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Société

L’affaire Norman témoigne que les youtubeurs sont des déréglés

Les réseaux sociaux ne sont pas de nature démocratique.

Norman Thavaud en garde à vue pour viols et corruption de mineurs : c’est l’un des principaux youtubeurs français, avec douze millions d’abonnés. On parle ici de quelqu’un dont les vidéos ont fait 2,7 milliards de vues. 4 millions de personnes le suivent sur Facebook, 3,4 millions sur Twitter.

On parle surtout de quelqu’un qui est connu pour avoir l’air sympa et une sorte d’image de doux naïf. Sauf que ça, c’est dans les vidéos. En réalité, l’image qu’avaient de lui les gens connaissant l’envers du décor était totalement différente, et c’est vrai de la plupart des youtubeurs.

C’est que les youtubeurs disent des choses, mais rien n’est vrai. Ils vendent un produit, ils sont eux-mêmes un produit. Leur talent n’est pas brut, ni leur sincérité, même si cela en a l’apparence. Tout est calculé, millimétré, décidé par des capitalistes.

Prenons Norman, par exemple. Ses productions relèvent de Webedia, un groupe de médias français employant 2400 personnes. Et Webedia est une filiale de Fimalac, un monopole s’occupant du divertissement, de l’hôtellerie de luxe, d’immobilier, etc.

Le propriétaire de Fimalac est le milliardaire français Marc Ladreit de Lacharrière, dans le top 30 des plus riches Français, qu est l’administrateur du club Le Siècle et président du comité français du club Bilderberg.

Il y a ainsi une ligne droite allant de Norman le youtubeur qui a l’air sympa et l’oligarchie financière. C’est une preuve du caractère capitaliste des vidéos de Norman, de la nature de son activité, de sa nature à lui aussi.

Car il pouvait être sympa et correct auparavant – il ne pouvait pas le rester de toutes façons une fois qu’il avait vendu son âme. Et c’est vrai de tous les youtubeurs, même de ceux qui ne relèvent pas d’une production industrielle encadrée, parce qu’ils tendent à ça quand même, leur rêve étant d’en être, de « croquer » comme ceux qui ont réussi.

Des vidéos racoleuses, formatées pour divertir sans enjeu, manipulant les esprits… Avec une chose pareille, on ne peut pas s’étonner que les youtubeurs eux-mêmes déraillent.

Ils sont déréglés, ils sont coupés du peuple et ont une démarche anti-démocratique. Inévitablement ils basculent, exactement comme les « hommes politiques », les grands financiers, etc.

Il y a une formule qui a ses limites pour dire ça, mais enfin elle a une grande part de vérité : le pouvoir absolu corrompt absolument.

Tout youtubeur qui réussit est condamné à être corrompu, que ce soit avant sa réussite ou après. Vue la pression actuelle du capitalisme, il est d’ailleurs plutôt obligé de l’être dès le départ, désormais.

Norman fut quant à lui l’un des premiers youtubeurs, mais il a franchi le pas tout de même, voire même il a contribué à mettre en place le monstre, donc il doit encore plus être humainement déréglé.

Cela montre bien qu’il ne faut pas s’arrêter à la forme, mais saisir le fond, ce que seul fait la Gauche historique, qui assume la culture, la civilisation.

Combien ont tort les gens s’imaginant de gauche et cherchant à manoeuvrer sur youtube, twitter, facebook… ! Ils se font corrompre et ils ne le remarquent même pas. Ils perdent leurs âmes en s’imaginant activistes, alors qu’ils ne sont actifs que pour le capitalisme.

On ne peut pas lutter contre le capitalisme en utilisant des choses façonnées par lui. On n’a besoin ni de youtubeurs, ni de McDonald’s, ni de centrales nucléaires.

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Guerre

Vladimir Poutine en mercedes sur le pont de Crimée parce que voilà

C’est le style russe.

Le 8 octobre 2022, jour de l’anniversaire du président russe Vladimir Poutine par ailleurs, l’Ukraine frappait le pont de Crimée. L’article relatant cela ici soulignait d’ailleurs que cela impliquait désormais la guerre totale du côté russe et ça a bien été le cas. Encore hier 70 missiles ont été lancés contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Le 5 décembre 2022, Vladimir Poutine est allé voir à quoi ressemblent les travaux. Et son style a été celui typiquement débonnaire russe. En mode : ben voilà, il faut bien aller voir. Dans la vidéo mise en ligne par le Kremlin, on le voit conduire une mercedes, s’arrêter, discuter habillé normalement au milieu de gens habillés normalement, la capuche même sur la tête.

Pour un Français, c’est inconcevable, car il y a une exigence de cadre, tout comme un Allemand eut insisté sur l’aspect technique de la reconstruction du point, un Anglais sur la dimension flegmatique face à la situation, etc.

Mais les Russes sont des Russes et donc il n’y a rien eu de tout ça. Vous allez voir un dimanche un cousin pour savoir comment il va, Vladimir Poutine va voir sur le pont de Crimée comment ça se passe.

Naturellement, c’es aussi une anti-narration à l’américaine.

Sur la photo suivante, le type avec le bonnet qui montre du doigt, c’est Marat Khousnoulline, le vice-président du gouvernement russe!

A côté on a encore Nikita Khrapov, un ingénieur en chef des ponts et chaussées, et Yevgeny Chibyshev, le responsable de la Nizhneangarsktransstroy qui s’occupe des travaux.

Cet aperçu sur le stye russe permet de comprendre deux choses également.

Il faut déjà savoir que le 29 novembre 2022, Tamila Tasheva, la représente ukrainienne pour la Crimée, a redit que tous les Russes qui n’étaient pas passés par la douane ukrainienne seraient expulsés de la Crimée reconquise.

C’est là un exemple de la folie furieuse du régime ukrainien. Déjà, parce que la Crimée n’est historiquement pas ukrainienne, ensuite parce que cela met de l’huile sur le feu en Russie, pour qui la Crimée est une terre historique pour laquelle il faut être prêt à tout sacrifier. Il y a unanimité russe à ce sujet.

La visite de Vladimir Poutine reflète le fait qu’aucun compromis historique n’est possible entre la Russie et le régime ukrainien.

Ensuite, cela permet de comprendre pourquoi le régime russe s’est lancé dans la guerre. Il a senti que la crise allait arriver dans le monde et que tout allait mal tourner. Or, la Russie était mal parée pour tenir.

Aidé de la mentalité russe du « bon ben voilà », le régime russe a donc précipité les choses. En se doutant que les gens feraient comme il faut faire si on leur demande, parce que voilà.

On notera que les Ukrainiens subissant la guerre ont la même attitude, qui est un trait slave plus qu’autre chose, même si bien entendu avec des nuances, les Serbes n’étant pas des Ukrainiens qui ne sont eux-mêmes pas des Russes ni des Tchèques ou des Polonais, etc.

Cela étant, le régime russe accepte le style slave, alors que le régime ukrainien a adopté la narration américaine. Et là, c’est aussi une cause de dégoût profond vis-à-vis de l’Ukraine du côté de beaucoup de Slaves, parce que si une guerre entre peuples frères peut être « fatale », le fait de nier les liens historiques et de se prétendre occidental relève de la trahison.

Le style débonnaire de Vladimir Poutine sur le pont de Crimée révèle bien des facettes de la question de la guerre en Ukraine !

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Politique

Pour Lutte ouvrière, « Révolution permanente » et le PRCF, la Russie n’est pas « impérialiste »

Qu’est-elle alors, juste « méchante »?

Il est tout de même fou qu’en 2022, les principaux nostalgiques de l’URSS des années 1980 ne reconnaissent toujours pas qu’en Russie il existe un capitalisme exacerbé, une bourgeoisie élitiste de type d’ailleurs oligarchique. Même sans aller en Russie, il suffit de faire un petit voyage à Paris dans les quartiers des magasins de luxe ou bien d’aller dans les coins chics sur la côte d’Azur…

Au-delà de nostalgie, il y a aussi l’hypocrisie de ne pas vouloir remettre sa propre idéologie en cause. L’URSS étant bien, elle ne peut pas fondamentalement mal tourner. Il reste toujours un petit quelque chose…

Le Pôle de Renaissance Communiste en France est ainsi le principal courant historique oppositionnel au PCF des années 1990 : il est en fait fidèle au PCF des années 1960, avec son pro-soviétisme exacerbé. Lutte ouvrière est par contre fondé sur le trotskisme, et comme pour Trotski l’URSS était un « État ouvrier dégénéré », il faut maintenir coûte que coûte cette position.

Il est intéressant de noter ici que tant le PRCF que Lutte ouvrière disent qu’ils ont d’autant plus raison qu’eux, au moins, ne s’alignent pas sur l’Otan. Ce n’est pas vrai.

Sur la forme, c’est vrai. Mais vous chercheriez en vain tant chez l’un que chez l’autre une dénonciation régulière et systématique de l’Otan. Une telle chose ne se trouve que sur agauche.org.

Le PRCF et Lutte ouvrière parlent rarement de la guerre en Ukraine et de l’Otan, ils ne le font que de loin en loin, de manière symbolique, pour simplement dire : sur tel thème, notre position c’est ça. Mais cela s’arrête là. C’est totalement noyé par de multiples autres considérations, principalement syndicales pour ne pas dire syndicalistes.

Cela se lit d’ailleurs tout à fait dans le symbolisme intellectuel de leurs positions. Voici ce que dit le PRCF en date du 4 déccembre 2022.

Pour résumer cela donne : on s’en moque de ce qu’est la Russie, ce n’est pas important, le seul impérialisme est occidental. C’est là clairement converger avec la Russie !

Pour se dédouaner le PRCF dit alors qu’il ne sympathise pas avec le régime russe… qui serait « bonapartiste ». Ce qui revient à faire comme Trotski qui voyait pareillement l’URSS comme bonapartiste, mais à soutenir quand même… Le PRCF fait du Trotski cent ans après avec la Russie capitaliste et son oligarchie ! C’est abracadabrant.

« 1°) il nous semblerait erroné, face à la guerre mondiale qui menace, de renvoyer dos à dos, d’une part, l’impérialisme euro-atlantique et ses épigones, l’impérialisme allemand en plein réarmement et rêvant de revanche sur Stalingrad, mais aussi l’impérialisme français d’autant plus agressif qu’il perd pied dans son ex-pré-carré africain, et d’autre part, la Fédération de Russie et la République populaire de Chine qui, aussi bien sur leurs marches respectives du Donbass ouvrier qu’à Taiwan, Hongkong, au Tibet et au Sinkiang, sont menacées d’un repartage de type néocolonial.

Redisons que l’impérialisme transatlantique veut prévenir par la guerre son affaiblissement structurel face, non seulement aux BRICS, qui composent  la presque majorité de l’humanité, mais à l’Afrique, à l’Indonésie, à l’Inde, à l’Amérique latine, aux masses dites arabo-musulmanes du grand Arc méditerranéen dont la Palestine est le point focal, à ces 7 milliards d’humains trop longtemps humiliés qui ne supporteront pas éternellement l’arrogance des maîtres anglo-saxons et euro-atlantistes, de leurs « valeurs » boursières et de leur domination étouffante sur tous les plans, financier, monétaire, militaire, technologique, musical et même linguistique. 

La question n’est du reste pas seulement de savoir s’il existe un impérialisme russe, car existât-il que cela ne règlerait pas en soi la question de savoir qui est l’instigateur n°1 de l’oppression du Donbass et de la guerre en Ukraine.

