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Société

L’Ultra-Trail du Mont-Blanc, cette folie anti-naturelle

Le graal du trail européen, une grande messe commerciale et existentielle de la course à pied en montagne, dans les Alpes, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, touche à sa fin, après s’être déroulé du 22 au 28 août. Cela consiste en neuf courses entre les vallées de Chamonix et d’Aoste en Italie et également en Suisse.

On parle donc de 10 000 personnes qui vont courir dans les montagnes, encadrées par plus de 2 000 bénévoles, avec des stands de ravitaillement, des balises, des points avec des spectateurs disséminés un peu partout dans la montagne. Une course qui a été bien analysée et critiquée sur un média local, alors qualifiée à juste titre de « course des excès« .

C’est un énorme pied de nez écologique, quand on sait les stress multiples déjà engendrés par la sécheresse sur les écosystèmes, de surcroît des pics d’altitude où le réchauffement climatique est plus rapide qu’ailleurs sur le globe.

Une course qui ne devrait même pas exister et qui se veut tellement extrême, qu’elle ne se retrouverait stoppée pour rien au monde… Même pas un mort. Comme celle d’un coureur brésilien la nuit de lundi à mardi, sur une portion du parcours de la « Petite Trotte à Léon » (PTC), la course la plus difficile et volontairement dangereuse de l’événement. On parle là de 300 km et 25 000 m de dénivelé positif à effectuer en 152 heures maximum, soit 7 jours de course où les coureurs ne dorment que par tranches de vingt minutes et mangent le minimum vital.

La chute du coureur a eu lieu dans une moraine entre le Col du Tricot et le refuge du plan glacier à plus de 2000 mètres d’altitude. Une moraine, c’est à la fois le lit d’un glacier et son vestige, un amas de roches charriés dans le mouvement des glaces. On peut avoir des moraines dont le glacier à complètement disparu mais cela reste un endroit particulièrement dangereux, sujet aux chutes de pierres, où l’on glisser sur les éboulis, s’y coincer la cheville, etc.

Bref, ce n’est généralement pas un lieu habituel pour se balader, en somme. Cela encore moins à l’heure du réchauffement climatique où s’effondrent les glaciers et quelques semaines après que les refuges du Mont-Blanc aient été fermés par le maire de Saint-Gervais à cause des risques d’éboulements amplifiés par les récentes canicules.

Mais l’humanité n’a décidément rien envie d’entendre et il faut toujours pouvoir satisfaire son égo dans un écosystème vu comme une surface de projection de soi, au mépris de la nature et de toutes considérations précisément sportives.

Car quand il y a un mort sur une course, la moindre des choses serait de mettre le holà, de se poser et de porter une réflexion sur le pourquoi du comment d’un accident mortel. Déjà en 2021, la mort d’un coureur tchèque avait au moins fait s’arrêter la course, les coureurs ayant eu l’obligation de redescendre accompagnés dans la vallée. Mais là, rien, l’ultratrail c’est marche…et crève !

Il faut toujours aller plus loin dans les extrêmes, pour le prestige des marques reposant sur le « Sommet Mondial du Trail » ainsi que pour celui des coureurs, des esprits individualistes et, disons-le, dépendants.

Il faut n’avoir aucune conception collective de la vie pour aller se mettre en danger inutilement comme cela et aucune compréhension de la nature pour oser aller en faire le théâtre d’un tel déchaînement contre soi-même, contre elle. D’ailleurs, les deux choses sont liées car on ne peut pas reconnaître la nature dans sa plénitude tout en malmenant son propre corps, ce fragment de la nature.

La nature est dans la tourmente, elle souffre déjà suffisamment, il est temps de prendre acte du principe de biosphère et d’accorder les pratiques du sport sur le mouvement des choses naturelles et cela commencera par interdire ce genre d’événement déconnecté et grossier.

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Politique

Eric Zemmour, candidat des chauffards

Le chauffard sur la route est typiquement un petit salaud de droite, à la Eric Zemmour.

Être de droite est quelque chose de très concret. Cela se manifeste clairement sur certains thèmes comme celui de l’automobile, qui est un classique. Pour quelqu’un de droite, la voiture a un caractère sacré. Elle représente à elle seule toute la force d’une petite bulle autocentrée, lancée à vive allure contre la société et les normes sociales.

Autrement dit, pour quelqu’un de droite, la code de la route est vécu comme une entrave à l’étalement de sa petite individualité partout et tout le temps. D’ailleurs, un chauffard est forcément quelqu’un de droite, car son comportement conspue la société et le contrat social. De la même manière, un véritable homme politique de droite va forcément dans le sens des chauffards, car ils sont des alliés dans sa bataille anti-sociale.

C’est la raison pour laquelle le candidat non-officiel Eric Zemmour a lancé une pique contre le code de la route, en l’occurrence contre le permis à point qui serait soit-disant un « racket organisé par l’État ». Dire cela ne coûte pas grand-chose mais peut rapporter beaucoup politiquement. Cela place un homme de droite, et comme la France est pleine de ce genre de salopards détestant les normes et la collectivité, alors il y a un boulevard. Ou plutôt une autoroute.

Et en parlant d’autoroute, Eric Zemmour a aussi dit évidement en ce qui les concerne qu’il est contre les limitations de vitesse (sans s’engager pour autant à les supprimer…). Ces limitations n’auraient pas de sens, dit-il. Ses propos n’ont aucun fondement, mais il y a effectivement beaucoup de gens qui pensent comme lui, qui s’imaginent au dessus des autres et des lois de la physiques. Ces gens sont tellement intoxiqués par leur propre individualité, ils sont tellement centré unilatéralement sur eux-même, qu’ils n’envisagent pas que ce soit dangereux d’autoriser n’importe qui à rouler à 200 km/h ou plus au milieu des autres roulant entre 110 km/h et 130 km/h !

Il faut vraiment être délirant pour penser ça, comme il faut vraiment être délirant pour s’imaginer que l’État a mis en place le permis à point pour « racketter » les gens. Ce ne sont pas quelques stages de récupération de points à 300 euros, pour une minorité de chauffards, qui vont changer quoi que cela soit aux comptes publics.

Mais peu importe, Eric Zemmour est un polémiste, alors il met une pièce dans le machine à polémique. Il conspue donc le permis à point qui serait « inutile » et « infantilisant », en plus de servir à prendre l’argent d’honnêtes individus n’ayant rien fait de mal…

Pourtant, il faut y aller pour perdre ses 12 points. Déjà car les contrôles de police sont malheureusement très rares et seul un nombre infime d’infractions et de délits est effectivement constaté. Mais surtout, car 12 points c’est énorme, cela laisse beaucoup de marge aux chauffards.

