Dans la revue JDNews du 9 juillet 2026, on ne trouve pas que Marine Le Pen en couverture à l’occasion de sa candidature à la présidentielle, ni des publicités pour Dior et Bulgari, ou encore l’éloge de Pierre Sautarel du site Fdesouche par Mathieu Bock-Côté. On a, en page 12, une page « carte blanche » où Xenia Fedorova publie un article intitulé « Quand la Fête nationale devient un message de guerre ».
Il faut absolument connaître ce document, car il relève d’une séquence politique la plus haute importance. Il y a eu une véritable confrontation entre, d’un côté, la France allant dans le sens de l’escalade et la Russie cherchant à trouver une voie pour le maintien d’un canal de discussion.

La porte a été fermée : les dés sont jetés. Les conséquences de cette séquence dépassent bien le sort personnel de la chroniqueuse Xenia Fedorova : c’est l’affrontement militaire qui s’ouvre en perspective.
Rappelons ici les faits. La chroniqueuse Xenia Fedorova est russe et est l’ancienne patronne de la chaîne russe RT France, interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022.
Des médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré commencent à l’intégrer en 2025, et en 2026 elle intervient sur CNews et Europe 1 ; elle signe une chronique dans l’hebdomadaire JDNews et présente l’émission religieuse « Lumières orthodoxes » sur Canal+.
Puis, elle connaît donc la répression de la part de l’État français. Le 29 juillet 2026, il y a eu un arrêté ministériel d’expulsion contre elle ; deux jours après, le ministère de l’Économie, au nom de « la prévention des atteintes à la sécurité et l’ordre public liées aux ingérences », et conjointement avec le ministère de l’Intérieur, a gelé ses avoirs.

Sur le fond, il est facile de comprendre le processus. La bourgeoisie moderniste a évidemment en horreur la bourgeoisie conservatrice et c’est la raison de la campagne lancée le 26 mai 2026 par le quotidien Le Monde, avec l’article « l’influente Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France et désormais protégée de Vincent Bolloré ».
L’ensemble des médias a suivi, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a participé également à cette opération. Formellement, l’affaire était pliée et l’expulsion de Xenia Fedorova n’était qu’une question de temps.
Il y a toutefois bien plus. Lorsqu’on lit l’article du 9 juillet 2026, il est évident que c’est la Russie qui parle, et qui demande le maintien de la possibilité d’un canal de discussion avec le capitalisme français, par l’intermédiaire d’une partie de la bourgeoisie qui est défavorable au soutien à l’Ukraine.
Le prétexte de cette demande, c’est le défilé du 14 juillet 2026. Voici une description de ce qui s’est passé à cette occasion, publiée dans notre chronologie de l’escalade contre la Russie depuis le 26 février 2024.
14 juillet 2026 : défilé à Paris avec 6700 soldats, 98 avions (dont un Mirage 2000 à basse altitude aux couleurs ukrainiennes, avec à bord des copilotes ukrainiens formés en France), 31 hélicoptères, 315 véhicules, ainsi que 25 militaires ukrainiens et le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans les tribunes. Lorsque passent les canons Caesar, la télévision française fait un gros plan sur lui. 23 chefs d’État ou de gouvernement européens étaient présents également dans les tribunes.

