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Culture

Le musée Vodou de Strasbourg

Le Musée Vodou, ouvert depuis 2014 à Strasbourg, a la particularité de présenter la plus importante collection d’objets au monde du culte vodou, originaire d’Afrique de l’Ouest (Togo, Ghana, Bénin, Nigéria dans une moindre mesure). En tout 1060 pièces répertoriées, pour un total de 220 présentées.

L’intérêt et la curiosité pour les cultures africaines sont bien sûr une excellente chose que partagent toutes les personnes progressistes, à la fois en raison des profonds et anciens liens historiques que notre pays partage avec une grande partie de ce continent, de l’importance de la francophonie en Afrique et de celle de la présence au sein des masses françaises de nombreux immigrés venant pour la majeure partie justement des pays dits francophones d’Afrique.

A Strasbourg en particulier, de nombreux migrants africains viennent d’Afrique de l’Ouest et concernant ce sujet, notamment du Togo et du Bénin.

Le musée en lui-même a été installé dans un ancien château d’eau de l’époque du Reich allemand, construit au début des années 1880 par l’architecte berlinois Johann Eduard Jacobsthal (1839-1902), qui a réalisé les plans des gares berlinoises de l’Alexanderplatz et de Bellevue, et à qui l’Etat impérial allemand confia la réalisation des gares de Strasbourg et de Metz (qui sera ensuite revue plus grande au début du XXe siècle).

Il se présente sous la forme d’une haute tour octogonale, massive, de style « néo-roman », couronnée d’un ouvrage en brique jaune orné de croisillons de métal et de verrières géométriques, s’inspirant des bâtiments de la Renaissance rhénane des XVe-XVIe sièscles.

Le soubassement de grès rose est un écho à la fois à la gare de Strasbourg justement et aussi à la cathédrale. Outre sa fonction technique de ravitailler en eau les machines à vapeur du réseau ferré de la Reichbahn, le château était aussi un lieu de vie des ouvriers de cette entreprise et après eux des sociétés françaises qui en ont pris le relais jusqu’aux années 1950.

En particulier avant la généralisation de l’eau courante dans les logements populaires, il y était possible d’y faire sa toilette après le travail notamment. En conséquence, ce lieu a fini, après son abandon lamentable dans les années 1950, par être inscrit sur la liste de l’inventaire des Monuments Historiques en 1983, sans toutefois faire l’objet de rénovations.

Jusqu’à son rachat par l’ancien PDG des brasseries Fischer et Adelshoffen Marc Arbogast, soutenu par son épouse Marie-Luce Arbogast pour un faire un musée exposant leur collection personnelle.

La rénovation a été confiée à un architecte strasbourgeois d’envergure : Michel Moretti, qui a aussi notamment réalisé les plans de l’ENA de Strasbourg en 1995 et de l’Ecole d’Architecture (ENSAS) en 1987.

La requalification du lieu en musée est une belle réussite de ce point de vue, et le travail muséographique réalisée par des salariés et des bénévoles de l’association qui gère le musée sur la base du droit local (maintenu après la réannexion de l’Alsace et de la Moselle à la France), est aussi une réalisation esthétiquement agréable, notamment en terme de présentation. Le musée étant formellement plaisant et accessible à visiter.

La démarche même de la collection suinte cependant l’esprit bourgeois de toutes part, dans une perspective agressive colonial-impérialiste à l’ancienne. En dépit de son objectif de rencontre des cultures, le malaise raciste ne quitte pas le visiteur, si celui-ci à une culture de gauche développée.

Le ton est donné par le propriétaire même du lieu : « Le Château Vodou est l’aboutissement de ma passion pour l’Afrique, qui combine une curiosité pour les savoirs traditionnels, la chimie et la chasse. »

On ne saurait mieux dire. Marc Arbogast et son épouse Marie-Luce ne sont pourtant pas eux-mêmes des personnes racistes au sens strict. Marie-Luce se présente comme une ancienne volontaire aux Médecins du Monde, et le couple souligne à l’envie la passion commune et ancienne pour l’Afrique qui les unit, depuis leur jeunesse.

Le musée est d’ailleurs fortement et ouvertement marqué par leur présence et leur promotion, on y apprend rapidement plus sur eux que sur n’importe quelle personne qu’ils auraient rencontré en Afrique. Leur promotion individuelle écrase littéralement tout le reste.

La performance de réaliser un musée sur l’Afrique sans qu’on puisse identifier d’Africains, ne semblent pas leur avoir traversé l’esprit. Il n’est question que de leur expérience, que nous sommes invités à partager sous leur propre prisme. On a vite l’impression de parcourir plus une vulgaire page FaceBook qu’un musée en tant que tel.

C’est ainsi que de leur propre aveu, leur intérêt pour l’Afrique s’est construit comme une fascination propre à l’époque coloniale :

« Je me souviens de ma mère, petite-fille de pasteur, qui n’avait de cesse de me parler d’Albert Schweitzer, dont nous admirions l’éthique du « respect de la vie », et aussi de mon père, fasciné par Tarzan et l’image d’une Afrique mythique qu’il partagea avec moi. À cette époque, pourtant, aucun de nous n’y avait mis les pieds ! ».

Cette vision « mythique » de l’Afrique aurait nécessité pour le moins depuis un conséquent exercice d’autocritique et de révision. Mais Marc et Marie-Luce Arbogast n’ont en pas été capables, en raison de leurs préjugés de classe et ont fini en outre par verser dans un complet mysticisme, malgré leurs indéniables aspirations progressistes.

C’est ainsi que Marc Arbogast relit son enfance pour y justifier son goût pour le vodou en précisant
qu’il avait l’habitude de côtoyer une « sorcière » lors de ses séjours dans une maison secondaire
avec ses parents dans les Vosges.

Le portrait et les valeurs de ce couple sont des élément repérables dans bon nombre de familles bourgeoises ou petites-bourgeoises alsaciennes, notamment celles liées à ce protestantisme philanthrope, ouvert au monde mais miné par une fascination pour le mysticisme et le religieux.

C’est ainsi que ce couple, connaisseur des cultures d’Afrique de l’Ouest de par leurs nombreux voyages, n’ont néanmoins pas vu l’Afrique dans sa dimension populaire, ni même les cultures africaines dans leur esprit. Ils ont en revanche « expérimenté » le vodou et ils en ont déduit que ces séries d’expériences leurs avaient appris quelque chose qui valait la peine de partager, dans une démarche d’individualisme bourgeois tout ce qu’il y a de plus caricatural.

On ne s’étonnera pas que parmi tous les soutiens médiatiques du musée, on trouve bien sûr en bonne place la catholique Société des Missions Africaines de Strasbourg, avec le curé Jacques Varoqui, qui
entretient lui-même à Haguenau un « espace africain » dédié aux missions en Afrique de l’Ouest.

La première chose auquel le visiteur est confronté, c’est la première chose que fit Marc Arbogast a
son arrivée en Afrique : chasser. Tout est ici dit de son rapport à la « vie » et à la nature.

Tout le premier niveau n’est rien de moins qu’une glaçante salle de trophée de chasse, exposant les cornes de dizaines d’animaux abattus au cours des multiples parties de chasse livrées par le propriétaire en Afrique. On y voit même un lion entièrement empaillé pour servir de lieux de photographies souvenir.

Le reste du musée est ensuite à l’avenant, une galerie d’objets exposés avec une réflexion sur leur fabrication matérielle et leurs usages, sans chronologie, sans mise en perspective sociale de la moindre forme. Le rapport avec l’Islam ou la Traite sont à peine mentionné.

En un mot, aucune mise en histoire, aucun mouvement. Une Afrique immobile et rongée par le mysticisme, vue par des yeux complaisants qui ne veulent voir de l’Afrique que cela.

Viennent enfin les « divinités masquées », ici on a directement des éléments de cultures populaires, mais rien n’est franchement creusé, analysé, relié. Même le lien avec les pratiques vodou du niveau précédent n’est pas clair.

Faut-il alors s’étonner que des institutions comme le Musée du Quai Branly, ou des chercheurs comme Bernard Müller (IRIS-EHESS) associés au Musée Vodou lors de son lancement, se soient depuis désolidarisés à la fois pour des raisons de fonds concernant les expositions et de formes concernant l’esprit de management boutiquier du couple Arbogast.

Outre ce désaveu scientifique,d’institutions bourgeois pourtant initialement bienveillantes, le Musée a aussi été rejeté par les associations comme Curio, qui milite pour la dignité et l’expression des cultures nationales du Togo en Alsace et en Franche-Comté.

Captif de la vision mystique et égocentrée de ce couple bourgeois, la tentative de ce musée est donc un échec, porté à bout de bras par la fondation qui le finance et le dense réseau religieux et bourgeois qui le soutien. Ce musée est donc à la connaissance de l’Afrique, et même du Vodou, ce que la Fondation
Vuitton est à l’art : une appropriation bourgeoise frisant le délire.

Strasbourg a certes besoin et a du coup presque une sorte de base avec ce musée pour affirmer les cultures africaines, très vivantes dans la métropole, dans un esprit démocratique (avec la participation des éléments des masses originaires de ces pays), populaire (en l’ouvrant sur la curiosité des masses alsaciennes, désireuses de mieux connaître une part de l’Afrique au-delà des clichés éculés entretenus par ce musée) et scientifique (en dépassant la seule question des cultes et du vodou et en développant une vraie perspective matérialiste historique, qui ne fétichise pas les cultures d’Afrique mais permet leur connaissance et leur métissage).

En un mot, on attend la confiscation populaire de ce lieu !

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Politique

1934, quand la Droite faisait rêver…

Lorsqu’on pense aux années 1930 et que l’on est de gauche on pense spontanément au fascisme et au front populaire de 1936. Mais, en France, l’Histoire s’apprend de manière découpée, en section altérant la compréhension des processus de moyen long terme.

En effet, c’est souvent sous l’angle d’un « moment », celui de mai-juin 1936 qu’on parle du Front Populaire, ce qui met dans l’ombre la dynamique interne globale qui a vu émerger cette expérience populaire de gauche.

Car l’arrière-plan de l’unité populaire en 1936, c’est évidemment le 6 février 1934 des ligues factieuses et plus généralement c’est la montée du fascisme en France alors que le pays a aux frontières deux pays fascistes, l’Allemagne (janvier 1933) et l’Italie (mars 1922). L’extrême droite française connaît alors un développement massif et populaire, tandis que que les forces de gauche sont affaiblies.

En 1933-1934, au plan des forces numéraires, alors que la S.F.I.C compte environ 60 000 membres et la S.F.I.O 120 000 adhérents, l’Action Française compte près de 60 000 membres, il y a 90 000 « Jeunes Patriotes » et 180 000 Croix De Feu. Il faudrait aussi mentionner les chemises vertes d’Hervé Dorgères, rassemblant près de 400 000 « fascistes ruraux » agissant dans les campagnes…

A la pointée de l’offensive fasciste en janvier-février 1934, ce sont 130 000 hebdomadaires de l’Action Française qui sont vendus avec une agitation de rue permanente dans Paris.

Pendant le Front Populaire, malgré le recul momentané des forces d’extrême droite, deux principaux partis se partagent le terrain réactionnaire : le Parti Populaire Français de Jacques Doriot et le Parti Social Français du Colonel de La Rocque. Avec Le PPF on a là une véritable machine fasciste, sur une ligne violemment anticommuniste et national-socialiste, rassemblant en 1937, 120 000 adhérents. Le PSF est quant à lui un véritable monument de la culture politique nationale, parti réactionnaire de masse avec plus 500 000 adhérents en 1938.

A ces deux principales forces parlementaires réactionnaires s’ajoute bientôt un groupuscule clandestin pratiquant une stratégie de la tension à coup d’assassinats et d’attentats, le Comité Secret d’Action Révolutionnaire ou dit « La Cagoule ». Ce groupuscule lié à certains secteurs de la haute bourgeoisie maintient des liens lointains avec des personnalités plus ou moins proches du Colonel De La Rocque.

La valse des intimidations violentes et des attentats menés par « La Cagoule » et la « dédiabolisation » du PSF issu des ligues Croix de Feu créé une tension sociale et politique profonde sur le peuple de gauche. Tout en noyautant l’armée, l’enjeu stratégique fut bien de favoriser une profonde tension à l’intérieur de la gauche (comme en 1937 à Clichy ) afin d’appeler à un retour militaire à l’ordre sous la direction des forces fascistes.

Dans cette ligne, à l’agitation militaire et politique s’ajoute le pilonnage idéologique de la société par des fascistes qui tissent des liens et développent une presse à scandale, basée sur des faits divers montés en épingle et analysés sous un angle raciste et antisémite, rappelant ce que l’on nomme aujourd’hui « fachosphère ».

