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Attaques fascistes à l’université : le libéralisme a concédé un espace à l’extrême droite

Christine Hugon est une enseignante titulaire de l’Université de Droit de Montpellier, spécialiste du Droit privé. Montpellier compte en réalité trois Universités et celle-là fait souvent office de bastion de la réaction, comme souvent c’est malheureusement le cas dans les Universités ou les Facultés de Droit de notre pays.

Christine Hugon est aussi par ailleurs l’animatrice d’une association qui promeut la pratique aristocratique de la monte à cheval selon la technique dite de « l’Amazone », qui s’accompagne de tout un dressage et surtout de tout un style qui exprime de part en part la Réaction.

Elle a exprimé sur France Info cette phrase suite aux violences d’il y a quelques jours à Montpellier, lors d’une tentative d’occupation d’un amphithéâtre dans l’Université de Droit par des étudiants majoritairement venus de l’Université Paul-Valéry, bastion de l’extrême-gauche étudiante locale :

« Il y a des gens qui votent extrême droite et qui sont à des années lumières de ces millices » (France Info, 30 mars 2018)

Qu’une femme qui appartienne à la bourgeoise la plus étroite, avec un tel niveau d’éducation, puisse assumer de tels propos en dit long sur l’hégémonie culturelle qu’a gagné l’extrême-droite dans la région de Montpellier.

Il nous faut bien comprendre ce qu’il y a de totalement inacceptable dans une telle affirmation. Déjà, nous en sommes aujourd’hui au point où la Réaction ne se contente plus d’une opposition par le vote ou le jeu électoral : elle est en position de pouvoir tabasser avec l’appui des institutions : en Picardie les militants anti-chasse à courre d’AVA en février et à Montpellier.

Et ces attaques n’ont rien de phénomènes isolés, ou marginaux, ils s’inscrivent dans toute une tendance, même un processus, de radicalisation de l’extrême droite.

Il nous faut ainsi relever l’attaque coordonnée du 26 mars dernier contre une AG d’étudiants à Lille 2, où une vingtaine de militants d’extrême droite a tabassé les étudiants qui quittaient l’assemblée, se sont repliés avant l’arrivée de la police puis ont revendiqué l’agression sur un compte Twitter qu’ils ont supprimé pour ne pas se faire identifier personnellement.

A l’Université de Paris I, sur le site Tolbiac, bloqué par des étudiants qui tentent d’occuper les lieux sur la durée, une milice d’extrême droite, la « Cocarde étudiante » a pourtant tenté un véritable coup de force en débarquant en pleine AG à 10h du matin.

Si l’attaque a pu être repoussée par la foule, les militants d’extrême droite n’ont pas hésité à porter des coups. Le même site d’ailleurs a été visé quelques jours plus tôt par une attaque plus ciblée sur le bureau de l’Union des Etudiants Juifs de France, vandalisé avec des inscriptions antisémites.

A Paris toujours, au lycée autogéré dans le XVe arrondissement, cette fois c’est un faisceau armé de barres de fer, se revendiquant du GUD, groupe qu’il est inutile malheureusement de présenter et dont ce n’est d’ailleurs pas la première attaque sur ce lycée, qui a forcé l’entrée de l’établissement pour s’attaquer à deux élèves.

Cette opération de terreur s’est accompagné là aussi de gestes de revendications explicites comme des saluts nazis et des injures homophobes contre les victimes. A Strasbourg aussi où une vingtaine de militants liés au « Bastion social » de l’Arcadia a tabassé six étudiants à proximité du Palais Universitaire, siège d’un mouvement de contestation d’étudiant, en revendiquant leur agression ouvertement, où une étudiante a ainsi témoigné :

Pauline, elle, na rien dit à sa famille. Ses parents ne comprendraient pas. Ils vivent «dans un bled», «ont voté FN aux dernières élections». Les policiers lont «traitée comme une petite fille capricieuse», dit-elle : «J’étais paniquée et on ma dit que si je ne me calmais pas, c’était tant pis pour ma déposition.» (Libération, 29 mars 2018)

Voilà le résultat de l’aveuglement libéral sur l’extrême droite et la de la dénégation des électeurs qui en soutiennent les partis institutionnels. L’union, la confiance au sein des familles même se brise, la société libérale est ébranlée, épouvantée, paralysée. Alors elle nie.

Même les policiers cherchent à décourager la victime, à la faire taire, à ne pas pousser à une enquête, exprimant finalement leur volonté de ne pas réprimer.

C’est inacceptable. Mais c’est malheureusement inévitable, le libéralisme va être débordé par l’extrême droite et sa violence. Que veulent donc les gens qui votent à l’extrême droite sinon les milices et le terrorisme ? Que croit sérieusement une personne comme Christine Hugon, pour en revenir à elle quand elle affirme une phrase aussi « naïve » ? Quand elle ajoute même :

« Ils avaient des planches de cagettes, j’ai cru que c’était des battes de base-ball. Ils ne frappaient pas sur la tête. S’ils avaient voulu frapper fort à deux, l’étudiant serait inerte. C’étaient des coups qui étaient retenus. »

On voit qu’on est dans l’hypocrisie, la négation pure et simple de la violence concrète, des faits.

Christine Hugon tente ainsi tout à la fois de séparer les électeurs d’extrême droite des militants de groupes violents, et de minimiser la violence de ces mêmes groupes. Christine Hugon n’est sans doute pas une militante d’extrême droite, peut-être a-t-elle des sympathies pour celle-ci ou certaines de ces idées, mais elle est avant tout une bourgeoise libérale, probablement conservatrice sur les bords, mais certainement pas quelqu’un qui cautionne la violence.

Mais la voilà face à la réalité, complètement dépassée. Ce n’est pas là ce qu’elle voudrait, mais c’est là ce qui est. L’arbre préfère le calme, mais le vent continue de souffler. Christine Hugon, tout comme la société bourgeoise libérale est en train d’être dépassé par ce qui se passe.

C’est le sens de ce qu’a voulu exprimer Christine Hugon : la violence, brutale, directe et choquante, son esprit personnel la rejette, tout comme elle pense qu’on puisse voter pour l’extrême droite sans que cela ne puisse avoir de conséquences politiques concrètes.

Ni les contradictions, ni l’antagonisme ne sont franchement perçus, assumés ou même pris au sérieux. Il s’agirait d’exprimer une opinion, donner son avis et même faire valoir sa « liberté ». On pourrait ainsi choisir de voter pour l’extrême droite sans devoir se sentir responsable des violences que celle-ci commet en fin de compte. Cela ne saurait être que des « incidents », sans responsabilités collectives.

Le libéralisme a concédé un espace à l’extrême droite, et depuis elle a gagné des positions, produit une culture, diffusé un style. Certes, elle n’avance pas unie, cependant il en va souvent ainsi historiquement et la logique des faisceaux est de toute façon à la base même de sa vision du monde et de ses conceptions politiques.

Tout cela est sérieux, l’extrême droite ne veut pas du libéralisme, elle ne veut pas de la démocratie bourgeoise, elle dit et elle veut le pouvoir précisément pour l’abattre, pour changer la société.

Et ses forces grandissants à mesure que décline le libéralisme bourgeois sous le poids de ses contradictions, elle ne s’embarrassera pas des règles ou des élections, du moins pas ses groupes les plus virulents, qui vont accentuer la pression.

Les gens qui votent à l’extrême droite sont peut-être pour certains a des années lumières de saisir cela, mais parce qu’ils sont encore libéraux d’esprit et parce qu’au fond donc, ils ne prennent pas au sérieux l’extrême droite.

Mais l’extrême droite, ce sont les milices, la violence, le tabassage des opposants, l’embrigadement des esprits.

L’extrême droite ne voit le peuple que comme un appui à sa prise de pouvoir, ne rêve que de « l’ordre », de désarmer et d’assécher la société civile, d’écraser la Gauche.

L’extrême droite veut le pouvoir et elle assume et assumera de plus en plus ouvertement la violence, et cela, ses scores électoraux, même s’ils ne concernent que des partis établis et reconnus comme le Front National, en sont bien sûr la caution, l’appui. Ne pas le comprendre, c’est faire preuve d’ignorance ou pire, d’aveuglement.

Un tel niveau de dépolitisation tel qu’on le connaît en tout cas montre l’ampleur du vide de la culture politique en raison de l’hégémonie libérale. Certes, l’Etat, qui refuse formellement cette violence, a réagi fermement à Montpellier en poussant la justice contre les complices de ces agressions : un enseignant, Jean-Luc de Boissezon et même le doyen Philippe Petel, tout deux mis en examen. Mais ces complicités sont en elles mêmes un état des lieux.

Et de par sa nature – imbriqué dans l’élite sociale et économique, façonnée par la bourgeoisie, de fait à son service – l’Etat ne peut pas aller jusqu’au bout de sa prétendue neutralité.

Tout cela ne suffira pas donc pas à enrayer la tendance à la radicalisation de l’extrême droite. La tâche historique de la Gauche est de le comprendre et de lui faire face.

Il nous faut étudier l’extrême droite, il nous faut lui répondre, mais plus seulement dans le débat libéral : dans la lutte. Il nous faut produire nos analyses, les diffuser massivement, constituer des bases démocratiques pour rassembler le plus grand nombre face à l’extrême droite et ses milices.

Il nous faut un haut niveau d’exigence intellectuel, une conscience de l’histoire de la lutte des classes dans notre pays. C’est cela faire face à l’extrême droite, c’est cela assumer avec un contenu, une maturité prête à l’engagement anti-fasciste, pour défendre et étendre la démocratie authentique (dont on est toujours plus éloigné), en rompant avec le libéralisme.

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Politique

Annecy : non à Dieudonné le 14 avril 2018

Dieudonné est toujours actif, cherchant avec un  certain succès à contourner la vaste opposition démocratique qui lui fait face. Il était il y a quelques jours, le 30 mars 2018, à la salle des fêtes de Bayeux, au grand dam de son maire Patrick Gomont qui a tenu à préciser :

« Je tiens ici à réaffirmer que la Ville de #Bayeux ne cautionne en aucun cas la venue de Dieudonné, hier à la Comète. La salle a été réservée sous une fausse identité et lors de la réservation, la billetterie indiquait Caen puis les spectateurs recevaient le lieu exact de la représentation par sms.

Je dénonce ces pratiques malhonnêtes dont cet individu use pour tromper les communes, dont la Ville de Bayeux, qui ne veulent pas de lui en représentation. L’équipe municipale se réserve le droit de porter plainte. »

Le lendemain, il était à Rouen, puis ensuite à Serqueux. A chaque fois quand on achète le billet, on est informé que le lieu sera au maximum dans les 20 km de la ville mise en avant et qu’on sera prévenu quelques heures auparavant par texto.

Il y a désormais le même risque à Annecy le 14 avril. Dieudonné a essayé de louer la salle de l’Arcadium, qui était déjà prise. Mais il est évident que seule une mobilisation vaste peut faire pression pour qu’il n’y ait pas de réactions après la tenue d’un spectacle – en réalité surtout une tribune politique – de Dieudonné.

Voici l’appel fait à Annecy justement pour une telle mobilisation, par Jeunesse contre la haine, avec une pétition comme intermédiaire pour relayer l’appel, qui espérons le se déploiera également dans les communes avoisinantes.

« Le 14 avril prochain, l’ « humoriste » antisémite Dieudonné a prévu une date à Annecy pour sa nouvelle tournée.

Jeunesse contre la haine Savoies appelle donc le maire d’Annecy, Mr. Jean-Luc Rigault à faire interdire son spectacle à Annecy.

Dieudonné a été condamné pour  » incitation à la haine raciale « .

Mais malgré cela, il relance une tournée cette année, dans toute la France.
De plus, son geste « la Quenelle » est un geste ouvertement antisémite et homophobe, puisqu’il s’agit d’une sodomie, ce geste ressemble au salut nazi, étant d’après la LICRA un salut nazi inversé.

D’après Dieudonné, le monde est contrôlé par les lobbys sionistes, il est proche d’Alain Soral et Robert Faurisson (ayant été eux-mêmes condamnés à plusieurs reprises, soit pour injures raciales, soit pour diffamation raciale).

Dieudonné n’est pas un humoriste mais un antisémite !
Interdisons son spectacle partout !  »

En plus d’être un antisémite, Dieudonné ne cache plus ses liens avec les néo-nazis, comme avec Faurisson, qui en plus d’avoir été condamné pour son négationnisme* , et proche de Rivarol (journal nationaliste) et on a pu l’apercevoir au banquet de Rivarol.

Signez la pétition et partagez la : https://www.change.org/p/jean-luc-rigault-dieudonn%C3%A9-ne-fait-rire-que-les-antis%C3%A9mites 

Il s’agit d’une initiative de Jeunesse Contre La Haine Savoies, pour toute remarque vous pouvez les contacter via :

Facebook
-Twitter : @jclh_savoies
-Mail : jclh.savoies@gmail.com

*Négationnisme: Doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l’existence des chambres à gaz.

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Culture

Le dodelinement comme expression corporelle

Les expressions corporelles peuvent être extrêmement nombreuses et ce qui est frappant dans une société frappée du sceau d’instagram, de facebook et des films hollywoodiens, c’est la perte de qualité et de quantité de celles-ci.

Dans une société où, effectivement, tout est dans le conventionnel et en plus, en France, dans la maîtrise de soi, toute expression corporelle trop apparente apparaît d’autant plus comme décalé.

Il faut être dans la maîtrise et dans l’obéissance aux codes, très restreints de par leur nombre, pour rester crédible. C’est un paradoxe frappant qui obéit à une simple loi bien connue : le capitalisme prétend que chaque fasse ce qu’il veut, mais en pratique cela donne une société du conformisme où tout est copie-conforme et sans personnalité.

Contribuons à la défense et la diffusion d’une expression à la fois simple et riche, le fait de dodeliner sa tête, bien qu’il faille peut-être renommer une telle chose. Il peut être d’une grâce incroyable, comme fournisseur d’informations quant à ses propres choix, ou bien les deux.

Voici un extrait du film Hibernatus, où l’acteur Louis de Funès, bien connu pour ses mimiques considérées comme « allant trop loin » et en même temps foncièrement charmantes, discute avec un médecin au sujet d’un encombrant ancêtre retrouvé prisonnier dans le glaces et qu’on a réveillé…

De manière plus artistique, voici une chanson d’Afghanistan, Yak Qadam Pesh (« Un pas en avant » en persan) de Jawid Sharif, où le dodelinement de la tête est ici d’une grâce absolue, s’insérant ici dans une retenue d’un charme d’autant plus puissant qu’il est sobre, tant de la part du chanteur que de la danseuse.

C’est en Inde où le dodelinement est une véritable institution (sauf relativement dans le nord), disposant par conséquent de nuances très marquées pour qui sait les décoder. Le dodelinement a un rythme, ainsi qu’une vitesse, les sourcils jouant le rôle de catégorisation de celui-ci.



Si vous êtes vous-mêmes en train de dodeliner de la tête devant l’écran en regardant ces vidéos, il ne vous reste plus qu’à écouter cette chanson qui, au bout d’une minute, donne les techniques pour y arriver.

Il va de soi que quelqu’un qui ne connaît pas ce mode d’expression peut le considérer comme relevant d’une maladie, comme le raconte (malheureusement en anglais) ce docteur qui a dû modifier l’avis de sa supérieure à ce sujet…

Le dodelinement de la tête, de par la sympathie de son expression, ne pourra que conquérir le monde alors que l’humanité fusionne au fur et à mesure. Il est déjà en Ukraine, où Alena Vinnitskaya met du temps à se lancer dans son duo avec Kiev electro, mais y parvient très bien.

On remarquera que dans cette chanson délirante – qui appelle les Slaves à descendre dans les Balkans danser comme des Gitans – Alena Vinnitskaya balance ses yeux d’un côté ou de l’autre, comme dans la vidéo afghane.

C’est là encore une expression corporelle qui ne peut que progresser. La chape de plomb des comportements stéréotypés ne peut que s’effondrer devant les attitudes naturelles et culturelles à la fois, puissamment développées pour être capable d’exprimer toujours plus de nuances.

Le monde d’une humanité qui s’est rencontrée, assimilée, est une perspective plus que réjouissante… C’est toute la définition de la beauté qui va être mise à l’épreuve par la grâce et le charme !

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Guerre

Non à l’envoi de troupes françaises en Syrie !

Quand un pays en envahit un autre depuis une centaine d’années, que ce soit par colonialisme ou par expansionnisme, il ne dit pas qu’il le fait car il veut s’étendre. Il affirme le faire par nécessité : pour sauver des gens, libérer une population, empêcher la barbarie, étendre la civilisation, etc.

Même l’Allemagne nazie, outrancière dans son agressivité, prétendait vouloir former une nouvelle Europe. Ne parlons pas non plus de la guerre de 1914 ou du colonialisme français, tout pétri de « bonnes intentions ».

Être de gauche, c’est inversement et par définition refuser tout interventionnisme militaire de son propre pays dans un autre. Toute acception d’une exception est une trahison de ce principe.

On peut soutenir un pays, un régime, comme par exemple la République espagnole face au soulèvement de Franco. On peut soutenir une résistance légitime à une occupation. Mais on ne peut pas soutenir une faction, des bandes armées, des troubles visant à dépecer un pays.

Par conséquent, être de gauche c’est rejeter par principe l’envoi de troupes françaises en Syrie annoncé hier. La décision, de manière subtile, a été annoncée non pas par l’Élysée, mais par un représentant des Forces démocratiques syriennes, les FDS, le Kurde Khaled Issa.

L’Élysée s’est contentée d’un communiqué de presse, expliquant avoir discuté avec des membres des FDS « à parité de femmes et d’hommes, d’Arabes et de Kurdes syriens » et disant d’Emmanuel Macron que :

« Il a assuré les FDS du soutien de la France, en particulier pour la stabilisation de la zone de sécurité au nord-est de la Syrie, dans le cadre d’une gouvernance inclusive et équilibrée, pour prévenir toute résurgence de Daech dans l’attente d’une solution politique au conflit syrien. »

La « stabilisation » en question est une allusion aux conséquences de l’intervention militaire turque ces derniers jours en Syrie du Nord, dans une zone contrôlée jusque-là par les forces kurdes, avec un chaos général, avec 160 000 personnes fuyant les combats.

La Turquie, aidée de « rebelles » syriens, contrôle déjà une importante zone (en turquoise sur la carte ci-conre).

Pour rappeler brièvement les événements, lors de la guerre civile en Syrie, les occidentaux avec la France en tête ont cru que le régime allait vite tomber et ont arrosé des opposants malgré la forte présence d’Al – Qaïda.

Non seulement le régime a tenu, mais ces forces sont devenues autonomes, alors que l’État islamique s’est développée.

La Russie et l’Iran sont alors intervenus pour soutenir le régime syrien, pendant que les États-Unis développaient une présence en se liant aux Kurdes de Syrie, également appuyées techniquement par des experts non officiels français et britanniques.

La Turquie, qui appuyait l’État islamique, est rentrée dans la danse et officiellement, l’État français vient pour « sauver les Kurdes ». C’est-à-dire, en réalité, pour participer au dépeçage de la Syrie, avec trois zones :

– le régime syrien officiel de Bachar Al-Assad, lié à l’Iran et la Russie ;
– un régime « arabo-kurde » lié aux États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ;
– un régime arabo-islamiste aux contours flous encore ;
– une zone passant sous la coupe de la Turquie.

Tout le monde est gagnant : la Turquie empêche l’avènement d’un État kurde et renforce sa dimension « ottomane », pendant que les autres ont un pied à terre local. C’est gagnant-gagnant, aux dépens de la démocratie et des populations locales, jusqu’à la prochaine guerre de partage…

Il faut souligner ici l’importance, dans ce cadre d’un régime autoritaire. De plus en plus, avec la montée des tensions, les régimes deviennent de plus en plus pyramidales, que ce soit en Turquie ou en Russie, en Inde ou aux États-Unis, en Chine ou en Égypte.

Il y a à chaque fois un chef qui dirige le pays, prenant des décisions avec une approche ultra-populiste. C’est aussi le cas en France : la décision d’Emmanuel Macron est, naturellement, celle d’un président de la cinquième République, qui décide seul de la politique extérieure, sans le parlement, sans demander son avis à la population.

Il est inévitable, ici, de parler des Kurdes. Il est tout à fait compréhensible que l’on éprouve de la sympathie pour ce peuple sans État, aux populations vivant en minorité dans plusieurs États, et plus précisément en minorité opprimée, que cela soit en Turquie, en Iran, en Irak ou en Syrie.

Cependant, on ne découpe pas les États comme cela, encore moins quand ce sont des grandes puissances qui sont partie prenante. Cela n’a rien de démocratique, à moins de considérer les nations comme des fictions, les États comme des aberrations.

Lorsque, en France (mais aussi en Belgique), les anarchistes se sont massivement lancés dans des campagnes de soutien aux Unités de protection du peuple (YPG) kurdes agissant en Syrie, ils sont cohérents, puisqu’ils veulent une décentralisation, des communautés autonomes, un État central présent le moins possible, etc.

Mais être de gauche sans basculer dans l’anarchisme qui est bloqué à une vision individuelle des choses, c’est voir le rôle de la guerre, des grandes puissances, de la logique de partage par la conquête…

C’est refuser que des parties fassent ce qu’elles veulent aux dépens du tout, car une telle logique de dépeçage ne profite qu’aux conquérants qui utilisent le vieux principe : diviser pour régner !

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Politique

La marche blanche en l’honneur de Mireille Knoll

Le meurtre d’une femme octogénaire qui avait échappé à la Rafle du Vél d’Hiv, Mireille Knoll, dans un crime crapuleux où elle a été lardée de coups de couteaux et vu son corps et son appartement incendié, avec un fond idéologique antisémite, a profondément ému le pays, alors que parallèlement un gendarme, Arnaud Beltrame, s’est sacrifié pour remplacer une personne otage d’un terroriste islamiste.

