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Restructurations économiques

Plan gouvernemental de « résilience » pour subventionner les entreprises

La collectivité va payer la crise, pour sauver le capitalisme.

La guerre en Ukraine a déclenché une nouvelle vague de tensions économiques. Le secteur de l’énergie, décisif, est directement impacté avec une envolé de certains prix, alors que ceux-ci ont déjà fortement augmenté depuis le début de la crise sanitaire en 2020.

Cette inflation des prix de l’énergie ne tombe pas du ciel. Elle n’est pas non-plus un plan machiavélique de la part de « spéculateurs » sur les marchés financiers. Non, c’est une application concrète et immédiate de la crise, qui touche de manière profonde et générale le capitalisme depuis 2020. C’est une crise dans la crise, un aspect particulier (et primordial), de la crise, sur le plan économique.

On pourra toujours chercher les aspects particuliers et précis qui expliquent tel ou tel prix, telle ou telle envolée. C’est important, ce serait toutefois perdre de vue l’essentiel. Ce qu’il faut comprendre surtout, c’est que le mode de production capitaliste est instable par nature, qu’il ne peut qu’aller de crises en crises, comme l’a montré de manière scientifique Karl Marx dans son fameux ouvrage Le Capital.

Face à ce constat, il y a deux réponses possibles. Soit une réponse ouvrière, consistant en le dépassement du capitalisme pour orienter l’économie de manière nouvelle, collective, démocratique, planifiée. Soit une réponse bourgeoise, qui consiste à vouloir sauver les meubles par la force, en restructurant le capitalisme au moyen d’une pression accrue sur la société.

C’est exactement ce qui est en train de se passer en ce moment, avec une nouvelle étape franchie en France au moyen d’un nouveau plan, cette fois nommé « plan de résilience » présenté par le gouvernement le 16 mars 2022.

Déjà, rien qu’avec le nom, on comprend la nature de la chose. La « résilience » est une métaphore pour exprimer l’idée de capacité à surmonter un choc ; en physique la résilience est la valeur caractérisant la résistance au choc d’un métal. La crise est là, et il va falloir y faire face par la force, pour sauver le capitalisme coûte que coûte.

En l’occurrence, pour l’instant, la « force » consiste en le fait de mettre de l’argent sur la table, beaucoup d’argent, énormément d’argent, pour les entreprises. Voici les principales mesures de ce nouveau plan :

  • aide spéciale pour les entreprises dont les dépenses en énergie (gaz, électricité) pèsent plus de 3% du chiffre d’affaires et avec une facture énergétique augmentée d’au moins 40% depuis le début de la guerre en Ukraine. Cela concerne beaucoup d’entreprises, et surtout beaucoup d’argent : le ministre de l’Économie Bruno Le Maire estime cette mesure à… 3 milliards d’euros.
  • prolongement et renforcement du PGE (prêt garantie par l’État) mis en place avec la crise sanitaire, ainsi que des mesures de report de charges.
  • aide financière exceptionnelle, équivalente à 35 centimes par litre de gazole de pêche pour les pêcheurs, 400 millions d’euros pour compenser les pertes dues à l’envolée du coût de l’alimentation animale pour les éleveurs et acompte de 25% du remboursement de la TICPE sur le gazole non routier pour tous les agriculteurs.
  • 15 centimes par litre de remise sur le prix de l’essence et du gaz naturel véhicule (GNV) pour les entreprises du transport.
  • aides spécifiques pour les entreprises exportant une partie de leur production à l’étranger.
  • mesures en faveurs des entreprises du bâtiment pour inclure les hausses de coûts non prévues dans les contrats initiaux.

En plus de cela, dans sa concurrence acharnée contre la Russie, l’État français lance un « appel à projet » pour subventionner jusqu’à la fin d’année les entreprises voulant couper les ponts avec la Russie.

Ce qui saute aux yeux, c’est évidemment que l’État n’a pas du tout cet argent. L’État français était très endetté et déficitaire avant la crise sanitaire. Il s’est encore plus endetté avec la crise sanitaire pour porter à bout de bras des pans entiers du capitalisme, en mettant de nombreuses entreprises sous perfusion. Et cela continue, l’État s’endette à nouveau drastiquement pour subventionner directement les entreprises.

C’est donc là le premier aspect de la restructuration du capitalisme dans le cadre de la crise : faire payer la crise à la collectivité au moyen de la dette publique.

