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Restructurations économiques

Le lithium en Alsace, une catastrophe

C’est la restructuration du capitalisme vers l’économie de guerre.

De vastes opérations de restructurations industrielles agitent l’appareil de production français en Alsace autour de la question du lithium. Cette question est venue à travers celle de la géothermie, c’est-à-dire de la captation de la chaleur d’une poche de magma sous la surface terrestre dans des zones où la profondeur de ces poches est relativement faible, ce qui est le cas en Alsace, qui sur le plan géomorphologique est un morceau du vaste bassin d’effondrement rhénan.

L’exploitation des capacités géothermiques en Alsace a cependant une dimension toute autre, qui pour les capitalistes français est en fait l’aspect principal : c’est l’opportunité d’exploiter les eaux de profondeur, dont la teneur en lithium est ici particulièrement élevée. C’est notamment le cas en Alsace du Nord, où ce métal est présent aggloméré dans des roches volcaniques formée il y a près de 400 millions d’années. Il s’agit en fait un type de granit abondant dans le sous-sol, dans un vaste secteur autour de la petite ville thermale de Niederbronn.

Et les travaux de géothermie menés depuis plusieurs décennies ont permis de constater que les eaux géothermales avaient une teneur en lithium intéressante au plan industriel.

Présentée comme une énergie propre et abondante, la géothermie avait une relative popularité au sein des masses locales, mais tout a changé depuis l’échec catastrophique de Fonroche, ayant provoqué en décembre 2020 une série de 11 séismes en un mois frappant tout le nord de la ville de Strasbourg, et dépassant souvent une magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter. Après de longs atermoiements, un arrêt administratif de la production et de toutes les activités sur le site, avait été décidé par la préfecture du Bas-Rhin.

> Lire aussi : https://agauche.org/2020/12/06/strasbourg-violent-seisme-cause-par-un-projet-industriel-geothermique/

La large émotion ayant alors agité les masses avait fait prendre conscience de l’enjeu du lithium dans la question. Les capitalistes ont donc provisoirement reculé, pour revenir depuis quelques semaines en ciblant une zone moins densément peuplée que l’agglomération strasbourgeoise.

L’entreprise en charge de cette nouvelle opération s’appelle de manière significative « Lithium de France », et elle développe une active propagande en direction des masses devant illustrer la capacité des industriels du capitalisme français à gérer correctement la question. Il est assuré déjà qu’il s’agit là d’une activité « décarbonée » sans que personne ne comprenne vraiment en quoi de manière concrète, mais surtout, il s’agit de paralyser les interrogations des masses sur les dangers environnementaux en rationalisant en apparence la technique mise en oeuvre par les industriels. Voici comment Guillaume Borel, le directeur de Lithium France a présenté cela :

« Pour l’instant, et c’est aussi une leçon retenue de Fonroche, on prend les choses les unes après les autres. On va se concentrer sur notre première centrale, et faire les choses proprement. C’est aussi un devoir moral vis-à-vis de la population. On doit montrer qu’on sait travailler de façon correcte et propre, avant d’envisager la suite. L’un des deux puits servira à remonter l’eau, afin d’en extraire son lithium, mais également ses calories. Car il s’agit de faire d’une pierre deux coups, et de permettre par la même occasion de chauffer des bâtiments industriels ou des serres agricoles dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres. Ce sera comme une éponge sélective, qui ne va capter que le lithium, et ensuite, il ne restera plus qu’à rincer l’éponge. C’est un circuit fermé. Et ce n’est pas de l’eau de consommation, on est loin des nappes phréatiques. On veut s’assurer dès le départ que le procédé qu’on met en œuvre sera effectivement celui avec le plus faible impact environnemental »

« L’éponge » dont il parlé ici est en fait constituée de titanate de lithium, nécessitant en lui-même du lithium, dont la fabrication en masse sera assurée par des usines chimiques locales : GeoLith à Haguenau et Tronox à Thann. Tout cela est présenté comme relevant d’une technologie propre, sûre et fiable, mais s’il participe des profonds cycles équilibrant le sous-sol de notre biosphère en rapport avec sa surface, le lithium est justement un matériau extrêmement délicat à ramener à la surface terrestre.

Le lithium métallique réagit en effet autant avec l’azote, l’oxygène et la vapeur d’eau dans l’air. Par conséquent, la surface de lithium devient une mixture d’hydroxide de lithium (LiOH), de carbonate de lithium (Li2CO3) et de nitrure de lithium (Li3N). Or, le lithium d’hydroxide présente un risque potentiel significatif car il est extrêmement corrosif, en constituant donc une menace directe sur les environnements aquatiques et les organismes s’y étant développés. Le risque est donc considérable de fait, et l’exploitation industrielle sera forcément définitivement instable et dangereuse.

Mais la population doit donc ici se contenter bien lamentablement des assurances a priori de l’appareil industriel aux mains des monopoles de la bourgeoisie française pour se rassurer.

Le matraquage en faveur du lithium, malgré la méfiance croissante des masses, est à mettre directement en relation avec le vaste mouvement de restructuration de l’économie française, dans le cadre de l’Union européenne. On trouve là le projet industriel LIFE (LIthium For Europe), déclinaison de la tendance au « souverainisme industriel et numérique », devant couper l’appareil industriel européen de sa dépendance à l’égard des pays émergents, et désormais adversaires, avec la Chine comme cible de premier ordre, et de ses approvisionnements énergétiques extérieurs.

Cette restructuration est en elle-même entraînée par la Crise du capitalisme dans son mouvement en direction de l’économie de guerre, en ce qu’il s’agit explicitement de tenter d’assurer au capitalisme français une relative indépendance dans le cadre de l’Union européen, afin de l’élancer à nouveau contre les pays émergents, en restaurant sa capacité industrielle à être une puissance du capitalisme.

Il suffit d’ailleurs d’écouter le chantage qui est fait sur cette question aux emplois et à la souveraineté économique de la France, devant faire bloc dans le cadre de l’Union européenne contre ses rivaux capitalistes pour s’en rendre compte. Tout se met en place donc pour piéger les masses dans la fuite en avant du capitalisme dans son agression généralisée contre la Vie. Rien ne manque en fait avec cette question du lithium, ni le pillage et la destruction de la biosphère comme horizon économique, ni la volonté de paralyser les masses dans les exigences toujours plus furieuses du capitalisme en crise, ni la tendance à la guerre, en fait au centre même des dynamiques.

Le lithium des capitalistes n’est donc pas un miracle pour les masses qui leur assurera une énergie propre et abondante. C’est un piège à tout point de vue qui alimente la fuite en avant folle furieuse du capitalisme dans son impasse historique tragique. Et quand on sait en outre que le lithium fournit aussi un isotope permettant la fabrication d’armes nucléaires, on se dit vraiment que l’horreur est ici complète.

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Restructurations économiques

Le FMI demande la privatisation de l’éducation française

Les bases culturelles pour ça sont déjà posées.

Dans son rapport sur la France, le FMI explique la chose suivant le 21 novembre 2022.

« Remédier à la faiblesse des résultats scolaires et aux inefficiences des dépenses d’éducation pourrait contribuer à améliorer les compétences de la population active. 

Le niveau d’instruction et les résultats des élèves en France sont relativement faibles par rapport à leurs pairs, tandis que les dépenses sont relativement élevées, laissant entrevoir des possibilités de réaliser des gains d’efficience. Il pourrait s’agir notamment de rééquilibrer les dépenses excédentaires en faveur du deuxième cycle du secondaire vers l’enseignement primaire et de rationaliser les dépenses relatives au personnel non enseignant.

Pour continuer de réduire ces déficits de résultats en matière d’éducation, il conviendrait en outre d’améliorer la formation des enseignants et de prévoir une rémunération en fonction des résultats, compte tenu du faible niveau des salaires des enseignants par rapport à leurs pairs.

Les disparités liées au statut socio-économique pourraient être réduites en incitant les enseignants à travailler dans des zones défavorisées, notamment à travers la rémunération. Donner davantage de responsabilités et d’autonomie aux administrations scolaires pourrait favoriser les innovations pédagogiques. »

Ce que demande là le Fonds monétaire international n’a rien d’original, puisque depuis trente ans les bases pour en arriver là sont établies par les gouvernements successifs. La décentralisation des collèges et des lycées, avec des proviseurs choisissant eux-mêmes les professeurs, est un objectif tout à fait clair du capitalisme. Pareillement, la rémunération au « mérite », tant des professeurs dans un établissement que des établissements eux-mêmes par l’État, est considéré comme une nécessité concurrentielle.

Naturellement, tout cela est présenté comme une « amélioration », pas une mise en concurrence ; néanmoins, l’idée de compétition est souvent soulignée, même si masquée (comme ici avec les « innovations pédagogiques »).

Et s’il n’est pas parlé de privatisation, c’est parce que la décentralisation est une privatisation masquée : formellement, il n’y aura pas privatisation, mais davantage d’autonomie. La privatisation aura lieu tout de même, mais parallèlement à la décentralisation, comme effet secondaire si on veut.

Tout cela apparaît comme inéluctable non seulement de par la force du capitalisme, mais également de par le caractère réactionnaire des enseignants. Si depuis 1981 on nous vend que les enseignants sont de gauche, en réalité ils sont culturellement de droite. Avec leurs démarches engagées mais bornées et toujours agressivement hiérarchiques, du moins clairement anti-démocratiques, les enseignants ont dégoûté les élèves ou les ont écrasés.

Il faut ajouter à ça les contenus totalement anti-classe ouvrière, anti-Gauche historique qu’on trouve dans toutes les matières. Et par là il ne faut pas seulement entendre les cours d’Histoire : il faut aussi entendre la géographie, qui est vu par un prisme mercantile capitaliste. Il y a le français où toutes les valeurs post-modernes sont portées au firmament. Il y a la physique qui professe l’idéalisme et le hasard, il y a les mathématiques qui sont présentées comme une vérité en soi.

Tout cela est invisible bien entendu pour qui ne voit que la forme et ne cherche pas la signification du contenu des cours… et inversement. L’école, en France, c’est l’ennui et le par cœur, ou bien du temps qui passe de manière chaotique et qui est perdu.

Cela fait que la mise en compétition passe comme un lettre à la poste, comme le montre l’instauration sans opposition aucune de Parcoursup, la plateforme de sélection pour l’inscription aux études supérieures lorsque les élèves sont en terminale.

Il faut également mentionner l’effondrement général du niveau, dans toutes les matières… Mais naturellement, de manière beaucoup plus relative dans les bons lycées, le plus souvent privés, alors que l’ensemble des couches supérieures de la bourgeoisie française envoie ses enfants faire des études post-bac en Angleterre ou aux États-Unis (soit une dépense de 40-100 000 euros par an par enfant).

