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La fin de la maison individuelle exige une rupture à la hauteur du problème

La ministre du logement a soulevé une pierre bien trop grosse pour elle.

Jeudi 14 octobre, Emmanuelle Wargon, la ministre du logement, a fait une sorte de conférence-restitution d’ateliers réunissant des citoyens, des professionnels, des experts, etc., autour de la thématique « Habiter la France de demain ». Lors de cette conférence-restitution, elle a déclaré la chose suivante :

Le modèle à l’ancienne du pavillon avec jardin, dont on peut faire le tour, n’est plus soutenable et nous mène à une impasse. L’histoire de l’urbanisme en France a été marquée par des évolutions culturelles ; des idées ancrées dans leurs époques dont les effets visibles aujourd’hui ont été plus ou moins heureux.

Dans la période la plus récente, nous sommes passés d’une urbanisme de grands ensembles (…) à un fonctionnement urbain de plus en plus éloigné des centres-villes et de plus en plus dépendants de la voiture individuelle. Cela a créé de nouveaux territoires périphériques, à l’urbanisation pavillonnaire, dépourvus d’espaces publics (…). Nous devons assumer de mettre ce modèle derrière nous.

Ce modèle d’urbanisation qui consacre chaque espace à une fonction unique, qui dépend de la voiture pour les relier est désormais dépassé et constitue finalement une impasse écologique, économique et sociale.

Cette description des choses est tout à fait juste et justifiée. Mais cela heurte à la fois des traditions culturelles et des intérêts économiques immenses, qui n’ont pas manqué de se faire entendre. Dans les heures qui ont suivi ces propos, la polémique a enflé, avec la constitution d’une sorte de front uni de la Droite et des magnats de l’immobilier.

Les propos récents de la ministre ont d’autant plus agacés le secteur de l’immobilier qu’il se trouve confronté actuellement aux pénuries de matériaux et qu’il s’inquiète du principe du « zéro artificialisation nette » inscrit dans la loi climat et résilience alors même que l’appétits pour la maison individuelle a grimpé depuis la crise sanitaire.

Le président de la Fédération française des Constructions de Maisons Individuelles s’est dit ainsi « révolté contre de tels propos tenus par une élite parisienne dite écologique et pourtant très loin des territoires ». Le président de la Fédération française du bâtiment a contre-attaqué contre « la stigmatisation persistante de l’habitat individuel, à contresens des aspirations des Français ». Eric Zemmour a critiqué des « moyens […] pour détruire le mode de vie des Français » quand Marine Le Pen a dénoncé « l’avenir soviétique de Madame Wargon ».

La polémique a tellement enflé à Droite que la Ministre du logement s’est défendue à travers un communiqué du ministère lui-même. Ce communiqué déclare :

Oui, de nombreux Français rêvent de la maison individuelle car c’est une promesse de confort, d’espace et de tranquillité. Personne ne veut les en empêcher ni les en dissuader. Ils sont aussi en demande de services de proximité. Pourtant les lotissements en périphérie des villes ne permettent pas toujours d’accéder à ces services et contribuent à un sentiment d’exclusion. Il faut donc repenser nos modèles d’urbanisme. 

En réalité, Emmanuelle Wargon a soulevé une pierre bien trop grosse pour elle. Il n’est pas possible pour la classe dominante de viser une transformation d’ensemble de la vie quotidienne telle qu’elle est développée ici, car cela revient à signer son arrêt de mort.

La maison individuelle n’est pas simplement un choix individuel, mais un horizon culturel qui forme une des pierres angulaires de la culture nationale. Entre le XIXe siècle et la fin du XXe siècle, la France est passée d’un pays de petits propriétaires paysans disséminés en un pays façonné par les zones pavillonnaires et son corollaire, les routes jonchées de ronds-points.

La France moderne ne s’est-elle pas façonnée sur le modèle de la petite propriété ? Et la bourgeoisie française n’a t-elle pas assuré sa domination depuis 1871 grâce à la promotion de la mentalité du propriétaire ?

Plus récemment et plus concrètement, il faut se souvenir des propos de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007, lorsqu’il était en pleine opération de pacification sociale à la suite des émeutes de novembre 2005. Lors d’un discours le 14 janvier 2007, il affirmait :

« Je propose que l’on fasse de la France un pays de propriétaires parce que, lorsqu’on a accédé à la propriété, on respecte son immeuble, son quartier, son environnement et donc les autres. Parce que lorsque l’on a accédé à la propriété, on est moins vulnérable aux accidents de la vie (…). Devant cette injustice, certains proposent le logement social pour tous et la taxation des propriétaires par les droits de succession. Je propose la propriété pour tous »

Depuis les années 1970, la bourgeoisie n’a eu de cesse de promouvoir l’accès à la propriété comme le gage d’une réussite sociale, le vecteur d’une meilleure vie. Cela s’est traduit en 1977 par la création d’un premier prêt d’accession à la propriété, le prêt HLM-accession ou prêt aidé d’accession à la propriété. Un dispositif qui n’a eu de cesse d’être modernisé, avec pour conséquence l’envolée de constructions de maisons individuelles. La maison est passée de 36 % des logements construits en 1970 à 62 % en 1982.

