Catégories
Politique

Présidentielle 2022 : assumez et exacerbez votre sensibilité contre la guerre et contre le fascisme

C’est ce qu’il faut pour avancer.

L’option de se soumettre à Jean-Luc Mélenchon avec son populisme n’en est pas une. Cela ne fera rien avancer, ce n’est que participer à la comédie réformiste au sein de la société de consommation. Alors qu’il y a deux grandes actualités qui s’imposent, marchant en duo et s’imposant toujours plus.

Ces deux grandes actualités, ce sont la guerre et le fascisme. La guerre, parce que la crise ouverte par la pandémie exige de rattraper l’accumulation capitaliste perdue, et donc d’oeuvrer militairement au repartage du monde. La guerre en Ukraine, annoncée ici dès avril 2021, en est l’exemple majeur. Le fascisme, parce que chaque capitalisme se replie sur lui-même, transformant son État en levier majeur de sa centralisation, de son unification, de sa rationalisation. Le BREXIT est une expression de cette tendance et si ce n’est pas le fascisme, à un moment les digues vont céder, puisqu’il faut pressuriser les prolétaires au maximum, les presser comme des citrons.

Normalement, la priorité c’est de freiner au maximum l’irruption du fascisme. C’est un principe de la Gauche historique, c’est ce qu’on appelle faire barrage. L’ultra-gauche n’est pas d’accord, parce qu’elle a adopté la conception de la « révolution permanente » : il y aurait en permanence une situation révolutionnaire. La Gauche historique a quant à elle une analyse réelle de la situation et elle sait quand il faut être sur la défensive.

La particularité de la situation, c’est que la guerre en Ukraine implique, de manière indirecte, l’ensemble des pays de l’OTAN, qui utilisent le régime ukrainien comme tête de pont militaire contre la Russie, qui de son côté tente aussi de dominer l’Ukraine. Partant de là, il est pour beaucoup impensable de donner son aval à Emmanuel Macron, car ce serait converger avec la guerre. Sur le fond, ils ont raison.

Objectivement, le dilemme est insoluble. Mais il y a une réponse, tout à fait dialectique, celle de la subjectivité. Ceux qui ont l’oeil pour voir le fascisme doivent aller au bout de leur raisonnement et doivent voter pour Emmanuel Macron, car ils doivent assumer de faire barrage, reconnaissant la dignité de leur propre démarche. Ceux qui ont l’oeil pour la guerre ne doivent pas aller voter, car ils doivent s’endurcir subjectivement dans le rejet de la guerre, de l’OTAN.

Cela peut sembler incompréhensible à qui raisonne, non pas en termes historiques, mais en termes électoraux. Du point de vue électoral, en effet, il n’y a pas de cohérence puisque les élections fonctionnent en termes de bloc électoral. Il faut relever d’un bloc, ou de l’autre. Cela penche d’un côté, ou de l’autre.

La situation historique empêche toutefois tout caractère unilatéral. Il ne s’agit pas d’ailleurs de faire du « ni Le Pen ni Macron », qui est une position de reculade, qui revient à de l’anarchisme. Non, il s’agit d’assumer en bloc, car on a besoin de gens s’impliquant, assumant la confrontation, s’engageant personnellement dans une démarche qui soit entière.

Nous avons besoin de gens entiers. Il y en a assez des gens vivant à moitié, et ce que propose Jean-Luc Mélenchon, c’est justement que tous les gens de Gauche se coupent en deux de manière ininterrompue, afin de s’insérer dans la société capitaliste, en se mutilant toujours un peu plus.

Ce dont les prolétaires de France ont besoin, c’est de gens entiers, cessant de louvoyer. Il faut assumer et exacerber sa sensibilité aujourd’hui contre la guerre et contre le fascisme, deux aspects de la tendance négative l’emportant, afin d’être prêt demain pour la confrontation avec eux.

La crise du capitalisme veut empêcher que s’ouvrent le chemin du Socialisme, qui ne peut être porté que subjectivement par des gens rompant avec la société de consommation, avec l’esprit de compétition et de concurrence, avec la réduction au degré de consommation des rapports entre humains ou avec les animaux, la Nature… Il s’agit d’un défi historique et il faut des gens forgés conformément à l’ampleur de ce défi.

Catégories
Politique

« Marine le peuple » balayée par « Emmanuel McKinsey »

Nier la crise ne la fera pas disparaître.

Le temps de sa (longue) campagne présidentielle, Marine Le Pen a cédé la présidence de son parti à Jordan Bardella. Celui-ci est un excellent orateur et on imagine qu’il aurait produit une bien meilleure prestation qu’elle en débattant face à Emmanuel Macron, mais là n’est pas le sujet. Il y a par contre un bon mot, typiquement français dans sa forme (à la fois subtile et grotesque, à la fois léger et piquant), qu’a sorti Jordan Bardella pour lancer la campagne de l’entre deux tours : « Emmanuel McKinsey, ou Marine Le Peuple ! »

C’est très bien vu, cela résume exactement ce deuxième tour de l’élection présidentielle et a fortiori le débat du mercredi 20 avril 2022. Emmanuel Macron assume totalement la posture qui lui a été façonnée et dessinée par son entourage issu du cabinet de conseil McKinsey, ainsi que de tout un tas de riches donateurs en 2017 issus du monde de l’entreprenariat. C’est très facile à voir et à comprendre, son libéralisme à prétention rassurante et « inclusif », à l’américaine, en est exactement le produit. C’est, autrement dit, de la pure communication. Parler d’Emmanuel McKinsey est pertinent.

En face, il y a donc Marine Le Pen, censée représenter le peuple. Évidemment, ce n’est pas vrai dans le fond. Mais il y a toutefois, dans la forme, quelque-chose de tout à fait conforme et cohérent avec la situation des classes populaires françaises. Clairement, Marine Le Pen a choisi d’incarner une femme française moyenne, ou « de base » comme cela se dit parfois, de manière péjorative mais significative. Cette Française « de base » donc, est mère de famille, concernée par la quotidien économique, son « pouvoir d’achat », sa liberté de mettre ou ne pas mettre le masque, l’insécurité, sa désolation face aux éoliennes ou aux femmes voilées, etc.

En fait, en tentant d’incarner « le peuple », Marine Le Pen a surtout incarné la rancœur, qui est un sentiment extrêmement puissant et répandu dans la France populaire de 2022. Toutes ses interventions, presque chacune de ses réactions à Emmanuel Macron et ses propositions lors du débat, n’ont consisté qu’en de la rancœur face à ce qu’il a représenté pendant cinq ans, voir dix ans si l’ont compte qu’il est dans la lignée directe de François Hollande.

En ce sens, le bon mot « Marine le peuple » de Jordan Bardella illustre tout à fait la situation. Et comme on ne gouverne pas un pays comme la France avec de la rancœur, alors Marine Le Pen s’est faite balayer par Emmanuel Macron, solide, extrêmement sûr de lui et de sa légitimité. Suffisamment arrogant pour apparaître crédible, suffisamment courtois pour ne pas apparaître hostile.

Disons la chose d’une autre manière, beaucoup plus politique. En fait, Marine Le Pen n’a pas assumé son programme. Elle n’assume pas d’être nationaliste ; sa prestation lors du débat était à peine gaulliste, alors qu’elle est censée être une néogaulliste, qu’elle a théorisé cela depuis des années, et mis en pratique cela depuis 2012, soit dix années.

C’est flagrant surtout sur la question de la Russie et de la guerre en Ukraine. Si Marine Le Pen assumait son programme, si elle assumait d’être une néogaulliste, elle aurait dénoncé vent debout Emmanuel Macron comme marionette américaine vendue à l’OTAN, voulant entraîner la France dans une guerre à la Russie.

Si Marine Le Pen assumait d’être une gaulliste à prétention sociale, elle aurait torpillé Emmanuel Macron avançant ses bons chiffres du chômage, en lui répondant que cela est maquillé par le fait qu’énormément d’emplois sont en fait des CDD ou des missions d’intérim, très précaires, mal payés, ne permettant pas une stabilité au capitalisme français.

Marine Le Pen en a été incapable, car ce qui se joue en réalité est bien trop important pour elle. En effet, derrière l’apparente solidité du système, autrement dit la grande stabilité, en surface, du capitalisme en France, il y a une crise monstrueuse qui se prépare.

Face à cela, il n’y a pas le choix, il faut assumer des grandes idées, il faut cogner fort. Soit avec le Socialisme, en s’appuyant sur la Gauche historique, comme nous le proposons, soit avec le fascisme, ce que Marine Le Pen n’a pas osé faire, alors que c’est pourtant sa ligne.

Marine Le Pen ne pèse donc pas bien lourd avec son nationalisme light, son gaullisme timide, face à un Emmanuel Macron très arrogant dans sa défense des institutions, de son mandat, de sa politique. En effet, il croit profondément en ce qu’il raconte. Il croit très probablement que l’insécurité n’est qu’un sentiment et que les chiffres sont faussés par le fait que de plus en plus de femmes portent plainte contre leurs maris grâce à ses mesures. Il croit vraiment que les 600 milliards de dettes « covid », qui s’ajoutent à l’immense dette structurelle de l’État français, ne sont pas un soucis. Il croit vraiment que la guerre contre la Russie menée par l’OTAN est une bonne chose, etc.

Alors il passera, il sera (très) probablement à nouveau président pendant cinq ans, car la rancœur « populaire » de Marine Le Pen ne pèse pas lourd face à son assurance bourgeoise.

La question maintenant est : faut-il s’en réjouir, ou le déplorer ? Évidemment, on ne peut qu’être rassuré face à cette évidence que le fascisme en France n’est pas mûr, que le nationalisme comme proposition ne s’incarne pas et que Marine Le Pen va très probablement échouer.

Mais pour autant, il ne suffit pas de nier la crise pour la faire disparaître. Alors la situation va se tendre, politiquement, culturellement, socialement, militairement. Et il y a, après Marine Le Pen, toute une nouvelle génération en embuscade pour proposer une nouvelle et solide proposition nationaliste, tendanciellement fasciste, pour le pays.

Concrètement, l’échec de Marine Le Pen en 2022 fera le lit des succès à venir des Marion Maréchal, Guillaume Peltier, Nicolas Bay, Jordan Bardella, etc.

Mais inversement, la crise fait que la Gauche historique, celle de la classe ouvrière et de la bataille internationale pour le Socialisme et la paix entre les peuples, va de nouveau être à l’ordre du jour, gagner des positions, devenir crédible.

C’est sur cela qu’il faut compter, principalement. Et il ne faut pas s’imaginer que c’est très lointain. Rien qu’avec la situation politique internationale, il y a quelque chose d’explosif. Emmanuel Macron va (très) probablement être réélu triomphalement dimanche 24 avril 2022, et cela sera un signal très fort pour l’OTAN, et toute la clique des dirigeant prônant la guerre à la Russie.

La tension va donc continuer de monter, la crise va l’emporter, dans tous les domaines, à commencer par la guerre et la crise économique l’accompagnant. Telle est la véritable actualité, ce à quoi il faut profondément et sérieusement s’intéresser. Maintenant, tout de suite !

Catégories
Politique

Jean-Luc Mélenchon demande la direction de la Gauche pour les législatives 2022

Le NPA et Génération-s ont déjà dit oui.

C’est sur… BFM TV que, le 19 avril 2022, Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel solennel à faire en sorte que, aux législatives 2022, son mouvement politique La France Insoumise, sous la forme d’une « Union populaire », dispose de suffisamment d’élus pour que ce soit lui qui devienne le premier ministre.

Jean-Luc Mélenchon reprend ici directement la stratégie de la gauche latino-américaine se revendiquant du castrisme et du guévarisme, avec une sorte de front « ample » pour faire face à l’oligarchie. Il parle ici de la mise en place d’un « front populaire avec des organisations syndicales, des associations et des forces politiques ».

Les bases pour cela ont été posées le 15 avril 2022, avec trois courriers envoyés : un au Nouveau Parti Anticapitaliste, un au PCF, le dernier à Europe Ecologie Les Verts. Le PCF a répondu dès le lendemain, plutôt favorablement. Le Nouveau Parti Anticapitaliste a répondu le 19 avril, très favorablement.

La direction d’Europe Écologie Les Verts y est défavorable, cependant le dirigeant Yannick Jadot, qui se rêvait un Emmanuel Macron en écologiste, a totalement échoué à la présidentielle et il y a ainsi une grande agitation dans le camp des modernistes et autres post-modernes bobos de gauche.

Génération-s, fondé par l’ex-socialiste Benoît Hamon (qui est depuis parti), qui avait rejoint Europe Écologie Les Verts, se soumet d’ailleurs entièrement à Jean-Luc Mélenchon et à son « Union populaire ».

« Le résultat de Jean-Luc Mélenchon donne à l’Union populaire la légitimité et la responsabilité d’organiser un cadre de rassemblement et de mobilisation pour les élections législatives. Une cohabitation doit être rendue possible. 

Génération.s répondra favorablement aux initiatives et propositions qui permettraient le rassemblement des écologistes et de la gauche, la mobilisation citoyenne et la victoire en juin d’une coalition parlementaire capable d’appliquer une politique pour le climat, la justice sociale et la démocratie. »
 

Cette tendance prédomine d’ailleurs, d’une manière ou d’une autre, dans la Gauche twitter (c’est-à-dire dont le seul média est Twitter), chez les étudiants adeptes des conceptions « inclusives » et post-moderne, auprès de la petite-bourgeoisie d’origine immigrée s’imaginant contestataire et pour qui la bourgeoisie c’est le 16e arrondissement de Paris (comme le Bondy Blog), dans tout un ensemble de gens de gauche déboussolés et ne se prenant pas en main pour agir eux-mêmes, etc.