Conduire 29 km/h au dessus de la vitesse autorisée ? Seulement 2 points de retirés, il en reste 10 pour continuer à rouler comme un chauffard.

Griller un feu rouge ? Seulement 4 points de retirés, il en reste 8 pour continuer à ne pas respecter les autres sur la route.

Conduire avec une alcoolémie supérieure à 0,8 g / litre de sang ou en état d’ivresse manifeste ? Seulement 6 points de retirés, il en reste 6 autres pour continuer à se comporter comme un criminel sur la route.

Rappelons d’ailleurs qu’il existe une récupération automatique de point, au bout de 6 mois, 2 ans, 3 ans ou 10 ans suivant les cas. Mais il faudrait quand-même pleurer ces pauvres chauffards, qui malgré tout cela doivent quand-même passer un simple stage à 300 euros car la police a eu l’occasion de constater plusieurs de leurs infractions et délits ?

De toutes manières, l’argument économique ne tiens pas. Perdre ses points, c’est rouler vite et nerveusement, ce qui coûte très cher. En carburant bien sûr, car une conduite nerveuse peut consommer énormément plus qu’une conduite souple et intelligente respectant les limitations. Mais il y aussi l’usure des pneus et des disques de frein, de la pression exercée sur la courroie de transmission ou l’embrayage, les amortisseurs, etc.

Mais là encore, peu importe. Ce qui compte n’est pas d’avoir des arguments rationnels. Au contraire, plus c’est absurde, plus c’est délirant, plus cela est utile à un personnage comme Eric Zemmour, qui n’est pas là pour remettre la société dans l’ordre, mais qui n’est qu’un produit de la décomposition sociale et institutionnelle.

C’est à la Gauche d’être le parti de l’ordre justement et cela signifie entre autres de réprimer les chauffards sur la route. Ceux-là même qu’Eric Zemmour veut séduire. Être pour ou contre la société, il faut choisir. C’est là le cœur du clivage historique Gauche/Droite, qu’il faut réactiver sur ses justes fondements.

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Société

Le dépôt sauvage est un individualisme forcené

Il arrive souvent de tomber sur des déchets déposés illégalement en dehors des lieux de collecte : c’est du dépôt sauvage.

Il y a plusieurs types de dépôts sauvages.

Ceux dans les grandes villes où la mise en place des déchetteries est difficile voire impossible, comme dans la métropole parisienne qui de par sa densité empêche la construction de déchetterie en son sein. Il existe cependant dans les grandes villes, y compris à Paris, des services municipaux de ramassage d’encombrant sur rendez-vous, et gratuit, mais cela n’intéresse pas les esprits paresseux qui n’envisagent aucune démarche organisée.

Il y a ceux aux abords des déchetteries, où les individualistes voulant se rendre en déchetterie mais constatant que celle-ci est fermée, cèdent à l’immédiateté et se débarrassent de leurs déchets juste devant, obligeant les agents à nettoyer les abords. Au delà d’être une démarche purement égoïste, c’est tristement le reflet de la société aujourd’hui sans conscience planétaire ni collective ; où domine le libéralisme dans l’attitude.

Bien que tout ne puisse pas être recyclé ou « revalorisé », déposer des déchets ménagers, de bricolage, des meubles, électroniques, de produits dangereux etc. relève du cannibalisme social et d’une barbarie anti-planétaire. C’est céder aux mœurs du turbo-capitalisme, où si l’on veut faire quelque-chose il faudrait l’avoir de suite, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

C’est ce qui amène d’ailleurs au dernier type principal de dépôt sauvage : celui dans la Nature. Aux abords des petites routes en France, voire en forêt, il n’est pas rare de trouver dans les champs, dans les forêts, près des étangs, etc. des sac poubelles, du plastique, des déchets électronique, des pneus, de l’amiante ou tout autre type de déchet.

C’est précisément la manifestation presque ultime de l’individualisme forcené qui sévit dans la vie sous le capitalisme. Se laisser aller à ce type de pratique relève de la barbarie, du nihilisme et de l’égoïsme le plus total, sans aucune considération pour les autres habitants de la Planète, sans considération pour les animaux qui seront perturbés dans leurs vies, sans considération non plus pour les travailleurs qui devront se protéger et évacuer (si ils sont trouvés) tous ces déchets. La Nature n’est pas une décharge à ciel ouvert ; elle devrait être un sanctuaire pour la vie.

Bien entendu à l’heure actuelle, les déchetteries et le recyclage sont un business comme un autre dans lesquels les « déchets » ne sont pas toujours « revalorisés » ou recyclés correctement car ne permettant pas de tirer assez de profit.

Cela pose également la question de la gestion du déchet lui-même que la Gauche devra résoudre. Il suffit de se rendre en déchetterie pour constater que bon nombre de choses jetées sont encore fonctionnelles, utilisables, réparables, et mérite une seconde vie. Mais pourries par le 24h/24 du capitalisme, il faudrait consommer toujours plus, et jeter toujours plus. Cela est autant vrai pour des biens que des relations.

Le dépôt sauvage n’est donc qu’une expression avancée supplémentaire de l’individualisme forcené dans lequel la société capitaliste nous fait vivre. C’est de cela dont il est question lorsque des personnes jettent au sein de la Nature des produits dangereux (ou d’ailleurs n’importe quoi), nuisant aux animaux, vivants à côté des déchets et rendant le travail plus aliénant et plus difficile aux agents de déchetteries, communaux, pour nettoyer les dépôts sauvages.

Alors pour résoudre cela, il faudra que la Gauche embrasse la question des gestions des déchets, et que les personnes s’adonnant à des pratiques socialement pourries soient soumises à des travaux d’intérêts généraux dans les déchetteries, dans les incinérateurs, dans les lieux de recyclage, les services de ramassage des déchets.

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Société

La sélection de Karim Benzema pour l’Euro 2020 ou le triomphe de l’opportunisme

Didier Deschamps a pendant longtemps campé fermement sur ses positions au sujet de la sélection de Karim Benzema… avant de finalement céder, car l’opportunisme est partout dans la société française des années 2020 pourrie par le capitalisme.

Le footballeur Karim Benzema est du genre à s’afficher sur Instagram avec une Rolex en or rose 18 carats, dont le prix équivaut à plus de deux ans de SMIC. C’est un personnage vulgaire dont les attitudes, les comportements, les propos, les fréquentations, sont détestables, et détestés.

Il y a eu la sordide affaire de la « sex tape », une tentative d’extorsions de fonds envers un autre joueur de football (l’affaire sera jugée en octobre 2021). Il y a eu l’affaire de la mineure prostituée Zahia (il a finalement été relaxé), il y a eu le crachat juste à la fin de la Marseillaise qui était jouée lors d’un match de football quelques jours après les attentats de novembre 2015 à Paris. Il y a eu l’apparition dans l’immonde clip de gangsta-rap Walabok de Booba.

