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PCF(mlm) : La guerre en Ukraine ouvre la boîte de Pandore des conflits militaires impérialistes directs

Une prise de position.

Le point de vue communiste maoïste.

La guerre en Ukraine ouvre la boîte de Pandore des conflits militaires impérialistes directs –
la guerre populaire mondiale est la réponse historique

L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 indique que nous sommes entrés dans une nouvelle période, celle où les conflits militaires de haute intensité se présentent aux yeux des impérialistes comme un moyen réalisable d’atteindre ses objectifs. C’est là un saut qualitatif mondial dans le rapport entre les pays, entre les États ; cela correspond à un niveau de conflictualité nouveau sur le plan des contradictions inter-impérialistes.

Nous soulignons ici que nous avons prévu depuis une année un tel saut, que nous en avons analysé en amont de très nombreux aspects, parce que nous avons saisi que la pandémie ouvrait en 2020 la seconde crise générale du capitalisme. S’il est important de le dire, c’est parce que tout positionnement est par définition toujours politique et que, désormais, il l’est d’autant plus. Dans cette nouvelle situation, toute prise de position ou non-prise de position n’est pas seulement lourde de sens, mais également empreinte d’une signification majeure, dans la mesure où elle converge avec telle ou telle tendance historique.

Autrement dit, le caractère foncièrement apolitique des pays capitalistes développés, comme la Belgique et la France, est en contradiction avec le fait que ces pays se voient arrimer à un phénomène historique qui est la tendance à la guerre. Nous ne parlons pas seulement ici d’interventions militaires, comme les pays impérialistes en ont mené de manière ininterrompue depuis trente ans, mais d’une démarche de mobilisation militariste engageant l’ensemble des aspects d’un pays entier.

Dans un tel contexte où les États se structurent littéralement pour la guerre, dire certaines choses et pas d’autres, ne rien dire, faire certaines choses ou ne rien faire… s’intègrent forcément à une orientation politique, en raison d’une époque qui a changé et est désormais marquée par des conflits de haute intensité comme possibilités et même comme nécessités afin de trouver une « sortie de crise ». Il n’est pas d’apolitisme qui tienne – auparavant, c’était déjà fictif, mais dans une époque de tendance à la guerre, cela devient entièrement artificiel.

Si nous faisons de cet aspect concret l’aspect principal de notre déclaration, c’est en raison du primat de la pratique, car la dignité du réel prime toujours. La guerre impérialiste ne tombe pas du ciel, pas plus qu’il n’y a des partisans de la guerre impérialistes qui tomberaient du ciel pour prendre le pouvoir d’État et réorienter subitement, du jour au lendemain, un pays vers la mobilisation nationaliste générale. C’est dans la réalité que se produit la tendance à la guerre, c’est de la réalité que procède la tendance à la guerre, sur la base d’innombrables contradictions produites par le mode de production en capitaliste en crise.

C’est parce qu’un pays est dos au mur, qu’il a besoin d’une sortie de crise coûte que coûte, que la guerre se produit, sur une base impérialiste car relevant de ce qui forme une grande bataille pour le repartage du monde. C’est le sens de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cette dernière étant confrontée à une crise propre à son régime oligarchique dans le cadre général imposé par la pandémie. L’impérialisme oligarchique russe ne pouvait plus tenir le rythme capitaliste et il a été obligé de chercher à modifier la situation, par le conflit de haute intensité, franchissant le pas en raison d’une nécessité historique qui lui était propre.

On ne peut pas comprendre l’invasion russe si on s’imagine qu’elle a comme base le désir d’un individu cherchant à récréer un empire dont il deviendrait le tsar ; tomber à ce niveau d’analyse où le président russe Vladimir Poutine serait un tyran est totalement hors sol. L’invasion russe procède de contradictions internes, propres au régime russe, avec notamment la contradiction entre les intérêts du complexe militaro-industriel et ceux de l’oligarchie, dans le cadre d’un capitalisme frappé au niveau général par la crise générale.

Si les oligarques étaient en mesure d’accompagner individuellement cette crise de par leur mode de vie individuel décadent et parasitaire dans les hautes sphères bourgeoises internationales, en tant que classe l’oligarchie russe est intrinsèquement lié au complexe militaro-industriel dans le cadre national capitaliste russe, et cet aspect est devenu principal avec la crise générale ouverte en 2020, car la Russie risquait de basculer dans un déclassement significatif.

Si la question de l’OTAN a été sans cesse primordiale dans l’argumentation russe, avec une réelle inquiétude devant la menace de ce bloc militaire à ses frontières, il y a fondamentalement la pression économique énorme exercée par le bloc capitaliste occidental avec la superpuissance impérialiste américaine et les pays de l’Union européenne. Ce bloc a réussi, momentanément, à bloquer les effets immédiats de la crise générale, en multipliant des crédits à très grande échelle. La Russie, de par sa nature économique à la fois bureaucratique et productrice de matières premières, n’était pas en mesure d’accompagner cette initiative capitaliste à grande échelle.

Cependant, l’analyse détaillée des contradictions internes à la Russie reste une tâche à mener et ce n’est pas l’aspect principal ici. En effet, ce qui prime avant tout, c’est que la guerre en Ukraine ouvre la boîte de Pandore des conflits militaires impérialistes directs. Il s’agit là d’un profond renversement, qui a une nature concrète concernant tous les aspects de la vie quotidienne dans les pays impérialistes.

Il faut en effet malheureusement constater que le conflit militaire en Ukraine marque l’émergence de la guerre conventionnelle au 21e siècle. Une fois qu’une telle guerre ouverte a été menée, une autre peut être menée bien plus facilement, du fait de la banalisation de ce phénomène dans les esprits, surtout si c’est présenté comme une fatalité aux yeux des opinions publiques travaillées au corps par les grandes bourgeoisies de chaque pays.

Le militarisme de chaque État va se voir encore plus accentué, encore plus « justifié ». La tendance à la guerre va se systématiser avec encore plus d’agressivité, exigeant une soumission chauvine toujours plus grande et même une mobilisation « patriotique » en ce sens.

Les institutions – de l’École aux syndicats, des services publics aux partis politiques – vont inlassablement contribuer à renforcer cette tendance, à l’inscrire dans le temps, à galvaniser dans le sens du nationalisme.

La question fondamentale qu’il y a ici, c’est de savoir dans quelle mesure il y a une capacité réelle de la part des pays capitalistes avancés à mettre en place une armée de masse, au-delà de l’armée professionnelle en place, et de savoir comment le rapport entre les deux peut se faire.

Le capitalisme est ici déchiré entre sa nature de société de consommation de masse, avec des consommateurs totalement individualisés, différenciés au point de multiplier les marchés différents, et un besoin d’organiser de manière militaire de quoi assurer l’expansion aux dépens des autres puissances, avec des soldats façonnés de manière uniforme, obéissant au doigt et à l’œil.

Il y a ici un aspect très important à prendre en compte, qui tient finalement même à la capacité du régime politique en place à se maintenir.

La crise générale du capitalisme est un défi et les régimes doivent, pour l’assumer, se réimpulser. Sans cela, ils ne sont pas capables d’être au niveau du nouveau contexte. Cela implique un renouvellement du personnel politique, une reconfiguration idéologique avec notamment une modification des partis politiques en place.

C’est un phénomène complexe et contradictoire. Le régime veut se renforcer en se renouvelant, mais en se renouvelant il déchire le tissu social existant au préalable, ce qui laisse des espaces pour l’émergence d’une opposition politique, idéologique, culturelle, sociale.

La marche à la guerre du capitalisme n’est pas une voie tranquille, elle ne peut pas se faire sans conflits tant avec les habitudes prises dans le libéralisme qu’avec des masses toujours plus pressurisées pour payer la facture de la crise et de la militarisation.

Il y a ici un espace nouveau qui doit être compris par les communistes, et pour le comprendre il ne faut pas s’attendre à ce que le niveau de conscience atteigne un réel niveau de manière spontanée.

D’abord, parce que ce n’est jamais le cas, ensuite parce que la question de la rupture est encore plus essentielle dans une société capitaliste qui, même affaiblie dans ses fondements, permet encore un très haut degré de corruption.

On le voit bien avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a soulevé le cœur des masses, mais un temps bref seulement, la vie quotidienne capitaliste reprenant quasi immédiatement le dessus.

Nous attirons l’attention sur cette question de l’évaluation du processus de la marche à la guerre, qui est essentielle pour permettre de se placer politiquement de manière adéquate ; les erreurs à ce niveau sont fatales, car en élevant à chaque fois le niveau d’un cran, le capitalisme rend les choses plus difficiles, centralisant le régime et le militarisant.

Ce qui, dialectiquement, implique de calibrer de manière adéquate les propositions politiques communistes. Le grand risque est ici le gauchisme. Plus le capitalisme se centralise, plus il devient fort, mais en même temps il rend toujours plus étroit sa base et par là-même il se fragilise.

Si la situation implique ainsi toujours plus de radicalité, le programme communiste vise pourtant dialectiquement, à court et moyen terme, toujours moins un État socialiste en tant que tel, pour se tourner vers la proposition d’un nouvel État démocratique et populaire, sur une base d’opposition au nationalisme et au militarisme, c’est-à-dire en fin de compte anti-monopoliste.

La question qui se pose avec l’irruption de la guerre comme actualité, ce n’est pas moins que celle de la nature de l’État et de ses orientations. Les impérialistes précipitent les masses dans la guerre au moyen de leurs États, aussi les communistes doivent-ils faire en sorte que les masses génèrent un nouvel État prenant une option entièrement différente.

Ces masses doivent être unies et de par la centralisation des régimes se tournant vers la guerre, il faut un programme répondant dialectiquement à cette centralisation. Il y a donc besoin de la mise en place d’un nouveau régime, démocratique et populaire, privant le pouvoir de la haute bourgeoisie et ses vassaux, en nationalisant les principaux secteurs de l’économie, en formant une armée nouvelle, de type démocratique et populaire, en brisant les idéologies nationaliste et militariste.

Le caractère démocratique et populaire de cet État – et non pas socialiste et ouvrier – tient au fait que la tendance à la guerre va de pair avec une immense décomposition sociale et que, par là-même, seul le front le plus large est en mesure de faire face à un régime précipitant toujours plus le pays dans son ensemble dans le militarisme, le nationalisme, l’aventurisme militaire.

C’est la grande leçon des années 1920 et 1930, avec la systématisation de l’action antifasciste, du Front populaire, comme proposition démocratique anti-monopoliste.

Dans un contexte de fuite en avant d’une société déboussolée, de fascisation, de nationalisme exacerbé, de militarisme se généralisant… la proposition stratégique communiste est sur la défensive, par définition.

La réalité politique, sociale, culturelle, idéologique… ne laisse aucune place aux fantasmes ultra-gauchistes, faux qui plus est car, à une époque de décadence, l’affirmation démocratique et populaire tend par elle-même, par nature, au socialisme, et ce dans un processus ininterrompu, et mondial.

La bataille pour le repartage du monde a en effet un caractère planétaire historique. Au-delà des contingences, des particularités nationales, il ne faut pas perdre de vue que, historiquement, le pendant de la guerre impérialiste, c’est la guerre populaire mondiale.

Cela, les impérialistes s’en doutent bien et c’est aussi leur inquiétude, en plus de leur obsession de repartage du monde. Comme l’a enseigné Gonzalo, le dirigeant du Parti Communiste du Pérou dans la seconde moitié des années 1980 :

« Le Président Mao nous disait : il faut se préparer et se préparer dès maintenant contre une guerre impérialiste et principalement contre une guerre atomique.

Comment allons-nous leur répondre ? Évidemment, seulement avec la guerre populaire, il n’y a pas d’autre forme, voilà le principal.

Les démasquer fait partie d’une campagne de propagande qui montre au monde leurs sinistres et macabres plans d’énorme génocide, mais jamais cela n’arrête une guerre.

Staline l’a dit clairement : ces campagnes n’arrêtent jamais une guerre.

Alors la seule chose à faire, si nous voulons empêcher une guerre, c’est de développer la révolution.

Comme l’enseigne le Président Mao : soit la révolution empêche la guerre mondiale, soit cette dernière attise la révolution. »

Il faut stopper les assassins avant qu’ils passent leurs actions et, si jamais ceux-ci commencent leurs basses œuvres, il faut les combattre dans chaque pays, sans converger avec eux. Cette perspective impose des tâches spécifiques dans chaque pays, mais relève du cadre général de l’internationalisme prolétarien, avec comme perspective la République Socialiste mondiale.

Ce qui signifie : opposer à la guerre impérialiste mondiale la guerre populaire mondiale.

Mars 2022

Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)

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PCF (mlm) : La crise ukrainienne relève de la guerre impérialiste – rejoignez la bannière du marxisme-léninisme-maoïsme!

Une position politique.

Le drapeau de l’Ukraine soviétique

La position du PCF (mlm) sur la crise ukrainienne.

Nous voulons ici avertir que les événements en Ukraine portent une charge qualitative entièrement nouvelle, au sens où il ne s’agit pas simplement d’une tension avec des traits bien spécifiques liée à une situation particulière et à un moment particulier. Il ne s’agit pas, en tant que tel, d’un affrontement de deux pays issus de l’URSS, la Russie et l’Ukraine, sur la base de questions d’orientation politiques et économiques extérieure et intérieure.

