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Vie quotidienne

La Course de la Paix (cyclisme)

L’édition 2024 de la Course de la Paix démarre ce jeudi 30 mai en République tchèque. Elle se déroule jusqu’à dimanche 2 juin avec 4 étapes disputées par des coureurs de moins de 23 ans, en sélection nationale.

En voici une présentation à la fois générale et particulière.

Son nom officiel tchèque est Závod míru, mais son nom international officiel se dit en Français. Il faut d’ailleurs y ajouter Grand Prix Jeseníky, du nom de la ville et de la région montagneuse tchèque qui reçoit maintenant la course.

Il s’agit du plus haut niveau cycliste pour cette catégorie d’âge et c’est une manche de la Coupe des nations UCI. Parmi les récents vainqueurs, on retrouve pas moins que David Gaudu (2016) ou Tadej Pogačar (2018) ; c’est le jeune breton Antoine Huby qui a gagné l’édition précédente (2023).

Il ne s’agit que de la 11e édition de la course disputée sous cette forme depuis 2013 (il n’y a pas eu d’édition 2020), mais la course existe en fait depuis 1948 !

Prague, 1977.

C’est en effet une épreuve historique, typique du « bloc de l’Est » et de son esprit socialiste, avec une ouverture internationale très volontaire. Rien que le nom de la course, choisi en 1950 (« Course de la Paix »), est évocateur.

Voici comme était introduit le règlement de la course à l’époque :

« La course de la Paix exprime la volonté de tous les participants de défendre une paix durable, la sécurité et la coopération entre les peuples de tous les continents de notre planète. »

On retrouvait sur le maillot jaune de leader la fameuse colombe de la paix de Pablo Picasso, qu’il avait dessiné pour le premier Congrès mondial du Mouvement des Partisans de la Paix.

Ce sont les journaux quotidiens des partis communistes de Pologne (Trybuna Ludu) et de Tchécoslovaquie (Rudé Právo) qui l’ont créé. Elle se courrait à l’origine en reliant Prague à Varsovie, ou inversement. En 1952, le quotidien du Parti socialiste unifié d’Allemagne (Neues Deutschland) a rejoint l’organisation : la ville de Berlin a donc rejoint Prague et Varsovie !

En 1985 et 1986, le quotidien d’URSS La Pravda a rejoint l’organisation (avec des départs à Moscou puis à Kiev) avant de se retirer.

L’édition 1987 au départ de Berlin a réuni 156 coureurs venus de Pologne, du Portugal, d’URSS, des Pays-Bas, de République fédérale d’Allemagne, de République démocratique d’Allemagne, de Suisse, d’Espagne, de Tchécoslovaquie, de Suède, de Grande-Bretagne, de Finlande, d’Italie, de Bulgarie, de Belgique, de Roumanie, de Norvège, de Hongrie, de Yougoslavie, de France, de Chine, de Mongolie, de Syrie, des États-Unis, du Mexique, et de Cuba !

Au palmarès figurent de grands coureurs internationaux ayant fait des podiums sur les plus grandes courses professionnelles et amateurs du monde, dont le Tour de France.

La Course de la Paix a difficilement survécu à l’effondrement du bloc d’Europe de l’Est, devenant une course mineure, puis disparaissant en 2006.

C’est une réjouissance de la voir renaitre de ses cendres à travers une version dédiée à la jeunesse (il existe également une édition « junior » pour les coureurs de moins de 19 ans).

Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à des miracles : l’héritage de la course est assumé pour le prestige, mais c’est marginal. Seule une version stylisée de la colombe de la paix figure dans le logo, ainsi qu’un bref rappel historique sur le site de l’organisation.

On remarquera d’ailleurs que le Président du comité d’organisation est Robert Kolář, une figure de la Droite tchèque dont le parti ODS est particulièrement atlantiste, et pas pacifiste. Il préside également le Tour de République tchèque (course professionnelle).

Malgré tout, c’est le patrimoine de la Gauche historique qui est vivant avec cette course, qui d’ailleurs est très moderne dans son approche.

Il est remarquable que le code de conduite est tourné vers la nature et la responsabilité vis-à-vis du changement climatique. Cela tranche avec les mentalités libérales et rétrogrades qui prédominent souvent dans le cyclisme.

« Nous protégeons la nature et respectons les principes de développement durable ».

Voici la présentation des étapes, pour les passionnés de cyclisme, et on sait qu’il y en a. Aucune diffusion en direct n’est prévue à notre connaissance. Il faudra suivre le live text ici et scruter les réseaux sociaux pour avoir des images.

Étape 1 : Krnov-Opava – 123 km / 1739 m D+ (départ fictif à 13h)
Étape 2 : Uničov-Rýmařov – 117 km / 1863 m D+ (départ fictif à 13h30)
Étape 3 : Bruntál-Dlouhé stráně – 99km / 2156 m D+ (départ fictif à 12h)
Étape 4 : Šumperk-Jeseník / 126 km / 2223 m D+ (départ fictif à 10h30)

La liste de départ est disponible sur Procyclingstat. Pour la petite histoire, nous pronostiquons une victoire finale du Danois Simon Dalby ! La sélection française sera toutefois très redoutée avec le triptyque Brieuc Rolland, Léo Bisiaux et Alexy Faure Prost qui devrait s’illustrer sur la très dure montée de Dlouhé stráne lors de l’étape reine samedi 1er juin. Ils devront composer notamment avec le Kazakh Ilkhan Dostiyev.

À surveiller pour les autres victoires d’étape, le Portugais António Morgado et le Français Paul Magnier.

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Refus de l’hégémonie

Macron dans The Economist: la guerre au nom de l’Europe

Lorsque le président français Emmanuel Macron a parlé d’intervention militaire française en Ukraine le 26 février 2024, pratiquement personne ne l’a pris au sérieux dans le pays. Les Français sont ainsi, ils ne prennent rien au sérieux.