Mais le summum avait été atteint en juin 2016 lorsque Karim Benzema avait de manière honteuse et lâche insinué que Didier Deschamps ne le sélectionnait pas… car il aurait « cédé à une partie raciste de la France ». C’était d’autant plus honteux que Karim Benzema avait lui-même expliqué quelques années auparavant se sentir algérien et n’en avoir rien à faire de l’équipe de France, ne faisant qu’un choix purement opportuniste sur le plan sportif.

Ses accusations de racisme avaient donc profondément choqué le pays et cela mettait fin, définitivement pensait-on, à sa carrière en équipe de France. En tous cas avec Didier Deschamps aux commandes.
C’est qu’il y a des limites à ne pas dépasser, et c’était là l’indélicatesse de trop de la part d’un jeune homme apparaissant définitivement comme un enfant pourri gâté, indigne d’attention. Didier Deschamps, par honneur personnel, mais surtout pour coller à l’opinion populaire, a donc assumé pendant de nombreuses année de se priver d’un des buteurs les plus efficaces au monde.

Et le président de la Fédération Française de Football, Noël Le Graët, rappelait en 2019 que :

 « Karim Benzema, c’est un très bon joueur, je n’ai jamais mis en doute ses qualités. Au contraire, il montre au Real Madrid qu’il est un des meilleurs joueurs à son poste. Mais l’aventure (équipe de) France est terminée. »

Que s’est-il donc passé en ce mois de mai 2021 pour que tout d’un coup tout cela disparaisse ? Karim Benzema est finalement sélectionné en équipe de France, à la joie de Noël Le Graët, et cela est vu comme une bonne nouvelle, simplement l’aboutissement heureux d’un conflit soi-disant personnel entre lui et le sélectionneur…

Quelle honte, qu’elle manque d’honneur et de fierté de la part d’une société française elle-même pourrie gâtée par le capitalisme. C’est le triomphe de l’opportunisme le plus vil, l’effondrement de toute prétention à incarner des valeurs, des attitudes, un mode de vie, une communauté.

Et dans la population cela ne passera pas. L’écrasante majorité des gens s’intéressant au football français approuvait la mise à l’écart de Karim Benzema, qui se situe d’ailleurs dans la continuité de la mise à l’écart d’autres individualistes talentueux (Nicolas Anelka, Eric Cantona, David Ginola, etc.)

Alors bien entendu, il y a l’espoir de victoire qui neutralise en partie les critiques, pour le moment. Mais les gens conscients comprennent que ce renversement reflète le cynisme contaminant toute la société.

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Culture

Un homme qui dort, de Bernard Queysanne et Fight Club, de David Fincher

S’il est un thème universel qui unit la religion, la politique et les arts, c’est le rapport qu’entretient l’individu à la souffrance de ses contemporains. Un homme qui dort (Bernard Queysanne, 1974) et Fight Club (David Fincher, 1999) sont une variation de ce thème.

Ces deux films sont très différents dans leur forme. Un homme qui dort trouve dans l’usage du noir et blanc une sobriété (toute relative toutefois, puisqu’il est aussi prétexte à une série d’expérimentations visuelles) qui sert son propos. Au contraire, l’outrance de Fight club est servie par un travail sur la température de la lumière qui oscille du vert au jaune, perturbant ainsi toute la perception des couleurs qui participe à la violence ressentie par le spectateur. Dans le registre des différences, on note également les mouvements de caméra, limités pour Queysanne alors que la caméra bouge sur tous les axes chez Fincher. De même, la musique est discrète pour Un homme qui dort, alors qu’elle cogne le spectateur dans Fight Club.

Au delà de ces partis pris esthétiques qui irriguent ces films, et qu’il ne faut pas négliger car le cinéma n’est que forme, la filiation entre ces œuvres est indéniable. Toutes deux plongent le spectateur dans des détails dont l’accumulation fait vriller la perception de la réalité. Tout cela, semble-t-il, au service d’un propos.

Le propos, comme il a été dit, est le rapport qu’entretient l’individu à la souffrance des autres.

Les deux films présentent un personnage principal qui est un jeune adulte, intégré socialement, qui ne rencontre pas de difficulté particulière à aller au devant de la vie. Il se prépare à se faire une place dans la société de consommation quand il décide de faire un pas de côté. Le protagoniste est un rebelle.

Les deux narrations sont soulignées par une voix off. Un homme qui dort est, comme le roman éponyme de Georges Pérec que l’auteur a lui-même transposé en scénario, traversé de bout en bout par des phrases dont l’unique sujet est le pronom « tu ». L’actrice Ludmila Mikaël est la seule voix de ce film dépourvu d’expression orale des personnages. Dans Fight Club, dont la visée commerciale ne pouvait de toute manière pas permettre un tel parti pris, les dialogues sont nombreux entre les divers personnages, mais le personnage principal apporte des explications directement au spectateur en voix off, employant le « je ».

Dans les deux films la vie moderne devient insupportable au protagoniste. Le décor urbain, les immeubles notamment, y tient une place importante, représentant la civilisation dans sa dimension inarrêtable. Le protagoniste est un solitaire, jusqu’à l’extrême dans Un homme qui dort, fuyant les convenances, fuyant les autres, leurs bruits, leurs volontés.

Un homme qui dort présente un individu qui cultive l’indifférence vis-à-vis des autres dans une absence au monde. Fight Club consiste en une violence ultra, consentie librement dans un rapport contractualisé, par laquelle les individus existeraient de manière plus authentique. 

Le personnage principal de ces films, chacun à sa manière, s’interroge sur sa propre complétude. Il constate son insatisfaction, jusqu’à mener une expérience existentielle extrême. Il mettra alors son humanité en jeu, à la recherche d’une forme de transcendance qui le placerait au-delà des autres.

Obnubilés qu’ils sont par leur propre personne, ces hommes sont incapables d’aimer. Dans Un homme qui dort, l’indifférence aux autres, en particulier aux femmes est un des principaux aspects de l’expérience, jusqu’à ressentir « la douleur du désir ». Fight Club est quant à lui contenu tout entier dans une relation toxique dont la figure féminine est la victime. La complaisance avec laquelle le film présente la violence exercée contre cette femme, Marla, en la condamnant à revenir toujours vers son tortionnaire, est l’un des éléments qui rendent ce film particulièrement abject.

