dans la fiction, et André Chassaigne est tout content de pouvoir la vendre à la revue américaine Jacobin, qui ne peut pas deviner qu’il raconte n’importe quoi, comme lorsqu’il dit au sujet des gilets jaunes :

« Il faut le dire, les syndicalistes ont initialement vu le mouvement avec un certain degré de suspicion. Ils ont vu des gens dans la rue alors qu’ils ne manifestaient jamais et se sont dit « mais nous avons déjà manifesté pour ça. »

André Chassaigne ment-il sciemment, ou est-ce de la mauvaise foi ? Car évidemment les syndicalistes ne se sont jamais dit cela, tout simplement parce qu’ils n’ont jamais manifesté contre l’augmentation du prix de l’essence. La vérité est que les syndicalistes n’ont pas réagi en syndicalistes, mais en gens de la Gauche politique dont ils relèvent aussi souvent, et qu’ils ont immédiatement compris que les gilets jaunes était un mouvement plébéien, relevant de ce qu’on appelle le Fascisme.

Et, par incapacité à assumer la Gauche, une partie des syndicalistes a finalement convergé vers ce mouvement rétrograde, ultra-populiste, hostile à la classe ouvrière dans sa nature même, ce que les ouvriers ont très bien compris en n’y participant à aucun moment.

Parler alors comme le fait André Chassaigne d’un rapprochement entre le « mouvement social » et les gilets jaunes, c’est très précisément refuser d’assumer la lutte des classes – lutte des classes n’ayant rien à voir ni avec le mouvement syndicaliste contre la grève des retraites, ni avec les gilets jaunes. D’où justement le suicide anti-politique proposé par André Chassaigne :

« [Question:] Qu’est-ce que votre groupe a prévu de faire à l’Assemblée nationale ces prochaines semaines ?

Nos centres d’activités politiques est d’agir en tant que porte-parole du mouvement social. Au parlement, nous passons en revue les demandes du mouvement social et disons la vérité sur l’ampleur du mouvement — toujours très fort, même si certaines personnes nous font croire le contraire. Dans tout ce que nous disons, nous respectons pleinement les choix pris par le mouvement social. C’est aux syndicats et aux travailleurs de décider dans quelles luttes ils s’engagent et comment ils s’y engagent.

Notre travail implique aussi de collaborer avec d’autres organisations progressistes pour trouver des propositions pour améliorer le système actuel, comme je viens juste de le décrire. Nous devons être bien plus qu’une simple opposition. »

Améliorons le système, mais ne le critiquons pas. Soyons simplement à la remorque des syndicats. C’est là fort bien résumé la position de la Gauche en France, à part peut-être du Parti socialiste initialement, ainsi que de Lutte Ouvrière ou des Maoïstes, de par leur méfiance, voire leur hostilité aux syndicats. Mais il n’est guère compliqué de deviner que jamais la Gauche n’avancera ainsi et que d’ailleurs elle n’a jamais procédé ainsi. Historiquement, la Gauche politique a toujours primé sur le syndicalisme.

En quoi les syndicalistes ou les gilets jaunes défendraient-ils d’ailleurs le « modèle social français », alors que c’est le cadet de leurs soucis ? Il suffit de lire leurs revendications, qui combinent revendications économiques d’une part, dénonciation plébéienne d’Emmanuel Macron de l’autre. Ni les uns ni les autres ne raisonnent en termes politique, ni ne raisonnent tout court d’ailleurs. Et il faudrait pourtant les suivre ?

Jamais la Gauche ne s’en sortira en agissant ainsi. Il faut des idées, il faut de la culture. Les syndicalistes et les gilets jaunes ne veulent ni les idées, ni la culture. Ils sont donc à mettre de côté et n’ont qu’un seul droit, celui de s’incliner devant la Gauche politique. C’est aussi simple que cela.

