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« Le vélo des champs doit obtenir la même sécurité que le vélo des villes »

Communiqué de presse.

Voici un communiqué initié par l‘association « Mon vélo est une vie », qui fait un travail de longue haleine en ce qui concerne la sécurité routière à vélo. Il y est question du vélo sur les routes de campagne, qui est il est vrai bien souvent oublié, car toute l’attention à notre époque se porte sur les grandes métropoles.

Voici le communiqué datant du 31 janvier 2023, suite à un dramatique accident en Bretagne. Dramatique, mais nullement étonnant pour qui a l’habitude de circuler à vélo sur les routes de campagne françaises. Il y a sur ce sujet, comme tant d’autre, une véritable révolution culturelle à mener.

« Les cyclistes Français en danger de mort

Samedi 21 janvier 2023, sur la départementale 84 à Plouagat, un automobiliste alcoolisé a fauché treize jeunes cyclistes du Vélo Club du Pays de Guingamp.

L’automobiliste a percuté de front les coureurs qui roulaient en groupe et ensuite pris la fuite. Encore une fois, ces accidents en route de campagne ont impliqué des cyclistes sportifs en qualité de victime.

Plus de 60% des cyclistes trouvant la mort après un accident roulaient en dehors des villes. Ces cyclistes regroupent des pratiquants sportifs affiliés dans des fédérations aussi bien que des pratiquants en loisir.

La conséquence de cette insécurité peut entraîner une diminution des licenciés auprès des fédérations, qui ont la route pour seul terrain d’entraînement, une diminution générale de la pratique du vélo, qui est enjeu majeur de santé publique et des mobilités.

Nous comprenons l’inquiétude des parents qui confient leur enfant à une structure affiliée afin de pratiquer sur des routes de campagne ouvertes à la circulation.

Comment les rassurer lorsque l’on sait que chaque cycliste a peur de se faire percuter par l’arrière ? En effet, nombreux sont ceux qui mentionnent l’irresponsabilité de certains automobilistes qui ne respectent pas les distances de sécurité d’un mètre cinquante lors des dépassements.

Comment pouvoir les rassurer lorsque l’on sait que certains voudraient faire un strike d’un groupe de cyclistes? En effet, nombreux sont ceux qui pourraient témoigner de la dangerosité dont les chauffards font preuve au quotidien.

C’est pourquoi le vélo des champs doit obtenir la même sécurité que le vélo des villes.

Avec l’incitation du gouvernement aux mobilités douces, le vélo des champs doit obtenir la même sécurité que le vélo des villes. Que ce soit dans un but sportif ou de loisir, nous devrions pouvoir rouler sans avoir peur des délinquants de la route Nos futurs champions dont certains participeront peut-être aux Jeux Olympiques de Paris 2024, sont tout aussi concernés que les voyageurs à vélo ou tout pratiquant de loisirs.

C’est avec cette volonté que nous demandons aux Ministères des Sports et de l’intérieur d’organiser au plus vite un Grenelle de la mobilité en conviant les associations et les fédérations signataires de ce communiqué. L’objectif sera de rapidement établir une stratégie de sécurité afin de diminuer le taux de mortalité) sur les routes en cohabitant et en partageant au mieux la chaussée.

Signataires :

– Fédération Française de Cyclotourisme (FFVélo)

– Mon vélo est une vie

– 40 millions d’automobilistes »

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Grand succès des manifestations du 31 janvier 2023

Un triomphe pour la France réformiste.

Les manifestations du 31 janvier 2023 contre la réforme des retraites ont été un très grand succès. Selon les services des préfectures, 1,272 million de personnes sont descendues dans la rue. Les syndicats parlent de 2,8 millions de personnes.

Il y a même eu davantage de monde que le 19 janvier 2023. Les mobilisations ont été marquantes dans de très nombreuses villes, témoignant d’un vrai mouvement de fond. Grosso modo, en comptant large, il y avait 40 000 personnes au Havre, 20 000 à Perpignan, 35 000 personnes à Limoges, 45 000 à Lyon, 60 000 à Nantes, 22 000 à Rouen, 28 000 à Caen, 50 000 à Saint-Étienne, 80 000 à Toulouse, 200 000 à Marseille, 20 000 à Amiens, 30 000 à Montpellier, 40 000 à Grenoble, 70 000 à Lille, 30 000 à Brest, 10 000 à Angoulême, 4500 à Sète, 5 000 à Calais, 10 000 à Strasbourg, 25 000 à Nice…

Le mot d’ordre, malgré une grande portée de masses, est resté : il ne faut toucher à rien, et ce d’autant plus que tout se dégrade.

Pas d’envergure, pas d’ambition, et c’est d’autant plus criminel que de hauts représentants du régime ukrainien étaient invités à Paris et se sont vus remettre des cadeaux militaires. Les gens en France sont totalement à côté de la plaque et leur seul horizon, c’est leur vie privée avec la perspective de la propriété et de l’aisance matérielle.

On est ici en plein dans l’Occident corrompu, en décalage total avec l’Histoire du monde qui s’accélère.

Le seul horizon « politique » émergeant est soit le syndicalisme populiste, qui est allé jusqu’à couper le courant à des radars routiers (quelle honte !), soit le post-modernisme libéral-libertaire porté par les universités.

On est en plein dans l’Occident pourri, avec des gens sans aucune mémoire historique, sans culture des idées, dont les valeurs se baladent au jour le jour selon les aléas du 24h sur 24 du capitalisme.

Il faudrait faire un sondage pour voir combien de ces gens se font livrer des repas Uber et à quel rythme ils reçoivent des paquets d’Amazon. Ce qui est, à vrai dire, même pas nécessaire. Les gens vivent leur vie et ne voient pas de mal à ça. Et c’est vrai que pris individuellement tout le monde est sympathique.

Sauf que sur le plan personnel ce n’est pas ça… et qu’humainement c’est un désastre.

Il va en falloir des efforts pour décrocher du capitalisme !

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Ukraine : comment Arno Klarsfeld est devenu un fasciste

Quand on n’assume pas, on tourne mal.

Depuis quelques jours, il est parlé de-ci de-là d’Arno Klarsfeld, qui a mis en place une petite pétition appelant à la fin de la guerre en Ukraine. C’est une figure médiatique très connue depuis plusieurs décennies et sa pétition a eu un petit écho.

Arno Klarsfeld a initialement le parcours réussi typique de l’intellectuel de la bourgeoisie juive du 16e arrondissement de Paris, travaillant dans une banque puis un cabinet d’affaires. Mais fils de Serge et Beate Klarsfeld, il s’est tourné dans le combat contre l’antisémitisme, participant notamment au procès contre Paul Touvier. Sa carrière devint alors celle de l’avocat de l’association des Fils et filles de déportés juifs de France.

C’est pourquoi il est totalement décontenancé et scandalisé par les valeurs du régime ukrainien et sur son compte Twitter, il ne cesse de dénoncer la valorisation de Stepan Bandera et des bandéristes, historiquement des antisémites fanatiques. Ce qui l’a mis hors-jeu dans le contexte actuel où contre la Russie il s’agit de soutenir le régime ukrainien à 100%.

On reparle d’Arno Klarsfeld ces derniers jours, car il a donc mis en place une pétition pour que cesse le conflit en Ukraine. C’est là son travers bourgeois : il ne peut pas s’empêcher, même quand il a mis la main sur quelque chose de vrai, d’en faire trop, de se mettre en scène, etc. Médiatiquement, il est fameux pour son style engagé, narcissique et sincère-maladroit, d’ailleurs typique des « chalalas » c’est-à-dire de jeunes de la bourgeoisie juive parisienne.

Au lieu de continuer son travail démocratique de dénonciation du bandérisme, Arno Klarsfeld se place au niveau politique, qui le dépasse. Le texte de la pétition est ainsi très bref et très faux :

« Non à une 3eme guerre mondiale pour le Donbass

Les peuples ont soutenu l’union européenne parce qu’ils pensaient que cette union était garante de paix. Pourtant cette union semble nous entraîner dans un conflit généralisé qui dévasterait à nouveau le continent européen sans même rechercher un compromis dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui n’est pas membre de l’Otan, sans consulter les peuples de l’union. Nous nous y opposons. »

Le titre montre les illusions de la pétition, car nous ne sommes plus en 2021, désormais l’enjeu c’est l’Ukraine elle-même, Kharkiv, Odessa, Kiev. La pétition aurait eu un sens avant le conflit commencé en février 2022. Désormais tout a changé de niveau.

Nous qui avons annoncé le conflit en Ukraine six mois avant son commencement, nous savons de quoi il en retourne et non la question n’est pas le Donbass. La question c’est que le régime ukrainien bandériste veut détruire la Russie et est appuyé par l’Otan en ce sens. La Russie mérite une critique mais ce n’est pas le lieu ici, l’ennemi étant dans notre propre pays.

Arno Klarsfeld dit juste qu’il n’apprécie pas le régime ukrainien, qu’il craint la guerre mondiale. Il veut que tout cesse, car tout devient instable. Il ne disait pas la même chose auparavant, lui initialement un partisan de l’Union européenne et de l’Otan. En 2003 il avait publié un texte poético-politique dans le Monde (« Je suis pour la guerrre ») pour justifier l’invasion de l’Irak.

Il reprenait alors le discours américain comme quoi l’Irak avait des armes de destruction massive, et justifiait absolument tout, de l’intervention à la soumission à la superpuissance américaine :

« Je suis pour la guerre contre l’Irak parce qu’il est de l’intérêt vital des démocraties d’imposer la démocratisation au monde arabe par la force, comme les Alliés ont réussi à le faire en Allemagne et au Japon (…).

Je suis pour la guerre contre l’Irak parce qu’il devrait être du devoir de la France de faire bloc derrière une nation qui lui a permis de remporter la première guerre mondiale, de ne pas devenir nazie, d’être dans le camp des vainqueurs à la fin de la seconde guerre mondiale et ensuite de ne pas être subjuguée par l’impérialisme soviétique. »

Et qui valorise-t-il sa pétition mis en place? Le magazine de Droite ultra Valeurs Actuelles, le média d’extrême-Droite pro-Russie Omerta, le fasciste Michel Onfray.

Arno Klarsfeld est même passé à Sud Radio, l’un des principaux vecteurs de l’extrême-Droite. Lui-même ne peut pas ne pas le savoir. Il agit sciemment en ce sens.

La vérité, c’est que le changement de situation mondiale amène Arno Klarsfeld à se retrouver dans une situation incohérente. C’est un bourgeois juif et il ne peut accepter le bandérisme. Comment faire? Il ne peut pas, alors il rue dans les brancards.

Voici comment Marianne, également sur une ligne populiste à tendance fasciste, présente ironiquement la situation d’Arno Klarsfeld :

« L’avocat franco-israélien Arno Klarsfeld a longtemps eu pignon (médiatique) sur rue. Du temps de sa superbe, le fils de Beate et de Serge Klarsfeld, célèbres chasseurs de nazis, se rendait au Palais de justice en rollers avant de retrouver la jet-set.

Il fréquentait Carla Bruni, appuyait l’invasion de l’Irak par George W. Bush, se vantait de faire son service militaire en Israël et soutenait Nicolas Sarkozy.