C’est encore l’émotion, face au terrorisme et à la barbarie. Avec le besoin de s’interposer, et toujours ce haut le cœur devant l’arbitraire, qui frappe jusqu’à une dame âgée. Avec qui plus est cet arrière-goût d’une amertume terrible consistant en cette impression de déjà vu.

L’antisémitisme, ce poison, existe en effet en France de manière désormais très particulière, et tout le monde le sait. Exclu très largement voire totalement des personnes ayant un certain niveau d’instruction, il est particulièrement présent comme fond diffus dans la population liée au travail manuel : ici la figure du « Juif » reste une sorte d’abstraction, un fantôme représentant l’intellectuel, la ville, l’argent.

Tel est le prix à payer pour l’absence d’une Gauche de la raison, de la connaissance : l’antisémitisme est le socialisme des imbéciles.

A cela s’ajoute un autre antisémitisme, d’une virulence très grande dans les milieux marqués par la religion musulmane, en raison des valeurs mises en avant dans les pays arabes qui utilisent l’antisionisme comme « anti-impérialisme » mobilisateur pour masquer leurs propres carences, mais aussi de la concurrence historique effrénée de l’Islam pour s’affirmer contre les monothéismes précédents.

C’est de là que vient toute une série de crimes, avec en arrière-plan l’attentat meurtrier de Toulouse, l’attaque contre Charlie Hebdo et l’hypercasher, l’assassinat sordide d’Ilan Halimi, celui de Sarah Halimi.

Dans ce dernier cas, comme pour Sébastien Sélam en 2003 et comme pour Mireille Knoll, voire l’ensemble des attentats et meurtres, la particularité est que les assassins relèvent de la pathologie mentale et de milieux qu’on peut définir comme « lumpen » ou « antisocial », avec la culture du trafic, de l’arnaque, de l’escroquerie, etc.

Comme on le voit, la question est donc éminemment sociale et l’Etat n’a souvent pas su quoi faire, relativisant l’antisémitisme sous prétexte que tout serait surtout un déséquilibre mental.

La marche blanche organisée hier à Paris par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) en l’honneur de Mireille Knoll est ainsi un moment très particulier.

Car elle amène avec elle la question suivante : que faire face à un antisémitisme tellement larvé qu’il s’exprime aussi ou surtout par la folie meurtrière?

Force est de constater déjà que la réaction étatique a été immédiate, avec une grande fermeté dans le symbolique. Cela correspond à la nature de la société française, qui est d’éprouver un haut-le-cœur face à l’antisémitisme, cette stupidité meurtrière, ce véritable cannibalisme social, il n’y a pas d’autre mot.

Le président de la République Emmanuel Macron a participé aux obsèques de Mireille Knoll, alors qu’étaient présents à la marche blanche le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, ainsi que celui de l’éducation, Jean-Michel Blanquer. Étaient également présents le président de l’assemblée nationale Francois de Rugy, Marlène Schiappa, Nicolas Hulot.

L’État a assumé, en bloc, mais cela reflète avant tout une exigence démocratique de la population. L’État ne fait que suivre un certain niveau de développement démocratique, portée par la gauche. Cela rappelle les émotions de Je suis Charlie ; cela rappelle la nécessité d’aller de l’avant dans le fait de vivre ensemble en élevant le niveau culturel.

Cependant, il ne faut pas se leurrer. Seulement entre 15 et 25 000 personnes étaient présentes dans cette marche partie de Nation, qui a pris le boulevard Voltaire, a rejoint, via la rue de Charonne, le domicile de Mireille Knoll au 26-32 avenue Philippe-Auguste.

Et une bonne partie d’entre elles étaient juives. La France ne veut pas de l’antisémitisme, mais ne sait pas quoi faire, comment se comporter, ce qui la paralyse et renforce le fait que la communauté juive se sente isolée.

Elle qui vit en région parisienne surtout voit bien comment ses enfants se sont faits chasser des collèges et des lycées publics populaires, en raison de l’antisémitisme rampant largement ancré par l’intermédiaire de la religion musulmane. Elle bascule d’autant plus dans un communautarisme religieux borné, superstitieux, isolationniste.

D’ailleurs, hier, la « Ligue de Défense Juive » a ouvertement soutenu la présence de Marine Le Pen, accompagnée notamment de Gilbert Collard, dans la marche blanche ; après avoir été chassée, elle est revenue en effet en queue de cortège, protégée également par la police.

C’est un épisode d’une signification très grave, le signe d’un retournement de fond. La communauté juive était, dans les années 1960, 1970 et 1980, traditionnellement de gauche. Pratiquement toutes les organisations d’extrême-gauche de mai 1968 avaient des dirigeants juifs, alors que des commandos juifs attaquaient l’extrême-droite et n’hésitaient pas à aller jusqu’à jeter de l’acide sur les membres des groupes néo-nazis.

Depuis les années 2000, le nationalisme sioniste et religieux a fondu sur la communauté juive, avec une main-mise très claire de la droite libérale économiquement et dure politiquement, et une tendance toujours plus prononcée à s’ouvrir à l’extrême-droite.

Cette logique communautariste, à la fois moyen de défense et une manipulation des dirigeants conservateurs de la communauté juive, s’aligne de plus parfaitement avec les tendances communautaristes musulmanes, le nationalisme « identitaire » de l’extrême-droite, le culte des « communautés » professé par la « gauche » universitaire, etc.

Cette situation du serpent qui se mord la queue où tout le monde se divise sur des bases ethniques, religieuses, communautaire, etc. traumatise notre pays qui se veut universaliste, et l’impossibilité de trouver une voie concrète produit des fantasmagories : le racialisme à l’extrême-gauche (avec la défense des « racisés »), le fanatisme antisémite complotiste (dont Dieudonné et Alain Soral sont des variantes culturelle et idéologique respectivement), l’antisionisme pratiquement mystique et existentialiste d’une gauche post-moderne en quête d’identité, l’activisme fasciste suprémaciste blanc, etc.

Combattre ces fantasmagories, tout comme la fuite en avant communautariste, ne peut passer que par un projet universel, collectif, ce qui signifie évidemment rejeter le libéralisme économique, mais également le libéralisme politique, le libéralisme culturel.

L’universalisme ne peut être qu’un collectivisme, qu’une fusion, et non pas simplement une « coexistence ». C’est cela, la vraie réponse à la problématique posée par la marche blanche.

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La posture populiste d’Alain Soral à la lumière de son roman « Chute ! »

Comment Alain Soral ose-t-il arborer les symboles du Parti Communiste ? Comment ose-t-il porter l’Etoile Rouge, le Marteau, la Faucille ? Comment a-t-il osé se montrer avec la tenue pénitentiaire gris-rayée des déportés NN, avec le triangle rouge des Résistants Communistes dans les camps de concentration nazis ?

Lui qui n’est ni un marxiste, ni même de gauche, lui qui représente si complètement l’imposture petit-bourgeoise de cette fausse « gauche du travail » ? Comment la gauche sincère peut-elle tolérer l’existence d’un tel espace d’expression pour ce qu’il représente ?

C’est bien que l’audience d’Alain Soral et son envergure même sont le signe de la faillite de la gauche à assumer ses valeurs, à valoriser son héritage, à batailler sans compromission pour la démocratie, au service de notre peuple.

Mais cette faillite est heureusement temporaire, Alain Soral ne peut pas réussir ce véritable braquage de la gauche qu’il tente dans sa vaine tentative, car ce qu’il représente est tout simplement ignoble, relève de la capitulation et ne peut séduire que par le désarroi de l’absence d’une gauche audible, structurée et identifiée.

Ce qui signifie rejeter sans aucune hésitation, sans aucune tergiversation possible toute les immondes soupes populistes, tous les vains bricolages « rouge-bruns » qui trahissent l’esprit et l’honneur de la gauche.

Mais même ce qualificatif de « rouge-brun » est encore trop d’honneur à rendre à Alain Soral, lui qui sous le prétexte de se « réconcilier » avec la « droite des valeurs » pousse l’ineptie de son populisme jusqu’à l’alliance avec les milieux les plus réactionnaires du catholicisme national, verse dans une complète mystique, rejoignant en cela le « chavisme » ou le soutien aux régimes militaristes et corrompus de l’Orient (Lybie de Kadhafi, Iran d’Ahmadinejad…) et autres idéologies frelatées.

Toutes propres à séduire la petite-bourgeoise paniquée de notre pays, prête à tous les paravents anti-révolutionnaires en se donnant un contenu si ridiculement radical, auto-proclamé « dissidence », (à visage découvert, bien sûr), et en se revendiquant de la République.

Comment ne pas être fou de rage de voir cette imposture petite-bourgeoise se réclamer du marxisme, de la Révolution, se donner des airs d’une gauche authentique pour soi-disant mieux la dépasser dans la synthèse bouillie et re-bouillie du populisme ?

Car en pratique qu’est-ce qui sépare la « FI » de « ER » ? Rien. Si ce n’est une affirmation plus assumée de la part des seconds à l’antisémitisme. Mais cela est encore un fossé qui a du sens pour beaucoup de personnes engagées sincèrement à gauche, mais qui tombent dans les nasses de la fausse gauche populiste, suivent les élans de son « combat » des « gens » contre « l’oligarchie » avec un vague sentiment de doute.

Ni droite, ni gauche, gauche du travail/droite des valeurs, populisme de « droite » ou de « gauche »… tout cela est exactement la même chose, mais à des degrés différents, avec des formes différentes.

Depuis les travaux de Zeev Sternhel, les personnes qui pensent, les personnes de gauche savent à quel point notre pays est un bouillon de culture pour ces courants petits-bourgeois tentant à chaque crise de cycle du capitalisme de formuler une synthèse propre à tenter de dévier l’inévitable marche à l’impérialisme et à la guerre, l’inévitable lutte des classes qui en découle chaque jour un peu plus, en leur propre faveur, pour le statu quo, pour « geler » notre pays dans un arrière-monde mythifié.

Alain Soral incarne donc tout ce que doit exécrer une personne sincèrement de gauche, une personne authentiquement progressiste. Encore faut-il clairement identifier ce qu’il représente.

Commençons donc par un ouvrage produit par Alain Soral en 2006, au début de son ascension politique. Il quitte alors formellement la scène des grands médias télévisuels et du Paris mondain, milieu dans lequel il gravitait depuis les années 1980 et entre dans ce qu’il qualifie de « dissidence », de manière ouverte.

C’est-à-dire qu’il va rejoindre le Front National de Jean-Marie Le Pen pour tenter d’en devenir un des principaux inspirateurs, avant de soutenir l’élan parallèle de Dieudonné, tout en fondant son propre mouvement, Égalité et Réconciliation. Celui-ci devient assez rapidement dans les années qui suivent un point central dans les courants poussant au populisme et même ouvertement au fascisme, entendant se situer comme le lieu de la synthèse de la « dissidence » et de la formation de ses cadres.

Voilà pour le contexte. Le livre en question est donc un roman qui marque en quelque sorte la transition entre ce que Alain Soral était jusque-là, une espèce d’esprit maudit de la bourgeoisie parisienne, vivant dans son style décadent avec une sorte de morgue soi-disant intellectuelle et « populaire », en ce qu’il se présente alors comme un « provincial » déclassé.

Le titre même du roman dit tout du contenu. Chute ! est une sorte de confession des désillusions et des errements adressée par un avatar de l’auteur, du nom de Robert Gros, prénom pris pour faire « français » selon Alain Soral, après avoir hésité avec « Oussama Joseph-Maximilien » pour simplement verser davantage dans la pure provocation gratuite et superficielle.

Le récit n’épargne au lecteur aucune forme de la vie décadente et sinistre que mena Alain Soral au sein de ce milieu « branché » de la bourgeoisie parisienne. En cela, il est en quelque sorte le double aboutissement des ouvrages précédents, ce qui justifie le choix de commencer à présenter Alain Soral par cet opus.

Jusque-là Alain Soral s’était mis en tête de dénoncer le libéralisme, qui lui apparaissait surtout en l’espèce sous la forme du féminisme bourgeois, confondus bien sûr avec les légitimes luttes du féminisme en tant que mouvement émancipateur du patriarcat, et celle des lobbys communautaires, ce qui lui permettait d’introduire la question de l’antisémitisme, mais alors encore de manière plutôt indirecte.

La lecture pose immédiatement une question. Peut-on avoir vécu une vie décadente au sein de la bourgeoisie parisienne, pratiquant la zoophilie, consommant de la drogue, multipliant les « expériences » décadentes et la baise et finalement être de gauche ?

A vrai dire, cela dépend du rapport que l’on a avec ce passé, si tant est qu’il en soit devenu un, pour commencer. Une personne de gauche présentera cela de manière critique, et si elle veut le faire sous une forme littéraire, elle le fera en pesant soigneusement ses termes et en construisant impeccablement son récit, de son mieux, pour ne pas verser dans le scabreux, le glauque ou le racoleur.

Il est évident que ce n’est pas là la démarche d’Alain Soral. Prolongeant le titre, le roman a l’aspect tout hypocrite d’une confession où l’on sent que si Alain Soral entend « rompre » formellement avec cette vie en affirmant d’en assumer la vérité, il n’y a pas là matière à regret.

Alain Soral, en digne petit-bourgeois surfant sur la décadence sexuelle post-68, s’est bien amusé. « Quel mec ! », voudrait-il qu’on pense ! Certes, il a mené la vie d’un « vaurien », mais il a tant appris de cette « école » et cela, subjectivement, fait d’autant plus de lui un « vrai mâle dominant » qu’il en assume totalement l’exposition publique. Voilà le premier aspect des choses.

Le second aspect, part apparemment dans l’exacte direction inverse. Toutes ces expériences sont une « Chute » au sens biblique du terme, rappelant ce célèbre passage de la Genèse, où l’Homme et la Femme (sous la forme d’Adam et Eve) après avoir cédé à la Tentation (d’ailleurs en dernière instance sous la pression d’Eve), sont chassés de l’Eden, ce paradis terrestre, mais non sans avoir goûté au fruit défendu de l’Arbre de la Connaissance.

Le parcours de Robert/Alain Soral est donc aussi l’expérience de cette Chute, une tombée en décadence, mais qui produit en quelque sorte la conversion, la connaissance ou la prise de conscience, « l’Eveil » et l’absolution qui légitime le combat à venir. Alain Soral a certes vécu cette décadence, et perdu son Eden, mais comme Adam, le voilà désormais prêt à chercher le Christ pour la rédemption. De la Chute, naît la Résurrection.

Toute la perspective est donc catholique-traditionnelle et la morale hypocrite du catholicisme, en effet, laisse un espace pour produire cette confession paradoxale où Alain Soral avoue si sincèrement, si hypocritement, tout à la fois pour reconnaître là ses fautes et en même temps se faire admirer pour ses transgressions en les exposant de cette façon « authentiquement virile » et « assumée ». 

Dans cette perspective, il est donc attendu notamment que la sodomie soit rangée au rayon des transgressions comme le reste des turpitudes d’Alain Soral, car dans cette perspective catholique, l’homosexualité reste une forme de transgression et pas autre chose. Pour couronner le tout pour ainsi dire, ajoutons que l’éditeur du roman, Franck Splenger et sa maison Blanche, sont spécialisés dans la littérature érotique.

Morale hypocrite, décadence sexuelle, « expériences » individuelles exposées narcissiquement comme une initiation. Et surtout, aucun esprit positif, rien qu’un étalage verbieux et glauque. Rien en tout cas là de compatible avec le style et les valeurs de la gauche, pour ne même rien dire du marxisme.

Même au niveau du style littéraire, l’écriture soit disant acerbe et tranchée, le fond même du récit, rappelant par certains passages les ouvrages précédent d’Alain Soral sur la « drague de rue » ou sa prétendue « vie de vaurien » ne sont que des compilations qui se répètent de manière lassante. Et celles-ci d’ailleurs font penser à une libre inspiration, si ce n’est pas même un plagiat, de la vie de l’intellectuel nationaliste russe Édouard Limonov et de son C’est moi Eddie (connu aussi sous le titre directement traduit du russe Le poète russe préfère les grands nègres).

Le parcours d’Alain Soral ainsi présenté par lui-même dans cet ouvrage comme une série quasiment initiatique et mystique, mais aussi assumé ailleurs, relève donc d’une posture petite-bourgeoise, tournée d’ailleurs vers les valeurs bourgeoises elles-mêmes, tant sous leurs formes décadentes, cosmopolites et métropolitaines de manière faussement coupable, que sous leur forme de la pseudo-morale nationale-catholique.

Comme tout cela est loin des valeurs de la gauche, que tout cet esprit borné et décadent, narcissique et hypocrite n’a rien à faire avec le combat pour la démocratie, pour le socialisme, comme nous sommes loin de la lutte des classes et de son contenu, de ses exigences, de sa morale et de son honneur !

Il faut donc au moins laisser à Alain Soral le fait d’avoir « honnêtement » témoigné de ce qu’il représente, un hypocrite décadent qui se rêve en révolutionnaire petit-bourgeois du haut de ses prétentions populistes.

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Culture

Le film « Voyage au bout de l’enfer » de Michael Cimino (1978)

Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) est un film réalisé par Michael Cimino sorti en 1978.

Il s’agit d’un film emblématique du “Nouvel Hollywood”, un mouvement cinématographique s’étalant de la fin des années 1960 au début des années 1980, caractérisé par une modernisation dans la production des films, mais aussi dans la mise en scène et l’approche des sujets traités, plus brut. On y trouve, entre autre, des influences de la Nouvelle Vague française et du néoréalisme italien.

Voyage au bout de l’enfer est un film sur la guerre, mais qui ne montre que très peu la guerre en tant que tel. Sur trois heures de film, on distingue trois actes bien distincts.

Le premier, qui dure un peu plus d’une heure, pose les personnages, le contexte, l’environnement social, d’une manière très réaliste.

Cimino nous plonge au sein d’une communauté d’immigrés russes vivant en Pennsylvanie, parmi lesquels trois ouvriers ont été engagé pour partir faire la guerre du Vietnam.

On assiste au mariage de l’un d’eux (Steven, interprété par John Savage), quelques jours avant le départ, lors une magnifique séquence de fête populaire qui frappe de par son réalisme et par la virtuosité de la mise en scène, notamment lors des scènes de danses. Cette scène a été filmé lors d’un véritable mariage, ainsi les figurants n’en sont pas vraiment, renforçant la vraisemblance et la charge émotionnel de la scène.

Il y a également eu un gros travail préalable des acteurs, d’immersion dans cette communauté de Pennsylvanie, afin de s’imprégner de l’ambiance et de renforcer les liens entre eux. Un des membres de la bande d’amis dans le film est d’ailleurs interprété par un acteur non professionnel, un ouvrier rencontré lors de la pré-production.

Tout cela se ressent durant ce premier acte, cela sonne vrai, tout une communauté et ses enjeux humains sont posés, préparé pour le drame à venir.

En un plan, le film passe au Vietnam, dans la jungle, où nous retrouvons Steven, Mike (Robert De Niro) et Nick (Christopher Walken). La transition, de par l’ellipse du départ, du voyage, et de l’arrivée sur place, est brutale, comme doit l’être le fait d’être arracher à sa vie pour être envoyer au front, dans un pays lointain, où tout est étranger.

Ce second acte est principalement marqué par la séquence de la roulette russe, ou les geôliers imposent aux soldats américains et à leurs alliés capturés le « jeu » de la roulette russe.

C’est une scène extrêmement intense et difficile mais qui à elle seule représente bien toute la folie, la violence et l’absurdité de la guerre et c’est ainsi qu’il faut la voir : comme une métaphore de la barbarie guerrière tel qu’elle est vécu par ces soldats américains.

Le troisième et dernier acte est celui du retour,  où plus rien ne peux être comme avant, où les blessures sont tout autant physiques que psychologiques.

Une très belle scène de chasse – dans la mesure où une telle scène peut avoir une quelconque beauté, de par son caractère meurtrier – faisant écho à celle de la première partie, illustre un changement du rapport à la violence et à la vie en général. Rapport qui se montre dialectiquement ambivalent dans d’autres séquences, par l’aspect autodestructeur qui rattrapera certains vétérans.

Michael Cimino dresse en trois heures une grande fresque humaine, sur contexte de guerre, de ses dégâts, sur ceux qui partent et qui n’en reviennent jamais indemnes, mais pas uniquement, car à la fin c’est toute la communauté qui a été présenté dans le premier acte qui se retrouve meurtri par cette guerre, dépassant ainsi le cadre individuel.

Tout cela en fait un film très fort émotionnellement, à la portée universelle ; Michael Cimino est un réalisateur incontournable.

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Politique

L’attaque fasciste contre l’occupation à l’université de Montpellier

C’est un fait extrêmement marquant pour toutes les personnes qui connaissent les principes d’organisation à gauche et qui ont une mémoire des luttes : depuis le début des années 1990, il y a eu un effondrement général de la violence.

Les services d’ordre, « outillés » et strictement organisés, ont disparu. Les affrontements parfois très brutaux entre factions politiques ont disparu. La répression policière est parfaitement limitée et en tout cas strictement encadrée.

C’est allé de paire avec un véritable lessivage tant des idées que des principes d’une organisation avec des militants suivant une idéologie bien déterminée. L’individualisme triomphant, avec le libéralisme, impose un mode d’association libre, sans contraintes, temporaire, etc.

Tout pour l’action, rien par la raison, à la carte, sans responsabilité : tel est l’esprit de l’époque.

Les événements de l’université de Montpellier qui soulèvent une partie de l’opinion depuis quelques jours marquent peut-être la fin de cette époque d’absence d’engagement complet et, comme on pouvait se l’y attendre, l’initiative vient de l’extrême-droite liée aux institutions.

