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L’Assemblée nationale vote l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN

Le camp du bellicisme est totalement dominant en France.

Ce 2 août 2022, dans le plus grand silence médiatique, s’est tenue à l’Assemblée nationale la « discussion du projet de loi autorisant la ratification du protocole au Traité de l’Atlantique Nord sur l’accession de la République de Finlande et la ratification du protocole au Traité de l’Atlantique Nord sur l’accession du Royaume de Suède ».

Il ne s’agit bien entendu pas d’une discussion, mais d’un moment où chaque groupe parlementaire exprime son opinion tout en nuances par rapport à ce qui est considéré comme déjà acquis. Personne n’a ainsi dénoncé l’OTAN ; il y a ceux pour, ceux pour d’une autre manière, ceux qui pensent qu’on aurait pu ou dû faire différemment. Cela s’arrête là et en deux heures l’affaire a été pliée, prolongeant le même vote au Sénat le 21 juillet 2022, après la mise en place du projet de loi par le gouvernement et l’aval immédiat par le Conseil d’État, les 12-13 juillet.

Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères, a présenté cette adhésion comme un « grand réveil stratégique ». Elle a souligné le parallèle entre l’OTAN et l’Union européenne ; elle a affirmé que pour la période intermédiaire jusqu’à l’adhésion (puisque tous les pays membres doivent signer leur accord), la Finlande et la Suède seront « protégés ».

Catherine Colonna a d’ailleurs à ce niveau prétendu que la Finlande et la Suède seraient en « rupture » avec leur neutralité précédente. Cela n’est pas du tout vrai. En réalité, la Suède faisait comme la Norvège en agissant comme pays pseudo « neutre » pour servir d’intermédiaires, notamment lors de l’établissement d’accords de paix ou de l’accueil et l’intégration d’opposants politiques fuyant leurs pays (et rompant en pratique ainsi avec ceux-ci).

Et sur le plan militaire, la Finlande et la Suède sont organisées depuis longtemps avec l’OTAN, même si de manière non officielle. Il faut bien comprendre que l’OTAN exige une correspondance à haut niveau sur le plan du matériel et de bonnes relations pratiques. Tout cela est déjà mis en place depuis longtemps déjà. Si ce n’était pas le cas, jamais l’adhésion n’aurait pu avoir lieu de manière aussi rapide !

Catherine Colonna a d’ailleurs bien été obligée de dire qu’effectivement les armées finlandaise et suédoise disposaient déjà d’une vaste interopérabilité avec les forces de l’OTAN. L’adhésion ne fait que tomber les masques.

Bien entendu, cela implique d’autant plus de dénoncer la Russie comme seule fautive, l’OTAN étant soit disant seulement défensive. C’est Jean-Louis Bourlanges, rapporteur de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale et membre du Modem (et donc de la majorité présidentielle), qui s’est chargé de tenir un discours violemment agressif à ce sujet. « Pour l’OTAN c’est l’heure du réveil », « L’Amérique est de retour »… En avant, marche !

Après cette introduction, les intervenants de chaque groupe ont parlé… cinq minutes.

Tematai Le Gavic a parlé le premier, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine (mis en place par le PCF), sans vraiment le dire puisqu’il a parlé en fait en quelque sorte de la NUPES en général, lui-même étant un indépendantiste polynésien (de 21 ans) rattaché au groupe du PCF (groupe lui-même membre de la NUPES). Il a tenu un discours sympathique et n’allant pas loin, il a dit qu’il fallait plus de diplomatie, moins de guerre et que par conséquent… Les députés NUPES voteront soit contre, soit s’abstiendront.

Comme lui-même est député de la Polynésie française, il a d’ailleurs justement un petit discours sur les armes atomiques (de par les tests français dans la région), ce qui est censé suffire pour apparaître comme « positif ».

Après lui, le centriste « neutre » Stéphane Lenormand et Natalia Pouzyreff, de la majorité présidentielle et même du parti gouvernemental (« Renaissance »), ont tous les deux souligné l’importance d’une « Europe de la Défense », la seconde mettant en valeur les sanctions contre la Russie, qui seraient efficaces.

Après cela, Laurent Jacobelli, du Rassemblement National, a dit qu’il faudrait bien discuter avec la Russie, qu’il ne fallait pas suivre les impérialismes russes et américain, que l’Union européenne était une bureaucratie, que l’adhésion de la Finlande et de la Suède étaient trop précipitée. Il est resté somme toute très mesuré, comme son parti et Marine Le Pen depuis le début de la guerre.