L’hebdomadaire L’Ami du Peuple, fondé par le parfumeur François Coty et qui revendiquait plus de 3 millions de lecteurs est un bon exemple de cette presse populiste. François Coty fonde d’ailleurs en 1933 son propre mouvement appelé « Solidarité Française » , mouvement qui aura une forte implication dans les émeutes anti-parlementaires du 6 février 1934…

Il serait erroné de saisir cette montée du fascisme comme simple « caisse de résonance » des dynamiques étrangères, car c’est bien une dynamique interne au pays qui l’alimente. Un exemple de cela est l’échec des « chemises bleues » fondées en 1926 par Georges Valois, ancien syndicaliste révolutionnaire puis acquis au nationalisme de l’Action Française. Les « Chemises bleues » qui comptent alors 25 000 membres, disparaissent pourtant en 1927, preuve qu’un simple décalque du fascisme italien ne prend pas dans les mentalités et les valeurs françaises.

Ce qui marchera en France, c’est le national-catholicisme , comme le prouve ensuite la politique du régime de Vichy fondée sur un corporatisme maurassien : défendre le « pays réel » identifié aux villages ruraux cimentés par la morale du clergé et le conservatisme de « La Terre ». La prégnance des « chemises vertes » rurales dans les années 1930 a ainsi fourni l’armature politique et idéologique au pétainisme.

Aborder le Front Populaire de 1936-1938 c’est donc nécessairement prendre en compte la vitalité et l’importance des forces fascistes françaises développées sur une base nationale. Il est peu étonnant que la réaction antifasciste unitaire de 1934 se soit élancée essentiellement des campagnes , comme illustration de l’agitation profonde que connaît le cœur de la société française de l’époque.

Les années 1930 ont été l’histoire de la gauche autant que l’histoire de l’extrême droite, et c’est en cela d’ailleurs qu’elles constituent un puissant miroir de notre époque actuelle…

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Société

GPA : « Non au marché de la personne humaine »

 

Cette tribune est initialement parue sur le site du Le Monde, dans une version malheureusement payante.

En un temps où l’on s’insurge contre les violences faites aux femmes, où l’on traque les stéréotypes de genre et où l’on revendique l’égalité des sexes, il serait opportun que l’usage commercial de leur corps dans l’industrie procréative mobilise davantage l’opinion publique et les médias.

Au lieu de cela, on observe une étrange complaisance à l’égard de ce que l’on nomme abusivement une « technique », alors que la maternité de substitution est une « pratique sociale » qui consiste à louer la vie d’une femme, jour et nuit, pendant neuf mois.

Pour lui donner un aspect altruiste, on appelle gestation pour autrui (GPA) la convention par laquelle une femme s’engage à devenir enceinte (par insémination artificielle ou transfert d’embryon) et à accoucher d’un enfant qu’elle remettra dès sa naissance, et moyennant paiement, à ses « parents contractuels ».

Personne ne peut ignorer que cette pratique fait partie d’un marché procréatif mondialisé en pleine expansion, qui inclut, comme en Californie, la vente du sperme et des ovocytes. Là où il existe, ce marché constitue une forme nouvelle d’appropriation du corps féminin.

L’enjeu des choix législatifs nationaux et internationaux en ce domaine est considérable, face à la pression de tous ceux qui trouvent un intérêt financier important dans cette affaire : cliniques, médecins, avocats, agences de « mères porteuses », auquel s’ajoute l’intérêt subjectif de ceux que les agences appellent sans vergogne les « clients » et qui désirent obtenir un enfant à tout prix.

L’objet d’un tel commerce n’est pas seulement la grossesse et l’accouchement, c’est aussi l’enfant lui-même, dont la personne et la filiation maternelle sont cédées à ses commanditaires.

On convient à l’avance du prix du « service »

Dans son principe, une telle transaction commerciale (elle l’est toujours, même si l’on déguise le paiement en indemnité ou dédommagement) est contraire aux droits de la personne humaine et s’apparente à une forme de corruption.

De corruption en effet, puisqu’elle attribue une valeur marchande et à l’enfant et à la vie organique de la mère de substitution. Car l’un et l’autre sont des personnes, sujets de droits, et il existe une différence, capitale en droit, entre les personnes et les biens. De plus, depuis l’abolition de l’esclavage, nul ne peut exercer sur une personne humaine les attributs du droit de propriété.

C’est pourquoi, en matière d’adoption, la Convention de La Haye interdit tout arrangement programmant à l’avance l’abandon d’un enfant par sa mère de naissance et tout paiement de l’enfant par les parents adoptifs.

Or c’est un tel arrangement préalable qui est en cause avec la maternité de substitution : on convient à l’avance du prix du « service » rendu par la mère et donc du prix de l’enfant à naître. Et celle qui accouche est bien la mère biologique, même lorsque l’enfant n’hérite pas de ses gènes, car un embryon n’a aucune chance de devenir un enfant sans un corps féminin qui lui assure son lent développement biologique. On ne fait pas un enfant seulement avec des gènes.

« DEPUIS L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE, NUL NE PEUT EXERCER SUR UNE PERSONNE HUMAINE LES ATTRIBUTS DU DROIT DE PROPRIÉTÉ »

La GPA est ainsi une façon de falsifier la filiation maternelle de l’enfant en substituant une mère « intentionnelle » à sa mère de naissance. Certains demandent à la France de transcrire tels quels les actes d’état civil établis à l’étranger sur la base d’une GPA, sachant que cette transcription légitimerait la GPA et mettrait immédiatement en cause notre législation.

Or, en dépit de mensonges réitérés sans relâche, ces enfants ont heureusement des papiers, par exemple des passeports américains, ou délivrés par d’autres pays, et si l’un de leurs parents est français ils obtiennent un certificat de nationalité. Dans son arrêt du 26 juin 2014, la Cour européenne des droits de l’homme elle-même a reconnu que la famille Mennesson vivait en France « dans des conditions globalement comparables à celles dans lesquelles vivent les autres familles ».

Certains soulignent que des femmes « consentent », en connaissance de cause, à servir de mères porteuses, et donc qu’elles acceptent leur propre aliénation et leur propre marchandisation. Sans doute : mais l’inégalité économique entre la femme et ses clients explique assez ce genre de consentement.

Et surtout, dans une société où il y a des lois protectrices des droits fondamentaux, il n’appartient pas aux individus de passer entre eux des contrats contraires à ces droits. C’est pourquoi, en France, nul ne peut consentir légalement à vendre un de ses reins, ni s’engager à devenir esclave.

Résister au « marché total »

Dans cette affaire, débattue dans notre pays depuis presque trente ans, il s’agit de comprendre que la demande d’enfant est déjà un effet de l’offre médicale, dès lors que la médecine, oubliant l’impératif de ne pas nuire, collabore avec les marchés du corps humain au nom de la liberté des contrats.

Dans certains pays, des médecins ne voient pas non plus d’inconvénient à greffer sur leurs patients des reins achetés à des « donneurs » vivants, ou même extorqués par des trafiquants aux populations les plus déshéritées, comme les réfugiés.

Le corps médical doit ainsi s’inquiéter de savoir s’il veut sacrifier son éthique à une idéologie ultralibérale qui tend à réduire la personne humaine à une ressource biologique disponible sur le marché. Dans le passé, ne l’oublions pas, des médecins éminents se sont compromis avec des idéologies encore plus redoutables : la bioéthique est née à partir des procès de Nuremberg.

La responsabilité du législateur est ici immense, car le respect des droits de la personne humaine et de son corps est l’un des principaux critères susceptibles de définir une société civilisée.

Les Etats doivent-ils renoncer à la protection des personnes en les abandonnant aux lois du marché ? L’enfant doit-il être conçu comme un produit dont le prix fluctue selon l’offre et la demande ?

Il s’agit de savoir dans quelle société nous voulons vivre et d’avoir le courage de résister au « marché total », comme c’est encore le cas de la plupart des pays européens. L’honneur de notre pays serait, avec d’autres, de travailler à l’abolition universelle d’une pratique qui touche aujourd’hui, dans le monde, les femmes les plus vulnérables.

Eliette Abécassis, écrivaine ;Sylviane Agacinski, philosophe ; Marie Balmary, psychanalyste ;
Pilar Aguilar Carrasco, représentante du groupe espagnol No somos vasijas ; Marie-Jo Bonnet, historienne des femmes ; José Bové, député européen ; Lise Bouvet, philosophe, politiste et traductrice féministe ; Didier Cahen, écrivain ; Laure Caille, présidente de l’association Libres Mariannes ; Geneviève Couraud, présidente de l’association l’Assemblée des femmes ; Michèle Dayras, médecin, présidente de SOS Sexisme ; Maria De Koninck, professeure émerite à la faculté de médecine de l’Université Laval ; Anne Desauge, secrétaire générale d’Elus locaux contre l’enfance maltraitée (Elcem) ; Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne ; Laurence Dumont, députée, initiatrice des Assises pour l’abolition universelle de la GPA ; Alice Ferney, écrivaine ; Eric Fiat, professeur de philosophie morale et d’éthique médicale, à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée ; René Frydman, gynécologue obstétricien ; Cristina Gramolini, présidente de l’association nationale Arcilesbica, Italie ; Florence Gruat, cadre hospitalière sup, docteure en éthique ; Diane Guilbault, présidente du groupe pour les droits des femmes du Québec ; Béatrice Joyeux-Prunel, historienne de l’art contemporain ; Frédérique Kuttenn, professeure émérite d’endocrinologie de la reproduction ; Catherine Labrusse-Riou, ­professeure de droit à l’université Paris-I ; Anne-Yvonne Le Dain, géologue, agronome, ancienne députée ; Manuel Maidenberg, pédiatre ; Christine Mame, présidente d’Elus locaux contre l’enfance maltraitée (Elcem) ; Francesca Marinaro, représentante de l’association italienne Se non ora quando – Libere ; Yaël Mellul, ancienne avocate, présidente de l’association Femme & libre ; Florence Montreynaud, historienne et féministe ; Françoise Morvan, présidente de la coordination française pour le lobby européen des femmes, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes ; Isabelle Moulins, présidente du Centre évolutif Lilith de Marseille ; Nicole Péry, ancienne secrétaire d’Etat aux droits des femmes et vice-présidente du Parlement européen ; Yvette Roudy, ancienne ministre des droits des femmes ; Dominique Schnapper, directrice d’études à l’EHESS, ancienne membre du Conseil constitutionnel ; Martine Segalen, ethnologue, professeure émérite des universités ; Didier Sicard, professeur émérite de médecine et ancien président du Comité consultatif national d’éthique ; Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, présidente de l’association La Cause des bébés ; Jacques Testart, biologiste de la procréation ; Henri Vacquin, sociologue ; Monette Vacquin, psychanalyste ; Jean-Louis Vildé, professeur émérite pour les maladies infectieuses ; Jean-Pierre Winter, psychanalyste.

Associations et collectifs : Association nationale Arcilesbica, Italie ; Assemblée des femmes ; Collectif pour le respect de la personne (CoRP) ; CQFD Lesbiennes Féministes ; Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (Cadac) ; Elus locaux contre l’enfance maltraitée ; Femme & Libre ; groupe No somos vasijas ; Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec) ; association Se non ora quando – Libere ! (Espagne) ; Libres Mariannes ; collectif Ressources prostitution ; SOS Sexisme

 

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Écologie

Le Parti socialiste de Loire-Atlantique dénonce l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

La fédération de Loire-Atlantique du Parti socialiste a réagi à propos de l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes en dénonçant « une vision à court terme » dans le titre de son communiqué.

Cela en est presque risible tellement c’est hors de propos. La vision « à court terme », c’est justement celle des partisans du projet qui n’ont pas encore compris en 2018 l’importance des zones humides et des milieux naturels pour l’avenir de notre planète.

Faut-il encore que l’humanité bétonne des milliers d’hectares de marécages et déversent un peu plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère avec l’accroissement du trafic aérien pour que ces gens comprennent ce qui est en jeu ?

Rien n’est plus « à court terme » justement que de croire que l’humanité puisse continuer son développement économique sans tenir compte des erreurs qu’elle a faite aux XIXe et XXe siècles.

Le Parti Socialiste se prétend écologiste et affiche sous son logo le terme « social-écologie ». On se demande bien pourquoi.

Comment peut-on se prétendre écologiste, invoquer « l’État de droit » comme il est fait dans ce communiqué, et ignorer ainsi la Loi sur l’eau ?

Tout écologiste sait pertinemment, et ce depuis de nombreuses années, que la Loi sur l’eau avait été littéralement piétinée par ce projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Le reste de l’argumentaire du communiqué consiste en une sorte de chantage au développement économique, prétextant que la Loire-Atlantique serait un bon élève en France et aurait donc le droit à « son » équipement. Cela n’a pas grand-chose à voir avec les valeurs sociales et universelles de la gauche française.

C’est une vision d’entrepreneurs, de libéraux, de personnes ayant foi en les possibilités de développement économique du capitalisme. Mais ce n’est certainement pas un point de vue socialiste.

Les propos grandiloquents de la Maire de Nantes Johanna Rolland, membre du Parti Socialiste, sont du même registre :

« Je demande donc officiellement au Président de la République de me recevoir pour parler de l’avenir de la Métropole, de l’avenir du grand Ouest. Et la question que je lui poserai, elle est simple : « Est-ce que l’Ouest peut encore compter sur l’État pour son avenir ? »

Car l’abandon de ce projet d’État ne peut être synonyme d’abandon de l’Ouest. Nous participons activement à la dynamique du pays.

