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Nouvel ordre

Pourquoi nous avons besoin de la dialectique

L’humanité est à bout de souffle, les gens sont épuisés moralement, sur le plan psychique ils dépriment, culturellement le niveau s’effondre, physiquement la vie quotidienne est harassante.

En même temps, jamais il n’y aura eu autant de possibilités de développer de nouvelles choses, car sur le plan matériel il y a de vastes moyens, les gens sont plus actifs et éveillés qu’il y a 10, 20 ou 40 ans.

C’est là une contradiction et ce sont les contradictions qui font avancer les choses. C’est cela, la dialectique, exposée en long, en large et en travers sur materialisme-dialectique.com.

Pourquoi en long, en large et en travers ? Car le long et le large sont des opposés : ils forment une contradiction, qui produisent… le travers. Il y a un côté, il y a l’autre côté, et ce miroir forme un troisième élément. Thèse, antithèse, synthèse.

Rien ne naît de rien, tout se transforme, et il y a toujours quelque chose, quelque part, qui pousse l’ensemble des choses à se mettre en mouvement, d’une manière ou d’une autre.

C’est là qu’on comprend qu’un esprit dialectique est toujours positif, forcément. Il voit toujours la production, la sortie, le saut, l’aboutissement, la naissance. L’esprit positif, dialectique, sait que les choses sont inépuisables et qu’il en ressort toujours quelque chose de nouveau. La vie l’emporte toujours.

Mikhaïl Ivanovitch Likhachev, Rêves brillants, URSS, années 1950

L’esprit dialectique, bien entendu, est constructif. Il ne cherche pas à démanteler, déconstruire, délégitimer, défaire. Bien au contraire, il est le fruit de l’évolution de l’Histoire, il accompagne le développement de l’humanité, il garde le meilleur du passé pour aller de l’avant.

L’esprit dialectique est donc classique, car il échappe à toute démarche unilatérale. Et il se focalise sur l’essentiel, sur ce qui compte vraiment, ce qui le distingue de l’esprit moderne prompt à la futilité, à l’anecdote, à l’accumulation de choses diverses dont les liens sont distendus, sans accroche, sans cohérence.

L’esprit dialectique est calme, posé, amusé et sérieux, attentif et détaché, exigeant et bienveillant. Il exige la production et en ce sens, il est porté par le prolétariat. Qui ne produit rien rien échappe à la dialectique, et donc à la joie, au bonheur, à l’avenir.

Viktor Karrus et Roman Treuman, Appel à la compétition socialiste pour les tractoristes de la République [socialiste d’Estonie], 1951,

Voilà pourquoi nous avons besoin de la dialectique, partout et tout le temps. Sans la dialectique, on se cantonne à certains aspects, on se met de côté en échappant à la vie, on efface ce qui compte vraiment, on sépare ce qui doit être unit et on unit ce qui doit être séparé.

La dialectique est la réponse au grand mal de notre époque, qui est le manque de cohérence. Tout le monde triche avec tout, ment et pratique l’opportunisme, dit une chose et en fait une autre, et inversement.

C’est vrai à tous les niveaux, pour les institutions comme pour les gens. L’écart entre les conceptions du monde et la pratique a atteint un degré terrible, avec une hypocrisie généralisée. Le relativisme est complet. Alors, bien entendu, c’est plutôt sympathique que la jeune femme musulmane voilée ait comme amie la LGBT aux cheveux colorés. Mais cela ne rime à rien et rien ne rime plus à rien dans la société française, corrompue par le libéralisme, la dissolution de toute cohérence intellectuelle, morale.

C’est improductif, à l’image de toute l’époque. Car cela repose sur une base fausse, celle du relativisme. C’est de la fausse bienveillance, c’est de la simplification. La vraie bienveillance est, elle productive, agissante, collectiviste.

Sergueïeva Nina Alekseevna, Jeunes patineuses, URSS, années 1950

La dialectique de la vie doit être comprise, sans elle on sombre dans la déprime, qui n’est rien d’autre qu’une considération unilatérale si on y reste. La société capitaliste se prétend inclusive, parce qu’elle tolère tout, et en pratique, elle n’aide personne, elle ne pousse personne à s’épanouir – autrement que par la consommation.

La production doit être le seul critère valable. Qui ne produit pas est décadent, qui ne participe pas au mouvement dialectique de la vie en sort. Et la sanction vient d’elle-même, car la vie est richesse inépuisable, développement ininterrompu, production nouvelle et meilleure, c’est-à-dire la dialectique.

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Refus de l’hégémonie

Attal-Bardella, les deux visages de l’Otan et du capitalisme moderne

Le 23 mai 2024, les partis populistes et nationalistes du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen ont exclu de leurs rangs le parti allemand AfD.

En théorie, c’est pour des propos sur les Waffen SS de la part de sa tête de liste aux élections européennes de juin 2024. En pratique, c’est parce que l’AfD est pour une alliance entre l’Allemagne et la Russie, aux dépens du choix de la soumission à la superpuissance américaine.

Car pour participer au gouvernement dans les pays occidentaux, il faut montrer de la clarté quant au passage assumé dans l’orbite américaine. D’où les propos incessants en faveur du régime ukrainien de Jordan Bardella, du Rassemblement National, une composante du groupe Identité et Démocratie.

Voici entre autres ce qu’il a expliqué le 23 mai 2024, lors du débat avec le premier ministre Gabriel Attal.

« Au Parlement européen, j’ai toujours été très clair et toujours condamner sans la moindre ambiguïté l’agression de l’Ukraine par la Russie, qui est aujourd’hui une menace multidimensionnelle. »

Il y avait d’ailleurs un autre débat le 21 mai 2024, avec huit représentants des principaux partis : Jordan Bardella (RN), Valérie Hayer (Renaissance), Raphaël Glucksmann (PS-Place Publique), François-Xavier Bellamy (LR), Manon Aubry (LFI), Marion Maréchal (Reconquête!), Marie Toussaint (Les Écologistes), et Léon Deffontaines (PCF). Tous ont été unanimes quant à leur hostilité à la Russie.

Et du côté de la gauche de la gauche, hors cadre institutionnel, c’est le grand silence ou le soutien au régime ukrainien, dans 99% des cas. La France marche au pas, au rythme de la propagande incessante en faveur de l’escalade contre la Russie.

Pas une journée sans qu’il n’y ait une pierre d’ajoutée à l’édifice, comme le 23 mai 2024 encore avec la chaîne Public Sénat invitant le professeur de géopolitique Frédéric Encel pour dénoncer la Russie qui veut le chaos, alors que bien entendu la France veut « l’ordre international ».

Et le même jour toujours, Le Monde faisait un éditorial de rappel à l’ordre : « Inutile d’entretenir d’irresponsables illusions à Washington, à Paris ou à Berlin : le couple sino-russe n’est pas près de divorcer ». Car trop de journalistes et de commentateurs français croient encore à la fable que la Chine serait à l’écart des initiatives russes. C’est là rêver debout pour des bourgeois catastrophés par la situation.

Le Monde, représentant de la bourgeoisie libérale-moderniste, particulièrement agressive comme agent de la superpuissance américaine, entend mettre fin à cette illusion et exige le silence dans les rangs.

Voici ce qu’on lit notamment :

« En ce printemps 2024, Xi Jinping a rappelé qu’il était partie prenante dans le conflit qui fait rage en Europe : il est du côté russe. Le président chinois veut conforter son « ami » Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine.

Ou, plus exactement, Xi entend que l’Occident ne sorte pas renforcé de cette épreuve sur le Vieux Continent. Inutile d’entretenir d’irresponsables illusions à Washington, à Paris ou à Berlin : le couple sino-russe n’est pas près de divorcer.

Ce message a été transmis sans ambiguïté par le numéro un chinois lors de son séjour en Europe (du 6 au 10 mai) puis, dans sa cristalline clarté, proclamé lors de la visite du président russe à Pékin (les 16 et 17 mai). La déclaration commune signée par les deux chefs d’Etat est frappée au coin de la lutte qu’ils mènent ensemble contre les Etats-Unis (…).

La Chine va soutenir davantage encore l’économie de guerre que Poutine instaure en Russie. Officiellement, Pékin ne livre pas d’armes à la Russie, mais fournit les machines-outils nécessaires à la fabrication des armes – c’est très différent, n’est-ce pas… Elle livre les pièces détachées pour les chasseurs bombardiers russes. Elle vend les semi-conducteurs à utilisation duale (civile et militaire). Elle transmet les informations satellitaires utiles au champ de bataille. En clair, la Chine entretient l’effort de guerre russe (…).

Pékin reprend les plus gros mensonges de la propagande du Kremlin : la guerre contre Kiev, c’est parce que l’Occident, éternellement impérialiste, s’apprêtait à attaquer la Russie à partir de l’Ukraine ! (…)

Les deux régimes sont soudés dans et par la même ambition. Elle est affichée en toutes lettres dans le « pacte d’amitié sans limites » que Xi et Poutine signent à Pékin le 4 février 2022, quelques jours avant que les chars russes foncent sur Kiev… »

Le panorama est très clair. En France, on peut être

  • pour les populistes et nationalistes, qui sont sur une ligne de repli démagogique, avec des relents racistes mais surtout paternalistes, avec le regret de la France d’avant;
  • ou bien pour les libéraux-sociaux, comme Emmanuel Macron, avec comme variante extrême sur le plan libéral ou social les LGBT, La France Insoumise, le PCF…

Mais tout cela doit rester social-impérialiste : la France doit rester un havre de paix pour la société de consommation, peu importe après qu’au gouvernement on ait l’équivalent des « Républicains » ou des « Démocrates » américains.

Car tel est le fond de la situation : la société française s’est américanisée et le régime lui-même n’est qu’un appendice de la superpuissance américaine. C’est à Washington que tout se décide… Alors que le monde va à la confrontation générale entre Washington et Pékin.

La position, dans ce désastre, c’est de souhaiter la fin du mode de vie occidental, qui ne peut se réaliser que par son dépassement socialiste, avec une remise en cause à tous les niveaux, sur tous les plans. Et la grande initiative américaine, de placer la France au premier rang de la coalition européenne militaire contre la Russie, autour de l’Otan, il faut s’y confronter.

Guerre à la guerre !

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Rapport entre les classes

Les Français sont des fragiles qui ont la flemme

La France de la fin mai 2024 est ignoble. Les Français suivent le cours des choses, sans avoir l’énergie de rien, et surtout pas de participer à quelque chose de collectif, ne serait-ce que sur un plan culturel, esthétique ou musical.

Les efforts sont minimalistes, il ne faut surtout pas se faire remarquer, ou bien au contraire le kitsch est assumé dans le grotesque, le ridicule, le mauvais goût, afin de passer inaperçu dans une vague bienveillance.

Des beaufs et des gens au style LGBT, voilà en quoi consiste la société française, le tout dans une acceptation d’une mentalité de fragiles, à qui on ne peut rien dire et surtout pas expliquer que c’est par les contradictions que le monde avance.

La société de consommation a triomphé, les ordures sont pleines. La bourgeoisie, ce sont désormais les bobos et les masses populaires tentent de les imiter ou au contraire de se cantonner dans la passivité, à l’écart, éventuellement avec aigreur.

On a ici le matériau humain le moins conforme possible à la possibilité d’une révolution.

Et pourtant, les choses ont leur pendant. Le mode de vie mis en place n’est réellement praticable que par quelques centaines de milliers de personnes, habitant dans les centre-villes et surtout à Paris.

Evidemment, cela suffit à en corrompre plusieurs millions, qui gravitent autour. Et la majorité des gens s’accommode tout à fait de ça, du moment qu’il reste la possibilité de devenir propriétaire, de mener sa petite vie au jour le jour, avec la certitude de faire partie des 10% les plus riches du monde.

Car là est la grande hypocrisie. Les Français peuvent bien s’agiter sur les acquis sociaux, les valeurs républicaines, la solidarité avec les démunis et tout ce qu’on voudra, ils savent très bien qu’ils sont des privilégiés au niveau mondial.