On a ici une pression gigantesque, parce que, finalement, à moins de disposer d’une économie politique réelle, d’exiger le maintien des traditions de la Gauche historique sous une forme ou une autre, il est impossible de ne pas céder aux sirènes du populisme mêlé à un réformisme même pas approfondi (on est ici très loin du Programme commun de 1981).

Et même là, il y a aura une opération de « ringardisation » massive de ceux qui maintiennent le cap, renforçant d’autant plus la pression. Les tenants d’une convergence avec Jean-Luc Mélenchon dénonceront encore plus les conceptions « passéistes »de LO, du PRCF, du PCRF, du PCF(MLM), du PCOF, de Révolution permanente, et chercheront encore plus à les isoler.

De l’autre côté, dialectiquement si l’on veut, il y a un espace pour les défenseurs de la Gauche historique. Car le masque tombe. S’aligner sur Jean-Luc Mélenchon, c’est abandonner tout principe, toute utopie, toute filiation historique avec le mouvement ouvrier, pour passer dans le camp de la création d’un Parti Démocrate à l’américaine. Les deux lignes n’en apparaîtront que plus clairement.

Reste à tenir le choc dans leur affrontement politique. Et la clef, bien entendu, c’est la question de la guerre, de la tendance à la guerre, de l’OTAN comme machine de guerre. Car le capitalisme continue de s’enfoncer dans une crise ouverte en 2020, et la bulle Mélenchon n’y changera rien.

Catégories
Politique

Présidentielle 2022 : le programme national et social de Marine Le Pen

National et social, mais pas socialiste.

A plusieurs reprises, Eric Zemmour a qualifié le programme de Marine Le Pen comme étant de gauche. En effet, selon le premier, qui est tenant d’une droite libérale et ouvertement anti-ouvrière, il faut assumer à fond de dégommer tout ce qui est bien public, et ce au profit du privé, de l’entreprenariat et des entreprises en général.

Ce n’est pas l’approche de Marine Le Pen qui relève pour sa part du gaullisme et qui a une orientation qu’on peut et doit qualifier de néogaulliste. Cela signifie qu’elle tiendra toujours à appuyer sur le fait d’être concernée par les préoccupations économiques des classes populaires et de la petite-bourgeoisie, symboliquement avec une approche sociale des choses, concrètement de manière corporatiste.

Autrement dit, elle défend un État fort, qui ait une vocation protectrice vis-à-vis des personnes les plus faibles, qui soit acteur de l’économie, quitte à envisager une forme de « planification », ou plus exactement de prévision au service des grandes entreprises, dans certains secteurs. Cela n’a rien de nouveau, ni de soviétique, c’est l’essence même du gaullisme, qui organise une sorte de fusion entre l’État et les grandes entreprises monopolisant des pans entiers de l’économie.

Un tel programme rend hystérique un libéral tenant d’une droite classique (et dure) tel Eric Zemmour, qui pour sa part considère que par principe, tout ce qui relève de la puissance publique est négatif, que tout ce qui relève de l’État, en dehors des fonctions régaliennes (police, justice, armée et administration générale du pays), est forcément mauvais.

Ainsi, Marine Le Pen n’est pas du tout de gauche et ne s’inscrit aucunement dans la perspective historique de la Gauche. Être de Gauche, cela signifie se battre pour le Socialisme, c’est-à-dire une société où ce sont les ouvriers qui ont le pouvoir, avec une bourgeoisie qui est mise au pas pour disparaître en tant que classe. Être de Gauche, cela signifie donc assumer la lutte de classe, contre la bourgeoisie.

Tel n’est pas le cas de Marine Le Pen, qui n’envisage pas, au contraire, de s’en prendre à la bourgeoisie en tant que classe, et d’assumer la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Pour Marine Le Pen, il n’y a pas de contradiction entre le fait d’assumer un État ayant une vocation sociale et protectrice, et en même temps d’assumer vouloir servir les entreprises, et donc le développement de la bourgeoisie dans la société.

Cela amène à des incohérences, comme par exemple le fait de vouloir baisser la TVA (à 5,5%) sur l’énergie. Si Marine Le Pen était de Gauche, elle ne chercherait pas d’abord à faire baisser des recettes fiscales (et donc baisser le revenu public, commun), mais s’en prendrait d’abord aux grandes entreprises comme TotalEnergie pour rogner sur ses profits (16 milliards de dollars de bénéfices en 2021).

Sur de nombreux aspects, le programme de Marine Le Pen est de fait très libéral, dans une perspective très similaire à celle d’Emmanuel Macron ou Valérie Pécresse, tout en n’allant pas aussi loin qu’Eric Zemmour. Voyons ainsi les principales mesures concernant l’économie, le « pouvoir d’achat », les revenus de la population, mises en avant par Marine Le Pen.

Certaines mesures ont une vocation sociale, tournées vers les classes populaires ou dites « moyennes » :

– réindexation des retraites ;

– doublement de l’allocation pour les familles isolées ;

– déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé ;

– baisse les droits de succession et suppression en deçà de 300 000 euros de biens immobilier.

On pourrait ajouter la suppression de la redevance télévisuelle, mais il s’agit là surtout au fond d’une question culturelle et « sociétale » plutôt que strictement économique.

Tout le reste de son programme économique par contre est orienté vers la bourgeoisie, la défense de la bourgeoisie, de l’accumulation de capital par la bourgeoisie, et non pas de la société et du bien commun.

La mesure phare actuellement est la baisse de la TVA sur tous les produits énergétiques, qui comme dit n’a pas de sens social. Il y a ensuite la suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans. Ce n’est pas une mesure de gauche : pourquoi des jeunes bourgeois ne contribueraient-ils pas au budget de la collectivité de part leur revenu ? Ce n’est pas normal. Si les jeunes de moins de trente ans ont un revenu suffisant et peuvent participer à l’impôt sur le revenu, c’est au contraire une bonne chose d’un point de vue de Gauche.

Il y a ensuite des mesures incitatives pour soutenir les entreprises à augmenter les salaires de 10 %. Ici, « l’incitation » consiste en fait à baisser les charges, et donc la contribution des entreprises (et de leurs dirigeants, cadres, etc.) à la collectivité. Ce n’est pas une mesure de gauche.

Elle propose également la suppression de l’impôt sur la fortune immobilière, car c’est un « impôt sur l’enracinement ». Marine Le Pen ne veut pas s’en prendre aux bourgeois français qui possèdent une fortune immobilière. C’est très clair.

Elle veut mettre en place un impôt sur la fortune financière, reprenant l’assiette de l’ancien ISF à laquelle sont ajoutée les œuvres d’art acquises depuis moins de dix ans, mais de laquelle sont enlevés la résidence principale ou unique pour le cas de ceux qui sont locataires de leur résidence principale, les monuments historiques et, bien sûr dit-elle, l’outil de travail.

C’est là encore très clair, il s’agit de ne surtout pas s’en prendre à la bourgeoise et de ne pas rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune qui concernait justement les grandes villas ou grands appartements parisiens, les entreprises familiales, etc.

Dans le même genre, pour garantir la transmission du patrimoine bourgeois dans les familles, elle veut les droits de succession pour les entreprises, si les descendants s’engagent à ne pas céder l’entreprise héritée pendant 10 ans.

En fait, Marine Le Pen, si elle veut un État fort, elle est aussi, voire surtout, intéressée par un capitalisme fort. Les entreprises, les entreprises, les entreprises : voilà ce qui l’intéresse. Et voici donc sa mesure la plus significative sur la question économique : « diriger l’épargne des Français vers l’investissement privé des entreprises » en créant un fonds souverain français, rémunéré de 2 % par an, pour que les Français deviennent somme toute tous des bourgeois et investissent dans « des entreprises stratégiques ».

Elle dit ainsi que les Français doivent devenir « actionnaires de la Maison France. »

Ce l’inverse d’un point de vue de Gauche, et c’est précisément ce qui fait d’elle une nationaliste puisqu’elle prétend que la question sociale se résoudrait grâce à un capitalisme « national », c’est-à-dire tourné vers son propre pays et hermétique/réfractaire aux capitalismes étrangers.

Dans la même veine, Marine Le Pen s’intéresse beaucoup aux petites entreprises et a des cadeaux à leur faire : suppression de la cotisation foncière des entreprises (CFE) et, pour ce qui concerne des « zones de relocalisation », suppression de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S). Cela représente, selon son chiffrage, pas moins de 10 milliards d’euros de cadeau à ces entreprises, et donc d’argent en moins pour la collectivité.

Voilà qui est tout à fait de Droite, tout à fait conforme au capitalisme, aux intérêts de la bourgeoisie, petite, moyenne, et même grande, qui n’est pas touchée par Marine Le Pen. Jamais elle n’envisage que son gouvernement oblige l’augmentation des salaires pour les ouvriers et les employés. Jamais elle n’envisage que son mandat serve à une meilleur représentation dans la société des ouvriers et des employés.

Marine Le Pen est ainsi une néo-gaulliste, proposant non pas simplement de moderniser le capitalisme comme Emmanuel Macron, mais de le ré-impulser.

Catégories
Politique

Présidentielle 2022 : exemple d’errement avec le PCRF

Quel bric-à-brac !

Le grand souci de notre époque, c’est l’absence d’économie politique de la part des gens à gauche, qui se retrouvent à déverser tout et n’importe quoi sans cohérence aucune. C’est typique de la société de consommation, qui corrompt les mentalités.

C’est absolument flagrant pour le communiqué sur le premier tour de la présidentielle 2022 du Parti Communiste Révolutionnaire de France. Les deux premières phrases sont un scandale intellectuel, un exemple de corruption par la consommation. Les voici :

« Ce premier tour des Présidentielles 2022 témoigne de la crise politique engendrée par la crise générale du capitalisme. À plusieurs reprises, ces dernières années, il a été signifié que le pays « légal » n’est plus légitime. »

Il est parlé de « crise générale du capitalisme ». Quel est le problème?

Soit c’est de la fainéantise, parce que cette crise générale du capitalisme a commencé, selon le PCRF, en 1917. Expliquer une élection présidentielle en France en 2022 par un phénomène commencé depuis plus d’un siècle, s’étant développé pendant plus d’un siècle, c’est abusé. Si la crise générale du capitalisme est un arrière-plan général, alors c’est forcer les choses que d’en faire la source explicative de toutes les choses en particulier.

Soit c’est de l’escroquerie politique et morale, car ce sont les maoïstes qui considèrent qu’il y a une crise nouvelle, ouverte avec la pandémie, modifiant la situation et expliquant les événements.

On ne peut pas, comme le fait le PCRF, utiliser de temps en temps un concept aussi puissant que la « crise générale du capitalisme ». On l’utilise ou on ne l’utilise pas, mais on ne peut pas l’employer de manière subjectiviste.

Et que dire du propos selon lequel :

« le pays « légal » n’est plus légitime. »

Quelle honte ! Quelle fainéantise ! Car cette thèse du pays légal est de plus en plus utilisée par des gens cherchant à vouloir se montrer intelligents, maniant des concepts. Même Emmanuel Macron l’a fait en 2020, en disant :

« Le problème qu’on a, politiquement, c’est qu’on a pu donner le sentiment à nos concitoyens qu’il y avait un pays légal et un pays réel. Et que nous on savait s’occuper du pays légal – moi le premier -, et que le pays réel ne bougeait pas. »

Et ce concept de « pays légal » a été historiquement formulé par Charles Maurras, le grand idéologue du « nationalisme intégral » avec son mouvement l’Action française. Ne reconnaissant pas la République française, il dit que celle-ci représente une structure « légale » qui n’a pas de fondements dans le « pays réel ». Ce pays réel, ce sont les régions, les lieux locaux où se déroulent les rites religieux catholiques, la famille, les métiers organisés en corporations.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France considère-t-il que le « pays réel » consiste en les régions, les lieux locaux où se déroulent les rites religieux catholiques, la famille, les métiers organisés en corporations ? Certainement pas, mais alors quel est ce « pays réel » ? Et en quoi ce concept a-t-il un sens ?

Jamais le socialisme n’a expliqué qu’il existait un mur fondamental entre les classes et les institutions. C’est l’anarchisme qui dit cela, notamment avec le syndicalisme révolutionnaire. Le fascisme a directement repris a repris cette thèse anti « élites ».

Et le Parti Communiste Révolutionnaire de France est justement sur cette position anarchiste, en disant qu’il n’y a pas de différence de substance entre Emmanuel et Marine Le Pen. C’est le « ils se valent » typique de l’ultra-gauche. Les différences politiques seraient « fausses », ne représenteraient rien de concret, tous les hommes politiques seraient des marionnettes, etc.

D’où ces propos comme quoi une bourgeoisie monopoliste unifiée tirerait des ficelles, en ayant conscience d’elle-même.

« Alors, des différences entre Macron et Le Pen ? Dans le détail peut-être, mais sur le fond, l’un comme l’autre, c’est l’austérité, la galère, les libertés démocratiques foulées aux pieds, le chômage, la généralisation de la précarité. Toutes leurs propositions restent dans le cadre du capitalisme, toutes leurs propositions sont donc vouées à l’échec.

Derrière l’appel à faire barrage à Le Pen, ce qui est recherché, c’est le consensus derrière la politique que la bourgeoisie monopoliste, l’oligarchie financière, veulent voir mener. »

Ce n’est pas sérieux. Il est évident que s’il y a différents partis politiques, ils représentent des intérêts différents. N’est-il pas flagrant que l’orientation internationale d’Emmanuel Macron n’est pas la même que celle de Marine Le Pen?

