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Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev jouent aux trolls

Les Russes raffolent de ces choses.

L’humour russe a un côté collectif et fantasque, l’objectif est de faire tourner la tête. Il y a un côté « troll » : il ne s’agit pas d’avoir le plus bel esprit, un peu comme le veut l’humour français, mais d’emporter les choses dans une sorte de délire.

Cette approche donne souvent une étrange impression des Russes, mais il s’agit de quelque chose d’affectueux, même si assez bourru dans une tradition paysanne russe historique. Et comme quand les Russes commencent quelque chose, ils ne s’arrêtent plus, on peut être certain que tout tourne de manière assez folklorique !

Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev se sont ainsi amusés à, du point de vue français, jouer aux cons. Depuis le début du conflit en Ukraine, la propagande ukrainienne utilise le Seigneur des anneaux – un roman fantastique par ailleurs totalement réactionnaire – pour dénoncer la Russie.

Les soldats russes seraient des « orques » et la Russie le « Mordor ». Bref, la Russie serait monstrueuse et devrait être détruite. Dans Le Seigneur des anneaux, le chef du camp du mal s’appelle Sauron et à un moment il donne neuf anneaux à ses serviteurs.

Et le 28 décembre 2022 à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a apporté neuf anneaux, un pour lui et pour chaque représentant des Etats de la « Communauté des Etats Indépendants » née à la chute de l’URSS (Bélarus, Arménie, Azerbaïdjan, Tadjikistan, Kirghizstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan).

Sur l’anneau on lit « Bonne année 2023 » avec l’emblème de la Communauté des Etats Indépendants, qui ressemble même vaguement à l’oeil de Sauron dans le film Le Seigneur des anneaux.

C’est typique. Dmitri Medvedev, deux jours auparavant n’avait pas raté l’occasion non plus de « troller ». Il est le vice-président du Conseil de sécurité de Russie et le successeur prévu de Vladimir Poutine, ce qu’aucun média français n’a compris jusque-là.

Voici ce qu’il raconte, mi-sérieux mi-surtout délirant, à la russe. Pour un Français, il faut s’accrocher et tous les journalistes français ont pris ça très au sérieux !

Le soir du Nouvel An, tout le monde s’amuse à faire des pronostics

Beaucoup émettent des hypothèses futuristes, comme si elles rivalisaient pour distinguer les plus folles, voire les plus absurdes.

Voici notre humble contribution.

Que peut-il se passer en 2023 :

1. Le prix du pétrole atteindra 150 dollars le baril et le prix du gaz dépassera 5 000 dollars par 1 000 mètres cubes

2. Le Royaume-Uni rejoindra l’UE

3. L’UE s’effondrera après le retour du Royaume-Uni ; L’euro ne sera plus utilisé comme monnaie de l’UE

4. La Pologne et la Hongrie occuperont les régions occidentales de l’ancienne Ukraine

5. Le Quatrième Reich sera créé, englobant le territoire de l’Allemagne et de ses satellites, c’est-à-dire la Pologne, les États baltes, la Tchéquie, la Slovaquie, la République de Kiev et d’autres parias

6. La guerre éclatera entre la France et le Quatrième Reich. L’Europe sera divisée, la Pologne repartitionnée au passage

7. L’Irlande du Nord se séparera du Royaume-Uni et rejoindra la République d’Irlande

8. La guerre civile éclatera aux États-Unis, en Californie. et le Texas devenant ainsi des États indépendants. Le Texas et le Mexique formeront un État allié. Elon Musk remportera l’élection présidentielle dans un certain nombre d’États qui, après la fin de la nouvelle guerre civile, auront été donnés au parti républicain.

9. Tous les plus grands marchés boursiers et l’activité financière quitteront les États-Unis et l’Europe et se déplaceront vers l’Asie

10. Le système de gestion monétaire de Bretton Woods s’effondrera, entraînant le crash du FMI et de la Banque mondiale. L’euro et le dollar cesseront de circuler en tant que monnaies de réserve mondiales. Les monnaies fiduciaires numériques seront activement utilisées à la place

Bonne saison à vous tous, amis anglo-saxons et leurs porcelets joyeux !

De tous les peuples slaves, les Russes sont ceux dont l’excentricité est la plus réfléchie ; ailleurs elle est plus brut (ou brute) et sentimentale. Et là les deux principales figures de l’État russe se permettent ces délires au milieu d’une tension mondiale, ce qui est plus que représentatif de toute une mentalité.

