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Société

Coup de pression des grands laboratoires pour préserver leurs marges de profit

L’État est incapable de collectiviser ce secteur de la santé.

À partir du 14 novembre une prétendue grève est déposée par le syndicat « Alliance de la biologie médicale » (ABM), suite à la volonté du gouvernement de « récupérer » 250 millions d’euros chaque année pendant 4 ans en réduisant les tarifs des actes pratiqués par les laboratoires.

En signe de protestation, de nombreux laboratoires ont décider de fermer leurs portes en plus d’avoir suspendu les remontées du nombre de tests covid positifs. Les dirigeants des groupes de biologie médicale, représentés par l’ABM ont proposé une contribution exceptionnelle en rapport avec les profits des seules années 2020 et 2021.

Derrière cette alliance syndicale, on retrouve les plus gros laboratoires de France tels que Biogroup un leader européen avec 25 % de parts de marché dans le secteur, ou encore le groupe Inovie qui possède plus de 500 laboratoires en France et Cerba Healthcare, 600 laboratoires en France et présent dans 11 pays d’Afrique qui est également signataire de la « grève ». À eux trois, BiogroupInovie et Cerba représentent 40 % du marché.

C’est que le secteur est soumis à d’intenses fusions-acquisitions depuis les années 2000, pour arriver à une situation rapprochant chacune de ces enseignes d’une situation de monopole. En France il y avait 5000 enseignes de laboratoires en 2008, aujourd’hui elles ne sont plus que 400.

À ce titre, le chiffre d’affaire de Biogroup est passé d’un chiffre d’affaire estimé à 600 millions en 2019 à 950 millions d’euros en 2020, 1,3 milliards en 2021. Celui d’Inovie de 465 millions en 2019, à 741 millions en 2020, un peu plus de 1 milliard en 2021. Chez Cerba on est autour du milliard en 2019, 1,3 milliard en 2020 et 1,5 milliards en 2021.

On voit donc bien que les profits de ces groupes ne datent pas du covid et que la privatisation de la santé est un problème général, mais ceux-ci ont en effet augmenté de 85 % durant la pandémie.

Mais ce qu’il faut saisir, c’est que plus le capital grossit, plus d’argent est emprunté, le covid et la confiance des marchés dans ce secteur en ayant amplifié le montant. Ainsi par exemple Biogroup a emprunté un total de 2,8 milliards d’euros en 2021 afin de stabiliser son capital et pouvoir continuer sa série de rachat de laboratoires en France et en Europe.

Il y a donc d’un côté une intense activité de concurrence nécessitant toujours plus d’emprunts pour ne pas perdre sa place, de l’autre, tout ce beau monde s’organise pour la défense de leur intérêt commun à pouvoir continuer à se manger entre eux.

C’est cela que défendent les syndicats de biologistes en fermant les laboratoires qui, plutôt qu’une grève, est un véritable coup de force antipopulaire pour faire pression sur le gouvernement.

C’est un secteur qui a eu un rôle de premier ordre d’un point de vue social durant la pandémie de covid-19, mais les premières lignes étaient davantage les étudiants en médecine, les secrétaires, les employés de laboratoire, les transporteurs des écouvillons que l’Alliance de la Biologie Médicale. Si l’on parle de grève, on s’attendrait à avoir l’avis de ces personnes sur les bénéfices faits par le cartel des biologistes…

Malheureusement l’activité exemplaire de ce secteur ne permet pas une collectivisation de cette richesse pour l’ensemble du secteur de la santé : l’hôpital public, les EHPAD qui sont dans un état catastrophique.

On est face à une contradiction typique de notre époque. La pandémie avait en effet obligé le gouvernement à faire un pas dans le collectivisme en tentant de faire primer le bien-être collectif dicté par la lutte contre le virus avec la politique du « quoiqu’il en coûte ».

Désormais tout un pan de l’économie s’apprête à s’écrouler avec le retour du libéralisme débridé et l’État ne veut assumer ce qui va avec, c’est-à-dire l’austérité en rognant sur les budgets de la sécurité sociale. Alors il tergiverse et s’enfonce dans ses propres contradictions, soulevant une pierre bien trop grosse pour lui : grappiller quelques miettes de profits pour mieux esquiver la nécessité de collectiviser les laboratoires de biologie médicale.

Car collectiviser le secteur de la santé est comme ailleurs une urgence d’époque que seule la Gauche historique est en mesure d’assumer.

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Guerre

La fin de l’utopie bourgeoise

L’utopique mondialisation s’est une nouvelle fois évanouie.

Hier, utopie du chemin de fer et de l’acier, aujourd’hui utopie de l’entrepôt et du conteneur, le rêve d’une humanité unifiée à travers les flux économiques parcourt le monde depuis que le capitalisme s’est réellement élancé au seuil du XIXe siècle.

Car la mondialisation telle qu’on l’entend aujourd’hui n’a pas commencé comme cela est souvent dit en 1991, mais véritablement au XIXe siècle lorsque se sont constitués les premiers trusts internationaux exportant leurs capitaux aux quatre coins du globe.

Et déjà en cette fin de siècle qui avait vu fleurir les mouvements de libération nationale, nombreux étaient les commentateurs proclamant la fin des guerres grâce au règne de la dépendance économique généralisée, alors baptisée « première mondialisation ».

A tel point que la Ligue internationale de la paix et de la liberté fondée en 1867 à Genève avait intitulé son organe « Les Etats-Unis d’Europe ». Il en allait d’une portée historique, celle d’un capitalisme bâtissant une nouvelle civilisation pacifiée. Douce et vaine illusion bourgeoise : le développement des richesses nationales restait fondé sur de puissantes inégalités entre pays, formant le lit de la rancœur et du nationalisme.

Si l’illusion fut critiquée théoriquement par quelques grandes figures du mouvement ouvrier international, tel par-exemple Rosa Luxembourg et Lénine à travers deux articles que sont « Utopies pacifistes » et « Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », l’horreur des tranchées de la première guerre mondiale se chargea du reste.

Maintenant soyons lucides. La « mondialisation » de l’après-guerre froide ne fut rien d’autre qu’un retour à l’élan de cette « première mondialisation ». De cet élan qui fit le bonheur des capitalistes de grandes puissances, trop content de s’élancer à la conquête des terres vierges de l’Est et de l’Asie, enfin domestiquées par l’économie de marché.

Hier comme aujourd’hui, l’illusion ne pouvait durer qu’un temps, le temps d’un cycle d’accumulation du capital. Un cycle qui a vu certains pays stagner, d’autres fleurir, le tout dans le chaos mondial d’une économie de marché qui devient tôt ou tard le tremplin pour une grande guerre de repartage.

Et c’est dans cette conjoncture historique que reprend forme le fameux « retour des nations », ce retour en arrière qu’a déjà connu l’Europe et le monde au seuil de 1914 et qui atteste la péremption de la bourgeoisie comme porteur de la civilisation humaine.

Ce processus qui prend partout en Europe, d’une manière ou d’autre, la forme d’un relatif retrait de certaines règles communautaire de commerce, voir carrément l’autonomisation de certaines chaînes d’approvisionnements économiques mondiales, à l’instar de l’industrie des semi-conducteurs.

À la télévision américaine CNN, Emmanuel Macron déclarait récemment d’une manière pragmatique qui sous-entend clairement la tendance à la guerre de repartage :

Il faut passer d’un monde où l’interdépendance et le commerce étaient un moyen d’éviter les guerres, à un monde où il faut être autonome et indépendant.

Ce qui se passe est donc tout à fait simple. La bourgeoisie a historiquement et positivement constitué des marchés nationaux à travers un processus d’unification sociale et culturelle nationale, puis de cet élan s’est constitué une spécialisation des économies alors interdépendantes, donnant lieu à un marché mondial, une « mondialisation ».

Mais la bourgeoisie ne peut aller jusqu’au bout de ce processus car sa portée historique est fondée sur l’économie de marché qui connaît des antagonismes économiques et des développements inégaux entre pays. Le clash est tôt ou tard inéluctable, et le retour à la base du marché national incontournable.

Le Brexit était déjà annonciateur de tout ce processus historique et les événements historiques de ces cinq dernières années n’ont fait que confirmer une accélération des choses.

Il y a évidemment l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les poussées des forces nationalistes un peu partout en Europe, comme en France avec les 89 députés RN élus en juin, en Suède avec les « Démocrates de Suède » devenu deuxième force politique du pays aux dernières élections législatives, et dernièrement en Italie avec la poussée fulgurante de la figure de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, passée de 4,35 % aux élections de 2018 à 26,47 % en 2022.

En Italie, Giorgia Meloni est très claire sur cette perspective, se disant « prête à faire revivre l’Italie » et à la « faire respecter en Europe ». Et c’est le rêve de l’Union européenne, corollaire de l’illusoire mondialisation, qui s’effondre : elle reste ce qu’elle a toujours été, une interface de négociations financières et commerciales pour les pays développés de l’Ouest européen.

Là aussi, il faut se souvenir de comment le mot d’ordre des « États-Unis d’Europe » était défendu dans les années 1900 par les forces libérales-modernisatrices, tel Georges Clémenceau cherchant à s’appuyer sur l’élan de la « première mondialisation ».

Chimère car déjà se cachait la soumission aux États-Unis qui allaient devenir la principale force capitaliste mondiale au sortir de la première guerre mondiale. Et l’on remarquera combien la filiation historique de Georges Clémenceau se trouve en Emmanuel Macron, l’un comme l’autre soutenant une Europe au service de la France dans le cadre d’une alliance avec les États-Unis.

Finalement, en ce début de XXIe siècle, nous voilà revenus au point de départ de la fin XIXe siècle. Et de ce point de vue, l’enjeu est de ne pas retomber dans les erreurs du mouvement ouvrier français, alors divisé entre réformateurs et syndicalistes, tous finissant dans l’Union Sacrée d’août 1914.

Reconnaître la fin de l’illusion bourgeoise, c’est repartir sur les bases de l’utopie socialiste, celle-là qui fait de la fin des antagonismes économiques et des inégalités de développement la condition pour la réalisation d’une coopération entre les peuples du globe.

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Politique

Réformer ou dépasser le capitalisme ?

Taxer les « super-profits » ou socialiser les monopoles, il faut choisir.

Depuis la fin des élections présidentielles, différents cadres de gauche proposent de taxer les « super-profits ». Olivier Faure du PS a proposé de soumettre cela à un referendum d’initiative partagée, proposition soutenue quelques jours plus tard par Jean Luc Mélenchon lors de l’université d’été de la France insoumise. 

Pour défendre cette proposition, l’ensemble de la gauche ayant adhéré à l’alliance NUPES, c’est-à-dire principalement le parti socialiste, La France insoumise, le parti communiste français, EELV s’appuient sur le fait que les entreprises du CAC 40 ont engrangé plus de 170 milliards d’euros de bénéfice en 2020/2021. 

Avec le contexte inflationniste que connaît la quasi-totalité du monde, et particulièrement en Europe où il faut s’attendre à voir les factures d’électricité multipliées par dix lors de l’hiver qui arrive, cette proposition semble arriver à point nommé. 

La gauche actuelle qui tente de se refaire une crédibilité réfléchit ainsi : la situation devient compliquée pour les gens, partageons mieux l’argent des riches pour les aider. Une telle perspective est tout à fait éloignée de l’héritage du mouvement ouvrier, étant plutôt liée à celui d’une partie des classes dominantes ayant à cœur les « réformes sociales ». 

Évidemment, la situation est inacceptable. Que des entreprises comme Total Énergie qui emploie des dizaines de milliers de personnes à travers le monde arrivent à engranger des dizaines des milliards d’euros de bénéfice doit questionner toute personne de gauche, mais la discussion devrait surtout porter sur ce que nous voulons faire de Total, CMA-CGM, Carrefour, etc. 

Faut-il simplement se battre pour des réformes qui poussent les entreprises à mieux partager les bénéfices qu’elles font et demander au mieux un droit de regard sur leurs activités, ou alors faut-il exiger de lutter pour dépasser le capitalisme et socialiser des multinationales qui se développent bien souvent sans, voir contre l’avis populaire ? 

Plus directement est-il souhaitable que Total partage ses bénéfices tout en continuant son entreprise impérialiste, comme en Arabie Saoudite où elle vient de signer un accord avec Qatar Énergie pour développer l’exploitation de la plus grande réserve connue de GNL au monde? 