Arno Klarsfeld était dans le camp du Bien, ce qui lui ouvrait bien des portes demeurées infranchissables pour d’autres. Aujourd’hui, il a disparu des écrans radars alors qu’il tient à propos de l’Ukraine des propos iconoclastes, ceci expliquant sans doute cela. »

Arno Klarsfeld se plaint ainsi du fait qu’il soit passé sous silence, mais c’est qu’il est incohérent dans son parcours historique. Tout aurait dû l’amener, comme Bernard-Henri Lévi, à passer sous silence le bandérisme et à soutenir le régime ukrainien.

Il ne le peut pas. Eh bien alors il fallait faire comme beaucoup de bourgeois juifs rompant avec leur classe et passant dans le camp du Socialisme. Les exemples ne manquent pas, à l’instar de Rosa Luxembourg en Pologne et en Allemagne, d’Otto Bauer le chef des sociaux-démocrates en Autriche, de l’Ukrainien Lazare Kaganovitch, etc.

Sa lutte démocratique contre l’antisémitisme et sa prise de conscience de la question animale le poussaient ainsi dans le bon sens.

Mais il veut être exposé médiatiquement et continuer à vivre comme un grand bourgeois. Il ne « comprend » alors pas pourquoi on ne l’utilise pas comme avant, et il le vit mal. Alors il bascule dans ce qui est une tentative de revenir à la situation d’avant en forçant les choses – c’est le fascisme.

C’est au fond un parcours typique d’intellectuel : à un moment où il faut faire un choix entre le fascisme et le Socialisme. Lui a choisi le fascisme, alors qu’il aurait pu choisir le Socialisme. Il avait compris les animaux, il a compris la guerre, mais il veut conserver son ego et son style, son mode de vie.

Tant pis pour lui. L’Histoire ne connaît pas de compromis et ceux qui prônent un compromis quand tout s’effondre sont des réactionnaires. Non, Arno Klarsfeld, il ne faut pas la paix – il faut la défaite du régime ukrainien et de l’Otan, et la déroute de l’Occident !

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Retraites : les Russes paieront !

Telle est l’alliance objective du syndicalisme et du capitalisme.

La bourgeoisie française va à la guerre, et veut entraîner le peuple avec elle. Le peuple, plutôt que de dire « non, on ne vous suivra pas », dit « on vous suivra, mais à condition que vous ne touchiez pas à ça, ça et ça ».

C’est ce qu’il faut retenir de la situation actuelle concernant l’opposition à la réforme des retraites. Non pas que s’opposer au recul des acquis sociaux soit une mauvaise chose en elle-même, mais dans le contexte historique actuel, ce n’est simplement pas pertinent. C’est passer à côté de l’essentiel pour se focaliser sur quelque chose de secondaire.

La France est en guerre contre la Russie, malgré son discours prétendant qu’elle ne l’est pas. L’attaque contre les acquis sociaux, ici le droit à la retraite, est une façon pour la bourgeoisie française de soumettre l’économie aux besoins de la guerre en cours, et à venir car les choses vont empirer.

L’armée française augmente d’un tiers son budget et il faut bien prendre l’argent quelque part.

Les Français, trop effrayés de voir leur niveau de vie reculer pour s’occuper d’autre chose que du maintien du statu quo, du « comme avant » la crise, acceptent de leur côté de laisser les va-t-en-guerre de l’OTAN s’occuper de l’Ukraine et de la Russie du moment que ça ne chamboule pas leur quotidien au sein du capitalisme.

Dans l’état actuel des choses, le mouvement contre la réforme des retraites converge tellement avec le capitalisme français que cela revient à dire : les Russes paieront les retraites.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que s’opposer à la réforme des retraites ne revient pas à s’opposer au capitalisme et à la guerre. Ces deux oppositions peuvent se rejoindre – mais elles peuvent également s’opposer.

Si on s’oppose à la réforme des retraites en adoptant le point de vue occidental, celui du prolétariat corrompu par le capitalisme, du point de vue syndical, alors c’est du social-impérialisme.

Cela revient plus qu’autre chose à soutenir un mode de vie dépassé et qui n’est plus en phase avec la réalité, car l’humanité et les travailleurs ont besoin non plus d’acquis sociaux arrachés aux capitalistes, mais d’arracher le pouvoir aux capitalistes directement.

À l’aube de la troisième guerre mondiale, il s’agirait en réalité avant tout de se focaliser sur le capitalisme, la bourgeoisie et les militaires et tous ceux qui les servent, car il n’est plus temps de s’occuper de quoi que ce soit d’autre.

Si l’occident parvient à gagner la guerre contre la Russie, alors les capitalismes des différents pays de l’OTAN connaîtront un second souffle grâce à la souffrance des travailleurs des pays vaincus, découpés, partagés et soumis à leurs intérêts.

Ainsi, l’humanité continuera de foncer dans le mur. Plus que sauver les retraites au sein du capitalisme, il devrait s’agir de faire tomber l’occident, le capitalisme, et de cheminer vers le socialisme.

Chercher à protéger les retraites et se contenter de ça sans élargir l’horizon de ses idées au delà, à ce jour et dans ce contexte historique, c’est accepter la guerre et le futur démantèlement de la Russie pour des intérêts privés et pour une préservation d’un confort de vie qui ne peut de toute façon pas persister dans le capitalisme.

C’est là le problème fondamental dans la matrice même du mouvement contre la réforme des retraites.

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Réussite de la grève réformiste – capitaliste du 19 janvier 2023

Ce n’est pas de la lutte de classe.

Avant, les réformes étaient voulues par la Gauche afin d’améliorer la situation, en attendant mieux… Désormais, le réformisme c’est vouloir maintenir les acquis du capitalisme à visage humain.

Cela au mépris du fait que la vie quotidienne dans le capitalisme est insupportable et que cela se fait aux dépens du tiers-monde ! Mais on sait que les travailleurs français corrompus veulent eux aussi être propriétaires ou le devenir.

La lutte contre la réforme des retraites a donc bien pris en France, avec entre un et deux millions de manifestants le 19 janvier 2023 en France.

Comment pourrait-il en être autrement? Les Français sont satisfaits de leur mode de vie. Ils sont contents d’être des occidentaux. Ils savent qu’au niveau mondial ils sont des profiteurs.

Ils savent aussi que les bourgeois exploitent les prolétaires en France, mais bon ça passe. Le niveau de vie est suffisant.

Alors que ce soit un ou deux millions de manifestants, à vrai dire peu importe, car inversement l’opposition à l’OTAN en France, c’est quelques dizaines de personnes.

Le rapport de force est clair, le choix de la société française aussi. La manifestation du 19 janvier 2023 n’est pas à lire autrement que comme une expression réformiste au sein du capitalisme, et certainement pas contre lui.

D’ailleurs, le mouvement est totalement syndicaliste, il n’y a aucune expression d’autonomie ouvrière par rapport aux institutions.

Il y a même par endroit une large masse en mouvement, sans qu’aucune radicalité quelconque ne s’exprime.

Il y a ainsi eu 44,5% de grévistes chez EDF, et des chiffres au moins aussi forts à la SNCF avec un pic à 80% chez les agents de conduite. La grève a été encore plus forte dans le primaire, les collèges et les lycées. Il y a eu également des grèves dans le privé, dans le secteur de la pétrochimie.

Bref, c’est une réussite très significative par endroits, pour autant cela ne produit strictement rien niveau contestation du capitalisme. Et il ne peut pas en être autrement.

Un « autre partage des richesses » : voilà bien le masque du réformisme qui oeuvre seulement à profiter davantage du gâteau occidental.

Vivement que cet occident soit en déroute !

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« Que vaut la vie de Morgan puisque rien ne change ? »

« Tous complices. »

Voici le communiqué du collectif Un jour un chasseur suite au procès du chasseur ayant tué Morgan Keane. Ce collectif a été fondé par des amis à lui et relaie régulièrement des témoignages de comportements abusifs liés à la chasse.

« Que vaut la vie de Morgan puisque rien ne change ?

Aujourd’hui, quatre jours seulement après les annonces du gouvernement d’un “plan chasse” vide de mesures réellement efficaces, a été prononcé le verdict du procès de Julien Féral et Laurent Lapergue, les deux chasseurs jugés pour la mort de notre ami Morgan, le 2 décembre 2020.

Alors que l’opportunité avait été donnée au tribunal de prononcer des peines exemplaires et fortes, les réquisitions du procureur n’ont été suivies qu’en partie (six mois fermes et une interdiction de chasser à vie pour les deux chasseurs) :

Julien Féral, le tireur, a été condamné à 2 ans de prison avec sursis et une interdiction de chasser à vie.

Laurent Lapergue a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et un retrait de permis de chasser pendant 5 ans.

La fédération des chasseurs du Lot a été reconnue partie civile et touchera un euro à titre de dommages et intérêts.

Aucun des deux chasseurs ne mettra un pied en prison, et le directeur de la battue qualifiée de « désorganisée et loufoque » par l’avocat des parties civiles pourra reprendre les armes en toute légalité d’ici cinq ans.

Et pourtant, lors du procès qui s’est tenu le 17 novembre dernier, Laurent Lapergue a répété, avec aplomb et sans jamais se remettre en question, que la battue était « parfaitement maîtrisée » et qu’il n’avait commis aucune erreur, malgré les faits qui l’accablent.

Peut-on accepter qu’un homme qui a omis de faire respecter des règles de sécurité élémentaires alors qu’il en avait la responsabilité et qui estime avoir suivi la procédure habituelle, puisse, dans quelques années, tenir à nouveau une arme entre les mains ?

Nous prônons le retrait définitif du permis de chasser pour tout chasseur ayant commis une négligence, que celle-ci ait entraîné ou non la mort ou des blessures. Lorsqu’on a dans les mains une arme mortelle à plus de trois kilomètres, on n’a pas le droit à l’erreur.

Chasser n’est pas un droit, c’est un loisir non nécessaire qui ne justifie en aucun cas de mettre en danger la vie d’autrui.

Ce serait trop simple de laisser seul sur le banc des accusés l’auteur du tir qui a tué Morgan.

Comme l’a souligné le procureur de la République lors du procès, « si Julien Féral a appuyé sur la gâchette, Laurent Lapergue lui a tenu le canon. » Mais ce ne sont pas les seuls responsables.

Que dire en effet du ministère de l’Écologie qui avait autorisé la chasse par dérogation en plein confinement et qui continue de refuser de prendre de vraies mesures pour protéger les Français ?

De l’État, qui investit des amateurs d’une mission d’intérêt général au prétexte de devoir réguler les populations d’ongulés, tout en se pliant aux exigences du lobby des chasseurs, en méprisant la volonté de plus de 80% de la population ?

Du ministère de l’Intérieur, qui autorise la détention d’armes de chasse, sans contrôle de l’aptitude physique et psychologique ni des compétences de maniement de leur possesseur ?

Du laxisme du gouvernement et des juges, qui ne condamnent toujours pas les chasseurs à la hauteur des délits commis ?

Tous complices. »

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Le chasseur qui a tué Morgan Keane n’ira pas en prison

L’impunité est totale.

