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Société

Faire manger des crevettes aux enfants, l’utopie de la gauche pour Ian Brossat du PCF ?

Ian Brossat est quelqu’un de très actif sur Twitter. Cela lui permet de parler souvent sans avoir besoin d’avancer un contenu très élaboré. Avec des petites phrases, il pense pouvoir facilement se façonner une image de gauche, sans que cela n’engage à grand-chose dans le fond.

Parfois, quelques mots suffisent à en dire beaucoup sur la vision du monde d’une personnalité politique. C’est ainsi que dimanche soir, alors qu’il regardait probablement la télévision, celui qui est tête de liste du PCF pour les prochaines élections européennes a « tweeté »:

Quel bel horizon proposé pour la jeunesse populaire, manger des crevettes ! Outre le fait que la pêche à la crevette soit l’un des pires symboles de la destruction des océans, il y a là une perspective culturelle terrifiante.

Autant on peut imaginer que cela avait un sens dans les années 1950 de faire découvrir des produits de la mer aux enfants d’ouvriers de la banlieue parisienne, autant en 2018 cela relève de la supercherie la plus totale tellement le monde a changé depuis.

Si la plupart des enfants de Saint-Denis ne mangent pas de crevettes, c’est surtout parce qu’ils sont largement issus de l’immigration et que ce n’est pas dans leur habitude. Les crevettes ne valent pas plus cher dans un supermarché de banlieue que beaucoup d’autres produits très consommés.

La population, même dans un cité HLM, n’est pas misérable à ce point. Il faut vraiment être déconnecté des réalités de la classe ouvrière de France pour s’imaginer que la question se pose en ces termes.

Mais justement, Ian Brossat n’a pas grand-chose à voire avec la classe ouvrière. Il est un adjoint bien en vue à la mairie de Paris par Anne Hidalgo, dont il a été le porte-parole pendant sa campagne. Lui qui est depuis 2012 président de la Société d’économie mixte PariSeine (en charge du Forum des Halles et d’un certain nombre d’autres grands projets) ou bien qui est marié à un professeur de classes préparatoires du très bourgeois Lycée Louis-le-Grand.

C’est donc facile de regarder les « pauvres » de l’autre côté du périphérique s’organiser pour des vacances bas de gamme. Parce que si ces « colos » ne sont facturées que 100 euros à certaines familles, c’est bien la collectivité qui paye la différence. Ce sont les habitants eux-mêmes qui paient cela. Les riches ne paient pas leurs impôts locaux à Saint-Denis mais plutôt à Neuilly-sur-Seine ou à Paris, et d’ailleurs ils ont en général de nombreuses astuces pour éviter de les payer.

Ian Brossat n’a pas grand-chose à voir non-plus avec les traditions du parti communiste. Sinon, il ne citerait pas aussi facilement Capital sur M6. Cette émission est une sorte de condensé de ce que n’importe quel militant du PCF déteste. C’est une apologie grossière et racoleuse du business. Elle consiste à vendre du « rêve » capitaliste aux pauvres, en les prenant pour des imbéciles par ailleurs.

Car, même sans être communiste, n’importe qui ayant un minimum de culture et d’exigences culturelles ne peut qu’être horrifié par un tel contenu. Rien que le ton de la voix-off typique de ce genre de documentaire n’est pas acceptable. Il est d’ailleurs souvent moqué par les gens refusant une telle niaiserie.

Rejeter Capital sur M6, c’est la base pour quelqu’un de gauche. Et donc, on ne cite pas cette émission comme ça, au passage, sans la critiquer. À moins justement, encore une fois, d’être tellement déconnecté de la classe ouvrière qu’on en a pas compris le propos.

Car que disait ce reportage, qui est visible en « replay » sur le site de la chaîne moyennant le visionnage forcé de quelques publicités ? Il montrait cette « colo » communiste comme une vieillerie devant disparaître parce que les versions commerciales seraient mieux.

Ni plus ni moins, il s’agissait de dire que les établissements municipaux sont des gouffres financiers pour les mairies et sont ringards en termes de contenu. Capital faisait, comme c’est son rôle, la promotion du libéralisme en montrant les échecs du socialisme.

Ce centre, au milieu de plusieurs autres centre de vacances municipaux ayant déjà fermé, avec ses installations bas de gamme et son matériel vieilli, était tout sauf une publicité pour les communistes.

Il faut vraiment toute la candeur d’un bourgeois de l’entre-soi parisien pour y avoir vu quelque chose de positif pour le PCF, simplement parce qu’une jeune fille de banlieue y mangeait des crevettes pour la première fois de sa vie.

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Écologie

Pourquoi la Gauche n’a-t-elle pas interdit la chasse à courre ?

Depuis 1981 et l’élection de François Mitterrand comme Président, il y a eu plusieurs gouvernements de gauche. Ils n’ont pas interdit la chasse à courre et n’ont jamais abordé la chasse non plus.

Chasse à courre

Pour la chasse, la raison en est bien connue : c’est la faute au PCF. Il se plaçait comme opposition radicale dans les années 1950 lorsqu’il était le plus grand parti politique français, mais à partir de 1958 avec le coup d’État gaulliste il s’est de plus en plus effacé. Et pour conserver son influence, il a été particulièrement populiste et a défendu la chasse avec acharnement, en disant que c’est un acquis de la révolution française.

Auparavant, seule la noblesse avait le droit de chasser et désormais, le régime républicain permettrait à chacun de le faire. Il est désormais pourtant évident qu’il ne s’agit pas que chacun puisse chasser, mais que personne ne puisse le faire. Aucune civilisation développée ne peut accepter le principe d’une personne se baladant avec une arme pour tuer un être vivant.

Cette idée d’assassinat s’appuie par ailleurs sur une approche résolument patriarcale, avec l’homme primitif abordant avec violence la réalité l’environnant. C’est un élément très important, car la chasse est une démarche partagée par des hommes, avec une idéologie viriliste agressive.

D’où justement le soutien unilatéral des structures officielles de la chasse à la chasse à courre, de par les ponts du virilisme avec la néo-féodalité, l’esprit néo-aristocrate des « équipages » de la chasse à courre et leur entourage obséquieux fasciné par le clinquant, la puissance locale, le style oligarchique.

La Gauche gouvernementale a capitulé pour cette raison devant la chasse à courre. Elle n’en a jamais fait un thème, parce que la chasse à courre est reliée à la chasse en général. Or, critiquer la chasse, ce serait rompre avec les valeurs traditionnelles, que la Gauche gouvernementale n’a jamais voulu heurter. Dans l’esprit de Sciences-Po, il y avait l’idée que tout gouvernement doit avant tout s’appuyer sur le « centre », donc sur les circuits traditionnels du régime en place.

Par là même, on doit sans doute dire que la Gauche gouvernementale a échoué du moment même où elle a capitulé devant sa volonté, juste après 1981, de supprimer l’école privée. Le front catholique en défense de « l’école libre » a été assez puissant pour casser la dynamique de Gauche, pour la faire capituler sur le plan des idées.

Chasse à courre

On dit souvent que c’est la crise économique qui a obligé la Gauche gouvernementale à abandonner sa démarche, avec également la fuite de gens très riches notamment en Suisse. Ce n’est pas vrai : la France est un pays très riche et il y avait les moyens d’avancer indépendamment des crises du capitalisme, et même contre elles. La réalité est qu’il y a eu un abandon des valeurs culturelles de Gauche, au profit d’un esprit de gestion, d’amélioration du capitalisme, comme avec les nationalisations ayant abouti à des privatisations finalement.

De toutes façons, la Gauche gouvernementale n’avait pas réellement réfléchi à tout cela. Elle est le pendant « réaliste » de la Gauche « utopiste », les deux étant nés avec 1958 comme la « nouvelle gauche », et ayant connu leur moment de gloire avec mai 1968. L’idée a toujours été de parvenir au pouvoir d’une manière ou d’une autre, afin de mettre un terme à la domination de la Droite.