Déjà au VIIème Congrès de l’I.C., Georges Dimitrov notait qu’il ne suffisait pas que l’Angleterre, la France et l’Allemagne hitlérienne fussent toutes les trois des Etats impérialistes pour qu’on pût les renvoyer dos à dos avec l’Allemagne comme il était très juste de le faire en 1914: le Komintern déclara avec justesse que, dans le conflit qui approchait, le Troisième Reich revanchard serait le fauteur de guerre principal et qu’il convenait donc de décliner nationalement et internationalement contre lui une ligne clairement antifasciste que corrobora pleinement la suite des évènements. 

De plus, quand bien même on déclarerait impérialiste la Russie actuelle, cela ne changerait rien en pratique au devoir des communistes occidentaux, notamment français pour ce qui nous concerne: il reste de combattre prioritairement l’impérialisme occidental dont le régime macronien est un rouage subalterne, en rappelant le mot de Liebknecht « l’ennemi principal est dans ton pays ».

C’est d’autant plus vrai que dans la dynamique du conflit qui oppose l’UE-OTAN alliée au régime pronazi de Kiev à l’Etat russe soutenu par le Donbass ouvrier et par la majorité écrasante des communistes russes, les euro-atlantistes amis de Zielensky sont amenés à prendre appui symboliquement sur le souvenir horrifique du génocideur  Bandera. A l’inverse, leurs ennemis, y compris Poutine à son corps défendant, sont forcés de laisser remettre en place des statues de Lénine et d’exploiter, si inconséquemment que ce soit, la symbolique rouge de la Grande Guerre patriotique. Mais c’est là LEUR contradiction, et non pas la nôtre !

2°) Ce constat que l’euro-atlantisme allié aux néonazis est l’ennemi principal de la paix n’implique de notre part aucun alignement politico-idéologique sur le régime bonapartiste et contre-révolutionnaire de Poutine. 

Non seulement en Russie même le PRCF n’est pas solidaire de Poutine, non seulement il apporte un modeste soutien humanitaire et politique concret aux ouvriers communistes du Donbass, mais notre camarade, le philosophe Georges Gastaud, a  publiquement interpellé Poutine sur ses attaques contre Lénine, qualifié de traitre à la Russie, contre le droit à l’existence d’une Ukraine soviétique disposant du droit à l’autodétermination.

Tant il est évident que ces tirades anticommunistes et, sur le fond, antisoviétiques, sont le pire moyen pour fédérer le patriotisme russe, pour détacher de Zelensky les éléments ukrainiens non fascistes, pour faire revivre le grand élan à la fois patriotique et communiste de la guerre patriotique symbolisée par le drapeau rouge orné des « outils ».

Combien la résistance à l’hégémonisme étatsunien serait-elle renforcée si ces forces, au lieu de dénigrer Lénine, le fédéralisme soviétique et les communistes, se référaient, non pas au « monde russe » et à la Sainte Eglise orthodoxe russe, mais à la libre Union des quinze Républiques soeurs luttant ensemble, sous l’autorité du prolétariat, contre l’envahisseur nazi et pour l’idéal internationaliste du communisme! »

Le PRCF c’est vraiment la nostalgie des défilés des tanks et des bombes atomiques sur la place Rouge à Moscou dans les années 1980. Quand on lit leurs éloges de l’URSS, on a l’impression de voir un vieux pro- napoléonien admirer un empire qui a enfin réussi avec l’URSS, et qui en a la nostalgie. C’est si français !

Ce que dit Lutte ouvrière est relativement similaire, mais au moins c’est du trotskisme traditionnel. Sa position a été répétée plusieurs fois déjà, mais en novembre 2022 elle a été rééditée en large à l’occasion d’une dénonciation d’une autre tendance du trotskisme (l’ex-Secrétariat unifié, auquel appartient le NPA, qui effectivement s’aligne carrément sur l’Otan, à l’instar d’Ensemble! en France d’ailleurs membre de cette tendance trotskiste internationale).

Depuis l’effondrement de l’URSS, Lutte ouvrière considère que la Russie n’est pas capitaliste au sens strict, encore moins impérialiste, qu’il y a encore des acquis socialistes.

« Le SU [l’ex-Secrétariat unifié], à l’époque où il reprenait au moins formellement l’analyse de l’URSS stalinienne faite par Trotsky, définissait à juste titre ce régime comme un État ouvrier dégénéré.

Maintenant, il décrit la Russie comme un régime capitaliste et impérialiste. Pourtant, nulle part à notre connaissance il n’a pris la peine d’expliquer de façon convaincante comment, d’une URSS qui venait d’éclater et dont l’économie se trouvait en ruine, aurait pu surgir un État capitaliste développé, impérialiste au sens où les marxistes l’entendent.

Il y a plus d’un siècle, quand Lénine a caractérisé l’impérialisme comme le stade suprême du capitalisme, il se fondait sur l’analyse des transformations survenues au sein du capitalisme et du nouveau mode de domination mondiale qui en résultait, en liaison avec l’exportation de capitaux dont les bourgeoisies des pays les plus riches ne trouvaient plus à tirer assez de profit à domicile.

La société et l’économie russes actuelles ne sont pas les produits de l’évolution organique du capitalisme parvenu au stade impérialiste. Certes, la Russie « investit » dans l’espace ex-soviétique, et surtout là.

Car elle y est poussée par des motifs d’abord politiques, et non par les impératifs de la reproduction élargie du capital, comme les pays impérialistes d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord.

Et cela se vérifie de bien des façons. Ainsi, depuis qu’il est parvenu au sommet de l’État russe, Poutine déplore, périodiquement et en vain, la fuite des capitaux organisée par les nantis russes. À tel point que, pour moderniser son économie, la Russie dépend du bon vouloir intéressé des trusts occidentaux.

Résultat : ce pays de 150 millions d’habitants, qui a hérité une certaine base économique de l’URSS, a un PIB voisin de celui de l’Espagne, trois à quatre fois moins peuplée. Résultat plus inquiétant dans la guerre du Kremlin en Ukraine : la Russie, reléguée au rang de pourvoyeuse de matières premières dans la division mondiale du travail, dépend en partie de firmes occidentales pour se procurer des composants indispensables à son industrie d’armement. »

Le groupe « Révolution permanente dit exactement la même chose :

« L’invasion de l’Ukraine par la Russie a un caractère profondément réactionnaire. Il s’agit d’une action typique de l’« impérialisme militaire » même si, en raison de l’ampleur de son économie et de son rôle dans le système mondial, la Russie n’est pas une puissance impérialiste.

Cette invasion et cette guerre s’inscrivent dans le contexte géopolitique et historique d’une politique étatsunienne hostile à l’égard de la Russie, qui s’exprime par l’expansion de l’OTAN vers l’est, et en particulier par la relation établie entre les États-Unis (et l’UE) et l’Ukraine après le soulèvement de Maïdan en 2014, sans laquelle elle ne peut être comprise. »

Un « impérialisme militaire » qui n’a pas comme base un impérialisme… Il fallait oser.

Comme on le voit, tant pour le PRCF que Lutte ouvrière et « Révolution permanente », la Russie n’est pas « impérialiste », voire même pas « capitaliste ». Elle est une sorte de bureaucratie usurpant… la grande URSS, qu’on appelle à revenir de ses voeux.

C’est là une drogue idéologique, car en 2022 rien de cela ne colle à la réalité. Sans compter que cela converge totalement avec le discours de la Russie de Vladimir Poutine.

Si encore le PRCF et Lutte ouvrière dénonçaient l’Otan, à la limite ce serait compréhensible ou du moins secondaire, ce serait une illusion politique. Mais ils ne le font que symboliquement et une fois de temps en temps. Cela fait partie du discours, mais ce n’est pas politique.

Cela montre qu’en France en ce moment, il y a ceux passés dans le camp de l’Otan d’une manière ou d’une autre (l’ensemble de la gauche électorale-gouvernementale ainsi que les anarchistes), et d’autres qui ne veulent pas mais s’arrêtent là, restant à une position symbolique.

Et il y a aussi – surtout ! – la ligne juste d’agauche.org qui fait de la question de la guerre mondiale l’aspect principal, laissant les autres à leur misérabilisme syndicaliste et leurs intérêts démesurés pour des questions secondaires sans importance historique.

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Culture

L’essentiel du travail du réalisateur : sculpter dans le temps

Le cinéma allonge la vie.

Le cinéma est une forme artistique exceptionnelle, en ce qu’il parvient à synthétiser en un temps restreint, aisément accessible et marquant en raison de la primauté de la vue, une vie entière ou une partie significative de cette vie.

C’est du moins ce que devrait être le cinéma et ce qu’il n’est pas, puisque dans le capitalisme le cinéma montre des simulacres de vie, des moments faussement puissants de la vie, qu’il hache et compartimente les éléments clefs de la vie.

Le cinéma, dans le capitalisme, est racoleur, stupide, grossier, répétitif, totalement convenu et ainsi rassurant tout en manipulant les esprits à coups d’éléments « hors du commun » pour jouer sur les émotions.

Finalement, on retrouve là tous les éléments de la consommation capitaliste, mais particulièrement ramassés : le cinéma dans le capitalisme s’assimile à la télévision, avec une consommation passive et répétitive, une absence de profondeur où le spectateur meuble sa vie de manière fictive par procuration.

Le vrai cinéma présente lui la vie réelle de gens réels – il assume la réalité, il part et arrive au réalisme. D’où sa réelle profondeur psychologique s’appuyant sur une authenticité psychique.

Cette dimension réaliste du cinéma repose sur la réalité naturelle de l’être humain. Le cinéma n’est pas une abstraction culturelle produit par la technique, la technologie. Il est une expression artistique synthétique profitant de l’élévation des moyens de production permettant une élaboration plus perfectionnée.

Voici la manière avec laquelle Andreï Tarkovski expose cette réalité du travail artistique, de la formation d’une oeuvre, dans son rapport aux masses, dans Le temps scellé (Cahiers du Cinéma 2004 ou bien Philippe Rey 2014):

« Qu’est-ce qui conduit les gens au cinéma ? Pourquoi entrer dans une salle obscure où, deux heures durant, est projeté un jeu d’ombres sur un écran ?

Un besoin de distraction, une sorte de drogue ? Il y a certes des trusts et des organismes de loisirs dans le monde qui exploitent le cinéma et la télévision comme n’importe quelle autre forme de spectacle. Mais l’important n’est pas là.

Il faut partir du principe de base du cinématographe qui a quelque chose à voir avec le besoin qu’éprouve l’homme de maîtriser, de connaître le monde.

Je crois que la motivation principale d’une personne qui va au cinéma est une recherche du temps : du temps perdu, du temps négligé, du temps à retrouver.

Elle y va pour chercher une expérience de vie, parce que le cinéma, comme aucun autre art, élargit, enrichit, concentre l’expérience humaine.

Plus qu’enrichie, son expérience est rallongée, rallongée considérablement.

Voilà où réside le véritable pouvoir du cinéma, et non dans les stars, les aventures ou la distraction. Et c’est aussi pourquoi, au cinéma, le public est davantage un témoin qu’un spectateur.

Quel est alors l’essentiel du travail d’un réalisateur ?

De sculpter dans le temps. »

Il est évident que dans le capitalisme, les cinéastes ne sculptent pas dans le temps, bien au contraire : ils trichent avec le temps, ils le manipulent en apparence pour prétendre qu’il se passe quelque chose. Alors que tout ce qu’il y a à l’écran du cinéma capitaliste est vide, vide de sens, vide de signification, vide d’émotion, simplement manipulation, et trahison de la nature humaine.

Le Socialisme rétablira les fondements réels du cinéma et, à rebours d’une surproduction délirante strictement équivalente à la surproduction capitaliste de marchandises, permettra aux oeuvres vraies d’être produites et vues par les masses. Et sans aristocratisme aucun, mais en refusant que le cinéma soit occupé par des gens uniquement désireux de l’occuper pour s’occuper eux-mêmes, sur la base de leur subjectivisme.

