Le 8 août 2026, en pleine torpeur estivale, le quotidien Le Monde a révélé l’envoi d’une lettre du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, le 29 juillet. Il y est expliqué que les services de police et de gendarmerie disposent d’un gigantesque stock fantôme de plaintes et d’enquêtes concernant les crimes sexuels contre les enfants, qu’ils conservent et qu’ils ne remettent pas à la Justice.
Les commissaires de police ont tout de suite crié au scandale, parlant d’un manque de moyens. Pourtant, ils sont moralement coupables, indiscutablement : qui accepte de faire son travail en passant cela sous silence participe au crime sur ce plan en général.

Les rares chiffres donnés sont sans appel ; les crimes sexuels contre les enfants existent, mais l’État ne s’y confronte pas. On parle de 1 275 procédures « fantômes » à Nîmes, 905 à Caen, alors qu’à Agen « un nombre important de procédures en cours » n’a « donné lieu à aucune information du parquet ».
À Melun, « de très nombreuses procédures (ont été) laissées sans investigation pendant des mois, voire des années, alors même que l’auteur était souvent désigné ou aisément identifiable ». Des procédures ont été perdues à Bourges, à Angers, à Annecy, à Paris…
On a trois enquêteurs à Amiens « avec plus de 300 dossiers chacun », alors qu’au Mans six enquêteurs affrontent ensemble 4 000 dossiers. Plusieurs fois, les commissaires ont même refusé d’indiquer, et ce de manière catégorique, l’état précis des effectifs dédiés à la lutte contre les violences faites aux mineurs.
Rappelons maintenant pourquoi l’État est obligé de se bouger. Ces informations données par Gérald Darmanin proviennent d’une enquête des 37 parquets généraux du pays. Et pourquoi ont-ils enfin bougé ? En raison de la colère des masses à la suite de l’affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte début juin dans le sud-ouest de la France après avoir été violée. Le criminel n’avait pas passé les mailles des filets de la société : la police et la gendarmerie d’un côté, la Justice de l’autre n’ont rien fait malgré des éléments à charge, en raison d’un laisser-aller général.

Cela reflète indéniablement l’indifférence française pour toutes les questions de société. La violence barbare contre les enfants et les animaux en général est ignorée ; les crimes sexuels contre les enfants sont cachés. Parce que la société française veut le libéralisme et exige le secret sur des actes considérés comme privés.
C’est toute une conception fausse du rapport entre les gens et la société qui s’exprime ici, dans le prolongement bourgeois de la révolution française, de la République, du capitalisme, de la société capitaliste de consommation. Les Français ne veulent pas se « mêler des affaires des autres » et ils ne veulent pas qu’on se mêle de leurs affaires ; l’esprit petit-bourgeois, dénué de sens de la rectification et de l’autocritique, règne en maître, partout.
Cela rappelle deux choses. La première est qu’il nous faut le socialisme, afin de briser les éléments anti-sociaux, même si le peuple ne veut pas mettre les gens coupables de crimes sexuels contre les enfants en camps de travail, mais s’en débarrasser, et il a raison en cela, bien sûr.
La seconde est que l’alternative « socialisme ou retombée dans la barbarie » s’expose chaque jour davantage ; la classe dominante est à bout de souffle, elle est incapable de porter la civilisation. Il faut que le prolétariat se reprenne en main, pour assumer la direction de la société.
Toute cette situation historique laisse présager la grande violence à venir.