C’est un grand problème de la Gauche et c’est également cette même absence de contenu bien déterminé qu’on retrouve au moment du Front populaire. Ce dernier a été construit dans l’urgence antifasciste et est un exemple historique à forcément suivre. Il est dommage cependant que l’absence de contenu ait été si important qu’il se soit justement effondré rapidement après, sans tracer de perspective.

Cela souligne l’importance de la lutte contre la chasse à courre. C’est une réalité historique qui ne peut que fédérer la Gauche, qui ne peut que la forcer à comprendre que les riches vivent à part et comme ils veulent, qu’ils ont des valeurs pratiquement fondamentalistes : la grande propriété et sa domination sur la population, l’utilisation de la nature selon les « besoins » du divertissement jusqu’au plus absurde, l’appui le plus grand aux « traditions ».

Cela ne peut qu’aider à faire se remettre en cause les hommes de Gauche qui ont été happés par la chasse, sans voir qu’ils cédaient ici culturellement à la Droite, obéissant à des valeurs contraires à ce qu’eux-mêmes défendent.

La Gauche n’a pas interdit la chasse à cour, car elle n’était pas réellement elle-même : il est temps qu’elle le soit !

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Culture

La chanson « La jeune garde »

La chanson « La jeune garde » relève du patrimoine ouvrier français, avec ses qualités mais également ses grandes limites. Elle est encore connue, parfois, dans certains milieux ayant conservé une tradition relevant, il est vrai, plus du folklore qu’autre chose.

Elle est née en 1910 (ou en 1912 selon les sources) comme Chanson des jeunes gardes, avec un texte de Gaston Montéhus (en fait Gaston Mardochée Brunswick, 1872 – 1952) et un arrangement musical de Saint-Gilles (pseudonyme d’une personne morte en 1960).

Son succès repose sur la dynamique d’une opposition : d’un côté il s’agit d’une mise en garde aux ennemis de la Gauche, de l’autre d’un appel à former une jeunesse sur ses gardes.

Voici les paroles (le premier couplet manque dans la version ci-dessus).

Nous somm’s la jeune France
Nous somm’s les gars de l’avenir,
El’vés dans la souffrance, oui, nous saurons vaincre ou mourir ;
Nous travaillons pour la bonn’cause,
Pour délivrer le genre humain ,
Tant pis, si notre sang arrose
Les pavés sur notre chemin

[refrain] Prenez garde ! prenez garde !
Vous les sabreurs, les bourgeois, les gavés, et les curés
V’là la jeun’garde v’là la jeun’garde qui descend sur le pavé,
C’est la lutte final’ qui commence
C’est la revanche de tous les meurt de faim,
C’est la révolution qui s’avance,
C’est la bataille contre les coquins,
Prenez garde ! prenez garde !
V’là la jeun’garde !

Enfants de la misère,
De forc’ nous somm’s les révoltés,
Nous vengerons nos mères
Que des brigands ont exploitées ;
Nous ne voulons plus de famine
A qui travaille il faut des biens,
Demain nous prendrons les usines
Nous somm’s des homm’s et non des chiens

Nous n’ voulons plus de guerre
Car nous aimons l’humanité,
Tous les hommes sont nos frères
Nous clamons la fraternité,
La République universelle,
Tyrans et rois tous au tombeau !
Tant pis si la lutte est cruelle
Après la pluie le temps est beau.

On voit aisément le ton qui est, somme toute, très XIXe siècle, avec un fond culturel éminemment républicaniste et syndicaliste.

Utilisée d’ailleurs initialement par les jeunesses de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) avant la première guerre mondiale, elle devint pour cette raison, après le congrès de Tours de 1920, une chanson tant par des jeunesses liées au Parti Communiste – Section Française de l’Internationale Communiste que de celles liées à la « vieille maison ».

Sa période de gloire date d’ailleurs du Front populaire ; les communistes changeront cependant le « Nous sommes la jeune France » en « Nous sommes la jeune garde ».

Deux couplets s’ajoutèrent par la suite.

Quelles que soient vos livrées,
Tendez vous la main prolétaires.
Si vous fraternisez,
Vous serez maîtres de la terre.
Brisons le joug capitaliste,
Et bâtissons dans l’monde entier,
Les États-Unis Socialistes,
La seule patrie des opprimés.

Pour que le peuple bouge,
Nous descendrons sur les boulevards.
La jeune Garde Rouge
Fera trembler tous les richards !
Nous les enfants de Lénine
Par la faucille et le marteau
Et nous bâtirons sur vos ruines
Le communisme, ordre nouveau !

La chanson a toutefois relativement perdu sa valeur, se maintenant uniquement par un esprit folklorique qu’on peut librement trouver ridicule ou pathétique.

Voici ainsi une vidéo du Parti socialiste du Bas-Rhin lors du premier mai de 2009, puis une chorale à la fête de l’Humanité en 2016, et enfin la version la plus connue de la chanson, avec une image de Castro et Guevara qui ne doit pas étonner, puisque la chanson fut largement appréciée par les Jeunesses Communistes Révolutionnaires, dont le trotskisme se voulait également en quelque sorte guévarisme.

Vu comme cela, ça ne donne pas envie et cela révèle beaucoup de choses sur les faiblesses des traditions de la gauche française. Tout repose ici sur un symbolisme dont le manque de consistance est patent.

Il est à noter que la chanson a eu son importance en Espagne. Reprise par la Jeunesse Communiste, elle devint l’hymne des Juventudes Socialistas Unificadas après l’unification des jeunesses du Parti Communiste d’Espagne et du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol en mars 1936.

Le texte est plus volontaire, puisque c’est « le bourgeois insatiable et cruel » qui est mis en garde, avec la fin de l’exploitation annoncée par l’appropriation des usines.

La chanson « La jeune garde » fait partie du patrimoine, mais le maintien de son existence en France reflète un fétichisme d’une affirmation purement symbolique de la lutte.

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Politique

Les réactions de Ian Brossat du PCF à propos de l’« affaire » Benalla

Aujourd’hui il existe tellement une classe de super-riches internationaux que les grandes métropoles sont prises d’assaut. Paris, Londres, Berlin ou Vienne connaissent une explosion des loyers, une acquisition massive de logements par des étrangers aux larges moyens, une « disneylandisation » de leur centre, une invasion massive d’Airbnb, etc.

Ian Brossat, en tant qu’adjoint au maire de Paris, a accompagné ce processus cette dernière décennie. Mais il se présente en même temps comme le représentant des classes moyennes, pestant contre Airbnb, appelant à ce que les loyers cessent d’augmenter, etc.

Il faut dire qu’il est au PCF, c’est-à-dire qu’il entend bénéficier du prestige de ce qui fut pendant longtemps la plus grande force de Gauche en France.

Comme c’est pratique maintenant de prétendre lutter contre quelque chose en sachant pertinemment que c’est simplement verbal et que c’est sans valeur face au rouleau compresseur des sacs d’argent !

Mais qu’attendre d’autre de quelqu’un qui a fait le prestigieux lycée Henri IV, puis l’École Normale Supérieure avant de devenir agrégé, et marié à un professeur de classe préparatoire du lycée Louis Le Grand ?

On est ici très exactement dans la posture intellectuelle du bourgeois bien élevé se prétendant se mettre au service de la population. Cela ne peut pas réussir, mais c’est gratifiant, reconnu par les institutions comme moyen de donner l’apparence qu’il y a une protestation, rémunéré de manière effective, etc.

Et c’est vraiment un exemple caractéristique de cette posture que nous fait Ian Brossat avec l’un de ses nombreux messages sur Twitter à l’occasion de la dite affaire Benalla.