Voici donc l’article Xenia Fedorova, avec les commentaires explicatifs entre crochets pour bien comprendre l’enjeu.
« Quand la Fête nationale devient un message de guerre »Le 14-Juillet est l’un des rares moments où la France se regarde et où elle est encore vue par le monde comme une nation souveraine.
[Allusion à la vision russe de la France comme pays traditionnellement gaulliste.]
Ce n’est pas seulement une parade militaire, ni une cérémonie protocolaire. C’est un langage politique. Ce jour-là, chaque uniforme, chaque drapeau, chaque avion dans le ciel de Paris dit quelque chose de la France, de son histoire et de la manière dont elle se projette dans le monde.
[Allusion à la volonté de la France de jouer le rôle de grande puissance.]
Or, cette année, Emmanuel Macron a choisi d’en faire aussi un symbole politique tourné vers l’Ukraine, dans le cadre d’un défilé placé sous le signe du « réveil stratégique de l’Europe ».
Ce choix n’est pas neutre. Il revient à faire entrer, au cœur de la fête nationale française, un pays en guerre contre la Russie, alors que la France n’est officiellement pas cobelligérante.
[Avertissement russe concernant la cobelligérance.]
C’est précisément ce qui choque une partie du monde militaire, notamment d’anciens officiers qui voient dans cette décision une confusion dangereuse entre hommage national et alignement stratégique.
[Appel ouvert aux membres de l’armée française, ce qui naturellement apparaît comme une provocation du point de vue étatique, et rien que ce passager aurait pu provoquer l’expulsion.
La remarque sur les anciens officiers est à la fois une précaution oratoire, et une vérité sur le plan des mentalités. Cela ne doit pas cacher que les officiers d’aujourd’hui ont une approche totalement différente, sont absolument inféodés à l’Otan, alors que l’armée française est structurée désormais en fonction de l’Otan, de toute façon.]La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, héritière d’une diplomatie d’équilibre, devrait être celle qui cherche les voies de sortie.
[Proposition russe d’entente.]
Elle devient trop souvent celle qui surenchérit dans les symboles. Comme l’écrit le général Henri Roure : « Il est donc grand temps que la France retrouve la raison. Elle est traditionnellement puissance d’équilibre. Pour cela, dans sa trajectoire historique normale, elle est écoutée et estimée. »
[Allusion au fait que la France, moyenne puissance, ne peut pas exister en s’alignant unilatéralement sur un camp.]
Depuis février 2022, Paris a progressivement glissé d’un soutien politique et militaire à Kiev vers une identification presque totale à la cause ukrainienne.
[Avertissement russe sur cette situation de non-retour. En réalité, on y est déjà depuis longtemps, depuis le 26 février 2024, qui est tout sauf une décision personnelle unilatérale d’Emmanuel Macron.]Un message géopolitique
Les armes, les formations, les financements, les sommets européens et les déclarations martiales se sont succédé. Mais jamais les Français n’ont été clairement consultés sur la limite exacte de cet engagement.
La cause ukrainienne a été placée au-dessus du débat. Toute nuance est devenue suspecte, toute interrogation assimilée à une trahison.Pourtant, l’Ukraine n’est pas un objet politique pur. Elle porte ses fractures, ses oligarques, sa corruption, ses dérives nationalistes, ses ambiguïtés mémorielles, notamment autour de figures qui continuent de blesser les mémoires polonaise et juive.
[Tentative, raisonnable et raisonnée, de souligner les incohérences brutales de l’État ukrainien et de la société ukrainienne.]Refuser de voir ces réalités ne les efface pas. Les faire entrer dans l’imaginaire du 14-Juillet les rend plus problématiques encore.
Car une cérémonie militaire n’est pas un commentaire d’actualité. Elle fabrique de la mémoire. Elle habitue les esprits. Elle transforme peu à peu une option politique en évidence nationale.
[Constat idéologique et culturel absolument évident, qui relève d’une capacité d’analyse empruntée historiquement à l’URSS de Lénine et Staline, ce qui montre que c’est bien une analyse de fond savamment élaborée selon un point de vue russe contemporain.]
Le problème n’est pas d’éprouver de la compassion pour les Ukrainiens.
Il est d’utiliser la fête nationale française pour normaliser l’idée que la France serait désormais liée, symboliquement et stratégiquement, au destin militaire de Kiev.
En choisissant d’y placer l’Ukraine, Emmanuel Macron transforme un moment d’unité nationale en message géopolitique. Il ne commémore plus seulement la France, il affiche un alignement.
[De par la cordialité du propos, c’est un message diplomatique russe, sous la forme de « l’incompréhension ».]Or le 14-Juillet n’est pas une cérémonie européenne. Ce n’est pas une parade de l’Otan. Ce n’est pas une scène destinée à prolonger la guerre par les symboles.
C’est le jour où la France montre son armée, non pour se fondre dans un bloc, mais pour rappeler qu’elle reste maîtresse de son destin.
La question est donc simple : jusqu’où veut-on entraîner la France dans cette guerre ? Si l’on veut que ce conflit devienne aussi le sien, qu’on le dise clairement aux Français.
Qu’on leur demande leur avis. Mais qu’on n’utilise pas le prestige du 14-Juillet pour les habituer à l’idée que cette guerre serait déjà la leur, alors qu’une armée nationale existe d’abord pour défendre son pays et ses intérêts, non pour habiller les choix idéologiques de ses dirigeants sans consentement populaire.
[Ces derniers paragraphes tentent de formuler une ligne pour une « Droite nationale ».]
L’erreur de la Russie, c’est de croire qu’il puisse exister en France encore une véritable « Droite nationale », voire une vraie « Droite » tout court. C’est impossible : le capitalisme a tout lessivé, même les « fachos » sont désormais des libertariens. Il n’y a que les bobos s’imaginant très à gauche pour croire en une bourgeoisie traditionnelle avec des valeurs bien ancrées.

Que ce soit à Versailles, dans le 16e arrondissement de Paris, à Deauville, Nice ou Bordeaux, les bourgeois les plus conservateurs ont une vie quotidienne ancrée dans le capitalisme moderne et ses valeurs. Même s’ils protestent, ils y participent. La situation est, finalement, la même qu’aux États-Unis avec des Démocrates et des Républicains, qui s’opposent mais relèvent du même capitalisme, avec une face moderniste et une face conservatrice.
C’est la raison pour laquelle le conflit avec la Russie est acté en France ; il suffit de voir que, de la gauche de la gauche à la droite de la droite, ce thème n’existe pas ou pratiquement pas. La ligne stratégique est actée par le capitalisme français, qui espère récupérer à la fois des parts dans une Ukraine vassalisée, prolétarisée, et une Russie néo-colonisée et servant de source en matières premières.

Sur le papier, voilà qui relancerait bien un capitalisme torpillé depuis 2020 ! C’est l’avis de la bourgeoisie et même des aventuriers « conservateurs » comme le milliardaire Vincent Bolloré ne peuvent rien y changer. Le capitalisme est ce qu’il est ; une fois lancé, et plus que lancé, il dissout toutes les valeurs, pour arriver au pragmatisme le plus brut, à l’instar de Donald Trump.
Soit la révolution empêche la guerre, soit la guerre provoque la révolution !



