L’intervention extrêmement brutale contre des étudiants occupant un amphithéâtre est un saut qualitatif, dans la mesure où elle est carrément soutenue (voire organisée) par le doyen de la faculté de droit, qui a été obliger de démissionner devant la pression de l’opinion publique.

Un commando de personnes cagoulées et armées de bâtons, de matraques et de Taser, menant une opération coup de poing, est quelque chose non pas de nouveau, mais qui n’a pas été vu depuis bien longtemps et c’est pour cette raison un saut qualitatif, un retour au conflit ouvert, franc, assumé.

Le temps de la naïveté, de l’innocence d’une gauche prise en otage par des intellectuels – osons le dire – bourgeois considérant que l’écriture inclusive dépasse la lutte des classes, se clôt.

Voici une vidéo explicative concernant l’attaque, et en-dessous une autre vidéo, celle montrant la brutalité utilisée par les tenants de la chasse à courre contre des opposants il y a quelques jours également.

Il y a lieu de mettre cela en parallèle, car les « veneurs » comme on appelle ceux qui font la chasse à courre ont l’appui du préfet, du maire de Compiègne, ainsi que du président de la République lui-même.

Dans les deux cas, les institutions sont mêlées à des « débordements ». C’est l’esprit du fascisme qui frappe dans les deux cas : l’esprit de la milice, de l’agression, du coup de force, avec l’appui tacite des institutions aux mains de la droite dure.

Voici un témoignage, en provenance du site alternatif montpelliérain Le poing :

 « Je suis arrivé peu avant le début de l’attaque et le doyen a cru que j’étais de son côté. Du coup j’ai tout entendu.

Le doyen a d’abord réuni les étudiants qui étaient contre l’occupation et il leur a sommé de se rassembler dans un coin de l’amphithéâtre. Ils ont compté le nombre de personnes présentes dans l’amphi et ils ont dit ‘‘ok, c’est bon.’’

Ensuite, ils ont fait placer les personnels de la sécurité-incendie en haut de l’amphi et au bord de la porte extérieure qui donne sur la rue. Après, l’un des subordonnés du doyen a ouvert une porte au fond du hall d’entrée qui était restée fermée toute la soirée. Une dizaine de personnes sont arrivées, la plupart cagoulées et armées de bâtons qui ressemblaient à des sortes de bouts de palette.

Le doyen leur a ordonné d’aller dans l’amphi occupé, et ils se sont mis à taper tout le monde. La sécurité-incendie a fait semblant de ne pas trop savoir ce qu’il se passait.

Quand les étudiants ont fui en se faisant taper, le doyen m’a regardé en faisant un pouce levé. J’ai vu quelqu’un se faire tazer au sol.

Quand tout le monde était dehors, les grilles de la faculté se sont fermées, ce qui veut bien dire que les gens cagoulés sont restés avec le doyen.

Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas comprendre que l’attaque a été mené sur ordre du doyen ».

Voici ce qu’affirme même un site d’extrême-droite, « Réseau libre », assumant le soutien de la police au commando dont aurait fait partie un professeur en droit civil et un professeur d’histoire du droit :

« Le doyen de la fac et les vigiles de l’université ouvrent le chemin à une quinzaine de costauds, cagoulés, planches de bois et barres de fer en mains (…). Le commando est ensuite aimablement raccompagné vers la sortie, remplacé par quelques policiers ».

Tout cela n’est qu’un début. C’est inévitable historiquement. Et rien qu’hier, lorsque 200 personnes étaient présentes devant la préfecture de l’Hérault pour protester contre la réforme de l’accès à l’université, une trentaine d’activistes « identitaires » de la Ligue du Midi était présente également.

Une provocation, une de plus, alors que les « identitaires » voulaient officiellement saluer  la mémoire d’Arnaud Beltrame, ce gendarme qui s’est sacrifié lors de l’attentat islamiste du Super U de Trèbes, en prenant volontairement la place des otages de l’assaillant.

Voici d’ailleurs la page d’accueil du site Le Figaro hier, alors que l’Église catholique a publié par l’intermédiaire d’un prêtre un long texte s’appropriant l’initiative du gendarme. On voit que l’autocollant est celui de « Génération identitaire », ce qui est un choix rédactionnel bien entendu fait exprès, alors qu’en parallèle l’air du temps est au rapprochement entre droite dure et extrême-droite.

D’abord le libéralisme à tout va, puis le fascisme s’instaurant comme représentant de ceux qui ont su émerger du libéralisme sans limites. C’est le même scénario que dans les années 1930.

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Politique

Roxane Lundy : « Cinquante ans après Mai 68, le PS est devenu un Ehpad »

Être de gauche signifie relever au moins d’une certaine tradition, sans même parler de vision du monde. Il y a, pour cette raison, une phrase très choquante prononcée par la présidente du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), Roxane Lundy, dans son interview au monde. Elle dit en effet :

« Cinquante ans après Mai 68, le PS est devenu un Ehpad. »

Or, qu’est-ce qu’un Ehpad ? Il s’agit d’un établissement spécialisé, dédié aux personnes âgées dépendantes en raison de leur perte d’autonomie physique ou psychique, voire les deux. Ehpad signifie Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes.

Les personnes présentes payent 60 % du prix de l’accueil journalier qui est vraiment très cher, l’État payant 30 % et le département les 10 % restant.

Vues les conditions sociales dans notre pays, on s’imagine à quel point il y a peu de moyens et les termes qui reviennent pour présenter à grands traits la situation est couramment la suivante chez les familles : il s’agit de mouroirs, d’antichambres de la mort. L’impunité est la règle, car quand quelque chose se passe mal, il est facile de l’attribuer à la démence, la fragilité physique, etc.

Depuis un mois et demi maintenant, le personnel des Ehpad est effectivement en lutte ; la grève du 30 janvier rassemblait 31,8% du personnel, celle du 15 mars 22% du personnel des 7750 Ehpad (dont 27 % relèvent du secteur privé avec des grands groupes très bénéficiaires comme Koria, Orpea, DomusVi ; 20 % du secteur associatif).

On l’aura compris : de par cet arrière-plan, les propos de Roxane Lundy sont particulièrement déplacés. Ils sont même odieux. Non seulement ils visent à attaquer des personnes âgées sur leur âge et non sur leurs valeurs, mais en plus le rapprochement avec les Ehpad relève d’une moquerie intolérable.

Cela reflète, de la part de Roxane Lundy, non seulement une méconnaissance ou un refus de sa part de se confronter à la réalité des Ehpad, mais surtout une négation complète de faire de la politique, de raisonner en termes de contenu, de valeurs.

Quand on se différencie de quelqu’un en raison de ses opinions, on ne se moque pas de lui ; on explique de manière rationnelle les différences, on expose de manière raisonnée ce qu’on pense être les erreurs ou les fautes, on dénonce sur la base d’une vision du monde ce qu’on considère comme faux ou inacceptable.

Il s’agit de convaincre, pas de persuader ; il s’agit d’éduquer, de mobiliser, pas de faire du populisme. Mais pour refuser le populisme, encore faut-il disposer d’un certain bagage culturel, théorique, idéologique, de concepts précis, de valeurs particulières.

Ce n’est justement pas le cas de Génération.s, qui est un mouvement contournant les questions de fond et qui, en ce sens, n’est nullement différent de La France Insoumise pourtant critiquée précisément pour cela.

Cela montre bien le problème de fond de bon nombre de gens de gauche dans notre pays, qui se veulent ancrés à gauche, mais considèrent qu’il n’y a pas besoin d’organisation ni de dogmatisme et encore moins de liaisons avec la classe ouvrière. Ils considèrent comme un luxe possible et d’autant plus agréable de contourner le fait d’avoir des comptes à rendre tant en termes de valeur qu’auprès des ouvriers.

Ils vont, évidemment, jusqu’à dire que les ouvriers ne sont qu’un aspect de la société comme un autre, ce que Génération.s n’a pas hésité à faire tout récemment. Mais comment alors ne pas basculer dans le populisme, en ayant des comptes à rendre à rien ni personne ?

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Politique

Le MJS rejoint Génération-s

Selon le Canard enchaîné, si  Luc Carvounas a fait 6,36 % aux primaires socialistes pour l’élection au poste de dirigeant, c’est parce que son score a été ajusté de telle sorte par la direction actuelle afin de correspondre au score de Benoît Hamon aux présidentielles.

Les « hamonistes » avaient en effet soutenu Luc Carvounas. La réaction à cette provocation ne s’est pas faite attendre : dans une interview au Monde, Roxane Lundy, la présidente du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), a annoncé qu’elle partait rejoindre Génération.s.

Elle a également précisé que c’était le cas de 25 membres sur 30 du bureau national. C’est ce qui s’appelle ni plus ni moins qu’un putsch, car le MJS vient de tenir son congrès qui a lieu tous les deux ans !

Le 10 février, Roxane Lundy a ainsi été élue… pour ensuite valider un choix non présenté lors du congrès… Une belle opération de magouille, d’autant plus facile que lors de ce congrès, il y a eu un boycott.

Les tendances la Fabrique du changement (liée à Martine Aubry) et Agir en Jeunes socialistes (social-réformiste) n’ont ainsi pas participé au vote (soit environ 150 des 500 délégués). Les « hamonistes » ont d’autant plus eu les mains libres.

Il faut noter au passage qu’il n’est pas parlé de « tendance » – c’est trop « vieux jeu » – mais de « sensibilité » (celle de la présidente est appelée « Transformer à gauche »).

Concluons également sur le fait que le nouveau MJS tient son congrès en avril, exactement au même moment que le Parti Socialiste doit nommer son nouveau dirigeant. Ce qui n’empêche pas la présidente du MJS de parler de… « hasard de calendrier ».

C’est ridicule à un point !

Voici l’interview au Monde, la décision n’étant annoncée ni sur le site internet du MJS, ni sur son facebook, ni sur son twitter.

Pourquoi quittez-vous le PS ?

Je quitte le PS sans haine, c’est un désaccord politique. Je fais le choix avec des milliers de jeunes socialistes de partir, car je considère que le Parti socialiste n’est pas l’outil qui permettra de transformer la société. J’ai voulu croire que l’esprit de synthèse d’Epinay pouvait encore exister, que le PS allait comprendre les échecs du précédent quinquennat, qu’il allait se remettre en question, mais ce n’est pas le cas.

En avez-vous parlé avec Olivier Faure, le futur premier secrétaire du PS ?

Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en parler avec lui. Je l’ai félicité pour son élection, je lui ai proposé un rendez-vous, mais je n’ai pas encore eu de suite. Aujourd’hui, nous avons un désaccord politique avec sa ligne et celle de Stéphane Le Foll arrivé deuxième. Nous ne parlons plus la même langue. Je pense que le PS n’est pas en mesure de se relever.

Partez-vous avec le nom et le logo du MJS, aujourd’hui rattaché au Parti socialiste ?

Le Mouvement des jeunes socialistes va prendre son indépendance vis-à-vis du PS. Je le dis simplement, ce n’est pas une question d’étiquette. Si des sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux veulent un outil de jeunesse pour continuer à s’engager au sein du PS, je n’y vois pas de problème. Nous leur laisserons le nom s’ils le souhaitent.

Resterez-vous à la tête du mouvement ?

Je reste présidente et je deviens militante de Génération.s. L’objectif est de faire une réforme statutaire lors de notre prochain congrès. Je ne serai plus salariée du PS, nous ne toucherons plus d’argent du PS, nous ne dépendrons plus d’eux.

Le congrès du MJS à Bondy (Seine-Saint-Denis), le 10 février, au cours duquel vous avez été élue est contesté. Plusieurs militants dénoncent des fraudes. Que répondez-vous à ceux qui contestent votre légitimité ?

Je vis très mal ces accusations. Ce congrès s’est passé dans les règles. Ma sensibilité l’emporte à une très large majorité : 70 % des voix. Il y a eu des enjeux qui nous ont dépassés et qui sont le fruit de désaccords politiques. Je veux tourner cette page.

Avez-vous eu des discussions avec Benoît Hamon avant de prendre cette décision ?

Benoît Hamon ne m’a pas démarchée. Je constate qu’il y a une dynamique derrière lui. Je lui ai annoncé que je le rejoignais. Il voit cela d’un bon œil. L’objectif est de se mobiliser pour changer l’avenir. Cinquante ans après Mai 68, le PS est devenu un Ephad.

Vous organisez un congrès le premier week-end d’avril, date du 78e congrès du PS où Olivier Faure doit être intronisé, est-ce une façon de venir le perturber ?

Non. C’est un hasard de calendrier. Nous allons créer une dynamique avec Génération.s. On prévient à l’avance, ce n’est pas un mauvais coup ni un règlement de compte. Je pars tranquille vis-à-vis du PS et je respecte les sociaux-libéraux et démocrates.

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Politique

Le bilan de la grève du 22 mars 2018

La grève qui s’est tenue hier en France est d’une signification qui n’aura échappé à personne. Tout tourne autour de la SNCF surtout, avec comme question : doit-il exister des secteurs à l’écart du sort de chaque salarié dans le pays ?

On comprend que la question revient à se demander s’il doit exister des couches privilégiées ayant davantage d’acquis sociaux. Pour des raisons historiques, c’est ainsi que les gens se la posent, avec raison.

Car si l’on est réellement de gauche, on sait que le capitalisme peut reculer, mais ne s’aménage pas, et qu’il repart toujours à la charge. L’idée de secteurs protégés formant un État dans l’État est un fantasme de fonctionnaire et donc, osons le dire, de syndicaliste.

Avec tout ce que cela signifie de stupidité, de négation intellectuelle, de refus de changement culturel, également de parasitisme éhonté.

Si l’on veut changer le monde, alors on voit aisément que les syndicats, CGT compris, sont un obstacle. Ils ne veulent pas du changement, ils ont des mœurs réactionnaires, ils font un fétiche d’une vie de salarié qui, pour quelqu’un de gauche, est entièrement borné et doit être dépassé.

Ils sont corporatistes, ils font le jeu de la vie quotidienne dans cette société, ils participent à la reproduction de l’économie fondée sur le profit.

Les travailleurs du privé le voient bien et ne sont nullement attirés par quelque chose qui, somme toute, ne les concerne pas.

Mais, inversement et pareillement pour des raisons historiques, l’attaque d’Emmanuel Macron contre un secteur « à part » se veut également une attaque contre les droits sociaux en général.

Faut-il alors se placer sous l’égide du général Jean-Luc Mélenchon, qui tel un Napoléon Bonaparte entend faire vivre la « grandeur française » ? Sans nul doute que non. Cependant, on peut voir quelque chose de relativement vivifiant à la mobilisation hier d’un peu moins de 400 000 personnes.

35,4% des cheminots, 14,54% des enseignants étaient en grève ; les chiffres sont 12,80 % dans la fonction publique d’État, à 8,11% dans la fonction publique territoriale et à 10,9% dans la fonction publique hospitalière.

Car cela prouve que cela remue dans la société et que – si la Gauche a raison dans sa proposition historique – ce qui va ressortir inévitablement, ce n’est pas un mouvement social, mais une lutte de classes.

Comme, évidemment mai 1968. Ce n’est pas pour rien qu’en mai 1968, la CGT était justement contre le mouvement et que la révolte dans les entreprises est passée par le principe de l’assemblée. Si une lutte comme mai 1968, il en sera de même.

Les syndicats qui font beaucoup de bruit, d’un coup, perdront tout discours contestataire. Et il ne faut pas se leurrer : tant qu’il n’y a pas un tel déblocage, en France la gauche restera fondamentalement bloquée, marginalisée, à l’écart.

Le bruit des syndicats, comme celui des anarchistes qui cassent une banque ou une assurance, comme hier un local d’AXA à Paris, n’est que du bruit. Ce qu’il faut, c’est une mobilisation à la base, que les langues se délient, que des échanges intellectuels puissants aient lieu entre les gens, que le verrou culturel saute.

La lutte de classes est une lutte de la classe, pas un mouvement social encadré par des syndicats, avec des idées bornées, le refus systématique d’assumer de vouloir tout changer. La grève du 22 mars n’a de sens que par rapport à cela. Soit on en parlera dans le futur comme une contribution à une vague comme mai 1968, même une vague petite mais prolongée, soit cela passera dans les oubliettes de l’Histoire.

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La naissance du mouvement du 22 mars

Le 22 mars 1968 est une date très importante historiquement, car elle marque la naissance d’un mouvement qui a joué un grand rôle dans le déclenchement de mai 1968 : le mouvement du 22 mars.

En voici le manifeste, consistant en un texte voté par 142 étudiants de Nanterre (2 autres votant contre, 3 autres s’abstenant) occupant dans la soirée et pour la nuit le bâtiment administratif de leur université.

Il part d’une lutte contre la répression, des arrestations ayant suivi le saccage le 20 mars 1968 du siège parisien d’American Express, en solidarité avec le Vietnam. Six personnes avaient été arrêtées, dont Xavier Langlade du service d’ordre de l’organisation trotskiste dénommée Jeunesse Communiste Révolutionnaire, ainsi que Nicoles Boulte, qui jouera par la suite un rôle chez les maoïstes de la Gauche Prolétarienne.

À la suite d’une manifestation organisée par le comité Vietnam naitonal, pour la victoire du peuple vietnamien contre l’impérialisme américain, DES MILITANTS DE CETTE ORGANISATION ONT ÉTÉ ARRÊTÉS DANS LA RUE OU À LEURS DOMICILE PAR LA POLICE.

Le prétexte invoqué était les attentats qui eurent lieu contre certains édifices américains à Paris.
Le problème de la répression policière contre toute forme d’action politique se repose à nouveau.

Après :

Les flics en civil à Nanterre et à Nantes
Les listes noires
La trentaine d’ouvriers et d’étudiants emprisonnés à Caen, et dont certains sont encore en prison
Les perquisitions et arrestations continuelles contre les étudiants de Nantes qui mirent à sac le rectorat…

… Le gouvernement a franchit un nouveau pas. Ce n’est pas aux manifestations que l’on prend les militants, mais chez eux.
Pour nous ces phénomènes ne sont pas un hasard.
Ils correspondent à une offensive du capitalisme en mal de modernisation et de rationalisation. Pour réaliser ce but, la classe dominante doit exercer une répression a tous les niveaux.
La remise en cause du droit d’association pour les travailleurs
L’intégration de la sécurité sociale
Automation et cybernétisation de notre société
Une introduction des techniques psychosociologiques dans les entreprises pour aplanir les conflits de classe (on prépare certains d’entre nous à ce métier)

Le capitalisme ne peut plus finasser.

NOUS DEVONS ROMPRE AVEC DES TECHNIQUES DE CONTESTATION QUI NE PEUVENT PLUS RIEN

Le socialiste Wilson impose à l’Angleterre ce que De Gaulle nous impose.
L’heure n’est plus aux défilés pacifiques comme celui organisé par le SNESUP jeudi prochain sur des objectifs qui en remettent rien en cause dans notre société.

Pour nous l’important est de pouvoir discuter de ces problèmes à l’université et d’y développer notre action.

NOUS VOUS APPELONS À TRANSFORMER LA JOURNÉE DU VENDREDI 29 EN UN VASTE DÉBAT SUR
Le capitalisme en 68 et les luttes ouvrières
Université et Université critique
La lutte anti impérialiste
Les pays de l’est et les luttes ouvrières et étudiantes dans ces pays.

POUR CELA NOUS OCCUPERONS TOUTE LA JOURNÉE LE BÂTIMENT « C » POUR DISCUTER DE CES PROBLÈMES PAR PETITS GROUPES DANS DIFFÉRENTES SALLES.
À chaque étape de la répression nous riposterons d’une manière de plus en plus radicale et nous préparerons dès maintenant une manifestation devant la préfecture des Hauts de Seine.

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Écologie

Le printemps 2018 s’annonce silencieux dans les campagnes françaises

Le CNRS et le Muséum d’histoire naturelle ont enquêté et abouti à un constat terrible sur la disparition des oiseaux ces dernières années. Voici le communiqué à ce sujet du Muséum national d’Histoire naturelle, dont le titre est « Le printemps 2018 s’annonce silencieux dans les campagnes françaises ».

Les derniers résultats de deux études de suivi des oiseaux, l’une menée à une échelle nationale, l’autre plus localement, viennent de sortir.

Les chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et du CNRS arrivent au même constat : les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse.

En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en 15 ans. Au vu de l’accélération des pertes ces deux dernières années, cette tendance est loin de s’infléchir…

Grâce à des ornithologues amateurs et professionnels qui identifient et comptent les oiseaux sur tout le territoire métropolitain, le STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs, un programme de sciences participatives porté par le Muséum national d’Histoire naturelle au sein du CESCO1), produit des indicateurs annuels sur l’abondance des espèces dans différents habitats (forêt, ville, campagne etc.).

Les relevés effectués en milieu rural mettent en évidence une diminution des populations d’oiseaux vivant en milieu agricole depuis les années 1990. Les espèces spécialistes de ces milieux, comme l’alouette des champs, la fauvette grisette ou le bruant ortolan, ont perdu en moyenne un individu sur trois en quinze ans. Et les chiffres montrent que ce déclin s’est encore intensifié en 2016 et 2017.

Ces résultats nationaux sont confirmés par une seconde étude menée à une échelle locale sur la Zone atelier « Plaine & Val de Sèvre » portée par le CNRS.

Depuis 1995, des chercheurs du CEBC2 suivent chaque année, dans les Deux-Sèvres, 160 zones de 10 hectares d’une plaine céréalière typique des territoires agricoles français.

En 23 ans, toutes les espèces d’oiseaux de plaine ont vu leurs populations fondre : l’alouette perd plus d’un individu sur trois (-35%) ; avec huit individus disparus sur dix, les perdrix sont presque décimées.

Ce déclin frappe toutes les espèces d’oiseaux en milieu agricole, aussi bien les espèces dites spécialistes – fréquentant prioritairement ce milieu -, que les espèces dites généralistes – retrouvées dans tous les types d’habitats, agricoles ou non.