Il s’agit en effet d’une réalité ayant un caractère nouveau et une dimension générale, reflétant une période historique bien déterminée, car l’heure est à l’accentuation militaire des contradictions inter-impérialistes. La Russie agit ici comme un challenger bousculant l’ordre capitaliste mondial afin de forcer violemment au repartage du monde, afin de parvenir à la mise en place d’un nouvel empire russe.

Il ne s’agit pas de troubles ayant une portée militaire – mais bien d’un effondrement de la « paix » capitaliste.

Nous affirmons cela, parce que notre position communiste marxiste-léniniste-maoïste nous permet de caractériser la crise capitaliste et ce qu’elle implique.

Nous avons compris que le capitalisme était devenu fondamentalement instable avec l’irruption de la pandémie. Dialectiquement, le maintien de son apparente stabilité, au moyen de la multiplication des crédits, se paie par un basculement dans la bataille pour le repartage du monde. La paix intérieure du capitalisme a comme prix la guerre extérieure. Aussi avons-nous justement souligné, depuis pratiquement une année, que la crise ukrainienne allait devenir majeure – une analyse correcte qui est une preuve de la validité de notre analyse du mode de production capitaliste connaissant un processus d’effondrement général.

Il faut ici bien souligner sur ce plan que le monde est totalement sous le choc que la Russie se soit permise d’aligner la majeure partie de ses troupes autour de l’Ukraine et de reconnaître officiellement, le 21 février 2022, les républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. Les médias, les analystes, les experts, les diplomates… sont tous débordés par cette réalité nouvelle, dont la dimension militaire est ouverte.

Fondamentalement, ce n’est pas que ce soit une initiative militaire unilatérale qui marque les capitalistes, mais qu’il s’agisse là d’un phénomène contribuant massivement au caractère instable des rapports internationaux, une frontière considérée comme infranchissable depuis l’effondrement du bloc social-impérialiste soviétique en 1989 et l’utilisation de la Chine sociale-fasciste dans le dispositif productif international.

Pour employer un terme aux contours trop flous mais parlant, c’est la mondialisation qui se voit ébranlée de manière fondamentale par la crise ukrainienne. L’unification internationale par le marché capitaliste se voit confrontée à une contre-tendance interne : les contradictions inter-impérialistes, et ces dernières prennent de plus en plus le dessus.

Nous le répétons : la stabilité intérieure du capitalisme a provoqué une instabilité extérieure. Le cadre international, pacifié depuis 1989, s’effondre littéralement. La Russie bousculant l’ordre européen au sujet de l’Ukraine reflète, comme exemple et comme point le plus avancé en ce domaine, l’aventurisme impérialiste se systématisant dans le monde.

Le capitalisme impérialiste (de la superpuissance impérialiste américaine, de la Chine, du Japon, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la Russie…) et le capitalisme bureaucratique semi-féodal semi-colonial expansionniste (de la Turquie, de l’Iran, du Brésil, de l’Inde…) assument toujours plus de rompre avec la stabilité internationale auparavant reconnue et acceptée comme prioritaire, ou du moins comme constituant le cadre général où agir.

Et comment procèdent les capitalismes en crise, s’alignant sur l’aventurisme ? En faisant en sorte de diviser pour régner. Les haines nationalistes, les passions guerrières, les volontés hégémoniques, les intérêts matériels, les traditions religieuses… Absolument toutes les nuances et différences entre les peuples, entre les gens eux-mêmes, sont utilisées par les grandes puissances pour provoquer la division, pour fomenter des troubles, pour fomenter des mouvements de « révolte » sur une base irrationnelle, des tendances aux séparatismes… afin que cela serve d’appui aux opérations rentrant dans le cadre des visées impériales.

La division entre les peuples russe et ukrainien est artificielle, elle est produite par le jeu des grandes puissances

Ce qui se déroule en Ukraine est exemplaire de cette opération impérialiste de « diviser pour régner ». Les peuples russes et ukrainiens, qui se connaissent si bien depuis des siècles et qui sont si proches culturellement malgré leurs différences nationales, se voient projeter l’un contre l’autre.

Les choses sont montées en épingle de manière disproportionnée, avec un énorme matraquage idéologique, des opérations psychologiques de grande envergure, une propagande exacerbée réécrivant l’Histoire selon les besoins impérialistes.

Deux grandes puissances sont ici responsables de l’horrible situation de l’Ukraine.

La superpuissance impérialiste américaine, hégémonique dans le monde, utilise l’OTAN comme vecteur afin de placer le continent européen sous son contrôle, élargissant pour cela son dispositif à l’Europe de l’Est. L’Ukraine est le dernier pays manquant encore avant la Russie, d’où les milliards déversés par la CIA afin de pousser à une « révolte » pro-occidentale, qui se réalisa en 2014 avec le coup d’État de l’Euromaidan dont une composante importante consista en les mouvements d’extrême-droite Svoboda et Pravdy Sektor.

L’impérialisme russe tente de reformer, non pas tant la superpuissance social-impérialiste soviétique des années 1960-1980, que l’empire russe d’avant Octobre 1917. L’intégration-désintégration de l’Ukraine est ainsi à l’ordre du jour pour la Russie d’aujourd’hui comme à l’époque des Tsars où la nation ukrainienne était niée, la langue ukrainienne interdite, la culture ukrainienne martyrisée, les Ukrainiens considérés comme des « petits-russes » de moindre valeur.

La thèse de la seconde crise générale du capitalisme est confirmée

Les événements en Ukraine ne sont pas compréhensibles à partir d’un prisme « géopolitique », de considérations économiques, d’analyses militaires. Il va de soi qu’il y a des aspects militaires, politiques, économiques… dans tout cela. Mais ce n’est pas la substance des choses.

Le véritable déclencheur des événements, ce qui a ouvert la boîte de Pandore, c’est la seconde crise générale du capitalisme, déclenchée par la pandémie. Le capitalisme procède en effet par expansion, tout en se heurtant à un moment donné à une limite. Il se confronte alors à un obstacle infranchissable empêchant la continuité de l’accumulation de capital et de travail.

Il doit tout faire pour forcer la continuation de l’expansion. C’est alors la tendance à la guerre qui s’exprime, jusqu’à la guerre impérialiste.

La première crise générale du capitalisme s’est produite dans les années 1910, avec le déclenchement de la guerre mondiale et la révolution russe d’Octobre 1917. L’accumulation capitaliste était alors littéralement torpillée, les sociétés se déchirant politiquement, culturellement, socialement.

Le capitalisme n’avait alors pas encore atteint le degré de maturité permettant une société de consommation, l’encadrement complet des comportements et des mentalités au moyen des institutions (dont les syndicats font partie), d’un travail salariat perpétuellement rationalisé.

La contradiction entre le travail intellectuel et le travail manuel était explosive dans un tel cadre, et le fascisme comme mobilisation de masse pour dévier les protestations et empêcher l’affirmation du besoin de communisme se systématisa, précipitant les pays dans la seconde guerre mondiale.

La seconde crise générale du capitalisme s’est produite au début de l’année 2020, avec l’irruption d’une maladie issue du terrible écocide provoquée par le capitalisme à l’échelle mondiale. La destruction de la Nature a pris une immense proportion, allant jusqu’à une crise dans le cadre de la contradiction entre les villes et les campagnes, aboutissant au dérèglement des rapports entre les espèces et les maladies.

Le capitalisme a pris de plein fouet l’irruption de la pandémie, toute sa production a été bouleversée, ainsi que le rythme fondamental du 24 heures sur 24 de la vie quotidienne avec sa consommation forcenée. La machinerie capitaliste s’est enrayée.

C’est précisément la compréhension de cette seconde crise qui nous a permis, dès le milieu de l’année 2021, d’affirmer que la crise ukrainienne relevait d’une dimension nouvelle, d’une confrontation militaire à une nouvelle échelle, de la guerre impérialiste pour le repartage du monde.

La crise ukrainienne a comme arrière-plan la contradiction entre la superpuissance impérialiste américaine et son challenger chinois

La bataille pour le repartage du monde est concrètement la grande actualité des pays du monde, que ceux-ci soient des pays capitalistes développés (comme la Belgique, la France…) ou des pays semi-féodaux semi-coloniaux (comme la Turquie, le Brésil ou le Mali). Il faut trouver un moyen d’arriver à l’expansion, à tout prix, sinon le régime s’effondre comme un château de cartes de par la pression de la crise.

La situation en Ukraine doit d’autant moins être comprise de manière « géopolitique » que ce qui se joue à l’arrière-plan, c’est la mise en place de la troisième guerre mondiale impérialiste entre la superpuissance impérialiste américaine et son challenger chinois.

Le capitalisme a réussi à se relancer grâce à une expansion aux dépens d’une partie importante des territoires auparavant sous la dépendance du social-impérialisme soviétique, ainsi qu’avec l’utilisation de la Chine comme atelier du monde, puis comme usine du monde.

La fin de cette expansion commencée en 1989 s’est exprimée en 2020 avec la pandémie et elle apporte au monde une nouvelle grande puissance, la Chine, qui vise à l’hégémonie mondiale en remplacement de la superpuissance impérialiste américaine.

La Chine, un pays social-fasciste depuis la restauration du capitalisme en 1976, a profité de l’expansion capitaliste mondiale en exploitant massivement la classe ouvrière chinoise et en s’appuyant sur un régime terroriste. Profitant de sa taille et de sa population, l’impérialisme chinois vise à s’affirmer sur la scène mondiale, aux dépens de la superpuissance impérialiste américaine.

Le conflit entre l’impérialisme russe et l’Ukraine est ainsi, sur le plan de la tendance historique, également un conflit entre la Russie et la superpuissance impérialiste américaine, et revient même à un affrontement entre la Chine et la superpuissance impérialiste américaine.

Le moteur principal de la guerre impérialiste au niveau mondial est l’affrontement sino-américain, qui joue à tous les niveaux, dans tous les affrontements militaires.

L’OTAN est un appareil militaire à visée externe et interne

La Belgique est pays impérialiste de faible importance, la France est un pays impérialiste d’importance significative. Cependant, la Belgique accueille le siège de l’OTAN à Bruxelles et porte en ce sens une très lourde responsabilité, celle d’assurer une stabilité permanente afin de légitimer l’OTAN.

L’OTAN a été en effet le bras armé accompagnant le développement du capitalisme occidental dans les années 1960-1980, ce qui veut dire que ce n’a pas été simplement une structure militaire se définissant par rapport au bloc de l’Est dirigé par le social-impérialisme soviétique. L’OTAN a également été tout un appareil d’affirmation symbolique, de pression psychologique, d’échanges d’informations des services secrets et d’opérations militaires, dans le sens de la contre-insurrection.

L’OTAN est un appareil exerçant une pression pour uniformiser la défense des intérêts économiques et politiques du capitalisme occidental ; il ne faut jamais oublier l’importance que l’OTAN accorde pour chacun de ses membres, aux formes institutionnelles, aux prises de position diplomatiques, à l’organisation des rapports sociaux.

C’est d’ailleurs pour cela que l’Ukraine n’a pas encore pu adhérer à l’OTAN et qu’elle connaît d’intenses modifications internes afin justement d’être en mesure de répondre aux exigences du capitalisme occidental.

D’où les difficultés également de la France, pays exemplaire du capitalisme occidental mais cherchant à disposer souvent d’une indépendance stratégique, dans ses rapports avec l’OTAN.

Cet aspect de la question de la guerre impérialiste est essentiel, car qui dit guerre dit appareil militaire, et on ne peut pas comprendre les modalités de la guerre sans voir comment celle-ci se développe, comment elle se met en place, comment elle cherche à se dérouler.

La Russie est un pays impérialiste

Même si en Belgique et en France l’OTAN reste l’aspect principal de la tendance à la guerre, il ne faut absolument pas pour autant attribuer une valeur positive, à caractère « anti-impérialiste », à la Russie. Ce pays, dont les visées expansionnistes sont indubitables, n’a eu de cesse de développer un immense appareil idéologique pour se présenter sous un jour favorable, comme simple « victime » de l’OTAN.

Des médias comme RT et Sputnik, des agitateurs permanents sur les réseaux sociaux, des hommes politiques soudoyés, et même des organisations d’extrême-gauche ou d’ultra-gauche en mal de légitimité… présentent la Russie comme un pays pacifique, contribuant au progrès mondial dans tous les domaines, jouant le rôle de principal obstacle à la mondialisation capitaliste.

La Russie porterait, malgré sa nature, des traits « soviétiques », un respect des codes de l’honneur, des principes communautaires « socialistes », permettrait la mise en place d’un monde « multipolaire », ne serait pas gangrené par un capitalisme déchaîné, etc.

Tout cela relève de la propagande impérialiste, aussi ne saurait-on sous-estimer le rôle néfaste joué par la Russie dans sa tentative se présenter comme devant être naturellement soutenue si on s’oppose au à un capitalisme qui serait « occidental », par opposition à une « Eurasie » qui porterait une identité « socialiste ».