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Après le mythe de la grève générale, le populisme du référendum

La grève générale n’étant clairement pas en vue, il fallait trouver un autre mythe mobilisateur de la part du PCF et de La France insoumise pour sauver la CGT. C’est l’Humanité qui s’est chargée de la mission, avec un grand appel à un référendum. Il faut sauver le soldat CGT.

Si la CGT coule, alors tout un pan de la Gauche s’écroule. Pas celle liée au Parti socialiste, car elle s’appuie de son côté sur des valeurs, un programme. Mais celle liée au PCF, à La France insoumise, au NPA, c’est-à-dire « à la gauche de la gauche », qui vit de surenchère.

S’il n’y a plus la CGT, il n’y a plus le levier de la surenchère. Et c’est la fin de tout. Il ne reste alors que les idées, le programme, les valeurs, et cela ne pèse pas lourd, tellement le populisme a fait des ravages.

L’ultra-gauche peut bien de son côté commencer à dénoncer une CGT qu’elle a entièrement soutenu jusque-là. Elle ne fait que revenir à son culte de la marginalité après un traditionnel suivisme syndical à la première occasion. Hier, les chasubles CGT, les cortèges CGT, aujourd’hui les postures de regret du manque d’élan, de la « trahison » des dirigeants. Rien de plus classique. On connaît l’adage : « la crise est une crise de la direction révolutionnaire ». L’ultra-gauche connaît son Léon Trotski.

Mais le PCF et LFI ont de l’ambition. Sans la CGT, il n’y a plus les moyens de cette ambition. Il faut donc agir avant qu’il ne soit trop tard. Ce qui se lit ici, c’est l’étrange rapport, très pervers, entre la gauche de la gauche et le syndicalisme. Il y a des non-dits, des zones réservées, un équilibre précaire mais en même temps une grande connivence, etc. Il y a un accord masqué qui, véritablement, pourrit la primauté de la politique et ce depuis les débuts de la CGT.

Il y a par conséquent une dépendance à la CGT, que le PCF et LFI la reconnaissent comme essentielle. Il faut donc sauver la CGT, qui va dans le mur. Mais comment faire pour ne pas la compromettre, pour qu’elle sauve la face ? D’où l’idée de demander un référendum, avec une pétition en ce sens, signée des principales figures de la « gauche de la gauche ».

La CGT, anti-politique, ne le signera pas, surtout lancée dans la grève, du moins officiellement. Si elle le fait, elle remettrait en cause sa propre logique syndicaliste. Elle ne peut donc pas vraiment être vexée. Surtout que c’est l’Humanité qui lance la pétition. On a aussi parmi les signataires Patrick Le Hyaric, qui est directeur de l’Humanité, ainsi que Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT.

Les angles sont donc arrondis. Et pour sauver le soldat CGT, on a Ian Brossat du PCF, ainsi que Adrien Quatennens et Jean-Luc Mélenchon de La France Insoumise. On a Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel de la Gauche républicaine et socialiste et Gérard Filoche de la Gauche démocratique et sociale.

On a Julien Bayou, qui est secrétaire national d’EELV, et Alain Coulombel, porte-parole d’EELV. On a Clémentine Autain de La France insoumise et Guillaume Balas, coordinateur de Génération-s.

On a également des figures d’arrière-plan, comme Pouria Amirshahi, ancienne figure majeure du syndicalisme étudiant et actuel directeur de publication de Politis, Willy Pelletier qui est coordinateur général de la fondation Copernic, Alain Obadia qui est président de la fondation Gabriel-Péri.

La liste initiale comporte également des avocats, des intellectuels, des chercheurs, des artistes, des économistes, etc. avec quelques ambulancier, sans profession et chauffeur poids lourd pour donner un côté populaire.

Est-ce que cela suffira ? Certainement pas. C’est même plus un signe d’effondrement qu’autre chose. Car la véritable actualité n’est pas dans ces noms. Elle est dans le fait que les hauts cadres du Parti socialiste ont également signé la pétition, et notamment Olivier Faure, qui est secrétaire national du PS, et Jean-Christophe Cambadélis, ex-premier secrétaire.