Et c’est fait de manière volontaire, afin de parler aux Russes. Cela ne peut que fonctionner.

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Vladimir Poutine en mercedes sur le pont de Crimée parce que voilà

C’est le style russe.

Le 8 octobre 2022, jour de l’anniversaire du président russe Vladimir Poutine par ailleurs, l’Ukraine frappait le pont de Crimée. L’article relatant cela ici soulignait d’ailleurs que cela impliquait désormais la guerre totale du côté russe et ça a bien été le cas. Encore hier 70 missiles ont été lancés contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Le 5 décembre 2022, Vladimir Poutine est allé voir à quoi ressemblent les travaux. Et son style a été celui typiquement débonnaire russe. En mode : ben voilà, il faut bien aller voir. Dans la vidéo mise en ligne par le Kremlin, on le voit conduire une mercedes, s’arrêter, discuter habillé normalement au milieu de gens habillés normalement, la capuche même sur la tête.

Pour un Français, c’est inconcevable, car il y a une exigence de cadre, tout comme un Allemand eut insisté sur l’aspect technique de la reconstruction du point, un Anglais sur la dimension flegmatique face à la situation, etc.

Mais les Russes sont des Russes et donc il n’y a rien eu de tout ça. Vous allez voir un dimanche un cousin pour savoir comment il va, Vladimir Poutine va voir sur le pont de Crimée comment ça se passe.

Naturellement, c’es aussi une anti-narration à l’américaine.

Sur la photo suivante, le type avec le bonnet qui montre du doigt, c’est Marat Khousnoulline, le vice-président du gouvernement russe!

A côté on a encore Nikita Khrapov, un ingénieur en chef des ponts et chaussées, et Yevgeny Chibyshev, le responsable de la Nizhneangarsktransstroy qui s’occupe des travaux.

Cet aperçu sur le stye russe permet de comprendre deux choses également.

Il faut déjà savoir que le 29 novembre 2022, Tamila Tasheva, la représente ukrainienne pour la Crimée, a redit que tous les Russes qui n’étaient pas passés par la douane ukrainienne seraient expulsés de la Crimée reconquise.

C’est là un exemple de la folie furieuse du régime ukrainien. Déjà, parce que la Crimée n’est historiquement pas ukrainienne, ensuite parce que cela met de l’huile sur le feu en Russie, pour qui la Crimée est une terre historique pour laquelle il faut être prêt à tout sacrifier. Il y a unanimité russe à ce sujet.

La visite de Vladimir Poutine reflète le fait qu’aucun compromis historique n’est possible entre la Russie et le régime ukrainien.

Ensuite, cela permet de comprendre pourquoi le régime russe s’est lancé dans la guerre. Il a senti que la crise allait arriver dans le monde et que tout allait mal tourner. Or, la Russie était mal parée pour tenir.

Aidé de la mentalité russe du « bon ben voilà », le régime russe a donc précipité les choses. En se doutant que les gens feraient comme il faut faire si on leur demande, parce que voilà.

On notera que les Ukrainiens subissant la guerre ont la même attitude, qui est un trait slave plus qu’autre chose, même si bien entendu avec des nuances, les Serbes n’étant pas des Ukrainiens qui ne sont eux-mêmes pas des Russes ni des Tchèques ou des Polonais, etc.

Cela étant, le régime russe accepte le style slave, alors que le régime ukrainien a adopté la narration américaine. Et là, c’est aussi une cause de dégoût profond vis-à-vis de l’Ukraine du côté de beaucoup de Slaves, parce que si une guerre entre peuples frères peut être « fatale », le fait de nier les liens historiques et de se prétendre occidental relève de la trahison.

Le style débonnaire de Vladimir Poutine sur le pont de Crimée révèle bien des facettes de la question de la guerre en Ukraine !

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L’utilisation du concept de crise par Vladimir Poutine le 30 septembre 2022

On parle ici d’économie politique.

L’un des aspects très particuliers du discours stratégique de Vladimir Poutine du 30 septembre 2022, c’est son utilisation du concept de crise. Il y a quelque chose de très surprenant, car normalement aucun régime fondé sur le capitalisme n’admet le concept de crise. Le capitalisme se présente comme à la fois inévitable et en mouvement perpétuel, il n’y a pas de place pour quoi que ce soit qui le présente sous un jour temporaire, relatif.