On doit ici considérer qu’il y a une contradiction inter-impérialiste et s’il y a bien toujours un aspect principal, il ne faut jamais perdre de vue le principe de l’autonomie prolétarienne, du maintien des principes idéologiques communistes, de l’auto-suffisance sur le plan de l’organisation.

Il faut avoir dans l’idée qu’on est dans la même configuration qu’avant 1914 et il ne s’agit pas de prendre parti pour un impérialisme contre un autre.

Nous en sommes revenus à la situation d’avant 1914

Il est nécessaire de constater qu’un piège impérialiste s’est refermé sur l’Ukraine, la superpuissance américaine et l’impérialisme russe transformant ce malheureux pays en cible pour leur propre expansionnisme. La première veut élargir sa zone d’influence et de contrôle, en faisant de l’Ukraine son satellite, alors que la Russie aimerait justement que celle-ci intègre son champ de domination « impériale ».

Cela nous ramène à la situation mondiale avant 1914, avec la compétition entre puissances pour se développer aux dépens d’autres pays, au moyen de coups de pression, d’interventions militaires.

La crise militaire en Ukraine le monte bien : les interventions militaires sont désormais considérées comme le facteur décisif, comme l’expression politique la plus nette, la plus tranchante, la plus à même de permettre l’expansion.

La seconde crise générale du capitalisme a apporté un saut qualitatif, où la tendance à la guerre l’emporte sur les autres tendances, de manière ouverte ou indirecte, franche ou insidieuse. Et les capitalistes profitent de toutes les améliorations techniques et technologiques, du caractère plus développé des forces productives.

Le caractère nouveau de la guerre moderne

Nous voulons souligner le fait que, malheureusement, les larges masses n’ont pas une compréhension juste de ce qu’est la guerre moderne. Elles ne saisissent pas ce qu’est un État, donc elles ne voient pas ce qu’est le pouvoir dans son rapport aux classes. Qui plus est, et c’est là essentiel, elles ne voient pas les immenses modifications que connaît la guerre dans ses formes concrètes depuis trente ans.

L’irruption des nouvelles technologies a largement modifié la gestion des conflits, avec une capacité de connaissance en temps réel désormais des acteurs sur place et une distribution immédiate des décisions à ces mêmes acteurs sur le champ de bataille.

Ce saut qualitatif dans la gestion des actions a contribué à un renforcement quantitatif de par une interaction démultipliée des troupes militaires elles-mêmes. C’est le sens de la professionnalisation des armées : la guerre moderne exige un haut niveau de technicité, tant pour maîtriser les innombrables types d’armes que pour être en mesure de gérer ou participer à des opérations désormais coordonnées de manière très approfondie.

La guerre moderne possède en ce sens de très nombreux aspects, qui ne sont pas tant nouveaux que faisant l’acquisition d’une autre magnitude et se combinant bien davantage. Que ce soit par l’espionnage, le sabotage, la guerre psychologique, les piratages informatiques, les opérations consistant en des « coups » bien déterminés… la guerre moderne a obtenu un caractère « hybride » comme le formulent les experts militaires bourgeois.

Les armées modernes intègrent même directement dans leurs activités tant la surveillance que l’utilisation des réseaux sociaux pour leurs opérations. Il y a cette anecdote de Facebook fermant des comptes se prétendant maliens mais en fait liés aux armées française et russe en décembre 2020, cependant dans les faits chaque armée assume entièrement cette dimension d’opération psychologique, de manipulation.

On peut dire que, avec les technologies actuelles, il y a une combinaison encore plus avancée des services secrets avec l’armée et inversement, ce qui renforce la signification des décisions prises au plus haut niveau au sein d’un appareil d’État toujours plus centralisé.

Jamais les États n’ont ainsi été autant coupés du peuple – mais, en même temps, jamais ils n’ont été autant capable de réactivité et de prises d’initiative d’écrasement rapide.

Il n’est pas de retour en arrière possible

Comme l’a affirmé Staline à la suite de Lénine, « pour supprimer l’inévitabilité des guerres, il faut détruire l’impérialisme ». Toute autre conception est une convergence avec le mode de production capitaliste et il faut souligner ici la menace que représentent les courants bourgeois « socialistes » prétendant réorganiser le capitalisme, le réguler, lui mettre des barrières, le refaçonner, lui imposer des règles, etc.

Il y a deux ennemis et non pas un : il faut combattre ceux qui veulent la guerre impérialiste, au nom du nationalisme, de l’expansionnisme, et il faut aussi combattre ceux qui mentent en prétendant pouvoir faire changer le capitalisme.

Aussi vaines que soient ces prétentions à « améliorer » ou « modifier » le capitalisme, elles désorientent, elles font perdre du temps, elles empêchent de voir la gravité de la situation historique.

Le capitalisme aboutit immanquablement à la guerre impérialiste et il n’est pas de retour en arrière possible une fois un tel processus enclenché. Seul le démantèlement des monopoles peut briser les forces menant à la guerre, et quel sens aurait un retour au capitalisme qui remettrait en branle le processus menant à des monopoles ?

Les réformistes répondront ici qu’un « capitalisme organisé » est possible : c’est un mensonge qui masque les intérêts du capitalisme cherchant à sauver son existence. Il y aura aussi les romantiques économiques qui proposeront un retour en arrière à une forme primitive de capitalisme, avec l’artisanat, voire le troc. C’est là incompatible avec les exigences de notre époque.

Les exigences de notre époque

La guerre qu’amène le capitalisme est aussi, dialectiquement, une contre-réponse à la paix planétaire qui est historiquement possible.

Nous avons besoin d’une société mondiale unifiée, d’une humanité unifiant et centralisant toutes ses forces, afin d’élever le niveau de vie des masses mondiales et d’en même temps protéger la planète, en adoptant un mode de vie qui soit naturel et non plus décidé artificiellement par les capitalistes pour développer la consommation.

La guerre imposée par le capitalisme est également un moyen de propager la concurrence, la compétition, le cynisme, l’égoïsme… Alors que sont à l’ordre du jour la compassion, l’empathie, le Socialisme. Au lieu d’avoir une humanité pacifiée et cultivée, se tournant vers la Nature et en particulier les animaux, ayant la tête dans les étoiles pour envisager la colonisation spatiale, le capitalisme cherche à défigurer le monde à coups de divisions, de sectarisme, de particularismes.

C’est là un aspect essentiel. Le capitalisme propage les divisions qui se conjuguent pour former une légitimité au crime à grande échelle. Il faut que les communistes soient en mesure de faire face à une telle entreprise, et cela implique d’être capable d’avoir une lecture approfondie de ce qu’est la société socialiste, le besoin de communisme.

Toute réduction à de l’économisme, à des considérations sans profondeur, sans âme, sans reconnaissance de la dignité du réel… amène la défaite face aux mobilisations provoquées par le capitalisme, qui profitent tant de moyens matériels élevés que d’un irrationalisme particulièrement prononcé.

Il faut impérativement avoir conscience de cette dimension !

Vive la nation ukrainienne, victime du complot militariste réalisé par la superpuissance américaine et l’impérialisme russe !

Guerre à guerre impérialiste, guerre à l’OTAN !

Guerre populaire jusqu’au Communisme !

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste de Belgique

Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)

Février 2022

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Deux analyses de fond sérieuses contre le coronablues à gauche

Il y a encore à gauche des gens qui réfléchissent.

Le mouvement anti-pass sanitaire est en train de démolir profondément toute la gauche « activiste » ou tout au moins de profondément la disqualifier. Comment celle-ci peut-elle s’être imaginée qu’il suffirait de suivre les gilets jaunes hier et les anti-passs sanitaire aujourd’hui pour être dans le courant de l’Histoire?

Il est vrai cependant qu’elle n’a rien imaginé du tout. Elle se survit à elle-même et pioche de partout : dans le style syndicaliste révolutionnaire bière et merguez de la CGT, dans le mode véhément des rassemblements des ultras du football (banderoles, fumigènes et slogans martiaux), dans le misérabilisme de la charité chrétienne (avec les maraudes et la fiction d’une pauvreté massive), dans des marques fétiches pour les jeunes « militants » (Northface, Lyle & Scott, Fred Perry, Stone Island).

Il y a, fort heureusement, tout de même une certaine conscience de tout cela. C’est un « corona blues », comme il est constaté ici.

Une démarche marxiste ferme est d’autant plus nécessaire que la méfiance envers le discours officiel engendre actuellement l’émergence de nombreuses « explications alternatives » fallacieuses et fantaisistes des événements.

Des théories « complotistes » plus fantaisistes les unes que les autres voient le jour et sont partagées par des millions d’adeptes : la pandémie et aujourd’hui la vaccination massive seraient une machination des Chinois pour assurer leur suprématie, un complot de la bourgeoisie mondiale pour préparer la guerre ou restructurer l’économie mondiale, une prise de pouvoir par une internationale secrète de virologues ou encore une conspiration mondiale nébuleuse des élites (sous la direction de Soros ou Gates), …

Cette ambiance générale provoque même une désorientation du milieu politique, un véritable « Corona blues ».

Cette situation provient d’un très intéressant et très long document intitulé Rapport sur la pandémie et le développement de la décomposition. C’est le document le plus intéressant du moment avec un autre très intéressant et très long document, De la première à la seconde crise générale du capitalisme (à la base un article de la revue en pdf Crise).

Le premier est publié par le Courant Communiste International, un mouvement « communiste des conseils » se revendiquant de ce qu’on appelle historiquement l’ultra-gauche (ici dans ses variantes allemande et italienne). Le second par les maoïstes. Dans les deux cas cela relève de la Gauche programmatique.

Il y a plus de trente ans, chaque organisation de gauche et d’extrême-gauche auraient fait pareillement et produit une longue évaluation de la situation. C’était la norme, parce qu’il en allait de nombreuses choses : la crédibilité, l’analyse ininterrompue des événements, la nécessité de donner des orientations.

Le fait qu’il n’y ait plus rien de tout cela souligne comment tout un patrimoine intellectuel et pratique a été perdu. Il faut dire pratique également, car comment militer ou agir sans orientation? Mais aujourd’hui les « militants » ont repris l’un des principes fondamentaux du capitalisme, à savoir opposer la théorie et la pratique, la raison et l’action.

Les raisons pour cela sont nombreuses : l’inféodation aux réseaux sociaux et à leur immédiateté (avec le marquant et le spectaculaire à tout prix), le triomphe de l’idéologie syndicaliste anti-politique, le confusionnisme à la française appelé anarchisme…

Ces deux documents sont à ce titre des choses importantes, car servant à élever le niveau de conscience. Ils se placent comme pôles de référence – à tort ou à raison -, comme sources d’inspiration, et à ce titre ils relèvent de ce qu’a toujours fait la Gauche historiquement.

Est-ce que cela suffira contre le coronablues à gauche? De toutes façons, c’est inévitable, si ce n’est aujourd’hui, alors demain. Toute devient bien trop compliqué pour les réponses simplistes. Et ceux à gauche qui ne voudront pas faire d’efforts, on sait malheureusement déjà où ils vont terminer, s’ils n’y sont pas déjà objectivement : à l’extrême-Droite.

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Les deux documents contre le coronablues pour sortir de la crise

Quelle est la nature de la crise actuelle?

Il y a lieu de se tourner vers les deux documents anti-coronablues :

Il y a d’autant plus intérêt à le faire que leurs mises en perspective se répondent l’une à l’autre et que la réflexion avance d’autant plus facilement. Le premier document dit en effet que la crise actuelle est l’expression aggravée d’une décomposition déjà entamée et lisible depuis trente ans.

Le second document, à l’inverse, explique que ces trente dernières années ont été marquées par un saut qualitatif. Autrement dit le premier document dit que la crise vient d’un capitalisme au bout de sa vie, en « décomposition », alors que le second document expose la crise comme l’expression d’un capitalisme en expansion accélérée et venant seulement de rentrer dans le mur.

C’est, comme on le voit, très différent. Voici un extrait exposant le point de vue du premier document.

Cette immense catastrophe que constitue la pandémie n’est pas le produit de la fatalité ni de l’insuffisance des connaissances scientifiques ou des outils sanitaires (comme cela a pu être le cas dans des modes de production antérieurs) ; elle n’arrive pas non plus comme un coup de tonnerre dans un ciel serein ni ne constitue une parenthèse passagère.

Elle exprime l’impuissance fondamentale du mode de production capitaliste déclinant, qui va au-delà de l’incurie de tel ou tel gouvernement mais qui est au contraire révélatrice du blocage et du pourrissement sur pied de la société bourgeoise.

Et surtout, elle révèle l’ampleur de cette phase de décomposition qui s’approfondit depuis 30 ans (…).

Le pourrissement du capitalisme s’est étendu et approfondi à travers des phénomènes qui ont progressivement affecté de plus en plus d’aspects de la société et qui constituent les ingrédients qui ont provoqué le caractère explosif de la crise planétaire du Covid-19.