Qu’Olivier Faure veuille faire bien, soit. Mais que viennent faire les autres signataires, et notamment Jean-Christophe Cambadélis ? Ce dernier a un regard extrêmement précis et aguerri. Il disait tout récemment, avec justesse, au sujet des municipales :

« La gauche, elle, va toucher le fond de la piscine alors que le PS gardera pour l’essentiel ses bastions. Le PCF aussi, grâce à une alliance jugée hier impossible avec le PS. Même si ce sera l’arbre qui cachera la forêt des reculs du premier tour, la rupture avec la France insoumise va coûter chère au PCF et à la France insoumise.

Les écologistes seront globalement très hauts et devant les socialistes là où la gauche n’est pas sortante. Dans les villes de Besançon, Bordeaux etc. où la gauche est unie avec eux, ils peuvent même virer en tête. Reste que l’écologie est un vote de 1er tour, pas ou pas encore de rassemblement.

Quant à la France insoumise, elle est réduite à une posture de témoignage protestataire, ayant du mal à exister dans ce scrutin qui est pour elle encore plus difficile que les européennes. »

Et il ajoutait, présentant sa solution :

« Mais, encore une fois, le problème de la gauche c’est la faiblesse et le manque d’attractivité du PS. Ce n’est pas un problème de personnes mais une question structurelle. La marque est obsolète, il faut la refonder (…). Ce renouveau, cette réinitialisation du PS nécessite de dépasser le PS. »

Jean-Christophe Cambadélis croit-il qu’une Gauche, qu’il qualifie de « réformiste », peut naître d’un appel populiste à sauver une CGT antipolitique qui a mené un mouvement de protestation dans le mur ?

Cet appel au référendum est un suicide pour la Gauche politique. Il est une énième tentative de contourner les problèmes, les questions de politique, d’économie, de morale, de société, de valeurs. Il n’est aucunement possible d’échapper à la seule solution possible : constituer une Gauche consciente, organisée, structurée, établie de manière stricte.

Cela n’est pas possible avec une Gauche populiste, libérale culturellement, refusant l’organisation au nom de « mouvements », ne cherchant jamais à établir des structures locales menant un travail sur le long terme.

Le signe qu’on a ici, c’est que le Parti socialiste lui-même agonise – pas qu’il va contribuer à une structuration à Gauche. Sinon il ne se retrouverait pas là.

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Retraites: les syndicats en mode «repeat»

Une nouvelle « journée d’action » syndicale avait lieu ce jeudi 6 février 2020 contre la réforme des retraites. C’est toujours le même ronronnement, avec des défilés dans les grandes villes, une grève que personne ne voit depuis que les transports parisiens circulent et des syndicats qui bombent le torse en prétendant que la mobilisation est massive.

 

Il a fallu attendre 21h30 pour avoir le communiqué de l’intersyndicale CGT, FO, SOLIDAIRES et FSU (ainsi qu’UNEF, UNL, FIDL et MNL) : c’est que les débats ont dû être bien longs et compliqués à Montreuil hier soir après cette nouvelle journée de manifestation désormais routinière.

Les syndicats doivent en effet être bien ennuyés : d’un côté ils ont une base petite mais solide d’au moins 121 000 personnes, ainsi que le soutien tacite d’une grande partie de la population, de l’autre il ne se passe absolument rien et, au fond, tout cela n’intéresse personne. Mais hors de question de se remettre en cause pour autant. Le choix a donc été fait de garder le doigt appuyé sur le bouton « repeat », en espérant qu’à force de dire qu’il se passe quelque-chose la prophétie s’auto-réalisera.

On apprend donc comme d’habitude que « le rejet de la réforme et la détermination d’obtenir le retrait sont intacts et se propagent de manière inéluctable » et qu’ils sont « persuadés que cette mobilisation inédite, historique, vaincra ».