Il y a lieu de prendre conscience de cette réalité, c’est important pour cesser de croire les fictions syndicales et réformistes sur « l’école de la République ». Celle-ci est en décomposition complète, en comptant qu’elle ait jamais existé en tant que tel.

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10,6% d’augmentation en un an des prix des produits de grande consommation

La bourgeoisie récupère ses profits.

L’inflation n’avait pas jusqu’à présent été aussi élevée en France que dans la plupart des autres pays européens. Cette fois, c’en est bien fini. Si les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution (les hypermarchés et les supermarchés) n’avaient pris que 0,3% d’inflation au moins de septembre, en octobre cela a été de 1,5%.

Sur un an, cela donne 10,6% d’inflation. Pour les prix hors grande distribution (supérettes et épicerie du coin), l’inflation est la même, après avoir pris 1,3% au mois d’octobre.

L’inflation est naturellement très inégale selon les produits. Il est intéressant ici de voir que l’un des fameux arguments contre le véganisme comme quoi cela coûte cher tombe totalement à l’eau, puisque c’est la viande qui voit ses prix exploser.

Cela étant, c’est vrai également des produits simili-carnés, une bonne occasion donc de quitter les produits d’alimentation transformés pour retourner aux mélanges céréales – légumineuses historiquement développés par les peuples (pain et lentilles, semoule et pois chiches, maïs et haricots rouges, sésame et pois chiches, etc.).

Car l’inflation touche en fait tous les produits transformés industriellement. Plus le produit est transformé, plus il va coûter cher. La faute en est d’une part à la pénurie provoquée dans de nombreux domaines par la pandémie, d’autre part par la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine…

Ces deux aspects en formant un troisième, par synthèse : la bourgeoisie compte rattraper ses profits aux dépens des travailleurs consommateurs.

Si au 19e siècle en effet, la base consommatrice était étroite, ce n’est pas le cas au début du 21e siècle. Au 19e siècle, le bourgeois était gros, les travailleurs minces ou maigres. Au début du 21e siècle, c’est le contraire. Au bourgeois les produits de qualité, aux travailleurs la quantité médiocre. Le bobo va de temps en temps au resto, le travailleur tout le temps au McDo ou au kebab.

L’élévation des prix permet ainsi un rattrapage des profits par la consommation. Naturellement, la perte de valeurs de l’argent joue également pour ceux qui en ont beaucoup. Sauf que ceux qui ont beaucoup d’argent en font quelque chose, alors que ceux qui en ont peu ne le peuvent pas.

On notera d’ailleurs ici un aspect important qu’il reste à étudier. Il y a la légende selon laquelle acheter un logement coûte moins cher, à terme, que payer un loyer. Cela est entièrement faux. Les études économiques à ce sujet sont formelles. Elles ne sont évidemment pas étalées dans la presse ni les médias, et pour cause ! Le logement est en fait un vecteur de consommation capitaliste et de sens de la propriété absolument essentiel au capitalisme moderne.

Cette légende profite en réalité de la constatation de l’élévation massive des prix des logements depuis une quinzaine d’années. Mais outre que c’est une période particulière qu’on ne peut pas généraliser, cela profite concrètement aux propriétaires de dizaines, de centaines, de milliers de logements, pas au propriétaire individuel. Ce dernier voit son logement prendre de la valeur, mais s’il le revend et qu’il veut en prendre un autre, c’est le serpent qui se mord la queue.

De plus, les gens oublient systématiquement l’apport financier massif de papa-maman dans l’opération d’achat du logement. Et ils sont également contents d’être propriétaire, au point d’oublier psychologiquement les frais divers et variés.

Il y a là un aspect important de la question de l’inflation, parce que les « classes moyennes » vont payer plein pot dans la période actuelle, l’inflation visant à les appauvrir pour rattraper les profits capitalistes perdus avec la crise ouverte en 2020.

L’inflation correspond à la polarisation de la société entre bourgeoisie et prolétaires, avec la prolétarisation de la petite-bourgeoisie si massive encore en France. On n’en est qu’au début du processus. Les faits sont là toutefois : ce processus est enclenché.

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La manifestation du 16 octobre 2022 aurait dû être syndicale… pour une grève politique de masse

La politique est une chose, les revendications économiques une autre chose.

La manifestation parisienne du 16 octobre 2022 contre la vie chère n’a pas obtenu le soutien de la CGT, ni de Force ouvrière. C’est dans l’ordre des choses. La politique est une chose, les revendications économiques une autre chose.

Si l’on prend le mouvement ouvrier d’avant 1914, tant dans la social-démocratie que chez les « socialistes français », il était considéré que le travail politique et le travail syndical étaient deux choses distinctes, qu’il ne fallait pas mélanger les genres.

Naturellement, il y avait une différence de fond. Pour la social-démocratie, forte en Allemagne, en Autriche-Hongrie notamment, le Parti avait la primauté et le syndicat, tout en ayant sa spécificité, était un rouage de la stratégie politique générale du Parti.

Pour les socialistes français, le Parti et le syndicat étaient indépendants et marchaient côte à côte ou plutôt parallèlement, les syndicalistes révolutionnaires refusant d’ailleurs même l’idée de Parti, les partis étant considérés comme des « sectes » comme il est dit dans la Charte d’Amiens de la CGT en 1906.

Après 1918, les choses sont restées tels quels, à ceci près qu’en France il y avait le PCF avec la CGT-Unitaire et le Parti socialiste SFIO avec la CGT. Lorsqu’il y a une réunification avec le Front populaire en 1936, la liaison de la CGT unifiée avec les socialistes ou les communistes est flagrante.

Après 1945, la CGT marche avec le PCF et la CFDT (issue du syndicalisme chrétien) avec les socialistes, ou peut-être plutôt l’inverse d’ailleurs, en tout cas au moins pour le PCF, car la ligne impulsée par Maurice Thorez fut vraiment celle du PCF comme « Parti du syndicalisme ». Force Ouvrière, ouvertement mise en place par les États-Unis comme scission de la CGT, reste indépendante ou proche des socialistes.

Tout cela est désormais bien loin. Aujourd’hui, alors que la CGT est en perte de vitesse, que Force ouvrière est en crise d’identité et que la CFDT est devenu le syndicat moderniste accompagnant ouvertement les gouvernement, la question se pose de la nature même du syndicalisme.

Et si les syndicats CGT, FO et CFDT avaient appelé à la manifestation du 16 octobre 2022, ils se suicidaient. Reste à savoir désormais quoi faire.

Leur penchant naturel est un syndicalisme anti-politique, et c’est là une erreur, une faute historique. Le syndicalisme doit assumer sa place, mais seulement sa place. Il doit se soumettre à la politique, comme la CGT l’a d’ailleurs fait au moment du Front populaire en 1936.

Il n’y a guère ici à attendre de la CFDT, qui accompagne les gouvernements comme force « moderniste », ni de Force ouvrière façonné par un anti-communisme virulent. Reste la CGT.

Elle avait appelé à une journée de grève interprofessionnelle, le 29 septembre 2022, et cela n’a pas été une réussite ; elle espérait être aux premières loges ainsi. Et il n’y a pas à attendre qu’elle s’imagine autre chose. Elle vit dans un mythe politique où elle joue le premier rôle.

En admettant que cela soit possible, alors cela aurait eu lieu en mai 1968, là la CGT pouvait jouer ce rôle central. Elle ne l’a pas fait car elle ne le pouvait pas, et d’ailleurs elle ne le voulait pas : elle a été l’un des pires ennemis de mai (et juin) 1968.

Son organisation est qui plus est corrompue et bureaucratique depuis des décennies. Et s’imaginer qu’on peut faire repartir la CGT sur une base de « lutte de classe », d’unité de classe, ou en formant des syndicats « syndicalistes révolutionnaires », c’est ne pas comprendre les défauts inhérents au syndicalisme.

Le syndicalisme français ne peut renaître qu’en assumant d’être une forme secondaire de lutte de classe par rapport au Parti, donc en cessant les délires sur la « grève générale » pour assumer la grève politique de masse.

Le Parti ne doit pas se réduire aux revendications économiques, les revendications économiques n’ont un sens que dans la stratégie du Parti pour aller au Socialisme.

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16 octobre 2022 : l’appel de « personnalités » contre la vie chère

Que le diable emporte les bobos, les « artistes » et les sociologues !

Tous les parasites intellectuels du capitalisme sont en panique devant l’époque qui grandit, car leur position de parasite va se révéler au grand jour. Annie Ernaux par exemple vient de gagner le prix Nobel de littérature, elle se la joue très à gauche et signe cet appel de « personnalités » pour la manifestation parisienne du 16 octobre 2022 contre la vie chère.

La littérature d’Annie Ernaux est une sorte de vomi subjectiviste, fondée sur une complainte d’une dévalorisation sociale et le vécu d’une « transfuge de classe ». Il ne faudrait pas avoir honte de venir d’un milieu populaire, et accepter « l’ascenseur social », voilà le fond d’une forme littéraire illisible par le peuple.

Et donc tous ces gens, qui vivent « bien », qui sont tout à fait à leur aise dans le capitalisme, qui reproduisent toutes les conceptions bourgeoises, s’acoquinent avec des gens à l’esprit gilet jaune, pour essayer de contribuer à former « quelque chose » qui ne soit surtout pas le Socialisme, le drapeau rouge, la lutte des classes.

Le jour où les choses changeront vraiment, ces bourgeois de gauche seront les premiers à devoir se faire rééduquer par le travail !

Pour beaucoup de personnes, la peur des fins de mois s’accentue. Les factures s’alourdissent. Le montant du ticket de caisse grimpe en flèche. Mais le salaire, la pension de retraite ou le RSA, eux, ne décollent pas. Tandis que les profits de certaines des plus grandes firmes françaises atteignent des sommets.

C’est la stratégie du choc : Emmanuel Macron se saisit de l’inflation pour creuser les écarts de richesse, pour doper les revenus du capital, au détriment du reste. Pour laisser flamber les prix des produits essentiels et de l’énergie, et avec eux les profits de multinationales.

Pour éviter toute taxation supplémentaire de ces profits. Mais pour profiter de l’inflation afin que s’effondrent les salaires réels. En refusant de compenser les collectivités locales, il prémédite la démolition, inévitable, des services publics qu’elles assument.

Le choc sidère. Et cette sidération permet au gouvernement des riches d’enclencher une nouvelle phase : attaquer les piliers de la solidarité, le cœur de la protection sociale. D’abord l’assurance chômage, puis le système de retraites. L’offensive se veut rapide, intensive : elle doit abasourdir autant que possible tous les récalcitrants.