Ici, on peut raconter ce qu’on veut, se prétendre ce qu’on veut, et même faire l’idiot. Cela n’aura pas de conséquences vraiment fâcheuses. La France, ce n’est pas l’Afrique du Sud, ce n’est pas l’Inde, ce n’est pas le Brésil, ce n’est pas le Mexique, ce n’est pas la Thaïlande, ce n’est pas le Mali, ce n’est pas le Bangladesh, ce n’est pas le Paraguay.

C’est pour ça que les Français ne sont bons à rien. Ils ne sont que des occidentaux décadents. Pour eux, les « gilets jaunes » étaient vraiment une contestation, et le mouvement contre la réforme des retraites vraiment une révolte sociale. Alors que c’était insignifiant, faux, théâtral et vide.

Mais comme on dit, le triomphe de la société de consommation ne profite qu’à une petite base, et cette base se réduit. Les contradictions dans le monde entre les puissances fait que le socle de la société de consommation perd en solidité. On peut de moins en moins accepter la vie quotidienne, la soutenir, y participer.

En fait, le système s’épuise. Ce n’est pas le matériau humain qui se révolte, c’est juste que déjà passif, il ne peut même plus faire semblant de ne pas l’être en consommant aisément. On a littéralement droit à une anti-révolution depuis la pandémie, qui a précipité la crise du capitalisme.

C’est l’autre côté dialectique de la flemme et de la fragilité : le désengagement.

Naturellement, cela ne fait pas nos affaires : nous avons besoin d’abnégation et d’héroïsme, pour faire la révolution. Mais l’ennemi capitaliste est aussi ennuyé que nous : que faire avec des gens aussi inefficaces, flemmards, fragiles, sur qui on ne peut pas se compter ?

C’est dans cet espace que le prolétariat va se recomposer, pour prendre les commandes d’une société en bout de course. Le prolétariat va imposer sa dictature, et elle ne sera pas qu’économique. Il s’agit de rééduquer moralement, socialement, culturellement, politiquement des gens aliénés, déformés, corrompus par le capitalisme le plus avancé.

Et dans cette oeuvre historique, le prolétariat lui-même corrompu se corrigera lui-même – et disparaîtra en tant que classe.

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Refus de l’hégémonie

Poussée française pour la guerre en Russie même

Strictement personne ne connaît Jean-Louis Bourlanges. Son rôle est pourtant important, puisqu’il est président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Il est une figure des institutions, et il peut pousser les choses dans un sens ou dans un autre.

Le 19 mai 2024, il a appelé la France à autoriser l’armée ukrainienne à frapper en Russie même au moyen d’armements français. La Russie avait juste auparavant dénoncé que des missiles français avaient été employés par l’armée ukrainienne dans la région de Belgorod.

C’est ainsi une contribution à l’escalade. Et cela sur la base d’un alignement stratégique, puisque Jean-Louis Bourlanges appelle la France « à sortir de sa réserve et à prendre une décision comparable à celle des Britanniques et des Américains ».

L’urgence apparaît également en filigrane du communiqué de Jean-Louis Bourlanges, puisqu’on comprend bien que ce sont les succès opérationnels russes récents qui inquiètent sans commune mesure.

Surtout, Jean-Louis Bourlanges prétend que les « États amis de l’Ukraine sont bien déterminés à rester non belligérants ». C’est totalement faux et lui-même ne peut pas ne pas le savoir. Aussi, s’il appelle à l’emploi d’armements français en Russie même, c’est pour que cette porte soit ouverte avant que la prochaine ne le soit.

Si, en effet, l’armée ukrainienne attaque déjà en Russie, alors les troupes occidentales en Ukraine pourront le faire également lors de leur intervention. Si ce n’était pas le cas et qu’elles en prenaient l’initiative, cela serait une escalade frontale.

Encore une fois, en fait, l’Ukraine est utilisée comme chair à canon. C’est un simple outil pour les pays occidentaux. Et cet outil sera utilisé jusqu’au bout sans pitié aucune, tellement c’est facile, puisqu’il est aux mains des nationalistes, totalement fanatiques, qui réussissent à mettre le pays au service de l’Otan et de la superpuissance américaine.

La chronologie depuis le 26 février 2024 est très claire et la tendance parfaitement lisible. La France veut faire tomber la Russie pour participer à la colonisation de celle-ci, afin de relancer le capitalisme en crise.

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Refus de l’hégémonie

Les États-Unis confirment l’intervention en Ukraine

L’escalade passe obligatoirement par la mise en place d’une opinion publique favorable à la guerre. C’est toujours le même refrain : il serait souhaitable de faire différemment, mais on ne peut pas, car l’ennemi en face est sans foi ni loi, etc.

Le New York Times est un quotidien qui joue ici un rôle éminent. Le 25 février 2024, il avait déjà « révélé » que la superpuissance américaine était en partenariat étroit avec le régime ukrainien depuis 2014. Il y a ainsi eu 12 bases d’espionnage construites à la frontière avec la Russie…

Une « révélation » qui visait, naturellement, à éduquer l’opinion publique américaine, pour dire : voyez, nous sommes déjà installés, nous devons maintenir nos positions.

L’information balancée le 16 mai 2024 relève de cette approche. Ici encore, ce qui est dit serait le résultat d’une « enquête ». Sauf que bien sûr, les journalistes ne font que raconter ce qu’il est voulu qu’il soit raconté. La base de pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, Israël… c’est d’avoir une narration travaillée de manière extrêmement élaborée.

Que dit l’article du New York Times ? Qu’une ligne rouge est en train de devenir floue, car le régime ukrainien a demandé aux États-Unis et à l’Otan de former 150 000 soldats ukrainiens. Et que le président du comité des chefs d’état-major interarmées de l’armée américaine, Charles Q. Brown Jr., a affirmé qu’on y viendrait forcément. « Nous finirons par y arriver, avec le temps ».

L’article dit ouvertement que ce général a raconté cela aux reporters dans un avion les emmenant à un sommet de l’Otan à Bruxelles… Ce qui est ouvertement souligné est le côté officiel.

Pourquoi l’entraînement en Ukraine est-il nécessaire ? Pour deux raisons. Tout d’abord, la contre-offensive ukrainienne a échoué et c’est la preuve qu’un entraînement en-dehors de l’Ukraine est trop abstrait, alors qu’il s’agit de pratiquer des manœuvres assez vastes et coordonnées de tanks, d’infanterie, de d’artillerie.

L’article ne le dit pas ici, mais en réalité les méthodes militaires trop différentes ont amené à des incompréhensions (et au remplacement du chef de l’armée ukrainienne). L’armée américaine enseignait de taper en un seul point sur la ligne de front, en mode « choc », et l’armée ukrainienne avait dispersé ses forces, se cassant les dents sur la défense russe très bien préparée.

Ensuite, l’armée américaine ne connaît que bien trop peu l’intensité de la guerre qui a lieu en Ukraine. Et là on comprend qu’il ne s’agit pas tant d’entraîner l’armée ukrainienne… Que d’entraîner l’armée américaine à une guerre intense d’artillerie et de drones.

Il faut en effet savoir que le principe de la guerre américaine, c’est la supériorité aérienne totale, les missiles hyper calibrés, puis ensuite seulement le déversement des troupes. C’est la théorie du blitzkrieg, ni plus ni moins, et le mode de pensée bourgeois ne peut pas concevoir autre chose.

L’article du New York Times le dit d’ailleurs à mots couverts, expliquant que les formateurs américains formeraient mieux l’armée ukrainienne… s’ils apprenaient eux-mêmes davantage sur le terrain.

L’article explique aussi que certains formateurs américains sont déjà sur le terrain, de manière ciblée, pour aider à utiliser le matériel de guerre fourni… mais qu’il en faudrait bien plus.

Et que plusieurs pays veulent pareillement massifier ce soutien technico-opératif : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’Estonie et la Lituanie sont présentés comme deux pays poussant en ce sens.

Voici donc une pierre de plus à l’édifice de l’escalade. Les tabous tombent les uns après les autres et les contours d’une intervention occidentale en Ukraine sont relativement clairs. Formateurs de plusieurs pays de l’Otan, puis troupes de soutien à l’arrière par plusieurs pays de l’Otan (pas forcément les mêmes)…

Où tout cela mène-t-il ? C’est très clair, pour qui a compris les enseignements de 1914 et de 1939, pour qui a saisi ce qu’est la bataille pour le repartage du monde issue de la crise générale du capitalisme.

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Refus de l’hégémonie

Blinken en Ukraine et un nouveau ministre russe de la Défense

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé le général chargé de la zone de Kharkiv, en raison des succès tactiques de l’armée russe qui vient de lancer une initiative au moyen de 30 000 soldats. L’information, arrivée tardivement, date du 11 mai 2024.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est pour cette raison précipité à Kiev, pour assurer du soutien militaire américain (« cela fera une réelle différence sur le champ de bataille »). De nouvelles aides sont encore annoncées, alors qu’en avril le Congrès américain a décidé d’un « paquet » pour l’Ukraine de 61 milliards de dollars.

Antony Blinken a également mangé une pizza tenue par un nationaliste ayant combattu au début des années 2010 dans le Donbass, puis joué de la guitare dans un bar underground pour reprendre Rockin’ in the Free World de Neil Young.

Du côté ukrainien, depuis le début du conflit, la narration est élaborée comme jamais dans l’histoire. Chaque jour, il y a une mise en scène.

En même temps, la Russie a réorganisé la tête de son armée. Le ministre de la Défense, Sergueï Choigou, a été remplacé par Andreï Belooussov. Cela a été tout de suite compris par tous les commentateurs. Car Andreï Belooussov n’est pas du tout un militaire, c’est un spécialiste de l’économie et de l’organisation de l’économie.

Sa mission est clairement d’organiser l’appareil d’Etat, l’économie et l’administration par rapport à l’armée. Concrètement, Belooussov est chargé de la mise en place du Capitalisme Monopoliste d’Etat. C’est un saut qualitatif très net.

Naturellement, la presse occidentale a affirmé que Sergueï Choigou avait été « limogé ». C’est tout à fait faux. Car ce personnage appartient au gouvernement depuis…. trente ans. Il est indéboulonnable, et a d’ailleurs été nommé… secrétaire du Conseil de sécurité de Russie. Il faut plutôt voir un renforcement de son utilité éventuelle si Vladimir Poutine décédait.

Alors que la guerre est intense en matériel, qu’elle exige une économie de guerre accentuée, il y a une contraction de tout régime voulant tenir le choc. C’est bien le cas ici.

Le poste occupé nouvellement par Sergueï Choigou appartenait à Nikolaï Patrouchev, qui l’avait depuis 2008. C’est une grande figure des services secrets russes et surtout sans doute le principal stratège de l’Etat russe. Il a désormais comme fonction officielle celui d’assistant du président russe Vladimir Poutine.

Un autre assistant nommé est Alexeï Dyumine. Spécialisé initialement dans la sécurité de Vladimir Poutine, il a ensuite été notamment vice-ministre de la Défense. Avec ces deux nouveaux assistants, le nouveau ministre de la Défense, et Sergueï Choigu secrétaire du Conseil de Sécurité, on a la mise en place d’une direction soudée et parfaitement reconnaissable.

C’est une centralisation pour assumer le conflit avec les pays occidentaux qui ont très clairement annoncé que ce serait l’escalade. Le régime ukrainien cherche d’ailleurs à provoquer celle-ci, ayant compris que si cela n’a pas lieu, l’armée russe l’emporte à terme.


19 personnes ont été tuées dans les bombardements des forces armées ukrainiennes sur Belgorod le 12 mai 2024

Historiquement, il n’est pas bien difficile de comprendre ce qui se passe. L’escalade occidentale contre la Russie est strictement parallèle à l’agonie culturelle de la société française. On dirait que l’occident est peuplé de zombies allant mécaniquement à la guerre de repartage du monde afin de sauver le niveau de vie, le style de vie, les privilèges au niveau mondial.

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Culture & esthétique

L’âme russe

Comment reconnaître les principaux traits de l’âme russe ? Les voici, habilement présentés, puissamment présentés, parfaitement reconnaissables.