Ou alors l’objectif est-il de socialiser Total pour que cette entreprise ne fasse plus aucun bénéfice privé et qu’il soit décidé démocratiquement de ce qu’il est envisageable de réaliser avec les moyens de productions qu’elle possède ? 

Cette question est d’une grande importance car elle permet de prendre une position déterminante dans la période qui s’ouvre, et qui est marquée par la marche vers la troisième guerre mondiale. 

Des blocs se construisent et se préparent à faire face les uns aux autres pour se partager le monde. En France, des grandes entreprises comme Total, Orano (anciennement Areva), Carrefour ou Bolloré sont en première ligne pour pousser les capitalistes français à jeter toutes les forces du pays dans cette bataille de repartage.  

Preuve en est encore la visite d’Emmanuel Macron en Algérie pour négocier le gaz en compagnie du PDG d’Engie ou s‘approprier les métaux rares du pays grâce à un nouveau « partenariat », qui n’est rien d’autre qu’un néo-colonialisme du fait de l’absence de gros moyens de production en Algérie capables d’explorer puis d’exploiter des mines géantes. 

Par conséquent, en acceptant la proposition actuelle de taxation des « super-profits » par les forces de la NUPES, c’est donner l’illusion d’un capitalisme à visage humain, du moins pour les français au détriment des autres peuples.

Car l’objectif ici c’est de compenser la chute du niveau de vie provoqué par la crise du capitalisme, en partageant « mieux » le gâteau de l’impérialisme français sans s’y opposer. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’est jamais défini la différence entre les profits et les super-profits… Mais alors d’où viennent ces « super »-profits, si ce n’est d’une super exploitation d’autres peuples du monde ?

Ces forces politiques en apparence sociales qui ne veulent pas reconnaître « l’abondance » que connaissent les français depuis les années 1990 grâce à la « mondialisation » sont des menteurs qui proposent sans le dire de continuer l’entreprise de pillage par les multinationales françaises, et donc contribuer à alimenter la tendance à la guerre de repartage. On ne s’étonnera guère d’ailleurs de leur silence à propos du militarisme et de l’armée française…

La perspective de la Gauche historique, c’est celle de voir en la situation sociale difficile qui arrive une occasion historique pour permettre au prolétariat de France de se reconstruire une conscience de classe dans le but de mener la grande bataille contre la bourgeoisie, pour l’émancipation du capitalisme.

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Société

« Dark stores » et « dark kitchens » : l’agonie du capitalisme

La société marchande est condamnée.

Depuis plusieurs années, les villes françaises sont polluées par la prolifération de service de livraison à domicile. Cela a d’abord concerné les restaurants déjà en place, puis il y a eu des restaurants se spécialisant dans la livraison, sans aucun service d’accueil sur place. À ces « dark kitchens » s’ajoutent maintenant tout un tas de « dark stores », soit l’équivalent de supérettes ou supermarchés, mais uniquement destinés à la livraison.

Ces entrepôts posent des problèmes évident de nuisance dans les rues où ils sont implantés. D’abord en raison du va et vient des scooters (qui attendent longtemps sur place, sur les trottoirs, les éventuels commandes), mais aussi à cause des livraisons pour l’approvisionnement. Un « dark store », c’est plusieurs camions semi-remorques ou gros porteurs par semaine, souvent tôt le matin, parfois en journée, y compris le samedi. Et ce sans infrastructures, ni aucune concertation préalable avec les municipalités, contrairement aux supermarchés classiques (quoi que c’est de moins en moins vrai pour les supermarchés classiques).

Ces entrepôts sont installés en toute illégalité, et bien sûr en toutes connaissance de cause de la part des entrepreneurs. Il est joué sur la prétention de dire qu’il s’agit de commerces traditionnels (ce qui serait légal), alors qu’ils s’agit manifestement en droit urbain d’entrepôts, donc soumis à des règles et des autorisations particulières.

Il y a quelques jours, l’adjoint à la mairie de Paris en charge de l’urbanisme s’est imaginé porter une grande cause en « dévoilant » un projet gouvernemental de légaliser les « dark stores » et « dark kitchens ». Il s’agit d’un petit article d’un arrêté de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages, permettant de requalifier en « commerces de détail » ce qui est défini comme des « points de collecte d’achats commandés par voie télématique ». Cela mettrait définitivement fin à toute « interprétation » juridique de la chose.

C’est une vision des choses d’ailleurs très cohérente du point de vu capitaliste, car on à là effectivement des points de collecte de marchandises par des particuliers, la seule nuance étant qu’ils sous-traitent cette collecte à des domestiques.

De toutes façon, c’est là un détail tout à fait insignifiant, car en réalité ces entrepôts sont déjà légaux de fait, puisqu’ils se sont implanté de force et que personne ne les a empêché. Ni les administrations, ni les préfectures, ni les municipalités (y compris Paris), n’ont rien fait contre, alors qu’il y avait tout un tas de manières administratives et policières d’empêcher ces activités dès le premier jour.

Ne serait-ce qu’en réprimant concrètement l’occupation illégale de l’espace publique par les scooters accompagnants ces entrepôts. En réprimant l’exercice illégal de l’activité de livraison avec engin motorisé de la part d’auto-entrepreneurs grouillant autour de ces entrepôts. En réprimant la circulation sur bandes et pistes cyclables par les « speed bikes » utilisés par ces entrepôts, qui sont légalement des cyclo-moteurs.

Le ministre délégué à la Ville et au Logement Olivier Klein a mis fin à la polémique en faisant savoir qu’il n’était pas question d’imposer et que les collectivité locales doivent avoir la possibilité de refuser ces « stores », via les plans locaux d’urbanisme. C’est la magie du turbo-capitalisme : d’abord le droit est piétiné par des entrepreneurs, puis la puissance publique, qui n’a plus grand chose de publique, torpille le droit en légiférant dans le sens des entrepreneurs pour accompagner ce qui est déjà en place, et ensuite il prétendu qu’il y a le choix. Le « choix » étant l’alpha et l’oméga du turbocapitalisme.

Fini la démocratie dans sa forme moderne-républicaine donc, avec la bourgeoisie censée être la meilleure représentante de la société. Seul le marché compte avec le « choix » des consommateurs. Mais ce qui est vraiment remarquable dans cette histoire, c’est que même en ce qui concerne le marché, il n’y a en fait pas grand-chose.

Car il ne faut pas s’y tromper. Si ces « stores » représentent en partie une expansion du capitalisme, avec des marchandises disponibles 24h/24 ou presque, ils représentent surtout un ratatinement total du capitalisme. Ces stores n’apportent aucune plus value, ne représentent aucune valeur ni véritable modernité, si ce n’est une façon nouvelle d’avoir recours collectivement à des domestiques, sans être soi-même très riche.

Mais ces « stores » sont très loin d’être rentables et au sens strict, ils forment une concurrence déloyale aux commerces traditionnels. Mais comme les monopoles du commerce traditionnel (Carrefour par exemple) sont en général eux-mêmes actionnaires de ces nouvelles entreprises, alors ils accompagnent le mouvement en s’imaginant être placé pour l’avenir, face à la crise.

Si le capitalisme était vaillant, la bourgeoisie écraserait ces tentatives commerciales ridicules dans les centres urbains, en raison des nuisances évidente qui n’apportent en contre-partie rien au PIB du pays ni à la croissance capitaliste des villes. Mais le capitalisme est en crise, face à un mur, alors tous les moyens sont bons pour espérer. C’est ainsi que s’est développée la croyance (irrationnelle par définition) en les « start-ups » et les applications pour smartphone.

Alors, la modernité capitaliste serait de se faire livrer ses courses commandés sur iphone en 15 minutes, par des domestiques qui ont attendu sagement devant les entrepôts que le consommateurs du futur aient une petite faim, et surtout une grosse flemme de bouger du canapé ou de l’ordinateur. Il y a beaucoup de gens, surtout jeunes, pour trouver cela sympa et payer plus cher leur paquet de chips et leur sauce tomate pour ce « service » 2.0. Mais ce n’est pas ainsi que le capitalisme se sauvera de la crise, bien au contraire.

On peut d’ailleurs se douter qu’avec l’inflation et la crise énergétique, le problème des « dark stores » va être réglé rapidement. Quand les gens vont découvrir leur facture de chauffage cet hiver, alors que tous les prix vont drastiquement continuer d’augmenter en raison également de cette crise énergétique dans l’industrie et le transport, la donne ne sera plus la même. Et l’agonie du capitalisme en sera d’autant plus évidente.

Reste à savoir quelle sera la réponse populaire face à la crise sociale et économique. En attendant, sur le plan culturel, la faillite populaire est évidente, sinon ces absurdes « stores » n’auraient jamais pu voir le jour.

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Écologie

Les Assises de la forêt et du bois au service de la modernisation capitaliste

Les Assises de la forêt et du bois visent à accompagner la modernisation des secteurs capitalistes du bois dans le cadre du changement climatique.

Mardi 16 mars se sont clôturées les Assises de la Forêt et du Bois lancées le 19 octobre 2021 en présence de quatre ministres, du Logement, de la Biodiversité, de l’Industrie et de l’Agriculture.

Ces assises avaient pour but de lancer un cycle de réflexion autour des difficultés du secteur du bois et de l’exploitation de la forêt française, alors confrontés aux problèmes d’approvisionnement et du réchauffement climatique.

En effet, lors des différents confinements pendant la crise sanitaire de 2020-2021, il y a eu un engouement mondial pour l’aménagement des foyers, principalement autour de l’ameublement en bois.

Mais, sans planification démocratique de la satisfaction des besoins, cette explosion de la demande mondiale a abouti à des pénuries de bois, avec la Chine et les États-Unis qui ont monopolisé l’achat de cette ressource sur le marché mondial.

Incapables de saisir le chaos causé par la concurrence marchande, les capitalistes français du bois ont alors cherché à sauvegarder leurs profits coûte que coûte en modernisant toute la base industrielle.

Voici ce que le document de présentation des Assises de la Forêt et du Bois annonce :

« Avec un prélèvement annuel de bois très inférieur à la production annuelle biologique, la filière forêt-bois française a un potentiel de production supplémentaire tout en préservant et développant les écosystèmes forestiers. Celui-ci doit être d’autant plus développé que la balance commerciale de la filière bois est structurellement déficitaire et s’établit en 2020 à 7 milliards d’euros de déficit.« 

L’enjeu est clair : il s’agit de moderniser la production de bois pour la rendre plus rentable et « souveraine », avec en arrière-plan la question de l’assèchement du marché par les deux superpuissances, la Chine et les États-Unis.

Comme ailleurs, la demande de bois aux États-Unis et en Chine a explosé depuis la crise sanitaire, ce qui booste les exportations, tout en contribuant à la pénurie dans l’hexagone.

L’offre se tasse d’autant plus que le réchauffement climatique affaiblit la croissance des chênes dans l’hexagone (sécheresses, prolifération du scolyte…), et que des pans entiers de forêt ont été détruit en 2021 aux États-Unis, à l’est par les tempêtes, à l’ouest par les méga-feux.

De fait, la restructuration de la filière-bois exprime la tentative de l’industrie capitaliste française de maintenir sa place dans le cadre de la compétition économique mondiale. Une compétition mondiale qui tourne de plus en plus autour de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis.

Cela est très clairement reconnu dans le document des Assises, ce qui d’ailleurs contribue à alimenter les tensions nationalistes :

« Il est stratégique pour notre souveraineté d’assurer la réindustrialisation de la France, qui est l’un des objectifs du plan France Relance. […] La capacité de nos industries à être présentes sur le marché du bois en plein essor est une question de souveraineté. »

La forêt française, c’est la quatrième plus grande forêt d’Europe. Les départements les plus forestiers sont dans le nord-est comme le Doubs, le Jura, les Vosges, etc., le sud-est avec la Haute-Savoie, le Vaucluse, les Alpes-Maritimes, etc., et le Sud-ouest autour dans les Landes.

Mais la forêt française est à majorité composée de feuillus, dont l’industrie du bois nationale est peu utilisatrice, préférant les résineux, quand les troncs de feuillus sont exportés en Asie pour être transformés à bas coût.