N’est-ce pas d’une importance capitale alors qu’il y a la guerre en Ukraine, avec l’OTAN visant à s’étendre aux dépens de la Biélorussie et de la Russie?

Une telle différence ne peut-elle pas reposer que une confrontation au sein même de la grande bourgeoisie, entre les partisans d’une intégration à la démarche américaine, dans l’OTAN, et ceux voulant une aventure française en solitaire ?

Une position anarchiste ne permet pas de saisir la complexité du monde, ses contradictions, en raison d’une vision unilatérale.

Catégories
Politique

Emmanuel Macron c’est la guerre avec l’OTAN, Marine Le Pen c’est le nationalisme et la guerre

La situation historique fournit un dilemme terrible.

Faire bloc pour empêcher l’extrême-Droite de parvenir à des postes à responsabilité dans les institutions est un principe fondamental de la Gauche. C’est une leçon tirée du passé, des succès du fascisme italien et du national-socialisme allemand. On a compris depuis qu’il fallait tout faire pour bloquer l’installation de l’extrême-Droite où que ce soit.

Cette ligne est bien entendue réfuter historiquement par l’ultra-gauche (c’est-à-dire les anarchistes et les trotskistes) ; heureusement elle apparaît comme naturelle à toute la Gauche qui n’a pas été contaminée par elle.

L’Histoire n’avançant pas en ligne droite, voici que l’élection présidentielle de 2022 impose toutefois un sacré dilemme. La France est, dans les faits, impliquée dans la guerre en Ukraine. Elle l’est parce qu’elle fournit du matériel, des armes et des conseillers depuis que la guerre est déclenchée ; elle l’est avant même le conflit, parce qu’elle est membre de l’OTAN et que l’OTAN utilise depuis 2014 l’Ukraine comme tête de pont pour démanteler la Russie.

Cela fait que, depuis le 24 février 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la France est objectivement en guerre, même si indirectement. Toute autre considération sur ce point est erroné. Or, naturellement, soutenir le président en place n’est alors pas possible, puisque ce serait valider la guerre, voire même la soutenir en accordant une légitimité plus grande à celui qui prend la décision de la faire.

D’où le casse-tête du second tour de la présidentielle. Si l’on regarde à long terme, Marine Le Pen représente le nationalisme et la guerre ; elle contribue à la dépolitisation des masses, à leur insertion dans le nationalisme, dans la mise en place d’un État replié sur lui-même prêt à s’élancer militairement de manière ouverte dans la bataille pour le repartage du monde.

Cependant, si on regarde à court terme, Emmanuel Macron, c’est l’OTAN, c’est la guerre déjà présente, c’est la pression politico-militaire généralisée sur les prolétariats des pays occidentaux déjà étouffés par la société de consommation.

Si on suit le « Ni Macron ni Le Pen » de l’ultra-gauche, alors on laisse Marine Le Pen passer et c’est du suicide. Si on s’engage à contrer Marine Le Pen, on valide de fait Emmanuel Macron et la guerre de l’OTAN.

Et, bien entendu, les situations très différentes impliquent des positionnements nécessaires dans l’immédiat. Dans certains milieux, Marine Le Pen a l’hégémonie et ne pas affirmer l’opposition à l’extrême-Droite serait une capitulation. Inversement, lorsqu’il se pose des discussions sur la nature du capitalisme et son évolution, la question de l’OTAN prend inévitablement le dessus puisque c’est l’expression politico-militaire de l’hégémonie de la superpuissance américaine dans le monde.

La présidentielle de 2022 apparaît ainsi comme une tragédie, avec un dilemme insoluble. Ce qu’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre. C’est dire tout de même dans quelle situation on est, où la seule question de fond c’est de savoir quelle fraction de la grande bourgeoisie va l’emporter, la pro-américaine ou celle qui veut naviguer en solitaire.

En ce sens, on peut constater que la possibilité même de la politique est exclue du panorama du second tour de la présidentielle de 2022. On remarquera d’ailleurs qu’il n’y a pas de discussions possibles, ni même de discussions tout court. Les gens s’alignent sur Emmanuel Macron ou Marine Le Pen dans un processus de polarisation apolitique. Car le capitalisme a essoré les gens, effacé la politique, et il ne reste plus que des tendances de fond dans la bourgeoisie déchirée intérieurement par la crise commencée en 2020 avec la pandémie.

Il n’y a véritablement que la bourgeoisie qui a compris l’importance de la pandémie et de la guerre en Ukraine. Le prolétariat perçoit quelque chose, se doute que cela ne tourne pas rond ; la petite-bourgeoisie s’inquiète profondément. On parle pourtant là seulement de sentiments primitifs, d’impressions somme toute très vague.

Ce dilemme du second tour de la présidentielle 2022 apparaît ainsi comme insoluble ; il exprime toute une contradiction historique, celle entre un capitalisme triomphant et des masses totalement atomisées. C’est cela l’aspect principal : la dépolitisation, l’écrasement de la capacité à se tourner vers une utopie, le culte des ego, l’opportunisme carriériste.

Catégories
Politique

Après la fuite en avant pour Jean-Luc Mélenchon, la fuite en avant pour Marine Le Pen

Après les rats des villes, les rats des champs.

Après la France urbaine, la France rurbaine. La vague en faveur de Jean-Luc Mélenchon juste avant le premier tout de la présidentielle d’avril 2022 a été profondément urbaine, et il ne s’agit pas tant d’un mouvement vers la Gauche qu’une tentative de « sauver les meubles » pour des couches sociales désireuses que les choses restent stables et sociales. C’est l’idéologie des corrompus par le capitalisme, dans une version petite-bourgeoise de gauche, car profitant des avantages de la ville.

Pour ces gens, Emmanuel Macron est désagréable, le capitalisme va un peu trop vite, il faudrait qu’on en reste là et que l’aisance urbaine, même si parfois relative, puisse se perpétuer.

Désormais, on a une vague en faveur de Marine Le Pen, juste avant le second tour de la présidentielle d’avril 2022, formant une vague rurbaine. On parle ici des corrompus par le capitalisme, dans une version petite-bourgeoise apolitique, en voie de prolétarisation, voire de lumpenprolétarisation en raison d’un isolement social et culturel toujours plus massif.

Pour ces gens, Emmanuel Macron est un objet de haine, le capitalisme va beaucoup trop vite, les choses ne peuvent plus durer car même si matériellement cela va encore, tout le tissu social s’estompe à grande vitesse, depuis les hôpitaux jusqu’aux rapports familiaux, les lieux de convivialités jusqu’au sport et au transport.

Et de la même manière qu’avant le premier tour, il y avait une vague irrationnelle en faveur de Jean-Luc Mélenchon, il y a en ce moment une vague irrationnelle en faveur de Marine Le Pen. Il y a la même tendance à plaquer tous ses espoirs là-dessus, à attendre que les choses se débloquent d’elles-mêmes grâce à un changement à la tête de l’État. Mais, et c’est notable, l’anticapitalisme romantique que l’on trouve chez les nouveaux partisans de Marine Le Pen est bien plus présent, plus agressif, plus vindicatif, que ceux chez les nouveaux partisans de Jean-Luc Mélenchon.

On est ici dans la tradition des gilets jaunes, qui servent de référence culturelle majeure. Les gilets jaunes, nous l’avons toujours souligné ici, ont été un terrible poison, le vecteur d’un démarche pré-fasciste, voire fascistoïde, pour ne pas dire fasciste au sens strict. Cette exigence de rétablir l’ordre ancien par en bas, contre une élite en décalage avec la nation, forme le noyau dur même de l’idéologie fasciste historiquement.

On a d’ailleurs la même brutalité populaire, le même bricolage dans les idées et les formulations, la même grossièreté dans les slogans, la même vulgarité dans l’expression des exigences. Cela n’est en rien populaire, c’est typiquement la révolte des déclassés. C’est ce qui ressemble de plus historiquement, ces cinquante dernières années en France, aux SA allemands et aux chemises noires italiennes. Heureusement qu’il a manqué une réelle ampleur populaire, puisque le mouvement a toujours été ultra-minoritaire, pour ne pas dire totalement marginal, malgré son hyper-médiatisation.

Il n’en reste pas moins que les gilets jaunes ont diffusé un style et ce style, si adulé par l’ultra-gauche française, est en ce moment l’outil majeur pour valoriser Marine Le Pen pour le second tour de la présidentielle de 2022. C’est là tout à fait cohérent. Et cela montre l’erreur massive qu’a fait l’ultra-gauche, et avec elle la CGT, à courir derrières les gilets jaunes au lieu de dénoncer ce mouvement qui resta toujours, historiquement, entièrement extérieur à la classe ouvrière par ailleurs.

Il faut absolument étudier ce qui est en train de se passer sur ce point, afin de bien comprendre le phénomène de ré-utilisation de ce style en faveur de Marine Le Pen. Cela montre qu’une nouvelle étape est passée, que dans le fond de la société française, il y a des choses qui se fissurent, que cela craque à la base même. Et cela aura été extrêmement rapide après les résultats du premier tour. Cela promet pour la suite… Même si cela n’a rien d’étonnant. Comme dit le 10 avril avant les résultats, les Français vont payer cher leurs mensonges, leur petitesse. Il faudra boire le calice jusqu’à la lie.

Catégories
Politique

La signification des 21,95% de voix pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle

Le mouvement est tout, le but n’est rien ?

2

Jean-Luc Mélenchon a reçu les voix de 21,95% des votants lors du premier tour de la présidentielle 2022, le 10 avril. Tous les gens de gauche ont pu s’apercevoir dans leur entourage que, les 10 derniers jours, il y a eu sans doute un grand appel d’air en sa faveur. Même des gens éloignés de lui sur le plan des idées ont décidé de se tourner vers lui.

Ce processus a en fait commencé formellement à la mi-avril 2022, avec un appel en sa faveur du « Réseau national d’acteurs des quartiers populaires » (signé par des figures militantes antiracistes issues de l’immigration et s’enfermant dans une démarche « anticoloniale »). Cependant, de manière un peu plus profonde, le processus remonte aux douze derniers mois ou un peu plus, avec un attirance assez profonde de ce qu’on va appeler la « gauche Twitter » pour Jean-Luc Mélenchon.

On parle ici de gens pour qui être de gauche c’est « militer » plus que les idées, et ainsi Twitter est un vecteur essentiel de revendication et d’affirmation, ainsi qu’un lieu de passage et de consommation.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’idées. Il n’y a même que ça, chacun voyant les choses à sa manière. Le seul dénominateur commun maintenant un cap est cependant l’action. On est ici très exactement dans un actionnisme résumé par le réformiste Bernstein, rejeté alors par la social-démocratie à la fin du 19e siècle, comme quoi le mouvement est tout, le but n’est rien.

Cette démarche est d’ailleurs désormais commune à, on peut dire, la quasi totalité de la Gauche française, qui a balancé par-dessus bord toute liaison avec la Gauche historique. Ce qui compte, ce ne sont pas les objectifs, mais le programme, le mouvement, les initiatives, etc.

D’où l’insistance permanente d’ailleurs de Jean-Luc Mélenchon sur le principe du référendum, avec comme référence centrale la gauche latino-américaine, partisane d’un « front ample » structurée sur une ligne populaire-patriotique de réformes sociales censées être profondes.

Le succès de Jean-Luc Mélenchon relève ici de toute une attitude générale des gens composant la Gauche militante en France. Sauf que justement, Jean-Luc Mélenchon ne se définit plus comme de gauche, et d’ailleurs une partie toujours plus significative de cette Gauche militante non plus. Parler de militantisme est d’ailleurs ici en soi erroné, car ce militantisme correspond à un mode opératoire dans un esprit étudiant ou syndicaliste. Ce n’est pas du militantisme politique, structuré autour d’objectifs relevant d’un programme.

En ce sens, Jean-Luc Mélenchon et son mouvement La France insoumise reflètent une liquidation historique. La Gauche française des années 1980 regarderait ahurie, et avec dégoût, la scène militante de gauche actuelle. Elle les considérerait, avec justesse, comme un milieu de décomposés et d’opportunistes, de mouvementistes et de pragmatiques.

Et, au cœur de cela, il y a une manipulation tout à fait terrible. Il est évident que de tous les gens ayant voté Jean-Luc Mélenchon, bien peu seraient d’accord avec le principe de balancer des missiles nucléaires sur les populations d’autres pays. C’est pourtant bien la position de La France Insoumise, comme ici expliquée le 11 janvier 2022 par son député Bastien Lachaud au sujet de la « dissuasion nucléaire ». Bastien Lachaud prône même la militarisation de l’espace !

C’est un exemple parmi d’autres. Mais il est typique d’un mouvement magmatique, où il n’y a pas de valeurs claires sur le plan idéologique, au sens où les objectifs ne sont pas définis. On est dans un populisme mouvementiste qui permet tout et rien, qui a du succès par son opportunisme et sa capacité à proposer au moins quelque chose à n’importe qui, sans que cela se débouche sur rien.

Il y a une logique McDonald’s et Netflix dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon : on peut venir comme on veut, on choisit ce qu’on veut retenir, mettant le reste de côté. C’est là aux antipodes des principes d’élévation des consciences et d’exigence d’organisation de la Gauche historique.

Catégories
Politique

Ukraine : ni « campisme » ni relativisme, l’ennemi c’est l’OTAN

L’ennemi, c’est son propre capitalisme.

