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Culture

Melody, de Waris Hussein (1971)

Mercredi après-midi (ou Melody en version originale) est un film britannique de 1971 réalisé par Waris Hussein et écrit par Alan Parker, dont c’est la première participation pour le cinéma (il réalisera plus tard des films tels que Mississippi Burning, Angel Heart, Midnight Express…).

Film méconnu, il s’agit pourtant d’une œuvre magnifique, saisissant comme rarement une étape clé de la jeunesse, celle du premier émoi amoureux.

On y suit le jeune et discret Daniel se lier d’amitié avec le bien plus turbulent Ornshaw, et tomber sous le charme de Melody.

Le film adopte le point de vue des enfants, que ce soit au niveau du récit où tous les adultes sont des personnages secondaires, ou au niveau de la mise en scène où la caméra, lorsqu’elle quitte ses larges plans d’ensemble, se met à hauteur d’enfant pour mieux mettre à jour leur sentiment, leur vision (parfois rétrécit, comme lors des premiers flirt amoureux) du monde.

Alan Parker, qui a beaucoup travaillé dans la pub, accordera à ses propres réalisations énormément d’attention à travailler l’image de ses films, à l’ambiance, parfois au détriment de la narration. On voit ici qu’il n’était pas non plus dénué de talent de conteur.

Associé à la réalisation de Waris Hussein le film parvient à mêler poésie et réalisme des moments simples qui font la vie de l’enfance, que ce soit à l’école, au sein de sa famille, où à l’extérieur à flâner et faire les 400 coups avec les copains. 

Si le film s’attarde principalement sur les garçons, les moments mettant en scène les jeunes filles visent tout aussi juste, révélant leur plus grande maturité, que ce soit lors des scènes de danse, ou de discussion à propos des garçons.  À l’inverse les garçons sont nettement plus premier degré, plus maladroit.

Au cœur du récit, il y a cette histoire d’amour adolescente, bouleversante par ses moments de vérités, ces regards qui en disent long, ces instants de gênes, les répercussions que cela peut avoir sur les amitiés (principalement masculines). 

On se laisse totalement porter par ce film, sa joie de vivre communicative. Pour autant l’arrière-plan social n’est pas oublié, il n’est jamais très loin, principalement par le biais des parents bien différents de Daniel, Ornshaw et Melody. La violence du monde des adultes, notamment à l’école, est présentée de manière assez frontale.

Malgré cela l’énergie, l’envie de vivre, d’aimer, de cette jeunesse prend le dessus et permet d’affronter tous les obstacles, jusqu’à cette séquence finale libératrice.

Tout cela est accompagné par de superbes compositions du groupe de pop rock britannique Bee Gees, en parfaite symbiose avec la poésie et la candeur du film.

Celui ci rappelle fortement d’autres films adoptant le point de vue de la jeunesse et notamment La bande des quatre de Peter Yates (1979), qui s’attardera aussi sur les moments de vie de jeunes un peu plus âgé, à la frontière du monde des adultes, avec le même talent pour souligner toute la dignité de cette vie sur un ton poétique et humoristique, sans pour autant gommer les rapports sociaux. Et c’est dans les années 1980 que ces films adolescents connaîtront leur plus grand succès avec des titres comme The Outsiders (Francis Ford Coppola, 1983), Breakfast Club (John Hugues, 1985), Stand By Me (Rob Reiner, 1986), ou encore Heathers (Michael Lehmann, 1989). 

Soulignons cependant que ce genre existait depuis des années, avec des gros succès comme La fièvre dans le sang (Elia Kazan, 1961), ou même avec La dernière séance (Peter Bogdanovich, 1971), sorti aux États-Unis la même année.

Parmi tous ses titres Melody fait pâle figure en termes de reconnaissance et de réputation. Il n’a pourtant rien à leur envier, son sujet intemporel étant porté par une forme d’une grande modernité qui n’a pas pris une ride.

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Société

2 500 nihilistes à la free party de Lieuron

2500 personnes se sont retrouvées au sud de Rennes pour une free party en pleine pandémie, afin de passer le nouvel an dans une ambiance censée être festive, mais suintant en réalité le nihilisme par tous les pores.

On ne pourra donc pas compter sur les teufeurs pour affronter la Droite. Cela fait longtemps qu’on le savait, mais là on a une certitude complète. Organiser une free party en pleine pandémie, dans une situation de tension sanitaire, pour fêter de manière égoïste le nouvel an, c’est par définition totalement antisocial.

Nombreux sont les jeunes qui ont fait de même d’ailleurs pour le passage à la nouvelle année, avec d’innombrables soirées. Les achats de matelas gonflables – pour rester sur place et ainsi d’éviter le couvre-feu – ont connu un pic significatif. Le mot d’ordre, c’est qu’il faudrait bien décompresser et il serait donc possible de tricher.

La free party de Lieuron, à côté de Rennes, est toutefois un symbole de quelque chose de très grave en particulier. Car ce ne sont pas des jeunes bourgeois profitant d’une maison qui ont fait la fête, mais des jeunes se rattachant, d’une manière ou d’une autre, au sens le plus large, à un certain esprit alternatif. De par leurs valeurs, ils n’aiment pas la Droite. On peut parler avec eux de la recherche d’un mode de vie différent.

Et pourtant ils se sont comportés comme des jeunes de Droite, en faisant ce qu’ils voulaient comme ils voulaient. Ils ont agi comme des capitalistes établissant un marché, comme des consommateurs se procurant une marchandise. Il n’y avait aucune dimension culturelle, aucune dimension politique, aucune dimension concernant l’existence. C’est même tellement forcé qu’on est même plus dans la conception originelle de la free party comme lieu où régissent d’autres valeurs.

Cela a été juste une bulle. C’est donc réactionnaire et il est significatif qu’a été incendié un véhicule de la gendarmerie, alors qu’il y avait une entreprise produisant du foie gras juste à côté du lieu de la « fête ». On est là dans l’anarchisme, dans l’individualisme assumé. Il n’est donc pas étonnant qu’il n’y ait aucune répression, à part 1600 amendes à la fin de la free party. L’État adore de tels jeunes nombrilistes et consommateurs.

Nombrilistes, consommateurs et hypocrites, à l’image de l’association Techno+ qui prétend chercher à réduire les risques de la consommation de drogues et ne fait en réalité qu’accompagner celle-ci. « Essaye de respecter au max les gestes barrières ». Mais bien sûr, des gens défoncés rassemblés par milliers dans un endroit clos vont y faire attention. Que c’est pathétique que ce cinéma pour prétendre faire des efforts, alors qu’en réalité on est dans le relativisme et le nihilisme.

On est d’ailleurs à peine en début d »année que Techno+ a mis déjà la barre très haut dans la course au communiqué de victimisation le plus stupide et aberrant de l’année, avec une photo tellement parlante qu’on se demande comment ces gens ne comprennent pas qu’ils sont totalement déconnectés.

Vivement que les masses populaires s’activent et que soient balayés ces élucubrations petites-bourgeoises, ces pseudos-rébellions si caricaturales qu’on les dirait inventées par l’extrême-Droite ! Place au regard ouvrier sur la réalité et assez de ces fuites dans des paradis artificiels superficiels, consommateurs et destructeurs !

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Politique

La Loi de Programmation de la Recherche contre la démocratie étudiante

Une nouvelle loi concernant l’université interdit de facto les Assemblées Générales. Cela reflète la marge de manœuvre du libéralisme pour façonner l’université, en l’absence de conscience et d’organisation étudiantes conséquentes.

Le 9 novembre 2020, une loi sur l’enseignement supérieur est passée, elle entend amener des changements dans l’Université. Outre le fait que celle ci soit dénoncée comme rendant encore plus difficile la recherche, il y a un article anti-démocratique, que même la Droite la plus dure n’osa pas passer historiquement.

En effet, un des articles de la loi stipule la chose suivante :

« Le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte d’un établissement d’enseignement supérieur sans y être habilité en vertu de dispositions législatives ou réglementaires ou y avoir été autorisé par les autorités compétentes, dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement, est passible des sanctions définies dans la section 5 du chapitre 1 du titre III du livre IV du code pénal. »

En clair, cela reviendrait à une « intrusion dans un établissement d’enseignement scolaire ». Or, lors d’Assemblées Générales à l’université, il est fréquent que des étudiants d’autres universités participent, de lycées environnants ou encore de travailleurs venus à l’invitation de l’assemblée générale. Sans parler de jeunes désœuvrés, plus ou moins militants ou activistes.

On sait bien évidemment que ces Assemblées Générales ne sont bien souvent, voire la plupart du temps, que des fictions militantes. Mais là c’est la possibilité même d’une véritable Assemblée Générale qui est bloquée.

On doit d’ailleurs noter que les courants gauchistes faisant de pseudos Assemblées Générales culminant en folklore pseudo-radical et nihiliste, avec un vandalisme et un sectarisme érigés en ligne « révolutionnaire », ont joué un très mauvais jeu permettant une telle loi particulièrement agressive.

C’est que les peines encourus sont importantes ; une personne seule, risquera jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende, les personnes venues en groupe risqueront jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

D’autres peines sont également encourus : l’interdiction des droits civiques, civils et de familles ou encore l’interdiction de séjour. Autant dire qu’il s’agit de casser la possibilité de tout mouvement étudiant, mouvement étudiant qui en France a souvent joué un rôle important, car comme le dit l’adage les jeunes c’est comme le dentifrice : une fois sortis (dans la rue) ils ne rentrent plus.