Nous sommes une terre source d’innovation, d’équilibre. Nous sommes moteurs dans beaucoup de domaines.

C’est de l’avenir des 600 000 habitants de la Métropole dont je veux lui parler.»

Voilà qui n’est pas sérieux. Voilà qui est bien éloigné de l’engagement et du flegme dont a besoin la gauche française pour se reconstruire.

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Politique

Parti socialiste : lettre pour l’unité contre Emmanuel Maurel

A l’occasion de la candidature de Luc Carvounas, Stéphane Le Foll et Olivier Faure au poste de secrétaire du Parti socialiste, des élus et des membres de la direction de ce dernier ont signé une « lettre pour l’unité ».

L’initiative part de Rachid Temal, coordinateur du Parti socialiste et représente le courant dominant de ces dernières années, liées à François Hollande. Cet appel à l’unité est, en ce sens, en fait un appel à battre un autre candidat, Emmanuel Maurel, qui représente le courant Maintenant la gauche, qui vient justement de publier un document exprimant sa lligne politique : L’ambition de gagner.

Lettre pour l’unité

Cher Luc, cher Olivier, cher Stéphane, Nous nous adressons à vous en cette veille de congrès car, membres de la majorité sortante comme vous, nous voulons vous transmettre un message.

Nous recevons vos candidatures séparées comme un engagement parce que notre parti, après les défaites historiques qu’il a subies, a besoin de débats, de réflexion et d’abnégation.

Vos initiatives démontrent que des hommes et des femmes pensent encore que notre histoire commune doit continuer pour la Gauche et pour la France. Ceci ne sera possible qu’au terme d’un profond renouvellement.

Si vos candidatures ont provoqué un regain d’attention pour le PS, elles ne peuvent porter que sur le fond et ne doivent pas se transformer en conflit de personnes qui nous ont tant abimés. Nous ne pouvons plus nous le permettre. Le pays a besoin de la Gauche parce qu’il n’est pas sain, pour une démocratie, que l’opposition ne soit portée que par les extrêmes. Sans la gauche, la France n’est plus la France.

Dans un monde incertain, où Trump, Poutine et d’autres illustrent par leurs politiques à quel point la démocratie n’est jamais acquise, le besoin d’Europe et d’une France debout est fort pour humaniser la mondialisation en œuvrant à un développement solidaire et à la paix.

Au moment où le Président de la République veut s’identifier au centre pour ne pas assumer sa politique libérale et Jean-Luc Melenchon veut incarner le peuple contre les élites, seul le PS peut rassembler la gauche. Nos militants et électeurs qui nous font encore confiance attendent beaucoup de nous. C’est pourquoi nous voulons réaffirmer quelques principes, avant l’ouverture de ce débat.

Un certain Parti socialiste est mort dans les urnes en 2017. Une certaine façon de faire de la politique doit bel et bien être enterrée. L’exigence, la sincérité et surtout l’utilité du PS, sa capacité à être humble et en résonnance avec les grands enjeux de société, voilà ce que le pays attend de nous pour pouvoir à nouveau redevenir audible et crédible. Les motions que vous présenterez, leurs analyses et les propositions que vous ferez nous aideront à comprendre ce qui vous distingue sur le fond.

Mais nous voulons vous rappeler un engagement commun : si le prochain congrès doit engendrer un profond renouveau, il ne peut le faire en rompant avec la culture de gouvernement qui est notre bien commun. Il faut mener un inventaire sérieux et lucide des cinq dernières années, au plan national comme au niveau européen.

Il nous faut tourner la page, nous rénover mais aussi assumer ce que nous fûmes au pouvoir. Si ce travail demande distinction et objectivité, on ne peut pas se contenter de la culture d’opposition. Nous avons tranché collectivement cette question.

Nous sommes et restons l’opposition de la gauche responsable. Chaque terme a son importance et son sens. Nous devons aussi travailler à l’autonomie du PS.

Aujourd’hui, aucune alliance politique ne s’impose. Emmanuel Macron construit une orientation de centre-droit, à vocation libérale et installe une autorité verticale toujours refusée par les socialistes.

Nous lui opposons une conception équilibrée de l‘économie, un refus du tout libéral, un renforcement de la solidarité, une décentralisation approfondie et un respect des corps intermédiaires.

L’actuelle crise structurelle du Front National met de côté, provisoirement, l’argument du vote utile face au risque frontiste, même si ses idées sont toujours violemment présentes dans le débat politique et ont dépassé depuis longtemps le cadre strict du parti d’extrême droite.

Quant à Jean-Luc Melenchon, touché par les sirènes populistes, il veut substituer un clivage élite/peuple au clivage gauche/droite, estimant les partis de gauche dépassés. Ne lui donnons pas raison !

Décider d’un type d’alliance, à cet instant de notre débat, reviendrait à nous subordonner, donc à disparaître. La rénovation avant les alliances devrait être notre ligne de conduite.

Cette démarche n’exclut ni les partenariats ponctuels sur certains sujets, ni une relation rénovée avec les autres femmes et hommes de gauche. Nous voulons le rassemblement du peuple de gauche et nous pensons être les seuls à pouvoir pratiquer le et – et : et ceux qui ont voté Macron, et ceux qui ont voté Melenchon et ceux qui se sont abstenus.

Le PS est encore le seul parti à pouvoir proposer ce rassemblement des électeurs de toutes les gauches, y compris dans le cadre d’un débat ouvert et constant au sein de la Gauche. Nous devons procéder de nous-mêmes mais aussi parler à ceux que nous avons déçus et que d’autres ont trompés Nous voulons également réaffirmer notre orientation.

Nous devrons aborder les élections européennes en européens et les élections municipales en décentralisateurs.

Pour cela, il faudra nous engager avec volontarisme et modestie, ne pas s’emballer pour un succès, ni se désespérer pour un revers, parce que la route de la reconstruction ne sera pas linéaire.

Nous vous proposons deux rappels :

– Le congrès qui s’ouvre n’épuise pas les sujets. Il faudra préparer, sous une forme renouvelée, ouverte et participative, les Conventions thématiques qui jalonneront notre reconstruction. Il nous faudra rajeunir, féminiser, représenter les territoires et prendre en compte la réalité sociologique de notre pays.

Notre Parti devra être décentralisé et ouvert. Il devra co-construire avec la société. Il faut un programme de travail dense avec le militant placé au coeur.

– Le Parti Socialiste a besoin d’une majorité claire, ce qui n’exclut pas la minorité. Mais, pour qu’il y ait un travail efficace, il faut que chacun inscrive son action dans un cadre prônant l’efficacité. Le travail en commun ne peut pas être la confusion. Le congrès d’orientation ne peut pas se rejouer sur chaque sujet en débat.

Nous souhaitons que, lorsque ce débat aura été arbitré par les militants, vous vous retrouviez sur les bases alors définies pour constituer une vraie majorité, car il n’y a pas de Parti renouvelé sans majorité assumée.

Premiers signataires : premier-es fédéraux, responsables nationaux et fédéraux ADOMO Caroline, ALARCON Antony, ASSARAF Christian, ARNAUD Samuel, AUGIER Florence, AZZAZ Nadège, AZOULAI Laurent, BERGOUNIOUX Alain, BLATRIX Florence, BRIEN Nicolas, BRUNSCHWIG Xavier, BODIN Nicolas, BOURGI Hussein, BOUAMRANE Karim, BORD Corinne, BRAUD Maurice, BROUSSY Luc, BRUEL Mickael, CANET Michel, CARREIRAS Joël, CLAVEQUIN Maude, CIOT Jean-David, CHANTRELLE Laurent, CHENUT Jean-Luc, CHEVALIER Fabien, COILLARD Stéphane, CONWAY-MOURET Hélène, COUMET Jérôme, DANEL Pierre, DESTOT Michel, DELBOS Olivier, DIOP Dieyneba, DOUCET Philippe, ELKOUBY Eric, FABIANO Patrice, FAGES Marie-Laure, FILLEUL Martine, FINIELS Philippe, FOUILLERE Christophe, GAGNAIRE Franck, Brice GAILLARD, GELLY-PERBELLINI Michel, GERARDIN Annie, GINER Bernard, GUUDUBOIS Elisabeth, GLOANEC-MAURIN Karine, GROSNON Thierry, GUERRIEN Marc, GUILLAUME Sylvie, HADIZADEH Ayda, HARQUET Philippe, HOFFMANN-RISPAL Danièle, IBARRA Stéphane, JEAN BAPTISTE EDOUARD Léon, JOUBREL Yannig, KHADEMI Antoine, LIME Catherine, LE CONSTANT Philippe, LE GARREC Alain, LE MEAUX Vincent, LE MOËL Annaig, LEPRÊTRE Marie, LEPRETRE Patrick, LIOUVILLE Jean-Pierre, MATHELIER Guillaume, MAALOUF Rita, MARECHAL Denis, MAUPAS Valérie, MESSAFTA Lies, MEYSEN Felix, MOINE Philippe, NARASSIGUIN Corinne, NICOLLET Eric, NIEPCERON Loïc, NEUGNOT Michel, ORAIN Frédéric, OUMER Nawel, PAPOT Jean-François, PESCHEUX Victor, PICARD Maxime, POLSKI Olivia, RECALDE Marie, REVAUL D’ALLONES-BONNEFOY Christine, RISPAL Gérard, ROULY Nicolas, ROUILLON Christophe, ROY Isabelle, ROZE Christophe, SAYER Ghislain, SAW Fatoumata, SEVE Patrick, SFEZ Nicolas, SADOUN Marc, SOUMARE Ali, VALENTI Paola, TEMAL Rachid, THOMAS Jean-Jacques, TRIJOULET Thierry, TRIGANCE Yannick, TYSSEYRE Jean-Michel, VIEU Patrick, VENON Boris, VERON Vincent, VINCENT Bernard, WOLF Romain

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Politique

Emmanuel Maurel : L’ambition de gagner

Emmanuel Maurel, candidat au poste de secrétaire du Parti socialiste, a publié un document exprimant sa ligne politique.

L’ambition de gagner.

Vous pouvez signer ici ou par mail emmanuelmaurel2018@gmail.com

UNE RESPONSABILITÉ HISTORIQUE.

Notre parti, le Parti socialiste, connaît une situation inédite. La double déroute du printemps 2017 n’a en effet pas d’équivalent dans notre histoire politique. En 2012 nous avions tous les leviers pour transformer la société. Cinq ans plus tard, nous n’en avons pratiquement plus aucun. Jamais, sous la Vème République, un parti n’est passé si vite de l’omniprésence politique à la marginalité électorale.

Ce vote-sanction ne saurait s’expliquer par la seule « usure du pouvoir ». Pour nombre de nos compatriotes de gauche, ce quinquennat a représenté une perte des repères spectaculaire. Pacte de responsabilité, loi travail, déchéance de nationalité : les Français ne se sont pas reconnus dans ce que nous avons fait, et, finalement, ne nous reconnaissent plus.

Dans ce paysage politique profondément bouleversé, il serait déraisonnable de penser que nous reviendrons mécaniquement aux responsabilités. Il faudra plus que les fautes des uns ou les échecs des autres pour revenir au pouvoir. La reconquête requiert un travail collectif méthodique, humble, sérieux, et l’ambition assumée de changer la société : pour ceux qui souffrent le plus, la reconquête ne peut pas attendre.

Nous en sommes capables ! Parce que nous continuons à croire à l’actualité du message socialiste.

Parce que, sur le terrain, des milliers de militants et d’élus continuent d’agir sans rien renier de nos principes communs. À celles et ceux qui ont eu le courage de rester, nous proposons de relever la tête, de viser l’horizon et de redonner l’espoir.

1. CE QUE NE DOIT PAS ÊTRE LE CONGRÈS D’AUBERVILLIERS.

Nous n’avons pas le droit ou le luxe de reproduire les figures habituelles. Évitons :

Un Congrès de « gouvernance », dans « l’entre soi », dont l’enjeu serait le choix du prochain syndic de copropriété, uniquement chargé de faire la police du bruit dans les étages du Parti. Au contraire : du bruit, il faudra en faire pour être à nouveau entendus. Et pour faire du bruit, il nous faudra être rassemblé autour d’une voix forte et claire.

Un Congrès « règlement de comptes » refaisant, dans l’indifférence des Français, le match du quinquennat. Bien sûr, nous devons tirer le bilan de l’expérience de 2012-2017.

Mais à quoi bon se renvoyer la balle sur la responsabilité des uns et la faute des autres ? Cela nous ferait oublier qu’un parti vivant doit regarder en avant et pas systématiquement dans le rétroviseur.

Un Congrès « hors-sol », une juxtaposition de slogans creux et de digressions thématiques intéressantes mais sans rapport avec les vraies questions qui nous sont posées au lendemain d’une telle débâcle.

Quelles réponses apporter aux enjeux économiques, sociaux, géopolitiques, régaliens, culturels qui interrogent, voire déstabilisent notre société démocratique ? Les Français ne nous jugeront dignes d’être à nouveau écoutés qu’à la condition de travailler sérieusement ces problèmes.