« Certains réflexes de cruauté et peut-être une poésie de la cruauté, jointe à une profonde tendresse humaine.

L’indifférence intime à telles distinctions sociales, à telles conventions d’amour propre.

La faculté de se soumettre, de se dissoudre dans le destin, et parfois cependant de s’en trouver inexplicablement libéré.

Un désir et un besoin de se voir et de se comprendre dans le jeu éternel du monde, de justifier sa vie individuelle.

Le sens de la prison terrestre et la soif de s’évader, de « soulager son âme ».

Une ardeur à regarder le fond de toutes choses, même si ce fond est atroce et cruel.

Une tristesse sans guérison, venant de l’âme et non des circonstances, et une joie incompréhensible, flux de vie, venant aussi uniquement de l’âme. »

Si on a là sans doute les traits généraux de l’âme slave, le côté électrique (et d’autant plus attachant, inversement) est plus spécifiquement russe. On le comparera avec esprit avec l’extrait de Tolstoï, pour la danse non décrite dans Guerre & Paix, si emblématique de l’âme russe.

Une âme russe qui a apporté immensément au patrimoine universel. Il est essentiel de le souligner. Quand le nationalisme prime comme outil du bellicisme, il faut rappeler que l’humanité est une et que toutes les cultures nationales sont une part de celle-ci. C’est cela, l’internationalisme réel (et non le cosmopolitisme).

C’est cela qu’il faut dire alors que la France présente les Russes comme des barbares et que le projet occidental est de dépecer la Russie, avec comme outil le nationalisme ukrainien pour qui la « Moscovie » est démoniaque, Tolstoï et Dostoïevski en tête.

Plus spécifiquement, cette citation vient d’un très fin connaisseur de la littérature russe, Robert Vivier. Nous sommes en 1946 et la Bibliothèque internationale publie de nouveau La maison Bourkov d’Alexeï Rémizov. Cet auteur a quitté la Russie après la révolution d’octobre 1917, mais avait décidé d’y retourner après 1945. C’est un écrivain moderniste, profond mais tortueux et s’enlisant dans le psychologisme.

La préface de Romain Rolland, tout en saluant l’auteur, lui reproche d’ailleurs de ne voir que le côté trouble de la partie trouble du peuple. On tourne sur soi-même dans cette approche littéraire qui ne tourne pas au culte du moi façon occidental, mais reste parallèle à lui.

Robert Vivier, qui écrivit à l’occasion de l’édition de 1929, tente par contre de le présenter comme une figure majeure du renouveau littéraire russe. C’est une lecture plus poétique qu’autre chose, Robert Vivier étant un écrivain belge tourné justement vers cette approche lyrique avant tout (et il fut par ailleurs le père adoptif du fameux vulcanologue Haroun Tazieff, fils du premier mariage de sa femme Zénitta Klupta, d’origine lettone et polonaise).

Néanmoins, les termes choisis par Robert Vivier pour définir l’âme russe sont bien vus, adéquatement choisis. On peut lire n’importe quel écrivain russe d’importance, et on sait qu’ils sont bien nombreux (Tchekhov, Tolstoï, Dostoïevski, Gogol, Tourgueniev, Gorki…), on retrouvera exactement ce qui y est décrit.

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Refus de l’hégémonie

Les contours de l’intervention occidentale en Ukraine

Il est bien entendu impossible de connaître les plans par définition secrets de l’armée américaine, et donc de savoir quels sont les contours exacts possibles et nécessaires de l’intervention occidentale en Ukraine.

Néanmoins, les 5-6 mai 2024 ont scellé les traits généraux de l’affrontement. Et à moins que l’un des protagonistes ne cède, cela va grosso modo à la chose suivante. Par « céder », on peut comprendre le fait de reculer, à défaut de capituler : Vladimir Poutine, lors de son discours du 8 mai 2024, a souligné qu’il dépendait du camp occidental de savoir quels rapports il veut avec la Russie.

En tout état de cause, les points suivants semblent relever d’une évaluation correcte.

A. L’intervention occidentale ne se fera pas sous l’égide de l’Otan. Cela provoquerait un conflit majeur de manière immédiate et, surtout, de nombreux pays membres ne veulent pas s’embarquer dans l’aventure.

B. La France sera une composante majeure de l’opération. Elle est déjà à la tête de l’initiative, elle pousse sans arrêt en ce sens, elle monte une économie de guerre.

C. La France ne montera pas seule au front. Son initiative rentrera dans un cadre commun d’initiative de solidarité, etc.

D. L’intervention occidentale n’enverra pas de soldats sur le front. Elle consistera en un contingent chargé de protéger l’arrière et de former un bloc pour empêcher une éventuelle avancée russe en cas de percée. La zone derrière Odessa est forcément la priorité.

E. Parmi les pays envoyant des troupes en plus de la France, il faut considérer qu’il y aura a priori au moins la Belgique et les Pays-Bas. Pour l’Italie, ce sera plutôt non, pour l’Allemagne plutôt oui, mais pour ces deux pays c’est très incertain.

F. Dans tous les cas, le front fournissant du matériel sera bien plus large que celui qui enverra directement des troupes.

G. Le contingent occidental devra être d’autour de 60 000 soldats pour représenter quelque chose de suffisamment solide. Difficile d’aller au-delà pour autant, en raison de la faiblesse numérique des troupes occidentales en général (à part celles de la superpuissance américaine) et surtout du besoin d’assurer un cohérence à l’ensemble.

H. L’économie de guerre montera en puissance parallèlement à l’intervention occidentale. L’une nourrira l’autre. Tout cela n’est qu’une étape, que d’ailleurs la France ne voit pas, elle s’imagine simplement avancer un pion, elle ne saisit pas l’engrenage général.

I. Il n’y aura pas d’opposition « naturelle » à l’intervention. Comme le montre le pseudo « soutien » à la Palestine actuellement, la France préfère la comédie, la mascarade, le témoignage chrétien. La seule opposition possible sera politique et c’est le lieu de la recomposition du prolétariat – le seul lieu.

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Refus de l’hégémonie

Les 5-6 mai 2024 scellent l’intervention occidentale en Ukraine

Pour comprendre cet article, il faut bien avoir en tête que nous avons annoncé le conflit armé en Ukraine six mois avant son commencement, et que nous le suivons de manière régulière depuis cette date, avec une analyse rigoureuse et efficace.

Ce qui va être dit est, ainsi, tout à fait sérieux, au-delà du caractère habile des propos. Cette mise en garde alors que la société française est totalement décadente, et que les Français ne savent se révéler que mous et larmoyants.

Voici les deux événements marquants, qui reflètent un moment dramatique.

Le 5 mai 2024, le quotidien italien La Repubblica a publié un article donnant une information « confidentielle » de l’Otan. Cela est précisé de la manière suivante.

« Pour la première fois depuis le début de la guerre, l’OTAN a identifié, de manière très confidentielle et sans annonce officielle, au moins deux lignes rouges au-delà desquelles une intervention directe dans le conflit en Ukraine pourrait avoir lieu. »

L’article n’est pas signé que par un journaliste direct de ce quotidien, mais également par deux correspondants, un basé à… Paris, l’autre à Bruxelles. Il se veut avoir une facture officielle-inoficielle.

Quelles sont les deux lignes rouges? La première, c’est la participation de la Biélorussie au conflit entre la Russie et l’Ukraine. En fait, derrière cela il y a l’idée que si le front s’élargit, l’armée ukrainienne aura du mal à répondre en raison de son manque de soldats.

Cette hypothèse est de toutes façons peu plausible, car du point de vue russe, la Biélorussie est appelée à jouer le rôle de frère futur « arbitre » pour le compromis entre les deux autres frères ennemis russe et ukrainien.

La seconde ligne rouge, c’est l’invasion par l’armée russe des États baltes, de la Pologne ou de la Moldavie. L’hypothèse d’une invasion des Etats baltes ou de la Pologne n’a aucun sens, car ce sont des pays membres de l’Otan et la Russie n’allait pas en 2024 se rajouter de ennemis directs.

La Moldavie, par contre, n’est pas dans l’Otan et là cela indique beaucoup de choses. Il y a là une véritable ligne rouge. Mais à quoi?

L’article italien a été beaucoup commenté, et il a été concerné que l’intervention occidentale en Ukraine dépendait de ces deux points. C’est là une imbécillité.

En réalité, les deux lignes rouges indiquent non pas le point minimum, mais le point maximum. Ce qu’il faut lire, c’est la chose suivante : « tant que la Biélorussie, la Pologne, les Etats baltes et la Moldavie ne sont pas en jeu, l’Otan n’interviendra pas ».

Cela veut dire en même temps : « une intervention occidentale en Ukraine pour participer au conflit est acceptable pour l’Otan, tant que cela ne dépassera pas un certain seuil, défini par les lignes rouges, car là c’est l’Otan collectivement qui interviendrait ».

L’article italien a bien entendu également précisé qu’en l’état, l’Otan n’a aucun plan pour intervenir militairement en Ukraine, histoire de bien fermer l’hypothèse et de livrer l’intervention occidentale à elle-même.

Le 5 mai 2024, l’intervention occidentale en Ukraine a ainsi été autorisée, et définie.

Ne manquait alors plus que la réponse russe. Elle est venue le lendemain. Le 6 mai 2024, le ministre russe de la Défense a annoncé des exercices militaires « en réponse aux déclarations provocatrices et menaçantes de certains dirigeants occidentaux contre la Fédération de Russie ».

La tenue de ces exercices sera faire « sur instruction du Commandant en chef suprême des forces armées de la Fédération de Russie », qui est le président russe Vladimir Poutine. C’est une décision du plus haut niveau possible.

Et, surtout, il y a la tenue de ces exercices.

« Au cours de l’exercice, une série de mesures seront prises pour s’entraîner à la préparation et à l’utilisation d’armes nucléaires non stratégiques. »

La doctrine militaire russe est formelle. L’emploi des armes nucléaires est réservé à une situation où l’existence même de l’Etat russe est menacé. Depuis plusieurs mois, cet emploi a été élargi à la Biélorussie, où des armes nucléaires non stratégiques ont été placées.

Ces armes désignent en fait des bombes nucléaires de puissance bien moindre, pour détruire notamment des troupes s’avançant.

Le principe a notamment été théorisé par l’Otan pendant la guerre froide. En cas d’offensive du pacte de Varsovie, il avait été considéré que les troupes passeraient par deux passes stratégiques : la trouée de Fulda, près de Francfort, et la vallée du Danube à la frontière entre l’Autriche et la Slovaquie. Les armes nucléaires tactiques de l’Otan étaient prêtes à être lancées ou utilisées sur place en cas d’attaque.

Autrement dit, la Russie a elle-même exposé ses deux lignes rouges à une intervention occidentale. La première, c’est une invasion occidentale de la Biélorussie, et il faut considérer que l’enclave de Kaliningrad est concernée ici.

La seconde, c’est la défaite : si l’armée russe est défaite au-delà d’un certain point, elle forcera l’arrêt des hostilités.

Deux autres points viennent s’ajouter.

Tout d’abord, le même jour, la Russie a convoqué l’ambassadeur français, et averti que si des armes britanniques fournis à l’armée ukrainienne frappait le territoire russe, alors « toute installation ou équipement militaire britannique sur le territoire ukrainien et au-delà » pourrait en conséquence être la cible de l’armée russe.

Cela fournit une « limite » à la France et au Royaume-Uni.

Ensuite, le président Xi Jinping était également le même à Paris. Il a tenu de nouveau le discours chinois qui dit tout pour ne rien dire, et rien pour tout dire. La formule la plus concrète fut :

« Nous nous opposons à l’utilisation de la crise ukrainienne pour jeter la responsabilité sur d’autres, salir un pays tiers et déclencher une nouvelle guerre froide. »

Autrement dit, la Chine n’interviendra pas directement aux côtés de la Russie, mais naturellement tout est un jeu mondial, et la Chine a tout intérêt à ce que la Russie ne perde pas, donc il ne faut pas compter sur elle pour se subordonner aux occidentaux.