Les étudiants ne se sont pour l’heure pas organisé contre cette loi, et pour cause ! L’Université n’étant pas en dehors de la société, elle est à l’image de celle-ci, pétrie dans le libéralisme ambiant, avec le laisser-aller et le repli sur soi. Il faudrait un syndicat étudiant qui assume d’être tourné vers le monde du travail et réfute de se prétendre un « mouvement de jeunesse » ou bien un simple cadre corporatiste.

Il faudrait un syndicat étudiant qui aborde la vie quotidienne : rien qu’en réclamant des plats végétaliens dans tous les restaurants universitaires il y aurait déjà une base revendicatrice ! Tout cela demande cependant d’être en phase avec son époque. C’est l’une des tâches des gens n’ayant pas oublié ce qu’est la Gauche historique.

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Politique

Les lycéens désemparés face à la crise sanitaire

La rentrée scolaire d’après les vacances de la Toussaint est marquée par une colère dans plusieurs lycées partout en France avec des jeunes s’opposant au manque de mesures sanitaires.

Le gouvernement n’a pas été capable de mettre en place un réel re-confinement, et ce malgré la circulation accrue de l’épidémie de covid-19. Chaque établissement scolaire devient un potentiel « cluster » en puissance, en raison notamment de moments clefs ingérables, comme la rentrée dans le bâtiment, la cantine, sans parler des heures de cours elles-mêmes. Cela a donné lieu à quelques initiatives, notamment… des blocages.

On pourra se dire qu’il y a quelque-chose d’étrange à voir des lycéens s’amasser devant un lycée… pour réclamer à ne pas être amassé dans le lycée ! C’est là le reflet d’un grand tourment dans la société française, avec des gens voyant que les choses ne vont pas bien, mais ne sachant pas comment faire, ni même quoi faire d’ailleurs.

Prenons cette lycéenne par exemple, élève d’un lycée de Bastia en Corse. Ce qu’elle dit est très juste, plein de bon sens, empli d’une saine révolte contre la situation actuelle, avec un grand sens des responsabilités :

De la même manière, les quelques lycéens qui s’organisent devant leur lycée pour en bloquer l’entrée ont forcément raison de dénoncer l’absence (ou le si peu) de mesure sanitaire dans les établissements.

Mais on ne peut que se dire, en même temps, que leurs « blocus » sont bien étranges, alors qu’il y a la possibilité de s’organiser via les réseaux sociaux pour ne pas venir en cours, tout simplement. Les lycéens n’ont ils pas les moyens d’exiger collectivement des cours en ligne, ainsi que des heures d’ateliers réellement en petit groupe et dans des salles bien aérées pour ce qui concerne l’enseignement professionnel ?

Manifestement, la jeunesse ne semble pas encore prête à un tel niveau d’organisation et d’exigence. Les ridicules échauffourées ayant eu lieu ces derniers jours entre la police et des lycéens à Nantes ou à Paris sont ici le reflet de cette faiblesse.

Peut-être, souhaitons-le, la jeunesse lycéenne sera très vite prête, même dans les prochains jours, car les choses vont très vite dans une période de crise comme la nôtre.

Il faut dire cependant que les défis qui s’offrent à elle sont immenses. Rien que le changement climatique ou la question des animaux sont d’une ampleur incroyable, une ampleur qui ne peut que terrifier dans un premier temps… mais qui le moment venu peut aussi galvaniser la jeunesse se prenant en main pour exiger le futur !

Il faut dire également que les 2005, 2004, 2003, voire 2002, qui sont actuellement au Lycée, payent aujourd’hui le prix de l’effondrement de la Gauche dans la jeunesse et les classes populaires. Cela fait maintenant des années et des années que la Gauche ne pèse plus, n’a plus aucune structure réellement ancrée dans la jeunesse, ni même aucun relais ayant un quelconque impacte.

Cette vidéo YouTube postée par le Parti socialiste en direction de la jeunesse en dit très long par exemple :

Seulement 500 vues (dans la soirée du 5 au 6 novembre)… C’est extrêmement faible, alors que ce qui y est dit, à défaut d’être transcendant, est extrêmement simple et tout à fait consensuel. Le Parti socialiste bénéficie pourtant d’une notoriété énorme, il avait même le pouvoir en France il y a quelques années, quand les jeunes visés par la vidéo étaient déjà des adolescents ! On est cependant dans un moment de désarroi et d’espoir mélangé, de combativité et de passivité, de refus et de complaisance.

La France est à l’image de sa jeunesse : prête au changement, mais pas prête à changer.

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Société

Hommage à Samuel Paty… et attaque coordonnée fanatique à Vienne

La crise de civilisation s’impose partout. Alors qu’en France l’hommage à Samuel Paty s’est tenu sobrement mais avec dignité, une attaque coordonnée islamiste frappait Vienne. L’époque est prise de spasmes.

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C’est une bien belle lettre de Jean Jaurès que le gouvernement a fait lire par les enseignants à leurs élèves, à l’occasion de l’hommage à Samuel Paty, l’enseignant assassiné par un fanatique islamiste. Cela souligne la force de la question de l’éducation dans notre pays, une véritable tradition nationale avec, surtout, la figure de l’enseignant visant à élever le niveau des élèves sur le plan moral. L’engagement du professeur qui veut bien faire, sans briser les esprits mais en les faisant avancer, est quelque chose de connu et d’apprécié dans notre pays.

Non pas que tous les professeurs soient ainsi, très loin de là, ni que l’Ecole telle qu’elle existe soit agréable et épanouissante. Mais justement il y a quelques figures émergeant toujours, ici et là, faisant qu’on se souvient avec émotion de tel ou tel enseignant, qui s’est donné pour les élèves. La lettre de Jean Jaurès est donc bien choisie et on sait d’ailleurs à quel point Jean Jaurès fut un ardent républicain et un orateur extraordinaire. La finesse de ses propos, le choix méticuleux des termes et du ton, la vivacité dans la répartie… font qu’il était pratiquement un représentant de l’esprit français.

Jean Jaurès était, également et évidemment, un socialiste, de l’aile droite historiquement, ce qui ne change rien au fond car les socialistes sont en France en général des républicains de Gauche, éloignés des traditions pro-marxistes social-démocrates allemande, russe, autrichienne, bulgare, etc. On ne peut donc guère parler de récupération par le gouvernement et de toutes façons la question n’est pas du tout là. Ce qui compte, c’est de voir l’honneur du professeur, du passeur de savoir face au fanatisme.

On doit ici qualifier d’abject les diverses critiques anti-gouvernementales cherchant la petite faille pour un populisme vraiment déplacé. Profiter d’un tel événement pour accuser le ministre de l’Éducation de prôner une réforme du baccalauréat que Jean Jaurès aurait réfuté, comment dire… C’est absurde. Les terribles attentats dans la capitale autrichienne montrent d’ailleurs où est le problème.

Les attaques coordonnées dans le centre de Vienne en Autriche, en différents endroits, visant à tuer, à blesser, à terroriser, montrent que le mal est profond, qu’à côté de la machinerie capitaliste détruisant la planète on a des crises de folies réactionnaires meurtrières.

Le fanatisme islamiste est le produit d’une époque sans cœur ni esprit, où tout esprit constructif, démocratique, s’efface devant un marché capitaliste tout puissant accompagné de poches de romantismes ultra-réactionnaires idéalisant un passé romancé. Comment affirmer la Culture, la Connaissance, la Démocratie dans un tel cadre historique ? Là est le défi de notre époque et évidemment, seul le Socialisme peut porter cela.

Lire également : La lettre de Jean Jaurès aux instituteurs et institutrices

Le drapeau de la Démocratie, du peuple organisé au niveau de la société, de l’État, est la condition impérative pour sortir d’une crise de civilisation toujours plus folle. La peur et la réflexion se combinent dans des situations nouvelles, inquiétantes et d’envergure. Il faut contribuer à être à la hauteur des questions, il faut savoir souligner les bonnes réponses. Il faut être là. Qui se met de côté dans une telle époque n’a pas saisi ce qui se passe – mais comment ne peut-on pas le saisir ?

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Société

La lettre de Jean Jaurès aux instituteurs et institutrices

Voici la lettre de Jean Jaurès, publiée dans La Dépêche, journal de la démocratie du midi, le 15 janvier 1888 :

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« Aux Instituteurs et Institutrices

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse.

Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! —Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage. […]

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine ! […]

Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront. »

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Culture

Comment les chansons de Tessae témoignent du changement d’époque

La chanson et le clip « salope » de la jeune artiste marseillaise Tessae témoignent indéniablement d’un changement d’époque. C’est de la pop dans une version très chantée qui relève ouvertement de la variété/commerciale… mais avec une affirmation culturelle élevée, et surtout nouvelle.

Le titre évoque ces hommes arriérés interpellant les jeunes filles dans la rue, souvent le soir, souvent en prenant prétexte de leur habillement, souvent en les traitant de « salopes ». Quand elle présente sa chanson, Tessae ne prétend ici à un aucun militantisme féministe, et c’est peut être ce qui fait sa force, de part la justesse populaire de son propos : elle explique tout simplement qu’elle ne comprend pas que de tels comportements puisent exister à notre époque.

On a là une certaine candeur qui, associée à un goût prononcer pour la mélodie dans un état d’esprit tourné vers l’avenir, donne quelque chose d’éminemment nouveau, avec une grande puissance positive.

