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Chasse à courre : les policiers de l’Oise ont raison !

Certains policiers de l’Oise se plaignent de devoir protéger les véneries de « quelques aristocrates ». Ils posent avec justesse la question du fonctionnement de la police, censé servir le droit et donc le peuple, et non pas servir de milice armée privée au service de quelques uns.

La prolétarisation des policiers est flagrante depuis quelques décennies ; loin de l’image d’Épinal du flic facho d’antan, brutal et coupé du reste de la population, même s’il en reste, le policier est aujourd’hui un type normal vivant comme tous les autres, et même parfois un fonctionnaire qui n’hésite pas à revendiquer de manière bruyante.

Le fait que des policiers de l’Oise critiquent de manière véhémente la décision du préfet de les envoyer protéger une chasse à courre est exemplaire de cela. Tout le monde sait dans l’Oise que le préfet soutient totalement la chasse à courre, pratiquée par la haute bourgeoisie locale. Dénoncer la protection du préfet à la chasse à courre, en la qualifiant de « sécurité privée », c’est assumer un positionnement démocratique tout à fait clair.

« Alors qu’ils réclament « à cors et à cris » des effectifs supplémentaires,
Alors que l’administration s’est engagée à supprimer les taches indues,
A l’heure où les parlementaires étudient la coproduction de sécurité,
les policiers sont détournés des missions de sécurité publique afin d’assurer les privilèges de la noblesse.
ALLIANCE est sur ce sujet, comme sur d’autres, à cheval sur les principes. La Police n’est pas et ne deviendra pas une force de sécurité privée ! »

A l’opposé de tous les discours anarchistes, il faut bien pour la Gauche saisir que ce n’est qu’un début. Car le socialisme, c’est la défense du principe du Droit, dans une perspective universelle. Or, l’État tombe toujours plus les masques, révélant sa nature d’outil pour le maintien de l’ordre au service de la conservation du capitalisme. Et comme beaucoup de policiers entendent servir toute la société, ils ne comptent pas servir seulement quelques uns.

Il s’apercevront donc qu’ils l’ont fait en partie jusqu’à présent, dans la mesure où l’ordre social est à la base inique, injuste, inégalitaire.En fait, les policiers vont commencer à faire du droit, cessant de le déléguer à la magistrature. Et alors ils pourront devenir une vraie police populaire.

En assumant le droit universel, ils fusionneront entièrement avec le peuple. Ce processus, inévitable pour une partie de la police, se déroulera de manière contraire dans l’armée, qui elle va se couper de plus en plus de la société, devenant de manière toujours plus flagrante un service de mercenaires.

Car tout est une question d’État. Veut-on un État au service du peuple, porté par le peuple ? Ou bien un État comme organisme de maintien de l’ordre, comme force de conservation, de l’extérieur du peuple, et contre lui ?

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Rassemblement anti-chasse à Paris le 13 octobre 2018

Le 13 Octobre se tiendra à Paris un rassemblement contre la chasse. L’objectif de cet évènement revendicatif « stop-chasse » est d’obtenir des pouvoirs publics une réforme de la chasse constituant un pas vers son interdiction. Il s’agit d’une avancée qui pourrait s’avérer décisive, même si ce mouvement est comme entravé de l’intérieur.

One voice Marche unitaire contre la chasse

L’association animaliste et non-violente One Voice a pris l’initiative d’un évènement à portée nationale qui se tiendra autour de la place de la République. Il consiste dans sa forme en une marche (dont le parcours n’est pas encore connu à ce jour) et d’un village associatif. De nombreuses associations ont déjà confirmé leur présence (voir la liste ici). Les participants réclament une réforme de la chasse qui se veut radicale.

Cette revendication est appuyée, en plus de la manifestation parisienne, par une pétition (que l’on peut signer ici) et relayée par un site internet dédié.

La réforme souhaitée tient en 10 propositions :

  1. indépendance de la police de la chasse ;
  2. interdiction de chasser les espèces en mauvais état de conservation ;
  3. interdiction de chasser en périodes de reproduction ;
  4. interdiction des pièges tuants ;
  5. fin des chasses dites « traditionnelles » (glu, lèques, lacs, pentes, tendelles)
  6. abolition de la vénerie sous terre pour toutes les espèces ;
  7. abolition de la chasse à courre pour toutes les espèces ;
  8. abolition de la chasse dans les espaces protégés (Parcs Nationaux, Réserves naturelles, réserves biologiques) ;
  9. deux jours par semaine sans chasse ni piégeage (dont le dimanche) et l’intégralité des vacances scolaires ;
  10. la visite médicale annuelle obligatoire pour le permis de chasse avec contrôle de la vue.

Cela intervient six semaines après la dernière rencontre au sommet de l’État ayant précédé la réforme de la chasse. « Stop-chasse » propose donc une stratégie de réforme contre réforme, en opposant un projet de réforme venant de l’extérieur du milieu de la chasse (et même clairement donc du camp anti-chasse) à la réforme voulue par les chasseurs eux-mêmes. C’est la première fois en France qu’un aussi grand nombre d’associations se regroupent pour lancer ce qui pourrait devenir un authentique débat démocratique sur la chasse.

Voilà une opportunité de rompre avec les critiques superficielles d’un Emmanuel Macron faisant des « cadeaux » au milieu de la chasse ou subissant l’influence quasi-surnaturelle des lobyistes de la chasse. Car les chasseurs ont su s’imposer en faisant de la politique. Alors, enfin, voici que le sujet de la chasse pourrait s’ouvrir à une critique radicale par un débat public.

L’enjeu est bel et bien démocratique, car, comme l’appel « stop-chasse » le relève justement, les chasseurs ne représentent que 3% de la population. Mais, bien évidemment, leur influence politique est nettement supérieure. Ceci, le mouvement « stop-chasse » ne se l’explique pas. L’appel se cantonne à une définition négative de la chasse qui n’est (justement) « ni un art de vivre, ni un loisir ».

Alors on voit la principale limite du mouvement. On envisage l’entrave à un véritable bond en avant dans l’offensive contre la chasse. C’est que d’un côté la volonté des organisateurs est de peser sur les institutions, et que, d’un autre côté, il s’agit d’un mouvement unitaire. Or, unitaire ne veut pas dire populaire. Le rassemblement est en fait un conglomérat de militants de différentes associations.

Le mérite d’une telle proposition est sa capacité d’organisation. Les associations enrôlent leurs adhérents et affrètent des autocars, impriment des t-shirt et des banderoles, entrent facilement en contact avec les services de police pour définir le tracé de la manif, etc. Mais les associations ne dépassent que rarement la somme de leurs adhérents les plus engagés.

On retrouve précisément ici le principal argument de défense des chasseurs face à leurs contradicteurs. Les chasseurs disqualifient toute critique en caricaturant les « écolo-bobo-urbains » dont les associations vivent de subventions pour défendre la nature sans jamais mettre les pieds à la campagne.

Le fait est que pour pouvoir imposer aux pouvoirs publics une réforme radicale de la chasse, il faut peser lourd et avec une grande légitimité. Pour être légitime, il est nécessaire de connaître avec précision la chasse qui, n’étant « ni un art de vivre, ni un loisir », constitue une activité qui structure de nombreuses branches de l’économie soit-disant « rurale ».

Hors des villes, les masses rurbaines, sont témoins de l’emprise qu’exercent les chasseurs sur la vie quotidienne en même temps que de nombreux autres aspects des problèmes écologiques. Aucun débat démocratique authentique sur la chasse ne prendra corps sans que le plus grand nombre de ceux qui y sont confrontés ne donne du poids aux arguments en faveur de l’abolition.

Alors, sans conteste, l’initiative « stop-chasse » est d’une grande valeur. Pour que le mouvement s’amplifie et qu’un débat de société favorable à l’abolition de la chasse s’initie, la manifestation en ville et par représentation des gens de territoires rurbains au travers d’associations ne suffira pas.

L’appel de One voice :

Le 13 octobre, One Voice appelle à une manifestation unitaire pour dire non à la chasse.

Soyons nombreux, le 13 octobre à Paris, pour dire que la très grande majorité de nos concitoyens reprouve cette pratique archaïque, son cortège de morts, de violence et de mutilations pour des millions d’animaux. Notre Président de la République couvre la chasse de cadeaux. Nicolas Hulot, son ministre démissionnaire de l’écologie a fini par comprendre que le respect de la faune sauvage ou la préservation des espèces protégées étaient les derniers de ses soucis. Rappelons à Emmanuel Macron que les chasseurs ne sont que 2% de la population et que nos voix sont bien plus nombreuses que celles de ces électeurs à gibecière. L’éthique de la chasse est la mort, ce n’est ni un art de vivre ni un loisir.

La chasse, sous toutes ses formes, est destructrice. Ces spadassins de la gâchette doivent comprendre que nous les combattrons, que nous ne sommes pas dupes de leur logorrhée d’écologistes autoproclamés qui prétendent sauvegarder la nature à coups de fusil. Les claquements des pièges tuants, les détonations des cartouches ou le raffut des cors de chasse à particules n’étoufferont pas les cris de terreur et de douleur de 45 millions de trépassés de la faune sauvage.

Le 13 octobre, affirmons votre volonté d’en finir avec la chasse et ses mascarades, ses fusils, ses pièges, ses traditions sanglantes et ses apparats prétentieux. Pour que chacun puisse aller à la rencontre de la faune et la flore de nos territoires sans risquer d’être victimes d’un piège ou d’une cartouche comme cette fillette de 10 ans, en promenade avec ses parents, grièvement blessée à Limoges par un chasseur qui visait un faisan, ce dimanche 16 septembre 2018.

A lire intégralement ici

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L’association Handi’Cats fête ses sept ans

Ce week-end l’association Handi’Cats a fêté ses sept ans. Comme son nom l’indique, l’association prend en charge les chats handicapés et plus généralement ceux dont personne ne veut mais aussi d’autres animaux comme des lapins ou des chiens… Cet anniversaire a été l’occasion de faire un point sur ces sept années et malheureusement sur sa situation très difficile aujourd’hui : depuis plusieurs mois, les demandes de prises sont refusées faute de moyens matériels, humains mais surtout financiers.

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Joeystarr et Avicii, deux chats à l’adoption (lien)

La prise en charge d’animaux avec des histoires toutes différentes et parfois très dures, demande beaucoup de temps, beaucoup d’argent et énormément d’abnégation. Le reportage réalisé par 30 millions d’amis en 2015 permet d’avoir un bref aperçu du travail requis pour faire vivre le refuge de Handi’Cats : visites chez le vétérinaire, accueil de nouveaux animaux, soins quotidiens, nettoyage de cages, etc.

Handi’Cats met tout en œuvre pour offrir la plus belle vie possible à chacun de ses protégés. Ceci continue jusqu’à l’étape de l’adoption dont le but est de s’assurer que l’animal rejoindra une famille aimante et capable de lui offrir un cadre de vie adapté à ses besoins psychologiques et physique :

« Après avoir rempli le questionnaire qui nous aide à connaître un petit peu des futurs adoptants, de leur environnement et de leur famille de poilus, s’en suit un premier contact téléphonique qui débouche ensuite sur une pré-visite organisée par l’association au domicile du potentiel adoptant. Ensuite, nous faisons un point en équipe et, si tout va bien, nous organisons un covoiturage pour que l’animal puisse rejoindre sa famille.

