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Coupe du monde 2022 : défaite morale de la France

Les audiences ont été massives, le boycott inexistant.

L’équipe de France de football a perdu la Coupe du monde de football 2022, mais la France a perdu bien plus : son âme, et son esprit. La France, les Français, ont choisi de vendre leur âme au diable qatari sans aucun scrupule, ils ont choisi d’avoir mauvais esprit. Rien ne semble pouvoir arracher les Français à leur train-train quotidien, eux qui mangent allègrement dans la soupe capitaliste, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

L’attribution de cet événement au Qatar avait pourtant provoqué un haut-le-cœur en France, en tous cas chez les gens ayant une morale. Déjà, car c’était évidemment le fruit d’une corruption, le dossier qatari auprès de la Fifa ne valant rien. Le pays est minuscule (la taille de la Corse, dont du désert), il n’y a pas de culture populaire liée au football, il n’y avait qu’un seul stade dans le pays.

Tout cela n’avait aucun sens, et il a fallu l’intervention directe notamment de Nicolas Sarkozy, très proche du régime au pouvoir au Qatar, pour que ce lamentable spectacle puisse avoir lieu. Contre toute attente, l’ancien footballeur français Michel Platini, habilité à voter pour l’attribution de ce mondial, avait alors choisi le Qatar, expliquant ensuite que le président français le lui avait demandé.

C’est odieux, et rien que pour cela il y avait en France l’obligation morale, politique et culturelle, de boycotter l’événement. Au nom du refus de ces gens ultra-riches et puissants façonnant le monde à leur manière, selon leurs intérêts, contre toute démocratie.

D’ailleurs, le Qatar correspond tout à fait à ce que les bourgeois nomment habituellement une dictature. Mais comme le Qatar est ami de la France bourgeoise, alors il n’est jamais dénoncé comme dictature. Quand on voit avec quel acharnement il est dénoncé la Russie, qui a pourtant une constitution, un parlement, des élections…

Il n’y a rien de tout cela au Qatar, qui est dirigé entièrement par une famille faisant la pluie et le beau temps, comme au début Moyen Âge avec les seigneurs locaux dans les coins reculés. C’est la charia, la loi islamique, qui prime sur place (en tous cas officiellement, car les élites du régime ne se gênent pas pour mener une vie de débauche en occident). Le Qatar est également très connu pour être un grand financeur de l’islamisme dans le monde, y compris en France, via notamment les Frères musulmans.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’une fois les choses lancées, il y a eu de nombreuses autres raisons pour rejeter ce mondial abject. Parce que le Qatar a fait construire des stades immenses qui ne serviront à rien (voir notre article), parce que de la climatisation y a été installée dans l’idée, à l’origine, de jouer les matches par minimum 40°C.

Et puis il y a eu la question de l’exploitation des travailleurs sur les chantiers, des immigrés servant dans des conditions effroyables à un rythme endiablé et avec une pression maximale, tout cela pour servir quelques milliers de futurs touristes du ballon rond qui n’auront été présents sur place qu’un mois à peine.

Il y a même eu le service public français y mettant du sien, tellement c’était odieux, pour dénoncer ces conditions de travail avec des reportages à heure de grande écoute. On pouvait se dire qu’il se passerait quelque chose, que la France allait exister, qu’un esprit français, à la fois rationnel et « rentre dedans », plein de panache, allait prendre le dessus, que la Coupe du monde serait boycottée par beaucoup de gens non dupes de ce sinistre spectacle.

C’est exactement le contraire qui s’est produit. Les audiences ont été excellentes, les voix du boycott inaudibles. La chaîne BeIn sport (qui appartient au Qatar) revendique un demi-million d’abonnés supplémentaires en France liés à l’événement. Lors de la demi-finale de la France contre le Maroc, il y a eu 21 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie, presque autant que lors du record absolu qui a même probablement été battu dimanche après-midi, le 18 décembre, pour la finale France – Argentine.

Tout est dit avec ce discours triomphant de l’horrible Grégoire Margotton, commentateur, interviewé par le tout aussi lamentable TV magazine à l’occasion de la finale.

« Les chiffres d’audience sont stratosphériques. Au regard des appels au boycott, et des polémiques qui ont ponctué l’avant-compétition, vous attendiez-vous à de tels résultats?

Je ne m’attendais à rien du tout. Ce que je savais intimement, c’est qu’à partir du moment où le ballon commencerait à rouler, les téléspectateurs regarderaient.

Même si on a une conscience politique et philosophique, même si on sait dans quel contexte cette Coupe du monde a été attribuée et dans quelle condition elle se déroule, on ne va pas faire porter aux footballeurs le poids et la responsabilité de tout cela.

On est chez soi, avec des copains, on attend cet événement tous les quatre ans et on a le droit de profiter d’un match sans mauvaise conscience. Le boycott télévisuel, je n’y croyais pas une seule seconde.

Après, ça n’empêche pas de parler du Qatar. On continuera à souligner les choses négatives, mais on peut aussi souligner les points positifs dans l’organisation de cette compétition. »

Voici donc la réalité du pays. Le capitalisme n’est plus du tout conquérant en France, il est absolument et entièrement installé, solidement implanté dans les corps et les esprits.

Il n’y a plus de place pour la réflexion et la rebellion, le pays est d’un conformisme hallucinant et d’une apathie déconcertante.

L’absence d’un mouvement de boycott est un échec moral monumental qui laissera des traces dans les années à venir. Il y a tout à reconstruire pour la Gauche, et chaque jour qui passe fait qu’il faut partir d’encore plus loin. Il n’y a franchement plus grand-chose à garder de cette France en dessous de tout et de ces Français minables.

La crise et la crise elle seule est en moyen de porter une dévastation brisant cet édifice – c’est de là qu’il faut partir stratégiquement pour aller à la victoire du Socialisme.

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Boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar ou vendre son âme

C’est une question de principes.

Sur les huit stades qui accueillent la Coupe du monde de football 2022, un seul existait avant la désignation du Qatar en 2010 comme organisateur. Le Qatar, c’est globalement la taille de la Corse, dont essentiellement du désert. En termes de population, c’est équivalent au département du Nord, avec environ 2,5 millions d’habitants.

Il a donc fallu, en douze ans, construire sept stades internationaux, de manière totalement artificielle, à grand renfort de main-d’œuvre étrangère. Elle est essentiellement asiatique, d’Inde, du Bangladesh, du Népal, du Sri Lanka ou du Pakistan, et a choisi de venir s’y faire exploiter dans des conditions très difficiles, notamment de chaleur.

Il fait tellement chaud au Qatar qu’il a fallu décaler la Coupe du monde à la fin de l’année. Dans un premier temps, il avait été envisagé de climatiser ces stades à ciel ouvert pour organiser des matchs par 40°C minimum. Ces systèmes de climatisations ont malgré tout été installés sur 7 des 8 stades, mais ils ne devraient que peu servir avec des températures attendues autour de 25°C ; leur existence en dit néanmoins très long sur le mépris de la nature par les organisateurs de cette compétition, tant de la Fifa que du Qatar.

Le plus grand est le stade Lusail, dans la ville éponyme sortie de terre pour l’occasion. Il fait 80 000 places.

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Doha, il y a le stade Al-Bayt, qui fait 60 000 places et a été construit en forme de tente de bédouins.

Les autres stades construits pour l’occasion ont tous une capacité de 40 000, soit plus que la plupart des stades de Ligue 1 en France.

Le stade Al-Janoub est quant à lui censé représenter les coques de bateaux de pêche perlière des côtes de la péninsule arabique.

Le stade Education City à Doha reprend la forme d’un diamant.

Le stade Ahmed Ben Ali a vu une ligne de métro spécialement édifiée pour le desservir, aux portes du désert.

Le stade Al-Thumama a une forme représentant la taqiyah, le couvre-chef traditionnel des hommes.

Le stade Ras Abu Aboud a été fabriqué avec des conteneurs de marchandises.

Le stade international Khalifa, qui existait auparavant, a été entièrement remodelé et a également une capacité de 40 000 places.

Tout cela est grotesque, et insupportable pour qui n’a pas encore totalement vendu son âme au diable capitalisme. Tant écologiquement que culturellement, construire tous ces stades dans un si petit pays, de surcroît désertique, qui plus est sans aucune dimension populaire par rapport au football, est inacceptable.

Tout comme il est inacceptable d’avoir des bâtiments aussi grotesques, sans saveur, qui sont d’ailleurs maintenant la norme partout dans le monde, y compris en Europe.

Il n’y a que les gens cyniques et désabusés, ayant totalement accepté leur condition de rouage du capitalisme tournant à plein régime, pour se dire que ce n’est pas pire qu’autre chose et suivre cette Coupe du monde.

Pour les autres, pour ceux qui refusent de vendre leur âme, boycotter cette Coupe du monde est une évidence. Cela ne changera pas le monde, cela ne changera même rien à la terrible marche du monde. Mais c’est bien la moindre des choses.

On se rappellera au passage que la question se posait exactement en les mêmes termes pour les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin, tout aussi odieux, artificiels et contre-nature. Il était juste de les boycotter, comme il est juste de ne surtout pas regarder de match ni s’intéresser à ce mondial 2022 au Qatar… Sauf pour diffuser une réelle critique du capitalisme.

Le fameux « mur jaune » des supporters du Borussia Dortmund en Allemagne.
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Le tiers-monde, l’occident et la coupe du monde 2022 au Qatar

Il y a un phénomène à bien comprendre.

La coupe du monde de football 2022, qui a commencé le 20 novembre 2022, est la cible d’innombrables critiques en France depuis plusieurs semaines, avec une montée en puissance au fur et à mesure qu’on s’est rapproché de l’événement.

Ces critiques portent principalement sur les conditions de vie des travailleurs, qui sont par ailleurs des immigrés dans un pays porté par les exportations de gaz et dont la population d’origine est minoritaire, vivant dans une bulle sécuritaire, religieuse et dorée.

Tout cela est très juste et doit être dit, tout comme doit être souligné le caractère anti-écologiste de la construction de stades géants dans un pays où d’ailleurs le football n’existe pas réellement.

Il est cependant un aspect essentiel qu’il faut comprendre et qui, osons le dire, est sans doute l’aspect principal de la question. C’est que les critiques sont, en très grande partie, hypocrites.

Ce à quoi on assiste, c’est à un déferlement de « moralisme » servant les intérêts du capitalisme occidental contre un capitalisme concurrent venant du tiers-monde.

Doha, la capitale du Qatar

L’organisatrice de la coupe du monde, la FIFA, n’a pas attendu 2022 pour être une machine à profit, tout comme le football n’a pas attendu 2022 pour être « moderne » et tout autant une machine à profit.

Ce qui se passe, c’est qu’un capitalisme – le plus souvent bureaucratique – concurrent se développe à pas de géants, ou s’est développé en tout cas depuis 2020. Le Qatar fait partie de ce capitalisme, d’où sa capacité à organiser la coupe du monde, de manière artificielle.

La FIFA, qui vise le profit, trouve ça très bien, et cet arrière-plan explique les propos de son président Gianni Infantino le 18 novembre 2022 en conférence de presse :

« Pour ce que nous, les Européens, avons fait au cours des 3 000 dernières années, nous devrions nous excuser pour les 3 000 prochaines années avant de donner des leçons de morale aux autres. »

Gianni Infantino à la conférence de presse

La ligne idéologique de ces propos de Gianni Infantino est exactement la même que celle de Vladimir Poutine en octobre 2022 au « club Valdai », qu’on trouve dans la revue PDF « Crise » de ce mois-ci avec une présentation du G20 de Bali comme étant celui du début de la « fin de l’occident ».

L’occident serait égoïste, il veut tout garder pour lui, il critique de manière hypocrite ceux qui cherchent à se développer, etc.