Le Socialisme coupera les vivres et fera obstacle au subjectivisme, à l’individualisme, aux démarches faisant le jeu de la surproduction capitaliste noyant les consciences humaines, les êtres humains dans leur réalité émotionnelle !

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Guerre

Le Rojava menacé par l’invasion turque

Les Kurdes se retrouvent de nouveau seuls.

La guerre civile en Syrie commencée en 2011 a été le prétexte de la formation d’une zone sous contrôle kurde, le Rojava. Les anarchistes français en ont beaucoup parlé, certains allant même là-bas, en raison d’un romantisme idéaliste. Le Rojava serait un modèle de fédéralisme, de décentralisation, etc.

En réalité, à la suite de l’arrestation d’Abdullah Öcallan en 1999, le PKK (Partiya Karkerên Kurdistanê – Parti des Travailleurs du Kurdistan) a mis en avant un « confédéralisme démocratique », qui lui permettait d’ajuster de manière très pragmatique ses positions.

Ainsi, la mise en place du Rojava dans le cadre de la guerre civile en Syrie a profité d’un soutien américain et français, dans le cadre de la lutte contre l’Etat islamique, ainsi que d’une certaine neutralité de l’Etat syrien. Le tout sans avoir une idéologie faisant peur aux Etats occidentaux et permettant des campagnes de soutien en Europe occidentale.

Le souci est que désormais la Turquie est à l’offensive et que le Rojava est lourdement menacé. Voici la carte actuelle pour comprendre ce qu’il en est.

La partie en rose, la plus grande, montre ce que contrôle l’Etat syrien, avec l’appui russe. En blanc, il s’agit des « rebelles », à savoir les islamistes issus d’Al Qaïda. En vert tout en bas, c’est une zone sous contrôle américain avec des « rebelles » pro-américains servant de justification.

En vert pomme tout en haut, ce sont les zones du pseudo gouvernement intérimaire syrien, avec l’armée turque. En jaune, c’est le Rojava, et en orange, une zone contrôlée par les forces du Rojava ainsi que l’Etat syrien.

Comme le Rojava est dirigé par le Partiya Yekîtiya Demokrat (Parti de l’union démocratique), la version syrienne du PKK, la Turquie compte faire d’une pierre deux coups : liquider les forces kurdes et pratiquer une expansion.

Cela est également nécessaire afin d’avoir le champ libre pour la Grèce et de ne pas avoir à se préoccuper de cette question à moyen terme. Aussi, la Turquie a accusé les Kurdes de Syrie d’être responsables de l’attentat dans une rue piétonne d’Istanbul le 13 novembre 2022.

Pour cette raison, elle bombarde depuis le 20 novembre jusqu’à aujourd’hui la zone frontalière, en visant les forces kurdes. Cela a fait une soixantaine de morts déjà. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a également annoncé une opération sur le terrain. Sont clairement visées les villes de Tel Rifat et Manbidj, pour une pénétration terrestre sur 30 km, devant on le devine par la suite aboutir à une annexion.

La superpuissance américaine et la France sont vent debout contre cette décision. Les États-Unis ont envoyé un émissaire, alors que le ministre américain de la Défense Lloyd Austin affirmé sa « forte opposition » à une telle initiative.

Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a de son côté directement appelé son homologue turc Hulusi Akar le 29 novembre 2022. Voici le compte-rendu officiel :

« Paris, le 30 novembre 2022
Entretien de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, avec Hulusi Akar ministre de la Défense de la Turquie le 29 novembre 2022

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, s’est entretenu par téléphone avec son homologue turc, Hulusi Akar. Au cours de cette conversation, les ministres ont échangé leurs appréciations de la situation sécuritaire en Syrie et en Irak. Sébatien Lecornu a exprimé sa vive préoccupation à propos des frappes menées par la Turquie en Syrie et en Irak. Elles conduisent à une escalade des tensions qui menace la stabilité de la région et les progrès réalisés depuis plusieurs années par la Coalition internationale dans la lutte contre Daech.

Il a prévenu qu’une intervention, en particulier à l’Est de l’Euphrate, risquait de mettre en danger la sécurité des personnels de la Coalition opérant dans le Nord-Est syrien et de favoriser l’évasion de combattants de l’état islamique compromettant ainsi la sécurité de nos concitoyens en France. Il a enfin rappelé l’attachement de la France à la mission de lutte contre le terrorisme. »

Dans les faits, les forces kurdes ont dit avoir cessé leurs opérations contre l’État islamique, et les troupes américaines ont cessé leurs patrouilles dans la région.

Surtout, la Russie reste bien silencieuse… Car, on l’aura compris, elle a fait un deal avec la Turquie. Il y a ici un échange de bons procédés, avec la guerre en Ukraine à l’arrière-plan. La Russie pousse d’ailleurs la Syrie à renouer avec la Turquie, alors que ce pays a été un des principaux soutiens et organisateurs des rebelles islamistes.

Preuve de cela, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a affirmé qu’il était prêt à rencontrer le président syrien Bachar al-Assad. Une telle chose était encore inconcevable il y a quelques mois, voire quelques semaines.

C’est qu’on est en pleine bataille de repartage du monde. Et ici les Kurdes se retrouvent de nouveau trahis, comme il y a cent ans, lorsque le Traité de Lausanne de 1923 remplaçait le Traité de Sèvre de 1920. La Turquie de Mustafa Kemal obtenait alors des grandes puissances l’assurance que les Kurdes ne soient plus reconnus.

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Politique

« Ensemble! » soutient à 100% le régime ukrainien (et l’OTAN)

C’est du social-impérialisme.

Le mouvement « Ensemble! » correspond à une frange politique pas forcément connue, mais formant un vivier historique d’activistes politiques et associatifs.

C’est méconnu si on ne connaît pas ce milieu, mais cela représente (ou représentait…) des milliers de gens, du genre à faire du travail associatif, à lire Politis, à avoir un mode de vie imaginé comme différent et culturel (et consistant surtout à lire Télérama), à participer systématiquement aux élections dans une démarche « constructive » et « participative ».

« Ensemble! » fait ainsi partie de la NUPES mise en place par la France insoumise, mouvement par ailleurs très similaire. En bien des points, la différence est que là où La France Insoumise se la joue plébeien populiste, « Ensemble! »a une approche « bobo – syndicaliste – associatif « assumée.

Qui sont ces gens ?

On parle ici d’un mélange de la fraction « autogestionnaire » de la seconde gauche (celle anti-communiste) et de la fraction la plus post-communiste du PCF des années 1980. « Ensemble! » est ainsi né en 2013 de la fusion de plusieurs organisations, on va dire pour moitié PCF, pour moitié trotskiste/post-trotskiste.

On a les « Alternatifs », structure née en 1998 sur la base de « l’Alternative rouge et verte » née de la candidature du PCF « alternatif » Pierre Juquin à la présidentielle de 1988.

On a la Fédération pour une alternative sociale et écologique, en bonne partie sortie du PCF en 2008. La principale figure de « Ensemble! », Clémentine Autain, est d’ailleurs issue du PCF et de cette Fédération qui en est sortie.

On a également donc « Convergences et alternative », née en 2009 d’une scission du Nouveau Parti Anticapitaliste, tout comme la « Gauche unitaire » établie en 2013, également de la partie.

C’est un milieu socialement bobo ou relevant de la petite-bourgeoisie intellectuelle, ou alors fonctionnaire. Clémentine Autain vient d’ailleurs de tenir un mini meeting à la Bellevilloise, un lieu historique du PCF parisien des années 1930 devenu un temple bobo.

Le caractère urbain – petit-bourgeois intellectuel de ce mouvement devait immanquablement ressortir avec la guerre en Ukraine. « Ensemble! » c’est comme l’idéologie LGBTQ+ : cela se prétend transformateur, mais en réalité c’est un vecteur du capitalisme dans sa version modernisatrice.

« Ensemble! » soutient donc ouvertement le régime ukrainien, présenté comme démocratique, issu d’un mouvement populaire, le Maïdan en 2014, qui n’aurait nullement été manipulé par les États-Unis ni porté par les nationalistes ukrainiens.

« Ensemble! » dit pareillement qu’au grand jamais l’OTAN ni les États-Unis n’ont voulu cette guerre ni d’ailleurs démanteler la Russie. Tout serait simplement la faute de la Russie et de Vladimir Poutine, et donc il faut soutenir les sanctions de l’Union européenne, et il en faudrait même plus, et il faut soutenir l’envoi d’armes par l’OTAN, et il en faudrait même plus.

C’est très parlant, c’est une lecture (dont on a un exemple ici) qui dédouane entièrement l’Occident capitaliste de tout militarisme, de toute tendance à la guerre. Cet Occident serait simplement à réformer, mais sa base ne serait pas pourrie.

C’est hypocrite et c’est surtout du social-impérialisme. En paroles c’est social, en réalité ce social s’appuie sur les capacités du capitalisme français à profiter de l’ordre mondial.

Ce que dit « Ensemble! » dans les faits, c’est que le capitalisme français peut faire ce qu’il veut à l’extérieur du moment qu’il ne touche à rien à l’intérieur. Peu importe la guerre en Ukraine, dont les seuls protagonistes seraient les Russes et les Ukrainiens, du moment qu’on peut encore « critiquer » le capitalisme en France.

Et pour ce faire « Ensemble! » soutient son propre pays, son propre régime, pour qu’il continue de vaincre et de laisser des places chaudes à des gens comme eux (et aux autres gens comme eux, comme le NPA, ATTAC, etc. puisque c’est le même milieu).

Ce que fait « Ensemble! » est ignoble, mais si on regarde bien c’est la position de l’ensemble de la Gauche française. Même ceux qui dénoncent la position, par ailleurs ridicule, de « Ensemble! » font pareil dans les faits, en ne parlant pas de la guerre de manière régulière et systématique, en ne dénonçant pas de manière prolongée l’armée française, en n’expliquant pas qu’on va droit à la troisième guerre mondiale.

Qui ne dit mot consent. Quand on fait de la guerre en Ukraine une anecdote ou une chose bien secondaire, quand on se contente d’émettre éventuellement des positions critiques sur ceci ou cela, qu’ont dit les autres sur la guerre en Ukraine, on converge avec « Ensemble! », on s’aligne sur son propre capitalisme, sur l’OTAN, sur la superpuissance américaine.

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Restructurations économiques

Le FMI demande la privatisation de l’éducation française

Les bases culturelles pour ça sont déjà posées.

Dans son rapport sur la France, le FMI explique la chose suivant le 21 novembre 2022.

« Remédier à la faiblesse des résultats scolaires et aux inefficiences des dépenses d’éducation pourrait contribuer à améliorer les compétences de la population active. 

Le niveau d’instruction et les résultats des élèves en France sont relativement faibles par rapport à leurs pairs, tandis que les dépenses sont relativement élevées, laissant entrevoir des possibilités de réaliser des gains d’efficience. Il pourrait s’agir notamment de rééquilibrer les dépenses excédentaires en faveur du deuxième cycle du secondaire vers l’enseignement primaire et de rationaliser les dépenses relatives au personnel non enseignant.

Pour continuer de réduire ces déficits de résultats en matière d’éducation, il conviendrait en outre d’améliorer la formation des enseignants et de prévoir une rémunération en fonction des résultats, compte tenu du faible niveau des salaires des enseignants par rapport à leurs pairs.

Les disparités liées au statut socio-économique pourraient être réduites en incitant les enseignants à travailler dans des zones défavorisées, notamment à travers la rémunération. Donner davantage de responsabilités et d’autonomie aux administrations scolaires pourrait favoriser les innovations pédagogiques. »

Ce que demande là le Fonds monétaire international n’a rien d’original, puisque depuis trente ans les bases pour en arriver là sont établies par les gouvernements successifs. La décentralisation des collèges et des lycées, avec des proviseurs choisissant eux-mêmes les professeurs, est un objectif tout à fait clair du capitalisme. Pareillement, la rémunération au « mérite », tant des professeurs dans un établissement que des établissements eux-mêmes par l’État, est considéré comme une nécessité concurrentielle.