Il faut mettre cela en rapport avec son morceau « Bling », dont le clip est un succès avec près de trois millions de vues sur YouTube : ces deux chansons sont de véritables et merveilleux hymnes anti-beauferie ! Et c’est très très réjouissant !

Ce ne sont pas de simples témoignages, mais directement l’expression d’une génération jetant un vieux monde par la fenêtre, ne supportant plus les arriérations comme le sexisme, la superficialité, le racisme, les idéalismes identitaires, etc.

La jeunesse veut la paix, l’international et le life deluxe for all… On a changé d’époque, totalement, la crise du Covid-19 en est un aspect, mais pas le seul !

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Politique

Le point sur l’épidémie de Covid-19 en France au 6 août 2020

Depuis plusieurs semaines déjà, il y a des signes montrant une circulation accrue du coronavirus responsable de l’épidémie de covid-19. C’est un rebond potentiel que la société ne sait pas aborder.

L’illusion comme quoi le covid-19 allait disparaître comme il est venu ne tient plus. L’humanité a joué avec le feu et provoqué des dérèglements à l’échelle planétaire, cela ne disparaîtra pas comme par enchantement. De fait, la maladie est encore très mal connue, tant en termes de conséquences (les cas sont très divers, tant dans la forme que la gravité), que dans sa façon de circuler.

La tension réapparaît ainsi en France, avec 14 départements considérés en situation de vulnérabilité :

– modérée pour Bouches-du-Rhône, Gironde, Haute-Garonne, Haute-Savoie, Ille-et-Vilaine, Nord, Val d’Oise, Paris, Seine-Saint-Denis, Hauts-de Seine et Val-de-Marne ;

– élevée pour Mayenne, Mayotte et Guyane.

Le 6 août 2020, il y a également 175 « clusters » en cours d’investigation (soit 14 de plus que la veille).

7 personnes sont officiellement décédées du covid-19 en France, avec surtout une hausse du nombre de patients en réanimation. 5060 personnes sont actuellement hospitalisées pour cette maladie, avec 21 nouvelles personnes admises en réanimation, portant le nombre total en réanimation à 390 personnes contre 384 la veille (+6).

Ce « solde » entrée/sortie de près de 400 personnes correspond à la situation juste avant le confinement, alors que le pic s’est officiellement situé à plus de 7000 personnes pendant quelques jours début avril.

Ce n’est évidemment guère rassurant. Rappelons en effet que les cas en réanimation reflètent une situation antérieure en termes de circulation du virus, puisqu’il faut plusieurs jours pour que les symptômes se développent et plusieurs jours encore pour qu’ils s’aggravent. Grosso modo, les symptômes mettent au maximum dix jours à apparaître, en admettant toutefois qu’on soit en mesure de les reconnaître comme relevant du covid-19.

Il y a donc l’hypothèse d’une vague qui va arriver à court terme ou, en tout cas, au moins l’hypothèse qu’une vague peut se produire de nouveau. Cela ne fait pas du tout les affaires des capitalistes qui, à l’instar du nouveau premier ministre, veulent relancer l’économie à marche forcée.

Ils tablent sur une meilleure organisation. En effet, la situation est différente aujourd’hui par rapport à lorsque le covid-19 est apparu, en raison des mesures sanitaires prises entre-temps, de la saison (avec la vie davantage à l’extérieur), ainsi que des capacités supérieures à mener des tests (bien que l’organisation soit faible, mal orientée, etc.).

Ces augmentations actuelles ne signifient donc pas nécessairement dans les prochains jours l’explosion qu’on a connue en mars, si l’encadrement est suffisant. On peut avoir le covid-19 comme bruit de fond, présent à de nombreux endroits mais sans se diffuser massivement, somme toute le contraire d’auparavant où il se diffusait rapidement dans des foyers localisés.

Le problème, c’est que les Français sont pétris de libéralisme et ont basculé pour certains dans un libéralisme toujours plus assumé. Cela se lit en particulier dans la jeunesse.

Ainsi l’Agence santé publique France parle pour le 6 août 2020 d’indicateurs montrant une « progression et une intensification de la transmission de l’infection à SARS-COV-2 », ce qui indique une tendance à venir d’augmentation de ces cas graves dans les jours ou semaines à venir.

Mais il est également insisté depuis plusieurs jours sur la prévalence des cas positifs dans la population jeune et c’est encore le cas dans la communication du 6 août 2020, qui évoque particulièrement les jeunes adultes.

Les jeunes se disent qu’ils ne risquent pas grand-chose et ne pensent pas à protéger les autres, ils vivent dans une bulle, d’ailleurs anxiogène. Ils ne savent pas comment se placer alors que, par définition, les jeunes veulent réaliser des choses.

Ici, la société n’a aucune réponse, paralysée par le capitalisme. Il faudrait un haut niveau d’organisation de la société et là on a l’inverse. Dans un contexte où il y a un décalage entre la diffusion du virus et sa manifestation avec les symptômes, c’est évidemment fatal. Les services de santé courent littéralement derrière une société passive et des citoyens infantilisés par des mœurs libérales-libertaires.

Le covid-19 est un défi collectif ; la réponse ne peut être que collective. Ni le capitalisme, ni l’État, ni les gens ne sont prêts à cela. Les gens n’auront pourtant pas le choix.

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Culture

L’été 2020 sera définitivement sans dancefloors

L’été 2020 sera définitivement sans dancefloors, sans concerts, sans festivals, sans clubs ni discothèques. Si la question se posait encore fin juin, elle est maintenant définitivement réglée. Quand on dit « réglée », il faut bien insister sur ce mot : la question a été véritablement réglée, dans le sens d’une décision froide, administrative, balayant d’un revers de main tout un pan de la culture populaire et de la vie de la jeunesse.

La crise sanitaire, qui est tout sauf derrière nous, ne permet pas un certain nombre de choses. Elle n’empêche pourtant pas de se poser et de discuter démocratiquement, d’envisager des choses.

C’était par exemple le sens d’une tribune publiée par deux acteurs du milieu techno, intitulée « sauvons la fête, agissons ! » et finissant par l’espoir que « la Nuit doit rouvrir au plus tard le 11 juillet ».

Au lieu de cela, ce 11 juillet 2020 il y a eu l’information comme quoi sept préfectures du Centre-Val de Loire et de l’Aquitaine ont pris des mesures pour empêcher une immense rave-party qui aurait pu se tenir. Les moyens mis en place ont été drastiques, avec des arrêtés d’interdiction de circulation de « poids lourds transportant du matériel de sons », etc.

Il ne s’agit pas de penser que les organisateurs de ce possible teknival sauvage avaient raison : organiser un tel événement sans encadrement spécifique dans un tel contexte sanitaire, ce serait totalement irresponsable. Impossible de nier le risque de foyer épidémique évoqué par les autorités dans une pareille situation, alors que le coronavirus circule toujours et que la maladie qu’il engendre tue encore chaque jour des personnes en France.

On ne peut pas cependant se contenter d’arrêter le raisonnement ici, en imaginant qu’il suffit d’interdire par en haut aux jeunes de danser, et que tout ira bien. C’est ce que fait pourtant le Ministre des solidarités et de la Santé Olivier Véran, qui a expliqué devant l’Assemblée Nationale ce mardi 8 juillet :

« La France a pris la décision de ne pas rouvrir les discothèques en l’état compte tenu de la situation sanitaire et des risques. Ce n’est pas la faute des acteurs du monde de la nuit, ce n’est pas non plus la faute des personnes qui dansent et qui font la fête, et on peut parfaitement le comprendre. C’est la faute à un virus qui circule et des conditions qui permettent à ce virus de se transmettre et de mettre en danger tout le plan de levé du confinement. »

Cela ne l’empêche pas par contre d’organiser une soirée au Grand Palais à Paris ce 13 juillet, avec 800 à 1000 « convives » selon la presse, pour soi-disant remercier les personnels de santé…

Il est précisé que cela se fera « dans le respect des distanciations sociales et des gestes barrières ». Mais si c’est possible pour le ministère, pourquoi cela serait impossible pour un organisateur de soirée techno, avec un protocole très strict ?

Il y a en France une jeunesse qui considère avoir joué le jeu du confinement, qui est prête à beaucoup de choses comme porter des masques quand c’est obligatoire, mais qui ne comprend pas qu’il lui soit interdit de danser cet été. Le raisonnement paraîtra peut-être trop faible, mais il a toute sa dignité.

Le problème, c’est que cette dignité est rejetée, niée : c’est la porte ouverte aux comportements irresponsables, alors que la société est déjà rongée par le libéralisme depuis des années et des années. On se retrouve donc avec des soirées clandestines, très nombreuses… mais également des soirées plus officielles, dans des bars, avec des terrasses bondées, des gens littéralement les uns sur les autres, sans aucune considération sanitaire.

Le ministre dit avoir « conscience des fêtes clandestines [et] des bars qui ne jouent pas le jeu », en affirmant qu’il faut du contrôle. Dans les faits pourtant, l’État français est strictement incapable d’un tel contrôle et cela fait déjà plusieurs semaines que les choses sont ainsi, dans une situation de décadence généralisée où une partie de plus en plus importante de la population en arriver à nier la crise sanitaire, si ce n’est en parole, en tous cas en pratique.

D’ailleurs, les hippodromes rouvrent, comme les cafés et restaurants depuis plusieurs semaines, des festivités du 14 juillets sont prévues, le port du masque est de moins en moins suivi dans les magasins (alors que ce devrait être obligatoire), des manifestations ont lieu régulièrement et il y a même ce dimanche 12 juillet 2020… un match de football devant 5000 personnes. C’est un match amical entre le PSG et Le Havre, la ville dont l’ancien premier ministre est le maire.