Or d’après le STOC, les espèces généralistes ne déclinent pas à l’échelle nationale ; la diminution constatée est donc propre au milieu agricole, sans doute en lien avec l’effondrement des insectes.

Cette disparition massive observée à différentes échelles est concomitante à l’intensification des pratiques agricoles ces 25 dernières années, plus particulièrement depuis 2008-2009.

Une période qui correspond entre autres à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune, à la flambée des cours du blé, à la reprise du sur-amendement au nitrate permettant d’avoir du blé sur-protéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes, insecticides neurotoxiques très persistants.

Ces deux études, menées toutes deux sur une vingtaine d’années et à des échelles spatiales différentes, révèlent l’ampleur du phénomène : le déclin des oiseaux en milieu agricole s’accélère et atteint un niveau proche de la catastrophe écologique.

En 2018, de nombreuses régions de plaines céréalières pourraient connaître un printemps silencieux (« Silent spring ») annoncé par l’écologue américaine Rachel Carson il y a 55 ans à propos du tristement célèbre DDT interdit en France depuis plus de 45 ans.

Si cette situation n’est pas encore irréversible, il devient urgent de travailler avec tous les acteurs du monde agricole pour accélérer les changements de pratiques ; et d’abord avec les agriculteurs qui possèdent aujourd’hui les clés pour infléchir la tendance.

1 Centre des sciences de la conservation (Cesco – MNHN/CNRS/SU)
2 Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS/Université de La Rochelle)

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Culture

Le succès de la série « Stranger Things »

La série Stranger Things connaît un grand succès. C’est une production de la chaîne de streaming Netflix avec deux saisons réalisées et une troisième en cours de tournage.

Des phénomènes surnaturels se produisent lors de l’automne 1983 dans une petite ville de l’Indiana aux États-Unis. On suit une bande d’adolescents dont l’un des leurs a disparu mystérieusement. Le personnage d’Eleven, une autre adolescente ayant des pouvoirs de télékinésie et de télépathie, est à l’origine d’une faille ouvrant les portes d’une dimension parallèle, l’Upside Down, d’où provient une sorte de force maléfique.

La typographie du titre rappel évidemment les romans fantastiques de Stephen King. C’est une sorte de mélange entre les films E.T. the Extra-Terrestrial de Steven Spielberg (1982) et Alien de Ridley Scott (1979).

Pour ce qui est d’E.T., on y retrouve la jeunesse populaire américaines des années 1980, qui a soif de découverte et de connaissances scientifiques, qui roule en BMX, qui a des valeurs progressistes, dans un contexte d’abondance économique.

Pour ce qui est d’Alien, il y a des monstres venus d’ailleurs permettant des scènes angoissantes et fantastiques, frôlant parfois l’horreur.

Les épisodes alternent ainsi entre le rythme agréable et la teneur réaliste d’un film comme E.T., avec le rythme intense, tourné vers le surnaturel et l’absurde comme dans Alien.

Les personnages ont globalement un comportement simple et réaliste, ils sont des figures populaires typiques. Par moment cependant, les comportements s’emballent et les protagonistes n’hésitent pas à prendre des risques insensés, quitte à se jeter littéralement dans la gueule du loup. Cela permet d’appuyer et de faire dérouler le fantastique, les moments irrationnels de l’intrigue.

Cela est clairement infantilisant. Stranger Things propose un contenu riche et sophistiqué, mais le dénature avec ces « phénomènes étranges » qui n’amènent rien d’autre que l’autosatisfaction puérile de jouer à se faire peur devant son écran.

La série crée par les frères jumeaux Mat et Ross Duffer est assurément bien faite. La puissance et la qualité de l’industrie cinématographique américaine est ici indéniable.

L’immersion dans les années 1980 est particulièrement réussie, seuls quelques rares anachronismes ont été décelés par les fans. Le scénario et les dialogues de qualité couplés à la grande unité graphique des épisodes contribuent à créer une ambiance générale agréable, prenante. On est d’ailleurs particulièrement déstabilisé et gêné par l’épisode 7 de la saison 2 qui se déroule entièrement en dehors de cet univers, mais plutôt dans la ville de Chicago. Cela rompt le file et casse l’ambiance.

Les adolescents que l’on suit sont fans du jeu des années 1980 Dungeons & Dragons. Les réalisateurs ont en quelques sortes pris au sérieux ce jeu pour le faire exister dans le monde mis en scène dans la série. Les phénomènes surnaturels sont nommés en fonctions de ce jeu (world upside down, demogorgon).

Les réalisateur ont prétendu donner une caution scientifique à leur oeuvre, en citant Cosmos de Carl Sagan ou bien avec un échange entre les jeunes et leur professeur de physique sur des théories de mondes parallèles (épisode 5 de la saison 1). Cela n’est que de la mise en scène, de l’esthétisme, pour tenter de refléter la culture populaire.

La bande sonore est de grande qualité, avec des chef-d’œuvres des années 1980. L’un des personnage écoute The Clash, une magnifique reprise de Bowie clôture un épisode, on entend du Joy Division, du New Order, du Toto, dans la saison 1, du Scorpions, Queen, Cyndi Lauper, Runaway de Bon Jovi, ou encore Ghostbuster de Ray Parker dans la saison 2.

La bande originale aux accents synthwave composée par le groupe Survive est elle aussi de très grande qualité, contribuant largement à la qualité de l’ambiance.

Autre élément sympathique, cette critique au vitriole de la famille petite-bourgeoise de banlieue que nous offre le personnage féminin de Nancy lors de l’épisode 5 de la première saison. Celle-ci est accentué plus tard par une affirmation féminine de haute volée, lorsqu’elle refuse à nouveau le rôle stéréotypée de femme passive.

Cependant, tout cela ne fait que contribuer à la qualité du décors et à une ambiance générale. Culturellement, on ne peut pas dire que la série Stranger Things apporte grand chose de positif. L’aspect principal est qu’elle propose une fascination improductive et sans contenu pour l’irrationnel, pour des phénomènes surnaturels et des scènes absurdes qui leurs sont liées.

Cela est bien dommage. Il eut été pourtant possible, en faisant preuve réellement d’imagination et de créativité, de proposer quelque-chose d’éminemment intéressant avec un tel cadre. La question écologique est un thème qui a émergé dans les années 1980 et qui a été d’une grande actualité aux États-Unis. Les connaissances à propos du monde bactériel qui ont émergées à cette époque, de son lien avec l’ensemble de la vie sur Terre, de la planète comprise elle-même comme un organisme vivant, auraient pu être des thèmes fascinants.

Cela aurait pu avoir le mérite d’être productif, de faire avancer culturellement l’humanité, comme l’art a su le faire à travers l’histoire quand il sert le camps du progrès.

Mais l’industrie du cinéma, et en l’occurrence Netflix avec le business des séries, ne s’intéresse pas à la culture et à l’héritage culturel. Il pompe, lessive, délave et dénature la culture pour produire des œuvres conformes à l’idéologie de notre époque : rien n’a d’importance, peu importe la vérité, peu importe la réalité.

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Écologie

Le maire de Compiègne Philippe Marini interdit un rassemblement anti-chasse à courre

Le maire de Compiègne, Philippe Marini, a décidé d’interdire le rassemblement anti-chasse à courre, avant même que celui-ci soit déclaré. C’est un exemple significatif du déni de démocratie d’une Droite décomplexée et le prolongement d’une répression déjà dénoncée dans une tribune (que nous avons signée).

On comprend pourquoi, dans leur bande dessinée intitulée La Présidente, qui raconte la victoire hypothétique de Marine aux présidentielles de 2017, François Durpaire et Farid Boudjellal aient fait en sorte de placer Philippe Marini comme secrétaire d’État aux Finances du nouveau gouvernement.

Le CV du maire est également édifiant. Comme études : sciences-Po, l’ENA, licence de droit à Assas…

Puis un parcours institutionnel de haut vol : professeur à Sciences-Po et à l’IUT de Compiègne, directeur adjoint (1979-1982) puis directeur des services financiers du Commissariat à l’énergie atomique (1982-1989), membre du directoire de la banque Arjil de 1989 à 1994, avocat à la cour de Paris, inspecteur des finances, membre de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts de 2002 à 2008, rapporteur général de la Commission des Finances du Sénat, président de la commission des finances, sénateur de l’Oise,  président de la communauté d’agglomération de Compiègne, Secrétaire général de la Section française de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, membre du Comité national de l’Euro, membre du Conseil national des assurances, membre du Conseil national du crédit, chargé d’une mission temporaire auprès du Premier ministre, président du Syndicat mixte de la Vallée de l’Oise, président de l’association Seine Nord Europe, membre du Conseil d’Administration de l’université de technologie de Compiègne, président de l’Association des lauréats du concours général de 2011 à 2018…

Celui qui est également président du groupe France-Arabie saoudite-Pays du Golfe au Sénat avait également demandé à la fin des années 2000, sans succès, que soient déductibles des impôts les pertes boursières issues de la crise financière de fin 2008.

Finalement cela résume tout et on aurait pu commencer par là pour cerner le personnage.

Et rappelons – l’anecdote a son importance – que François Ruffin n’a pas signé la tribune mentionnée plus haut et qu’il ne s’oppose pas à la chasse à courre, ni à la chasse en général. Cela reflète bien son manque de fond culturel réellement de gauche.

 

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Culture

« Civil War » : une bande dessinée comme fuite intellectuelle et morale

Écrit par Mark Millar et dessiné par Steve McNiven, la série de comics Civil War fait se rencontrer et se confronter l’ensemble des super-héros des éditions Marvel. Publiée en 2006-2007, la série a été considérée comme l’aboutissement de toute une étape de l’histoire des éditions Marvel et a par ailleurs donné naissance en 2016 à un film hollywoodien, Captain America: Civil War.

Le principe de l’histoire est le suivant : l’État américain a décidé au moyen d’une nouvelle loi de recenser et d’encadrer les personnes ayant des super-pouvoirs et, naturellement, en raison de leur libéralisme, toute une partie des super-héros refuse de se soumettre à ce décret « fasciste ».

Les partisans de la loi, regroupés autour d’Iron Man, traquent alors les opposants à la loi, regroupés autour de Capitaine America. La « guerre civile » divise les super-héros, amis ou membres d’une même famille et la série est un grand prétexte à dénoncer les oppositions d’idées au sein d’une société.

Le ton de la série Civil War de Marvel reflète ainsi très précisément celui de la chanson du même titre du groupe Guns N’ Roses, sur l’album Use your illusions II en 1991.

Assimilant guerre en général et guerre civile, la chanson revendique le refus de toute guerre quelle qu’elle soit : « Je n’ai pas besoin de ta guerre civile / Cela nourrit le riche alors que cela enterre le pauvre / Ton pouvoir qui a faim vend des soldats / dans une épicerie humaine ».

Pour cette raison, la bande dessinée fait comme Emmanuel Macron avec son « et… et… ». Tout le monde y a raison, avec des arguments solides, d’ailleurs il y a souvent des rencontres entre responsables des deux camps, ou des gens qui changent de camp.

La religion y a souvent sa place et le thème de la rédemption est permanent, au point d’être le socle de l’histoire. Tout commence en effet par l’intervention de super-héros filmant leur combat pour une émission de télé-réalité, des « super-vilains » faisant alors sauter un quartier pour s’échapper.

La culpabilité ronge alors certains, la fin de la série elle-même se fonde sur un super-héros triomphant mais cessant le combat pour changer de camp et expier ses péchés, etc. Ce qui n’empêche pas, parallèlement, d’avoir des femmes régulièrement déshabillées, avec des poses lascives, correspondant aux clichés du sexisme.

Cette dynamique du choix, reflété par le slogan de la série « Dans quel camp êtes-vous ? », est par ailleurs censé justifier cette aberration : des amis de longue date ayant sauvé le monde s’affrontent d’un coup de manière totale, quitte à s’appuyer sur des super-vilains criminels et assassins.

C’est tellement grossier comme idée qu’il a fallu que le scénariste introduise le personnage du « punisseur » comme sorte d’élément ramenant un équilibre, ainsi qu’un complot à l’échelle mondiale de « hydra », ce que reprendra plus particulièrement le film.

Cela signifie également que le dessin se fonde uniquement sur le spectaculaire d’un côté, une recherche graphique-esthétique lors des discussions de l’autre, le tout avec l’utilisation de la science-fiction la plus massive pour ajouter au pittoresque : les super-héros récalcitrants arrêtés sont placés dans la « zone négative », un « univers » parallèle.

Cela reflète une fois de plus à quel point les comics, de par leur culte de l’élitisme et de l’irrationalisme, relève d’une idéologie fondamentalement opposée à toutes les valeurs de gauche. Tout comme l’heroic fantasy et à l’opposé de la science fiction, le monde des comics invente des problématiques qui n’existent pas, dans des mondes qui n’existent pas, et qui ne sont pas tant imaginaires que sciemment construits sur l’irrationnel, le pittoresque, la négation de la société, une lecture purement individualiste et aventurière de la société.

Civil War est d’autant plus l’aboutissement de cela que les super-héros, auparavant séparés, prétexte à des lectures divertissantes, acquièrent une vie propre, devenant une réalité sociale au point de former une société parallèle, reconnue par l’État, ayant des liens avec celui-ci, avec l’actualité de la société américaine.

Civil War se veut résolument ancré dans la société américaine en général, dans la société américaine post-11 septembre en particulier. C’est un saut qualitatif : la réalité parallèle des comics a cédé la place à la confusion entre le monde réel et le monde virtuel des comics. C’est une fuite intellectuelle, morale, culturelle, entièrement assumée.

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Culture

Le film « Shoes » (1916)

Shoes est un film de 45 minutes tourné par Lois Weber, réalisatrice phare du cinéma muet, sorti en 1916. Il s’agit encore des début du cinéma, dont l’invention coïncide avec celle du kinétographe (considéré comme la première caméra) par Thomas Edison en 1891.

On y suit Eva, une jeune femme vivant chez ses parents avec ses trois soeurs, et travaillant dans une petite boutique pour subvenir aux besoins de sa famille.

L’histoire repose sur un enjeu très simple : son unique paire de chaussures est totalement usée, trouée, rafistolé avec du carton. Elle attend donc son salaire hebdomadaire de 5$ avec impatience pour s’en acheter une nouvelle paire. Seulement sa mère qui récupère l’argent refuse de lui donner ses 3$ comme prévu, puisque la famille n’a presque plus de quoi s’acheter à manger.

En parallèle à cela un homme aisé lui fait des avances, représentant la tentation de la corruption (ici la prostitution). Tout au long du film Eva tentera de résister à cela malgré la dégradation de sa condition.

Les enjeux sont donc simple et clair, et cela n’est pas sans rappeler les nombreuses luttes sociales du début du XXème siècle, qui avait  souvent pour base des détails de la vie quotidienne.

On est ici plongée dans une réalité terrible, où maintenir sa dignité semble impossible puisque d’un côté il faut nourrir sa famille et de l’autre pour continuer à le faire la seule solution semble être de se compromettre.

Émile Zola, dans Au bonheur des dames, avait également souligné cet aspect sordide de la vie quotidienne où les travailleuses sont dépendantes de rapports de force particulièrement violent.

La seconde figure masculine du film est celle du père, qui se complait dans une forme d’oisiveté malgré la détresse sociale de sa famille et de sa fille.

Le ton du film est résolument réaliste, à l’exception d’une scène qui tend davantage vers l’expressionnisme lorsqu’une main géante avec “POVERTY” inscrit dessus surgit du haut du cadre pour aller essayer de s’emparer d’Eva qui se morfond dans son lit.

On comprend évidemment pourtant le sens allégorique de cela. Le film se termine également avec ces deux panneaux :

This flower had not had a fair chance to bloom in the garden of life. The worm of poverty had entered the folded bud and spoiled it.

Ce qui en français se traduit comme suit :

Cette fleur n’a pas pu s’épanouir dans le jardin de la vie. Le ver de la pauvreté s’était introduit en elle et l’avait pourrie de l’intérieur.

Le second panneau dit :

Whatever happened, life must go on. Whatever boats are wrecked, the river does not stop flowing the sea.

Ce qui se traduit par :

Quoiqu’il arrive, la vie doit continuer. Des bateaux ont beau faire naufrage, cela n’empêche pas le fleuve de couler jusqu’à la mer.

La portée sociale de ces véritables petites sentences est évident.

Le film représente également évidemment un intérêt pour qui s’intéresse au cinéma, les restaurations de film des années 1910 n’étant pas si nombreuses.

Lois Weber est la première réalisatrice d’un long métrage et ose déjà une mise en scène très audacieuse avec l’utilisation de gros plans, de travelling, de plans en plongée et une direction d’acteurs moderne.

A noter que Shoes est disponible en ligne sur Arte+7 (ainsi que Suspense de la même Lois Weber) jusqu’au 7 avril.

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Politique

Textes d’orientation des socialistes Stéphane Le Foll et Olivier Faure

A la suite du premier tour des élections au sein du Parti socialiste, ce sont Stéphane Le Foll et Olivier Faure (celui-ci étant en tête) qui ont le plus de voix et seront présents au second tour, aux dépens de Luc Carvounas et Emmanuel Maurel. [Stéphane Le Foll s’est désisté dans la matinée.]

Voici leurs textes d’orientation respectifs. On remarquera que dans les deux cas, il est appelé à un Parti socialiste comme « fédération » des gens proches ou bien un  « parti-plateforme » ; la conception d’un parti comme organisation au sens stricte est abandonnée de manière ouverte et rejetée comme relevant du passé.

Cher.e.s camarades,
Le Mans, le 27 janvier 2017

Cher.e.s camarades, c’est à vous qu’il revient de décider maintenant. La défaite de 2017 met en cause notre existence en tant qu’organisation politique. Mais nos idées, nos valeurs sont toujours présentes, toujours d’actualité. Seule question : sommes-nous collectivement capables de retrouver la fierté, la lucidité, la confiance, en somme l’esprit de camaraderie ?

Cher.e.s camarades, nous devons retrouver la confiance en nous, mais aussi retrouver la confiance des Français.es, de nos électeur.ices.s que nous avons perdu.e.s. Les deux ne peuvent pas être dissociés. Car le renouvellement, comme notre adaptation en tant que parti, ne sont possibles que si nous sommes entendus par nos concitoyens. Dans le bouleversement électoral de 2017, l’affaiblissement des partis traditionnels est clair, celui du Parti socialiste acté.

Face aux défis que nous avons à relever rien ne sera possible sans une présence et une voix forte dans le débat public. C’est pour cela que j’ai décidé de me présenter devant vous, de solliciter vos suffrages sans chercher à masquer mon engagement, mes fidélités, ma loyauté à l’égard de François Hollande, ni mon expérience gouvernementale. Tout au contraire, je veux faire de mon histoire, de mes engagements et de ma sincérité un atout pour nous relever tous ensemble.

Cher.e.s camarades, vous-êtes les seul.e.s juges, vous devez retrouver pleinement votre liberté de choix, loin, très loin des accords d’appareil, des signataires de listes de soutien, des réunions parisiennes souvent nocturnes ; c’est votre liberté, quels que soient vos territoires, vos engagements passés qui sont les clefs de notre réussite de demain. Pas pour un poste, pas pour une ambition personnelle, mais pour nous engager, ensemble, sur le chemin de la confiance et de la fierté.

Cher.e.s camarades, mon expérience et ma force de conviction seront utiles pour peser dans le débat face aux autres forces politiques, aux autres personnalités politiques, Jean Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez, Marine Le Pen et les figures de la République en Marche d’Emmanuel Macron.

Ma fidélité à nos valeurs, c’est aussi une cohérence politique et une clarté qui nous ont fait défaut depuis plusieurs années. Jaurès disait que « seule la clarté est révolutionnaire ». Le quinquennat aura été miné par une division profonde, une opposition au sein même de la majorité qui aura fragilisé tout l’édifice.

Pire, cette fronde qui nous aura fracturés devant nos concitoyen.ne.s n’offrira, au bout du compte, aucune issue politique. L’échec de Benoit Hamon est celui de tous ceux qui ont cru qu’il était possible de créer une alternative politique au sein même de la majorité à laquelle ils appartenaient. Personne n’a imaginé tout simplement que les Français.es iraient logiquement chercher ailleurs cette alternative. Grave erreur dans un pays aussi politique que le nôtre et qui fait payer cher les divisions au sein d’un même camp, Lionel Jospin en 2002, lui aussi, en a été victime.

Mes cher.e.s camarades, les primaires telles qu’elles ont été conçues auront eu aussi leur propre logique de déstabilisation. Celles bien sûr de 2017 qui auront servi à éliminer plus qu’à choisir une candidature pour la victoire. Celles de 2011 qui auront laissé par son succès populaire, et c’est le grand paradoxe aux battus du premier tour, toutes les raisons d’espérer et de prendre leur revanche durant le quinquennat.

Ce fut le cas d’Arnaud Montebourg qui imposera d’ailleurs une nouvelle primaire, ou de Manuel Valls qui jouera, dans ses fonctions, un rôle de leadership sur une ligne politique pourtant minoritaire. Il faudra revoir complètement ce processus de désignation pour le rendre moins déstabilisant.

Cher.e.s camarades, cette décomposition ne peut pas se renouveler sans des risques, cette fois, de désagrégation. Car, dans une nouvelle majorité qui ne serait unie que sous la bannière du renouvellement sans vraie cohérence, sans solidité, sans véritable envie de partager une ambition collective, le risque de se diviser à nouveau sur de jeunes ambitions individuelles est grand. Il faut une orientation, un rassemblement autour d’une cohérence et une dynamique collective.