Fight Club propose l’histoire du projet subversif d’un individu qui mine une société entière en menant son aventure personnelle. En cela, le film a la prétention d’être lui-même subversif. Mais la prétendue lutte armée du « projet chaos » que dirige le protagoniste n’est qu’une bouffonnerie altermondialiste, l’omniprésence de la violence, l’étalage de la sexualité-crasse et la fameuse histoire du savon donnant par ailleurs des allures de conte nazi à l’ensemble. Cette impression n’est pas démentie par la dénonciation de l’argent, des banques et de la finance comme ennemi politique du Fight Club.

Un homme qui dort est lui aussi une histoire de subversion. Une séquence clef présente le jeune protagoniste dans un square, sur un banc qui fait face à un autre banc sur lequel est assis un vieil homme. La voix off déplore que le jeune homme ne sache atteindre l’immobilité parfaite du vieil homme, tandis que la caméra tourne lentement autour des personnages. Le film est compris dans le contexte de la France de l’immédiat après mai 1968, alors que le roman duquel il est tiré est marqué par la société bloquée des années de Gaulle, par le conservatisme.

Dans leur volonté attentatoire à la morale, les deux films présentent des protagonistes usant du même procédé : le masochisme. C’est en aimant celui qui le fait souffrir que le Fight Club propose aux individus de devenir des hommes à part entière. Un homme qui dort, quant à lui, s’oublie dans une violence sourde, ou plutôt muette, dans une négation de ce qu’il est, de son intelligence, de sa sensibilité, de son intérêt pour les autres, pour tenter de n’être qu’un observateur passif, oisif et inopérant. 

Par le fantasme et la schizophrénie dans Fight Club et par le sommeil et la contemplation emprunte de négativité dans Un homme qui dort, les protagonistes et, avec eux, les films entiers (donc bien entendu les réalisateurs et les spectateurs), assistent à la disparition du réel.

Cette affirmation est traitée à l’écran dans deux séquences au fond assez semblables dans chacun des films. Il s’agit des saccades et dégradation de la « pellicule » du film, de sa matière donc, au moment où le spectateur apprend que le double du protagoniste de Fight Club est projectionniste. Il s’agit d’une clé de lecture, mettant clairement en doute la moindre prétention au réalisme du film. Ainsi, rien ne serait réel, nous assisterions à une sorte de mise en abîme, à du cinéma dans le cinéma…

Dans Un homme qui dort, suivant une envolée du texte qui marque la profonde détestation du protagoniste pour les autres, l’image se dégrade durant une longue séquence. Le contraste s’accroît tant que le gris disparaît, l’image est alors sans nuance, composée de traits simplifiés en noir profond et blanc aveuglant. La caméra à l’épaule fend la foule, au plus proche, le grand angle déforme les perspectives, les visages et les corps apparaissent enlaidis. C’est la représentation déformée du délire du protagoniste qui approche de la fin de son aventure existentielle.    

George Pérec

A propos de sa démarche intellectuelle, Georges Pérec a dit : « S’il y a une image qui me parle d’avantage, ce serait celle d’hyperréalisme, ou l’accumulation de détails finit par rendre la chose complètement onirique, c’est le réel irréel ».

En dernière analyse, ces deux films, par leur prétention à faire disparaître le réel, sont à deux temps d’un même mouvement culturel : le postmodernisme. Un homme qui dort se situe au début de ce courant qui cherche à nier que tout ce qui est réel est rationnel, le personnage de Georges Pérec touche le fond dans une violence irrationnelle, mais il aboutira à une conclusion édifiante. Au contraire, avec Fight Club, l’individu renonce à toute quête de sens, la seule issue est alors le chaos, la destruction.

Fight Club se situe par ailleurs à un point de bascule dans l’histoire du cinéma. Il est le premier film dans lequel les images numériques intègrent toutes les dimensions du film, des mouvements de caméra à la post-production. Depuis, la CGI n’aura fait que toujours plus prendre le pas sur la mise en scène d’images réelles. Avec Fight Club, plusieurs réalités indépendantes s’engendrent et les instances narratives se diversifient. Le spectateur ne comprend rien, ou bien il comprend ce qu’il veut, à moins que, tout simplement, il n’y ait rien à comprendre.

Un homme qui dort est plus mesuré dans son attentat contre le réalisme. Il se conclut sur le constat de la vanité de l’expérience menée par le protagoniste. « L’indifférence ne t’a pas rendu différent ». Le protagoniste reste soumis au temps, qui règle invariablement la vie de tous. Le film est d’une grande virtuosité formelle et constitue une expérience sensorielle pour le spectateur. Il a reçu le prix Jean Vigo en 1974.

Après un échec en salles à sa sortie en 1999, Fight Club a connu un regain d’intérêt au travers des nombreuses éditions en DVD. Aujourd’hui, ce film est considéré par certains comme un objet culte. Il est indéniable que de la promesse de voir Brad Pitt à demi nu participe au succès de l’exploitation commerciale du film. Mais au-delà, c’est aussi que le postmodernisme a, depuis, débordé de la philosophie, de l’art, pour se répandre dans toute la société.

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Culture

Verlaine et Rimbaud au Panthéon, expression de l’idéologie poétique

La proposition d’entrée simultanée de Verlaine et de Rimbaud au Panthéon reflète la tentative de relancer l’idéologie individualiste poétique.

Avez-vous essayé de lire Rimbaud ? C’est illisible, personne n’y arrive. Ses écrits du début de son adolescence sont niais, ceux de la fin de son adolescence sont une escroquerie. C’est du collage d’images sans aucun sens et formant une fin en soi, Rimbaud assumant d’ailleurs dans les Illuminations de n’en avoir rien à faire de rien. De fait, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, Rimbaud n’intéressait personne et la poésie, c’était le mouvement du Parnasse, reconnu officiellement même par les institutions de la IIIe République. Le premier prix Nobel de littérature, c’est le poète du Parnasse Sully Prudhomme, en 1901, déjà à l’Académie française depuis 1881.

Quant à Verlaine, c’est une poésie produite au kilomètre, totalement inégale. On a chez Verlaine quelques rares merveilles de fluidité, au milieu de 99 % d’écrits niais, esthétisants, ou bien pornographiques, ou bien mystico-religieux catholiques. On ne va pas loin à écrire des poèmes où on raconte qu’on jette du pain en bas des urinoirs pour les récupérer et les manger. Verlaine a d’ailleurs fini misérable et alcoolique, dans le prolongement d’une fuite en avant esthético-décadente typique du Paris de la fin du XIXe siècle.

La romance à ce sujet commence dans les années 1920, avec le courant du surréalisme. André Breton et Louis Aragon publient Un cœur sous une soutane, un pamphlet anticlérical de Rimbaud, en 1924, et font de Rimbaud le précurseur du poète rebelle, révolutionnaire même (qui en réalité cessera rapidement ses aventures poétiques pour finir trafiquant d’armes en Afrique). Depuis cette période, Rimbaud est une référence pour l’ultra-gauche, dans le prolongement des surréalistes et d’un « romantisme poétique » à la fois individualiste, aventurier et contestataire.