Or, depuis les années 1990, l’accession à la propriété s’est enlisée du fait de dispositifs d’aides flous, avec des conditions d’accès toujours plus difficiles. A cela s’ajoute l’envolée des prix dans les centres-villes qui poussent les classes populaires à acheter loin des métropoles, accentuant l’étalement urbain et le phénomène de périurbanisation, ces espaces sans âme et sans horizon culturel.

Si l’on y regarde de plus près, on voit bien que l’inflation de la maison individuelle est l’expression directe d’un mode de vie façonné par le capitalisme. Et les principales victimes, ce sont les classes populaires qui se retrouvent séparées de leur lieu de travail par d’épuisants trajets en voiture. Sans même parler de l’emprisonnement dans des crédits qui renforcent l’exploitation salariée… Bref, les ouvriers n’y ont pas gagné grand chose, si ce n’est une oppression dans une cage dorée.

Mais, comme toujours dans le capitalisme, l’autre victime de ce développement chaotique, c’est la nature. Dans un rapport sur l’artificialisation des sols, le Comité pour l’économie verte évaluait à 47 % la part prise par la construction de maisons individuelles dans les nouvelles artificialisations entre 2006 et 2014 contre 3 % pour le logement collectif, 5 % pour le commerce et 16 % pour le réseau routier. A ce titre, à Alsterdorf en Allemagne, le maire a interdit la construction de nouveaux pavillons pour lutter contre l’étalement urbain.

Face à un tel enjeu de société, voire de civilisation, il est évident qu’Emmanuelle Wargon ne fait pas le poids. Quand on est une personne issue du géant de l’agro-business français, Danone, on ne fait pas partie de la solution, mais bien du problème. Façonnée par sa posture de communicante, la ministre du logement n’a pas mesuré le problème de taille qu’elle a soulevé et a éveillé les intérêts du vieux monde.

À problème de taille, réponse de taille : il y a besoin d’une grande rupture sociale et culturelle portée par la classe ouvrière contre un capitalisme qui enferme et détruit la nature.

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Delphine Batho contre le démarchage téléphonique

La députée « Génération Écologie » Delphine Batho a malheureusement choisi de tourner le dos à la Gauche en 2018. C’est une grande perte, un véritable échec politique dans nos rangs. On le voit notamment quand on suit son activité parlementaire : elle réussit souvent à viser juste, à être pertinente, malgré de faibles moyens politiques et idéologiques. C’est le cas à propos de l’écologie bien sûr, mais aussi régulièrement en ce qui concerne la vie quotidienne du peuple, par exemple à propos de ce poison qu’est le démarchage téléphonique.

La députée des Deux-Sèvres est à l’origine d’une proposition de loi s’opposant au gouvernement dont un projet de décret d’application est dénoncé comme un « véritable permis de harceler » pour les démarcheurs. Le texte dénonce avec pertinence l’échec du système « Bloctel », laissant la porte ouverte à une « véritable pollution téléphonique qui fait des citoyens des consommateurs 24 heures sur 24 ».

Delphine Batho fait montre à ce sujet d’un véritable intérêt pour les gens, leur quotidien, leurs peines. Cela reflète une démarche franchement démocratique et populaire, qui ne peut cependant que rester limitée et faible sans la grande vue générale que permet la Gauche.

Voici l’exposé des motifs de cette proposition de loi du 18 mai 2021 (n°4167) « visant à interdire le démarchage téléphonique et à garantir le droit à la tranquillité de chacune et chacun à son domicile » :

« Mesdames, Messieurs,

Selon une enquête de l’UFC – Que Choisir, 100 % des Français jugent le démarchage téléphonique « agaçant » et constatent qu’il est en augmentation. Ce harcèlement téléphonique lié à la prospection commerciale, qui avait temporairement diminué lors du premier confinement dans le contexte de la pandémie de covid‑19, augmente à nouveau. Il suscite à juste titre une exaspération grandissante que la représentation nationale doit entendre et à laquelle il convient d’apporter des réponses nouvelles.

Véritable pollution téléphonique qui fait des citoyens des consommateurs 24 heures sur 24, même lorsqu’ils sont à leur domicile, et parfois même la nuit, ces appels intempestifs, extrêmement intrusifs, perturbent la tranquillité à laquelle chacune et chacun a droit et constituent une véritable invasion de la société de consommation dans la vie privée.

« Jusqu’à quinze, voire davantage, appels par jour. Avec de plus en plus souvent le culot de se présenter comme personnel EDF, ou mandaté du conseil départemental et même par le gouvernement ! Je suis sur liste « rouge » ou « Bloctel » : mais ils s’en fichent totalement ».

« Vendredi dernier, vers 18 h 45, j’ai été importuné par une personne voulant m’imposer à tout prix l’isolation à un euro. Suite à mon refus, ce démarcheur n’a rien voulu entendre et même est allé jusqu’à me dire que j’étais « hors la loi ». Après avoir raccroché, il m’a aussitôt rappelé à partir d’un autre numéro en insistant lourdement, me donnant même un numéro de dossier, me demandant mon revenu fiscal et voulant fixer contre mon gré un rendezvous avec une entreprise, incapable de dire laquelle. Me voyant toujours opposé, il m’a proposé l’isolation du soussol et m’a mis en relation avec une autre personne ».