Cher.e.s camarades, je m’engage à rassembler et redonner confiance, en réformant notre fonctionnement, en renouvelant les équipes pour que dans deux ans, après les européennes et d’ici les municipales, nous ayons réussi à redresser notre image, nous ayons réussi à retrouver une place dans le débat démocratique. Ce travail est ma responsabilité, il doit permettre ensuite de lancer de nouveaux talents à la reconquête de notre pays et de nos territoires.

Mes cher.e.s camarades, il ne faut jamais laisser tomber le drapeau du socialisme disait François Mitterrand car il y aura toujours quelqu’un pour le reprendre. Oui, les partis peuvent mourir surtout quand ils sont mal dirigés.

Mais nos idées vivent, ce sont les flammes des esprits des hommes et des femmes pour le progrès, la solidarité, l’internationalisme, l’écologie, le refus du nationalisme, de l’enfermement et des réflexes identitaires. Nos idées vivent car il faut porter un espoir pour ceux à qui l’ordre du monde et des choses ne donnent plus d’espoir.

Nous devons faire vivre cet espoir car il doit être concret, inscrit dans la réalité du monde tel qu’il est avec un idéal, une ambition, sans radicalité mais dans l’exercice de la démocratie et de la République. C’est pour cela que nous sommes sociaux-démocrates, issus du socialisme français de Jaurès par le dépassement de la lutte des classes pour porter toute l’humanité.

Nous sommes les héritiers de Schœlcher, de l’aspiration au respect et à l’élévation de Senghor et de Césaire, de Montesquieu et de l’Esprit des lois, de Rousseau et de Voltaire pour sortir de l’ombre la liberté des Hommes, de Condorcet pour son esprit foudroyé par la passion irraisonnée, de Galilée à Buffon pour la planète, de l’esprit de résistance de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, du féminisme de Simone Veil, à Pierre et Marie Curie pour la science au service du progrès, de Molière à Picasso et de tous les autres pour toutes les créations artistiques.

Les socialistes se doivent de redécouvrir les Humanités, l’internationalisme en sortant de l’économisme, porter l’intérêt général de la planète toute entière. C’est aussi le message que nous devons faire passer lors de ce congrès. Comme le disait Jean Jaurès pour rester socialistes, nous ne devons jamais nous enfuir de l’humanité. C’est cela notre mission et notre devoir.

Une histoire entre fierté et lucidité

Fierté

Mes cher.e.s camarades, Jean Jaurès est à l’origine du socialisme français et nous devons en être fiers. Notre histoire est un long chemin avec des compagnonnages d’autres personnalités, d’autres forces  politiques sur la voie de la République. Nous sommes attachés à la liberté quel que soit l’espace dans lequel elle s’exerce : la presse, l’art, le  voyage, la pensée, la science, la conscience.

C’est pour cela que nous défendons notre attachement à la laïcité. C’est aussi la liberté d’entreprendre dans une économie de marché, acceptée, mais avec l’impérieuse obligation de réduire les inégalités pour répondre à cette belle aspiration d’égalité qui sommeille chez tous ceux qui sont les perdants, qui se sentent humiliés.

La fraternité, enfin, parce que les femmes et les hommes doivent toujours conjurer leurs tentations identitaires de repli sur soi, de rejet de l’autre et leurs pulsions violentes. Nous devons, plus que jamais, lutter contre les nationalismes qui fleurissent partout en Europe et dans le monde.

Mes cher.e.s camarades, c’est pourquoi nous pouvons être fiers de notre histoire. Blum, le Front Populaire et les fameux congés payés, la décolonisation, la deuxième gauche de Michel Rocard, celle du mouvement de la démocratie sociale et associative, de la décentralisation ; le projet européen et l’Euro, l’abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans pour François Mitterrand et Pierre Mauroy, les 35 heures, le Pacs avec Lionel Jospin,  le mariage pour tous, l’effort de redressement économique, la COP 21 et la conscience écologique avec François Hollande.

La lutte contre les inégalités, le féminisme, la liberté d’opinion, celle d’entreprendre et de produire, le maintien de notre modèle social, la démocratie, la vie associative et syndicale, l’écologie, l’engagement pour l’Europe sont le cœur battant de notre engagement et de nos valeurs.

Elles sont plus que jamais actuelles, modernes, elles ne demandent qu’à être défendues avec force. Nous devons être fiers de toutes ces avancées et de notre rôle démocratique dans la République et au service de la France.

Lucidité

Mes cher.e.s camarades, nous avons réussi à redresser la France d’une situation catastrophique laissée par Nicolas Sarkozy. Nous avons dû faire face à un contexte d’extrêmes difficultés économiques et budgétaires. Les déficits étaient lourds et il fallait prendre des décisions coûteuses politiquement à travers le sérieux budgétaire et la hausse de la fiscalité.

Sans ces actions courageuses, la France aurait été affaiblie économiquement et politiquement si nous avions suivi les tenants des « toujours plus de déficits budgétaires » pour retrouver la croissance. Nous avons fait des choix difficiles en pleine crise, sans remettre en cause notre modèle social. La preuve : les inégalités se sont même légèrement réduites, dans cette période. C’est unique en Europe.

Le dernier quinquennat s’est soldé par un échec sans précédent à un moment pourtant où les résultats économiques arrivaient, fruit de toutes les mesures prises et qui redonnent de la croissance et surtout des créations d’emplois.

Plus de 300 000 créations d’emplois en 2017. Il faut plus que jamais rester lucide et assumer le quinquennat pour tenter de se relever. Qui peut croire, sinon, que les Français.es reviendront vers nous ? Cela consiste à admettre que des choses ont été réussies et d’autres moins. Etre lucide c’est regarder notre échec honnêtement.

Ainsi, nous avons donné de la force aux entreprises pour endiguer des flots incessants de fermetures et de pertes d’emplois. C’était aussi nécessaire pour les ouvriers, les employés partout en France. Rappelons-nous simplement que PSA était moribond lorsque nous sommes arrivés et que l’entreprise s’est redressée de manière spectaculaire comme beaucoup d’autres entreprises.

Cher.e.s camarades, nous avons voté des avancées sociales importantes : le compte pénibilité, l’égalité femme – homme, combat qui doit se poursuivre, le mariage pour tous, le soutien à l’économie sociale et solidaire etc…

Nous avons également fait adopter deux réformes majeures : le départ à la retraite à 60 ans pour les carrières longues et le tiers payant. Autant d’avancées qui sont aujourd’hui remises en cause. Il est terrible de n’en prendre conscience qu’au moment où le Gouvernement Macron va les supprimer.

Ces mesures existent grâce à nous et elles sont essentielles pour les Français.es les plus modestes, ceux qui ont commencé à travailler tôt et les classes moyennes. Dans le domaine de l’éducation et de la jeunesse, nous avons créé plus de 55 000 postes d’enseignants tellement utiles dans certains quartiers et dans le monde rural. Nous avons fait du budget de l’éducation nationale le premier budget de la Nation.

Enfin, nous avons dû affronter le terrorisme et ses horreurs, la haine la plus vile, le risque de la déstabilisation du pays et de notre modèle républicain. François Hollande a fait face, a conduit la guerre à l’extérieur au Mali, en Syrie, en Irak ; il a renforcé les moyens de sécurité et de renseignement en France.

Face au terrorisme, il a préservé l’unité nationale et les valeurs de la République, il a avec Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira évité tout basculement dans le nationalisme et la haine.

La lucidité, c’est admettre les erreurs pour ne plus les reproduire. Sur la déchéance de nationalité je regrette le processus. J’étais au Stade de France le soir du 13 Novembre. J’ai participé au Conseil des ministres dans la foulée : ce soir-là, je ne savais pas ce qui allait se passer dans le pays. Cela pouvait aller très loin et très mal.

Être lucide c’est aussi admettre que la communication sur l’action du Gouvernement n’était pas bonne et le Président n’a pas assez valorisé ce qu’il a réussi à faire. Ensuite, il aurait fallu, dès le début, dire que la situation était très difficile et que le redressement des comptes publics prendrait du temps.

Ainsi, on aurait pu séquencer le quinquennat en deux temps, d’une part le redressement d’autre part la redistribution des efforts consentis. Autre erreur : cet objectif de « l’inversion de la courbe du chômage » a pesé sur tout le quinquennat pour arriver trop tard pour en tirer des bénéfices politiques.

On s’est également trompé sur la présentation du pacte de responsabilité qui n’est pas qu’une politique de l’offre mais une politique pour le travail et l’emploi dans l’entreprise. On s’est trompé en prônant aussi trop vite l’hypothèse de la reprise qui arrivera fin 2015-début 2016, en n’insistant pas assez sur la lecture sociale des mesures prises. Une erreur, enfin, de calendrier et de méthode a été faite avec la loi travail : présentée trop tard dans le quinquennat, sur le fond, cette loi aurait dû être dans le prolongement des lois Sapin et Rebsamen, enfin, l’utilisation du  49.3  était une erreur.

Cher.e.s camarades, pour être lucide il faut aussi acter que nos divisions, l’opposition résolue des frondeurs, auront coûté cher en donnant l’impression aux Français.es d’une incapacité à être cohérents et à rendre ainsi impossible toute valorisation de ce qui était fait. Tout a été brouillé par le bruit incessant de nos divisions.

Cher.e.s camarades, il faut maintenant se relever, sortir de cet état de choc et dans ce contexte politique nouveau face à la France insoumise et à la République en marche d’Emmanuel Macron, retrouver notre place et construire un avenir ensemble. Retrouver notre place, c’est être dans une opposition résolue sur les sujets qui sont pour nous des questions fondamentales.

La loi de finances votée par la majorité est une loi pour les plus riches avec des dépenses injustes et coûteuses pour l’équilibre de la dépense publique. Face à la réforme annoncée des retraites nous devrons nous mobiliser car le risque est grand de voir remis en cause les acquis sur la retraite à 60 ans que nous avons préservés et étendus aux carrières longues.

Mais notre opposition doit être intelligente et ne pas verser dans l’opposition caricaturale et systématique pour rester en phase avec nos concitoyens qui sont fatigués des querelles politiciennes. Pas non plus de caricatures et de positions qui nous placeraient dans le confort de l’opposition sans possibilité de les mettre en œuvre ensuite lorsque nous seront au pouvoir.

Cher.e.s camarades, cela implique plus que jamais de la cohérence politique et une vraie maîtrise de notre parole collective pour sortir enfin de la cacophonie. C’est notre responsabilité, c’est votre responsabilité de faire le choix de la clarté.  A nous de faire ce travail dans une cohérence politique nouvelle et solide en relevant les défis du monde d’aujourd’hui pour penser l’avenir et le progrès de demain, socialement économiquement et surtout écologiquement.

Enfin, je vous donne rendez-vous dès le mois de septembre 2018 pour un vote après des Assises des socialistes, pour construire un parti rassemblé, renouvelé, tourné vers nos concitoyens. En somme, une nouvelle organisation au service de la confiance.

Proposition sur les cinq grands défis pour demain

I – Le premier grand défi est celui de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique.

C’est parce que nous sommes internationalistes que nous avons à cœur de mener la bataille de la lutte contre le réchauffement climatique, de la préservation de la planète, de l’engagement pour la biodiversité.  Que reste-t-il de cet engagement si on le réduit à une planification nationale ? Rien.  Pire, si avec des discours nationalistes comme « l’Amérique d’abord » on refuse de prendre sa part de l’effort pour sauver l’humanité, que reste-t-il de cette lutte ?

Encore une fois : rien. L’écologie n’est plus une question politique nationale, elle est devenue un engagement international, « citoyens de tous les pays unissez-vous ».  Le marché ne peut pas résoudre ce problème. L’environnement nous coûtera cher lorsque nous serons arrivés à l’épuisement de sa propre capacité à se renouveler, c’est-à-dire trop tard.  Il faut donc agir vite.

La COP 21 fut le point de départ d’une conscience internationale. Sans la détermination de la France, avec une diplomatie ouverte, le succès n’aurait jamais été possible. C’est une leçon que certains à gauche et à droite oublient, ou ne veulent pas voir, en se drapant dans le confort de l’opposition, du jamais suffisant, jamais assez, donnant ainsi la mesure de leur incapacité à assumer des responsabilités qui imposent des compromis, surtout à l’échelle mondiale. La transition doit se faire vers une économie décarbonée, vers les énergies renouvelables, vers la bio économie et l’agroécologie, à travers l’intensification de l’énergie solaire et de la photosynthèse.

J’ai lancé l’initiative « 4 pour 1 000 » qui a pour but de stocker le carbone dans les sols, d’utiliser les arbres pour l’agroforesterie et permettre ainsi de diminuer le carbone dans l’atmosphère. N’opposons pas la lutte contre le réchauffement climatique avec la recherche du bien vivre et du confort : les deux sont possibles, encore faut-il inventer de nouvelles méthodes.

Le confort n’est pas l’ennemi de l’environnement, la croissance non plus à une seule condition : être efficace collectivement. C’est comme cela que l’on trouve les ressources et les gains de productivité nécessaires pour redistribuer différemment et poursuivre sur le chemin d’une croissance nouvelle que j’appelle « la croissance sûre », celle qui va permettre d’assurer la production de richesse durable nécessaire au progrès de tous, en particulier les perdants de la mondialisation.

Proposition : un grand forum sera organisé pendant les deux ans qui viennent pour construire les bases d’un modèle de développement durable et d’efficacité énergétique, sur le long terme, pour les vingt ans qui viennent.

II – Le deuxième défi est celui du destin de l’Europe

Je garde à l’esprit ce message de François Mitterrand lors de ses vœux à la Nation en janvier 1995 : « ne dissociez jamais la liberté de l’égalité. Ne séparez jamais la grandeur de la France de la construction de l’Europe. »

Notre internationalisme ne se pense pas, là encore, sans mesurer la réalité, celle de la puissance de la Chine, de l’Inde, du décollage inégal, mais réel de l’Afrique, du retour des empires russe et turc, de l’isolationnisme de l’Amérique de Trump. Mais aussi, des menaces qui mettent l’Europe à l’épreuve, celle du terrorisme, de la pression migratoire. Au fond l’Europe et la France sont au cœur des tensions et appellent plus que jamais de la force et de la solidarité dans les réponses.

C’est pourquoi, je ne crois pas à la fin de la social-démocratie en Europe, contrairement à d’autres. Elle doit s’affirmer au moment où les populismes et les nationalismes agitent les peurs, en défendant une Europe solidaire face au défi migratoire, solidaire en son propre sein et solidaire avec ses voisins.

Cela n’a de sens que si l’Europe s’engage dans une formidable action de développement, de stabilisation des pays de tout le pourtour méditerranéen et de l’Afrique. Il faut pour cela un budget européen avec une vraie recette financière. La taxe sur les flux financiers doit financer une grande politique de développement.

La finance au service du développement : c’est notre engagement. Avec le réchauffement climatique, l’Europe et la France doivent s’engager résolument dans un soutien au développement du grand continent africain. L’Europe doit aussi rester, elle-même, exemplaire en tant qu’espace de solidarité.

C’est pourquoi elle ne peut être laissée aux seuls tenants du marché et du commerce mais portée par des sociaux-démocrates déterminés à faire valoir la nécessité d’un budget européen favorables aux politiques de solidarités : fonds socio-structurels pour l’emploi et la jeunesse, l’éducation, la lutte contre la pauvreté, la politique agricole commune, la politique globale de l’énergie, du numérique et la culture.

Avec le Brexit, l’occasion est donnée d’avoir enfin un vrai budget européen avec des recettes propres par pays affectées au budget de l’Europe. Cette nouvelle recette européenne diminuerait d’autant les contributions budgétaires nationales et donc, pour certain pays, leur déficit budgétaire.

S’ouvrirait alors un vrai débat démocratique au sein de l’espace européen qui nécessitera une réforme profonde des institutions européennes au sein même du triptyque Conseil européen, Parlement européen, Commission européenne. Il s’agit de rappeler à l’Allemagne, comme l’avait dit Jacques Delors, que le marché unique ne tient que parce qu’il est complété par une solidarité forte.

Proposition : engager une convention sur l’Europe début octobre 2018 pour construire notre projet européen  de l’après Brexit avec un vote des militants pour engager la campagne des européennes.

III – La lutte contre les inégalités notamment patrimoniales est le troisième grand défi

La France et le socialisme ont une place par leur histoire et l’attachement qu’ils portent aux politiques publiques, à l’idée de l’Etat comme outil des solidarités, à l’acceptation de l’économie de marché mais pas à celle d’une « société de marché » où tout se vaut et tout s’achète comme l’avait dit Lionel Jospin. La question qui nous est posée c’est de réinventer des politiques de redistribution.

Dans de nombreux domaines nous devons inventer, innover repenser de nouveaux emplois. Je propose de réfléchir sur quatre principaux domaines pour créer de nouveaux emplois : l’écologie et la « croissance sûre »; la santé de manière globale et en particulier avec le vieillissement de la population, l’aide à domicile et les aidants; le développement de la vie associative et de l’insertion sociale.

Mais surtout, la culture qui sera à n’en pas douter une des activités majeures de demain, une activité de création à haute valeur ajoutée, mais aussi d’influence française en Europe et dans le monde. En somme, un vecteur de cette identité ouverte que nous défendons.

On ne doit pas en tant que socialistes accepter le dilemme absurde qui veut que les emplois nouveaux soient dans le numérique version start up « en marche » ou bien que le numérique soit lui-même la source de la fin du travail. Le travail est un accomplissement et une dignité pour ceux qui ont peu, il doit-être réinventé mais nous devons réaffirmer notre attachement à cette valeur.

Car contrairement à ce que pensait Benoit Hamon, ce ne sont pas les élites qui ont rejeté le revenu universel, il a été inventé par elles, mais bien les milieux populaires et les classes moyennes qui y voyaient là une forme d’injustice entre ceux qui seraient payés « sans travailler » et ceux qui gagnent le SMIC à temps plein. Perçue comme injuste cette mesure nous a couté politiquement lors de la dernière présidentielle.

La lutte contre les inégalités est le cœur de notre mobilisation dans les années à venir. L’ONG Oxfam a publié une étude qui confirme le creusement des inégalités,  82% de la richesse produite a été captée par les 1% les plus riches dans le monde. Ce n’est plus tolérable.

Ainsi depuis plusieurs dizaines d’années, les sociétés industrialisées, modernes connaissent une accélération de la concentration patrimoniale et l’accroissement des inégalités. Les 10% des Français.es les mieux dotés en patrimoine concentrent près de 50% du patrimoine brut des ménages quand les 10% les plus modestes n’en détiennent que 0,07%.

1% des mieux dotés rassemblent quant à eux 16% de la richesse totale.  Il y a vingt ans, les 500 premières fortunes de France détenaient 6 % du PIB, aujourd’hui elles en détiennent 24 %. En 2018, les inégalités patrimoniales sont 20 fois plus fortes que les inégalités de revenus.

Le rapport entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres va de 1 à 7 en matière de revenus, il va de 1 à 138 quand il s’agit de patrimoine. L’enjeu c’est de mettre en place des politiques publiques qui permettent de lutter contre ce processus de concentration patrimoniale. Dès 2016, j’ai initié une réflexion sur cette question avec la Fondation Jean Jaurès (https://jean-jaures.org/nos-productions/la-nouvelle-dynamique-patrimoniale-trois-patrimoines-pour-renouer-avec-le-progres).

Sous le quinquennat précédent, les prémices d’une politique nouvelle ont été ébauchés avec la fiscalité égale entre le travail et le capital, la prime d’activité qui vient compléter les salaires autour du SMIC, forme la plus aboutie du revenu universel en le liant au travail, la revalorisation des minima sociaux, les aides à l’accès au logement et à la propriété, à l’efficacité énergétique et à l’économie énergétique.

Ma proposition concrète face à cela : donner à la jeunesse un capital de départ pour se lancer dans la vie et des politiques de redistribution patrimoniale en consacrant 1% de notre richesse à cet objectif. Cela permettra d’assurer une dynamique nouvelle de sécurité pour l’avenir et de réduction des inégalités.

C’est là que se joue, pour la France et les socialistes, la combinaison entre l’enjeu international et celui de la redistribution nécessaire pour redonner des perspectives aux perdants de la mondialisation mais aussi pour permettre à la jeunesse, dans toute sa diversité, de renouer avec l’espoir. Les mesures fiscales prises par le gouvernement et votées par l’actuelle majorité vont accentuer cette concentration, vont accélérer même ce processus de concentration, ce qui est le contraire de ce qu’il fallait faire.

Lutter contre les inégalités c’est aussi reprendre la longue marche des socialistes pour l’égalité. Egalité entre les femmes et les hommes : le féminisme est un combat de tous les instants et nous aurons collectivement à faire des efforts, y compris au sein de notre famille politique, pour l’égalité femmes – hommes et pour bannir et prévenir tous les comportements, toutes les attitudes en désaccord avec nos valeurs.

Nous devrons aussi consolider la parité, pas seulement en termes numériques, mais en termes de responsabilités : autant de femmes que d’hommes aux responsabilités stratégiques. Egalité aussi avec la PMA : le débat a eu lieu, le Conseil de bioéthique a rendu un avis positif, il faut maintenant le faire rapidement.

Proposition : lancer une vaste convention juste après les européennes sur les nouvelles redistributions et les évolutions des formes de travail et de protection sociale pour combiner solidarité, économie et écologie.

IV – Le quatrième défi est celui de la laïcité

La France, par son histoire et ce qu’elle vient de vivre avec les attentats, est une cible privilégiée du terrorisme et d’une sourde, mais bien réelle, offensive idéologique de contestation de notre modèle Républicain. La laïcité est, plus que jamais dans cette période de troubles, un enjeu face à tous les extrémismes religieux. On ne transigera jamais sur la séparation des Eglises et de l’Etat.