Alors, pourquoi proposer l’entrée au Panthéon de Verlaine et Rimbaud, dont la seule production commune aura été un « sonnet du trou du cul » à caractère pornographique ? Pour contribuer à renforcer l’idéologie de la poésie, cet élitisme anti-populaire se croit très intelligent à coller des mots comme bon lui semble, au-delà de tout rapport au réel. Cela vient évidemment de Paris, cette ville bourgeoise et libérale, relativiste et décadente, avec une « gauche » en première ligne du turbo-capitalisme.

La campagne pour l’introduction simultanée des poètes Verlaine et Rimbaud au Panthéon s’est faite en deux temps, trois mouvements. Il y a d’abord eu une pétition, puis le lendemain la sortie d’une réédition d’une vaste biographie de Rimbaud (dans la collection Bouquins), puis naturellement toute une série de réactions médiatiques en soutien ou en opposition.

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a notamment saluée la pétition, qu’elle a elle-même signée d’ailleurs à l’origine avec toute une série d’anciens ministres de la culture (Jean-Jacques Aillagon, Renaud Donnedieu de Vabres, Aurélie Filippetti, Jack Lang, Frédéric Mitterrand, Françoise Nyssen, Fleur Pellerin, Catherine Tasca, Catherine Trautmann).

Roselyne Bachelot y voit quelque chose de résolument moderne :

« Le fait de faire entrer ces deux poètes qui étaient amants, oui, ensemble, au Panthéon aurait une portée qui n’est pas seulement historique ou littéraire, mais profondément actuelle »

On l’aura compris, il y a l’arrière-plan une logique LGBT visant à faire des deux poètes un couple homosexuel, alors qu’ils n’ont été en réalité que des amants dans le cadre de milieux mêlant drogues, alcools, coucheries diverses et sordides tout en prétendant écrire une littérature « avant-gardiste », en rupture, etc. C’est une réécriture romancée de l’histoire, où les turbo-capitalistes ont tout à gagner : l’idéologie poétique valorisée, le parcours littéraire historique jeté à la poubelle, l’idéologie LGBT appuyée, le relativisme général affirmé…

La pétition commence d’ailleurs ainsi :

« Arthur Rimbaud et Paul Verlaine sont deux poètes majeurs de notre langue. Ils ont enrichi par leur génie notre patrimoine. Ils sont aussi deux symboles de la diversité. Ils durent endurer « l’homophobie » implacable de leur époque. Ils sont les Oscar Wilde français. »

On ne peut suffisamment souligner la dimension « poétique », c’est-à-dire en réalité individualiste au maximum, avec un anti-réalisme autant poussé que dans l’art contemporain. Rimbaud est une simple image, celle d’un pochoir sur un mur comme allégorie du jeune faisant ce qu’il veut et donc, prétendument, étant en rupture avec les « conservateurs ». L’idéologie LGBT ne dit pas autre chose, dans sa nature de propagateur de l’ultra-libéralisme.

C’est pour cela évidemment que la pétition est signée également par de l’intelligentsia parisianiste à prétention esthétisante et intellectuelle : le président du festival de Cannes et homme de télévision Pierre Lescure, les philosophes Edgar Morin et Michel Onfray, le metteur en scène Oliver Py, la présidente de la Bibliothèque Nationale de France Laurence Engel, la romancière Annie Ernaux, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, la journaliste et ancienne présidente de Radio France Michèle Cotta, le co-fondateur de Médecins sans frontières et ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, etc.

Que du beau monde, que des grands bourgeois, ouverts sur le monde, qui tout comme les grandes entreprises américaines mettent le drapeau LGBT partout, font de même, avec qui plus est l’idéologie bien française de la « poésie » comme seule expression authentique du « révolté »…

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Politique

Jacques Toubon, figure de la Droite, héraut de la «Gauche» libérale

Le libéralisme mène au libéralisme et la fausse Gauche, vraie libérale, adore Jacques Toubon, le « Défenseur des droits ». Il est pourtant une figure de la Droite et ses positions ne relèvent aucunement d’un revirement, mais sont le prolongement d’une vision libérale plaçant l’individu et ses « droits » au centre de tout, au-delà même de la société.

La fausse Gauche, celle qui est libérale et métropolitaine, adore Jacques Toubon. Elle ne manque pas de le saluer depuis longtemps, et particulièrement en ce moment alors qu’il quittera bientôt sa fonction de « Défenseur des droits ». Il a été nommé à ce poste par François Hollande en 2014, ce qui fut approuvé par les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Rien que l’intitulé de sa fonction en dit très long sur l’idéologie qu’il porte. Son rôle, inventé de toute pièce lors de la révision constitutionnelle de 2008 (mise en place par la Droite), consiste à être une sorte de super-veilleur, au-dessus des institutions elles-mêmes et de tout processus démocratique. Il ne peut recevoir d’instruction de qui que ce soit, bien qu’il rende compte de son activité au Parlement et au président. Au sens strict cependant, il n’a pas réellement de pouvoir, si ce n’est celui d’interpeller, de mettre son nez un peu partout, et de saisir telle ou telle autorité.

Sur le plan politico-culturel, son rôle consiste en fait à tout considérer du point de vue de l’intérêt individuel (ou de ce qu’il semble être), et surtout pas celui de la société. C’est, au sens strict, une démarche de Droite, qui considère l’individu, avec ses réussites et ses échecs, mais aussi ses « droits », c’est-à-dire en fin de compte surtout ses intérêts, comme devant l’emporter sur l’intérêt collectif. Cela revient, par exemple, à justifier le fait qu’il y ait des individus riches, et d’autres pauvres, au nom du relativisme propre à chaque parcours.

C’est ainsi que Jacques Toubon s’est beaucoup illustré pour sa défense des « droits » des migrants présent illégalement sur le territoire. Dès 2015, il se faisait remarquer en « enquêtant » sur l’expulsion d’un bidonville de migrants à Paris. En 2018, il s’écharpait avec des élus de la majorité présidentielle (pourtant déjà très libérale), en leur reprochant un projet de loi « Asile et immigration » qui selon lui mal traitait les demandeurs d’asile (alors que ce droit d’asile est littéralement pris d’assaut et détourné au nom du libéralisme).

La fausse Gauche, qui adore l’immigration qu’elle idéalise et piétine sans cesse le droit d’asile dans sa substance, a donc adoré Jacques Toubon. Quelqu’un comme Ian Brossat l’a régulièrement salué, par exemple en 2018 en affirmant faire « partie de son fan club » ! Peu importe que celui-ci n’ait jamais renié ses convictions, en participant par exemple à l’organisation des primaires de la Droite en 2016 pour battre François Hollande.