Car c’est de cela qu’il s’agit désormais : il y a deux blocs, les pays occidentaux d’un côté, le bloc sino-russe de l’autre, avec les pays du tiers-monde s’alignant largement désormais sur le second. Ces pays espèrent que la perte de l’hégémonie par les États-Unis leur donneront plus de marge.

Il faut donc passer les critiques de la coupe du monde 2022 au Qatar par le prisme de ce phénomène. Les fans du club de football du Hertha Berlin disent ainsi qu’aucun d’entre eux ne peut la regarder, par principe, mais ils ne disent rien contre le fait que leur club appartienne en majorité au multimillionnaire Lars Windhorst.

Ils sont surtout choqués par un « autre » capitalisme, qui n’est pas le leur, ce qu’on retrouve dans bon nombre de dénonciations des clubs richissimes de Manchester City et du Paris Saint-Germain. Les fans du Bayern Munich haïssent par exemple le club pour eux fictif du Red Bull Leipzig, mais leur propre entraîneur Julian Nagelsmann a été acheté à Leipzig 25 millions d’euros et gagne 7,5 millions d’euros par an.

Le football est totalement rongé par le profit, mais pour les fans consommateurs avant tout, c’est toujours le capitaliste concurrent du sien qui est le mauvais, sauf évidemment pour les clubs trop petits pour le capitalisme et qui le resteront toujours.

Un visuel du mouvement porté par les fans des petits clubs « contre le football moderne » avec le personnage prolétarien d’Andy Capp tiré d’une bande dessinée britannique décrivant son quotidien en quelques cases

Surtout, la coupe du monde se déroulant pour la première fois en fin et non en milieu d’année, cela provoque une déstabilisation massive de l’environnement capitaliste du football occidental ou plus exactement européen.

C’est vrai pour d’autres championnats, mais il n’y a que dans les pays européens que c’est aussi massif financièrement. La coupe du monde 2022 modifie le calendrier, casse le rythme de la saison, bref dérange la marche normale de ce capitalisme là – au profit d’un autre capitalisme.

Cela fait que, si on regarde bien, on doit se méfier grandement de la dénonciation de la coupe du monde de football 2022. Il y a lieu de critiquer la substance de cette dernière, mais si c’est pour finalement opposer un capitalisme à un autre, ce n’est pas une critique socialiste, c’est une critique national-socialiste.

Ce qui ramène à un point de vue essentiel qu’il faut avoir : la « mondialisation » unilatérale, qui n’a jamais été que tendancielle d’ailleurs, est bien terminée. Il y a désormais des blocs. La dénonciation de la mondialisation en général est d’autant plus démagogique.

Là est la grande difficulté : critiquer le capitalisme, sans tomber dans une dénonciation de la mondialisation servant l’occident ou bien le bloc sino-russe. D’où l’importance de l’économie politique.

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Projet de «Super Ligue»: l’apogée de 30 ans de football moderne

L’annonce par douze clubs de football européens parmi les plus riches d’un projet d’une « Super ligue » fermée est l’aboutissement de tout un mouvement commencé dans les années 1990. C’est ce qu’on appelle le « football moderne », et qui consiste avec de grands moyens financiers à dénaturer le sport pour n’en faire qu’un divertissement lucratif.

Le sport est un phénomène social très complexe et contradictoire. Il a été inventé par la bourgeoisie et l’aristocratie moderniste, mais dans la plupart des cas les classes populaires (voire directement la classe ouvrière) se le sont approprié. C’est toujours la bourgeoisie qui décide et qui oriente le sport dans le sens du capitalisme, mais il y a en même temps dans de nombreux cas des bases populaires influentes, voire très puissantes.

La deuxième moitié du 20e siècle a été une période de grande stabilité pour le capitalisme et cela a laissé de grands espaces à la culture populaire dans le sport. Dans le football, en Europe et en Amérique latine, il a pu se former de véritables traditions populaires autour de très nombreux clubs, principalement dans les grandes villes industrielles.

Il ne faut pas s’imaginer un âge d’or où le football aurait été massif et exempt de toute corruption. Le football de la seconde moitié du 20e a toujours été un phénomène restreint à une minorité (très importante) de supporteurs véritables, et il n’a jamais connu de fonctionnement démocratique.

Toutefois, en raison de sa substance profondément populaire, le football a pris beaucoup d’ampleur et il s’est produit à la fin du 20e siècle une véritable massification. Beaucoup plus de gens se sont mis à regarder le football, à en parler, à y dépenser de l’argent, et il y a donc eu beaucoup plus d’enjeux financiers et étatiques. Et inversement.

Dans les années 1990, le football européen a ainsi pris une toute autre dimension avec des clubs devenant des véritables entreprises insérées dans un marché très agressif et mondialisé. Le tournant décisif a eu lieu au mois de décembre 1995 avec l’arrêt dit « Bosman » rendu par la Cour de justice des Communautés européennes, abolissant le nombre de trois joueurs étrangers maximum par club.

Cette Cour, dont l’existence même est anti-démocratique, a ainsi littéralement changé la donne : le football est devenu officiellement un business comme un autre et les joueurs sont devenus entièrement des marchandises que les clubs peuvent négocier sans contrainte.

Les salaires des plus grands joueurs ont alors explosé de manière indécente, ainsi que surtout le marché des transferts entre les clubs. Cela a produit ce qui se produit toujours avec le capitalisme : une extrême concentration avec une poignée de gros acteurs écrasants de plus en plus la concurrence. Gloire aux plus riches, malheurs aux plus faibles !

Ce phénomène n’est toutefois pas unilatéral, en raison du poids des traditions populaires dans le football. Cela fait que malgré l’hégémonie économique et sportive de quelques clubs disposant de moyens surdimensionnés, il existe toujours une multitude de clubs avec des bases très larges, ou en tous cas relativement larges. Et ces clubs parviennent toujours à exister sportivement, bien que ce soit en général le temps d’une ou quelques saisons, ou alors en assumant de n’exister qu’à la marge, ou dans un « petit » championnat.

Tant l’UEFA (qui gère la Ligue des Champions) que les championnats nationaux doivent ainsi composer avec tous ces clubs, et c’est précisément ce qui dérange la poignée de plus grands clubs voulant créer leur propre ligue fermée. Ces derniers considèrent qu’ils ne reçoivent pas une part suffisamment grande du gâteau des droits télévisés et tentent de s’organiser pour l’obtenir.

Il ne faudrait pas ici se contenter d’une critique populiste en s’imaginant que le problème est simplement que ces gros clubs veulent plus d’argent, juste pour avoir de l’argent. La question se pose beaucoup plus en profondeur.

L’UEFA est directement attaquée par le projet de « Super ligue » fermée, mais elle est également entièrement responsable de la situation. Elle a laissé, pendant 30 années, le marché des transferts s’emballer et les budgets des clubs prendre des proportions délirantes. Si elle l’a fait, c’est qu’elle raisonne de la même manière que les clubs voulant faire leur ligue fermée : elle raisonne en termes de « spectacle » à vendre. La question se pose maintenant pour les plus gros clubs de savoir comment assurer leur train de vie pour les années à venir afin de garantir ce spectacle.

Le turbo-capitalisme n’a que faire de la culture et de l’héritage populaire, il est une machine sans vergogne prête à mettre sur la touche des centaines de clubs en faisant disparaître une compétition devenue traditionnelle, au nom de la production d’un « spectacle » générant des droits télévisés.

C’est le principe même du football moderne, qui à la fois massifie le football dans la société en en faisant un spectacle de haute valeur, et en même temps lui ôte tout romantisme de par l’effacement de l’équité sportive à grande échelle pour des centaines de clubs ancrés historiquement.

Le projet de « Super ligue » pose donc une question existentielle pour le football qui est à un tournant : soit il se soumet entièrement à l’industrie du spectacle et il disparaît en tant que sport à proprement dit ; soit la dimension populaire l’emporte, car il s’est produit quelque-chose de nouveau permettant un nouvel élan sportif. Cela ne pourra pas se faire sans une critique massive et en profondeur de ce qu’est devenu le football ces 30, voire 50 dernières années.

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Robin Leproux donne sa vision de la «pacification» du Paris Saint-Germain

Dans une interview, Robin Leproux explique comment il a fait en sorte que le PSG puisse être racheté par le Qatar, en cassant la dynamique de ses supporters, pour les remplacer par de sages consommateurs.

Robin Leproux joue la carte de l’humilité dans Le Parisien, mais c’est un grand bourgeois qui ne parvient pas à le masquer. Il dit ainsi qu’il n’est pas venu à la présidence du PSG pour l’argent, la preuve il ne gagnait que 10 000 euros par mois ! Faut-il être déconnecté pour raconter ce genre de choses !

Il est connu pour son « plan » de pacification des tribunes, en faisant en sorte que les places soient tirées au sort pendant plusieurs mois, pour briser l’unité des supporters au sein des tribunes Boulogne et Auteuil. C’est qu’il constate effectivement avec réalisme la chose suivante :

« Avec le phénomène de violence continue et historique autour du club et du Parc des Princes, on m’opposait souvent : « Robin, on t’aime beaucoup mais on ne peut pas s’associer à un club raciste et violent. »

Les gens sont amnésiques : dans l’histoire du PSG, il y a 20 ans de violences aux alentours du Parc avec des moments dramatiques et funestes. Il y avait eu un mort lors de la présidence d’Alain Cayzac ( NDLR : Julien Quemener en novembre 2006 ). J’étais dans ce contexte. Quand il y a eu le deuxième mort ( NDLR : Yann Lorence en février 2010 ), je ne peux pas vous dire. C’est un choc très personnel, un tournant dans ma vie (…).

A l’époque, il se dit ou s’écrit qu’il faut dissoudre le PSG, l’exclure du championnat, etc.. Je suis formel : le PSG a failli disparaître. »

Si en effet, les années 2000-2010 ont amené un changement profond, il est historiquement indéniable que les années 1980-2000 marquent l’hégémonie au PSG de la tribune Boulogne, entièrement composée de nationaliste avec de larges fractions de néo-nazis et apparentés. Le niveau de violence au sein de cette tribune était d’une grande brutalité et, si l’on peut dire, d’un vrai professionnalisme.

Julien Quemener, relevant de cette tribune Boulogne, a été tué par un policier alors qu’avec une centaine d’autres personnes il pourchassait trois fans du Hapoel Tel Aviv (un club israélien historiquement très à gauche). Yann Lorence s’est fait lynché lors d’une rixe, alors que supporters de la tribune Boulogne menaient une charge contre ceux de la tribune Auteuil, qu’ils harcelaient régulièrement, notamment lors des déplacements.

Si l’ancien président du PSG Robin Leproux ne le dit pas, mettant tous les « ultras » dos à dos, le début des années 2000 a correspondu pourtant à une énorme fracture sociale et raciale dans cette anomalie qu’était le Parc des Princes. La tribune Boulogne était composée de petits-bourgeois des milieux populaires, d’esprit lepéniste voire directement raciste et en tout cas nationaliste. C’était en décalage complet avec une banlieue parisienne immigrée et métissée, qui à l’époque s’orientait souvent vers l’Olympique de Marseille tellement le PSG apparaissait comme odieux. C’est encore le cas pour beaucoup de monde.

La tribune Auteuil a alors été marqué par la tentative progressive de former des « ultras » violemment hostiles à tout racisme, voire liés à une ultra-gauche anarchiste (Supras, Tigris, Authentiks,la Grinta, K-Soce Team…). Quand on dit « liés », il ne faut pas du tout croire que ce soit une liaison organique ou même politique. Les ultras de la tribune Auteuil étaient simplement anti-racistes, d’extraction populaire ou antiraciste, ils n’avaient rien contre l’ultra-gauche anarchiste (ou du NPA) dans laquelle certains étaient actifs, mais rien pour non plus.