Depuis quand les communistes se soucieraient-ils de défendre l’État contre ceux qui le « haïssent » ?

Au-delà du caractère grandiloquent de ces propos auxquels lui-même ne croit certainement pas, on voit à quel point le PCF a changé de nature.

Si cela fait très longtemps qu’il a abandonné l’idée de renverser les institutions et de mettre en place un État socialiste, on peut au moins dire que le PCF était jusqu’au tournant des années 2000 une des plus grandes forces de la Gauche.

C’était une voix devant compter, censée exprimer le point de vue de la classe ouvrière et des masses populaires en générale. Parfois de manière caricaturale, mais en tous cas au moins de manière sincère pour de nombreuses personnes à sa base.

Le PCF aujourd’hui, ce n’est plus qu’un vague capital sympathie, une imagerie un peu « vintage » pour se donner l’air radical.

C’est d’ailleurs aussi le cas, parallèlement, du journal l’Humanité, que plus personne ne lit, et dont personne n’arrive à comprendre quels sont les artifices qui lui permettent de se sauver chaque année de la faillite. Mais « l’Huma » intéresse de grands groupes de la presse qui souhaitent le racheter depuis plusieurs années car c’est une marque, cela peut représenter quelque chose d’intéressant pour ceux qui sauraient en faire quelque chose avec une bonne dose de marketing.

C’est exactement la même chose avec Ian Brossat.

Il n’est pas surprenant que la principale actualité de ce dernier sur Twitter soit de participer au concert d’indignations à propos de la situation d’Alexandre Benalla. Comme s’il y avait une crise de régime. Comme s’il y avait là matière à soulever une dérive antidémocratique majeure, alors que c’est dans le fondement même de la Ve République à laquelle participent tous ces gens que de donner un pouvoir immense au Président.

Le sens de la mesure est normalement un trait caractéristique français. Les hommes et les femmes politiques sont de plus en plus des gens hors-sol, se laissant emporter par leur propre vanité, et s’éloignant des mœurs du peuple français et des traditions du pays. Ils en oublient largement le sens de la mesure et en font de tonnes pour s’imaginer avoir un rôle dans l’histoire.

Les gens comme Ian Brossat s’offrent un peu d’émotion, en trouvant sympathique de participer à un scandale à l’américaine. Le tout bien sûr avec une dramaturgie surjouée de part et d’autre, afin de combler le vide moral et culturel de notre époque.

Cela est tellement absurde que Ian Brossat se retrouve, de fait, à défendre la Ve République alors qu’historiquement, la Gauche a toujours réfuté ce régime comme étant autoritaire à la base.

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Politique

Retour critique sur la «marée humaine» du 26 mai 2018

La France connaît une vague de populisme sans précédent, un populisme qui est en train de balayer la Gauche dans toutes ses valeurs historiques, si ce n’est déjà fait.

C’est l’alliance de l’esprit individualiste et du corporatisme, avec un sens aigu de la paranoïa, un goût assumé pour les simplifications et les explications délirantes.

A chaque fois qu’on lit les discours anarchistes ou de la France Insoumise, on croit que la France est à deux doigts de l’insurrection, que la police matraque, torture et tue, que l’apartheid aurait été instauré, qu’il n’y aurait plus de droits sociaux.

La photographie suivante du 26 mai 2018, où Emmanuel Macron est présenté comme un SS, avec les « S » utilisant le logo du dollar, témoigne tout à fait de cela ; c’est le prolongement populiste de la pendaison de l’effigie d’Emmanuel Macron, de la mise au feu de sa marionnette, lors de précédentes manifestations.

Ce relativisme des crimes nazis est inacceptable ; il reflète bien d’une hystérie de gens des couches sociales intermédiaires utilisant un discours outrancier pour prétendre être les victimes absolues et les vrais protagonistes de l’Histoire.

On remarquera aussi ce qui semble bien être le drapeau israélien sur le bras droit, une allusion désormais classique dans la mouvance d’ultra-gauche et de la France Insoumise, avec cet antisémitisme classique comme socialisme des imbéciles.

C’est là en rupture avec toutes les valeurs historiques de la Gauche, et on ne s’étonnera donc pas que Jean-Luc Mélenchon, dans une interview accordée à Libération, récuse le terme de gauche.

– Pourquoi ne voulez-vous plus revendiquer le mot «gauche» ?

Il a été tellement faussé par la période Hollande…

– L’enjeu n’est-il pas alors de le réinvestir ?

Il est réinvesti par les contenus que nous mettons sur la table : planification écologique, Constituante, partage des richesses. Les idées sont des matières vivantes, elles deviennent des forces matérielles si les gens s’en emparent. Tant que le mot «gauche» signifiera «la bande à Hollande», il repoussera plus qu’il n’agrégera.

– Le mot «gauche» ne se réduit pas à Hollande ! Pour beaucoup de gens, la gauche, ça veut encore dire quelque chose…

Je suis un homme issu de la gauche. Tout notre groupe parlementaire de même. Parmi les responsables politiques, je suis sûrement celui qui a le plus écrit sur l’idée de gauche et qui l’a le plus nourrie. Je n’ai jamais dit que ça ne voulait plus rien dire !

Mais dans le combat que nous menons, il faut laisser de côté la fausse monnaie. La gauche, ça n’a jamais été la politique de l’offre ou la soumission aux traités libéraux de l’Union européenne. L’enjeu majeur de 1789 à aujourd’hui, c’est la souveraineté politique du peuple. Le mot «gauche» est né de cela ! Notre stratégie révolutionnaire, c’est la révolution citoyenne par la Constituante.

La Gauche, c’est le mouvement ouvrier, et certainement pas François Hollande… On ne raye pas plus de cent ans d’histoire, d’expériences, de lerçons comme cela! Jean-Luc Mélenchon est un démolisseur, un liquidateur, un fossoyeur.

Et il est terrible qu’il y a une capitulation face à lui, comme en témoigne la très longue liste des soutiens à son initiative de prétendue marée humaine :

Alternative et autogestion – Alternative libertaire – EPEIS -ATTAC – Climat social – Collectif des Associations Citoyennes – Collectif National pour les Droits des Femmes – Collectif La Fête à Macron – CGT – Coordination nationale de défense des hôpitaux et maternités de proximité – Convergence nationale de défense des services publics – DIDF – DIEM25 – Droit au Logement – Ecologie sociale – EELV – Les effronté.es – Ensemble – Femmes Egalité – Fondation Copernic – France Insoumise – Gauche Démocratique et Sociale – MJCF – Mouvement Ecolo – Mouvement National des Chômeurs et Précaires – Nouvelle Donne – NPA – PCF – PG – Parti Ouvrier Indépendant Démocratique – PCOF – PCRF – République et Socialisme – Résistance Sociale – Snesup-FSU – Solidaires  – Syndicat des Avocats de France  – Syndicat de la Magistrature – UEC – UNEF – Union Nationale Lycéenne (ont également appelé la FCPE et la FSU)

Mais de cela, tout le monde se fout, à part les gens liés aux syndicats et à leur corporatisme, ou bien à une sorte de romantisme anarchiste totalement hors sol. Le résultat est ainsi très clair pour la pseudo marée humaine.

La police a compté 21 000 personnes à Paris, le cabinet Occurrence travaillant pour des médias institutionnels en a dénombré 31 700, la CGT 80 000.

A l’échelle du pays, la CGT a revendiqué 250 000 personnes, le ministère de l’intérieur en a compté 93 315 (on remarquera le souci de précision).

En clair, la population française a totalement boudé cette pseudo révolte, ayant très bien compris de quoi il en retournait. Malgré le printemps et la grève des cheminots, la sauce ne prend pas, car personne n’est dupe : c’est le populisme et le corporatisme qui sont à l’oeuvre.