Néanmoins, tout l’appareil d’État s’est mis en branle dans cette perspective de conflit. L’économie de guerre a pris forme, la propagande a commencé à se généraliser.

Le 2 mai 2024, dans un entretien à l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel Macron a réaffirmé la perspective de l’intervention. Et là les Français ne se moquent plus de lui. Car en deux mois, le matraquage a opéré. En ce sens, notre chronologie de l’escalade depuis le 26 février 2024 est une arme politique centrale et il y a lieu de se fonder dessus en toutes occasions.

L’entretien avec The Economist s’inscrit dans cette militarisation et il va d’ailleurs avec un paquet. On a l’interview publié en anglais, l’original en français, un article de présentation de The Economist, puis un long article de commentaire.

« Une région en danger mortel »
« Le message urgent d’Emmanuel Macron pour l’Europe »

Le mot d’ordre de The Economist : Emmanuel Macron a « une vision apocalyptique », et malgré les apparences où l’on peut penser qu’il va très loin, ou trop loin, il aurait raison. « Comme d’autres lugubres visionnaires, il court le risque que son message soit ignoré ».

On lit en conclusion de la présentation d’ailleurs la chose suivante.

« Monsieur Macron est plus clair sur les périls auxquels l’Europe est confrontée que le dirigeant de n’importe quel autre grand pays.

Lorsque le leadership fait défaut, il a le courage de regarder l’histoire dans les yeux. La tragédie pour l’Europe est que les paroles de la Cassandre française risquent de tomber dans l’oreille d’un sourd. »

Emmanuel Macron a donc ici le statut d’un prophète. Sa parole est présentée comme essentielle, car ce dont il s’agit, c’est de sauver la partie européenne de l’occident capitaliste. Pas moins.

Ce qu’il faut noter en effet, et c’est très important, c’est que The Economist souligne que l’entretient se tient quelques jours après le grand discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron, tenu à la Sorbonne.

Or, comme on le sait, le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne. Il faut donc comprendre l’Europe au sens d’un continent. Emmanuel Macron parle d’ailleurs de menace « existentielle » pour l’Europe géographique et il est également question de la Norvège, un autre pays à l’écart de l’Union européenne.

Emmanuel Macron parle d’un « beau, grand et existentiel débat que les Européens doivent avoir et qui n’est pas réduit à l’Union européenne ». 

Emmanuel Macron à la Sorbonne pour son discours sur l’Europe

Le long article de commentaire de l’interview est d’ailleurs titré « How to rescue Europe », « Comment sauver l’Europe ». Il cite les propos d’Emmanuel Macron lors de l’entretien, comme quoi « une civilisation peut mourir ».

Que dit justement Emmanuel Macron ? Voici les propos les plus significatifs. Mais avant tout, il faut remarquer qu’Emmanuel Macron est brillant dans la construction du propos. On sait comment en France, on aime se moquer des politiques, de manière populiste, disproportionnée. C’est un défaut, propre aux Français qui ne savent pas accorder de gravité suffisante aux choses essentielles.

Emmanuel Macron agit en effet en professionnel. Le moindre mot est soupesé, habilement choisi. Il maîtrise de manière parfaite tout le langage et la philosophie de « l’humanisme européen », dont la source est l’esprit bourgeois tchécoslovaque des années 1920.

La Tchécoslovaquie, qui venait de se libérer de l’oppression féodale autrichienne et hongroise, était la seule démocratie bourgeoise d’Europe centrale, au milieu des dictatures fascistes. Cela a produit un esprit bourgeois post-chrétien (ou démocrate-chrétien), « progressiste », « humaniste », anti-féodal et libéral, mais teinté d’inquiétude : l’humanité connaît une crise, il faut réfléchir au développement de la technique, le rôle de la technique et de l’organisation, etc.

Les propos d’Emmanuel Macron, dans leur forme et leur esprit, sont un écho très clair de ceux du président tchécoslovaque Tomáš Masaryk, d’Edmund Husserl, de Karel Čapek, repris ensuite par Karel Kosík, Jan Patočka, Václav Havel.

C’est l’idéologie de l’Union européenne, bien qu’il manque une inquiétude profonde, une angoisse, qu’on retrouve par contre de manière totale et absolue en France Antoine de Saint-Exupéry, Albert Camus, la CFDT, l’UNEF, etc.

Emmanuel Macron se situe dans cette perspective. Il est donc un cadre bourgeois brillant. En fait, il redevient le jeune libéral-démocrate « moderne » qui avait été choisi par la haute bourgeoisie moderniste, financière et technologique, pour gagner l’élection présidentielle de 2017.

Il faut, pour saisir son approche, de l’intelligence et de la culture, sans quoi on se fait piéger. C’est à cela que nous travaillons. Emmanuel Macron se propose comme Tomáš Masaryk, il le fait sciemment. S’imagine-t-on qu’on puisse le combattre sans être à son très haut niveau intellectuel et idéologique ?

Ce n’est pas avec la CGT qu’on combat au plus haut niveau, en fait celui de l’affrontement entre capitalisme et Socialisme. C’est avec l’esprit de Parti, avec le drapeau rouge. Avec un travail de fond, avec une presse intelligente et cultivée. C’est notre travail, central et essentiel.

La teneur des propos d’Emmanuel Macron n’en apparaissent, cela dit, que plus clairement.

« Nous sommes le continent qui a inventé la démocratie libérale. Nos systèmes de société reposent sur ces règles. Or nous sommes percutés par ce que les réseaux sociaux et la numérisation de la vie de nos sociétés et du fonctionnement démocratique créent de vulnérabilités. »

« Les choses peuvent se désagréger très vite. Elles créent en Europe et partout ailleurs, une montée des colères et du ressentiment. Nos compatriotes le sentent. Cela nourrit de la peur, de la colère et cela nourrit les extrêmes. Les choses peuvent se précipiter beaucoup plus vite qu’on ne le croit et peut conduire à une mort beaucoup plus brutale qu’on ne l’imagine.