2. CE QUE DOIT ÊTRE LE CONGRES D’AUBERVILLIERS.

Le Congrès d’Aubervilliers doit constituer une première étape déterminante dans la reconstruction de notre unité et de nos perspectives collectives.

1. Réaffirmer la nécessité d’une voie socialiste distincte du social-libéralisme.

A l’heure où les inégalités se creusent à une échelle jamais observée dans l’Histoire, la social-démocratie se trouve comme paralysée. Alors que sa mission historique était de porter un meilleur compromis entre le capital et le travail au niveau des États-nations, elle semble y avoir renoncé depuis l’avènement de la globalisation.

Pire, elle donne le sentiment de s’accommoder, voire, parfois, d’accompagner un nouvel ordre planétaire inégalitaire, individualiste, marchand.

Ce “modèle” de développement est pourtant condamné. Il détruit les solidarités et les écosystèmes. Il va même jusqu’à corrompre l’intégrité de la personne et de la conscience, sous l’emprise de la marchandisation et du consumérisme. Il est à proprement parler insoutenable.

C’est le paradoxe du moment  que nous vivons : au moment où la gauche peine, nous n’avons jamais eu autant besoin d’un socialisme républicain, antilibéral, écologiste.

2. Assumer clairement les conséquences stratégiques qui s’imposent : opposition à la politique d’Emmanuel Macron, unité des forces de transformation de la société

Le Parti socialiste doit être sans ambiguïté dans le contexte national issu des élections. Nous sommes un parti  d’opposition et certainement pas la force supplétive d’une majorité clairement marquée à droite.

Les six premiers mois du quinquennat (ordonnances Travail, suppression de l’ISF, flat tax sur les revenus financiers, baisse des APL, contrôle des chômeurs…) ont démontré de manière éclatante qu’on ne peut pas être socialiste « et en même temps » dans la complaisance à l’égard de Macron. Le cap a été donné, il ne changera pas. Idéologiquement, politiquement, économiquement, Emmanuel Macron est le Président des riches.

Pendant ce temps, la société civile continue d’évoluer et d’élaborer des revendications nouvelles. Ce faisant elle a produit de nouvelles formes de contestation et d’intervention dans le champ politique : la lutte pour la cause des femmes, les nouveaux comportements de consommation, la dénonciation des paradis fiscaux, la solidarité avec les migrants, la mise en accusation des pollueurs, la révolte devant l’avidité sans limites du capitalisme financier…

Ces nouvelles aspirations ont d’ailleurs été reconnues et prises en compte par la gauche. Dans les collectivités locales, les élus socialistes expérimentent et innovent.

Beaucoup ont choisi les circuits courts face à la grande distribution et la malbouffe, de se battre pour faire reculer la pollution, la précarité ou la désindustrialisation, certains expérimentent le revenu de base… À leur échelle, ils contribuent déjà à la transformation écologique et sociale de la France.

Le Parti socialiste devra reconnaître et étendre ces expériences, tout en leur offrant un débouché politique à l’échelle de notre nation et du continent. C’est pourquoi sa ligne stratégique doit être celle d’un dialogue avec toutes les forces de gauche qui veulent transformer la société en profondeur.

3. Pour renouer avec le corps central de la société

Nous considérons que la renaissance du Parti socialiste implique de renouer avec le corps central de la société, c’est-à-dire les millions d’ouvriers et d’employés qui se sont progressivement détournés de nous à partir des années 2000.

Cela suppose de donner une priorité réelle dans nos programmes à des questions trop souvent esquivées ces dernières années, telles que le pouvoir d’achat des salariés ou la présence des services publics sur les territoires.

Partager les richesses

Le néolibéralisme déstructure et déshumanise, il empêche de bien travailler et sa rengaine de « l’insuffisante compétitivité » ajoute la démoralisation au stress, alors même que la productivité du travail est en France parmi les plus élevées du monde.

Les salariés attendent de nouvelles perspectives sur leur pouvoir d’achat, sur la sécurité sociale, la protection de l’emploi et la démocratie dans l’entreprise. Ils attendent aussi que nous ripostions fermement à la précarisation et l’atomisation sociale dont usent et abusent les entreprises « innovantes » et « disruptives » du monde merveilleux de l’ubérisation.

Aujourd’hui, les socialistes doivent continuer de se mobiliser contre les ordonnances Macron et la loi travail.

Mais c’est aussi leur rôle de mener campagne pour l’augmentation du SMIC (au moment où le mode de calcul de celui-ci est remis en cause), de proposer une « loi islandaise » d’interdiction du moindre écart de salaire entre les hommes et les femmes.

Pour l’écosocialisme

Au risque de l’accaparement des richesses par une minuscule oligarchie, s’ajoute celui d’un désastre écologique et climatique, alors que l’on sait aujourd’hui que les engagements internationaux actuels demeurent insuffisants pour le conjurer, voire juste le limiter.

Qui ne voit, à gauche du moins, que les deux phénomènes, l’ultra-domination économique et financière des « 1% » et la catastrophe climatique, sont inextricablement liés ?

L’extrême polarisation des richesses, les conditions insensées de l’exploitation du travail et des ressources naturelles, la dilatation des rapports de production et des profits dans la sphère financière : tout se tient.

Écosocialistes, nous lions le combat social et le combat écologique en renouant avec nos fondamentaux, et en renonçant à la course effrénée au profit et au productivisme, des périls mortels pour le genre humain.

Pour une relance des services publics

Enfin il n’y aura pas d’égalité sociale – et encore moins d’égalité entre les territoires – sans une relance des services publics. Nous avons laissé transformer La Poste, la SNCF, EDF, GDF, France Telecom, en entreprises sinon complètement privées, du moins complètement livrées à la concurrence.

Faut-il répéter que c’est là un pur non-sens ? Les services publics doivent fournir des services de qualité accessibles partout et à tous, ce que ne permet pas le marché. Ils nécessitent des investissements à 30 voire 50 ans.

Comment pourraient-ils fonctionner correctement dans un cadre concurrentiel dont le long terme se mesure en mois ? Interrompre la marche folle à la marchandisation des services publics : voilà un axe politique majeur – et un sujet sur lequel mettre en scène la réfutation en actes des contraintes européennes.

4. Pour une Europe au service des peuples

En n’ayant pas su associer engagement européen et souveraineté démocratique, la gauche a été punie et il en a résulté une désaffection grandissante des peuples.

Cette crise de confiance suppose de briser la logique austéritaire et inégalitaire de l’Europe et d’en revenir à son ambition initiale : celle d’un espace de solidarité, de prospérité et de protection pour tous.

Mais pour ce faire, nous ne pouvons plus nous payer de mots et d’incantations (« et maintenant l’Europe sociale »). Le risque d’une confrontation doit être assumé clairement, à l’avance, particulièrement pour ce qui relève de la gestion de l’euro, des politiques budgétaires, industrielles et de l’harmonisation sociale.

La France doit cesser de sous-estimer sa capacité d’influence ; elle doit rompre avec l’illusion qu’on n’est « crédible » qu’en se montrant l’élève le plus docile et zélé de la classe européenne.

Notre responsabilité européenne nécessite aussi de s’opposer au règne du libre-échange intégral, sous-tendu ces dernières années par la multiplication de projets d’accords bilatéraux (CETA, Mercosur, Corée du Sud, Vietnam, Australie, Mexique…) dont les conséquences risquent d’être dévastatrices pour nos industries et notre agriculture.

Les autres grands ensembles géopolitiques (USA, Chine…) veillent à leurs intérêts économiques, pourquoi l’Europe serait-elle la seule refuser de le faire ?

Enfin, comme on l’a observé à l’occasion des Panama Papers, Luxleaks et Paradise Papers, l’Europe s’est montrée faible face au pouvoir de l’argent. Certains États-membres, comme les Pays-Bas, le Luxembourg, se comportent en véritables paradis fiscaux.

L’Union européenne est encore trop timide pour lutter contre la fraude. Ce n’est plus supportable. Dans ce domaine aussi, la France doit prendre l’initiative, en assumant le risque de la confrontation.

Les Français veulent se protéger et se projeter : se protéger des menaces de désindustrialisation, de précarisation, de communautarisme et de dérèglement climatique, et se projeter dans l’avenir, comme ils l’ont toujours fait jusqu’ici, en relevant les défis du monde.

Entre d’un côté les partisans, au pouvoir, d’une libéralisation de tout et de tous et, de l’autre, les bonimenteurs du repli sur soi, notre Parti peut incarner cette double mission de protection et de projection. Il le peut, il le doit ; reste à le vouloir. C’est l’enjeu de ce Congrès.

5. Un parti conquérant

La lucidité impose de le reconnaître : parmi les causes de l’échec du quinquennat, il y a le rapport trop peu critique aux institutions de la Vème.

L’acceptation du présidentialisme qui implique que tout soit soumis à l’exécutif, la trop grande influence de la technostructure d’État et de certains milieux d’affaire, ont nui considérablement à notre exercice du pouvoir. Dans le même temps, renonçant à son autonomie, le Parti a été volontairement inaudible.

Or le rôle du Parti socialiste, c’est d’être l’acteur vigilant de la transformation quand nous gouvernons.

Dans l’opposition, il s’engage dans des mobilisations exemplaires (et en premier lieu celle de ses élus locaux qui s’insurgent légitimement contre les premières mesures du nouveau pouvoir) et prépare la reconquête avec méthode.

Nous voulons que les militants soient les acteurs de la reconquête. Pour cela, nous proposons la tenue trimestrielle de grandes conventions, et le recours régulier au référendum militant pour trancher certaines questions essentielles. Il faudra également produire un effort réel pour apporter une forte formation aux militants.

Ensemble, réfléchissons à une nouvelle organisation qui valorise toutes les formes d’implication et d’engagement : local, bien sûr, mais aussi thématique, dans un secteur professionnel ou en entreprise.

Enfin, il faudra mettre en chantier l’élaboration d’un manifeste pour le socialisme des temps nouveaux dont l’objectif sera de confronter les fondamentaux de notre doctrine aux défis contemporains (numérique, biotechnologies, etc.) qui bouleversent l’humanité.

***

L’UNION ET L’ESPOIR !

Le Congrès d’Aubervilliers doit constituer une première étape déterminante dans la reconstruction de notre unité et de nos perspectives collectives.

En 74, un jeune premier, libéral et prétendument surdoué, parvenait à l’Élysée en incarnant l’aspiration au changement, tout en poursuivant une politique plus favorable aux rentiers qu’au monde du travail. La gauche rassemblée le battit dès la fin de son premier mandat.

En 93, le Parti socialiste perdait les trois quarts de ses députés. Par les commentateurs, il était condamné à des décennies d’opposition, voire à une disparition prochaine. Quatre ans plus tard, il dirigeait à nouveau la politique de la Nation, accomplissant la réduction du temps de travail et mettant en place la CMU.

À chaque fois, les conditions du succès furent les mêmes : l’union et l’espoir.

Certes, comme l’expérience militante nous l’a appris, l’union est un combat. Certes, l’espoir ne se décrète pas : il renaît lorsque nous dégageons l’horizon des Français et des Européens, lorsque nous refusons les fatalités qui aliènent, et lorsque nous proposons des mesures qui permettent à chacun d’entrevoir qu’une autre vie, au quotidien, est possible.

L’espoir naît du droit aux bonheurs. Dans quatre ans, si elle redevient elle-même, la gauche gagnera.

À nous d’éclairer le chemin et plus nous serons nombreux, plus vite renaîtra parmi nos concitoyens l’espoir d’un monde différent.

Oui, un nouvel avenir est possible pour le Parti Socialiste et pour la Gauche !

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Écologie

L’abandon officiel du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes

L’annonce par le gouvernement de l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes près de Nantes est assurément une bonne nouvelle pour toutes les personnes réellement de gauche. La persistance de ce projet était une insulte permanente à l’idée de progrès et de civilisation. C’était une idée d’un autre temps, portée par des forces antidémocratiques.

L’humanité ne peut plus s’imaginer pouvoir vivre en dehors de la nature, considérant la planète Terre comme un gros caillou pourvoyeur de « ressources » lui appartenant unilatéralement. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes devait assécher plusieurs hectares de zones humides, au mépris des connaissances scientifiques de notre époque quant à leur importance.

Les personnalités politiques et économiques favorables au projet s’offusquent d’une décision qui serait anti-démocratique. En réalité, c’est précisément l’inverse qui est vrai.

Si l’on considère que la France est un État de droit, cela signifie que les lois sont censées s’appliquer. Or, le projet d’aéroport, quelque-soit la manière dont il était abordé, bafouait systématiquement la loi sur l’eau.

La loi sur l’eau est une loi datant des années 1970 et ayant connus quelques évolutions. Malgré ses limites évidentes, son but est justement de protéger les zones humides comme celle de Notre-Dame-des-Landes.

L’ensemble des décisions de justice rendues en faveur de la construction de l’aéroport allaient à l’encontre tant de l’esprit que de la lettre de cette loi. Elles consistaient en une interprétation unilatérale et biaisée de la réalité.