Naturellement, tout cela est présenté comme une « amélioration », pas une mise en concurrence ; néanmoins, l’idée de compétition est souvent soulignée, même si masquée (comme ici avec les « innovations pédagogiques »).

Et s’il n’est pas parlé de privatisation, c’est parce que la décentralisation est une privatisation masquée : formellement, il n’y aura pas privatisation, mais davantage d’autonomie. La privatisation aura lieu tout de même, mais parallèlement à la décentralisation, comme effet secondaire si on veut.

Tout cela apparaît comme inéluctable non seulement de par la force du capitalisme, mais également de par le caractère réactionnaire des enseignants. Si depuis 1981 on nous vend que les enseignants sont de gauche, en réalité ils sont culturellement de droite. Avec leurs démarches engagées mais bornées et toujours agressivement hiérarchiques, du moins clairement anti-démocratiques, les enseignants ont dégoûté les élèves ou les ont écrasés.

Il faut ajouter à ça les contenus totalement anti-classe ouvrière, anti-Gauche historique qu’on trouve dans toutes les matières. Et par là il ne faut pas seulement entendre les cours d’Histoire : il faut aussi entendre la géographie, qui est vu par un prisme mercantile capitaliste. Il y a le français où toutes les valeurs post-modernes sont portées au firmament. Il y a la physique qui professe l’idéalisme et le hasard, il y a les mathématiques qui sont présentées comme une vérité en soi.

Tout cela est invisible bien entendu pour qui ne voit que la forme et ne cherche pas la signification du contenu des cours… et inversement. L’école, en France, c’est l’ennui et le par cœur, ou bien du temps qui passe de manière chaotique et qui est perdu.

Cela fait que la mise en compétition passe comme un lettre à la poste, comme le montre l’instauration sans opposition aucune de Parcoursup, la plateforme de sélection pour l’inscription aux études supérieures lorsque les élèves sont en terminale.

Il faut également mentionner l’effondrement général du niveau, dans toutes les matières… Mais naturellement, de manière beaucoup plus relative dans les bons lycées, le plus souvent privés, alors que l’ensemble des couches supérieures de la bourgeoisie française envoie ses enfants faire des études post-bac en Angleterre ou aux États-Unis (soit une dépense de 40-100 000 euros par an par enfant).

Il y a lieu de prendre conscience de cette réalité, c’est important pour cesser de croire les fictions syndicales et réformistes sur « l’école de la République ». Celle-ci est en décomposition complète, en comptant qu’elle ait jamais existé en tant que tel.

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Restructurations économiques

10,6% d’augmentation en un an des prix des produits de grande consommation

La bourgeoisie récupère ses profits.

L’inflation n’avait pas jusqu’à présent été aussi élevée en France que dans la plupart des autres pays européens. Cette fois, c’en est bien fini. Si les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution (les hypermarchés et les supermarchés) n’avaient pris que 0,3% d’inflation au moins de septembre, en octobre cela a été de 1,5%.

Sur un an, cela donne 10,6% d’inflation. Pour les prix hors grande distribution (supérettes et épicerie du coin), l’inflation est la même, après avoir pris 1,3% au mois d’octobre.

L’inflation est naturellement très inégale selon les produits. Il est intéressant ici de voir que l’un des fameux arguments contre le véganisme comme quoi cela coûte cher tombe totalement à l’eau, puisque c’est la viande qui voit ses prix exploser.

Cela étant, c’est vrai également des produits simili-carnés, une bonne occasion donc de quitter les produits d’alimentation transformés pour retourner aux mélanges céréales – légumineuses historiquement développés par les peuples (pain et lentilles, semoule et pois chiches, maïs et haricots rouges, sésame et pois chiches, etc.).

Car l’inflation touche en fait tous les produits transformés industriellement. Plus le produit est transformé, plus il va coûter cher. La faute en est d’une part à la pénurie provoquée dans de nombreux domaines par la pandémie, d’autre part par la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine…

Ces deux aspects en formant un troisième, par synthèse : la bourgeoisie compte rattraper ses profits aux dépens des travailleurs consommateurs.

Si au 19e siècle en effet, la base consommatrice était étroite, ce n’est pas le cas au début du 21e siècle. Au 19e siècle, le bourgeois était gros, les travailleurs minces ou maigres. Au début du 21e siècle, c’est le contraire. Au bourgeois les produits de qualité, aux travailleurs la quantité médiocre. Le bobo va de temps en temps au resto, le travailleur tout le temps au McDo ou au kebab.

L’élévation des prix permet ainsi un rattrapage des profits par la consommation. Naturellement, la perte de valeurs de l’argent joue également pour ceux qui en ont beaucoup. Sauf que ceux qui ont beaucoup d’argent en font quelque chose, alors que ceux qui en ont peu ne le peuvent pas.

On notera d’ailleurs ici un aspect important qu’il reste à étudier. Il y a la légende selon laquelle acheter un logement coûte moins cher, à terme, que payer un loyer. Cela est entièrement faux. Les études économiques à ce sujet sont formelles. Elles ne sont évidemment pas étalées dans la presse ni les médias, et pour cause ! Le logement est en fait un vecteur de consommation capitaliste et de sens de la propriété absolument essentiel au capitalisme moderne.

Cette légende profite en réalité de la constatation de l’élévation massive des prix des logements depuis une quinzaine d’années. Mais outre que c’est une période particulière qu’on ne peut pas généraliser, cela profite concrètement aux propriétaires de dizaines, de centaines, de milliers de logements, pas au propriétaire individuel. Ce dernier voit son logement prendre de la valeur, mais s’il le revend et qu’il veut en prendre un autre, c’est le serpent qui se mord la queue.

De plus, les gens oublient systématiquement l’apport financier massif de papa-maman dans l’opération d’achat du logement. Et ils sont également contents d’être propriétaire, au point d’oublier psychologiquement les frais divers et variés.

Il y a là un aspect important de la question de l’inflation, parce que les « classes moyennes » vont payer plein pot dans la période actuelle, l’inflation visant à les appauvrir pour rattraper les profits capitalistes perdus avec la crise ouverte en 2020.

L’inflation correspond à la polarisation de la société entre bourgeoisie et prolétaires, avec la prolétarisation de la petite-bourgeoisie si massive encore en France. On n’en est qu’au début du processus. Les faits sont là toutefois : ce processus est enclenché.

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Guerre

Les eurodéputés français de « gauche » aux ordres de l’OTAN votent contre la Russie « terroriste »

A chaque vote au Parlement européen, ils s’alignent sur l’OTAN !

Les eurodéputés de « gauche » sont de bons petits soldats aux ordres de l’OTAN. Qu’ils soient socialistes, de LFI, ou encore d’EELV, ils sont tous sur la même ligne : il faut converger avec le capitalisme occidental, voter selon les exigences de l’OTAN et éventuellement en paroles se positionner comme le moins pire dans le genre.

On avait déjà vu cela cet été avec la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Et ce n’est pas mieux à l’Assemblée nationale où début octobre le régime ukrainien a été unanimement salué.

Là, on a ça de nouveau avec le vote le 23 novembre 2022 d’une résolution au Parlement européen affirmant que la Russie est un « État promoteur du terrorisme », qu’elle a recours aux « moyens du terrorisme », qu’elle doit être isolée de manière encore plus grande, que ses institutions faisant de la « propagande » doivent être fermées, qu’un neuvième paquet de sanctions doit être mis en place.

494 eurodéputés ont voté en faveur de la résolution, 59 contre, 44 se sont abstenus.

Sur ces 59 contre, 27 sont d’extrême-Droite, 10 sont non inscrits mais en fait d’extrême-Droite ou populistes.

12 sont socialistes ou « démocrates », mais avec naturellement aucun français. 10 sont de Gauche assumée dans une orientation hostile au capitalisme, avec également là aucun Français bien entendu.

N’ont pas participé au vote 6 députés d’extrême-Droite, 6 non inscrits, 3 conservateurs, 1 libéral, 9 socialistes ou démocrates, 4 écologistes, ainsi que 15 députés considérés comme les plus à Gauche.

Là on trouve des Français, puisqu’on a les députés La France Insoumise, avec Manon Aubry, Leïla Chaibi, Marina Mesure (qui a remplacé Manuel Bompard au Parlement), Younous Omarjee, Anne-Sophie Pelletier. Emmanuel Maurel n’apparaît pas dans la liste, il était sans doute absent.

Vu le positionnement du PCF, si celui-ci avait eu des eurodéputés, cela aurait été cette même attitude de « critique » passive, de refus de la confrontation avec la propagande militariste de l’OTAN.

Cette dernière peut bien entendu compter sur les socialistes et les écologistes français, qui sont objectivement des valets américains de manière systématique.

Les députés EELV et affiliés ont naturellement voté pour la résolution : François Alfonsi, Benoît Biteau, Damien Carême, David Cormand, Gwendoline Delbos-Corfield, Karima Delli, Claude Fruffat, Yannick Jadot, Michèle Rivasi, Caroline Roose, Mounir Satouri, Marie Toussaint.

Pareil pour les députés socialistes et affiliés : Éric Andrieu, Raphaël Glucksmann, Sylvie Guillaume, Aurore Lalucq (Pierre Larrouturou et Nora Mebarek étant a priori absents).

Cela rappelle deux choses. Tout d’abord, la Gauche gouvernementale n’est pas capable d’autre chose que de s’aligner sur le capitalisme occidental. Ensuite, que la Gauche populiste – La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon assume ce terme – n’est pas capable d’autre chose que de converger avec le capitalisme occidental.

On est ici dans la corruption par le capitalisme occidental, dans la soumission aux institutions, aux valeurs dominantes, au style de vie dominant, et finalement à l’OTAN, à la superpuissance américaine.

On est en dehors des valeurs de la Gauche historique, du refus de la guerre, du combat contre la guerre, de la dénonciation des menées militaristes, de l’opposition au bourrage de crâne.

Tant la Gauche gouvernementale que la Gauche populiste ne servent à rien, ou alors ils trompent, ils mentent, ils endorment les gens. On va à la guerre, et ces gens font comme si de rien n’était, comme si tout cela était somme toute bien secondaire !

C’est criminel et il est évident que lorsque les choses vont mal tourner, très mal tourner, on ne pourra pas compter sur eux.

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Guerre

La Turquie prête à mettre le feu

Elle va se lancer.

Agauche.org avait annoncé la guerre en Ukraine dès avril 2021 et il a déjà été expliqué ici également que la Turquie allait être le détonateur régional d’un conflit. Nous voilà rentré indubitablement dans la phase finale.

Tout comme la Russie devait y aller ou se replier de manière massive, la Turquie doit abattre ses cartes ou passer son tour.

Quelle est la particularité de la situation ?

Factuellement, les propos et menaces militaristes contribuant à l’accroissement de la tension n’ont jamais cessé depuis des mois maintenant entre la Turquie et la Grèce. Sauf qu’elles ont désormais atteint un point de non-retour avec l’intégration le 11 novembre 2022 de la République turque de Chypre du Nord comme Etat observateur auprès de l’Organisation des États turques.

Cela correspond à une reconnaissance de facto par les pays liés à la Turquie des institutions de la partie de Chypre occupée militairement par la Turquie. On parle ici de l’Azerbaïdjan (en pleine visée sur l’Arménie), du Kazakhstan, du Kirghizstan et de l’Ouzbékistan.

La République turque de Chypre du Nord est en effet entièrement isolée diplomatiquement depuis sa mise en place à la suite du conflit gréco-turc de 1974; si elle fait partie de l’Organisation de la coopération islamique, c’est comme « Etat turc de Chypre », sans reconnaissance formelle.