Le 2 décembre 2020 en fin d’après-midi, un chasseur tuait Morgan Keane, Franco-Britannique de 25 ans. Le jeune homme était derrière chez lui, sur son terrain situé dans un hameau à Calvignac dans le Lot, à couper du bois. Le chasseur, venu de l’Aveyron pour participer à une battue, a volontairement tiré sur Morgan Keane, car il l’avait pris pour un sanglier.

C’est une faute grave, très grave, mais pas suffisamment grave du point de vue de la Justice française, qui considère que cela ne mérite pas de prison. Le tribunal correctionnel de Cahors a en effet rendu sa décision jeudi 12 janvier 2023 : deux ans de prisons avec sursis, autrement dit rien du tout ! La prison avec sursis, cela signifie pas de prison du tout.

Bien sûr, le chasseur est interdit de chasse à vie, mais c’est là la moindre des choses. En réalité, c’est une condamnation pour la forme, qui répond évidemment à une motivation politico-culturelle. En France, la chasse est sacrée, alors il est hors de question d’attaquer ses bases, ses fondements.

Si la Justice condamnait sévèrement, alors elle ébranlait tout l’édifice de la chasse en France, reconnaissant de fait qu’il s’agit d’une activité dangereuse pour la société, et pas seulement pour les animaux.

Alors, du point de vue du tribunal correctionnel de Cahors, il a été considéré qu’il s’agissait d’un accident, que le prévenu n’était coupable finalement que d’une négligence malheureuse et qu’une petite peine « pour la forme » était suffisante. Ainsi la chasse est préservée, sa nature n’est pas remise en cause.

D’ailleurs, il s’agissait d’un tribunal correctionnel, donc pour juger un délit. Pourtant, il aurait fallu une cours d’assise, pour juger un crime.

Faire usage de son arme ainsi, sans avoir « bien identifié la cible » comme l’a reconnu le prévenu à l’audience, est criminel. On ne peut pas considérer que la conséquence de cet acte soit simplement accidentelle… A moins de sanctuariser la chasse, de considérer qu’il faille absolument laisser des tas de gens à peine formés se balader avec des armes dans les campagnes pour tuer des animaux, quitte à ce qu’il y ait de rares accidents avec des humains.

Du côté du procureur, censé représenter les intérêts de la société, on retrouve la même mansuétude à l’égard du chasseur ayant tué Morgan Kean. Seulement 6 mois de prison ferme avaient été requis.

En ce qui concerne l’organisateur de la chasse ce jour-là, on retrouve exactement la même impunité. La Justice reconnaît la faute du directeur de chasse, soulevant de nombreuses irrégularités dont le fait d’avoir posté là où il était le chasseur ayant tué Morgan Kean. Elle considère que cela doit être condamné, mais pareillement, seulement à de la prison avec sursis (18 mois), donc pas de prison du tout.

Son permis de chasse ne lui est d’ailleurs pas définitivement retiré : dans 5 ans, il pourra retourner dans la nature avec son fusil pour tuer des animaux. De toutes façons, cette personne considère, comme expliqué devant le juge, que ce jour-là la battue qu’il dirigeait était tout à fait maîtrisée… Rien que pour avoir dit cela, il mériterait de la prison!

Ce jugement est clairement odieux, proprement scandaleux. Mais il est dans l’ordre des choses. La Justice française est à l’image de la société française. Molle, formaliste, tournée vers le passé, incapable d’envergure culturelle, ni de profondeur morale, en particulier lorsqu’il s’agit du rapport aux animaux, à la Nature.

Il faut le dire : la chasse est une arriération qu’il faut abolir, tant pour les animaux que pour le vivre-ensemble dans les campagnes. Morgan Keane ne fût pas une simple victime collatérale de cette activité, il est la victime d’un vieux monde ignoble qu’il faut dépasser le plus vite possible pour rentrer enfin dans le futur, celui du Socialisme, celui du dépassement de la contradiction entre les villes et les campagnes, entre l’humanité et la Nature !

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L’aide médicale à mourir, ou l’échec de la société face à la dignité

La vie n’est pas une variable d’ajustement.

Depuis décembre 2022 la convention citoyenne sur la fin de vie a débuté en France. Elle est pilotée par le CESE, Conseil Économique Social et Environnemental.

Jusqu’à mars 2023, 150 citoyens tirés au sort devront débattre du sujet de la fin de vie et apporter des éléments de réponse à la question suivante :

« Le cadre de l’accompagnement de la fin de vie est-il adapté aux différentes situations rencontrées ou d’éventuels changements devraient-ils être introduits ? »

C’est une question vaste qui mérite un débat de fond.

Dans le capitalisme les personnes en fin de vie sont un fardeau, elles ne produisent plus rien mais ont besoin d’énormément d’attention et donc de moyens. On arrive dans une situation où on laisse les malades dans des chambres d’hôpital, isolés du reste de la société. Une vie se résumant à se voir se dégrader entre 4 murs pâles, aux sons des bips des machines, des soignants qui courent et qui n’ont pas le temps nécessaire à un accompagnement réellement humain. La plus grande crainte des personnes se sachant condamnées c’est finalement d’être en dehors de la vie, de ne plus pouvoir faire ce qu’elles faisaient auparavant et d’être un poids financier et émotionnel pour leur famille et la société.

C’est pourquoi l’argument principal des pro-euthanasie ou du suicide assisté est la liberté pour chacun de quitter une vie qui ne ressemblerait qu’à un enfer, bien souvent en mettant en avant les souffrances physiques ou psychologiques des gens. Il faut comprendre qu’ils ne souhaitent pas mourir mais simplement ne plus souffrir.

C’est tout à fait différent.

A l’heure de la réalité virtuelle et des avancées technologiques en matière de robotique, tout les moyens doivent être donnés pour que ces capacités soient mises aux services des personnes malades bien avant d’en être au stade de la fin de vie.

Une expérience virtuelle immersive de vol avec des oiseaux migrateurs, l’ascension d’une montagne, une visite des profondeurs marines ou encore une longue ballade dans un champs fleuri au printemps, les possibilités sont immenses.

Ce qu’il faut aussi prendre en compte, c’est l’état de l’hôpital en France qui manque inimaginablement de moyens, et que la prise en charge des personne en fin de vie demande des investissements colossaux tant en matériels qu’en personnels, pour pouvoir aller se balader dans les villes ou la nature peu importe la mobilité des personnes, des gens avec qui discuter de ses questionnement, de ses craintes.

Car si pour l’entourage la fin de vie d’un proche est une terrible épreuve, n’oublions pas que la personne concernée a tout le travail de deuil de sa propre vie à faire, en toute connaissance de cause et avec moult détour.

Accepter l’aide médicale à mourir c’est laisser gagner la souffrance et refuser la complexité de la vie, sa dignité quoi qu’il arrive. Voulons-nous vraiment foncer tête baissée dans l’optique que la vie n’est qu’un paramètre à ajuster ?

Les libéraux diront que oui, le chemin qu’ils tracent vers la GPA en est la preuve.

La question est de savoir quelle place consacrer au handicap et la maladie dans notre société. Chacun, peu importe sa condition, doit pouvoir participer à la production que ce soit matériellement ou culturellement et bénéficier de tout ce que la collectivité peu nous apporter, comme par exemple DJ Pone, atteint de la Maladie de Charcot, qui a réussi à composer un album entièrement avec ses yeux grâce à un logiciel adapté.

A l’heure du Covid où l’humanité s’est heurtée à sa contradiction avec la biosphère et où la population française se vautre dans l’individualisme, le devoir de la Gauche historique est de défendre une société où chacun a sa place et a la possibilité de s’épanouir quoi qu’il arrive…

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Le conseil d’État s’aligne sur les capitalistes du CBD

C’est une victoire du turbocapitalisme.

Il n’aura fallu qu peu de temps pour que la France s’aligne totalement sur les règles du marché du CBD édictées par l’Union européenne.

Né quelques part dans les années 2010, ce marché avait pris un essor rapide ces dernières années, à tel point que cela avait engendré des remous juridiques.

Et pour cause… Le CBD est une molécule, le cannabidiol, qui est contenue dans certaines fleurs de chanvre de l’espèce Cannabis sativa.

Lié à la grande question du cannabis, il pose donc question aux plans sanitaire et psychologique, et cela d’autant plus que l’Union européenne autorise la vente et la commercialisation de la fleur en elle-même, qui peut donc être fumée comme le sont les fleurs de cannabis contenant du THC, autre molécule du chanvre.

Ces dernières années, la grande bataille des petits boutiquiers du CBD a résidé dans le fait d’avancer que le CBD était une molécule non-psychotrope mais ayant des propriétés apaisantes, par conséquent bien différente de la substance hallucinogène du THC.

Mais en réalité, personne ne sait vraiment s’il n’a pas d’impact sur la santé en général et d’ailleurs il serait bien stupide de penser l’inverse à partir du moment où est inhaler une fumée issue d’une combustion, par nature mauvaise pour le système respiratoire. Quel délire d’ailleurs que de rajouter des variantes de fumette quand on voit les ravages causés par l’industrie du tabac.

Mais en plus de cela, un rapport de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives montrait que le cannabidiol agissait bien sur les récepteurs du cerveau de la sérotonine et la dopamine, avec des effets de sédation et de somnolence.

Plus inquiétant, le CBD est une substance qui n’est pas « inerte pharmacologiquement », c’est-à-dire qu’elle peut interagir « négativement » avec d’autres médicaments immunodépresseurs, anticoagulants ou contre l’épilepsie, cela alors même que le CBD est justement présenté comme pouvant être utilisé en automédication pour soulager des maladies présentant ces symptômes.

Pour ces raisons, une bataille juridique était engagée depuis l’affaire Kanavape en 2014, où un petit boutiquier fut ensuite condamné justement pour vente d’une cigarette électronique au CBD.

Mais en 2020, la cour de justice de l’Union européenne disait que cette interdiction était contraire aux règles de commercialisation sur le marché commun… avant que, le gouvernement français maintienne l’interdiction de vente des fleurs et des feuilles avec un arrêté interministériel le 20 décembre 2021.

Car la législation française est très stricte à ce sujet : oui à la culture agricole, à l’usage des graines et aux dérivés des fibres pour usage alimentaire, non à la vente des fleurs et des feuilles brutes, quel que soient leur format.

Mais c’était sans compter sur la mobilisation de tout le secteur du CBD autour de l’Union des professionnels du CBD, alliée à la très nauséabonde Confédération des buralistes, qui demandèrent dès janvier 2022 un recours suspensif et un recours sur le fond auprès du Conseil d’État.

Le Conseil d’État a donc tranché en faveur des capitalistes : l’interdiction est jugée « disproportionnée », le CBD aurait de surcroît des « effets contractants et relaxants » et « anticonvulsivants » et des tests existeraient pour contrôler les consommateurs et discriminer consommation de THC et de CBD.

C’est un alignement complet sur l’arrêté de la Cour de justice de l’Union Européenne, et une négation de l’arrêté gouvernemental et des précautions sanitaires édictées par la MILDECA.