Ce qui m’intéresse surtout, c’est de conjurer ce mouvement à l’œuvre et montrer qu’un sursaut est possible. Et d’ailleurs, toutes les décisions que nous avons prises ces dernières années, sont des décisions que nous n’avons pas prises dix ans plus tôt. On a réagi plus vite, mieux et dans la bonne direction.

Mais il y a une telle accélération des risques, des menaces, du mal-être de nos sociétés qu’il nous faut maintenant un sursaut beaucoup plus profond. Et au fond, il nous faut bâtir un nouveau paradigme. Un nouveau paradigme géopolitique, économique et de société pour l’Europe. »

« Il y a non seulement un retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen, mais cette guerre est menée par une puissance dotée de l’arme nucléaire et qui a un discours belliqueux. Tout cela fait que l’Europe doit légitimement se poser la question de sa protection militaire. Et qu’en effet, elle doit se préparer à ne plus bénéficier de la même protection par les Etats-Unis d’Amérique, c’est ce que je disais déjà en 2019 dans vos colonnes. Nous devons nous préparer à nous protéger. »

« Le défi pour l’Europe est économique et technologique. Il n’y a pas de grandes puissances sans prospérité économique, ni sans souveraineté énergétique et technologique. »

« Nous devons être encore plus puissants, plus forts, plus radicaux. Et à cela s’ajoute le fait que l’Europe ne produit pas assez de richesse par habitant, en comparaison là aussi des autres grandes puissances, et notre grande ambition, alors que nous sommes dans un moment de réallocation des facteurs de production, qu’il s’agisse des cleantech ou de l’intelligence artificielle, c’est d’être un continent attractif pour ces grands investissements. »

Tout ce discours permet donc de faire de la Russie un ennemi absolu, une sorte d’entité anti-libérale et anti-moderne par excellence. Une construction habile, qui obtient sans souci l’aval des citoyens biberonnés à la société de consommation.

« La Russie, c’est une menace qu’on connaît, qu’on a toujours vu. Je parle pour l’ensemble des Européens et tout particulièrement pour l’Allemagne et la France, puisque nous étions en charge de sauver les accords de Minsk et du processus de Normandie. »

« Depuis 2022, Vladimir Poutine n’a plus mis les pieds lui-même dans un g20 et il a été exclu du g8 devenu g7 en 2014. Elle a décidé d’enfreindre le droit international en violant des frontières internationalement reconnues pour un membre permanent du Conseil de sécurité.

À ce point, avec une telle constance, c’est inédit. Elle a aussi commis des crimes de guerre, là aussi avec une puissance inédite. C’est elle qui a lancé cette guerre d’agression contre un pays souverain sur le sol européen.

Il ne faut pas sous-estimer non plus le glissement. Sur la question des oblasts, la Russie a essayé de construire une espèce de paravent de légalité, lequel a été ensuite abandonné. Beaucoup de gens ont sous-estimé le glissement qu’il y a eu entre février et avril 2022. En février, la Russie faisait encore l’effort de formuler un narratif qui serait compatible avec le droit international avec cette idée d’« opération spéciale ».

Maintenant, la Russie elle-même utilise le mot de « guerre » et l’assume. Elle est sortie de tous les cadres et au fond, elle est rentrée dans une logique de guerre totale.

Depuis 2022, de manière croissante, la Russie a ajouté la menace nucléaire explicite, parfois désinhibée, par la voix du président Poutine lui-même et ce, de manière systématique. Elle y a ajouté l’hybridité, en provoquant et en attisant des conflits qui étaient parfois larvés dans d’autres zones. Elle y a ajouté des agressions et des menaces dans l’espace et dans le champ maritime, et elle y a ajouté des menaces et des attaques cyber et informationnelles à un niveau inédit que nous avons décidé, avec nos partenaires européens, pour la première fois, de révéler.

La Russie aujourd’hui est devenue une puissance suréquipée qui continue d’investir de manière massive dans les armements de tout type et qui a une posture de non-respect du droit international, d’agressivité territoriale et d’agressivité dans tous les champs connus de la conflictualité.

C’est aujourd’hui aussi une puissance de déstabilisation régionale partout où elle le peut. Et donc oui, la Russie, ce faisant, par son comportement et ses choix, est devenue une menace pour la sécurité des Européens. En dépit de tous les efforts qui ont été faits par la France, mais aussi par l’Allemagne et les Etats-Unis. »

Après de tels propos, la guerre se justifie d’elle-même

The Economist: Maintenez-vous vos propos concernant un envoi éventuel des troupes au sol ?

Président Macron: Tout à fait. Comme je l’ai dit, je n’exclus rien, parce que nous avons face à nous quelqu’un qui n’exclut rien. 

CQFD : puisque, en face, est apparu un ennemi sans légitimité, une puissance définie par le rejet du « droit », alors on a le droit de s’y confronter. Le raisonnement est implacable.

Et alors autant le faire le plus tôt possible :

« Si les Russes devaient aller percer les lignes de front, s’il y avait une demande ukrainienne – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – on devrait légitimement se poser la question. »

C’est donc la décision de la guerre, qui sera prise mécaniquement (car de la « faute » des Russes), anonymement (car sous prétexte de la protection européenne en général).

Si l’on regarde avec intelligence le cours des choses, tout s’enchaîne avec méthode et cohérence. Cela ne veut pas dire qu’Emmanuel Macron sache ce qu’il fait, car la bourgeoisie ne pense pas. Il ne veut pas de la guerre, dira-t-il, si on lui demande personnellement, et il sera sincère dans sa réponse.