C’est inacceptable, indéfendable, alors que dans le même temps le gouvernement ne fait même pas semblant d’étudier les propositions qui lui sont faite par les milieux culturels.

Il ne faudrait pas croire ici que ces propositions ne concernent que des patrons de discothèques, qui ont tenté de faire rouvrir leurs établissements en les requalifiant administrativement comme des bars, balayant par la même leur propre raison d’être dans un but uniquement commercial.

Il y a également, et même surtout, toute une scène culturelle, qui se retrouve désemparé. David Asko, à l’origine de la pétition « sauvons la fête, agissons ! » évoquée plus haut, fait à juste titre un distinguo très clair entre les discothèques et la culture des clubs, liée à la musique électronique au sens large :

« Il y a un vide abyssal entre ces deux visions de la fête en France […] Dans les clubs, on fait de la culture, on y invite des DJs, des VJs, des scénographes, des photographes, des performeurs et tous types d’intermittents. On y fait vivre tout un écosystème qui est important en France, surtout dans les musiques actuelles. Nous ne sommes pas là juste pour vendre des tables et des bouteilles ».

Il y a en effet à l’arrière-plan de cela une crise de grande ampleur qui se profile, qui est déjà là, et dont on aurait tort de croire qu’elle est uniquement économique. Quand la crise touche la culture, et le quotidien de la jeunesse, elle-même, c’est qu’on est à l’aube d’une situation explosive !

Reste maintenant à savoir si l’explosion se fera dans un sens démocratique, populaire, collectif… ou bien si ce sera une fuite en avant dans l’individualisme et la décadence, avec au bout du compte le nationalisme qui tentera de redresser la barre en mettant le pays au pas.

On ne s’en rend peut-être pas compte aujourd’hui, mais cet été 2020 sans dancefloors sera peut-être l’un des étés les plus marquants pour la société française, alors qu’il précède un grand tournant dans la vie du pays.

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Société

Un été sans dancefloors?

La veille de la fête de la musique, le gouvernement annonçait le maintien de la fermeture des clubs, discothèques ou boites de nuit jusqu’en septembre (au moins). La justification sanitaire est simple : ces lieux en intérieur, où la norme est par définition la promiscuité, favoriseraient forcément des foyers épidémiques alors que le coronavirus circule toujours.

Le cas de la Corée du Sud où un clubber avait contaminé plus de 50 personnes en fréquentant plusieurs établissements dans une même nuit est un exemple connu et mis en avant par les autorités, qui disent ne vouloir prendre aucun risque.

Cela est tout à fait entendable. Le problème par contre, c’est que la décision est prise par en haut, administrativement, avec le mépris habituel pour tout ce qui relève de la culture liée à la musique électronique et à la nuit en général.

Les clubs, discothèques ou boites de nuit, qu’ils relèvent d’une tradition alternative comme certains clubs techno (de moins en moins), ou d’une culture de masse avec des établissements plus classiques, sont souvent caricaturés comme étant des lieux de dépravation. Dans les faits, ils le sont en général bien moins que de simples bars où l’alcool coule à flots et les soirées décadentes type « tonus » étudiants ne sont pas la norme.

Ce sont des lieux de sociabilité majeur, très importants dans la culture populaire, particulièrement dans la jeunesse, particulièrement l’été.

La société se retrouve donc face à une contradiction majeure, mais, plutôt que d’envisager les choses démocratiquement, il est procédé à une interdiction de manière brutale.

Est-il possible de faire autrement que de maintenir ces fermetures ? Peut-être pas, mais peut-être aussi. Pour répondre à cela, il faudrait se pencher réellement sur la question, en impliquant les acteurs concernés, à commencer par le public. Il faut dire cependant que le public est en général, et de plus en plus, lui-même dans une attitude consommatrice, passive, abandonnant ces questions aux organisateurs.

Les organisateurs de soirées sont par contre très nombreux et multiples, bien au-delà des seuls propriétaires des établissements. Il y a là tout un écosystème à mi-chemin entre le commercial et l’associatif, avec de nombreuses de structures, de nombreuses personnes impliquées, et pas seulement dans les grandes villes.

Tout ce milieu se retrouve désemparé, assommé par une décision unilatérale de l’État, balayant la question d’un revers de la main.

Cela est d’autant plus insupportable que, dans le même temps, tout un tas d’activités très discutables sur le plan sanitaire sont autorisées, ou en tous cas largement tolérées. De nombreux bars sont bondés depuis plusieurs jours, avec parfois même une piste de danse ainsi que des DJ set. Administrativement cependant, ces lieux relèvent de la catégorie « P » (comme les restaurants), alors cela est possible…

De la même manière, on sait très bien que les soirées faussement privées vont se multiplier, alors qu’elles existent déjà depuis quelques semaines. La généralisation depuis quelques années en banlieue parisienne des warehouses (soirées dans des lieux occasionnels) semi-légales va forcément connaître un nouveau souffle cet été, mais cette fois en dehors de toute norme, de tout contrôle social. Il en sera très probablement de même pour les free parties à la campagne, qui en général ne sont pas déclarées de toutes manières. Que va faire l’État, envoyer les CRS tenter d’empêcher cela pour des raisons sanitaires, alors que dans le même temps dans les centre-villes on a des gens les uns sur les autres dans les bars depuis plusieurs semaines ? On imagine que non, ou en tous cas pas sans vague.

On n’aura donc rien gagné sur le plan sanitaire, alors qu’une concertation permettrait d’envisager des choses… ou même d’accepter collectivement une interdiction. Il faudrait cependant pour cela une cohérence générale à l’échelle de la société, avec une généralisation des masques obligatoires, des interdictions de rassemblement publics de plus de 10 personnes sans distanciation sociale qui soit réellement mises en place, un vrai suivi de l’épidémie, etc.

Il faudrait également, et surtout, une société fonctionnement réellement de manière démocratique, avec une implication totale de la population dans l’organisation de sa propre réalité quotidienne. C’est précisément le projet social de la Gauche historique, qui est à l’heure actuelle d’une faiblesse inouïe, avec une Gauche en général complètement dépassée sur le plan culturel. C’est alors le libéralisme qui va l’emporter comme d’habitude, tant économiquement que culturellement.

On se dirige donc vers un été sans dancefloors… mais avec des dancefloors quand-même, de manière dispersée, non-concertée, chaotique et finalement dangereuse sur le plan sanitaire.

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Politique

L’insoutenable récupération française de l’affaire Georges Floyd par le collectif «la vérité pour Adama»

Le collectif « la vérité pour Adama » qui appelait hier à un rassemblement n’avait aucune volonté de solidarité internationale pour la révolte populaire américaine. C’était une manœuvre opportuniste pour profiter de l’élan en cours et cela a particulièrement marché avec plus de 20 000 personnes à Paris malgré l’interdiction, dont pratiquement que des jeunes, beaucoup d’artistes, et des rassemblements dans plusieurs autres grandes villes.

Les milliers de jeunes présents aux rassemblements d’hier en France avaient probablement beaucoup de bons sentiments. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions comme le dit l’expression et en l’occurrence, en matière d’enfer, le collectif « la vérité pour Adama » est particulièrement détestable. Sa récupération de l’affaire Georges Floyd en est d’autant plus odieuse tant les deux situations n’ont rien à voir.

Mais cela n’intéresse personne, car les gens en France ont décidé depuis longtemps d’arrêter de se poser des questions et de réfléchir. Il est vrai qu’il est bien plus confortable et conforme à la mentalité consumériste du capitalisme de fonctionner par raccourcis et de s’imaginer que la France aurait « son » George Floyd. Elle serait, de fait, sur le même plan que les États-Unis. C’est depuis longtemps un rêve pour la jeunesse française d’être américaine et c’était là une occasion en or. Peu importe finalement que l’affaire Adama Traoré ait en fait déjà quatre ans et ait déjà bénéficié d’une large audience médiatique.

Il faut dire que le PCF, malgré son état de mort cérébrale, arrive encore à avoir une certaine influence pour une partie du pays et avait totalement validé cela. Il soutient depuis longtemps le collectif « la vérité pour Adama », qu’il a même invité à son congrès. Tout comme l’ultra-gauche et les anarchistes d’ailleurs, qui adorent ce collectif, ainsi que tout ce que la place parisienne compte de médias artistiques/culturels censés êtres « progressistes », en fait surtout postmodernes.

Le collectif « la vérité pour Adama » n’a donc pas eu besoin de prendre de pincettes hier et a ouvertement assumé de tout ramener à lui. Tout est mis sur le même plan qu’aux États-Unis, avec dans l’appel au rassemblement le titre « je n’arrive plus à respirer » et en sous-titre « Adama Traoré/juillet 2016 – Georges Floyd/mai 2020 ».

« Je n’arrive plus à respirer » est la transcription du slogan américain « I can’t breathe », car c’est ce que criait désespérément Georges Floyd alors que le policier le maintenait fermement au sol pendant près de 9 minutes, jusqu’à le tuer, en pleine rue devant tout le monde.

Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré, aimerait faire croire que son frère a dit exactement la même chose en 2016 et que les deux affaires sont similaires, relevant de la même brutalité raciste. C’est cependant une fiction. Pourquoi ? Car Adama Traoré n’était pas maintenu au sol pendant 9 minutes sur la place publique pendant une banale intervention. Il avait tenté de fuir plusieurs fois à un contrôle de gendarmerie, qui ne le concernait d’ailleurs même pas, et n’est pas mort pendant l’interpellation mais plus tard, dans le véhicule de la gendarmerie.