D’où l’idée du plan de relance « France 2030 » d’allouer 150 millions d’euros pour la plantation de 50 millions d’arbres d’ici 2050, 50 millions d’euros pour moderniser les moyens de production, et notamment mieux les adapter aux feuillus, comme des scieries ou des papeteries et pour développer la cellulose, une matière organique contenue dans le bois entrant comme matière primaire dans l’industrie chimique.

En tout, et dès le mois de mars, près de 400 millions seront alloués pour des projets industriels liés à la biomasse (énergie par combustion de bois), la construction, la modernisation des travaux forestiers

C’est également près d’un milliard d’euros qui va être dédié au renouvellement de forêts plus riches en essences, non pas tant dans une optique écologique que dans une volonté de fortifier les sources d’approvisionnements en bois dans le contexte de monocultures moins bien résistances aux effets du réchauffement climatique.

Cette opération sera aidée par un fonds de modernisation des outils de cartographie et de suivi des forêts, avec notamment un Observatoire de la forêt qui doit être lancé en 2023 qui, aidé de l’ONF et de l’Inrae, sera chargé de trouver les meilleures essences d’arbres les mieux adaptés au changement climatique. Toujours dans une optique capitaliste d’approvisionnement, et non pas de protection de la nature.

Enfin, de nouveaux accords commerciaux entre l’État et l’ONF ont été passés (comme l’accord de la filière chêne signée le 19 février 2022) afin d’augmenter la commercialisation du bois issus des forêts domaniales « pour répondre à l’impérieuse nécessité de sécuriser l’approvisionnement des scieries situées sur le territoire national ».

Bref, avec les Assises de la forêt et du bois, il est évident que les capitalistes du bois se précipitent dans la restructuration sans égard pour le débat démocratique nécessaire à propos des enjeux écologiques fondamentaux que posent les forêts.

Car la question n’est pas tant de se priver définitivement du bois comme matière première industrielle, mais bien de savoir pourquoi, comment et vers quoi elle est utilisée socialement.

Doit-on accentuer l’exploitation des forêts pour plus de meubles jetables ? Doit-on vraiment basculer dans le bois-énergie, alors qu’il contribue massivement à l’émission de particules fines à travers les cheminées et surtout les centrales électriques au bois ? Les magnats de l’immobilier doivent-ils étendre leur monde de béton au prétexte que les éléments « biosourcés » seront les principaux matériaux des logements ?

Des questions qui sont littéralement mises de côté par un capitalisme qui cherche à tout prix à se relancer sur une base de repli national, sans égard pour la seule question essentielle de notre époque : la protection de la nature, et de la forêt en particulier.

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Guerre

Le fanatisme belliciste anti-russe du ministre français de l’Économie Bruno Le Maire

Un pas de plus vers la guerre mondiale.

La France est-elle en guerre contre la Russie ? Officiellement non, mais en pratique ce n’est pas si évident. Le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire est allé très loin mardi 1er mars 2022 dans ses propos à l’encontre de la Russie en assumant le mot « guerre » sur France info. Il a dit, avec un ton particulièrement martial :

« Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie. »

Il a précisé à quel point il voulait atteindre la Russie, et même le peuple russe, au moyen de la guerre économique.

« Nous voulons viser le cœur du système russe, nous visons Vladimir Poutine, nous visons les oligarques, mais nous visons aussi toute l’économie russe. Et le peuple russe en paiera aussi les conséquences. On ne sait pas faire autrement. »

De manière totalement fanatique, il s’est félicité de l’efficacité (selon lui) des mesures déjà prises contre la Russie, en annonçant que le but était maintenant d’enfoncer le clou :

« Nous allons donc provoquer l’effondrement de l’économie russe. »

Ces propos sont incroyablement belliqueux, en plus d’êtres délirants dans leur contenu. C’est belliqueux, car il s’agit ici d’assumer une guerre, d’écraser un ennemi et avec lui son peuple. C’est délirant car en pratique les pays du bloc formé par les États-Unis, dans lequel s’inscrit la France, n’ont aucun moyen d’affirmer pour l’instant que l’économie russe est effectivement en train de tomber. C’est de la pure propagande de guerre, pour galvaniser l’opinion, pour mettre la pression sur l’ennemi.

Mais, emporté par son fanatisme, le ministre français est allé trop loin, en assumant trop ouvertement la position du gouvernement français et sa volonté d’écraser le régime russe. Il s’est fait recadrer et de manière pathétique, il a dû atténuer ses propos en expliquant plus tard dans la journée que « le terme de guerre utilisé ce matin sur France Info était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade », en précisant que la France n’est « pas en conflit contre le peuple russe ».

Sauf que les mots ont été prononcés, et s’ils sont éventuellement maladroits, ils reflètent en tous cas l’état d’esprit du gouvernement français. Il s’agit en l’occurrence d’un alignement total sur la superpuissance américaine et sa volonté de domination mondiale, avec la confrontation à la Russie comme préalable incontournable.

La France, dans le giron des États-Unis, soutient totalement le régime nationaliste, corrompu et nationaliste-racialiste au pouvoir en Ukraine depuis 2014. Régime dont l’instauration a été soutenue par eux. La France n’en a rien à faire ni de l’Ukraine, ni du peuple ukrainien, il ne s’agit pour elle que de défendre un pré carré en le disputant à la puissance russe, elle-même tendanciellement dans le giron de la superpuissance chinoise.

D’ailleurs, l’avalanche de sanctions économiques contre la Russie a surtout comme conséquence de pousser encore plus franchement la Russie dans le sillage de la superpuissance chinoise et de renfoncer les tensions avec le bloc formé par les États-Unis. C’est la tendance à la guerre mondiale qui se dessine sous nos yeux chaque jour, comme avant 1914.

Bruno Le Maire, en tant que libéral pro-OTAN, est un défenseur acharné du capitalisme dans sa version américaine, et on voit très bien en écoutant ses propos que ce n’est que de cela qu’il s’agit. Lorsque le ministre français de l’Économie entend « provoquer l’effondrement de l’économie russe », il développe juste avant que :

« États-Unis et Europe ensemble sont de très loin le continent économique et financier le plus puissant de la planète. »

C’est là assumer l’alignement sur la superpuissance américaine. L’écrasement économique de la Russie est donc au programme du ministre de l’Économie aujourd’hui, et dans son sillage l’écrasement militaire de la Russie sera bientôt au programme de l’OTAN.

De son côté évidemment, le régime russe est très content d’une telle opposition, lui permettant d’assumer encore plus facilement ses positions, son impérialisme. La Russie peut justifier d’autant plus facilement son invasion de l’Ukraine et sa négation de la nation ukrainienne, que celle-ci est inféodée au bloc américain-européen avec le président Volodymyr Zelensky et la tendance nationaliste qu’il représente.

Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, ancien premier ministre et figure majeure du régime, a ainsi rétorqué dans la journée dans un message en français sur Twitter :

« Un ministre français a dit aujourd’hui qu’ils nous avaient déclaré la guerre économique. Faites attention à votre discours, messieurs ! Et n’oubliez pas que les guerres économiques dans l’histoire de l’humanité se sont souvent transformées en guerres réelles. »

On rappellera au passage que le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire avait quelques jours auparavant parlé de manière indécente « d’arme nucléaire financière » (à propos du système bancaire SWIFT). On nage ici en pleine folie, dans une folie monstrueuse amenant à la guerre de part la concurrence acharnée entre les pays dans tous les domaines.

Ce n’est pas une folie imputable au cerveau « malade » de quelques dirigeants, pas plus celui de Vladimir Poutine que celui de Bruno Le Maire. Il s’agit simplement d’une tendance historique, du développement normal du capitalisme qui mène inéluctablement à la guerre et la crise, à la crise et la guerre. Bruno Le Maire, tout comme Vladimir Poutine, n’en sont que les vilains instruments.

Seuls les peuples peuvent s’y opposer, en France, en Russie, aux États-Unis, en Ukraine, en prenant le pouvoir pour instaurer des régimes véritablement démocratique et populaire, avec l’internationalisme prolétarien comme seul agenda diplomatique. Il n’y a pas d’autre choix ! Le monde se précipite à l’abîme. Et la conscience sociale des gens est à zéro. L’Histoire va s’accélérer sans commune mesure – dans un sens comme dans un autre.

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Société

Sorare, le business du vide

Quand les investisseurs misent sur du vent.

Il est parlé de la plus haute levée de fonds de l’histoire des entreprises françaises du secteur numérique : 680 millions de dollars le 21 septembre 2021. Cela valorise ainsi la « start-up » Sorare à 4,3 milliards de dollars et elle est déjà considérée comme rentable avec 100 millions de revenus prévus pour 2021.

Qu’est-ce qui peut donc autant faire tourner la tête des investisseurs, quelle innovation peut-elle susciter autant d’engagement financier ? La réponse est… rien ! Car Sorare n’a absolument rien à vendre concrètement, si ce n’est d’absurdes et inutiles algorithmes.

L’entreprise se présente comme un jeu de fantasy football, c’est-à-dire un jeu de stratégie basé sur les résultats réels des équipes de football. Cela n’a rien d’extraordinaire et il en existe de nombreux, tel MPG ou Fantasy Premier League. C’est éventuellement sympathique, mais cela ne vaut certainement pas plusieurs milliards. Là n’est donc pas le sujet.

Ce qui fait la particularité de Sorare, c’est surtout de proposer des « cartes » de joueurs de football à collectionner. Ce qui est suggéré, c’est une sorte d’équivalent numérique des fameuses étiquettes autocollantes Panini.

Il y a pourtant une grande différence. Dans le cas des Panini, il y a quelque-chose à produire. Il faut fabriquer les autocollants et les albums à images, il faut distribuer tout cela et faire vendre le tout par des magasins. Cela permet de produire de la valeur, et donc de la richesse, de manière on ne peut plus classique. C’est une valeur qui n’est pas particulière à chaque carte (elles sont d’ailleurs produites en quantité égale) qui ne vaut que quelques centimes individuellement, mais une valeur générale propre à la chaîne de production (tant de millions de cartes vendues génèrent tant de bénéfices, etc.)

Dans le cas de Sorare, il n’y a rien à produire concrètement, à part un peu de mise en page et d’agrégation de contenu. Bien sûr, le numérique est quelque chose de concret, de physique, puisqu’il s’agit d’informations gravées sur des serveurs informatiques. Mais cela ne va pas plus loin, car par définition une donnée numérique est copiable très rapidement et facilement pour un coût tout à fait négligeable. Autrement dit, n’y a aucune opération productive permettant de réaliser une plus-value industrielle avec des « cartes » numériques, puisque elles n’ont pas de valeur matérielle particulière, et encore moins de valeurs par rapport à une chaîne de production.

L’« astuce » de Sorare se situe précisément ici, avec la prétention justement de créer de la valeur numérique. Comme le nom de l’entreprise le suggère (So Rare signifie quelque-chose comme « tellement rare »), l’idée est de créer de la rareté en produisant des « cartes » numériques uniques via un algorithmes. La « technologie » utilisée est appelée NFT et fonctionne sur le principe de blockchain, exactement comme le Bitcoin. Ce qui est vendu par Sorare, c’est le fait de créer de pseudo-cartes ayant une identité unique.

Cela n’a aucun sens, c’est même antagonique avec l’idée du numérique qui est justement de pouvoir diffuser rapidement et massivement une information. L’idée de génie de Sorare est donc de créer artificiellement une pénurie, de brider cette possibilité, avec une certification algorithmique.

Pour le dire autrement, c’est comme si on empêchait le copié-collé. On a une image et un texte, que l’ont peut normalement reproduire facilement (c’est là dessus qu’est basé internet, même dans sa version payante). La « technologie » NFT permet d’empêcher cela en certifiant une production numérique (de manière très relative toutefois, car les possibilités de calcul permettront probablement bientôt de contourner cela).

Concrètement, Sorare procède régulièrement au design des « cartes » de joueurs de football, de manière limitée, puis les met en vente. Et il y a donc en face des gens qui paient pour avoir un bout de code informatique « certifiant » que l’image qu’ils voient sur leur écran est « unique ».

On notera d’ailleurs qu’en tant que tel Sorare n’a rien inventé puisque le jeu vidéo Fifa avec son mode FUT fait la même chose depuis des années. Des « cartes » sont produites de manière limitée puis vendues (via un système de loterie très opaque) et elles permettent ensuite de jouer avec les joueurs ainsi créés. Sorare reprend le même principe, mais sans le jeu (la fantasy league n’est pour Sorare qu’un prétexte, car le but est la collection pour la collection).