[…]

Notre équipe de bénévoles répondra à toutes les questions et inquiétudes, nous ne sommes pas là pour placer à tout prix mais pour trouver la famille qui correspondra à notre protégé et vice-versa »

L’association dispose d’un terrain et de bâtiments dédiés à l’accueil et la prise en charge des animaux en fonction des besoins : quarantaine pour les nouveaux arrivants, infirmerie pour les soins, bâtiments adaptés pour les différents handicaps de certains pensionnaires… Ainsi que de familles d’accueil.

Comme de très nombreuses associations qui viennent en aide aux animaux, l’alimentation, les médicaments et les (très importantes) factures vétérinaires représentent des coûts difficiles à gérer. L’association ne vit que grâce aux dons et à l’heure actuelle, elle n’est plus en mesure de prendre en charge qui que ce soit :

« Malheureusement par manque de place, de main d’oeuvre et surtout de financements, nous avons dû prendre la décision cette année de stopper les prises en charge depuis quelques mois maintenant »

Il faut du courage et de la volonté pour traverser toutes ces difficultés ; l’association et ses protégés ont besoin de toute l’aide possible. Les handicapés, ceux qui ont des besoins spécifiques et tous les animaux qui cherchent un toit en général ont besoin de Handi’Cats et de toutes les associations qui leur apportent l’amour dont ils ont tant besoin.

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Flash, FIV+ et né avec une patte arrière malformée. A l’adoption (lien).

Adoptions, stérilisation et information

Le but de l’association est aussi d’informer et d’éduquer afin de changer le regard sur les animaux handicapés. A cela s’ajoute un travail sur la nécessité de la stérilisation et l’importance de l’adoption.

La stérilisation des chats est une nécessité, il ne s’agit pas d’un choix individuel que chaque personne devrait prendre ou non pour son ou ses chats. Pour chaque chaton qu’une chatte a eu parce que ses « propriétaires » n’ont pas voulu la stériliser, il y a un chat de refuge qui attend une famille pour la vie.

Entre la famille, les amis et les collègues cette portée ne sera pas trop difficile à faire adopter, mais chacune de ses adoptions est une place qu’un autre chat de refuge aurait pu prendre. Les associations n’ont plus de place et plus de moyens mais trop de gens laissent faire et ne font qu’empirer une situation déjà alarmante.

Handicap et euthanasie

Dans le reportage réalisé il y a quelques années par l’émission « 30 millions d’amis », la présidente de Handi’Cats rappelle une triste vérité : les animaux handicapés ont tendance à être considérés comme des cas perdus et il n’est pas rare que des structures aient un recours assez régulier à l’euthanasie. Elle prend ainsi l’exemple d’un des chats de l’association, « Gainsbourg », qui a été brûlé vif et qui aurait été euthanasié sans l’intervention de l’association qui refuse cette fatalité (après plusieurs semaines passées au refuge, l’association a réussi à le « remettre sur pattes »).

Aider l’association

Bénévolat, famille d’accueil

L’association peut avoir des besoins de bras ponctuellement pour des travaux, ou d’une manière régulière (besoin de personnes fiables) pour les soins et l’entretien du refuge. Devenir famille d’accueil est une autre manière d’aider : il ne suffit pas d’avoir une envie passagère, devenir famille d’accueil est un engagement sérieux.

Financièrement

L’association Handi’Cats est sur la plateforme teaming qui permet à chacun de lui verser un euro par mois. L’idée est simple : un euro par moi pour une personne ce n’est rien, mais lorsque des centaines de personnes s’y mettent, cela change beaucoup pour l’association.

Il est également possible d’adresser un chèque à l’association :

Association Handi’cats
12 rue Hervieu Deschênes
27170 Beaumont le Roger

Ou encore d’effectuer un virement Paypal.

Enfin, il est possible d’acheter des produits de la boutique, comme un calendrier pour l’année 2019. Pour plus d’informations, voir le message Facebook de l’association.

Covoiturage

L’association publie des demandes de covoiturage sur sa page Facebook pour qu’un de ses protégés rejoigne sa famille définitive.

Relayer une information

Relayer des demandes de covoiturages ou un évènement de l’association est aussi une manière d’aider. Tous les gestes comptent.

Handi'Cats calendrier

Il existe plein de manières d’aider les refuges et de venir en aide aux animaux qui en ont cruellement besoin. Chaque petit geste peut aider : partager une demande, une information, un évènement permettra peut-être de toucher une personne qui répondra à la demande de covoiturage, une personne qui songe à adopter un animal, etc.

Le travail d’associations comme Handi’Cats est un exemple de travail démocratique de longue haleine : informer, sensibiliser et surtout montrer qu’il est possible et qu’il faut rejeter la barbarie ambiante dont les animaux sont les victimes quotidiennes.

Les animaux ont besoin de cette type de démarche tournée vers le plus grand nombre. Loin de celles qui permettent à certains de se mettre en avant pour leur carrière ou leur chiffre d’affaire, sur le dos des animaux. Loin de celles qui ne proposent qu’une radicalité de façade, s’imaginant avoir tout inventé et refusant tout travail démocratique de fond. Loin de ces impasses, Handi’Cats est un de ces nombreux exemples dont on entend trop peu parler et qui montrent la voie à suivre : celle de la compassion la plus sincère.handi'cats

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AVA : une force démocratique contre la chasse à courre

Le collectif AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui) et ses actions contre la chasse à courre est vraiment quelque chose qui a marqué ce début d’année, avec une manifestation de 1000 personnes et une présence deux fois par semaine en forêt avec les veneurs.

AVA Bonneuil

Une mobilisation des zones péri-urbaines et des campagnes

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette initiative, c’est la mobilisation d’une frange de la société littéralement abandonnée par la Gauche : les habitants des zones péri-urbaines et des campagnes. Ces zones, trop éloignées des grandes villes pour avoir un accès satisfaisant à la Culture et où la Nature recule petit à petit sous le béton, sont en première ligne dans ce combat. Il s’agit là littéralement de la France profonde, et l’isolement vécu par ces habitants est vecteur d’un fatalisme qu’il est important d’affronter. De ce point de vue, AVA est une initiative résolument positive et démocratique, assez pour que nous nous penchions sur son mode d’action caractéristique.

A la base, se trouve la volonté de faire remonter le vécu des habitants qui font directement face à la chasse à courre, de briser le silence à ce sujet, de libérer la parole. Cela passe par la récolte de témoignages, d’anecdotes vécues par les habitants, et ce directement dans les rues des lotissements ou lors des brocantes, véritable cœur de la vie sociale dans les campagnes. La discussion est lancée et les gens interrogés se livrent facilement à des voisins : une personne sommée par un veneur de « dégager » lors d’une promenade, une autre renversée de son vélo au passage de la meute, une autre qui a défendu un animal réfugié chez elle…

C’est là qu’on peut prendre la mesure d’un problème concret, avec ses enjeux concrets, loin du discours d’experts théoriques. Chacune de ces histoires est une bribe du problème, qu’il convient ensuite de relier les unes aux autres, ce que sûrement beaucoup d’habitants n’osent pas faire d’eux même. Un chien écrasé, un quartier envahi, un embouteillage, un accident de voiture peuvent être vécus comme autant d’exceptions fâcheuses. La mise bout à bout de toutes ces portions de réalité permet d’effectuer une synthèse, une prise de recul nécessaire pour identifier des solutions. C’est un exemple typique de la pratique qui nourrit la théorie. Tout le contraire donc d’un tractage de type L214 par exemple, où la population serait « sensibilisée » de l’extérieur, comme un évangile.

AVA

Une initiative démocratique

AVA utilise parfois dans sa communication les notions « populaire » et « démocratique ». On pourrait passer facilement à côté du sens profond qu’a ce dernier terme en n’y voyant là qu’un fonctionnement, avec des votes, des réunions etc. Mais quand on y regarde de plus près, cette notion, pas anodine, est plutôt liée à la fonction d’AVA au sein de la société, au rôle que le collectif semble se donner : celle d’une force démocratique.

Les sorties en forêt d’AVA sont en ce sens aussi un outil démocratique car elles offrent aux gens une autonomie d’action pour prendre le problème à bras le corps eux même. Aller chercher les équipages de chasse à courre jusque dans les forêts pour leur signifier son opposition, filmer, sauver des animaux, tout cela plusieurs fois par semaine, c’est quelque chose de très fort pour des gens qui viennent de tout sauf d’environnements militants !

Surtout dans un pays comme la France, où le sens de la mesure est de mise culturellement et où la radicalité effraie. Car cela signifie aussi affronter les intimidations des autorités, les menaces des chasseurs, c’est se mettre même parfois en danger physiquement ou professionnellement. Et tout cela n’est possible qu’avec une prise de confiance en soi de la population, en sa capacité à prendre les choses en main, sans compter sur des « experts » ou sur l’aval des institutions.

Toutes les initiatives spontanées, comme les pétitions de quartier ou les actes de résistance sporadiques qui existaient avant AVA, se retrouvent structurées, organisées, et c’est en quelque sorte un pouvoir populaire qui se met en place. Et plus celui-ci se développe, plus il permet de révéler des blocages en amont dans la société, plus il permet d’entrevoir des enjeux profonds : poids des notables, clientélisme, rapports de classe, rapport à la Nature…

Pour toutes ces raisons, c’est un devoir pour tous les progressistes et les personnes de Gauche de s’engager et de soutenir ces initiatives, de rejoindre AVA et de reproduire cette méthode partout ailleurs, dans toutes les franges de la société.

AVA Compiègne Groupe 15 septembre

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Alain Drach expose le noyau dur de l’idéologie de la vénerie

Alain Drach, figure de la chasse à courre à Compiègne, a un indéniable sens de la formule. Lors d’une interview au Courrier Picard en cette rentrée, il tente d’exposer avec un certain talent rhétorique son « sens » des valeurs.

Courrier Picard, Alain Drach

Comment s’est passée samedi cette reprise de la chasse à courre ?

On a fait une jolie chasse d’entraînement. Les jeunes chiens étaient assez excités. Depuis un mois, je suis au chenil avec eux. J’étais très impatient de retrouver la forêt, les chiens sont ma véritable passion (…).

Pourquoi démarrer la saison en pleine période du brame ? Ce n’est pas un peu déloyal comme façon de procéder ?

Personnellement, j’ai passé des nuits d’amour et je n’étais pas pour autant épuisé dans la journée… (…)

Le député Bastien Lachaud (FI) assistait hier à votre chasse à courre. Il a déposé une proposition de loi pour l’interdire. Pensez-vous qu’un jour cette pratique disparaîtra ?

Il a été invité par les membres d’Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA) à assister à cette chasse mais il est arrivé bien tard sur place… À croire qu’il ne dort pas suffisamment dans l’assemblée. À mon avis, cette proposition de loi a peu de chances de passer en commission. Si la chasse devait être abolie un jour, ce serait plus par manque d’espace, quand la forêt ne sera plus qu’un bois de Boulogne.