Il existe deux écueils à éviter fondamentalement au sujet de l’intense propagande belliciste que font les médias français, qui reprennent mot pour mot ce que l’Ukraine leur propose, c’est-à-dire le régime ukrainien, et plus précisément encore le régime ukrainien avec une horde de conseillers de l’OTAN.

Le premier, c’est de tomber dans le « campisme », de considérer qu’il n’existe qu’une seule force négative historiquement, la superpuissance américaine. Cette erreur pousse à trouver tout ce qui est anti-américain forcément vrai et juste, à considérer qu’il existe un vaste « camp » objectivement « anti-impérialiste » au-delà des conceptions différentes (Cuba, l’Iran, la Syrie, la Chine, la Corée du Nord, etc.). Un exemple parlant de cela est le site investigaction, et toute la scène nostalgique du PCF des années 1970-1980 est sur cette ligne.

Le second, c’est de pratiquer le relativisme, de dire que tant un côté que l’autre sont à combattre, et qu’il faut par conséquent ne rien faire, ou du moins affirmer soutenir l’Ukraine, d’une manière ou d’une autre. Cette erreur pousse à se mettre à la remorque de son propre capitalisme, qui est partie prenante du conflit sans l’être officiellement. Un exemple parlant de cela est l’Union Communiste Libertaire et en général la scène politique marquée par l’anarchisme ou le trotskisme ; c’est également dans une version plus opportuniste encore celle de La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon (les députés européens Manon Aubry, Anne-Sophie Pelletier, Emmanuel Maurel, Leïla Chaibi, Manuel Bompard et Younous Omarjee ont voté le premier mars 2022 un texte européen appelant à des sanctions contre la Russie, une aide militaire à l’Ukraine, un renforcement régional de l’OTAN).

La seule ligne juste, c’est de dire que la Russie est l’agresseur, qu’il faut soutenir la nation ukrainienne… Mais que le régime ukrainien est entièrement un outil de l’OTAN qui a des visées impériales aux dépens de la Biélorussie, de la Russie.

Comme la France est dans l’OTAN, et qu’on est en France, alors soutenir l’Ukraine comme nation indépendante… C’est combattre l’OTAN. Les tâches de la Gauche authentique dans chaque pays dépend des conditions objectives. De la même manière qu’en Russie il faut combattre la guerre d’invasion… En France il faut refuser les sanctions et les livraisons d’armes à l’Ukraine.

C’est un paradoxe pour qui ne perçoit pas le jeu contradictoire des inter-relations entre les puissances. Mais c’est cela faire de la politique au sens réel du mot.

Il faut pareillement ne pas croire et ne pas faire aux confiances aux médias français dont les activités, par définition même, sont au service du capitalisme et de ses entreprises bellicistes. Il faut comprendre que le capitalisme est un bloc. On ne peut pas le contourner. On ne peut pas faire confiance au capitalisme et encore moins à son propre capitalisme. Ce serait de la corruption, comme en 1914.

Les pro-OTAN l’ont bien compris, ou plutôt ils ont parfaitement senti le moment, ils ont compris qu’il y avait un signal lancé avec le prétendu massacre de Bucha, utilisé de manière entièrement politique, tel un signe pour l’offensive belliciste anti-Russie. Il est appelé à livrer des armes, à faire intervenir l’OTAN, à renverser le régime russe…

C’est concrètement une opération psychologique. C’est un processus réfléchi, calculé, mis en place. L’OTAN, c’est aussi cela. Ne pas le comprendre, c’est ne pas comprendre ce qu’est l’OTAN. Ce n’est pas qu’une alliance militaire. C’est une unité politico-militaire : pour rentrer dans cette structure, il faut prêter allégeance au niveau de l’organisation des institutions et de la société auprès de la superpuissance américaine.

Toutes les initiatives de l’OTAN correspondent à l’agenda de cette dernière, en intégrant de manière contradictoire les intérêts des autres membres. Toutes les institutions et les médias servent ces initiatives, particulièrement dans un moment de crise comme nous le vivons.

Aussi, parler de l’Ukraine, soutenir l’Ukraine, c’est dénoncer et combattre l’OTAN, ainsi que l’Union européenne entièrement alignée sur elle. Et c’est l’aspect principal.

Catégories
Politique

Emmanuel Macron, un Kennedy en carton pour une France en plastique mou

Un show grotesque, à l’américaine.

Devant 30 000 supporters, dans une salle contenant 40 000 places, le Président Emmanuel Macron s’est mis en scène pour son premier et en fait unique meeting de campagne, une semaine avant l’élection présentielle.

Avec de la musique très forte en mode épique, des flammes de pacotille scintillantes, un bain de foule – une foule justement organisée pour donner l’impression de ferveur. Avec un président-candidat seul en scène, se promenant de pupitres en pupitres invariablement de chaque côté d’une plate-forme en hexagone géométrique, faisant des clins d’oeil, se donnant l’air ultra à l’aise et intime.

Mais cela sonnait faux, tellement c’est forcé et décalé avec la gravité de l’époque. Il faut s’imaginer le genre d’ambiance : avant l’arrivée du président, il y a un chauffeur de salle professionnel qui s’adresse aux ministres (en exercice), sagement alignés les uns à côté des autres, guindés, et leur demande de faire… la ola. Ils s’exécutent, puis la ola est reprise par le reste de la salle. Pathétique.

Pathétique et, qui plus est, cela ne correspond pas du tout au style français, qui veut de la politique et du débat d’idée et pas de la mise en scène guignolesque, qui apprécie les postures mesurées pour une approche classique dans le style et sérieuse dans le fond, ne laissant que subtilement et succinctement la place au panache.

Le show d’Emmanuel Macron sonnait donc faux, archi faux. C’est exactement comme au cinéma : quand des Français se lancent dans un film d’action à gros budget, cela ne donne rien, car c’est forcé, et donc mal fait. N’est pas Hollywood qui veut, et en l’occurrence, n’est pas John Fitzgerald Kennedy qui veut.

Emmanuel Macron s’imagine peut-être personnellement un grand destin. Il n’est en vérité qu’un JFK de pacotille, 60 ans trop tard, 6000 kilomètres trop loin. Il n’est là que grâce à l’apathie politique généralisée en France, parce que la Gauche s’est sabotée avec François Hollande et que la Droite s’est torpillée elle-même par suffisance bourgeoise avec François Fillon.

Mais aussi, et surtout, grâce à de (très) généreux donateurs qui l’ont tiré du chapeau et lui ont fait sa campagne en 2017. On sait maintenant qu’il y avait aussi derrière cela le cabinet de conseil américain McKinsey, d’où le style probablement.

En vérité Emmanuel Macron n’est rien, et ne représente pas la France ni les Français. Mais peu importe, car ce n’est pas cela qu’il vise, et d’ailleurs les Français eux-mêmes s’en fichent pas mal, comme ils se fichent de tout à part de leur petit confort quotidie Alors il suffit à Emmanuel Macron de ne pas trop faire de vague, et d’aller dans le sens d’une poignée de millions de gens bien installés dans le système, bien corrompus par le business et fétichisant la modernité capitaliste et l’entreprenariat (qu’Emmanuel Macron se vante d’avoir « libéré »).

Cela peut suffire à nouveau à remporter l’élection présidentielle. D’autant plus qu’il y a parmi ces gens l’appréciant la plupart des journalistes et des commentateurs politico-culturels. Cela aide à se faire une place et bénéficier d’une légitimité, même fictive.

Quant au fond, il n’y a rien évidemment. Et pour cause, Emmanuel Macron ne fait pas le poids face à la pesanteur de l’histoire. Il n’est qu’un accompagnateur du capitalisme, en mode suiveur et fidèle de la superpuissance américaine. Alors il peut bien se donner des airs de grand seigneur, en sermonnant la salle qui hue et siffle la guerre en Ukraine. On parle d’ailleurs là les premières phrase de son meeting, avec l’idée (mal jouée et forcée) de se donner une image de grand homme au cœur de l’Histoire.

« [Tout sourire] Je suis heureux d’être là avec vous… [la foule acclame].
[D’un coup, il prend un air sérieux et concerné.] Et tandis qu’à quelques heures de Paris on bombarde la démocratie… [La foule hue et siffle].
[Il lève le bras en signe de désapprobation et prend le ton d’un professeur.] Non, on va tout de suite se redonner une règle, que vous connaissez.
La guerre en Ukraine [il sert le poing], nous faisons tout chaque jour pour pouvoir l’arrêter. Évidemment nous la condamnons, mais ici quand nous sommes tous ensemble, nous ne sifflons pas, personne, jamais, jamais. [La foule acclame et il reprend son air grave pour expliquer qu’il mène un combat historique pour la démocratie, etc.] »

C’est totalement grotesque, personne n’y croira, comme quand il dit ensuite que son public est constitué de « militants de l’idéal », ou bien qu’il est là dans « la plus grande salle d’Europe », alors qu’il n’y avait pas plus de monde que pour un quelconque match de football important d’un club de ligue 1.

La France, les Français, s’ils étaient à la hauteur, devraient conspuer un tel personnage, et finalement ne pas lui donner d’importance. Mais la France est trop endormie, trop un plastique mou, alors elle tolère ce Kennedy en carton, se disant qu’après tout au moins c’est moderne et américain. Les Français ont toujours aimé ce qui était américain ou avait l’air américain.

La question est maintenant de savoir à quel moment la crise va passer par là. Car tout va très vite, et qui sait à quoi ressemblera la France dans quelques jours, le matin du 10 avril ? Et surtout le 27 avril, pour le second tour ?

Marine Le Pen compte en tous cas là-dessus, en misant sur le fait que d’ici là, les Français seront enfin (au moins un peu) chauffés à blanc par la crise et rejetteront Emmanuel Macron. Elle joue donc à fond la carte de la crise pour réagir à son meeting :

« Depuis 5 ans, Emmanuel Macron a financé la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune en taxant le carburant, le gaz, le fioul et l’électricité de tous les ménages ».

Cela suffira, cela ne suffira pas ? Au fond peu importe, car d’une manière ou d’une autre l’Histoire va reprendre le dessus et balayer tout ça, violemment. Emmanuel Macron, aussi insupportable soit-il, sera très vite oublié. Marine Le Pen elle-même et son nationalisme light, probablement, ne fera pas le poids non-plus, d’ailleurs.

En attendant, il faut boire le calice jusqu’à la lie.

Catégories
Politique

Présidentielle 2022 : quoique vous fassiez, les dés sont jetés

La France n’est plus maître de son destin.

Il est trop tard. La guerre en Ukraine a fini, en se prolongeant, par approfondir une torpeur générale commencée avec la pandémie, avec à chaque fois un impact économique, culturel, psychologique, social. La France, congelée par la crise, a une surface politique désormais inexistante.

Tout se passe dans les profondeurs, et plus personne n’est en moyen d’influencer cela. Aucun mouvement politique, quel qu’il soit, n’a de prise à ce niveau, de par son absence d’impact, de pénétration dans les masses, d’ampleur activiste, d’influence idéologique, d’ancrage culturel.

Il est possible d’appeler à voter pour tel ou tel personnage, de ne pas appeler à voter, de voter blanc, tout ce qu’on veut, tout cela ce sont des mots, de vaines prétentions. C’est désormais ailleurs qu cela se joue, un ailleurs auquel personne n’a accès. C’est là-dessus qu’il faut se fonder quand on ne pratique pas l’escroquerie politique.

Cela ne signifie nullement qu’une telle attitude soit purement observatrice; bien au contraire, c’est dans une conscience claire que peut naître une subjectivité authentique, assumant la rupture avec le capitalisme et son quotidien infernal. C’est une question de mental, c’est une question psychologique. C’est nécessaire pour ne pas être corrompu.

En ce sens, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou ont fait une erreur en se présentant. Ce ne sont pas des élections comme les autres. Même en arguant que leur stratégie est de profiter des élections pour faire de la propagande – ce que leurs mouvements font depuis cinquante ans par ailleurs – on ne s’inscrit pas impunément dans une phase d’effondrement sans en payer le prix politique.

On peut déjà le remarquer avec Fabien Roussel et Anne Hidalgo. Le premier, candidat du Parti Communiste Français, n’a cessé de se montrer sous le jour d’un beauf. Et la seconde a été incapable de proposer quoi que ce soit, à rebours des traditionnelles propositions socialistes. L’époque les a fracassés.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a anticipé tout cela, c’est vrai, en abandonnant la Gauche pour le populisme. Il avait tout compris, et donc rien compris. Parce que c’est dans l’autre sens qu’il fallait aller.

Ce sens, c’est celui de la Gauche historique. Il faut viser la bourgeoisie comme classe, assumer la lutte des classes, comprendre la marche du capitalisme afin de rejeter ses valeurs. Il ne faut pas les accompagner en se faisant un promoteur du turbocapitalisme.

Il faut du contenu. C’est à ce la qu’oeuvre agauche.org, en s’inscrivant dans la durée, car la période future va être tourmentée, les années qui suivent vont être agressives, avec la guerre inévitable qui s’annonce de par le repartage du monde par les grandes puissances.

Et dans un tel panorama, ne pas parler des animaux c’est ne rien comprendre aux enjeux de notre époque. Plus on s’enfonce dans la crise, et moins on parle d’eux, alors que toute notre époque appelle à un rapport différent à Biosphère. C’est cela le combat de notre époque : abattre le cynisme, l’égoïsme, l’égocentrisme, promouvoir la compassion, l’empathie, construire une civilisation sur ces fondements.