Or, Vladimir Poutine a dans son discours utilisé le concept de crise littéralement de la manière avec laquelle l’Internationale Communiste abordait la « crise générale du capitalisme » durant la période de l’entre-deux guerres. Plus encore, il utilise une présentation de « périodes » tout à fait en phase avec ce principe de crise générale conçu par l’Internationale Communiste.

Cela ne veut bien entendu nullement dire que Vladimir Poutine soit devenu communiste. Cependant, comme la Russie est à la marge du capitalisme mondial et converge avec la Chine, elle joue un rôle explosif dans la remise en cause de l’ordre mondial capitaliste actuel – pour le remplacer par un autre, mais bien entendu ce n’est pas dit ainsi.

Si on fait attention aux commentaires des lecteurs bourgeois du Figaro dans les articles sur la Russie, on peut d’ailleurs remarquer que justement en raison de cette remise en cause par la Russie, Vladimir Poutine est assimilé à un communiste. Il contribue à déstabiliser le capitalisme, il est donc communiste, même si en réalité il déstabilise le capitalisme sous une certaine forme, pour en vouloir une autre.

Mais voici les mots de Vladimir Poutine lors de son discours.

« Qu’est-ce que je veux souligner ? Tout porte à croire que les élites occidentales ne vont pas chercher de solutions constructives à la crise alimentaire et énergétique mondiale, qui a surgi par leur faute, précisément à cause de leur politique de longue date, bien avant notre opération militaire spéciale en Ukraine, et dans le Donbass.

Ils n’ont pas l’intention de résoudre les problèmes d’injustice, d’inégalité. On peut craindre qu’ils soient prêts à utiliser d’autres recettes, qui leur sont familières.

Et il convient ici de rappeler que l’Occident est sorti des contradictions du début du 20e siècle par la Première Guerre mondiale.

Les récompenses de la Seconde Guerre mondiale ont permis aux États-Unis de surmonter enfin les effets de la Grande Dépression et de devenir la première économie mondiale, imposant à la planète la puissance du dollar comme monnaie de réserve mondiale.

L’Occident a largement surmonté la crise des années 1980 – et la crise s’est aggravée dans les années 1980 – en s’appropriant l’héritage et les ressources de l’Union soviétique, qui s’est effondrée et a fini par s’écrouler. C’est un fait.

Maintenant, pour se sortir d’un nouvel enchevêtrement de contradictions, il leur faut à tout prix casser la Russie, et les autres États qui choisissent la voie souveraine du développement, afin de voler encore plus la richesse des autres et à ce prix de boucher, de colmater leurs trous.

Si ce n’est pas le cas, je n’exclus pas qu’ils tentent de provoquer l’effondrement du système, sur lequel tout pourra être imputé, ou, Dieu nous en préserve, qu’ils décident d’utiliser la formule bien connue ‘‘la guerre va tout effacer’’. »

Si l’on regarde bien, ce que dit Vladimir Poutine c’est que le capitalisme a connu une certaine forme pendant cent ans, à partir de 1914, et que maintenant il va en prendre une nouvelle. Certains pays ont dominé le 20e siècle, mais le 21e siècle ne sera pas dominé par ces pays, ni par personne – en réalité bien entendu il s’agit simplement de remplacer les pays dominants.

La Russie exprime ici, par la voix de Vladimir Poutine, son entière convergence avec la Chine. Ce que dit Vladimir Poutine, c’est que le capitalisme monopoliste russe a tout à gagner et même ne peut se maintenir que si la Chine devient la superpuissance dominante.

C’est cela qui permet, dans une forme récupérée à l’Internationale Communiste mais déformée, le réemploi du concept de crise et même de bouleversement de la situation mondiale.

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Vladimir Poutine et la nostalgie impériale russe

Les forces occidentales doivent reculer ou c’est la guerre.

Vladimir Poutine a tenu une conférence de presse le 23 décembre 2021, un exercice assez régulier, durant autour de trois heures. Il a bien évidemment abordé la question ukrainienne, dans le prolongement de la conférence élargie annuelle du ministère de la Défense du 21 décembre, marquée par une « notre informelle » stratégique.

Il a développé en fait la même thématique, ce qui est ici d’un intérêt très important. Pour faire la guerre, il faut en effet mobiliser l’opinion publique en ce sens et on a ici une opération qui s’est mise en place très rapidement.