Pour beaucoup, la chasse à courre reste une pratique cruelle, réservée à une élite…

On nous reproche cette sempiternelle lutte des classes alors que la vénerie, c’est le grand creuset des rencontres sociales. À nos côtés, on a un ancien salarié de Goodyear, un plombier… On se retrouve tous autour d’un pique-nique. Tout le monde m’appelle Alain…

Au-delà du côté kitsch, quiconque étudie de près la chasse à courre reconnaît en filigrane l’ensemble des valeurs de la chasse à courre. Alain Drach témoigne ici d’un très haut degré de culture – à ceci près que cette culture est en fait une idéologie, le fruit d’une aliénation réactionnaire.

Le premier point, fondamental, ce sont les chiens. Les chiens sont, du point de vue démocratique ou socialiste ou communiste ou vegan ou ce que l’on voudra, de simples outils pour les veneurs. Cependant, pour ces derniers, ils forment une meute à laquelle ils vouent un culte. Les devises des « équipages » sont très souvent un éloge des chiens. L’idée de « meute » est essentielle à l’esprit de chasse à courre, les chiens sont dépersonnalisés, mais se voient attribuer une valeur tout à fait particulière.

Le second point, c’est le côté patriarcal de l’homme mesurant sa force, comme pour la corrida, donnant « sa chance » à son adversaire, retournant aux forces primitives de la nature, etc. Le film japonais « Princesse Mononoké » est par ailleurs davantage proche de cet esprit que d’une logique écologiste.

Le troisième point, c’est le discours sur le manque d’espace, la disparition des forêts, etc. Il s’agit là de tout le fond romantique français, par essence agraire et monarchiste, focalisé sur les paysages, la « vérité » de la terre, etc. Les veneurs sont des zadistes lettrés et de luxe.

Le quatrième point est justement le retour aux valeurs féodales : oui, la vénerie est un creuset social… Mais les veneurs s’appuient sur un vivier aristocratique, de réseaux de la haute bourgeoisie, avec le petit peuple leur servant de piétaille. C’est bien une rencontre sociale… mais dans le sens de la servitude volontaire !

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L’ouverture 2018 de la chasse à courre

La chasse à courre a rouverte hier et il y a au moins une personnalité de gauche à avoir assumé quelque chose : le député La France Insoumise Bastien Lachaud était présent à Compiègne pour soutenir les opposants. Le silence de François Ruffin, qui lui assume une implantation picarde, n’en est que d’autant plus troublant.

Bastien Lachaud Twitter

La lutte contre la chasse à courre, commencée ces derniers temps à Compiègne, a largement essaimé, au point de disposer désormais d’une quinzaine de groupes dans tout le pays. Les réactionnaires sont fous de rage qu’on ose aller bousculer leur hégémonie complète dans des zones qu’ils voyaient comme leur bastion inexpugnable.

A ce titre, tout soutien aux revendications populaires s’exprimant à travers le refus de la chasse à courre est une bonne chose. Le passage de Bastien Lachaud, député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, est un appui utile et honorable à une juste cause.

On ne peut que regretter inversement l’absence de François Ruffin silencieux depuis le début quant à la chasse à courre. Député de la Somme élu par l’union de nombreux mouvements de Gauche (LFI, PCF, EELV…) et figure amiénoise avec son journal contestataire Fakir, il devrait être aux premières loges.

Cependant, on devine qu’il refuse de remettre en cause la chasse, celle-ci étant largement valorisée dans des secteurs populaires picards, ainsi que le PCF, au nom d’une tradition « datant de la révolution », alors qu’en réalité on est là dans une position entièrement rétrograde. Quand on se dit de gauche, mais qu’on tire sur les oiseaux, c’est qu’il y a un problème !

Beaucoup de gens de Gauche du coin évitent d’ailleurs cet écueil en méprisant la chasse, tout en valorisant… la pêche, y compris dans sa variante « no kill », qui pourtant aboutit à un crochet enfoncé dans la bouche du poisson.

La reprise de la chasse à courre à Compiègne a été, en tout cas, très feutré. En raison certainement de la présence d’un député, mais également de nombreux médias locaux : Oise Hebdo, le Courrier Picard, Le Parisien, France 3… qui ont dû faire face à la véhémence des pro-chasse à courre.

Les suiveurs de la chasse à courre avaient également des chasubles orange fluo « Hauts de France – Forêts propres », sans avoir de sacs-poubelles pour autant : on était là dans une opération de communication, mais aussi d’intense flicage de la trentaine d’activistes présents qui parfois ont été suivis sur de longs trajets, jusqu’en ville.

La police était là en force, contrôlant les identités avec ferveur, le commissaire divisionnaire se vantant en même temps d’avoir maté des rassemblements illégaux et fait condamner des gens à des mois de prison. C’est que l’État est avec les réactionnaires, mais s’inquiète en même temps des grandes déchirures que toutes ces histoires peuvent provoquer dans le pays.

Le rapport de la société à ses campagnes est en effet explosif et il suffit d’une faille pour que surgisse une gigantesque dénonciation de la vie quotidienne dans une France soit pétrie d’ennui hors des villes, soit totalement aliénée dans les villes.

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« Stop spécisme » : multiples arrestations à Lille

La police avait la pression : la frange la plus réactionnaire de notre pays comptait bien faire un exemple. Il fallait à tout prix alpaguer les gens ayant dégradé et peinturluré le slogan « stop au spécisme » sur neuf commerces à Lille et dans ses environs.

Canard street, « stop spécisme »

Le but de la course-poursuite pour procéder à des arrestations : empêcher que cela ne se fasse contagion. Il est vrai d’ailleurs que ces actions ont possédé une certaine émulation. Aux cibles lilloises initiales – la boucherie L’Esquermoise le 13 mai, la poissonnerie Au Petit Mousse le 18 mai, le restaurant Canard Street le 2 juin, puis toujours en juin la rôtisserie 3 Coqs – se sont ajoutées la Boucherie Pitel dans les Yvelines, la Fromagerie Madame à Wambrechies dans les Hauts-de-France, une boucherie à Thionville et une autre à Cattenom (toutes deux en Moselle), puis quatre à Fontenay-sous-Bois dans le Val-de-Marne, et enfin la Boucherie Du Parc à Epinay-sur-Orge en Essonne.

Au-delà de cela, il y a surtout la compréhension par la France la plus réactionnaire que tout cela allait abîmer le vernis faussement démocratique d’une France totalement agro-industrielle engloutissant les campagnes après les avoir déjà profondément défigurées.

Il faut d’ailleurs qu’on soit dans une situation bien catastrophique pour que quelques dégradations engendrent un tel remue-ménage chez les bouchers, les éleveurs et les médias. On est extrêmement loin des actions quotidiennes par dizaines et portées par un mouvement de masse comme cela fut le cas en Grande-Bretagne dans les années 1980 avec l’ALF.

Ce qui ne peut pas ne pas laisser penser que toute cette hystérie des bouchers, éleveurs et chasseurs est clairement surjouée, que c’est un cinéma visant à conquérir ou reconquérir l’opinion publique. Les réactionnaires sont agressifs et en veulent toujours plus. C’est la Droite à l’offensive, tout simplement. Il est grave d’ailleurs que la Gauche ne le voit pas, voire change de camp.

lille

Le PCF soutient ainsi ouvertement les chasseurs et Martine Aubry, maire de Lille, devant une boucherie dégradée en mai, a fait en sorte que la mairie se porte partie civile. C’est totalement aberrant d’un point de vue de Gauche.

Car quand même, hystérie réactionnaire ou jeu guignolesque, il reste que l’équilibre des idées concernant les campagnes, la nature, est tellement précaire que tout est prêt à s’effondrer du jour au lendemain, et qu’ainsi même quelques dégradations tapent là où cela fait mal. Le système est intenable, détruisant la planète et asservissant les animaux de manière abjecte. Cela ne peut tout simplement pas continuer ainsi.

Il y a donc lieu d’avoir un regard non pas critique, mais certainement plein de sympathie pour les personnes arrêtées, cinq femmes et un homme, une jeune femme de 21 ans se retrouvant inculpée et passant en procès le 14 décembre. Car il faut établir l’arrière-plan : la domination d’une agro-industrie capitaliste totalement destructrice et moralement infâme.

La Gauche, c’est la révolte contre l’ordre établi, pas son aménagement. C’est le mode de production lui-même qui est problématique. Inévitablement, la question animale s’avère explosive lorsque ce mode de production engloutit le monde lui-même. C’est aussi simple que cela, ou en tout cas cela devrait l’être pour toute personne de Gauche.

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La chasse à courre et la chasse, un dispositif pour l’hégémonie de la Droite

Le capitalisme consiste en le capital qui se reproduit à chaque cycle, en s’agrandissant grâce à l’exploitation des ouvriers : c’est ce que dit Karl Marx dans son fameux ouvrage intitulé Le capital. Ce long ouvrage n’aborde malheureusement pas l’une de ses conséquences : que les mentalités restent prisonnières de ce qu’on peut appeler des sortes de séquence de cette production capitaliste.

Chasse à courre

C’est une question d’habitude : lorsqu’on travaille d’une certaine manière, qu’on vit au quotidien d’une certaine manière, qu’on recommence, on ne se dit pas que les choses pourraient être différemment et de toutes façons on n’a aucun recul sur ce qu’on fait, ni sur ce qu’on est !

Des valeurs comme la chasse sont ici fondamentales, car elles traversent ces séquences de reproduction du capitalisme, donnant aux traditions de la société l’apparence d’une chose éternelle…

« Cela a toujours été ainsi… cela sera toujours ainsi »

Il va de soi que de telles valeurs peuvent être très variées. Cela peut être la possibilité d’avoir du grand spectacle au cinéma… jusqu’au fait que le syndicat négocie avec le patronat, ou bien encore un tournoi qui revient régulièrement comme Roland-Garros ou la coupe du monde de football.

Cela a toujours été ainsi… cela sera toujours ainsi. On pourrait penser pourtant que la chasse est quelque chose de dépassé, a fortiori la chasse à cour, et que partant de là le capitalisme pourrait s’en passer : après tout il y a bien d’autres choses qui donnent l’impression d’éternité aux traditions.

Seulement, cela se passe dans les campagnes et on sait comment le capitalisme a anéanti la culture dans les campagnes, la culture… mais aussi la nature. Il y a peu à faire culturellement dans les campagnes et il faut bien maintenir l’illusion qu’il y aurait un lien avec la nature, pour dire que les campagnes sont encore intéressantes.

La chasse est donc proposée comme lien, comme vécu en rapport avec la nature. En fait, les chasseurs sincères ne pourront être réellement convaincus que lorsqu’on les amènera à remplacer leur fusil par un appareil photo. Sur le plan de la fascination de la nature, ils n’auront pas l’impression d’avoir changé pour autant !