Et cela n’a rien à voir avec la fausse bienveillance du consumérisme capitaliste notamment LGBTQ. On ne parle pas d’individualisme et d’acceptation des egos. On parle de collectivisme, de projet relevant de la collectivité, d’affirmation personnelle au sein du grand Tout qu’est la société, la Nature. Des valeurs qui sont totalement éloignés des gens en France, même des prolétaires, mais pas du prolétariat. Le décalage est ici immense. Il doit être résolu.

Et c’est l’Histoire qui va s’en charger, en reconstituant le prolétariat… avec la Gauche historique en première ligne pour mener cette tâche.

Catégories
Politique

L’affaire McKinsey questionne la souveraineté française

Emmanuel Macron est lié à la superpuissance américaine.

Le 16 mars, une commission sénatoriale d’enquête a produit un rapport sur le recours systématique par l’État à des cabinets de conseil, en appuyant notamment sur le fait que cela a coûté plus d’un milliard d’euros à l’État en 2021. Ce montant a doublé depuis 2018, première année pleine de l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron.

Il y a là un scandale en termes de dépense publique bien sûr, mais cela va bien plus loin, interrogeant la souveraineté de l’État lui-même, qui délègue des pans entiers de son analyse et de ses décisions à des cabinets privés, comme le soulèvent en effet les sénateurs ayant enquêté.

Il ressort de leurs investigations, portant sur 7300 documents étudiés pendant 4 mois, que :

« des pans entiers des politiques publiques ont été sous-traités à des cabinets privés : crise sanitaire, réforme de l’aide juridictionnelle, radars routiers, évaluation de la stratégie nationale de santé…

Le recours aux consultants est ainsi devenu un réflexe pour un État qui donne parfois l’impression qu’il « ne sait plus faire », malgré le dévouement de ses propres agents.

Bien que discrète, l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques est avérée. Les consultants proposent des solutions « clés en main » aux décideurs, que les agents publics sont sommés de mettre en œuvre. »

L’accusation est grave. De surcroît, parmi ces intervenants externes il y a surtout le maintenant fameux cabinet McKinsey. On a là une société de droit américain, avec une filiale de 600 personnes en France, qui ferait un chiffre d’affaires d’environ 300 millions d’euros par an. Et qui reverse tout à la maison mère, elle-même située dans un paradis fiscal, l’État du Delaware aux États-Unis (là d’où provient Joe Biden).

Avec un montage financier astucieux (probablement illégal, la commission sénatoriale parle en tous cas d’un « exemple caricatural d’optimisation fiscale »), McKinsey réussit à ne pas payer d’impôt en France, sans que l’administration fiscale ne trouve rien à y redire.

Cela sent à plein nez la collusion, d’autant plus que le directeur associé de la filiale française, Karim Tadjeddine, a affirmé sous serment face aux sénateurs (qui ont porté plainte pour faux témoignage) que sa société avait versé 422 millions d’impôts et de cotisations sociales en dix ans, en contradiction avec les recherches faites ces mêmes sénateurs auprès du fisc.

Karim Tadjeddine est un proche d’Emmanuel Macron, ayant été militant pour sa campagne présidentielle en 2017. Ce serait en tout une quinzaine de salariés McKinsey qui ont participé à la campagne d’Emmanuel Macron. C’est le cas de Martin Bohmert, qui était Président des Jeunes avec Macron de 2017 à 2019 ou d’Etienne Lacourt, chef du « pôle projet » du parti présidentiel La République en Marche LREM en 2017 et 2018.

Et puis il y a Mathieu Maucort, actif pendant la campagne, maintenant Haut-Commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, qui était chef de projet chez McKinsey de 2013 à décembre 2016. Et puis il y a le directeur général de LREM, Paul Midy, qui a travaillé pour McKinsey de 2007 à 2014, ayant été chargé de… « la conduite de la réforme de l’État » !

On remarquera au passage que l’autre directeur associé de McKinsey France est Victor Fabius, fils du « socialiste » Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel depuis 2016.

Tout ce petit monde, qui partage la même idéologie ultra-libérale et anti-ouvrière, qui a la même vision du monde prônant l’ultra-modernité capitaliste (en fait le turbocapitalisme) et l’alignement sur la superpuissance américaine, est donc totalement inséré dans les plus hautes strates de l’État français, autour d’Emmanuel Macron.

Il se pose évidemment la question non pas seulement de corruptions, ou « prise illégale d’intérêts » en droit, mais directement d’ingérence étrangère au sommet de l’État français. Et en l’occurrence d’ingérence américaine, avec des cabinets de conseils étrangers ayant accès forcément à des données décisives. Quand on sait que la stratégie vaccinale mise en place par le gouvernement a été confiée au cabinet de conseil américain McKinsey, ainsi qu’à plusieurs autres cabinets (Accenture, Citwell et JLL), cela soulève forcément un problème de fond.

Ce que ne manquent pas de souligner, d’ailleurs, tout un tas de commentateurs pro-Russes, voire pro-Vladimir Poutine. C’est typique de leur démarche que de souligner de ce genre de collusion, de dénoncer les atteintes (américaines) à la souveraineté des États, etc.

Alors ce genre d’affaire pourrait typiquement produire un basculement et une crise de régime, permettant une réfutation de l’alignement unilatéralement pro-américain, pro-OTAN et fanatiquement anti-Russe, de la France. C’est typique de périodes de crise telles que nous en vivons en ce moment. C’est en tous cas conforme à l’intérêt de pans entiers de la bourgeoisie française, hostiles à Emmanuel Macron et son entourage de chez McKinsey.

Catégories
Politique

Deux exemples de diffusion de l’idéologie fasciste par le régime ukrainien

Le régime ukrainien est réactionnaire.

Nous avons dès avril 2021 inlassablement expliqué qu’il y allait avoir une invasion russe et qu’il fallait soutenir la nation ukrainienne. Nous pouvons dire avec une légitimité complète que tout le soutien à l’Ukraine depuis le début de l’invasion est fictif à 99%, il ne fait que servir l’OTAN, l’objectif d’asservir la Russie. Avez-vous vu d’ailleurs quelque part qu’il soit parlé de la culture ukrainienne ? Il n’y a cela nulle part, car tout cela n’a rien de démocratique ni de populaire.

Le régime ukrainien joue un grand rôle dans cela, car son idéologie nationaliste est délirante, entièrement en phase avec les objectifs de la superpuissance militaire américaine. Voici par exemple un message du Parlement ukrainien sur Twitter.

Voici ce qu’on lit : « Les occupants russes ont saisi et détruit de la littérature et des livres d’histoire ukrainiens. C’est la littérature qui ne coïncide pas avec la propagande du Kremlin. » Puis : « La littérature prétendue  »extrémiste » inclut des livres d’école sur l’histoire de l’Ukraine, de la littérature historique populaire et scientifique, en particulier des livres sur les révolutions démocratiques en Ukraine, également connue comme les Maidans ukrainiens ».

Enfin et c’est là où c’est marquant : « Les occupants ont également une liste de noms devant être interdits d’être mentionnés. Parmi ceux-ci il y a des figures exceptionnelles de l’histoire de l’Ukraine – Ivan Mazepa, Symon Petlioura, Stepan Bandera, Roman Shukhevych, Viacheslav Chornovil ».

De quelles des figures exceptionnelles parle-t-on ?

Ivan Mazeppa est une figure du 17e siècle, qui a trahi le tsar et cherché à s’allier à l’empire ottoman contre les Russes.

Symon Petlioura est une figure de la république ukrainienne opposée à l’Armée rouge, bien connu en France pour avoir été exécuté par Samuel Schwartzbard, désireux de venger les pogroms. Le soutien à Samuel Schwartzbard amena la naissance de la LICRA et il fut même acquitté au procès par le tribunal français.

Stepan Bandera est le dirigeant de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne  alliée aux nazis, Roman Shukhevych en fit partie et est particulièrement haï en Pologne pour ses massacres de civils. Ces deux figures sont totalement fascistes, responsables de l’assassinat de Juifs, de Polonais, évidemment de gens de gauche. Le scandale a été immédiat en Pologne et le parlement ukrainien a dû enlever ce message.

Quan à Viacheslav Chornovil, c’est un nationaliste ukrainien des années 1960-1990.

Tout cela est révélateur de la nature du régime ukrainien. Et cela se lit aussi avec le régiment Azov. On peut trouver facilement des informations diffusées par ce régiment, dans le cadre de la guerre, leur bastion étant Marioupol, une ville russophone qu’ils contrôlent. La Femen Inna Shevchenko les a par exemple mis en avant.

Mais c’est le cas également de la presse, comme Le Figaro, Le Parisien, etc.

Ce régiment Azov, formant la garde nationale supervisée par le ministère de l’Intérieur, est à la fois un mouvement néo-nazi menant des campagnes nationalistes de masse, un parti politique sans succès électoral , une branche armée intégrée à l’État. Ses cadres sont des suprémacistes blancs, sa base vient du hooliganisme et de ceux aspirés par le romantisme nationaliste. Sa symbolique est nazie, avec le soleil noir de la SS, ainsi qu’un symbole Waffen SS.

Le symbole d’Azov à l’origine, le nouveau symbole, le soleil noir néo-nazi souvent tatoué chez Azov, un symbole Waffen SS par ailleurs historiquement très utilisé en Italie par les nazis

Notons ici tout de suite un point très important. On peut lire parfois, sur des blogs d’ultra-gauche, de la part de gens n’y connaissant rien du tout et à l’attitude honteuse, scandaleuse, voire carrément pro-fasciste, que le fascination pour les nazis serait une réponse spontanée, somme toute toute un peu « bête », en réaction à l’expansionnisme russe, ou à l’époque aux collectivisations des terres.

C’est totalement faux. Le nationalisme ukrainien remonte aux années suivant immédiatement la révolution russe. L’Ukraine, c’est comme la Pologne : ce sont deux pays avec une histoire intellectuelle et culturelle immensément riches, et il ne faut pas croire leurs représentants nationalistes qui parlent de nations « martyrs » et qui jouent aux idiots.

Le nationalisme ukrainien n’est pas né en 2022, ni en 2014, ni même en 1991. Il a bien plus d’un siècle. C’est l’idéologie du régime ukrainien actuel et c’est ultra-réactionnaire, convergeant avec le fascisme, avec la superpuissance américaine.

Il faut le dire sans ambiguïtés : si vous êtes de gauche et que vous lisez cet article, depuis 2014 en Ukraine votre opinion serait interdite et vous seriez sous la menace physique des nazis d’Azov. Et Azov a irradié l’idéologie de l’extrême-Droite française depuis 2014.

D’ailleurs, sur le plan idéologique, on pourrait caricaturer en disant qu le régime ukrainien c’est Eric Zemmour président avec un libéralisme économique généralisé, laissant les activistes d’extrême-Droite faire ce qu’ils veulent en périphérie. C’est quasiment un modèle et dans les pays de l’Est, cela ressemble beaucoup à cela en pratique.

Catégories
Politique

Lutte Ouvrière : la guerre est inévitable, oui, non, peut-être

La question de la reconnaissance de la tendance à la guerre est épineuse.

Si l’on prend la Gauche française dans sa totalité, on peut s’apercevoir qu’il y a somme toute très peu de structures considérant que la guerre est inévitable, car le capitalisme en crise y pousse inexorablement. C’est là quelque chose de tout à fait dramatique et cela reflète que, sur le plan des conceptions du capitalisme, on est revenu aux années avant 1905, avant la naissance de la SFIO rassemblant les socialistes dans le cadre de la seconde Internationale.

Il est bien reconnu que la guerre est possible, très fortement possible, mais elle ne relèverait que de la panoplie du capitalisme, ce serait un aspect militariste. Il n’y a pas la conception que le capitalisme en crise implique le fascisme et la guerre.

Or, la guerre en Ukraine oblige à prendre position et à annoncer l’avenir. Comment faire ? La plupart ne prennent même pas position ou en prennent une purement symbolique, et chez certains il n’a même pas été parlé de la guerre en Ukraine. C’est de l’économie politique, c’est trop compliqué.

Lutte Ouvrière a une économie politique et devait prendre position. Elle l’a fait, mais en prenant deux positions antagoniques en même temps. L’article « Le prologue d’une guerre généralisée ? » réfute la conception qu’on trouve sur agauche.org. L’article « Votez pour dénoncer les fauteurs et les profiteurs de guerre, et les gouvernements qui veulent nous embrigader ! » dit le contraire… Ou alors c’est subtile et il faut voir ce qu’il en est.

L’article « Le prologue d’une guerre généralisée ? » dit les choses clairement : il n’y a pas de tendance à la guerre actuellement. Il peut y avoir la guerre, mais seulement comme accident de parcours. La guerre accompagne le capitalisme, ce n’est pas un aboutissement de celui-ci.

« Il n’y a pas aujourd’hui un mécanisme économico-politique qui pousse inévitablement à la généralisation de la guerre du même type que ce qui a précédé la Deuxième Guerre mondiale, et même dans une certaine mesure la Première Guerre mondiale (un impérialisme coincé par ses concurrents et étouffant faute d’espace vital).

Mais on est déjà au-delà de l’affirmation si juste mais abstraite de Jean Jaurès : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. »

La guerre en Ukraine sera peut-être considérée par les historiens du futur comme une des étapes préparatoires d’une guerre généralisée à venir. Un peu comme ce qu’ont été avant la Deuxième Guerre mondiale l’invasion de l’Éthiopie par les troupes de Mussolini ou celle de la Mandchourie par l’armée de l’Empire du Japon, avec la course à l’armement, les mercenaires préparant le terrain, la manipulation de l’opinion publique, l’embrigadement de la population, les massacres de masse.