Mais peu importe car en réalité, tout était joué d’avance, entre laisser-aller sur l’ouverture de « shops CBD », existence d’une filière chanvre française (pour d’autres débouchés) et chantage aux propriétés médicales (même s’il y a déjà des médicaments à base de CBD disponibles sur ordonnances).

Tout était déjà tellement bien ficelé qu’à la mi-novembre, le groupe écologiste au Sénat faisait approuvé à la majorité une résolution pour le développement de la filière chanvre en France, avec pour toile de fond la question de la consommation de fleurs de CBD.

Car si on utilise depuis extrêmement longtemps le chanvre dans le textile, la construction, la pharmacologie, tout cela n’est plus suffisant et il faut bien continuer à élargir les marchés, d’autant plus que la France en est un grand producteur. Relancer le capitalisme, coûte que coûte, vaille que vaille et peu importe les effets sanitaires à long terme.

Les gens les plus attentifs ne sont pas dupes et savent que tout cela n’est que le prélude à une légalisation plus générale, incluant le cannabis récréatif à l’instar du gouvernement allemand qui vient d’ouvrir la brèche. Pour la France, il faut un sas pour faire accepter la pilule à l’opinion publique et le CBD remplit parfaitement ce rôle de d’incubateur culturel.

Et derrière, ce sont surtout les buralistes qui applaudissent des deux mains, trop contents d’envisager sereinement une compensation de la baisse de la consommation de tabac pour continuer à vendre des tas de sortes de poisons, mais aussi les petits boutiquiers du CBD qui se pensent à la tête d’une « cause » alors qu’ils ne sont que les valets du turbo-capitalisme.

Alors même que plusieurs enquêtes montrent que la jeunesse consomme moins d’alcool et de cannabis ces dernières années, notamment depuis la pandémie de Covid-19, le turbo-capitalisme est là comme un rouleau compresseur pour anéantir tout élan moral.

Pourtant, si l’on a besoin d’une chose en notre époque, ce ne sont pas sédatifs pour nous « apaiser », fussent-ils parés de « modernité », mais bien d’un lucidité pour regarder le réel en face, pour mieux se rebeller.

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Il ne s’agit pas d’être « pour » ou « contre » les coupures d’électricité

On se situe au niveau de la civilisation elle-même.

L’annonce de coupures d’électricité par le gouvernement, avec un plan détaillé à ce sujet envoyé à toutes les préfectures, devrait normalement interpeller les gens sur la situation de blocage que vit l’humanité. Mais, cela semble passer comme tout le reste, et c’est normal car il y a là un problème complexe qui exige un niveau de conscience adéquat.

Quand on y réfléchit raisonnablement, on se dit qu’on ne peut ni être « contre », ni être « pour » les coupures d’électricité. On voit d’ailleurs ici combien le populisme style gilet jaune renforce la logique pragmatique de la bourgeoisie qui gère les choses en fonction d’une société minée par une crise profonde.

Pour les populistes, il ne s’agit que d’une « mauvaise gestion » due à deux hommes, François Hollande puis Emmanuel Macron. Par miroir inversé, le gouvernement peut facilement s’appuyer sur la réalité de la guerre en Ukraine, mais aussi et surtout sur l’impact qu’a eu la pandémie sur la maintenance des centrales nucléaires pour dire que le problème vient de là. À « la mauvaise gestion » répond la « gestion du cours des choses ».

Au centre de ce débat, les gens normaux restent désemparés. Il a été compris qu’on avait affaire ici à un problème d’une grande complexité où s’entremêlent de nombreux aspects. A ce titre, il ne faut pas écouter la bourgeoisie qui nous parle d’une succession de crises pour mieux masquer le fait que c’est une seule et même chose qui s’appelle la crise générale du capitalisme en ce début de XXIe siècle, et qui va donc en fait marquer tout ce siècle.

De quoi relèvent les coupures d’électricité ? D’une mauvaise gestion ou d’une nécessité liée à une « conjoncture » ? Évidemment, cela n’est ni l’un ni l’autre : les coupures d’électricité, c’est l’expression émergée du crash du capitalisme, en tant que mode de production apte à reproduire la vie quotidienne des gens.

Derrière les multiples causes que sont la guerre en Ukraine et l’inflation du prix du gaz qui impact, en tant que dernier moyen de production mobilisable pour fournir de l’électricité, le prix général de l’électricité, la sécheresse estivale comme expression de l’écocide qui mine les réservoirs des barrages d’hydroélectricité, sources essentielles pour faire face aux pics de consommation hivernale, et le retard de maintenance de centrales électriques due à la pandémie, il n’y a pas une accumulation d’aspects, mais un seul et même problème qui s’exprime à travers divers phénomènes.

Cet aspect central, c’est le fait que le capitalisme se heurte à son propre blocage historique, blocage qui lui est propre car c’est bien sa dynamique d’accumulation qui a fait entrer l’humanité dans ce mur et continue à le faire en forçant le cours des choses.

C’est finalement la même chose qu’au début de la pandémie, où le confinement était critiqué par certains comme une « gestion du moyen-âge » alors même qu’il ne s’agissait pas de savoir si l’on était pour ou contre, car telle était dorénavant la situation, exigeant d’y faire face, mais de comprendre comment et pourquoi une telle situation minait l’humanité toute entière.

Et comme pour les coupures d’électricité, on trouvait là concentré en lui le réchauffement climatique, la destruction de la nature, l’enfermement et l’anéantissement des animaux, l’asphyxie de la grande ville, etc.

C’est bien là qu’on voit qu’il y a une continuité historique entre les effets de la pandémie et la cause des coupures d’électricité, renvoyant aux oubliettes la logique d’explication de « cause à effets ».

Le rapport bancal de l’Humanité a amené à la situation d’une pandémie historique, bloquant l’ensemble de la production mondiale qui, pour redémarrer dans un cadre capitaliste, donc marchand, a connu des distorsions majeures.

Distorsions qui sont le terrain à l’accentuation d’antagonismes entre puissances, donc à la tendance à la guerre de repartage… mais aussi à des pénuries en tout genre, y compris de main d’œuvre qui minent le travail de maintenance alors même que l’écocide s’exprime toujours plus, comme les canicules et sécheresses majeures de l’été 2022.

Les potentielles coupures d’électricité de l’hiver 2022-2023 ne sont donc pas un « nouveau » phénomène après la pandémie, puis après la guerre en Ukraine et à côté du réchauffement climatique, mais l’expression nouvelle d’un même phénomène, celui de la crise générale du capitalisme.

De fait, les coupures d’électricité ne posent pas la question formelle « pour ou contre », mais bien une problématique d’ordre civilisationnel de type : « comment faire pour ne plus arriver dans une telle situation ? ».

De plus, il est fort à parier que l’anarchie du capitalisme associée à la décadence toujours plus prononcée des couches dirigeantes, cette autre expression de la crise générale, vont donner, si elles ont lieu, une tournure ubuesque à ces coupures d’électricité…

La Gauche historique se doit d’être à la hauteur de sa responsabilité en posant le problème au niveau de la civilisation humaine elle-même et non pas se ranger derrière la critique populiste, ou bien derrière un pragmatisme « de gauche » proposant une « autre gestion » plus « équitable », plus « rationnelle » etc.

On ne peut ni être pour, ni être contre les coupures d’électricité, mais on se doit d’élever le niveau de conscience pour embarquer l’Humanité dans la nécessité d’une nouvelle civilisation qui s’épargnera à l’avenir les régressions qu’elle éprouve depuis maintenant trois ans et qu’elle ne va manquer d’endurer si elle ne s’émancipe par du cours des choses.

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« L’oligarchie financière »

Ce qu’elle est, ce qu’elle n’est pas.

Il existe dans la société des flibustiers de la finance et il est important de les définir adéquatement. Dans l’article « L’affaire Norman témoigne que les youtubeurs sont des déréglés« , il est par exemple noté comment le vrai patron, en ligne droite, du youtubeur Norman, est un milliardaire.

Il est dit de ce youtubeur :

« Ses productions relèvent de Webedia, un groupe de médias français employant 2400 personnes. Et Webedia est une filiale de Fimalac, un monopole s’occupant du divertissement, de l’hôtellerie de luxe, d’immobilier, etc.

Le propriétaire de Fimalac est le milliardaire français Marc Ladreit de Lacharrière, dans le top 30 des plus riches Français, qu est l’administrateur du club Le Siècle et président du comité français du club Bilderberg.

Il y a ainsi une ligne droite allant de Norman le youtubeur qui a l’air sympa et l’oligarchie financière. »

Les relectures avant publication ont porté l’attention sur l’emploi des termes d’oligarchie financière, et plutôt que de rajouter des lignes pas forcément opportunes à ce sujet dans l’article, il a été jugé plus utile de faire partager la réflexion à ce sujet.

Il y a deux inquiétudes qui se sont exprimées en effet. La première touche directement à l’emploi du mot oligarchie. Comme on le sait en effet, les démagogues emploient régulièrement ce mot, afin de cacher l’existence de la bourgeoisie.

Jean-Luc Mélenchon de La France insoumise dénonce ainsi toujours l’oligarchie qui dominerait la France. L’extrême-Droite est friande d’une approche similaire, même si historiquement elle parle de « ploutocratie », afin d’éviter d’avoir à employer le mot oligarchie.

Une oligarchie consiste en effet en la domination d’un groupe restreint de gens, et l’extrême-Droite n’est pas contre le principe, au nom d’un « esprit aristocratique » (en fait mythomane ou reflet d’une oligarchie réelle).

La seconde inquiétude porte sur la définition des couches sociales. Ne vaut-il pas mieux en effet parler de la grande bourgeoisie, ou bien éventuellement de la très haute bourgeoisie?

Regardons ce qu’il en est en commençant avec une peinture illustrant bien le concept d’oligarchie : La fin, de Mikhail Vasilevich Kupryaniv, de 1951 (donc de l’époque du réalisme socialiste).

Ce tableau a une portée réaliste, car il montre la fin décadente d’une couche très restreinte de la société prétendant former une élite. Le caractère chaotique de la scène tranche ici avec le raffinement ou le pseudo-raffinement des objets présents.

C’est important, car une oligarchie, lorsqu’elle existe, est vraiment en rupture matérielle avec le reste de la société. L’oligarchie, lorsqu’elle triomphe dans le capitalisme comme par exemple dans l’Allemagne de Hitler, tient à des centaines de personnes.

Pour la haute bourgeoisie, on parle de milliers de personnes, pour la grande bourgeoisie, de dizaines de milliers de personnes, pour la bourgeoisie aisée de centaines de milliers de personnes.

L’oligarchie a des moyens que n’a pas le reste de la société. Quelqu’un de la haute bourgeoisie, ou même de la grande bourgeoisie, peut aisément prendre un hélicoptère ou un jet privé comme moyen de transport, ou s’acheter une Lamborghini.

Quelqu’un de l’oligarchie ne peut pas le faire : il doit le faire.

Quelqu’un de la haute bourgeoisie, ou même de la grande bourgeoisie, peut chercher à tout prix à influencer l’État et ses décisions. Quelqu’un de l’oligarchie doit le faire.

Il y a, dans l’existence de l’oligarchie, non pas simplement une mise à l’écart, mais un mur infranchissable avec le reste de la société.