Il faut savoir que Jacques Toubon a une longue et dense carrière au sein de la Droite française, bien qu’il ne soit pas forcément très connu. Il a été député RPR (l’ancêtre de l’UMP, puis de LR) dès 1981, alors qu’il était secrétaire général adjoint de ce parti depuis 1978 et qu’il en devint secrétaire général en 1984, étant un très proche de Jacques Chirac. Dans les années 1990, il a été ministre de la culture et ministre de la Justice de gouvernements de la Droite, puis député européen, avec de nombreuses responsabilités à différents postes et une riche actualité au sein de sa famille politique jusque dans les années 2000.

Récemment, Jacques Toubon, en tant que « Défenseur des droits », a publié un rapport dans lequel il reprend mot pour mot tout le discours identitaire-communautaire faisant du prétendu racisme de la police une actualité. Il a ainsi pu affirmer qu’un « profil Noir ou Arabe a 20 fois plus de probabilités d’être contrôlé [par la police] », ce qui n’a pas de sens formulé ainsi.

C’est donc toute la fausse Gauche, vraie libérale, qui déroule le tapis rouge à celui qui se décrit comme le « démineur des discriminations du quotidien ». Benoît Hamon lui dresse carrément des louanges, pour un discours strictement similaire à celui des Indigènes de la République :

« Il faut écouter et faire écouter la parole sobre et solide de Jacques Toubon qui dénonce le caractère systémique du racisme en France. »

C’est ainsi une grande victoire de la Droite sur le plan des valeurs, qui a totalement torpillé toute une frange liée à la Gauche, s’imaginant représenter la vraie Gauche, trustant publiquement l’idée même de « Gauche » et ne manquant jamais d’enfoncer la Gauche historique.

En faisant de Jacques Toubon leur héraut, ces gens tombent pourtant les masques, insultant profondément le fondement même de la Gauche : la primauté de l’intérêt collectif, qui n’est pas une addition d’intérêts individuels mais au contraire une question sociale en elle-même.

Il faut dire que tous ces gens ont une grande ressemblance. Ils gagnent en général beaucoup d’argent, comme Jacques Toubon dont le Canard Enchaîné affirmait que ses revenus cumulent à presque 30 000 euros mensuels. Il est vrai que c’est bien plus intéressant pour eux de promouvoir la création d’un «  observatoire des discriminations », plutôt que de laisser se développer la lutte des classes, renversant l’ordre dominant et confisquant les richesses et le pouvoir de la bourgeoisie…

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Société

Coronavirus: le rapatriement des français de Wuhan, une grande légèreté

Depuis le mois de décembre, une épidémie de coronavirus sévit en Chine. Le décompte hier soir 28 janvier 2020 était de 106 décès, tandis que des cas se déclarent dans de nombreux autres pays, y compris en France où 4 cas sont recensés. Le nombre important des français voulant rentrer de Wuhan, le foyer de l’épidémie, tout comme les précautions sanitaires insuffisantes de la France, montrent un bas niveau de l‘esprit collectif dans notre pays.

La ministre de la santé Agnès Buzyn a annoncé dimanche 26 janvier l’organisation du retour des français de Wuhan souhaitant quitter le sol Chinois. Finalement, ce sont deux avions qui ont été annoncé par la Commission européenne pour rapatrier 250 Français et une centaine d’autres citoyens européens, avec un premier départ aujourd’hui.

Ce sont donc presque 800 français qui vivent et font des affaires à Wuhan qui souhaitent maintenant rentrer, pas peur du virus mais aussi parce qu’il est dur de supporter les contraintes de l’isolement lorsque l’on est habitué à un mode de vie de type affairiste/mondain.

Le fait que, parmi les gens qui demandent à rentrer, il existe des personnes qui hésitent à rentrer « en raison du confinement » illustre bien une absence de l’esprit collectif, social, nécessaire pour limiter le risque de contamination au reste de la population.

Ce n’est pourtant pas étonnant d’avoir ce genre de mentalité chez les « expatriés », des gens travaillant dans le vin, la mode, l’industrie automobile, c’est à dire une bourgeoisie française bien éloignée des considérations de bien commun.

Pour ce qui est des retours de séjours « courts », depuis quelques jours, les états renforcent les contrôles sanitaires des avions arrivant de Chine. Pour de nombreux pays comme la Russie ou la Turquie, il s’agit de détecter à la caméra thermique les personnes pouvant avoir de la température.

La France, de son côté, est pointée du doigt pour la légèreté de ses contrôles qui n’en sont pas. Il s’agit en fait de prévention, les mêmes précautions que ce qui peut être vu ou entendu aux informations.

Le relativisme qui caractérise les français s’exprime ici, avec Agnès Buzyn qui balaye d’un revers de la manche les dispositifs de détection de température, au prétexte qu’ « une personne ayant pris du Doliprane ne présentera pas de fièvre ».

Cet argument est d’une grande bêtise assumant de passer à côté de personnes fiévreuses ne ressentant pas encore de gêne au prétexte que d’autres seraient indétectables.

Il y a donc logiquement une méfiance dans la population française à l’égard du retour des expatriés, car le principe de quarantaine c’est justement de minimiser au maximum les axes de contagion de ce coronavirus.

Les rapatriements ne sont pas des mesures sanitaires mais un compromis entre diplomatie, droit individuel et salubrité collective.

Aussi, lorsque l’on voit le manque de sérieux des contrôles sanitaires à l’arrivée des vacanciers en provenance de Chine, on se demande si la quarantaine des expatriés sera bien solide.

La question de la gestion du coronavirus en France dépasse le simple aspect technique du manque de moyens dans les contrôles.

Il y a aussi une question culturelle, qui est celle du relativisme à la française. On le voit par exemple dans le rapport des français à la bise. Même en plein épisode viral, impossible de faire l’impasse sur la bise aux collègues, aux amis… Alors que ce serait la plus sage décision à prendre.

On ne verra par contre jamais un français ayant la grippe mettre un masque pour ne pas la transmettre, il ira même au travail avec de la fièvre pour prouver qu’il est plus fort que cela.

Mais dans une société il y a des personnes pour qui des petits virus deviennent des menaces de mort. Mais ces gens là n’existent pas dans une société basée sur la compétition et l’individualisme.

Ne pas succomber à la légèreté face aux petites et grandes épidémies, c’est au contraire faire preuve d’un esprit socialiste. Et c’est cela que doit porter la Gauche.