Désormais la situation bascule, avec une reconnaissance « stratégique » qui vise à précipiter les choses. Il y a, à l’arrière-plan de cette reconnaissance « turque », la future « demande » de la République turque de Chypre du Nord à rejoindre la Turquie.

Cette question de Chypre, véritable détonateur régional, a déjà été annoncée comme telle ici en juillet 2022.

Bien entendu la Grèce ne compte pas du tout accepter une telle chose, dénonçant immédiatement, avec l’appui de l’Union européenne, la reconnaissance de ce « pseudo État ». La Grèce profite ici de l’appui européen, car la Turquie est considérée comme une puissance montante devenant concurrente.

La France est à ce titre, depuis octobre 2021, membre d’une alliance avec la Grèce, dans le cadre d’accords secrets.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a évidemment pas raté l’occasion de répondre publiquement à la Grèce à la suite de cette question chypriote. Il a repris son antienne du « Nous pouvons venir en une nuit », qui avait défrayé le début du mois de septembre 2022.

Il a ajouté à ces propos, le 16 novembre 2022, que la Grèce ne faisait pas le poids, qu’elle ferait bien d’apprendre de l’histoire, qu’elle ferait bien de rester à sa place, que militariser les îles proches des côtes turques ne les protégerait pas de la colère turque.

Ces propos correspondent à ceux des médias turcs qui chauffent à blanc l’opinion publique. Le rapprochement étroit de la Grèce avec la superpuissance américaine, avec notamment l’annexe américaine qu’est devenu le port grec d’Alexandroupoli dans le nord de la mer Égée, force la main à la Turquie.

Son armée a réalisé pas moins de 8 880 violations de l’espace aérien grec entre janvier et octobre, soit avec des avions. Le chiffre était de 2 744 pour la même période en 2021. 

La Grèce n’est pas en reste, assumant la même rhétorique nationaliste et militariste. Le chef des forces armées grecques, le général Konstantinos Floros, expliqué le 21 novembre, à l’occasion du jour de l’armée grecque, que :

« Quiconque commettrait l’erreur fatale de « venir [de nuit] » doit savoir par avance qu’il fera face à un nouveau Marathon, un nouveau Salamine, un nouveau 731. »

C’est là une allusion :

– à la bataille de Marathon, où Athènes a vaincu une opération de débarquement de la part de la Perse en 490 avant notre ère ;

– à la bataille de Salamine, où les cités-États grecques ont vaincu la Perse lors d’une bataille navale en 480 avant notre ère ;

– à la bataille sur la colline dite 731 (car de 731 mètres de hauteur), où l’armée italienne a été totalement défaite en 1941 par l’armée grecque, perdant 8 000 soldats (contre 1 000 pour la Grèce), dans dans un terrible affrontement le plus souvent au corps au corps et avec tellement de bombardements que la colline a perdu deux mètres en hauteur.

En bleu : zone revendiquée par la Grèce et Chypre
En rouge : zone revendiquée par la Turquie

On est dans la narration justifiant le conflit, avec chacun des protagonistes jouant sur le plus de tableaux possibles, tant symboliques que concrets. Ainsi, la Turquie se lance également dans une mobilisation en Syrie. Le 20 novembre 2022 a été commencée  l’opération « Griffe Epée » contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et les Unités de Défense du Peuple (YPG), au moyen de 70 avions et drones, pénétrant l’Irak jusqu’à 140 km et la Syrie jusqu’à 20 km.

Le président turc a prévenu d’ores et déjà que les tanks et les troupes suivraient, annonçant donc une expansion militaire turque dans la région.

Il a également, en marge de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football au Qatar, rencontré le président égyptien Abdelfattah El-Sisi. C’est là un fait majeur, car le régime égyptien actuel est né du renversement du régime pro-Frères musulmans, dont le Qatar et la Turquie sont les grands représentants étatiques.

Il y a à l’arrière-plan un « gel » de la question libyenne, où les deux pays s’affrontent.

On notera que la Grèce est de la partie par ailleurs. Le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias s’est rendu le 17 novembre 2022 à Tripoli pour rencontrer le président du Conseil présidentiel Mohammad el-Menfi, avant de se rendre à Benghazi, capitale rebelle. Mais comme la ministre libyenne des Affaires étrangères Najla el-Mangouch l’attendait à l’aéroport, il est directement reparti pour Benghazi.

La raison est qu’il ne veut pas reconnaître le gouvernement basé à Tripoli et que Najla el-Mangouch est la responsable ayant signé, avec le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, l’accord avec la Turquie concernant l’exploration des hydrocarbures.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a également de son côté, le 22 novembre 2022, réaffirmé la continuation des explorations turques d’hydrocarbures et dénoncé l’Union européenne comme soutenant la Grèce et Chypre, parlant de provocations grecques, d’une situation dangereuse pour les Turcs vivant en Grèce dans les régions de Thrace et du Dodécanèse.

On aura compris que ces deux dernières régions sont visées par la Turquie…

Le même jour, le ministre turc de la défense, Hulusi Akar, a expliqué que la Turquie n’accepterait aucun fait accompli à Chypre, en Mer Égée et en Mer Méditerranée.

On est là véritablement dans des contradictions antagoniques et que tout est chauffé à blanc, pour parvenir au point de non-retour. C’est le même scénario qu’avant la guerre en Ukraine.

Et ce qui s’ensuit, c’est la guerre – menée ou non, le résultat sera le même. La Turquie est à la croisée des chemins : pour se poser comme puissance, elle doit agir maintenant ou jamais.

Soit elle assume son expansion, soit elle se ratatine. la Turquie est ici une seconde Russie.

Un jalon de plus va se poser, dans un sens ou dans un autre, dans la bataille pour le repartage du monde.

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Culture

Playlist son et mélodie

Le 21e siècle est lancé.

Si on porte son attention sur l’évolution de la musique depuis 20 ans, on peut voir un phénomène qui se produit en deux temps : l’alliance du son et de la mélodie.

Les progrès technologiques ont permis une démocratisation de l’accès à la musique. Jusqu’au MP3, c’était le temps des vinyls et des cassettes audio. Si on ne voulait ou pouvait pas acheter, il fallait trouver quelqu’un qui avait ce qu’on cherchait pour procéder à une fastidieuse copie.

Encore fallait-il trouver une telle personne, et encore fallait-il vouloir chercher. Et comment découvrir les choses qui plus est, dans un tel parcours semé d’embûches?

Cela forçait à chercher, d’où une petite minorité très pointue musicalement, même s’il faut relativiser car les productions musicales n’étaient pas encore complètement formatées par les majors.

Par la suite les majors ont dominé et le MP3 a amené un goinfrage de musique sans précédent, débouchant sur le culte du « son » qui caractérise largement la jeunesse des années 2010. On n’écoute plus de la musique, mais du son. C’est un arrière-plan écouté en bruit de fond.

Ce qui est intéressant en ce début des années 2000, c’est de voir comment la démocratisation technologique a fait émergé des talents qui, élevant le niveau, réaffirment la mélodie, la combinant à un son travaillé.

La mélodie gagne en envergure avec le son, le son y gagne une âme. Le processus est loin d’être terminé, mais il a déjà des marqueurs, dont la playlist suivante se veut une tentative de témoignage.

On notera que les femmes sont à la pointe, souvent dans une tonalité jazzy de la recherche de complexité ; cependant, ce sont des figures tourmentées – décadentes – consommatrices comme Travis Scott et la formation Migos qui ont joué un incontournable rôle historique (particulièrement contradictoire) en élevant puissamment la qualité et la complexité sonique.

Pour l’instant, c’est en effet le côté électro qui est le vecteur de la combinaison son et mélodie.

Voici la playlist en lecture automatique, suivie de la tracklist :

1. Fazerdaze – Winter (2022)
2. Kilo Kish – Obsessed (2017)
3. Yaya Bey – Keisha (2022)
4. KeiyaA – I! Gits! Weary! (2020)
5. SZA – Babylon (2014)
6. Amber Mark – Conexão (2018)
7. Yaya Bey – Reprise (2022)
8. Robert Glasper Experiment – « Fever » featuring Hindi Zahra (2022)
9. Bruno Mars, Anderson .Paak, Silk Sonic – Leave the Door Open (2021)
10. Amber Mark – Love me right (2018)
11. Pharrell Williams, Travis Scott – Down In Atlanta (2022)
12. M.I.A. – Bad Girls (2012)
13. Travis Scott – SICKO MODE ft. Drake (2018)
14. Migos – Roadrunner (2021)
15. Travis Scott – Skyfall ft. Young Thug (2014)

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Écologie Guerre

La Chine bouscule déjà la COP27

Et ce sans attendre.

A peine la COP27 terminée le 20 novembre 2022 que la Chine, le 21 novembre 2022, la bouscule déjà. Ce qu’elle explique correspond à ce qui est expliqué dans notre présentation de la COP27 : les contradictions entre les blocs prime, l’agenda des décisions dépend entièrement de cela.

Que dit la Chine ? Tout d’abord, elle tient son discours habituel comme quoi le progrès avance dans le monde, que les choses se développent, qu’il faut que ça continue, etc. C’est son idéologie à prétention pacifique reflétant sa ligne de marche forcée dans le capitalisme mondial.

Puis, au sein de ce discours, elle lance une pique, visant à se présenter comme à la tête d’un bloc, tout en défendant ses propres intérêts. Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a ainsi expliqué que « La gouvernance mondiale sur le climat a encore un long chemin à parcourir ».

Sous-entendu : rien ne se fera sans nous, et encore cela se produira-t-il selon nos propres manières.

La Chine souligne trois points précis, qui reviennent au même. Tout d’abord, les pays développés doivent payer pour les dégâts climatiques et ils rechignent. Ensuite, la COP27 parle de la mise en place de fonds pour les « pertes et dommages » pour les victimes de ces dégâts, mais cela reste virtuel.

Enfin, hors de question que la Chine soit considérée comme un pays développé et mette la main à la poche.

Et, dans la foulée, elle souligne qu’elle contribue à la coopération Sud-Sud, se présentant comme le fer de lance des pays en développement, leur meilleur défenseur.

C’est là la stratégie impérialiste chinoise : se placer en numéro 1, en superpuissance hégémonique, et dire aux pays du tiers-monde qu’ils profiteront de renversement de l’ordre mondial.

C’est un appel du pied au moyen de la question du climat et de la COP27, et il en va ainsi désormais de tout. Le conflit sino-américain pèse sur absolument tout et force à ce que les choses penchent dans le sens d’un bloc. Et cela va aller en empirant.

Ne serait-ce que l’année dernière, la Chine n’aurait jamais osé exprimer un tel avis international, de manière isolée, en faisant en sorte que cela se sache.

C’est un symbole essentiel de comment la Chine commence à abattre ses cartes, comment elle rentre ouvertement dans le grand jeu historique. C’est un événement littéralement historique, d’une portée immense. Dans quelques années, on dira de cette expression chinoise au lendemain de la COP27 qu’elle a été le premier pas ouvert franchi par la superpuissance chinoise.

Un acte nouveau se joue dans ce drame historique, par conséquent.

Et le rôle de la Gauche historique est de trouver un espace indépendant dans ce conflit sino-américain pour parvenir à une rupture révolutionnaire pour le socialisme – afin d’exprimer de la lumière dans un monde tombant dans l’obscurité de la troisième guerre mondiale.

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Guerre

Le CEMA Thierry Burkhard assume la guerre au Sénat

L’armée française est subordonnée à la superpuissance américaine et relève de la tendance à la guerre.