L’intersyndicale n’hésite pas à mentir éhontément pour appuyer son propos :

« Chaque semaine et ce depuis le 5 décembre, des A.G se multiplient sur les lieux de travail, dans les lycées et universités malgré les diverses pressions. »

De la même manière, la CGT explique dans son propre communiqué d’hier de manière surréaliste que :

« Ce sont plusieurs centaines de milliers de manifestants, dont une grande partie d’entre eux étaient en grève (portuaires et dockers, salariés de la Tour Eiffel nécessitant une fermeture du site, salariés des incinérateurs de déchets de l’Ile de France…) qui se sont rassemblés partout en France, dans les grandes villes comme les plus petits bourgs. »

Philippe Martinez avait d’ailleurs prétendu de manière délirante hier matin, face caméra :

« dans l’agroalimentaire par exemple, les jours de mobilisation interprofessionnelle, on dépasse les 100 000 salariés en grève ».

Peu importe si les chiffres de la participation aux manifestations n’ont rien d’extraordinaire (la CGT ne donne pas de chiffre national, le police parle de 121 000 personnes hier), que personne n’a remarqué que le pays est en grève : ce qui compte est de prétendre qu’il se passe quelque-chose.

Le leader de la CGT Philippe Martinez avait de toutes façons déjà dit la messe en début d’après-midi en tête du cortège parisien :

« La mobilisation est là. Ceux qui refusent de la voir doivent ouvrir les yeux ».

On a appris également que l’intersyndicale entendait s’organiser pour pourrir la journée internationale des femmes le 8 mars avec leur ronronnement syndical. Les femmes « seraient les plus grandes perdantes avec ce projet de loi », alors ils se sont dit qu’il y a peut-être là une opportunité et ils appellent donc à faire quelque-chose.

D’ici là, « une nouvelle journée de convergence, de grève et de manifestation » est appelée par l’intersyndicale pour le 20 février, dans 15 jours.

Une « contre-conférence » est également prévue pour le mois de mars, pour faire des propositions concrètes sur la question des retraites, en s’imaginant peut-être avoir l’appui du Conseil d’État, qu’ils n’arrêtent pas de mettre en avant depuis quelques jours. C’est que, toujours plus rejetées et ignorées par la bourgeoisie qui n’a plus besoin d’elles, les organisations syndicales remuent ciel et terre pour se rendre indispensable et avoir leur place dans la cogestion du capitalisme, comme avant.

Tout cela est vain ! Leur tour est passé, comme le prouve leur incapacité à mobiliser contre la réforme de retraites. C’est la lutte de classes qui va reprendre ses droits, sans eux, contre eux, comme en mai 1968, comme en 1936. C’est la politique, assumée par la Gauche historique affirmant le Socialisme, qui sera alors sur le devant de la scène, portée par la classe ouvrière et la jeunesse.

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Début février 2020: mais où est la grève?

Les syndicats, CGT en tête, nous ont promis monts et merveilles. L’ultra-gauche voyait même se pointer la crise de régime. En ce début février 2020, on peut constater cette simple chose : la mobilisation contre la réforme des retraites s’est fracassée sur la réalité du quotidien de la société capitaliste, entre indifférence et corporatisme bien calculé. Il n’y a pas que les patrons qui ont peur de la lutte des classes, les gens en ont tout autant peur.

Il ne s’agit nullement d’être pessimiste, bien au contraire. Tout mouvement populaire de lutte, même défait, apporte des enseignements aux gens. Ce qui est dommage ici, c’est que la défaite était prévisible et qu’à aucun moment, les syndicats n’ont cherché à se remettre en cause pour essayer de débloquer la situation.

On dit souvent à Gauche, dans le mouvement ouvrier, que les patrons ont peur de la lutte des classes. Que le drapeau rouge fait trembler le bourgeois. Mais c’est vrai également des gens. Les gens ont la trouille. S’il fallait définir la mobilisation contre la réforme des retraites, on doit dire qu’il s’agit aussi d’une mobilisation contre la mobilisation.