De toutes manières ici, à part pour les journalistes occidentaux qui sont de purs crétins, il est évident que la Russie n’aurait jamais lancé son opération en Ukraine sans l’accord chinois. Stratégiquement, les intérêts russes et chinois sont trop communs.

Tout cela est malheureusement absolument clair, si on lit correctement les choses. Le 5 mai, les pays occidentaux ont défini le cadre de leur côté, le 6 mai la Russie a défini le cadre de son côté.

Tout ce qui produit sous un certain seuil de tolérance est donc accepté… L’intervention occidentale peut donc se faire, sans « risque de troisième guerre mondiale ».

Il faut noter ici la stupidité de ceux qui imaginent que l’escalade en Ukraine signifierai la destruction du monde. Ce fantasme « exterministe » n’a aucun sens. Les choses sont bien pires que ça, avec des affrontements qui vont s’étendre et se contracter, avec des armes nucléaires qui peuvent être utilisées et provoquer des catastrophes, sans pour autant que ne cesse les conflits, etc.

Pour qui s’intéresse plus précisément à cette question de l’emploi de l’arme atomique, un article est ici incontournable : « Les stratégies impérialistes de contournement de l’équilibre de la
terreur à l’époque de la seconde crise générale du capitalisme :
l’asphyxie comme approche de la superpuissance américaine, le
délitement comme approche sino-russe » (revue Crise n°18, février 2022).

Si on veut angoisser, on peut dire que les 5-6 mai 2024, il y a eu la mise en place d’un contournement de l’équilibre de la terreur.

Naturellement, dans les faits tout sera bien plus compliqué et les généraux furieux qui s’imaginent inventer des « règles » sont en plein délire. Mais ce sont eux qui décident… Ce sont eux qui font ce qu’ils veulent…

Pour l’instant. Guerre à la guerre! L’ennemi est dans notre propre pays, conformément au défaitisme révolutionnaire. Non à l’intervention occidentale pour faire la guerre contre la Russie!

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Refus de l’hégémonie

Macron dans The Economist: la guerre au nom de l’Europe

Lorsque le président français Emmanuel Macron a parlé d’intervention militaire française en Ukraine le 26 février 2024, pratiquement personne ne l’a pris au sérieux dans le pays. Les Français sont ainsi, ils ne prennent rien au sérieux.

Néanmoins, tout l’appareil d’État s’est mis en branle dans cette perspective de conflit. L’économie de guerre a pris forme, la propagande a commencé à se généraliser.

Le 2 mai 2024, dans un entretien à l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel Macron a réaffirmé la perspective de l’intervention. Et là les Français ne se moquent plus de lui. Car en deux mois, le matraquage a opéré. En ce sens, notre chronologie de l’escalade depuis le 26 février 2024 est une arme politique centrale et il y a lieu de se fonder dessus en toutes occasions.

L’entretien avec The Economist s’inscrit dans cette militarisation et il va d’ailleurs avec un paquet. On a l’interview publié en anglais, l’original en français, un article de présentation de The Economist, puis un long article de commentaire.

« Une région en danger mortel »
« Le message urgent d’Emmanuel Macron pour l’Europe »

Le mot d’ordre de The Economist : Emmanuel Macron a « une vision apocalyptique », et malgré les apparences où l’on peut penser qu’il va très loin, ou trop loin, il aurait raison. « Comme d’autres lugubres visionnaires, il court le risque que son message soit ignoré ».

On lit en conclusion de la présentation d’ailleurs la chose suivante.

« Monsieur Macron est plus clair sur les périls auxquels l’Europe est confrontée que le dirigeant de n’importe quel autre grand pays.

Lorsque le leadership fait défaut, il a le courage de regarder l’histoire dans les yeux. La tragédie pour l’Europe est que les paroles de la Cassandre française risquent de tomber dans l’oreille d’un sourd. »

Emmanuel Macron a donc ici le statut d’un prophète. Sa parole est présentée comme essentielle, car ce dont il s’agit, c’est de sauver la partie européenne de l’occident capitaliste. Pas moins.

Ce qu’il faut noter en effet, et c’est très important, c’est que The Economist souligne que l’entretient se tient quelques jours après le grand discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron, tenu à la Sorbonne.

Or, comme on le sait, le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne. Il faut donc comprendre l’Europe au sens d’un continent. Emmanuel Macron parle d’ailleurs de menace « existentielle » pour l’Europe géographique et il est également question de la Norvège, un autre pays à l’écart de l’Union européenne.

Emmanuel Macron parle d’un « beau, grand et existentiel débat que les Européens doivent avoir et qui n’est pas réduit à l’Union européenne ». 

Emmanuel Macron à la Sorbonne pour son discours sur l’Europe

Le long article de commentaire de l’interview est d’ailleurs titré « How to rescue Europe », « Comment sauver l’Europe ». Il cite les propos d’Emmanuel Macron lors de l’entretien, comme quoi « une civilisation peut mourir ».

Que dit justement Emmanuel Macron ? Voici les propos les plus significatifs. Mais avant tout, il faut remarquer qu’Emmanuel Macron est brillant dans la construction du propos. On sait comment en France, on aime se moquer des politiques, de manière populiste, disproportionnée. C’est un défaut, propre aux Français qui ne savent pas accorder de gravité suffisante aux choses essentielles.

Emmanuel Macron agit en effet en professionnel. Le moindre mot est soupesé, habilement choisi. Il maîtrise de manière parfaite tout le langage et la philosophie de « l’humanisme européen », dont la source est l’esprit bourgeois tchécoslovaque des années 1920.

La Tchécoslovaquie, qui venait de se libérer de l’oppression féodale autrichienne et hongroise, était la seule démocratie bourgeoise d’Europe centrale, au milieu des dictatures fascistes. Cela a produit un esprit bourgeois post-chrétien (ou démocrate-chrétien), « progressiste », « humaniste », anti-féodal et libéral, mais teinté d’inquiétude : l’humanité connaît une crise, il faut réfléchir au développement de la technique, le rôle de la technique et de l’organisation, etc.

Les propos d’Emmanuel Macron, dans leur forme et leur esprit, sont un écho très clair de ceux du président tchécoslovaque Tomáš Masaryk, d’Edmund Husserl, de Karel Čapek, repris ensuite par Karel Kosík, Jan Patočka, Václav Havel.

C’est l’idéologie de l’Union européenne, bien qu’il manque une inquiétude profonde, une angoisse, qu’on retrouve par contre de manière totale et absolue en France Antoine de Saint-Exupéry, Albert Camus, la CFDT, l’UNEF, etc.

Emmanuel Macron se situe dans cette perspective. Il est donc un cadre bourgeois brillant. En fait, il redevient le jeune libéral-démocrate « moderne » qui avait été choisi par la haute bourgeoisie moderniste, financière et technologique, pour gagner l’élection présidentielle de 2017.

Il faut, pour saisir son approche, de l’intelligence et de la culture, sans quoi on se fait piéger. C’est à cela que nous travaillons. Emmanuel Macron se propose comme Tomáš Masaryk, il le fait sciemment. S’imagine-t-on qu’on puisse le combattre sans être à son très haut niveau intellectuel et idéologique ?

Ce n’est pas avec la CGT qu’on combat au plus haut niveau, en fait celui de l’affrontement entre capitalisme et Socialisme. C’est avec l’esprit de Parti, avec le drapeau rouge. Avec un travail de fond, avec une presse intelligente et cultivée. C’est notre travail, central et essentiel.

La teneur des propos d’Emmanuel Macron n’en apparaissent, cela dit, que plus clairement.

« Nous sommes le continent qui a inventé la démocratie libérale. Nos systèmes de société reposent sur ces règles. Or nous sommes percutés par ce que les réseaux sociaux et la numérisation de la vie de nos sociétés et du fonctionnement démocratique créent de vulnérabilités. »

« Les choses peuvent se désagréger très vite. Elles créent en Europe et partout ailleurs, une montée des colères et du ressentiment. Nos compatriotes le sentent. Cela nourrit de la peur, de la colère et cela nourrit les extrêmes. Les choses peuvent se précipiter beaucoup plus vite qu’on ne le croit et peut conduire à une mort beaucoup plus brutale qu’on ne l’imagine.

Ce qui m’intéresse surtout, c’est de conjurer ce mouvement à l’œuvre et montrer qu’un sursaut est possible. Et d’ailleurs, toutes les décisions que nous avons prises ces dernières années, sont des décisions que nous n’avons pas prises dix ans plus tôt. On a réagi plus vite, mieux et dans la bonne direction.

Mais il y a une telle accélération des risques, des menaces, du mal-être de nos sociétés qu’il nous faut maintenant un sursaut beaucoup plus profond. Et au fond, il nous faut bâtir un nouveau paradigme. Un nouveau paradigme géopolitique, économique et de société pour l’Europe. »

« Il y a non seulement un retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen, mais cette guerre est menée par une puissance dotée de l’arme nucléaire et qui a un discours belliqueux. Tout cela fait que l’Europe doit légitimement se poser la question de sa protection militaire. Et qu’en effet, elle doit se préparer à ne plus bénéficier de la même protection par les Etats-Unis d’Amérique, c’est ce que je disais déjà en 2019 dans vos colonnes. Nous devons nous préparer à nous protéger. »

« Le défi pour l’Europe est économique et technologique. Il n’y a pas de grandes puissances sans prospérité économique, ni sans souveraineté énergétique et technologique. »

« Nous devons être encore plus puissants, plus forts, plus radicaux. Et à cela s’ajoute le fait que l’Europe ne produit pas assez de richesse par habitant, en comparaison là aussi des autres grandes puissances, et notre grande ambition, alors que nous sommes dans un moment de réallocation des facteurs de production, qu’il s’agisse des cleantech ou de l’intelligence artificielle, c’est d’être un continent attractif pour ces grands investissements. »

Tout ce discours permet donc de faire de la Russie un ennemi absolu, une sorte d’entité anti-libérale et anti-moderne par excellence. Une construction habile, qui obtient sans souci l’aval des citoyens biberonnés à la société de consommation.

« La Russie, c’est une menace qu’on connaît, qu’on a toujours vu. Je parle pour l’ensemble des Européens et tout particulièrement pour l’Allemagne et la France, puisque nous étions en charge de sauver les accords de Minsk et du processus de Normandie. »

« Depuis 2022, Vladimir Poutine n’a plus mis les pieds lui-même dans un g20 et il a été exclu du g8 devenu g7 en 2014. Elle a décidé d’enfreindre le droit international en violant des frontières internationalement reconnues pour un membre permanent du Conseil de sécurité.

À ce point, avec une telle constance, c’est inédit. Elle a aussi commis des crimes de guerre, là aussi avec une puissance inédite. C’est elle qui a lancé cette guerre d’agression contre un pays souverain sur le sol européen.

Il ne faut pas sous-estimer non plus le glissement. Sur la question des oblasts, la Russie a essayé de construire une espèce de paravent de légalité, lequel a été ensuite abandonné. Beaucoup de gens ont sous-estimé le glissement qu’il y a eu entre février et avril 2022. En février, la Russie faisait encore l’effort de formuler un narratif qui serait compatible avec le droit international avec cette idée d’« opération spéciale ».

Maintenant, la Russie elle-même utilise le mot de « guerre » et l’assume. Elle est sortie de tous les cadres et au fond, elle est rentrée dans une logique de guerre totale.

Depuis 2022, de manière croissante, la Russie a ajouté la menace nucléaire explicite, parfois désinhibée, par la voix du président Poutine lui-même et ce, de manière systématique. Elle y a ajouté l’hybridité, en provoquant et en attisant des conflits qui étaient parfois larvés dans d’autres zones. Elle y a ajouté des agressions et des menaces dans l’espace et dans le champ maritime, et elle y a ajouté des menaces et des attaques cyber et informationnelles à un niveau inédit que nous avons décidé, avec nos partenaires européens, pour la première fois, de révéler.

La Russie aujourd’hui est devenue une puissance suréquipée qui continue d’investir de manière massive dans les armements de tout type et qui a une posture de non-respect du droit international, d’agressivité territoriale et d’agressivité dans tous les champs connus de la conflictualité.