C’est la raison pour laquelle la stratégie de Front populaire a été mise en place dans les années 1930. Le fascisme, c’est la prise du pouvoir de la plus haute bourgeoisie formant une oligarchie. La réponse est l’unité populaire pour former une démocratie populaire.

Dans le capitalisme libéral, il n’y a pas la domination d’une oligarchie. L’oligarchie ne se constitue dans le capitalisme que lorsque la concurrence cède la place aux monopoles dans la majeure partie de l’économie, que ceux-ci prennent le contrôle direct de l’appareil d’État. Une oligarchie se constitue alors durant ce processus et se cimente avec le fascisme.

Le socialiste hongrois émigré à Paris József Diner-Dénes écrit ainsi avec raison dans le quotidien de la SFIO Le Populaire du 24 avril 1927 que :

« Pour comprendre la politique intérieure, et même extérieure du Japon, il faut comprendre sa structure politique et sociale. Aujourd’hui, comme dans le passé, c’est l’oligarchie des anciens grands clans qui domine. »

Par contre, les sociologues pseudo-populaires Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ont totalement tort d’expliquer en 2021 dans le quotidien bourgeois Le Monde que « Nous vivons sous le régime de l’oligarchie financière ».

Si c’était vrai, la France aurait un régime fasciste, et les monopoles prédomineraient entièrement. Ce n’est pas le cas. Pas encore.

De plus, l’oligarchie que met en place le fascisme, comme fusion de la tête de l’État et de la plus haute bourgeoisie, sous la direction de cette dernière, n’est pas simplement une « oligarchie financière », malgré les mots utilisés. C’est une oligarchie industrialo-financière, le second aspect étant principal.

Lénine, par exemple, dans son fameux ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, note comment l’oligarchie financière l’emporte sur les autres variantes de capital, non pas à l’écart de l’économie, mais en en prenant le contrôle.

Il n’y a pas d’un côté l’industrie qui souffre et de l’autre les vilaines banques. Cela, c’est le national-socialisme qui le prétend. Dans le capitalisme devenant monopoliste, l’industrie fusionne avec le capital financier, ce dernier étant l’aspect principal dans le processus.

Dans le cas du youtubeur Norman par exemple, c’est l’entreprise Webedia qui s’occupe de lui. C’est l’aspect industriel. Mais l’entreprise appartient à une autre entité, totalement aux mains d’une seule personne. C’est la dimension financière.

C’est une réalité industrialo-financière.

Et cette personne qui possède l’entreprise (financière) qui possède l’entreprise (industrielle) est milliardaire, faisant partie de la base très étroite de gens ayant un capital démesuré en leur possession. C’est l’oligarchie financière.

Ses membres ne vivent pas comme des grands bourgeois, et leurs ambitions sont autres d’ailleurs. C’est une couche sociale portée par l’accumulation du capital, elle va toujours plus prendre les contrôles de l’économie et de l’État, elle va prendre le pouvoir avec le fascisme et systématiser la tendance à la guerre, à moins de l’empêcher.

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Le président Macron et la coupe du monde

Les Français ont le Président qu’ils méritent.

La France avait déjà eu beaucoup de mal avec Nicolas Sarkozy qui cassait les codes classiques, qui assumait une certaine vulgarité. Cela ne passait pas.

C’est encore pire avec Emmanuel Macron, qui cette fois a poussé le bouchon bien trop loin à l’occasion de la finale de l’équipe de France de football au Qatar. Il s’y était déjà rendu une première fois pour la demi-finale ; son double voyage a coûté rien que pour le transport 31 SMIC et 53 ans de l’empreinte carbone moyenne d’un Français.

Déjà, cela fut propice à un show grossier, populiste, régressif, mis en scène dans une vidéo officielle hallucinée.

Dans une auto-mise en scène grotesque à la suite de la finale perdue par la France, il est descendu sur les terrain parler directement aux joueurs. Notamment à Kylian Mbappé, qu’il a pris dans ses bras, lui parlant directement à l’oreille, lui grattant la tête.

C’est incorrect, car c’est une intrusion illégitime dans l’intimité d’un homme. Le joueur et le Président français ne se connaissent pas personnellement, le Président français n’ayant au sens strict rien à voir avec l’équipe de football. Il n’avait certainement pas à intervenir ainsi, tel un enfant gâté voulant son petit moment auprès de la star de football.

Et cela a marqué les Français, pour qui le statut présidentiel exige une haute dignité, une certaine distance. Il y a à la fois une dimension réactionnaire, très monarchique – napoléonienne, et une dimension culturelle, où le représentant des Français doit être français donc posé, cartésien, savoir raison garder.

Emmanuel Macron n’en a rien faire, il s’est cru le devoir d’exister, donnant même l’impression d’être en transe, cela sans aucune dignité, non pas seulement personnellement, mais en tant que Président. Et ce n’est pas la première fois.

Les Français ont donc tout perdu avec la crise ; ils ont perdu l’âge d’or du capitalisme triomphant, ils ont définitivement perdu la capacité à produire un éventuel François Mitterrand, qui savaient se tenir, qui avaient de l’allure.

Emmanuel Macron, qui n’est qu’un ersatz de John Fitzgerald Kennedy. Sauf que la France n’est pas les États-Unis et ce qui apparaît là bas comme du style, en mode Hollywood, n’est vu ici que comme du grotesque, un manque de goût.

C’était tout aussi lamentable quand le président français est venu directement dans le vestiaire des joueurs, raconter littéralement n’importe quoi.

Il se prenait pour un coach, parlant comme s’il s’adressait à une équipe de club devant immédiatement relever la tête pour le prochain match, alors qu’il s’agit d’une sélection nationale donc avec pas du tout les mêmes configurations, la même approche. Emmanuel Macron était hors-sujet, au point d’ailleurs de s’adresser aux joueurs en disant…. « Celles et ceux » !

Discours stéréotypé de politicien, tout comme quand il a conclu en disant « vive la République, vive la France ». Cela n’a aucun rapport dans le contexte d’une pseudo intimité de vestiaire et des mots triviaux qu’il utilisait juste avant, tapant nerveusement du poing dans la main. De surcroît, pour un simple match de football, aussi prestigieux soit-il.

Toutefois, cela ne tombe pas du ciel. Le Président français est à l’image de son pays, en pleine décadence, plein de superficialité, bien plus tourné vers les monstruosités commerciales américaines que vers sa propre culture classique.

Les Français ont été choqués de l’indignité de leur président, mais ils n’ont que ce qu’ils méritent : c’est le prix à payer pour leur médiocrité culturelle et leur fainéantise politique. Et puis aussi pour leur absence de morale, car il fallait boycotter ce mondial, et ne pas laisser un médiocre Président aller y pavoiser !

D’ailleurs, l’audience de la finale fut phénoménale. 24 millions de téléspectateurs ont regardé le match sur la chaîne TF1, et même 29,4 pour la fin du match avec les penaltys, soit plus de 80% de part d’audience. Il faut ajouter à cela les gens regardant dans les bars, sur leurs smartphones ou tablettes, ou encore sur la chaîne Beinsport.

C’est une débâcle culturelle, un désastre. Mais rien d’étonnant !

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Coupe du monde 2022 : défaite morale de la France

Les audiences ont été massives, le boycott inexistant.

L’équipe de France de football a perdu la Coupe du monde de football 2022, mais la France a perdu bien plus : son âme, et son esprit. La France, les Français, ont choisi de vendre leur âme au diable qatari sans aucun scrupule, ils ont choisi d’avoir mauvais esprit. Rien ne semble pouvoir arracher les Français à leur train-train quotidien, eux qui mangent allègrement dans la soupe capitaliste, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

L’attribution de cet événement au Qatar avait pourtant provoqué un haut-le-cœur en France, en tous cas chez les gens ayant une morale. Déjà, car c’était évidemment le fruit d’une corruption, le dossier qatari auprès de la Fifa ne valant rien. Le pays est minuscule (la taille de la Corse, dont du désert), il n’y a pas de culture populaire liée au football, il n’y avait qu’un seul stade dans le pays.

Tout cela n’avait aucun sens, et il a fallu l’intervention directe notamment de Nicolas Sarkozy, très proche du régime au pouvoir au Qatar, pour que ce lamentable spectacle puisse avoir lieu. Contre toute attente, l’ancien footballeur français Michel Platini, habilité à voter pour l’attribution de ce mondial, avait alors choisi le Qatar, expliquant ensuite que le président français le lui avait demandé.

C’est odieux, et rien que pour cela il y avait en France l’obligation morale, politique et culturelle, de boycotter l’événement. Au nom du refus de ces gens ultra-riches et puissants façonnant le monde à leur manière, selon leurs intérêts, contre toute démocratie.

D’ailleurs, le Qatar correspond tout à fait à ce que les bourgeois nomment habituellement une dictature. Mais comme le Qatar est ami de la France bourgeoise, alors il n’est jamais dénoncé comme dictature. Quand on voit avec quel acharnement il est dénoncé la Russie, qui a pourtant une constitution, un parlement, des élections…

Il n’y a rien de tout cela au Qatar, qui est dirigé entièrement par une famille faisant la pluie et le beau temps, comme au début Moyen Âge avec les seigneurs locaux dans les coins reculés. C’est la charia, la loi islamique, qui prime sur place (en tous cas officiellement, car les élites du régime ne se gênent pas pour mener une vie de débauche en occident). Le Qatar est également très connu pour être un grand financeur de l’islamisme dans le monde, y compris en France, via notamment les Frères musulmans.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’une fois les choses lancées, il y a eu de nombreuses autres raisons pour rejeter ce mondial abject. Parce que le Qatar a fait construire des stades immenses qui ne serviront à rien (voir notre article), parce que de la climatisation y a été installée dans l’idée, à l’origine, de jouer les matches par minimum 40°C.

Et puis il y a eu la question de l’exploitation des travailleurs sur les chantiers, des immigrés servant dans des conditions effroyables à un rythme endiablé et avec une pression maximale, tout cela pour servir quelques milliers de futurs touristes du ballon rond qui n’auront été présents sur place qu’un mois à peine.

Il y a même eu le service public français y mettant du sien, tellement c’était odieux, pour dénoncer ces conditions de travail avec des reportages à heure de grande écoute. On pouvait se dire qu’il se passerait quelque chose, que la France allait exister, qu’un esprit français, à la fois rationnel et « rentre dedans », plein de panache, allait prendre le dessus, que la Coupe du monde serait boycottée par beaucoup de gens non dupes de ce sinistre spectacle.

C’est exactement le contraire qui s’est produit. Les audiences ont été excellentes, les voix du boycott inaudibles. La chaîne BeIn sport (qui appartient au Qatar) revendique un demi-million d’abonnés supplémentaires en France liés à l’événement. Lors de la demi-finale de la France contre le Maroc, il y a eu 21 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie, presque autant que lors du record absolu qui a même probablement été battu dimanche après-midi, le 18 décembre, pour la finale France – Argentine.

Tout est dit avec ce discours triomphant de l’horrible Grégoire Margotton, commentateur, interviewé par le tout aussi lamentable TV magazine à l’occasion de la finale.