C’est une lutte conçue par les gens comme un moyen de ne pas lutter. Tout a été fait pour contourner la lutte des classes et on le voit très bien à ces signes qui ne trompent pas. Comme au moment des gilets jaunes, le capitalisme n’a pas été critiqué, pas plus que la bourgeoisie n’a été mentionnée.

On a une critique « anticapitaliste » qui affleure parfois, mais cela n’a rien à voir avec l’affirmation du Socialisme et du principe d’une société avec une hégémonie à tous les niveaux de l’esprit collectif. Les gens protestent parfois contre le capitalisme, car le capitalisme leur semble mal fait, ou parce que le capitalisme les dérange, ou bien même les agresse.

Mais ils ne veulent pas s’en débarrasser. Ils ne considèrent pas qu’ils sont aliénés, exploités. Tous pensent qu’ils peuvent tirer leur épingle du jeu dans le capitalisme. Tous pensent que le capitalisme est stable, qu’il va continuer comme avant, avec moins de droits certainement, mais sans changement en ce qui concerne le quotidien.

Les gens sont heureux de consommer sans recul, de se procurer le dernier matériel technologique mis à la disposition du public, de regarder des émissions de divertissement aussi stupides que les films hollywoodiens, de partir en vacances en se comportant comme de simples touristes.

Et ceux qui ne peuvent pas, parce qu’ils sont marginalisés socialement – et ceux-là forment une minorité de la société – ne rêvent que d’une chose : vivre comme les autres. La teneur du rap montre très bien quel est le degré de corruption qui prévaut.

Aucun régime n’est jamais menacé par des gens avec une morale aussi faible, une capacité d’engagement d’une faiblesse inouïe et la plupart du temps inexistante. L’extrême-gauche est composée de la petite-bourgeoisie intellectuelle, le monde associatif est sous contrôle de l’esprit bobo de manière complète, les ouvriers ne font rien ou, quand ils agissent, se placent au mieux de manière passive sous les ordres syndicaux.

Le niveau démocratique des masses est ce qu’on doit qualifier de catastrophique. Qui ne part pas de là vit dans un fantasme et est en total décalage avec la réalité de la société française. Est-ce à dire qu’il n’y aura rien ? Pas du tout et au contraire, car la lutte des classes se produit malgré les prolétaires s’il le faut. Mais qu’on s’imagine quel traumatisme cela va être quand la lutte des classes va reprendre ses droits, quelle fracture cela va être dans une société paralysée depuis les années 1960.

L’enfantement de l’époque qui s’ouvre va être terriblement douloureux.

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29, 30 et 31 janvier: le coup d’épée dans l’eau de la CGT

À l’issue de la grève du 24 janvier la semaine dernière, la CGT avait annoncé une nouvelle journée de grève et de manifestation pour ce mercredi 29 janvier suivie de deux jours d’initiatives les 30 et 31 janvier. Ce triptyque n’a rien donné, à part une énième manifestation syndicale mercredi aussi déprimante qu’inutile de part son caractère répétitif et improductif. Pour le reste, il n’y a aucune capacité à se tourner réellement vers les classes populaires dans leur ensemble, ce que la CGT ne sait pas faire (et ne veut pas faire).

Dans un communiqué la semaine dernière, la CGT avait annoncé qu’elle prévoyait pour cette semaine « le renforcement et l’élargissement de la mobilisation » et il devait y avoir des « initiatives les 30 et 31 janvier en direction des populations. »

Qu’a-t-on vu hier et avant-hier à ce sujet ? Rien, absolument rien. Cela n’est même pas un échec puisqu’en réalité la CGT n’envisageait pas de faire quoi que cela soit. Ni sa direction, ni ses bases militantes n’ont pour habitude d’avoir une véritable démarche démocratique en se tournant vers la population concrètement.