Mais l’Histoire est l’Histoire de la lutte des classes, et il n’est qu’un outil de la bataille pour le repartage du monde, de la bataille sino-américaine pour l’hégémonie.

A nous de lever le drapeau rouge contre l’hégémonisme et la guerre !

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Guerre

Le président tchèque Petr Pavel veut une aide militaire totale au régime ukrainien

Le pays est une semi-colonie américaine.

Si historiquement la Tchéquie est un bastion du Socialisme, le régime mis en place à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique se fonde sur un anticommunisme des plus virulents. On est dans l’hystérie anti-mouvement ouvrier, à tous les niveaux.

Si avant le conflit militaire en Ukraine, tout ça ne formait qu’un arrière-plan d’une pression idéologique ultra-agressive, désormais la fascisation est en place.

L’élection de Petr Pavel le montre bien. Cet homme qui a été élu président de la République tchèque le 28 janvier 2023 avec 58% des voix s’est ouvertement présenté comme un candidat militariste.

Il a été général, chef d’état-major général de l’armée tchèque entre 2012 et 2015, président du comité militaire de l’Otan de 2015 à 2018. C’est au titre de ce parcours qu’il s’est mis en avant comme l’homme de la situation.

Sa ligne est ainsi limpide. Dans une interview à l’Agence France Presse le 2 février 2023, il explique qu’il faut fournir tous les armements possibles au régime ukrainien, qu’il faut l’intégrer dans l’Otan.

« Je suis fier que mon pays ait été l’un des premiers à apporter une aide militaire significative à l’Ukraine. »

« En ce qui concerne les armes conventionnelles, je ne vois vraiment aucune raison de fixer des limites. L’Ukraine ne peut pas combattre un adversaire aussi dur sans des blindés, des drones, une artillerie et des missiles à plus longue portée, ni sans, peut-être, des avions supersoniques. »

« En termes d’accord sur les valeurs, d’intérêts stratégiques à long terme, d’interopérabilité technologique entre l’OTAN et l’armée ukrainienne, je pense que l’Ukraine a déjà rempli les conditions. »

Lors d’une interview la veille à l’Agence de Presse Polonaise, il expliquait la même chose, tout en soulignant la nécessité que l’Ukraine rejoigne l’Union européenne. Il a tenu le même discours à la BBC la semaine précédente.

C’est là agir en valet des États-Unis: il s’agit de faire en sorte que le boulet ukrainien, avec ses dettes et sa corruption, soit géré par l’Union européenne, pendant que la superpuissance américaine en profite comme colonie. C’est la manière américaine de passer par l’Union européenne pour privatiser les bénéfices et socialiser les pertes.

Le fait également que les Tchèques, culturellement les plus proches des Russes du côté slave, se laissent embarquer dans le bellicisme, en dit long. Si c’est ainsi en Tchéquie, c’est que dans les autres pays de l’est de l’Europe c’est encore pire.

Il n’y a que la Serbie qui se place en porte-à-faux, dans un mélange d’anti-impérialisme et de nationalisme. Cette situation met d’ailleurs les fascistes serbes dans une mauvaise position puisque toutes leurs relations dans les autres pays soutiennent Azov, le régime ukrainien, l’Otan…

C’est un aspect à saisir : si la Russie tombe, le capitalisme occidental se relance pour vingt ou trente ans, et tous les pays de l’est seront également totalement pacifiés politiquement, au même titre que les pays ouest-européens.

Voilà entre autres pourquoi il faut souhaiter la défaite de l’Otan, pour la déroute de l’Occident.

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Culture

Il y a cent ans apparaissait le mot « robot »

Le terme de robot est tiré d’une pièce de théâtre tchèque, dont la première a eu lieu le 21 janvier 1921.

Nous sommes dans les années 1920 en Tchécoslovaquie. Ce petit pays composé de Tchèques, de Slovaques et d’Ukrainiens est déjà perdu en Europe centrale. C’est en effet une république, dans une Europe centrale où il n’y a que des régimes autoritaires. La partie tchèque est puissamment développée, le capitalisme y est bien ancré. Le Parti Communiste aussi d’ailleurs et proportionnellement à sa population, il sera toujours le Parti Communiste le plus nombreux du monde. La question, c’est donc l’avenir du monde : capitalisme ou socialisme?

L’entrepreneur Tomáš Baťa avait son idée là-dessus : dans son building, sa pièce de travail de 6m2 était un ascenseur lui permettant d’accéder aux différents étages pour superviser. De son côté le président de la République Tomáš Garrigue Masaryk avait développé toute une philosophie libérale-démocrate-existentialiste. C’est dans ce contexte qu’a lieu à Prague le 21 janvier 1921 la première de la pièce de théâtre R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), écrite par Karel Čapek.

Ce dernier avait la même approche : le capitalisme permet la démocratie mais en même temps il y a le fascisme qui est une menace semblant en venir, pourtant le communisme n’est pas acceptable. C’était intenable et la Tchécoslovaquie sombrera dans le drame de la seconde guerre mondiale.

La pièce R.U.R. n’est guère fameuse en tant que tel, son scénario « anti-totalitaire » c’est-à-dire très violemment anti-communiste étant aussi caricatural que celui d’Orwell avec 1984. Une entreprise fabrique des robots, qui sont des humains artificiels. Car, naturellement, ces esclaves se révoltent, forment un bloc unifié et anéantissent l’humanité pour la remplacer. On est dans la peur du travail et du collectif, avec une appréhension de la machine remplaçant l’être humain. On connaît bien en France cette conception pétainiste-zadiste, dont le romantique français Georges Bernanos se fit l’écho dans La France contre les robots en 1947.