Certes, pendant ces 30 ans, la progression des phénomènes a été discontinue, mais elle s’est déroulée sur différents plans (crise écologique, chacun pour soi impérialiste, fragmentation d’États, terrorisme, émeutes sociales, perte de contrôle de l’appareil politique, pourrissement idéologique), minant de plus en plus les tentatives du capitalisme d’État de contrer son avancée et de maintenir un certain cadre partagé (…).

Ce rapport [=l’article] a montré que la pandémie n’ouvre pas une période nouvelle mais qu’elle est d’abord un révélateur du niveau de pourrissement atteint durant les 30 années de phase de décomposition, un niveau souvent sous-estimé jusqu’ici.

En même temps, la crise pandémique annonce aussi une accélération sensible de divers effets de la décomposition dans la période à venir (…).

La crise du Covid-19 engendre donc une situation encore plus imprédictible et confuse. Les tensions sur les différents plans (sanitaire, socio-économique, militaire, politique, idéologique) généreront des secousses sociales majeures, des révoltes populaires massives, des émeutes destructrices, des campagnes idéologiques intenses [de la part du capitalisme], comme celle autour de l’écologie.

Ainsi, pour le premier document, la crise sanitaire est un symptôme. Il y a un défi et le capitalisme est débordé. S’il l’est, c’est parce qu’il est à bout de souffle. C’est un événement s’ajoutant à des soubresauts profonds, comme a pu l’être l’attentat du 11 septembre 2001, l’élection du « vandale » Donald Trump, etc.

Ce n’est pas une période nouvelle, mais une catastrophe de grande ampleur renforçant la « décomposition ».

Voici un extrait exposant le point de vue du second document.

Le capitalisme a su laisser du temps libre pour la consommation tout en obtenant une élévation insensée de la productivité, au prix de la déformation des personnalités, de l’utilisation maximisée de leur potentiel nerveux et psychique.

L’un des aspects essentiels de cette aliénation se lit particulièrement dans la passivité et l’incompréhension des masses de la nature de ce que propose le capitalisme : des produits moches, de mauvaise qualité, cela pour les aliments comme pour les meubles, avec une capacité à accepter et vouloir ce qui est jetable, changeable.

L’incohérence se lit particulièrement dans le rapport aux animaux, alors que l’utilisation de ceux-ci a pris des proportions dantesques (…).

En fait, pour les gens vivant dans les pays capitalistes, il n’y a pas d’autre horizon que les cycles de la production et de la consommation capitalistes, qui sont par ailleurs très nombreux, puisque le capitalisme a multiplié les modes, les marchés, les possibilités de se « différencier », d’occuper son temps.

Et c’est pour cela, notamment, que la cassure imposée par la pandémie marque la seconde crise générale du capitalisme. Le rythme du capitalisme a été cassé, son cours normal a été stoppé et modifié (…).

[citation d’un document du PCF(mlm) de janvier 2020, soit juste avant la pandémie:] « Les années 2000 ont été marquées par d’immenses modifications technologiques généralisées – depuis les téléphones portables jusqu’à l’informatisation et internet – permettant au capitalisme d’affiner ses initiatives, de procéder à des modernisations, de relancer de nouvelles consommations, certains secteurs l’emportant sur d’autres.

Les années 2010 ont été le prolongement des années 2000, avec à la fois une consommation de masse encore plus élargie et, en même temps, un gouffre séparant une haute bourgeoisie aux mœurs toujours plus oligarchiques, décadentes, et les larges masses.

Pour nous, la période 1989-2019 n’a été qu’une parenthèse et c’est justement parce que telle a été sa nature qu’il y a eu un développement significatif des idéologies post-modernes, à l’initiative d’intellectuels identitaires produits par l’impérialisme (fondamentalisme islamiste, théorie du genre et LGBT, idéologie de la décroissance, etc.).

Les années 2010 ont comme aspect principal précisément d’aboutir à un retour aux années 1980, ou aux années 1930, ou aux années 1910, c’est-à-dire à une période où la bataille pour le repartage du monde est engagée, où le capitalisme s’enlise et n’est plus capable de satisfaire à ses propres exigences d’élargissement du profit. »

Le second document fait de la crise sanitaire une crise de croissance. Le capitalisme a connu une formidable expansion, la preuve les gens des pays capitalistes l’ont tous (ou presque) accepté ces trente dernières années. Mais l’apport de l’intégration des pays de l’Est et de la Chine comme usine du monde a formé un élan d’expansion destructeur ne pouvant pas durer éternellement.

La crise sanitaire est l’expression cette limite, par le heurt entre le capitalisme conquérant, bouleversant la planète comme Biosphère, et la vie elle-même.

On peut résumer comme suit, même si c’est caricaturer le propos :

– pour le premier document, la crise est une preuve de plus que le capitalisme a perdu ;

– pour le second document, la crise est la preuve concrète que le capitalisme a gagné.

Naturellement, cela sous-tend deux difficultés. Les auteurs du premier document doivent en effet prouver que la décomposition a bien lieu depuis trente ans, et de plus trente ans de décomposition, c’est long… comment expliquer que le capitalisme tienne encore?

Les auteurs du second document disent qu’il y a une « seconde crise générale du capitalisme » qui s’est ouverte en 2020. Il va falloir que les faits donnent raison à cette analyse des événements comme « cataclysmique » et cela on le saura assez rapidement.

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Gauche pour le Parti: trois lignes programmatiques

Voici trois exemples d’affirmation idéologique affirmant être à la hauteur d’une époque vue comme nouvelle.

La crise a estomaqué une large partie de la Gauche et de nombreuses structures ont disparu du jour au lendemain (tel en juillet 2020 le Rassemblement Organisé des Communistes Marxistes-Léninistes et le Parti Communiste Maoïste). C’est qu’il y avait trop de questions, trop de pression. Les choses se virent attribuer une dimension nouvelle, poser une ligne idéologique de gauche était trop compliqué. D’où un repli encore plus grand vers le côté « pratique », avec des initiatives « militantes », mais sans assumer un positionnement réel sur le plan des idées.

On peut citer néanmoins trois exemples, avec trois structures qui, comme le dit l’expression, « envoient du lourd », puisqu’il s’agit pas moins que de refonder « le Parti ». Profitant d’un arrière-plan idéologique développé, la crise a littéralement alimentés ces structures sur le plan des idées, leur accordant un réel optimisme au sujet d’une nouvelle affirmation programmatique. Leurs approches sont cependant évidemment très différentes.

La tendance Révolution Permanente du Nouveau Parti Anticapitaliste pose ainsi une nouvelle approche militante, conforme selon elle à un changement d’époque et de mentalités. Il y aurait un nouveau profil aux luttes et il faut s’y conformer. Voici des extraits du document du 30 mars 2021 La nouvelle génération ouvrière et la nécessité d’un Parti Révolutionnaire des Travailleurs, dont le titre résume parfaitement la conception.

« Depuis plus d’un an, la pandémie de coronavirus a ouvert une situation de crise aux conséquences durables. De fait, pour assurer le remboursement de la dette publique contractée et restaurer le taux de profit des entreprises capitalistes, les classes dominantes se préparent en effet à faire payer les travailleurs à coup de réformes néo-libérales, d’augmentation de la productivité et de mesures d’austérité. Or, face à cette sombre perspective, aucun projet politique à même de défendre les intérêts des travailleurs avec une stratégie à la hauteur ne semble émerger.

Une situation en profond décalage avec la politisation et les luttes intenses qui se sont enchaînées ces cinq dernières années en France.

En 2016 contre la Loi Travail, en 2018 dans le cadre du mouvement contre la réforme ferroviaire et de la lutte contre la sélection à l’université, en 2018-2019 avec le mouvement historique des Gilets jaunes, en 2019-2020 avec le mouvement contre la réforme des retraites et la grève historique du secteur des transports francilien. Dans différents secteurs on a en parallèle assisté à un renouveau des luttes, comme dans l’Éducation Nationale ou du côté des personnels des universités (…).

En ce qui concerne le NPA, un tel recul de sa capacité d’intervention est évidemment en lien avec la crise profonde que traverse le parti et qui fait aujourd’hui peser sur lui une menace d’implosion. Mais cela n’est que le dénouement d’un long processus, initié par la LCR dans les années 1980-1990, d’abandon d’une stratégie centrée sur le rôle de la classe ouvrière (dont le néo-libéralisme avait proclamé la mort), au profit de l’intervention dans les « mouvements sociaux », avant de se dissoudre dans un parti large non délimité stratégiquement, le NPA.

Du côté de Lutte Ouvrière, qui possède encore des bastions dans des secteurs stratégiques, règne une forme de scepticisme, accompagnée d’une dose de nostalgie du vieux mouvement ouvrier français, façonné par le PCF.

Ce scepticisme, qui rejette toujours la faute sur les travailleurs qui ne voudraient pas lutter, couvre en réalité le refus de prendre une part active au travail d’organisation des couches les plus avancées de la classe et d’une nouvelle génération ouvrière en gestation, ainsi que de combattre la politique néfaste des directions syndicales bureaucratiques (…).

Le mouvement ouvrier a vu notamment émerger une nouvelle génération qui pourrait être le levier de la construction d’une organisation de ce type. Nous l’avons vu pour la première fois en 2014, dans la grève de la SNCF, où, ne partageant pas les codes de la gauche politique et syndicale, voire partageant de façon peu consciente ceux de personnages confusionnistes comme Dieudonné (nous étions au sommet du phénomène des « quenelles »), ils et elles ont été souvent boudés par les militants d’extrême-gauche.

Depuis, nous les avons vu prendre leur place dans chacune des grandes mobilisations qui ont traversé le pays, avec des profils très variés : souvent racisés et issus de l’immigration dans les grandes agglomérations, ouvriers et ouvrières gilet-jaunisés dans la France périurbaine, militantes et militants syndicaux combatifs ou travailleurs du rang… (…)

Au NPA – Révolution Permanente, nous avons eu le mérite relatif d’avoir saisi l’émergence de cette nouvelle génération ouvrière assez tôt et d’avoir essayé de fusionner avec elle.

Que ce soit dans le cadre de la « Bataille du Rail » de 2018 avec la construction de la rencontre Intergare, de la grève victorieuse d’Onet, du mouvement des Gilets jaunes, du mouvement des retraites au travers de la coordination RATP-SNCF, où actuellement des grèves de Grandpuits et des agents d’entretien des voies (Infra-pôle) de Gare du Nord, nous sommes intervenus avec une même logique : celle de déployer dans chaque bataille un arsenal stratégique et programmatique qui permette de pousser ces expériences le plus loin possible, en sortant du cadre imposé par la routine syndicale.

C’est au travers de ces expériences que nous avons pu faire entrer dans nos rangs de nombreux jeunes militants ouvriers, parmi lesquels de véritables figures dans leur région ou branche, à l’image d’Anasse Kazib à la SNCF, d’Adrien Cornet chez Total, de Gaëtan Gracia dans le bastion toulousain de l’aéronautique, de Christian Porta chez Neuhauser (industrie agro-alimentaire) en Moselle, mais aussi de jeunes militants comme Rozenn à Chronodrive ainsi que d’autres camarades dans le privé ou dans le public, à la RATP, dans la Santé, la Culture ou l’Éducation Nationale.

C’est aux côtés et au travers de ces militants que nous souhaitons aujourd’hui lancer une campagne autour de la nécessité d’un Parti Révolutionnaire des Travailleurs. »

La tendance Révolution Permanente du NPA affirme ainsi, pour résumer, qu’elle a réussi à attirer à elle une nouvelle génération, que cela donne du sens à un nouveau projet. De manière intéressante, c’est l’inverse qui est vrai pour le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF). Lui dit qu’il a réussi à attirer à lui l’ancienne génération et que cela donne du sens à un ancien projet. Il s’agit en effet de refonder le Parti Communiste Français tel qu’il a existé dans les années 1970-1980.

Le PRCF a historiquement un pied dans le PCF et un pied dehors, désormais la ligne est celle de prendre sa place. En ce sens, le PRCF vise à présenter un candidat à la prochaine présidentielle, afin d’établir un réel socle pour un « Frexit progressiste ». Voici un extrait de la Déclaration du Secrétariat national du PRCF du 1er avril 2021.

« Voilà pourquoi, pour sortir rapidement et définitivement de ce cauchemar sans fin, il est vital de proposer la seule alternative en mesure d’empêcher un nouveau scénario catastrophe en 2022 que serait un faux « duel » et vrai duo Macron-Le Pen, entre le tyran nostalgique de la monarchie qui déroule un tapis brun à la fascisation en célébrant Maurras et Pétain à longueur de temps, et la mensongère « souverainiste » du prétendu « Rassemblement national » qui ne veut sortir de l’euro, ni de l’UE – dont la responsabilité dans le désastre sanitaire est immense, à l’image de la Commission européenne appelant à 63 reprises les États-membres, entre 2011 et 2018, à « réduire les dépenses de santé » –, ni de l’espace Schengen, ni de l’OTAN, ni du capitalisme. 

Cette alternative franchement communiste et franchement insoumise ne peut être que rouge-tricolore, nécessitant une rupture définitive et totale avec l’euro, l’UE, l’OTAN et le capitalisme exterministe.