Cela va faire un grand malentendu où l’ultra-gauche aida la tribune Auteuil à avoir une image « antifasciste », alors que des affrontements d’une extrême violence vont se développer entre les tribunes. Cela va amener un pillage de l’iconographie de la gauche radicale par les ultras et inversement une adoption du style « ultra » par l’ultra-gauche. Pour beaucoup de jeunes rejoignant l’ultra-gauche aujourd’hui, « militer » c’est utiliser des fumigènes lors des manifestations, s’habiller en ultra, faire de larges grafs sur les murs, etc. etc.

C’est là que Robin Leproux arrive. Il comprend que le PSG commence à ressembler à la région parisienne et qu’avec les activités des ultras il a un levier pour élargir gratuitement le public de l’entreprise PSG, de rompre l’isolement du PSG. Les « ultras » de la tribune Auteuil, en visant à rendre le club non raciste et également tourné vers les banlieues, ont été directement l’outil pour les capitalistes afin de former le « grand club de la capitale ».

Robin Leproux remodèle alors l’organisation des ultras avec son plan, alors que le PSG est racheté par le Qatar et que les ultras sont récupérés progressivement dans une version turbulente mais sélectionne et édulcorée (le CUP Paris, acceptant totalement la main-mise qatarie et la rupture avec l’histoire du club).

Pour les « historiques », avec le rachat par le Qatar, le PSG est un autre club. Pour toute l’immense vague de gens de la région parisienne passée dans la fascination pour le PSG, ce n’est pas bien grave : avec les millions, les centaines et centaines de millions, il y a le glamour et les victoires, et cela suffit.

> Lire également : La défaite du PSG est une (relative) défaite du football moderne

Robin Leproux a été l’artisan rusé de cette opération et il témoigne de l’intelligence des capitalistes par rapport à la sociologie et aux mentalités.

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La défaite du PSG est une (relative) défaite du football moderne

Le PSG est un club de football devenu totalement artificiel depuis son rachat par le régime autocratique et islamiste du Qatar en 2011. C’est ce que le football moderne a de plus détestable et de plus anti-populaire ; sa défaite contre le Bayern Munich a donc été très réjouissante.

De manière fort étrange, la ministre des sports Roxana Maracineanu a appelé à soutenir le Paris Saint-Germain pour sa finale de la Ligue des champions du 23 août 2020, contre le Bayern de Munich. L’injonction a d’ailleurs été reprise un peu partout, même par le grand rabbin de France ! Une démarche que, bien entendu, n’a pas reprise L’Équipe pour sa Une au sujet du match, sachant très bien que le PSG est honni à la fois comme club parisien mais aussi, et surtout, et jusqu’en région parisienne, pour représenter un état d’esprit à la fois mercantile et replié sur lui-même.

Il va de soi que le rachat du PSG par le Qatar et sa transformation en marque mondiale parisienne, avec le soutien d’Anne Hidalgo, maire de Paris, est ici un arrière-plan essentiel. L’héritage du PSG, qui avait une indéniable base populaire de type petite-bourgeoise, très en phase avec Jacques Chirac et sa Droite populaire somme toute, a été gommée du jour au lendemain en 2011. Pour de nombreux historiques, le PSG, c’est aujourd’hui un nouveau club, coupé de ce qu’il y avait avant ce rachat, une opération préparée quasiment directement par Nicolas Sarkozy, alors président de la République et supporter du club.

Le « plan Leproux » avait consisté entre 2010 et 2011 en une grande opération de « nettoyage » des tribunes populaires parisiennes, préparant le rachat du club par l’émir du Qatar pour en faire quelque chose de totalement nouveau, de « luxueux », à coup de milliards d’euros.

Le Qatar devenait ainsi l’idiot utile de toute une frange de la bourgeoisie française, incapable d’investir elle-même dans un grand club de football, mais s’imaginant profiter des pétro-dollars qataris pour acheter à la fois victoires et prestige pour Paris. Inversement, le Qatar y a vu là une véritable opportunité afin d’« exister » dans le monde et garantir sa dictature néo-féodale, parallèlement à ses opérations de soutien à l’islamisme dans le monde.

Le rejet populaire face à cet immonde projet a été très faible en France. Si l’on prend les supporters historiques du PSG, seule une petite partie d’entre eux n’a pas été dupe. Leur dignité a consisté à refuser cela en quittant le club, par dépit. Ce fût une grande défaite populaire, mais le plus terrible était à venir.

Partout en France, une nouvelle génération est apparue, complètement aliénée par le capitalisme et sans aucun repère par rapport à la culture populaire du football, adhérant totalement au projet du PSG, méprisant au passage tout autre grand club local.

Il n’y a pas eu que des jeunes d’ailleurs, mais aussi beaucoup de prolétaires, abandonnant toute dignité de classe pour céder au rêve d’un grand club « français » rivalisant avec les mastodontes européens. Prêts à toutes les illusions, beaucoup de Français ont cédé au mensonge consistant à faire croire que le PSG allait élever le niveau du championnat français, alors qu’il n’a fait réalité que l’assécher, ôtant tout intérêt sportif à la Ligue 1.

Or, le problème du PSG, c’est que la réussite sportive ne s’achète pas, ou alors difficilement. Le modèle inverse est le Bayern Munich, qui a su profiter ces dernières années d’une large base populaire et d’un héritage historique pour développer une bonne gestion typiquement capitaliste, permettant la mise en place d’une équipe d’un très grand niveau, probablement l’une des équipes les plus fortes de l’histoire du football.

Lors de la finale de la Ligue des champions du 23 août 2020, malgré un match terne et peu ambitieux, l’équipe bavaroise n’a ainsi jamais vraiment été bousculée par le PSG, pour qui par contre ce match était censé être un aboutissement historique.

Le décalage a été immense entre l’apathie d’un Kylian Mpabbé face au but et la grande détermination de Kingsley Coman, l’homme du match ayant marqué le seul but de la rencontre. L’anecdote est pleine de sens : tous deux sont nés en banlieue parisienne, mais l’un a été rejeté par le PSG alors qu’il y a été formé, l’autre a été acheté pour 180 millions d’euros à l’AS Monaco, en contournant au passage les règles du fair-play financier.

Le transfert de Kylian Mbappé au PSG est d’ailleurs le transfert le plus cher de l’histoire du football, tandis que l’achat de Neymar par le PSG consiste en la plus grande somme dépensée pour un joueur dans l’histoire du football avec 220 millions d’euros (il ne s’agit pas d’un transfert au sens strict mais d’une sorte de manœuvre crapuleuse pour arracher le joueur au FC Barcelone).

D’ailleurs, si l’on fait les comptes, puisqu’il s’agit ici d’argent, les onze joueurs titulaires alignés par le Bayern Munich dimanche lui ont coûté en transfert la somme de… « seulement » 116 millions d’euros !

Les centaines de millions d’euros (plus d’un milliard) d’euros dépensés par le PSG en achat de joueur ces dernières années n’a pas fait le poids, car il ne s’agit pas seulement de s’acheter des joueurs, mais de construire une équipe. Indéniablement, le PSG a échoué à être une équipe, et pas seulement en finale d’ailleurs.

Il ne suffit clairement pas pour gagner la Ligue des champions de s’acheter Neymar et de le payer 36 millions d’euros par an, soit l’équivalent du salaire cumulé de tout l’effectif de l’Atalanta Bergame, qui était à deux doigts de sortir le PSG en 1/4 de finale. Pour cette raison, même si le PSG n’a probablement pas dit ses derniers mots et que les centaines de millions d’euros continueront à pleuvoir pour continuer à tuer le football, sa défaite est considérée comme une satisfaction populaire en France.

C’est une défaite (relative) du football moderne.

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Football: des ultras refusent de revenir au stade en raison du Covid-19

Le peuple, quand il s’organise, a l’esprit collectif et la responsabilité sociale chevillés au corps. On a un bel exemple de cela avec les communiqués de différents groupes de supporters « ultra » qui expliquent pourquoi ils refusent de revenir dans les stades en raison de la crise sanitaire.

Malgré la possibilité (pour l’instant) d’avoir 5000 supporters dans un stade, il y a l’idée que soit tout le monde peut venir au stade, soit personne. Il n’est pas question d’avoir un quelconque favoritisme ou bien d’engendrer des frustrations. On a là une haute conscience sociale, de la part de personnes souvent jeunes. Mais ce n’est pas la seule raison.

Les ultras, bien qu’ils soient relativement criminalisés en France, sont des gens responsables, en tous cas pour la plupart d’entre eux. Ils savent très bien que leurs tribunes sont des lieux de promiscuité et de liesse collective. Impossible de respecter les mesures sanitaires dans ce cas et comme il n’est pas question de refuser les mesures sanitaires (les ultras ont souvent été à la pointe de la solidarité avec les soignants pendant le confinement), alors l’évidence s’impose : pas de retour au stade dans de telles conditions.

Gageons que l’ensemble des groupes d’ultras rejoignent cette position dans les jours qui suivent, alors que le championnat de France doit reprendre le 21 août pour la Ligue 1 et le lendemain pour la Ligue 2.

Nous reproduisons ci-dessous quelques exemples typiques.

Voici pour commencer le communiqué du 16 août 2020 des Merlus Ultras 1995, supporters du FC Lorient, qui expliquent avec une très grande dignité pourquoi et comment ils ont « essayé » pendant un match amical, avant de se rendre compte dès la mi-temps que ce n’était pas possible :

Voici le communiqué du 17 août 2020 des Red Tigers 1994, supporters du RC Lens, particulièrement actifs pour la solidarité populaire pendant le confinement :

Voici le communiqué du 16 août 2020 de la Brigade Loire 1999, supporters du FC Nantes, avec une critique très intelligente et très bien vue du « laxisme » ambiant dans la société quant aux mesures sanitaires :

Voici le communiqué du 17 aout 2020 des Ultrem 1995, supporters du Stade de Reims :

Voici un extrait du communiqué des South Winners 1987, supporters de l’Olympique de Marseille, qui déjà le 6 août 2020 entrevoyaient l’impossibilité de reprendre l’activité en tribune et appelaient à la plus grande responsabilité sanitaire :

On notera que certains groupes d’ultras n’ont pas le même sens des responsabilités ni la même dignité populaire. C’est le cas du Collectif Ultra Paris (PSG) qui a organisé un lamentable rassemblement sauvage devant le Parc des Princes pour « fêter » une victoire de leur club en 1/4 de finale de coupe d’Europe mercredi 12 août (comme si c’était une victoire de la coupe), avec banderoles, chants, fumigènes, etc.


Mais il faut noter ici que le CUP ne représente qu’une petite partie des ultras parisiens historique, celle qui a accepté l’état de fait où leur club est rentré en possession du Qatar.

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Politique

Anne Hidalgo et la marque Paris vendue au Qatar

Si elle se prétend de gauche, Anne Hidalgo gère en ardente partisane du capitalisme l’une des plus grandes villes du monde, en étroite relation d’ailleurs avec le Qatar.

Le 13 août l’équipe du Paris Saint-Germain gagnait son match de quart de finales de la Ligue des Champions en marquant deux buts dans les toutes dernières minutes, un renversement qui a été source d’émotions (positives comme négatives). Dans la foulée, Anne Hidalgo a publié sur Twitter un message intitulé « Paris La plus belle des équipes ».

Cela n’a l’air de rien, mais cela relève d’une gigantesque opération politico-commerciale, dont Anne Hidalgo est un élément clef en tant que maire de Paris. On sait en effet que le Paris Saint-Germain a été acheté par le Qatar, une dictature totalement réactionnaire où une petite oligarchie profite du gaz et du pétrole. Sur pratiquement trois millions d’habitants, les Qataris ne sont d’ailleurs que 10 %, le reste étant de la main d’œuvre.