La contestation radicale du modèle Républicain et occidental par un soi-disant retour à une origine des textes, n’est autre qu’un mouvement identitaire de plus qui doit être dissocié de l’islam, qui a toute sa place dans la République, comme toutes les autres religions. La démocratie dans la République est redevenue une question avec l’émergence des réseaux sociaux, des interconnections mondiales, de la liberté qu’elles procurent mais aussi des risques qu’ils offrent de diffusion de fausses informations, d’attaques insidieuses, d’expressions brutes et brutales, dangereuses exacerbation des passions.

Proposition : mise en place d’une nouvelle école de formation des socialistes avec un enseignement spécifique sur la laïcité, son histoire et son actualité.

V – Le dernier défi est celui de la démocratie dans la République

L’exercice du pouvoir selon Emmanuel Macron nous amène à réfléchir sur l’équilibre des pouvoirs et sur les principes démocratiques sur lesquels cela doit s’appuyer. Nous devons à nouveau porter un projet démocratique avec trois grands engagements fondamentaux. Premièrement, un nouvel équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif en renforçant la place du Parlement. Cela doit conduire à maintenir le nombre de député.e.s et à proposer non pas une dose de proportionnelle, mais un retour à la proportionnelle de 1986, par listes départementales.

Deuxièmement, préparer une nouvelle étape de la décentralisation pour rapprocher la décision des réalités locales pour ancrer l’économie et le social dans une démarche territoriale avec du pouvoir réglementaire dévolu aux collectivités locales. Enfin, renforcer la démocratie sociale en revenant sur les dispositions des ordonnances qui remettent en cause la présence des syndicats dans les entreprises et en inscrivant dans la Constitution le principe de la démocratie sociale.

Les socialistes, dans l’histoire de la gauche française, ont permis cette synthèse entre la première gauche et la deuxième gauche, entre celle qui revendiquait le primat du politique sur tous les acteurs et celle qui pensait le réformisme comme une mise en mouvement de la société toute entière. Cette belle synthèse c’est notre identité dans ce début de XXIème siècle au sein de la gauche. C’est ce qui nous différencie de la France insoumise et c’est pourtant ce qui fait que nous sommes la gauche.

Proposition : Les élus de la FNESR avec les militants seront chargés au lendemain des Européennes de préparer une convention sur les territoires et la décentralisation avec un vote des militants fin 2019.

Un parti rassemblé, renouvelé, tourné vers nos concitoyens.

Une nouvelle organisation au service des militants pour retrouver leur confiance et celle des Français.e.s

Ce congrès doit-être le vôtre et doit redonner la voix des militant.e.s de base loin des manigances et des accords de sommets.

Notre Parti s’est délité tout au long de ce quinquennat sans qu’il n’ait pu trouver sa place dans le débat démocratique. Il est traversé par des clivages anciens, les primaires de 2011 non cicatrisées, dont les plaies se sont infectées durant l’exercice de la responsabilité, ce qui n’était encore jamais arrivé. La fronde aura ainsi porté sur la place publique un débat, qui était jusqu’alors confiné aux moments réservés des débats de congrès.

Ce congrès est celui d’une remise à flot, une clarification de l’identité dans le contexte nouveau que nous connaissons. Il ne sera pas, à lui seul, la solution du rebond, de la reconstruction, mais doit poser les bases du redressement. A ce titre, il ne peut pas être l’objet d’une querelle de chapelles, de postes ou de conflits de génération. L’enjeu c’est le projet pour l’avenir de la gauche et la préparation des échéances à venir.

Le rôle de ce Congrès sera de voter pour un.e premier.e secrétaire et rassembler en renouvelant les équipes, les méthodes et en intégrant de manière plus significative et directe l’avis des militant.e.s en les sollicitant de manière régulière. Maintenant, c’est à vous de décider.

Le Congrès doit se dérouler en toute clarté sur des textes simples sans multiplier les options, les égos, les postures. Nous devons nous atteler à relever le défi de l’Europe en 2019 et surtout les élections locales en particulier les municipales. Voilà la mission d’ici 2020. Il y aura ensuite une seconde phase qui ira vers 2022.

Pour l’avenir, les socialistes doivent devenir un espace de débat et d’adhésion sous de multiples formes. Notre parti doit être un outil pour fédérer des forces et commencer à concrétiser l’idée d’une fédération souple de différentes sensibilités autour des socialistes. Cette fédération des socialistes, démocrates écologistes et européens a vocation à rassembler par le débat des sympathisants issus de différents horizons. On doit, sur ce sujet du rassemblement, tirer toutes les conséquences de la dernière primaire.

La BAP, conçue par Jean-Christophe Cambadélis comme une rampe de rassemblement, aura fonctionné le temps de la désignation. Moment trop court et pas suffisamment engageant pour la suite de la campagne. Les primaires, à ce titre, ne sont plus acceptables dans leurs formes actuelles car elles ne construisent pas le moyen de créer une dynamique de rassemblement.  Je propose, à travers des temps de débats plus longs et de créer un processus de désignation plutôt qu’un débat de désignation. Les inscriptions seront préalables au vote pour sortir de l’effet d’aubaine de votes au dernier moment qui dénature tout le processus.

Notre parti doit se repenser dans ses structures et ses formes de débats. Ses structures, en repensant notre organisation, en préservant ce qui reste solide, c’est-à-dire les fédérations qui doivent continuer à s’organiser avec un conseil politique départemental regroupant l’ensemble des militants et un exécutif mettant en œuvre les décisions et préparant les activités politiques et électorales.

Il faut revoir nos structures pour les adapter à chaque réalité territoriale. Nos sections, représentant l’unité de base de notre parti, doivent être renforcées en s’adaptant aussi aux nouvelles réalités territoriales (intercommunalités, des métropoles, des régions) afin de mener nos combats politiques avec plus de forces tout en gardant une proximité et un ancrage total avec le terrain. Elles devront permettre l’adhésion avec deux types de cotisations.

Celles des militant.e.s et celles des sympathisant.e.s à l’occasion de débats qui pourront être ouverts à d’autres formations. Des plateformes numériques pilotées par les fédérations et les nouvelles sections seront ainsi développées partout. Le vote, quel que soit le débat, sera électronique et l’initiative des débats ne pourra venir que des militants avec des modalités à définir. Les militant.e.s ont donc une prérogative exclusive : le droit d’initiative politique et le choix final.

Proposition : l’ensemble de ces pistes devront être débattues dans le cadre d’Assises des socialistes qui débuteront dès la fin du congrès.
Mes cher.e.s camarades, le congrès n’est pas une fin en soi mais bien au contraire un point de départ essentiel pour notre avenir. Je vous propose le calendrier suivant :

2018 – 2020

Première phase (avril – aout 2018) : engager une première convention sur notre organisation, le nom du parti et son fonctionnement.  Changer les modalités de vote avec les votes électroniques, ouvrir des plateformes nouvelles de débats, des territoires d’organisation nouveaux : intercommunalités, métropoles, régions. Cette première phase doit se terminer à la fin de l’été 2018 avec à La Rochelle autour de nos élus et de la FNESR un point d’étape avant une convention et un conseil national pour adopter après le vote des militants l’ensemble de notre nouvelle organisation ;

Seconde phase (2018-2019)tout aussi essentielle sera la préparation des européennes avec le lancement d’une vaste réflexion sur l’Europe et une première application des nouvelles règles de débat internes et ouvertes aux sympathisants. Fin février 2019 : adoption du projet et des listes ou de la liste nationale ;

Troisième phase(2019-2020) : lancement de deux grandes réflexions avec une nouvelle convention, un conseil national pour la préparation des municipales avec l’adoption d’un programme commun. Dans le même élan un grand débat sera lancé sur l’analyse des inégalités en France et en Europe et les moyens de la lutte contre les inégalités ainsi que la question des nouvelles formes de redistribution.

2020-2022

Quatrième phase(2020-2022) : préparation des élections Présidentielle et Législatives. C’est-à-dire la phase 2020 – 2022 avec trois grands objectifs : Mise en œuvre d’une fédération de la gauche de gouvernement ; Forme nouvelle de désignation pour l’élection présidentielle ; Plateforme de gouvernement de la France en Europe et d’engagements diplomatiques.

Ainsi nous aurons deux étapes pour reconquérir notre électorat perdu et rassembler la gauche, écologiste et sociale de gouvernement.

*
*   *

C’est ce que je crois être l’enjeu de cette période de débat qui s’ouvre, où se joue l’avenir de notre force politique. Chacun doit y réfléchir, surtout les militant-e-s, ces fidèles de l’engagement socialiste, ceux qui ont passé les épreuves des défaites et les joies des victoires, vous toutes et tous que je connais si bien. C’est à vous de prendre la parole et de redonner un destin et un avenir à notre belle histoire politique, à nos idées.

J’ai conscience que la tâche ne sera pas facile mais si j’ai choisi Jaurès pour l’avenir c’est parce que nos idées restent bien présentes en France et à l’échelle européenne. Nous ne serons plus les préparateurs fébriles du grand soir mais les bâtisseurs des alternances démocratiques qui font avancer toute la société et qui donne un espoir concret à ceux qui l’ont perdu. Mes cher.e.s camarades c’est à vous de choisir.

Stéphane Le Foll

Voici le second texte d’orientation pour le second tour.

Socialistes, Le chemin de la renaissance.

« Ne dissociez jamais la Liberté de l’Egalité. Ne séparez jamais la grandeur de la France de la construction de l’Europe ». François Mitterrand, vœux à la Nation, 31 décembre 1994

Cher(e) camarade, Nous nous présentons devant toi rassemblés pour conduire ensemble la renaissance du Parti Socialiste. Nos combats et nos valeurs restent d’actualité. Si nous voulons prolonger cette histoire nous devons profondément changer : changer nos pratiques et notre organisation, inventer un nouveau Parti Socialiste, mais aussi inventer de nouvelles réponses face aux inégalités et aux injustices sociales, aux défis du futur pour la planète et pour l’humanité. Nous sortons d’une déroute historique qui nous a collectivement ébranlés. La sanction a été sévère.

Nous pourrions la penser injuste, d’abord pour tous les militants et pour les élus locaux et nationaux qui se sont donnés corps et âmes à leur mandat. Mais les citoyens arbitrent et font des choix. Si les Français nous ont désavoués, c’est parce qu’ils ne discernaient plus notre capacité à répondre à leurs attentes et à exercer efficacement le pouvoir.

La politique a horreur du vide et d’autres offres sont venues occuper l’espace que nous avions abandonné. Mais la défaite de 2017 n’est pas que conjoncturelle, elle vient de loin ; elle n’est pas une parenthèse, aucune bulle n’éclatera pour rétablir le paysage politique antérieur. Nous devons reconquérir notre place.

A quoi doit servir notre congrès? Ce congrès n’est pas encore celui du projet. Personne ne croirait que nous allons refonder notre doctrine en quelques mois et qu’une motion y suffirait. Nous devons prendre le temps d’écouter les Français et de travailler sérieusement. Ce congrès doit ouvrir un nouveau cycle, qui conduira à notre renaissance. Aubervilliers doit être le point de départ d’une nouvelle aventure collective et entamer un processus de reconstruction idéologique, programmatique, organisationnelle, avec un préalable : le premier changement à opérer c’est celui des comportements.

Aubervilliers doit être le congrès de la confiance entre nous et de la fraternité retrouvée. La confiance d’abord : les années passées ont mis à rude épreuve notre solidarité. Ce qui doit être clair, c’est que désormais, celles et ceux qui participeront à la reconstruction doivent s’engager à le faire dans la loyauté. Nous ne demandons pas aux camarades d’où ils viennent, mais où ils vont. On ne peut pas être et dedans et dehors. Chacun doit avoir le courage d’assumer ses convictions – toutes sont légitimes- mais le Parti Socialiste est le parti des Socialistes.

La fraternité ensuite : démontrons notre envie du travail commun, retrouvons le goût de militer ensemble, le plaisir de débattre en respectant ensuite la décision collective. Il n’y a pas de force en politique sans solidarité.

Quels sont nos objectifs sur les trois prochaines années? • Incarner dans le pays une opposition de gauche crédible et responsable, une gauche à la fois de gouvernement et de transformation sociale. Il y a une gauche radicale qui n’est pas de gouvernement et un gouvernement qui n’est pas de gauche.

• Rassembler notre famille politique, aujourd’hui dispersée, et redevenir en voix le premier parti de gauche à l’issue du cycle électoral 2019-2020-2021. •

Passer des combats au projet et être prêts, en 2021, à proposer à nos concitoyens une nouvelle ambition et une vision de l’avenir. Nous n’avons pas vocation à être une opposition parmi les autres mais à devenir l’alternative. Dans un monde nouveau, celui de la transition écologique, de la mondialisation, du capitalisme financiarisé, du numérique et de l’individu, naissent des inégalités nouvelles, qui appellent des combats nouveaux et des solutions elles-mêmes nouvelles.

Pour les porter, nous avons besoin d’un nouveau Parti Socialiste qui place au cœur de son identité la passion de l’égalité, un parti européen, écologiste, féministe, qui défend la place du travail, porte les principes de la République, et propose un chemin d’émancipation pour toutes et tous. Notre parti doit être de nouveau une ruche, où l’on a plaisir à militer ensemble et où s’inventent des solutions nouvelles.

Le PS doit devenir un parti-plateforme, ouvert à toutes et tous, un laboratoire collectif, une fabrique d’expérimentations. Le PS doit être un outil au service de ses adhérents et à leur écoute, un parti de proximité ancré dans les territoires, en métropole et outre-mer, qui sait épauler les initiatives locales de refondation et de reconquête.

Que voulons-nous faire ? Rassembler les énergies dans la fraternité et le collectif retrouvé, unir les forces issues de toutes les générations et de toutes les histoires, pour redonner au PS une âme, en faire le carrefour des espérances et le parti des solutions.

1. Pour rendre possible notre renaissance, construisons une nouvelle maison commune, un nouveau Parti Socialiste Soyons fiers de la culture démocratique du Parti socialiste qui permet aux adhérents de définir l’orientation politique, d’élire les dirigeants, d’investir les candidats. Les partis-entreprises, agiles dans leur fonctionnement mais verrouillés dans leur organisation, ne peuvent être un modèle pour les femmes et les hommes de gauche qui savent la valeur de l’engagement collectif.

1.1. Nous avons besoin d’une éthique de l’action collective

Retrouver une authenticité dans notre vie démocratique ne dépend que de nous. Le PS a été le parti où l’on votait souvent mais où le vote des militants n’était pas respecté, soit par des responsables devenus « frondeurs », soit par des personnalités nationales qui se considéraient libres de leurs positions.

Il s’agit désormais de dépasser cette histoire pour unir nos forces et nos différences. Le parti de demain doit connaître un fonctionnement collégial, ancré dans une éthique collective : le respect des règles et du vote, et celui de l’autorité de la direction – en premier lieu celle du premier secrétaire.

Cela va de pair avec le dépassement des vieux clivages internes. Nous avons tous une histoire dans ce parti, nous avons tous notre propre sensibilité. La diversité demeure et justifie le débat mais pas des clivages dont nous avons perdu jusqu’au sens. Nous avons besoin de sincérité dans l’engagement et le travail collectif.

La politique n’est pas une carrière, elle est un choix qui doit toujours être authentique et demeurer désintéressé. Etre un élu ou un responsable du Parti donne une légitimité et un devoir d’engagement dans le travail, pas un statut de privilégié.

L’avenir du PS appelle un cadre de travail exigeant et solidaire, avec des femmes et des hommes à égalité de droits et de devoirs.

Proximité et ouverture aux autres sont essentiels pour renaître. Notre avenir s’invente dans les territoires avec tous les acteurs locaux qui se confrontent au réel, prennent des initiatives et ouvrent de nouvelles voies vers le progrès partagé.

Nous devons être engagés aux côtés des plus fragiles, de celles et ceux qui se battent pour leur dignité, pour leurs droits, pour leur emploi et leur logement. Nous devons être accueillants aux idées et aux innovations mais aussi aux nouvelles luttes et mobilisations. N’ayons pas peur d’être bousculés et interpellés, c’est aussi de cette façon que nous pourrons nous ressourcer.

1.2. C’est en se faisant parti-plateforme et parti des solutions, que renaîtra le Parti Socialiste

Aucune formation ne peut plus s’appuyer sur ses seules ressources internes. Le rôle d’un parti politique est aujourd’hui de faire vivre une plateforme pour animer la relation avec les citoyens, mobiliser leurs contributions, leurs énergies militantes, et renouveler en permanence le vivier des idées, des talents et des candidats sur tous les territoires.

Le parti-plateforme doit être ouvert aux adhérents et militants du Parti Socialiste mais aussi à tous les citoyens qui ne se reconnaissent pas dans les offres politiques actuelles et espèrent une alternative. Notre rôle est de construire avec eux un débouché et un projet politique nouveaux. Nous ferons vivre le débat avec toutes celles et tous ceux qui partagent cette aspiration, et portent des expertises et des propositions.

Ces partenaires sont nombreux : syndicats, ONG, associations, mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, chercheurs, intellectuels, entrepreneurs, artistes et acteurs du monde culturel. Ces forces multiples doivent échanger en permanence, co-élaborer des propositions. Notre parti doit être tourné vers l’expérimentation locale, capter la créativité, valoriser les initiatives et les engagements humains. C’est cela être le parti des solutions.

1.3. Un parti EuroSocialiste qui renoue avec son militantisme européen et international

Nous sommes des Eurosocialistes, membres d’une famille politique qui porte l’espoir d’une alternative progressiste à l’Europe libérale dominée par la droite. Face à l’égoïsme de certains états, face à la montée des nationalismes, l’Europe a besoin d’une nouvelle ambition collective, sociale et solidaire, elle doit rendre le pouvoir aux peuples pour devenir une véritable démocratie.

Le Parti Socialiste Européen est notre parti, nous devons plus activement contribuer à le faire vivre et y défendre avec force nos positions. Le renouveau du socialisme français ne pourra demain être pérenne sans redressement des Socialistes européens.

L’enjeu des élections de 2019 est de construire une victoire des gauches européennes autour d’une coalition progressiste. Cette échéance, nous la préparerons ensemble dans le cadre d’une convention nationale dédiée.

Notre militantisme international s’organisera autour de quatre priorités : remettre l’humain au cœur de la construction européenne ; mener la bataille mondiale pour les biens communs, la transition écologique et énergétique et le respect des droits humains ; aider à construire la paix dans un monde dangereux ; réussir la construction d’un espace de développement solidaire entre l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée.

1.4. Un contrat de refondation pour un nouveau Parti Socialiste : De nouvelles méthodes et de nouveaux principes pour travailler ensemble

Au cours des dernières années, le PS a beaucoup travaillé et fait évoluer son corpus doctrinal en plaçant la social-écologie au cœur de ses réflexions.

Hélas, ces textes restent peu connus. Les « forums de la refondation » qui se sont tenus après les défaites de 2017 ont permis de relancer la réflexion collective et de dresser le cahier des charges de la refondation. Les militants n’ont pas travaillé pour rien, leurs plus de 1000 contributions seront publiées et mises à disposition de tous.

Elles ont été et seront un point de départ pour notre travail collectif. Nous proposons que le Parti Socialiste se reconstruise par le socle, avec les militants, et les citoyens qui le souhaiteront, avec la société et dans les territoires. Beaucoup peut être fait dans le cadre des statuts actuels, mais pour réellement transformer nos pratiques nous aurons besoin d’un contrat de refondation et de nouveaux statuts adoptés à l’issue d’un congrès statutaire.

Tous les sujets pourront y être librement abordés. Parmi ceux-ci figureront les conditions d’adhésion, une plus grande souplesse d’organisation pour les fédérations et les sections, les modalités de vote et de représentation, le non cumul dans le temps des responsabilités, la place du tirage au sort et du référendum d’initiative militante dans notre fonctionnement, les nouvelles modalités de la primaire, etc.

Au cours de ce travail nous devrons permettre à des territoires volontaires d’innover dans leur mode d’organisation ; cela peut être le cas de certaines régions, des territoires ultramarins et des français de l’étranger. Il nous faut sans délai déverrouiller le PS et libérer les énergies. Nous le ferons en nous appuyant sur les territoires, creusets de la renaissance des Socialistes.

Les nouvelles solutions émergent souvent des mobilisations et des expériences locales. Un Conseil des Territoires associera directement les élus aux travaux de la direction et à la refondation du Parti.

Le PS doit rompre avec son fonctionnement vertical et bureaucratique pour devenir un parti décentralisé, et renforcer un travail direct entre la direction et les premiers secrétaires fédéraux.

Le droit d’initiative appartiendra aussi aux militants et aux fédérations qui pourront porter des chantiers nationaux.

Plutôt que de multiplier les grandes conventions nationales sur des sujets très larges nous lancerons plusieurs dizaines de chantiers sur des questions précises, pilotés par des équipes paritaires, avec à chaque fois une ouverture à la société, un travail collaboratif, une consultation à toutes les étapes, et in fine un vote des militants.

Une plateforme numérique permettra de dynamiser la participation et les échanges entre Socialistes, mais aussi avec les citoyens, les intellectuels, les acteurs du mouvement social et les autres forces de gauche réformiste. Sur cette plateforme, un atelier des expériences locales permettra d’insuffler dans la réflexion collective les innovations menées dans les territoires.

Une banque des compétences mettra à disposition les ressources militantes et citoyennes trop souvent négligées. Le vote numérique sera développé et les consultations en ligne sur la plateforme généralisées, tout en organisant la médiation numérique et en relayant le numérique par des ateliers physiques pour tous, afin de prévenir la fracture numérique au sein de notre parti.

Les instances nationales, quand elles se réunissent sur une thématique, associeront des camarades tirés au sort parmi ceux qui auront participé au travail sur le sujet. Un droit d’interpellation de la direction nationale sera institué.