À partir du moment où il est techniquement possible de faire autrement, la destruction d’une zone humide est interdite.

De plus, de nombreux rapports, dont au moins un rapport officiel commandé directement par l’État en 2013, ont montré que les mesures compensatoires à des destructions ne seraient pas respectées par le projet d’aéroport, particulièrement par l’entreprise Vinci en charge de la construction.

Rien que cela aurait dû suffire à clore tout débat. Tel ne fut pourtant pas le cas et les forces politiques et économiques locales soutenant le projet ont continué à vouloir passer en force.

La consultation lancée par le gouvernement en juin 2016 était un nouveau coup porté à la démocratie et à l’écologie. Il n’était pas normal qu’elle ne concerne que les habitants de la Loire-Atlantique alors que l’enjeu était le respect ou non d’une loi, la loi sur l’eau, ce qui concerne la nation toute entière. On peut même arguer que cette loi relève d’accords internationaux (issus de la convention de Ramsar), et donc qu’elle concerne l’humanité toute entière dans son rapport à la planète Terre.

Le dernier épisode en date était le coup de théâtre juridique de novembre 2016, lorsque la Cour administrative d’Appel de Nantes avait rejeté des requêtes d’opposants.

Cela allait à l’encontre de l’avis du rapporteur public qui avait considéré que la loi sur l’eau n’était pas respectée. Cela montrait une nouvelle fois la faiblesse démocratique des institutions françaises. Le caractère politique et partisans de ces décisions de justices apparaissant comme évident, contrairement à ce qui est prétendu par l’Etat.

Le gouvernement en place a finalement considéré que « les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. »

Cela est dû en partie au rapport de force mis en place par les opposants, au manque de soutien réelle du projet par la population, ainsi qu’à d’autres considérations d’ordres politiques.

S’il est tout à fait logique et pertinent de se réjouir de cette décision, il ne faut pas pour autant considérer cela comme une grande victoire. L’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’est pas une victoire de l’écologie portée par des forces démocratiques en France.

Durant toute la campagne d’opposition, qui a pris de l’ampleur à partir des années 2010, l’écologie et les zones humides n’ont été qu’un prétexte. Le moteur de la contestation était une vision du monde arriéré, défendant de manière fantasmée l’agriculture d’autrefois et la vie en communautés isolées. Le mouvement d’opposition, particulièrement celui de la « ZAD », était largement d’essence réactionnaire.

Au contraire, les forces de gauche doivent maintenant se focaliser sur l’essentiel. Il est urgent de porter les exigences démocratiques de la population tout en diffusant et faisant vivre une culture authentiquement écologique.

Le mouvement d’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été un rendez-vous manqué pour la gauche française. Elle n’a pas su être à la hauteur des exigences de son époque. Il faut maintenant changer la donne.

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Société

Les footballs et la nécessité de l’esprit du jeu

Le football et le rugby sont d’après les historiens des variations de la soule (ou choule), un jeu de balle assez brutal. Une certaine forme de ce jeu serait toujours pratiquée traditionnellement dans certaines régions en France.

Depuis 1850 environ, les institutions sportives ont fait beaucoup d’efforts pour séparer football et rugby de la soule d’une part, et pour les distinguer l’un de l’autre d’autre part, par le développement de règlements spécifiques.

Le règlement officiel du football (Laws of the Game en anglais) comprend dix-sept règles écrites augmentées de quelques annexes. Néanmoins, il est dit de manière très officielle qu’une Law 18, la dix-huitième règle, supplante toutes les autres.

Selon cette règle non-écrite, le bon sens doit être de mise dans l’interprétation des règles du jeu afin de ne jamais aller contre l’esprit du jeu. Ce « Spirit Of The Game » constitue donc l’essence du football.

D’après les commentateurs, l’esprit du jeu réside dans une certaine justice naturelle, une fluidité dans la partie et dans le fait que l’issue du match doit être le produit de l’action des joueurs. Il semble donc que pour les juristes du football, l’essentiel réside dans la satisfaction qu’éprouve les joueurs à disputer une partie entre eux.

Jouer collectivement avec un ballon est une activité sportive très populaire. On se retrouve entre amis, entre deux cours, après l’école ou le travail, pour jouer.

Dans la pratique, on s’écarte des règlements du sport tel qu’il est imposé dans les stades. Entre plaisir et contraintes matérielles, les joueurs créent de nouveaux jeux. C’est ainsi que les fédérations sportives courent après les sports « de rue » pour tenter de référencer et de fixer ces jeux populaires : five-a-side football et « rugby à toucher » sont des exemples.

Les équipes mixtes de 5 ou 6 joueurs se rencontrent dans des lieux du quotidien, sur des terrains plus ou moins improvisés. Même si chacun cherche à faire triompher son équipe, pas besoin d’arbitre et encore moins d’arbitrage-vidéo. Il s’agit d’interpréter les règles afin que tous s’accordent au final sur le fait que la justice règne durant la partie.

Ignorant le conservatisme des institutions sportives, les joueurs et les joueuses ont ainsi pu imposer la mixité dans leur pratique du football et du rugby. L’interdiction des placages, des tacles et de tout contact violent, la réduction de la durée des parties et la simplification des règles permettent un jeu fluide et rapide.

Dans ces football populaires, c’est bien l’esprit du jeu qui domine.

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Culture

Abra : « Rose » (2015)

Aaliyah avait contribué à redéfinir une forme de R&B largement travaillé par la pop et le hip hop, mais l’orientation restait résolument ancrée dans une accessibilité tendant ouvertement au commercial.

Avec la chanteuse Abra, la « duchesse de la darkwave », on a un profil tout à fait similaire, mais avec cette fois une optique d’intimisme tourmenté et d’affirmation féminine dense et en-dehors des attentes des codes dominants.

Cette perspective, commune à d’autres artistes comme Kelela, Princess Nokia ou encore Tommy Genesis qui est proche d’Abra, n’est jamais simple de par les risques de sombrer dans l’esthétisme faussement rebelle de la posture identitaire, comme le « queer ».

Abra s’y arrache pourtant pour l’instant de manière magistrale grâce à son très haut niveau culturel, au moyen d’une R&B tendant vers cet electro vaporeux, froid, lancinant, d’une puissance démesurée.

Le plus impressionnant est que dans son premier album Rose en 2015, on croit qu’Abra pratique ses gammes, touchant à toutes les extrémités possibles d’une musique feutrée et dansante, avec à chaque fois une touche différente, une approche choisie.

S’agit-il d’ailleurs d’une pop electro tendant à la Soul pleine de langueur, visée de la quête inaboutie cette dernière décennie de Madonna, ou bien d’une musique de club envoûtante, ou encore de la bande originale d’une vie urbaine musicalisée, à la fois hostile à la société et totalement dedans, comme le vivent les jeunes ?

La nature féminine ainsi qu’afro-américaine du véritable projet d’Abra saute aux yeux. On est clairement dans une affirmation particulièrement étudiée, de la part d’une jeune chanteuse qui se produit avec un micro et un ordinateur, avec une aisance oscillant entre jeu sensuel et touche garçon manqué.

Et en arrière-plan, il y a cette force de frappe de l’esprit funk, avec cette basse frappant le rythme dans la première partie des années 1980, ou encore à la soul et son esprit particulièrement chaleureux. Ici, la seconde chanson n’est pas sur l’album, mais est issu d’une collaboration avec Stalin Majesty.

On a ici quelque chose de résolument moderne, correspondant à l’esprit de synthèse. Née à New York dans une famille de missionnaires s’installant à Londres juste après sa naissance, Abra a vécu à Atlanta à partir de 8 ans.

Sa famille interdisait la musique semblant non conforme à la religion, donc elle fonde sa culture musicale sur le folk, le jazz, le flamenco, pour ensuite se tourner elle-même vers la pop, son frère se tournant vers le punk et le neo-metal.

L’album Rose, sorti en 2015, revient quant à lui toujours à la R&B, mais Abra a une production inépuisable et les commentateurs musicaux sont unanimes pour souligner à quel point son avenir sera d’une très grande signification culturelle.

Loin de tout formatage identitaire individuel, on a ici une expression personnel faisant synthèse de plusieurs courants musicaux, avec une démarche solide et une très haute qualité, ici de l’autoproduction exigeante : Abra est une référence de la fin des années 2010.

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Société

L’auto-cuiseur Cocotte-minute

L’autocuiseur est un ustensile de cuisine commun à beaucoup de foyers. Le premier « digesteur d’aliments » doit son innovation à l’inventeur de la machine à vapeur, Denis Papin, en 1679.

Après le Salon des Arts Ménagers de 1926, c’est l’Auto-thermos des usines de Boulogne qui est mis en avant pour une cuisine rapide et peu coûteuse en combustible. Mais son système de fermeture compliqué n’assure pas son succès.

Ce mode de cuisson est promu dans les écoles des filles et les livres de conseil. « Les marmites ou cuiseurs sous pression peuvent rendre des services, grâce à l’économie de combustible qu’ils font réaliser, grâce aussi à la rapidité de cuisson ; précieuse pour les femmes qui travaillent au dehors » peut-on lire en 1935 dans La parfaite ménagère par Mmes Jumau et Herbet, aux éditions Librairie Larousse.

En 1948, Roland Devedjian commercialise sous le nom de Cocotte-minute® un autocuiseur en fonte d’aluminium, à fermeture à baïonnette. Mais c’est la faillite à cause du prix de vente exorbitant.

En 1953, Frédérique Lescure fondateur avec son frère de la Société d’Emboutissage de Bourgogne (SEB) rachète le brevet de Devedjian. En dépit du refus du Salon des arts ménagers de 1954, les frères Lescure commercialise leur premier autocuiseur.

Ce qui assure le succès de l’autocuiseur SEB c’est son faible coût d’achat, sa solidité, sa maniabilité et sa sécurité d’utilisation. Chaque marmite est vendue avec un livre de recettes.

Avec un faible coût d’achat, la femme peut désormais réaliser en toute sécurité des plats plus rapidement (le temps de cuisson est divisé par trois) tout en diminuant sa consommation de combustible de 70%.

C’est le succès assuré, de 130 000 en 1954, le nombre d’exemplaires commercialisés passe à 800 000 en 1965. C’est également l’année où l’autocuiseur devient la Cocotte-minute® SEB.

Pourtant c’est en 1975 que le pic de vente est atteint (1 727 733 exemplaires) avec la sortie de la Super-Cocotte® laquée rouge ou ornée de motifs floraux rouge-orangé.

SEB n’a cessé depuis d’innover pour suivre le mode de consommation alimentaire des gens.

Ainsi dans les années 1980, c’est le modèle SENSOR® pour une rapidité encore plus efficace et une sécurité renforcée ; dans les années 1990, c’est le modèle CLIPSO® avec un système d’ouverture automatique à pression, une vitesse turbo pour la décongélation des aliments et une soupape plus silencieuse.

Jusque-là le maintien de la qualité des aliments n’est pas pris en compte. Pourtant la cuisson à 120° détériore les qualités nutritives des aliments. Les vitamines A et D sont oxydées.

Les vitamines B, C et en grande partie E ainsi que les enzymes sont détruites. SEB commercialise alors le NUTRICOOK® CONNECT, en 2014, avec 4 programmes, deux temps de cuisson pour la préservation des optimales des nutriments et vitamines. Il est relié à une application Smartphone « Mon autocuiseur » qui remplace le livre de recettes traditionnel.

Les innovations techniques et leur commercialisation ont permis aux femmes qui devaient travailler en dehors de la maison, de continuer à cuisiner des plats demandant de long temps de cuisson tout en faisant des économies.

Avec un salaire en plus et le même pot-au-feu dans l’assiette, la famille ne sent pas lésée.

Mais c’est encore souvent la femme qui épluche les légumes et écoute le chuchotement de la soupape.

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Société

278 recettes de cuisine végétalienne

278 recettes de cuisine végétalienne, dans le document au format PDF ci-dessous (cliquer sur l’image).

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Société

Société libérale et déserts médicaux

Le propre de la société libérale est de faire primer le choix individuel sur le besoin collectif en postulant que la somme de choix individuels débridés revient au bien être collectif.

C’est bien évidemment erroné, la mauvaise répartition de l’accès aux soins en est un bon exemple.

Les personnes qui ont la possibilité de faire des études partent de leur région d’origine pour rejoindre les villes et ce, pendant trois à dix ans. C’est le temps qu’il faut pour avoir un cercle d’amis, des habitudes, une vie en somme.

Les villes sont des espaces où l’on peut se faire très vite absorber par le rythme, le choix des activités. Elle concentre la culture et du même temps, aspire la vie des zones rurales et péri-urbaines.

Donc d’un point de vue strictement individuel, qui voudrait quitter la ville après y avoir construit quelque chose ? Peu de gens. L’individualisme prime alors sur la morale, la conscience collective.

Le cas de la médecine est particulièrement révélateur de la capacité d’absorption des villes, car c’est un corps de métier que l’on choisit, si on est sincère dans la démarche, avec un sentiment d’altruisme et de nécessité d’être utile, vital même, à la collectivité.