Ainsi que, ne l’oublions pas, le néo-libéralisme culturel, que cette photo de la sénatrice Esther Benbassa résume parfaitement. La nouvelle pseudo gauche prend entièrement l’ancienne Gauche à contre-pied sur le plan des valeurs culturelles.

C’est à cause de cela que de jeunes ouvriers vont chez les nazis, s’imaginant que la Gauche ce serait juste un néo-libéralisme où chacun peut faire ce qu’il veut, sans responsabilités ni devoirs, sans morale ni valeurs.

Une autre photographie est également emblématique : celle où un manifestant tient une pancarte où il est écrit qu’un poulet serait mieux grillé. C’est bien entendu une allusion aux policiers, avec un goût sinistrement morbide.

Cet anarchisme de pacotille – très ironique quand on voit la drapeau d’air France, depuis quand un travailleur assume le drapeau de son entreprise ? – prêterait au mieux à sourire (cela ne sera pas notre cas) si désormais la condition animale n’était connue de tous.

Culturellement, là aussi on voit bien la faillite morale et intellectuelle, au profit de la posture.

Ce populisme, cette négation du contenu, est intolérable et montre bien la nécessité d’en revenir aux fondamentaux du mouvement ouvrier.

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Politique

« Jeunes dirigeant.e.s et élu.e.s du PCF » : « c’est le moment ! »

Ce texte signé par des « Jeunes dirigeant.e.s » (sic) du PCF vise le Congrès extraordinaire de celui-ci, du 24 au 26 novembre 2018. Sous la houlette de Igor Zamichei, le secrétaire de la fédération de Paris du PCF, il s’agit ni plus ni moins que d’un appel d’une sorte de nouvelle génération d’élus et d’intellectuels à prendre le contrôle du PCF.

On notera qu’il n’est pas parlé de capitalisme mais de « capitalisme mondialisé et financiarisé » ; s’il est dit que « La critique populaire progresse et la pensée de Marx retrouve une place dans la production intellectuelle », on ne trouve dans le texte ni le mot ouvrier, ni le mot bourgeoisie, ni le mot exploitation, ni le mot prolétariat, etc.

Comme nous y invite notre congrès, nous prenons ensemble la parole pour porter une haute ambition : poser les bases d’un communisme du XXIe siècle et révolutionner notre parti, sa stratégie, son organisation.

Cela implique de faire lucidement le bilan de nos difficultés pour les dépasser. Soyons francs : malgré toute l’énergie des militant.e.s et des élu.e.s communistes, malgré toutes les initiatives prises pour répondre aux intérêts populaires, notre parti perd pied dans la vie politique nationale.

Notre recul de plusieurs centaines de milliers de voix aux dernières élections législatives et le caractère inaudible de nos décisions nous conduisent à une marginalisation que la recomposition politique en cours peut rendre durable. Comme une majorité de communistes, nous ne nous y résignons pas.

Jeunes dirigeant.e.s et élu.e.s du PCF, nous sommes convaincu.e.s que notre parti peut et doit redevenir une force politique nationale influente au regard de l’évolution du monde. Nous n’avons pas toujours fait les mêmes choix stratégiques par le passé mais nous nourrissons ensemble de grandes ambitions pour le combat communiste. C’est le moment de notre propre révolution pour hisser le PCF à la hauteur des défis de notre temps. Il faut saisir ce moment car il ne reviendra pas.

À mesure que le capitalisme mondialisé et financiarisé semble écraser tout sur son passage, il génère dans le même mouvement des critiques et des aspirations toujours plus fortes pour son dépassement. La critique populaire progresse et la pensée de Marx retrouve une place dans la production intellectuelle.

Dans nos travaux résident beaucoup de clés de compréhension et de solutions face aux impasses du système : l’égalité et la lutte des classes, rendues incontournables par l’aggravation des inégalités et l’accumulation sans précédent de richesses par une minorité ; l’écologie, à l’heure où le changement climatique enfanté par le mode de production capitaliste menace l’humanité ; la libération du travail du coût du capital et la sécurisation de l’emploi pour en finir avec le chômage, la précarité et la souffrance au travail, qui ne cessent de progresser avec l’utilisation capitaliste de la révolution informationnelle.

C’est sur tous ces enjeux qu’il nous faut travailler à réidentifier le PCF.

Notre société y est prête. Le récent mouvement contre la loi travail, portant le mot d’ordre « On vaut mieux que ça », jusqu’aux luttes contre les ordonnances Macron ; la mobilisation des salarié.e.s de l’hôpital public et des EHPAD pour que la qualité de leur travail soit respectée, le droit fondamental à la santé garanti et pour que notre société prenne soin de nos aînés ; la montée en puissance d’un mouvement féministe, qui constitue un des plus puissants leviers pour l’égalité ; la mobilisation d’associations de solidarité et de tant de citoyens individuellement pour un accueil digne des migrants ; et d’autre part l’émergence d’initiatives comme les projets alternatifs à l’ubérisation des activités à l’image de Coopcycle ; la création de coopératives ou la reprise de l’activité sous cette forme par les salarié.e.s dans de nombreux secteurs ; l’action de collectivités pour promouvoir le logement social ou pour une nouvelle maîtrise publique par le retour en régie publique de la gestion de l’eau.

Et tant d’autres ! Avec les grandes conquêtes que constituent le droit du travail, la Sécurité sociale et la fonction publique, toutes ces initiatives constituent autant de « morceaux de communisme » à faire grandir pour de nouvelles victoires au XXIe siècle.

Avec ces forces vives, une voie nouvelle, faite de combats offensifs et d’ambitions révolutionnaires pour la France se cherche. Contre le « tout État » et le « tout marché », visons l’appropriation par chacun.e des avoirs, des savoirs et des pouvoirs.

Visons un nouveau mode de production basé sur des critères de gestion sociaux et écologiques et sur une appropriation sociale des moyens de production. Visons le développement de services publics démocratisés et de promotion des communs.

Pensons la combinaison des oppressions capitalistes, sexistes, racistes pour les surmonter. Visons l’émancipation culturelle, qui brise le carcan des identités. Visons un nouvel internationalisme, qui s’appuie sur la coopération des individus et des peuples pour un développement partagé et la paix. Ce communisme a de l’avenir si nous le prenons au sérieux.

Le prendre au sérieux, c’est passer à l’offensive politique. Passer à l’offensive, c’est relever d’importants défis stratégiques et organisationnels.

Nos difficultés stratégiques débouchent sur un gâchis d’énergie. Un doute se répand sur l’utilité de nos actions militantes. Nous avons souvent un coup de retard. Au lieu de subir un agenda, il s’agit de penser la manière dont chaque lutte, chaque initiative peut contribuer à nous faire progresser sur la base d’un cap politique national clair, d’objectifs réalistes mais ambitieux. Cessons d’opposer rassemblement et affirmation de notre parti.

À l’approche des européennes, retenons la leçon des échéances présidentielles et législatives : chercher à rassembler sans affirmer nos idées et sans rapport de force revient à nous positionner comme une force d’appoint et conduit in fine à l’échec d’un rassemblement pourtant indispensable. Par ailleurs pensons-nous encore qu’un rassemblement majoritaire est possible sans intervention populaire consciente de ses intérêts ?

Le PCF a un rôle décisif à jouer pour aider à cette intervention par la mise en débat de propositions radicales et la construction d’espaces politiques ouverts, pluralistes, concentrés sur la production d’alternatives crédibles.

Conséquence organisationnelle : nous devons revaloriser la place des adhérent.e.s et des structures locales pour construire des réseaux d’actions à l’échelle nationale capables de déployer des campagnes politiques fortes, efficaces et visibles sur tout le territoire. Et tout à la fois, nous devons revaloriser le rôle de direction, en perte de crédibilité.