En dix jours, la Russie a posé le problème ukrainien de manière frontale, mais indirecte. En effet, la Russie ne parle pas tant de l’Ukraine que des États-Unis, ne s’adressant qu’aux États-Unis, et présentant très clairement l’OTAN, l’Union Européenne et l’Ukraine comme des suiveurs de la superpuissance américaine.

Ce qu’a dit Vladimir Poutine consiste ainsi en la chose suivante. Nous nous sommes adressés aux États-Unis pour des garanties et nous ne parlons qu’à eux. Nous attendons des réponses concrètes rapides – début janvier – ou bien nous sommes obligés de nous en occuper directement. Il est hors de question qu’il y ait des bases militaires occidentales en Ukraine.

Cependant, il y a un processus de discussion lancée, nous avons fait tous les efforts diplomatiques en ce sens, les choses vont avancer. Ce qui permettra de dire ensuite : les États-Unis nous rejettent en bloc (ce qui est par ailleurs vrai), nous n’avons malheureusement pas le choix, nous devons intervenir en Ukraine.

Mais même là cela est masqué par un discours de légitimation « russe ». Autrement dit, une intervention armée en mode expansionniste est justifiée de manière indirecte. L’action est toujours chez Vladimir Poutine « justifiée » par la situation existentielle de la Russie – dans absolument tous les cas. La première question de la conférence de presse portait ainsi sur le coronavirus. Et là, Vladimir Poutine explique la chose suivante :

« 146 millions [d’habitants] pour un territoire aussi vaste, ce n’est certainement pas suffisant ; économiquement aussi, nous avons une pénurie de main-d’œuvre.

Pour autant que je sache, la population en âge de travailler est maintenant juste au-dessus de 81 millions. Nous devons augmenter drastiquement ce chiffre d’ici 2024, 2030.

C’est l’un des facteurs de croissance économique, sans parler – je tiens à le souligner une fois de plus – des composantes géopolitiques et humanitaires de cette question des plus importantes.

Par conséquent, préserver les personnes sur lesquelles [l’écrivain ultra-conservateur et anti-soviétique] Soljenitsyne a écrit devient l’une de nos tâches les plus importantes et l’un des moteurs de la croissance. »

On peut prendre ici les choses de manière « géopolitique », comme expression de l’obsession nationaliste russe pour parvenir au statut de puissance majeure. Mais on doit surtout voir que le régime russe, anti-démocratique et dirigé par des oligarques, étouffe la vie populaire et aboutit à un effondrement démographique.

La guerre est toujours le moyen de la crise et ici on a un aspect essentiel de la crise russe. L’intégration d’une (large) partie de l’Ukraine au moyen d’une annexion par une offensive militaire trouve ici un sens évident.

Plus directement au sujet de l’Ukraine, Vladimir Poutine pose d’ailleurs l’argument qui sera employé pour une attaque contre l’Ukraine : on aurait appelé la Russie à l’aide en 2014… Et, de toutes façons, l’Ukraine serait une invention bolchevique. Ce dernier point a été longuement explicité dans son article « Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » du 12 juillet 2021.

Voici ce qu’il dit pour parler de l’annexion de la Crimée en 2014 à la conférence de presse, avec une argumentation qui pourra être largement reprise contre l’Ukraine :

« Puis la Crimée est arrivée. Mais comment pourrions-nous refuser la demande de Sébastopol et de Crimée, les gens qui y vivaient, de les prendre sous notre protection, sous notre aile ? Ce n’était pas possible.

Nous étions simplement mis dans une situation où nous n’aurions pas pu agir différemment.

Ou bien étions-nous censés simplement regarder passivement ce qui se passait dans le sud-est, dans le Donbass, qui ne s’est jamais considéré comme faisant partie de la Russie, même lors de la formation de l’URSS en 1922-1924 ?

Mais Lénine et ses camarades y ont coincé le Donbass par la force. Au début, ils ont décidé d’en faire une partie de la Russie et ont ensuite déclaré que la décision devait être révisée. Ils l’ont révisé et ont créé un pays qui n’avait jamais existé auparavant. »

Et dans la foulée, Vladimir Poutine ajoute, de manière malheureusement juste : l’Ukraine ne reconnaît pas l’existence d’une minorité russe et rejette la langue russe. Cela lui permet une argumentation au sujet des Russes menacés là où ils vivent pourtant historiquement. On l’aura compris, Vladimir Poutine justifie par avance une intervention armée en disant qu’il existe une menace sur les Russes. D’où d’ailleurs les passeports distribués par centaines de milliers dans les « républiques populaires » séparatistes.