Chasse à courre

Le discours des chasseurs est incohérent

Il ne faut pas oublier non plus que la chasse, ce sont des armes et une hiérarchie très stricte, avec les notables à la tête de cette hiérarchie. Cela fait donc que s’il y a une révolution ou une rébellion sociale de la Gauche, les notables pourront rameuter les chasseurs avec leurs armes pour faire comme en 1871 et en 1968 : par la peur, mobiliser la France profonde.

Mais la France profonde n’est plus celle de 1871 ni de 1968, c’est une France qui refuse la grande ville et a souvent choisi la petite propriété pour chercher à profiter de la vie, tout en étant consciente au moins un peu des limites de sa vie quotidienne.

L’absence d’infrastructures – de la santé à la culture en passant par l’éducation – est un problème essentiel, sans parler du rapport aliéné avec la nature. C’est cela qui fait que le refus de la chasse à courre a pu se cristalliser dans une ville conservatrice comme Compiègne. L’hégémonie de la Droite est tombée là-bas sur ce plan, car le rapport dévoyé par la nature a été considéré comme insupportable.

Ce qui ne passe plus vraiment pour les gens, au moins en partie, c’est cette idéologie de guerre de chacun contre chacun du capitalisme plaqué sur la nature pour justifier la chasse. La chasse serait naturel et nécessaire, apprécier la nature et aimer les animaux aboutiraient à chasser… le discours des chasseurs est incohérent, il n’a comme fonction que de maintenir l’hégémonie des valeurs de Droite.

Avec succès jusqu’ici ! A la Gauche de s’assumer pour être capable de renverser cette hégémonie.

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Écologie

Le tribunal administratif rétablit le « Calais vegan festival »

La justice administrative saisie en urgence a tranché : l’initiative festive-commerciale Calais vegan festival doit avoir lieu. Néanmoins, la décision du juge des référés est une victoire en trompe-l’oeil pour les vegan. En effet,s’il s’agit bien d’une victoire juridique pour l’organisation du festival, l’ordonnance du juge administratif fait plus qu’enfoncer un coin dans le caractère alternatif du veganisme.

Pourtant, de part ses conséquences sur la vie quotidienne, le veganisme comme pratique écologique et comme éthique envers les animaux doit être discuté au sein du peuple dans toutes ses dimensions pour pouvoir s’affirmer largement.

Voilà la mécanique des arguments juridiques retenus par l’ordonnance de référé.Le juge considère que la Mairie de Calais a abusé de son droit de refuser la location de la salle en se retranchant derrière le risque de trouble à l’ordre public, sans pouvoir démontrer qu’elle n’était pas en mesure d’assurer la sécurité.

En pratique, la justice retient que le refus de louer la salle revient à interdire le festival, cette mesure doit dès lors être vue comme une mesure de police administrative. Cette mesure de police administrative constitue une entrave, manifestement illégale, à l’exercice de la liberté d’expresion et la liber du comerce et de l’industrie.

Pour soutendre son raisonnement, le juge valide le fait que les personnes morales (associations et sociétés commerciales) qui organisent et participent à ce festival doivent être dissociées des personnes qui ont commis les dégradations des commerces de bouche à Lille. C’est le professionnalisme des organisateurs (présence d’agents de sécurité) et le caractère marchand de l’évènement (présence de sociétés commerciales et entrée payante à la salle) qui a convaincu le juge que la Mairie devait assurer sa part de sécurité et accéder à leur droit.

Le tribunal marque ici une différence nette entre la nature du festival et la « détérioration de devantures de commerces spécialisés dans la vente de produits alimentaires d’origine animale par quelques activistes se réclamant de la défense des animaux ». L’organisateur du festival s’est par ailleurs empressé de jouer la corde de la dissociation et du pacifisme à la fois béat et commercical.

« Nous invitons toutes les personnes pacifistes, quelles que soient leurs idées, à venir à notre événement qui se veut amical, familial, informatif et non-violent. Venez découvrir de la nourriture, des boissons, des cosmétiques, des produits d’hygiène et ménagers, de la décoration, etc. Il y aura aussi des associations, des conférences, des ateliers, un espace pour les enfants, des tables & des chaises pour déguster les bons petits plats ou pour se reposer (…).

Nous demandons aux vegans et aux non vegans qui ont de la haine en eux de ne pas venir, car notre philosophie est basée sur le respect d’autrui, qu’il/elle soit humain-e ou animal-e. Ne venez pas pour provoquer : personne n’y gagnerait. »

L’ordonnance de référé enjoint donc, à titre principal, la Mairie de permettre l’organisation du festival au forum Gambetta ce 8 septembre. Et cette solution est vue comme une victoire. De fait, c’est bien la victoire des organisateurs et des personnes morales participantes. Mais, est-ce une victoire du veganisme ?

On peut surtout affirmer qu’il y a là un précédent facheux. Les mairies ou les loueurs de salles privés ne manqueront pas de soumettre les vegans à tout un tas de conditions censées garantir la sécurité. Mais surtout, cette décision de justice est de nature à accentuer la division existant déjà dans le mouvement vegan.

Le veganisme vécu comme un activisme au profit des animaux et contre l’industrie appuyée sur l’exploitation animale ne pourra plus trouver de soutien de la part des associations et des entreprises qui cherchent la reconnaissance des institutions.

Et puis, sur le fond, la raison pour laquelle les arguments de l’association ont prospéré est que la Mairie aurait entravé l’exercice de la liberté d’expression des vegans. Il s’agit là d’une posture libérale et non d’un véritable soucis démocratique. Ce que valide le juge, c’est l’apparence de débat garanti par la possibilité de l’expression d’une pluralité d’opinions. Les chasseurs et les bouchers doivent pouvoir manifester leur opposition et, parallèlement, les vegan doivent pouvoir tenir des stands pour vendre leurs produits.

Farce !

L’enjeu est bien au delà de ces libertés de pure forme. Au travers du veganisme, il est question du sort des animaux, des élevages, de l’industrie agroalimentaire, du devenir des industries des sous-produits animaux. Les opposants ne s’y sont pas trompés. Ils voient dans le veganisme une menace pour leurs revenus, mais aussi la négation de ce que certains considèrent comme des pratiques traditionnelles, un pan de la culture française.

L’Etat cherche à faire l’économie de l’affrontement des idées. En intégrant la frange la plus policée des vegan, ceux qui ont des visées commerciales, institutionnelles ou tout simplement une quête de renommée, la bourgeoisie choisit parmi les pratiques du veganisme celles qui sont strictement compatibles avec son mode de vie.

Le bon vegan sera le commerçant et le conférencier bon teint, ou même l’activiste bruyant et caricatural. Le veganisme sera voué au commerce de niche et à l’élite spirituelle, ou bien à un folklore répétitif et sans perspective. En garantissant à ceux-ci des droits à la condition qu’ils rejettent les vegan les plus vindicatifs, l’Etat joue son rôle de diviseur et de vecteur du libéralisme.

La question végane ne peut avoir de sens, inversement, que dans le développement de la conscience démocratique, pour que les questions véritables puissent être discutées dans la population, afin d’interroger la vie quotidienne, l’emprise terrible des industriels sur la production de nourriture, le sort effroyable réservé aux animaux, la barbarie qui irrigue les racines de la culture de notre pays.

Cela présuppose, indubitablement, une hostilité sans compromis avec les forces réactionnaires et les monopoles, sans quoi tout est vain.

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Écologie

Agression de militants One Voice devant un cirque

Hier matin, des militants de l’association One Voice se sont rendus devant le cirque Muller à Narbonne dans le cadre d’une manifestation pacifique et autorisée. Cette démonstration s’inscrit dans le cadre d’une campagne pour la libération d’un hippopotame, « Jumbo », et son transfert dans un sanctuaire.

One Voice Jumbo

Jumbo et le cirque Muller

Jumbo est un hippopotame qui est maintenu en captivité par un cirque, dans de terribles conditions. Dans la nature, un tel animal passe la majeure partie de son temps dans l’eau. Jumbo, ne peut pas se baigner et est simplement aspergé d’eau lors de sa sortie quotidienne d’une demi heure. De plus, son alimentation n’est pas adaptée et une fois sa sortie quotidienne terminée, il retourne dans un espace clos.

Maintenir un animal en captivité est en soi un acte de grande cruauté, mais le faire dans de telles conditions est tout simplement barbare.

L’association One Voice a ainsi mandaté un enquêteur et un vétérinaire afin d’établir un constat sans appel concernant Jumbo. La manifestation d’hier matin ce situe donc dans ce cadre, et d’une manière plus générale pour l’interdiction des cirques avec animaux.

One Voice à Narbonne

L’association a filmé la manifestation qui n’aura pas pu arriver à destination. Quelques personnes, visiblement liées au cirque, voient la manifestation arriver devant le cirque. L’un d’entre elle va immédiatement à la rencontre des manifestants, leur ordonne de partir en arrachant des pancartes et commence à s’en prendre à eux.

Des pancartes ont ainsi été saisies de force, le téléphone servant à filmer a été endommagé et les manifestants violemment pris à parti. La vidéo ne dure que deux minutes mais montre très bien de quel côté est la violence : celui du cirque.

Elle montre également que cette même personne ne voit aucun problème à envoyer un adolescent au contact pour l’aider à saisir des pancartes et à chasser les militants de l’association. La mentalité arriérée et barbare de ce milieu fait, malheureusement, encore parler d’elle.

La porte parole a annoncé sur Twitter que les manifestations ont été entendus par la police.

One Voice Narbonne

Réaction du cirque et propos mensongers

Quelques heures après l’incident, le journal La Dépêche a publié un court article sensé présenté la situation. Le problème est qu’il accorde beaucoup de crédit aux propos de Franck Muller, patron du cirque.

Celui-ci n’hésite pas à affirmer :

  • que des manifestants ont essayé d’ouvrir des cages et de libérer des animaux (« Mais enfin, on ne libère des autruches, des zèbres, des chameaux, qui pèsent une tonne, comme ça en ville ! »),
  • que les manifestants s’en sont pris à un enfant de douze ans (« Enfin, ces gens s’en sont pris à mon fils de 12 ans. Il est couvert d’hématomes. Il était assis sur la barrière et ils l’ont fait tomber… »).

Une militante a décrit la manifestation et a réagi aux accusations de Franck Muller, dans le journal l’indépendant :

« Il faut savoir que One Voice est une association non-violente. Pacifique. Nous manifestons toujours avec des banderoles et en silence.

Au printemps dernier, nous avions manifesté devant le crique la Piste aux étoiles à Montredon-des-Corbières, et tout s’était bien passé. Nous nous sommes présentés ce matin devant 100% Cirque avec une autorisation de la préfecture. Nous étions une vingtaine. Malheureusement, sur place, il n’y avait pas la police parce qu’elle était occupée à gérer des incidents survenus sur un vide-greniers et provoqués par quelqu’un du cirque justement…

Aucun de nous, personne n’a tenté de libérer les animaux. Jamais de la vie. Et personne, absolument personne, n’a touché ce garçon de 12 ans. Moi, je n’avais jamais vu autant d’agressivité, autant de violences. Nous étions une majorité de femmes, ils nous ont frappées, ils se sont attaqués à nous, ont cassé des lunettes, des téléphones portables. Ils ont menacé de sortir des fusils.