C’est aujourd’hui aussi une puissance de déstabilisation régionale partout où elle le peut. Et donc oui, la Russie, ce faisant, par son comportement et ses choix, est devenue une menace pour la sécurité des Européens. En dépit de tous les efforts qui ont été faits par la France, mais aussi par l’Allemagne et les Etats-Unis. »

Après de tels propos, la guerre se justifie d’elle-même

The Economist: Maintenez-vous vos propos concernant un envoi éventuel des troupes au sol ?

Président Macron: Tout à fait. Comme je l’ai dit, je n’exclus rien, parce que nous avons face à nous quelqu’un qui n’exclut rien. 

CQFD : puisque, en face, est apparu un ennemi sans légitimité, une puissance définie par le rejet du « droit », alors on a le droit de s’y confronter. Le raisonnement est implacable.

Et alors autant le faire le plus tôt possible :

« Si les Russes devaient aller percer les lignes de front, s’il y avait une demande ukrainienne – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – on devrait légitimement se poser la question. »

C’est donc la décision de la guerre, qui sera prise mécaniquement (car de la « faute » des Russes), anonymement (car sous prétexte de la protection européenne en général).

Si l’on regarde avec intelligence le cours des choses, tout s’enchaîne avec méthode et cohérence. Cela ne veut pas dire qu’Emmanuel Macron sache ce qu’il fait, car la bourgeoisie ne pense pas. Il ne veut pas de la guerre, dira-t-il, si on lui demande personnellement, et il sera sincère dans sa réponse.

Mais l’Histoire est l’Histoire de la lutte des classes, et il n’est qu’un outil de la bataille pour le repartage du monde, de la bataille sino-américaine pour l’hégémonie.

A nous de lever le drapeau rouge contre l’hégémonisme et la guerre !

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Nouvel ordre

1er mai 2024 – faire face à la guerre

Le premier mai, c’est la journée du prolétariat international, c’est la journée du drapeau rouge. Et comme malheureusement le prolétariat international n’est pas à la hauteur, le monde se précipite dans la guerre. Les capitalistes visent à se repartager le monde pour développer coûte que coûte leurs économies.

C’était sans doute inévitable en raison de l’expansion massive du capitalisme entre 1989 et 2020, à l’échelle mondiale. L’intégration des pays de l’ancien bloc de l’Est et la transformation de la Chine en usine du monde ont facilité de manière massive l’accès aux marchandises. Les gens des pays occidentaux sont tout simplement corrompus par le mode de vie occidental.

Les gens considèrent qu’il n’y a plus de classe, que le capitalisme est le seul horizon. La question animale les interpelle parfois peut-être, mais ils ne font rien pour les animaux pour autant. Les femmes refusent d’assumer la direction de la société, laissant les généraux être tous des hommes, ainsi que la quasi totalité des banquiers, des grands patrons, des grands financiers, etc.

Sous prétexte de tolérance, c’est le libéralisme qui dirige tout, donnant naissance à la permissivité généralisée, au laxisme, à la fragilité artificielle, au culte émotif de l’ego, au style de vie bobo ou LGBT. Rien ne va plus dans la société capitaliste en perdition, en décadence généralisée.

Mais le Socialisme est inévitable historiquement. Et le capitalisme triomphant a comme conséquence la grande bataille pour le repartage du monde. La crise de 2020 a tout bouleversé, la croissance a rencontré un mur, et le seul moyen de le contourner est pour chaque pays de s’approprier les richesses d’un autre pays.

C’est donc la guerre qui est à l’ordre du jour. Et là, le prolétariat a des intérêts contraires à ceux de la bourgeoisie. Il peut et doit se recomposer dans une vaste lutte de classes l’arrachant à sa corruption et le replaçant en face de son ennemi historique.

Il n’y a donc pas lieu de perdre son temps avec la pseudo-gauche, universitaire et bobo, dont le centre de gravité, ce sont les réseaux sociaux, dont les références, ce sont les migrants et les LGBT. Tout cela n’est que le produit « de gauche » de la société de consommation.

Ce qu’il faut, c’est réapprendre de Rosa Luxembourg et de Lénine, pour affirmer le défaitisme révolutionnaire. L’ennemi est dans notre propre pays, il faut saboter l’effort de guerre, guerre à la guerre !

La France est en train de mettre en place une « économie de guerre ». C’est là une ennemie. Cette mise en place est également directement encadrée et soutenue par l’Otan d’un côté, l’Union européenne de l’autre. Ce sont là deux autres ennemis. Et tout cela a comme sens fondamental que la France est devenue le vassal de la superpuissance américaine, qui entend affronter son concurrent chinois.

La France met en place une économie de guerre, en tant que vassal le plus zélé de la superpuissance américaine qui entend à ce que l’Otan et surtout l’Union européenne se lance dans un soutien à tous les niveaux au régime ukrainien pour défaire la Russie. Telle est la clef de toute la situation politique.

C’est l’aspect principal. Tout dépend de ça. Il n’est pas de phénomènes en France qui n’échappe à cette tutelle historique qu’est la marche à la guerre.

Nous ne sommes qu’au début du processus. Mais la guerre mondiale a déjà commencé. Les 5-10 ans à venir vont être décidés par l’affrontement sino-américain.

Il y a besoin d’un pays occidental décrochant de la société de consommation, rejetant les hégémonies impérialistes. Faisons en sorte que ce soit le nôtre !

Vive le Socialisme – guerre à la guerre !

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Rapport entre les classes

L’occupation de Sciences Po par la « gauche » américaine

Sciences Po a été brièvement occupé, à Paris, par des étudiants ayant mené une opération de grand guignol. Déguisés au moyen de keffiehs et brandissant des drapeaux de la Palestine, ces étudiants se sont imaginés l’avant-garde de la contestation mondiale, en mobilisant dans cette école depuis la mi-mars, jusqu’à finalement une occupation pour bloquer les cours.

Leur revendication : le cessez-le-feu à Gaza, alors que l’armée israélienne ravage totalement cette zone, provoquant la mort d’autour de 30 000 personnes. Il va de soi qu’on est ici dans le théâtre, puisque les occupants de Sciences Po disent en fait… exactement la même chose que la diplomatie française.

Mais ce à quoi on assiste est un théâtre justement parfaitement mis en scène. Les étudiants jouent à s’imaginer avoir une existence sociale et politique au niveau mondial. Et cette auto-intoxication vise à renforcer le camp de la « gauche » américaine.

La France insoumise, le fer de lance idéologique de cette « contestation », a ainsi été un soutien permanent, avec notamment Jean-Luc Mélenchon envoyant une vidéo de soutien :

« Je voulais à tout prix vous adresser le salut le plus reconnaissant et le plus admiratif pour le travail que vous avez engagé en occupant les lieux et puis ce matin en vous rassemblant.

Vous êtes à cet instant, pour nous, l’honneur de notre pays. L’image la plus forte que nous puissions donner du fait que les Français n’acceptent pas, ne se résignent pas, ne laissent pas faire sans agir, l’odieux, l’abominable massacre, le terrible génocide à Gaza. »

Jean-Luc Mélenchon était également présent pour un meeting à Sciences Po le 22 avril 2024, après une interdiction de s’exprimer à l’université de Lille. Jean-Luc Mélenchon avait alors rapproché le président de cette université du fonctionnaire nazi Eichmann, qui en tant que fonctionnaire avait joué un rôle essentiel dans la logistique de l’Holocauste.

Et cinq députés La France insoumise étaient à Sciences Po pour soutenir les occupants, et jouer un rôle dans la négociation avec la direction de cette école, obtenant l’arrêt de l’occupation en échange d’une amnistie.

C’est terrible pour les Palestiniens de voir leur cause utilisée par des opportunistes prompts à n’importe quelle magouille. Les Palestiniens connaissent une situation dramatique depuis 1948 et on ne les redécouvre que lors de catastrophes, comme là alors que l’État israélien détruit Gaza dans le sang à la suite de l’attaque assassine du Hamas le 7 octobre 2023.

Mais telle est cette « seconde gauche », qui utilise des causes pour contester sans remettre en cause.

La « seconde gauche », c’est cette « gauche » étrangère au mouvement ouvrier historiquement. Appuyée par le capitalisme, elle a triomphé. Pour les gens, être à gauche maintenant, c’est promouvoir la modernité du capitalisme dans sa version sociale, les migrants, les LGBT, le style de vie bobo, l’esthétique des centre-villes, l’art contemporain.

Quelle honte!

La « seconde gauche » est bourgeoise moderniste, par opposition aux bourgeois conservateurs, mais bourgeoise tout de même. C’est l’équivalent de ce qu’on a aux États-Unis, avec les Démocrates et les Républicains. Et l’occupation de Sciences Po à Paris, au nom soit-disant de la Palestine, est dans ce cadre un exemple parlant. C’est tout le rapport entre les classes qui s’y révèle.

Car la France est en effet en train d’instaurer une économie de guerre et assume de vouloir dépecer la Russie. Mais la « gauche » américaine telle qu’elle existe en France ne parle absolument jamais de cela, ou seulement pour un article ou un communiqué de temps en temps. Elle ne croit pas en la guerre de repartage du monde, elle croit seulement en la société française de consommation, où il s’agirait de s’agiter pour « déconstruire ».

La question palestinienne est alors utilisée pour masquer la réalité bourgeoise de la gauche américaine, pour donner une aura contestataire, voire révolutionnaire. C’est totalement artificiel et ouvertement populiste, puisqu’il s’agit de jouer sur le nationalisme arabe et le sentiment religieux, voire un antisémitisme qui ne s’assume pas. Quand on voit des gens de cette « gauche » américaine donner des drapeaux palestiniens à des enfants arabes, on devine l’arrière-plan manipulateur, régressif.

En réalité, la question palestinienne ne s’explique que si on voit que les puissances luttent les unes contre les autres, avec l’État israélien fanatisé et meurtrier utilisé par la superpuissance américaine, le Hamas criminel et obscurantiste utilisé par le Qatar, la Turquie et l’Iran.

Et l’Histoire n’est pas faite par les étudiants de Columbia ou de Sciences Po Paris, deux lieux de l’élite des cadres des bourgeoisies américaine et française. Mais peut-on encore les distinguer d’ailleurs, alors que les études aux États-Unis, au Canada ou en Angleterre relèvent désormais de l’habitude pour les enfants des couches supérieures une fois le bac en poche ?

Car l’imaginaire est ici totalement bourgeois. Le député LFI Carlos Martens Bilongo avait justement lancé à Sciences Po :

« Comme à Columbia, comme à Harvard, ça donne du courage de vous voir vous lever ! »

« Columbia, Sciences Po, Buenos Aires : la jeunesse montre la voie »dit pareillement Révolution Permanente, ce qui est délirant quant on sait à quel point Sciences Po Paris représente l’élite bobo de gauche.

On lit :

« De New York à Buenos Aires, ces mobilisations portent en elles la colère profonde d’une jeunesse qui refuse qu’on l’empêche d’avoir accès à l’éducation, d’aspirer à une vie meilleure ou encore que leurs études servent les intérêts des puissances impérialistes. »

Justement, pas du tout, Columbia et Sciences Po sont les élites assumées de demain. Pour Columbia, une année d’étude revient à 89 587 dollars (bien qu’il existe des aides possibles), pour Harvard, 82 866 dollars.

Le capitalisme s’effondre, et le théâtre des bourgeois de gauche contre les bourgeois de droite s’agite d’autant plus. Mais ce sont des contre-feux pour tromper les masses au moyen d’une fausse actualité, rien de plus.

La vraie actualité, c’est la marche à la guerre mondiale, avec en son cœur l’affrontement entre les superpuissances américaine et chinoise. Impossible de soutenir les Palestiniens si on ne comprend pas cela, justement.

Mais ici c’est du théâtre, seulement du théâtre. Un marché aux illusions, une foire, une sinistre farce !

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Refus de l’hégémonie

Discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe

Le président français Emmanuel Macron est revenu dans l’amphithéâtre de l’université de la Sorbonne, sept ans après, pour de nouveau un discours sur l’Europe.