L’interpénétration de la situation de crise et des préoccupations guerrières des uns et des autres est susceptible de provoquer un « processus autoréalisateur ». C’est-à-dire que la guerre, en aggravant la crise, en bouleversant les rapports de force, en soulignant les contradictions entre les puissances impérialistes elles-mêmes, pousse à un mécanisme conduisant à la guerre généralisée. Il ne faut pas raisonner uniquement en fonction de ce qui s’est passé lors de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale. D’ailleurs, les deux n’étaient identiques qu’en ceci : elles ont concrétisé la barbarie vers laquelle évolue l’impérialisme, c’est-à-dire le capitalisme pourrissant.

Pour le moment, le camp impérialiste, représenté par son organisme militaire, l’OTAN, dominé par les États-Unis, prend moult précautions pour pouvoir affirmer qu’il n’est pas en guerre, tout en renforçant son dispositif d’encerclement tantôt de la Russie, tantôt de la Chine.

On peut entrevoir plusieurs cheminements possibles, les uns à l’initiative de Poutine qui, coincé par l’insuccès de la guerre éclair qu’il avait espérée avec l’accord des sommets de la bureaucratie, pourrait essayer de donner le change en Moldavie, en Géorgie ou ailleurs.

Quant à l’OTAN, tout en se gardant de passer pour l’agresseur, elle continue à livrer des armes à l’Ukraine en quantités croissantes, ce qui peut entraîner bien des dérapages.

Mais, encore une fois, c’est l’approfondissement de la crise, aggravée par le fait même de la guerre en cours, dans une économie archi-mondialisée, où tout le monde dépend de tout le monde, qui peut rendre la généralisation de la guerre inévitable.

« Ne demande pas pour qui sonne le glas, il sonne pour toi. » Il en sera ainsi tant que le prolétariat n’aura pas détruit le capitalisme, la propriété privée des moyens de production, la concurrence, c’est-à-dire la guerre économique qui porte en elle la guerre tout court. »

L’article « Votez pour dénoncer les fauteurs et les profiteurs de guerre, et les gouvernements qui veulent nous embrigader ! » semble pourtant, en apparence, dire le contraire.

« S’il est  impossible de prévoir comment la situation internationale va évoluer, une chose est sûre, ceux qui nous gouvernent ont commencé à aiguiser leurs couteaux.

Il y a cent ans, toute une génération a connu la boucherie de la Première Guerre mondiale. Puis la génération suivante s’est retrouvée sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, il y a eu les guerres coloniales, au Viet Nam ou en Algérie. En réalité, les guerres ne se sont jamais arrêtées. Les désastres en Syrie, en Irak ou au Yémen sont là pour en témoigner.

Le système capitaliste, fondé sur l’esclavage salarial, mène inévitablement à la guerre. La guerre fait partie du capitalisme. Et si elle est une tragédie pour les populations, elle est un énorme business pour les trusts. Les profits des groupes pétroliers et de ceux de l’armement en sont l’illustration écœurante.

On lit bien : « Le système capitaliste, fondé sur l’esclavage salarial, mène inévitablement à la guerre ». C’est tout à fait clair. Sauf que, en fait, il est dit que « la guerre fait partie du capitalisme », et qu’en fait il y a la guerre tout le temps. La guerre va inévitablement arriver dans le capitalisme… sauf que, en fait, non, c’est un phénomène qui se produit comme un à côté du capitalisme. Lutte Ouvrière ne considère pas que le capitalisme en crise mène à la guerre. D’ailleurs, pour Lutte Ouvrière, le capitalisme est en crise depuis des décennies, voire depuis 1917.

C’est tellement vrai que pour Lutte Ouvrière, la Russie actuelle porte encore quelque chose de socialiste. Si on regarde ce que dit Lutte Ouvrière, il n’est jamais affirmé qu la Russie est impérialiste. Il est toujours parlé du camp impérialiste, et de la Russie, qui on ne sait trop quoi, une sorte de bureaucratie post « État ouvrier dégénéré », où le capitalisme n’en est pas vraiment un (on trouvera son long justificatif théorique ici).

Lutte Ouvrière est ici coincé entre les trotskistes de Révolution permanente, pour qui la guerre n’est pareillement qu’un accompagnement du capitalisme, et le Pôle de Renaissance Communiste en France, qui considère que la Russie, c’est… autre chose que du capitalisme, de l’impérialisme.

Tout cela parce que les gens restent coincés dans le passé et ne veulent pas voir que depuis 1945, et depuis 1989, le capitalisme s’est formidablement développé à travers le monde.

Entre ceux vivant dans le passé pour qui le capitalisme a arrêté de grandir en 1917 et qui ne voient donc pas la société de consommation, et ceux qui baignent tellement dans celle-ci qu’ils s’imaginent que le turbocapitalisme (PMA, GPA, LGBTQ, migrants, drogues, etc.) est l’avenir, on est bien mal parti. C’est à l’image du pays dans la présidentielle 2022, avec d’un côté les nostalgiques (Marine Le Pen, Eric Zemmour, Fabien Roussel), de l’autre les modernistes (Emmanuel Macron, Yannick Jadot), et d’autres jonglant entre les eux (Valérie Pécresse, Jean-Luc Mélenchon).

Catégories
Politique

Meeting du Trocadéro: Eric Zemmour lance l’après pour la Droite

Une nouvelle droite dure et nationaliste va se former.

En annonçant 100 000 personnes au Trocadéro à Paris pour son meeting, Eric Zemmour a parfaitement réussi son coup médiatico-politique. Ce qui compte pour lui en effet est de montrer qu’il y a un élan autour de lui et de ce qu’il représente, avec une proposition incontournable pour l’avenir.

Il ne faut pas être dupe de l’enjeu électoral lui-même, qui ne débouchera très probablement pas sur un séisme politique. Eric Zemmour sait très bien qu’il ne sera probablement pas au second tour dans quinze jours, dimanche 10 avril 2022, mais peu importe.

Ce qu’il faut voir surtout, c’est comment, en si peu de temps, sans aucun parti politique structuré initialement derrière lui, il réussit à peser autant sur l’élection, à réunir 100 000 personnes adhérentes à sa formation électorale Reconquête avec un discours très clivant, et plusieurs dizaines de milliers de personnes à son grand meeting de campagne à Paris.

L’élan est clairement là, la dynamique politico-culturelle est évidente. Et si, comme cela se profile, Marine Le Pen échoue à nouveau face à Emmanuel Macron au second tour de l’élection, avec également une Valérie Pécresse humiliée par un score très faible au premier tour, alors il y aura un immense boulevard pour la recomposition de la Droite, dans une forme conforme aux tumultes de l’époque, à la crise.

D’ailleurs, Eric Zemmour n’est ici probablement qu’un simple outil, un passeur pour aller d’une époque à une autre, et il s’effacera très vite, en tous cas idéologiquement (déjà qu’il ne représente pas grand-chose, hormis son populisme anti-immigrés). Il faut plutôt regarder du côté des Nicolas Bay, Guillaume Pelletier ou Marion Maréchal pour voir les visages de la Droite dure et nationaliste de demain.

Eric Zemmour pour sa part, c’est avant tout la nostalgie de la France d’avant, de l’après-guerre, avec un capitalisme triomphant et modernisant la société à vitesse grand V, sans pour autant chambouler sa base paysanne et petite-bourgeoise. En s’adressant aux « anciens » lors de son meeting, il a parfaitement exprimé cela :

« Vous avez connu la vie dans le plus beau pays du monde, vous avez connu l’école de l’exigence, vous avez connu la courtoisie dans la rue, la galanterie. Vous avez connu la fierté d’être Français. Vous ne reconnaissez plus le pays dans lequel vous avez vécu ? Vous ne comprenez pas ce qui vous a échappé ? Vous ne vouliez pas créer ce chaos, je le sais. Vous avez le pouvoir de faire basculer cette élection, de choisir le candidat qui vous dit : ‘Oui, vous avez raison d’avoir peur’. Choisissez le candidat qui vous dit : ‘Je veux que la France redevienne la France’. Je vous propose de redevenir jeunes, de retrouver l’optimisme de vos 20 ans ».

Mais plus encore, c’est en dévoilant ses références politiques lors du meeting qu’il montre en quoi il est dépassé culturellement, appartenant strictement au passé (quand bien même est-ce sous une forme mystifiée) :

« Nous sommes les seuls à être de droite dans cette campagne. Nous sommes les seuls héritiers d’une Droite qui aime la France, le peuple, le travail, l’ordre et l’identité. C’est la Droite qui était au RPR, la Droite de Charles Pasqua, la Droite de Philippe Séguin. Oui je suis le seul candidat de droite à cette élection. »

Au sens strict, ce genre de références en 2022 n’a aucun sens et ne devraient même pas réunir plus d’une centaine de personnes ; si Eric Zemmour galvanise autant avec un tel discours franchement ringard, c’est simplement de par ce qu’il représente comme perspective de bousculement politique, de recomposition de la Droite.

Ce qui compte n’est pas tant ce qu’il raconte, sur l’immigration, l’économie, etc. ou ce qu’il ne raconte pas, sur l’écologie, sur la Russie, etc. Ce qui compte surtout c’est qu’il explique qu’il faut tout recommencer à droite, réunir tout le monde pour partir sur de nouvelles bases dépassant les formations politiques actuelles à droite.

Les propos suivants tenus lors du meeting du Trocadéro ont une portée politique immense, qui serviront de base pour les dix années à venir à droite, c’est une évidence :

« J’ai choisi le Trocadéro car nous n’en pouvons plus des divisions des patriotes qui est la cause de nos défaites. J’aurai besoin de tout le monde : des gaullistes, des souverainistes, de tous les patriotes de la droite.
J’aurai besoin de tout le monde. J’aurai besoin de toutes les familles de la droite et de tous les patriotes. J’ai des amis aux Républicains et je les accueillerai. J’ai des amis au Rassemblement national, ils auront toute leur place à mes côtés. Oui j’ai besoin d’Eric Ciotti, applaudissez-le ! Oui j’aurai besoin de François-Xavier Bellamy, de Laurent Wauquiez, de Nadine Morano, de Jordan Bardella, applaudissez-les ! Car c’est l’idée que je me fais de l’union des Droites ».

Eric Zemmour, c’est ni plus ni moins que la jonction entre la droite classique et traditionnelle, bourgeoise et urbaine, représentée surtout par le RPR, puis l’UMP, puis LR, avec une droite provocatrice et populiste, puis social-nationaliste, représentée surtout par le Front national puis le Rassemblement national.

Pour l’instant, Eric Zemmour n’apporte aucun contenu véritable à cette union et recomposition de la Droite à venir. Il ne fait que recracher vaguement l’idée d’un néo-gaullisme indispensable à la bourgeoisie française, qui a déjà été formulé en long en large et en travers partout à droite durant les années 2010. Depuis Henri Guaino, qui était le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, jusqu’à Marine Le Pen et toute la clique intellectuelle ayant formulé son programme depuis 2012.

Voilà donc la signification principale de la candidature Eric Zemmour : c’est d’en  » appeler  » à :

« ces électeurs des Républicains qui en ont assez de voir leurs idées trahies, à ces électeurs du Front national qui voient leurs idées végéter dans une opposition stérile depuis trop longtemps. »

Je vous tends la main, dit-il, et cette main tendue n’est autre que la possibilité d’une nouvelle formation à Droite en France, sur une ligne dure, nationaliste, néo-gaulliste évidemment, assumant la restructuration économique dans le cadre de la crise avec une bataille rude menée aux travailleurs, et assumant bientôt la question de la guerre dans le contexte mondial.

Eric Zemmour, en vérité, ne dit pas grand-chose dans le fond, car il n’a pas besoin de le faire. Ce qui compte par contre, c’est qu’il laisse la porte grande ouverte pour une nouvelle Droite prenant fermement le pouvoir en France.

C’est tellement vrai que Philippe de Villiers, ce nationaliste toujours apprécié à droite mais isolé, qui prône justement depuis des années et des années cette union des droites sur un mode dur, a confié avoir eu «les larmes aux yeux  » en écoutant le meeting d’Éric Zemmour. C’est clairement une page qui se tourne pour la Droite française, une nouvelle époque qui s’annonce.

La Gauche en face doit se reconstruire et vite, pour ne pas voir les acquis démocratiques et toutes les conquêtes sociales du mouvement ouvrier se faire littéralement broyer par cette nouvelle vague de droite dure et nationaliste, et qui assumera d’aller vers la guerre.

C’est tellement urgent qu’il suffit de penser ne serait-ce qu’à dans quelques semaines avec les élections législatives… Cela va être un jeu de massacre pour la Gauche, ou ce qu’il en reste, et une formidable séance de répétitions pour la nouvelle droite qui se profile.

Catégories
Politique

Alexandre Douguine, la guerre en Ukraine et l’extrême-Droite française

Un renouveau idéologique est à craindre.

La question des idéologies permettant à l’extrême-Droite de se développer est très importante, car c’est un levier incontournable pour la démagogie, la mobilisation de masse, un programme de nationalisme et de militarisme. Pour combattre le fascisme, il faut saisir la nature idéologique du projet fasciste et cela demande une réflexion intellectuelle développée.

C’est que le fascisme est compris par la Gauche historique non pas comme un accident politique ou un gang de racistes, mais comme une tendance produite par le capitalisme en crise. Le fascisme répond à un besoin des couches dominantes et l’anticapitalisme romantique est une dimension obligatoire pour mobiliser les masses et les empêcher de se tourner vers le Socialisme.