« L’affichage du numéro de téléphone n’empêchera pas le téléphone de sonner à toute heure de la journée, voire de la nuit. Ce qui est un problème de fond. La liberté de ne pas être importuné dans sa sieste, quand le bébé dort enfin, quand tout le foyer dort la nuit ».

Défini à l’article L. 221‑16 du code de la consommation, le démarchage téléphonique est l’acte par lequel un professionnel « contacte un consommateur par téléphone en vue de conclure un contrat portant sur la vente d’un bien ou sur la fourniture d’un service ».

Face à la demande de protection des consommateurs et afin de mettre fin aux nuisances provoquées, la loi n° 2014‑344 du 17 mars 2014 relative à la consommation a institué une liste spécifique dite « Bloctel » (ordonnance n° 2016‑301 du 14 mars 2016 relative à la partie législative du code de la consommation) sur laquelle peuvent s’inscrire les citoyens qui ne souhaitent plus recevoir d’appels téléphoniques commerciaux non sollicités. Le Conseil national de la consommation estime à plus de 3,7 millions le nombre de consommateurs s’étant inscrit sur cette liste. Au 1er octobre 2018, 226 000 fichiers de professionnels avaient été traités, représentant 155 milliards de numéros de téléphone et 5 milliards de numéros repoussés ([1]). Ce système s’avère inefficace, et beaucoup de citoyens qui se sont inscrits pour ne plus recevoir d’appels continuent d’en subir. En effet, depuis début 2018, on dénombre plus de 200 500 signalements de consommateurs ([2]) inscrits sur Bloctel continuant de recevoir des appels de démarchage à des fins commerciales. Les secteurs les plus signalés étant l’habitat et la rénovation (82 % des signalements), l’énergie (79 % des signalements), le secteur assurantiel (49 %) ou encore la voyance (32 %) ([3]). Enfin, les données disponibles au 30 septembre 2018 faisaient apparaître que seules 1 062 entreprises avaient souscrits à Bloctel, dont 655 seulement avaient encore un abonnement en cours au 30 septembre 2018. Les réclamations des consommateurs ont conduit à 638 contrôles depuis 2016. Entre juillet 2016 et janvier 2018, 134 entreprises ont été sanctionnées. Il faut également ajouter la faiblesse des sanctions : 15 000 euros pour une personne physique contactant une personne inscrite sur le fichier d’opposition et 75 000 euros s’il s’agit d’une personne morale.

Entre temps, le Règlement européen n° 2016/679 dit règlement général sur la protection des données (RGPD) est entré en vigueur le 25 mai 2018. Son article 4 définit le consentement comme « toute manifestation de volonté, libre, spécifique, éclairée et univoque par laquelle la personne concernée accepte, par une déclaration ou par un acte positif clair, que des données à caractère personnel la concernant fassent l’objet d’un traitement ». Cependant le droit de l’Union européenne n’impose le consentement préalable du consommateur que pour la prospection commerciale automatisée, c’est‑à‑dire les courriels, mails, SMS ou télécopies. L’article L. 34‑5 du code des postes et des communications électroniques interdit ainsi « la prospection directe au moyen d’un automate d’appel, d’un télécopieur ou d’un courrier électronique utilisant, sous quelque forme que ce soit, les coordonnées d’une personne physique qui n’a pas exprimé son consentement préalable à recevoir des prospections directes par ce moyen ». Ainsi les numéros de téléphone utilisés pour la prospection commerciale échappent au statut applicable à l’ensemble des données personnelles numériques.

De nombreux pays européens, comme l’Allemagne, le Danemark ou encore le Portugal, ont néanmoins assujetti les numéros de téléphone au même régime que celui prévu par le RGPD en optant pour un système reposant sur le recueil préalable du consentement du consommateur. Ainsi, au Danemark, le consentement préalable du consommateur à être démarché téléphoniquement est requis (sous réserve d’exceptions dans les domaines de la presse, des assurances ou d’abonnements aux services de secours et au transport sanitaire). En Allemagne, un consommateur ne peut être appelé à des fins publicitaires par une entreprise sans lui avoir donné son consentement exprès ([4]). L’Association de défense des consommateurs au Portugal, DECO, a par ailleurs constaté une baisse des plaintes de consommateurs suite à la mise en place, en 2012, de l’optin. Enfin, face à l’échec de la liste d’opposition, le Royaume‑Uni a également fait le choix de l’optin en 2018. Désormais, les entreprises doivent s’assurer qu’elles ont le consentement du destinataire avant d’appeler.

La proposition de loi visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux a été promulguée le 24 juillet 2020. Si cette loi comporte des avancées telles que l’interdiction du démarchage pour la rénovation énergétique, sauf contrat en cours, ou encore des dispositions pour mieux lutter contre les appels frauduleux, celle‑ci se contente seulement « d’encadrer » le démarchage téléphonique, et reste basée sur l’objectif d’améliorer l’efficacité du dispositif Bloctel, lequel s’avère largement inefficace. Au cours des débats parlementaires, il est apparu que cette loi privilégie délibérément les intérêts des opérateurs des centres d’appels sur le droit à la tranquillité de toutes et tous.