Aurélien Saintoul, de La France Insoumise, a pris la parole après eux, et a directement commencé en dénonçant la Russie, son invasion et les crimes commis dans la foulée, reprenant donc à son compte le discours dominant.

Puis il a expliqué qu’il fallait partir du point de vue des intérêts français. Il a alors expliqué que tout était très compliqué, bref il a fait de la géopolitique, en disant qu’il fallait faire autre chose. C’est la ligne réelle de Jean-Luc Mélenchon et de La France Insoumise : la France doit être une sorte de capitalisme impérial à vocation sociale et trouvant une place idéale en jouant sur la carte du « monde multipolaire ». La preuve de cela, c’est qu’il n’y a aucune dénonciation de l’OTAN et cela montre bien la nature de La France Insoumise.

Michèle Tabarot, de la Droite traditionnelle avec Les Républicains, a expliqué que son groupe soutenait l’adhésion, et voilà tout.

Frédéric Petit, du Modem et Indépendants, donc de la majorité présidentielle, a dénoncé « l’impérialisme moscovite », reprenant le discours ukrainien qu’il n’y a pas de Russie, mais simplement une « Moscovie », lui-même utilisant le terme.

Ce député a également parlé de la région qui lui tient à cœur et qui allait « de la mer Baltique à la Mer Noire », ce qui est le discours historique de l’expansionnisme polonais de Pilsudski des années 1930. Et on comprenne qu’elle lui tienne à cœur, cette région, puisqu’il a été employé dans l’Est européen par Consolis, « groupe industriel européen du secteur de la construction , des travaux publics et de l’infrastructure ferroviaire, spécialisé dans la conception d’ouvrages et de bâtiments hautes performances en béton ».

Alain David, pour les socialistes, a grosso modo présenté le soutien à l’adhésion de la Finlande et de la Suède comme inévitable, et a appelé à la mise en place d’une « armée européenne » représentant l’Union européenne.

Sa prise de parole a été suivie par celle de Jean-François Portarrieu, du groupe Horizons et apparentés (Horizons est un parti de la majorité présidentielle, fondé par l’ancien premier ministre Édouard Philippe), qui a dit la même chose sur la nécessité d’une armée européenne.

A suivi Cyrielle Chatelain, d’Europe Écologie Les Verts, qui a bien entendu soutenu l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, dénonçant la Russie en reprenant tous les arguments de la propagande ukrainienne et américaine. Elle a appelé à une Europe de la Défense où l’armée française, fort de son ampleur, jouerait un rôle central, ce qui permettrait de mieux défendre les zones d’influence françaises !

C’est Emmanuelle Ménard (dont le mari est Robert Ménard, maire de Béziers) qui a conclu, c’est une souverainiste (députée de Béziers) et ce qu’elle a dit n’était pas clair du tout.

On se rappellera ici que la Turquie a dit qu’elle accepterait l’adhésion de la Finlande et de la Suède s’il y a expulsion de gens considérés comme terroristes. Ce thème a été repris par Jean-Louis Bourlanges (le rapporteur de l’assemblée), Aurélien Saintoul (de LFI), Michèle Tabarot (LR), Alain David (PS) et Cyrielle Chatelain (EELV) afin de dénoncer très violemment la Turquie. Jean-Louis Bourlanges a ouvertement expliqué que la Turquie attaquerait la Syrie et la Grèce, mais sans doute pas encore de par le climat actuel.

La guerre avec la Turquie est clairement un leitmotiv à l’arrière-plan de la vie politique française.

Il y a eu après ces interventions un vote rapide, à main levée, pour les articles, s’ils sont à modifier. Ont suivi alors des « explications de vote ».

Jean-Paul Le Coq a pris la parole le premier, au nom du groupe mis en place par le PCF. La première chose qu’il a mis en avant c’est… la solidarité avec l’Ukraine, et le soutien aux « résistants ukrainiens » sur le terrain ! Il a appelé à la paix et a expliqué qu’il faudra à l’avenir une zone démilitarisée à l’Est de l’Europe.

Mireillee Clapot, du parti présidentiel Renaissance, a directement dit que l’Union européenne c’était le politique et le social, l’OTAN le militaire.

Nadège Abomangoli, de La France Insoumise, a regretté l’époque où la Finlande et la Suède étaient (soit disant) non-alignés et d’excellents « médiateurs », mais leur choix de rejoindre l’OTAN revient au Poutine qualifié de « criminel ». Elle a également dénoncé longuement le régime turc. Elle a ensuite prôné de manière assez confuse un monde « multipolaire ».