Or, avec la guerre en Ukraine, l’ensemble des prétendants à objectivement représenter le fascisme a grandement reculé sur ce plan. Ni Marine Le Pen ni Eric Zemmour n’ont assumé une rupture avec l’OTAN et la politique française nationaliste, ils sont accepté de dénoncer la Russie et de converger avec les États-Unis, tout en ayant des critiques bien entendu. Ils auraient pu profiter de l’invasion russe pour pousser le raisonnement jusqu’au bout et proposer un « contre-modèle » idéologique, avec une forte dimension pseudo-anticapitaliste, ils ne l’ont pas fait.

Cela laisse un espace de libre, mais du côté des regroupements activistes, la référence c’était le mouvement Azov, donc l’Ukraine, l’option russe étant ainsi bloquée. Quant à ceux ayant apprécié les républiques séparatistes du Donbass, ils sont partis là-bas pour la plupart.

Il faut donc s’attendre à un renouveau idéologique à l’extrême-Droite, sur la base de l’idéologie « eurasianiste », comme vecteur « anticapitaliste » si la Russie réussit son entreprise en Ukraine. Car le grand théoricien de cette idéologie, Alexandre Douguine, connaît de fait son heure de gloire avec « l’opération » menée par la Russie, qu’il appelait depuis 2014 de ses vœux, ayant même été mis de côté en Russie pour cette raison.

Depuis 2014 en effet, Alexandre Douguine appelle à établir une « nouvelle Russie » dans le Sud-Est de l’Ukraine afin de se se confronter aux forces « thalassocratiques », commerciales et maritimes, la Russie étant le représentant des forces « telluriques », ancrées dans le sol, enracinées. Ce serait Sparte contre Athènes, Rome contre Carthage.

Ce qui semblait hier avoir a mieux une fonction de simple légitimation de l’invasion russe (voir L’expansionnisme russe anti-ukrainien et sa base idéologique «eurasienne») semble devenir dans les faits une idéologie stratégique russe en tant que telle.

Et on peut voir que trois structures fascistes françaises cherchent à entrer dans la brèche, au prix de contorsions immenses.

Il y a tout d’abord le mouvement Egalité & réconciliation d’Alain Soral, qui cherche à sortir de son isolement provoqué par la pandémie dont la dimension mondiale a disqualifié la lecture paranoïaque antisémite sur un contrôle total du monde par les Rothschild. Une guerre entre grandes puissances, incompréhensible si une « entité » domine le monde, devrait faire de même, mais le mouvement est isolé et prêt à changer relativement sa vision du monde pour apparaître comme « visionnaire ».

Il y a ensuite une petite structure intellectuelle – élitiste de type « national-bolchevik », dont on s’abstiendra de donner le nom ici, qui y verrait bien un moyen d’avoir une dimension « sulfureuse ».

Il y a enfin la revue de la « nouvelle Droite » Elements, qui tente de reformuler le national-socialisme, et qui a donné naissance idéologiquement aux « identitaires ». Complètement hors-jeu elle aussi, elle se verrait bien converger u moins un minimum avec la Russie, comme en témoigne ces propos élogieux et explicatifs d’une idéologie eurasianiste qui pourtant n’a rien à voir avec le fantasme sur les « Indo-Européens » qui caractérise Elements depuis cinquante ans :

« D’un point de vue idéologique, cette guerre [de la Russie conte l’Ukraine], en coupant tous les ponts entre la Russie et l’Occident, marque la victoire des courants néo-eurasianistes et avant tout de leur chef de file, Alexandre Douguine.

Celui qu’on aurait pu prendre pour un intellectuel velléitaire et fantasque, sans véritable prise sur la politique étrangère russe ou pour un émissaire dans la stratégie russe de soft power vis-à-vis de la Droite « illibérale » européenne s’avère être peut-être la clef de cette invasion qui déjoue tous les calculs rationnels (…).

Le néo-eurasianisme part d’un questionnement qui traverse toute l’histoire russe : la Russie est-elle un « État européen » ou une « civilisation » à part ? Le premier Poutine avait voulu faire de la Russie un membre de la famille européenne. L’extension indéfinie de l’OTAN à l’Est semble l’avoir conduit à trancher définitivement en faveur du deuxième terme de l’alternative.

La critique poutinienne de la décadence postmoderne prend ici un nouveau relief à la lumière de la pensée de Douguine lequel a, depuis des années, œuvré à construire une « Quatrième Théorie Politique » qui serait pour la Russie une alternative au libéralisme, au fascisme et au communisme.

Idéologiquement, Douguine réalise une improbable synthèse des penseurs de la Tradition (Guénon et Evola notamment) et de la philosophie de Heidegger, en faisant du Dasein heideggérien, de l’homme ouvert au mystère de l’Être, le sujet fondamental de sa doctrine politique.

L’originalité de sa pensée tient néanmoins surtout au fait que cette vision antilibérale, qui s’inscrit à sa manière dans la tradition contre-révolutionnaire, se traduit dans une vision géopolitique. Faisant sienne la théorie schmitienne des « grands espaces », mais adoptant un point de vue proprement russe sur elle, Douguine prône l’avènement d’un monde multipolaire dont la Russie serait un des pôles, en même temps qu’une alliance des puissances telluriques comme la Chine, l’Iran, la Turquie voire l’Inde contre les puissances thalassocratiques que sont les Etats-Unis et leurs alliés.

Derrière cette opposition, en apparence sommaire, se profile celle entre un monde de l’enracinement et celui de la dissolution, Tradition contre postmodernité. Toute cette construction pouvait sembler un château de cartes intellectuel – un bon connaisseur de l’œuvre de Guénon pouvant parfois se demander ce que ce dernier fait en si étrange compagnie – mais c’était avant la guerre d’Ukraine qui voit, sous nos yeux, Poutine, le patient joueur d’échecs se métamorphoser en figure quasi-messianique du néo-eurasianisme. »

Cette conception d’une « quatrième théorie politique », c’est Eric Zemmour et surtout Marion Maréchal qui convergent le plus avec elle. Il y a ici une véritable menace idéologique en germe. Il ne s’agit bien entendu pas de la possibilité que les Français s’alignent sur l’idéologie « eurasianiste », cela est impossible. Mais il s’agit de bien cerner comment les intérêts des hautes bourgeoises en compétition au niveau international génèrent des idéologies qui résonnent entre elles selon les alliances et les besoins de mobiliser dans le nationalisme et le militarisme.

Catégories
Politique

Présidentielle 2022 : la société française se replie sur elle-même

Il faut s’attendre au pire.

L’indifférence complète pour la présidentielle 2022 de la société française ne doit pas laisser penser que les Français sont rétifs à l’État ou au capitalisme. L’abstention, si valorisée à l’ultra-gauche, n’exprime certainement pas, dans les conditions actuelles, une élévation du niveau de conscience sociale. Encore faut-il d’ailleurs porter une attention sur un tel niveau – ce qui est le choix de la Gauche historique.

Non, l’indifférence pour la présidentielle 2022 correspond à une dépolitisation, à un dédain de toutes responsabilités, ce qui s’associe avec un vote à l’extrême-Droite. On pense trop souvent que la montée de l’extrême-Droite ne peut que s’accompagner d’une mobilisation de masse, dans une version fanatisée et de grande ampleur. C’est là un raccourci.

La mobilisation de masse de l’extrême-Droite est toujours apolitique ou anti-politique ; elle vise, exactement comme les gilets jaunes d’ailleurs, à « rétablir » un ordre ancien. Les fascistes italiens et les nazis allemands ne prétendaient pas être une faction politique, mais un mouvement de fond procédant au grand « rétablissement ».

Et le terreau d’un tel mouvement de « réaction » – s’arrogeant une dimension « révolutionnaire » anticapitaliste en luttant contre le présent de la société (mais pour aller vers le passé et non l’avenir) – c’est l’apolitisme à grande échelle, le crétinisme de masse, la réduction des masses à des foules.

C’est pourquoi la présidentielle 2022 n’a pas qu’un seul aspect horrible, consistant en le fait que les Français soient ailleurs dans leur esprit, mais bien deux, car la montée de l’extrême-Droite est strictement parallèle à un tel phénomène. C’est l’alliance de l’apolitisme et du « retour en arrière ».

Et si l’on veut s’opposer à cela, il faut être à la hauteur. Essayons de résumer les principaux points, à traits grossiers, caractérisant la société française : le refus de lire des choses profondes, le rejet de toute organisation, la réduction à la structure familiale, la fascination pour l’esprit de bande, la limitation de l’expression des points de vue à des éléments brefs dans l’esprit des réseaux sociaux, le consumérisme béat, l’attrait pour des choses superficielles bien empaquetées à la Netflix ou Koh Lanta…

Et maintenons regardons les gens à gauche. Sont-ils extérieurs à cette tendance négative ? Absolument pas. Ils sont même une partie du problème le plus souvent, en ayant été happés par le turbocapitalisme. Ils sont en phase directe avec le capitalisme élargissant les marchés, depuis Uber Eat jusqu’aux LGBT. Ils sont un facteur de dépolitisation massive, de repli individuel, avec le progrès social consistant en l’élargissement des « droits individuels ».

Pour être à gauche aujourd’hui, il faut avoir un vrai niveau culturel, et lutter en ce sens ; qui ne le fait pas se fait happer par le capitalisme, sans même le remarquer, et après c’est trop tard. C’est bien entendu un phénomène de masse. Et pour ne pas avoir été à la hauteur à ce niveau, la Gauche française est incapable de faire face tant à la dépolitisation qu’à la montée de l’extrême-Droite, deux phénomènes qui vont ensemble et qui s’expriment tel un rouleau compresseur.

La société française se replie sur elle-même et il faut s’attendre au pire pour la présidentielle 2022. Rien ne peut sortit de bon d’un tel événement institutionnel dans une société en décomposition, avec un capitalisme décadent, avec une crise à tous les niveaux.

Qui ne se place pas à ce niveau, en termes civilisationnels, rate le sens de ce qui est en train de se dérouler.

Catégories
Politique

Le meeting de Vladimir Poutine du 18 mars 2022

Il synthétise l’idéologie de l’Etat russe et de sa guerre en Ukraine.

C’est une initiative politique au sens le plus pur du terme que Vladimir Poutine a pris le 18 mars 2022. Traditionnellement, le 18 mars est une journée de célébration à la fois patriotique et nationaliste du retour de la Crimée à la Russie en 2014. Cette fois, le paquet a été mis pour une démonstration de force alors que la Russie connaît une avalanche de sanctions de la part des pays capitalistes occidentaux et des pays qui leur sont directement reliés dans l’Est de l’Europe. 80 000 personnes se sont rassemblées dans le stade Loujniki à Moscou, 30 000 étant à l’extérieur devant des écrans géants, pour un concert avec, en son cœur, un discours de Vladimir Poutine.

La nature de ce discours est naturellement de la plus haute importance, puisqu’elle résume la position de l’État russe, qui plus est en quelques minutes seulement. Qu’a dit Vladimir Poutine? Il a commencé son discours déjà par les premiers mots de la longue phrase inaugurant la constitution de la Russie. Voici la phrase, les mots cités par Vladimir Poutine étant en gras.

« Nous, peuple multinational de la Fédération de Russie, uni par un destin commun sur notre terre, affirmant les droits et libertés de l’homme, la paix civile et la concorde, conservant l’unité de l’État historiquement constituée, nous fondant sur les principes universellement reconnus d’égalité en droit et d’autodétermination des peuples, vénérant la mémoire des ancêtres qui nous ont transmis l’amour et le respect de la Patrie, la foi dans le bien et la justice, faisant renaître l’État souverain de la Russie et rendant intangible son fondement démocratique, visant à assurer le bien-être et la prospérité de la Russie, mus par la responsabilité pour notre Patrie devant les générations présentes et futures, nous reconnaissant comme une part de la communauté mondiale, adoptons LA CONSTITUTION DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE. »

En quoi est-ce essentiel? Eh bien parce que si Vladimir Poutine rappelle ces mots pour célébrer le retour de la Crimée à la Russie, il entend en même temps souligner que la Crimée n’a pas été « siphonnée » par la Russie, mais qu’elle l’a rejoint dans une communauté de destin de type fédéral. Vladimir Poutine ne dit pas d’ailleurs « la Crimée », mais « la Crimée et Sébastopol », parce que dans la Fédération de Russie la ville de Sébastopol en Crimée a un statut de ville d’importance fédérale.

Maintenant si on raisonne sans être stupide, on comprend tout de suite ce que cela signifie pour l’Ukraine. C’est un appel du pied pour dire : n’ayez crainte, l’Ukraine ne sera en aucun cas englouti par Moscou, rejoignez la Russie pour être relié à d’autres structures de dimension fédérale, il y a tout à gagner à agir ainsi pour les régions ukrainiennes, pour les villes ukrainiennes significatives.

C’est là un point essentiel, qui se concrétise de manière symbolique à Marioupol, où l’armée met en première ligne des forces tchétchènes. Il s’agit là de souligner la dimension multi-ethnique, multi-nationale de la Russie, de manière marquée, et ce d’autant plus que ces forces se revendiquent de l’Islam et que Marioupol, c’est « la ville de Marie ».

Le bref discours de Vladimir Poutine y fait d’ailleurs référence. Il a cité les propos suivants, tirés de la Bible (Jean Chapitre 15, verset 13) :

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Et il a enchaîné en disant que c’était vrai pour toutes les nations et toutes les religions, que dans « l’opération spéciale » en Ukraine il y avait dans l’armée russe un tel sens du sacrifice les uns pour les autres, que les soldats luttent côte à côte, prêts à se jeter sur les balles pour empêcher les autres de mourir, etc. Il y a là la dimension mystico-religieuse de ce qui est bien entendu l’idéologie « eurasienne » de la Russie (qu’on trouve exposée dans l’article L’expansionnisme russe anti-ukrainien et sa base idéologique «eurasienne»).