Voici les passages les plus importants de ce qu’il a dit le 25 avril 2024, où l’on voit que la France « gaulliste » consiste à être au premier rang dans une Union européenne qui est une succursale de la superpuissance américaine.

« Le principal danger pour la sécurité européenne est évidemment aujourd’hui la guerre en Ukraine.

La condition sine qua non de notre sécurité, c’est que la Russie ne gagne pas la guerre d’agression qu’elle mène contre l’Ukraine. C’est indispensable. C’est pourquoi nous avons eu raison, dès le début, de sanctionner la Russie, d’aider les Ukrainiens et de continuer à le faire, d’avoir la chance d’avoir les Américains à nos côtés pour cela, et sans cesse de relever notre aide et d’accompagner.

Simplement, j’assume totalement le choix en la matière, le 26 février dernier à Paris, d’avoir réintroduit une ambiguïté stratégique.

Pourquoi ? Nous sommes face à une puissance qui est désinhibée, qui a attaqué un pays d’Europe, mais qui n’est plus dans une opération spéciale et qui ne veut plus nous dire quelle est sa limite.

Pourquoi chaque matin devrions-nous dire, nous, quelles sont toutes nos limites stratégiquement ? Si nous disons que l’Ukraine est la condition de notre sécurité, que se joue en Ukraine, davantage que la souveraineté et l’intégrité territoriale de ce pays déjà clé, mais la sécurité des Européens.

Avons-nous des limites ? Non. Et donc, nous devons être crédibles, dissuader, être présents et continuer l’effort.

Mais cette guerre, engageant une puissance dotée de l’arme nucléaire et qui utilise celle-ci dans sa rhétorique, n’est sans doute que le premier visage des tensions géopolitiques avec lesquelles l’Europe doit apprendre à vivre.

C’est pourquoi nous sommes en train de vivre un changement très profond en termes de sécurité. Les événements les plus récents ont démontré l’importance des défenses anti-missiles, des capacités de frappe dans la profondeur, qui sont indispensables au signalement stratégique et à la gestion de l’escalade face à des adversaires désinhibés.

C’est pourquoi ce qu’il nous faut faire émerger, et c’est cela le paradigme nouveau en matière de défense, c’est une défense crédible du continent européen.

Alors évidemment, le pilier européen au sein de l’OTAN que nous sommes en train de bâtir, dont nous avons convaincu tous nos partenaires du bien-fondé ces dernières années, est essentiel. Mais il nous faut donner un contenu à ce qu’est cette défense crédible de l’Europe, qui est la condition même pour rebâtir un cadre de sécurité commun. L’Europe doit savoir défendre ce qui lui est cher, avec ses alliés, à chaque fois qu’ils sont prêts à le faire à nos côtés, et seule si c’est nécessaire.

Est-ce que pour ça, il nous faut un bouclier antimissile ? Peut-être. Est-ce en augmentant nos capacités de défense, et lesquelles ? Sans doute. Est-ce suffisant face aux missiles russes ? Il nous faut travailler sur ce point.

Mais quand nous avons un voisin devenu agressif, qui n’explique plus ses limites, mais qui dispose de capacités balistiques, sur lesquelles il a beaucoup innové ces dernières années, dont les portées et la technologie s’est transformée, qui dispose de l’arme nucléaire et en a monté les capacités, on voit bien qu’il nous faut bâtir ce concept stratégique d’une défense européenne crédible pour nous-mêmes. »

« La dissuasion nucléaire est en effet au cœur de la stratégie de défense française. Elle est donc par essence un élément incontournable de la défense du continent européen.

C’est grâce à cette défense crédible que nous pourrons bâtir les garanties de sécurité qu’attendent tous nos partenaires, partout en Europe, et qui aura vocation aussi à construire le cadre de sécurité commun, garantie de sécurité pour chacun. Et c’est ce cadre de sécurité qui nous permettra, le jour d’après aussi, de construire les relations de voisinage avec la Russie. »

« Il nous faut aussi nous presser dans la mise en œuvre de la Boussole stratégique, que nous avons conclue sous la présidence française du Conseil de l’Union européenne, et tout particulièrement mettre en place une force de réaction rapide pour pouvoir déployer rapidement jusqu’à 5 000 militaires dans des environnements hostiles d’ici à 2025, en particulier, pour venir en aide à nos ressortissants.

Nous devons également, pour ce faire, investir les nouveaux espaces de conflictualité.

Là où nous le voyons, dans la guerre hybride que nous mène la Russie, se joue déjà une part de la guerre d’aujourd’hui, là où se protègent nos infrastructures, qu’il s’agisse des transports, des hôpitaux, des réseaux électriques ou des télécommunications.

Aussi, je souhaite que nous développions une capacité européenne de cybersécurité et de cyberdéfense. Et alors même que nous sommes tous en train de commencer à bâtir ces capacités pour nos propres armées, c’est une occasion inédite de tout de suite bâtir des coopérations européennes et d’agir en Européens face à ces risques. »

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Refus de l’hégémonie

« Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie »

Pas un jour sans bourrage de crâne ! Cette fois, c’est un inconnu qui s’y colle, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe depuis février 2024. Dans une interview à Ouest-France le 21 avril 2024, il se déchaîne. « Nous sommes pilonnés », dit-il.

Par quoi? Par des manipulations russes à grande échelle, qui amèneraient à penser comme-ci ou à réfléchir comme-ça. Et cela, tout le temps ! Les preuves, bien sûr il n’y en a aucune.

« Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie de Vladimir Poutine et de ses courroies de transmission. Il ne se passe pas une semaine sans que la France ne soit la cible de manœuvres coordonnées et délibérées pour perturber le débat public et interférer dans la campagne pour les élections européennes. »

L’emploi des mots « courroie de transmission » est lourd de sens. Il est évident que les opposants à la guerre contre la Russie seront taxés d’agents de la Russie. Le narratif s’installe pour criminaliser.

Il ne peut qu’en être ainsi, car la Russie n’a aucune influence sur l’opinion publique. Personne n’en a une, d’ailleurs. Les gens suivent la société de consommation, et tant que ça tourne, ça tourne. Croire qu’avec quelques sites internes mensongers ou des bots producteurs de messages sur les réseaux sociaux, la Russie pourrait manipuler à grande échelle des gens, c’est prendre au sérieux les théoriciens de la publicité et du marketing.

Bien entendu, cela ne veut pas dire que les Etats ne mènent aucune opération de guerre psychologique. Mais là, on est en plein fantasme, on est dans le bourrage de crâne, en jouant sur l’image d’Epinal du Russe sûr de lui et manipulateur induisant les esprits en erreur avec des moyens totalitaires.

Ce qui joue, en réalité, ce sont les influences culturelles et idéologiques. C’est indirectement que ces choses fonctionnent, certainement pas à coups de manipulations grossières sur des réseaux sociaux.

D’ailleurs, Jean-Noël Barrot explique… que de son côté l’Etat mobilise des influenceurs et la télévision nationale pour diffuser les valeurs de l’Union européenne vues par le prisme du gouvernement… C’est très exactement cela, le réel pilonnage pour façonner les opinions publiques.

Dans ce cadre, l’Union européenne est devenu de manière unilatérale l’outil de la superpuissance américaine, avec son idéologie libérale-sociale, mêlant LGBT, art contemporain, relativisme généralisé, consumérisme débridé, etc.

Et la fonction, c’est désormais la guerre contre la Russie. D’où la théorie de la « souveraineté européenne », une fiction au service de la campagne belliciste.

Tout cela marche très efficacement. Il n’est pas difficile de voir en avril 2024 qu’en France, le légitimisme est généralisé. Tout le monde s’aligne sur un mode de vie à protéger coûte que coûte. Rien ne doit plus venir bousculer la société de consommation. Et pour la sauver, la Russie doit tomber, telle est la démarche absolument dominante.

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Refus de l’hégémonie

Thomas Piketty, la « gauche » pro-américaine avec l’Ukraine

Dans pratiquement tous les pays occidentaux, les écologistes et les socialistes sont devenus les plus fervents partisans de la superpuissance américaine et de l’Otan. Cela peut sembler paradoxal, mais la raison est simple. Ces partis sont la version de gauche du mode de vie capitaliste, ils existent par la stabilité du capitalisme. Comme ils existent par cette stabilité, ils se mettent à exister pour elle.

Si pour maintenir le capitalisme social il faut maintenir le capitalisme en assumant la guerre, alors ces gens l’assument.

On a ainsi le chef du Parti travailliste britannique qui vient de tenir des propos macabres. On ne parle pas ici de quelqu’un issu de la bourgeoisie : Keir Starmer vient d’une famille où il y avait quatre enfants, son père était ouvrier, sa mère infirmière, il a vécu dans une toute petite ville en périphérie de Londres. Son prénom fait référence au premier député travailliste, lui-même a été un cadre trotskiste dans sa jeunesse.

Le 12 avril 2024, donc, il a accompagné le secrétaire d’État britannique à la défense John Healey sur le chantier naval de BAE Systems à Barrow. C’est là-bas que sont construits les sous-marins d’attaque nucléaire britannique. On lui a demandé s’il était prêt à appuyer sur le bouton rouge, et il a répondu que « la dissuasion nucléaire est la menace ultime et, par conséquent, la dissuasion ne fonctionne que si l’on est prêt à l’utiliser ».

À la précision de savoir s’il le ferait « même si cela signifie potentiellement tuer des millions de personne », Keir Starmer a réaffirmé sa position : « La dissuasion ne fonctionne que si l’on est prêt à l’utiliser – c’est donc une réponse claire à votre question ».

Le même jour, il publiait un article dans le Daily Mail pour affirmer son soutien « inébranlable » à l’emploi de l’arme atomique.

C’est paradoxal, mais cela ne doit pas étonner, et on a la même chose avec Thomas Piketty. C’est un économiste extrêmement connu, il est considéré comme l’une des plus grandes figures de la Gauche française. Il ne cesse de dénoncer les inégalités dans toute une série d’ouvrages, dont l’un, Le capital au 21e siècle, publié en 2013, a connu un succès phénoménal.

Thomas Piketty est notamment Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, et c’est là quelque chose de très important, car les institutions universitaires sont des usines à cadres de la gauche à l’américaine, qui veulent réimpulser le capitalisme.

On parle ici de la Gauche célébrant les migrants, les LGBT, le cannabis, la PMA-GPA, bref tout ce qui peut développer des marchés et élargir le capitalisme. C’est présenté comme « de gauche » car donnant plus de « droits » aux citoyens.

Thomas Piketty dénonce pour cela le rôle des héritages, car pour lui cela enraye la dynamique capitaliste. Et, de la même manière, il se lance dans une croisade contre la Russie, dans une démarche impérialiste pour relancer le capitalisme.

On retrouve les positions de Thomas Piketty notamment dans les quotidiens Libération et Le Monde, et c’est dans ce dernier quotidien qu’on trouve deux appels.

  1. Le 13 avril 2024, Thomas Piketty appelait à l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne, afin de relancer le capitalisme (« L’entrée de l’Ukraine dans l’UE doit être l’occasion de formuler des normes strictes garantissant le pluralisme sous toutes ses formes« ).
  2. Le 17 avril 2024, il cosignait une tribune appelant à confisquer les avoirs russes pour les attribuer par la force au régime ukrainien (« La confiscation des avoirs publics russes constituerait une avance sur les réparations« ).

La première tribune est exemplaire. L’Ukraine est totalement corrompue et aux mains des oligarques depuis l’effondrement de l’URSS. Il y a des régions avec une vaste autonomie, accordant une dimension mafieuse à la domination. Le président actuel, Volodymyr Zelensky, n’était qu’un humoriste à l’humour populiste avant de se voir propulser par une partie de l’élite comme figure politique.

Aujourd’hui, le régime ukrainien est aux mains du nationalisme bandériste. Tous les partis de gauche sont interdits, les références positives à ce qui relève historiquement de la gauche sont interdites, les monuments soviétiques détruits y compris ceux honorant les morts de la seconde guerre mondiale, etc.