Jean-Louis Thiérot, de la Droite traditionnelle avec Les Républicains, a dénoncé l’agresseur russe, menace collective pour la sécurité européenne.

Frédéric Petit, du Modem et Indépendants, a repris la parole, pour expliquer que la Russie souffre des sanctions, et que de toutes façons « l’impérialisme moscovite » est le même depuis deux cents ans. Ce fou furieux représente vraiment la fraction la plus agressive visant au démantèlement de la Russie et à ce titre il faudra suivre ses délires, car plus il aura du poids, plus cela voudra dire que le bellicisme le plus dangereux prend le dessus.

Guillaume Garot, des socialistes, a simplement dit qu’il y avait une nouvelle géopolitique à la suite de l’invasion russe, et que les socialistes voteraient l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN.

Hubert Julien-Laferrière, d’EELV, a dénoncé la Russie et mit en valeur l’idéologie de l’Union européenne.

Enfin, un peu avant 23h30, il y a le vote, avec 308 votants, 255 suffrages exprimés, 209 voix pour, 46 contre.

L’Assemblé nationale a voté pour la Finlande et la Suède dans l’OTAN. Aucune voix n’a dénoncé l’OTAN comme une entreprise belliciste, personne n’a dénoncé la fourniture d’armes, de matériel et d’argent à l’Ukraine par la France et l’Union européenne. Tout passe comme une lettre à la poste, avec La France Insoumise et le PCF servant de faire-valoir au régime, faisant beaucoup de bruit au sujet du social, tout en ne remettant en rien en cause du fond même du régime français, de son capitalisme, de sa marche à la guerre.

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Guerre: le Sénat va voter l’extension de l’OTAN à la Finlande et la Suède

Les sénateurs français vont ratifier l’élargissement du bloc américain.

La guerre pour le repartage du monde est l’actualité des grandes puissances et les parlements sont mobilisés pour accompagner le mouvement. Chaque pays membre doit en effet approuver l’extension de l’alliance militaire atlantique et cela se fait en général par une loi.

En France, le Parlement doit voter un projet de loi autorisant le gouvernement à ratifier le traité d’accession de la Suède et de la Finlande à l’OTAN. C’est le Sénat qui ouvre le bal avec une séance prévue le 21 juillet. Ensuite, ce sera au tour de l’Assemblée nationale de boucler la boucle avec un vote prévu le 2 août, pour une ratification du projet de loi immédiatement dans la soirée.

Pas de temps pour le débat démocratique donc. On peut d’ores et déjà se douter que cela va passer comme une lettre à la poste, tellement personne en France n’est capable de s’opposer à la guerre et à l’affrontement mondial entre la superpuissance américaine et sa concurrente chinoise qui se profile.

L’OTAN met la pression, en expliquant que pour l’entrée de la Macédoine du Nord le processus avait pris 12 mois et qu’il s’agit cette fois d’aller encore plus vite. C’est qu’il faut battre le fer anti-russe tant qu’il est chaud, avant que l’Ukraine n’ait déjà perdu la guerre.

En attendant, la Finlande et la Suède bénéficient du statut d’invité de l’OTAN, alors que dans les faits ces pays sont déjà très proches de l’OTAN depuis longtemps, techniquement parlant. Il n’y a par contre qu’après la validation de leur intégration par les 30 pays membres que ces nouveaux pays seront engagés par l’article 5 de la Charte de l’OTAN qui oblige à la mobilisation de chacun des membres en cas d’attaque.

Des « garanties » en amont avant la demande d’adhésion ont cependant été fournies par la superpuissance américaine et le Royaume-Uni.

Il ne faut pas être dupe quant aux prétentions défensives de l’OTAN. Cet élargissement est un pas de plus vers la guerre mondiale, c’est une manœuvre d’alliance pour préparer l’affrontement avec la Russie, puis la Chine. Et c’est une manœuvre américaine, bien entendu, car l’OTAN est un outil de puissance pour les États-Unis.

D’ailleurs, en vérité, les pays membres de l’OTAN ne sont là que pour enregistrer formellement la volonté américaine. En dernier lieu, c’est le gouvernement des États-Unis qui décide, toutes les ratifications doivent lui être notifiées avant d’être validées définitivement par lui.

Les pays candidats quant à eux auront dû déposer leurs « instruments d’accession » directement auprès du Département d’État américain, l’équivalent d’un ministère des Affaires étrangères.