Le gouvernement a su se saisir d’une autre onde de choc : les difficultés d’approvisionnement en énergie. Parfait pour en appeler à la responsabilité personnelle, asséner la fin d’une abondance que n’ont jamais connue les gens modestes, et ainsi tenter de faire oublier les premiers responsables de la surconsommation et du désastre écologique : les grands détenteurs du capital, au premier rang desquels les multinationales et les plus riches.

Emmanuel Macron assume de ne pas les contraindre, car ce serait s’en prendre au moteur de la rentabilité des capitaux : l’exploitation sans limite du travail et du vivant. Peu importe l’enchaînement des canicules, des incendies, des tornades, les famines, les océans et les glaciers à l’agonie.

Les néolibéraux martèlent depuis 40 ans qu’il n’y a pas d’alternative. Ne laissons pas les héritiers de M. Thatcher détruire l’espoir, et liquider nos droits sociaux. Un autre monde est possible. Fondé sur la satisfaction des besoins humains, dans les limites des écosystèmes.

Blocage des prix des produits de base et gel des loyers, augmentation générale des salaires et des minimas sociaux, retraite à 60 ans, taxation des superprofits, investissements massifs dans la bifurcation écologique, les transports et les services publics… Tout n’est qu’une question de volonté politique, et dépend de notre détermination.

Le choc peut mener au pire. Comme en Italie, qui vient de renouer avec son passé fasciste. La France n’est pas à l’abri de ce destin. À la suite des mobilisations syndicales de ces dernières semaines, nous avons besoin d’un sursaut populaire pour résister aux régressions et rouvrir un destin collectif fait de justice, de solidarité et de responsabilité écologique.

Face à l’extrême-marché qui corrompt tout, face à l’extrême-droite qui tire parti de la désolation pour avancer ses pions racistes, sexistes et liberticides, nous appelons à unir nos forces dans la rue et à marcher ensemble.

Personnalités engagées, du monde de la culture, des sciences, des mouvements sociaux, que nous soyons anticapitalistes, communistes, écologistes, insoumis, socialistes… nous marcherons le 16 octobre prochain à Paris, contre la vie chère et l’inaction climatique.

Les premiers signataires

Annie ERNAUX, écrivaine, prix Nobel de littérature

Laurent BINET, écrivain, prix Goncourt 2010

Liliane ROVÈRE, citoyenne et actrice

Éric VUILLARD, écrivain, prix Goncourt 2017

Isabelle ALONSO, romancière

Pierre LEMAÎTRE, écrivain, prix Goncourt 2013, César 2017

Marie-Monique ROBIN, documentariste et écrivaine

Édouard LOUIS, écrivain

Éva DARLAN, comédienne

Bruno GACCIO, auteur

Florence GAUTHIER, historienne

Cédric HERROU, fondateur Emmaüs Roya

Mariana OTERO, cinéaste

Gérard MORDILLAT, romancier, cinéaste

Danièle D’ANTONI, agent artistique

Geoffroy DE LAGASNERIE, philosophe

Yvan LE BOLLOC’H, artiste

Laurence DE COCK, historienne et enseignante

Omar SLAOUTI, militant antiraciste

Sabrina ALI BENALI, médecin

Olivier NEVEUX, enseignant-chercheur

Alfred SPIRA, professeur de médecine, membre de l’Académie nationale de médecine

David DUFRESNE, écrivain, réalisateur

Geneviève LEGAY, gilet jaune et citoyenne altermondialiste

Anthony SMITH, inspecteur du travail

Olivier RABOURDIN, acteur

Séverine CORDIER, artiste-illustratrice

Denis QUINQUETON, militant pour les droits LGBT+

Chloé DELAUME, écrivaine

François BERDOUGO, militant pour l’accès à la santé et droits des LGBTI

Antoine PEILLON, journaliste

Stefano PALOMBARINI, enseignant-chercheur

Anne-Laure DELATTE, chercheure en économie

Thomas COUTROT, économiste

Caroline MECARY, avocate

Jérémy MANESSE, comédien, auteur et traducteur

Michael LÖWY, sociologue

Farida CHIKH, infirmière

Didier ERIBON, philosophe

Roland GORI, psychanalyste, professeur honoraire des universités

Fanny GALLOT, historienne, syndicaliste et féministe

Pierre KHALFA, fondation Copernic

Éric BERR, économiste

Yolande BOUIN, membre de la convention citoyenne sur le climat

Nicolas CADÈNE, co-fondateur de la Vigie de la Laïcité

Mathilde LARRÈRE, historienne

Samy JOHSUA, professeur émérite – Université Aix-Marseille

Abdourahman WABERI, écrivain

Jean-Marc SCHIAPPA, historien

Michel SIMONOT, écrivain et sociologue

Malika ZEDIRI, militante des droits des chômeurs et des précaires

Anne DEBRÉGEAS, porte-parole de la fédération syndicale SUD-Energie, économiste de l’énergie

Didier GELOT, économiste

Almamy KANOUTÉ, activiste et acteur

Émilie MOUTSIS, artiste

Manuel CERVERA-MARZAL, sociologue

Razmig KEUCHEYAN, professeur de sociologie

Angélique HUGUIN, militante antinucléaire

Ugo PALHETA, sociologue

Léo COUTELLEC, paysan et philosophe des sciences

Nawel DOMBROWSKY, chanteuse

Antoine VAYER, chroniqueur

Marie MESMEUR, ex-secrétaire nationale de L’Alternative

Olivier LE COUR GRANDMAISON, universitaire

Jimmy BEHAGUE, président de la Neurodiversité-France

Léa LE BRICOMTE, artiste plasticienne

Paul POULAIN, philosophe des risques

Léo CHARLES, enseignant-chercheur en économie

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16 octobre 2022 : l’appel des partis contre la vie chère

Une lecture opportuniste de la vie chère.

L’appel pour une manifestation à Paris le 16 octobre 2022 contre la vie chère est littéralement hallucinant. Non pas parce qu’on n’y parle de capitalisme, parce que ça, ça n’est pas hallucinant, c’est traditionnel de la part de gens cherchant à se faire une place « sociale » dans le capitalisme.

Non, c’est hallucinant, parce qu’il n’y a pas un mot sur la guerre en Ukraine. On est en pleine bataille pour le repartage du monde, l’Union européenne et la France ont instauré des sanctions contre la Russie, cela provoque une inflation importante dans le domaine de l’énergie…

Et ces gens font tous semblant que la France soit une île capitaliste-sociale bien heureuse peuplé de gens aux rêves de propriétaire petit-bourgeois, où il s’agit juste de chercher à grappiller un peu plus de sous afin de pouvoir davantage consommer dans le capitalisme.

Cet appel est une honte absolue sur le plan historique.

« 16 organisations politiques et syndicales ont lancé un appel pour une grande marche contre la vie chère et l’inaction climatique le 16 octobre à Paris.

Europe Écologie-Les Verts, Ensemble !, Gauche Démocratique et sociale (GDS), Gauche Écosocialiste, Génération·s, La France insoumise, L’Alternative, La Voix lycéenne, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Nouvelle Donne, Parti de gauche (PG), Parti ouvrier indépendant (POI), Parti socialiste, Place publique, Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS), Révolution Écologique pour le Vivant (REV) s’adressent à toutes celles et ceux, associations, syndicats, partis politiques, à toutes les personnes, structurées ou non dans un collectif de lutte, qui se reconnaissent dans le mot d’ordre “fin du monde, fin du mois même combat” à se rassembler pour marcher le 16 octobre contre la vie chère et l’inaction climatique d’Emmanuel Macron. 

[Le PCF s’est ajouté à la liste.]

Vie chère, urgence climatique, retraites : mobilisons-nous !

Les prix explosent et les fins de mois sont de plus en plus difficiles. Mais le pouvoir macroniste refuse d’augmenter les salaires, de geler les loyers ou de bloquer les prix face à la vie chère.

Pire encore, il prévoit de nouvelles attaques contre le régime des retraites et l’assurance-chômage et organise la destruction des services publics, notamment ceux de l’éducation et de la santé.
La planète brûle et l’eau manque. Mais le gouvernement, déjà condamné pour inaction environnementale, poursuit une politique antiécologique qui met en danger l’avenir même de notre écosystème. Il y a urgence à agir pour planifier la transition indispensable face à l’urgence climatique pour en finir avec notre dépendance aux énergies fossiles et aux fluctuations des prix du gaz et du pétrole. 

Pendant que le peuple subit et que la planète souffre, Macron protège ses amis les plus fortunés : quelques superprofiteurs continuent à engranger. Les dividendes versés aux actionnaires ont atteint cette année un record historique. Les hyper riches peuvent toujours profiter de leurs jets et yachts super-polluants : les restrictions ne les concernent jamais. La taxe sur les superprofits, pourtant mise en place dans de nombreux pays d’Europe, n’est toujours pas à l’ordre du jour ! 

Cette situation ne peut plus durer. Nous lançons un appel à une grande marche contre la vie chère et l’inaction climatique à Paris le dimanche 16 octobre, précédée par des initiatives symboliques le samedi 15 octobre.

Cette initiative nationale s’inscrira dans la continuité des mobilisations engagées par les syndicats et associations, dont les journées nationales d’action des 22 et 29 septembre et la mobilisation climat du 23 septembre.
Nous marcherons :

– pour la hausse des salaires et des minimas sociaux et contre la réforme de l’assurance chômage
– pour le blocage des prix de l’énergie, des produits de première nécessité et le gel des loyers
– pour la taxation immédiate des superprofits 
– pour des investissements massifs dans la bifurcation écologique créatrice d’emplois locaux ; et notamment dans les transports en commun pour les rendre accessibles à tous, dans l’isolation des logements pour réduire les factures et les pollutions, dans la conversion vers une agriculture écologique pour rendre l’alimentation saine accessible à tous, dans les énergies renouvelables moins coûteuses et écologiques 
– contre le report de l’âge de départ à la retraite et pour le retour à la retraite à 60 ans
– pour une allocation d’autonomie pour les jeunes dès 18 ans

Nous proposons à l’ensemble des organisations syndicales, associatives, politiques et aux collectifs de citoyens qui partagent ces revendications de construire avec nous cette initiative commune.

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16 octobre 2022 : l’appel des associations contre la vie chère

Une lecture misérabiliste de la vie chère.

Il existe en France une multitude d’associations, et ces associations ont une idéologie associative. Ce sont, pour le dire simplement et ouvertement, des lobbys, qui n’ont toutefois pas la dimension des lobbys à l’américaine. Mais ils aimeraient bien.