Cela n’a aucune utilité, d’autant plus que c’est du gaspillage de ressource, car il faut beaucoup de capacité de calcul pour produire et faire exister de tels algorithmes. Mais ce qui intéresse vraiment les investisseurs, car ils sont littéralement fascinés par un tel projet, c’est précisément la possibilité d’un marché secondaire. En effet, qui dit quelque chose d’unique (ou soit-disant) et de « hype » (selon leur point de vue), dit possibilité de spéculer dessus.

C’est exactement le même principe que pour l’« art » contemporain ou les crus et cépages de vin, ou encore les images GIF relevant de la technologie NFT. Il existe des gens qui sont tellement riches que les richesses réelles ne leur suffisent pas. Alors, comme ils ont besoin d’accumuler encore et encore, de placer et garantir toujours plus leurs richesses, ils inventent de nouvelles « richesses » pour de nouvelles dépenses et du nouveau « capital ».

Quand on est riche, on achète donc très cher une pseudo œuvre, sans aucune sensibilité artistique mais réalisée par quelqu’un d’« unique ». On achète très cher une bouteille de vin simplement car il a été décrété qu’elle était exceptionnelle. Et donc en 2021, ces gens n’ont même plus besoin de faire semblant de posséder quelque chose : ils possèdent l’idée de quelque chose, l’idée d’une carte d’un joueur de football.

D’un point de vue philosophique, c’est très significatif, cela en dit long sur notre époque et les valeurs qui l’animent. 4,3 milliards de dollars et autant de bruit pour réaliser des choses aussi futiles et qui n’existent d’ailleurs même pas en tant que telles (ces « cartes » ne sont pas réellement uniques) : c’est vraiment l’œuvre d’une société marchant sur la tête, ayant perdu tout rapport au réel.

Mais ce qui est vraiment terrible dans tous cela, ce n’est pas tant que des grand bourgeois spéculent et trouvent toujours d’autres moyens de spéculer. Ils le font déjà depuis des dizaines d’années avec le marché secondaire des produits financiers ou l’immobilier. Le plus terrible, c’est qu’un projet aussi délirant et futile que Sorare ne subisse absolument aucune critique populaire, et qu’on trouvera même par milliers des gens des classes populaires pour trouver cela bien.

C’est là qu’on comprend toute l’importance de la bataille culturelle pour changer le monde : si les gens du peuple ne sont pas capables de renverser la table sur de tels sujets, s’ils se font avoir avec des telles arnaques idéalistes, alors ils n’ont rien à attendre du futur pour l’instant. Mais la crise obligera probablement les gens à voir la réalité en face, et saisir le sens réel et concret des choses ! Il le faudra en tous cas.

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Politique

L’importante allocution du 12 juillet 2021 d’Emmanuel Macron

C’est le moment où le régime est fort.

Comme prévu, l’Autriche a servi de laboratoire et la France va instaurer le principe du pass sanitaire systématique. Pour accéder à un lieu public, il faudra être vacciné, guéri de moins de six mois ou disposer d’un test PCR négatif récent, ce dernier devenant payant. Emmanuel Macron a d’ailleurs été très clair : il faudra vivre avec le virus tout le reste de l’année 2021 et les premiers mois de 2022. Le pass sanitaire s’inscrit donc dans la durée et rien que cela est une terrible défaite pour le capitalisme, qui doit réorganiser la société.

Ce qui va se faire dans la douleur, car on voit mal des Français individualistes accepter les contrôles pour le pass sanitaire dans les trains longue distance ou pour simplement prendre un café.

La crise n’est toutefois pas que sanitaire et ce qui fait l’importance de l’allocution du 12 juillet 2021, c’est le ton offensif d’Emmanuel Macron, qui annonce les luttes de classes à venir. Ce qui attend les travailleurs, c’est la restructuration. La réforme des retraites sera reprise dès que possible et surtout, le président l’a martelé, la valeur « travail » doit être mise au centre de tout. La moitié des entreprises françaises a des problèmes à trouver des travailleurs, cela doit cesser et le moyen capitaliste pour cela c’est de baisser les aides sociales ainsi que les allocations pour le chômage.

Emmanuel Macron en a profité pour insister sur le fait que la France serait le premier pays pour le numérique, qu’il y a beaucoup d’investissements internationaux, bref pour présenter le pays comme un bastion du capitalisme, ce qu’il est par ailleurs.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre l’obligation de vaccination pour tous les soignants. Les vacances sont finies : désormais c’est l’ordre capitaliste qui doit primer et plus personne ne doit gripper la machine. La France a été une sorte de « joyeux bordel » comme le dit l’expression bien connue, désormais c’est terminé. Il y a une compétition internationale à assumer et les caractères particuliers des Français doivent s’effacer.

Il faut que le capitalisme français reprenne son cours, coûte que coûte et Emmanuel Macron a même été très optimiste, considérant qu’on reprendrait un cours progressif vers le « plein emploi » – une sacrée fiction – grosso modo d’ici une année. Il est payé pour cela : pour nier la crise, la faire payer aux travailleurs, avancer à marche forcée. En ce sens, le Emmanuel Macron de la dernière année du quinquennat va être très différent du précédent. Il va être directif, parce qu’il sait que le capitalisme attend cela de lui.

Les travailleurs vont prendre très cher. Ils vont payer le prix d’avoir accepté sans broncher qu’il y ait une pluie de milliards qui tombent sur les entreprises pour les soutenir. Ils n’ont pas voulu remettre en cause le capitalisme, considérant qu’ils tiraient leur épingle du jeu, par la consommation, un certain niveau de vie… ils vont s’apercevoir brutalement que le capitalisme leur doit tout… et qu’ils vont devoir payer la crise, en attendant la guerre.

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Société

Super-riches: la France est du niveau des États-Unis

Les super riches possèdent une partie significative du pays.

Les Etats-Unis sont un pays plus vaste que la France, par conséquent les super-riches ont une surface économique bien plus grande. Cependant, en proportion, les super-riches dominent autant l’économie de leur pays en France qu’aux Etats-Unis, comme le montrent ces chiffres du Financial Times.

Part de la richesse des milliardaires dans le PIB en 2020 (en bleu clair) et l’acroissement en 2021 (en bleu foncé).

Est-ce à dire qu’il y a en France une oligarchie ? Absolument pas, car les super-riches ne sont qu’un débordement du capitalisme réel. Il y a d’ailleurs en France 2,169 millions de millionnaires (et les super-riches sont 42, avec 80% des richesses venant de l’héritage). On n’est pas dans une situation russe ou suédoise (la Suède a justement été très cynique avec la pandémie de par sa nature ultra-élitiste et patriotique cynique).

Cependant, cela montre bien qu’en France la classe possédante élargit toujours plus sa main-mise sur les richesses. On sait à quel point les super-riches influent massivement sur la politique américaine. On comprend aisément que, si les super-riches sont proportionnellement aussi riches, alors ils ont autant d’influence. L’exemple de Bernard Arnault est éloquent : il représente individuellement 5,1% du PIB français. C’est totalement fou.

Et pense-t-on réellement résoudre le problème avec des taxes ? Ce serait passer à côté du cœur du problème : ce sont ces possédants qui décident ce qui est produit et donc ce qui est consommé. Il ne s’agit pas que d’individus riches : il s’agit de possessions des forces productives, de contrôle décisionnel, bref de tout un appareil anti-démocratique.

Vu comment le monde rentre dans le mur, on ne peut laisser ces gens décider. Être de gauche c’est considérer que les super-riches et les 2,169 millions de millionnaires doivent être expropriés, leurs richesses passant sous possession populaire et sous contrôle démocratique. Cela serait déjà un véritablement renversement dans le bon sens. Cela implique évidemment de briser le droit à la propriété et c’est naturellement un obstacle de taille dans le régime actuel : il faut donc changer le régime.

Et que se passera-t-il si la Gauche n’assume pas ce combat ? Il y aura l’extrême-Droite qui formulera la thèse nationaliste selon laquelle la richesse passe par le pays lui-même, qu’il faut que la France s’impose davantage, élargisse sa puissance. C’est une conception nationaliste du ruissellement, là où Emmanuel Macron parle d’une ruissellement par l’initiative libérale. Et cela peut très bien marcher auprès de Français qui font partie des 10% les plus riches de la population mondiale, qui vivent de manière petite-bourgeoise pour la plupart, qui ont une haute estime de la propriété privée.

On voit à quel point la question culturelle est essentielle ici. C’est l’alternative qui doit se poser. Ou bien la guerre, ou bien l’affirmation d’un gouvernement mondial. Ou bien la compétition acharnée, ou bien l’effacement de la propriété individuelle. Ou bien la consommation effrénée, ou bien la rationalisation des besoins au prisme de la culture. Ou bien les animaux toujours plus asservis, ou bien un rapport désormais positif à la Biosphère.

Tout cela se pose comme un grand affrontement culturel plus qu’autre chose. Cela est dû à l’envergure historique de la question. Ce n’est pas moins que le sort du monde qui se joue.

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Réflexions

Une société française régressive, ennuyeuse, toujours plus odieuse

La société française est pétrifiée dans le capitalisme.

Les Français ont fait le choix de la régression. Il ne peut se passer énormément de choses, en raison de la crise, heureusement, mais même s’il se passait quelque chose de bien, cela serait au maximum « pas trop mal » tellement le niveau est lamentable. On ne renverse pas une situation sans un haut degré de culture. Et si les jeunes sont débrouillards, ils sont déconnectés des exigences propres à la transformation de la société.

Mentionnons qu’on paie ici, aussi, le prix de la stupidité du populisme de La France Insoumise. Avec un appel au spontanéisme sans base idéologique, Jean-Luc Mélenchon a prétendu faire progresser la cause de la contestation, mais il n’a fait en réalité que finir le lessivage de la Gauche. Quant à Benoît Hamon, qui proposait une Gauche utopique avec Génération-s, il a quitté le navire pour passer dans le camp des bobos d’Europe Écologie-Les Verts.

Résultat, il ne reste rien ou pas grand chose, et en tout cas pas grand monde. Et Jean-Luc Mélenchon feint de se scandaliser de l’appel de généraux à la retraite à une intervention de l’armée pour rétablir la « civilisation », alors qu’en réalité il est simplement dégoûté de ne pas avoir été choisi par eux. En même temps qu’attendait-il, nous sommes en France ! Il n’aura donc été qu’un idiot utile du lessivage idéologique et culturel d’une France déjà largement apolitique, alors que la prise du pouvoir par une Droite dure s’affirme chaque jour davantage.

Cependant, il y a pire. Il y a toujours pire, c’est vrai. Toutefois on touche le fond du fond, ou on a la fin du fin, avec les pseudos contestataires d’ultra-gauche s’imaginant que le grand soir est pour demain ou bien que proposer des paquets de pâtes gratuits relève d’une activité subversive. On ne peut même plus parler ici de négation de l’intelligence ou de la conscience sociale, on est dans la guerre à l’intelligence, dans la guerre à la culture, dans la guerre au peuple. Toute est fait pour laisser les gens dans la stupidité du capitalisme au quotidien et ces gens en rajoutent en parant de vertus « révolutionnaires » ce que fait l’armée du Salut en bien mieux !

Non, il est à peu près clair qu’il n’y a rien sauver d’une société française qui va dans le mur, et dont le caractère odieux ressort chaque jour à quiconque a un semblant de conscience de gauche. Ce qui se passe dans le pays est fade et ignoble à la fois, dans une dialectique du dégoût et de l’horreur.

Et la conclusion est toute vue : c’est à partir des décombres qu’il va falloir reconstruire la Gauche, à travers l’effondrement d’un capitalisme à bout de souffle, un nationalisme français agressif et mégalomane, une tendance à la guerre généralisée dans le monde. Au moins une chose est sûre : la Gauche (historique) ne peut pas manquer d’ambition.

En attendant, donc, cela risque d’être encore relativement l’isolement et la marginalité sur le plan des idées, en attendant que le peuple comprenne qu’il doit s’extirper, douloureusement et avec discipline, d’une vie quotidienne de consommation, d’aliénation, d’exploitation, de superficialité et de nervosité permanente. Le capitalisme démolit psychiquement et il faut partir de là pour avancer : tout un défi !