La direction issue du congrès, resserrée et paritaire, présentera avant l’été aux militants sa nouvelle organisation et son programme d’action, pour donner naissance à une plateforme numérique digne de ce nom, proposer aux équipes de terrain des outils efficaces d’appui et de communication, garantir un droit à la formation, lancer les chantiers du projet, et faire fonctionner différemment les instances nationales. Elle proposera notamment le lancement d’une campagne nationale d’adhésion et de mobilisation des citoyens. La reconquête des territoires est notre priorité.

Notre engagement est de mobiliser toutes les ressources du Parti pour réussir les élections européennes et les élections municipales de 2020. Le renouvellement ainsi que la détection et la formation des talents est un enjeu crucial. Nous devons faire confiance à de nouveaux profils et combiner renouvellement des équipes, féminisation et diversité. L’égalité entre femmes et hommes sera au cœur de notre action. Un secrétariat national sera directement placé auprès du premier secrétaire.

La lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes fera l’objet d’actions de formation et de sensibilisation. Elle s’inscrira dans une démarche de lutte contre toutes les discriminations et d’accompagnement des victimes. La parité n’est pas pour nous qu’un objectif chiffré, elle implique aussi et surtout l’accès aux fonctions internes les plus stratégiques et aux présidences d’exécutifs locaux.

2. Un congrès d’affirmation : Oui, dans le nouveau paysage politique, les Socialistes ont une place originale à occuper ! Aubervilliers doit être un congrès d’affirmation. Nous n’avons pas à nous positionner en fonction des initiatives de nos concurrents. Les autres partis ne sont forts que de nos faiblesses.

C’est d’abord par notre propre travail, l’affirmation de nos valeurs et de nos propositions que nous nous ferons à nouveau entendre et respecter. Poser aujourd’hui la question des alliances serait se placer en situation de faiblesse et accepter une position de supplétifs. Pour rendre possible la victoire de la gauche demain il faut d’abord redonner de la force au Parti Socialiste. Aubervilliers doit donc être un congrès qui revendique l’autonomie stratégique du PS. Tel est le sens de notre démarche.

2.1. Le socialisme n’a pas été remplacé

Nous devons affirmer ce que nous sommes, nous avons une identité, un projet, une place originale à défendre dans le paysage politique. Le socialisme n’a pas été remplacé.

Ni en France ni ailleurs, aucune des visions du monde qui prétendent lui succéder – libéralisme autoritaire, populisme protestataire, nationalisme identitaire – ne constitue un substitut aux objectifs et aux réponses socialistes : l’émancipation des individus, la lutte contre les inégalités, le combat pour l’écologie et la démocratie, l’engagement européen et internationaliste.

Le néolibéralisme a montré son incapacité à réguler la mondialisation et encadrer les effets des ruptures technologiques. Il se traduit par une montée sidérante des inégalités et des violences sociales qui mettent en danger nos sociétés et brisent des millions de vies. Il déconsidère les réponses collectives et montre son impuissance à répondre à la crise écologique tout en la précipitant.

Face aux nouvelles douleurs contemporaines, face aux nouvelles aliénations, face au sentiment de dépossession et de déclassement, notre rôle est de reconstruire un nouvel humanisme et la confiance dans un progrès maîtrisé, et de 8 redonner sens au commun en menant la bataille pour de nouveaux droits et contre les inégalités.

2.2. Nous sommes, dans ce quinquennat et face à ce pouvoir, l’opposition de gauche et responsable

Au fil des mois, la politique menée par Emmanuel Macron est apparue pour ce qu’elle est : une politique économique libérale qui affaiblit les solidarités et creuse les inégalités. Certains Français attendaient Mendès-France, ils ont eu Giscard.

L’écart entre les discours et les actes est permanent : les déclarations sont calibrées pour paraître justes, mais les actes sont brutaux, aussi durs pour les plus faibles qu’ils sont doux pour les puissants. D’immenses régressions sont actées à bas bruit. Nos concitoyens commencent à en mesurer la portée dans leur vie quotidienne, qu’il s’agisse des emplois aidés, des APL, de la manière dont sont traités ceux qui portent assistance aux exilés, ou de la mise en œuvre des premières « ruptures conventionnelles collectives ». La pratique « jupitérienne » ne tolère pas les contre-pouvoirs.

Un à un, tous les corps intermédiaires sont contournés, les partenaires sociaux sont consultés mais souvent mis devant le fait accompli, les collectivités locales sont méprisées, le Parlement placé sous ordonnances et la majorité caporalisée. Vouloir mener les réformes à la hussarde, sans réel dialogue ni co-construction, ne pourra les conduire qu’à l’échec.

Nos groupes parlementaires ont montré la voie de ce que doit être une opposition de gauche et responsable. Le travail en commun des groupes et du Parti sera demain un élément clé pour porter au Parlement la voix d’une alternative crédible à gauche. Le pays a besoin de cette voix. La faiblesse du Parti Socialiste et la division de la gauche pourraient faire de la droite et de l’extrême-droite, en pleine convergence idéologique, le seul recours face au pouvoir en place.

Nous ne voulons pas d’une vie politique polarisée entre un nouveau centre-droit et une droite radicalisée, avec le Front National en embuscade. Nous n’oublions pas que la droite est notre adversaire dans les territoires. Mener le combat contre la droite et l’extrême-droite c’est être fidèles à ce que nous sommes et redonner tout son sens au débat démocratique.

2.3. Le bilan de notre pratique du pouvoir reste à faire

L’analyse approfondie du mandat de François Hollande devra avoir lieu, tout comme l’analyse des offres politiques de LREM et LFI. Mais il faut nous garder de sombrer dans une querelle sans fin comme celle qui a paralysé une droite qui n’a toujours pas fini de faire l’inventaire du Sarkozysme.

Ce devoir de lucidité est d’autant plus important que notre défaite plonge ses racines dans des causes anciennes dont certaines sont françaises – nous n’oublions pas le 21 avril 2002 et 20 ans de hauts et de bas qui auraient dû nous alerter davantage – et d’autres sont plus globales, dans un contexte de crise de la social-démocratie européenne. Ce travail sera l’objet d’une convention nationale avant la fin de l’année 2018. Les travaux préparatoires seront confiés à un groupe d’experts et de chercheurs.

L’objectif est de mener une démarche rigoureuse permettant un débat serein et utile à la refondation du PS. Mais il reste néanmoins nécessaire d’évoquer cette question dans le cadre du congrès. Chacun gardera à l’esprit avec fierté à quel point François Hollande a su incarner et rassembler la nation face au terrorisme, mener une politique étrangère courageuse et exemplaire pour éradiquer ce fléau. Mais personne n’est plus légitime que les électeurs pour juger de ce mandat.

En nous sanctionnant en 2017 ils nous ont collectivement désavoués et nous devons en tirer toutes les conséquences. Notre manière de gouverner n’a pas été comprise. Les Français ont eu le sentiment de nombreux changements de cap. Ils n’ont pas trouvé dans notre démarche le discours de vérité, l’ambition réformatrice et la détermination dans l’action qu’ils appelaient de leurs vœux.

Nous avons manqué de lieux de dialogue entre nous, perdu le sens des combats communs et du respect de nos règles. Le spectacle que nous avons donné ne pouvait déboucher que sur un rejet, par les militants d’abord, par les Français ensuite. La déchéance de nationalité et l’avant-projet de la loi sur le travail ont été pour beaucoup de douloureux moments de rupture car ils touchaient aux valeurs fondamentales des Socialistes. Les résultats n’ont pas été suffisants pour créer les conditions d’une victoire en 2017.

Pourtant l’évolution du chômage constatée depuis porte la marque des actions de redressement, productif et budgétaire, engagées sous l’autorité de François Hollande. Ce quinquennat a permis de mener à bien de nombreuses réformes importantes, de créer des postes de professeurs, de magistrats, de policiers et de gendarmes là où la droite en avait tant supprimé, et de construire de nouveaux droits pour les citoyens et les salariés (complémentaire santé, mariage pour tous, compte pénibilité,…). Ce bilan sera progressivement plus justement apprécié par les français.

2.4. L’ambition des Socialistes est de réinventer la gauche

Nous voulons réinventer la gauche et pas seulement le Parti Socialiste. Nous voulons rassembler la gauche pour ensuite rassembler les Français autour d’une nouvelle ambition sociale. Nous sommes la gauche qui veut gouverner, se confronter au réel, assumer les responsabilités.

L’idée-même d’une formation politique « et de droite et de gauche » n’a pas de sens et cache une volonté de dépolitisation mortifère pour notre démocratie. Nous ne pouvons réduire le débat public à un dialogue entre la majorité et les extrêmes. Ce discours est aussi habile que dangereux. Il crée la résignation et nourrit les populismes. Nous revendiquons au contraire le pluralisme politique.

Le clivage gauche – droite demeure indissociable de la démocratie dans notre pays. Substituer au clivage gauche – droite le clivage peuple-élites comme le fait Jean-Luc Mélenchon est tout aussi dangereux. Nous avons le devoir de le dire à celles et ceux qui se sont éloignés de nous pour le rejoindre.

La pente du populisme est une pente dangereuse. Cette approche est étrangère à l’histoire de la gauche française, elle conduit à la division et à l’affaiblissement du mouvement social. Pour réinventer la gauche, le Parti Socialiste doit s’adresser à tous et rechercher dialogue et partenariats. Le Parti Socialiste n’est plus, pour le moment, le parti dominant à gauche, et sa place au second tour des élections n’est désormais ni naturelle ni automatique. Aucun coup de balancier ne nous ramènera au pouvoir par le seul jeu de l’impopularité des gouvernants.

Tout est désormais à (re)conquérir. Nous devons nous adresser aux déçus, partis marcher ou déclarer leur insoumission, mais aussi devenus abstentionnistes, et d’abord écouter leur parole et comprendre leurs motivations. Notre capacité de rassemblement devra s’appuyer sur le dialogue, sur la dynamique de nos idées, sur notre aptitude à échanger et coopérer avec les forces en mouvement dans toutes les sphères de la société.

Ce ne sont pas les accords d’appareil qui feront la gauche de demain mais la construction en commun de projets partagés. Redevenir majoritaires suppose de réconcilier des gauches que certains voudraient irrémédiablement séparer, ouvrant ainsi une éternité électorale à la droite. Au moment où le nouveau pouvoir théorise le « et de gauche et de droite », il serait paradoxal de ne plus être capable d’être « et de gauche et de gauche ». De ce point de vue, l’exemple du Portugal doit être pris en compte car c’est bien autour d’un Parti Socialiste au gouvernement que s’est fait le rassemblement des gauches.

Notre volonté de rassemblement de la gauche est intacte, mais aujourd’hui cette question est d’abord posée à Jean-Luc Mélenchon. Son obstination dans la volonté de voir disparaître les autres formations politiques, sa stratégie d’isolement, conduisent à l’effacement de la gauche et à une impasse stratégique. Vouloir rassembler n’est pas taire les divergences. Son évolution souverainiste et la remise en cause du principe même de la construction européenne sont contradictoires avec l’identité des Socialistes.

Enfin, nous sommes la gauche qui veut gouverner et, à ce stade, nous n’avons pas le sentiment qu’il ait la volonté réelle de se confronter au pouvoir et de le faire en partenariat avec d’autres.

3. Les combats des socialistes

Nous venons de vivre un cataclysme et nous engageons une renaissance.

Nous voulons le faire avec détermination, mais aussi patience et humilité. Nous ne proposons pas aujourd’hui un nouveau programme clés en mains, mais des combats prioritaires, des combats pour le présent, mais surtout des combats pour demain, car c’est le futur qu’il faut penser.

Nous n’avons pas de solutions toutes faites, pas de prétention à régler en quelques mois toutes les questions que nous n’avons pas su formuler ou trancher depuis deux décennies. Le programme que les militants attendent, c’est d’abord un programme de travail tourné vers l’avenir.

3.1.L’Europe puissance et protectrice dans la mondialisation

Nous faisons le choix d’un nouvel internationalisme dont l’instrument est une Europe puissance et protectrice, démocratique et solidaire, qui défend ses valeurs et son modèle de société à l’échelle planétaire, qui encadre la finance, porte le combat écologiste, et défend la place de l’Homme et ses libertés faces aux ruptures technologiques. La tentation nationale serait notre tombeau. Souveraineté nationale et souveraineté européenne vont désormais de pair. Si l’Union Européenne n’existait pas, deux raisons justifieraient sa construction et notre engagement européen.

Avec Trump à l’ouest, le Brexit au nord, Poutine à l’Est, et de nombreuses menaces au sud, l’Europe doit prendre conscience d’elle-même et fixer ses frontières. Il s’agit bien aujourd’hui d’assurer la protection et la sécurité d’un espace commun menacé. Il existe évidemment des inégalités et des écarts de développement au sein même de l’Europe. Mais l’Europe a un modèle économique et social singulier dans le monde qui la distingue, un modèle façonné par l’histoire, fondé sur notre conception universaliste des droits de l’Homme, sur la solidarité et le développement durable.

Ce modèle mérite d’être défendu dans la mondialisation, sans quoi demain les états se soumettront aux multinationales et aux GAFA, les droits et libertés seront rognés par la course au profit. Au sein de l’Union Européenne comme à l’échelle de la planète, nous menons le combat contre le néolibéralisme.

Notre engagement européen est total, mais il y a plusieurs chemins possibles pour l’Europe, et le nôtre n’est pas celui de la droite libérale, fut-elle allemande. Les combats des socialistes : L’Europe doit se protéger dans la mondialisation en revoyant sa politique de concurrence et de commerce international, en refusant les échanges inéquitables, non respectueux des droits de l’Homme, de l’environnement, de la souveraineté alimentaire, et de notre création culturelle.

Les accords de libre-échange devront être subordonnés au respect de nos solidarités. L’Europe doit mener un combat impitoyable contre les paradis fiscaux, et fixer de nouvelles règles contre l’optimisation et la concurrence fiscale qui minent l’Etat social.

Au sein même de l’Union il convient d’être intraitable sur le respect de la démocratie et des droits humains, organiser la convergence sociale et fiscale, et mettre pleinement en œuvre le principe « à travail égal, même salaire et protection sociale » pour les travailleurs détachés. L’Europe doit aussi construire des droits nouveaux pour tous les citoyens en matière de santé environnementale, de libertés numériques et de droits des consommateurs. Nous voulons également une Europe qui investit pour préparer l’avenir, dans les transitions numérique, écologique et énergétique, dans la formation et l’insertion, dans la recherche et l’innovation, dans le développement des entreprises et les projets des territoires.

Pour cela l’Europe doit porter une politique industrielle, rompre avec les politiques d’austérité, renforcer le contrôle du Parlement sur la zone Euro, et se donner un budget en cohérence avec ses ambitions, à travers une mobilisation des états-membres et de nouvelles ressources budgétaires propres qui corrigeront les excès du capitalisme financier mondialisé (taxe sur les transactions financières, fiscalité sur les GAFA,…). Depuis la COP21, et plus encore depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, l’Europe a pris le leadership de la cause environnementale. Elle doit continuer à montrer le chemin et défendre sa conception des biens communs.

L’Europe doit également assumer sa relation d’interdépendance avec l’Afrique et la Méditerranée et investir massivement dans leur développement durable qui est la meilleure politique pour prévenir de futures crises des réfugiés. Elle doit mener une politique migratoire qui corresponde à ses valeurs, dans le respect du droit d’asile et des engagements pris pour l’accueil des réfugiés.

3.2.Une transition écologique citoyenne et solidaire

La transition écologique est un choix de société, de transformation des modes de vie et de production, de solidarité et de citoyenneté. L’urgence est là car la destruction de notre planète et de la biodiversité est d’ores et déjà enclenchée. Les Socialistes ont placé la France à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique. Leurs élus locaux ont mis l’écologie au cœur de leur action. Les avancées en faveur du climat et la « Conférence de Paris » resteront l’un des grands acquis du quinquennat de François Hollande. La mobilisation pour atteindre les objectifs fixés doit être maximale.

Le développement durable, défini par la Socialiste norvégienne Gro Harlem Brundtland, est à la fois la responsabilité vis-à-vis des générations futures et la réponse aux besoins humains fondamentaux, notamment des plus démunis. Pour les Socialistes, l’écologie doit être solidaire et étroitement liée au combat contre les inégalités et les injustices. La précarité énergétique fait partie des enjeux sociaux de la transition.

La santé est ainsi un bon exemple des nouveaux défis de l’écologie et du développement durable. Les maladies chroniques explosent sous l’effet de nos comportements et de la dégradation de notre alimentation et de notre environnement. Les combats des Socialistes : La sortie progressive des énergies carbonées, et notamment la sortie rapide du diesel, la réduction à 50% en 2025 de la part du nucléaire dans notre mix énergétique, et le développement rapide des énergies renouvelables, doivent être menés simultanément. La transition écologique doit permettre de faire émerger de nouvelles opportunités économiques.

Elle doit notamment guider le développement durable des activités maritimes, agricoles, forestières, de la valorisation des bio-ressources, piliers de l’avenir des territoires ruraux, littoraux et ultramarins. Nous avons également besoin d’un nouveau modèle agricole et alimentaire fondé sur la qualité, la proximité, et le lien retrouvé entre producteurs et consommateurs.

L’ensemble de nos politiques publiques devront être systématiquement revues sous le prisme de la nouvelle donne écologique. Nous devrons par exemple aller vers un Étatprovidence social écologique qui mutualise la couverture des nouveaux risques liés aux désordres environnementaux pour lutter contre les inégalités.

Notre combat est également celui de la priorité donnée aux politiques de prévention et de santé publique, avec la reconnaissance des enjeux de la santé environnementale révélatrice des inégalités et des conditions de vie dans l’alimentation, le logement, le travail, etc.

3.3.Le travail et l’entreprise au cœur du lien social et des parcours de vie

Nous défendons la place du travail dans nos sociétés et le rôle central des salariés et de leurs représentants dans la création et la répartition des richesses au sein de l’entreprise. Le travail est un levier d’émancipation, il permet à chacun s’accomplir au sein d’une communauté et de valoriser ses talents. Faire de sa main, comme inventer et concevoir, c’est une grande et légitime fierté.

Nous voulons unifier le monde du travail autour de droits nouveaux pour tous, droits individuels et garanties collectives, comme nous en avons montré le chemin avec le compte personnel d’activité. Le travail change de forme et de nature, est plus autonome, souvent plus solitaire et plus précaire. Il nous faut inventer une société apprenante, qui crée le modèle social capable de gérer les transitions professionnelles et la formation tout au long de la vie.

Dans cette perspective, nous refusons de déconnecter la question du statut social de celle de l’activité, qu’il s’agisse du travail ou d’activités d’utilité sociale. L’enjeu d’aujourd’hui est de reconnaître de nouveau la valeur du travail, défendre les droits de tous les actifs, reconnaître aussi les souffrances au travail quand l’économie est percutée par l’immatériel et par la fragmentation, l’externalisation et l’individualisation des tâches. Le niveau du chômage n’est pas lié au coût du travail mais à l’insuffisance de l’investissement dans l’humain, notamment par la formation et l’insertion.

Dans un monde qui change si vite, la bataille des droits sociaux n’est pas une vieillerie du 20e siècle. Elle doit être menée partout. Pour les Socialistes, entreprendre est une vertu, c’est prendre des risques pour aller au bout de son projet, de ses idées. Il y a bien des façons d’entreprendre ; les chefs d’entreprise, mais aussi les militants associatifs, les élus locaux, les responsables des services publics, les artistes, sont des entreprenants.

L’entreprise elle-même s’organise selon des modalités très diverses, de la forme la plus classique de la société, aux artisans et indépendants, aux associations, mutuelles, coopératives,… Oui, dans cette vision élargie, l’entreprise est bien un des lieux de création de richesse.

Les combats des Socialistes : Nous portons le combat pour la conquête de droits nouveaux pour les travailleurs précaires, une véritable universalité de la protection sociale, et la réhabilitation du salariat contre le dévoiement du statut d’indépendant.

Nous appelons pour tous à la création d’une véritable sécurité sociale professionnelle qui arme les travailleurs face aux transformations des métiers et au risque de déclassement et de chômage. Lutter contre le chômage, c’est enfin recourir aux emplois aidés lorsqu’ils sont nécessaires. Face à l’ubérisation de la société et aux ravages qu’elle engendre, nous voulons inventer une économie numérique à la française misant sur l’humain, la qualité du travail, la collaboration, la durabilité, et non la compétition sauvage et la tyrannie du court terme. Reconnaître la valeur du travail c’est reconnaître les compétences et les engagements des femmes et des hommes et pas seulement les diplômes et qualifications.

C’est aussi instaurer un droit individuel à la formation qui doit pouvoir profiter à tous, poursuivre la réduction du temps de travail tout au long de la vie, et se mobiliser pour l’amélioration des conditions de travail face à la montée en flèche des maladies professionnelles, de la connexion permanente et du burn out.

Les salariés ont des droits qui doivent être protégés et le démantèlement de ces droits est aujourd’hui allé trop loin avec les ordonnances Pénicaud. Le principe même des ruptures conventionnelles collectives doit par exemple être remis en cause. Nous défendons l’approfondissement du dialogue social dans les entreprises de toutes les tailles, ce qui nécessite de mieux armer les syndicats, la mise en place de procédures de codécision et la présence des salariés dans les conseils d’administration.

Nous plaidons pour la reconnaissance de l’entreprise comme communauté plurielle de production de richesses avec le nouveau statut de société à objet social étendu, le développement de l’économie sociale et solidaire, et la valorisation de la responsabilité sociétale des entreprises. Le soutien aux entreprises s’inscrit dans une stratégie assumée de développement de l’économie productive et de l’industrie. La fiscalité et les règles financières doivent encourager non pas l’accumulation de la richesse mais sa circulation et son réinvestissement, ainsi que la prise de risque.

Notre combat est aussi celui de la montée en gamme de l’industrie française, par la performance et la qualité, par les compétences et l’innovation. La politique d’innovation doit libérer la créativité et explorer tous les leviers de transformation de l’économie, notamment numérique, dont l’innovation sociale et l’économie circulaire et collaborative. 3.4. Des droits nouveaux pour lutter contre les inégalités.