L’appel à la manifestation parisienne du 16 octobre 2022 contre la vie chère le reflète parfaitement. On est dans un misérabilisme où, à lire l’appel, la solution serait de déverser des millions d’euros sur ces associations, de les intégrer à l’Etat, et tous les problèmes seraient réglés.

Cela présuppose bien entendu de ne pas parler du capitalisme et de la guerre inévitable pour le repartage du monde… D’où une tentative de bifurcation sur la question climatique, comme si cela avait un rapport ici avec la vie chère.

La dimension artificielle de telles initiatives saute aux yeux ; leur caractère anti-lutte de classes en est d’autant plus flagrant pour qui a conscience de l’époque.

16 octobre : toutes et tous dans la rue !

Incapable d’enrayer l’inflation, il refuse de taxer les super-profits des grandes entreprises. Total, Engie… les entreprises du secteur énergétique engrangent des profits record, alors que ceux d’en bas doivent se contenter de miettes.

En annonçant la « fin de l’abondance », Emmanuel Macron exhorte les Français·es à se serrer la ceinture pendant qu’il multiplie les cadeaux fiscaux en creusant les inégalités.

Résultat : les 5 premières fortunes de France ont doublé leur richesse depuis la crise du Covid, et possèdent autant que les 40 % les plus pauvres. Les crimes climatiques des ultra-riches sont le symbole d’une société d’hyper-consommation, d’un mode de vie détruisant la planète et du refus de contribuer au bien commun. Et maintenant Macron n’hésite pas à agiter la possibilité d’un passage en force avec un 49.3 sur les retraites.

Face à cette stratégie, construisons un plan de bataille. Les journées du 23 septembre sur le climat, la grève interprofessionnelle du 29 septembre sont les premiers pas pour une riposte d’ensemble à la politique néolibérale autoritaire du gouvernement Macron qui fait le lit de l’extrême droite.

Marchons le 16 octobre

Bien que la marche du 16 octobre soit initiée par les partis politiques et que nous comprenons les réticences des mouvements sociaux à la soutenir, elle est aujourd’hui un élément de la création d’un rapport de forces face aux projets de régression sociale et à l’inertie écologique du gouvernement. La violence des attaques du gouvernement appelle une riposte commune et prolongée.

C’est pourquoi, en toute indépendance, nous participerons à la marche du 16 octobre :

pour la hausse des salaires, des pensions et des minimas sociaux et contre la réforme de l’assurance chômage et du RSA

pour l’égalité des salaires femmes – hommes.

pour le blocage des prix de l’énergie, des produits de première nécessité.

pour le gel des loyers et la réquisition des logements vides.

pour la taxation immédiate des superprofits.

pour des investissements massifs dans la bifurcation écologique, notamment l’isolation des logements, les transports en commun, les énergies renouvelables et la transition vers une agriculture écologique.

contre le report de l’âge de départ à la retraite et pour le retour à la retraite à 60 ans.

pour une allocation d’autonomie pour les jeunes dès 18 ans.

pour la régularisation des sans-papiers, contre les projets de loi sur la sécurité et l’immigration, et l’impunité policière.

Les premiers signataires

AC !
Acides : Alliance contre les crimes industriels et pour le droit à un environnement sain
Ambassade des immigrés
APEIS
Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie (ACORT)
Association des Marocains en France (AMF)
Association des Travailleurs maghrébins en France (ATMF)
Association pour le Changement et la Démocratie en Algérie (ACDA)
Attac France
CEDETIM
Changer de cap
Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)
Conseil National de la Nouvelle Résistance (CNNR)
COPAF (Collectif pour l’Avenir des Foyers)
Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR)
Fondation Copernic
La Chapelle debout
Maison du Tamil Eelam
MAN, Mouvement pour une Alternative Non-violente
Marche des solidarités
MNCP (Mouvement national des Chômeurs et Précaires)
Mouvement citoyen marseillais Nos Vies, Nos Voix
MRAP
Sang pour Sans
Stop Précarité
Unis pour le climat et la biodiversité

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Restructurations économiques

La situation énergétique de la France est catastrophique

C’est la grande panique avant l’hiver.

Lors de la conférence de presse du gouvernement pour évoquer la « situation énergétique » du pays en vu de l’hiver, il a été dit la chose suivante par la Premier ministre Élisabeth Borne :

« si chacun prend ses responsabilités, il n’y aura pas de coupures »

Si on interprète correctement, il faut comprendre : c’est tout à fait possible qu’il y ait des coupures de courant et de gaz, alors le gouvernement cherche le moyen de faire porter la responsabilités à d’autres.

D’ors et déjà il est prévu une campagne de communication à destination de la population. On y apprendra des choses du genre il faut éteindre la lumière en quittant une pièce ou lancer une machine à laver en dehors des heures pleines sur le réseau. C’est que les gens sont censés y mettre du leur, parce que la bourgeoisie française n’est plus sûre de sa capacité à fournir le standard de confort et de consommation vanté (et surtout, indispensable au capitalisme).

La crise frappe de plein fouet le pays, et cela va commencer à se voir cet hiver. Il y a clairement une panique au sommet de l’État français, terrifié de voir la population gronder face aux prix, ainsi que l’économie paralysée par des black-out en série.

La situation est en effet catastrophique. En ce qui concerne le gaz déjà, en raison de la guerre économique menée à la Russie par l’OTAN et ses pays membres. Les réserves de gaz pour l’hiver sont faites (à 94%), mais tous cela est précaire s’il n’y a pas de continuité dans l’approvisionnement.

Le directeur général de GRTgaz, le gestionnaire du réseau français, a été on ne peut plus clair dans sa conférence de presse précédent celle du gouvernement le matin même :

« Dans un hiver moyen, la France est capable de faire face à la demande de gaz tout en soutenant le système électrique et en contribuant activement à la solidarité européenne. Mais si l’hiver est froid ou très froid, on pourrait se retrouver en situation de tension plutôt en fin d’hiver, et donc il faut vraiment un effort de sobriété indispensable dès maintenant pour préserver les stockages tout au long de l’hiver ».

Difficile de faire plus explicite : si la population française ne joue pas le jeu, c’est la catastrophe annoncée. Le problème, c’est que le directeur général de GRTgaz a également parlé du mécanisme de solidarité européenne qui fait qu’à partir de la mi-octobre, du gaz doit être livré à l’Allemagne par la France : 100 GWh/jour, « soit la puissance de quatre tranches nucléaires ».

C’est gigantesque, et forcément cela ne passera pas. Les nationalistes et populistes ont déjà sauté sur l’occasion pour critiquer l’Allemagne de manière chauvine. Cela d’autant plus qu’il est déjà prévu des délestages pour les industriels gros consommateurs, c’est-à-dire les secteurs du verre, des engrais, des métaux, de la pétrochimie et de l’agroalimentaire, à moins que ceux-ci ne réduisent la voilure d’eux-mêmes.

On voit là clairement que la crise renforce elle-même la crise, ici en contraignant directement les capacités productives françaises. En parlant de capacités productives françaises, c’est d’ailleurs la catastrophe en ce qui concerne le nucléaire, censé être le fleuron industriel français.

Près de la moitié des réacteurs nucléaires français, soit 26, sont à l’arrêt pour des raison de maintenance. EDF, sous la pression immense du gouvernement, a fournis un calendrier très précis : 5 réacteurs doivent repartir en septembre, 5 en octobre, puis 7 en novembre, 3 en décembre, 3 en janvier et enfin 2 en février.

Sauf que concrètement, rien ne garantit le suivi d’un tel calendrier tout simplement car il n’y a pas la main d’œuvre. La France a des millions de gens dans des bureaux, mais manque d’ouvriers. EDF manque cruellement de tuyauteurs, de soudeurs, de robinetiers, de chaudronniers, pour assurer les travaux nécessaires.

Au passage, on notera que c’est la même chose pour la branche commerciale d’EDF : l’opérateur public a subi pendant des années une fuite de clients suite à l’ouverture du marché à la concurrence. Sauf qu’avec la crise, les prix explosent littéralement chez les opérateurs privés et EDF voit affluer des masses de clients voulant revenir à l’opérateur historique pour bénéficier du tarif réglementé… mais n’a pas le personnel et les moyens techniques pour absorber cela.

En tous cas, la tension sur le réseau électrique français cet hiver va être extrême. Sans compter l’explosion de tarifs pour les collectivités, qui doivent se fournir au prix du marché. La région Ile-de-France a communiqué là-dessus : « la hausse absolument colossale des prix de l’énergie va déferler sur les transports du quotidien ».

Il est prévu une augmentation de 950 millions d’euros des coûts pour l’exploitation du réseau, soit presque un milliard, pour un budget actuellement de 11 milliards.

C’est évidemment pareil pour toutes les villes, surtout celles avec tramways ou métro. Pour la SNCF, le problème se pose également. Et puis il y a le transport de marchandises, essentiellement thermique par camion en France, qui fait face à une explosion des coûts d’exploitation, qui vont forcément être répercutés et renforcer la crise.

Le gouvernement français est face à un mur qui menace de s’effriter. Il continue à vouloir boucher les fuites une par une, en déployant ici un bouclier tarifaire limitant la hausse des prix de l’énergie à 15% en 2023, là des chèques énergie exceptionnels pour 12 millions de foyers considérés comme modestes, etc.

Cela coûterait 45 milliards d’euros à l’État en tout, car il y a aussi des mesures prévues pour les entreprises, surtout les PME. Tout cela alors que l’État français est déjà au bord de la faillite, et que la croissance capitaliste du pays va être totalement chamboulée par les pénuries énergétiques et l’inflation cet hiver.

Les français cigale, ayant chanté tout l’été, un été qui dure depuis des décennie d’abondance capitaliste, vont se trouver fort dépourvus quand la crise sera clairement venue… Ils iront forcément crier famine chez la fourmi voisine, c’est-à-dire l’État, mais il les enverra danser, comme il l’annonce déjà.

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Emmanuel Macron et « la fin de l’abondance »

Comment amener la société consommatrice à la guerre?

Jusqu’à présent, rien de bouleversé en France. Il y a eu le Tour de France, Emmanuel Macron est passé par là, tout va très bien dans le meilleur des mondes. L’été 2022 s’est déroulé sans accrocs.

L’Etat doit pourtant procéder à une vaste restructuration économique, ainsi qu’amener les gens en direction de la guerre pour le repartage du monde. Les gens sont trop passifs pour faire face aux restructurations, donc de côté-là, ça passe, mais comment les amener à la guerre ? Là, il y a un véritable problème et l’aile libérale-modernisatrice de la bourgeoisie, que représente Emmanuel Macron, doit montrer qu’elle est capable de résoudre ce problème, sans quoi… C’est l’aile nationaliste-militariste qui l’emportera, et avec elle la très haute bourgeoisie.