Avec le Paris Saint-Germain, les Qataris ont acheté une « marque » dans leur démarche de « soft power » ; rappelons qu’ils sont historiquement les représentants des « frères musulmans » avec la Turquie, et ainsi les concurrents de l’Arabie Saoudite qui est « wahabite ». On est là dans un jeu de relations internationales, de jeux expansionnistes, bref de magouilles comme les États capitalistes ou corrompus savent les faire.

Dans ce cadre, les Qataris font en sorte que le club du Paris Saint-Germain devienne le plus possible le club de « Paris » tout court, « Saint-Germain » se réduisant toujours plus. C’est une question de prestige ; plus il grandit, plus les retombées sont bonnes, directement et indirectement, pour le Qatar. Si le Qatar se faisait attaquer il y a vingt ans, personne ne savait même qu’il existait ; aujourd’hui, il est très connu alors qu’il n’est qu’une parodie de pays, au sens strict.

En disant ainsi « Paris La plus belle des équipes », Anne Hidalgo intègre totalement la démarche des Qataris, dont elle est par ailleurs très proche. On est en effet dans le donnant-donnant, au point que, miracle, on a par exemple eu le financement à hauteur de 60 % par le Qatar des ignobles fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées, qui ont coûté 6,3 millions d’euros.

D’où la langue de bois d’Anne Hidalgo depuis le rachat du Paris Saint-Germain, ce qui donne par exemple en 2016 :

« Ce que je peux dire sur Paris et la relation que l’on a avec le PSG et le patron du PSG, c’est une relation extrêmement positive, forte, je les remercie d’avoir mis le club de Paris au niveau auquel il est et puis de soutenir des choses qui m’importaient beaucoup. Je pense au foot féminin.

Ils ont vraiment mis les moyens et l’accompagnement pour construire une équipe magnifique. Et puis dans toute la lutte contre l’homophobie et le racisme dans les stades. Nous travaillons main dans la main et avec les gamins de Paris. Je suis heureuse de cette collaboration avec eux ».

Aucun mot sur l’oligarchie quatarie, ses financements d’une variété de l’islamisme, ses multiples casseroles à l’internationale pour obtenir la coupe du monde de football en 2022, etc. etc. Aucune critique du football business, au point que Neymar, arraché 222 millions d’euros au FC Barcelone, a eu droit à la Tour Eiffel le saluant en 2017 !

On comprend qu’Anne Hidalgo apprécie, de par son mode de vie et sa vision du monde, les Qataris qui possèdent à Paris l’hôtel Lambert, l’hôtel Kinski, l’hôtel Landolfo-Carcano, l’hôtel d’Évreux, le palace The Peninsula Paris, l’hôtel Gray d’Albion15, l’hôtel de Coislin, les immeubles des Galaries Lafayette, de HSBC et du Lido sur les Champs-Élysées, le Royal Monceau.

C’est la corruption complète. Comme on est loin du Paris des années 1930 où le Parti Communiste était le premier parti électoralement, sans parler de la banlieue rouge tout autour ! C’est désormais une ville bourgeois et petite-bourgeoise, avec de gens comme Ian Brossat pour servir de caution de « gauche ».

Il faut oser poser la question : lorsque la France basculera, enfin, un jour, dans le socialisme, que va-t-on faire de ces Parisiens, ou plutôt de ces néo-Parisiens, vivant dans leur bulle argentée ?

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Culture

Série: The english game raconte l’émergence du professionnalisme dans le football

The English game (mars 2020) est une très bonne série montrant en six épisodes l’émergence de la classe ouvrière dans l’histoire du football. Il y est abordée cette question aussi complexe que passionnante du professionnalisme dans le sport, directement lié à la classe ouvrière.

Le strict amateurisme dans le sport est une conception aristocratique-bourgeoise. Il s’agissait à l’origine de garantir l’entre-soi de la haute société qui avait conceptualisé le sport, inventé des règles et mis en place des structures dans le cadre de la grande modernisation permise par la généralisation du capitalisme.

Les classes populaires, qui avaient elles-mêmes dans leur histoire de nombreux jeux à caractère physique, ont également été touchées par cette modernisation capitaliste. Le football, ce « jeu anglais », toucha ainsi rapidement la classe ouvrière britannique, la partie la plus avancée des masses populaires britanniques. Elle s’est logiquement intéressée à cette forme nouvelle, raffinée et structurée, qu’est le sport.

Dès la fin du XIXe siècle, des équipes furent formées autour d’usines avec un niveau de jeu évoluant rapidement et faisant évoluer le sport lui-même dans un sens plus collectif, concurrençant les gentlemens sportifs, aristocrates. Lors de la saison 1880-1881, le Darwen FC est le premier club constitué d’ouvriers à atteindre les quarts de finale de la FA Cup, qui n’avait que dix ans.

Une partie de la bourgeoisie, celle qui était directement industrielle, entreprenariale, non-liée organiquement à la bourgeoisie financière d’origine aristocrate, y vit une opportunité : celle de former des équipes constituées d’éléments populaires payés, développant ainsi une économie autour de cela, mais affirmant au passage sa propre culture dont le professionnalisme sportif est une expression.

On aurait tort cependant de n’y voir qu’un opportunisme de nature libéral, en dehors de tout rapport culturel et social populaire. La classe ouvrière a elle-même appuyé le professionnalisme, seule forme à même de l’intégrer, en tant que classe, dans le football. Il est très vite apparu naturel pour les ouvriers de voir les meilleurs d’entre eux se consacrer entièrement au sport, d’autant plus quand ils pouvaient rester liés localement à eux par l’intermédiaire d’un club à supporter.

C’est là tout l’intérêt et le grand mérite de The English game, qui est presque autant un documentaire qu’une série d’ailleurs, que de montrer cela avec une grande subtilité, sans tomber dans la caricature « ouvriériste » ou au contraire « libérale ».

La série nous montre ainsi formidablement bien comment un club comme le Blackburn Rovers Football Club est autant une construction industrielle bourgeoise qu’une formation populaire, et précisément ouvrière. C’est ce double aspect qui fait qu’aujourd’hui encore, malgré la grande corruption du fait de leurs salaires astronomiques, de nombreux footballeurs professionnels sont autant des mercenaires que des personnes organiquement liées à la classe ouvrière et surtout à une culture ouvrière locale.

Le football est ainsi tout autant un élément de collaboration de classe, qu’un moyen de développement moral, économique et culturel pour la classe ouvrière. Le professionnalisme a été la condition indispensable, et positive, de ce développement. Quelques années plus tard en France, il s’est produit un phénomène tout à fait similaire avec l’émergence du professionnalisme dans le cyclisme, sport populaire, alors que l’amateurisme était généralisé et strictement préservé dans les autres sports.

Le professionnalisme a toutefois une conséquence négative évidente dans le football… C’est la constitution d’un marché des transferts débridé, dénaturant le sport et engendrant une corruption généralisée tant des joueurs que des entraîneurs, mais aussi des supporters. Cela est d’autant plus vrai lorsque le capitalisme s’est amplement développé.

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Société

Tribune de Frédéric Thiriez : «L’UEFA va tuer la Ligue 1»

Frédéric Thiriez est l’ancien président de la Ligue de football professionnel (LFP). Sa tribune, initialement publiée dans le Parisien samedi 20 avril, dénonce le bouleversement que causerait la réforme de la Ligue des champions par l’UEFA.

S’il est une figure proche de la Gauche ayant tenté ou prétendu tenter de limiter l’emprise du business dans le football, en étant en parti à l’origine du Fair Play financier, il a pendant son mandat de 2002 à 2016 accompagné le développement du football moderne, avec notamment l’inflation des salaires et des montants des transferts. Les droits TV de la ligue 1 ont triplé durant cette période, pour atteindre plus de 600 millions d’euros.

La fin de son mandat fut marquée par une demande de démission de la part de l’Association française du football amateur suite au refus d’accepter la montée en Ligue 2 du club de Luzenac (Ariège). L’association avait considéré qu’« aujourd’hui, une certaine idée du football, faite de morale, d’éthique et de justice est morte assassinée par ceux qui sont censés défendre ses valeurs. »

Frédéric Thiriez avait par ailleurs signé un appel de personnalités du sport à voter contre Marine le Pen, au deuxième tour de la présidentielle en 2017.

« L’UEFA va tuer la Ligue 1

Un ancien président ne doit pas parler… Telle est la règle que je me suis appliquée depuis que j’ai quitté la présidence de la Ligue de football professionnel. Si je romps ce silence aujourd’hui, c’est parce que les intérêts vitaux de nos championnats sont menacés par un projet de réforme de la Champions League qui, s’il est adopté, ruinera nos championnats nationaux. Pis, l’UEFA, au mépris du modèle sportif européen, veut faire de la prestigieuse coupe une compétition fermée, au seul profit de quelques clubs milliardaires et de leurs actionnaires.

La réforme se traduira par une augmentation insensée du nombre de matchs : on passerait de 96 matchs aujourd’hui à 224 pour la phase de groupes… Comment oser proposer une telle multiplication des rencontres, néfaste pour la santé des joueurs et mortifère pour les compétitions nationales ? Mortifère, oui, car il est strictement impossible dans le calendrier actuel de trouver les huit dates supplémentaires qu’exige la réforme. Sauf à supprimer une des deux coupes nationales ou à réduire la Ligue 1 à 18, ce que nos clubs n’accepteront pas, comme l’a bien dit Noël Le Graët(NDLR : le président de la Fédération française de football). Pourquoi seraient-ce toujours les compétitions nationales qui feraient les frais de la folie inflationniste des fédérations internationales ? L’UEFA, qui veut toujours plus, va au plus simple : pour augmenter les droits, augmentons le nombre de matchs ! Facile : sur le calendrier, la Fifa et l’UEFA se servent les premières ; les fédérations nationales ne peuvent que remplir les pauvres cases restantes.

Il y a plus grave : la réforme changera la nature même de la Champions League, qui deviendra un championnat quasi fermé. Lors de la première saison de la nouvelle formule, les cinq clubs arrivés en tête de leur groupe (il y a 4 groupes de 8), seront qualifiés automatiquement pour la Champions League de la saison suivante. Mieux, le 6e ou le 7e aussi auront une place garantie, une fois départagés par un match de barrage. Voilà donc 24 places préemptées pour la saison d’après, et pour tout dire, ad vitam aeternam pour peu que ces clubs ne finissent pas dernier de leur groupe. Une Ligue des champions fermée aux trois quarts et durablement. Avec un tel système, il est possible que le deuxième du championnat de Ligue 1, voire même le premier, soit exclu de la Champions League. C’est dire que notre championnat perdra tout son intérêt. En début de saison, nos deux ou trois clubs européens n’auront qu’une priorité : finir dans les cinq premiers de leur groupe afin d’être qualifiés encore l’année suivante. Ils délaisseront le championnat, envoyant au besoin une équipe B. Quant à la deuxième partie de saison, elle n’aura pas plus d’intérêt, puisque la « course aux places européennes » sera terminée… Qui s’intéressera alors à la Ligue 1 ? Les diffuseurs certainement pas. Un effondrement des droits télé en France est donc à redouter dès 2024.

Les 32 ligues européennes n’ont d’autre choix que de se battre pour leur survie en tirant à boulets rouges. La Premier League anglaise et la Liga espagnole ont montré le chemin. Souhaitons que la ligue française suive cet exemple. Mais à terme, il faudra bien revoir la gouvernance de l’UEFA, qui ignore superbement les ligues professionnelles, alors qu’elles font vivre les footballs nationaux. L’UEFA comme la Fifa ne peuvent à la fois prendre, comme organes régulateurs, des décisions qui s’imposent à tous et développer sans cesse de nouvelles compétitions qui minent les championnats nationaux sans que les ligues aient leur mot à dire.