Et pourtant Thomas Piketty dit que l’Ukraine est démocratique ! Et il le dit, car il voit le moyen de moderniser l’Union européenne… C’est cela, la « Gauche » à l’américaine, et la « Gauche » pro-américaine.

« L’entrée possible de l’Ukraine dans l’Union européenne [UE] est-elle une bonne idée ? Oui, mais à condition de reformuler par la même occasion le projet européen. Pour résumer, cela doit être l’occasion de redéfinir l’UE comme une communauté politique au service de l’Etat de droit et du pluralisme démocratique, et de sortir de la religion économique du libre-échange et de la concurrence comme solution à tous les problèmes, qui a dominé la construction européenne depuis plusieurs décennies.

Si la défense de l’Ukraine face à la Russie a une importance vitale, c’est d’abord pour des raisons politiques et démocratiques. Contrairement à son voisin russe, l’Ukraine respecte les principes de la démocratie électorale, de l’alternance démocratique, de la séparation des pouvoirs et du règlement pacifique des conflits. »

Par l’intégration de l’Ukraine, on pourrait relancer l’économie, relancer l’Union européenne politiquement… Bref, relancer le capitalisme, mais « de gauche ».

« C’est en se redonnant des marges de manœuvre sur le plan social et économique que l’on pourra convaincre l’opinion de l’opportunité d’un nouvel élargissement européen, sur la base de valeurs démocratiques partagées et non pas d’une religion économique libérale profitant aux plus riches et éloignant toujours davantage les classes moyennes et populaires de l’idéal européen. »

La seconde tribune est bien plus belliciste. Elle salue que les bénéfices des avoirs russes aillent à l’armement pour le régime ukrainien, mais elle demande également que les avoirs russes soient confisqués dans leur intégralité.

« Nous saluons l’initiative du Conseil européen qui a convenu d’une taxation des intérêts générés par les capitaux publics russes immobilisés dans divers Etats européens. Cette taxe, dévolue à 90 % à l’achat d’armement pour l’Ukraine, constitue un premier pas. Mais cette décision semble bien timide, lorsque l’on compare le milliard d’euros promis aux Ukrainiens avec les 200 milliards d’euros d’actifs que la Banque centrale de Russie a déposés dans les établissements financiers européens (sur un total de près de 300 milliards d’euros placés hors de Russie).

Ces capitaux, l’Ukraine en aurait immédiatement l’usage pour entamer la réparation des dommages subis avec la destruction de ses infrastructures civiles, systématiquement visées par les missiles russes. La reconstruction des hôpitaux, écoles, universités et centrales électriques ne peut attendre la fin, indéterminée, des hostilités. »

Mieux encore, ce ne serait qu’un début, car la Russie devrait payer des réparations colossales. Il va de soi qu’une telle position est une ligne impérialiste jusqu’au-boutiste, forçant à un conflit total de part et d’autre.

« La confiscation des avoirs publics russes constituerait une avance sur les réparations que devra payer l’agresseur in fine. Les dommages causés par la Fédération de Russie sur le territoire ukrainien sont évalués par la Banque mondiale à près de 450 milliards d’euros, à ce jour. Soit déjà bien davantage que les avoirs russes gelés. »

Le soutien à la ligne d’Emmanuel Macron fixé le 26 février 2024 est explicite.

« Alors qu’Emmanuel Macron a plaidé pour qu’aucune limite ne soit fixée a priori à l’action des alliés de l’Ukraine, pourquoi ne pas mettre en œuvre, au titre des réparations, les mesures de confiscation légitimes au regard du droit international coutumier ? »

C’est un appel belliciste, dont voici la conclusion, avec la liste des signataires.

« Il est impératif que notre pays, à la demande de l’Ukraine, mette en œuvre toutes les dispositions requises pour la confiscation des avoirs publics russes déposés en France. Aider l’Etat ukrainien à confisquer ces capitaux constituerait un acte d’affirmation du droit international. Indirectement, cela contribuerait, en outre, à alléger le budget de l’Etat ukrainien consacré aux reconstructions, alors qu’il doit assurer les dépenses militaires indispensables au combat pour sa liberté… et la nôtre.

Premiers signataires : Nicolas Bouzou, économiste, essayiste et dirigeant d’entreprise ; Emmanuel Daoud, avocat près la Cour pénale internationale ; Antoine Garapon, magistrat, membre du comité de rédaction de la revue « Esprit » ; Olena Havrylchyk, professeure d’économie à l’université Paris-I ; Martine Jodeau, juriste, membre de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ; Olivier Passet, économiste ; Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS, professeur à l’Ecole d’économie de Paris ; Sylvie Rollet, professeure émérite des universités, présidente de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ; Dominique Schnapper, ancienne membre du Conseil constitutionnel ; Nicolas Tenzer, enseignant à Sciences Po, chargé de mission au Center for European Policy Analysis. »

Sous des apparences de justice, on a ici la ligne de la guerre totale. Telle est la ligne de la « Gauche » à l’américaine, de la « Gauche » pro-américaine, dont Thomas Piketty est une figure majeure.

Et ni le PCF, ni LFI, qui se veulent pourtant plus à gauche, n’expriment de rupture réelle avec cette « Gauche » à l’américaine, car ils soutiennent également le régime ukrainien et son armement, ils possèdent les mêmes valeurs libérales américaines (LGBT, migrants, art contemporain, etc.)

Il est évident que tout cela est en contradiction historique avec les intérêts des masses françaises, même si elles sont endormies, corrompues par le 24 heures sur 24 du capitalisme. L’avenir appartient ici clairement à la Gauche historique !

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Refus de l’hégémonie

12 avril 2024, journée de l’escalade forcenée

La chronologie depuis le 26 février 2024 est totalement délirante. Prenons le 12 avril 2024 : en apparence, c’est une journée comme les autres. Il n’y a aucune information majeure qui a marqué l’opinion. Et pourtant, c’est une journée dramatique tellement il y a de choses.

Déjà, il y a eu Pierre Lévy, ambassadeur français à Moscou, convoqué par le ministère russe des Affaires étrangères. Cela fait suite aux propos du ministre français des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, affirmant que le contact avec la Russie devait être rompu.

La Russie a affirmé que « l’ambassadeur français a été informé du caractère inacceptable de telles déclarations, qui n’ont rien à voir avec la réalité », que c’est « une action consciente et délibérée » de la part de la France, « visant à saper la possibilité même de tout dialogue entre les deux pays ».

Le même jour, le ministre des Armées Sébastien Lecornu passait sur la chaîne LCI, qui est propagandiste en mode ultra pour la guerre à la Russie. Il a expliqué vouloir « moderniser » le recensement des jeunes, afin d’être en mesure d’identifier les compétences et dans une perspective de « remilitariser » la Journée défense et citoyenneté.

Toujours le même jour, Ouest France publiait un grand entretien du même Sébastien Lecornu. Voici une question et la réponse qu’il donne, et tout est clair.

L’opinion s’interroge, elle sent les bruits de bottes revenir. Faut-il se préparer à la guerre ?

S. L. : Oui, mais à celle qui pourrait éventuellement nous tomber dessus demain, pas à celles d’hier ! 

On notera que dans l’interview, Sébastien Lecornu se revendique de manière ininterrompue du gaullisme. C’est, comme on l’a remarqué ici, un nouvel outil dans la narration. La France serait « indépendante » en s’alignant sur les Etats-Unis!

Il insiste également très lourdement sur l’économie de guerre, qui serait la preuve de « l’indépendance » par rapport aux Etats-Unis. En réalité, c’est le valet qui est satisfait du rôle que lui a attribué son maître.

Le même jour, encore Ouest France publie une interview de Sébastien Lecornu pour parler de son coup de téléphone à son homologue russe. « L’échange a été dur » a-t-il dit. Et, un joli coup calculé, il explique… que la France entraîne des pilotes de l’armée ukrainienne.

Ouest France est ici un outil de la narration belliciste. C’est une opération psychologique.

Selon nos informations, des pilotes ukrainiens seraient formés dans le sud de la France à l’usage des avions de chasse de dernière génération. Vous pouvez nous le confirmer ?

Oui, sur une formation généraliste, sur Alpha Jet, qui permet à des pilotes ukrainiens d’acquérir des fondamentaux sur le pilotage d’un avion de chasse.

Dans le cadre de la réflexion sur les avions, on a réussi quelque chose de technologiquement important, l’adaptation des bombes air-sol guidées AASM sur des avions de classe soviétique.

Ce n’est pas le tout d’avoir un avion, si vous n’avez pas de pilotes formés et les munitions qui vont avec. Nous avons pris les devants avec ces bombes AASM pour être capables de fournir ces munitions à l’Ukraine.

Autre opération psychologique, toujours le 12 avril : l’annonce qu’un jeune sur deux entre 18 et 25 ans serait prêt à s’engager pour la France en Ukraine. C’est de la mythomanie bien entendu, mais les médias ont repris l’information.

D’où vient ce sondage?  Du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et de l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’école militaire). L’IRSEM est un projet du ministère des Armées, situé à l’École Militaire, membre de l’Académie de défense de l’Ecole militaire au même titre que l’École de guerre!

Quant à Sciences Po, c’est une sorte de super université pour former les cadres de l’Etat et des institutions en général. Très « à gauche » dans son identité « apparente », c’est en réalité littéralement une succursale du capitalisme moderniste.

La question était « si la protection de la France nécessitait que le pays s’engage dans la guerre en Ukraine, seriez-vous prêt à vous engager pour défendre votre pays ? », avec 51% de oui, dont 17% de « oui tout à fait » et de 34% de « oui peut-être ».

1/3 des jeunes seraient également d’accord pour une intervention française en Ukraine!

Ce 12 avril 2024 est exemplaire de la propagande à basse intensité que mène en ce moment l’Etat français. C’est une narration pour établir la guerre. La réponse, la seule réponse possible, est le défaitisme révolutionnaire!

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Refus de l’hégémonie

Macron à Bergerac pour l’économie de guerre

Xavier Niel, l’un des principaux capitalistes français, entend acheter en Ukraine le numéro 1 de l’internet fixe et le numéro 3 de la téléphonie mobile. C’est un excellent exemple de comment le capitalisme français agit dans le cadre du repartage du monde, et comment la guerre contre la Russie s’inscrit à tous les niveaux.

Xavier Niel sait d’ailleurs très bien qu’il agit avec une réelle envergure:

« Nous sommes convaincus que notre transaction historique servira de signal à d’autres que le moment est venu d’investir en Ukraine, de soutenir la reconstruction du pays et de réaliser son potentiel. »

Cela s’associe à cette autre information essentielle. Le 10 avril 2024, le gouvernement ukrainien a signé un accord avec InfraNum, une structure française regroupant plus de 200 entreprises actifs dans le domaine des infrastructures numériques (bureaux d’études, équipementiers, fournisseurs de services, etc…). Il s’agit de la réparation et de la modernisation de 60 000 km de fibre optique et 3 200 stations de télécommunications, ce qui coûtera autour des 10 milliards d’euros.

C’est là ce qu’on appelle l’impérialisme. Et cela implique la guerre. C’est pour cela que le 11 avril, le président français Emmanuel Macron est allé poser la première pierre d’une usine de poudre pour obus à Bergerac, en Dordogne. On est sur le site d’Eurenco, leader européen des poudres et explosifs, qui produit notamment les charges modulaires des obus du canon Caesar, utilisé par le régime ukrainien.

Emmanuel Macron était accompagné du ministre de l’Économie Bruno Le Maire et celui des Armées, Sébastien Lecornu. Il a souligné que même si la guerre en Ukraine cessait, cela ne stopperait en rien le processus de réarmement général! Car la Russie serait la mal incarné de toutes façons…

« Le monde de demain ne s’arrêtera pas si demain la guerre se termine, parce qu’il y a un réarmement massif qui s’est opéré ces derniers temps de la Russie. »

Il y a quelques mois encore, l’armée russe n’était censée plus avoir de missiles et ses soldats auraient combattu avec des pelles, et voilà que désormais la Russie serait à deux doigts d’envahir l’Europe. C’est là du bourrage de crâne pour militariser, pour doper l’économie de guerre, selon le principe suivant expliqué par Emmanuel Macron :

« Il faut aller vite, fort, massifier. »

Ce n’est qu’un début, il faut en avoir conscience !