Il est paradoxal de faire de l’égalité un point parmi les autres dans les débats de notre congrès. L’égalité n’est pas une thématique, elle est notre boussole.

L’égalité est le cœur de la République, le fondement même de sa promesse. En bouleversant les structures de l’économie et de la répartition des richesses, la mondialisation et la révolution numérique ont fragilisé les classes moyennes, appauvri les plus modestes, et considérablement renforcé la concentration des richesses. Le niveau atteint par les inégalités est devenu insupportable.

Les 10% des Français les plus riches concentrent près de 50% du patrimoine brut des ménages, quand les 10% les plus modestes n’en détiennent que 0,07%. Les inégalités patrimoniales sont 20 fois plus fortes que les inégalités de revenus. L’accès aux grandes écoles et aux formations supérieures est devenu plus inégalitaire que jamais. Malgré des décennies de combat, le genre, la couleur de peau, l’origine sociale, dictent le cours des vies et creusent les inégalités.

La force des inégalités sape l’adhésion à nos valeurs communes. La France est le pays du grand gaspillage humain. Les inégalités territoriales sont également en pleine explosion, au sein des villes comme entre espaces urbain, péri urbain et ruraux. L’accès, à la santé, à la connexion, aux services publics est redevenu un enjeu central. Oui l’égalité reste un combat neuf, et c’est celui des Socialistes. Il nous revient de mener ce combat, et d’en renouveler les outils comme les mots, car personne ne le fera à notre place.

Les combats des Socialistes : Les violences que subissent les femmes sont les manifestations les plus visibles des inégalités femmes – hommes, nourries par les représentations, les inégalités du quotidien qui mettent les femmes en situation de faiblesse, et le maintien de rapports de domination d’un autre âge. Le PS devra dans ce domaine être exemplaire pour lui-même, faire progresser l’égalité réelle, en droit et en fait, et renouer avec le mouvement féministe et intellectuel qui éclaire les enjeux du combat des femmes et ses implications pour construire une société plus juste et plus respectueuse de chacun.

Parallèlement à la répartition qui permet de limiter les inégalités de revenus, nous devrons travailler à une nouvelle approche des inégalités des patrimoines qui déterminent au quotidien le niveau et la qualité de la vie (logement, culture, santé, et bien sûr éducation).

La lutte contre les fractures territoriales urbaines et rurales est un autre enjeu majeur. Elle implique un soutien renforcé aux territoires les plus fragilisés et un développement solidaire au sein des zones urbaines et entre villes et campagnes. La République doit avoir comme ambition de faire des territoires ultramarins des laboratoires du retour à l’égalité.

Les services publics doivent être réaffirmés comme des outils privilégiés de lutte contre les inégalités. De nouveaux services publics sont nécessaires face aux nouvelles inégalités, afin de lutter contre les déserts médicaux pour lesquels la médecine libérale ne peut être la seule réponse ; assurer le maillage du pays par le très haut débit ; maîtriser localement les données numériques, nouveau minerai du développement territorial.

La lutte contre les inégalités c’est aussi le refus de la marchandisation de la santé, la défense de l’hôpital public et la reconnaissance du rôle spécifique des mutuelles et du secteur non lucratif. Face à la pauvreté, l’État doit assurer la solidarité en garantissant les droits des personnes et les acteurs des territoires doivent mettre en œuvre une solidarité de proximité pour favoriser la dignité et l’autonomie de chacun.

C’est le sens de l’expérimentation du revenu de base engagé par des départements dirigés par les Socialistes. Dans le combat pour l’égalité, l’école est la première ligne de front. Elle sera toujours pour les Socialistes le premier sujet, le premier projet, le premier budget.

Le débat éducatif s’est perdu dans les querelles de chapelles et les sujets à la mode. L’école a besoin d’une politique, pas de polémiques. Nous aspirons tous à un véritable accompagnement des jeunes, permettant à chacun de choisir son parcours en fonction de son projet et de son talent, avec pour tous des possibilités de rebonds et de nouvelles chances.

L’accès aux stages et à la découverte des métiers, la lutte contre le décrochage scolaire, un véritable libre choix des bacheliers pour l’entrée dans l’enseignement supérieur, sont autant de combats à mener. La France n’a pas su faire de l’enseignement supérieur et la recherche une priorité, notamment budgétaire, alors qu’ils sont une clé majeure de l’innovation et de l’emploi. C’est notamment vrai pour l’emploi scientifique et le soutien aux doctorants, car un pays sans chercheurs est un pays sans avenir.

3.5. La République et la démocratie au cœur du combat des socialistes

Pour défendre la République, un nouvel humanisme et de nouvelles lumières Contre toutes les dérives populistes, nationalistes et identitaires, contre les obscurantismes et les fanatismes, nous voulons construire un nouvel humanisme fondé sur la réhabilitation du vivre ensemble et des réponses collectives, sur la valorisation de la création culturelle et de l’esprit critique, la défense de la laïcité et l’extension des libertés publiques.

Certes le mariage pour tous, grâce aux Socialistes, a marqué une étape supplémentaire de progrès. Mais le risque terroriste, la pression communautariste, ou la domination des mastodontes du numérique, conduisent pour la première fois depuis des décennies à un risque réel de recul des libertés individuelles. L’essence même des démocraties est la vitalité des libertés et leur garantie par le droit. Il devient urgent de marquer un coup d’arrêt face aux risques cumulés de régression.

Ce combat n’est pas dépassé, il est la condition du maintien d’une société ouverte et respectueuse de chacun. L’heure est au réveil des Lumières. Égalité, éducation et libertés, dans une République laïque, peuvent se combiner pour nourrir le cercle vertueux d’un nouvel humanisme. Cessons de courber la tête face aux fake news et à l’hystérisation du débat public. Liberté et vérité marchent sur le même chemin car elles sont ensemble la possibilité du débat et de la démocratie.

Les combats des Socialistes : Nous faisons pleinement nôtres les trois principes clefs de la laïcité française, la liberté absolue de conscience, la liberté des cultes, la neutralité de l’Etat. La Laïcité est le socle du vivre ensemble dans la République. L’État a la responsabilité de transmettre, d’enseigner et de faire respecter ces principes.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une offensive fondamentaliste contre la République. Face à celle-ci nous devons faire face et assumer l’application de la Loi de 1905 et de la législation laïque.

La République ne peut plus tolérer les discriminations qu’elle est censée proscrire en droit. Les français qui se trouvent ainsi placés aux marges de la nation en tirent révolte et colère. Nous devons trouver des chemins nouveaux pour mobiliser le corps social dans cette lutte. Le combat républicain est aussi celui de la défense des libertés et de l’État de droit.

Le renforcement de la loi face au risque terroriste est une priorité mais ne peut conduire à un renoncement aux libertés publiques fondamentales. Le respect du droit d’asile et de la dignité humaine doivent être rappelés avec force face à la dérive de l’action du gouvernement vis-à-vis des exilés.

Nous inventerons de nouvelles libertés face aux bouleversements technologiques. La transition numérique appelle la reconnaissance d’un droit à une forme d’intimité numérique, la lutte contre la spoliation des données personnelles et pour leur protection, notamment en matière de santé, ainsi qu’une maîtrise collective des enjeux de l’intelligence artificielle. La révolution biotechnologique en cours, en permettant l’intervention directe sur le génome humain, soulève de nouveaux enjeux bien au-delà des questions classiques de bioéthique.

Une démocratie vivante, une République de la confiance Nous portons avec fierté les principes d’une République décentralisée, vivante et participative, sociale et citoyenne, fondée sur la confiance dans les territoires, dans les acteurs sociaux, sur la mobilisation de la créativité de chacun. La République doit être attentive à tous ses territoires, à leurs initiatives et leur créativité, et construire de nouveaux contrats avec la Corse d’une part et les territoires outre-mer d’autre part.

Elle doit aussi savoir s’appuyer sur les Français de l’étranger et sur la francophonie pour porter dans le monde ses ambitions et ses valeurs. Chacun d’entre nous est aujourd’hui sidéré par le mouvement de régression démocratique en cours. Les corps intermédiaires sont stipendiés, les collectivités locales méprisées, les élus jetés en pâture à l’opinion publique. Le collectif et le contrat sont systématiquement dévalorisés.

A la démocratie césarienne nous opposons la société de confiance. Plus que jamais nous croyons à la mobilisation dans la durée des citoyens organisés dans leurs associations, dans leurs syndicats ; nous croyons au rôle des élus, au travail collectif, à la co-construction avec les citoyens, à l’exercice des responsabilités éclairé par le dialogue et la recherche des compromis. Les combats des Socialistes : Nous en appelons à un ressaisissement collectif, à la remise en cause des pratiques en cours, au retour d’une société de dialogue et de confiance autour de quatre principes :

– La confiance dans le Parlement et la collégialité du travail gouvernemental via un rééquilibrage de nos institutions, un renforcement des droits du Parlement, et une limitation des pouvoirs du Président de la République.

– La confiance dans les territoires et leurs élus, évidente dans une République décentralisée, parce qu’ils portent l’action publique au quotidien et inventent avec les citoyens les solutions de demain. Nous avons besoin pour cela d’un pacte financier et d’une nouvelle étape de décentralisation.

– La confiance dans les partenaires sociaux, dans le dialogue et la démocratie sociale, car les affaiblir serait priver le pays du chemin de coopération dont nous avons cruellement besoin.

– La confiance dans les citoyens, dans une démocratie contributive fondée sur la mobilisation de leur créativité et de leur expertise, sur leur implication dans la prise des décisions, par exemple via le dialogue environnemental ; la confiance dans les corps intermédiaires et dans le mouvement associatif que les citoyens ont construit et qui fait le lien social et l’innovation dans notre pays.

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Cher camarade, Ce qui doit nous importer, dans ce congrès, c’est demain et non hier. Pour redonner aux Français l’envie de nous soutenir, nous devons démontrer d’abord notre utilité, notre volonté, et notre capacité à travailler ensemble. C’est tout l’enjeu de ce congrès, c’est le sens de notre démarche collective et de notre motion. Je suis candidat pour être, à la tête d’un nouveau collectif, le premier responsable des Socialistes et mettre en œuvre ce programme de travail, redonner aux Socialistes leur fierté.

Je suis le candidat de l’unité et du rassemblement sans lesquels le PS ne pourra retrouver la force qu’il a perdue ; le rassemblement est la condition du sursaut et de l’espérance. Dans ce congrès, ne vote pas par colère, par fidélité, ou par tradition, mais donne de la force à celles et ceux qui sauront le mieux préparer ensemble la renaissance du Parti Socialiste. Je t’invite à nous rejoindre pour ouvrir à Aubervilliers, avec tous les Socialistes, le chemin de la renaissance.

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Culture

La gastronomie végan et ses « chefs étoilés »

Au début du mois, une dizaine de chefs étoilés (absolument pas véganes) a signé une tribune dans Libération intitulée « La gastronomie végan a aussi ses chefs étoilés ».

Au rythme des saisons, potagers et vergers sont une source infinie d’inspiration. D’ailleurs, pour le chef Joël Robuchon, il ne fait aucun doute que «la cuisine végétarienne sera celle des dix prochaines années». Aujourd’hui, la gastronomie végétale ne cesse de se développer et de convaincre.

Dans nos restaurants, où la viande et les productions animales ont longtemps tenu une place centrale, la demande pour la cuisine végétalienne est toujours plus forte. Elle n’est plus cantonnée à l’accompagnement ou à la garniture d’un plat principal habituellement carné : elle devient l’essence même d’un plat, d’un menu.

Nous sommes aux commencements d’une nouvelle histoire et d’une nouvelle culture culinaire qui n’ont pas fini de nous surprendre. Peut-être l’intérêt de certains grands chefs pour la cuisine végétale a-t-il de quoi étonner.

Nous-mêmes, restaurateurs, chefs cuisiniers, pourrions être déstabilisés de voir nos habitudes culinaires malmenées et notre apprentissage (largement basé sur les produits d’origine animale) mis à rude épreuve.

Et pourtant ! Quelles belles perspectives s’ouvrent à nous, qui savons qu’en cuisine, tout est affaire de plaisir et de découverte ! Satisfaire sa clientèle, lui proposer un voyage gustatif, partager ensemble de nouvelles saveurs et textures… La cuisine végétale nous engage à relever ces défis.

Qui aurait en effet prédit que les noix de cajou ou les amandes pourraient permettre la confection de fromages végétaux ?

Qu’il serait possible de composer des mousses au chocolat ou des meringues en utilisant du jus de pois chiche à la place des œufs traditionnels ? Ou encore que le soja et le blé offriraient la possibilité de cuisiner des substituts à la viande animale ?

Et les légumineuses, comme les lentilles vertes, qui apportent goût et texture à un pâté végétal ? Enfin, que dire de ces fruits et légumes oubliés ou venus d’ailleurs, pourtant si riches en saveurs, qui apportent couleurs et originalité à notre cuisine, tels le raifort, le yuzu, le citron bergamote, la betterave jaune, la carotte violette ?

Sans compter ces céréales que notre culture occidentale a délaissées ou connaît si peu, alors même qu’elles peuvent réaliser de petits miracles en cuisine : le sarrasin, le petit épeautre, le kamut…

Nous pensons qu’aimer la cuisine, c’est oser relever de nouveaux défis, briser les codes et revisiter sans cesse la gastronomie dite «traditionnelle».

Penser et créer un menu entièrement végétal, c’est s’amuser : jouer sur la présentation, la coupe des légumes, les cuissons, les associations de saveurs et de couleurs.

C’est faire honneur à notre passion, tout en étant conscient des enjeux environnementaux. Vous aussi, laissez-vous surprendre par la cuisine végétale, et surtout soyez curieux !

Signataires : Jean-François Bérard Les Collectionneurs, La Cadière-d’Azur (Var), Jean-André Charial L’Oustau Baumanière, Les Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône), Julien Dugourd La Chèvre d’or, Eze (Alpes-Maritimes), Lionel Giraud La Table Saint-Crescent, Narbonne (Aude), Grégory Hamon Zest, Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), Xavier Isabal Ithurria, Aïnhoa (Pyrénées-Atlantiques), Clovis Khoury Maison Clovis,Lyon, Geoffrey Poësson La Badiane, Sainte-Maxime (Var), Marina Réale-Laden Château de Coudrée – François-Ier,Sciez (Haute-Savoie), Emmanuel Renaut Flocons de Sel,Megève (Haute-Savoie), Christian Sinicropi Hôtel Martinez, Cannes (Alpes-Maritimes), Stéphane Tournié Les Jardins de l’Opéra, Toulouse (Haute-Garonne), Benoît Vidal L’Atelier d’Edmond, Val-d’Isère (Savoie).

Objectivement, que dire de ce torchon? Tout d’abord, la restauration gastronomique est une aberration économique.

Même si l’on adopte un point de vue capitaliste, c’est un investissement catastrophique, qui n’existe que pour deux raisons : a) l’existence d’un marché du luxe visant à satisfaire les exigences d’une clientèle fortunée qui souhaite se distinguer du commun des mortels par ses choix de consommation et b) l’existence de cuisiniers-entrepreneurs qui se prennent pour des artistes, alors que la cuisine est, au mieux, dans sa forme la plus élaborée, un artisanat.

Rappel des chiffres : les repas gastronomiques représentent seulement 1% des repas consommés hors domicile en France.

Le ticket moyen d’un repas pris hors domicile le midi, lui est de 13,10 euros, mais un tiers des ces repas coûte moins de 10 euros… contre 150 euros pour un repas pris dans un deux étoiles.

La restauration gastronomique doit donc être vue comme une vitrine, et quand cela fonctionne, c’est parce que qu’il y a derrière un empire économique composé de lignes de produits en barquettes vendues en grandes surfaces, d’émissions de télé, de complexes hôteliers, de poêles en téflon, d’écoles de cuisine, etc…

La gastronomie a toujours souffert d’une crise d’identité, prétendant être ce qu’elle n’est pas, pour essayer de cacher son vide culturel abyssal. Pour occulter l’essentiel, à savoir qu’elle est un loisir à destination de la bourgeoisie. Et que hors de ce périmètre, elle n’a aucun sens et aucune raison d’être.

Comment peut-on se fantasmer artiste, quand on méprise totalement la vie et qu’on ne voit qu’un « produit » à « travailler »? Il faut être totalement déconnecté du réel, et les protagonistes de la haute cuisine sont passés maîtres dans l’art de se raconter des fables.

A leur décharge, c’est grâce aux bataillons de personnes aliénées volontairement impressionnables à la vue d’un homme en blanc en train de renifler pensivement un bouquet de sarriette, qu’ils trouvent encore une forme de validation culturelle.

Et donc, quel sens accorder à la tribune parue dans Libération « La gastronomie végan a aussi ses chefs étoilés »?

Eh bien d’abord, c’est purement de l’opportunisme, mais comme tous les opportunistes intelligents, ces grands chefs ont tout d’abord eu le soin de développer une passion pour leur nouveau sujet d’étude, car oui évidemment que c’est un plaisir de cuisiner sans souffrance animale.

Ensuite, c’est un constat à la ramasse, avec la fameuse citation de Joël Robuchon, « la cuisine végétarienne sera celle de ces 10 prochaines années », déjà vieille de 4 ans. Dépéchez-vous, il ne vous reste que 6 ans!

Enfin, c’est une provocation. Aux menus de ces chefs-entrepreneurs, on trouve entre autres, « Veau et foie gras » à 75 euros, et « Le Trio: Terrine de la Cheffe, coussin de Pieds de Veau « Tremollette », Foies de Volaille, condiment médiéval », entrée à 22 euros.

Comment, dans ce contexte, peut-on prétendre avoir un quelconque rapport avec le véganisme? C’est grotesque, obscène. D’ailleurs, il n’y a dans la tribune aucune référence à des considérations morales, à des choix de vie, de société.

Ce triste constat n’est que le reflet de ce qui est en train d’arriver au véganisme, qui est vidé de son contenu pour ne devenir qu’un produit de niche, une part de marché, alors que l’exploitation animale se fait chaque jour plus violente au niveau mondial.

Aujourd’hui, une jeune personne végane qui souhaite se former professionnellement au métier de cuisinier doit affronter un véritable parcours du combattant pour être prise au sérieux, arriver à valider son apprentissage, et trouver un emploi.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des contradictions de notre époque, mais qui illustre bien la nécessité de faire un recadrage de ce qu’est le véganisme, à savoir, un choix de société. Et ces gens-là n’ont rien à dire, rien à apporter qui puisse faire avancer l’humanité et son rapport à la nature.

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Politique

Autriche : putsch d’extrême-droite dans les services secrets

A la suite de la formation du gouvernement autrichien où la droite catholique – conservatrice (ÖVP) s’alliait à l’extrême-droite (FPÖ), une série de petits scandales avait marqué les « burschenschaft », les corporations étudiantes pangermanistes, dont l’une des traditions est l’affrontement au sabre, les marques sur le visage et les mains restant à vie des preuves du ralliement à la cause.

Des chansons antisémites faisaient partie de certains répertoire de chansons, ce qui n’est nullement une surprise, mais a provoqué un certain émoi, alors que d’anciens membres des « burschenschaft » sont désormais partout dans l’Etat, ministres, députés, responsables de cabinets ministériels, etc.

Le chef du Parti social-démocrate parle d’ailleurs d’une infiltration de l’État autrichien, et on a pu avoir une preuve de cela avec un événement qui bouscule tout le régime actuellement.

Ces dix dernières années, deux appareils d’État se sont développés sans contrôle. Les services secrets (Bureau pour la protection de la Constitution et la lutte contre le terrorisme – BVT) étaient dépendants de l’ÖVP, la police anti-criminalité urbaine (EGS) du FPÖ. L’État central avait perdu tout contrôle sur ces appareils.

Or, fin février, la police anti-criminalité urbaine a mené une grande opération de perquisition chez les services secrets et certains de leurs membres. Lourdement armés, masqués, etc., les policiers ont embarqué plein de matériel (clefs usb, ordinateurs, CD, téléphones portables, dossiers, etc.).

Officiellement, c’était dans le cadre d’une opération anti-corruption… En pratique, l’opération a en fait embarqué plein d’enquêtes sur les « burschenschaft » et les néo-nazis. Et la presse elle-même est unanime pour parler de coup d’État dans les services secrets.

En clair, le ministère de l’Intérieur, désormais d’extrême-droite avec Herbert Kickl, a procédé à la liquidation de la main-mise de la droite sur les services secrets.

Au prix d’un scandale ébranlant l’État de manière profonde, car les experts sont littéralement blémes : des documents classés défense, ultra-confidentiels, y compris transmis par d’autres services secrets, ont été simplement enlevés par des policiers…

Le niveau de crédibilité est passé à zéro, sans parler évidemment, en ce qui nous concerne, la terrible signification de cette opération. Tous les partis de gauche sont vent debout pour tenter d’exiger une enquête parlementaire et il va de soi qu’il y a ici un aspect démocratique fondamental.

Mais cela sera-t-il suffisant ? N’est-ce pas comme dans les années 1930 où la gauche compte les coups, pour finir par se faire liquider ? Si on ne comprend pas l’enjeu, c’est ce qui se passe…

Car ce qui est en jeu ici, ce n’est pas moins que la fascisation de l’appareil d’État. Que l’extrême-droite n’hésite pas à la mise en scène de 80 hommes lourdement armés pénétrant dans la bâtiment des services secrets pour perquisitionner, brisant son prestige et sa crédibilité, en dit long sur son ambition.

Et quand la gauche n’a elle-même pas d’ambition, elle échoue à contrer celle de l’extrême-droite. Et l’ambition de la gauche ne peut être que du même niveau de celle de l’extrême-droite : celle-ci veut le fascisme, il faut vouloir le socialisme !