Le bon sens voudrait qu’elles soient représentées à hauteur suffisante (un tiers ?) dans les organes décisionnels des fédérations internationales*. Ces dernières ont reçu de nos anciens la noble mission de gouverner le football, d’en fixer les règles et de développer notre sport partout sur la planète. Aujourd’hui, elles semblent dévorées par la « fièvre de l’or ». Le business a pris le pas sur l’intérêt général du football, les bonnes pratiques, l’avenir du jeu, l’aide aux nations défavorisées. La Fifa et l’UEFA se livrent même entre elles à une véritable guerre commerciale (Coupe du monde des clubs versus Champions League). Cette dérive inflationniste fait croître une bulle spéculative qui peut éclater à tout moment. Faut-il attendre l’implosion du système pour revenir à la raison ? »

* L’EPFL, qui représente les intérêts des ligues nationales, a fini par obtenir un siège au comité exécutif de l’UEFA sur 19.

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Société

L’assistance vidéo, cette horreur du football moderne

Les arbitres assistants vidéo ou VAR, acronyme anglais pour Video assistant referees, sont en place dans plusieurs championnats de football, et depuis la semaine dernière pour les phases finales de la Ligue des Champions. Loin d’apporter quelque-chose sur le plan sportif, ce dispositif répond surtout à la logique du football moderne, conformément aux sollicitations des clubs les plus riches.

L’Atlético de Madrid avait ouvert le score à la 70e minute lors de sa confrontation face à la Juventus en Ligue des Champions hier soir. Bien servi par Filipe Luis, Álvaro Morata venait récompenser d’une tête franche et bien placée les efforts des « Colchoneros » qui dominaient les débats. La clameur de l’Estadio Metropolitano, qui s’était transformé en une immense exaltation de joie, fut cependant douchée quelques minutes plus tard par l’arbitre. Après visionnage de la vidéo, celui-ci a estimé qu’il y avait une poussette fautive de la part du buteur contre le défenseur.

Cette décision n’a rien d’évidente, le ralenti ne permet pas rationnellement de juger l’intensité du geste de la main du défenseur ; le football étant un sport de contact, il y a sans-cesse ce type de mouvements entre les joueurs et rien ne permet avec les images d’affirmer que le défenseur ne s’est pas volontairement jeté, ou a été déséquilibré par sa propre faute.

C’est ici un cas d’école montrant l’inanité du dispositif VAR. La technologie est censée aider, mais on est en fait pas plus avancé, et il y a toujours des interprétations différentes, aucun consensus, et finalement un sentiment d’injustice qui n’en est que plus grand par rapport à une erreur d’arbitrage pendant le jeu. Un autre cas s’était d’ailleurs produit en première mi-temps où, après visionnage de la vidéo, l’arbitre s’était dédit après avoir accordé un penalty aux Madrilènes. Cette décision a semblé juste, mais là encore il n’y a rien d’établi avec certitude. C’est une question de quelques centimètres pour savoir si la faute a été commise en dehors ou dans la surface. Sa décision initiale, pendant le cours du jeu, n’avait rien d’absurde et n’aurait pas représenté quelque-chose de scandaleux.

Ces faits n’auront finalement pas changé grand-chose hier soir puisque les locaux l’ont emporté 2 à 0. Tel n’est pas le cas par contre de l’annulation du premier but de l’Ajax Amsterdam, qui a perdu 1 à 2 contre le Real Madrid la semaine dernière en Ligue des Champions également.

Il s’est passé cette fois-ci quelque-chose d’improbable où l’on ne sait pas vraiment ce qui a entraîné l’annulation du but par l’arbitre. Cela a bien sûr fait l’objet d’une grande polémique aux Pays-Bas ainsi qu’en Catalogne (où le Real Madrid n’est pas apprécié), le sentiment d’injustice étant très grand.

L’UEFA a justifié le lendemain la décision de l’arbitre sur Twitter.

Il est expliqué que Dusan Tadic était en position de hors-jeu et qu’il gênait le gardien sur le but de Tagliafico. Cela est pour le moins étrange, car le joueur ne peut pas disparaître s’il est hors-jeu, et il n’a pas fait ici délibérément action de jeu, comme le sanctionne la Loi 11 du football.

Le gardien de but du Real ne s’était d’ailleurs absolument pas plaint de cette soi-disant obstruction sur le moment ; rien ne permet de toutes façons d’affirmer que Thibaut Courtois a réellement été empêché de sauver ce ballon à cause de son adversaire considéré hors-jeu sur la vidéo.

Cette justification de l’UEFA est donc très floue, et d’ailleurs pendant la diffusion du match, le réalisateur avait choisi un autre ralenti, avec un autre hors-jeu probable juste avant, mais pas du tout cette scène.

À l’issu de la rencontre, le gardien Thibaut Courtois a expliqué qu’« heureusement qu’il y avait le VAR » et que lui-même a pensé qu’il y avait hors-jeu. Sauf qu’on ne sait pas de quel hors-jeu il parle, et s’il parle de celui-ci, il est forcément de mauvaise fois car il ne peut aucunement le constater à ce moment là puisqu’il fixe logiquement le ballon. Les explications fournies par le corps arbitral à l’entraîneur de l’Ajax, Erik ten Hag, n’étaient pas claires non-plus, et contradictoires :

« L’un d’eux m’a dit que l’annulation du but était basée sur une position de hors-jeu qui n’était pas évidente à mes yeux, un autre parce qu’il y a eu une faute sur Courtois, que je n’ai pas revue sur les images de la télé. »

On se retrouve donc avec une technologie censée permettre d’éviter les erreurs d’arbitrage qui ajoute en fait encore plus de suspicion sur la partialité du corps arbitral et exacerbe le sentiment d’injustice.

Cette affaire est d’autant plus ennuyeuse que le dispositif n’aurait dû être en place que la saison prochaine pour la compétition européenne. L’UEFA a finalement décidé au mois de décembre que les arbitres assistants vidéo seraient présents dès les phases finales de cette année, changeant les modalités du jeu en cours de compétition. Il y a là quelque-chose d’inhabituel, de pas correcte, de pas conforme à l’esprit sportif. Qu’on soit pour ou contre, l’arbitrage vidéo change fondamentalement la façon dont sont joués et arbitrés les matchs, et cela n’est pas normal de l’instaurer au milieu du tournoi contrairement à ce qui était prévu.

Le président de l’UEFA Aleksander Ceferin s’était justifié en disant : « si nous pouvons le faire avant, pourquoi pas ? » Il s’est en fait empressé de répondre aux exigences des clubs de football les plus riches. L’institution était historiquement hostile au dispositif, mais elle a finalement cédé aux injonctions de personnalités comme Andrea Agnelli, président de la Juventus et du très influent syndicat de clubs ECA, ou de Karl-Heinz Rummenigge, président du directoire du Bayern Munich.

L’arbitrage vidéo est réclamé par les grands clubs qui veulent contrôler le plus possible l’incertitude du sport. De la même manière qu’ils plaident pour une ligue fermée, afin de ne pas avoir à se qualifier chaque année pour l’Europe, ceux-ci veulent surtout assurer leurs buisiness models.

L’argent qui leur permet d’acheter les plus grands joueurs et d’écraser la concurrence ne leur suffit pas, il y a encore trop d’incertitude, de risque de se voir « flouer » par un club moins fort et ils veulent pouvoir maîtriser le plus de paramètres possibles.

L’UEFA ne fait que se plier cette exigence, comme elle l’a fait cette année en acceptant d’inscrire pour les phases finales les joueurs transférés pendant l’hiver qui avaient joué la compétition avec un autre club, ce qui est un autre recul historique.

Le discours sur l’équité sportive ou le soulagement des arbitres pour justifier le dispositif VAR n’est que du flan. L’équipe nationale du Maroc l’avait d’ailleurs constaté à ses dépens pendant la Coupe du Monde 2018, il y avait clairement eu le sentiment que « le VAR, c’est pour les grandes équipes, c’est frustrant », comme l’avait dit Nabil Dirar.

Les joueurs et les entraîneurs sont de plus en plus nombreux à s’y opposer, à l’instar de l’entraîneur du club londonien Tottenham, Mauricio Pochettino, qui affirme que « personne n’est heureux de regarder ces matches en Europe avec la VAR, personne. »

La Ligue 1 française, qui a adopté le dispositif cette saison, regorge déjà de décisions contestées après utilisation de la vidéo ou, pire encore, de moments où la vidéo n’a pas été consulté dans une situation litigieuse sans que l’on sache pourquoi. Il faut se souvenir de cette 20e journée du championnat en décembre où pas moins de quatre matchs avaient connu une polémique relative à ce nouveau mode d’arbitrage.

L’assistance vidéo n’apporte manifestement rien au football, et cela casse l’ambiance dans les stades de manière très désagréable quand un but est finalement anulé. C’est une horreur de plus du football moderne.

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Disparition d’Emiliano Sala : les sportifs appartiennent au peuple !

La disparition tragique du footballeur Emiliano Sala est un bouleversement à Nantes, il y a le sentiment terrible et collectif que c’est « l’un des nôtres » qui a disparu.

Il était revenu à Nantes pour le week-end puis est reparti après un au revoir à ses anciens équipiers au centre d’entraînement. L’avion dans lequel se trouvait Emiliano Sala n’a pas été retrouvé, mais si à l’heure actuelle il est encore porté disparu, il n’y a que très peu de doutes quant à son sort. Le sujet a animé la journée des Nantais amoureux de leur club hier, dans les collèges et les lycées, au travail, dans les familles ou sur les messageries entre amis. Des centaines de personnes se sont rendues le soir même dans le centre de la ville en son nom.

Un footballeur, et qui plus est le meilleur buteur du club, qui s’implique fortement sur le terrain, donne de sa personne pour l’équipe, cela plaît aux gens. Emiliano Sala a plu au public nantais tant pour sa gentillesse et son sourire que pour sa « grinta » sur le terrain et ses buts. Toujours un bonjour quand il le fallait, toujours d’accord pour un autographe ou un selfie quand on le croisait au karting ou à la boulangerie, et toujours enclin à se donner pendant les matchs.

Les intellectuels des centre-villes, les bourgeois en général, ont du mal à saisir cela. Ils ne voient en les footballeurs pros que des individus qui réussissent, adulés par des gens d’en bas qui eux n’ont pas réussi. En vérité, ce n’est pas cela qui se passe : les gens du peuple savent que les footballeurs comme Emiliano Sala sont des leurs, et inversement. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de tristesse quant à sa disparition, car il y a de l’affection.

En arrière plan de cela, il va aussi y avoir beaucoup de colère. Car cette disparition n’aurait jamais dû arriver. C’est un drame du football moderne.

Elle est la conclusion tragique d’un insupportable épisode hivernal plein de rebondissements quant à son transfert vers le club de Cardiff City. L’entraîneur Vahid Halilhodzic ne voulait évidemment pas du départ de son buteur, surtout sans remplacement derrière, et assurait qu’il ne partirait pas.

Il y avait quand-même des rumeurs, puis un départ quasi certain finalement annulé, avant d’être enfin conclu il y a quelques jours. On ne sait jamais les choses dans le détail dans ce genre de transactions, mais la plupart des commentaires indiquaient qu’Emiliano Sala n’était pas intéressé sportivement par Cardiff. Ce serait le président du FC Nantes, Kita, qui a poussé le transfert pour récolter une grosse somme d’argent (estimée à 17 millions d’euros, dont la moitié doit revenir aux Girondins de Bordeaux en raison d’une clause sur le précédent transfert).

De son côté, le club de Cardiff a proposé au joueur un salaire très important, de 300 000 euros par mois, qu’il lui a été compliqué de refuser, ce que tout le monde à bien entendu compris, malgré la déception.