Enfin, le projet de décret d’application de cette législation, présenté récemment par le gouvernement, délivre aux opérateurs un véritable permis de harceler. Celui‑ci prévoit d’autoriser la prospection téléphonique du lundi au vendredi de 9 heures à 19 heures, même le samedi de 10 heures à 18 heures, avec un répit d’une ou deux heures le midi. Par ailleurs, une même entreprise serait autorisée à appeler quatre fois par mois une même personne pour une même proposition commerciale, même si celle‑ci a été refusée dès le premier appel.

La présente proposition de loi propose donc de consacrer en France le droit à la tranquillité de chacune et chacun à son domicile et à interdire de fait le démarchage téléphonique lorsqu’il n’est pas souhaité, en lui appliquant le principe du consentement actif tel que prévu par le RGPD. Ainsi, nul ne pourrait plus faire l’objet d’aucun démarchage téléphonique s’il n’a pas donné son accord exprès, comme cela se pratique à l’heure actuelle pour les SMS ou les courriels, ou si l’appel n’entre pas dans le cadre d’une sollicitation directement liée à l’objet d’un contrat en cours.

Aucun argument économique ne peut justifier de laisser perdurer des stratégies commerciales basées sur le harcèlement et l’intrusion dans la vie privée. Cette proposition de loi défend donc une économie saine et loyale, où les consommateurs sont respectés.

Tel est l’objet de la présente proposition de loi.

L’article 1er prévoit que la prospection commerciale par voie téléphonique n’est autorisée que si le professionnel a reçu le consentement du consommateur, ou dans le cadre de sollicitations ayant un rapport direct avec l’objet d’un contrat en cours.

L’article 2 abroge le chapitre III du titre II du livre II du code de la consommation relatif à l’opposition au démarchage téléphonique.

En conséquence, l’article 3 abroge la mention faite au treizième alinéa de l’article L. 224‑30 du code de la consommation de la faculté de s’inscrire sur la liste d’opposition au démarchage téléphonique.

L’article 4 dispose que la présente proposition de loi s’applique à compter du 1er juillet 2021.

Telles sont les dispositions qu’il vous est proposé d’adopter. »

([1])  Rapport n°1448  fait au nom de la Commission des Affaires économiques sur la proposition de loi visant à encadrer le démarchage téléphonique et lutter contre les appels frauduleux – 28 novembre 2018.

([2])  Rapport du Groupe de travail « Démarchage téléphonique » du Conseil national de la consommation – 22 février 2019.

([3])  Rapport n°1448  fait au nom de la Commission des Affaires économiques sur la proposition de loi visant à encadrer le démarchage téléphonique et lutter contre les appels frauduleux – 28 novembre 2018.

([4])  Rapport n°310 fait au nom de la Commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d’administration générale sur la proposition de loi, adoptée par l’Assemblée nationale, visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux – 13 février 2019.

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Pourquoi le changement d’heure n’a-t-il toujours pas été supprimé en 2021?

Le changement d’heure est une aberration contre-nature. Tout le monde le sait, tout le monde est contre et l’Union européenne a décidé en 2018 de rapidement le supprimer . Pourtant, rien n’a changé en 2021, car nous vivons dans une société sclérosée, complètement en retard par rapport aux connaissances et aux enjeux de l’époque, et surtout sans réelle démocratie.

Le principe du changement d’heure est une aberration typique du capitalisme triomphant au 20e siècle. L’idée était en 1977, de manière administrative et technocratique, de faire plier la réalité naturelle aux besoins économiques, en l’occurrence pour faire des « économies d’énergie ».

C’est typique d’une réponse erronée formulée par le capitalisme, à un problème réel de la société. En effet, la société moderne est caractérisée par la mesure du temps, mais le problème est que la vie dans un pays comme la France n’est pas la même en fonction des saisons.

Il faudrait, et dans le futur c’est comme cela que fonctionneront les humains, s’adapter graduellement au changement des saisons, en se tournant vers le soleil et en adaptant les horaires de travail et d’école par rapport à lui. Il est évident par exemple que c’est très difficile pour un enfant de se lever de bonne heure en plein hiver, alors que cela pose beaucoup moins de problème au printemps quand le jour arrive tôt. Inversement, quand il fait beau, cela nécessite de passer beaucoup plus de temps dehors et par exemple d’avoir une pause méridienne plus longue, alors qu’au contraire en hiver on peut plus facilement rester enfermer longtemps au chaud dans une pièce à étudier ou travailler.

Seulement, cela n’intéresse pas le capitalisme qui a besoin d’une société entièrement soumise à ses flux et ses cycles, avec une grande homogénéité d’ensemble. Cette homogénéité a permis beaucoup de progrès pour l’humanité, en lui donnant une perspective universelle, une conscience mondiale, planétaire. C’est indéniable. Mais le corollaire est que le capitalisme est incapable de proposer la finesse et la souplesse nécessaire à une vie épanouie, car naturelle. En l’occurrence, il est incapable de répondre aux besoins de l’horloge biologique, dont le fonctionnent dépend du soleil et donc de l’heure solaire.