Pourtant, les jeunes diplômés en médecine ont tendance à suivre la même trajectoire individualiste libérale que le reste de la petite bourgeoisie intellectuelle, qui cherche à valoriser ses diplômes dans le cadre de la ville.

Ce problème est visible dans les campagnes et les zones péri-urbaines et particulièrement les quartiers populaires, où beaucoup de médecins généralistes ne prennent plus de nouveaux patients. Au phénomène qui oppose les villes aux campagnes, s’ajoute donc l’ostracisme, voire le racisme.

La moyenne d’âge des médecins en activité augmente, les départs en retraite sont non renouvelés.

Certains praticiens sacrifient énormément de leur temps pour tenter de ne laisser personne sans soins, comme l’exige le code de déontologie de la médecine et conformément à leurs aspirations.

Malheureusement cela ne suffit pas et il devient très compliqué d’obtenir des rendez-vous.

Dans le même temps, avec l’écocide généralisé, de plus en plus de maladies chroniques se déclarent. Il y a notamment des problèmes respiratoires chez les jeunes enfants une multiplication des cancers ou des problèmes de thyroïdes.

Il y a donc un besoin croissant de professionnels de la santé, pour soigner, mais aussi pour alerter et rendre publiques les vagues de pathologies liées à la destruction de la planète, de la biosphère.

Il est également courant de devoir travailler plusieurs jours ou semaines avec des traumatismes causés par l’activité professionnelle, faute de pouvoir consulter rapidement et être arrêté. Cela peut avoir des conséquences graves sur l’usure du corps, déjà éprouvé par les tâches répétitives.

Du fait qui plus est de rapports inégaux entre les pays et d’un esprit d’hégémonie, les déserts médicaux français tendent à se combler à l’aide de diplômés venant de Roumanie où les études de médecines sont de bonne qualité, mais sans ressource matérielle pour une réelle implantation locale.

Ainsi, on pare au plus urgent en renforçant un déséquilibre ailleurs, et sous prétexte que c’est dans un autre pays, on s’en moque.

Le cas des déserts médicaux n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du dysfonctionnement profond du modèle actuel. La seule issue est de placer réellement le collectif au centre des préoccupations de la société, pour le bien des individus.

Ces questions se résolvent au moyen de la planification démocratique, en soutenant des projets relevant d’un héritage authentique de gauche.

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Culture

Le film « Le miroir » d’Andrei Tarkovski (1979)

Regarder Le Miroir, film d’Andreï Tarkovski de 1975, est au sens strict une expérience impossible pour un spectateur français, qui se dira nécessairement qu’il aura moins de mal à saisir ce que disent des extra-terrestres qu’à comprendre quoi ce soit à ce film.

Il y a trois raisons amenant à cet état de fait. Tout d’abord, les personnages du film ne peuvent pas s’empêcher d’être eux-mêmes et cela est montré avec tellement de densité que cela en est perturbant pour des spectateurs français habitués au contrôle de soi ou au psycho-drame surjoué.

Ensuite, ces personnages ne pouvant pas s’empêcher d’être eux-mêmes sont russes, avec tout ce que cela signifie en termes d’expression de la mélancolie, de sens de l’interrogation sur l’existence, avec les inévitables longues citations de poésie et références à la littérature (Tchékhov, Dostoïevski).

Le troisième point est le plus délicat, faisant que ce film est, finalement, davantage un film pour les réalisateurs que pour le public. Il se retrouve d’ailleurs systématiquement au plus haut des grandes références chez les réalisateurs.

Cela se concrétise de la manière suivante : le film montre des tranches de vie d’un cinéaste qui va mourir, l’œuvre se voulant par ailleurs autobiographique.

Or, non seulement on découvre cela à la fin, mais qui plus est la même actrice joue la mère et la femme du cinéaste, alors que le même acteur joue le cinéaste et le père de celui-ci au moment de sa jeunesse. Pire encore, on passe de l’année 1975 à 1935, puis à 1975 avant d’aller en 1937, pour retourner en 1975, pour se retrouver en 1942, puis en 1975, en 1935, en 1942 et finalement en 1975.

On ne s’y retrouve pas et le titre a été choisi pour montrer comment la vie reflétait de multiples aspects vécus, un miroir étant d’ailleurs présent dans de nombreuses scènes.

On peut interpréter alors l’œuvre de deux manières. La première, la plus juste, est de rattacher Le miroir à la culture russe et d’y reconnaître un sens de l’interrogation sur le statut de sa propre personne dans l’ensemble.

C’est la fameuse quête typiquement russe d’un sens cosmique général à l’existence – qu’on trouve dans le matérialisme dialectique de Lénine et Staline comme dans les icônes de l’Église orthodoxe ou la mystique de l’Eurasie formulée par Alexandre Douguine.

Reste à savoir dans quel sens va cette interrogation : est-elle un fétiche de sa propre vie, une tentative de saisir la profondeur de sa vie, une réflexion sur l’existence à travers ou malgré la situation de l’Union Soviétique alors ?

Après tout, une importance essentielle est accordée à la maison dans la campagne, avec une identité russe particulièrement marquée.

Et surtout – c’est l’argument principal – le film n’est en tant que tel pas sur le cinéaste, mais sur deux femmes, voire sur la profondeur féminine, la densité de sa psychologie.

Il y a ici la même caractéristique que chez Ingmar Bergman et c’est l’argument décisif montrant bien qu’il s’agit ici d’intimisme et non pas de « psychologisme » partant dans tous les sens.

L’autre manière d’interpréter Le miroir est d’y voir un équivalent soviétique de la réflexion propre à la littérature « moderne », avec son existentialisme, sa quête des « flux de la conscience », sa déconstruction permanente des identités.

Le philosophe Gilles Deleuze, l’un des chefs de file philosophiques de cette vision du monde, est très lyrique au sujet du miroir :

« Le miroir constitue un cristal tournant à deux faces, si on le rapporte au personnage adulte invisible (sa mère, sa femme), à quatre faces aux deux couples visibles (sa mère et l’enfant qu’il a été, sa femme et l’enfant qu’il a).

Et le cristal tourne sur lui-même, comme une tête chercheuse qui interroge un milieu opaque : Qu’est-ce que la Russie, qu’est-ce que la Russie…?

Le germe semble se figer dans ces images trempées, lavées, lourdement translucides, avec ses faces tantôt bleuâtres et tantôt brunes, tandis que le milieu vert semble sous la pluie ne pas pouvoir dépasser l’état de cristal liquide qui garde son secret. »

Gilles Deleuze considère que la qualité photographique du film va dans le sens d’une lecture subjective du film, dans le cas contraire il faudrait considérer celle-ci comme allant dans le sens d’une quête du concret, du solide, au-delà des tourments existentiels.

On comprend la densité de ce film et, en un certain aussi, son ambiguïté.

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Culture

« You’ll Never Walk Alone » et « I’m Forever Blowing Bubbles »

Il existe une mythologie concernant les chansons utilisées par certains clubs de football ; elles sont tellement employées sur un mode identitaire qu’on croirait qu’elles ont un lien direct et unique avec ces clubs.

En réalité, elles transportent un certain état d’esprit, bien conforme à l’esprit populaire du football tel qu’il existe à l’origine : rebelle, mais défaitiste, plein d’espoir mais s’en remettant au sort.

Les exemples les plus emblématiques sont deux chansons tirées de comédie musicale : You’ll Never Walk Alone et I’m Forever Blowing Bubbles, deux magnifiques chansons connues pour provoque des frissons de par leur puissance.

Voici leur petite histoire, qui a un rapport avec la civilisation, la culture, et pas le fétichisme et le tribalisme de clubs de football, sans vouloir préjuger du patrimoine populaire que cela peut représenter.

Ces chansons sont d’ailleurs américaines à l’origine, avant de connaître un succès anglais.

You’ll Never Walk Alone est tirée de la comédie musicale américaine Carousel, dont la première eut lieu en 1945 ; I’m Forever Blowing Bubbles est tiré de la comédie musicale de The Passing Show of 1918, une reprise en 1918 d’une revue musicale américaine de 1894.

Carousel dépeint un terrible drame : une jeune ouvrière et un jeune animateur d’un carrousel tombent amoureux, mais la propriétaire du dit carrousel le licencie alors. La jeune femme tombant enceinte alors que tous deux sont dans la misère, le jeune homme tente alors un cambriolage qui tourne mal et se suicide alors.

Une fois au purgatoire, on lui donne une chance de se rattraper pour aller au paradis et il va prodiguer de bons conseils à sa fille devenue une jeune femme. C’est notamment à ce moment pathétique qu’est chantée parallèlement la chanson You’ll Never Walk Alone.

Quand tu marches à travers une tempête
Garde ta tête haute
Et ne sois pas effrayé de l’obscurité
A la fin de l’orage
Il y a un ciel doré
Et le doux chant argenté d’une alouette

Continue de marcher à travers le vent
Continue de marcher à travers la pluie
Bien que tes rêves soient maltraités et soufflés
Continue de marcher, continue de marcher
Avec l’espoir dans ton coeur
Et tu ne marcheras jamais seul
Tu ne marcheras jamais seul

Il y eut bien entendu un film, sorti en 1956 ; voici la scène finale avec la chanson.

La liste des reprises de chanson est sans fin, elle va de Frank Sinatra à Nina Simone, de Gene Vincent à Shirley Bassey, de Judy Garland à Mahalia Jackson, sans oublier Elvis Presley, Aretha Franklin, etc.

Voici la version de Judy Garland et en-dessous celle de Gerry and the Pacemakers.

La chanson de  Gerry and the Pacemakers fut un tube en 1963 ; or, avant le match, les dix chansons étaient du top 10 étaient passées. You’ll Never Walk Alone ne fut pourtant plus lâchée par les supporters du club de football de Liverpool, ce dernier s’appropriant l’hymne en tant que tel.

L’approche gagna un prestige énorme lorsque Pink Floyd enregistra les supporters – le « Kop » – de Liverpool le chantant pour le placer dans la chanson Fearless sur l’album Meddle en 1971.

Le Celtic Glascow adopta la chanson après avoir battu Liverpool en 1966, tout comme une floppée de clubs allemands (plus d’une dizaines), ainsi que des clubs des Pays-Bas, d’Espagne, de France avec le Red Star, etc.

La chanson I’m Forever Blowing Bubbles est quant à elle tirée d’une comédie musicale intitulée The Passing Show of 1918 ; en réalité, il s’agit d’une « revue », c’est-à-dire de danses, de chansons et de sketches assemblées en vrac dans l’esprit d’une comédie musicale, le tout étant renouvelé chaque année.

Les paroles de la chanson sont du même type que celles de You’ll never walk alone : populaire plein d’espoir, mais empreint de blessure et d’échec.

Je souffle pour toujours des bulles

De jolies bulles dans l’air

Elles volent si haut, atteignent presque le ciel

Et comme mes rêves, elles s’évaporent et meurent

La fortune se cache toujours,

J’ai regardé partout

Je souffle pour toujours des bulles

De jolies bulles dans l’air

La chanson, une sorte de valse fut éditée ensuite en 1919, et immédiatement plusieurs fois reprise la même année, notamment dans une version orchestrale et une version jazzy.

La chanson fut régulièrement reprise dans les music hall ou encore dans les dessins animés. C’est dans ce cadre que, un joueur du club londonien de West Ham ressemblant à un jeune garçon d’une publicité pour du savon, un responsable du club chantait I’m Forever Blowing Bubbles, qui fut aussitôt approprié par les supporters.

En voici la version « standardisée », une version dans le stade et la reprise de 1980 par Cockney Rejects, groupe de musique oi représentatif de l’esprit voyou, alors que West Ham possédait la « firme » hooligan pratiquement la plus violente, appelée Inter City Firm.

Les deux chansons ont comme caractéristique de représenter l’espoir et l’humilité, deux caractéristiques populaires. Mais leur inclination à l’acceptation des choses telles qu’elles sont est indéniable.

C’est finalement tout le paradoxe de la culture populaire du football qu’on retrouve à travers ces deux chansons.

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Société

Le Brownie Flash et la révolution Kodak

Le Brownie Flash est un appareil photo de la firme Kodak, connu sous le nom de Brownie hawkeye flash aux Etats Unis. Il est historiquement un produit marqué par une grande accessibilité.

Le Brownie flash est d’ailleurs fabriqué en France avec les pièces américaines dès 1955. La vente est un succès de par sa facilité d’utilisation et son prix peu élevé : 2 400 francs pour l’appareil seul et 1 398 francs pour le flash, soit le cinquième d’un salaire de faible niveau, en comptant que durant les trente glorieuses, il y a une forte montée du niveau de vie.

George Eastman, fondateur de la firme Kodak, a toujours eu à souhait la démocratisation de la photographie, dans le sens bien entendu où il s’agissait pour lui de vendre davantage de produits.

Le slogan de Kodak était d’ailleurs  «  You press the button, we do the rest » (Vous appuyez sur le bouton et nous faisons le reste). C’est un principe de simplification et avec les ventes en masse, c’est ce que l’on a appelé plus tard « la révolution Kodak ».