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Société

La faible mobilisation à Rouen malgré le choc face à la pollution chimique

L’explosion de l’usine Lubrizol à Rouen a provoqué un gigantesque émoi dans la population, mais il n’existe pas de mobilisation populaire d’ampleur significative. Tout comme pour l’incendie de Notre-Dame à Paris, tout est géré de manière froide et administrative : s’il y a des protestations, elles ne produisent rien de politique.

L’absence d’une mobilisation d’envergure à Rouen montre que la Gauche ne dispose plus de relais populaires comme elle en avait par le passé. Le niveau d’organisation est à l’image du niveau de conscience politique : terriblement faible, pratiquement anéanti en-dehors des démarches corporatistes.

La conquête de la conscience de millions de gens demande un travail ardu ; que dire alors du fait de les organiser, de les habituer à s’organiser ? Si jamais le principe de révolution a un sens et qu’on est pas un blanquiste, un putschiste, alors on voit qu’on est extrêmement loin de l’auto-organisation de la société par elle-même !

Objectivement, les gens peuvent tout gérer, mais subjectivement, ils sont totalement déboussolés. Ce qui se passe à Rouen est une épreuve terrible pour les habitants et pourtant il n’existe pas de structuration sur le plan de l’organisation, de la politique.

Même si on est réformiste et pas révolutionnaire, on voit bien que c’est davantage la stupeur qui prédomine qu’autre chose. Il s’agit d’une sorte d’événement sorti de nulle part pour les gens, qui ont totalement perdu la moindre idée du fait de se concevoir comme une partie de la société.

Les gens se considèrent dans la société, mais pas une partie de la société. Ils prennent, ils donnent, ce n’est qu’un échange à dimension individuel :  voilà leur vision des choses. Il n’y a aucune considération générale, en terme de société, du pays lui-même.

Même l’extrême-Droite est d’ailleurs obligée de se tourner vers le discours identitaire , tellement la considération « nationale » exige déjà trop une remise en cause de l’amour-propre individualiste propre à une société de consommation maximalisée.

Toute la Gauche, qu’elle soit révolutionnaire ou réformiste, voit bien qu’il y a un problème de fond dans la réceptivité des gens et dans leur capacité à se tourner de manière consciente vers une critique raisonnée de la société. Les gens sont devenus rétifs à tout engagement passant par une dynamique générale, ils ne réagissent plus qu’en tant qu’individus.

Quiconque ose poser quelque chose de différent que ce prisme individuel est par définition une sorte de facho ou de conservateur vivant dans le passé. Il y a là un paradoxe puissant, car en même temps le Peuple, dans son ensemble, exige des normes, des règles, des principes. Il raisonne en termes d’universalisme.

Mais les gens, s’ils sont le peuple, ne s’accordent pas sur ce qu’ils sont. Chacun veut s’en sortir individuellement, ce qui produit des esprits petits-bourgeois ou bourgeois à l’infini, alors que le niveau de vie ne suit nullement derrière. Le décalage entre les illusions des gens et leur réalité sociale est immense – et quand ils le saisissent, ils deviennent aigris et cela donne des gilets jaunes.

Ce qui se passe à Rouen est donc un terrible exemple, un aveu de faiblesse gigantesque pour la Gauche. Les protestations des organisations populaires auraient été massives il y a 10, 20, 30 ans. Aujourd’hui il y a la simple constatation de ce que le gouvernement fait ou pas, avec une critique cherchant à être bien placé, mais passant toujours au-dessus de la réalité concrète, politique, de l’existence des gens.

Le capitalisme a véritablement engourdi les esprits à un degré très profond, les gens sont comme congelés. Comment les remises en cause futures vont-elles se dérouler ? Cela va être un profond traumatisme.

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Société

Bilal Hassani et son appel à être le « roi » de sa propre vie

L’album de Bilal Hassani est un flop et son rapport à la musique est aussi faux que toute sa démarche. Au lieu de chercher à l’affirmation, à l’épanouissement de la personnalité, il est une figure du travestissement propre à un capitalisme ne proposant que le rapport commercial de l’individu entièrement tourné vers lui-même.

Malgré un véritable tabassage médiatique, l’album Kingdom de Bilal Hassani est un flop complet. Ce n’est pas étonnant, quoique vues les nullités qui pullulent dans les choses à la mode musicalement, il y avait de quoi s’inquiéter. Mais ce qui est reproché à Bilal Hassani, ce n’est finalement pas sa faiblesse musicale totale, c’est son côté faux.

Car, au fond, à quoi a-t-on eu droit, encore une fois ? À une opération des LGBT+ sur l’opinion démocratique. Les jeunes, voire les très jeunes plutôt, épris d’ouverture d’esprit, de volonté d’acceptation, ont encore une fois été les cibles des discours de l’ultra-libéralisme. Et s’il y a des gens qui devraient le plus combattre cela, ce sont biens les personnes homosexuelles, qui voient leur bataille historique pour la reconnaissance de leurs droits transformée en levier pour propager l’hédonisme, les identités à la carte, la négation de l’existence des droits et des femmes, le refus du couple comme norme naturelle et sociale, etc.

Or, le peuple est démocratique et donc si quelque chose est faux, à un moment, cela se voit. Bilal Hassani n’a tout simplement pas fait le poids. Comme l’Autrichien Conchita Wurst, à force de vouloir tout être sans rien assumer jamais, à force de refuser la moindre formalisation, à un moment cela ne passe plus. A-t-on d’ailleurs lu les paroles de sa chanson « roi », qui a représenté la France à l’Eurovision ? C’est le manifeste de la subjectivité la plus radicale, la théorie de l’ultra-libéralisme mise en texte.

Chacun peut faire comme il l’entend, comme il le désirerait, chacun « choisirait » la définition de sa vie, de sa propre réalité… Chacun serait le « roi » de sa propre vie. « Je suis free, oui, j’invente ma vie », « J’suis pas dans les codes, ça dérange beaucoup », « Quand je rêve, je suis un roi », « Toutes ces voix « fais comme ci, fais comme ça » », « Only God can judge you and me », « Ça passe ou ça casse, mais ça regarde qui? »…

C’est l’exact opposé de Spinoza, qui explique que l’être humain n’est pas « un empire dans un empire », que tout est déterminisme et qu’il faut en prendre conscience, pour bien faire les choses, correspondre à sa propre nature. C’est évidemment quelque chose n’allant pas en conformité avec la non-conformité du capitalisme, qui veut des consommations multipliées et démultipliées, tout se consommant, jusqu’à sa propre identité.

Vous prendrez quoi au menu religion ? Oui oui, on peut être gay en même temps, tout comme de gauche tout en étant capitaliste. Un petit sac Gucci à 600 euros comme le joueur de football Paul Pogba sinon juste en tenue de pèlerin, en simple robe, en pèlerinage à la Mecque, comme en ce moment ? Aucun problème. Marié, amoureux de quelqu’un d’autre, et même être quelqu’un d’autre ? Tout est possible, il suffit de payer. Il suffit de choisir. Personne peut juger.