Là où les choses sont plus intéressantes, c’est que les robots ne sont pas des machines au sens mécanique, mais des copies d’êtres humains, comme les réplicants du film Blade Runner, au scénario s’appuyant sur R.U.R. Et l’inventeur de ces répliques d’êtres humains est monsieur Rossum – Rozum signifiant intellect en tchèque. Et, à la fin de R.U.R. certains robots découvrent l’amour et le dernier être humain leur confie le monde. C’est que l’œuvre est anti-science, mais considère que c’est en fait le capitalisme qui pervertit la science, même si en même temps le collectivisme est inacceptable pour qui veut maintenir l’esprit libéral.

On aura compris, l’œuvre reflète toute une époque… Qui est d’ailleurs encore la nôtre.

Le terme « robot » inventé pour la pièce a eu le succès qu’on connaît. Le mot a été inventé par le frère de l’auteur, l’artiste moderniste Josef Čapek, par ailleurs mort en camp de concentration pour son refus de l’occupation du pays par l’Allemagne nazie. Le mot « robot » se fonde sur le mot vieux slave rab, esclave, ainsi que sur le tchèque robota, travail forcé, avec une racine commune à la langue slave (rabotat signifie travailler en russe, robotnik signifie ouvrier en polonais et en slovaque, etc.).

Son succès mondial a été immédiat. Et la problématique aura une immense résonance dans l’Est de l’Europe. Il suffit de penser à la chanson The Robots de Kraftwerk où les musiciens ont leurs répliques robotiques, ou les réplicants du roman Solaris du polonais Stanislas Lem (et immortalisé par le film de Andreï Tarkovski). Le titre de l’album de Kraftwerk de 1978 est The Man-machine (pour la version en anglais et Die Mensch-maschine pour la version allemande) et rappelons qu’il existe une œuvre française ayant ce titre : L’Homme-machine écrit par le matérialiste français Julien Offray de La Mettrie en 1747.

C’est qu’on ne peut pas avoir peur des robots quand on est de gauche, car on sait qu’on est des robots – des robots naturels, mais des robots quand même. La prétention au libre-arbitre n’est qu’une fantasmagorie religieuse ou capitaliste post-moderne.

https://www.youtube.com/watch?v=5DBc5NpyEoo

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Culture

Les absurdes accusations de racisme à propos de Kingdom Come: Deliverance

Le jeu Kingdom Come: Deliverance a été victime d’une campagne l’accusant de racisme sous prétexte qu’on n’y trouve pas de personnages « de couleurs ». Cette polémique est une sorte de postface ridicule après les débats hystériques autour du mot-clef #gamergate en 2014. C’est une illustration très précise de comment les positionnements postmodernes ont littéralement pourris le camp des progressistes de l’intérieur et brouillent les pistes par rapport aux réactionnaires.

Quand on est à Gauche, lorsque l’on parle d’une œuvre culturelle, soit l’on considère qu’elle fait partie du problème, c’est-à-dire des choses qu’il faut changer dans la société, soit l’on considère qu’elle va dans le bon sens, c’est-à-dire qu’elle fait partie des choses positives aidant le monde à être meilleure.

Si nous avons mis en avant Kingdom Come: Deliverance dans une comparaison au jeu Red Dead Redemption 2, c’est précisément selon cette considération que le premier va dans le bon sens contrairement au second qui représente tout un tas de choses négatives.

Rien que le fait d’avoir fait un jeu réaliste selon une trame historique précise et détaillée, avec une interface de jeu aboutie, profonde, est un marqueur progressiste. C’est une volonté d’appartenir au champ des productions culturelles qui élèvent le niveau, qui sont intelligentes, qui relèvent du savoir et pas de la consommation passive et improductive.

En l’occurrence, ce jeu vidéo ne relève nullement du mysticisme pseudo-médiéval comme on le voit souvent dans les jeux vidéos ou dans la littérature moderne avec des dragons, de la magie et des histoires rocambolesques négligeant totalement la vie du peuple. C’est au contraire une œuvre présentant un moment d’histoire, les prémices de la constitution de la nation tchèque.

Il présente de manière très fine et précise l’arrière-plan ayant mené à des grands bouleversements sociaux et culturels dans les années qui ont suivi en Bohème, avec l’avènement de la réforme religieuse sous l’influence du prédicateur Jan Hus. Surtout, il le fait du point de vue du peuple, en présentant des villageois et des féodaux locaux comme des acteurs historiques à part entière, avec leurs propres contradictions mais aussi leurs exigences complexes, leur rapport à la foi et aux fléaux de l’époque.

La première quête est d’ailleurs très intéressante, présentant un conflit typique de l’époque avec de jeunes Tchèques s’en prenant à un Germain, puis le père du héros que l’on incarne lui faisant des remontrances contre leur attitude brutale en expliquant qu’il faut savoir utiliser sa tête pour convaincre plutôt que ses poings. Il explique ensuite que l’Empereur Charles VI roi de Bohème était un souverain comme on en voit tous les mille ans, car il a bâti la moitié de Prague, de nombreux châteaux, construit un pont au-dessus de la Vltava, fondé une université, le tout sans partir en guerre.

On l’aura compris, rien de très « fachos » là dedans, bien au contraire. Seulement voilà, cela n’intéresse pas les postmodernes qui n’ont rien à faire ni du peuple, ni de l’Histoire.

Ils ne sont bons qu’à lancer des polémiques stériles en accusant à tort et à travers les gens de tous les maux, avec un catalogue d’« oppressions », de « phobies » et de « -isme » qu’ils agrandissent chaque jour.

C’est quelque chose d’absolument terrible, qui détourne sans-cesse des combats démocratiques pour les enfoncer et les noyer avec cette rengaine de l’« inclusion ».

C’est un phénomène très répandu aux États-Unis qui existe également en France. L’écriture « inclusive » en est le dernier avatar. Cela fait beaucoup de mal à la Gauche et contribue largement à l’éloigner des classes populaires, qui souvent ne supportent pas cela.