L’anglais est assumé jusqu’au symbole du Groupe aéronaval français, constitué autour du porte-avions Charles De Gaulle

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2023, le Sénat a interrogé le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées, ainsi que le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre. Cela s’est déroulé le 19 octobre 2022, mais cela vient d’être rendu public.

Voici les passages les plus importants de ce que dit le « CEMA », Thierry Burkhard, ce que disant Pierre Schill concernant surtout la modernisation de l’armée de terre.

Le soutien à l’armée ukrainienne est assumé, tout comme la ligne de mise à niveau de l’armée française pour un conflit de haute intensité. La subordination à la superpuissance américaine est complète.

On notera particulièrement les propos suivants : « En Afrique, nous faisons face à un adversaire installé, puissant et qui donne l’apparence de jouer dans le sens de l’histoire. » Cela implique que le CEMA est tout à fait conscient de la ligne russe – russo-chinoise en fait – de prétendre représenter le tiers-monde contre l’ordre mondial imposé par les pays développés.

C’est à cela qu’on voit qu’il y a ce qui est dit publiquement, comme narration pour militariser… Et comment derrière, de manière masquée, il y a la logique des blocs, dans le cadre de l’affrontement sino-américain au coeur de la troisième guerre mondiale ayant pratiquement commencé avec la guerre en Ukraine.

Sur la guerre en Ukraine et le soutien au régime ukrainien de l’armée française.

« Le 24 février dernier constitue un point de bascule et l’expression « changement de monde » n’a jamais été si vraie. Depuis, le monde ne s’est pas stabilisé et il est très difficile de cerner l’ampleur et la diversité des défis qui nous attendent dans les années à venir. Les incertitudes restent nombreuses. Par conséquent, il nous faut réinterroger nos choix, nos modes d’action, nos organisations pour s’assurer qu’ils demeurent pertinents, avec une nouvelle grille de lecture « post-24 février ».

Cette situation n’est pourtant pas une surprise : les Armées avaient anticipé la possibilité d’un retour de guerre entre États. Pour autant, une forte accélération est en train de se produire, qui dépasse d’ailleurs le strict cadre européen, et qu’il nous faut prendre en compte pour ne pas rester sur le bord du chemin (…).

En Ukraine, la Russie développe une stratégie de long terme. Certes, elle est en difficulté, mais cela ne suffit pas à la détourner de ses objectifs. C’est pourquoi nous ne devons pas nous démobiliser. Le rappel des réservistes, qui a été engagé par la Russie, ne correspond pas à une mobilisation générale : pour autant, les effectifs, même s’ils sont très importants – de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’hommes -, ne changeront pas immédiatement le cours des opérations mais cela montre que les Russes réfléchissent à la suite des opérations au-delà de l’hiver.

L’hiver, en ralentissant les opérations militaires, sera, d’une part, une période critique dans le champ des perceptions et, d’autre part, une période difficile pour la cohésion du camp occidental, car les leviers énergétiques seront utilisés à plein par la Russie.

Les Russes ont aussi effectué des bombardements sur des cibles à usage dual – installations électriques, centres de distribution d’eau -, qui ne visaient pas à affaiblir l’armée ukrainienne mais à atteindre d’abord la résilience de la nation ukrainienne à l’approche de l’hiver.

L’enjeu pour la France est d’affirmer sa crédibilité militaire sur le haut du segment.

Notre engagement s’est traduit, dès le premier jour de la guerre en Ukraine, par le déploiement de nos avions Rafale au-dessus de la Pologne pour défendre le flanc Est de l’Otan, par le redéploiement du groupe aéronaval, deux jours après, au-dessus de la Croatie, pour effectuer des patrouilles de défense aérienne, et par le déploiement du bataillon Aigle en Roumanie, sept jours après le début des opérations russes en Ukraine, dans le cadre de l’échelon d’intervention d’urgence de l’Otan.

La France, conformément à la volonté du Président de la République, est désormais « Nation-cadre » du dispositif de réassurance de nos alliés de l’Otan en Roumanie.

Dans une logique d’adaptation dynamique de notre dispositif, nous avons décidé de mobiliser des capacités dites de « haut du spectre » – chars Leclerc, véhicules blindés de combat de l’infanterie (VBCI), systèmes d’artillerie – lors de la relève à l’automne prochain.

Nous déploierons en Lituanie des Rafale, pour la première fois, dans le cadre de la mission de police du ciel des pays baltes, à partir du mois de décembre prochain pour une durée de quatre mois. Nous mettons des navires français à disposition des task groups de l’OTAN. Nous maintenons notre présence militaire en Estonie, au titre de la réassurance et de la solidarité stratégique.

Les enjeux sur le flanc Est de l’OTAN doivent s’inscrire dans le cadre d’une stratégie de sécurité européenne pour les dix prochaines années, car, quelle que soit l’issue du conflit en Ukraine, nous devrons « cohabiter » – avec la Russie.

Nous devons aussi poursuivre notre appui à l’Ukraine. En plus des cessions de matériels, la formation est un besoin important, auquel la mission d’assistance militaire de l’Union européenne (EUMAM) permettra de répondre. La France y contribuera (…).

Les armées fournissent du matériel répondant d’abord au besoin des forces armées ukrainiennes : des équipements individuels du combattant, des armements pour assurer leur défense et les munitions associées.

Mais surtout, la France offre des capacités opérationnelles, et pas seulement du matériel. Nous aidons le partenaire à mettre en place un maintien en condition opérationnelle (MCO) durable, en lien avec les industriels. Nous avons également mis en place des hotlines pour permettre aux Ukrainiens de s’approprier rapidement et durablement les équipements cédés. Nous nous impliquons aussi dans la mission européenne d’assistance militaire, avec un important volet « formation et entraînement». »

Sur la militarisation de l’Etat français dans la perspective de la guerre pour le repartage du monde

« Le terme d’« économie de guerre » ne suffit pas à dire tout ce qu’il recouvre. C’est non seulement la manière dont l’industrie se donne les capacités de soutenir une guerre, notamment en matière de production, mais aussi ce que les Armées et la Direction générale de l’armement (DGA) envisagent en matière de simplification, de la spécification des besoins et des normes aux processus de qualification et de recette. Il faut donc une action conjointe. Les industriels sont confrontés à une situation nouvelle, car le monde a changé.

Les industriels doivent donc s’interroger, par exemple sur la capacité à faire des stocks ou à produire rapidement. Quant aux Armées, elles doivent rester à l’écoute des industriels pour faciliter l’établissement d’une réponse crédible techniquement et militairement, dans un délai adapté, à nos besoins. L’état-major des armées et la DGA mènent un travail collectif sur la question, non pas contre les industriels mais avec eux. Il s’agit bien d’une responsabilité collective et partagée.

S’agissant de la Défense Sol-Air, pendant vingt ans, nous avons opéré sur des théâtres où il n’y avait pas de menace aérienne, de sorte que nous avons favorisé d’autres domaines ; ces choix étaient cohérents avec le contexte des engagements. Nous ne sommes pas pour autant démunis en la matière, puisque nous disposons de différents systèmes – Mamba, Crotale et Mistral.

Mais le contexte a changé, et il n’est pas exclu pour l’armée de Terre ou pour la Marine de devoir intervenir dans un environnement où la supériorité aérienne n’est plus durablement acquise.

La menace des drones est également prise en compte dans la défense sol-air multicouches. Les appareils sont très divers, allant de plusieurs tonnes jusqu’aux nanodrones, dont les modèles évoluent très rapidement de sorte que nous devons nous montrer agiles. Il est prévu que nous améliorions notamment le système Mamba et nous envisageons de remplacer le Crotale par le missile d’interception, de combat et d’auto-défense (MICA VL). Tout cela est pris en compte dans la LPM en cours et dans les travaux préparatoires de celle à venir.

En matière de transition énergétique, un certain nombre de véhicules de servitude et de service sont déjà passés à l’électrique. D’un point de vue opérationnel, si la capacité à transporter et à stocker l’énergie électrique fait encore défaut, une réflexion est néanmoins en cours, car l’électrique présente des avantages, notamment en matière de signature thermique ou acoustique (…).

A propos de Djibouti : c’est un point d’appui stratégique pour la France, plus important encore avec le retour de la compétition entre puissances, Pour ses dirigeants, la relation avec la France est considérée comme stabilisatrice. Nous devons donc discuter avec eux, en prenant en compte à la fois nos besoins et leur stabilité.

L’innovation reste un axe de très grande importance et l’attention portée aux crédits d’étude sera maintenue. Parmi nos grandes priorités je citerai la lutte anti-drones, l’hypervélocité et les fonds marins, ainsi que le développement d’armes à énergie dirigée.

Comment gagner la guerre des coeurs et des esprits en Afrique ? Nous la menons depuis longtemps, mais l’on voit bien que la guerre dans le champ des perceptions prend encore plus d’importance avec les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, notamment au sein de la jeunesse africaine. La France doit donc repenser sa présence, mais cela ne relève pas seulement des Armées.: Il y a encore quelques dizaines d’années, des centaines de coopérants civils étaient présents en Afrique aux côtés des militaires, dans des domaines divers, sport, éducation, culture, développement, etc. Ce nombre a considérablement diminué, alors que les forces armées n’ont pas réduit leur présence dans les mêmes proportions ; cela explique peut-être en partie l’évolution de l’image de la France. La « reconquête des coeurs et des esprits » passe par un effort interministériel coordonné, mais aussi sans doute par une moindre visibilité des armées. Après Barkhane, l’objectif est bien de renouveler notre mode de présence en Afrique, et cela nécessite l’accord et l’engagement de tous.

Pour ce qui concerne les Armées, nous devons consacrer des moyens aux stratégies d’influence. Un exemple est la formation en France des militaires étrangers. Dans le passé, nous avons beaucoup fait venir des stagiaires, mais, depuis quinze ou vingt ans, nous privilégions les formations sur place (…).

En Afrique, nous faisons face à un adversaire installé, puissant et qui donne l’apparence de jouer dans le sens de l’histoire.

Le combat n’est pas perdu pour autant, nous devons être présents dans la guerre des narratifs et dans le champ des perceptions. De l’autre côté, toute une galaxie d’acteurs est conduite par des proxys russes disposant de moyens que nous n’atteindrons jamais : des dizaines de milliers d’individus, dont au moins un millier d’opérateurs entièrement consacrés à l’Afrique. Nous sommes cependant en train de compenser notre retard, pour faire en sorte que nos adversaires ne soient pas seuls présents sur ce champ de bataille (…). »

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Écologie

COP27 : l’humanité fonce dans le mur et assume

Le réchauffement climatique au delà de 2°C ne sera pas empêché.

Le titre de cet article est le même que celui pour la COP26 de 2021 à Glasgow en Ecosse. La conférence de 2022 sur les changements climatiques, qui s’est tenue à Charm el-Cheikh en Egypte, ne représente en effet qu’un énième fiasco de plus dans la tentative de sauver les meubles.

La COP27 n’a même pas réussi, sur ce plan, à au moins préserver les apparences. Coca Cola faisait partie des sponsors, il n’y avait pas d’unité de façade pour au moins faire semblant, aucune mesure concrète n’a été décidée ne serait-ce que symboliquement.

La COP27 dit ainsi que « pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, il faut réduire rapidement, profondément et durablement les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 43 % d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2019 ». Rien n’est toutefois dit sur la manière de le faire, et les énergies fossiles ne sont naturellement pas remises en question.

C’est là qu’on voit qu’en 2020 a émergé une crise profonde, générale, qui paralyse le développement de l’humanité au niveau mondial, en provoquant des troubles majeurs, des dissensions militaristes, une compétition économique acharnée.

Aucun dirigeant ne peut prendre aucune décision de portée, dans un tel contexte, en raison de l’attente de la résolution de la contradiction entre la superpuissance américaine et son challenger chinois.