« Les chiffres d’audience sont stratosphériques. Au regard des appels au boycott, et des polémiques qui ont ponctué l’avant-compétition, vous attendiez-vous à de tels résultats?

Je ne m’attendais à rien du tout. Ce que je savais intimement, c’est qu’à partir du moment où le ballon commencerait à rouler, les téléspectateurs regarderaient.

Même si on a une conscience politique et philosophique, même si on sait dans quel contexte cette Coupe du monde a été attribuée et dans quelle condition elle se déroule, on ne va pas faire porter aux footballeurs le poids et la responsabilité de tout cela.

On est chez soi, avec des copains, on attend cet événement tous les quatre ans et on a le droit de profiter d’un match sans mauvaise conscience. Le boycott télévisuel, je n’y croyais pas une seule seconde.

Après, ça n’empêche pas de parler du Qatar. On continuera à souligner les choses négatives, mais on peut aussi souligner les points positifs dans l’organisation de cette compétition. »

Voici donc la réalité du pays. Le capitalisme n’est plus du tout conquérant en France, il est absolument et entièrement installé, solidement implanté dans les corps et les esprits.

Il n’y a plus de place pour la réflexion et la rebellion, le pays est d’un conformisme hallucinant et d’une apathie déconcertante.

L’absence d’un mouvement de boycott est un échec moral monumental qui laissera des traces dans les années à venir. Il y a tout à reconstruire pour la Gauche, et chaque jour qui passe fait qu’il faut partir d’encore plus loin. Il n’y a franchement plus grand-chose à garder de cette France en dessous de tout et de ces Français minables.

La crise et la crise elle seule est en moyen de porter une dévastation brisant cet édifice – c’est de là qu’il faut partir stratégiquement pour aller à la victoire du Socialisme.

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Les fichiers clients du capitalisme sont statistiques

Le capitalisme n’a pas besoin de personnaliser, mais d’individualiser.

L’entreprise Camaïeu s’est retrouvée en faillite fin septembre 2022, fermant 511 magasins et licenciant 2111 personnes. Le processus de liquidation devait voir la vente de son fichier clients. On parle ici de 3,8 millions de clients, sur les 12 derniers mois.

Comment un tel chiffre, un tel nombre de clients, permet de se retrouver en faillite, c’est une autre histoire. Mais donc, le fichier devant être vendu n’a pas pu l’être début décembre 2022, avec le logo, le nom etc.

Finalement, il a été enlevé de la vente. La Commission nationale informatique et liberté (CNIL) a en effet expliqué qu’il fallait le consentement de chaque personne ayant donné ses informations.

Il est important de comprendre pourquoi une telle vente a pu être stoppée, et pourquoi ça ne change rien au principe.

Il est bien connu que les grandes entreprises récupèrent le maximum de données sur leurs clients. De nombreux outils gratuits qu’on trouve sur internet, comme le moteur de recherche Google, retiennent les informations ou du moins des informations.

Pareillement lorsqu’on fait un achat et qu’on fournit ses coordonnées, un profil est établi. Quand on rentre dans un magasin, il y a également des données du téléphone qui peuvent être utilisées.

Tout cela est stocké et utilisé. Les grandes entreprises raffolent de ces données, qu’elles cherchent à collecter au maximum. De manière légale, tant qu’à faire. Mais on se doute, à moins de croire en la candeur des capitalistes et au caractère incorruptible de la société capitaliste, que sous le manteau des fichiers circulent.

Rien de neuf sous le soleil et la plupart des gens s’en moquent, une minorité trouvant ça cependant très désagréable et cherchant à l’éviter le plus possible. Cela tourne également à l’obsession dans une frange petite-bourgeoise détestant le « contrôle » et le principe même de société organisée, ou d’État.

Il est toutefois quelque chose d’essentiel à comprendre, et qui est expliqué dans l’article Google, Facebook, Youtube, Instagram: la civilisation chaîne de Markov.

Les données personnelles sont recueillies, parce qu’une personne concrète les donne, plus exactement les fournit légalement.

Mais ces données deviennent ensuite individuelles pour les statistiques. Les noms et adresses peuvent disparaître, cela ne change rien. Ce que les grandes entreprises veulent, c’est une lecture des processus des choix effectués.

Si les données permettent de savoir que tant de personnes d’un macbook surfant entre 19h et 21h préfèrent acheter un pot de fleurs beige plutôt que bleu ou jaune, c’est parfait. Il n’est pas besoin d’en savoir plus.

C’est pour cela que juridiquement il y a plein d’obstacles à la rétention d’informations personnelles, mais qu’une vaste quantité d’informations individuelles circule avec l’utilisation des téléphones portables, ainsi que des ordinateurs et des tablettes.

Qualitativement les entreprises ne connaissent pas les personnes, si l’on veut, par contre elles ont une masse d’informations formant une quantité leur permettant une activité commerciale de haute intensité.

Voilà pourquoi la CNIL peut stopper la vente d’un fichier client. Cela n’empêchera pas le capitalisme de dormir!

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L’affaire Norman témoigne que les youtubeurs sont des déréglés

Les réseaux sociaux ne sont pas de nature démocratique.

Norman Thavaud en garde à vue pour viols et corruption de mineurs : c’est l’un des principaux youtubeurs français, avec douze millions d’abonnés. On parle ici de quelqu’un dont les vidéos ont fait 2,7 milliards de vues. 4 millions de personnes le suivent sur Facebook, 3,4 millions sur Twitter.

On parle surtout de quelqu’un qui est connu pour avoir l’air sympa et une sorte d’image de doux naïf. Sauf que ça, c’est dans les vidéos. En réalité, l’image qu’avaient de lui les gens connaissant l’envers du décor était totalement différente, et c’est vrai de la plupart des youtubeurs.

C’est que les youtubeurs disent des choses, mais rien n’est vrai. Ils vendent un produit, ils sont eux-mêmes un produit. Leur talent n’est pas brut, ni leur sincérité, même si cela en a l’apparence. Tout est calculé, millimétré, décidé par des capitalistes.

Prenons Norman, par exemple. Ses productions relèvent de Webedia, un groupe de médias français employant 2400 personnes. Et Webedia est une filiale de Fimalac, un monopole s’occupant du divertissement, de l’hôtellerie de luxe, d’immobilier, etc.

Le propriétaire de Fimalac est le milliardaire français Marc Ladreit de Lacharrière, dans le top 30 des plus riches Français, qu est l’administrateur du club Le Siècle et président du comité français du club Bilderberg.

Il y a ainsi une ligne droite allant de Norman le youtubeur qui a l’air sympa et l’oligarchie financière. C’est une preuve du caractère capitaliste des vidéos de Norman, de la nature de son activité, de sa nature à lui aussi.

Car il pouvait être sympa et correct auparavant – il ne pouvait pas le rester de toutes façons une fois qu’il avait vendu son âme. Et c’est vrai de tous les youtubeurs, même de ceux qui ne relèvent pas d’une production industrielle encadrée, parce qu’ils tendent à ça quand même, leur rêve étant d’en être, de « croquer » comme ceux qui ont réussi.

Des vidéos racoleuses, formatées pour divertir sans enjeu, manipulant les esprits… Avec une chose pareille, on ne peut pas s’étonner que les youtubeurs eux-mêmes déraillent.

Ils sont déréglés, ils sont coupés du peuple et ont une démarche anti-démocratique. Inévitablement ils basculent, exactement comme les « hommes politiques », les grands financiers, etc.

Il y a une formule qui a ses limites pour dire ça, mais enfin elle a une grande part de vérité : le pouvoir absolu corrompt absolument.

Tout youtubeur qui réussit est condamné à être corrompu, que ce soit avant sa réussite ou après. Vue la pression actuelle du capitalisme, il est d’ailleurs plutôt obligé de l’être dès le départ, désormais.

Norman fut quant à lui l’un des premiers youtubeurs, mais il a franchi le pas tout de même, voire même il a contribué à mettre en place le monstre, donc il doit encore plus être humainement déréglé.

Cela montre bien qu’il ne faut pas s’arrêter à la forme, mais saisir le fond, ce que seul fait la Gauche historique, qui assume la culture, la civilisation.

Combien ont tort les gens s’imaginant de gauche et cherchant à manoeuvrer sur youtube, twitter, facebook… ! Ils se font corrompre et ils ne le remarquent même pas. Ils perdent leurs âmes en s’imaginant activistes, alors qu’ils ne sont actifs que pour le capitalisme.

On ne peut pas lutter contre le capitalisme en utilisant des choses façonnées par lui. On n’a besoin ni de youtubeurs, ni de McDonald’s, ni de centrales nucléaires.

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Boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar ou vendre son âme

C’est une question de principes.

Sur les huit stades qui accueillent la Coupe du monde de football 2022, un seul existait avant la désignation du Qatar en 2010 comme organisateur. Le Qatar, c’est globalement la taille de la Corse, dont essentiellement du désert. En termes de population, c’est équivalent au département du Nord, avec environ 2,5 millions d’habitants.

Il a donc fallu, en douze ans, construire sept stades internationaux, de manière totalement artificielle, à grand renfort de main-d’œuvre étrangère. Elle est essentiellement asiatique, d’Inde, du Bangladesh, du Népal, du Sri Lanka ou du Pakistan, et a choisi de venir s’y faire exploiter dans des conditions très difficiles, notamment de chaleur.

Il fait tellement chaud au Qatar qu’il a fallu décaler la Coupe du monde à la fin de l’année. Dans un premier temps, il avait été envisagé de climatiser ces stades à ciel ouvert pour organiser des matchs par 40°C minimum. Ces systèmes de climatisations ont malgré tout été installés sur 7 des 8 stades, mais ils ne devraient que peu servir avec des températures attendues autour de 25°C ; leur existence en dit néanmoins très long sur le mépris de la nature par les organisateurs de cette compétition, tant de la Fifa que du Qatar.

Le plus grand est le stade Lusail, dans la ville éponyme sortie de terre pour l’occasion. Il fait 80 000 places.

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Doha, il y a le stade Al-Bayt, qui fait 60 000 places et a été construit en forme de tente de bédouins.

Les autres stades construits pour l’occasion ont tous une capacité de 40 000, soit plus que la plupart des stades de Ligue 1 en France.

Le stade Al-Janoub est quant à lui censé représenter les coques de bateaux de pêche perlière des côtes de la péninsule arabique.

Le stade Education City à Doha reprend la forme d’un diamant.

Le stade Ahmed Ben Ali a vu une ligne de métro spécialement édifiée pour le desservir, aux portes du désert.

Le stade Al-Thumama a une forme représentant la taqiyah, le couvre-chef traditionnel des hommes.

Le stade Ras Abu Aboud a été fabriqué avec des conteneurs de marchandises.

Le stade international Khalifa, qui existait auparavant, a été entièrement remodelé et a également une capacité de 40 000 places.

Tout cela est grotesque, et insupportable pour qui n’a pas encore totalement vendu son âme au diable capitalisme. Tant écologiquement que culturellement, construire tous ces stades dans un si petit pays, de surcroît désertique, qui plus est sans aucune dimension populaire par rapport au football, est inacceptable.