 « Nous sommes partis durablement pour nous installer dans un changement géopolitique, géostratégique où les industries de défense vont avoir un rôle croissant. »

Les 5-10 prochaines années sont celles de la marché forcée à la guerre.

Et, comme un symbole, la seconde partie du mois d’avril 2024, le groupe aéronaval français, composé du porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle et de son accompagnement avec notamment un sous-marin nucléaire d’attaque, sera sera placé sous le contrôle opérationnel de la structure « Naval Striking and Support Forces » de l’Otan.

L’Otan, c’est la guerre! Que vive le défaitisme révolutionnaire!

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Refus de l’hégémonie

« Pas notre intérêt de discuter avec les responsables russes »

Le ministre français des Affaires étrangères Stéphane Séjourné s’est rendu au Kenya et au Rwanda, puis en Côte d’Ivoire. Dans ce dernier pays, à Abidjan, il a accordé une interview à France 24 et RFI.

Il a affirmé qu’une rupture de contact avec la Russie était nécessaire. C’est un acte de militarisme assumé.

Le prétexte, c’est la discussion téléphonique récente entre le ministre français des Armées Sébastien Lecornu et son homologue russe Sergueï Choïgu. Emmanuel Macron avait dénoncé le compte-rendu russe de la discussion comme « baroque et menaçant ».

Stéphane Séjourné s’appuie dessus pour justifier la rupture.

« Ce n’est pas aujourd’hui notre intérêt de discuter avec les responsables russes puisque les communiqués qui sortent, les comptes rendus qui en sont faits sont mensongers. »

Jusqu’à quand cela durera-t-il? Eh bien, pas moins que jusqu’à la « défaite » souhaitée de la Russie.

« Il faut peut-être d’abord établir la confiance et surtout avoir une évolution sur le terrain militaire en Ukraine pour que les relations puissent se renouer. »

Le ministre des Affaires étrangères a tenu à souligner que les aides militaires au régime ukrainien ne s’arrêteront pas.

« Les Européens seront au rendez-vous de l’aide dans la durée, et cela il faut que tout le monde en soit convaincu. C’est une question existentielle pour l’Europe. »

Il a même pris en prétexte le retrait américain de l’engagement en Ukraine pour dire qu’on ne pourrait pas avoir totalement confiance en les Etats-Unis et qu’il faut une « défense européenne ». C’est là le nouveau masque « gaulliste » de la démagogie française. En réalité, la superpuissance américaine a délégué à ses vassaux européens le soutien au régime ukrainien.

Le ministre français des Affaires étrangères a également promis des « annonces » lorsque le président Emmanuel Macron se rendra à Kiev.

La narration continue donc, sans accrocs ; le story-telling pour la guerre contre la Russie est bien en place et ne connaît pas d’interruption. Rien qu’à lire la chronologie depuis le 26 février 2024, on comprend tout, les faits parlent d’eux-mêmes. Guerre à la guerre!

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Refus de l’hégémonie

Le nationalisme féminin ukrainien et Macron comme James Bond

Plus les Ukrainiennes émigrées sont jeunes, diplômées et/ou aisées, plus elles vont à l’ouest, au lieu d’aller surtout en Pologne, avec l’espoir de revenir au pays. Plus on va à l’ouest, en fait, plus on est prêt à y rester, à s’aligner sur l’idéologie dominante pour bien s’ancrer.

C’est alors la confluence du nationalisme ukrainien et des valeurs de l’Union européenne et de l’Otan, afin d’arrimer son émigration à une légitimité. C’est du donnant-donnant.

L’une des expressions de cela, c’est l’utilisation d’Ukrainiennes par les médias. Ces femmes sont utilisées, car pour faire passer le bellicisme, le nationalisme, le militarisme, cela fait plus crédible, puisqu’on est hors du cadre patriarcal en apparence.

Alla Poedie, une Franco-Ukrainienne très connue de la bourgeoisie lyonnaise, a réussi à réaliser un exemple typique de tout cela.

Comment ? En se lançant dans un éloge d’Emmanuel Macron présenté comme James Bond qui allait empêcher le méchant Poutine d’aller utiliser la bombe nucléaire pour détruire le monde.

« Dans les James Bond qu’est-ce qu’on voit ? On voit un méchant, terroriste, qui s’approprie l’arme nucléaire et qui menace le monde de destruction. Et nous sommes tous pour James Bond, car on veut que le James Bond sauve le monde.

On est prêt à soutenir tout son combat. Il peut tuer autant de personnes qu’il veut, il peut intervenir partout, pour sauver le monde.

Et aujourd’hui la réalité : James Bond est en réalité [il existe en réalité]. Le terroriste qui s’est approprié l’arme nucléaire est au Kremlin, il s’appelle Poutine. Et il menace de tuer le monde entier.

Et le James Bond aujourd’hui, le seul James Bond aujourd’hui c’est qui ? C’est peut-être notre Président de la République [Emmanuel Macron ; elle a la double nationalité franco-ukrainienne] qui, timidement, essaie de sauver ce monde.

Et on voit autour, du coup, tous ceux qui vont au cinéma pour applaudir James Bond, toutes les femmes sont amoureuses, les hommes veulent devenir comme lui. Et là : on crache sur lui, on dit il n’a pas le droit, il faut qu’il reste chez lui, on va pas y aller, attendez, [inaudible, car les journalistes qui semblent gênés l’interrompent].

Non, c’est une réalité, il faut sauver le monde, tout d’abord en sauvant l’Ukraine. »

On remarquera que les bandeaux utilisés par LCI pour illustrer la discussion ont été « Troupes au sol, l’armée française remet une pièce » puis « Armée Française en Ukraine, bientôt une réalité ? », avec entre temps une annonce pour le débat suivant : « Poutine sans limite, les JO de Paris menacés ».

Du beau bourrage de crâne !

La blague aussi est qu’Alla Poedie a commencé son speech en demandant au présentateur s’il aimait James Bond. Elle s’attendait à un oui évidemment, mais il a répondu très sérieusement : « non je préfère Fantomas, le James Bond français ».

Mais quels beaufs ! Que c’est lamentable. Mais guère étonnant, de par les protagonistes. LCI fait de la propagande de guerre délirante (les Russes n’ont plus d’armes, plus de missiles, Poutine est remplacé par un sosie car il est à l’agonie, etc.) et Alla Poedie est typique du nationalisme ukrainien appelant à détruire la « Moscovie ».

On comparera ce délire anti-Russie avec ce qu’elle disait en 2011. Alors interviewée par Le Progrès, elle est présentée comme suit :

« Alla Poedie est à la tête d’ANConseil, une société spécialisée dans la gestion des projets internationaux. Originaire de Kiev, elle vit et travaille à Lyon depuis quinze ans. Elle va faire paraître prochainement, un guide de Lyon en langue russe pour les Russes. »

Eh oui ! Et voici comment elle présentait les choses alors :

« Je suis en train de travailler sur un guide de Lyon en russe. J’ai, en effet, constaté que de nombreux Russes transitaient par l’aéroport Saint-Exupéry pour rejoindre les stations de ski mais ne visitent pas Lyon. Je veux leur donner envie de passer deux, trois jours dans la ville, de découvrir les richesses gastronomiques, architecturales et culturelles de la capitale des Gaules. »

On voit le retournement, typique. Les Ukrainiens sont historiquement très proches des Russes, et avec le nationalisme ukrainien, subitement, vient la légende d’une haine historique totale et destructrice.

Alla Poedie révèle ici sa face opportuniste. Et c’est un choix fasciste que d’abandonner la culture pour la guerre. Une fois qu’on est lancé, on ne s’arrête plus.

D’où la surenchère nationaliste permanente, comme en janvier 2023, sur LCI toujours. Elle avait alors expliqué à la reporter de guerre Anne Nivat : « Anne vous aurez votre médaille du Kremlin, ne vous inquiétez pas ! », provoquant la sidération et obligeant l’animatrice du débat, Julie Hammett, a demander à Alla Poedie de « retirer ce qu’elle venait de dire » car cela allait « trop loin ».

Trop loin ! Comme si depuis le départ, tout ça n’allait pas trop loin !

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Refus de l’hégémonie

Julian Calfuqui sur RT ne croit pas en la guerre

Mais comment peut-on, surtout eu égard à la chronologie de l’escalade depuis le 26 février 2024, ne peut-on pas comprendre que la France veut vraiment aller à la guerre contre la Russie ?

Que les gens de gauche pétrifiés dans le capitalisme fassent semblant de ne pas le voir, soit, ils sont hypocrites, car ils veulent sauver le capitalisme français en dépeçant la Russie. Mais « à gauche de la gauche », là où on prétend changer réellement les choses, comment peut-on être aussi ignorant ?

Il est intéressant ici de voir l’opinion de Julian Calfuqui, qui est un secrétaire national du Parti de Gauche. C’est le parti politique mis en place par Jean-Luc Mélenchon et qui a servi de base pour le mouvement de La France insoumise.

Voici un exemple de ce que pouvait dire le Parti de Gauche il y a une dizaine d’années, donc normalement on devrait s’attendre à un peu de clarté.

Voici donc le point de vue de Julian Calfuqui, qui s’est exprimé le 4 avril 2024 dans « La Grande interview », une émission de la chaîne RT. Anciennement Russia Today, la chaîne RT a été interdite dans l’Union européenne en raison de son appartenance à l’État russe, mais elle est accessible avec des choses en français depuis quelques sites.

Julian Calfuqui y a donc expliqué qu’il ne croyait pas du tout que la France cherchait réellement à envoyer des soldats français en Ukraine.

Emmanuel Macron serait « solitaire » dans sa démarche… Il suffit de lire la chronologie mentionnée plus haut pour voir à quel point c’est absurde. Il se passe en réalité pratiquement chaque jour quelque chose allant dans le sens de l’escalade !

« Il est encore difficile de voir quelle est la logique derrière ces annonces faites par Emmanuel Macron et différentes informations dont on dispose.

Surtout que, comme ça a été expliqué, l’action d’Emmanuel Macron, ou plus exactement cette montée en tension avec la possibilité d’envoi de troupes, c’est en totale opposition avec la plupart des alliés européens et notamment les États-Unis d’Amérique.

C’est une voix assez solitaire que prend Emmanuel Macron, qui n’est pas habitué pour ce qui est de la diplomatie, d’entreprendre ce genre d’œuvre.

J’y vois plutôt une volonté aussi de se démarquer. Une volonté de se démarquer sur la scène internationale, une volonté de se démarquer en tant que Président de la République dans un contexte assez compliqué en France avec la montée de l’inflation, l’annonce effectivement prochaine de l’austérité de 10 milliards qui a été faite par Bruno Le Maire le ministre des Finances.

Donc, effectivement c’est encore assez dur d’estimer jusqu’où veut aller Paris et plus exactement Emmanuel Macron. Il faut savoir qu’une grande partie de l’opposition dit, et y compris dans ses propres rangs, qu’elle ne comprend pas la logique de cette action.

Donc prudence, prudence, mais effectivement ça n’annonce rien de bon pour ceux qui veulent un apaisement dans la région et tout simplement la paix. »

Et Julian Calfuqui de dire que tout cela est « très probablement en lien avec l’agenda national du gouvernement ».

C’est une thèse classique, celle de la « diversion » où on accuse les dominants de ne pas être sérieux dans leur démarche, puis quand cela se passe réellement, on dit que c’est scandaleux, mais que c’est trop tard, qu’il faut faire avec. C’est de l’opportunisme.

En réalité, la guerre se met en place. Depuis le soutien militaire au régime ukrainien à la montée en gamme de l’industrie de guerre, depuis le bourrage de crâne médiatique jusqu’à la narration gouvernementale, tout va dans le sens d’une coalition de pays pour affronter la Russie.

Qui ne veut pas voir cela s’aligne objectivement sur la course à la guerre, et supprime toute base possible au défaitisme révolutionnaire!