« Pour un monde sans nazisme » (fond blanc)
« Pour la Russie » (fond bleu)
« Pour le Président » (fond rouge)
Avec à chaque fois un « Z » de l’alphabet latin remplaçant la lettre russe « З » se prononçant justement « Z »

On notera par ailleurs qu’il y a une forte dimension idéologique dans les forces tchétchènes en première ligne à Marioupol, car l’armée ukrainienne est là-bas composé des nazis du régiment Azov, d’ailleurs épaulés par des rebelles tchétchènes djihadistes. La ville en train de tomber dans les mains de l’armée russe va connaître un bain de sang, alors que déjà les hommes fuyant la ville voient leurs corps inspectés à la recherche de tatouages nazis.

Vladimir Poutine a conclu son discours en faisant référence à l’amiral Fiodor Ouchakov, qui a triomphé dans 40 batailles navales au 18e siècle, avant de se retirer sobrement près d’un monastère en Mordovie à la fin de sa vie. C’est une référence très subtile.

Il y a la dimension militaire, puisque l’amiral en question est resté victorieux, Vladimir Poutine rappelant que Fiodor Ouchakov voyait en ces batailles des orages qui glorifieraient la Russie. Il y a la dimension mystique puisque l’amiral est resté un pur loin des richesses et des intrigues de la Cour royale, il a d’ailleurs été canonisé par l’Église catholique orthodoxe russe en 2001.

Il y a une dimension impériale, car c’est à l’époque que la Crimée devient russe et c’est Fidor Ouchakov qui s’occupe de superviser la construction de la base navale de Sébastopol. Il a également supervisé la construction de docks d’une ville à 80 km de la Mer Noire si l’on remonte deux fleuves (le Dniestr et le Boug méridional), Kherson. Maintenant, si on dit que Kherson a été conquise par l’armée russe le 2 mars, on a tout compris…

On peut voir un large extrait du concert de Moscou ici. Et voici deux vidéos de chansons emblématiques qui y ont été joués par leurs chanteurs. La première, c’est la chanson d’Oleg Gazmanov, avec une chanson disant que mon pays c’est l’URSS (« je suis né en URSS »), avec la liste de tous les pays qui l’ont composé. Naturellement, l’Ukraine est mentionnée et ce même dès le départ.

La chanson est nostalgique de l’empire soviétique à 2000% et de par son ton, son approche, elle est une sorte d’inversion impériale « soviétique », prétentieuse et boursouflée, de la grande chanson de l’URSS des années 1930 « Vaste est ma patrie », d’orientation patriotique, « réaliste socialiste ». Elle a en même temps une fabuleuse dignité populaire pour les Russes, c’est d’une sincérité sentimentale débordante insaisissable pour les esprits cartésiens français. Il faut être russe sans doute pour avoir même la nostalgie du KGB, en effet..

La seconde, c’est la (fameuse et très belle) chanson Kukushka du groupe Kino (des années 1980), chantée par Polina Gagarina. La version de cette dernière est très connue pour avoir fait partie du film La bataille pour Sébastopol (en français « Résistance ») de 2015, un film (de qualité assez secondaire) sur la fameuse tireuse d’élite soviétique de la seconde guerre mondiale Lioudmila Pavlitchenko. La vidéo est pour le coup entraînante à souhait.

La présence des deux chanteurs avec ces deux chansons au concert moscovite en dit long, voire même résume tout.

Catégories
Politique

La position chauvine du Parti communiste de la fédération de Russie sur la guerre en Ukraine

Lénine peut se retourner dans sa tombe.

Né en 1993, le Parti communiste de la Fédération de Russie est le successeur du Parti Communiste d’Union Soviétique qui a dirigé l’URSS ; il est sur une ligne mêlant affirmation des acquis sociaux « soviétiques » et nostalgie de l’époque où l’URSS était une grande puissance dans les années 1970-1980. Son dirigeant est Guennadi Ziouganov et c’est le principal parti d’opposition en Russie. Le parti « Russie Unie » de Vladimir Poutine fait grosso modo plus de 50%, le Parti communiste de la Fédération de Russie tout de même autour de 20% en comptant qu’il y a un bourrage des urnes en sa défaveur.

Le Pôle de Renaissance Communiste en France, qui en est très proche idéologiquement, a traduit un article exprimant sa position du 14 mars 2022, formulé par l’un de ses dirigeants, Viatcheslav Tetekin (Ukraine : ce qu’en disent les communistes russes du KPRF). Ce qu’on lit est simple : le régime russe est réactionnaire, mais… il défend les intérêts nationaux, donc il faut le soutenir. Ce qui contredit directement la thèse de Lénine selon laquelle l’ennemi est dans son propre pays. Lénine, en suivant la ligne du Parti communiste de la Fédération de Russie, aurait dû finalement bien soutenir le tsar afin de défendre les « intérêts nationaux »…

Voici comme cela est présenté : la politique étrangère expansionniste, c’est très bien, par contre sur le plan intérieur il faut davantage de social.

« Depuis 30 ans, je suis l’un des critiques les plus actifs de la politique intérieure et étrangère de l’élite russe. Dans son caractère de classe, le pouvoir oligarchique-bureaucratique en Russie n’est pas très différent du pouvoir en Ukraine (sauf sans fascisme et sans contrôle total des États-Unis).

Cependant, dans les cas malheureusement rares où les dirigeants russes poursuivent une ligne qui répond aux intérêts historiques du pays et du peuple, le principe de la critique « automatique » n’est guère approprié.

Je fais valoir depuis longtemps que les sanctions auront un effet bénéfique sur la suppression de la dépendance imposée par la Russie à l’égard de l’Occident dans divers domaines de la vie.

Le gouvernement russe fait déjà les premiers pas dans cette direction. La tâche des forces de gauche est d’encourager vigoureusement les autorités à changer non seulement la politique étrangère, mais aussi le cours socio-économique, qui ne correspond pas aux intérêts du peuple. »

Comment peut-on dire que Vladimir Poutine et ce qu’il représente – l’oligarchie et le complexe militaro-industriel russes – peuvent défendre les « intérêts historiques du pays et du peuple »? C’est aberrant. C’est typiquement la position sociale-chauvine prise pratiquement partout en 1914 : notre pays a un régime mauvais, mais celui d’en face est pire, il faut donc soutenir la guerre et il en ressortira quelque chose bien car l’ennemi le plus mauvais aura été supprimée, etc.

Car dans son article, Viatcheslav Tetekin dit bien de l’Ukraine que :

« La nature de l’État ukrainien actuel est une alliance du grand capital et de la bureaucratie de l’État, s’appuyant sur des éléments criminels et fascistes sous le plein contrôle politique et financier des États-Unis.

Enlevons comme le dit Viatcheslav Tetekin le fascisme et la soumission à la superpuissance américaine. Il reste tout de même une « alliance du grand capital et de la bureaucratie de l’État » – et c’est cette alliance qui serait capable d’orienter correctement les intérêts de la Russie comme nation, des Russes comme peuple? Lénine peut se retourner dans sa tombe. C’est la négation de la lutte des classes au profit d’une conception nationale tout à fait bourgeoise validant les intérêts de l’oligarchie russe dans son expansionnisme.

Ce que fait d’ailleurs le Parti communiste de la fédération de Russie depuis trente ans. C’est ce parti qui a ouvert la voie à la catastrophe en demandant au parlement russe la reconnaissance des républiques séparatistes du Donbass – permettant à Vladimir Poutine de s’engager dans l’invasion de l’Ukraine au nom d’une exigence « nationale ».

Cela ne veut pas dire que le régime ukrainien n’était pas (et n’est pas) une plate-forme de l’OTAN contre la Russie. Mais il faudrait savoir si oui non la thèse de Lénine et de Rosa Luxembourg comme quoi l’ennemi dans son propre pays est juste ou pas.

Catégories
Politique

Décès d’Alain Krivine, figure majeure de l’opération d’escroquerie trotskiste à la suite de mai 1968

Le succès de l’opération a été immense.

Alain Krivine est tout à gauche

Il est un film qu’il est très utile de voir : Mourir à trente ans, un documentaire de 1982, qui retrace la prétendue naissance de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire au milieu des années 1960, avec le jeune Alain Krivine à sa tête. De manière scénarisée, il est expliqué que des jeunes, révolutionnaires sincères, rompent avec le Parti communiste « stalinien », fonde d’eux-mêmes une petite organisation qui réussit de par sa sincérité et son engagement à se formaliser comme une structure politique d’envergure, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, jouant un rôle éminent en 1968, fondant dans la foulée une Ligue Communiste, devenant le Front Communiste Révolutionnaire, puis la Ligue Communiste Révolutionnaire, puis le Nouveau Parti Anticapitaliste (en 2009).

Cette affiche de mai 1974 reprend très exactement ce qui est une narration esthétisée-romantique visant à piéger les gens. Même la page wikipédia de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire reprend cette fiction.

En réalité, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire a été un montage politique mis en place par les trotskistes du Parti communiste internationaliste. Complètement isolés politiquement après 1945, les trotskistes se sont divisés sur les moyens de se développer. La tendance du Parti communiste internationaliste a opté pour le masque gauchiste, cherchant à recruter à la fois de manière secrète et à proposer des fronts factices pour recruter en trompant. Alain Krivine, né en 1941 et qui vient de décéder, a ainsi été recruté puis a continué d’agir comme « taupe » dans l’Union des Etudiants Communistes, pour organiser une rupture artificielle.

Cela amena la mise en place de la « Jeunesse Communiste Révolutionnaire », calibrée dans une forme théorisée par le trotskiste égyptien Michel Pablo, façonnant le fond de l’approche de la « Quatrième Internationale – Secrétariat unifié ». Il fallait se présenter selon Michel Pablo comme la plus favorable à toute contestation mondiale, suivant le principe que « tout ce qui bouge est rouge », afin d’obtenir du prestige. La Jeunesse Communiste Révolutionnaire avait comme slogan « Ho Ho Ho Chi Minh Che Che Guevara », s’affirmait en soutien des Black Panthers américains, du FPLP palestinien, du FNL vietamien, du FLN algérien (alors au pouvoir), même de la Chine maoïste, bref se présentait comme au centre du « jeu » mondial révolutionnaire, tout en ayant en réalité une idéologie trotskiste récusant par derrière concrètement tout ce qui était soutenu.

Afin de racoler au maximum, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire d’Alain Krivine prônait également la promiscuité sexuelle (dénommée « amour libre »), un style branché, le droit de tendances dans l’organisation, etc. Dans ce jeu de la surenchère romantique, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire a également affirmé que mai 1968 n’était qu’une répétition générale, cherchant à recruter en manipulant l’impatience révolutionnaire de la jeunesse.

Pour cette raison, elle fut amenée à organiser des structures clandestines non loin de la lutte armée, afin de se donner une aura révolutionnaire, multipliant les petits coups de force symbolique, menant à l’assaut contre un meeting fasciste en 1973 à Paris. Cette manifestation antifasciste ultra-violente, dont les maoïstes furent d’ailleurs une composante très importante (mais oubliée dans la « légende »), amena la dissolution par l’Etat de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire / Ligue Communiste.

S’ensuivit alors un retournement complet de la ligne (le film « Mourir à trente ans » raconte justement jusqu’à ce moment-là cette histoire, en la romançant). Il fut adopté une ligne « militante » traditionnelle, avec un fort accent électoraliste et syndicaliste, maintenant une tradition de recrutement romantique en se posant littéralement comme aile gauche du Parti socialiste dans les années 1980. Ce processus d’opportunisme le plus complet se vit ajouter une dimension associative, et la prétention révolutionnaire s’édulcora toujours plus, jusqu’à la transformation en « Nouveau Parti Anticapitaliste » en 2009, rompant formellement avec le trotskisme.

Alain Krivine a accompagné toute cette vaste séquence, de 1968 à sa mort, étant le porte-parole historique seulement officiellement, mais en pratique aux manettes. Il a servi de caution historique légitimant les transformations idéologiques, permettant à son courant de maintenir une grande aura « révolutionnaire » depuis mai 1968, alors que dès 1973 toute la démarche de confrontation avait été jetée aux oubliettes. L’opération du Parti Communiste Internationaliste dans les années 1960 a marché à merveille : le petit groupe d’ultra-gauche a donné naissance à un mouvement « révolutionnaire » de masse – qui s’est en fait totalement intégré au paysage de la révolte fictive dans un capitalisme au consumérisme présent 24h sur 24.

Cela souligne l’importance des moments clefs : mai 1968 a donné cinquante ans d’élan à ce courant trotskiste, qui aujourd’hui est à l’agonie, ayant joué son rôle trompeur et néfaste.

« Mourir à trente ans » a également joué un rôle très important. Il a donné naissance à un mythe, induisant en erreur des jeunes à l’ultra-gauche qui, ne connaissant pas l’arrière-plan manipulateur et fictif, sont amenés à s’imaginer qu’il faut suivre le même « parcours » d’ultra-militantisme activiste pour forcer le cours des choses (avant 2020, tous les cinq ans il apparaissait en France un mouvement de ce type, disparaissant après un certain succès bien évidemment en fait artificiel).

Voici le film Mourir à trente ans, qu’il faut connaître pour sa « narration », et auparavant l’extrait romancé tiré de Mourir à trente ans concernant l’attaque meeting fasciste en 1973.