Et dans ce panorama, il faut maintenir sa conscience quand on en a une, face à toute corruption. Car l’enjeu est immense, les responsabilités incontournables, et l’objectif aussi moralement nécessaire que resplendissant.

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Politique

PSE Bridgestone: une victoire pour les ouvriers, une défaite pour la classe ouvrière

Les ouvriers se défendent de manière corporatiste et la perspective de classe est à zéro.

L’usine Bridgestone de Béthune emploie 863 personnes et les capitalistes japonais qui la possèdent ont décide de la fermer il y a cinq mois de cela. Bridgestone, qui fabrique des pneus et fait un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros, considère que l’usine n’est pas rentable.

Un Plan de Sauvegarde de l’Emploi vient d’être signé, avec des acquis pour les licenciés. L’entreprise japonaise va mettre 80 millions d’euros en plus des 110 millions prévus normalement.

Cela donne déjà pour les salariés 46 500 euros plus 2500 euros par année d’ancienneté ; en moyenne, les licenciés repartent avec 106 000 euros.

C’est une somme extrêmement conséquente, cinq fois la somme légale pour vingt ans d’ancienneté. Elle a d’ailleurs comme but la signature de l’accord, chaque salarié recevant la moitié et devant signer une déclaration d’abandon de toute poursuite contre Bridgestone pour recevoir l’autre moitié.

Il faut noter que c’est la même approche d’arrosage financier qui a été à l’œuvre chez Ford à Blanquefort en Gironde et Michelin à La Roche-sur-Yon en Vendée, alors que les Goodyear à Amiens -Nord avaient dû batailler juridiquement pendant sept années pour que le même dispositif existe.

Mais ce n’est pas tout. Pour Bridgestone Béthune, il y a également un dispositif de pré-retraite pour une centaine de salariés avec prise en charge d’une durée de sept ans, ou bien une allocation de 75% du salaire brut ainsi qu’un congé de reclassement de 21 à 24 mois.

Cet accompagnement dispose également de l’appui de la bourgeoisie elle-même, notamment du très droitier Xavier Bertrand, le président de la région des Hauts-de-France (avec le Nord, le Pas-de-Calais et la Picardie), qui a salué le PSE :

« Les indemnités versées par Bridgestone ne sont que justice, l’attitude exemplaire des salariés et de leurs représentants a été déterminante. Ce n’est qu’une 1ère étape. Nous devons tout faire pour les aider à retrouver un emploi et trouver un ou des repreneurs pour le site. »

Les salariés ont en effet été exemplaires… pour le capitalisme. Ils se sont comportés comme des gens de n’importe quelle entreprise, cherchant à défendre leurs intérêts individuels. Ils n’ont jamais politisé, chercher à donner de l’envergure à leur démarche.

Ils se sont comportés comme des ouvriers américains, vivant leur vie, car ayant les moyens de la mener, et essayant de la continuer tant bien que mal, sans rouler sur l’or, mais dignement.

Sur le papier, ce n’est pas critiquable. Sur le fond, c’est une faillite historique, une déroute totale de la classe ouvrière française. On ferme une usine ? D’accord, financez-nous socialement individuellement et cela ne pose pas de soucis. L’impact sur l’industrie ? Sur la réalité locale ? Sur la classe ouvrière qui continue de subir la pression ? Tout cela n’existe simplement pas.

Quant à la dignité – des ouvriers, de Bridgestone, de Béthune – n’en parlons pas. Voici le communiqué de presse de Bridgestone du 21 juin 2011 :

Bridgestone célèbre le 50ème anniversaire de l’usine de Béthune

Le 11 juin, Bridgestone célébrait les 50 ans de son usine de production de pneumatiques Tourisme de Béthune. Plus de 2 300 visiteurs de la communauté locale se sont présenté à la journée Portes Ouvertes qui marquait cet événement. Ils ont eu le privilège de participer à une visite guidée du site, de découvrir une exposition sur l’histoire de l’usine et d’assister à la cérémonie officielle.

Parmi les représentants locaux figuraient Jean-Michel Bédécarrax, sous-préfet de Béthune et Stéphane Saint-André, maire de Béthune. Bridgestone Europe était représenté par Ryutaro Ishii, Senior Vice President Manufacturing, et Yoshihiko Fujimoto, Vice President HR Europe & Corporate Affairs.

A son inauguration en 1961, l’usine de Béthune était un investissement vital et capital pour l’emploi de la région Nord de la France qui traversait alors une crise douloureuse liée à l’arrêt de l’activité minière. En 50 années, l’usine a produit plus de 241 millions de pneumatiques et employé 8 700 personnes dont certaines d’entre elles issues de trois générations de la même famille. Le site est aujourd’hui l’employeur le plus important de Béthune et le troisième employeur industriel du département du Pas de Calais.

« Nous sommes heureux que tant de résidents locaux soient venus pour cette occasion. Cela prouve l’importance de la place occupée par l’usine de Béthune dans cette communauté » a déclaré Bruno Capron, directeur général de l’usine.

Au début, l’usine de Béthune produisait 4 000 pneumatiques Firestone par jour et employait 640 personnes. Sa capacité de production s’est considérablement intensifiée pour atteindre, en 1973, 12 500 pneus par jour. En 1991, après l’acquisition mondiale de Firestone par Bridgestone, l’usine a produit son premier pneu Bridgestone. La production journalière était de 22 000 pneus.

Aujourd’hui, les pneumatiques Tourisme de haute performance, y compris les pneumatiques Hiver, représentent 75 % de la production. Avec un effectif de 1 300 personnes, la capacité de production est désormais de 25 000 pneus/jour.

10 ans après, l’usine ferme, cela s’arrête là, parce que les capitalistes l’ont décidé. Cela en dit long sur le caractère artificiel de la vie quotidienne dans le capitalisme, façonné comme idéologie pour les intérêts de l’accumulation.

Et les ouvriers l’acceptent, aussi simplement que cela ? Telle est la corruption par le capitalisme en France.

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Société

François Bayrou, les 4 000 euros par mois et la gauche misérabiliste

La France est une grande puissance, et effectivement à 4 000 euros par mois on est loin encore des couches les plus aisées…

François Bayrou a mis les pieds dans le plat en rappelant une chose simple : le niveau de vie des Français est très élevé. Contrairement à une « gauche » misérabiliste qui fait semblant que la pauvreté est de rigueur, François Bayrou exerce un chantage ouvert. Ce chantage consiste à redire aux Français qu’ils vivent dans un pays capitaliste développé, que les pauvres sont pauvres par rapport aux riches, mais qu’ils ne sont pas du tout pauvres…

Eh oui, la France est un pays de petits bourgeois. Pourquoi croit-on que depuis les trente glorieuses, depuis les années 1950, il n’y a plus strictement aucune attirance des ouvriers pour la cause « révolutionnaire » ? Le tableau des logements le montre clairement. Les gens sont en majorité propriétaires et ceux qui ne le sont pas sont notamment en HLM.

Mais qu’a dit François Bayrou ? Il s’y est pris à deux fois, d’abord dimanche 7 février lors de l’émission Le Grand Jury de RTL, Le Figaro et LCI, puis le lendemain dans une vidéo pour préciser sa pensée après un début de polémique.

Celui qui est haut commissaire au plan et président du parti libéral Modem, allié à Emmanuel Macron, a appelé à un « Plan Marshall » pour sortir de la crise et à cette occasion il a critiqué François Hollande qui avait expliqué qu’à partir de 4000 euros par mois on était riche. Il a ainsi expliqué que :

 « à 4 000 euros, on n’est pas riche, mais on est dans la classe moyenne »

Puis, le lendemain, su Facebook, il a précisé sa pensée (ou enfoncé le clou), expliquant en parlant d’un couple d’infirmiers à l’hôpital que :

« Ensemble, ils gagnent entre 4500 et 5000 euros; la retraite moyenne d’un enseignant est de 2600 euros par mois et un couple d’enseignants à la retraite, ils gagnent donc un peu plus de 5000 euros par mois : est-ce qu’on peut prétendre que ces infirmiers, ces enseignants, sont riches ? »

Est-ce vrai ? C’est tout à fait exact. L’INSEE rappelle que :

« En 2016, le salaire mensuel moyen en équivalent temps plein (EQTP) d’une personne travaillant dans le secteur privé ou dans une entreprise publique est de 2 238 euros, nets des cotisations et contributions sociales. »

Alors bien sûr tout le monde n’est pas en couple, dans un couple tout le monde ne travaille pas forcément, il y a les chômeurs, il y a des gens qui gagnent moins, etc. Mais cela n’empêche pas que, grosso modo, le capitalisme tourne très bien. Pour la grande majorité des gens il est possible de profiter de la société de consommation, d’acheter une Playstation, de prendre un crédit pour un logement, etc.

Et il y a les aides sociales… et il y a le patrimoine ! Avec tout cela, la grande majorité des Français vit sa vie et regarde avec dédain toute option révolutionnaire. Ce n’est pas pour rien que les ouvriers votent Marine Le Pen, qu’Alain Soral et les Gilets jaunes ont du succès. Ce sont des manies de petits-bourgeois.

L’INSEE constate ainsi :

« Le patrimoine financier et immobilier moyen a augmenté entre 1998 et 2015 pour l’ensemble de la distribution sauf pour les 20 % des ménages les moins dotés. Les 70 % des ménages les mieux dotés ont bénéficié de la forte valorisation du patrimoine immobilier (+ 133 % en euros courants) sur la période, surtout entre 1998 et 2010.

De même, le patrimoine financier a augmenté de 75 % entre 1998 et 2015, essentiellement durant la période 2004-2010, profitant à tous sauf aux 20 % des ménages les moins dotés qui détiennent presque uniquement des comptes courants et livrets d’épargne réglementée. »

Alors un ménage est-il riche à 4 000 euros par mois ? La moyenne pour les ménages est de 3 000 euros. Avec 4 000 euros, on est dans les classes moyennes supérieures, mais encore dans les classes moyennes… Voici un tableau de l’Observatoire des inégalités.

Cet Observatoire précise :

« Selon notre classification, les personnes seules sont considérées comme pauvres si leur revenu disponible est inférieur à 800 euros mensuels (données 2018). Jusqu’à 1 300 euros, elles appartiennent aux classes populaires et entre 1 300 et 2 300 euros aux classes moyennes. Elles sont qualifiées d’aisées au-delà de 2 300 euros et de riches au-dessus de 3 200 euros par mois.

Pour les couples sans enfants, le seuil de pauvreté se situe à 1 600 euros. Ces couples appartiennent aux classes moyennes entre 2 500 euros et 4 500 euros. Ils sont riches au-dessus de 6 300 euros. Les couples avec deux enfants sont classés comme pauvres si leurs revenus sont inférieurs à 2 100 euros mensuels, comme classes moyennes entre 3 500 et 5 900 euros et comme riches au-delà de 8 400 euros. »

Voilà pourquoi le député Bastien Lachaud, de La France Insoumise, est un démagogue quand il dit que :

« Déconnexion hallucinante. Que Bayrou aille vivre avec moins de 885 euros par mois comme 44% des habitants d’Aubervilliers »

C’est même un très bon exemple, car Bastien Lachaud est membre de la commission de la défense nationale et des forces armées et il s’inquiétait même encore tout récemment des capacités militaires françaises à intervenir. C’est caractéristique d’un discours social-impérialiste digne d’il y a cent ans. Selon lui, les Français seraient tous pauvres, il faudrait soutenir les initiatives militaires, vive la France à bas les vrais riches que sont les États-Unis, etc.

En réalité, la France est une grande puissance où la grande majorité des gens est totalement corrompue par le capitalisme et où seule une bonne minorité trinque réellement. Les autres aussi, mais ils sont aliénés et acceptent la démolition, au nom de la société de consommation.

Et dans tout cela il y a une bourgeoisie qui nage dans l’opulence. C’est tellement vrai que même les gens gagnant 4 000 euros par mois ne relèvent même pas des plus riches ! Ils relèvent des gens vraiment aisés, mais certainement pas de la haute bourgeoisie.

Que tout cela va dégringoler avec la crise, c’est évident. Et cela veut dire d’autant plus refuser les hystéries petites-bourgeoises et défendre les valeurs de la Gauche historique. Il n’y a que deux classes fondamentalement, la bourgeoisie et le prolétariat. La disparition de la petite-bourgeoisie, avec la fin de la parenthèse issue des 30 glorieuses, est inévitable.