D’où l’accusation contre l’Ukraine de vouloir mener une intervention armée sur une base nationaliste, ce qui est malheureusement vrai aussi.

« On pourrait avoir l’impression qu’une troisième opération militaire [ukrainienne contre le Donbass séparatiste] est peut-être en préparation.

De plus, ils nous préviennent d’avance : « N’intervenez pas, ne protégez pas ces personnes. Si vous interférez pour protéger ces personnes, certaines sanctions suivront. » Il se pourrait bien qu’ils s’y préparent.

C’est la première option à laquelle nous devons répondre et agir, tout en gardant cela à l’esprit.

La deuxième option est, en général, de créer, comme je le disais dans mon article [« Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » du 12 juillet 2021], une sorte d’anti-Russie sur ce territoire en y stockant constamment les dernières armes et en faisant un lavage de cerveau à la population locale.

Imaginez simplement comment la Russie doit vivre et continuer, d’un point de vue historique. Doit-on vivre, en gardant constamment un œil sur ce qui se passe là-bas, et quels nouveaux systèmes d’armes ont été livrés ?

Sous le couvert de ces nouveaux systèmes d’armes, des radicaux pourraient bien décider de régler la question du Donbass, ainsi que la question de la Crimée, par des moyens militaires.

Pourquoi ont-ils soutenu la plate-forme de Crimée ? En marge, ils n’arrêtent pas de dire : « Très bien, oublions la Crimée. » Mais non! Ils veulent même aller jusque là-bas.

Après tout, nous devons être attentifs à notre propre sécurité, pas seulement pour aujourd’hui et pas seulement pour la semaine prochaine, mais à court terme. Comment la Russie vivra-t-elle avec tout cela ? Doit-on toujours rester sur ses gardes, surveiller ce qui s’y passe et quand une frappe peut arriver ?

C’est on ne peut plus clair et c’est malheureusement très intéressant de voir comment un vrai problème est posé de manière déformée dans une réponse nationaliste. Et lorsqu’on lui demande s’il y aura une guerre avec l’Ukraine, Vladimir Poutine ne répond pas directement, disant simplement que le régime refuse tout compromis, que ce qui compte c’est la discussion sur la sécurité de la Russie menée avec les États-Unis.

C’est une véritable opération, à grande échelle, d’orientation belliciste forcée dans l’opinion publique au travers de véritables questions (la conquête de l’Est par les occidentaux, l’OTAN comme menace militaire) et d’obsessions nationalistes (avec la particularité propre à chaque pays, donc ici la Russie comme « mère Russie »).

On a là une leçon très importante. Trop souvent, en regardant 1914, on pense que les événements se sont précipités et que la guerre a été provoquée d’un coup. En réalité, il y a eu toute une mise en place belliciste et nationaliste, qui n’a eu de cesse d’être à l’époque dénoncée par la seconde Internationale, notamment avec le congrès de Bâle de 1912. Il est vrai qu’à force de parler de la guerre à venir, la seconde Internationale a fini par croire qu’elle n’arriverait plus vraiment. Néanmoins, il faut ici bien retenir que ce qui compte, c’est qu’il y a toujours une nécessité particulière de façonner l’opinion publique vers la guerre.

Là, l’Ukraine a un régime ultra-nationaliste, fanatiquement anti-Gauche et anti-russe, avec à sa tête des pro-américains soutenus directement par des nazis. Et désormais la Russie a réorganisé son idéologie très rapidement, de manière ultra-offensive, pour légitimer son « sauvetage » de ceux qui relèvent de la « mère Russie ». Avec l’arrière-plan militaire en place – les troupes continuent d’affluer de part et d’autre aux frontières – on a la base pour une guerre « moderne ».

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Vladimir Poutine et la « ligne rouge » non définie, l’annexion du Donbass se profile

Le président russe fait comme si de rien n’était, pour masquer l’offensive de l’expansionnisme russe.

Il y a de nombreux points concernant le 21 avril, aussi sont-ils ici présentés de manière concise pour s’y retrouver :

1. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a promulgué une loi permettant d’intégrer les réservistes de l’armée en 24 heures sans passer par l’officialisation de la mobilisation.

2. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a considéré comme plausible une offensive russe au nord de la Crimée.

3. Le ministère russe des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur américain adjoint, après que l’ambassadeur ait déjà été poussé à retourner dans son pays pour « consultations ».

4. La pseudo « république populaire » de Lougansk a émis un timbre « un demi-million de passeports » célébrant l’acquisition de la nationalité russe par 500 000 personnes dans le Donbass ; son président Leonid Pasechnik a affirmé que la quasi totalité des citoyens de la « République populaire » entendait devenir russe. Voici sa déclaration :

« Plus d’un demi-million d’habitants du Donbass sont devenus citoyens de la Fédération de Russie. Ce fait suggère que le peuple de la République Populaire de Lougansk a fait son choix, dans les conditions d’un blocus absolu de Kiev, à la fois économique, politique et médiatique.

Au nom de tous les habitants de la République, je tiens à exprimer ma gratitude aux employés du ministère de l’Intérieur de la République Populaire de Lougansk, du département du service des migrations, ainsi qu’à tous les départements pour le bon travail, grâce auquel nous avons des résultats impressionnants en si peu de temps. 

Le ministère de l’Intérieur de la République Populaire de Lougansk a fait tout son possible dans le processus de délivrance des passeports de notre République pour l’entrée ultérieure dans la citoyenneté de la Fédération de Russie. Le travail titanesque de nos départements a permis de réaliser le désir des habitants du Donbass – devenir citoyens de la Russie.

Je voudrais également remercier la Direction principale des questions de migration du Ministère de l’intérieur de la Fédération de Russie. De leur côté, les collègues russes ont tout fait pour que les habitants du Donbass fassent partie de la grande Russie.

Pour nous, un passeport russe n’est pas seulement un document, mais une confirmation de plus que la Russie ne nous abandonne pas. Par ce choix, notre peuple démontre que le néo-fascisme, qui est devenu la base principale de l’Etat actuel du régime de Kiev, est pour nous catégoriquement inacceptable. Au monde entier, nous avons clairement et résolument démontré notre choix, incarné dans le document rouge d’un demi-million de personnes.

Je ne peux que commenter la déclaration du président ukrainien concernant sa volonté de rencontrer Vladimir Poutine dans le Donbass. Monsieur Zelensky, vous n’avez pas le droit moral d’organiser des rendez-vous chez nous.

Vous appelez sans vergogne Donbass le vôtre, sachant que vous avez déjà vendu la terre ukrainienne. Avant de pointer à nouveau votre arme sur nous, réfléchissez à la façon dont cela se déroulera pour vous. Les Russes n’abandonnent pas les leurs! »

« Nous forgeons de nouveaux citoyens », « Nous n’abandonnons pas les nôtres », avec des images tirés d’ouvrages de Vladimir Maïakovski et une signature de Vladimir Poutine (à l’origine de la facilitation de l’obtention du passeport russe au Donbass, en 2019).

5. Dans son adresse annuelle à la nation, qui a duré plus d’une heure, le président Vladimir Poutine a parlé de la crise sanitaire, de la baisse drastique possible des émissions de CO2, de l’éducation, d’une autoroute traversant tout le pays, d’une aide financière aux familles avec enfant, des récoltes, etc. en restant entièrement sur le terrain des questions intérieures, sauf tout à la fin pour trois propos. Le premier concerne la Biélorussie.

« La Russie a certainement ses propres intérêts que nous défendons et que nous continuerons de défendre dans le cadre du droit international, comme le font tous les autres États. Et si quelqu’un refuse de comprendre cette évidence ou ne veut pas dialoguer et choisit d’avoir avec nous un ton égoïste et arrogant, la Russie trouvera toujours un moyen de défendre sa position.

Dans le même temps, malheureusement, tout un chacun dans le monde semble être habitué à la pratique de sanctions économiques illégales à motivation politique et aux tentatives brutales de certains acteurs d’imposer leur volonté à d’autres par la force.

Mais aujourd’hui, cette pratique dégénère en quelque chose d’encore plus dangereux – je fais référence à l’ingérence directe récemment révélée au Bélarus dans une tentative d’orchestrer un coup d’état et d’assassiner le président de ce pays. Dans le même temps, il est typique que même de telles actions flagrantes n’aient pas été condamnées par l’ensemble du soi-disant Occident. Personne ne semble prendre cela en compte. Tout le monde prétend que rien ne se passe.