Elle ne peut pas s’incarner dans une resucée d’« union de la gauche » associant les faux « socialistes » et « écologistes » et les « communistes » et « insoumis » édulcorés, autant de forces discréditées aux yeux des classes populaires – et notamment de la classe ouvrière – et faisant miroiter une impossible « Europe sociale ».

Cette alternative rouge-tricolore, patriotique et populaire, antifasciste et internationaliste – en cela diamétralement opposée à l’utopique et dangereuse « union des souverainistes des deux rives », qui sert de marchepied au RN –, écologiste et anticapitaliste, est portée par le PRCF et son porte-parole désigné Fadi Kassem.

Partout en France, de nombreux militants sont actifs dans la campagne auprès des communes rurales et populaires, des travailleurs – dont ceux de la classe ouvrière – et des citoyens attachés à la République une et indivisible, sociale et laïque, souveraine et démocratique, fraternelle et pacifique, alors que le risque d’effondrement de la France et de fascisation mortelle pour le mouvement ouvrier et les forces progressistes, à commencer par les communistes, ne cesse de s’accroître.

Plus que jamais, il est temps d’en finir avec le pseudo « Nouveau Monde » de Macron et ses laquais et l’Ancien Monde incarné par le RN et ses satellites. Afin qu’adviennent les « nouveaux Jours heureux » dont nous avons urgemment besoin, rejoignez le PRCF et menons, tous ensemble en même temps, la campagne en faveur de la seule alternative en mesure de faire gagner le monde du travail en 2022, celle de l’alternative rouge-tricolore pour une souveraineté nationale et populaire pleine et entière. Plus que jamais, Frexit progressiste, et vite ! »

Enfin, à rebours du terrain « militant » trotskiste de la tendance Révolution permanente du NPA et de l’affirmation électorale du PRCF, qui sont très concrètes, on trouve l’option maoïste, bien plus abstraite ou bien plus conceptuelle. Dans la perspective de la révolution culturelle, il y a chez le PCF(mlm) l’idée de suivre l’époque « avec de la hauteur » et de considérer qu’il faut l’idéologie au poste de commande, pour tout révolutionner. Voici ce qu’on lit notamment dans Le marxisme-léninisme-maoïsme est l’idéologie communiste de notre époque, du 1er avril 2021.

« Mao Zedong a affirmé dans les années 1960 que les 50-100 années à venir seraient celles d’un bouleversement comme l’humanité n’en a jamais connu. Cette position découlait de sa compréhension des contradictions propres à notre époque, des tendances en développement, des nécessités historiques.

Et aujourd’hui, au début des années 2020, l’humanité toute entière sait que plus rien ne peut être comme avant. Il y a le constat du rapport destructeur à la Nature, avec des contre-coups tel le COVID-19 et le dérèglement climatique, mais en général il est flagrant que le modèle de vie proposé par le capitalisme est à bout de souffle moralement et culturellement.

C’est la raison pour laquelle les gens sont tétanisés : ils sentent que le changement doit être complet, qu’il va falloir révolutionner les modes de vie, modifier les conceptions du monde, changer les rapports aux animaux, à la Nature en général, et bien entendu transformer l’ensemble des moyens de production et des manières de consommer.

Le défi est d’autant plus immense qu’il exige une réponse mondiale. En ce sens, nous affirmons que la position communiste est de parvenir à une révolution dans un pays donné, afin d’en faire l’exemple à tous les niveaux pour le reste de l’humanité (…).

Les années de référence doivent être 1948-1952 pour l’URSS et 1966-1976 pour la Chine populaire, ces deux périodes formant l’aboutissement le plus développé de l’expérience communiste (…). Le marxisme-léninisme-maoïsme n’est pas une méthode, il ne fournit pas des recettes : il est une vision du monde et par conséquent il doit être une réalité pour tous les aspects de la vie (…).

Nous affirmons que l’irruption de la crise du COVID-19 correspond à l’affirmation de la seconde crise générale du capitalisme, que l’idéologie marxiste-léniniste-maoïste doit en comprendre tous les aspects et fournir les réponses à la crise, à tous les niveaux.

C’est le sens de la révolution mondiale que d’être un bouleversement à tous les niveaux, dans tous les domaines ; la guerre populaire est la systématisation des réponses communistes à tous les niveaux, dans tous les domaines. »

On a là trois perspectives bien différentes, avec trois structures présentant certainement les économies politiques les plus développées à gauche. La raison en est bien entendu qu’on a ici trois traditions bien françaises : le trotskisme, le PCF, le maoïsme. Ancrées dans leurs traditions, elles se relancent. De manière fictive ou réelle ? Il est évident qu’une seule de ces mises en perspective peut se concrétiser.

Aussi différentes qu’elles soient, ces lignes programmatiques sont en effet opposées dans leur fond. Et pas simplement sur le plan des idées : dans leur démarche même, cela n’a rien à voir. La tendance Révolution permanente du NPA propose un activisme militant dans l’air du temps pour un Parti de lutte, le PRCF vise à la mise en place d’un Parti de masse pour une affirmation patriotique et sociale, les maoïstes proposent une introspection idéologique pour s’élancer culturellement à travers un Parti de cadres.

Cela reflète, dans tous les cas, une maturation de fond de la société française. Si on ne peut pas encore parler ici de résurgence, car c’est somme toute très marginal, il y a en tout cas une sorte de réaffirmation, comme si les dés de l’Histoire s’étaient remis à rouler.

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La vision du monde du PCF pour son centenaire: les sympathisants

Le Parti Communiste Français, ce n’est pas que des cadres et des adhérents, c’est aussi une hypothèse : celle « du Parti ».

Il y a les cadres du PCF, avec leur hypothèse d’une démocratie avancée utilisant l’État pour contrer le capitalisme ; il y a la base du PCF, issue d’une socialisation de masses par la contre-société liée au PCF et ses organismes de masses. Mais il y a également les sympathisants, qui forment au sens strict ce qui fait vivre le PCF.

Il y a en effet en France des gens dont les yeux s’illuminent quand on parle « du Parti ». Cela ne veut pas dire que pour eux le PCF soit « le Parti », mais ils vivent pour autant dans cette culture. Ils diffusent une culture « Parti » qui joue un rôle essentiel dans l’existence du PCF.

C’est très paradoxal, car le PCF ne se veut pas du tout « Le Parti » et ce depuis longtemps. Et les gens qui ont cette culture « Parti » sont parfois à l’extérieur du PCF, voire totalement contre lui. Mais le PCF est irradié par cette culture voulant que l’absence « du Parti » est considéré comme impossible. Ayant encore un poids suffisant en termes de membres et d’élus, le PCF surnage en tant que l’hypothèse « Parti », même bancale. S’il disparaissait, un autre « Parti » réapparaîtrait, tellement ce besoin est porté par beaucoup de gens.

Une affiche du Parti Communiste Français de 1958

Il faut bien faire attention à ne pas confondre ceux qui veulent « le Parti » et ceux qui disent qu’ils veulent le construire. Ce n’est pas du tout pareil. La tradition « communiste révolutionnaire » dit qu’elle veut fonder « le Parti » mais elle considère que ce sera un aboutissement. On est là historiquement dans l’approche trotskiste (Lutte Ouvrière, des courants du Nouveau Parti Anticapitaliste, etc.) et assimilé (Voie Prolétarienne, UPML, UC Lyon, etc.).

Cette tradition repousse ce qui fait justement « Le Parti »: une idéologie bien déterminée, une lecture immédiate en termes de pouvoir, d’appareil d’État, bref une ambition politique extrêmement poussée. Elle parle du Parti comme produit de luttes futures, d’assemblages de gens en résistance, etc. Ce n’est pas du tout la tradition « du Parti » qui implique l’ambition de présenter une direction politique, dans le sens d’une révolution.

Le PCF n’a plus cette ambition, mais il n’a pas changé de nom et il profite de cette aura. Les sympathisants du PCF l’entrevoient de cette manière et le valorisent pour cette raison. Le PCF, c’est l’hypothèse historique du Parti, un espoir, une attente. Il y a d’ailleurs beaucoup de concurrence sur ce plan. Si on part d’un point de vue historique, il y a deux tendances oppositionnelles générales, se subdivisant elles-mêmes.

Le canal habituel : PRCF et PCRF

On parle ici de gens directement issus du PCF, où ils forment une tendance oppositionnelle organisée en 1991 avec la Coordination communiste. En 2000, la majorité décide de vivre sa vie de manière indépendante, ce qui donne l’Union des Révolutionnaires-Communistes de France devenant le Parti Communiste Révolutionnaire de France. La minorité décide de garder un pied dans le PCF, un pied dehors, pour ne pas se marginaliser, ce qui donne le Pôle de renaissance communiste en France.

Le canal historique : PCOF et PCF(mlm)

On parle ici de gens qui sont totalement coupés du PCF et de ce qui s’associe à lui depuis les années 1960. Le PCF est considéré comme ayant perdu sa nature dans les années 1950, en s’alignant sur les positions soviétiques « révisionnistes ». Il s’agit ainsi de relever le drapeau en réaffirmant l’hypothèse communiste, quitte à être très minoritaire : il en va du flambeau, de la possibilité d’une affirmation communiste. D’où le terme de Parti du côté du Parti Communiste des Ouvriers de France et du Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste).

Pour faire court, le PRCF a la nostalgie du PCF des années 1980, il est très marqué par un côté patriotique. Le PCRF regrette celui des années 1960, avec le romantisme cubain notamment. Le PCOF, lié à la tradition dite « pro-albanaise » (avec Enver Hodja), se tourne en quelque sorte vers celui des années 1940, avec des résistances populaires de masse à développer. Le PCF(mlm), lié à la tradition « pro-chinoise » (avec Mao Zedong) veut un Parti Communiste assumant la révolution culturelle, raisonnant en termes de vision du monde.

Le siège du PCF à Paris, en 1953

Le PCF, pour son centenaire, est ainsi difficile à appréhender. Il y a celui des cadres, celui de la base, celui des sympathisants de l’hypothèse « du Parti ». Lequel est dans le vrai ? On va rapidement le savoir, dans un tel contexte de crise, tellement les différences sont marquées.

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La guerre continue et tant l’Arménie que l’Azerbaïdjan basculent dans le fanatisme

L’Arménie et l’Azerbaïdjan continuent de s’affronter malgré des cessez-le-feu non suivis ; ils sont lancés dans un jusqu’auboutisme nationaliste forcené.

La situation militaire est toujours aussi tendue et sanglante au Nagorny-Karabagh, malgré des appels plus ou moins hypocrites de la Russie et des accords de cessez-le-feu non suivis d’effets. C’est que les protagonistes se sont auto-intoxiqués dans un nationalisme ultra catastrophique ; les appels à la mobilisation totale sont de rigueur, avec la haine nationaliste la plus farouche largement diffusée, avec toute la force que peuvent avoir des États.

Cela fait très peur du côté arménien. Car l’Arménie a tout à perdre et pourtant ceux aux commandes sont des fous furieux. Ainsi, à Etchmiadzin, à la périphérie d’Erevan (la capitale arménienne), on trouve le catholicossat de tous les Arméniens. Une église abrite la croix de l’armée arménienne, avec prétendument un morceau de la croix sur laquelle fut crucifié Jésus Christ… Et cette croix vient d’être amené au Nagorny-Karabakh !

C’est là une expression du délire nationaliste-religieux quant à une Arménie existant depuis la nuit du temps, avec un fanatisme anti-« turc » où par turc on entend turc, tatar, azéri, musulman, etc.

Tant en Arménie qu’en France on a de ce fait une intense activité de la Droite la plus réactionnaire et religieuse, dont Nouvelles d’Arménie Magazine se fait l’écho notamment, comme avec cette tribune ultra-réactionnaire de Mooshegh Abrahamian, se résumant aux propos suivants :

« L’avant-poste arménien de ce combat millénaire pour la civilisation chrétienne tiendra-t-il jusqu’à la prise de conscience des nations occidentales seules capables de stopper ce rouleau compresseur qui atteint désormais leurs rives ? »

Ces propos relèvent de la guerre de civilisation et sont tout à fait conformes à l’idéologie de Jean-Marie Le Pen des années 1980 ; on est d’ailleurs dans un contexte d’une Droite « populaire », beauf, brutale et anti-communiste à l’offensive. C’est tellement vrai que début octobre Libération a été obligé de retirer face à la pression un de ses articles, « Face à l’Azerbaïdjan, l’extrême droite française défend l’Arménie », qu’on peut retrouver sur un site de Gauche l’ayant republié en étant passé à côté d’une polémique hallucinante et malheureusement symptomatique.

Cette « sainte-alliance » des réactionnaires « occidentalistes » a évidemment son pendant du côté azerbaïdjanais. Les victoires militaires azerbaïdjanaises, avec la conquête de quelques villages, ont amené une propagande nationaliste sans limite, parlant de victoire totale à l’horizon, sans évidemment un seul mot pour la population arménienne. Ici, il n’est pas parlé d’épuration ethnique mais c’est très clairement sous-entendu. Il n’y a aucun appel envers la population arménienne du Nagorny-Karabagh et il est évident que l’État azerbaïdjanais fera tout pour qu’elle s’enfuit.