C’est précisément là que se situe le cœur de cette grande polémique dans le monde du jeu vidéo autour du mot-clef #gamergate en 2014. Tout un tas de gens se sont mis à critiquer des « Social Justice Warriors » devenus de plus en plus insupportables, imposant des points de vue universitaires par en haut, de manière non-démocratique.

Une histoire de copinage faisant scandale est à l’origine de l’emballement, mais cela n’était qu’un prétexte à une grande et virulente critiques des féministes postmodernes et de leur rhétorique « queer » et « LGBT », faisant le jeu des réactionnaires.

Cela a pris une telle ampleurs que des femmes et des afro-américains ont à leur tour affirmé le mot-clef #Notyourshield (pas votre bouclier), se sentant pris en otages par les postmodernes s’acharnant contre les « mâles blancs cisgenres ».

Le directeur créatif du jeu Daniel Vávra est connu pour avoir été un partisan actif du #gamergate, assumant donc cette critique des postmodernes. Il a été traité de «facho » car il disait beaucoup de choses à l’époque sur Twitter, comme :

« L’avenir de notre industrie [du jeu vidéo] est en jeu et les médias « progressistes » le détruisent avec leur récit plein de haine. »

Cependant, il n’est pas un « facho », et il a pu l’expliquer à des gens ayant pris la peine de l’écouter :

« La différence entre nous, apparemment, c’est que je me qualifie peut-être même de « progressiste », car nous essayons de réaliser beaucoup de choses sur lesquelles vous écrivez. Mais j’essaie d’y parvenir par différents moyens. »

Pourtant, ce sont précisément ces médias dit « progressistes » qui l’ont attaqué en disant qu’il y avait un choix raciste de ne pas « inclure » de personnages qui ne seraient pas « blancs » dans Kingdom Come: Deliverance.

En France, cela a été relayé par un article surréaliste du site Numerama qui conclue :

« Mais, s’il est effectivement possible que tous les habitants d’une aire de jeu de 9km² soient blancs, il serait peut-être judicieux d’assumer qu’il s’agit là d’un arbitrage créatif et non historique. Alors certes, être libre de s’exprimer, c’est aussi être libre de mentir — et d’en subir les conséquences. »

Cela n’a bien sûr aucun sens, ne sert aucune cause démocratique et présente d’ailleurs des « arguments » qui contredisent eux-mêmes la thèse du « choix » raciste.

Il est au passage complètement hallucinant de constater que ces gens de Numerama ne semblent même pas se rendre compte qu’ils sont eux-mêmes tous « blancs ». Sur les 27 photos de la page de présentation de l’équipe, on ne voit aucune personne de « couleur », alors qu’ils sont à Paris en 2018 et pas dans les campagnes d’Europe centrale en 1403.

Daniel Vávra a eu beau expliquer son point de vue à plusieurs reprises, cela n’a rien changé pour la simple et bonne raison que les accusations ne sont pas rationnelles.

Ses arguments sont pourtant tout à fait corrects, et suffisent pour n’importe quelle personne rationnelle à comprendre qu’il n’y a aucun racisme ni « choix » spécifique contre les gens de « couleur ». En voici un extrait issu d’un article très intéressant du magazine kotaku, pourtant à l’origine plutôt hostile à Daniel Vávra :

«Notre jeu n’est pas encore terminé, mais ces personnes savent déjà que ce sera raciste, car nous avons dit qu’il n’y aurait pas de gens de couleur dans la Bohême du XVe siècle »

« Peu importe que nous écrivions une histoire traitant de sujets très sensibles et controversés comme la haine entre les Tchèques et les Allemands, l’antisémitisme ou le fanatisme religieux. Peu importe que nous soyons le premier jeu sur la culture et l’histoire tchèques. Ce n’est pas assez ! Nous devons couvrir tous les problèmes de tous les peuples du monde avec ce jeu unique, sinon nous sommes très mauvais. Et c’est A – impossible, B – insensé, C – stupide. Cela m’a pris des années de stress, de travail acharné et de risques pour pouvoir enfin créer un jeu que j’ai toujours voulu faire et que je ferai comme je veux. Si vous voulez quelque chose, faites-le vous-même. Mais ce n’est pas aussi facile que d’aboyer sur les autres. »

C’est très bien répondu, et pas du tout raciste.

En fait, c’est précisément la polémique contre Kingdom Come: Deliverance qui relève du racisme. C’est une hystérisation des questions ethniques, une focalisation raciste sur la couleur de peau des gens.

Le point de vue progressiste est au contraire de dire que cela n’importe peu : une femme « noire » n’aura aucun mal à se reconnaître dans le personnage du jeu même s’il est un homme « blanc », car l’histoire de l’humanité est une et universelle.

Il suffit d’ailleurs simplement de regarder la jeunesse dans ses rapports sociaux habituels et simples pour comprendre tout de suite que la couleur de peau est une chose vraiment pas importante dans la vie de tous les jours, ou en tous cas pas plus que la couleur des cheveux et des yeux.

Le plus terrible dans cette affaire est que les postmodernes, qui ne sont pas des progressistes, se sont focalisé sur la question des gens de « couleurs » et sont passé à côté de ce qu’est réellement ce jeu, de sa charge anti-réactionnaire et de sa dimension universelle.

Ils n’ont pas vu cette scène d’une grande tendresse avec un chien lorsque le héros retourne dans son village ravagé au début de l’histoire. Ils n’ont pas été capables de remarquer cette référence très subtile dans la quête du monastère au grand penseur persan que fut Avicenne, dont un livre est caché dans une armoire par des fanatiques religieux qui ne veulent pas qu’il soit lu.

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Jeux vidéos : Read Dead Redemption 2 ne vaut pas un Kingdom Come: Deliverance

Le jeu vidéo Read Dead Redemption 2 sortie la semaine dernière rencontre un immense succès commercial et critique. Un titre comme Kingdom Come: Deliverance, sortie en début d’année, présente pourtant un intérêt bien plus grand mais n’intéresse pas grand monde. Nous vous proposons un comparatif entre ces deux jeux de rôle historiques en monde ouvert.