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Société

La Gauche doit promouvoir une Sécurité sociale à 100 %

L’assurance santé est un business important en France, avec une part de plus en plus importante du privé dans la prise en charge des soins médicaux. C’est injustifiable, et ce doit être un point clef du programme démocratique de la Gauche que d’écarter les compagnies privées grâce à une Sécurité sociale prenant en charge 100 % des dépenses de santé.

La Sécurité sociale est un acquis démocratique important, obtenu en raison du poids politique de la classe ouvrière en 1945. Le principe est celui de la cotisation obligatoire de la part des travailleurs au sein d’une caisse publique. Cela permet d’avoir ses frais de santé couverts par la collectivité. En pratique cependant, la Sécurité sociale ne prend en charge qu’une partie des dépenses de santé.

Par exemple, une consultation chez un médecin généraliste en 2021 coûte 25 euros (ce qui est très cher), mais n’est remboursée qu’à hauteur de 16,50 euros par la Sécurité sociale.

Cela n’a rien de nouveau, mais le processus s’est accéléré au 21e siècle. Dans les faits, le secteur privé a en France une main-mise de plus en plus grande sur ce qui est un véritable business de l’assurance santé.

Un moment clef pour les compagnies privées a été la loi ANI de 2016, mise en place par la fausse « Gauche », qui impose à toutes les entreprises de proposer aux salariés une complémentaire santé et de la financer à 50% minimum. Il s’agit ni plus ni moins que d’une privatisation de la sécurité sociale, en orientant ce qui devrait être des cotisations sociales publiques vers le secteur privé.

Cette loi ne fut pas un point de départ, mais plutôt l’aboutissement d’un mouvement de privatisation de l’assurance maladie en France au 21e siècle, avec la montée en puissance de quelques grandes compagnies privées. Elles sont issues en grande partie des « mutuelles » corporatistes du 20e siècles, ainsi que du monde des assurances. Ces différents types de compagnies ont beaucoup fusionnés durant les 20 dernières années, pour former quelques grands groupes très puissants, souvent très agressifs commercialement via la publicité.

La loi ANI de 2016 a permis un bon du marché de l’assurance santé, qui a progressé de 2,3 % en 2017, alors que ces compagnies étaient déjà extrêmement implantées (la plupart des personnes ayant déjà une « mutuelle » ou une assurance santé). Cela donne pour 2017 un marché représentant 37,1 milliards de cotisations privées récoltées.

En 2018, l’association UFC-Que Choisir a publié une étude montrant que ces compagnies ont fait exploser le montant des cotisations récoltées, avec une hausse « trois fois supérieure à l’inflation depuis 2006 » et depuis 2010, une augmentation des frais « deux fois plus vite que les remboursements accordés aux assurés ». La tendance est la même chaque année depuis, avec toujours selon l’UFC-Que Choisir une hausse de + 4% en 2019, + 5% en 2020 et donc + 4,3% cette année.

Tout ceci ne signifie par pour autant que la Sécurité sociale (et ses différentes caisses) soit amenée a disparaître en France sous la pression du capitalisme. Au contraire, elle prend en charge une part immense des dépenses de santé, avec en 2019 470 milliards d’euros de prestations versées. C’est plus que le budget de l’État qui était cette année-là de 350 milliards d’euros.

Cela signifie par contre qu’il y a des compagnies privées qui visent à faire un profit sur une partie des dépenses de santé, alors que la Sécurité sociale pourrait très bien les prendre en charge elle-même, puisqu’elle le fait déjà pour le reste.

Cela revient en fait à faire que ce qui coûte très cher soit pris en charge par la collectivité via la Sécurité sociale, et que par contre ce qui peut être rentable en termes d’« assurance » soit orienté vers le privé.

C’est inacceptable pour la Gauche, alors il n’y a aucune raison que la Sécurité sociale ne gère pas 100 % des dépenses et des cotisations de santé.

Cela pose également la question de la nature de ces dépenses de santé. En effet, il y a derrières toutes ces dépenses de santé assurées par la Sécurité sociale et les compagnies privées, tout un business des cliniques privés, des médecins spécialisés richissimes, des laboratoires pharmaceutiques et des industriels.

Une Sécurité sociale forte, gérant 100 % des dépenses et des cotisations, aurait forcément beaucoup plus de poids pour un meilleur contrôle démocratique de ces dépenses de santé et de leur prix.

Et ce serait un contre-poids de taille à la fuite en avant individualiste.

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Société

Cinq exemples de l’implosion de la décadence française

Social-darwinisme, militarisme, absence de valeurs morales… le capitalisme entraîne les gens dans sa chute.

La France sombre et à travers de simples petits détails, on le lit très bien. Il suffit de lire les médias, de voir ce qui se passe, et les choses apparaissent clairement.

Patrick Mille est un acteur qui a joué dans de très nombreux films français (un par an depuis 1990). Il a publié une tribune dans le Figaro, appelant à tout rouvrir («Rouvrez tout! Soyez churchillien, Monsieur le Président!»). Il s’y lamente de manière pathétique, appelant à supprimer toute restriction, avec un discours également ouvertement impérialiste :

« Pourquoi, au lieu de penser qu’il faut 5 ans (tiens donc, 5 ans!) pour former un médecin réanimateur n’avez-vous pas fait un appel, en échange de naturalisation immédiate, à tous les réanimateurs disponibles en Syrie Libye Erythrée ou autre cloaque du monde? »

Qu’une personne qui soit censément un artiste s’exprime ainsi en dit long sur la vision du monde des couches intellectuelles françaises. Rien que pour une telle phrase, une telle personne devrait être bannie de partout où prédomine l’esprit démocratique.

Mais l’heure est au repli sur soi, au nationalisme. Le Parisien a ainsi publié un article digne de l’esprit nationaliste d’avant 1914 (Remboursement du Smecta : l’étrange décision qui fragilise un médicament 100% français). Il faudrait abandonner la loi sur les génériques dans les médicaments si cela affaiblit le capitalisme français. C’est comme la tribune de Patrick Mille : la France avant tout, partons à la bataille pour faire payer la crise aux autres, etc.

D’ailleurs, Le Parisien – on parle du Parisien tout de même ici, un journal simpliste-populiste – fait de la véritable économie politique, visant très clairement à éduquer dans le sens du nationalisme.

Désormais, le prix de référence de ce pansement intestinal, utilisé en cas de diarrhées ou de douleurs à l’estomac, est de 4,39 euros pour la boîte de 30 sachets, avec un reste à charge de 0,79 euro pour le patient. Celui du générique, produit en Asie par l’Oncle Sam : 3,60 euros, sans que le patient n’ait à débourser le moindre centime pour s’en procurer. Du dumping économique au détriment d’un champion français, avalisé par notre administration ?

Les autorités n’ont pas souhaité s’exprimer sur ce dossier qui fait désordre, à l’heure où notre souveraineté industrielle en matière de santé se trouve mise à mal par la crise du Covid. C’est qu’en ce moment, les réussites françaises dans le domaine pharmaceutique, ne courent pas les rues. En témoignent les récents déboires de Sanofi, à la peine dans la course aux vaccins (…).

Mais pourquoi donc les autorités publiques prennent-elles le risque de fragiliser un tel poids lourd de l’industrie pharmaceutique française ? 

Tout cela est très clairement politique et d’ailleurs l’article souligne… qu’Arnaud Montebourg avait bloqué le générique lorsqu’il était ministre. C’est un excellent exemple de glissement.

Est tout autant politique, pareillement dans le sens du glissement nationaliste, l’article du Monde intitulé 5G : le Conseil constitutionnel valide la loi « anti-Huawei » visant à préserver les intérêts de la sécurité nationale. Le Monde aborde ici comme si de rien n’était la concurrence entre pays dans l’optique militariste. Le fait que, Huawei mis de côté, les opérateurs français seront dédommagés par l’État pour compenser les bas prix chinois, n’est même pas critiqué.

C’est l’accompagnement de la marche à la guerre. Il ne faut naturellement pas penser que ce glissement soit conscient. C’est simplement le reflet d’une logique propre au capitalisme.

Ce reflet est violemment décadent, à l’instar des propos de Patrick Mille. Et il est jusqu’au-boutiste, exprimant la panique des défenseurs du capitalisme face à la crise. L’analyse politique Mathieu Slama – en fait un propagandiste – tient dans le Figaro des propos hallucinés dans sa tribune Couvre-feu: «Les contrôles policiers ont créé des scènes kafkaïennes» :

« Ce management de la population française, que Michel Foucault avait pressenti il y a plus de quarante ans dans sa réflexion sur la biopolitique, ne tire sa légitimité que d’un Conseil scientifique qui s’arroge un rôle politique qu’il ne devrait pas avoir et qui s’immisce au plus intime de nos vies.

Nos corps sont enfermés, régulés, nos gestes également, notre visage masqué, nos rapports sociaux détruits, le tout sous l’autorité bienveillante des scientifiques et des médecins qui ont pris le pouvoir politique sans que personne, ou presque, ne s’en émeuve (…).

Osons le dire sans fard: nous avons été jusqu’ici d’une obéissance coupable face à des mesures d’une extrême gravité qui n’ont plus rien à voir avec un régime démocratique. Ce degré d’obéissance dit quelque chose de l’état de notre démocratie.

Quand les citoyens eux-mêmes se font auxiliaires de police dans la vraie vie ou les réseaux sociaux, quand ils se révoltent non pas contre les mesures du gouvernement mais contre le manque de discipline des Français, quand les seuls opposants à l’Etat se retrouvent dans les extrêmes (les complotistes et l’extrême droite, pour faire court) et que la gauche est incapable de dire quoi que soit d’important sur la situation actuelle, il faut s’inquiéter. »

Ce qui est marquant, c’est que c’est exactement le même discours que les anarchistes en France, que les manifestations régulières en défense des « libertés ». Cela montre clairement que c’est l’esprit de sédition dans un sens petit-bourgeois, pré-fasciste. Une vaine rébellion, la mise en valeur du style de vie dans un capitalisme avancé, la volonté réactionnaire que tout continue comme avant… on a les gilets jaunes, mais de manière démultipliée.

Concluons sur ce panorama de la décadence avec l’association Sea Shepherd déposant des cadavres de dauphins devant l’Assemblée nationale. L’association L214 a initié cette démarche hallucinante où des gens parlant de défendre les animaux foulent aux pieds leur dignité. C’est que la dimension glauque, morbide, prime sur l’engagement réel. Les animaux sont des objets pour le nihilisme – leur réalité disparaît. Quand on aime les animaux on ne peut pas s’habiller en noir et exhiber des cadavres.

C’est là aussi un reflet de la décadence, de la course au morbide, au négatif.

La France, chaque jour, mûrit pour le fascisme, c’est-à-dire pourrit pour le fascisme. Le capitalisme s’effondrant sur lui-même chaque jour davantage entraîne les gens avec lui, déformant les mentalités et dissolvant les valeurs. Le libéralisme libertaire produit le relativisme, la compétition mondiale renforce le nationalisme et le militarisme, et les gens voulant vivre « normalement » se retrouvent entraînés dans cette double dynamique amenant le fascisme et la guerre.

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Politique

27 collectivités de «gauche» veulent aider les mafias passeuses de migrants en Méditerranée

Plus de 20 000 personnes ont perdu la vie en Méditerranée depuis 2014 en tentant la grande traversée vers l’Europe. C’est insoutenable et il faudrait de gros moyens pour empêcher cela, en détruisant les mafias de passeurs et en dénonçant ce faux Eldorado que représentent les grandes métropoles capitalistes. Au lieu de cela, 27 collectivités locales liées à la « gauche », ont lancé une plateforme pour mobiliser de l’argent public en faveur de « SOS Méditerranée », cette organisation qui aide les mafias de passeurs dans leur entreprise criminelle.

L’organisation « SOS Méditerranée » est le dernier maillon d’une chaîne criminelle tout à fait connue et extrêmement bien documentée. Il y a des réseaux mafieux très organisés qui font miroiter l’Eldorado européen à de jeunes africains puis les entassent par centaine dans des embarcations de fortune. Cela moyennant des sommes astronomiques pour un tel « voyage », équivalentes à plusieurs milliers d’euros par personne.

Ensuite, un appel de détresse est lancé et les personnes, avec souvent des enfants, sont abandonnées en pleine mer. C’est une loterie sordide. Soit c’est la mort, soit il y a une possibilité de sauvetage, puis de passage vers l’Europe.