C’est un drame du football moderne, car ce genre de transferts insupportable d’un point de vue sportif ne devraient pas exister. Il ne devrait pas y avoir autant d’argent en jeu, avec une telle concurrence déloyale qui fausse toute équité. Il n’y aurait jamais dû avoir ces allez-retours improvisés entre Nantes et Cardiff dans un petit avion au-dessus de la Manche en plein milieu du championnat en hiver.

Si l’on en croit la presse, Emiliano Sala avait fait part de ses inquiétudes quant au vol à son à des amis, indiquant qu’à l’aller cela avait été compliqué et qu’il n’avait pas confiance en l’avion « sur le point de tomber en morceaux ». Cette information fait vraiment froid dans le dos, il y a quelque-chose de vraiment révoltant qui montre que les joueurs de football, même s’ils gagnent beaucoup d’argent, sont les victimes de tractations qui les dépassent, manipulés comme de simples marchandises, contraints à ce genre de voyages absurdes.

On peut même penser, d’ailleurs, qu’Emiliano Sala n’avait pas grand-chose à faire en Europe, et que le peuple argentin devrait avoir le droit de garder ses propres champions, qui quittent le pays à cause de l’argent.

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Société

Le FC Nantes, grand perdant du « football moderne »

Le Football Club de Nantes est un des grands perdants de l’avènement du « football moderne », à l’image de clubs comme l’Ajax Amsterdam, le Celtic Glasgow, l’AS Saint-Étienne ou encore le Genoa CFC. Le club a fêté cette année ses 75 ans ; il fut durant la deuxième moitié du XXe siècle un club très populaire et il bénéficie encore d’une notoriété et d’une sympathie importante en France, malgré de faibles résultats sportifs.

 

« 60 ans de gloire, 15 ans d’anonymat… jusqu’à quand? »

Lors de la dernière rencontre de la saison 2017/2018, les supporters de Nantes ont déployé une grande fresque présentant des figures historiques du club. Elle était accompagnée d’un message résumant la situation.

Cela était bien sûr un pic destiné à la direction qui a largement fêté les 75 ans du club cette année. Depuis le dernier titre de champion de France en 2001, le « FCN » n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est justement à cette époque qu’il fût précipité dans les abîmes du « football moderne ».

Une tradition de football

Il y avait une identité sportive à Nantes, avec des projets collectifs construits et menés durablement, avec la reconnaissance et le soutiens des masses locales amatrices de football.

L’identité culturelle n’est pas directement ouvrière, mais en tout cas franchement populaire et démocratique. Le public est connu comme étant exigeant, amateur de beau jeu collectif, mais pas de frasques et d’aventures individuelles.

Seulement, cela n’est pas compatible avec le football d’aujourd’hui et sa dimension « business ». Il nécessite des projets démesurés, de l’immédiateté, et ne supporte pas que des anciens puissent être enraciné dans un club, respecter des valeurs déterminées, prendre le temps de la construction.

Le FC Nantes a été longtemps réputé pour son centre de formation de la Jonelière, qui fût pendant un moment l’un des plus à la pointe du monde. Cela a permis l’avènement de grandes équipes avec plusieurs joueurs formés au club, ce qui permettait aux recrues de respecter aussi un style de jeu particulier.

“Jeu à la nantaise”

Les commentateurs ont résumé cela sous le terme de “jeu à la nantaise”, qui fait un peu figure de mythe, car il représente des réalités différentes. Il y a toujours en tout cas derrière ce terme l’idée de l’intelligence collective, de la construction rapide et efficace.

José Arribas, Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix sont les principales figures représentants ce “jeu à la nantaise”. L’histoire du club est aussi marqué par de grands noms comme Henri Michel, Claude Makelele, Christian Karembeu ou bien Mickaël Landreau. Il faut penser aussi par exemple aux trios offensifs des années 1970 Baronchelli-Amisse et Pécout ou Halilhodžić, et d’autres encore.

La tradition de jeu nantaise avait commencé à tanguer au début des années 1990, époque à laquelle le “business” a commencé à envahir massivement le football. Jean-Claude Suaudeau avait une première fois claqué la porte du FC Nantes, en tant qu’entraîneur.

Mais c’était une autre époque que la nôtre, le capitalisme n’avait pas à ce moment les moyens de tout broyer et les structures ont pu se maintenir, avec l’appui de la population.

Une saison 94/95 fantastique

“Coco Suaudeau” est revenu à la tête de l’équipe en 1993. La saison 1994/95 a ensuite connue l’une des meilleures équipe française.

Largement issue du centre de formation, elle ne brillait pas par ses qualités individuelles mais par ses prestations collectives impressionnantes. En plus du titre de champions de France, les « canaris » n’ont connus qu’une seule défaite cette saison là, ce qui a donné lieu au record de 32 journées invaincues. En 2018, ce record n’a toujours pas été battu, même par le PSG et ses moyens immenses, complètements déloyaux par rapports aux autre clubs.

Le jeu nantais était en 1994/1995 d’une grande fluidité, les phases de transition maîtrisées de manière brillante, l’équipe impossible à jouer. Le « tarif maison » pour les matchs à domicile était de 3 – 0 (cela s’est produit 10 fois en 19 matchs !)

C’était un grand moment de l’histoire du football.

Malgré la vente de quelques joueurs clés comme Christian Karembeu et Patrice Loko, le club a atteint les demi finale de la ligue des Champions l’année suivante, éliminé de justesse par la Juventus, malgré une victoire 3-2 à la Beaujoire.

Un dernier titre en 2001

La saison 2000-2001 fut comme une dernière respiration avant la noyade pour le FC Nantes. Raynald Denoueix, continuateur de Jean-Claude Suaudeau, a été capable de mener l’équipe au titre mais les moyens n’était déjà plus les même, le triomphe moins brillant et plus réaliste.

Tout a sombré ensuite, et violemment.

En 2000 le club a été racheté par le Socpress, à la tête du journal local “Presse Océan”. Cela fût présenté par de nombreux commentateurs comme un “coup” financier, dans le but de se servir de la trésorerie du club. C’était aussi une occasion pour la municipalité (censée être de Gauche car affiliée à Parti Socialiste) de se séparer du club.

Raynald Denoueix fut licencié sans ménagement, malgré le titre (il rebondit cependant directement au Real Sociedad avec qui il remporte le championnat espagnol, ce qui fût une véritable surprise et un véritable exploit !)

Le club n’a jamais pu se relever de ce bouleversement. Il a été relégué deux fois en ligue 2 en l’espace de deux ans, alors qu’il détenait le record de présence ininterrompue en première division du championnat français (44 saisons, de 1963 à 2007).

L’ère Kita

Le FC Nantes passa succinctement (et indirectement) dans les mains de Serge Dassault, puis dans celles de l’actuel propriétaire et président Waldemar kita.

Ce dernier est un industriel fortuné qui a racheté le club pour se faire plaisir, comme d’autres jouent à “Football Manager” sur leur ordinateur. Son plus récent “caprice” étant la construction d’un nouveau stade ultra moderne.

[Voir notre article : YelloPark, la mairie socialiste de nantes brade le stade de football de la Beaujoire ]

Sa présidence est marqué par une grande instabilité et des choix très critiqués en terme de gestion (transferts, salaires, infrastructures, etc.). Dès le début, il s’était fait remarquer par son attitude désinvolte en insultant violemment dans la presse le joueur Frédéric Da Rocha, figure du club :

« Qu’il se permette de faire un tour d’honneur […] alors que c’est la deuxième fois qu’il descend [en ligue 2, NDLR], c’est que pour sa gueule ! À sa place, j’aurais arrêté le foot depuis longtemps. »

Depuis qu’il est arrivé en 2007, le club a connus 14 entraîneurs, soit plus d’un par année, ce qui est au dessus des “standards” déjà très court du “football moderne”.

Parmi eux il y a Michel Der Zakarian, ancien joueur du club, qui a été licencié deux fois malgré qu’il ait fait remonter deux fois le club en ligue 1 !

Contre le football moderne

Contre le « football moderne »

Waldemar Kita est un personnage qui a tout du grand bourgeois détestable, bronzé aux UV, méprisant envers les classes populaires, etc. Il cristallise autour de sa personne tout une opposition, surtout de la part des supporters les plus fervents et les plus jeunes.

Il n’est cependant qu’une figure,représentant un système et des enjeux économiques soumettant le sports, que l’on peut résumer à travers la critique du “football moderne”.

Les traditions n’ont pas toutes disparues au FC Nantes, mais elles ne se maintiendront pas éternellement. L’histoire du football et des réalisations humaines en général est certes marqué par des changements. Il ne faudrait pas être figé dans le passé. Mais la situation du FC Nantes laisse malgré tout, somme toute, le sentiment amer d’un immense gâchis.

Voici pour finir un extrait de la réaction très vives, très authentique, de Vahid Halilhodzic (champion de France en 1983) parue dans la presse locale après la seconde relégation du FC Nantes il y a presque 10 ans.

« Le FC Nantes n’est pas mort ce week-end, il est enterré depuis pas mal de temps. C’est scandaleux !

Ses philosophes de joueurs ne savent pas que le FC Nantes c’est autre chose. Les gens sont résignés, déprimés. On n’a pas su tirer les leçons de la première descente.

Avec la remontée, certains ont pensé qu’ils étaient en droit de donner des leçons à tout le monde. C’est incompréhensible.

Ce club synonyme de stabilité, de travail, est tombé si bas. C’est facile d’accabler les gens mais quand tu joues mal, tu essaies au moins de courir, de te battre, de compenser avec de la générosité, de la volonté pour masquer ton manque de talent. Mais je n’ai même pas vu ça !

Ce vestiaire doit être confronté à pas mal de problèmes, c’est du moins l’impression qu’il donne de l’extérieur.

Ils ont réussi à tuer un monument du football, il fallait être costaud pour faire ça. Ils n’ont pas seulement détruit l’image de ce club mais aussi son âme.

Des communicants ont tenté de cacher la réalité mais le FCN est profondément malade à tous les niveaux.

La preuve, sa source inépuisable de talents, en l’occurrence le centre de formation, semble tarie. Où sont les jeunes ? Il faut un changement radical, surtout des gens plus compétents. »

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Le pragmatisme froid de l’équipe de France

La France est normalement un pays de panache, privilégiant le style à l’efficacité. La frilosité imposée par Didier Deschamps a été insupportable pour de nombreux commentateurs et supporters pendant la Coupe du Monde.

Si la Coupe du Monde se matérialise par des étoiles sur les maillots des nations victorieuses, c’est peut-être parce que le public aime voir les équipes briller. De ce point de vue, la prestation de l’équipe de France a généré beaucoup de frustration chez les amateurs de football.

Impossible de ne pas remarquer que la France n’a pas été la plus forte. Quand elle a asphyxié la Belgique, ce n’était pas par son jeu, mais en refusant le jeu, comme face au Danemark – match qui d’ailleurs avait été vécu comme un petit traumatisme tellement il ne s’était rien passé.

En ce qui concerne la finale, les chiffres sont éloquents : deux buts en première période malgré zéro tirs et un nombre incroyable de ballons perdus, seulement 68 % de passes réussies sur l’ensemble du match et moins de 35% de possession. Au vu de sa prestation bien meilleure, la logique aurait voulu que la Croatie l’emporte.

Bien sûr, la France n’a été menée au score que 9 min sur l’ensemble du tournoi (face à l’Argentine), mais elle n’a que trop rarement donné l’impression de dominer son sujet. Mis à part quelques exploits individuels, et pas mal de chance, les “bleus” ont surtout pris soin de ne jamais prendre de risque, cherchant à contrer l’adversaire de manière opportuniste. Il n’y a pas eu de réelles phases de construction, d’intelligence collective. Il s’agissait surtout de miser sur les erreurs de l’adversaire.

Cela est totalement assumé. Face aux critiques, le sélectionneur répond :

« Mon boulot c’est de gagner des matches» car « le résultat change tout. Et seul le résultat peut dire si je me trompe ou pas, si j’ai raison ou pas.»