Tout comme il est inacceptable d’avoir des bâtiments aussi grotesques, sans saveur, qui sont d’ailleurs maintenant la norme partout dans le monde, y compris en Europe.

Il n’y a que les gens cyniques et désabusés, ayant totalement accepté leur condition de rouage du capitalisme tournant à plein régime, pour se dire que ce n’est pas pire qu’autre chose et suivre cette Coupe du monde.

Pour les autres, pour ceux qui refusent de vendre leur âme, boycotter cette Coupe du monde est une évidence. Cela ne changera pas le monde, cela ne changera même rien à la terrible marche du monde. Mais c’est bien la moindre des choses.

On se rappellera au passage que la question se posait exactement en les mêmes termes pour les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin, tout aussi odieux, artificiels et contre-nature. Il était juste de les boycotter, comme il est juste de ne surtout pas regarder de match ni s’intéresser à ce mondial 2022 au Qatar… Sauf pour diffuser une réelle critique du capitalisme.

Le fameux « mur jaune » des supporters du Borussia Dortmund en Allemagne.
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Le tiers-monde, l’occident et la coupe du monde 2022 au Qatar

Il y a un phénomène à bien comprendre.

La coupe du monde de football 2022, qui a commencé le 20 novembre 2022, est la cible d’innombrables critiques en France depuis plusieurs semaines, avec une montée en puissance au fur et à mesure qu’on s’est rapproché de l’événement.

Ces critiques portent principalement sur les conditions de vie des travailleurs, qui sont par ailleurs des immigrés dans un pays porté par les exportations de gaz et dont la population d’origine est minoritaire, vivant dans une bulle sécuritaire, religieuse et dorée.

Tout cela est très juste et doit être dit, tout comme doit être souligné le caractère anti-écologiste de la construction de stades géants dans un pays où d’ailleurs le football n’existe pas réellement.

Il est cependant un aspect essentiel qu’il faut comprendre et qui, osons le dire, est sans doute l’aspect principal de la question. C’est que les critiques sont, en très grande partie, hypocrites.

Ce à quoi on assiste, c’est à un déferlement de « moralisme » servant les intérêts du capitalisme occidental contre un capitalisme concurrent venant du tiers-monde.

Doha, la capitale du Qatar

L’organisatrice de la coupe du monde, la FIFA, n’a pas attendu 2022 pour être une machine à profit, tout comme le football n’a pas attendu 2022 pour être « moderne » et tout autant une machine à profit.

Ce qui se passe, c’est qu’un capitalisme – le plus souvent bureaucratique – concurrent se développe à pas de géants, ou s’est développé en tout cas depuis 2020. Le Qatar fait partie de ce capitalisme, d’où sa capacité à organiser la coupe du monde, de manière artificielle.

La FIFA, qui vise le profit, trouve ça très bien, et cet arrière-plan explique les propos de son président Gianni Infantino le 18 novembre 2022 en conférence de presse :

« Pour ce que nous, les Européens, avons fait au cours des 3 000 dernières années, nous devrions nous excuser pour les 3 000 prochaines années avant de donner des leçons de morale aux autres. »

Gianni Infantino à la conférence de presse

La ligne idéologique de ces propos de Gianni Infantino est exactement la même que celle de Vladimir Poutine en octobre 2022 au « club Valdai », qu’on trouve dans la revue PDF « Crise » de ce mois-ci avec une présentation du G20 de Bali comme étant celui du début de la « fin de l’occident ».

L’occident serait égoïste, il veut tout garder pour lui, il critique de manière hypocrite ceux qui cherchent à se développer, etc.

Car c’est de cela qu’il s’agit désormais : il y a deux blocs, les pays occidentaux d’un côté, le bloc sino-russe de l’autre, avec les pays du tiers-monde s’alignant largement désormais sur le second. Ces pays espèrent que la perte de l’hégémonie par les États-Unis leur donneront plus de marge.

Il faut donc passer les critiques de la coupe du monde 2022 au Qatar par le prisme de ce phénomène. Les fans du club de football du Hertha Berlin disent ainsi qu’aucun d’entre eux ne peut la regarder, par principe, mais ils ne disent rien contre le fait que leur club appartienne en majorité au multimillionnaire Lars Windhorst.

Ils sont surtout choqués par un « autre » capitalisme, qui n’est pas le leur, ce qu’on retrouve dans bon nombre de dénonciations des clubs richissimes de Manchester City et du Paris Saint-Germain. Les fans du Bayern Munich haïssent par exemple le club pour eux fictif du Red Bull Leipzig, mais leur propre entraîneur Julian Nagelsmann a été acheté à Leipzig 25 millions d’euros et gagne 7,5 millions d’euros par an.

Le football est totalement rongé par le profit, mais pour les fans consommateurs avant tout, c’est toujours le capitaliste concurrent du sien qui est le mauvais, sauf évidemment pour les clubs trop petits pour le capitalisme et qui le resteront toujours.

Un visuel du mouvement porté par les fans des petits clubs « contre le football moderne » avec le personnage prolétarien d’Andy Capp tiré d’une bande dessinée britannique décrivant son quotidien en quelques cases

Surtout, la coupe du monde se déroulant pour la première fois en fin et non en milieu d’année, cela provoque une déstabilisation massive de l’environnement capitaliste du football occidental ou plus exactement européen.

C’est vrai pour d’autres championnats, mais il n’y a que dans les pays européens que c’est aussi massif financièrement. La coupe du monde 2022 modifie le calendrier, casse le rythme de la saison, bref dérange la marche normale de ce capitalisme là – au profit d’un autre capitalisme.

Cela fait que, si on regarde bien, on doit se méfier grandement de la dénonciation de la coupe du monde de football 2022. Il y a lieu de critiquer la substance de cette dernière, mais si c’est pour finalement opposer un capitalisme à un autre, ce n’est pas une critique socialiste, c’est une critique national-socialiste.

Ce qui ramène à un point de vue essentiel qu’il faut avoir : la « mondialisation » unilatérale, qui n’a jamais été que tendancielle d’ailleurs, est bien terminée. Il y a désormais des blocs. La dénonciation de la mondialisation en général est d’autant plus démagogique.

Là est la grande difficulté : critiquer le capitalisme, sans tomber dans une dénonciation de la mondialisation servant l’occident ou bien le bloc sino-russe. D’où l’importance de l’économie politique.

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Coup de pression des grands laboratoires pour préserver leurs marges de profit

L’État est incapable de collectiviser ce secteur de la santé.

À partir du 14 novembre une prétendue grève est déposée par le syndicat « Alliance de la biologie médicale » (ABM), suite à la volonté du gouvernement de « récupérer » 250 millions d’euros chaque année pendant 4 ans en réduisant les tarifs des actes pratiqués par les laboratoires.

En signe de protestation, de nombreux laboratoires ont décider de fermer leurs portes en plus d’avoir suspendu les remontées du nombre de tests covid positifs. Les dirigeants des groupes de biologie médicale, représentés par l’ABM ont proposé une contribution exceptionnelle en rapport avec les profits des seules années 2020 et 2021.

Derrière cette alliance syndicale, on retrouve les plus gros laboratoires de France tels que Biogroup un leader européen avec 25 % de parts de marché dans le secteur, ou encore le groupe Inovie qui possède plus de 500 laboratoires en France et Cerba Healthcare, 600 laboratoires en France et présent dans 11 pays d’Afrique qui est également signataire de la « grève ». À eux trois, BiogroupInovie et Cerba représentent 40 % du marché.

C’est que le secteur est soumis à d’intenses fusions-acquisitions depuis les années 2000, pour arriver à une situation rapprochant chacune de ces enseignes d’une situation de monopole. En France il y avait 5000 enseignes de laboratoires en 2008, aujourd’hui elles ne sont plus que 400.

À ce titre, le chiffre d’affaire de Biogroup est passé d’un chiffre d’affaire estimé à 600 millions en 2019 à 950 millions d’euros en 2020, 1,3 milliards en 2021. Celui d’Inovie de 465 millions en 2019, à 741 millions en 2020, un peu plus de 1 milliard en 2021. Chez Cerba on est autour du milliard en 2019, 1,3 milliard en 2020 et 1,5 milliards en 2021.

On voit donc bien que les profits de ces groupes ne datent pas du covid et que la privatisation de la santé est un problème général, mais ceux-ci ont en effet augmenté de 85 % durant la pandémie.

Mais ce qu’il faut saisir, c’est que plus le capital grossit, plus d’argent est emprunté, le covid et la confiance des marchés dans ce secteur en ayant amplifié le montant. Ainsi par exemple Biogroup a emprunté un total de 2,8 milliards d’euros en 2021 afin de stabiliser son capital et pouvoir continuer sa série de rachat de laboratoires en France et en Europe.

Il y a donc d’un côté une intense activité de concurrence nécessitant toujours plus d’emprunts pour ne pas perdre sa place, de l’autre, tout ce beau monde s’organise pour la défense de leur intérêt commun à pouvoir continuer à se manger entre eux.

C’est cela que défendent les syndicats de biologistes en fermant les laboratoires qui, plutôt qu’une grève, est un véritable coup de force antipopulaire pour faire pression sur le gouvernement.

C’est un secteur qui a eu un rôle de premier ordre d’un point de vue social durant la pandémie de covid-19, mais les premières lignes étaient davantage les étudiants en médecine, les secrétaires, les employés de laboratoire, les transporteurs des écouvillons que l’Alliance de la Biologie Médicale. Si l’on parle de grève, on s’attendrait à avoir l’avis de ces personnes sur les bénéfices faits par le cartel des biologistes…

Malheureusement l’activité exemplaire de ce secteur ne permet pas une collectivisation de cette richesse pour l’ensemble du secteur de la santé : l’hôpital public, les EHPAD qui sont dans un état catastrophique.

On est face à une contradiction typique de notre époque. La pandémie avait en effet obligé le gouvernement à faire un pas dans le collectivisme en tentant de faire primer le bien-être collectif dicté par la lutte contre le virus avec la politique du « quoiqu’il en coûte ».

Désormais tout un pan de l’économie s’apprête à s’écrouler avec le retour du libéralisme débridé et l’État ne veut assumer ce qui va avec, c’est-à-dire l’austérité en rognant sur les budgets de la sécurité sociale. Alors il tergiverse et s’enfonce dans ses propres contradictions, soulevant une pierre bien trop grosse pour lui : grappiller quelques miettes de profits pour mieux esquiver la nécessité de collectiviser les laboratoires de biologie médicale.

Car collectiviser le secteur de la santé est comme ailleurs une urgence d’époque que seule la Gauche historique est en mesure d’assumer.

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L’heure n’est plus aux doléances

L’approche « citoyenne » fait désormais face à un mur.

En France, il existe un secteur très important, qui brasse beaucoup d’énergie humaine et d’argent, appelé le « monde associatif ». C’est dans cet écosystème que s’expriment la majorité des opinions et des causes, que les gens participent aujourd’hui le plus à l’exercice politique. C’est potentiellement en cela un secteur démocratique important, qui au début du siècle dernier, était même très politisé, les structures étant d’une manière ou d’une autre liées à la SFIC, la SFIO ou à l’Église.