La gendarmerie était venue ce jour-là pour interpeller son frère pour une affaire particulièrement sordide d’escroquerie sur personne en curatelle, donc particulièrement vulnérable. Il a été condamné pour cela, et d’ailleurs les condamnations pour diverses affaires délinquantes détestables sont particulièrement nombreuses dans la famille, y compris pour Adama. Les faits sont connus et très documentés pour qui prend la peine de se renseigner.

Le jour de sa mort, Adama Traoré était présent à proximité de l’interpellation de son frère et a pris peur, puis s’est enfui à vélo. La gendarmerie a d’abord réussi à l’interpeller en raison de sa fuite et à lui passer les menottes à une main. Il s’est à nouveau enfui en courant suite à l’intervention d’un ami à lui.

La gendarmerie l’a retrouvé finalement alors qu’il s’était caché et a procédé à l’interpellation. C’est cette intervention qui est dénoncée par sa famille, et notamment sa sœur qui est la principale porte-parole du collectif demandant la « vérité ».

La gendarmerie, mais aussi sa famille à l’origine, l’a décrit comme particulièrement fragile et avec des problèmes médicaux liés à la respiration. Les rapports des « experts » du côté de la gendarmerie documentent cela et disent qu’il est mort pour cette raison, à cause de son essoufflement excessif suite à ses courses et sa résistance pendant l’interpellation, forcément houleuse. Les rapports des « experts » du côté de la famille disent par contre que cela n’a rien à voir et qu’il est mort à cause de la brutalité de l’interpellation.

Le collectif « la vérité pour Adama » en tire ensuite la conclusion que la police est raciste en France (alors qu’il s’agit en plus d’une interpellation de gendarmerie, ce qui n’a strictement rien à voir) et milite depuis quatre ans pour défendre cette thèse.

On a ainsi, quels que soient les faits concernant l’interpellation elle-même ce jour-là, une mise en scène totale. Cela était particulièrement flagrant hier soir avec ces propos ouvertement mensongers d’Assa Traoré devant des milliers de jeunes, qui l’ont applaudi :

« Mon frère est mort le jour de son anniversaire. Il a mis son bob, il a mis sa chemise à fleur, il a pris son vélo et il est sorti faire un tour. Mais en France, un noir ne peut pas sortir faire un tour de vélo. »

De tels propos sont insupportables tellement ils sont délirants, comme si la France de 2020 était l’Afrique du Sud de l’apartheid, comme si la police interpellait au hasard des personnes de couleurs noire dans la rue, juste par plaisir raciste. C’est exactement la même chose que les élucubrations récentes de la bourgeoise Camilia Jordana, inventant des « massacres » de travailleurs le matin en banlieue, du fait de leur couleur de peau.

Et cela indique une chose très simple : ces gens ne veulent pas de la lutte des classes, ils veulent des combats identitaires. Ils accompagnent l’effondrement d’une société sans projet collectif, où les individus sont atomisés et s’agrègent par « choix » ou par « identité ». Rien de bon ne peut provenir de cela.

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Culture

Michel: beaux-arts style et culture pop

Michel fait typiquement partie de cette nouvelle génération de rappeur-chanteur ou chanteur-rappeur, assumant l’électro et la pop avec un grand sens artistique. Il est d’ailleurs à la pointe de toute une esthétique florissante dans et autours des écoles des beaux-arts, combinant le style banlieusard de la fin des années 1990 et du début des années 2000 avec une fascination/attraction pour toute une frange de culture populaire, de la culture de masse.

Ce clip, une reprise/détournement de holydays de Michel Delpech, est absolument somptueux de ce point de vue, avec une grande finesse.

Le filtrage vidéo force volontairement le trait pour donner un ton 1990, tout comme l’instrumentale typique de l’eurodance de l’époque. Tout le sens du clip réside dans ce décalage entre lui, jeune branché, qui surjoue l’ennui, et son entourage familial habillé de manière ordinaire, qui s’amuse grandement. Le choix d’un tel film dans une famille populaire, en l’occurrence sa propre famille lors d’une véritable fête, montre d’ailleurs l’approche démocratique/populaire, authentique, que peut avoir l’artiste, originaire de la périphérie de Valenciennes dans le Nord.

On retrouve la même démarche avec cet autre clip, reprise/détournement de Michel Fugain, cette fois dans un bar karaoké de Belleville. Les paroles assumant les drogues dures et le champ lexical de la drogue sont là aussi bien trouvées. Ni apologie, ni critique de la drogue, c’est surtout une manière de jouer sur la contradiction entre une chanson originale assez lisse, pour ne pas dire insipide, typique d’une certaine époque disons insouciante, et sa version actuelle plus rude, à l’image de l’époque nouvelle. Le tout bien sûr autour d’une esthétique faussement kitch, ou volontairement kitch si l’on veut, soigneusement travaillée.

Michel a sortir un EP « Le vrai Michel », en janvier 2020 avec 8 titres d’une grande qualité dont voici un extrait :

Il a sorti hier le clip, là encore très esthétiques, de son dernier titre tejla :

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Société

Compte Fisha: une jeunesse sous l’emprise de la pornographie

Avec le confinement, le phénomène du revenge porn devient catastrophique, de nombreux comptes appelés « fisha » font leur apparition sur les réseaux sociaux. Ils proposent un grand nombre de photos à caractère pédopornographique, mettant en scène des adolescentes ou des filles encore plus jeunes et diffusées à leur insu.

La spécificité du revenge porn est qu’il s’agit de photos prises par la personnes elle-même ou prises à son insu par son « copain » et divulguées ensuite. À l’origine, ce sont des jeunes hommes qui veulent se venger d’une rupture qui faisaient « tourner » les photos, « fisha ». Celait fait référence au fait d’ « afficher » quelqu’un (en verlant). Cela est donc utilisé en partie pour détruire la réputation d’une fille.

Mais peu à peu les jeunes hommes y ont perçu un autre intérêt, celui du commerce les amenant très facilement dans un rôle de proxénète.

En effet, ces jeunes hommes, souvent entre 15 et 25 ans, procèdent par les réseaux sociaux, ajoutant un grand nombre de jeunes filles. Après avoir discuté avec elles, ils sont capable de déceler les faiblesses et les exploiter pour arriver à leur fin. Ils se comportent souvent comme quelqu’un ayant des sentiments, projetant des projets, exhibant le fait d’avoir une voiture de pouvoir l’emmener en voyage et demandant en échange une implication physique de la jeune fille, comme gage de sincérité.

Ces photos sont exposées sur des comptes, d’abord Twitter, puis Telegram ou d’autres plateformes garantissant l’anonymat. Ces comptes demandent une somme d’argent pour permettre l’abonnement.

Avec le confinement, ces apprentis proxénètes ont tout le temps pour monter leur stratégie et les jeunes filles sont autant de temps isolées, n’ont que leur smartphone comme contact vers l’extérieur et passent beaucoup de temps seules dans leur chambre. S’il y a un contexte familial difficile, ces conversations pleines de promesses sont une évasion, un espoir.

Nous sommes donc dans une société en crise, capable de produire des adolescents mettant en place des réseaux pédocriminels avec absolument aucune considération pour les femmes, pour l’intimité et les sentiments.

Inversement, on a des jeunes filles qui sont dans un tel désarroi culturel, moral et affectif, qui se retrouvent prêtes à céder à n’importe quelle illusion, en acceptant de se faire filmer nue par un petit copain de quelques semaines, ou encore pire maintenant pendant le confinement par des inconnus leur promettant monts et merveilles sur les réseaux sociaux.

Les sentiments sont encombrants pour le capitalisme, ils sont une barrière à l’exploitation du corps des femmes dans l’industrie du sexe. Que ce soit à travers la pornographie qui deviendrait morale avec la capacité de séparer amour et rapports sexuels, ou à travers ces photos « nude » extorquées en simulant et manipulant des sentiments.

Garçon et fille confondu, il est d’ailleurs désormais courant dans la jeunesse de recevoir des photos du sexe de quelqu’un qu’on a ajouté depuis quelques heures dans ses amis.

Prendre son sexe en photo et l’envoyer deviendrait donc banal chez les 2000 ? Il est là clairement un sujet dont il faut parler à ses enfants, mais aussi entre garçons et entre filles.

Face au fléau des comptes fisha pendant le confinement, il y a des femmes qui s’organisent virtuellement pour traquer les proxénètes numériques. C’est le cas du compte Twitter @StopFisha qui informe des possibilités d’action juridique pour les victimes. Il cherche aussi a regrouper, via un chat Telegram, les personnes ayant du temps pour chercher les comptes problématiques et les faire sauter. Sur ce compte il y a régulièrement des liens à signaler, ce qui est une bonne participation à la traque au proxénète.

Sur le fond du problème, il revient à la Gauche de lutter contre la banalisation de la pornographie et la prostitution comme exploitation du corps des femmes, comme violence contre toutes les femmes. La Gauche doit agir pour une jeunesse faisant des relations un havre de paix, reconnaissant le caractère nécessaire de l’amour et de l’expression démocratique entre homme et femme.

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Écologie

Grand concours #QuizzRéseauCétacés: dernier jour !

Le Réseau-Cétacés organise un concours destiné aux enfant (jusqu’à 12 ans) en cette période de confinement. C’est aujourd’hui le dernier jour pour participer ! Voici toutes les informations.