Nous les avons croisés, à nouveau, à l’hôpital, car une militante a été blessée, et devant le commissariat… Nous avons porté plainte. Ils nous ont menacés de représailles… Nous ne sommes restés sur place que quelques secondes, devant le cirque.. Nous avons eu peur vraiment. On ne pensait qu’à une chose devant ce déferlement de violences, à s’enfuir! »

L’association One Voice a réagi très rapidement a annoncé qu’elle compte porter plainte pour « pour diffamation, dénonciation calomnieuse & pour atteinte à la liberté de manifester ».

One Voice Narbonne

Les animaux n’ont rien à faire dans des cirques

La place d’un hippopotame, d’un tigre et de n’importe quel animal de cirque est dans son milieu naturel. Maintenir un animal en captivité et le briser afin qu’il réalise des « tours » ou simplement que sa simple présence serve d’attraction est inacceptable. Comment prétendre vivre dans un pays civilisé lorsque de telles situations existent encore ?

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Écologie

Le « Calais Vegan Festival » annulé sous la pression réactionnaire

Le festival devait rassembler plusieurs centaines de visiteurs autour du mode de vie vegan (c’est-à-dire exempt de toute exploitation animale). Les visiteurs devaient, d’après le site internet de l’association, « découvrir des stands de nourriture, boissons, mode, décoration, hygiène, beauté, associations, etc. »

Les organisateurs ont dû annuler l’événement pour des raisons matérielles. Ils se sont purement trouvés privés de lieu. La mairie, propriétaire de la salle, a décidé d’en annuler la location.

La Mairie de Calais s’explique au travers d’un communiqué lapidaire. Elle dit avoir reçu des informations laissant penser que des troubles à l’ordre public étaient à craindre. C’est donc pour des raisons de sécurité qu’elle a décidé d’annuler l’évènement.

Elle précise, de manière assez maladroite, que la décision n’a rien à voir avec la nature du salon, c’est-à-dire avec le veganisme. Or, si la Mairie a reçu des menaces, c’est bien par rapport au thème du salon, c’est évidemment en raison du veganisme, sinon pourquoi ?

L’arrière-plan est d’ailleurs donné, sans filtre, par les perturbateurs eux-mêmes. Ainsi, le président du syndicat patronal des bouchers-charcutiers traiteurs du Nord endosse publiquement (ses propos sont repris par le journal Libération) la responsabilité des menaces en réaffirmant l’intention de « l’ensemble des acteurs autour de l’alimentation » d’aller « au contact » des vegans.

Les organisateurs comme les participants annoncés à l’événement (qui s’apparente plus à un salon professionnel qu’à un rassemblement d’activistes) rejettent quant à eux toute intention violente.

L’éditorialiste du journal local Nord Littoral avait, début juillet, annoncé la tenue du salon. Il rappelait le contexte tendu quelques jours après que les bouchers aient demandé la protection du Ministère de l’Intérieur suite à des dégradations volontaires de boutiques à Lille. Le journaliste en appelait naïvement au vivre-ensemble et concluait par une pirouette se voulant humoristique : « si vous n’êtes pas vegan, n’en faites pas un steak! »

A la lecture de ces lignes, le président de la fédération nationale des chasseurs avait réagi le jour-même avec virulence sur les réseaux sociaux. Il se positionnait sur le terrain politique de l’opposition au véganisme, lançant un appel du pied aux commerçants liés à la question animale.

La décision municipale ayant entraîné l’annulation du festival vegan est d’une portée bien supérieure à la simple gestion locale et la Maire de Calais est une élue habituée aux situations de violences ouvertes en pleine rue.

Face à cette menace de trouble à l’ordre public, l’État dispose des moyens nécessaires. La Ville de Calais pourrait s’en saisir. Or, tel n’est pas le cas. La Ville a donc fait un choix délibéré, celui de ne pas résister aux menaces et de ne pas assurer la sécurité du salon.

La Maire de Calais a cédé à la pression politique exercée par l’alliance des commerçants du secteur industriel utilisant des animaux et des chasseurs, qui esquisse un front de la réaction opposé à toute réflexion et intervention sur la question des animaux et de l’écologie.

Ils veulent par là maintenir un certain rapport aliénant aux campagnes et à la nature, afin de maintenir la chape de plomb de la France profonde sur les mentalités.

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Société

Faire manger des crevettes aux enfants, l’utopie de la gauche pour Ian Brossat du PCF ?

Ian Brossat est quelqu’un de très actif sur Twitter. Cela lui permet de parler souvent sans avoir besoin d’avancer un contenu très élaboré. Avec des petites phrases, il pense pouvoir facilement se façonner une image de gauche, sans que cela n’engage à grand-chose dans le fond.

Parfois, quelques mots suffisent à en dire beaucoup sur la vision du monde d’une personnalité politique. C’est ainsi que dimanche soir, alors qu’il regardait probablement la télévision, celui qui est tête de liste du PCF pour les prochaines élections européennes a « tweeté »:

Quel bel horizon proposé pour la jeunesse populaire, manger des crevettes ! Outre le fait que la pêche à la crevette soit l’un des pires symboles de la destruction des océans, il y a là une perspective culturelle terrifiante.

Autant on peut imaginer que cela avait un sens dans les années 1950 de faire découvrir des produits de la mer aux enfants d’ouvriers de la banlieue parisienne, autant en 2018 cela relève de la supercherie la plus totale tellement le monde a changé depuis.

Si la plupart des enfants de Saint-Denis ne mangent pas de crevettes, c’est surtout parce qu’ils sont largement issus de l’immigration et que ce n’est pas dans leur habitude. Les crevettes ne valent pas plus cher dans un supermarché de banlieue que beaucoup d’autres produits très consommés.

La population, même dans un cité HLM, n’est pas misérable à ce point. Il faut vraiment être déconnecté des réalités de la classe ouvrière de France pour s’imaginer que la question se pose en ces termes.

Mais justement, Ian Brossat n’a pas grand-chose à voire avec la classe ouvrière. Il est un adjoint bien en vue à la mairie de Paris par Anne Hidalgo, dont il a été le porte-parole pendant sa campagne. Lui qui est depuis 2012 président de la Société d’économie mixte PariSeine (en charge du Forum des Halles et d’un certain nombre d’autres grands projets) ou bien qui est marié à un professeur de classes préparatoires du très bourgeois Lycée Louis-le-Grand.

C’est donc facile de regarder les « pauvres » de l’autre côté du périphérique s’organiser pour des vacances bas de gamme. Parce que si ces « colos » ne sont facturées que 100 euros à certaines familles, c’est bien la collectivité qui paye la différence. Ce sont les habitants eux-mêmes qui paient cela. Les riches ne paient pas leurs impôts locaux à Saint-Denis mais plutôt à Neuilly-sur-Seine ou à Paris, et d’ailleurs ils ont en général de nombreuses astuces pour éviter de les payer.

Ian Brossat n’a pas grand-chose à voir non-plus avec les traditions du parti communiste. Sinon, il ne citerait pas aussi facilement Capital sur M6. Cette émission est une sorte de condensé de ce que n’importe quel militant du PCF déteste. C’est une apologie grossière et racoleuse du business. Elle consiste à vendre du « rêve » capitaliste aux pauvres, en les prenant pour des imbéciles par ailleurs.

Car, même sans être communiste, n’importe qui ayant un minimum de culture et d’exigences culturelles ne peut qu’être horrifié par un tel contenu. Rien que le ton de la voix-off typique de ce genre de documentaire n’est pas acceptable. Il est d’ailleurs souvent moqué par les gens refusant une telle niaiserie.

Rejeter Capital sur M6, c’est la base pour quelqu’un de gauche. Et donc, on ne cite pas cette émission comme ça, au passage, sans la critiquer. À moins justement, encore une fois, d’être tellement déconnecté de la classe ouvrière qu’on en a pas compris le propos.

Car que disait ce reportage, qui est visible en « replay » sur le site de la chaîne moyennant le visionnage forcé de quelques publicités ? Il montrait cette « colo » communiste comme une vieillerie devant disparaître parce que les versions commerciales seraient mieux.

Ni plus ni moins, il s’agissait de dire que les établissements municipaux sont des gouffres financiers pour les mairies et sont ringards en termes de contenu. Capital faisait, comme c’est son rôle, la promotion du libéralisme en montrant les échecs du socialisme.

Ce centre, au milieu de plusieurs autres centre de vacances municipaux ayant déjà fermé, avec ses installations bas de gamme et son matériel vieilli, était tout sauf une publicité pour les communistes.

Il faut vraiment toute la candeur d’un bourgeois de l’entre-soi parisien pour y avoir vu quelque chose de positif pour le PCF, simplement parce qu’une jeune fille de banlieue y mangeait des crevettes pour la première fois de sa vie.

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Écologie

Pourquoi la Gauche n’a-t-elle pas interdit la chasse à courre ?

Depuis 1981 et l’élection de François Mitterrand comme Président, il y a eu plusieurs gouvernements de gauche. Ils n’ont pas interdit la chasse à courre et n’ont jamais abordé la chasse non plus.

Chasse à courre

Pour la chasse, la raison en est bien connue : c’est la faute au PCF. Il se plaçait comme opposition radicale dans les années 1950 lorsqu’il était le plus grand parti politique français, mais à partir de 1958 avec le coup d’État gaulliste il s’est de plus en plus effacé. Et pour conserver son influence, il a été particulièrement populiste et a défendu la chasse avec acharnement, en disant que c’est un acquis de la révolution française.

Auparavant, seule la noblesse avait le droit de chasser et désormais, le régime républicain permettrait à chacun de le faire. Il est désormais pourtant évident qu’il ne s’agit pas que chacun puisse chasser, mais que personne ne puisse le faire. Aucune civilisation développée ne peut accepter le principe d’une personne se baladant avec une arme pour tuer un être vivant.

Cette idée d’assassinat s’appuie par ailleurs sur une approche résolument patriarcale, avec l’homme primitif abordant avec violence la réalité l’environnant. C’est un élément très important, car la chasse est une démarche partagée par des hommes, avec une idéologie viriliste agressive.

D’où justement le soutien unilatéral des structures officielles de la chasse à la chasse à courre, de par les ponts du virilisme avec la néo-féodalité, l’esprit néo-aristocrate des « équipages » de la chasse à courre et leur entourage obséquieux fasciné par le clinquant, la puissance locale, le style oligarchique.

La Gauche gouvernementale a capitulé pour cette raison devant la chasse à courre. Elle n’en a jamais fait un thème, parce que la chasse à courre est reliée à la chasse en général. Or, critiquer la chasse, ce serait rompre avec les valeurs traditionnelles, que la Gauche gouvernementale n’a jamais voulu heurter. Dans l’esprit de Sciences-Po, il y avait l’idée que tout gouvernement doit avant tout s’appuyer sur le « centre », donc sur les circuits traditionnels du régime en place.