Même lors de différentes opérations de blocages, par exemples sur les récurrents blocages de ports autonomes depuis le début de l’année, qui en général ont lieu en amont dans des zones industrielles, les syndicalistes bloqueurs sont incapables de venir échanger avec les prolétaires de la zone, de les convaincre politiquement, de chercher la convergence par la discussion fraternelle. Les bloqueurs se contentent de bloquer dans leur coin, puis lèvent les barrages parfois, sans que personne ne sache jamais ni pourquoi, ni comment.

Cela est dans la nature même du syndicalisme, qui se prétend au-dessus de la politique et pour qui seul l’activisme compterait. La grève générale serait donc un modèle en soi, et il n’y aurait qu’à le suivre, en rejoignant la CGT et en lui signant un chèque en blanc pour qu’elle négocie avec le gouvernement au nom de tout le monde.

Quand on dit « tout le monde » ici, il faut bien voir qu’il s’agit en effet de tout le monde, dans le sens de toutes les couches de la population. La CGT est censée être une expression prolétarienne, s’inscrivant dans la lutte de classe. Mais cela n’intéresse plus la CGT, alors si elle n’a pas le soutien des ouvriers, elle s’imagine qu’au moins c’est très bien d’avoir à ses côtés les avocats, cette corporation bourgeoise.

On avait ainsi le droit mercredi soir sur la page Facebook officiel de la CGT à la célébration d’une stupide chorégraphie d’avocats (reprenant le très viril et brutal « haka » des rugbymen néo-zélandais) pendant la manifestation parisienne, avec le commentaire suivant :

« 👏🏼 Belle scène de convergence ou quand les #AvocatsEnGreve enseignent au cortège #AcauseDeMacron leur Haka ! »

D’ailleurs, les manifestations elles-mêmes ce mercredi 29 janviers 2020 ont été très faibles, tant numériquement que dans le contenu, toujours plus routinier et sans perspective. La CGT n’a même pas donné de chiffre national cette fois (le gouvernement annonçant quant à lui 108 000 personnes contre 249 000 la semaine dernière), se contentant de prétendre que tout va bien :

« Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, MNL, UNL se félicitent de l’importance des mobilisations pour le retrait du projet de réforme des retraites du Gouvernement. Le soutien de la population au mouvement social s’amplifie, des initiatives unitaires sont prises sur tout le territoire, les journées de grèves et de manifestations du vendredi 24 et du mercredi 29 janvier ont encore rassemblé des centaines de milliers de personnes. C’est la preuve d’un rejet massif des propositions portées par le Gouvernement. »

Quant à la grève, elle n’est plus qu’anecdotique, concernant quelques syndicalistes dans certains secteurs, de manière très isolée, avec des coups de force tentés ici et là (par exemple sur l’incinération des déchets en Île-de-France).

La CGT et l’intersyndicale n’ont rien d’autre à proposer qu’une nouvelle journée de grève, sans véritablement de travail destiné à organiser celle-ci, et surtout de nouveaux défilés dans les villes, jeudi 6 février.

Tout cela tourne en rond et ne mène à rien bien entendu, à tel point que les médias finissent pas ne quasiment plus en parler et le gouvernement ne semble même plus y prêter attention. Le Premier ministre vient d’ailleurs d’annoncer sa candidature aux municipales au Havre, cet ancien bastion ouvrier que son prédécesseur avait arraché à la Gauche en 1995. La conférence de financement, cette soi-disant victoire obtenue par la CFDT pour faire tampon et qui a démarré ce jeudi, ne s’avère être qu’un jeu de rôle mettant en scène syndicats et « patronat », sans aucune utilité.

La CGT est en fait tellement faible qu’une telle parade gouvernementale est devenue inutile. La CGT, dont le rôle de pacificateur social est considéré comme désuet par le capitalisme français version 2020, se retrouve maintenant éjectée du cours de l’histoire. C’est à la Gauche de prendre main, pour remettre la lutte des classes sur la table et ouvrir à nouveau la perspective politique du socialisme.

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Les pro-CGT retournent leur veste: l’ultra-gauche à son habitude

Voici le moment plein d’évidence, mais toujours surprenant de par son ampleur, celui du retournement de veste. Après avoir littéralement baisé les pieds de la CGT pendant deux mois, l’ultra-gauche se met du jour au lendemain à dénoncer sa démarche, pour tenter de ne pas couler avec elle.