Dans son discours introductif au Conseil des ministres, le 24 août 2022, le président Emmanuel Macron a ainsi tenu des propos visant à souligner l’ampleur de la tâche. Ce qui donne :

« Il se pourrait que d’aucuns voient notre destin comme étant perpétuellement de gérer les crises ou des urgences. Je crois pour ma part que ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement. »

Emmanuel Macron a dans ce cadre utilisé trois formules chocs, dont les médias français se sont très largement faits écho : c’est « la fin de l’abondance », « la fin d’une forme d’insouciance » et « la fin des évidences ».

C’est là qu’on voit qu’on est à une période charnière et que les événements vont se précipiter. On sait en effet qu’il y a la pandémie, une dette gigantesque, l’inflation, la tendance à la guerre qui se systématise, bref c’est la crise. Sauf que le capitalisme a connu une telle croissance depuis 1989 – depuis l’effondrement du bloc soviétique et l’intégration de la Chine comme usine du monde – que cela a produit une telle abondance que les gens sont encore totalement déconnectés.

A part pour l’ultra-gauche et La France Insoumise, qui pratiquent un misérabilisme outrancier, la France vit dans une opulence toute impérialiste au niveau des rapports mondiaux. Les gens sont corrompus, le rêve de tout un chacun est d’être propriétaire… quand il ne l’est pas déjà !

Et de ces Français, on ne peut pas faire des soldats ou se fonder sur eux pour une économie de guerre. Même la Russie en guerre contre l’Ukraine n’a pas osé instaurer un régime nouveau fondé ouvertement sur l’économie de guerre. Alors les Français… comment faire ?

Il y a de plus cette histoire de rentrée 2022. Il y a un remue-ménage social et l’inflation a marqué les esprits. Du point de vue de la Gauche historique, il ne peut rien se passer du tout de bien, car le niveau des consciences est lamentable. Du point de vue des spontanéistes, c’est par contre l’heure des fantasmes absolus, avec l’espoir d’un renouveau des « gilets jaunes », ce mouvement plébéien fascistoïde.

Comment, pour le régime, faire face à une telle révolte qui ne peut, par définition, qu’aller dans le sens de l’aile nationaliste ? La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin… ne sont que des tremplins pour l’extrême-Droite. Il n’existe pas de Gauche réelle en France. Tout est à reconstruire. Tout peut aller très vite, mais tout est à faire.

Autrement dit, les Français sont corrompus, et ils ne sont bons à rien. Emmanuel Macron aimerait les garder tels quels. Mais il faut aller à la guerre… sans aller trop vite ni lambiner, auquel cas l’extrême-Droite l’emporterait. Il faut donc bousculer les Français… Ce qui va rendre les choses instables.

C’est là que la fenêtre de tir s’ouvre pour la Gauche historique. Mais le rythme risque d’être très rapide, trop rapide… La séquence qui s’ouvre va être effroyablement complexe ; dans les faits, qui n’a pas un arrière-plan réellement solide sur le plan des idées se fera entièrement balayer.

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Électricité : du sang et des larmes cet hiver?

Les masses seront sacrifiées dès qu’il le faudra.

C’est le magazine Marianne qui raconte. Un personne importante de la majorité parlementaire leur confie la teneur des discussions. Les dépenses publiques, cela suffit et on ne pourra pas continuer les chèques à l’infini.

« Il va falloir qu’on arrête de laisser croire que l’État va pouvoir tout compenser quoi qu’il arrive. Qu’il pourra payer malgré la guerre, la hausse des prix de l’énergie des matières premières. »

C’est alors qu’il  « souffle » au journaliste de Marianne son discours de « vérité » :

« Il y a un moment où il faudra passer au discours du sang et des larmes. En tout cas, je vais militer pour ça. » 

Il aurait alors précisé :

« On a commencé à le faire, en annonçant les coupures d’électricité cet hiver. »

En effet, il fallait lire le Parisien (ou Valeurs actuelles qui a repris l’article) pour voir le député Renaissance Marc Ferracci annoncer la couleur :

« Il ne faut pas se mentir, ça va être dur. L’hiver va être compliqué. Tous les efforts sont faits pour limiter les contraintes, mais il va y avoir des contraintes. »

Quelques semaines auparavant, l’idée avait été répandue, y compris par TF1, que le gouvernement prévoyait un décret permettant les coupures d’électricité chez les particuliers, sans indemnisation (contrairement à ce qui se fait pour les entreprises).

Cela a été démenti, y compris par d’autres médias. Mais il y a malgré tout cette petite mélodie des coupures de courant qui est jouée, pour préparer les esprits. En effet, cela n’a rien de farfelu. En mars 2021, RTE (le gestionnaire du réseau électrique en France) avait prévenu dans un rapport qu’il fallait s’attendre à des hivers tendus sur le réseau jusqu’en 2024 en raison des difficultés de production du parc nucléaire.

Celui-ci est vieillissant, et surtout il a subi de plein fouet la crise sanitaire. Les travaux de maintenance ont pris énormément de retard. Et encore, le rapport date d’avant la découverte d’un problème de corrosion obligeant à la fermeture de 12 réacteurs.

Avant 2022, la France était le premier exportateurs net d’électricité (malgré les importations hivernales, elle exportait sur l’ensemble de l’année beaucoup plus). Ce n’est plus le cas et le pays est maintenant, selon un rapport publié début aout 2022, un pays importateur net en raison de ses difficultés de production.

On peut ajouter maintenant que les différentes vagues de canicule de cet été 2022 n’arrangent rien à l’affaire, bien au contraire même. Il y a des autorisation de relâcher de l’eau utilisée par les centrales pour se refroidir à une température plus haute que la normale, en prétendant que cela n’aura pas d’impact écologique.

Et puis il y a le parc automobile électrique qui se généralise, tout comme les trottinettes et vélos électriques qui, s’ils ne pèsent pas grand-chose, expriment une tendance de fond qui contribue à l’augmentation générale de la consommation électrique.

A l’heure actuelle, près de la moitié des 56 réacteurs français sont à l’arrêt. Si l’hiver est froid et avec peu de vent, alors la situation va forcément être très compliquée. Habituellement, la France joue la carte de l’importation hivernale. Sauf qu’avec la crise, et particulièrement en raison de la guerre en Ukraine et des difficultés en ce qui concerne le gaz et le pétrole, tous les pays habituellement fournisseurs vont aussi être en situation tendue.

De toute manière, les capacités françaises d’importation sont limitées pour des raisons techniques dues aux infrastructures. En décembre 2021 la France a déjà frôlé sa capacité maximale d’importation de 13 GW, ce qui n’avait jamais eu lieu auparavant.

En attendant, l’information est déjà sortie qu’EDF a repoussé sept arrêts de réacteurs pour maintenance cet hiver. Au risque de la sécurité ? Les experts en tous genre prétendront évidemment que non, mais en tous cas ce qui aurait dû être fait en termes de révision ne sera pas fait en temps et en heure.

Toujours est-il que si effectivement les particuliers français connaissent des coupures d’électricité cet hiver, cela va faire mal, très mal. Car c’est toute l’illusion de 70 ans de capitalisme stable et inaltérable qui va voler en éclat.

Il n’y a pas eu de coupures organisées, temporaires et prévenues, depuis le début des années 1950 et la généralisation sur tout le territoire d’un réseau moderne fiable et puissant par EDF. Le choc serait terrible, et à cela s’ajoute l’augmentation du prix de l’électricité justement.

La crise menace donc d’éclater au grand jour et il est évident qu’au plus haut de l’État, tout comme dans les plus hautes couches de la bourgeoisie (ce qui revient au même), cela fait trembler. La bourgeoisie envisage concrètement du sang et des larmes, car il sera hors de question pour elle de se remettre en cause, ni culturellement, ni en termes de train de vie. Et c’est aux classes populaire que sera envoyée la facture de la crise.

Quelle sera justement la réponse populaire ? Voilà tout l’enjeu de la période à venir.

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Les signes avant-coureurs d’une crise de l’euro

L’euro pourrait bientôt s’effondrer.

C’est un cap symbolique qui a été passé le 12 juillet 2022, l’euro ayant atteint la parité avec le dollar. Autrement dit, un euro = un dollar, alors qu’auparavant l’euro était systématiquement plus fort que le dollar quasiment depuis sa création. C’est le résultat d’une dépréciation de 19% depuis le début de l’année 2022 et de 37% par rapport au record d’avril 22 avril 2008, lors de la crise financière touchant de plein fouet les États-Unis.

L’euro perd donc substantiellement de la valeur, car le dollar est la valeur étalon du capitalisme mondial. Cela reflète les faiblesses de l’espace économique européen qui sera bientôt touché-coulé par la crise. Car en pratique, si l’euro baisse ainsi, c’est parce qu’il y a un mouvement général de défiance à son égard, pour des raisons objectives très simples à comprendre.

La première, c’est que la Banque centrale européenne a joué avec le feu lors de la crise sanitaire en permettant aux États européens de s’endetter encore plus massivement qu’ils ne l’étaient déjà. De l’argent magique est apparu par milliards pour sauver le capitalisme sonné par la covid-19. Mais cet argent n’avait en réalité rien de magique et voilà la facture arrive. De l’euro est sorti de nulle part, alors il y a maintenant un rattrapage avec une dévalorisation de cette monnaie.

Bien sûr, le capitalisme américain n’a pas été en reste en ce qui concerne l’argent magique. Et, en substance, la valeur du dollar aussi est menacée. Mais la situation américaine est différente en raison de l’hégémonie du dollar et de la puissance économico-politique américaine.

Cela fait que concrètement la banque centrale américaine, la FED, a agi très tôt pour contre-carrer les effets de l’argent magique. Elle a resserré sa politique monétaire (hausse des taux directeurs) depuis le mois de mars, puis une seconde fois en juin. Alors que de son côté la Banque centrale européenne ne le fait qu’en juillet. De plus, cette dernière part de très loin, car les taux d’intérêt ont été négatifs (une absurdité typique de la crise du capitalisme), ce qui n’avait pas été le cas aux États-Unis.

L’autre grande difficulté européenne est sa grande disparité. L’écart le plus significatif, et le plus regardé, est-celui entre l’Allemagne et l’Italie. D’un côté l’Allemagne est considérée comme solide, a une dette considérée comme soutenable : elle emprunte donc pour pas cher. Au contraire, l’économie italienne est considérée comme faible en raison d’une dette publique astronomique, à proprement parler insoutenable : l’Italie emprunte donc à des prix élevés.