Pire encore, le capitalisme dérègle la nature, à très grande échelle, puis il est incapable de réparer ses erreurs manifestes. C’est vrai pour le réchauffement climatique par exemple. Les partisans du capitalisme voient très bien que c’est un problème et aimeraient y remédier ; dans les faits pourtant rien ne change.

C’est exactement la même chose pour le changement d’heure dans la plupart des pays. En 1977, le capitalisme a considéré qu’il était impératif de proposer quelque chose d’aussi radical que le changement de fuseau horaire deux fois par an, au nom de l’industrie énergétique. Depuis, il est établi que cela n’a pas vraiment d’effet positif, alors que c’est au contraire très perturbant pour les organismes. Mais la société, soumise au capitalisme et donc à ses grandes limites, est maintenant incapable d’y remédier alors que cela paraît pourtant très simple de le faire.

La situation actuelle est en effet particulièrement déroutante.

En 2018, alors que le sujet était sur la table depuis longtemps, la Commission européenne avait envisagé de supprimer le changement d’heure dès 2019. Rien n’a été acté et en mars 2019, le Parlement européen a finalement voté un report à 2021. Depuis, la société a été chamboulée par la pandémie de Covid-19 (c’est particulièrement vrai en ce qui concerne l’Union européenne) et la mesure est passée à la trappe.

Rien n’a été préparé, discuté, organisé. La poussière a été poussée sous le tapis et donc ce 28 mars 2021 à 2h du matin, il était en fait 3h, afin de passer sur le fuseau horaire UTC+2 en France. Et personne ne sait maintenant quand prendra fin cette mauvaise habitude bi-annuelle.

Le problème pour l’Union européenne est celui de l’harmonisation entre les pays, chacun étant censé choisir son propre fuseau horaire. Mais cela n’est qu’un aspect secondaire, technique, et n’a rien à voir avec le problème de fond. Il ne s’agit pas ici de faire un critique populiste de l’« Europe » et de verser dans le romantisme national en s’imaginant que la France seule ferait mieux.

Le problème, ce ne sont pas les structures en elles-mêmes ; le problème c’est le fonctionnement général de la société qui est caractérisé par l’économie capitaliste (autrement dit le règne de la marchandise) et l’absence de pouvoir populaire.

Une société authentiquement démocratique, caractérisée par l’hégémonie des classes populaires sur la société, prendrait facilement en compte cette question des horaires et du changement de saison. Elle saurait orienter et administrer la société vers la célébration de la réalité naturelle, avec le soleil et ses cycles saisonniers au cœur de cette célébration de la nature. Ce doit être un point essentiel du programme de la Gauche.

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2 500 nihilistes à la free party de Lieuron

2500 personnes se sont retrouvées au sud de Rennes pour une free party en pleine pandémie, afin de passer le nouvel an dans une ambiance censée être festive, mais suintant en réalité le nihilisme par tous les pores.

On ne pourra donc pas compter sur les teufeurs pour affronter la Droite. Cela fait longtemps qu’on le savait, mais là on a une certitude complète. Organiser une free party en pleine pandémie, dans une situation de tension sanitaire, pour fêter de manière égoïste le nouvel an, c’est par définition totalement antisocial.

Nombreux sont les jeunes qui ont fait de même d’ailleurs pour le passage à la nouvelle année, avec d’innombrables soirées. Les achats de matelas gonflables – pour rester sur place et ainsi d’éviter le couvre-feu – ont connu un pic significatif. Le mot d’ordre, c’est qu’il faudrait bien décompresser et il serait donc possible de tricher.

La free party de Lieuron, à côté de Rennes, est toutefois un symbole de quelque chose de très grave en particulier. Car ce ne sont pas des jeunes bourgeois profitant d’une maison qui ont fait la fête, mais des jeunes se rattachant, d’une manière ou d’une autre, au sens le plus large, à un certain esprit alternatif. De par leurs valeurs, ils n’aiment pas la Droite. On peut parler avec eux de la recherche d’un mode de vie différent.

Et pourtant ils se sont comportés comme des jeunes de Droite, en faisant ce qu’ils voulaient comme ils voulaient. Ils ont agi comme des capitalistes établissant un marché, comme des consommateurs se procurant une marchandise. Il n’y avait aucune dimension culturelle, aucune dimension politique, aucune dimension concernant l’existence. C’est même tellement forcé qu’on est même plus dans la conception originelle de la free party comme lieu où régissent d’autres valeurs.

Cela a été juste une bulle. C’est donc réactionnaire et il est significatif qu’a été incendié un véhicule de la gendarmerie, alors qu’il y avait une entreprise produisant du foie gras juste à côté du lieu de la « fête ». On est là dans l’anarchisme, dans l’individualisme assumé. Il n’est donc pas étonnant qu’il n’y ait aucune répression, à part 1600 amendes à la fin de la free party. L’État adore de tels jeunes nombrilistes et consommateurs.