Bien entendu, les camps se dessinnent de plus en plus ; le Royaume-Uni sera inévitablement avec la superpuissance américaine, la Russie avec la superpuissance chinoise. Mais même là, de toutes façons c’est le monde d’après qui est attendu.

Du point de vue de la Gauche historique, ce monde d’après, c’est la république socialiste mondiale, qui seule peut résoudre les problèmes climatiques, puisque seule une humanité unifiée peut y faire face dans la forme et seules des valeurs socialistes, notamment par rapport animaux, apportent le fond nécessaire.

La COP27 apparaît ici comme un simple bruit de fond, que seuls des courants petits-bourgeois peuvent prendre au sérieux. Un média comme « Reporterre » reflète ainsi complètement les lubies petites-bourgeoises espérant des « réformes » d’ampleur pour sauver un monde en perdition que le petit-bourgeois inquiète mais qu’il veut préserver à tout prix.

Le petit-bourgeois critique le consumérisme à outrance, mais en défense de son consumérisme ; il est incapable de comprendre l’envergure du capitalisme, sa signification historique. Il s’imagine que c’est Amazon et Apple qui poussent à consommer, qui trompent les gens, il ne comprend pas ce que Karl Marx explique dans le capital : que le capitalisme est un mode de production, une manière historique de l’existence humaine.

Et ce mode de production est à bout de souffle. Il bascule dans la marche à la guerre sous le poids de ses conflits internes. Pourquoi perdre donc son temps avec les propos tenus à la COP27?

Les décisions mêmes seront de toutes façons à n’importe quel moment changées, modifiées, adaptées, réadaptées, contrariées, bousculées, annulées… selon les intérêts du moment, ce moment étant ni plus ni moins que la troisième guerre mondiale qui se met en place, qui a même déjà commencé.

L’alternative est Socialisme ou barbarie ; il ne faut pas perdre son temps avec la forme, mais se concentrer sur le contenu. La COP27 a été une partie du problème, pas de la solution.

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Société

Le tiers-monde, l’occident et la coupe du monde 2022 au Qatar

Il y a un phénomène à bien comprendre.

La coupe du monde de football 2022, qui a commencé le 20 novembre 2022, est la cible d’innombrables critiques en France depuis plusieurs semaines, avec une montée en puissance au fur et à mesure qu’on s’est rapproché de l’événement.

Ces critiques portent principalement sur les conditions de vie des travailleurs, qui sont par ailleurs des immigrés dans un pays porté par les exportations de gaz et dont la population d’origine est minoritaire, vivant dans une bulle sécuritaire, religieuse et dorée.

Tout cela est très juste et doit être dit, tout comme doit être souligné le caractère anti-écologiste de la construction de stades géants dans un pays où d’ailleurs le football n’existe pas réellement.

Il est cependant un aspect essentiel qu’il faut comprendre et qui, osons le dire, est sans doute l’aspect principal de la question. C’est que les critiques sont, en très grande partie, hypocrites.

Ce à quoi on assiste, c’est à un déferlement de « moralisme » servant les intérêts du capitalisme occidental contre un capitalisme concurrent venant du tiers-monde.

Doha, la capitale du Qatar

L’organisatrice de la coupe du monde, la FIFA, n’a pas attendu 2022 pour être une machine à profit, tout comme le football n’a pas attendu 2022 pour être « moderne » et tout autant une machine à profit.

Ce qui se passe, c’est qu’un capitalisme – le plus souvent bureaucratique – concurrent se développe à pas de géants, ou s’est développé en tout cas depuis 2020. Le Qatar fait partie de ce capitalisme, d’où sa capacité à organiser la coupe du monde, de manière artificielle.

La FIFA, qui vise le profit, trouve ça très bien, et cet arrière-plan explique les propos de son président Gianni Infantino le 18 novembre 2022 en conférence de presse :

« Pour ce que nous, les Européens, avons fait au cours des 3 000 dernières années, nous devrions nous excuser pour les 3 000 prochaines années avant de donner des leçons de morale aux autres. »

Gianni Infantino à la conférence de presse

La ligne idéologique de ces propos de Gianni Infantino est exactement la même que celle de Vladimir Poutine en octobre 2022 au « club Valdai », qu’on trouve dans la revue PDF « Crise » de ce mois-ci avec une présentation du G20 de Bali comme étant celui du début de la « fin de l’occident ».

L’occident serait égoïste, il veut tout garder pour lui, il critique de manière hypocrite ceux qui cherchent à se développer, etc.

Car c’est de cela qu’il s’agit désormais : il y a deux blocs, les pays occidentaux d’un côté, le bloc sino-russe de l’autre, avec les pays du tiers-monde s’alignant largement désormais sur le second. Ces pays espèrent que la perte de l’hégémonie par les États-Unis leur donneront plus de marge.

Il faut donc passer les critiques de la coupe du monde 2022 au Qatar par le prisme de ce phénomène. Les fans du club de football du Hertha Berlin disent ainsi qu’aucun d’entre eux ne peut la regarder, par principe, mais ils ne disent rien contre le fait que leur club appartienne en majorité au multimillionnaire Lars Windhorst.

Ils sont surtout choqués par un « autre » capitalisme, qui n’est pas le leur, ce qu’on retrouve dans bon nombre de dénonciations des clubs richissimes de Manchester City et du Paris Saint-Germain. Les fans du Bayern Munich haïssent par exemple le club pour eux fictif du Red Bull Leipzig, mais leur propre entraîneur Julian Nagelsmann a été acheté à Leipzig 25 millions d’euros et gagne 7,5 millions d’euros par an.

Le football est totalement rongé par le profit, mais pour les fans consommateurs avant tout, c’est toujours le capitaliste concurrent du sien qui est le mauvais, sauf évidemment pour les clubs trop petits pour le capitalisme et qui le resteront toujours.

Un visuel du mouvement porté par les fans des petits clubs « contre le football moderne » avec le personnage prolétarien d’Andy Capp tiré d’une bande dessinée britannique décrivant son quotidien en quelques cases

Surtout, la coupe du monde se déroulant pour la première fois en fin et non en milieu d’année, cela provoque une déstabilisation massive de l’environnement capitaliste du football occidental ou plus exactement européen.

C’est vrai pour d’autres championnats, mais il n’y a que dans les pays européens que c’est aussi massif financièrement. La coupe du monde 2022 modifie le calendrier, casse le rythme de la saison, bref dérange la marche normale de ce capitalisme là – au profit d’un autre capitalisme.

Cela fait que, si on regarde bien, on doit se méfier grandement de la dénonciation de la coupe du monde de football 2022. Il y a lieu de critiquer la substance de cette dernière, mais si c’est pour finalement opposer un capitalisme à un autre, ce n’est pas une critique socialiste, c’est une critique national-socialiste.

Ce qui ramène à un point de vue essentiel qu’il faut avoir : la « mondialisation » unilatérale, qui n’a jamais été que tendancielle d’ailleurs, est bien terminée. Il y a désormais des blocs. La dénonciation de la mondialisation en général est d’autant plus démagogique.

Là est la grande difficulté : critiquer le capitalisme, sans tomber dans une dénonciation de la mondialisation servant l’occident ou bien le bloc sino-russe. D’où l’importance de l’économie politique.

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Guerre

Les jours du Karabagh arménien sont comptés

Tout est en place pour le drame.

Ilham Aliyev, le président de l’Azerbaïdjan, devant un monument aux morts avec une carte où une partie actuelle de l’Arménie est annexée

Le régime azerbaïdjanais multiplie les provocations anti-arméniennes depuis la fin du mois d’octobre 2022, lançant incidents de frontières sur incidents de frontières, célébrant de manière outrancière les deux ans de la victoire du régime sur l’Arménie et faisant circuler des cartes montrant le territoire arménien coupé par un corridor reliant l’Azerbaïdjan à son enclave, jadis arméno-turque à l’époque soviétique, du Nakhitchevan et surtout, avec un effacement complet du Karabagh arménien.

Sur ces cartes, la capitale du Karabagh arménien, appelé Stepanakert, en hommage au plus grand révolutionnaire arménien d’Azerbaïdjan, Stepan Chahoumian (1878-1918), est rebaptisé « Khankandi », à la fois pour annoncer la volonté ouverte d’effacer les Arméniens y vivant, mais même encore, toute trace évoquant de quelque manière que ce soit le passé arménien, et révolutionnaire, de l’Azerbaïdjan.

Le but est de liquider toute référence au passé soviétique, confrontant directement le régime raciste et chauvin du président Ilham Aliyev à ses propres mensonges quant à sa démarche en fait nationaliste.

Tout est en réalité prêt à une vaste offensive militaire sur le Karabagh dans le but d’y mener une épuration ethnique des Arméniens, y compris la réannexion d’une partie de leur patrimoine historique au profit de la minorité nationale portée à bout de bras par le régime des Outis, représentant quelques milliers de personnes.

Les choses en sont au point que le dirigeant religieux de cette communauté, Robert Bagratovitch Mobili, s’appelle en réalité Mobilyan; comme tous les derniers Arméniens qui se sont maintenus en Azerbaïdjan, il a été poussé à nier son arménité, en se prétendant descendant des antiques « Albanais du Caucase », dont les Outis seraient les héritiers aujourd’hui. Cette fiction permet de nier toute présence historique des Arméniens en Azerbaïdjan, et aucun régime occidental ne condamne cette ligne ni ce qu’elle annonce : la liquidation pure et simple du Karabagh arménien.

Plus même, le régime azerbaïdjanais a obtenu ces derniers jours l’aval complet de la France et des États-Unis d’Amérique pour liquider de fait le Karabagh arménien. Le président Macron ayant dit que sa ligne rouge était le territoire souverain de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie en 1991, signifiant donc que le Karabagh, à cette date Oblast dissident de la RSS d’Azerbaïdjan elle-même sécessionniste de l’URSS, fait partie du territoire azerbaïdjanais. Bien sûr le Karabagh était en 1991 un Oblast arménien dans le cadre de la RSS d’Azerbaïdjan, mais de cela il n’est jamais question lorsque la diplomatie française aborde cette question.

Les États-Unis ont même pris position par la voix du secrétaire d’Etat Antony Blinken en corrigeant Emmanuel Macron sur le fait que toute solution, y compris donc de découper le territoire arménien pour y ouvrir un corridor au profit de l’Azerbaïdjan.

L’idée des uns et des autres est de pousser le régime d’Aliyev à se confronter aux Russes, qui ont annoncé de leur côté leur volonté de se maintenir indéfinement au Karabagh arménien pour le protéger. Cette présence étant vu autant par Paris que par Washington comme la cause de la durée de ce conflit. Mais la vérité est surtout qu’il s’agit de prendre la main sur cette région, en y écrasant la présence russe afin de l’affaiblir.

Armé jusqu’aux dents par l’Occident, et d’ailleurs aussi par la Russie, et chauffer à blanc par la propagande furieuse de son propre régime, l’Azerbaïdjan d’Aliyev est donc prête désormais à frapper l’ultime coup sur le Karabagh arménien, avec le feu vert français et américain, comptant jeter dans la guerre le peuple azerbaïdjanais, quitte à liquider les Arméniens du Karabagh.

Qui sauvera désormais les Arméniens du Caucase ? Le funeste sort qui attend tragiquement les Arméniens du Karabagh doit être un signal sur le fait qu’il y a rien à attendre de l’OTAN, en l’espèce des États-Unis et de son allié, l’État bourgeois français. Toutes les organisations arméniennes et tous les partis politiques qui se sont compromis lamentablement avec l’État français et sa meurtrière politique belliciste concernant l’Arménie doivent mourir de honte désormais : elles auront aussi sur les mains et sur leur front leur part du sang et des larmes des Arméniens du Karabagh condamnés devant la fureur que l’impérialisme français contribue à lancer contre eux.