Cette différence entre les taux allemands et italiens est scrutée de près, le termes pour la désigner est le spread. C’est en soi un sujet de discorde qui affaiblit l’euro.

Si ce spread est élevé, cela signifie une zone économique déséquilibrée, et donc une monnaie euro qui n’est pas fiable. Alors il y a la volonté de réduire artificiellement ce spread en dirigeant une politique monétaire forte vers l’Italie (entre autre) avec du rachat d’actifs italiens. Le problème, c’est que cela revient encore à produire de l’argent magique et ne fait que repousser l’échéance.

L’Allemagne considère donc qu’il n’est pas question de courir ce risque et que les pays comme l’Italie devraient tout simplement comprimer leur dette en réduisant la voilure de leurs budgets, ce que les bourgeoisies de ces pays refusent catégoriquement de faire pour l’instant. Le spread va donc continuer de grandir, ce qui continue donc d’affaiblir l’euro et de miner la confiance en cette monnaie.

Et comme l’Allemagne elle-même, moteur économique de la zone euro, est affectée directement par la crise, de manière toujours plus violente, alors il n’y a rien pour améliorer la situation de l’euro et de la zone économique européenne. Le secteur industriel allemand fait face aux pénuries de composants asiatiques et d’approvisionnements énergétiques, ce qui menace de fait tout le continent.

Il y a là une spirale négative qui va s’accélérer maintenant avec la faiblesse de l’euro par rapport au dollar. Tout simplement car maintenant, avec leurs euros, les pays européens pourront acheter moins de marchandises en dollars, la monnaie de référence mondiale. Inversement, il y a bien sûr un avantage, mais comme les pays de l’Union européenne exportent peu, ou de moins en moins, cet avantage est très relatif.

La dépréciation de l’euro face au dollar vient donc directement et concrètement renforcer l’inflation des prix, ce qui ajoute encore un problème au problème. L’Union européenne et la zone euro qui lui est liée est face à un mur. La crise ne fait que commencer et la crise de l’euro en sera probablement une première manifestation violente.

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Investissement dans les semi-conducteurs en France, un pas de plus vers le Brexit à la française

La restructuration du capitalisme suit son cours.

La crise économique issue de la pandémie de covid-19 a permis de battre en brèche un mythe relativement diffusé dans certaines sphères de la critique du capitalisme, celle d’un capitalisme fondé dorénavant sur le travail immatériel.

La pénurie de semi-conducteurs qui a commencé à l’automne 2020 a rappelé que le capitalisme d’aujourd’hui restait fondé sur le même principe que celui d’hier : l’existence d’une base productive bien matérielle. Car il n’y a ni téléphones portables ni ordinateur, ni même rien d’électronique sans les puces électroniques et donc les semi-conducteurs, ces petites plaquettes de silicium sur lesquelles sont gravées des circuits intégrés.

Mais voilà, cette base productive est massivement détenue par des pays asiatiques, et notamment des industries géantes telles que Samsung en Corée du Sud et TSMC à Taïwan.

Et si cela ne posait pas de réels problèmes jusqu’à la pandémie de Covid-19, la désorganisation en chaîne a provoqué des pénuries telles qu’elles menacent la relance de l’industrie automobile et plus généralement celle de toute l’économie.

Car la production de semi-conducteurs, ce n’est pas simplement la fabrication d’objets connectés, c’est aussi la condition pour des tas de branches industrielles de pouvoir bien fonctionner.

C’est pourquoi le plan France relance 2030 a placé au centre des investissements publics ce secteur clef, en visant une base productive existante qu’est le bassin de Grenoble où se concentrent des industriels du secteur, dont le fabricant franco-italien ST Microelectronics installée depuis 1992.

Ce mardi 12 juillet, Emmanuel Macron était ainsi à Crolles pour annoncer l’investissement de 5,7 milliards d’euros d’argent public pour la construction d’une nouvelle unité productive de semi-conducteurs de 12 nanomètres sur la base d’un partenariat entre Global Foundries, le numéro 2 de la fonderie de gaufrettes de silicium, et ST Microelectronics. Elle devient l’une des plus importantes pour cette production en France.

C’est là clairement une manière d’assurer le positionnement de la bourgeoisie française sur le marché, à la fois pour donner un signal clair dans la capacité d’accumulation en France au vu du contexte explosif de la dette publique française, et à la fois pour assurer la « souveraineté industrielle » de la France.

A ce titre, on voit combien la CGT est toujours plus intégrée à la restructuration du capitalisme français, puisque les syndicats CGT de ST Microelectronics et de Soitec (un autre leader du secteur dans le bassin grenoblois) appelaient en octobre 2021 à la naissance d’un « TSMC européen »….

Et cela entre parfaitement en adéquation avec Emmanuel Macron qui est un tenant de la ligne libérale-européenne, et c’est pourquoi il a pu compter sur la présence du commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, qui a rappelé l’inscription de cet d’investissement dans un plan européen plus large , le « Chips Act » ou paquet législatif sur les semi-conducteurs.

Thierry Breton a parlé d’ailleurs de « reconquête stratégique », ce qui en dit long sur la nature de l’Union européenne, qui n’est rien d’autre qu’un organisme au service des grandes entreprises principalement françaises, allemandes et italiennes.

De fait, c’est une fois de plus une marche en avant vers le Brexit à la française, car on notera la place fondamentale des semi-conducteurs dans toute la chaîne de production industrielle, mais aussi évidemment pour les équipements militaires.

Ce n’est pas pour rien si des embargos pèsent sur la Chine pour se procurer de semi-conducteurs d’une très petite taille auprès du fondeur taïwanais TSMC, tout comme la Russie est privée par les embargos occidentaux des semi-conducteurs du sud-coréen Samsung…

Derrière la souveraineté industrielle ne se cache ni plus ni moins qu’un objectif de fortification nationaliste, en vue d’assurer l’indépendance de la bourgeoisie dans sa relance de l’accumulation du capital.

Et cela ne présage évidemment rien de bon pour les ouvriers de cette industrie, dont le travail, déjà ennuyeux, très répétitif et soumis à une hiérarchie rigide, va être de plus en plus soumis à l’unité nationale avec le capitalisme.

Une perspective qui vise ni plus ni moins qu’à assurer la place de la France en tant que grande puissance dans le monde, un monde courant droit vers la guerre…

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Brexit à la française : « Cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique »

C’est un rapport de la commission des affaires économiques du Sénat.

Le 8 juillet 2022, le sénateur socialiste Franck Montaugé a été nommé par le président du Sénat au  Conseil Supérieur de l’Énergie, qui comme son nom l’indique est une interface entre l’Etat et le secteur de l’énergie. C’est tout à fait symbolique de comment le haut personnel institutionnel fonctionne toujours dans la convergence avec les orientations du capitalisme. En effet, Franck Montaugé avait deux jours auparavant rendu public un document de la commission des affaires économiques du Sénat dont il fait partie avec Amel Gacquerre et Sophie Primas.

Et ce document est littéralement un plan pour un Brexit à la française !

On ne doit pas s’étonner de la présence d’un sénateur socialiste, de sa participation à un tel projet. L’Etat est façonné par le capitalisme et il sert de grand accompagnateur aux tendances de fond. Comme le mouvement général est d’aller à la guerre, tout le monde suit.

D’ailleurs, si l’on prend ces trois principaux membres de la commission (la quarantaine d’autres sénateurs servant de support technique), on peut voir qu’en plus d’un socialiste, on a Sophie Primas qui relève de la Droite traditionnelle avec Les Républicains – elle est d’ailleurs élue dans les Yvelines, un bastion des cadres d’entreprise – et Amel Gacquerre, une centriste.

C’est l’union « Gauche » – Centre – Droite. Et le plus édifiant ici, c’est qu’Amel Gacquerre, qui relève des ultras-modernistes du capitalisme, est élue… dans le Pas-de-Calais. Le Pas-de-Calais, qui devrait être le bastion de la Gauche historique ! C’est dire le problème qu’on a avec des masses passives laissant de tels gens s’installer, se former, faire des propositions pour réimpulser le capitalisme…

On a là une faillite historique et on va le payer très cher.

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La renationalisation d’EDF par Emmanuel Macron

C’est le début du Brexit à la française.

La crise commencée en 2020 a tout chamboulé. Hier, on voulait se passer des énergies fossiles, désormais l’Union européenne considère que l’énergie atomique et le gaz sont écologiques. Hier, on voulait privatiser à tour de bras afin de contribuer à la mondialisation, désormais on se replie sur le capitalisme national pour être au taquet dans la bataille du repartage du monde.

Le 6 juillet 2022, le Premier ministre Élisabeth Borne, qui rappelons le ne dispose pas d’une majorité pour appliquer ses mesures, a annoncé la renationalisation d’EDF, qui appartient à l’État à 84% mais dispose d’une structure très compliquée, à quoi s’ajoutent 96 milliards de dettes, 12 réacteurs nucléaires arrêtés pour corrosion sur 56, etc.

Comme c’est toutefois un mastodonte de la production électrique mondiale, le capitalisme français se précipite pour le revaloriser… C’est le début du Brexit à la française. C’est le début d’un mouvement de repli national du capitalisme français, afin de disposer d’une base la plus solide possible pour faire face aux chocs des affrontements mondiaux.

Élisabeth Borne a d’ailleurs directement abordé cette question de la souveraineté :

« Nous devons assurer notre souveraineté face aux conséquences de la guerre et aux défis colossaux à venir. Nous devons prendre des décisions, que, sur ces bancs mêmes, d’autres ont pu prendre avant nous, dans une période de l’histoire où le pays devait aussi gagner la bataille de l’énergie et de la production. »

On voit déjà tous les nationalistes de gauche, PCF en tête, se précipiter pour saluer la mesure. Pas seulement eux d’ailleurs, car il s’agit de relancer le parc nucléaire français, ce qui va amener un engouement impérial à la française, une grande mobilisation pour un « renouveau » français. Le nationalisme est à l’ordre du jour, le nationalisme « impérial », à la BREXIT ou à l’opération spéciale russe, qui amène à revenir sur ses « fondamentaux » pour disposer de suffisamment de force de frappe dans la bataille pour le repartage du monde.

Vu comment également Europe Écologie Les Verts est désormais entièrement pro-OTAN, il n’y aura rien à attendre de ce côté là niveau anti-nucléaire. En fait, il n’y a même rien à attendre de personne : à moins que le prolétariat ne se ressaisisse, s’organise et assume la lutte de classes, toute les restructurations capitalistes vont passer comme une lettre à la poste.