Ce n’est là qu’une première étape, car l’argent magique n’existe pas, et il va bien falloir payer toutes ces subventions aux entreprises. Ce qui va se passer ensuite, et probablement très bientôt, est évident. La prochaine étape de la restructuration du capitalisme sera une accentuation drastique de la pression sur le travail, pour faire payer la crise aux travailleurs et non pas aux entreprises.

Baisse des salaires qui ne suivent pas l’inflation, moins bons remboursements de sécurité sociale, moins bonne assurance chômage, recul du droit à la retraite, augmentation du temps de travail et intensification du travail lui-même, effondrement des services publics et des dépenses sociales-culturelles : telle est l’actualité, qui va se renforcer drastiquement dans la période qui s’ouvre.

C’est ni plus ni moins que la lutte des classes, qui va redevenir la grande actualité de la société française.

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«France 2030» : le projet de restructuration capitaliste d’Emmanuel Macron

C’est un projet présidentiel.

Le président Emmanuel Macron a présenté mardi 12 octobre un grand plan d’investissement intitulé « France 2030 ». C’est sa version de la restructuration capitaliste, et cela constituera la base de son programme électoral pour 2022.

La restructuration capitaliste est une actualité incontournable, tous les candidats à présidentielle 2022 vont devoir s’y coller : la question sera de savoir quelle sera leur proposition, leur vision.

En l’occurrence, Emmanuel Macron compte entraîner tous le pays dans une sorte de grande machinerie techno-innovante, qui serait censée sauver le capitalisme français de la concurrence mondiale. Il est ici très clairement fait appel aux fameux état d’esprit ingénieux à la française (en tous cas tel que les français se l’imaginent), pour concurrencer les grandes puissances (même l’Allemagne) en se voulant plus « malins » que les autres.

So French !

C’est la grosse artillerie qui est sortie :

Investir 1 milliard d’euros dans le nucléaire

Devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030

Accélérer la décarbonation de l’industrie

Produire 2 millions de véhicules électriques et hybrides

Produire à l’horizon 2030 le premier avion bas carbone

Accélérer la robotisation et la numérisation de l’agriculture

Avoir 20 bio-médicaments contre le cancer et créer les dispositifs médicaux de demain

Remettre la France « en tête de la protection des contenus culturels et créatifs »

Réinvestir la conquête spatiale

Explorer les fonds marins

«Près de 6 milliards d’euros» d’investissements dans les composants électroniques »

Ce qui saute au yeux bien sûr est que la moindre goutte de prétention écologique est jetée à la poubelle ; c’est soit la planète, soit la restructuration du capitalisme et c’est bien entendu le capitalisme qui est choisi.

La France, avec Emmanuel Macron, doit donc s’attendre à toujours plus de déchets nucléaires. Il est aussi envisager d’aller encore plus loin pour racler de sol des grands fonds marins afin de trouver des « métaux rares » et n’importe quelles autres choses à piller pour servir le capitalisme français.

Et cela est assumé de manière très claire :

« Qui peut accepter que nous laissions dans l’inconnue la plus complète une part si importante du globe »

C’est l’expansion capitaliste à tout prix !

C’est la même chose pour l’espace, la France d’Emmanuel Macron compte bien participer de plus bel à la pollution de l’espace (véritable fléau très documenté) avec tout un développement de mini-lanceurs réutilisables ou de micro-satellites, pour «prendre part à l’aventure spatiale».

On notera d’ailleurs un cynisme particulièrement machiavélique à propos de la question écologique. La France appuie régulièrement sur la question des émission de gaz à effet de serre : elle entend se servir de cette aspect pour avoir un avantage concurrentiel par rapport aux puissances concurrente. Notamment en raison du nucléaire, et c’est ici directement le concurrent allemand qui est visé.

C’est là, au fond, toute l’essence du plan « France 2030 » : face à l’industrie « lourde » et aux gros moyens classique du capitalisme allemand, Emmanuel Macron entends jouer la carte de l’ultra-technique.

Au passage, on comprend très bien que le corollaire est que les ouvriers sont censés se plier aux exigences des « ingénieurs », pour relancer l’économie, en fait la restructuration du capitalisme. Les autres qui ne rentrent pas dans les plans… seront passés par pertes et profits.

Et tout cela va coûter beaucoup d’argent, énormément d’argent : 30 milliards d’euros sont déjà annoncés. Dans un capitalisme déjà à crédit, c’est un gros risque. Une partie des classes dominantes préférera ne pas le prendre et aller directement au conflit, avec la guerre plutôt que la restructuration.