Seule une Gauche assumant son héritage historique, assumant le passé révolutionnaire et soviétique des années 1920-1940, assumant de se confronter à l’impérialisme français et ses trahisons est en mesure de défendre ce qui restera de l’Arménie et des Arméniens dans un Caucase transformé en poudrière par les vélléités impérialistes.

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Culture

La déchéance de la culture et comment y remédier

Les efforts prolongés décident de tout.

Sánchez Cotán, Nature morte au coing, chou, melon et concombre, vers 1602

Quiconque s’intéresse à la présence de la culture, et a fortiori à son avenir, ne peut pas éviter le dilemme suivant : s’agit-il de se placer dans une tour d’ivoire afin de se préserver de l’influence délétère d’une société jusqu’au-boutiste dans son consumérisme, ou bien œuvrer à défendre les derniers acquis culturels qui n’ont pas été entièrement lessivés par la machine à acheter et à vendre ?

Ce sont deux aspects qui, naturellement, se répondent de manière dialectique, tout comme la confiance absolue qu’on doit avoir dans les masses… et le rejet profond qu’on ressent au plus profond de soi pour leur passivité, leur médiocrité. Il est simple de comprendre en effet que, pour qu’il y ait culture, il faut qu’elle soit portée par des gens réels.

Or, la bourgeoisie ne faisant plus vraiment semblant d’assumer la culture et le prolétariat s’en désintéressant, avec une petite-bourgeoisie entre les deux résolument superficielle, le problème est devenu historique. La culture est en crise, il y a une crise de la culture, on peut retourner la chose comme on le veut, de toutes façons le bilan est là : c’est un désastre.

On doit en ce sens parler de déchéance, parce que même les derniers remparts de la culture, tels les musées, trahissent et se plient aux exigences de la marchandisation. Tentant de se préserver, ces dernières forteresses acceptent le discours turbo-capitaliste selon lequel elles ne doivent plus être des temples, plein de gravité et de solennité, mais des lieux de passages apportant un supplément « spirituel » en réalité éphémère et commercial.

La réelle déchéance de la culture, c’est qu’elle est devenue un amuse-gueule, un passe-temps, un surplus, une anecdote. La culture, désormais, c’est ce qui relève de papy mamie, ce n’est pas réel, c’est une sorte de luxe intellectuel de gens relevant du passé et qui vont bientôt disparaître.

Cette catastrophe historique est un signe des temps : tout s’effondre et le capitalisme n’est plus en mesure ne serait-ce que de proposer une apparence de défense du patrimoine. Tout doit être récupéré, d’une manière ou d’une autre, sous une forme ou sous une autre, par l’accumulation de capital.

Aussi, pour remédier à la déchéance de la culture, le premier pas nécessaire est en soi-même de batailler fermement, de réaliser des efforts prolongés, pour maintenir un niveau élevé de culture dans un ou plusieurs domaines, afin de préserver humainement, subjectivement, l’exigence historique de la civilisation.

La déchéance de la culture a besoin, pour être vaincue, d’être affrontée par des gens réels, par des artistes et des intellectuels, dans le cadre d’une affirmation historique du prolétariat. C’est une problématique de niveau historique. A chacun de trouver sa place, à son niveau, à son échelle, dans cet affrontement dont l’enjeu est le passage à une forme plus élevée d’existence humaine – le Socialisme.

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Guerre

Le retrait de Kherson et la stratégie russe avec les BRICS en perspective

Le moyen terme est le critère russe absolu.

L’armée russe s’est retirée de la rive gauche du Dniepr, abandonnant la ville de Kherson, ayant initialement 300 000 habitants et prise dès le début de « l’opération spéciale ». Les plus de cent mille habitants restant ont été déplacés vers l’Est, suivis de 20 000 soldats environ.

La carte suivante montre la difficulté qu’il y avait à défendre Kherson, ainsi qu’à l’approvisionner, alors que le Dniepr comme ligne de défense apparaît comme tout à fait idéal du point de vue russe.

La carte de l’armée française (au 9 novembre) montre à quoi cela ressemble de manière plus générale pour la ligne de front.

Les réactions à ce repli sont très intéressantes. Les commentateurs militaires occidentaux sont frappés de deux choses : déjà la froideur de la décision, montrant la « rationalité » du régime russe, ensuite le caractère impeccablement réussi du repli militaire.

Naturellement, les commentateurs médiatiques parlent de défaite russe majeure, etc., mais c’est là une propagande classique, que ne croient que ceux qui ne réfléchissent pas, à l’instar de « Révolution permanente » qui y voit une « débâcle » russe avec un régime qui serait même au bord de l’effondrement.

En réalité, quand on regarde sérieusement les choses, on s’aperçoit que tout cela est très intelligent et, surtout, placé sur le moyen terme. Pour s’en convaincre sans rentrer dans trop de détails, il suffit de constater un seul phénomène.

Comme on le sait, la Russie est membre d’un partenariat avec le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Cela représente, pour des données chiffrées, 42 % de la population de la planète et environ 25 % du PIB mondial. C’est ce qu’on appelle les BRICS.

Or, l’Algérie vient de demander à intégrer les BRICS. Pareil pour l’Arabie Saoudite, ainsi que l’Argentine et l’Iran.

L’Indonésie va officialiser sa demande très prochainement. Les BRICS viennent également de proposer au Sénégal d’intégrer les BRICS pour représenter l’Afrique de l’Ouest.

Et les ministres des finances du Nigéria, du Kazakhstan, de Thaïlande, des Emirats Arabes Unis, du Nicaragua (et d’ailleurs du Sénégal) étaient présents à la réunion des BRICS de mai 2022.

La Turquie, l’Égypte et l’Afghanistan sont également intéressés. On se doute que le Mexique serait forcément tenté mais qu’il ne le peut pas de par sa position, mais ce pays n’applique pas de sanctions à la Russie.

On comprend alors très bien le jeu russe : il suffit de tenir, de viser le moyen terme. L’affaiblissement européen avec la crise de l’énergie, les complications du côté de la superpuissance américaine… tout cela est excellent et la Russie a voulu simplement agir en premier afin de tirer les marrons du feu, en anticipant une situation de crise terrible ouverte en 2020.

Le retrait de Kherson n’est pas compréhensible sans saisir cette dimension du moyen terme. C’est l’affrontement sino-américain qui est la clef de tous les événements de la décennie – la Russie l’a comprise en premier.

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Guerre

Revue nationale stratégique 2022: la guerre de haute intensité assumée par la France

L’État installe tout ce qu’il faut pour aller à l’affrontement généralisé.

La Revue nationale stratégique date de 2017 et a été actualisé en 2021, elle indique les principaux axes stratégiques de l’Etat français sur le plan militaire. Il y a cependant une nouvelle version en 2022, en raison du conflit en Ukraine, et c’est à Toulon, à bord du porte-hélicoptères amphibie Dixmude, que le Président de la République Emmanuel Macron l’a officialisée.

Si d’un côté il s’est positionné comme force de proposition, avec la France jouant un rôle dans l’organisation d’un système de sécurité européen et mondial, en filigrane il y a un appel très clair à la transformation de l’armée française dans le sens de la guerre de haute intensité. Autrement dit, Emmanuel Macron pose que la guerre aura lieu aux alentours de 2030 – et qu’il faut commencer la grande réorganisation dans cette direction, en accélérant à chaque fois que l’opinion publique, marquée par la crise, le permettra.

Il n’a ainsi pas hésité à affirmer que :

 « Nous devons faire pivoter notre économie, nous adapter au nouveau contexte, pousser avec notre industrie de défense vers de nouveaux efforts et nous mettre en posture d’économie de guerre. »

Voici la vidéo du discours d’Emmanuel Macron, qui insiste bien sur le fait que « l’armée de 2030 » doit être désormais résolument nouvelle.

Le problème dans tout ça pour Emmanuel Macron, c’est qu’il faut assumer d’être désormais entièrement à la remorque de la superpuissance américaine, sans pour autant le dire. D’où deux parties totalement en incohérence l’une avec l’autre : « La France, allié exemplaire dans l’espace euro-atlantique » et « La France, un des moteurs de l’autonomie stratégique européenne ». Il faut lire en filigrane pour comprendre qu’au-delà des apparences, tout passe par l’Union européenne et donc l’OTAN et donc la superpuissance américaine.

En apparence, la France et l’Europe font leurs choix en toute indépendance, c’est revendiqué… Puis quand on voit en quoi consistent ces choix, on comprend qu’il s’agit de « choisir » d’être un satellite américain. Les phrases essentielles sont ici, et elles sont littéralement hallucinantes de franchise :

« Le recentrage américain sur la compétition stratégique avec la RPC s’accompagne d’une recomposition des rapports de force entre puissances régionales. »

« À travers la guerre en Ukraine, les États-Unis sont à nouveau apparus comme le principal pourvoyeur de la sécurité européenne, par l’ampleur des efforts de réassurance et de soutien militaire à l’Ukraine.

Un potentiel affaiblissement de l’investissement américain dans les zones d’intérêt européen (Afrique, Moyen-Orient), par ailleurs plus exposées aux visées unilatérales de puissances intermédiaires et à la montée d’opinions anti-occidentales, pourrait affecter notre capacité à contribuer durablement à la sécurité et la stabilité de ces régions. »

Ce qui va, naturellement, de pair avec une grande inquiétude sur une opposition intérieure à la guerre, qui est ici criminalisée par avance au moyen d’explications sans aucun sens : il y aurait des armes, on ne sait pas lesquelles, qui seraient « trouvées » sur le champ de bataille en Ukraine, et là les Russes auraient l’idée de les envoyer, celles-là et pas d’autres !, par la Poste à 2500 km afin qu’il y ait des attentats à Paris. C’est irréel.

« La guerre en Ukraine fait également peser le risque d’un retour au terrorisme d’État. La
désinhibition des comportements de la Russie rend crédible la possibilité d’une récupération
d’armes de tout type sur le théâtre ukrainien pour servir des groupes affidés (proxies) ou
terroristes. Celles-ci pourraient être utilisées contre nos intérêts, en complément d’une
campagne de désinformation. »

L’armée française est trop intelligente pour que ces lignes ne relèvent pas de la narration toujours plus forte comme quoi critiquer le soutien au régime ukrainien, c’est être un agent de Moscou. Dans son discours, Emmanuel Macron a d’ailleurs souligné que désormais « l’influence » serait érigée au rang de « fonction stratégique » de l’armée française, ce qui accorde à la propagande étatique supervisée par les militaires une dimension nouvelle, fondamentale.

Et pour l’instant, tout cela est accepté sans aucune protestation par la société française ! D’où l’importance de Rosa, la gazette bimensuelle contre la guerre, dont le nouveau numéro vient de paraître.

Voici ici également la Revue nationale stratégique de 2022.

revue-nationale-strategique-07112022

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Dépêche

Le repli actuel sur son ego

La période actuelle est celle d’une très grande paralysie accolée à une anxiété profonde. Les gens considèrent tellement qu’ils ne peuvent pas agir sur le cours des choses que la pression les écrase. La société se transforme en conglomérat d’individus angoissés. Chaque jour ainsi, la société française perd ses cadres, que ce soit en politique, en économie, chez les fonctionnaires et les hauts fonctionnaires, les syndicats, les associations…

Du point individuel pour les gens en restant à ce niveau, c’est une souffrance, des tourments. Mais du point de vue historique, cela correspond à la fin d’une époque, à l’échec d’une civilisation capitaliste ayant atteint son maximum. Le cadre capitaliste est désormais inapte à satisfaire l’humanité, qui par conséquent déraille. Cela montre bien que le Socialisme est une question concernant l’humanité dans tous ses aspects et pas simplement le social ou l’économique. C’est une question de vision du monde, de moral, de science, de culture, de psychologie, d’action…