RDR2 – Une facilité déconcertante

Dans Read Dead Redemption 2 (RDR2), on incarne un bandit évoluant dans un environnement typique des westerns. Une intrigue tout à fait banale sert de fil conducteur au déclenchement de quelques missions très scénarisées, comme dans GTA.

La direction artistique et la réalisation technique encensées par quasiment tout le monde sont bien sûr réussies, ou en tous cas conformes aux attentes. Cependant, le jeu en lui-même ne présente que très peu d’intérêt.

Il est d’une facilité déconcertante, avec en plus une jouabilité très mauvaise de par le nombre de touches qu’il faut sans cesse utiliser sans que cela ait une justification pratique.

KCD – Un jeu vidéo pour adultes

Tel n’est pas le cas de Kingdom Come: Deliverance (KCD) qui lui est un véritable jeu vidéo pour adultes, nécessitant un apprentissage technique de ses mécanismes complexes ainsi qu’une réflexion et une implication intellectuelle importante.

Ce dernier a été produit par le studio tchèque Warhorse et propose d’incarner l’ascension d’un jeune villageois de Bohème en 1404. S’il a beaucoup déçu à sa sortie par un nombre ahurissant de bugs qui n’ont été corrigés qu’avec une première mise à jour, sa réalisation est satisfaisante et surtout, le système de jeu est très élaboré et abouti.

C’est un peu l’inverse de Read Dead Redemption 2 dans lequel les ennemis sont immensément nombreux mais aussi absolument inutiles puisqu’il y a un système de visée automatique qui se charge de verrouiller les cibles et qu’il n’y a qu’à appuyer sur un touche pour tirer en masse.

Les combats sont au contraire très intenses et complexes, au point qu’il est quasiment impossible au début de la partie de venir à bout de deux ou trois ennemis qui auraient une armure.

RDR2 – Un arrière-plan décadent et réactionnaire

C’est une toute approche que proposent les studios Rockstar Games. En dehors des récurrentes fusillades, il suffit de suivre des chemins tout tracés et d’appuyer parfois sur un bouton indiqué à l’écran, ici pour ouvrir un tiroir, là pour apaiser un cheval, etc. L’expérience proposée n’est qu’une immersion passive où tout a lieu automatiquement, avec un arrière-plan culturel décadent et profondément réactionnaire.

Arthur Morgan, le personnage, vit au sein d’une bande dans des camps temporaires et isolés, à la manière de « zadistes » refusant le monde moderne et faisant de leur délinquance une posture romantique. C’est dans la continuité du premier opus (dont ce second est un prequel) où l’on incarnait l’un de ces membres en quête de rédemption. Il fallait à un moment travailler pour les révolutionnaires mexicains tout en servant les dirigeants de la dictature militaire avec la posture nihiliste d’un rebelle sans cause.

Ce nouvel épisode pousse encore plus loin cet aspect contre-révolutionnaire, en glorifiant à l’envi la posture du cowboy américain au-dessus de tout et de toutes valeurs, dont Donald Trump est le parfait avatar moderne. Le travail ouvrier est considéré comme une perte de temps par rapport à la truanderie. La représentation caricaturale de la zone industrielle de Saint-Denis (qui est une reproduction miniature de la Nouvelle-Orléans à l’époque), bien que très joliment réalisée, appuie cette vision du monde réactionnaire.

KCD – Un contexte historique riche et détaillé

Dans Kingdom Come: Deliverance par contre, le travail et les activités manuelles du peuple sont mis en scène très régulièrement et sont présentés d’une manière positive, à commencer par le travail de mineurs qui est indirectement au cœur de l’intrigue. Les truands vivant en camp à l’extérieur de la société sont au contraire présentés de manière très critique et sont des ennemis qu’il faut affronter durement.

Surtout, l’arrière-plan culturel de cette aventure médiévale est l’avènement d’un grand bouleversement social en Bohème qui débouchera sur la révolution taborite, c’est-à-dire une guérilla pour établir l’égalité sociale et le collectivisme.

Sans en dévoiler le contenu, il faut évoquer ici la quête intitulée « Les voies impénétrables » où l’on rencontre un prêtre adepte des prêches de Jan Huss, figure historique à l’origine du protestantisme, qui est d’une finesse et d’une légèreté humoristique absolument réjouissantes.

L’épisode du monastère est lui aussi très intéressant, non seulement en termes de jeu, d’autant plus qu’il est difficile à finir avec une vraie enquête à mener pour s’en sortir, mais aussi de par sa puissante critique progressiste de l’Église.

Cette bande annonce met en perspective la scène du monastère par rapport à la vie du personnage en dehors :

La question du réalisme

Rien de tout cela dans le western virtuel, pourtant présenté par de nombreuses personnes comme étant extrêmement réaliste. Cela est censé justifié certaines lenteurs ou certains aspects peu intuitifs. Sauf que le personnage peu supporter des dizaines de balles dans son corps avant de s’écrouler, à moins de manger une boite de conserve en plein combat pour se régénérer…

Le réalisme, si c’est cela qui est recherché, est beaucoup plus présent dans le jeu médiéval tchèque où, par exemple, des blessures au combat peuvent entraîner une hémorragie mortelle après la victoire, à moins d’êtres soignées par un bandage, qu’il faut bien sûr avoir en sa possession au préalable et qui ne peut pas être utilisé en plein combat.

RDR2 – Une superproduction de l’industrie du jeu vidéo

En fait, les commentaires à propos de Read Dead Redemption 2, qui bat des records de vente, relèvent presque systématiquement de la même béatitude sans aucun esprit critique. C’est la soumission volontaire à une superproduction de l’industrie du jeu vidéo qui en met plein les yeux, avec une stratégie commerciale bien rodée mais un contenu très pauvre.