La renationalisation annoncée d’EDF montre en tout cas bien qu’on a totalement changé d’époque. Emmanuel Macron le libéral qui renforce le rôle de l’État, et il aura l’appui de la CGT très clairement, cela en dit long sur la situation. Et cette tendance à « l’unité nationale » va se renforcer toujours plus. Comme au Royaume-Uni et en Russie, malheur à qui ne soutient pas les plans impériaux !

En ce sens, la renationalisation complète d’EDF est un pas vers la guerre. C’est l’annonce faite à la société qu’il va falloir être unifiée pour insérer le capitalisme français dans l’affrontement mondial. La France se lance elle aussi et il faut s’attendre à d’autres mesures de la même ampleur !

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Engie, EDF et TotalEnergies : « Le prix de l’énergie menace notre cohésion »

C’est un appel à restructurer.

L’appel du 26 juin dans le Journal du Dimanche est une initiative anti-populaire de la plus grande envergure. En apparence, c’est un appel à la sobriété solidaire de la part de Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, et Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies.

En pratique, c’est un appel à restructurer pour écraser les masses qui vont devenir menaçantes. C’est un avertissement à la bourgeoisie : attention, nous voyons que les choses tournent mal ! Attention il faut prendre des mesures centralisées pour gérer la crise !

C’est une intervention directe, de la plus haute importance, des monopoles dans la vie politique française – et ce n’est qu’un début.

Depuis maintenant des mois, le système énergétique européen subit de fortes tensions et le système énergétique français n’est pas épargné. Les livraisons de gaz russe par pipeline ont fortement baissé pour certains pays, dont la France.

Bien qu’en augmentation, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) sont aujourd’hui encore trop limitées pour compenser ces baisses. Le niveau d’alerte sur les stocks de gaz au niveau européen est dès lors élevé et des mesures de rationnement sont mises en place dans certains pays.

Les capacités de production électrique pilotable en Europe sont également en tension à la suite de choix nationaux ou pour des programmes de maintenance. Les conditions climatiques et la sécheresse viennent amputer la production hydraulique.

​La flambée des prix de l’énergie qui découle de ces difficultés menace notre cohésion sociale et politique et impacte trop lourdement le pouvoir d’achat des familles.

​C’est pourquoi nous lançons cet appel commun.

​Nous voulons contribuer à affronter ces échéances de court terme avec détermination, aux côtés des pouvoirs publics qui ont su, depuis le début de cette crise, prendre avec courage des mesures d’assouplissement qui vont dans le bon sens.

​Nous, énergéticiens, prenons nos responsabilités en agissant sur l’offre. Nous avons déjà mis en œuvre des actions de court terme pour répondre à cette urgence : la diversification des approvisionnements de gaz, le remplissage proactif des stockages, l’installation en cours d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) dans le port du Havre pour accélérer les importations de GNL, la remise en fonction des installations “sous cocon”. Nos moyens humains et financiers sont mobilisés avec la plus grande détermination pour accroître l’offre.

Mais – plus que jamais – la meilleure énergie reste celle que nous ne consommons pas. Nous devons, collectivement, agir sur la demande en énergie en réduisant notre consommation pour nous redonner des marges de manœuvre. Nous en aurons besoin pour gérer les futures pointes de consommation et pour amortir les aléas techniques ou chocs géopolitiques que nous pourrions devoir affronter. Agir dès cet été nous permettra d’être mieux préparés pour aborder l’hiver prochain et notamment préserver nos réserves de gaz.

​Nous appelons donc à une prise de conscience et à une action collective et individuelle pour que chacun d’entre nous – chaque consommateur, chaque entreprise – change ses comportements et limite immédiatement ses consommations énergétiques, électriques, gazières et de produits pétroliers.

​Nous devons engager un grand programme d’efficacité énergétique et une chasse au gaspillage nationale. L’effort doit être immédiat, collectif et massif. Chaque geste compte. Et ne nous trompons pas : économiser l’énergie, c’est augmenter le pouvoir d’achat et c’est aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre.

​Cet appel est une évidence pour nous, énergéticiens, qui avons à cœur de servir au mieux nos clients particuliers, entreprises ou collectivités. Pour accompagner nos concitoyens dans cette nécessaire sobriété d’exception, nous disposons d’outils, d’expertises, que nous entendons mobiliser pour atteindre cette sobriété dans la durée sans affecter significativement nos modes de vie.

​Nos objectifs de long terme en faveur de la neutralité carbone seront encore plus vite atteints par cette mobilisation. Nous poursuivons nos engagements et actions pour accélérer la transition énergétique. Elle n’est plus seulement un impératif face à l’urgence climatique, mais une réponse aux enjeux de souveraineté énergétique.

Elle nécessite des investissements massifs dans l’efficacité énergétique et dans toutes les sources d’énergie bas carbone, électriques et gazières. Et demande, dans un dialogue transparent, le soutien des populations, des élus qui les représentent et de l’administration qui applique la loi.

​Il faut également agir à l’échelle de l’Europe et être solidaires. Nos marchés sont interdépendants. Cette interconnexion européenne, électrique et gazière est plus fondamentale que jamais. Des investissements ciblés permettront de renforcer les équilibres entre pays et de pérenniser les solidarités entre pays, en particulier d’Europe centrale et orientale.

​Acteurs industriels responsables, nos trois groupes s’engagent à collaborer activement face à ces enjeux.

Nous proposons de mobiliser des ressources humaines, financières et technologiques considérables pour relever un défi qui engage notre mode de vie à court terme et notre futur à long terme. Cette collaboration sera pleinement efficace sous l’égide des services de l’État et avec l’aide des collectivités, des acteurs économiques et de nos concitoyens.

​Ainsi, nous travaillerons ensemble au service de la cohésion sociale et de la transition durable de notre pays. 

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Restructurations économiques

Recul du PIB français au premier trimestre 2022

L’économie capitaliste française recule.

Nous rentrons dans une nouvelle période, celle de la restructuration économique, ou plus exactement des restructurations économiques. Car l’inflation de 5,2% pour la période mai 2021 – mai 2022 est l’expression d’un capitalisme en crise qui cherche à surmonter ses faiblesses aux dépens des prolétaires. Il faut faire payer la crise aux prolétaires. Et l’affaire devient urgente alors que la crise commencée avec la pandémie, désormais accentuée par la guerre Russie-Ukraine, prend une ampleur toujours plus grande.

Ainsi, au premier trimestre 2022, le PIB français a reculé de 0,2% et il est déjà considéré que le prochain trimestre sera également caractérisé par le recul. Autrement dit, on sait maintenant pourquoi il y a une ambiance de mort dans la société française depuis plusieurs semaines, comme le présentent de nombreux articles sur agauche.org (La société française vers le crash, « Surtout ne touchez à rien », etc.).

D’ailleurs, si agauche.org a depuis quelques semaines toujours plus de lecteurs (soit une croissance habituelle de plusieurs pour cents), le nombre de lecture d’articles a baissé de 50%. C’est très révélateur de comment les gens sont KO debout (y compris à gauche depuis la présidentielle).

Il n’est ici nul besoin de rechercher des causes précises à ce phénomène de recul du PIB. Car au sens strict, il ne devrait pas avoir lieu. Il est en effet considéré du côté capitaliste que la crise est finie, que la pandémie est terminée, que tout revient comme avant. C’est d’ailleurs ce que disent absolument tous les candidats aux législatives 2022, aucun ne disant : le capitalisme est en crise, il va fracasser les prolétaires au moyen de restructurations et nous précipiter dans la guerre. Tous disent qu’on est revenu au monde « d’avant ».

Les faits disent le contraire et la catastrophe monte chaque jour en puissance. Il commence à y avoir un rapport profond entre les mentalités et le cours de la crise. C’est précisément dans une telle période que les choses tournent très mal – ou très bien. L’instabilité gangrène toute la société, les repères s’effacent, les événements se précipitent.

Et là il est évident que la bourgeoisie française va regretter d’avoir remis Emmanuel Macron à la présidence. Il n’a plus le charisme d’avant, il est trop hautain, il persiste trop dans la « start up nation », il est trop facilement une cible à dénoncer.

Ce qu’on vit en ce moment est un grand basculement – ce qui reste à prouver, ce qu’on ne va pas trop tarder à savoir.

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Plan gouvernemental de « résilience » pour subventionner les entreprises

La collectivité va payer la crise, pour sauver le capitalisme.

La guerre en Ukraine a déclenché une nouvelle vague de tensions économiques. Le secteur de l’énergie, décisif, est directement impacté avec une envolé de certains prix, alors que ceux-ci ont déjà fortement augmenté depuis le début de la crise sanitaire en 2020.

Cette inflation des prix de l’énergie ne tombe pas du ciel. Elle n’est pas non-plus un plan machiavélique de la part de « spéculateurs » sur les marchés financiers. Non, c’est une application concrète et immédiate de la crise, qui touche de manière profonde et générale le capitalisme depuis 2020. C’est une crise dans la crise, un aspect particulier (et primordial), de la crise, sur le plan économique.

On pourra toujours chercher les aspects particuliers et précis qui expliquent tel ou tel prix, telle ou telle envolée. C’est important, ce serait toutefois perdre de vue l’essentiel. Ce qu’il faut comprendre surtout, c’est que le mode de production capitaliste est instable par nature, qu’il ne peut qu’aller de crises en crises, comme l’a montré de manière scientifique Karl Marx dans son fameux ouvrage Le Capital.

Face à ce constat, il y a deux réponses possibles. Soit une réponse ouvrière, consistant en le dépassement du capitalisme pour orienter l’économie de manière nouvelle, collective, démocratique, planifiée. Soit une réponse bourgeoise, qui consiste à vouloir sauver les meubles par la force, en restructurant le capitalisme au moyen d’une pression accrue sur la société.

C’est exactement ce qui est en train de se passer en ce moment, avec une nouvelle étape franchie en France au moyen d’un nouveau plan, cette fois nommé « plan de résilience » présenté par le gouvernement le 16 mars 2022.

Déjà, rien qu’avec le nom, on comprend la nature de la chose. La « résilience » est une métaphore pour exprimer l’idée de capacité à surmonter un choc ; en physique la résilience est la valeur caractérisant la résistance au choc d’un métal. La crise est là, et il va falloir y faire face par la force, pour sauver le capitalisme coûte que coûte.