 

Le lien pour le Quizz -> QUIZZ Réseau-Cétacés

 

Les prix :

Le texte de présentation :

 

« Chers Amis,

Nous espérons de tout coeur que vous vivez cette période de la manière la moins compliquée possible.

Comme nous vous l’avons annoncé précédemment, l’équipe de Réseau-Cétacés reste mobilisée pour la sauvegarde des cétacés, mais à distance dans la mesure où beaucoup d’événements et d’interventions scolaires ont été annulés du fait du confinement.

Nous travaillons actuellement à poursuivre, de manière aussi fidèle que possible, notre programme de sensibilisation des enfants à la protection des cétacés.

C’est dans ce but que nous sommes heureux de proposer à vos enfants, neveux, nièces etc… mais également à vos élèves, par votre intermédiaire, le grand concours #QuizzRéseauCétacés.

Il s’agit donc d’un quizz, à faire pourquoi pas en famille, disponible en ligne (jusqu’au 25 avril), composé de 14 questions diverses et variées sur les cétacés.

Il y a des questions faciles et d’autres qui nécessiteront, peut-être, quelques recherches simples sur internet et l’aide d’un adulte.

Le règlement est le suivant :

Le concours est ouvert à compter de ce jour et jusqu’au 25 avril 2020.

  • Une seule participation par enfant, quel que soit le lieu de résidence, sans minimum d’âge et jusqu’à 12 ans (révolus ou non).
  • Vous pouvez inscrire plusieurs enfants.
  • Un tirage au sort sera effectué le 26 avril parmi les quizz ayant obtenu 100% de bonnes réponses. le tirage au sort désignera 5 gagnants avec des lots chouettes à la clé. Les résultats seront annoncés, début mai, sur le site de Réseau-Cétacés mais également sur les réseaux sociaux. La correction du quizz sera également publiée.

Lots :

1er prix : le diplôme « Ambassadeur des cétacés » + le coup de coeur de Réseau-Cétacés « Le livre extraordinaire des animaux des océans » + le DVD « Océans » + 1 badge Réseau-Cétacés.

Cerise sur le gâteau : l’enfant vainqueur du 1er prix fera également remporter le livre et le DVD à son établissement scolaire.

2ème & 3ème prix : le diplôme « Ambassadeur des cétacés » + le DVD « Océans » + 1 badge Réseau-Cétacés.

4ème & 5ème prix : le diplôme « Ambassadeur des cétacés » + 1 badge Réseau-Cétacés.

Tous les participants ayant obtenu 100% de bonnes réponses se verront récompensés du diplôme « Ambassadeur des cétacés ».

Important : pour les questions nécessitant de faire des recherches, nous vous invitons à utiliser le moteur de recherches Lilo. Ce qui vous permettra, en plus, de financer gratuitement les actions de Réseau-Cétacés.

Si vous connaissez le fonctionnement de Lilo, nous vous invitons à verser vos gouttes d’eau via ce lien

Si vous ne connaissez pas encore le fonctionnement de Lilo, nous vous invitons à consulter ce lien

Quizz

Pour toutes questions relatives à ce concours, vous pouvez envoyer un mail à info@reseaucetaces.org

Bonne chance pour ce quizz ! Prenez soin de vous.

Amitiés marines,

L’équipe de Réseau-Cétacés »

 

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Politique

Résilience commune: une plateforme participative lancée par des organisations jeunesses liées à la Gauche

Des dirigeants de Jeunes Génération·s, de Jeunes Écologistes, de Jeunes Socialistes et de l’Union des étudiants communistes ont publié une tribune lançant une plateforme participative pour trouver des « solutions » aux « crises contemporaines ». Si l’introduction de la tribune rédigée par Politis (qui publie initialement le texte) parle de « Gauche », il n’en est en fait pas question dans le texte, ni sur le site de la plateforme.

Le texte lui-même semblera pour beaucoup de monde très naïf, ne faisant finalement que reprendre l’habituel discours « antilibéral » (en économie) des années 2000. On retrouvera néanmoins sur la plateforme ( resiliencecommune.fr ) beaucoup de textes, avec cette idée de converger vers quelque chose politiquement, pour changer les choses. Le fait de ne pas s’assumer de « Gauche » semble toutefois être un facteur limitant de la démarche, bloquant les choses à un niveau très restreint sur le plan idéologique, et plus généralement en terme politico-culturel. Rien que la notion de résilience d’ailleurs, renvoie plus au zadisme ou à la « décroissance », qu’à la gauche historique, au mouvement ouvrier.

Voici le texte présentant la plateforme :

« Pour une résilience commune

La pandémie du coronavirus nous montre l’échec dramatique des politiques libérales. C’est l’un des symptômes d’un système à bout de souffle, traversé par de nombreuses crises : sanitaires, démocratiques, économiques, sociales, culturelles et environnementales. Une majorité de Françaises et Français aspirent à un autre monde. Un monde où nous retrouverons notre souveraineté collective, où nous dépasserons la société de marché en rompant avec le productivisme. Un monde où nous protégerons les biens communs indispensables à toutes et tous. Nous, jeunes militant·es politiques et associatifs de la génération climat, lançons la plateforme Résilience commune pour accompagner cet espoir.

Nous refusons qu’après la crise du Covid-19 tout recommence comme avant. Nous ne prétendons pas détenir la vérité, mais c’est bien parce que l’avenir nous appartient qu’il nous est inconcevable de laisser celles et ceux qui depuis des années dégradent nos conditions d’existence décider du monde dans lequel nous vivrons demain.

Le coronavirus oblige nos sociétés à questionner en profondeur notre modèle économique et social. Les conséquences des politiques néolibérales sont désormais flagrantes : socialement et écologiquement destructrices, ces politiques sapent les sécurités et solidarités collectives qui nous permettent de rebondir lors des chocs. Pour échapper à un scénario de crises à répétition, il devient impératif de construire un modèle de société radicalement différent.

De multiples propositions et initiatives surgissent de l’arc écologiste et humaniste : nous constatons que des lignes de force unissent ces prises de position. Nous pensons que ces réflexions développant une transformation radicale de notre société constituent les prémices d’une action commune.

Pour rendre visible cette vision partagée, nous voulons recenser ces propositions sur notre plateforme Résilience commune, qui se destine à être un lieu d’expression, d’échange et de synthèse sur la construction du « monde d’après » par les forces écologistes et humanistes. En plus de centraliser les idées et propositions déjà rendues publiques, notre plateforme est accessible à chaque personne souhaitant y publier des textes proposant des réponses à nos crises contemporaines. À partir de cette cartographie des idées et initiatives, nous, jeunes engagé·es, proposerons un plan d’action pour l’avenir.

Aujourd’hui nos divisions sont l’assurance-vie des néolibéraux et des grands capitalistes qui cherchent à faire perdurer leur monde et leurs privilèges. Cette pandémie mondiale est un point de bascule capable de catalyser de grands changements politiques, mais cela nécessitera une immense mobilisation citoyenne, associative et politique.

Nous devons porter la transformation de notre société et contribuer à la création d’une force politique en capacité de la mettre en œuvre. L’écriture de ce projet ne peut se faire que de manière collective et participative. Nous appelons donc chacune et chacun à proposer leurs contributions sur notre site. Face aux crises nous répondons par les idées, face au délitement nous bâtissons l’union. »

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Culture

«Validé», la série qui célèbre les comportements anti-sociaux en pleine crise sanitaire

La série française « Validé » rencontre un grand succès ces derniers jours. Elle devrait pourtant être rejetée, conspuée, comme étant une contribution à ce que la société porte de plus mauvais, de plus décadent, de plus anti-social.

La crise sanitaire dit beaucoup de notre société, de ce qu’elle a de plus puissant et positif, mais aussi de ce qu’elle a de plus arriéré et insupportable. En ces temps compliqués, la responsabilité et la discipline collective deviennent une nécessité non plus philosophique, mais immédiate, vitale. Les comportements anti-sociaux apparaissent quant à eux d’autant plus ignobles.

Qu’il est troublant alors de constater l’immense succès dans la jeunesse de « Validé », avec plus de 15 millions de visionnages revendiqués ces deux dernières semaines. Cette série ne consiste pourtant qu’en la valorisation de ces mêmes comportements anti-sociaux, ruinant l’effort social collectif…

« Validé », c’est l’histoire d’un banal délinquant livreur de drogue. Son « travail » consiste, de manière tout à fait réaliste (et insupportable), à livrer de la drogue à domicile aux bourgeois parisiens branchés. C’est ni plus ni moins que le « Uber » du shit, de la cocaïne et de la MDMA. Pour faire plus vrai que nature, l’histoire commence le jour où il doit livrer à la radio Skyrock, pendant un direct de la célèbre émission « Planet Rap ». Canal +, qui produit et diffuse la série, se permet même d’assumer tranquillement ce genre de trafic de drogue, en faisant dire au personnage qui l’accompagne : « alors on va [livrer] où cette fois ? Canal+ encore? ».

Le « héros » se retrouve ensuite en direct à la radio, ce qui propulse sa carrière de rappeur, avec comme trame narratrice un « clash » tout ce qu’il y a de plus puéril avec le rappeur initialement présent pour l’émission. Il faut savoir ici que ces « clashs » sont devenus une habitude dans le milieu du rap, qu’ils soient parfaitement orchestrés ou bien relevant d’une stupidité patriarcale bien réelle. On a régulièrement des embrouilles de cours d’école mises sur la place publique, dans le but justement de faire parler dans les cours d’école, en visant précisément les publics collégiens et lycéens.