Par là même, on doit sans doute dire que la Gauche gouvernementale a échoué du moment même où elle a capitulé devant sa volonté, juste après 1981, de supprimer l’école privée. Le front catholique en défense de « l’école libre » a été assez puissant pour casser la dynamique de Gauche, pour la faire capituler sur le plan des idées.

Chasse à courre

On dit souvent que c’est la crise économique qui a obligé la Gauche gouvernementale à abandonner sa démarche, avec également la fuite de gens très riches notamment en Suisse. Ce n’est pas vrai : la France est un pays très riche et il y avait les moyens d’avancer indépendamment des crises du capitalisme, et même contre elles. La réalité est qu’il y a eu un abandon des valeurs culturelles de Gauche, au profit d’un esprit de gestion, d’amélioration du capitalisme, comme avec les nationalisations ayant abouti à des privatisations finalement.

De toutes façons, la Gauche gouvernementale n’avait pas réellement réfléchi à tout cela. Elle est le pendant « réaliste » de la Gauche « utopiste », les deux étant nés avec 1958 comme la « nouvelle gauche », et ayant connu leur moment de gloire avec mai 1968. L’idée a toujours été de parvenir au pouvoir d’une manière ou d’une autre, afin de mettre un terme à la domination de la Droite.

C’est un grand problème de la Gauche et c’est également cette même absence de contenu bien déterminé qu’on retrouve au moment du Front populaire. Ce dernier a été construit dans l’urgence antifasciste et est un exemple historique à forcément suivre. Il est dommage cependant que l’absence de contenu ait été si important qu’il se soit justement effondré rapidement après, sans tracer de perspective.

Cela souligne l’importance de la lutte contre la chasse à courre. C’est une réalité historique qui ne peut que fédérer la Gauche, qui ne peut que la forcer à comprendre que les riches vivent à part et comme ils veulent, qu’ils ont des valeurs pratiquement fondamentalistes : la grande propriété et sa domination sur la population, l’utilisation de la nature selon les « besoins » du divertissement jusqu’au plus absurde, l’appui le plus grand aux « traditions ».

Cela ne peut qu’aider à faire se remettre en cause les hommes de Gauche qui ont été happés par la chasse, sans voir qu’ils cédaient ici culturellement à la Droite, obéissant à des valeurs contraires à ce qu’eux-mêmes défendent.

La Gauche n’a pas interdit la chasse à cour, car elle n’était pas réellement elle-même : il est temps qu’elle le soit !

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Écologie

L’ONF réclame 55 000 € à trois opposants à la chasse à courre

Le collectif AVA – Abolissons la Vénerie Aujourd’hui est victime d’une nouvelle manœuvre d’intimidation de la part de l’État, par le biais de l’ONF – Office National des Forêts. Cet établissement public a en effet intenté une action en justice le 27 juillet 2018 pour réclamer pas moins de 55 000 euros à trois personnes désignées comme « meneurs ». La démarche vise à casser brutalement le mouvement populaire contre la chasse à courre qui prend de l’ampleur dans le pays.

La chasse à courre sera abolie en France, comme elle l’a été en Allemagne en 1950, en Belgique en 1995, en Écosse en 2002 puis en Angleterre en 2005. C’est inévitable, car la population ne peut plus tolérer une telle pratique arriérée et brutale, pour ne pas dire barbare.

En attendant, les forces réactionnaires s’organisent et cherchent des moyens pour freiner la marche de l’Histoire. agauche.org a déjà signé et relayé la tribune dénonçant cette répression.

> Lire : Chasse à courre et répression (tribune)

Celle-ci prend une dimension nouvelle avec l’assignation d’AVA devant le Tribunal de grande instance de Compiègne. Outre le fait qu’elle a lieu au plein milieu de l’été pour tenter d’isoler la défense, les sommes énormes qui sont réclamées visent clairement à intimider les opposants à la chasse à courre partout en France.

De plus, comme l’a expliqué l’avocate Barbara Vrillac au Courrier-Picard :

«  L’ONF fait le sale boulot. Pourquoi en prendre trois au hasard, même s’ils ont eu les honneurs de la presse. Au niveau juridique, il va y avoir un problème. »

Depuis la fin de la dernière saison de chasse, les déclinaisons locales d’AVA se sont multipliées et l’État considère que cela devient problématique. Quand on dit l’État, il faut bien sûr penser à Emmanuel Macron, car la France a un fonctionnement de type monarchique donnant un pouvoir immense au Président de la République. C’est sous son autorité que sont désignés tant les Préfets que les directions des Établissements publics comme l’ONF (par décision du conseil des ministres, sur proposition de l’Élysée).

> Lire également : Plus de 30 000 personnes appellent à la démission du préfet de l’Oise

Dans sa communication, reprise dans l’assignation en Justice, le Préfet de l’Oise explique qu’il a écrit au Ministre de l’Intérieur et qu’il a donné des consignes pour la prochaine saison de chasse afin de disperser les « entrave au droit de chasse ».

Mais comme tout le monde le sait, le Préfet n’est qu’une autorité exécutive, un relais de l’État dans son département.

C’est la même chose pour l’ONF et on notera d’ailleurs que le Président de son conseil d’administration, Jean-Yves Caullet, est un ancien socialiste s’étant rallié à Emmanuel Macron pour la présidentielle 2017. Il a ensuite été investi par En Marche dans la 2e circonscription de l’Yonne pour les élections législatives, qu’il n’a pas remportée.

Il est évident aujourd’hui qu’Emmanuel Macron entend soutenir la vénerie et empêcher le mouvement populaire de s’exprimer. Lui qui souhaite rouvrir les chasses présidentielles et qui a fêté ses 40 ans au Château de Chambord en assistant à une chasse de manière aristocratique.

Car justement, c’est de cela dont il est question avec la chasse à courre : soit l’on considère que la France doit évoluer sur le plan culturel, soit l’on trouve qu’il est acceptable qu’une bande de notables vêtus comme des aristocrates d’un autre temps pénètre brusquement des habitations ou des terrains, traverse les routes n’importe comment et cause un raffut pas possible dans les forêts.

Outre la chasse en elle-même, que l’on peut ne pas apprécier par compassion pour les animaux, il y a surtout la manière de la chasse à courre qui est rejetée par la population.

Faut-il le rappeler, celle-ci ne consiste pas simplement à tuer un animal, mais à le poursuivre pendant des heures pour l’épuiser, le terroriser, l’isoler, le « soumettre » en lui frappant les pattes, puis le tuer avec une dague, avant de le laisser dévorer par la meute de chien.

Ce sont des notables, souvent des châtelains, qui s’adonnent à cette activité très hiérarchisée et codifiée de manière féodale. Ils ont avec eux un certain nombre de suiveurs, c’est-à-dire des gens n’ayant pas le même rang social et n’ayant pas le droit d’être à cheval. Ils peuvent quand-même se voir récompenser d’un trophée (par exemple le bois d’un cerf) si leur dévouement est considéré par le maître d’équipage.

> Lire également : La chasse à courre : une véritable néo-féodalité

Un tel panorama est absolument détestable, et n’importe qu’elle personne de gauche ne peut que souhaiter l’interdiction de cette pratique, et soutenir AVA.

Le mouvement populaire contre la chasse à courre a pris de l’ampleur après que différentes vidéos aient circulé sur internet ces dernières années. Elles montrent le comportement des veneurs qui se considèrent au-dessus de tout, à la manière de grands seigneurs sur « leur » domaine.

AVA fait un travail démocratique remarquable, en mobilisant des personnes qui étaient auparavant isolées, ne trouvant pas les moyens d’y faire face.

Cela consiste à :

  •  créer des « réseaux de voisins capables de se rassembler rapidement en cas d’intrusion » et « transformer chaque village, chaque lotissement en sanctuaire pour les animaux » ;
  •  surveiller les chasses à courre en suivant les équipages ;
  • dénoncer cette pratique par des vidéos et des plaintes ;
  • rassembler des gens capables d’aider des maires à parfaire leurs arrêtés municipaux pour protéger les villages ;
  • permettre des réunions publiques afin de sensibiliser la population et faire connaître le mouvement d’opposition ;
  • contribuer à faire avancer l’abolition de la vénerie sur le terrain parlementaire.

Il ne s’agit pas d’un mouvement d’activistes isolés, mais bien un mouvement populaire qui s’organise démocratiquement, en se donnant les moyens d’être efficace.

La plainte de l’ONF vise évidement directement cela, et son objet n’est qu’un prétexte. L’argumentation est d’ailleurs assez grotesque puisqu’elle consiste à dire qu’AVA a empêché l’exécution du plan de chasse annuel.

Cette institution considère en effet que la nature n’est pas capable de fonctionner sans les humains, et qu’il faut donc « réguler » des équilibres dans les forêts. Elle établit donc un plan de chasse et délivre des permis afin qu’il soit réalisé par des gens en faisant leur loisir.

Cela est totalement contradictoire, et en fait n’a aucun sens. Soit il y a un loisir, soit il y a une mission de service publique indispensable, mais les deux ne sont pas compatibles. Les plans de chasses ne sont qu’un prétexte pour le « loisir », et cela est flagrant avec la chasse à courre.

D’ailleurs les veneurs expliquent eux-mêmes qu’ils ne tuent pas beaucoup d’animaux en définitive et que leur action permet d’éliminer les individus les faibles… pour renforcer les espèces !

Quelle prétention, et surtout quelle mauvaise foi !

Pour l’instant, aucune date n’a été fixée pour le procès. D’ici là, pour faire face aux frais de justice et organiser sa défense, AVA a lancé une souscription populaire de soutien dont voici le lien :

Cagnotte leetchi.com Frais de justice AVA

Cet épisode de répression est un obstacle, mais il n’empêchera pas le mouvement populaire. L’opposition va forcément se généraliser pour aboutir à l’abolition de la chasse à courre en France. C’est en tous cas indispensable si l’on souhaite que le pays évolue sur le plan des mœurs et de la civilisation. Il s’agit d’une cause démocratique essentielle, et cette tentative de procès en est un moment important.

Comme le dit AVA :

« Tous les habitants et usagers des forêts, les amis de la Nature, les démocrates, les progressistes, les élus des campagnes, les artistes et intellectuels engagés doivent faire front pour défendre ce mouvement authentiquement populaire qu’est AVA ! Ensemble, nous devons faire échouer cette manoeuvre anti-démocratique ! »

La liste des groupes pour rejoindre des habitants en forêt près de chez soit est disponible en suivant ce lien.

Voici pour finir le lien vers le communiqué d’AVA :

http://ava-picardie.org/2018/08/07/lonf-reclame-55-000e-a-trois-personnes/#more-756

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Société

Océanopolis à Brest, un parc de loisir à prétention scientifique et écologique

Océanopolis est un parc de loisir présentant des animaux et des végétaux marins à Brest. L’ambition affichée est de partager des savoirs scientifique pour « changer le regard sur l’océan », d’une manière écologique.

Fondé en 1990 par des universitaires souhaitant vulgariser leurs connaissances et leurs travaux, le parc est considéré par l’État comme un Centre de culture scientifique, technique et industrielle. Il s’agit de l’établissement touristique le plus visité en région Bretagne, avec 413 000 visiteurs en 2017 et plus de 12 millions depuis l’ouverture.