Un tel système est inqualifiable, sournois au possible, mais « SOS Méditerranée » ne vise aucunement à le détruire, bien au contraire. L’organisation participe pleinement de ce trafic et d’ailleurs elle devrait voir sa responsabilité criminelle reconnue. Le rôle de « SOS Méditerranée » est en effet déterminant, en faisant régulièrement de gros « coup » pour acheminer des centaines de migrants en Europe, plus de 30 000 revendiqués en 5 ans. Cela donne de la légitimité aux mafias, qui peuvent ainsi justifier de la réussite de leurs opérations de passage.

Les États européens et africains ne font absolument rien pour empêcher cela. Les premiers, car ils ont besoin de ces masses de migrants précaires ayant risqué leur vie pour venir servir le capitalisme ; les seconds, car ils sont totalement corrompus. Le rôle de la véritable Gauche alors est de dénoncer cela, en obligeant les États à intervenir contre les mafias et en faisant respecter les frontières.

La première chose à faire serait d’obliger la Libye à empêcher les embarcations de partir. Mais la Libye ne le veut pas, car la corruption y est énorme et il est profité sur place de la mise en esclavage des candidats à l’immigration, ainsi que des revenus de tout ce trafic. Et de toutes façons, il n’y a plus d’État central, tellement le pays est divisé par les grandes puissances.

La dernière chose à faire en tous cas est d’encourager cet immonde trafic en soutenant « SOS Méditerranée », qui travaille objectivement pour les mafias de passeurs de migrants.

Il faut dénoncer avec force ces collectivités soi-disant de gauche, qui veulent mobiliser de l’argent public en soutien à un tel système criminel. Ces régions, départements et villes se sont regroupés derrière une plateforme « tous sauveteurs ». En voici la liste :

– les régions Occitanie et Bretagne ;

– les départements Loire Atlantique, Hérault, Nièvre, Haute-Garonne, Pyrénées Orientales, Île-et-vilaine et Finistère ;

– Les villes de Paris, Montpellier, Villerupt, Mont-Saint-Martin, Saint-Nazaire, Lille, Grenoble, Villeurbanne, Bordeaux, Rezé, Alba-la-Romaine et Pantin.

Les dirigeants de ces collectivités prétendent aider le monde, mais ils ne font qu’appuyer le capitalisme, qui a absolument besoin de ces milliers de migrants prêt à tout pour tenter leur « rêve américain ». En soutenant « SOS Méditerranée » avec de l’argent public, la fausse Gauche montre sa nature bourgeoise et entièrement corrompue par le capitalisme, elle prouve à quel point elle n’a rien de populaire et encore moins de démocratique.

C’est un véritable désastre et il est grand temps que la Gauche historique revienne sur le devant de la scène pour remettre les choses au clair.

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Écologie

La ministre de la mer préfère l’industrie de la pêche à la protection des cétacés

Connu depuis 30 ans, le drame de centaines de cétacés qui s’échouent sur les rivages maritimes français explose depuis 2016. À tel point que l’on ne parle plus de centaines mais de milliers d’animaux victimes d’une société de consommation qui n’en finit pas de transformer la Mer en une simple espace de valorisation marchande.

Le drame prend de telles proportions que la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction visant selon elle, les manquement de la France à la législation de protection des espèces protégées. On estime, selon les associations, qu’en 2020 il y a eu jusqu’à 11 300 cétacés morts, certains s’échouant sur les côtes françaises et d’autres coulant au large. On parle bien ici des cétacés, incluant donc les dauphins mais aussi les baleines, les cachalots, voir même les rorquals tropicaux comme celui échoué récemment dans la Manche.

Alors que se passe t-il ?

Pour les connaisseurs du problème, la chose est bien connue : les cétacés échoués présentent de nombreuses traces, voire des lésions étant de bénignes à très graves (des nageoires sont parfois arrachées). Des bouts de filets sont parfois encore accrochés sur le corps. Il ne fait donc aucun doute que c’est la pêche dite pélagique qui est le responsable de cette horreur.

Avec la technique de la pêche en « boeuf », les filets des chalutiers raclent le fonds des océans pour récupérer les poissons vivant en bancs comme les bars, les merlus (d’où le nom de pélagique, signifiant les dépôts sédimentaires dans les fonds marins).

Sur la façade Atlantique, il y a environ 18 chalutiers pélagiques qui opèrent, ce qui en dit long sur la concentration économique dans ce secteur. Mais on l’a compris avec une telle pêche industrielle de masse, le filet emprisonne littéralement tout ce qui bouge, y compris les cétacés qui sont alors déchiquetés, plaqués au fond et ne peuvent plus remonter à la surface pour se ré-oxygéner.

Au problème de la pêche pélagique s’ajoute en plus la terrible pollution sonore qui déstabilise le très sophistiqué système d’écho-localisation et de communication qu’ont ces mammifères pour vivre, se reproduire, et se développer.

Dans le documentaire Sonic Sea, que toute personne sincèrement écologiste se doit d’avoir vu, on apprend par exemple que les échos d’une baleine en Irlande peut s’entendre jusque sur la côte est des États-Unis. De fait, l’énorme trafic international maritime de marchandises, les multiples exercices des marines militaires, mais aussi les recherches en imagerie sismique des grandes entreprises gazières et pétrolières sont des perturbateurs désastreux pour ces animaux.

Et désastreux est un bien faible mot tant l’écocide revêt ici un caractère barbare, avec des dauphins qui sont désorientés dans la totalité de leur environnement (c’est toute la mer qui est pourrie par les bruits de haute fréquence) allant jusqu’à briser leur système auditif et cérébral.

Et que fait la ministre de la mer, Annick Girardin, dans ce contexte ? Et bien, elle fait ce que fait tout bon ministre dans le capitalisme : défendre l’industrie nationale de la pêche face à la concurrence. Car, comme se plaisent à le souligner les populistes en tout genre, notamment Jean-Luc Mélenchon, la France détient un vaste espace maritime et donc un important secteur de pêche qui pèse de tout son poids sur la législation européenne… Comme ce fut le cas en 2013 lorsque la tentative d’empêcher l’interdiction du chalutage en eau profonde s’est transformé en un simple et creux « contrôle ».

Dans le contexte du Brexit visant à re-négocier les zones de pêche, la ministre de la mer a donc surtout comme mission de protéger les pêcheurs français. Dans un entretien début octobre au JDD, la ministre répondait à une question évoquant la possible exclusion des pêcheurs français des zones maritimes britanniques :

« La pêche ne sera pas la variable d’ajustement du Brexit et le gouvernement y veille. »

La question des cétacés échoués n’est donc qu’un obstacle dans l’accumulation du capital, nécessitant l’affirmation d’une « écologie pragmatique ». Alors que plusieurs groupes et organisations chargées de la protection des cétacés demandaient au pire une restriction de la pêche, au mieux une interdiction de deux mois, la ministre déclarait :

« Ce qui m’intéresse, c’est comment on protège les dauphins tout en ayant une activité de pêche. Le développement durable, c’est prendre en compte l’écologie et l’activité humaine. » 

La ministre se fait ici la simple porte-voix d’Hubert Carré, le directeur général du Comité national des pêches maritimes, qui lui-même disait qu’on ne peut « pas flinguer toute une filière parce que vous avez décidé d’arrêter toute forme de pêche pendant quatre mois ».

Et le pire dans tout cela c’est qu’au-delà d’annoncer des mesures de contrôle en 2021 (entendez : des observateurs qui montent sur les chalutiers), Annik Girardin annonce presque fièrement la généralisation de pingers, ces dispositifs acoustiques qui doivent éloigner les cétacés des chalutiers.

Comme si les pauvres cétacés n’étaient pas déjà complètement déboussolés et malmenés par la saturation de bruits d’électro-sons produits des activités humains en tout genre ! L’heureuse accalmie vécue par les cétacés grâce à la baisse du trafic maritime international provoquée par la crise du coronavirus s’annonce déjà lointaine.

Comme ailleurs, le rouleau compresseur capitaliste, si froid, si mortifère, si criminel, est de retour pour forcer la reprise coûte que coûte… à moins qu’enfin des esprits se soulèvent sur la côte atlantique pour défendre la vie des cétacés !

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Politique

Le populisme d’Arnaud Montebourg à propos de la dette

Arnaud Montebourg fait partie des figures politiques dont il est de plus en plus souvent parlé pour l’élection présidentielle de 2022. Chantre du « made in France », sa marque de fabrique est une sorte de nationalisme « de gauche », c’est-à-dire qu’il fait du Marine Le Pen, mais en plus « soft » si l’on veut. Son nouveau credo, pour se donner un air « de gauche », est de prôner un peu partout l’effacement de la dette publique : c’est là du populisme, dans le but d’éviter à tout prix la lutte des classes.

Structurellement, le capitalisme fonctionne depuis de nombreuses années par la dette. Les grands États modernes sont endettés et s’endettent en permanence, mais c’est également le cas des grandes entreprises mondiales. La crise sanitaire du Covid-19 a profondément accéléré ce processus tout au long de l’année 2020 et cela devient de plus en plus une source d’inquiétude.

En effet, qui dit dette, dit remboursement et à un moment donné la question se pose toujours de savoir « qui va payer ». Par divers artifices, les banques centrales arrivent à repousser le problème en déversant artificiellement de la monnaie dans l’économie. Ce n’est pas nouveau, mais là encore cela s’est approfondie durant cette année 2020.

N’importe qui ayant un esprit rationnel et connaissant la vie quotidienne dans le capitalisme sait très bien qu’il n’y a pas d’argent magique. Alors quand de l’argent est créé ou emprunté, il faut bien que cela corresponde à une certaine valeur, et donc que quelqu’un en paie le prix, si ce n’est tout de suite, au moins à un moment donné. Pour payer, il y a la monnaie bien sûr, qui est dépensée ou dévaluée, mais il y a aussi et surtout le travail (qui est de toutes manières toujours à l’origine des richesses).

La réponse de la Gauche à cela, en tout cas de la Gauche historique, est très simple : il faut mener la lutte des classes, pour que ce soit la bourgeoisie qui paie et rogne sur son mode de vie, mais certainement pas les classes populaires qui devraient être plus pauvres et travailler plus. Cela nécessite cependant d’assumer l’affrontement contre le capitalisme et ses représentants, ce dont une personne comme Arnaud Montebourg (qui se vante d’être un chef d’entreprise) ne veut surtout pas entendre parler.

On peut même dire qu’Arnaud Montebourg a une crainte profonde à l’idée que les masses puissent se révolter contre le capitalisme, comme il l’explique à la presse :

« Si quiconque est capable de me dire comment nous allons rembourser 500 milliards de dette en plus, soit sept fois le produit annuel de l’impôt sur le revenu… C’est impossible, et nous ne pourrons pas le faire sans des jacqueries et des révoltes »

Pour éviter cela, il veut acheter la paix sociale et a donc une « magnifique » idée… Annuler purement et simplement la dette ! Un coup de baguette magique de la Banque centrale européenne, abracadabra les problèmes disparaissent !

Il prône donc :

« une annulation concertée de toutes les dettes Covid de tous les pays de la zone euro, et un rachat massif par la Banque centrale européenne, qui ne spoliera personne. »

Cela n’a aucun sens, à moins de risquer un effondrement total de l’économie, par une perte de confiance généralisée engendrant une crise sans précédent. Il y a toutefois de prétendus économistes pour expliquer aux gens qu’ils n’ont rien compris et que tout est possible dans le capitalisme, tellement le capitalisme est merveilleux. C’est le cas par exemple de Gaël Giraud du CNRS, sur lequel s’appuie Arnaud Montebourg pour défendre ses thèses fantaisistes.

Ces gens-là sont des menteurs bien entendus, mais leurs prétentions sont bien formulées et peuvent avoir de l’audience, surtout dans un pays comme la France qui a décidé de s’asseoir sur la lutte des classes depuis des années et des années pour croire au capitalisme (tout en prétendant ne pas y croire, pouvoir le réformer, etc.)

Mais on n’arrête pas ainsi la roue de l’Histoire et les gens comme Arnaud Montebourg n’iront pas bien loin quand celle-ci reprendra ses droits. Il en sera alors fini des mensonges populistes et ce sera à nouveau, enfin, l’époque de la lutte des classes ! Si les classes populaires ne veulent pas payer le prix de la dette « Covid », elles doivent faire payer la bourgeoisie : c’est aussi simple que cela !