Il est donc demandé au Parlement français de se plier à cette volontés américaine d’extension de l’OTAN aux pays baltes. Ceux-ci vont s’exécuter, de manière naturelle. C’est une expression du rapport de forces entre grandes puissances, dans le cadre de la tendance à la guerre.

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La Finlande et la Suède lancent leur adhésion à l’OTAN, l’Allemagne se lance

Les trente pays membres doivent valider leur candidature.

Le 4 juillet 2022, des négociations ou plus exactement de pseudos-négociations ont eu lieu entre l’OTAN, supervisé par sa secrétaire générale adjointe pour les affaires politiques et la politique de sécurité, l’Allemande Bettina Cadenbach, et le ministre finlandais des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, le ministre finlandais de la Défense, Antti Kaikkonen, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Ann Linde.

Puis, le 5 juillet 2022, les demandes formelles d’adhésion ont été formellement acceptées, la Turquie ayant accepté ces demandes en l’échange d’une cessation des interventions nordiques dans sa zone d’intérêt, l’accord ayant été mis en place sous la forme d’un memorandum. Il y aura notamment 73 personnes désignées comme terroristes par la Turquie qui seront expulsés pour être jugés par elle.

Désormais, les trente pays membres de l’OTAN doivent chacun donner leur accord pour les deux adhésions, ce qui ne sera qu’une formalité. La Finlande deviendra alors une nouvelle ligne de front où l’affrontement ne pourra qu’être cataclysmique. Cela ne dérange naturellement pas la superpuissance américaine qui réussit ici son coup de transformer le continent en poudrière.

Il est vrai que, de toutes façons, la Finlande et la Suède étaient déjà enserrées dans l’OTAN ; en ce sens, l’intégration militaire des armées des deux pays dans les protocoles d’OTAN ne sera qu’une formalité, car c’était déjà le cas. La non-appartenance de ces deux pays à l’OTAN était une fiction à la fois diplomatique et pour l’opinion publique intérieure. Personne de sérieux ne peut être dupe à ce sujet.

Juste au même moment, à l’occasion de son centième jour de commandement de la marine allemande, le vice amiral Jan Christian Kaack a affirmé que :

« De mon point de vue, la mise en place à court terme d’une expansion efficace de l’arsenal naval dans la région de la mer Baltique est l’étape décisive et nécessaire pour améliorer la disponibilité opérationnelle de la flotte à long terme et à l’avenir. »

Cela signifie que l’Allemagne reprend ses ambitions impériales, la Baltique étant sa zone traditionnelle d’influence historiquement. On est là dans une véritable mobilisation qui ne vise pas autre chose que la guerre pour le repartage du monde. Il est considéré qu’une alliance générale peut permettre de faire tomber la Russie, et si l’Allemagne a hésité au départ, désormais elle se lance de toutes ses forces. La guerre germano-russe, impossible encore à imaginer il y a six mois, de par l’espoir allemand d’un bloc Paris-Berlin-Moscou pour tirer son épingle du jeu, apparaît désormais comme inévitable.

On nage en plein cauchemar et chaque poussée de fièvre s’accompagne désormais immédiatement d’une autre poussée, le tout formant une vaste vague nous conduisant à la guerre, le tout s’entremêlant. Le capitalisme n’a pas du tout de compréhension de ce qu’il fait, mais il avance inexorablement vers la guerre, irrésistiblement attiré vers elle en raison du besoin des grandes puissances de procéder en leur faveur à une redivision du monde.

Il faut néanmoins voir comment vont réagir les masses finlandaise et suédoise, car il existe dans ces deux pays une immense tradition ouvrière. Elle est bien entendu terriblement affaiblie comme partout dans le monde, elle n’en reste pas moins bien présente. Il est vrai également que le nationalisme est omniprésent dans ces deux pays, ayant contaminé l’ensemble des gens, même si souvent sous une forme allégée dans la forme.

Ces deux pays vont en tout cas connaître d’immenses bouleversements à court terme, car ils sont en première ligne dans le prochain conflit contre la Russie. Il faut que le militarisme se systématise – il est vrai que la Suède a réinstauré le service militaire en 2018 déjà, alors que la Finlande est une armée se voulant ancrée dans la population : le pays a moins de six millions d’habitants mais 1,2 million de réservistes, soit autant que la Russie.

Tout cela met d’autant plus la Russie sous pression… renforçant l’engrenage devenant inarrêtable à moins d’un bouleversement dont on ne voit nullement l’horizon. La bataille contre la guerre va être difficile et il faudra pourtant bien la gagner !

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L’opposition turque à l’intégration de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN

La question kurde est ici la clef.