Cela implique d’utiliser le meilleur de ce que nous produisons comme pratiques militantes dans les quartiers et les campagnes, les lieux de travail, d’expérimenter, de tirer profit de la révolution numérique, de prendre appui sur nos actions de solidarités concrètes, sur les batailles de nos parlementaires et sur les avancées obtenues dans les collectivités que nous dirigeons.

Cela implique une mise en commun nationale sans précédent, un renouvellement de notre communication politique et de profondes transformations de nos directions, dont le bilan témoigne de dysfonctionnements entraînant des difficultés à produire positionnements, outils militants et initiatives nationales.

Pourquoi ne sommes-nous pas, par exemple, capable de mener une campagne dans la durée ? Ou encore pourquoi ne nous donnons-nous pas tous les moyens d’une offensive médiatique pourtant plus indispensable que jamais ?

Dans le grand débat politique qui s’ouvre, toutes les questions doivent être sur la table, sans céder aux tendances qui rétrécissent le débat et sans tabou aucun sur notre projet et notre stratégie, jusqu’aux femmes et aux hommes qui se verront confier la tâche d’animer la nouvelle ambition qui sera fixée. Sans quoi nous nous serons payés de mots, en l’occurrence du beau mot de révolution.

Notre parti est à un moment clé de son histoire. L’idée communiste, qui a été le moteur de l’engagement de générations de militants, frappe à la porte du XXIe siècle. C’est le moment d’en prendre pleinement la mesure, d’écrire un nouveau manifeste.

Les signataires :

Simon Agnoletti, membre de la direction départementale du Nord (59), 26 ans ; Pierric Annoot, membre du CN (92), 34 ans ; Aurélien Aramini, professeur de philosophie (90), 38 ans;

Pierre Bell Lloch, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne (94), 40 ans ; Hélène Bidard, membre du CN en charge du féminisme et des droits des femmes et adjointe à la Maire de Paris (75), 36 ans ; Thibaut Bize, secrétaire de la fédération du Doubs (25), 33 ans ; Vincent Boivinet, secrétaire de la section de Bègles, membre du CN (33), 33 ans ; Nicolas Bonnet Oulaldj, membre du CN et président du groupe PCF – FG au Conseil de Paris (75), 43 ans ; Caroline Brebant, adjointe au Maire de Saint-Maximin (60), 38 ans ; Ian Brossat, membre du CN et adjoint à la Maire de Paris en charge du Logement (75), 37 ans;

Maxime Cochard, membre de la direction départementale de Paris (75), 33 ans ; Nicolas Cossange, membre du CN et secrétaire de la fédération de l’Hérault (34), 32 ans;

Raf Debu, membre du CN et secrétaire de la fédération du Rhône (69), 36 ans ; Ismaël Dupont, secrétaire de la fédération du Finistère (29), 38 ans;

Pierre Garzon, vice-président du conseil départemental du Val-de-Marne (94), 43 ans ; Aurélien Guillot, secrétaire de la fédération d’Île-et-Vilaine (35), 35 ans ; Florian Gulli, professeur de philosophie (25), 40 ans;

Mina Idir, membre de la direction départementale du Vaucluse (84), 42 ans;

Maud Jan-Brusson, dirigeante départementale de la Mayenne (53), 32 ans;

Sébastien Laborde, membre du CN et secrétaire de la fédération de Gironde (33), 43 ans ; Clara Laby, membre de la direction départementale du Nord (59), 22 ans ; Cédric Lattuada, secrétaire de la fédération de la Marne (51), 42 ans;

Elsa Maillot, vice-présidente de la communauté d’agglomération du Grand Besançon (25), 32 ans ; Céline Malaisé, membre du CEN et présidente du groupe FG à la région Île-de-France (75), 38 ans ; Pierre Miquel, membre du CN et secrétaire de la fédération du Puy-de-Dôme (63), 38 ans ; Yannick Monnet, membre du CN et secrétaire de la fédération de l’Allier (03), 43 ans ; Yannick Nadesan, président de la collectivité eau du bassin rennais (35), 34 ans ; Fred Mellier, membre de la direction départementale de la Gironde (33), 45 ans;

Sébastien Prat, secrétaire de la fédération du Cantal (15), 26 ans ; Anne Sabourin, membre du CEN en charge des affaires européennes (75), 33 ans ; Aymeric Seassau, membre du CN et secrétaire de la fédération de Loire Atlantique (44), 40 ans;

Adrien Tiberti, membre du CN et secrétaire à l’organisation de la fédération de Paris (75), 36 ans;

Bora Yilmaz, membre du CN et secrétaire de la fédération de Meurthe-et-Moselle (54), 38 ans;

Igor Zamichiei, membre du CEN en charge du projet et secrétaire de la fédération de Paris (75), 32 ans…

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[PCF] Bilan et avenir de notre démarche stratégique : 6 questions à débattre

Le document « Bilan et avenir de notre démarche stratégique : 6 questions à débattre » représente la ligne de Pierre Laurent, dirigeant du PCF qui se réunira en Congrès extraordinaire du 24 au 26 novembre 2018.

Le groupe de travail « stratégie » met à la disposition des communistes cette première note pour nourrir les débats dans le Parti. Mise en ligne sur le site du congrès, elle vise à introduire les réunions de militant·es, les débats des communistes, et à susciter contributions et réactions qui seront, elles aussi, mises en ligne. Elle n’est pas une restitution de tous les débats de notre groupe de travail, ni un point de vue unanime, encore moins définitif de celui-ci.

Des membres du groupe de travail publieront aussi leurs propres contributions. C’est donc une note intermédiaire sur les débats à instruire. Ce texte comporte de premières réflexions sur la redéfinition de notre démarche stratégique et des questions à approfondir sur le bilan et l’avenir de nos expériences stratégiques.

Vers la redéfinition de notre démarche stratégique

Débat stratégique induit trop souvent et presque automatiquement débat sur nos alliances, notamment électorales. C’est une dimension très réductrice, pour une part révélatrice de ce qui doit changer dans notre manière de penser notre démarche politique. C’est pourquoi, il nous paraît indispensable de repenser d’abord le sens de notre démarche stratégique au fond. Nous soumettons ici six questions à débattre pour une redéfinition de cette démarche.

1. Prendre la mesure de la période : le dépassement du modèle de développement capitaliste historiquement posé

L’actualité historique de notre démarche communiste Notre stratégie a d’abord à voir avec notre parti pris fondamental : celui du combat communiste comme mouvement de dépassement du capitalisme et de toutes les aliénations historiques du genre humain.

Nous ne vivons pas n’importe quelle période historique, mais celle d’une crise globale, de civilisation, du capitalisme mondialisé. Jamais la nécessité d’un autre mode de développement, construit sur la mise en commun et non la concurrence systématique, n’a connu une telle actualité. Le capitalisme parvient pourtant à organiser des contre-offensives victorieuses en affaiblissant les forces progressistes.

Nous considérons cependant possible d’opposer à ce système en crise un processus de luttes émancipatrices, de changements des pouvoirs, de conquêtes sociales, écologistes et démocratiques qui rendent concrètement accessible la réappropriation par tous des grandes activités sociales humaines dont la maîtrise est aujourd’hui confisquée par le capital.

Les prodigieuses révolutions en cours de la productivité humaine permettent d’envisager une telle révolution, mais elles sont aujourd’hui détournées de la satisfaction des besoins de tous par les énormes gâchis capitalistes et par une conception de l’économie tournée vers le profit et un consumérisme ravageur pour la planète et le genre humain.

C’est dans les luttes de classes concrètes, dans les pratiques et les expérimentations sociales qui cherchent à anticiper une manière de développer l’humanité en commun qu’adviendra ou non la possibilité de ces temps nouveaux. C’est dans ces luttes et ces pratiques que s’ancre notre démarche stratégique.