Plus de 4 millions de litres d’eau de mer sont nécessaire à son fonctionnement, 10 000 animaux représentant 1 000 espèces animales y sont présentés à travers 4 espaces distincts, le sentier des loutres, le pavillons Bretagne, le pavillon polaire et le pavillons tropical.

Cette structure appartenant à Brest métropole s’inscrit dans une dynamique globale de la ville, qui se veut à la pointe dans le domaine scientifique en ce qui concerne l’océan. Début 2018, une nouvelle structure a vu le jour dans cette perspective, le campus mondial de la Mer, qui réunit différents organismes et entreprises.

Un membre expliquait dans la presse que Brest est « la capitale française des sciences de la mer », hébergeant « 60% de la recherche publique nationale » (Ouest-France). On y trouve l’Institut universitaire européen de la mer, l’Institut polaire français Paul-Emile Victor, le siège de l’Ifremer y sera transféré depuis la région parisienne en 2019, etc.

Ainsi, de part sa collaboration avec ces organismes, Océanopolis entend proposer “un voyage au propos scientifique rigoureux et d’un grand réalisme dans la reconstitution des habitats marins au fil de 77 aquariums et de 9 000 m2 de surface d’exposition”, dans l’intention de faire “connaître et comprendre les différents écosystèmes marins de la planète pour mieux les préserver.”

L’intention semble donc louable, avec en théorie une volonté d’éducation populaire rigoureuse, dans une perspective écologique. En effet, pour aimer et protéger il faut d’abord connaître, et il est fondamental à notre époque que la population connaisse la planète et ses océans.

Océanopolis répond certainement en partie à cette nécessité, ne serait-ce parce qu’il montre la fabuleuse richesse de l’océan, la complexité de sa vie et les dangers qui la menace.

Cependant, il s’agit surtout d’un parc de loisir classique, avec seulement comme thème l’écologie des milieux marins. Les aquariums en tant que tels sont très étroits, et mis à part éventuellement ceux concernant les espèces les plus petites, ils sont de véritables prisons. L’oeil de celui ou celle qui refuse de nier la nature y remarque forcément que les poissons et mammifères y tournent en rond de manière frénétique, sans pouvoirs exprimer suffisamment leur capacités naturelles.

La science, finalement, n’existe qu’à travers quelques indications écrites que les visiteurs (dont beaucoup d’enfants) ne lisent quasiment pas. L’ambiance est plutôt celle d’une déambulation bruyante, cherchant à s’en mettre plein les yeux. On est dans le sensationnel, avec ici des requins, là des étoiles de mer entourés de poissons aux couleurs vives, là bas une barrière de corail reconstituée, etc.

Il est facile de faire apprécier les loutres, qui sont des animaux très joueurs, avec des postures absolument fabuleuses à observer pour un humain.

De la même manière, petits et grands craquent forcément devant les manchots qui marchent en sautillant, plongent et nagent à toute vitesse, puis reviennent sur le rivage d’un bon magistral.

D’autant plus que ces animaux sont aussi curieux que les humains qui les observent. Les échanges, à travers la vitre ou au pied des soigneurs, peuvent être d’une grande tendresse.

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Cependant, il n’est pas possible de justifier sur le plan scientifique l’enfermement de ces animaux dans des aquariums ou compartiments aussi restreint, surtout lorsqu’on prétend que les habitats sont reproduits fidèlement.

N’importe quelle personne appréciant la natation ne serait-ce que de manière hebdomadaire ne se satisferait pas d’un bassin aussi petit que celui des manchots, pour qui c’est le lieu de vie permanent, alors qu’ils nagent toute la journée.

Cela a aboutit d’ailleurs en février 2018 à la mort d’un requin taureau, figure emblématique du parc. Il est expliqué que celui-ci a absorbé un quantité d’air trop importante, “potentiellement suite à un comportement de stress qui aurait pu être déclenché par une interaction avec l’une des autres espèces présentes dans le bassin” (Le Télégramme).

Le pavillon Bretagne est introduit par une exposition sur le plancton et le monde de l’infiniment petit. Il est expliqué de manière fondamental que le plancton produit la moitié de l’oxygène de la planète et qu’il a un rôle essentiel pour la vie dans son ensemble.

Cependant, les explications ne dépassent pas le point de vue mécanique et borné parlant de “chaîne alimentaire”. Il n’y a pas de vision globale de l’océan, mais surtout une fascination pour les premiers “maillons” de la chaîne, avec soit-disant les humains à l’aboutissement de cette chaîne.

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La pêche et la conchyliculture sont d’ailleurs largement promus au fil des expositions, notamment du pavillon Bretagne. On retrouve même des conseils pour… cuisiner !

A côté de cela, de part ses partenariats, le parc est une vitrine de la modernité capitaliste française. Les océans représentent pour de nombreuses entreprises française comme Alstom, Total ou Engie, un enjeu immense. C’est aussi le cas pour le Crédit Agricole (qui soutient le parc), via les nombreuses PME agricoles de la région.

L’impression générale en ressortant d’Océanopolis n’est pas tant celui d’une science au service de la planète, mais plutôt d’un esprit de conquête des espaces maritimes.

Le summum en la matière étant certainement l“’AbyssBox”, qui mériterait un article à part entière. Pour faire court, il s’agit d’un caisson pressurisé permettant de maintenir une pression atteignant les 200 bars, ce qui équivaut à une profondeur de 2 000 mètres.

Cela est assurément une grande prouesse scientifique, l’installation est immense pour simplement un aquarium de la taille d’un hublot abritant quelques crabes et crevettes sur une éponge artificielle de la taille d’une petite main.

Cette installation, peut-être utile sur le plan scientifique dans d’autres cas (encore que cela soit à démontrer), n’a d’autre but dans ce parc que de satisfaire l’égocentrisme des personnes l’ayant conçu. Comble de l’ironie d’ailleurs, le public n’y prête aucune attention, et cela est presque assumé puisque la vidéo de présentation de la machine ironise sur le sujet.

On croisera bien sûr à Océanopolis de jeunes scientifiques sincères, parlant par exemple de la protection de la barrière de corail. Mais on pourra y entendre aussi un jeune scientifique présentant des mollusques et montrant le coquillage de l’un d’entre eux en expliquant fièrement que cela lui servait de “cendar” (cendrier) quand il était étudiant.

Cette scène lamentable a été vue lors d’un “mini lab”, consistant à faire toucher aux enfant différents animaux marins, sans aucune considération pour leur bien-être. Cela relève d’un état d’esprit lamentable dans un lieu prétendant sensibiliser la population à la préservation de l’océan.

En dehors de ces “mini lab” d’ailleurs, on se rend compte qu’il n’y a personne pour surveiller les nombreux aquariums qui ne sont pas fermés, les laissant à la merci des prédations enfantines.

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Il n’y a personne non-plus pour faire respecter l’interdiction des flashs d’appareil photos – il faut dire cependant que les panneaux expliquant que cela n’est pas respectueux pour les poissons sont peu nombreux et peu exposés.

Les prétentions d’Océanopolis finissent de s’effondrer finalement à la sortie des expositions. Difficile de savoir ce qui est le plus lamentable, si c’est l’immense boutique vendant des centaines d’objets inutiles “Made in China”, ou alors la cantine à peine digne d’un self d’entreprise à la carte déplorable, à base de steak frite et de “légumes” fades hors saison.

La sandwicherie propose même des sandwichs industriels au thon, alors que c’est pourtant le b.a.ba. pour n’importe qui s’intéressant à la protection des océans de critiquer la pêche au thon. Il n’y a même pas l’effort de proposer à manger des produits de la mers locaux, “durable”, etc.

Océanopolis a de grandes prétentions, mais c’est finalement surtout une vitrine pour la modernisation de l’industrie lié à l’Océan ainsi qu’un élément de l’industrie touristique bretonne.

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Écologie

Compte-rendu du rassemblement réussi contre la chasse à courre à Compiègne

Le samedi 31 Mars 2018, 1000 personnes défilaient à Compiègne pour l’abolition de la chasse à courre, à l’initiative d’AVA. Un grand succès, dont voici le compte-rendu.

10h30, non loin de la gare de Compiègne, les gens commencent à arriver. Beaucoup ont confectionné des pancartes chez eux, en famille, avec des extraits de journaux, des photos, les enfants ont des dessins… C’est un festival d’expression libre, avec même des banderoles et des fresques très travaillées. Un homme brandi les bois d’un cerf que la chasse à courre avait tué chez lui et qu’il a réussi à leur arracher. Des fleurs et des autocollants sont distribués contre une participation volontaire et la foule s’élance joyeusement sur le Pont Solférino.

« Chasse à courre, abolition« , « Vénerie, barbarie », « Halte au carnage, on est plus au moyen âge », « Veneurs, suiveurs, laissez place aux promeneurs », « Folie meurtrière, citoyens en colère », « Chasse à courre on en peut plus, les riverains sont dans la rue », « Veneurs, bourreaux, laissez les animaux »…

Les slogans rythment cette marche au centre ville de Compiègne, défiant les notables locaux et en premier lieu le maire de la ville. Philippe Marini, grand ami déclaré des chasseurs à courre avait mis tous les batons dans les roues possibles à ce rassemblement : arrêté municipal interdisant l’accès à la Place de l’Hotel de Ville (prétextant un marché au fleurs bondé-voir photo), puis un autre interdisant aux manifestants de tenir des stands de café et de gateaux.

Son Adjoint à la sécurité n’avait même pas été consulté. Du côté des chasseurs le mot d’ordre d’étouffer la manifestation avait été donné : toutes les affiches d’AVA ont été arrachées, et une équipe de gros bras suivait de près les tractages, déchirant systématiquement les papiers sur le pare-brise même des voitures. Trois jeunes filles ont été poursuivies dans les rues et traitées de « pétasses » pendant qu’elles informaient les clients d’un marché.

Le fameux marché aux fleurs

Difficile de retenir les huées, donc, quand le cortège fait une halte non loin de l’Hotel de Ville, avant de devoir le contourner et passer par les petites rues désertes pour rejoindre la place du Palais. Quelques médias sont présents quand la Police annonce le chiffre de participation : nous sommes 1000, dont une grande majorité de locaux.

Et dire qu’il y a cinq mois notre jeune collectif ne comptait qu’une dizaine de membres… Après quelques chants et un discours, la foule rejoint la Place Saint-Jacques pour assister à un concert (les Old Moonshine Band, groupe folk de Clermont de l’Oise) et se restaurer : des gateaux et des boissons chaudes sont distribuées à l’arrière des voitures, faute de stands.

Fait notable : la plupart des gens ont fait l’effort de cuisiner sans matières animales, sans forcément être végans eux même. Un clown gonfle des ballons pour les enfants : canards, cerfs, fleurs…

Mais une question revient immanquablement : « Que fait on pour la chasse cet après midi ? Quelque chose est prévu? » Car le 31 mars, c’est aussi le jour de la dernière chasse à courre de l’année.