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Politique

Covid-19 début novembre 2020: la révolte bourgeoise contre le semi-confinement

Au mois de mars 2020, Emmanuel Macron n’avait pas osé employer le termes de confinement. Il a finalement utilisé le mot fin octobre, mais pour ce qui s’avère n’être qu’un demi-confinement, absolument pas à la hauteur de la situation sanitaire. Cela n’empêche pas l’agitation bourgeoise, et particulièrement petite-bourgeoise, qui trouve que c’est encore trop.

L’actualité française est ainsi littéralement polluée par la révolte des commerçants et chefs d’entreprises voulant à tout prix ouvrir et faire leurs petites affaires. Cela ne les intéresse pas que la deuxième vague de covid-19 déferle sur la France, avec une augmentation continue du nombre de personnes en réanimation (+75 samedi 31 octobre 2020 par rapport à la veille), avec en tout 23 153 personnes hospitalisées. Les affaires sont les affaires, peu importe les malades et les morts, voilà ce que pensent ces partisans acharnés du capitalisme, qu’ils soient petits ou gros.

Partout dans le pays, fleuristes, vendeurs de jouets ou de vêtements, libraires, bijoutiers, parfumeurs, chefs d’entreprises en tous genres, s’indignent d’être considérés « non essentiels », alors qu’effectivement ils ne relèvent pas d’une activité essentielle si l’on veut vraiment arrêter la circulation du coronavirus. Mais ils ont un tel poids en France qu’ils vont bientôt obtenir de nombreuses concessions, de la part d’un gouvernement qui, de toutes manières, n’est pas en mesure d’assumer un combat à la hauteur contre l’épidémie, préférant le capitalisme à la santé de la population, préférant les patrons aux avis des médecins et hospitaliers.

Dimanche premier novembre, ce sont donc les syndicats des commerçants, de la grande distribution, ainsi que le Medef qui sont accueillis à Matignon par le premier ministre afin de faire entendre leurs exigences. Le gouvernement est littéralement terrorisé par cette colère bourgeoise, qui est bien entendue portée par la Droite.

Des manifestations sont déjà prévues partout en France par des « artisans et commerçants » contre les mesures sanitaires, comme à La Flèche ou à Gap. Des maires de villes comme Yerres, Les Herbiers, Perpignan, Chalon-sur-Saône, Brive-la-Gaillarde, Saint-Calais, relevant tous de la Droite ou d’extrême-Droite, ne se sont pas gênés pour prendre des arrêtés municipaux autorisant l’ouverture de commerces interdits. Et les exemples sont multiples partout dans le pays. Ces arrêtés n’ont aucune valeur juridique, mais la pression est énorme, ébranlant la base même de l’autorité centrale de l’État français.

Cela ne concerne pas seulement les petits capitalistes, puisque les grandes enseignes comme Boulanger et le groupe Fnac-Darty se sont arrogées le droit d’ouvrir, alors que les groupes Auchan et Monoprix ont annoncé qu’ils allaient eux-même accueillir dans leurs magasins des petits commerçants interdits… La bourgeoisie est pratiquement à l’unisson pour mener une fronde anti-démocratique contre les mesures sanitaires.

La pression est tellement forte que Philippe Laurent, le maire de droite de Sceaux, président de l’association Centre-Ville en Mouvement, menace directement l’État d’une contestation de grande ampleur :

« S’il n’y a pas d’assouplissement des mesures d’ici le milieu de semaine prochaine, le gouvernement devra gérer 10 000 arrêtés de maires. Ce sera la fronde ! Et cela laissera de la rancœur. D’autant que les habitants sont derrière les commerçants… »

La Droite est clairement et ouvertement à l’offensive en France, d’autant plus qu’elle est galvanisée par la question islamiste depuis plusieurs jours. Il faut vraiment s’attendre à ce que la déferlante de Droite, voire d’extrême-Droite, soit énorme dans les semaines et mois à venir.

En face, il faudrait toute la solidité de la Gauche, assumant d’une main de fer l’intérêt de la collectivité et des mesures collectives. Le problème, c’est que cette Gauche est pour l’instant aux abonnés absents, avec dans ses rangs tout un tas d’usurpateurs allant dans le même sens que la Droite, avec en toile de fond le libéralisme libertaire économique et culturel.

On a ainsi le PCF, qui défend les grandes surfaces françaises au prétexte de critiquer le monopole américain Amazon, dans une logique sociale-chauvine. On a ainsi Johana Rolland, la maire « socialiste » de Nantes et présidente de l’association des métropoles France urbaine, qui réclame comme la Droite « l’équité de traitement entre commerces de proximité et grandes surfaces ».

La situation est pourtant simple et ce qu’il faut est très clair : seul un confinement strict de la population est en mesure d’enrayer la circulation accrue du virus dans l’état actuel des choses. Mais pour cela, il faut assumer que la collectivité s’impose sur le capitalisme ; c’est précisément le rôle historique de la Gauche d’assumer cela contre la Droite. Une Gauche électoraliste composée de gens des couches supérieures de la société ne peut pas saisir cela.

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Écologie

Octobre 2020: une crise sanitaire comme crise écologique que la société ne veut pas voir

La société façonnée par le capitalisme refuse de voir la destruction de la planète qui a provoqué le COVID-19. La crise sanitaire est ainsi vue de manière tronquée – quand elle n’est pas directement niée.

Pourquoi les Français ont-ils pensé que la crise sanitaire du COVID-19 serait maîtrisée, dépassée, mise sous contrôle ? Parce qu’ils croient au capitalisme, qu’ils pensent que tout se consomme, qu’ils admettent la conception selon laquelle l’espèce humaine serait sortie de la nature. Il faut ajouter à cela qu’ils ont une confiance aveugle, spécifiquement française, au secours d’un État à la fois honni et considéré comme le grand recours.

La question du COVID-19 expose ici tous les travers de la société française. Il faut se souvenir que, lors de l’émergence de la crise sanitaire, alors que c’était déjà l’actualité, il y avait encore des rassemblements syndicaux ou d’ultra-gauche, dans un grand déni de la réalité. Il faut voir comment, malgré l’ampleur de la crise sanitaire depuis, il y a tout de même une partie de la société française rétive à tout effort prolongé.

Pourquoi tout cela ? Car, au fond, tout le monde sait que la crise sanitaire est le résultat d’une crise écologique mondiale. Cela implique de se remettre totalement en cause. Or, les Français veulent tous les changement, mais aucun ne veut changer. On en arrive à la négation de la dimension de la crise sanitaire, au refus d’assumer sa substance, parce que sinon il faut tout remettre en cause.

Le virus a passé la barrière des espèces, il l’a fait en raison de la déforestation et des élevages industriels d’animaux, donc en bonne logique il faut cesser la déforestation et les élevages industriels d’animaux. Hors de question pour les gens, pour qui McDonald’s est devenue une certitude. On est dans une situation totalement coincée.

La preuve en est qu’il y a toute une partie de la Gauche qui dit avec la Droite : oui, distribuons les millions, les milliards aux entreprises ! Ce qui est incohérent, sur le plan des idées bien entendu, mais pas seulement : normalement, quand on fait de la politique, on propose autre chose. Là c’est simplement l’Union sacrée.

L’Union sacrée contre les masses laborieuses, car ce sont elles qui vont payer la facture, bien entendu. L’Union sacrée contre la nature, parce que c’est elle qui est niée, la crise sanitaire étant présentée comme tombant du ciel ou originaire d’un laboratoire chinois. Les théories complotistes relèvent d’ailleurs de la panique petite-bourgeoise devant toute remise en cause. Trouver un coupable, un bouc-émissaire, c’est s’épargner de devoir affronter les faits.

La crise sanitaire d’octobre 2020 n’est rien d’autre que le produit d’une négation de la réalité par la société, qui ne veut pas voir l’ampleur du désastre. Et c’est tellement vrai que cela se déroule au grand dam de l’État qui aimerait bien gérer, tant bien que mal, même s’il tend au cynisme de par sa fonction de service pour les classes dominantes. Même un tel État est catastrophé par une population tellement façonnée par le capitalisme qu’elle est relativiste, passive, individualiste, incapable d’initiatives. C’est dire !

On peut ainsi critiquer l’État, les mesures gouvernementales, autant qu’on voudra. C’est la société qui a tort, cependant. Tort de ne pas former l’État, tort d’accepter le mode de vie imposé par le capitalisme, tort de refuser toute remise en cause. Tort de perdre son temps avec un mouvement de rétrogrades beaufs comme les gilets jaunes, alors que le monde va dans le mur.

On peut être certain que les nouvelles générations vont tout renverser et que l’humanité va connaître un bouleversement sans pareil. On ne s’en sortira pas sans une humanité unifiée au niveau planétaire, cessant sa guerre contre la nature et regardant le passé avec ses McDonald’s comme une époque de barbares.

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Le MMA en France, entre télé-réalité, jeu télévisé et show business

Relevant techniquement du sport, le MMA relève surtout du capitalisme excitant le malsain, le grotesque, le sanglant, pour fasciner et faire consommer.

Si on avait dit aux Français en 1990 que la télé-réalité serait particulièrement implantée en France et que le MMA serait officiellement reconnu par l’État, jamais ils ne l’auraient cru. Un pays comme la France se targue de culture et s’il y a une chose qui a toujours été claire, c’est le refus d’une américanisation de la culture.

On sait en effet qu’aux États-Unis, un pays d’immense culture, le capitalisme a largement contaminé la plupart des espaces d’expression. Un marché immense, des investissements lourds disponibles, une infantilisation significative… ont fait des États-Unis un exemple de l’abrutissement des masses.

Nombreux sont les films dénonçant cette tendance au spectacle vide de sens et corrupteur des esprits, jouant sur le malsain et le grotesque pour attirer l’attention, captiver. On peut citer Running man en 1987 avec Arnold Schwarzenegger, satire humoristique des jeux du cirque modernes, où un individu est traqué par des tueurs devant les caméras.

Ce film s’appuie d’ailleurs sur le bien plus sombre Le Prix du danger, film franco-yougoslave de 1983 avec Gérard Lanvin et Michel Piccoli. Il y a également Le jeu des millions, un film des années 1970 qui suit le même principe.

Le Prix du danger a énormément marqué les esprits alors en France, ou plus exactement il avait puissamment troublé de par la dimension de ce qu’il présentait. Il a été un véritable marqueur culturel, un véritable traumatisme à l’échelle de la société.

Mais les gens ont considéré alors que c’était une allégorie, que jamais les médias n’iraient vraiment dans cette direction, avec de la télé-réalité, des actions scénarisées par les producteurs, avec une obsession pour la violence, le sang. N’y avait-il pas une Gauche pour bloquer tout cela ? La France n’était-elle pas un pays où la culture est centrale, où le respect de la dignité humaine est une valeur sacrée ?

Et pourtant la direction a bien été prise. La reconnaissance du MMA en France témoigne du nivellement par le bas par rapport à cette époque ; ce qui semblait une exception est désormais la règle. Les Français ne valent pas mieux que les Américains : ils consomment ce qu’on leur propose. Des produits sucrés aux hamburgers, du MMA à la télé-réalité, même si c’est stupide cela plaît et cela permet de passer le temps.

Dans le capitalisme, tout ne sert plus qu’à cela d’ailleurs, passer le temps. Rien ne reste. Tout est jetable, jusque le partenaire dans les couples. Et, forcément, dans une telle logique de marché, il faut en rajouter toujours plus.

Tout comme la pornographie va toujours plus loin dans l’étrange et le violent, on a donc désormais le MMA, avec des combattants forgés pour la télévision, cognant pour la télévision, gladiateurs des temps modernes occupant les esprits, qui comme cela évitent les vraies questions et la culture.

Le MMA est un sport, disent ses partisans, mais le but est de passer à la télévision, d’accrocher les esprits par la violence, de provoquer des émotions malgré soi, de contribuer au show business avec tout une mise en scène avant et après les combats.

Le MMA en France, c’est un mélange de télé-réalité, jeu télévisé et show business, qui passe par le plaisir de cogner quelqu’un d’autre et de le montrer. C’est de la barbarie mais moderne, conforme aux valeurs et aux besoins du capitalisme.