À partir des années 1970, avec la désagrégation progressive des différents blocs politiques, le secteur associatif a été intégré de plus en plus aux institutions, les structures se liant à l’État matériellement par le biais de subventions, ou politiquement en se concentrant sur l’envoi de doléances aux différents services, en publiant des sondages, en négociant lors de rendez-vous en ministère.

Pour les plus grosses structures, c’est aujourd’hui le format « ONG » qui est privilégié, c’est à dire salarier quelques personnes et orienter leur travail vers la « sensibilisation des élus », pour les convaincre d’obtenir quelques ajustements. Le régime a mis au point tout un panel d’outils pour nourrir cela, comme les consultations publiques, les Conventions Citoyennes ou encore les divers « Grenelles ». Localement, les petites structures sont poussées à se fédérer dans de larges interfaces  (comme par exemple France Nature Environnement) pour justement accéder aux institutions.

En parallèle de tout cela, des vagues associatives naissent et disparaissent, parfois sans laisser de trace : Extinction Rébellion, Youth for Climate, les Colleuses contre les Féminicides…

Participer à une association aujourd’hui est lié au sentiment soit de participer aux institutions de manière indirecte, soit de palier à ses manques. L’état d’esprit se dégageant de tout cela étant que l’histoire avancerait en ligne droite, plus ou moins vite bien sûr, mais toujours vers le progrès, et qu’il suffirait de peser dans le bon sens.

C’est en tous cas la séquence dans laquelle se trouve généralement le monde associatif français à l’heure où nous parlons. Sauf que voilà, toute période touche à sa fin un jour, et la crise générale du capitalisme vient aujourd’hui enterrer cette époque naïve. La guerre mondiale apparaît à l’horizon, la crise économique est déjà là et l’État n’a soudainement plus rien à faire de la société civile. La culture, l’art, l’éducation, l’environnement, les animaux, tout cela doit passer à la trappe devant les exigences des classes dominantes.

Et l’actualité nous donne des exemples frappants de ce changement de situation. C’est le cas notamment de l’initiative « Un Jour Un Chasseur ».

En décembre 2020, un habitant du Lot, Morgan Keane, est abattu devant chez lui par un chasseur. Dans la foulée, quelques unes de ses amies proches créent un collectif pour dénoncer le crime et permettre une prise de conscience générale du problème, en cherchant le contact avec d’autres familles de victimes et en publiant des témoignages (absolument glaçants) provenant de toute la France. De fait, l’outil principal d’ « Un Jour Un Chasseur » est la publication de ces témoignages, ce qui a en soi une grande valeur démocratique. Voici un des nombreux récits collectés :

« Un jour, des plombs sont passés au-dessus du landau de mon bébé.

Lors d’une balade sur un chemin de halage aménagé, nous étions en famille et avons entendu des coups de feu qui semblaient très proches. Deux minutes plus tard, trois coups de feu tirés de très près et l’écorce de l’arbre qui se trouvait à ma droite a éclaté. Les plombs sont passés à deux centimètres au-dessus du landau de mon bébé et à quelques mètres de mon fils de quatre ans qui courait devant nous. Nous avons vu les chasseurs dans un champ à 200 mètres de nous et nous avons hurlé. Ils nous ont fait des bras d’honneur et nous ont mis en joue. Nous avons rebroussé chemin… »

En octobre 2021, cherchant un débouché politique à leur démarche, le collectif se saisit d’une procédure mise en place par le Sénat : les « E-Pétitions ». Le site du Sénat décrit cela en ces termes : « Les pétitions ayant recueilli au moins 100 000 signatures dans un délai de 6 mois sont transmises à la Conférence des Présidents qui peut décider d’y donner suite ».

En deux mois, 122.000 signatures sont collectées, notamment grâce à la poussée de quelques influenceurs sur les réseaux sociaux, et la « Conférence des Présidents » daigne ouvrir une « Mission de Contrôle sur la sécurisation à la chasse ».

Pendant un an, les sénateurs de la mission organisent des sorties lors de battues avec les services de communication de la Fédération de Chasse, reçoivent tous les représentants des Fédérations de sport d’extérieur, les assurances, l’Office National des Forêts et même le philosophe réactionnaire Charles Stépanoff, grand défenseur de la chasse comme rapport au sauvage…

Le rapport de la Mission est enfin publié le 14 septembre 2022. Sans grande surprise, l’avant-propos présente une série de statistiques en faveur du statu quo (toutes les victimes non-chasseurs sont par exemple écartées !) et dénonce même une « instrumentalisation des victimes » de la part des associations.

Parmi les demandes de la pétition, trois sont retenues dans le rapport : l’interdiction formelle de chasser en état d’ébriété, l’instauration d’un examen médical annuel pour les chasseurs et la communication des dates de battues au public (on se demande comment tout ceci n’était pas déjà obligatoire). Le reste des propositions est une série de cadeaux aux chasseurs, allant dans le sens d’un « circulez, il n’y a rien à voir » :

– Création d’un délit d’entrave à la chasse, sanctionnant de prison quiconque « poursuit des chasseurs pour prendre des photos ou des vidéos »

– Accroissement du pouvoir de police de la chasse des agents de la Fédération des Chasseurs

– Participation des chasseurs aux syndicats mixtes des parcs naturels

– Participation des chasseurs aux Commissions Départementales des Espaces, Sites et Itinéraires

– Remplacement de certaines poursuites pénales en cas de comportement dangereux de chasseurs par des stages alternatifs de formation

– Déduction fiscale pour les lieutenants de louveterie

C’est un véritable mur auquel s’est heurté le collectif, qui qualifie ce rapport d' »indécent » et d' »insultant pour les victimes de la chasse ». Et avec raison !

Face à cette assemblée de notables élus au suffrage indirect, dont la chasse est une sorte de ciment, quel danger peuvent bien représenter quelques tweets d’Hugo Clément ou la signature de 0,18% de la population ? Si, il y a encore quelques années, ce genre d’institution pouvait se permettre de jouer le jeu et d’au moins traiter cette démarche avec respect, il est évident qu’aujourd’hui ces pétitions seront mises dans un tiroir, voire même utilisées pour torpiller les associations signataires qui remuent trop les choses, comme cela a été le cas ici.

Qui va croire que le rapport de cette mission n’a été qu’une anomalie, ou que le prochain serait en faveur des animaux ou de la société civile en général ? Le lancement de « E-Pétitions » similaires par l’ASPAS ou le Parti Animaliste pour interdire certains modes de chasse démontre néanmoins la difficulté à saisir ce changement d’époque. Ce mur qui s’est élevé, les personnes engagées doivent le voir, et rapidement, pour ne pas envoyer les gens dans une impasse.

Pire, tous les acteurs de la société civile doivent prendre conscience de la situation pour ne pas servir de caution aux institutions qui vont maintenant assumer pleinement le cynisme et la destruction. La société française est à un vrai tournant, et l’heure doit passer maintenant à la mobilisation populaire et à la politisation la plus large possible. Ça ne sera pas chose aisée vu la démobilisation générale des masses dans tous les secteurs collectifs. Mais c’est le seul moyen d’éviter la catastrophe climatique, économique et même nucléaire qui approche, pour le moment sans rencontrer grande résistance.

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Influenceuses en féminisme ou l’apogée du féminisme bourgeois

Une grande diversion.

Le coup de force du post-modernisme ces quinze dernières années et son combat contre l’universalisme a amené les féministes universalistes a prendre leurs distances. On a donc une scission qui existe sur plusieurs plans, notamment concernant la question du voilement des femmes et de l’activisme trans. Ces deux sujets n’étant que deux aspects du post-modernisme qui réduit tout à des questions d’identité, à une sorte d’identitarisme contre toutes les normes sociales et contre l’émancipation collective.

On se retrouve donc avec des féministes bourgeoises qui essayent de se battre contre le post-modernisme mais sans parler de post-modernisme. Le clivage essentiel étant autour de la question du genre et des stupidités queers, elles appellent cela transactivisme ou encore queerisme.

C’est le cas du féminisme radical qui, même étant capable d’avoir un réel contenu de gauche est englué par son absence d’antagonisme avec le capitalisme. Le problème c’est que la sphère féministe radicale, comme très isolée à cause de l’hégémonie de l’idéologie queer, se rabat en masse sur un militantisme quasi exclusivement virtuel.

Deux figures affiliées, peut-être à tord, au féminisme radical ont résulté d’une intense activité sur les réseaux sociaux : La première étant Marguerite Stern qui se veut alternative, une artiste vivant en squat tout en mettant son activisme en scène avec les « collages féminicides ».

La deuxième étant Dora Moutot tenant le compte Instagram « T’as Joui », sur le sujet de la sexualité féminine. Une voie de garage classique équivalent des réunions Tupperware, consistant à borner les femmes dans les questions sexuelles, une déviation qui les empêche de s’ouvrir à la société et donc à l’émancipation sociale.

Cette façon d’aborder la question des femmes à travers une sorte d’obsession sexuelle a depuis les années 1970 amené un nouveau cycle de consommation. Derrière la prétendue réappropriation de leur plaisir, les femmes sont désormais victimes et/ou rabatteuses pour le sexe facile pour les hommes, gratuit ou tarifé.

C’est à travers des exemples comme celui-ci qu’on voit que l’absence d’antagonisme avec les valeurs capitalistes amène le patriarcat à se régénérer dans les initiatives féministes elles-mêmes.

Par conséquent, quand Dora Moutot choisit d’assumer récemment son partenariat avec l’application « Wyylde », c’est comme le dénonce l’inflexible Collectif Abolition Porno-Prostitution, un pied de nez aux féminisme et à la lutte contre la prostitution.

En effet, ce « partenariat » signifie faire la promotion d’une plateforme pour des rencontres « libertines », où on trouve sans grande surprise beaucoup de profils de femmes venues de plateformes de vente de contenu pornographique comme Mym ou Onlyfans mais aussi de rabatteurs pour la prostitution ou des tournages X. C’est naturellement abject et rejoint complètement la démarche d’hommes misogynes qui poussent des jeunes femmes dans le proxénétisme et autres pratiques décadentes et destructrices.

Sans surprise, elle est soutenue par Marguerite Stern, ces deux personnalités ne jurant toutes deux que par « la liberté de penser », revendiquant chacune personnellement l’absence de dogme, de fidélité à un courant et quasiment d’être à elle-seule à l’origine d’une pensée féministe.

On peut considérer qu’on est là au cœur et à l’apogée du libéralisme. Pas de fidélité à des principes, au contraire, il s’agit de transformer des convictions en promotion personnelle via les réseaux sociaux. L’équivalent d’un Aymeric Caron pour le féminisme en somme.

On a donc sur le plan du militantisme, une opération d’engloutissement complet des initiatives par le capitalisme. Il faut être incroyablement stupide ou naïf pour en attendre quoique ce soit, ou considérer n’importe quelle figure d’un compte avec beaucoup de « followers » comme autre chose qu’un ou une opportuniste incapable de convictions.

Si les féministes radicales ont, dans la séquence de ces huit dernières années, permis de faire vivre la ligne universaliste, l’unique option pour l’émancipation des femmes est la gauche historique. Seule capable de combattre et dépasser le post-modernisme en assumant l’héritage universaliste.