Le 18 mai 2022, la Finlande et la Suède ont fait part de leur demande d’intégration dans l’OTAN, dans le cadre d’une petite cérémonie au siège de l’OTAN à Bruxelles, avec Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, Klaus Korhonen, l’ambassadeur de la Finlande auprès de l’OTAN, et Axel Wernhoff, l’ambassadeur de Suède auprès de l’OTAN.

On en est pourtant au point mort depuis, en raison de la farouche opposition turque à une telle adhésion. La raison, présentée ouvertement par le président turc Recep Tayyip Erdogan, est le soutien de la Suède aux forces séparatistes kurdes en Turquie. La Finlande est également considérée comme pratiquant une vraie mansuétude à l’égard de ceux-ci, mais la Suède est considérée comme pratiquant un soutien structurel.

Par forces séparatistes kurdes en Turquie, on parle bien entendu du PKK, mais également du PYD présent en Syrie, qui applique la même idéologie « municipaliste » que le PKK et contrôle la zone appelée le « Rojava ». Le Rojava est particulièrement mis en avant dans les milieux anarchistes français depuis plusieurs années, ce serait un modèle de « révolution ».

De manière plus sérieuse, les forces kurdes pratiquent un agenda nationaliste pragmatique, cherchant à trouver une voie pour s’affirmer nationalement dans un imbroglio régional datant d’un siècle. Le « municipalisme » n’est qu’une variante idéologique pour proposer une décentralisation utile aux Kurdes, qui n’ont pas les moyens d’obtenir leur indépendance, eux-mêmes étant d’ailleurs divisés historiquement dans plusieurs pays.

En ce sens, les grandes puissances utilisent la question kurde lorsque cela les arrange. Dans le contexte de guerre à l’État islamique, la France a ainsi armé, formé et épaulé par des spécialistes militaires les forces kurdes en Syrie, les YPG. La superpuissance américaine a fait de même avec un appui aérien.

Dans un tel contexte, les diasporas kurdes soutenant le PKK (et le PYD) ont plus ou moins de marge de manœuvre. En Allemagne et en Autriche, le PKK est massivement réprimé depuis des décennies ; impossible par exemple d’utiliser des symboles du PKK et du PYD sans affronter la répression.

En France, la pression est moindre mais réelle pour le PKK ; le PYD est par contre reconnu au plus haut niveau du ministère des affaires étrangères, avec des rapports militaires étroits.

En Suède et en Finlande, les activités sont bien plus aisées, puisque d’un côté le PYD n’est pas interdit, de l’autre parce qu’il y a une certaine convergence d’intérêts, surtout avec la Suède. Le PYD dispose d’un bureau officiel à Stockholm, il dispose de rapports officiels au plus haut niveau avec le ministère suédois des affaires étrangères, la Suède fournit une « aide humanitaire » d’importance au Rojava, etc.

Il faut bien ici comprendre le PKK et le PYD et ne pas les interpréter de manière erronée. Ces forces kurdes ont une démarche patriotique avec une idéologie nationaliste pragmatique. Leur but est d’arriver à quelque chose et il n’y a nullement de perspective idéologique de type socialiste ou communiste. Les fantasmes de forces kurdes « révolutionnaires » n’ont pas de sens. Les milieux anarchistes (ainsi que « marxistes-léninistes » albanais, qui sont désormais pratiquement communistes libertaires) se trompent totalement.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas historiquement de choses positives dans la cause kurde. Il existe une réalité kurde appelant à une véritable solution démocratique. Mais il faut prendre le PKK et le PYD comme ils sont et non pas comme on s’imagine qu’ils soient. D’ailleurs, la gauche turque en fait régulièrement l’expérience puisque le PKK exige l’hégémonie absolue là où il est présent et tout ce qui dépasse du cadre est systématiquement remis en place de manière significative.

Et lorsque les grandes puissances s’en mêlent, il faut être rigoureux. La cause kurde peut être juste mais la convergence avec les intérêts des grandes puissances est inacceptable et d’ailleurs dessert la cause kurde elle-même. Le pragmatisme est une plaie et une plaie prétentieuse : il y a la prétention de profiter de ce qu’il y a pour avancer, mais c’est vraiment un pas en avant, deux pas en arrière.

Et là les Kurdes risquent de le payer cher en se voyant un thème essentiel pour la question de l’unité de l’OTAN. La Turquie exige que la Suède et la Finlande se mettent à combattre le PYD pour qu’elle accepte leur intégration dans l’OTAN. C’est une situation terrible.