Un processus d’évolution révolutionnaire multiforme

Ce mouvement est et sera un processus d’évolution révolutionnaire multiforme et inégal, poursuivi dans la durée avec esprit de suite, fait de combats quotidiens immédiats, de succès partiels remportés, de ruptures et d’initiatives de longue portée, de phases de transition vers de nouveaux rapports sociaux, tout cela dans des rapports de forces sans cesse construits et modifiés, visant l’élévation progressive des objectifs. Notre communisme est un chemin et une visée.

C’est un mouvement d’émancipation continu en actes, un processus de réappropriation engagé au présent sur tous les terrains possibles, un processus immédiat et de longue portée. Ce point fait débat, notamment sur les ruptures nécessaires dans ce processus révolutionnaire, sur ce que signifie la prise des pouvoirs aujourd’hui dans les institutions (assemblées élues, entreprises, banques, etc.).

2. Fronts de luttes et visée commune d’émancipation : quelle démarche politique concrète ?

C’est dans les luttes et les pratiques nouvelles que peut grandir une articulation concrète entre les changements exigés par la société et une visée commune d’émancipation, une visée consciente, concrète et réelle de la nécessité du dépassement des logiques capitalistes.

Notre combat est celui qui permet en toutes circonstances au mouvement réel de la société de pousser le plus loin possible ses potentialités libératrices ; de construire au fil des luttes et des pratiques nouvelles un renversement des rapports sociaux tel qu’il permet au plus grand nombre de reconquérir les pouvoirs sur la maîtrise des grands choix de sa vie et de celle de l’avenir de l’humanité ; de faire advenir une société nouvelle d’égalité et de partage des richesses, des savoirs et des pouvoirs. La question est donc posée d’interroger nos pratiques politiques concrètes pour les mettre à la hauteur de ces objectifs politiques.

Parmi ces questions: – comment identifier les enjeux de transformations et s’y engager dans la durée ?

Quels sont ces enjeux transformateurs déjà présents dans la société ?

Comment déployer dans la durée tous les efforts de construction politique, toutes les expérimentations nécessaires pour rendre les mouvements qui les portent capables de gagner des transformations concrètes, des droits et des pouvoirs nouveaux.

Cela invite à réévaluer en conséquence nos priorités, nos pratiques, notre organisation.

Transformation du travail ; sécurisation de l’emploi et de la formation tout au long de la vie ; services publics et biens communs ; écologie ; révolution numérique au service de quoi et de qui ; révolution des pouvoirs ; transformation démocratique de toutes les institutions (assemblée élues, État, entreprises, banques, Union européenne) ; reconquête des pouvoirs sur l’argent ; épanouissement de la personne humaine ; appropriation des savoirs et de la culture ; nouvelle industrialisation et nouveau mode développement productif ; économie sociale et solidarités concrètes ; antiracisme ; luttes féministes ; droits des migrants.

Mais quelles priorités identifier dans ces combats ?

Quelle pratique et démarche concrète développer ? Comment passer d’une lutte concrète au sens profond qu’elle révèle, en portant son potentiel transformateur le plus loin possible. Exemple : de la lutte des Ehpad à la construction d’un nouveau service public décentralisé de la prise en charge de la personne humaine en situation de perte d’autonomie.

Et à travers cela, la question du service public comme grande question de société.

– quelles campagnes politiques décider et comment les mener à fond dans la durée ? Avec qui les mener ? Pour quels objectifs ?

Contre qui les mener ? En visant quels rapports de force ? Avec quelle ambition ? Pour témoigner ou pour gagner ? Pour changer quelles logiques, quels pouvoirs ?

– libérer l’initiative communiste et mieux la coordonner. Nous sommes une force militante de terrain. L’actualité du dépassement des aliénations capitalistes est dans les luttes et des processus en cours.

Ces terrains où s’affrontent concrètement deux logiques (au service de l’humain ou de la finance) ne sont pas décidés par nous, comme si nos objectifs surplombaient la réalité, mais émergent de la société au cœur des contradictions capitalistes entre intérêt humain et intérêt du capital.

L’initiative libérée de nos militant·es et leur ancrage dans les luttes de terrain est un atout.

– monter d’un cran dans notre bataille pour le pluralisme des média et dans nos propres campagnes de communication et de propagande.

– comment changer notre organisation, le rôle de nos réseaux de travail, la conception de nos directions, pour favoriser l’aide au terrain et une centralité coordinatrice au service de l’initiative militante ?

– être désormais capables d’organiser la lutte à toutes les échelles, dans toutes les institutions, tous les lieux de pouvoir.

Le « terrain » aujourd’hui, ce n’est pas seulement le local, le « bas », mais c’est en même temps le local, la métropole, le départemental, le régional, le national, l’Europe et le monde. Conquérir le pouvoir, c’est mener la bataille dans les lieux de pouvoir pour les transformer : les institutions et les assemblées élues (du conseil municipal au parlement européen), dans toutes les entreprises jusqu’aux multinationales, dans les banques et le système financier jusqu’à la BCE et au FMI, dans les institutions internationales comme l’ONU.

Animer une bataille pour la faire gagner, c’est porter cette lutte jusqu’au niveau d’intervention nécessaire. Exemples : évasion fiscale, écologie, paix, partage de la valeur (Gafa, multinationales…), avenir industriel (Alstom, Carrefour…)

– penser les contradictions pour penser le mouvement Le mouvement que nous visons n’est pas linéaire.

Les possibilités de nouveaux progrès humains n’ont été aussi présentes et, en même temps, les instruments politiques de domination, de division et de dépossession n’ont jamais été si importants.

Nous devons penser les contradictions que cela génère. Exemples :

– la révolution numérique rend possible le partage à une échelle jamais connue mais elle est aussi massivement retournée contre les travailleurs.

Quelles conceptions concrètes promouvoir ? – la mondialisation fait grandir la conscience d’intervenir sur les affaires du monde mais elle déconnecte les lieux de pouvoir du capital des espaces politiques d’intervention. Comment agir ? – la politique provoque à la fois le rejet et de nouvelles formes d’engagement. Comment tout cela fonctionne dans les consciences ?

3. La centralité de la question démocratique

Le mouvement démocratique de l’immense majorité du peuple Notre stratégie est une stratégie pour gagner en toutes circonstances du terrain sur les logiques capitalistes, pour des avancées de progrès, le plus loin possible à chaque fois.

Ce mouvement est pour nous aujourd’hui celui de l’immense majorité de notre peuple et de l’humanité. La démocratie est le but et le moyen de ce mouvement. Il a un caractère de classe, en ce sens qu’il est et sera une intense lutte de classes contre toutes les exploitations, aliénations et dominations qui entravent un développement humain émancipateur et solidaire.

Mais il n’est pas le mouvement d’une seule classe, il est le mouvement démocratique de toutes les forces collectives et individuelles qui y ont intérêt et y aspirent. Unité et conscience du salariat Au cœur de cette mise en mouvement démocratique, l’unité du salariat est une question politique centrale.

Aujourd’hui largement majoritaire, mais en pleine transformation et abondamment divisé par les nouvelles formes d’exploitation et d’organisation des entreprises, comme par les logiques de dumping social, de racisme, de division, le salariat doit reconstruire la conscience commune de ses intérêts.

C’est un enjeu politique et idéologique à tous les niveaux, dans l’entreprise, dans les branches et les filières, dans les bassins d’emploi, au plan de la nation comme au plan européen ou international. Le parti communiste doit repenser son organisation pour cela.

La question démocratique au cœur de nos pratiques La démocratie, la reconquête des pouvoirs par les citoyen·nes est pour nous un moyen et un but. Nous agissons à partir de ce que veut et cherche la société pour pousser en avant les potentiels progressistes et émancipateurs.

Notre stratégie ne descend pas du parti vers la société. Elle construit les processus de transformation avec la société, à partir de ses besoins de vie et des besoins exprimés ou ressentis de transformation.