De 1951 à 1961, le Brownie Flash est ainsi un cadeau commun à beaucoup de jeunes français. C’est un appareil photo idéal pour les néophytes et de bonne fabrication pour accompagner toute une vie.

Sur le plan technique, le Brownie Flash se présente sous la forme d’un boîtier noir en bakélite. L’objectif en verre se situe devant. Il est fixe et a pour focale f/15. Deux vitesses d’obturation sont possibles : 1/50s et la pose longue en appuyant sur le bouton pose B.

Une broche pour flash Kodak est visible sur le boîtier. Les pellicules utilisées sont du 620, donnant donc un format carré 6×6. Un coffret est également commercialisé, au prix de 5 036 francs durant cette période. Il comprenait : un appareil photo, un flash modèle B, deux pellicules, deux piles pour le flash, deux ampoules flash, un dépliant publicitaire, un livret humoristique Kodak, le mode d’emploi de l’appareil et le mode d’emploi du flash.

Encore aujourd’hui, le Brownie Flash est un appareil photo que l’on trouve couramment dans les vides greniers ou dans les familles françaises, se transmettant de génération en génération. Même si les pellicules 620 n’existent plus, on peut trouver des astuces pour y insérer des pellicules 120.

Des photographes s’amusent même avec la double exposition. 70 ans après sa commercialisation française, Brownie Flash reste l’appareil photo synonyme de photographie accessible à tous.

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Culture

« Être moderne le MoMA à Paris » à la Fondation Louis Vuitton

Ce sont les dernières semaines de la grande exposition « Être moderne le MoMA à Paris », qui se tient à la Fondation Louis Vuitton à Paris : elle finira au tout début du mois de mars 2018.

Cela doit être prétexte à réflexion, parce que le « MoMA », c’est-à-dire le Musée d’art moderne de New York, est une puissante institution, qui depuis 1929 joue un grand rôle dans la diffusion de l’art moderne, puis de l’art contemporain.

Or, les gens n’aiment pas l’art contemporain. Tout le monde apprécie la tentative d’exprimer quelque chose de manière artistique, et par tolérance les gens se forcent à être ouvert d’esprit de manière parfois absurde.

Mais l’art contemporain, cela ne passe pas. Les couches sociales les plus aisées, par contre, vouent un véritable culte à l’art contemporain. Et culturellement, plus la gauche a été corrompue sur le plan matériel, plus elle a basculé elle-même dans la valorisation de l’art contemporain.

Pourtant, n’y a-t-il pas quelque chose de problématique à voir que l’art contemporain est systématiquement valorisé par les couches les plus privilégiées du monde entier ?

La Fondation Louis Vuitton, créée par le groupe LVMH, qui fait venir des œuvres du MoMA, qu’y a-t-il de plus symbolique dans l’idée, si l’on pense à une bataille culturelle ?

Surtout que l’exposition consiste à souligner le passage naturel entre art moderne et art contemporain. On passe de Cézanne, Picasso, Dali, Malevitch et son carré blanc sur fond blanc, aux œuvres contemporaines les plus étranges, consistant en un cercle dessiné sur un mur, en des mots illuminés sous la forme de néons, une pile de bonbons aux emballages rouge ou bleu et qu’on peut prendre, etc.

L’exposition se veut également marquée à gauche ou plus exactement, et c’est très intéressant, « progressiste », avec une insistance sur les « remises en question artistiques, politiques et sociétales formulées par les artistes à partir de la fin des années 1960 ». On a un drapeau LGBT  hissé sur un mur, une œuvre d’art consistant en un drapeau américain aux couleurs afro-américaines, bref toute la modernité qui prétend remplacer la gauche historique, au profit du progrès.

Mais on est en droit de ne pas considérer cela comme un progrès, pas plus que les poupées Barbie voilées ou LGBT qui viennent de sortir dans les magasins. La gauche défend des valeurs, la culture, pas la conquête de marché sur une mode identitaire ou communautaire.

On peut même dire ici que tant que la gauche n’aura pas réglé son compte à l’art contemporain, la gauche subira l’hégémonie de gens liés aux classes sociales supérieures, fort de toute une culture qui, en réalité, est la simple diffusion de thèmes et d’approches totalement opposés à ce que la gauche a porté historiquement comme contenu.

Tant qu’il y aura un découplage entre libéralisme économique et libéralisme politique – découplage que ne faisait pas la gauche historique – tout est forcément perdu. Le libéralisme politique présuppose le libéralisme économique et inversement.

L’art contemporain célèbre justement le libéralisme. Peut-être qu’aller à l’exposition de la Fondation Louis Vuitton est alors utile – 16 euros, quand même – pour s’en apercevoir. On ne peut pas ne pas être sceptique devant des œuvres consistant en des couleurs jetées les unes sur les autres ou bien en des traits griffonnés n’importe comment.

On ne peut pas de dire autre chose que : il y a un problème, ces machins, ces trucs, valent des centaines de milliers d’euros, voire des millions, voire des dizaines de millions. Or, on n’y voit rien à part le nombrilisme de l’auteur de chaque œuvre. Pourtant, l’art ne peut pas consister en la célébration des egos… et des comptes en banque des gens les plus aisés !

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7 janvier 2015 – 7 janvier 2018

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Politique

Appel des socialistes serbes au monde civilisé (1918)

Le document suivant est un témoignage poignant, les socialistes serbes racontant les dramatiques événements qui frappent leur pays en 1918, alors que des forces étrangères interviennent de manière sanglante.

L’appel au monde civilisé souligne l’importance de l’unité face à la barbarie. La préface est de Camille Huysmans, une figure très connue de la social-démocratie de Belgique, qui fut également notamment nommé secrétaire de la seconde Internationale en 1905.

Cliquer sur le PDF pour le télécharger.

 

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Culture

L’échec de Star Trek Discovery à un retour aux sources

Star Trek Discovery est une nouvelle série américaine dont la diffusion a débuté en septembre 2017. On a pu déjà voir neuf épisodes de la première saison, les six derniers étant diffusés à partir du 7 janvier 2018.

Les événements de la série ont lieu une dizaine d’années avant ceux de la série originelle des années 1960, cependant la série se distingue principalement des autres séries et de l’univers Star Trek en général sur deux points.

La première saison est dès le début, et jusqu’aux derniers épisodes diffusés, marquée par une guerre (celle avec l’empire Klingon) et elle est centrée sur la vie d’un personnage. Or, s’il y a des conflits et de guerre présents dans Star Trek, à aucun moment une guerre ne prend autant de place dans l’opus…

Et cela encore moins au tout début d’une série. Star Trek est avant tout une tentative de présentation d’un monde unifié, en paix, tourné vers la bienveillance. C’est l’une des différences majeures avec Star Wars, qui relève de la fantasy dans un contexte spatial.

De plus, si à l’origine certaines personnages ont eu plus d’importance que d’autres dans les différents films et séries, aucun n’a autant monopolisé l’attention que l’héroïne de la nouvelle série, Michael Burnham.

Cette nouvelle série brise donc le fondement même du Star Trek de Gene Roddenberry : critiquer le présent à travers une utopie en évitant la personnalisation, même si c’est à travers des personnages que l’on découvre les événements.

L’origine du problème est relativement simple : au lieu de proposer un futur qui critique le présent, Discovery fait surgir notre présent dans le futur de Star Trek.

Il n’y a plus l’unité qu’il y avait auparavant : avancées technologiques, progrès médicaux, raffinement culturel, etc. Le seul progrès ici est d’ordre technologique…

Comme si les progrès technologiques n’avaient pas de limite, tandis que nous approcherions des limites de tout ce qui est d’ordre culturel et moral.

Cela revient ni plus ni moins à briser toute utopie. Pourquoi ? Parce que le simple fait de poser une pseudo critique (de certains aspects) du présent dans ce qui est censé être une utopie revient à dire que dans deux siècles l’humanité se posera toujours ces questions. Si elle se les pose toujours, c’est qu’il est impossible d’y apporter une réponse. Star Trek Discovery tue le futur en y incorporant de force une époque relativement barbare.

Dans Star Trek à l’origine, on ne pose pas la question du racisme, mais on y répond en montrant que dans le futur, il y a des gens de toutes couleurs de peau et que la couleur ne compte pas. Lorsque est posée la question de la guerre, des conflits, c’est à travers la présentation de monde arriérés, qui doivent progresser encore.

Prenons un exemple. La question des animaux et du rapport à la nature est une question brûlante de ce début du XXIe siècle. Il est clair qu’un futur où la chasse à courre, la vivisection et l’industrialisation de la mort d’être vivants continuent d’exister n’a plus rien d’utopique. Même l’Utopie de Thomas Moore publié au début de XVIe siècle repoussait déjà la mise à mort d’animaux du cœur de son utopie.

Cette question a déjà été comprise ne serait-ce que partiellement dans différentes œuvres : pensons à Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (aussi publié sous le titre Blade Runner), ou  encore au quatrième film Star Trek : Retour sur Terre. Ces œuvres ont plus de trente ans.

Qu’en est-il aujourd’hui avec Star Trek Discovery ? Tout cet héritage est nié. Ceci se voit à travers le tardigrade spatial. Il s’agit d’un animal colossal retrouvé sur un vaisseau, et retenu en captivité afin de l’étudier afin de développer de nouvelles armes. Aucune dignité n’est reconnue à cette forme de vie. Le capitaine justifie et justifiera toutes ses décisions le concernant par la guerre avec l’empire Klingon. L’héroïne de la série est tout d’abord réticente mais accepte.

Rapidement, le scientifique de l’équipage comprend le rôle de l’animal sur le vaisseau où il a été trouvé et capturé : il permet de stabiliser et d’améliorer le nouveau système de navigation du vaisseau (passons les détails sur la vision délirante et anti-scientifique de l’univers qui va avec).

Comment ? En étant attaché dans une cellule transparente au coeur de la salle d’ingénierie et en souffrant à la vue de tous.

L’héroïne comprend que l’animal souffre mais ne réagit pas fermement : elle commence par accepter, puis tente de convaincre le capitaine qu’il faut arrêter. Pendant ce temps, les voyages continuent et le tardigrade alterne sa cellule de captivité et sa cellule de torture.

Où est la civilisation lorsque devant de tels actes tout le monde reste passif ? Comment peut-on penser que dans une civilisation avancée, une telle ignominie puisse exister ?

La question qui est posée ici est celle de la vivisection. Mais elle est posée selon les critères de notre époque – et même pour notre époque, elle est posée d’une manière grossière. La poser de cette manière c’est admettre plus qu’à demi-mot que l’humanité sera toujours capable de barbarie dans deux siècles.

Star Trek Discovery s’imagine donc « progressiste » parce qu’elle aborde, entre autres, la question des animaux à travers la vivisection. Toutefois, il n’en est rien. Le discours est libéral ; il n’y a plus d’universel, il n’y a que des individus avec différentes sensibilités.

Certains sont amenés à faire de mauvais choix, d’autres à en faire de bons. Il n’y plus de société comprise comme un tout. Il n’y a plus un ensemble qui avance vers toujours plus de progrès : l’individu est ici un horizon indépassable.

Cette importance de l’individu se voit avec la place centrale qu’occupe Michael Burnham et son passé. La série nous en apprend plus sur son passé que sur celui de n’importe quel capitaine ou officier dans toute une saison d’une autre série.

Pour souligner ce caractère central, le personnage qui est une femme a un nom d’homme, une absurdité servant à surfer sur la question du « genre » et de l’identité. Afin de bien renforcer cela, ce personnage a été sauvé de la mort par un Vulcain.

Les Vulcains forment une espèce extra-terrestre plus avancée technologiquement que l’humanité qui a fait le choix de se défaire de ses émotions pour ne plus vivre que selon la logique. Ils symbolisent la rationalité : dans la série à l’origine, le personnage de Spock, Vulcain, faisant le pendant au côté émotionnel tête brûlée du Capitaine Kirk.

C’est une manière de philosopher sur comment combiner émotion et raison. Là, on a droit à un questionnement identitaire de Michael Burnham se demandant si elle doit céder aux sentiments, avec tout un questionnement existentiel sur son rapport avec son père.

Cette personnalisation correspond vraiment à une incapacité à revenir aux sources de Star Trek. On pourrait, somme toute, faire un parallèle avec les gens de gauche comme Benoît Hamon, qui choisisse d’être des Emmanuel Macron de gauche plutôt que de revenir aux sources.

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Politique

PS 31 : « L’Humanisme des Lumières aujourd’hui » ou le socialisme du 21ème siècle

« L’Humanisme des Lumières aujourd’hui » ou le socialisme du 21ème siècle

Pour une société des Nouveaux Possibles

(Réflexion issue des travaux de refondation et des rencontres avec les militant.es de la Haute-Garonne

Sébastien Vincini – 1er Secrétaire fédéral #PS31)

Le PS vient de subir sa plus importante défaite électorale. La seule arithmétique électorale ne peut masquer ce qui est en réalité une défaite politique et idéologique. Cela remet en cause l’idée même de notre utilité voire même notre existence.