Mais écoutez, vous pouvez penser à ce que vous voulez, disons, du président ukrainien [Viktor] Ianoukovitch ou de [Nicolas] Maduro au Venezuela. Je le répète, vous pouvez les aimer ou ne pas les aimer, y compris Ianoukovitch qui a failli être tué aussi et a été retiré du pouvoir par un coup d’État armé.

Vous pouvez avoir votre propre opinion sur la politique du président bélarussien Alexandre Loukachenko. Mais la pratique consistant à organiser des coups d’État et à planifier des assassinats politiques, y compris ceux de hauts fonctionnaires – eh bien, cela va trop loin. C’est au-delà de toutes limites. »

6. En Biélorussie, un très important nombre de hauts fonctionnaires du ministère de la Défense de la Biélorussie se sont rendus au siège de ce ministère, alors que le bâtiment du ministère de l’Intérieur a été marqué par une très importante présence des forces de sécurité. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko est quant à lui à Moscou le 22 avril.

7. Le second point de politique internationale abordé par Vladimir Poutine dans son adresse annuelle à la nation consiste en une allusion à l’Ukraine et aux pays Baltes dans leur rapport aux États-Unis, au moyen d’une métaphore utilisant le Livre de la jungle, de Rudyard Kipling.

« Tout ce temps, les mouvements hostiles à l’égard de la Russie se sont également poursuivis sans relâche. Certains pays ont adopté une routine inconvenante où ils s’en prennent à la Russie pour quelque raison que ce soit, le plus souvent, sans aucune raison.

C’est une sorte de nouveau sport de qui crie le plus fort. À cet égard, nous nous comportons de manière extrêmement retenue, je dirais même modestement et je le dis sans ironie. Souvent, nous préférons ne pas répondre du tout, pas seulement à des mouvements hostiles, mais même à une impolitesse pure et simple. Nous voulons entretenir de bonnes relations avec tous ceux qui participent au dialogue international.

Mais nous voyons ce qui se passe dans la vraie vie. Comme je l’ai dit, de temps en temps, ils s’en prennent à la Russie, sans raison.

Et bien sûr, toutes sortes de petits Tabaquis courent autour d’eux comme Tabaqui a couru autour de Shere Khan – tout est comme dans le livre de Kipling – hurlant pour rendre leur souverain heureux. Kipling était un grand écrivain. »

8. Le troisième propos de Vladimir Poutine est menaçant et cryptique, avec une ligne rouge que la Russie tracera d’elle-même.

« Nous voulons vraiment maintenir de bonnes relations avec tous ceux qui sont engagés dans la communication internationale, y compris, soit dit en passant, avec ceux avec qui nous ne nous entendons pas ces derniers temps, pour ne pas dire plus. Nous ne voulons vraiment pas brûler les ponts.

Mais si quelqu’un prend nos bonnes intentions pour de l’indifférence ou de la faiblesse et a l’intention de brûler ou même de faire sauter ces ponts, il doit savoir que la réponse de la Russie sera asymétrique, rapide et dure.

Ceux qui sont à l’origine de provocations qui menacent les intérêts fondamentaux de notre sécurité regretteront ce qu’ils ont fait d’une manière qu’ils n’ont pas connu depuis longtemps.

En même temps, je dois juste être clair, nous avons suffisamment de patience, de responsabilité, de professionnalisme, de confiance en soi et de certitude dans notre cause, ainsi que de bon sens, lorsque nous prenons une décision de quelque nature que ce soit.

Mais j’espère que personne ne songera à franchir la «ligne rouge» vis-à-vis de la Russie. Nous déterminerons nous-mêmes dans chaque cas spécifique où il sera tracé. »

9. L’adresse à la nation de Vladimir Poutine se termine par des considérations sur la modernité et la modernisation de l’armée russe, comme le premier régiment muni du missile balistique intercontinental super-lourd RS-28 Sarmat en 2022, le laser Peresvet visant les équipements de visée électro-optique tels ceux des drones ou des satellites, le Burevestnik qui est un missile de croisière à propulsion nucléaire, le drone-torpille à tête nucléaire Status-6 Poseidon…

10. Vladimir Poutine n’a ainsi pas mentionné les troupes à la frontière avec l’Ukraine, ni le Donbass.

11. Les rassemblements des opposants soutenant Alexeï Navalny dans les grandes villes russes ont échoué, ne rassemblant que quelques milliers de personnes malgré l’appel à une bataille finale du « bien » contre « l’indifférence ».