Nous aspirons à construire une ambition citoyenne permettant à chacune et chacun de trouver à la fois sa place et à participer concrètement à la décision et à la mise en œuvre.

Toutes nos pratiques doivent viser à redonner du pouvoir à l’intervention démocratique des citoyen·nes dans les constructions politiques à venir. Nous nous inscrivons dans un épanouissement culturel et une plus grande politisation des citoyens là où la financiarisation croissante de l’économie a besoin de déculturation et de dépolitisation.

4. Comment reconstruire dans les conditions concrètes de la nouvelle situation politique issue de 2017 ?

Le sens du bouleversement politique de 2017 La société française a voulu secouer un système politique verrouillé par des alternances entre forces de droite et forces social-libérales autour d’un même projet libéral. Les forces qui paraissaient le mieux incarner ce dégagisme souhaité par les Français l’ont emporté : Macron, qui a réussi à capter au nom de la modernité cette exigence de nouveauté ; Le Pen en devançant la droite, et Mélenchon, pour lequel nous appelions à voter, à gauche.

Les législatives ont installé la domination parlementaire de Macron (pas au Sénat) ; la droite reste forte, malgré ses divisions, dans les deux assemblées ; le FN a raté le second tour de la présidentielle et les législatives et souffre depuis dans les partielles ; la FI a installé sa première place à gauche, le PS est en difficulté majeure et existentielle, comme tous les partis sociodémocrates européens historiques ; notre parti a subi un nouvel affaiblissement aux législatives au profit de la FI, mais a conservé deux groupes parlementaires grâce à son implantation, à une reconnaissance de son travail.

Aujourd’hui, Macron veut structurer dans la durée un bloc libéral central, en effaçant la ligne d’affrontement droite-gauche, et en cantonnant durablement aux marges les oppositions de droite, d’extrême-droite et de gauche. Son pouvoir d’attraction et d’agrégation reste important, en témoignent les débats internes au PS ou chez les Républicains.

FI cherche à incarner l’opposition, en refusant les accords, baptisés « tambouille », et en tenant à distance la notion de gauche jugée « repoussoir ». Existe ainsi le risque de cantonner la gauche durablement dans l’opposition, sans réel espoir de se placer en capacité de transformation.

Quoi reconstruire et comment ? La situation est marquée par l’offensive de Macron, brutale et profonde au service des objectifs libéraux, et par ses premières difficultés dans l’opinion. Il existe des potentiels de luttes réels liés aux effets très durs de la situation pour les gens et au décalage entre la promesse de renouveau de Macron et les effets concrets de sa politique .

Ces potentiels s’expriment déjà (Ehpad, hôpitaux, enseignement scolaire et supérieur, etc.) mais restent essentiellement cantonnés dans leur cadre catégoriel. La situation est aussi marquée par la division ou la dispersion des forces de résistance, par un état de la représentation et des constructions politiques possibles à gauche très difficile. Comment agir et reconstruire une perspective d’espoir dans ces conditions?

Reconstruire dans l’action, unir face à Macron et pour des alternatives Pour les raisons énoncées plus haut, il convient de prendre au sérieux et jusqu’au bout les luttes engagées, les pratiques politiques et sociales nouvelles qui émergent, sans chercher à enfermer dans un schéma de perspective politique préétabli.

Il faut croire au potentiel de ces luttes et déployer l’initiative communiste la plus utile et la plus adaptée au service de leurs développements politiques.

– C’est le sens des États généraux du progrès social et de l’appel final de cette rencontre. Cela implique de construire dans la durée sur les objectifs cités dans cet appel et dans le discours conclusif de Pierre Laurent. Hôpital et EHPAD, logement, sécurisation de l’emploi, universités, femmes, nouvelle industrialisation, migrants, égalité des territoires … plus marche sur l’Élysée du 9 juin à l’appel des Hauts-de-France. A noter aussi le moment national de popularisation des niches parlementaires des 7 mars (au Sénat) et 8 mars (à l’Assemblée nationale).

– C’est le sens des autres grandes initiatives en préparation : états généraux du numérique, assises de l’écologie communiste, journée sur école, antiracisme, convention nationale sur art, culture et éducation populaire.

– c’est le sens de la bataille engagée sur réformes institutionnelles et révision constitutionnelle. Macron veut changer en profondeur le cadre démocratique pour aller vers un régime assumé d’absolutisme présidentiel.

Nous devons lui opposer notre projet de démocratisation globale de la République.

Repenser nos constructions politiques dans le nouveau paysage

Nous devons probablement agir dans plusieurs directions simultanément.

– Initiative communiste et rassemblement Comment manier ensemble, sans les opposer, l’expression des idées communistes, leur expérimentation par le plus grand nombre, et l’animation du rassemblement de toutes les forces d’opposition et d’alternative à Macron. Quel(s) nouveau(x) cadre(s) unitaire(s) faire émerger ?

– débattre de la notion de gauche. Macron veut rendre obsolète cette notion. FI la rejette. Le clivage capital-travail existe bel et bien. Des millions de gens se réfèrent à la gauche au nom de ce clivage mais un très grand nombre des citoyen·nes qui se déclarent à gauche ne se reconnaissent pas dans les partis ou les formes d’union qu’elle a incarnée.

Quel nouveau type de construction à gauche faut-il inventer comme nous l’avions tenté avec le Front de gauche ?

– inventer des formes nouvelles d’intervention citoyenne dans ces constructions politiques. Comment mettre la politique au service de l’intervention démocratique, et non s’y substituer ?

– repenser nos alliances. Les acteurs politiques ont changé. Et plus rien de ce qui a existé n’est acquis.

Le parti communiste ne peut renoncer à la construction majoritaire. Faut-il figer de nouvelles alliances, rester le plus ouvert possible à cette étape ?

– la place des élections

– Elles sont, dans les processus démocratiques que nous visons, des moments clés de structuration des consciences et de conquête de positions pour agir.

Nous avons vocation à toutes y participer, des municipales à la présidentielle, en travaillant à la présentation de candidatures adaptées à chacune de ces échéances, à partir des conditions politiques du moment, des niveaux de pouvoir qu’elles visent, des conditions de mode de scrutin concrètes qui sont imposées.

Nous devons assumer la part tactique, au sens de l’adaptation à une échéance concrète, que comporte chaque échéance électorale dans le cadre de notre démarche stratégique globale. – réévaluer le rôle de nos élus Il faut sortir des faux débats sur les relations du parti aux élus, pour repenser le rôle tenu par nos élus à partir de ce qu’ils sont, des militant·es plongé·e·s dans l’expérimentation concrète.

La somme d’expérimentations politiques et sociales menées par les milliers d’élus que nous avons, des élus locaux aux parlementaires, est largement sous-évaluée et sous-utilisée. L’articulation de leurs expériences à celles de tous les autres militant·es doit être repensée pour dynamiser l’action communiste d’ensemble et notre visibilité politique locale et nationale.

5. Le bilan de nos expériences antérieures

Pour avancer vers la redéfinition de notre stratégie, le bilan de nos expériences antérieures est indispensable. Sans masquer les échecs, par exemple notre score historiquement bas aux législatives, il ne sert à rien de le faire sur le mode : tout est à jeter, et maintenant nous allons faire enfin du neuf, du vrai. Le bilan doit être conduit à la lumière d’un débat sur nos objectifs stratégiques.

Que visions-nous ? Pourquoi n’y sommes nous pas parvenus ? Que faut-il changer ?

Voilà l’ordre des questions qui permet de faire un bilan plus dynamique pour nos décisions à venir et de tirer des leçons pour la suite.