En l’occurrence, pour l’instant, la « force » consiste en le fait de mettre de l’argent sur la table, beaucoup d’argent, énormément d’argent, pour les entreprises. Voici les principales mesures de ce nouveau plan :

  • aide spéciale pour les entreprises dont les dépenses en énergie (gaz, électricité) pèsent plus de 3% du chiffre d’affaires et avec une facture énergétique augmentée d’au moins 40% depuis le début de la guerre en Ukraine. Cela concerne beaucoup d’entreprises, et surtout beaucoup d’argent : le ministre de l’Économie Bruno Le Maire estime cette mesure à… 3 milliards d’euros.
  • prolongement et renforcement du PGE (prêt garantie par l’État) mis en place avec la crise sanitaire, ainsi que des mesures de report de charges.
  • aide financière exceptionnelle, équivalente à 35 centimes par litre de gazole de pêche pour les pêcheurs, 400 millions d’euros pour compenser les pertes dues à l’envolée du coût de l’alimentation animale pour les éleveurs et acompte de 25% du remboursement de la TICPE sur le gazole non routier pour tous les agriculteurs.
  • 15 centimes par litre de remise sur le prix de l’essence et du gaz naturel véhicule (GNV) pour les entreprises du transport.
  • aides spécifiques pour les entreprises exportant une partie de leur production à l’étranger.
  • mesures en faveurs des entreprises du bâtiment pour inclure les hausses de coûts non prévues dans les contrats initiaux.

En plus de cela, dans sa concurrence acharnée contre la Russie, l’État français lance un « appel à projet » pour subventionner jusqu’à la fin d’année les entreprises voulant couper les ponts avec la Russie.

Ce qui saute aux yeux, c’est évidemment que l’État n’a pas du tout cet argent. L’État français était très endetté et déficitaire avant la crise sanitaire. Il s’est encore plus endetté avec la crise sanitaire pour porter à bout de bras des pans entiers du capitalisme, en mettant de nombreuses entreprises sous perfusion. Et cela continue, l’État s’endette à nouveau drastiquement pour subventionner directement les entreprises.

C’est donc là le premier aspect de la restructuration du capitalisme dans le cadre de la crise : faire payer la crise à la collectivité au moyen de la dette publique.

Ce n’est là qu’une première étape, car l’argent magique n’existe pas, et il va bien falloir payer toutes ces subventions aux entreprises. Ce qui va se passer ensuite, et probablement très bientôt, est évident. La prochaine étape de la restructuration du capitalisme sera une accentuation drastique de la pression sur le travail, pour faire payer la crise aux travailleurs et non pas aux entreprises.

Baisse des salaires qui ne suivent pas l’inflation, moins bons remboursements de sécurité sociale, moins bonne assurance chômage, recul du droit à la retraite, augmentation du temps de travail et intensification du travail lui-même, effondrement des services publics et des dépenses sociales-culturelles : telle est l’actualité, qui va se renforcer drastiquement dans la période qui s’ouvre.

C’est ni plus ni moins que la lutte des classes, qui va redevenir la grande actualité de la société française.

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«France 2030» : le projet de restructuration capitaliste d’Emmanuel Macron

C’est un projet présidentiel.

Le président Emmanuel Macron a présenté mardi 12 octobre un grand plan d’investissement intitulé « France 2030 ». C’est sa version de la restructuration capitaliste, et cela constituera la base de son programme électoral pour 2022.

La restructuration capitaliste est une actualité incontournable, tous les candidats à présidentielle 2022 vont devoir s’y coller : la question sera de savoir quelle sera leur proposition, leur vision.

En l’occurrence, Emmanuel Macron compte entraîner tous le pays dans une sorte de grande machinerie techno-innovante, qui serait censée sauver le capitalisme français de la concurrence mondiale. Il est ici très clairement fait appel aux fameux état d’esprit ingénieux à la française (en tous cas tel que les français se l’imaginent), pour concurrencer les grandes puissances (même l’Allemagne) en se voulant plus « malins » que les autres.

So French !

C’est la grosse artillerie qui est sortie :

Investir 1 milliard d’euros dans le nucléaire

Devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030

Accélérer la décarbonation de l’industrie

Produire 2 millions de véhicules électriques et hybrides

Produire à l’horizon 2030 le premier avion bas carbone

Accélérer la robotisation et la numérisation de l’agriculture

Avoir 20 bio-médicaments contre le cancer et créer les dispositifs médicaux de demain

Remettre la France « en tête de la protection des contenus culturels et créatifs »

Réinvestir la conquête spatiale

Explorer les fonds marins

«Près de 6 milliards d’euros» d’investissements dans les composants électroniques »

Ce qui saute au yeux bien sûr est que la moindre goutte de prétention écologique est jetée à la poubelle ; c’est soit la planète, soit la restructuration du capitalisme et c’est bien entendu le capitalisme qui est choisi.

La France, avec Emmanuel Macron, doit donc s’attendre à toujours plus de déchets nucléaires. Il est aussi envisager d’aller encore plus loin pour racler de sol des grands fonds marins afin de trouver des « métaux rares » et n’importe quelles autres choses à piller pour servir le capitalisme français.

Et cela est assumé de manière très claire :

« Qui peut accepter que nous laissions dans l’inconnue la plus complète une part si importante du globe »

C’est l’expansion capitaliste à tout prix !

C’est la même chose pour l’espace, la France d’Emmanuel Macron compte bien participer de plus bel à la pollution de l’espace (véritable fléau très documenté) avec tout un développement de mini-lanceurs réutilisables ou de micro-satellites, pour «prendre part à l’aventure spatiale».

On notera d’ailleurs un cynisme particulièrement machiavélique à propos de la question écologique. La France appuie régulièrement sur la question des émission de gaz à effet de serre : elle entend se servir de cette aspect pour avoir un avantage concurrentiel par rapport aux puissances concurrente. Notamment en raison du nucléaire, et c’est ici directement le concurrent allemand qui est visé.

C’est là, au fond, toute l’essence du plan « France 2030 » : face à l’industrie « lourde » et aux gros moyens classique du capitalisme allemand, Emmanuel Macron entends jouer la carte de l’ultra-technique.

Au passage, on comprend très bien que le corollaire est que les ouvriers sont censés se plier aux exigences des « ingénieurs », pour relancer l’économie, en fait la restructuration du capitalisme. Les autres qui ne rentrent pas dans les plans… seront passés par pertes et profits.

Et tout cela va coûter beaucoup d’argent, énormément d’argent : 30 milliards d’euros sont déjà annoncés. Dans un capitalisme déjà à crédit, c’est un gros risque. Une partie des classes dominantes préférera ne pas le prendre et aller directement au conflit, avec la guerre plutôt que la restructuration.

Même si historiquement, on aura les deux si la table n’est pas renversée.

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Restructurations économiques

Les restructurations vont se multiplier

La vraie Gauche doit s’y opposer frontalement.

Le 7 octobre, relate Révolution permanente, le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire a choyé les entrepreneurs dans leur rôle dans la crise sanitaire et il a exprimé un grand optimisme :

« Nous avons mis en place tous les instruments nécessaires pour protéger les entrepreneurs français. La France va sortir plus forte de cette crise économique. »

Pourtant, comme le relate l’édition d’Octobre 2021 de la revue pdf Crise, la France n’a pas encore récupéré son niveau économique d’avant-crise. C’est espéré pour la toute fin d’année, et on voit mal comment le capitalisme français va sortir plus fort alors qu’il a reculé pendant une longue période, que le développement s’est enrayé en conséquence, tout en se retrouvant qui plus est avec des dettes littéralement colossales.

La raison de cet optimisme est cependant tout simple : les travailleurs ont continué de dormir, leur niveau de conscience est toujours lamentable. On en est au point où Yves Veyrier, le dirigeant de la CGT-Force Ouvrière, est obligé de se réjouir que le 5 octobre 2021, pour la mobilisation des fonctionnaires, il y a eu :

« plus de deux cents manifestations et, à chaque fois, les adhérents et drapeaux FO étaient là, même quand il a fallu affronter la pluie ».

Affronter la pluie est une gageure, alors affronter les capitalistes, n’en parlons même pas… Surtout qu’on parle en plus de fonctionnaires, ayant un emploi très largement assuré. Le confort petit-bourgeois, même s’il n’est parfois pas si confortable, envoûte les gens.

Reste qu’il y a une seconde étape qui s’ouvre désormais en conséquence : les restructurations. Puisque les travailleurs sont endormis, il y a d’autant plus d’espace pour leur faire payer les pots cassés. Les restructurations vont se multiplier, accélérant les situations de monopoles.

Elles ont lieu partout, avec plus ou moins de réactions des travailleurs. Il y a en ce moment une grève à Albertville (qui en appelle à la direction !) contre une restructuration à la Poste, il y a un plan de restructuration de trois ans chez Renault pour 2022-2024, il y a toute une série sans précédent d’acquisitions dans l’habillement et les chaussures (comme le rachat de Go Sport, de GAP et de 511 magasins Camaïeu par la Financière Immobilière Bordelaise)…

Et cela va être le grand thème de la prochaine présidentielle. Chaque candidat va représenter une forme de restructuration différente. Et il ne faut pas ici sous-estimer le candidat du PCF, Fabien Roussel, car même s’il y a des tensions PCF-CGT, leur ligne est exactement la même, comme en témoigne cette position de la CGT en octobre 2021 expliquant qu’il faut « développer l’industrie » :

« Le progrès social et l’intérêt général doivent guider l’État dans la planification d’un développement industriel qui vise à satisfaire les besoins de la population. Des investissements massifs, publics comme privés, doivent être affectés au développement des capacités productives.

Marie-Claire Cailletaud, co-responsable des questions industrielles au sein de la Confédération, rappelait que « les salariés sont les mieux placés pour dire ce qu’ils peuvent produire et comment ils peuvent le produire ». »

Ce discours est celui du PCF depuis les années 1970, avec le remplacement de la « dictature du prolétariat » par « l’autogestion » permise par la soumission du « capitalisme monopoliste d’État » grâce à des élections et des mobilisations populaires victorieuses. La CGT est l’expression de cette ligne, à moins que cela soit l’inverse et que le PCF soit le bras politique de la CGT, mais cela ne change rien au fond ici.

Ce qui compte, c’est de voir quelle est la position de la Gauche qui est nécessaire. Faut-il proposer une meilleure restructuration, une autre restructuration, pas de restructuration ou bien s’opposer frontalement aux restructurations, car le capitalisme a fait son temps?

Là est la question de fond, celle qui change tout. Parce que soit on aide le capitalisme, soit on ne l’aide pas, soit on cherche à le bousculer, soit on cherche à le faire tomber. Et dans une situation de crise cela se polarise vite en une alternative avec/contre le capitalisme.

Il faut donc suivre les restructurations qui se développent, les interpréter correctement et voir les positions des uns et des autres, qui révéleront dans quel camp ils seront, celui des capitalistes ou celui des travailleurs.