C’est stupide, violent, vulgaire, profondément arriéré, mais Canal+ trouve cela bien et en fait une série pour la jeunesse. Pire, la chaîne est aidée en cela par le « service public », donc l’État, puisqu’apparaissent dans la série à plusieurs reprises la radio « Mouv » (du groupe Radio France), ainsi qu’une vraie prison filmée en détail.

L’administration pénitentiaire, qui n’a que peu de considération pour les gardiens de prison en première ligne face à la délinquance, ne voit par contre aucun problème à ouvrir ses portes à un tel tournage, où est mis en scène un rappeur prisonnier se filmant en direct depuis sa cellule avec un portable pour passer dans l’émission « TPMP » de l’immonde Cyril Hanouna. C’est d’ailleurs un moment clef de l’intrigue, qui va précipiter le « clash » entre les deux protagonistes principaux. Pour le reste, on a comme décors tout ce que Paris a à offrir de mode de vie décadent, de fascination pour les grosses voitures, la vitesse, les femme-objets, les soirées privées select, les marques de luxe, la futilité des « réseaux sociaux », etc.

Comment la jeunesse peut-elle ne pas être révolté par une telle nullité qu’on lui sert ? Comment, particulièrement la jeunesse des cités HLM, peut-elle ne pas être révoltée par un telle mise en scène consistant à lui maintenir la tête sous l’eau dans la délinquance et la fascination pour la réussite individuelle, la drogue, la brutalité ?

Tout cela apparaît tellement décalé, insupportable, alors que l’humanité se retrouve confrontée à une crise sanitaire majeure en raison de son comportement erroné avec la nature et les animaux sauvage en particulier.

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Société

La faillite de l’Éducation nationale face au confinement

Le système éducatif français est à la peine depuis de nombreuses années, tant par son rapport désastreux à la jeunesse que par la qualité et le contenu de son enseignement. Face à la crise sanitaire et à la survenue intempestive du confinement, il s’est littéralement effondré… finissant par tout simplement annuler les examens scolaires.

Dans un épisode de l’émission « C’est pas sorcier » datant de 2010 consacré à la grippe aviaire, il est expliqué qu’une pandémie est quelque chose d’envisagé par l’État, qu’il y a des scénari en place et qu’un confinement massif des élèves pourrait être déclaré un jour.

Dix ans plus tard, ce jour est arrivé, et c’est comme si le ciel était tombé sur la tête de l’Éducation nationale. Les moyens techniques ont pourtant évolué drastiquement depuis 2010, mais rien n’était prêt. En fait, rien n’avait été envisagé concrètement et rien n’a donc pu être mis en place.

C’est un jeudi soir que les élèves et les enseignants ont appris à la télévision qu’il ne leur restait plus qu’un jour à l’école, avant de rester à la maison. Trois semaines plus tard, le Ministre de l’Éducation nationale a fini par expliquer que les examens du brevet des collèges, des baccalauréats généraux et professionnels, des BEP et des CAP n’auront pas lieu.

Tout ce qu’il a été en mesure de proposer, c’est de compter sur les notes obtenues avant le confinement, reconnaissant de facto que rien de ce qui aura pu être fait durant cette période ne peut être pris au sérieux.

Il a aussi décidé de prolonger éventuellement l’année scolaire de deux semaines, afin de pouvoir ajouter quelques évaluations à toute hâte si un retour en classe est possible. Et encore, tout cela pour donner finalement tous les pouvoirs à des jurys qui décideront sur la base des bulletins précédents qui aura ou pas son diplôme.

C’est une manière de s’assurer de maîtriser par le haut et de manière totalement forcée et artificielle le taux de réussite final aux différents examens. Au passage, remarquons quelle fin lamentable, mais significative, cela constitue pour le dernier baccalauréat par série de l’histoire…

> Lire également : La remise en cause du principe d’un baccalauréat universel

Depuis maintenant trois semaines, les professeurs semblent n’avoir que la débrouille afin de garder le contact avec les élèves. Certains « cours » ont lieu sur Discord, Zoom, voir même sur What’sApp ou Facebook… D’autres professeurs, soit parce qu’ils ne maîtrisent pas ces outils, soit parce que, pour des raisons souvent légitimes ils refusent de les utiliser, n’ont plus qu’un lien sporadique avec leurs élèves, ou en tous cas certains d’entre eux. Il ne s’agit plus alors que de quelques e-mails échangés, en général via les outils de l’Éducation nationale qui ont été très rapidement surchargés et dépassés.

La réalité est que beaucoup d’élèves ne se retrouvent qu’avec des fiches en guise de cours et des exercices à envoyer à leurs professeurs, qui parfois répondent à peine. Les plus sérieux s’entre-aident via des groupes de travail, notamment pour les jeunes filles. Une partie d’entre eux, dont beaucoup de garçons, délaissent totalement les cours.

La situation est encore plus compliquée dans l’enseignement professionnel où il est pratiquement impossible de suivre un cours sans une présence physique avec des machines ou des outils en particulier. Des choses auraient été possibles, mais il aurait fallu pour cela prévoir et former tant les élèves que les enseignants. Ainsi que les familles, bien sûr.

Combien d’élèves se retrouvent ainsi « au bord du chemin » ? Le Ministère n’est en fait pas en mesure de pouvoir quantifier sérieusement l’impact du décrochage dans un sens ou même du maintien du lien scolaire dans l’autre. De toute façon, il est évident que les chiffres sont vertigineux, on sait que les élèves de l’enseignement professionnel (650 000 environ), les élèves de maternelle (2, 5 millions), une bonne partie des élèves du primaire et des collèges sont massivement laissés à leur sort ou en incapacité de pouvoir suivre le principe de la « formation à distance ».

Le fait d’envisager maintenant de donner tous les diplômes du secondaire de manière administrative (sous prétexte du « contrôle continu ») est l’aveu de cet échec lamentable et le reflet d’une impréparation totale, qui ne date d’ailleurs pas du confinement…

> Lire également : Réforme du baccalauréat: la situation compliquée dans les Lycées

Les prétentions ou les illusions de l’époque de Jamy dans « C’est pas sorcier » sont bien derrière nous. La perspective d’une pandémie était connue depuis des années, la crise en cours a été annoncée comme un risque des mois avant son arrivée en France, mais il n’y avait aucun plan, rien n’a été pris au sérieux. L’État a été totalement pris au dépourvu, avec une ampleur et des conséquences dont on ne peut même pas prendre encore la mesure, mais dont la pitoyable fin du baccalauréat sous sa forme traditionnelle est tout un symbole.

La faillite est complète et correspond à la fin d’une époque : celle de l’individualisme triomphant. Seule une démarche collectiviste est rationnelle.

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Politique

2020: l’année zéro pour la jeunesse qui va changer le monde

La crise sanitaire est mondiale et la réponse c’est la débrouillardise plus ou moins grande de gouvernements nationaux, avec des réflexes d’égoïsme et de solidarité immédiate n’engageant somme toute à pas grand-chose. L’humanité passe à côté du défi qui lui est imposé et c’est d’autant plus grave car la crise ne fait que commencer et va se dérouler à tous les niveaux : culturel, politique, moral, idéologique. Demain appartient à ceux qui entendent changer le monde.

La crise actuelle met un terme à une forme très française de considération des choses : la demi-mesure. Quelqu’un comme Nicolas Hulot conservera-il une crédibilité ? Certainement pas. C’est fini tout cela, l’heure qui vient, c’est celle de ceux qui ont une véritable base intellectuelle. Et il n’y en a que trois : le Socialisme, le Libéralisme, le Fascisme. Tout le reste n’a été qu’un luxe temporaire permis par la société de consommation.

On voit à quel point ce luxe a été important avec ces gens appelant à… une « grève » consistant à publier des messages sur Facebook ou Twitter. Cela n’a évidemment aucun intérêt et les gens qui le font le savent très bien. Mais ils mentent, comme ils ont menti auparavant. Maintenant, tout cela est fini, tous ces petits mensonges où l’on fait semblant n’ont plus cours.

Et encore, on peut constater cela début avril. Qu’en sera-t-il dans un mois, dans deux mois ? Lorsque le confinement aura encore plus troublé les esprits, lorsque la mort aura frappé avec ampleur ? Cela sera encore plus vrai. C’est toute la bulle idéalisée de la société de consommation qui s’effondre.

On ne saurait s’inquiéter assez des peurs paniques qui vont apparaître, des traumatismes, des esprits littéralement tétanisés. Car les gens, logiquement happés par la possibilité de vivre dans une certaine sécurité, ne comprennent pas comment on peut avoir basculer aussi aisément dans une situation si catastrophique.

Ne nous voilons d’ailleurs pas la face. Si l’on omet une petite poignée de gens au-dessus de vingt ans, littéralement, l’avenir appartient à la jeunesse, qui n’a pas été encore aussi corrompue par le capitalisme, parce qu’elle est déjà totalement corrompue. Elle n’a pas connu ce processus engourdissant les esprits, elle est née dedans directement. Sa rupture est par conséquent plus aisée, aussi paradoxal que cela puisse l’être.

Il n’est pas difficile de voir qu’elle va chercher à interpréter la réalité de manière adéquate, qu’elle va vouloir comprendre comment sortir de cette situation à la fois mondiale et très mauvaise. Voilà, 2020 est l’année zéro dans le changement mondial total. Tout devient possible.