Elle clôt un chapitre important de l’histoire des socialistes commencée en 1971. Ce qui frappe dans la séquence électorale de 2017, c’est l’amplitude et la violence de notre défaite. Il s’agit là, en miroir, de la contrepartie de l’espérance que notre accession au pouvoir avait faite naître.

Cela doit nous rappeler que la gauche au pouvoir, c’est plus que la gauche, c’est un symbole.

Comprendre nos défaites, être lucide sur nos échecs et notre aveuglement.

La forme contemporaine du libéralisme, le libéralisme connecté ou libéralisme 4.0 se traduit par des mutations technologiques et sociétales d’une ampleur considérable. Elles s’accompagnent d’une multitude de peurs, de craintes, d’espoirs imprécis et d’un sentiment largement partagé d’être exclus de ses bienfaits potentiels.

Durant le précédent quinquennat, nous n’avons pas su entendre ces peurs et nous les avons même amplifiées en ayant eu une croyance aveugle dans la compétitivité mondiale et dans les seuls outils de régulation qu’offrait alors la pensée sociale-démocrate. Du CICE à la loi travail, nous avons donné le sentiment de nous soumettre à la toute-puissance d’une idéologie technico-financière, oubliant la réalité des gens, la place des citoyens.

Aujourd’hui, Emmanuel MACRON a réussi l’unification de l’ensemble des libéraux, ceux issus de la droite historique et ceux de la gauche, véritables fossoyeurs de la gauche gouvernementale. Le pragmatisme affiché de ce nouveau monde, dépassant en apparence le clivage gauche/droite, n’est que le prolongement d’un libéralisme politique au service de la finance mondialisée et immatérielle.

Nous redéfinir. Nous interroger.

Pour se redéfinir, le socialisme du 21ème siècle doit nommer son adversaire, comprendre les mutations de son temps et retrouver l’idéal humaniste des Lumières, qui assimile le progrès technique au progrès social et humain, et aujourd’hui environnemental.

À qui profitent les fruits de la croissance, même mineure, la création de richesses générées par les progrès technologiques et numériques ? Le constat est implacable… À quelques uns, pour quelques uns… au détriment du plus grand nombre, de l’humanité dans l’universalité de sa dignité, des ressources naturelles de notre unique biosphère.

Nous confronter au réel. Comprendre les douleurs contemporaines.

Le territoire est l’espace de l’activité et de la vie, il porte les stigmates des troubles profonds de notre société, il est le révélateur le plus immédiat que chacun peut constater. La perte de repères, la solitude, la désertification tout autant que la concentration urbaine, la pollution, la précarisation et la ghettoïsation, se traduisent dans sa déstructuration, dans sa fracturation. C’est par lui aussi que s’annoncera la reconstruction. C’est pourquoi il est, et doit être au centre de la refondation du PS. Le territoire, c’est le réel.

Le libéralisme 4.0, cette économie moderne se déploie dans l’urgence et sans avoir été pensée avec suffisamment de profondeur alors que le système actuel présente tous les symptômes de sa fin : inégalités spectaculaires et croissantes dans le Monde, et chômage de masse, précarisation croissante de pans entiers de la société qui se pensaient jusqu’alors à l’abri, délitement des liens et des espaces de solidarité, en France.

Ce libéralisme par sa vitesse, sa force, s’impose avec brutalité. Il se traduit par une double peine de précarité : précarité matérielle et sociale ; précarité onirique (envie d’avoir envie, plus de perspective).

Ce libéralisme abandonne les liens sociaux aux rapports de force, et accroît la fracture de la société entre perdants et gagnants. Il sape le principe d’égalité citoyenne, entre ceux qui vivent une mondialisation heureuse et les laissés pour compte, les oubliés, les exclus.

Les sentiments de frustration, de désespérance, d’injustice, ouvrent des espaces à l’individualisme, au chacun pour soi, mais aussi au repli identitaire, au communautarisme, à l’entre soi, qui fondent le terreau de la montée des populistes xénophobes.

En agissant ainsi, c’est toute la société qui fait fausse route. Nous sommes devant un choc de civilisation. Aimé Césaire l’a dit : « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une société décadente ».

Beaucoup, dans les territoires, se pensent du côté des perdants, éprouvent un sentiment de dépossession et de déclassement ; et aspirent parfois à une pause face à l‘évolution accélérée de l’innovation technologique. C’est ce qu’ils expriment dans des expressions populaires de plus en plus répandues qui revendiquent un « comme autrefois » ou un « comme avant » trop souvent nostalgiquement idéalisés.

Notre société a besoin d’être rééquilibrée entre affichage de la puissance (vitesse, mondialisation, intelligence artificielle) et l’exigence populaire, au risque d’une déchirure irrémédiable du lien social, qui rappelle que le progrès doit être social et partagé et non un facteur de déshumanisation.

La performance ne peut et ne doit pas être un alibi à la revendication de puissance de quelques-uns.

Nous devons en effet affronter une mécanique de spoliation à l’œuvre. Un système d’intelligence artificielle (que résume l’ensemble formé par les données, le big data, le numérique et l’internet des objets) prétend s’imposer à partir de données qui sont pourtant le bien commun, nos données personnelles et collectives.

« Les plateformes et services numériques qui peuplent notre quotidien se multiplient tous les jours. Sociabilité ordinaire, travail, loisir, éducation : la quasi-totalité de notre vie sociale est peu à peu colonisée par des appareils, des réseaux, et des services en ligne qui deviennent les adjuvants utiles mais aussi envahissants de notre vie personnelle, professionnelle et publique. »

Décrivons le processus en cours de captation du pouvoir, des ressources et de la richesse ; l’exemple de la concentration à l’extrême des multinationales numériques que sont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Aujourd’hui, ces géants du numérique régissent le cœur informationnel de nos sociétés.

La libéralisation et le partage des données est le nouveau carburant des nouveaux modèles économiques. A quelle fin ? maitriser nos consommations ? orienter nos cultures ? déployer une économie prédictive ? nul besoin de répondre.

Pour autant, le partage de données, les algorithmes constituent une formidable opportunité de revisiter l’ensemble des stratégies publiques. Les Nouveaux Possibles, qui vont en résulter, sont, de fait, des biens communs. Ils ne peuvent faire l’objet d’une appropriation abusive, d’une spoliation.

Ces « biens communs » concernent en effet l’ensemble du patrimoine de vie des territoires, c’est-à-dire de tout ce que nous partageons en commun, essentiel à la vie humaine : des éléments naturels (l’eau, l’air, la terre) à la culture, en passant par les espaces d’échanges numériques et les mécanismes de solidarité…

Les technologies modernes permettent, grâce aux données qui les contiennent, de construire les nouveaux usages. Ils peuvent déboucher sur les Nouveaux Possibles, des nouveaux modèles de transition énergétique, de gestion de l’eau, de mobilité, de réorganisation du travail, de prévention dans la santé. Les données ainsi maitrisées sont « l’énergie motrice » des projets de territoire résilient.

Il faut définir ces communs, ces nouveaux espaces entre l’opposition binaire de l’Etat et du Marché. Ces « communs » ne peuvent faire d’objet d’une appropriation privée car nous pensons, nous, humanistes qu’il n’y aura pas de progrès de la performance sans progrès social partagé.

Ce besoin de rééquilibrage doit être notre combat politique. Il concerne l’action publique dans les territoires tout autant que le rôle de l’Etat. Plus que jamais sa mission régalienne, au service de la cohésion sociale, de la formation, de la justice et de la sécurité, la réaffirmation des valeurs républicaines et la laïcité, conditionne cette étape contemporaine de progrès.

Mais l’émergence des communs et d’une économie du partage doit aussi nous interroger sur la notion même de service public et de propriété, de ses caractères les plus exclusifs que sont l’usage, l’héritage et la rente.

La reconquête. Inventer les Nouveaux Possibles.

Les territoires, métropoles comme bassins de vie, sont projetés frontalement dans la concurrence internationale. L’Etat doit les soutenir, harmoniser leurs relations au sein de la nation et de l’espérance européenne.

La social-démocratie s’est construite autour d’un modèle économique, d’un marché, qui appelaient régulation et redistribution. Les valeurs de justice et de partage qui la fondent sont toujours d’actualité mais elles doivent être repensées dans ce contexte de choc de civilisation.

Face à ce choc de civilisation, nous avons le devoir de proposer un choc de confiance dans l’avenir. Nous l’avons souligné, les territoires sont les premiers révélateurs de ce « malaise dans la civilisation » (pour plagier l’expression de Freud qui annonçait la grande crise humaine, économique et sociale de la première moitié du 20ème siècle) … Mais ils sont aussi et surtout les territoires de la reconquête :

  • Lieu d’écoute des nouvelles douleurs contemporaines (le réel)
  • Place légitime à reconquérir pour le PS ; la gauche du réel
  • Lieu de l’action concrète, de l’expérimentation, de l’innovation sociale

C’est pourquoi le PS doit proposer un projet de société des Nouveaux Possibles, c’est un modèle de production de confiance dans la maîtrise des mutations en cours, le modèle de confiance productif dans de la mutation écologique.

Notre projet doit être guidé par l’exigence de « vies dignes » pour tous, par l’Homme. Les citoyens attendent qu’on prenne en compte leur envie de « vraies vies » et qu’on réponde à leurs attentes :

  • En leur apportant la protection qui est un droit des « vies dignes » et en renforçant leur confiance par une assistance bienveillante à laquelle ils ont droit (tiers de confiance, intimité numérique)
  • En faisant confiance a priori aux citoyens, en arrêtant de les cliver, en retrouvant la Nation.
  • En les accompagnant dans leur prise de conscience pour des actes responsables (écologie, valeurs éthiques etc.)
  • En traçant un idéal, celui des Nouveaux Possibles auquel ils se sentent associés.

C’est un modèle humaniste d’exigence écologique qui privilégie l’Homme dans l’adaptation au changement climatique.

C’est un modèle horizontal qui valorise l’autonomie et la responsabilité dans les rapports humains en accompagnant les mutations du travail et qui invente de nouvelles formes de gouvernances.

C’est un autre modèle de protection sociale proposant un nouveau contrat social, un modèle de confiance en l’Homme où par exemple les innovations sociales, comme l’expérimentation du revenu de base, pourraient constituer le lien unifiant tous les citoyens, pour faire nation et donner confiance en l’avenir.

C’est un modèle de créativité qui est une valeur essentielle de la société actuelle et le lien entre les générations, entre les divers niveaux de territoires, entre les technologies et l’humain.

Aujourd’hui, la créativité est au centre des métiers du numérique (applications), elle est l’énergie des innovations de terrain, et elle demeure une digue efficace contre les dérives autoritaristes. C’est également l’enjeu stratégique des modèles industriels (Innovation, disruption).

C’est un modèle de démocratie permanente, de souveraineté des citoyens. Nous devons imaginer les outils de la démocratie permanente où le pouvoir des citoyens ne s’exprime pas simplement à chaque élection mais dans la gestion quotidienne des biens communs.

La perte ou le ressenti de perte de libertés individuelles est au cœur du malaise social et de la défiance envers le politique. La construction d’une démocratie permanente devra s’appuyer sur l’autonomie éclairée des citoyens et sur les principes de transparence, de contrôle et d’évaluation.

C’est un modèle d’émancipation et d’accomplissement de chacun par l’accès de tous à l’éducation, à la culture, à l’art, parce que « la liberté commence où l’ignorance finit ». Les socialistes peuvent s’enorgueillir d’avoir mis en place le statut d’intermittent du spectacle qui est envié dans le monde. N’est-ce-pas dans les périodes difficiles qu’il faut justement miser sur la créativité, la culture, les arts ?

Nous devons proposer de bâtir la deuxième phase de l’exception culturelle. A contre courant de l’uniformisation, qui génère pertes de repères et d’identité, il faut approfondir l’exception culturelle. Cela veut dire l’élargir à l’art de vivre, mais également à la toile numérique, vecteur d’uniformisation dans un monde où tout se dématérialise. Et pourquoi pas aux communs ? L’exception culturelle doit être la plus belle réponse dans ces temps de doute et nous sommes légitimes pour cela.

Consensus, efficience et cohésion habitent nos propositions. Pour le PS le travail de réflexion et de recomposition est imposant. Il s’agit, à la fois, de retrouver la confiance et la proximité avec les citoyens en plein doute et d’être capables de leur proposer l’espérance des Nouveaux Possibles.

Les territoires sont l’espace naturel de ce nouvel élan.

Le rôle du politique est de veiller à la gouvernance, à la protection, à la confiance pour instaurer le cercle vertueux d’un progrès social partagé, idéal des Lumières, autour de ces biens communs.

Le Socialisme a une longue histoire. Il change, il évolue, il s’adapte, il se contredit parfois. Mais comment pourrait-il en être autrement ? En paraphrasant Spinoza, « pour persévérer dans son être », dans un monde où tout change, où rien ne demeure, nous devons sans cesse nous rénover, nous renouveler. Soyons les « défricheurs » de Nouveaux Possibles et inventons le socialisme du 21ème siècle.

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