Le président du parlement turc, Mustafa Sentop, est également en visite officielle en Azerbaïdjan, ajoutant de l’huile sur le feu ; sa visite témoigne du rôle de la Turquie pour accentuer les violences, l’offensive, la démarche anti-démocratique.

À l’arrière-plan, on a aussi l’Azerbaïdjan qui a balisé le terrain avec de multiples contacts, voire des contrats directs comme celui de l’ambassade d’Azerbaïdjan en France signé en 2018 avec Albera conseil, une agence de communication dirigée par Patricia Chapelott.

La situation est vraiment celle d’une guerre dont on voit mal la sortie et il est d’ailleurs intéressant de voir à ce sujet le positionnement de la Gauche relevant de la tradition communiste.

Le PCF ne prend pas position sur le découpage géographique de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan à l’époque de l’URSS, tout en prenant ouvertement partie pour que le Nagorny-Karabakh devienne une république indépendante arménienne. Le PRCF a une position relativement similaire, publiant même un communiqué de communistes arméniens appelant Poutine à intervenir pour mettre un terme à cette situation.

Le PCRF souligne quant à lui que la guerre est l’expression du démantèlement de l’URSS et des visées géopolitiques des uns et des autres ; du côté du PCF(mlm) on a une longue présentation du rapport arméno-azerbaïdjanais avec une valorisation de l’esprit du bolchevisme caucasien, tenant d’une unité transcaucasienne visant à assécher toute expression de nationalisme.

C’est que la question est finalement simple : la solution au conflit passe-t-elle par un retour en arrière à la ligne communiste des années 1920, avec une unité caucasienne opposée aux nationalismes, ou à la scission radicale des deux pays, avec un encadrement international ?

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La recomposition des positions maximalistes de la Gauche avec la crise

Dans le contexte actuel de crise, il y a des mouvements de fond qui ne trompent pas. Une partie de la Gauche cherche à se placer dans un axe de combativité avec un fond réel.

Que de nombreuses organisations de la Gauche française demandent la gratuité des masques est une chose. On peut considérer cela comme normal ou facile, en tout cas cela ne va pas très loin. Mais que le PCF diffuse une pétition où il est demandé pas moins qu’une hausse du SMIC de 20 %, là pour le coup c’est une élévation significative du niveau de combativité revendicative. D’autant plus que la pétition demande également la chose suivante :

« Interdire les licenciements des grands groupes bénéficiant de fonds publics et instaurer un droit de contre-propositions des salarié·es et des habitant·es pour sécuriser l’emploi au lieu de baisser le «coût du travail». »

Les connaisseurs auront reconnu ici très exactement la stratégie du PCF des années 1980 formulée alors par l’économiste Paul Boccara. C’est ici un coup de barre à gauche, très à gauche en tout cas, pour le PCF, ou du moins un certain « retour aux sources ». Exiger une revalorisation du SMIC à hauteur d’un cinquième, c’est s’aligner sur un maximalisme conflictuel.

Et c’est indubitablement dans l’air du temps, que ce soit en France ou en Europe. Le PCF a ainsi également mené une initiative commune européenne d’une dizaine de partis avec le groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) au Parlement européen, pour une autre pétition.

On y lit principalement que :

« Nous voulons garantir l’accès pour tous aux diagnostics, aux traitements et aux vaccins contre le Covid-19. Les multinationales pharmaceutiques ne doivent pas faire de profits sur cette pandémie, au détriment de notre santé (…).

La Commission européenne doit garantir que les vaccins et les traitements anti-pandémiques deviennent un bien public mondial, librement accessible à tous. »

Les signataires sont le Parti des travailleurs belges (Belgique), Podemos et Izquierda Unida (Espagne), Sinn Fein (Irlande), Socialistische Partij (Pays-Bas), AKEL (Chypre), Potere al Popolo et Rifondazione Comunista (Italie), Bildu (Pays Basque), le Parti communiste de Bohème et Moravie (République tchèque) et Die Linke au Parlement européen (Allemagne).

C’est ici une recomposition assez importante, puisqu’on a des partis post-bloc de l’Est (le PCF, die Linke, Rifondazione Comunista…) et d’autres relevant de mouvements qu’on peut définir comme basistes, souvent issus des des années 1970 (le PTB, le Sinn Fein, Bildu, Podemos…).

On ne peut pas voir cela autrement que comme un alignement : il s’agit de se placer de la manière la plus efficace possible par rapport à la prochaine constellation politique. Pour cela, il faut évidemment une base programmatique : ici la Gauche programmatique surclasse totalement une gauche « militante » à la fois déboussolée et désorientée. Déboussolée, car elle ne profite plus de ses terrains de jeux que sont les manifestations, rassemblements et autres réunions symboliques, désorientée, car n’ayant aucune base théorique, elle ne sait pas vers où se tourner.

La Gauche programmatique envoie ainsi du lourd ; on notera d’ailleurs que cette Gauche avait été le plus souvent très critique envers les gilets jaunes, voire les avaient littéralement rejetés comme relevant de la réaction.

Le Parti Ouvrier Indépendant et le Parti Ouvrier Indépendant Démocratique ont ainsi choisi tant l’un que l’autre la question des licenciements comme le levier des combats à venir. Historiquement très liées au syndicalisme (avec la CGT-FO), elles tablent sur toute une série de bataille. Lutte Ouvrière élargit de son côté le terrain à la question des aides aux entreprises et s’attend à des luttes massives et déterminées. L’opposition aux licenciements ira de pair avec la question des financements gouvernementaux.

On a là des dynamiques axées sur l’économie, par des organisations très marquées par le programme de transition de Trotsky. D’autres entrevoient une sorte de rébellion plus ample.

Les maoïstes du PCF(mlm) considère qu’on est rentré dans l’époque de la seconde crise générale du capitalisme. Il faut ainsi s’appuyer sur une grille de lecture capable de voir comment la société entre en décadence à tous les niveaux, ce qui permet de lire les antagonismes se levant en réponse et de calibrer la proposition stratégique communiste.

Le PRCF, très influent sur une partie de la CGT (voire du PCF), voit lui en le plan de sauvetage européen un saut qualitatif de l’Union européenne ; il s’agit de s’y arracher par un FREXIT progressiste. L’enjeu, c’est l’unité par une Convergence nationale des résistances (CNR) fédérant communistes, Insoumis, progressistes et patriotes sincèrement antifascistes, syndicalistes de combat, travailleurs, Gilets jaunes, artistes révolutionnaires, etc.

Le PCRF a une approche à la fois similaire et différente du PRCF (ils ont la même origine, la gauche du PCF des années 1990), avec la proposition d’un Front d’Action sociale regroupant toutes les victimes du capitalisme, leurs associations de masse, syndicats, partis, contre la politique des monopoles et leurs gouvernements. Il faudrait alors en soutenir l’aile anticapitaliste.

Pour ces structures, et pour d’autres du même type, la situation actuelle est une revanche. Elles ont bu la tasse avec tout l’activisme débridé partant dans tous les sens ces derniers mois, voire ces dernières années, même si certaines ont cherché à profiter de La France Insoumise ou de la CGT. Elles profitent ici de n’avoir pas abandonné le fait de mettre en place un corpus théorique (ou de le conserver).

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Politique

La Gauche française et les 75 ans de la victoire sur l’Allemagne nazie

Si le 8 mai est un jour férié, de dimension nationale, la victoire sur le nazisme est considérée comme un aspect essentiel du dispositif idéologique et culturel de toute une partie de la Gauche. On peut pratiquement parler de fracture et il y a une profonde réactivation du courant communiste « historique ».

Il y a 75 ans, l’Allemagne nazie capitulait face aux Alliés. La version finale de cette capitulation arriva tard le soir, ce qui fit qu’en URSS c’était déjà le 9 mai, ce qui amène une double célébration internationale, le 8 mai pour les uns, le 9 mai pour les autres. Quant aux Allemands, tout comme étrangement les Autrichiens, ils ne célébraient rien du tout, considérant la défaite de l’Allemagne nazie comme leur propre défaite.

La Gauche allemande était terriblement choquée de ce constat et une large partie des socialistes d’Allemagne décida d’ailleurs de s’unifier avec les communistes, afin de faire face à la gigantesque tâche de réforme démocratique. Cela donna l’Allemagne de l’Est, alors qu’à l’Ouest les anciens nazis occupèrent l’ensemble de l’appareil d’État et les grandes entreprises. Le fondateur des services secrets ouest-allemands, Reinhard Gehlen, qui les dirigea jusqu’en 1968, fut d’ailleurs l’un des co-planificateurs de « l’opération Barbarossa » et ensuite le responsable des services secrets dans le cadre de l’invasion de l’URSS.

En France, la Gauche profitait à l’inverse évidemment d’une profonde unanimité. Cependant, la reconnaissance du 8 mai a toujours été une bataille. Si dès 1946, il y a une commémoration annuelle, le 8 mai n’est férié qu’à partir de 1953, à la suite d’une longue lutte.

De Gaulle supprime alors le 8 mai comme jour férié en 1959. Les commémorations restent. En 1975, Valéry Giscard d’Estaing supprime les commémorations. Toutes ces décisions reposent évidemment sur les besoins de la « réconciliation » dans le cadre de la construction européenne.

En 1981, c’est alors François Mitterrand qui rétablit à la fois les commémorations du 8 mai et cette date comme jour férié. C’était inévitable de par l’esprit et la culture de la Gauche. Mais son statut est précaire. Valéry Giscard d’Estaing avait fait du 11 novembre la journée des morts de la France et c’est de nouveau le cas depuis 2012. La suppression du 8 mai est une vraie hypothèse.

La raison de cette situation est que l’Union européenne a remplacé, pour une large partie de la Gauche, le mouvement ouvrier. Si le Parti socialiste mentionne les 75 ans de la victoire au détour d’un message twitter (et le même sur facebook), son dirigeant Olivier Faure n’en parle pas. EELV ne fait pareillement qu’ un message twitter, pour ne même pas parler des 75 ans, mais de la répression sanglante des émeutes tout aussi sanglantes en Algérie française le même jour. C’est d’ailleurs un des thèmes récurrents de la « seconde gauche », violemment anti-communiste.

Du côté de ceux assumant la tradition communiste, le 8 mai est par contre sacré et ces 75 ans forment un prétexte tout particulier de réaffirmation identitaire et culturelle, particulièrement marquée cette année. Le PCF reste sobre en saluant les 75 ans, mais dénonce tout de même la ministre des armées ne saluant que les pays alliés actuellement à la France pour leur soutien à la Libération (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Australie, Nouvele-Zélande), y voyant un plan pour « oublier » l’armée rouge.

Qu’en 2020 le PCF soit obligé de souligner l’importance de l’armée rouge en dit long sur la puissance de toute une tradition. On ne doit donc pas s’étonner de voir des initiatives encore plus hardies dans le cadre de ceux en « compétition » pour qu’un nouveau PCF émerge.

Du côté du Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF), il y a une Déclaration internationale de Partis communistes pour le 8 mai, qui a d’ailleurs été également signé par le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), qui a de son côté organisé un débat vidéo avec l’historienne Annie Lacroix-Riz. Il y a aussi un article saluant « les libérateurs au drapeau rouge » et dénonçant l’interprétation historique de la seconde guerre mondiale de l’Union Européenne (voir «L’Importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe», un texte contre la Gauche).

Mais en fait le PCF a signé également cette déclaration, ce qui est très intéressant ou marquant ou surprenant, comme on le voudra, car il est parlé de l’URSS comme d’un « Etat socialiste », ainsi que du « peuple héroïque soviétique et à l’Armée rouge, dirigée par le Parti communiste, dont la contribution, écrite dans des pages héroïques telles que les batailles de Moscou, de Léningrad et de Stalingrad ».

Cette notion de batailles décisives est précisément battu en brèche par les maoïstes du PCF(mlm) qui ont de leur côté publié un dossier sur « la grande guerre patriotique », comme l’URSS appelle de son côté la seconde guerre mondiale, insistant sur « l’art opérationnel » élaboré alors.

Et dans la déclaration internationale, signé par une soixantaine de partis dans le monde, on lit le même genre de discours que chez le PCF(mlm), puisqu’il est affirmé que « les secteurs les plus réactionnaires et agressifs de l’impérialisme voient de plus en plus le fascisme et la guerre comme une « sortie » de l’aggravation de la crise du système capitaliste ».

C’est là un retour en forces des thèses communistes « historiques », avec tout une gamme de rapports à Staline : un peu (PRCF), beaucoup (PCRF), à la folie (PCFmlm), pas du tout (PCF). D’ailleurs, les autres courants ne parlent pas des 75 ans de la victoire sur le nazisme, soit par désintérêt (les maoïstes « post » Staline, les anarchistes), soit par rejet historique de la Résistance (Lutte Ouvrière ne dit rien, le NPA porte quant à lui un regard très critique).

A-t-on ici un renouveau historique du Communisme comme mouvement, ou un simple rappel formel des fondamentaux ? L’avenir le dira.