Plusieurs pistes de travail :

– réévaluer les processus unitaires que nous avons conduits en tenant compte de leurs évolutions : union de la gauche dans la durée jusqu’à la gauche plurielle ; Front de gauche, dans ces différentes périodes de 2009 à 2012, de 2012 à l’élection européenne, et la dernière jusqu’à l’élection présidentielle, dans laquelle le Front de gauche n’a plus de réalité à l’échelon national ; mais aussi bilan de nos expériences de gauche locales qui sont très contrastées.

Cet examen critique révélera sans nul doute la permanence d’obstacles de fond que nous n’arrivons pas à résoudre et qui appelle un changement d’optique et des problèmes plus conjoncturels, ou liés à l’évolution insuffisamment prise en compte des obstacles rencontrés ou à celle de la stratégie des autres forces politiques.

– réévaluer les conséquences de la présidentialisation dominante qui renvoie tout à un pouvoir « jupitérien » hors du contrôle citoyen. Comment manier présidentialisation et intervention populaire ?

Et, compte tenu du caractère central du couple élection présidentielle-élections législatives depuis le quinquennat, et de nos difficultés récurrentes à aborder ces échéances dans ces conditions nouvelles, jusqu’à l’écartèlement de 2017, soutenir un candidat sans accord législatif, une réflexion nouvelle est nécessaire sur cette question.

– le « rassemblement » : de quoi parlons-nous avec ce mot ? Des gens, des alliances, de la dimension majoritaire et démocratique des processus de lutte ?

De ce point de vue, l’expérience de 2005 (le « non » au TCE), ou celle d’autres luttes de masse comme les retraites ou la loi travail, appellent tout autant notre réflexion.

– les transformations de notre parti qui ont insuffisamment avancées dans cette période et ne nous ont pas permis la relance adaptée de l’initiative communiste.

– les enjeux de communication, d’affirmation et de visibilité nationale des objectifs et de la parole communiste.

6. Les échéances électorales à venir

Le congrès devra tout à la fois redéfinir notre démarche stratégique et prendre des décisions concrètes sur les échéances à venir.

– les élections européennes de 2019

Elles auront lieu du 23 au 26 mai 2019 pour élire, en France, 79 députés français (contre 74) sur une liste nationale à la proportionnelle, avec un seuil d’éligibilité fixé pour le moment à 5 % (nous proposons aucun seuil ou 3%).

Nous avons demandé des rencontres bilatérales à FI, EELV, Générations, MRC, Ensemble, République et Socialisme, Diem 25.

Ces rencontres sont en cours. Nous avons l’objectif d’ici la fin mars :

– de fixer l’orientation et les objectifs sur lesquels nous entendons mener campagne

– faire une offre publique de construction ouverte d’une liste sur cette base

– lancer un processus public de débat sur nos objectifs : avril-octobre

– désigner de premiers porte-paroles communistes pour cette campagne

– les élections locales de 2020-2021

Nous pourrions commencer à construire partout, de manière la plus large possible, en ayant conscience que tout est à reconstruire à gauche. Notre démarche doit privilégier processus de contenus, de consultations, de construction citoyenne avant tout, et d’alliances utiles au maximum de gains à gauche.

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François Ruffin ou le populisme assumé

Le Parti Communiste Français (PCF) tente de se maintenir coûte que coûte malgré les coups de boutoir de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Pour ce faire a été notamment mis en place « une revue d’action politique du PCF », qui a comme nom « Cause commune« .

Il s’agit d’une revue d’intellectuels post-post-marxistes, c’est-à-dire relativement jeunes, coupés de toute tradition historique, mais saupoudrant leurs remarques de références à Karl Marx, à Octobre 1917, sans jamais de lien avec un quelconque contenu, mais afin de s’approprier une image de « gauche de la gauche ».

Son dernier numéro est consacré au populisme, une idéologie qui est revendiquée par la France Insoumise et notamment par François Ruffin dans une interview reproduite ici. C’est l’ancien dirigeant trotskyste Ni définition pertinente, ni projet d’avenir pour la gauche« .

C’est que le PCF est d’accord pour ne pas vouloir un retour aux fondamentaux – ce que nous, nous trouverons au contraire juste – mais il se considère comme post-mouvement ouvrier, pas comme une rupture totale avec le passé comme la France Insoumise et avec elle François Ruffin.

Fakir se revendique du « populisme de gauche » mais, si l’on en croit un entretien de 2016, bien avant d’avoir lu Chantal Mouffe. Par quel chemin y parvenez-vous ?

Je me souviens l’éditorial de Serge July dans Libé le lendemain du référendum de 2005 sur le traité de Rome. Amer devant la victoire du « non », il parle d’« épidémie de populisme ». À ce moment, pour moi, « populiste » renvoyait au « prix du roman populiste » qui récompense une œuvre qui « préfère les gens du peuple comme personnages et les milieux populaires comme décors à condition qu’il s’en dégage une authentique humanité ».

Populiste était pour moi un mot noble, pas une injure. Par ailleurs, ce mot décrivait parfaitement bien l’idée que je me faisais de mon activité de journaliste : peindre les vies populaires avec empathie. Chez Serge July, le mot servait à dénoncer, à condamner le peuple pour n’avoir pas été assez rationnel.

D’où l’idée chez moi de retourner le stigmate et de ne pas faire de ce mot un épouvantail. Voilà pourquoi avec Fakir, on n’a pas hésité à se dire « populistes », en précisant que nous étions populistes de gauche. Preuve au passage que le populisme n’élimine pas le clivage gauche-droite.

Qu’est-ce que le populisme pour vous ?

Le populisme, c’est d’abord une pratique. Une histoire. Chez les Whirlpool, certains ouvriers disent du mal des « assistés », etc. Il existe un clivage entre « nous », les ouvriers, et « eux », les assistés. Pratiquer le populisme, c’est leur proposer un autre adversaire.

Il s’agit pour moi de reconstruire un autre « nous ». Le « nous » des simples, des gens, des petits, etc. Cela fonctionnait ainsi avant les années 1980. Mais après, on a commencé à nous dire que cette manière de voir était archaïque, dépassée, etc. Au contraire, il faut y revenir, revenir au conflit entre les petits et les gros.

Et les classes sociales dans tout ça ?

Parler du peuple n’empêche pas de parler de classe. S’il faut parler de peuple, il faut aussi avoir conscience de sa diversité sociologique interne. Pour conquérir l’hégémonie, il faut réussir à dépasser deux divorces au sein du peuple.

Pour le dire vite, le divorce entre les « profs » et les « prolos », les deux cœurs sociologiques de la gauche. Et le divorce dans les milieux populaires entre enfants d’immigrés et enfants d’ouvriers des campagnes.

Parler de « peuple », abstraitement, ne risque-t-il pas de contribuer à rendre invisibles les classes populaires ?

La faible représentation des classes populaires est un problème général. Il n’y a qu’à regarder la composition des différents partis ou mouvements à gauche. C’est un problème de fond : comment rend-on la parole et un rôle aux classes populaires ? Comment fait-on monter des ouvriers, des aides-soignantes, etc., en responsabilité ?

Est-ce qu’il faut recréer des écoles de parti ? Compter sur la formation syndicale ? Je n’ai pas de recette toute faite. Juste, accuser le « populisme » de les rendre invisibles, ça me paraît à côté de la plaque.

Chantal Mouffe dit vouloir rénover la social-démocratie. Partagez-vous cet objectif ?

Je lis les livres de Chantal Mouffe. J’y prends des choses, mais pas tout. En ce qui concerne la social-démocratie, ce n’est pas pour moi un mot à dénigrer.

Le problème, c’est qu’il est revendiqué par des gens qui ne sont ni sociaux ni démocrates. Jaurès parle d’un « réformisme révolutionnaire », ce qui me va bien. Mais il manque évidemment la préoccupation écologique.

*François Ruffin est député (FI) de la Somme et rédacteur en chef de Fakir.

Entretien réalisé par Florian Gulli.

Cause commune n° 3 – janvier/février 2018