L’Eurovision est devenu un vecteur important de cette démarche. Après sa période variété, suivie de sa période décalée, c’est devenu une usine à chansons formatées de type variété, avec des variantes reprenant les thèmes de la pseudo-subversion, de la fausse liberté mais vraie superficialité, de l’egotrip mis en exergue comme le point culminant de l’expression de soi. L’échec en France de Bilal Hassani est cohérent avec son succès à la candidature pour représenter la France à l’Eurovision : extérieur à la société française, il ne peut exister que dans une sorte de bulle au-delà de toute réalité culturelle.

Cependant, cela n’a pas suffit à emporter le concours de l’Eurovision. Malgré les grandes prétentions affichées, il a échoué à la 14e place du classement ce hier soir à Tel-Aviv en Israël, très loin derrière le néerlandais Duncan Laurence et son titre Arcade, bien plus lisse et consensuel.

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Réflexions

La disparition de la retenue dans l’intimité

L’ultra-libéralisme fait tomber toutes les frontières, toutes les limites, tous les principes, toutes les politesses. L’intimité disparaît ainsi également : le capitalisme a besoin d’individus, pas de personnes, de personnalités.

Echo et Narcisse, John Willian Waterhouse, 1903

L’irruption de la pornographie, du voyeurisme, de l’exhibitionnisme… est désormais une chose tout à fait acquise dans les mentalités françaises. Il y a évidemment un grand décalage entre les générations plus âgées et des jeunes pétris de la culture Instagram. Cependant, le triomphe de Facebook a suffi à exprimer le culte de l’ego qui était déjà solidement installé dans les esprits. Faire de sa vie une pièce de théâtre, un film, un show, ou plus exactement la présenter telle quelle, est une norme.

Naturellement, cela implique une fuite en avant pour se faire remarquer, d’où les phénomènes les plus extrêmes et les démarches les plus grotesques pour apparaître comme différent, au-dessus du lot, unique, totalement à part. Ce qui est ici frappant, c’est que ce n’est jamais par la culture qu’il est cherché à se distinguer, car cela prend trop de temps dans une société capitaliste qui exige de la rapidité, toujours plus de rapidité. Il faut que tout se déroule de manière courte, pour recommencer tout de suite après.

Les egos s’expriment donc surtout par l’axe du vêtement, où le combo Louis Vuitton x Supreme représente le nec plus ultra, la sexualité ou la présentation de son intimité. Il faut se souvenir ici de ce qui s’est dit en France au moment de l’arrivée de la téléréalité. Cela ne marcherait pas, c’est juste anecdotique, la France n’est pas l’Allemagne ou les Pays-Bas ou l’Angleterre, avec leur goût pour le trash. Et pourtant, la digue a bien cédé ; la télé-réalité est désormais incontournable à la télévision, et pas seulement, puisque avec internet, les possibilités d’exhibition sont très faciles, que ce soit avec des vidéos en ligne ou que l’on s’envoie au moyen des smartphones.

Les mœurs ont naturellement été radicalement modifiées par tout cela et il existe ici une différence très marquée entre les générations. Celles nées à partir de 2000, qui n’ont jamais connu aucun cadre normatif un tant soit peu serré, représentent la tendance la plus franche, l’avant-garde pour ainsi dire du libéralisme. Elles acceptent tout, ne refusent rien, faisant de chaque acte quelque chose qui ne doit pas être évalué par la morale, l’histoire, la philosophie, mais simplement par l’envie ou l’utilité. La seule opposition à cette démarche est au mieux religieuse.

Le retour en force des religions s’appuie beaucoup sur cette question de l’intimité. Les religions qui ont du succès sont des variantes ascétiques, anti-exhibitionnistes, des religions historiques. Il y a ainsi l’évangélisme, comme variante du protestantisme, le salafisme, comme variante de l’Islam, les Loubavitch, comme variante du judaïsme. Elles insistent particulièrement sur la défense de l’intimité. Elles n’insistent nullement sur son développement, sur l’affirmation de la personnalité, comme figure rationnelle, sensible, éduquée et ouverte à la nature. Bien au contraire, elles réduisent l’intimité à une chose non seulement privée, mais également tellement unique qu’elle doit être radicalement séparée de tout.

Le levier des religions est ainsi encore l’ego, tout autant que la critique de l’exhibitionnisme, de la pornographie, du voyeurisme. Les religions ne dépassent pas ces formes décadentes, elles les évitent, en s’appuyant tout comme celles-ci sur le ressort de l’ego. Avec les religions, on n’a pas des gens refusant le voyeurisme, mais l’évitant, se disant qu’ils valent mieux que ça. Or, ce dont on a besoin, c’est bien d’un rejet de exhibitionnisme, du voyeurisme, de la pornographie.

Cependant, et malheureusement, beaucoup de gens de gauche sont ici imprégnés de libéralisme. Ils pensent qu’il n’est pas besoin de combattre cela, car finalement chacun aurait le droit de faire ce qu’il veut, même si c’est erroné. Tout serait une question de points de vue, et par conséquent mieux vaut discuter, faire évoluer les points de vue. C’est là ne pas comprendre la dynamique à l’arrière-plan : celle du capitalisme qui a besoin d’individus faisant sauter toutes les frontières, pour élargir le marché.

C’est exactement comme les gens cherchant à faire évoluer les points de vue au sujet de l’achat de 4×4 ou bien de viande. Ils ratent ce qui se déroule à l’arrière-plan : une intense activité du capitalisme pour trouver de nouvelles choses à vendre, de nouvelles choses qui puissent être achetées. Le capitalisme trouve d’ailleurs très bien qu’il y ait de nouveaux consommateurs de vélos ou d’alimentation végétalienne. Du moment qu’il y a des consommations nouvelles, que les consommations rentrent en compétition, tout cela est très bon.

Même les religions ne présentent pas un obstacle, car il y en a plusieurs, qui se concurrencent, et qui concurrencent la disparition de l’intimité, ce qui renforce d’autant l’esprit de concurrence, de diversification, de choix de consommation possibles. Voilà pourquoi il faut il considérer l’exhibitionnisme, la pornographie, le voyeurisme non pas simplement comme des phénomènes, mais comme des réalités idéologiques, vecteurs d’agression contre la personnalité, visant à la déformer pour la façonner en fonction des besoins du marché.

La retenue dans l’intimité est une valeur qu’il est par conséquent essentiel de protéger, à tout prix, car elle est la base de l’intégrité, psychique et physique, de chaque personne qui ne veut pas se voir réduit au statut d’individu, aliéné, formé par le marché, disponible pour la consommation.