Cela ne veut pas dire que cela sera aisé. Ce qui est touché coulé, c’est le Libéralisme. Reste le Fascisme et le Socialisme. Cela va être une lutte à mort entre deux visions du monde, entre deux manière de concevoir la vie quotidienne, la société dans son ensemble. Et tout ira très vite, aussi vite que l’effondrement d’un capitalisme vacillant.

La clef, c’est bien entendu la question animale. C’est la destruction des habitats naturels des animaux – et des animaux eux-mêmes – qui est la cause du covid-19. Un rapport harmonieux avec la nature n’aurait pas produit une telle situation. Ce que nous vivons, nous le vivons en raison d’un certain mode de vie, qui a son prix.

Renverser ce mode de vie, le dépasser, voilà une tâche inévitable. Qui d’autres que la jeunesse pour mener à bien cette inévitable transformation ?

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Guerre

NON au SNU (Service National Universel)

Une petite pétition a été diffusée contre le Service National Universel, signée notamment par Europe Écologie – Les Verts avec différentes associations et organisations d’extrême-Gauche. Toute mobilisation contre le SNU et la militarisation est évidemment très bonne, mais impossible de ne pas mentionner des bizarreries. On apprend ainsi qu’il y aurait une mobilisation générale de la jeunesse. Et on apprend que l’armée n’aurait pas voulu du SNU. Dans les deux cas, cela ne tient évidemment pas debout. La jeunesse est passive, consommatrice et atomisée, l’armée est fort ravie de la structurer en sa faveur.

« Le Service national universel que le gouvernement veut rendre obligatoire pour les jeunes de 16 ans

  • Une opération de soumission de la jeunesse: il s’agit d’inculquer un esprit d’obéissance aux règles, un respect absolu des normes… Règles et normes qui, pour la plupart, ne visent qu’à perpétuer les inégalités et injustices inhérentes à l’organisation actuelle de la société. Cette volonté de soumission passe aussi par un contrôle renforcé, notamment à travers la mise en fiches de tous les jeunes de 16 à 25 ans ; on sait comment ce genre de fichier peut être utilisé ! Volonté de soumission, enfin, car elle ne reconnaît comme « engagement » des jeunes que les dispositifs étatiques.
  • La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses : les jeunes du SNU seront utilisé/es pour remplacer des emplois aujourd’hui occupés par des employé/es qui ont un salaire, une convention collective ou un statut, la possibilité de s’organiser syndicalement, des droits individuels et collectifs. Avec le SNU, chaque année, 800000 jeunes seront exploité/es, sans aucun de ces droits, pour des durées variables ; ils et elles seront très vivement encouragé.es à poursuivre leur « engagement volontaire » par un service civique, dans les mêmes conditions de précarité.
  • Des dépenses considérables : 6 milliards €/an, selon un rapport sénatorial de 2017. Ces milliards seraient bien plus utiles pour le service public de l’Éducation, qu’aux mains des militaires !
  • Le renforcement de la militarisation. Encadrement militaire, levée du drapeau, chant guerrier, uniforme, parcours du combattant, raid commando, etc. contribueront à l’endoctrinement des jeunes. La propagande visera à banaliser encore plus le rôle de l’armée, alors que celle-ci est en pointe dans la répression, sur le territoire français, dans les colonies et diverses régions du monde. Sans surprise, il n’est nullement question dans le programme de pacifisme, de non-violence, ni de remise en cause du rôle de l’armée.

Le gouvernement nous dit : Il faut que les jeunes s’engagent. Mais c’est déjà le cas !

Ils et elles s’engagent pour lutter contre le racisme, pour que cesse la destruction de la terre, pour défendre leur droit à étudier, pour le partage des richesses, pour le droit au logement, pour l’égalité des droits et contre les discriminations, etc. Ce n’est pas à l’État de les forcer à s’engager !

Comment peut-on parler d’apprendre la citoyenneté, lorsqu’on confie l’encadrement à l’armée (qui, par ailleurs, n’était pas demandeuse) ?

Non au SNU! Abrogation du SNU!

Signé entre autres par :

Union pacifiste, Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant.e.s, ASSO-Solidaires, SUD éducation, SUNDEP Solidaires Sud Enseignement privé, Solidaires Jeunesse et Sports, Fédération SUD Collectivités Territoriales, Fédération Éducation de la Confédération Nationale du Travail, Émancipation tendance intersyndicale, Mouvement National Lycéen, Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, Fédération nationale de la Libre Pensée, Droits Devant !!, Ni guerres ni état de guerre, Causes communes, Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre, Réseau des Centres de Recherche, d’Etude et de Formation à l’Animation et au Développement, Mouvement de la paix, Parti Communiste des Ouvriers de France, Europe Écologie – Les Verts, Fédération Anarchiste, Union Communiste Libertaire, L’insurgé, Les Jeunes écologistes, Union des Jeunes Révolutionnaires, Union Prolétarienne, Unité Communiste de Lyon, Groupe libertaire Jules Durand, Radio-Libertaire, Revue Silence, Arc en ciel théâtre réseau coopératif.

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Société

L’affaire Mila, ou la déconnexion des identitaires musulmans et LGBT

La France est divisée en deux : il y a ceux qui consomment stupidement et ceux qui tentent de se forger une identité fictive, forcément romantique et agressive. L’affaire Mila est exemplaire de la bulle identitaire côtoyant la banalité d’un quotidien capitaliste où il ne se passe strictement rien.

Les gens sérieux regardent l’affaire Mila de haut, avec dédain, même. Interrogée à la télévision dimanche, Ségolène Royal a ainsi eu des propos très sensés :

« Critiquer une religion, ça n’empêche pas d’avoir du respect, ça n’empêche pas d’avoir de l’éducation, de la connaissance, d’être intelligent par rapport à ce qu’on dit. Une adolescente, qui est peut-être encore en crise d’adolescence, si elle avait dit la même chose sur son enseignant, sur ses parents, sur sa voisine, sur sa copine, qu’est-ce qu’on aurait dit ? On aurait dit simplement : « un peu de respect » ».

Ségolène Royal a évidemment une approche dédaigneuse, mais le fond est vrai : tout est une question de niveau culturel, de niveau de conscience. Qui veut une société réellement démocratique, avec le peuple assumant la politique, toute la politique, sait quel est le titanesque travail de conscientisation à mener…

Inversement, l’affaire Mila est passionnante pour les donneurs de leçons d’ultra-gauche (qui sont souvent des profs), pour les identitaires anti-musulmans et les identitaires musulmans. Tous ces gens cultivent leurs aigreurs et, il faut bien le dire, leur marginalité. La société n’en a effectivement rien à faire de leurs élucubrations.

Rappelons les propos de Mila, prononcés dans une « story » Instagram (soit une vidéo éphémère mais publique) :

« Je déteste la religion. Le Coran est une religion de haine, l’islam c’est de la merde, je dis ce que je pense ! Je ne suis pas raciste. On ne peut pas être raciste envers une religion. J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. »

Voici une capture vidéo de ce message éphémère :


C’est brutal, mais bon il faut ne pas avoir été en couple pour ne pas savoir ce qu’on est capable de se jeter à la tête. Surtout en France, pays du psychodrame où on considère que mener sa petite dramaturgie est un signe de bonne santé.

La différence, c’est bien sûr la portée identitaire de la question. Mila est lesbienne, elle a tenu ses propos en réponse à la critique selon laquelle elle serait raciste pour avoir rejeté quelqu’un la draguant lourdement (et avoir précisé un peu avant que le style « reubeu » ce n’était pas son genre), en réponse les identitaires musulmans la menacent de manière ultra-violente, elle ne peut plus aller à l’école en conséquence, etc.

C’est donc une passion et à ce titre passionnant. Mais cela n’est rien du tout en réalité et c’est simplement un fait-divers typique de gens idiots s’attardant sur des choses idiotes, par profond goût pour l’idiotie.

Bien sûr, pour les gens ayant à l’esprit la fantasmagorie selon laquelle les musulmans sont traqués, pourchassés en France, c’est un signe. Pour les autres ayant à l’esprit la fantasmagorie selon laquelle l’islam est conquérant, c’est un signe. Pour les gens ayant à l’esprit la fantasmagorie selon laquelle les LGBT seraient rejetés ou haïs en France, c’est un signe.

Mais ce n’est un signe de rien du tout à part pour ceux ayant basculé dans le romantisme identitaire pour se distinguer de l’anonymat universel de la consommation capitaliste. Cela n’empêche pas que madame X fasse ses courses à Louis Vuitton, que monsieur Z achète des actions, que madame Y aille à l’usine et que monsieur V se demande comment il va faire pour acheter la prochaine Playstation vu son prix.

Non, parce qu’on ne va tout de même pas s’imaginer que c’est un épisode de la lutte des classes, et puis quoi encore ! C’est simplement une expression de la décadence du capitalisme et des gens qui l’acceptent. Il y a ceux qui l’acceptent passivement, qui vaquent à leurs occupations, et ceux qui l’acceptent activement en s’imaginant rebelles et qui pratiquent des orgies de vulgarité pour satisfaire leur quête réactionnaire d’identité.

L’effondrement de la culture, voilà ce que représente l’affaire Mila. C’est exemplaire du triomphe de la futilité, de l’agressivité identitaire, du fanatisme identitaire contre telle chose, pour telle chose, et jamais, jamais de réflexion, d’effort intellectuel prolongé, et toujours sa petite personne mise en avant, toujours…

La société capitaliste est un échec complet, toujours plus !