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Écologie

Le Covid-19 et les critiques écologistes du mode de vie

La gauche « alternative », au sens le plus large, insiste particulièrement sur une remise en cause nécessaire à la suite de la crise sanitaire actuelle. Elle ne se contente pas de vouloir un système de santé plus performant, elle attend une critique d’aspects qu’elle considère comme prévalents dans le monde aujourd’hui.

Il y a évidemment les écologistes récents, pour qui l’écologie n’est qu’une camelote prétexte à des discours anticapitalistes relookés. Il y a tout un discours de « front uni » qui est hautement révélateur d’une tendance au bric-à-brac masquant avec difficulté une incapacité à combiner le fait d’être de gauche et d’être écologiste (ou encore vegan, ou les deux).

L’un des exemples les plus marquants, c’est la revue en ligne Reporterre, qui a été littéralement incapable d’analyser la crise suivant un point de vue autre que anti-État. Le discours zadiste assumé (avec également une bande dessinée réussie mais caricaturale) témoigne d’une indigence intellectuelle concernant les points les plus fondamentaux de l’écologie.

Il y a heureusement des initiatives cohérentes, car portées de véritables réflexions. Il va de soi que ces réflexions ne datent pas d’une semaine, ni même d’un an ; elles représentent un véritable travail de fond, obscur alors, mais qui apparaît en pleine lumière.

L’Analyse politique de la pandémie de Covid-19 de Génération écologie est ici exemplaire, il est d’un très haut niveau et il cogne extrêmement fort. Il est parlé de rupture historique et il est appelé à une véritable révolution intellectuelle. Tout se résume d’ailleurs lorsqu’il est expliqué que :

« La pandémie n’est donc pas un perturbateur « extérieur » à notre monde, mais le produit d’une époque, l’Anthropocène »

On reconnaît là l’approche globale, systémique, planétaire, qui cherche à mettre les choses en perspective. C’est un positionnement qu’on a déjà pu voir dans le document du PCF(mlm), La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) : un produit du mode de production capitaliste. Dans les deux cas, on a une lecture catastrophiste – ou réaliste, ou les deux -, avec l’idée que tout le monde doit changer de mode de vie et que c’est cela, une révolution. Il va de soi que cela change justement de ceux qui disent que tout est la faute des gens au pouvoir et qui s’arrêtent à cela.

On a quelque chose de moins puissant, de moins nouveau, mais inversement de particulièrement ancré dans la culture de la seconde gauche des années 1970 avec les propos de Guillaume Balas, de Génération-s. Dans L’Humanité, il reprend le discours qui fut celui du PSU et plus particulièrement d’un de ses prolongements politiques, l’AREV (l’Alternative Rouge et Verte). L’AREV disposait d’une vraie capacité d’initiative au début des années 1990, mais n’est pas parvenu à réaliser une synthèse écologiste de gauche.

Guillaume Balas reprend ce discours « post-capitaliste » :

« C’est l’ensemble des sociétés humaines telles qu’elles fonctionnent qui doit être remis en cause. Une phase de l’histoire de la mondialisation s’achève. On ne peut plus continuer avec des interconnexions sans contrôle, ni avec un modèle qui étend sans cesse les activités humaines sans respecter les territoires naturels.

Mais, nous ne pouvons pas rompre avec le productivisme sans remettre en cause la doctrine néolibérale du libre-échange absolu, voire le modèle capitaliste et son exaltation de la propriété privée comme valeur première.

Il nous faut réfléchir à des sociétés postcapitalistes à la fois démocratiques – face à la tentation de l’autoritarisme et du nationalisme –, écologiques, et avec une nouvelle forme de répartition des richesses et de la protection sociale. »

Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, tient un discours tout à fait similaire, le contenu en moins. On a pareillement un appel à changer tout de fond en comble, mais il n’est pas dit comment.

« La pandémie en cours nous appelle à reconstruire l’ordre du monde. Ni plus ni moins. L’enjeu, pour les écologistes, est immense.

Il s’agit de démontrer que le coronavirus n’est pas qu’une crise sanitaire, mais qu’il est le nom du dérèglement du monde. Le coronavirus démontre de manière paradigmatique l’ampleur des transformations que nous allons devoir engager pour faire face au réchauffement climatique. Il nous faut réinventer nos valeurs, modifier nos priorités (…).

Nous devrons proposer un imaginaire post-crise qui ouvre d’autres solutions que le dogme de la croissance, que la priorité donnée au court terme sur le long terme, que l’obsession pour la rentabilité. »

Il y a tout en cas deux positions qu’on peut cerner ici. Une logique post-crise, ou post-capitaliste, en tout cas « post », avec EELV et Génération-s. Et un appel au dépassement de toute une époque avec Génération Écologie et le PCF(mlm). Au-delà des différences, on a en tout cas bien quelque chose qui sonne authentiquement comme étant du 21e siècle.

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Politique

Décès de Lucien Sève, philosophe figure du PCF

Lucien Sève, né en 1926, est décédé le 23 mars 2020 en raison du covid-19. Il fut la grandes figure philosophique du PCF depuis le milieu des années 1970.

Pour comprendre qui était Lucien Sève et quel fut son importance, il faut basculer dans les arcanes du PCF, de la philosophie communiste, des polémiques autour du matérialisme dialectique, etc. On est là dans un espace extrêmement étroit intellectuellement, mais important politiquement.

Dans les années 1960, le grand philosophe du PCF était Roger Gauraudy ; son approche philosophique consistait en un humanisme philosophique, dans l’esprit de « l’eurocommunisme » des années 1970 qui suivra, c’est-à-dire d’une émancipation intellectuelle et culturelle par rapport à l’URSS.

Une opposition intellectuelle de la part des « pro-chinois » dans l’Union des Étudiants Communistes se développa alors, notamment sous l’influence du philosophe Louis Althusser. Ce dernier ne les rejoindra cependant pas dans leur rupture en 1966, dont le coup d’éclat consista en le document « Faut-il réviser le marxisme-léninisme ? Le marxisme n’est pas un humanisme ». Ces étudiants allaient ensuite fonder l’Union des Jeunesses Communistes (marxistes-léninistes), dont le principal prolongement sera la Gauche Prolétarienne.

Roger Garaudy finit quant à lui par rompre avec le PCF et poursuivra son orientation « humaniste » en devenant musulman, puis basculera dans la négation des chambres à gaz. Le PCF s’était quant à lui enlisé dans l’alliance avec le Parti socialiste et c’est là qu’intervint Lucien Sève, à partir de 1976, c’est-à-dire du 22e congrès marquant le triomphe de l’idéologie de Georges Marchais (le socialisme oui, la dictature du prolétariat non).

Son objectif fut, intellectuellement, le même que Maurice Thorez. Il s’agissait de justifier l’existence du PCF, de la référence marxiste voire léniniste, tout en se séparant entièrement de l’URSS de Staline. Lucien Sève s’acquitta ainsi de cette tâche en tant que philosophe officiel du PCF. L’Humanité s’est fendu d’un article nécrologique décrivant adéquatement ce rôle :

« Travaillant ardemment à sortir le parti communiste du stalinisme, il fut néanmoins très attentif à son ancrage théorique et à la fidélité aux concepts issus du marxisme.

Il tint alors, contre vents et marées, une position originale et solidement argumentée entre l’humanisme de Roger Garaudy et le structuralisme de Louis Althusser.

Sa position fut théorisée dans un ouvrage au fort retentissement publié en 1969 Marxisme et théorie de la personnalité qui se fixait pour objectif d’exposer une conception marxienne de l’individu, à rebours d’une conception désincarnée du socialisme alors en vogue. »

Lucien Sève était ainsi un penseur que l’on peut appeler ouvert ou éclectique, selon ses horizons ; il n’hésita pas à considérer que Heidegger était un nazi, mais en même temps un grand philosophe préfigurant la véritable écologie. Il se tourna également vers les penseurs opposés à Staline en URSS, tel le psychologue Lev Vygotski. Au sens strict, il définit son approche comme marxienne et non « marxiste » ; il fallait pour lui se fonder sur une approche non dogmatique pour changer la vie en profondeur, avec Marx, Gramsci ou encore Jaurès.

Il ne s’agit pas de former un dogme : « le refus d’objectiver un  » marxisme  » est bien le préalable obligé de toute authenticité marxienne ». Le paradoxe, c’est que tout cela se situait en même temps pour lui tout à fait dans la tradition marxiste-léniniste dont il se revendiquait, qu’il prétendait prolonger et dépasser.

Cette position traumatise bien entendu les tenants de cette tradition, qui ne consistent concrètement qu’en deux organisations, le niveau exigé étant particulièrement élevé. Il y a ainsi la gauche du PCF, avec le Pôle de renaissance communiste en France dont le dirigeant Georges Gastaud est lui-même quelqu’un ayant un parcours philosophique. Pour le PRCF, Lucien Sève est à la fois un ange et un diable :

« Dans le temps « court » de la lutte politique et idéologique pour la renaissance communiste, L. Sève est peu à peu devenu un adversaire. Dans la temporalité moyenne de la théorie politique, et même s’il a produit dernièrement des travaux de grand intérêt sur l’éthique ou sur le concept du communisme, l’orientation générale défendue par Sève relève principalement à nos yeux du révisionnisme théorique (…).

[Cependant] il y va des fondamentaux d’une conception communiste conséquente de la transformation de la nature et de la société. Et sur cette temporalité « longue », Sève est un allié de premier plan du marxisme orthogramme de par sa culture philosophique et scientifique de premier ordre, de par son inventivité conceptuelle et de par sa puissance polémique, critique et démonstrative difficilement surpassable. »

Le PRCF considère que les « fronts sont étanches » et que Lucien Sève peut être excellent philosophe, mais un mauvais politique. Cette conception est évidemment considérée comme aberrante pour les maoïstes du PCF(mlm) pour qui tous les fronts sont entremêlés et pour qui il faut accepter soit tout, soit rien. Il n’y a pas de marxisme sans matérialisme dialectique, donc pas sans réalisme socialiste, sans conquête spatiale, etc.

On a ici trois approches concernant l’URSS de Staline : soit s’en couper, en considérant que ce fut du national-étatisme (comme le dit Lucien Sève), mais profiter de l’élan passé pour constituer une perspective marxienne, ce qui est la ligne du PCF.

Soit ne pas s’en couper mais rectifier le tir et réfuter le côté systématique, ce qui est la ligne du PRCF. Soit l’assumer en bloc de manière invariante en constituant en noyau dur le côté systématique, ce qui est la ligne du PCF(mlm).

On a là des choses bien compliquées et dont les problématiques ne touchent que bien peu de monde. Mais le communisme étant, aussi, une passion française, on a ici des démarches très complexes, très élaborées, qui ont par conséquent un impact intellectuel et culturel massif sur la Gauche et sur les perspectives de celles-ci. Qu’il s’agisse ici de laboratoires d’idées ou bien de matrices révolutionnaires potentielles, difficile de faire l’économie de ces poids lourds dans une critique sérieuse du capitalisme.

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Politique

Coronavirus et capitalisme: les meilleures analyses

La crise due au coronavirus a appelé deux sortes de réaction. La Gauche activiste n’a pas pris la chose au sérieux, s’imaginant que cela allait rapidement passer et prenant de rares positions consistant à dire : « on attend que ça se passe ». La Gauche programmatique, c’est-à-dire la gauche sérieuse, a quant à elle produit des analyses élaborées critiquant l’ordre du monde lui-même.

La Gauche activiste ne peut pas supporter le confinement, qui pour elle aussi un confinement politique. Il n’est plus possible d’appeler aux manifestations, de mettre des photos sur Facebook, etc. Son mot d’ordre est donc que la lutte contre la réforme des retraites continue, que tout cela n’est que temporaire. Il y a, clairement, une sorte de déni par rapport à la période historique que l’on vit, car cela dérange l’unique aspect activiste.

Il y a ici une pesanteur qui est très choquante. Pour donner un exemple assez aberrant, le Parti Communiste Révolutionnaire de France n’aborde pas la question du coronavirus à part sous la forme de deux communiqués extérieurs, préférant publier les documents de son congrès qui s’est tenu… en novembre 2019.

L’OCML-VP parle carrément de la crise actuelle comme… d’une « anecdote » pour le capitalisme – un terme furieux qui insulte l’avenir de manière insensée – et appelle à se rebeller sur un mode ultra dans Coronavirus : vote, bosse et ferme-la ! :

« Jamais le patronat et le gouvernement n’auront notre soutien !

Nous ne sommes que de la chair à patron dans la guerre économique, et l’épisode Coronavirus n’est qu’une anecdote pour le capitalisme, comme d’habitude ce sera tant pis pour nous, les exploités. Jamais nous ne nous rendrons complice de notre propre exploitation ! Et Mélenchon qui ose dire que l’heure est à la cohésion et à l’entraide !

Le Coronavirus n’est évidemment pas un virus de classe, il touche également puissants et misérables. Par contre, toutes les mesures proposées ont un caractère de classe bien marqué, pas question de rentrer dans le jeu de Macron et des autres ! »

L’unique document valant sans doute le coup de ce côté ici est Le confinement ne s’applique pas aux exigences ouvrières et populaires !, du Parti Communiste des Ouvriers de France, qui a le mérite de chercher à justifier un tel positionnement.