Même si historiquement, on aura les deux si la table n’est pas renversée.

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Les restructurations vont se multiplier

La vraie Gauche doit s’y opposer frontalement.

Le 7 octobre, relate Révolution permanente, le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire a choyé les entrepreneurs dans leur rôle dans la crise sanitaire et il a exprimé un grand optimisme :

« Nous avons mis en place tous les instruments nécessaires pour protéger les entrepreneurs français. La France va sortir plus forte de cette crise économique. »

Pourtant, comme le relate l’édition d’Octobre 2021 de la revue pdf Crise, la France n’a pas encore récupéré son niveau économique d’avant-crise. C’est espéré pour la toute fin d’année, et on voit mal comment le capitalisme français va sortir plus fort alors qu’il a reculé pendant une longue période, que le développement s’est enrayé en conséquence, tout en se retrouvant qui plus est avec des dettes littéralement colossales.

La raison de cet optimisme est cependant tout simple : les travailleurs ont continué de dormir, leur niveau de conscience est toujours lamentable. On en est au point où Yves Veyrier, le dirigeant de la CGT-Force Ouvrière, est obligé de se réjouir que le 5 octobre 2021, pour la mobilisation des fonctionnaires, il y a eu :

« plus de deux cents manifestations et, à chaque fois, les adhérents et drapeaux FO étaient là, même quand il a fallu affronter la pluie ».

Affronter la pluie est une gageure, alors affronter les capitalistes, n’en parlons même pas… Surtout qu’on parle en plus de fonctionnaires, ayant un emploi très largement assuré. Le confort petit-bourgeois, même s’il n’est parfois pas si confortable, envoûte les gens.

Reste qu’il y a une seconde étape qui s’ouvre désormais en conséquence : les restructurations. Puisque les travailleurs sont endormis, il y a d’autant plus d’espace pour leur faire payer les pots cassés. Les restructurations vont se multiplier, accélérant les situations de monopoles.

Elles ont lieu partout, avec plus ou moins de réactions des travailleurs. Il y a en ce moment une grève à Albertville (qui en appelle à la direction !) contre une restructuration à la Poste, il y a un plan de restructuration de trois ans chez Renault pour 2022-2024, il y a toute une série sans précédent d’acquisitions dans l’habillement et les chaussures (comme le rachat de Go Sport, de GAP et de 511 magasins Camaïeu par la Financière Immobilière Bordelaise)…

Et cela va être le grand thème de la prochaine présidentielle. Chaque candidat va représenter une forme de restructuration différente. Et il ne faut pas ici sous-estimer le candidat du PCF, Fabien Roussel, car même s’il y a des tensions PCF-CGT, leur ligne est exactement la même, comme en témoigne cette position de la CGT en octobre 2021 expliquant qu’il faut « développer l’industrie » :

« Le progrès social et l’intérêt général doivent guider l’État dans la planification d’un développement industriel qui vise à satisfaire les besoins de la population. Des investissements massifs, publics comme privés, doivent être affectés au développement des capacités productives.

Marie-Claire Cailletaud, co-responsable des questions industrielles au sein de la Confédération, rappelait que « les salariés sont les mieux placés pour dire ce qu’ils peuvent produire et comment ils peuvent le produire ». »

Ce discours est celui du PCF depuis les années 1970, avec le remplacement de la « dictature du prolétariat » par « l’autogestion » permise par la soumission du « capitalisme monopoliste d’État » grâce à des élections et des mobilisations populaires victorieuses. La CGT est l’expression de cette ligne, à moins que cela soit l’inverse et que le PCF soit le bras politique de la CGT, mais cela ne change rien au fond ici.

Ce qui compte, c’est de voir quelle est la position de la Gauche qui est nécessaire. Faut-il proposer une meilleure restructuration, une autre restructuration, pas de restructuration ou bien s’opposer frontalement aux restructurations, car le capitalisme a fait son temps?

Là est la question de fond, celle qui change tout. Parce que soit on aide le capitalisme, soit on ne l’aide pas, soit on cherche à le bousculer, soit on cherche à le faire tomber. Et dans une situation de crise cela se polarise vite en une alternative avec/contre le capitalisme.

Il faut donc suivre les restructurations qui se développent, les interpréter correctement et voir les positions des uns et des autres, qui révéleront dans quel camp ils seront, celui des capitalistes ou celui des travailleurs.