Aucune fierté, de l’opportunisme sur toute la ligne, de la démagogie à en veux-tu, en voilà. Ce que fait l’ultra-gauche est impressionnant de mauvaise foi. Après avoir donc salué la démarche de la CGT depuis le départ, elle l’attaque désormais. Comment faire cependant pour garder la face, pour ne pas que ce soit trop gros ? Comment faire alors que depuis le départ, la réduction syndicaliste de la bataille a été appréciée, saluée, soutenue ?

Eh bien, à son habitude, l’ultra-gauche invente qu’il pourrait se passer bien plus de choses, qu’on est à la veille de la révolution, que tout est possible… Mais que, malheureusement, les directions syndicales trahissent. On serait à la veille de la reprise du mouvement, là où tout serait possible… Seulement voilà, tout serait un problème de direction. Cela avait bien commencé, mais les choses s’arrêteraient en route… Si l’ultra-gauche avait été à la tête du mouvement… Alors, là cela aurait fonctionné ! Si les gens avaient compris… etc.

En voici quelques exemples, peu importe leur source puisque c’est partout le même refrain.

« Or, à l’inverse des travailleurs qui reprennent leur souffle pour mieux envisager de repartir, l’intersyndicale semble en passe d’entériner une stratégie totalement minimale de temps « forts », calés sur le calendrier parlementaire et ses différentes échéances. »

« Le sort du mouvement n’est pas scellé, loin de là. Plus de cinquante jours après son démarrage, on en ignore encore l’issue. Mais force est de constater qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’isolement du gouvernement, le rejet majoritaire de la réforme et la mobilisation des centaines de milliers de salariéEs n’a pas encore crée le rapport de force suffisant pour faire céder Macron (…).

Alors que jusqu’à présent, l’intersyndicale interprofessionnelle avait plus ou moins bien joué son rôle moteur (sauf pendant les congés de Noël) de la mobilisation avec des appels à la grève, aux actions et aux manifestations, le dernier appel au mercredi 29 janvier est loin très loin d’être à la hauteur. En effet, choisir un mercredi, c’est pour le coup mettre en dehors de la grève un des secteurs les plus dynamiques de ces derniers jours : l’Éducation nationale. De plus, ne pas manifester et être en grève le jour de la conférence de financement de la CFDT, participer à cette conférence, c’est laisser penser que cette commission est d’importance alors que nous savons qu’elle ne pourra que remettre en selle « l’âge pivot à 64 ans » forçant à partir en retraite deux ans plus tard, ou allonger le nombre d’années travaillées nécessaire pour partir à la retraite. »

« D’un côté, les syndicats réformistes et opportunistes, révisionnistes, tentent d’encadrer les actions dans le « symbolique » : coupure de courant temporaire de lieu de pouvoir, jet de symboles du métier aux pieds d’un politicien, manifestations avec pour seul but le nombre, etc. Mais la partie la plus prolétarienne du mouvement elle se bat avec ses moyens : coupures d’électricité de zones industrielles entières, paralysie des transports, affrontements violents (comme les pompiers), envahissements et occupation, piquets de grève tenus par la force… »

Tout cela ne tient pas debout, mais cela maintient de manière littéraire la fiction comme quoi tout aurait été possible. L’ultra-gauche en a besoin. Car elle a paré le mouvement de la CGT de merveilleux, afin de se faire une place. Elle l’a accompagné. Jamais elle n’a critiqué la CGT, dont on sait pourtant le degré de corruption à la direction. Jamais elle n’a critiqué le manque de dimension politique, le refus de dimension politique même.

Elle est donc responsable autant que la CGT de la défaite en cours. Ses retournements de veste n’y feront rien : les paroles s’envolent, les écrits restent. L’ultra-gauche n’échappera pas à la critique de la Gauche historique.