Du côté de la Gauche programmatique, on a par contre un véritable effort de réflexion, s’appuyant sur un engagement militant. Les points de vue sont par contre très différents, correspondant aux mentalités relevant d’idéologie. S’agit-il de critiquer le gouvernement ? Le capitalisme ? Le capitalisme à l’échelle mondiale ?

Il y a, déjà, ceux prenant l’écologie au sérieux. L’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste a publié, dans son bulletin, une analyse approfondie de la situation actuelle, soulignant la dimension sanitaire et le refus de voir la bourgeoisie « profiter de la situation ». On trouve cependant, à la toute fin, une petite note critique de « l’agro-business, l’élevage en masse d’animaux », « le réchauffement climatique », « l’entassement de populations dans des mégapoles ».

Le mot d’ordre final de ce petit aparté, dont la thématique n’est bizarrement pas du tout abordée dans le reste du document, est « Pour une agriculture et une économie qui respecte l’homme et ses bases naturelles de vie ! ».

Cette approche « naturelle » est par contre au cœur du document plus long et plus dense intitulé « La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) : un produit du mode de production capitaliste », du PCF(mlm).

La thèse y est relativement simple : l’humanité est sortie de la nature et, par ses activités capitalistes, provoquent des choses allant contre le cours des choses, tel ce coronavirus mutant franchissant une barrière des espèces normalement infranchissable.

De manière plus poussée, il est insisté sur le fait qu’il s’agisse là d’un saut qualitatif montrant que toute l’époque est à la rupture, au décrochage, à la transformation complète, car le capitalisme, « mode de production planétaire », a fait son temps. Les métropoles qui poussent comme des champignons sont invivables et asphyxient la vie sur Terre.

La contradiction entre le capitalisme et sa « base matérielle » est complète, donc il s’effondre et l’humanité, mondialement unifiée, doit retourner dans le giron de Dame nature, en conservant les « acquis » de son développement inégal.

Du côté des autres réactions élaborées, point de préoccupation écologiste ou envers les animaux. L’approche est la suivante : un événement se produit, comment faut-il accepter ou pas les mesures d’un gouvernement honni ?

Le Pôle de Renaissance Communiste en France dit qu’il faut accepter le confinement avec une discipline à la fois collective et individuelle, mais attribue la situation au manque de prévoyance du capitalisme, soulignant longuement que « la macronie en guerre contre les travailleurs » est en train d’en profiter. La situation de crise est attribuée au démantèlement de tout ce qui social par le gouvernement et l’Union Européenne.

Lutte Ouvrière a une approche très similaire dans Coronavirus : les défis d’une pandémie, la faillite d’une organisation sociale, avec un angle relativement différent puisqu’il est parlé en général : « Nous payons l’incurie de nos dirigeants aveuglés par les lois du marché, du profit et de la propriété ». Les travailleurs paieront les pots cassés de la crise sanitaire, les riches s’en tirant car ils ont davantage de moyens pour se confiner adéquatement.

On reconnaît l’analyse trotskiste affirmant que la direction de la société n’est pas aux mains des bonnes personnes :

« Comme toute épidémie, celle du coronavirus est un défi lancé à la société. Mais elle révèle aussi l’irresponsabilité de notre organisation économique et sociale. Quant au mépris de classe, il suinte par tous les bouts (…).

Mais quand Macron déclare que la santé doit passer avant tout le reste, il y a de quoi être en colère. Depuis qu’il est au pouvoir, c’est la santé des profits et des banquiers qu’il a fait passer avant tout le reste, exactement comme l’avaient fait tous ses prédécesseurs. Et aujourd’hui, pour beaucoup, le mal est fait (…).

On le vit tous les jours, mais cette épidémie le confirme : quand on fait partie des exploités, on n’est rien de plus que de la chair à profits !

Et comme toujours dans cette société, les plus riches auront bien plus les moyens de se protéger. Rester confinés dans leurs belles propriétés ne leur posera d’ailleurs pas de problème et ils n’auront pas le souci d’avoir leur compte bancaire à découvert (…).

Tous les moyens doivent être mobilisés pour les hôpitaux et la santé publique. Se protéger du coronavirus et éradiquer le virus du profit et de la rapacité patronale font partie du même combat. »

Du côté du Parti Communiste International, l’analyse va encore plus dans le général, en se plaçant dans une perspective historique. On considère que la bourgeoisie témoigne qu’elle a fait faillite dans son approche générale et tout ce qui l’intéresse dans cette crise, comme toujours, c’est de sauver l’économie. On lit dans Sur les mesures prises par la bourgeoisie à propos de l’épidémie au coronavirus :

« Dépendante d’un mode de production qui vise essentiellement à la valorisation du capital en exploitant sauvagement les énergies physiques, nerveuses et sociales du prolétariat et des couches les plus faibles de la population de tous les pays, la bourgeoisie est congénitalement incapable de structurer la société avec une prévention efficace pour la préservation de la santé de l’humanité dans sa vie économique et sociale (…).

Cette dernière [la classe bourgeoise] prétend « lutter » contre l’épidémie au coronavirus avec des méthodes et des moyens qui, en réalité, peuvent être obtenus pat le simple bon sens, évidemment avec des indications médicales adéquates. Mais la bourgeoisie s’intéresse davantage aux effets négatifs que la propagation de l’épidémie a sur ses affaires, qu’à la santé de la population. »

Les philosophies politiques sont ici très différentes, d’où l’approche différente des textes. Lutte Ouvrière considère que le gouvernement va de disqualifier par rapport aux travailleurs et que par conséquent, il en ressortira une crise politique où la « démocratie ouvrière » prendra le pouvoir. Pour le PRCF, c’est la main-mise de l’Union Européenne sur la France qui va se briser sur la crise actuelle et le ressentiment populaire se tournera vers un Frexit progressiste.

Du côté du PCF(mlm) et du Parti Communiste International, tout est une question d’époque et de changement complet de paradigme. Tous deux considèrent qu’il y aura une vague révolutionnaire mondiale changeant l’ensemble des aspects de la société. Le PCF(mlm) a une lecture culturelle prônant un retour à la nature (avec aussi le véganisme), le Parti Communiste International raisonne en termes de prise de conscience prolétarienne à l’échelle mondiale (d’où son nom).

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La Gauche «programmatique» et sa perplexité quant au mouvement contre la réforme des retraites

Pour trouver une analyse critique, forcément sévère, du combat contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, il faut aller du côté de la Gauche « programmatique », qui vit de manière séparée de la Gauche « activiste ».

Muni de tout un arsenal théorique et privilégiant les tournants politiques, la Gauche « programmatique » considère que l’opposition au gouvernement au sujet de la réforme des retraites a été, par définition, mal mise en place, mal organisée. Cette perplexité a en fait un arrière-plan politique, idéologique, dont voici trois exemples, avec les trotskistes de Lutte Ouvrière, les bordiguistes du Parti Communiste International et les maoïstes du PCF (mlm).

Voici l’éditorial de Lutte Ouvrière qui, à son habitude, ne parle pas des syndicats et appelle à témoigner de la volonté de lutte en votant pour les listes Lutte Ouvrière aux municipales.

« Le gouvernement s’apprête à utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour imposer la retraite par points sans vote au Parlement. Avec plus de 300 députés LREM à l’Assemblée, il est pourtant sûr d’avoir la majorité. Il est simplement pressé d’en finir au plus vite avec une réforme qui a mis des centaines de milliers de travailleurs en grève et qui ne passe pas dans le monde ouvrier.

Quels que soient ses discours sur la nouvelle façon de faire de la politique, Macron préfère les bonnes vieilles méthodes autoritaires. Pour lui, comme pour ses députés, prêts à voter cette loi des deux mains, seuls comptent les intérêts des plus riches de ce pays. L’âge de la retraite sera repoussé et les pensions seront diminuées, parce que le grand patronat veut payer de moins en moins.

La Macronie risque de le payer cher politiquement, et cela très vite puisque les élections municipales auront lieu le 15 mars.

Dans les grandes villes, ce sont des élections politiques, dans le sens où l’on vote d’abord pour un parti. Bien des travailleurs souhaitent rejeter les candidats de Macron sans avoir à voter pour d’autres politiciens qui ne valent pas mieux. C’est pourquoi Lutte ouvrière présente ses propres listes dans la mesure de ses forces. Même si elle est loin de pouvoir couvrir toutes les villes, LO sera présente dans près de 240 communes. »

Pour le Parti Communiste International, l’accent doit se porter sur une dénonciation approfondie des directions syndicales qui ont empêché l’affirmation de la lutte dans un sens prolétarien authentique (Pour lutter contre les attaques bourgeoises, il faut rompre avec les orientations des directions syndicales et revenir à la lutte indépendante de classe !).

« Cet échec n’est pas celui des travailleurs ! Il est celui de l’orientation de la lutte décidée par l’intersyndicale.

Dès le départ, les directions syndicales ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour éviter que les prolétaires recourent à des méthodes de lutte classistes : constitution de comités de grève, mise en place systématique de piquets de grève, refus des préavis, envoi de délégations massives aux autres entreprises pour les appeler à rejoindre la lutte, etc.

Ce qui leur importait, c’était d’éviter que le mouvement débouche sur une confrontation générale avec le gouvernement qu’ils n’auraient pas pu contrôler, et qui aurait risqué d’ébranler l’ordre bourgeois.

C’est pourquoi, se refusant à élargir le mouvement sur la lancée de l’entrée en grève des travailleurs des transports, les directions syndicales ont  repris leur funeste tactique des « journées d’action » à répétition et des impuissantes manifestations.

Tout en réaffirmant constamment leur volonté de lutter « jusqu’au retrait » et en multipliant les déclarations combatives démagogiques, elles ont attendu plusieurs semaines, après s’être mises en congé de la lutte pendant les fêtes,  pour appeler à des journées de grève dans les ports ou  déclencher, sous la pression des travailleurs, la grève des éboueurs.

Sans oublier la levée des préavis de grève dans les transports routiers au début de l’année, après l’obtention de quelques miettes, ou l’appel le 28/1 par l’intersyndicale du secteur à la fin de la lutte chez les pompiers – appel qui a suscité la colère des intéressés.

Enfin dans la santé, les appareils syndicaux ont maintenu le mouvement à l’écart de la lutte sur les retraites, et ils noient  les revendications pour les salaires et les conditions de travail du personnel du secteur derrières des revendications interclassistes.

S’il fallait une preuve encore qu’il est impossible de compter sur les directions syndicales, il suffirait de constater qu’elles se sont précipitées le 30/1 pour aller discuter avec le premier ministre du financement de la réforme qu’elles prétendaient combattre – après avoir avancé au mercredi la date de la rituelle « journée d’action » pour ne pas troubler la discussion… »

Pour le PCF (mlm), « Le mouvement contre la réforme des retraites de 2019/2020 a été une fiction », il n’est que le dernier avatar du social-impérialisme représenté en France par le tandem PCF-CGT, par définition totalement honni pour les maoïstes.

« Pourquoi le mouvement contre la réforme des retraites a-t-il été une fiction ?

On doit parler de fiction, car c’est l’aristocratie ouvrière qui a calibré le mouvement contre la réforme des retraites. La forme des luttes, le contenu des revendications, les manière de s’engager intellectuellement et spirituellement dans le mouvement, l’esthétique des informations et des actions… Tout a été paramétré par l’aristocratie ouvrière.

La conséquence en a été une absence totale d’accroche dans la société (…). C’est justement parce qu’il s’agit d’un mouvement de masse qu’on peut et doit parler de fiction. Car le mouvement des retraites n’a été qu’un mouvement de masse de plus dans l’histoire française, dans le cadre d’un capitalisme puissant, très bien organisé, ayant intégré depuis les années 1960 les syndicats au sein même des institutions.

Il suffit de regarder les trente dernières années pour voir que le mouvement contre la réforme des retraites n’est qu’un ajout de plus à une liste déjà longue de mouvement de masse à caractère revendicatif.

C’est une tradition française, qui doit au fait que les rapports d’intégration des travailleurs au sein des institutions ne sont pas aussi bien structurés que, par exemple, en Allemagne, en Suède, en Belgique. Cela tient bien entendu au taux très faible de syndicalisation en France, le pire de tous les pays capitalistes d’ailleurs.

C’est cela la source du style français de négociations au moyen de coups de force symboliques, de rassemblements de masse sans lendemain, de discours contestataires enflammés. Vu de l’extérieur, cela peut impressionner. Quand on voit que cela se répète sans fin, c’est moins convainquant.

Il suffit de prendre l’exemple de la grève contre la réforme des retraites de 2010. La CGT et la CFDT affirment toutes deux que le 23 septembre 2010, trois millions de personnes se sont rendues aux manifestations, dans 239 villes. Qui s’en souvient ? Quel a été l’impact culturel, politique, idéologique ?

Il n’en reste tout simplement rien du tout. De la même manière, personne ne se souviendra qu’il y a eu d’après la CGT 1,8 millions de manifestants en France, le 17 décembre 2019. La raison en est que ce n’est pas de l’Histoire, mais une péripétie relevant de la petite histoire de la pacification des rapports sociaux dans le capitalisme français. »