Nombrilistes, consommateurs et hypocrites, à l’image de l’association Techno+ qui prétend chercher à réduire les risques de la consommation de drogues et ne fait en réalité qu’accompagner celle-ci. « Essaye de respecter au max les gestes barrières ». Mais bien sûr, des gens défoncés rassemblés par milliers dans un endroit clos vont y faire attention. Que c’est pathétique que ce cinéma pour prétendre faire des efforts, alors qu’en réalité on est dans le relativisme et le nihilisme.

On est d’ailleurs à peine en début d »année que Techno+ a mis déjà la barre très haut dans la course au communiqué de victimisation le plus stupide et aberrant de l’année, avec une photo tellement parlante qu’on se demande comment ces gens ne comprennent pas qu’ils sont totalement déconnectés.

Vivement que les masses populaires s’activent et que soient balayés ces élucubrations petites-bourgeoises, ces pseudos-rébellions si caricaturales qu’on les dirait inventées par l’extrême-Droite ! Place au regard ouvrier sur la réalité et assez de ces fuites dans des paradis artificiels superficiels, consommateurs et destructeurs !

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Magenta skateboard, la touche à la française

Fondée en 2010 par deux skateurs français, la marque Magenta skateboard a fêté ses dix années d’existence en 2020. Elle fait aujourd’hui partie du paysage incontournable du skateboard, et participe d’une « french touch » en assumant une démarche auparavant mise de côté.

Courant 2010, Vivien Feil et Soy Panday, deux piliers de la scène skate en France présents depuis les années 1990, sont confrontés à l’épuisement de leur démarche. Vivien Feil ne se retrouve plus dans le skate « à l’américaine » et Soy Panday pense avoir fait le tour : il faut aller de l’avant, chercher un nouveau souffle.

C’est de là que vient l’idée de fonder une marque de skateboard, Magenta, en référence à l’appartement parisien localisé au boulevard du même nom ayant été un repère important pour la scène des années 2000. Et le lancement de la marque atteste déjà de son ADN, avec plusieurs séries de board (le plateau seul du skateboard) sorties comme un feuilleton d’une bande-dessinée, présentant tour à tour, tel ou tel aspect de la team et de la philosophie de la marque.

Entre le clip qui a « lancé » la marque il y a dix ans, et le clip anniversaire, il y a le reflet de ce qu’est à la base et en général l’état d’esprit « skate », et en particulier celui véhiculé par « Magenta ». Comme le dit le clip de 2010, avec le skateboard « c’est la rue qui commande », mêlant ainsi culture alternative avec pour horizon le dépassement de la morosité de la ville par son appropriation ludique, émancipatrice…

Être un skateur, c’est avant tout un état d’esprit et c’est pour cela que quiconque a un skate ou fait du skate, n’est pas forcément un skateur, ou ne le reste pas ! Avec « Magenta skateboard », on comprend tout à fait cela : être un skateur, c’est avoir un certain regard sur le monde, urbain forcément mais pas seulement. La sensation de skater, le style vestimentaire particulier, l’insistance sur les playlist, la mise à distance du travail et d’une « vie rangée » sont les révélateurs de tout un life style, d’une culture alternative.

Dans son interview en 2004 pour le magazine français Sugar, Soy Panday exprime à merveille cette mentalité alternative, un poil juvénile, lui-même ayant fuit du business world pour se lancer à fond dans le skateboard :

Le skate pour moi, c’est du rêve qui permet d’échapper à la réalité, je suis censé chercher un travail, être sérieux et responsable et ça me fait chier… Dans la mesure où je fais du skate tous les jours et lorsque j’en ai envie, j’ai un peu réalisé mon rêve…

Le clip d’introduction de la première vidéo en 2010 :

Le clip anniversaire en 2020 :

Mais si Magenta reflète bien l’esprit skate, il en va de même, et à leurs façons, des marques comme Polar, Helas, Rave, Sour, Isle, Palace, Primitive, Wknd, Antiz, etc. En réalité, Magenta apporte dans la scène une touche bien française, quand Baker skateboard a finalement cristallisé l’approche américaine agressive.

A sa naissance, Magenta Skateboard a suscité la curiosité mais aussi la controverse. Car dans un monde de plus en plus aseptisé et pourrie par le business, le skateboard n’échappe pas à la règle.

Non pas que l’origine du skateboard, située dans les Etats-Unis des années 1970-1980, soit à jeter, mais qu’il y manque une « touche », un « esprit », une « philosophie » au sens esthétique, romantique même. Cela tient à la naissance du skateboard.

Être un skateur dans les années 1980-1990 aux Etats-Unis, c’était se confronter aux vigiles privés, aux policiers, aux voisins des quartiers pavillonnaires ghettoisés, etc. C’était se réfugier dans la cour d’une école, avec son « set » de marches (escalier) et son « handrail » (rampes d’escalier). Tout cela a fait du skateboard quelque chose de très « hardcore », et il est nullement étonnant que le punk hardcore et l’ancêtre de la phonk aient influencé, à ses débuts, la scène.

Avec Magenta, c’est une perspective différente qui a été mise en avant, venant bousculer les codes anciens. Magenta a mis l’accent non plus sur la performance du tricks (figure) en tant que tel mais sur la globalité de la démarche en insistant sur le côté exploration totale, esthétique et amusante de la ville. Jusque dans les années 2010, pour parvenir à « percer » dans le skateboard, il fallait être en mesure d’aligner une batterie de figures, et notamment de « se jeter » sur un escalier impressionnant, une pente ultra-raide, avec tous les risques physiques pris.