C’est un pragmatisme froid, cynique. Et on se demande alors qu’elle a sa définition du sport, voir même du football. Car, ce qu’aime le public, ce qu’aiment les amateurs de football, c’est le jeu, et précisément le beau-jeu qui fait gagner, pour être champions du monde en proposant le meilleur football du monde.

Mais avec un raisonnement comme celui de Didier Deschamps, le football n’est plus qu’un outil pour satisfaire les orgueils nationaux. Car c’est une chose de soutenir son pays, puisque sur le plan personnel cela nous renvoie à un héritage, des traditions, un quotidien, mais cela en est une autre de vouloir écraser les autres à tout prix.

Le football est un jeu et ce qui devrait compter est le jeu. Tel ne fut pas le cas, et c’est ouvertement assumé aussi par exemple par Raphaël Varane dans une interview à l’Équipe :

“Nous on n’était pas venus pour jouer, on était là pour gagner, pour détruire l’adversaire. On sait qu’on n’a pas fait le plus beau jeu du tournoi. […] On était l’équipe la plus glaçante, oui, c’est ça, on était glaçants. On était des tueurs à sang froid. Quand je vois la finale contre la Croatie, c’est ça.”

Ces propos font froid dans le dos. Il n’est pas étonnant que Raphaël Varane soit défenseur titulaire du Real de Madrid, dont le pragmatisme s’opposent historiquement à la tradition de beau jeu et d’intelligence collective du FC Barcelone. Il a d’ailleurs évolué dans l’ombre de Sergio Ramos, qui est une caricature de cynisme et de pragmatisme dans le football moderne.

> Lire notre article : Le “football moderne” ne sanctionne pas Sergio Ramos pour son agression sur Mohamed Salah

Le discours de Varane n’est pas anodin. Il relève d’une idéologie de la concurrence capitaliste, de guerrier prêt à tout pour servir les dirigeants de son pays, mais pas de l’esprit du sport, ni d’un état d’esprit populaire.

L’équipe de France a beaucoup d’influence sur les jeunes ainsi que dans les centres de formation. Cela a très bien été remarqué par le joueurs français Hatem Ben Arfa, qui explique de manière intéressante dans une chronique à France Football :

“Pour moi, ce serait dangereux de se cacher derrière cette deuxième étoile pour faire du jeu des Bleus une référence mondiale. On ne va pas se le cacher : le style et l’identité ultraréalistes des Français sont assez moches. Et je n’ai pas envie que ce style-là devienne désormais la norme dans les centres de formation ou les clubs, puisque l’on a souvent l’habitude d’essayer de copier le nouveau champion du monde.

Je ne peux pas non plus me résoudre à gagner ainsi avec des talents aussi inventifs que Griezmann, Fekir, Mbappé ou Dembélé. Je pense que c’est du gâchis. Vu nos forces, on pourrait être beaucoup plus audacieux, moins caméléons. Pour connaître certains Bleus, je sais qu’ils ne se fichent pas de la manière et qu’ils n’auraient rien contre une évolution du jeu proposé.”

On pourrait arguer que Ben Arfa est un idéaliste, naïf face aux enjeux du football moderne. D’autant plus qu’il dit que Didier Deschamps devrait partir et que :

« Ce serait ensuite à son successeur de profiter du potentiel technique et de “libérer” les talents pour avoir une identité de beau jeu à la française, comme les Brésiliens en ont une. Et pour qu’on ne prenne pas du plaisir que dans les résultats. »

Cependant, l’intelligence et le bon sens sont en faveur d’Hatem Ben Arfa. Ce qui devrait primer, c’est le jeu, la beauté et le plaisir du jeu. Le football est un sport, ce n’est que du sport. La victoire n’est pas tout, ce n’est qu’un but, une motivation ; la défaite ne doit pas être insupportable. L’équipe de France n’a pas à être une start-up destinée à satisfaire le nationalisme et l’idéologie libérale-pragmatique d’un Emmanuel Macron.

Hatem Ben Arfa touche à un point essentiel quand il parle d’identité française. Car ce qui ressort de tout cela, en somme, c’est l’absence de caractère français au jeu de l’équipe de France.

On peut même dire que cette équipe n’avait pas d’identité du tout. Là encore, c’est très bien résumé et assumé par Raphaël Varane :

« C’est quoi le niveau international ? Quand est-ce que tu attaques, quand est-ce que tu défends, quand est-ce que tu laisses le ballon à l’adversaire… On regarde l’adversaire, et, après, on voit comment on peut jouer, nous. »

Il est intéressant de noter que ce discours s’oppose directement à celui de Bixente Lizarazu à propos de l’équipe de France 1998. Pour lui l’équipe avait une identité propre :

« Nous imprimions notre rythme et notre style, quel que soit l’adversaire, avec une base défensive très forte et une grosse agressivité dans les duels qui nous permettaient d’user nos adversaires avant que nos talents offensifs finissent le job.»

De nombreux commentateurs et amateurs du Football ont remarqué cela et le regrettent. Si les gens étaient contents de pouvoir faire la fête, on ne peut pas se satisfaire d’une telle victoire dans la manière. Car, en France, il y a l’art et la manière, comme le dit l’expression (qui est difficilement traduisible dans d’autres langues).

 

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9 choses anecdotiques mais importantes sur la coupe du monde de football 2018

1. Le budget de l’organisation de la Coupe du Monde est monstrueux. Annoncé à 9 milliards d’euros, il tourne plutôt autour des 10 milliards d’euros après des ajustements de dernière minutes. A titre de comparaison, le mondial en Allemagne en 2006 avait coûté 430 millions d’euros.

Le Qatar devrait dépenser encore plus pour la Coupe de Monde 2022 : le budget annoncé est, pour l’instant, de 15 milliards d’euros, dont une grande partie pour des stades qui seront inutiles. Ce problème de stades concerne déjà la Russie puisque certains stades ont été agrandis à grand frais, alors que cela sera inutile par la suite pour les clubs y évoluant, voire même cela pourra constituer un handicap en raison des frais d’entretien.

2.La diffusion TV des matchs de coupes du monde sont perturbés de jeux SMS insupportables, y compris sur Bein Sport, qui est pourtant payante. Ils sont infantilisant, jouent sur la pulsion et l’émotion des spectateurs en annonçant des sommes immenses, avec des questions stupides, du genre : qui a marqué tel but lors de tel match, alors que cela a été dit juste avant, sans parler qu’on peut trouver l’information avec internet…

Et c’est à peine légal car les jeux d’argents sont très réglementés. Les chaînes contournent en fait la réglementation en proposant de rembourser les SMS. En pratique, cela n’est bien sûr pas réclamé par l’immense majorité des joueurs, et ces jeux sont très rentables…

3. Leroy Sané est un ailier gauche allemand et le meilleur joueur de son équipe. Il n’a pas pourtant pas été sélectionné, ce qui a provoqué de puissants remous en Allemagne. Le grand quotidien Die Zeit l’a défendu : « Leroy Sané est le genre de joueur pour lequel on regarde le football ». C’est vrai qu’il est techniquement excellent et très créatif. Seulement voilà, il est mal éduqué, trop individualiste.

Pour preuve son grand tatouage dans le dos. On y voit… lui-même célébrant un but. Il y a même le logo Nike sur ses chaussures. Quel narcissisme, quelle aliénation.

4. Normalement, on peut dire que les clubs sont l’essence du football mais les compétitions internationales sont des sortes de trêve, des moments où clubs s’effacent. Tel n’a pas été le cas avec le Real Madrid qui choisit comme nouvel entraîneur le sélectionneur national espagnol Julen Lopetegui qui avait encore pourtant deux ans de contrat.

Cela dans le dos de la Fédération espagnole et en l’annonçant juste quelques jours avant la compétition. Trop énorme : la fédération espagnole n’a pas eu le choix que de le limoger, tellement cela est irrespectueux, tellement cela représente un effondrement total sur le plan des valeurs, de la morale.

5. Pour en rester à ce thème du respect de l’équipe nationale, et la tradition qui veut que les problématiques de club s’effacent, il y a également l’affaire Antoine Griezmann. Partira, partira pas de l’Atletico Madrid ?

Il a soufflé le chaud et le froid, pour finalement l’annoncer au profit d’une chaîne privée et au mépris des supporters et commentateurs, à qui il avait promis une réponse auparavant. Le joueur français a pris le risque de perturber son équipe en plein pendant le mondial, et l’on a du mal à comprendre comment la Fédération française de Football a pu accepter cela. A moins que le star system et l’argent ne décident de tout?

6. Les Français ne sont pas des Japonais, et la réciproque est vraie. Les Japonais se sont en effet remarqués dans le stade après le match, parce qu’ils récupéraient toutes les ordures de leurs zones pour les mettre dans des sacs poubelles. Un haut degré de socialisation qui fait rêver, dans un pays comme la France où jeter n’importe quoi n’importe comment est un sport national, valorisé par tout un chacun comme de l’affirmation individuelle !

7. La Belgique a un entraîneur qui ne parle ni français, ni flamand. Pas grave, puisque dans le staff pas grand monde ne le fait… Le sélectionneur Roberto Martinez est en effet espagnol, ses deux adjoints sont anglais et français (Thierry Henry), le préparateur physique est gallois, etc. Pour trouver un belge dans la hiérarchie de l’encadrement, il faut remonter jusqu’au deuxième entraîneur des gardiens, Erwin Lemmens !

En ce qui concerne les joueurs, seul le défenseur Leander Dendoncker joue en Belgique en club, au RSC Anderlecht. Tant mieux pour les échanges internationaux, quel dommage que cela soit avec la mondialisation! Et ce n’est pas comme cela que le sectarisme et le repli identitaire disparaîtront en Belgique, malheureusement…

8. L’équipe suisse a quatre joueurs d’origine kosovare : Granit Xhaka, Xherdan Shaqiri, Valon Behrami et Blerim Dzemaili. Lorsque les deux premiers ont marqué contre la Serbie, ils ont ostensiblement célébré leur but avec un geste symbolisant l’aigle albanais. C’est une provocation nationaliste : le Kosovo, désormais indépendant, est peuplé en grande majorité d’Albanais, mais est considéré par la Serbie comme l’un de ses territoires historiques.

Un tel geste est dans tous les cas une provocation ahurissante. L’entraîneur de la Serbie a, avant le match, eu une attitude qui est la bonne, celle ne faisant pas des Balkans une poudrière. « Je suis d’un pays avec plusieurs cultures, de Bosnie. Mon père est monténégrin, ma mère serbe. Je suis un homme international. La nationalité n’est pas pour moi quelque chose de pertinent. »

9. En 2002, le commentateur Thierry Roland avait expliqué que «Il n’y a rien qui ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen, surtout habillés en footballeurs, d’autant qu’ils mesurent tous 1,70 m, qu’ils sont tous bruns, à part le gardien. »

Cette stupidité raciste est reprise par le sélectionneur sud-coréen Shin Tae-yong, qui lors des entraînements de préparation a fait plusieurs fois intervertir les maillots des joueurs, frappés d’un numéro précis. « Il est très difficile pour les Occidentaux de différencier les Asiatiques, c’est la raison pour laquelle nous avons fait cela » a-t-il expliqué. Il y a encore du chemin avant le 21e siècle finalement…

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La mairie socialiste de Nantes brade le stade de football de la Beaujoire

Le projet Yello Park prévoit la destruction du Stade de la Beaujoire dans lequel évolue le FC Nantes pour construire une enceinte privée, typique du « football moderne ». La mairie acquise au Parti Socialiste soutient directement le projet. Elle a annoncé qu’elle va céder l’équipement public pour une somme incroyablement basse : 10,6 millions d’euros.