Un départ s’organise spontanément, par petits groupes, même si des personnes plus expérimentées sont présentes pour encadrer les volontaires. Le matériel du service d’ordre (talkies-walkies et caméras GoPro) sera d’une grande utilité en forêt.

Deux convois se forment, sans vraiment s’être donnés le mot, chacun suivant les autres. L’un part en forêt de Compiègne, retrouver Alain Drach et son fameux équipage « La Futaie des Amis », connu de tous pour avoir tué un cerf dans un jardin de LaCroix-Saint-Ouen en octobre. Ils seront finalement une quarantaine à le surveiller jusqu’à ce qu’il rentre au chenil bredouille vers 15h30.

Mais le gros des troupes s’est rendu en forêt de Laigue, fief de l’équipage Rivecourt, ceux là même qui ont noyé un cerf dans la rivière en janvier dernier. Courant dans les bois par petits groupes, harcelant les cavaliers sur les chemins, arrêtant les chiens, faisant des opérations escargot en voiture…

Mais l’équipage arrive tout de même à acculer un malheureux cerf dans un étang privé, au bord de l’Aisne. Sur la route qui y mène, la foule commence à grossir, et ne tenant plus, une vingtaine d’intrépides pénètre dans la parcelle privée.

Là ils trouvent le cerf à l’eau, nageant avec des chiens aux trousses, qui lui mordent l’arrière train ! Des veneurs se postent tout autour pour l’empêcher de remonter sur la rive. Le pauvre nage désespérément en rond, s’épuisant pour trouver une issue !

Désemparées, certains personnes se préparent à plonger, d’autres essaient de créer un passage pour que le cerf puisse remonter… Mais rien n’y fait et la Police entre dans le bois pour les déloger.

Dehors, c’est plus de 150 personnes qui sont maintenant massées, et qui conspuent les cavaliers  » Assassins, assassins ! ».

La situation est de plus en plus tendue et l’énorme dispositif policier prévu par la Préfecture se déploie : 17 cars de CRS sont sur place ainsi qu’un hélicoptère qui tourne autour de la forêt depuis le midi. Un cordon est formé pour protéger les chasseurs.

Mais la situation est intenable pour les forces de l’ordre, et vers 16h la nouvelle tombe sur le canal radio de la Gendarmerie: le cerf est « gracié » !

Après un moment de doute, c’est l’explosion de joie parmi les manifestants ! Des enceintes jouent la Compagnie Créole (hymne d’AVA depuis que des veneurs les ont accusé de venir « masqués » comme au fameux bal). On danse la chenille, des filles pleurent de soulagement…

C’est la victoire ! Loin de là, la maitresse d’équipage, Florence de Lageneste, ne cachera pas sa rage d’avoir perdu un trophée « On est pas dans un état de droit ! C’est un scandale ! ».

Difficile de se séparer après une telle journée, la fête se poursuivra encore une heure en forêt, et certains veilleront sur le cerf jusqu’à 20h pour s’assurer de sa santé. Les cafés de la ville en désempliront pas de la soirée.


Comment mieux finir cette saison mémorable, où plus de 130 personnes se sont relayées en forêt pour veiller sur les animaux, sous la neige, dans la boue, sous les coups de fouets ? C’est certainement une grande victoire populaire comme on en voit peu et qui présage le meilleur pour la saison à venir !

BRAVO ET MERCI A TOUS

SOYONS PLUS FORTS ENCORE L’ANNEE PROCHAINE JUSQU’A L’ABOLITION

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Écologie

Chasse à courre et répression (tribune)

Tribune publiée originellement sur mediapart et dont agauche.org est signataire. Pour rappel : le facebook et le site du groupe AVA (Abolissons la vénerie aujourd’hui).

Depuis le mois d’octobre 2017, le mouvement d’opposition à la chasse à courre (aussi appelée vénerie) prend de l’ampleur dans le pays.

Mais, malgré les 84% de français opposés à cette pratique (sondage IFOP/Fondation Brigitte Bardot), l’abolition ne tombe pas du ciel.
Dans l’Oise, les habitants des villages ont décidé de s’organiser pour la défense de la Nature, mais aussi pour le simple respect de leurs droits et de leur quiétude.

Car les incidents continuent de se multiplier dans les villages : Bonneuil-en-Valois fin décembre, Choisy-au-Bac début janvier, Pont-Sainte-Maxence début février… A chaque fois, ces scènes donnent lieu à des affrontements entre les habitants et les veneurs, repoussés  souvent avec l’appui des maires.

Ces derniers sont de plus en plus nombreux à adopter des arrêtés municipaux interdisant le passage de la chasse à courre dans leur commune, mais ceux-ci sont constamment violés. La contestation gagne maintenant la forêt elle-même.

Chaque mercredi et samedi, des habitants se réunissent sous la bannière d’AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui) jusqu’à être parfois une soixantaine. Ils suivent les chasses à courre et en documentent les méfaits. Les méthodes d’action sont clairement pacifiques : une charte proscrit toute violence, injure ou dégradation.

Au grand dam des veneurs, les policiers qui assistent à ces sorties depuis le mois de novembre n’ont relevé aucune infraction.

Privés de recours légaux, la Fédération des Chasseurs de l’Oise saisit alors le préfet Louis Le Franc.

Celui-ci les assure immédiatement de « son entier dévouement » : « La sécurité et le bon déroulement de ces chasses traditionnelles sont, pour le représentant de l’Etat que je suis, une priorité. Face à cette situation, j’ai donné des instructions précises à la Gendarmerie Nationale pour que soient interpellés et poursuivis les individus pris en flagrant délit d’entrave au droit de chasse ».

Samedi 17 février, Guy Harlé d’Ophove, président de la FDC60, invite le préfet sur place, à l’arrière de son 4×4.

Ils tentent ensemble d’intimider les habitants. Mis en file indienne à un carrefour de forêt, certains d’entre eux subissent menaces et contrôles d’identité. Des brigades de Gendarmerie de tout le département sont mobilisées pour une séance d’intimidation. « Je veux que cela cesse, laissez-les chasser ! ».

Les veneurs, les encerclant à cheval, se délectent de la scène. Mais comme d’habitude, aucun délit n’est constaté, et à peine la mise en scène terminée, les activités reprennent des deux côtés. Le préfet, quant à lui, ne communique pas aux médias sa présence ce jour là. Loin de calmer le jeu, cette démonstration de force, hors de tout cadre légal, vient arbitrairement renforcer une position contre une autre, et ainsi aggraver le climat de violence.

Car deux jours avant, un événement est survenu, symptomatique du sentiment d’impunité des veneurs qui va crescendo.

Lors d’une promenade, quatre personnes tombent sur un rassemblement d’une centaine d’entre eux dans un lieu public, apprécié des familles le week-end.

Reconnus comme des opposants à la chasse à courre, les quatre personnes (trois femmes et un homme) sont frappées, et poursuivies jusqu’à leur voiture par une quinzaine d’hommes armés de fouets.

Ceux-ci leur volent un téléphone, et prennent en photo leurs plaques d’immatriculation. Moins d’une semaine plus tard, le propriétaire du journal « Oise hebdo » signera un article révélant l’identité d’un des militants, ainsi que des informations sur sa vie privée, son métier et sa famille. Celui-ci est depuis victime de menaces quotidiennes.

Quand la sécurité des personnes n’est pas assurée, la liberté d’expression n’est plus qu’une chimère.

Beaucoup craignent que cette situation se généralise dans l’Oise, car le plus inquiétant reste à venir. Le département est le théâtre d’une expérimentation inédite en France. La préfecture vient de signer un partenariat avec la Fédération des Chasseurs locale : les « Chasseurs Vigilants ».

Une véritable milice armée de deux cents hommes recevra le rôle d’assister la Gendarmerie dans les « zones forestières » et de « campagne profonde ».

Satisfait, Guy Harlé d’Ophove qualifie ce nouveau détachement de « RG des campagnes », et prévient les critiques : « si ces gens ne sont pas contents, qu’ils restent dans les villes ».

Le sentiment de toute-puissance des veneurs ne peut alors que se renforcer, finissant d’enterrer tout débat d’idées.
Par la présente tribune, nous affirmons notre solidarité aux personnes intimidées et violentées. Nous exigeons la fin de ce climat de menace constante dans nos campagnes.

Nous demandons au préfet l’arrêt immédiat du protocole « Chasseurs Vigilants », dont la partialité est insupportable, donnant le pouvoir de loi à un groupe d’intérêt de manière anti-démocratique.

Nous demandons expressément que le préfet de l’Oise, Louis Le Franc, donne des garanties de liberté d’expression aux personnes opposées à la vènerie et mette tout en œuvre pour les protéger des violences lors de leurs actions pacifiques, comme à leur domicile, faisant respecter l’ordre républicain dont il a la charge.

Les signataires :

– One Voice

– L.214

– Fondation Brigitte Bardot

– Réseau-Cétacés

– Collectif pour l’Abolition de la Chasse à Courre

– SAMA Protection Animale (Saint-Quentin)

– Laterredabord.fr

– PicardiePopulaire.net

– AGauche.org

– Parti Animaliste

– ASPAS

– Xavier Renou (Les Désobéissants)

– Aymeric Caron (auteur, Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant)

– Eric Damamme (VASARA, fondateur de 269 Life France)

– Pierre Athanaze (Action Nature Rewilding France)

– Gérard Charollois (Convention Vie et Nature)

– Christophe Leprêtre (Parti Antispéciste Citoyen pour la Transparence et l’Éthique)

– Marc Vallaud (Collectif Contre l’Exploitation et l’Expérimentation Animales)

– Yves Bonnardel (auteur et chercheur, SFR université de Grenoble)

– Marc Giraud (journaliste, auteur)

– Rémi Gaillard (humoriste)

– Jean-Marc Sauvagnargues, Laurent Honel et Paul Léger (Fatals Picards)

Govrache (chanteur)

– Djamel Vice (rappeur)

– Pierre Rigaux (auteur)

MAN (dessinateur)

– Brigitte Bardot (actrice)

– Xavier Matthieu (acteur, ancien syndicaliste chez Continental-Clairoix)

– Gérard Filoche (Gauche Démocratique et Sociale)

– Cédric Maisse (Aube Nouvelle)

– Laurence Parisot (chef d’entreprise)

– Jean-Luc Mélenchon (député des Bouches du Rhone)

– Michel Larive (député de l’Ariège)

– Bastien Lachaud (député de Seine-Saint-Denis)

– Eric Coquerel (député de Seine-Saint-Denis)

– Muriel Ressiguier (députée de l’Hérault)

– Maud Petit (députée du Val de Marne)

– Maud Assila (secrétaire nationale du Parti de Gauche)

– Lionel Ollivier (maire de Clermont de l’Oise)

– Marie-Laure Darrigade (conseillère municipale d’Agnetz, Oise)

– Stéphane Coville (conseiller municipal de Venette, Oise)

– Corinne Morel-Darleux (conseillère régionale Rhone-Alpes)

– Laurent Grenier et Martin Battaglia (France Insoumise Oise)

– Matthieu Ricard (auteur)

– Guillaume Meurice (animateur radio)