Qui d’autres que des français, portés justement sur l’ « état d’esprit », pouvait mettre en valeur une autre approche ? Non pas d’ailleurs que faire du skate sans viser le sempiternel « hammer » (littéralement « marteau » pour désigner le fait de faire de grosses figures impressionnantes) était inexistant avant, mais avec Magenta il y a eu la mise en forme générale d’une démarche assumée. La scènes skate de la east coast américaine, notamment new-yorkaise, développait cette tendance à l’exploration fun de la rue, mais c’était relativement isolée, peu assumée et valorisée en tant que tel.

A noter que Magenta a pu façonner son monde en rapport avec la culture japonaise, notamment certaines astuces pour filmer, et dans le fait de se focaliser sur ou tel ou tel aspect du lieu, tel ou tel aspect du tricks. Le Japon est un pays marqué par une forte répression du skateboard, ce qui fait que les sessions se font uniquement la nuit, avec tout le relief esthétique que cela fournit en conjugaison avec l’esprit japonais en général.

La team Magenta entretien depuis ses débuts des liens solides avec la scène japonaise, à tel point que l’on peut dire que c’est une approche franco-japonaise du skateboard. Une synthèse franco-japonaise visible dans le projet vidéo Minuit sort en 2012, ou dans Soleil levant, une compilation vidéos comprenant notamment des images de nombreux road trip au Japon.

A ses débuts, Magenta ne pouvait que susciter la critique car s’il y a forcément un aspect positif, il y a aussi, quoi qu’on en dise, un aspect négatif. Produire des clips à base de powerslide, de ollies par ci, par là, sur fond de jazz et le tout en pleine nuit, a dénoté une forme de prétention, une mentalité hautaine si typiquement française.

Mais d’un autre côté, quel souffle novateur apporté au skateboard ! D’ailleurs, les fondateurs de la marque sont tous issus de la scène des années 1990, ayant connu les débuts où le skate se pratiquait le plus souvent sur une place urbaine, où se côtoyaient marginaux et alternatifs, dans un esprit « hardcore ».

Mais il fallait pouvoir assumer le fait qu’on pouvait dorénavant filmer et rendre stylé un simple ollie, un power slide (dérapage sur les roues), un boneless ou no comply, le fait de cruiser (rouler-glisser dans la rue), à condition qu’il y ait une démarche réflexive qui l’accompagne, en tenant compte du style du skateur, du spot choisi (ses couleurs, son revêtement, etc.), de la manière de filmer, de la luminosité, etc. D’ailleurs, il serait erroné de dire que la simplicité du tricks relève d’un simplisme, d’un approche débutante.

En fait, il y a une insistance sur l’approche qualitative plus que quantitative, encore que cela soit réducteur puisque pouvoir faire une « ligne » (enchainement de figures) à très vive allure sur un endroit rugueux demande un certain niveau de pratique… C’est n’est donc finalement pas tant la difficulté du skateboard que Magenta a révolutionné, mais plutôt l’idée qu’on peut faire du skateboard, sans pour autant être obligé de se mettre son corps à l’épreuve du danger…

Magenta, c’est le skate branché, artistique, sans pour autant sortir de l’esprit générale skate. Est-il d’ailleurs bien étonnant que le Q.G de la marque, tout autant que de la team, soit à Bordeaux, cette ville aujourd’hui marquée par la culture bobo-branchée, mais qui a longtemps été la « belle endormie », lieu florissant de la scène punk se confrontant à la crispation d’une bourgeoisie traditionnelle. D’ailleurs la gamme vestimentaire de Magenta est à ce titre très stylée, du fait de ses détails subtiles et modernes.

Pendant très longtemps, et cela est encore vrai aujourd’hui, le skateboard était sévèrement sanctionnée par la police bordelaise, étant même un sujet d’actualité du fait des plaintes déposés par les bourgeois retraités en recherche de tranquillité. Tout comme au Japon, et dans une moindre mesure à New-York, les sessions de skate à Bordeaux se faisaient la nui, là aussi pour éviter la répression. Entre la pratique de nuit et l’architecture florissante de la ville, il y avait là tout le terreau favorable pour que Magenta skateboard s’exprime se développe.

Léo Valls, le skateur bordelais sponsorisé par la marque qui a largement contribué à faire accepter le skateboard dans la ville, comme en juin 2019 avec le projet Play!, représente admirablement bien l’approche « Magenta ».

La photo de ce « simple » backslide powerslide, photographié par David Manau, sur l’une des pyramides du Louvre, grâce à un accès plus libre lors du chantier 2014-2016, est un chef d’oeuvre qui marquera surement l’histoire du skateboard.

Avec Magenta, on a enfin trouvé la touche française du skateboard, et non plus un mimétisme forcément bancal de l’approche américaine. Une touche qui conjugue l’exploration approfondie de la ville, l’esthétisme général de la démarche et la « touche » subjective du skateur autant que du filmeur.