Il est d’ailleurs très cocasse de voire le site du journal Le Monde participer de plain-pied à cet « engouement », alors qu’il n’a jamais été parlé du titre tchèque, sauf de manière anecdotique pour relayer une accusation raciste absurde, reprochant le fait qu’il n’y ait que des « blancs » dans une histoire se déroulant en Bohème aux XVe siècle !

KCD – Une expérience de jeu très complète

Kingdom Come: Deliverance propose une véritable expérience de jeu avec de multiples façons de remplir les quêtes suivant son approche et le hasard des situations. Il faut toujours être attentif aux dialogues pour ne pas être perdu ou bien débusquer ce qui relève de la filouterie. Il appartient au joueur de développer la personnalité de son personnage, Henry, de manière très complexe, et pas seulement en étant « bon » ou « méchant ».

On peut par exemple choisir d’apprendre à lire, développer son éloquence, ne jamais manger de viande, ne jamais se gaver, acheter et entretenir ses propres biens plutôt que de pratiquer le vol et le recel, prendre en compte la façon dont on est habillé suivant les situations. De plus, il faudra nécessairement se spécialiser dans le maniement d’une arme en particulier, car il est très compliqué de les maîtriser toutes.

Il est en tous cas indispensable de développer les aptitudes de son personnage, non-pas pour des raisons cosmétiques mais parce que cela conditionne directement la réussite des quêtes. Même une personne habituée et habile aux jeux vidéos se retrouvera à un  moment coincée si elle n’a pas pris le temps de s’entraîner concrètement aux techniques de combat avec un entraîneur.

Conclusion

Culturellement, la perspective offerte par Kingdom Come: Deliverance est bien plus intéressante, instructive et réjouissante que celle proposée par Red Dead Redemption 2. À moins de trouver cela satisfaisant de simplement jouer au cowboy dans un décor virtuel comme le ferait un enfant.

 

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21 août 1968 : l’invasion de la Tchécoslovaquie à l’initiative de l’URSS

Il y a cinquante ans, le 21 août 1968, la Tchécoslovaquie connaissait un coup de poignard dans le dos par l’invasion des troupes soviétiques, polonaises, hongroises, bulgares et est-allemandes, avec 400 000 hommes, plus de 6000 chars et 800 avions.

C’était le second assassinat de ce pays après les accords de Munich de 1938, qui donnait le champ libre aux armées hitlériennes pour dépecer le pays. Il ne s’en remettra jamais et lorsque le bloc soviétique s’effondrera, il se divisera en République tchèque et en Slovaquie, sans aucun référendum, sur la simple décision des gouvernants.

Tel était la conséquence de l’asséchement de toute démocratie en Tchécoslovaquie à la suite de l’invasion décidée par l’URSS afin de briser le « Printemps de Prague », dont l’une des figures principales fut Alexander Dubček. Ce mouvement de vaste libéralisation économique et culturelle, en vue d’un « socialisme à visage humain » au moyen d’une ouverture à l’économie de marché, présentait le risque pour l’URSS d’un affaiblissement de sa domination pratiquement coloniale organisée de manière systématique dans les années 1960.

Avec l’invasion, la Tchécoslovaquie devenait directement une colonie soviétique.

Le « Printemps de Prague » était la conséquence directe d’une très longue tradition démocratique en Tchécoslovaquie. Non seulement ce pays avait été le premier où le protestantisme émergeait en possédant une telle base populaire qu’il s’ensuivra des révoltes paysannes bousculant toute l’Europe centrale, avec les « hussites », mais qui plus est il était une république très développée économiquement dans les années 1920 à la suite de l’effondrement austro-hongrois, dont le président Tomáš Masaryk était un symbole connu en Europe alors.

Sa révolution de 1948 en fit le modèle des « démocraties populaires » et en rapport à la population, le Parti Communiste était numériquement le plus puissant du monde.

Il était évident qu’aucune intervention extérieure ne pouvait écraser cette longue tradition et, en pratique, les troupes restantes après août 1968 vécurent entièrement à l’écart d’une population hostile à son encontre.

Les conséquences historiques furent également immenses dans l’Europe de l’est. Les populations slaves voyaient toujours d’un œil favorable la Russie, même si elle était tsariste, d’où souvent la reprise des couleurs panslaves, dans la foulée du congrès panslave de Prague en 1848. Par la suite, le prestige de l’URSS était immense et servait de ferment fédérateur.

L’intervention de l’URSS dans les années 1960 et la politique russe agressive a anéanti tout ce patrimoine et réactivé la balkanisation de l’ensemble des pays de l’est européen.

Il n’est pas un pays qui n’a pas de soucis frontaliers ou de population avec son voisin, les nationalismes sont outranciers et parfois radicalement expansionnistes ; la haine des peuples entre eux est très largement cultivée par les dominants.

C’est aussi une conséquence de la perte du gigantesque prestige qu’avait l’URSS après 1945 à la suite de l’invasion de la Tchécoslovaquie, un pays historiquement et culturellement d’ailleurs extrêmement proche des Russes qui plus est.

L’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968 a eu un impact très conséquent sur la Gauche française. Pour la gauche anticommuniste, c’était la preuve que l’URSS avait une nature mauvaise à la base ; pour la gauche maoïste, c’était la preuve que l’URSS avait changé de nature et était devenue un « social-impérialisme ».

Pour le PCF, cette histoire devait être passée sous silence le plus vite possible en raison des larges oppositions internes apparues alors au sujet de l’invasion : en pratique, c’est le début de son déclin, surtout après sa position vigoureusement opposé aux étudiants et aux grèves dures en mai et en juin 1968.

Pour les anarchistes et les trotskistes, le « Printemps de Prague » formait une révolution manquée de plus, à ajouter à la panoplie romantique des causes censées avoir été trahies.