 

La Beaujoire au prix d’une friche

10,6 M€ : une telle somme n’évoque pas forcément grand chose, alors il faut la mettre en perspective. Rien qu’entre 2015 et 2017, la métropole de Nantes a investi 6 millions d’euros en travaux de rénovation de la Beaujoire. À titre de comparaison, le récent stade d’athlétisme couvert Pierre Quinon à Nantes, avec ses 500 places assises, a coûté 18 millions d’euros.

Concrètement, cela signifie que la ville brade la Beaujoire. Cela revient à céder le terrain pour une valeurs équivalente à une simple friche dans un quartier peu attractif d’une région sinistrée. L’information a été accueillie avec stupéfaction par les acteurs locaux, tellement cela paraît incroyable.

Cela d’autant plus que c’est une dilapidation d’équipement public, c’est-à-dire d’un stade qui appartient en théorie à la collectivité, au profit d’un projet privé destiné à faire de l’argent pour quelques personnes, qui sont par ailleurs déjà riches.

 

Une décision unilatérale

Depuis son annonce, le projet Yello Park a suscité de nombreuse interrogations. Il est très vite apparu que tout a été décidé en sous mains entre les acteurs privés et la mairie, sans concertation avec les habitants et les supporters du club.

D’un côté, le président du FC Nantes Waldemar Kita, qui a fait fortune dans la chirurgie esthétique, s’est associé au promoteur Yoann Joubert à la tête du groupe Réalité. Ils ont monté un gigantesque projet capitaliste, avec des commerces et des habitations autour du nouveau stade ultra moderne, qui serait en quelques sorte un lieu de spectacle.

De l’autre, la mairie entend se débarrasser facilement d’un équipement qu’elle estime n’être pas intéressant pour elle. Cette volonté de la mairie date au moins de la précédente mandature de Jean-Marc Ayrault.

Pour justifier cela, des chiffres farfelus ont été mis en avant, et il a été prétendu de manière grotesque et mensongère par Waldemar Kita que « Refaire la Beaujoire coûterait plus cher que faire un nouveau stade ». On est là dans le mensonge et la manipulation la plus vile. Rien qu’avec les chiffres qu’il avance lui-même, cela ne tiens pas, puisqu’il estime une rénovation à 100 M€ et son nouveau stade à 200 M€ !

 

 

Un projet contesté

Le groupe de supporters Brigade Loire a fait un gros travail pour étudier cela, montrer quelles pourraient-être les autres solutions, comprendre les enjeux. Un dossier de 111 pages a été rédigé (visible ici), avec de nombreux chiffres, beaucoup de comparaisons, de données, etc.

Il apparaît comme évident pour beaucoup qu’il n’est pas utile de détruire la Beaujoire. Une rénovation serait tout à fait possible, et même préférable. La décision de céder la Beaujoire au Yello Park a été prise unilatéralement, sans laisser la possibilité à d’autre projets d’être proposés.

Il n’y a même pas eu d’appel d’offre, c’est-à-dire une mise en concurrence, ce qui est censé être la norme dans l’économie capitaliste. En réalité, la concurrence n’est qu’un moyen pour les capitalistes d’accaparer des marchés, et les plus gros groupes ont les moyens d’empêcher toute concurrence quand cela va dans leur sens.

 

 

Contre le “football moderne” ou pour le “foot business” ?

Ce qui est censée être la Gauche avec le Parti Socialiste, participe en fait directement de cette folie capitaliste. Elle dilapide le patrimoine collectif, n’a pas d’autre projet d’avenir pour la population que la soumission au marché et à la mégalomanie de quelques individus voulant laisser une trace.

Ce projet suscite d’autant plus de méfiance que la population n’a pas confiance en Waldemar Kita qui, à la tête du club depuis plus de 10 ans, a multiplié les erreurs de gestions et n’a jamais su maintenir une quelconque stabilité.

Le club s’endetterait directement avec le Yello Park. Cela pourrait causer sa faillite en cas de difficulté sportives. En l’état, il n’y a aucune raison d’imaginer que la situation sportive du FC Nantes évolue de manière positive dans les prochaines années. C’est aujourd’hui une équipe de milieu de tableau qui pourrait facilement se retrouver à jouer le maintien, voir être reléguée en Ligue 2.

Par ailleurs, absolument rien ne garantie le succès commercial du projet. De nombreux exemples de nouveaux stades alertent sur ce risque, comme le montre le dossier de la Brigade Loire.

La seule chose qui est certaine dans cette affaire, c’est que si le projet aboutissait, la mairie socialiste de Nantes aurait fait détruire pour un maigre gain un équipement public fonctionnant, avec une valeurs patrimoniale indéniable.

Cela serait un bon énorme vers la confiscation totale du FC Nantes à la population. Comme c’est la norme dans le “football moderne”, le club deviendrait encore plus une structure anti-démocratique et anti-populaire, servant un divertissement hors-sol et uniquement mercantile.

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Le “football moderne” ne sanctionne pas Sergio Ramos pour son agression sur Mohamed Salah

Le football est un sport extrêmement populaire. Cela signifie qu’il est considéré de manière très sérieuse par une grande partie de la population, particulièrement chez les hommes d’origine ouvrière.

C’est ainsi que la blessure de Mohamed Salah, attaquant égyptien du Liverpool FC, provoquée par le capitaine du Real de Madrid, Sergio Ramos en finale de la Ligue des Champions de l’UEFA 2018, a suscité beaucoup d’indignation.

Lors d’un contact physique pendant une phase de jeu, le défenseur espagnol a en effet volontairement accroché le bras du numéro 11 de Liverpool pour le faire tomber de manière violente. Une pétition qui recueille à l’heure actuelle plus de 500 000 signatures réclame que l’UEFA s’appuie sur l’enregistrement vidéo pour le sanctionner a posteri.

Au vue des images, l’intention de faire mal est évidente.

Cela a d’ailleurs été souligné par un “tweet” de la fédération européenne de judo qui explique que cette technique est tellement dangereuse qu’elle est interdite dans leur sport !

Cela n’a pas manqué, Mohamed Salah a dû quitter le terrain quelques minutes après pour se rendre en urgence à l’hôpital. Il manquera très probablement le premier match de la Coupe du Monde avec la sélection égyptienne, dont il est la figure de proue.

Quand bien même le football n’est qu’un jeu, il représente quelque chose d’immense sur le plan culturel. Doit-il alors véhiculer des valeurs positives et morales, à travers le respect du jeu et de l’engagement ? Ou bien n’est-il, finalement, qu’un divertissement reflétant la société capitaliste, c’est-à-dire la concurrence exacerbée, la promotion du cynisme le plus vil pour arriver à ses fins ?

Manifestement, le football à notre époque correspond bien plus à la seconde description qu’à la première. C’est ce qui est désigné de manière critique comme étant le “football moderne”, ou le “football business”.

La faute de Sergio Ramos contre Mohamed Salah donne lieu à une confrontation typique entre les partisans du football tel qu’il existe actuellement, et ceux qui critiquent le “football moderne”.

Christophe Dugarry a défendu de manière on ne peut plus claire ce “football moderne” dans l’une des émissions de football les plus suivie en France :

“C’est un génie absolu, Ramos ! C’est le défenseur qui te fait gagner des titres, qui te fait gagner les compétitions. Ok, il est malin, il est vicieux. Mais tu ne dois avoir aucune retenue sur l’engagement ! »

Dans un autre genre se voulant plus intellectuel, mais tout aussi cynique et bourgeois, il y a eu un article du journal “Le Monde” qui affirme que Sergio Ramos est indispensable au football, expliquant que :

“il réalise une redoutable synthèse de vice et de brutalité”.

Au contraire, il y a eu toute une vague de colère face à ce geste, réclamant des sanctions. Cela d’autant plus que Sergio Ramos est connu pour avoir souvent une telle attitude immorale.

Rien que durant ce match, il a simulé une faute de manière odieuse face à Sadio Mané (ce qui a donné lieu à un carton jaune à son adversaire innocent) et a donné discrètement un coup de coude au gardien de but adverse Loris Karius (ce qui a probablement contribué à le déstabiliser puisqu’il commet juste après une bourde monumentale lui coûtant un but).

Le sentiment pour beaucoup d’amateurs de football est que la victoire du Real de Madrid est entachée par ces faits ayant empêché le Liverpool FC de s’exprimer réellement sur le plan sportif.

Cela n’est pas nécessairement vrai, ou du moins cela ne l’est qu’en partie puisqu’il faut considérer aussi que l’équipe anglaise ne peut pas ignorer la réalité du football à notre époque. Elle a donc failli par manque d’expérience, ce qui d’ailleurs se reflètent dans son jeu puisque Liverpool a littéralement foncé tête baissé dès le début du match, se jetant corps et âme dans la partie, “au talent”, en relativisant des considérations tactiques plus élaborées.

Toujours est-il que l’attitude de Sergio Ramos est injustifiable et qu’il devrait être sanctionné pour cela. La pétition réclamant une sanction par l’UEFA représente une exigence morale indéniable, une volonté de justice populaire positive.

Ajoutons également que la popularité de Mohamed Salah a largement contribué à déchaîner les passions. Ce joueurs s’est révélé durant cette saison, remportant les titres de meilleur buteur et de meilleur joueur de Premier League, le championnat anglais. Il est cependant une figure nationale en Égypte et dans le monde arabe depuis déjà quelques années. Il était déjà un joueur réputé lorsqu’il évoluait au FC Bâle puis à l’AS Roma, en passant par Chelsea FC et l’AC Fiorentina.

Le chef de l’Etat égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’a qualifié de “symbole de l’Égypte ». Le mot clef “Ramos le chien” ( راموس_الكلب# ) – une insulte absurde pour les chiens – s’est répandue de manière virale sur Twitter, avec de multiples réactions sur différents médias.

Mohamed Salah représente en effet une certaine fierté dans le monde arabe. C’est un symbole de réussite, mais aussi une figure morale (largement liée à l’Islam) différente des autres stars du “football moderne”. L’Égyptien ne fait jamais parler de lui dans la presse, son attitude est toujours pudique et respectueuse, voire affectueuse notamment avec les jeunes. Il finance de nombreux projets dans son village natale, n’expose pas outrageusement ses richesses, signe toujours avec plaisir les autographes, accepte les selfies, ne célèbre pas ses buts contre ses anciennes équipes, etc.

Il est également très apprécié par la base des supporters de Liverpool, dont la ferveur populaire, voire ouvertement ouvrière, est connu mondialement. “The Egyptian King” dispose déjà de plusieurs chants, dont un qui dit, de manière affectueuse et subtile au vue de la situation politique anglaise :

Mohamed Sa-la-la-la-lah, Mohamed Sa-la-la-la-lah,
s’il est assez bon pour toi, il est assez bon pour moi,
s’il en marque quelques autres, alors je serai musulman aussi.

s’il est assez bon pour toi, il est assez bon pour moi,
Assis dans une mosquée, voilà où je veux être !

Voici la traduction du texte de la pétition appelant à sanctionner Sergio Ramos :

L’UEFA et la FIFA devraient punir Sergio Ramos pour avoir blessé intentionnellement Mohamed Salah

Sergio Ramos a intentionnellement gardé le bras de Mohamed Salah sous son aisselle, provoquant une luxation de son épaule. Non seulement il a manqué le reste du match, mais il manquera aussi la Coupe du Monde de la FIFA 2018.

En outre, il a continué à agir de manière à ce que les joueurs de Liverpool commettent des fautes, ce qui a amené l’arbitre à donner à Mané un carton jaune qu’il ne méritait pas.

Sergio Ramos représente un exemple terrible pour les futures générations de footballeurs. Au lieu de gagner des matchs équitablement, il utilise des tours qui défient l’esprit du jeu et le fair-play.

L’UEFA et la FIFA devraient prendre des mesures contre Ramos et des joueurs similaires, en utilisant les enregistrements vidéo des matches pour garder l’esprit du match.