12. La République tchèque a exigé le retour en Russie de ses vingt diplomates expulsés, sans quoi il y aurait de nouvelles expulsions de diplomates russes. Maria Zakharova porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a répondu en disant :

« Nous suggérons que Prague garde les ultimatums pour les relations à l’intérieur de l’Otan. Un tel ton à l’égard de la Russie est inacceptable. »

13. L’Ukraine est en grave manque de diesel, notamment pour les trains, en raison de l’arrêt de l’approvisionnement par le russe Rosneft et les opérations de maintenance à la raffinerie biélorusse de Mozyr.

14. Les troupes russes et ukrainienne continuent de s’accumuler à la frontière.

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La président américain traite le président russe de « tueur »

Le nouveau président américain Joe Biden affirme chaque jour davantage la tendance à la guerre contre la Russie.

Le secrétaire à la Défense des États-Unis s’appelle Lloyd Austin et du point de vue de la gauche libérale, c’est une bonne chose que ce soit un Afro-américain. En réalité, c’est un masque pseudo-progressiste pour cacher le fait que c’est un militaire. Imaginez qu’en France un haut gradé soit ministre de la Défense, ce serait un acte inqualifiable. Eh bien aux États-Unis c’est pourtant le cas, sans aucune opposition.

Lloyd Austin a participé à l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, il a été commandant des forces d’occupation américaines en Irak, il travaille pour la société de conseil WestExec Advisors qui agit dans le secteur de l’armement, il est membre du conseil d’administration de Nucor, le plus grand producteur américain d’acier (et numéro 1 dans ce secteur pour l’armée américaine), ainsi que de celui de l’entreprise d’aérospatiale et de défense Raytheon Technologies et celui de l’entreprise de santé  Tenet Healthcare.

L’équivalent du ministre de la Défense aux États-Unis est donc un militaire haut gradé payé par trois multinationales et actif dans une société de conseil de l’armement… On reconnaît ici la monstruosité qu’est le complexe militaro-industriel américain. Et cela s’inscrit dans la vague militariste que représente Joe Biden.

Photo officielle du secrétriat à la Défense pour le serment sur la Bible de Lloyd Austin lors de nomination (Source Wikipédia)

Donald Trump était le représentant d’une ligne isolationniste visant à prendre des forces pour affronter la Chine et seulement la Chine. Il n’a pas déclenché de guerre, contrairement à tous ses prédécesseurs. Il comptait reculer pour mieux sauter. Joe Biden, lui, a comme ligne d’affronter la Russie d’abord, pour ensuite étouffer la Chine.

Et le 17 mars, dans une interview à ABC News, Joe Biden est allé droit au but, tenant des propos explosifs à l’encontre de la Russie. Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que Vladimir Poutine était un « tueur », Joe Biden a simplement répondu « oui ». Il assume ainsi ouvertement de criminaliser la Russie, justifiant la prochaine intervention guerrière.

Il a d’ailleurs accusé la Russie d’interférence lors des dernières élections présidentielles américaines et il a souligné que Vladimir Poutine aurait à en payer le prix.

Ces propos ne sont pas simplement l’instauration d’un climat de guerre, on est déjà dans l’élan militaire lui-même, avec la mise en place des paramètres du conflit. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sont très clairement dans la même perspective de pousser la Russie à la faute, de la déstabiliser, de changer le régime. Trois zones sont déjà présentés comme les lieux de confrontation armée : les États baltes, la Mer Noire et l’espace.

Il va de soi que plus la crise économique va s’amplifier, plus les tensions monteront formidablement, d’autant que la Russie n’est pas en reste sur le plan de l’agressivité. Ce sont néanmoins les États-Unis qui sont le plus pressés pour le conflit, parce que derrière ils comptent s’occuper de la Chine, et le Royaume-Uni est sur la même longueur d’onde, comme le montre le long document stratégique « Global Britain in a competitive age« .

Les velléités impérialistes ne se cachent en fait même plus… le temps presse pour eux, la crise du capitalisme donne le rythme, elle impose la fuite en avant dans la guerre comme espoir de solution.