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Réflexions

La confiance absolue des Français en la société de pollution

Les Français ont leurs esprits autant pollués par le capitalisme que peut l’être le monde lui-même.

Les Français sont dans une posture régressive. L’État a fait en sorte de déverser des milliards aux entreprises, sans surveillance ni contre-partie : cela passe comme une lettre à la poste. L’armée française met en place une série de wargames pour s’aligner avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne contre la Russie et la Chine : cela n’intéresse personne. La question animale a été posée au niveau de la société toute entière : c’est passé à la trappe. Les villes sont invivables, les campagnes un désert culturel : cela n’interpelle pas.

Il y a même en ce moment des vagues de licenciements et que voit-on ? Les ouvriers licenciés s’en moquent. Ils acceptent, contre un petit chèque. La révolte, au moins pour la dignité, pour la forme ? Même pas. La bataille pour l’outil productif, pour la classe ouvrière dans son ensemble ? Inconcevable. La réflexion pour ce qui va advenir par la suite, tant pour soi que pour ses enfants ? Inexistante.

Les gens acceptent d’être pris et jetés, comme ils prennent et ils jettent. Il faut le dire simplement, il y a une confiance absolue des Français en le capitalisme. Leur capacité d’utopie est à zéro. Tout est éteint. Il y a bien des poussées positives ici ou là, mais c’est instable, précaire, sans continuité. Ne parvient à tenir en France que ce qui est consommable et périssable.

Les gilets jaunes, ces nostalgiques du capitalisme des années 1980-1990, sont à ce titre totalement le produit du capitalisme. On est gilet jaune comme on veut, quand on veut, si on veut, pour dire ce qu’on veut, pour consommer sa protestation, pour se consommer soi-même, de manière cyclique. Ils ont pollué les esprits et les médias, les mentalités et les luttes, tout comme le capitalisme. Plus que dans une société de consommation, on est dans une société de pollution.

Certains pensent qu’on peut s’en sortir en jouant sur le consommable. Ils veulent faire des valeurs une denrée périssable, qu’il faudrait alors constamment renouveler : au moins quelque chose se passerait. C’est une cause perdue et qui ne peut de toutes façons pas exister alors que les réseaux sociaux sont une machinerie impeccablement rodé. Rien n’est plus vain que ces petits groupes activistes publiant en série des choses éphémères sur Facebook ou Twitter. Non, ce dont on a besoin, c’est de marqueurs, d’œuvres, de monuments.

On a besoin de choses qui restent, pas de choses qui marquent. On a besoin d’un patrimoine culturel, de choses qui éduquent, qui forment les esprits et non pas qui les pollue. Encore faut-il avoir des esprits. Avec la crise, ils vont être là. Mais dans quel état ?

Il ne faut pas sous-estimer le capacité des gens à rattraper le temps perdu. Mais il y a les mauvaises habitudes. Il y a les tentations de s’en sortir par le nationalisme et le militarisme. Cela sera la bataille de l’utopie contre le pragmatisme, alors que tout va aller très vite. L’enfantement de la nouvelle époque est bien douloureux !

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Culture

Culture: un manifeste engagé de 1600 structures et médias indépendants face à la crise

Le monde de la culture est fortement impacté par la crise sanitaire du Covid-19, qui a totalement chamboulé la vie quotidienne. Les plus gros tirent en générale leur épingle du jeu du fait de leur position dominante et, dans certains secteurs, quelque uns bénéficient carrément de la crise pour accroître leur monopole sur la culture. Par contre, en ce qui concerne les petites structures indépendantes, souvent associatives ou ayant un fonctionnement quasiment associatif, en dehors d’une démarche strictement capitaliste, le drame est immense, alors que qui plus est la situation était déjà compliquée au préalable.

Le sens du Manifeste des structures culturelles et des médias indépendants est de dénoncer une situation intenable, en mettant sur la table en état des lieu de la situation, accompagné de perspectives claires et concrètes. Le texte fait pas moins de 240 pages et c’est l’aboutissement d’un travail collégial et multisectoriel minutieux pendant 9 mois, suite à un appel lancé dès mars 2020.

C’est très dense, évidemment fastidieux à lire, mais c’est en tous cas ancré dans le quotidien de ce monde de la culture, dans sa version urbaine et ayant relativement une dimension alternative en ce qui concerne la vie quotidienne.

Ce sont ainsi 1600 structures culturelles et médias qui signent le document, issus essentiellement du monde de la musique, dont beaucoup de la musique électronique, évoluant pour la plupart localement dans les grandes villes françaises.

On retrouvera les signataires à cette adresse, classés par ville : appeldesindependants.fr/signataires

Le ton est franchement démocratique, avec la volonté de changer en profondeur les choses en France :

« Ce manifeste assume sa dimension engagée, « politique » au sens noble : des centaines d’acteur·rice·s de la culture et des médias se sont investi·e·s dans une réflexion transsectorielle dépassant les intérêts particuliers et les corporatismes pour porter une contribution collective au débat démocratique. Avec pour boussoles la pratique du terrain, l’intuition artistique, l’expérimentation de nouveaux modèles. »

Dans la période actuelle, propice aux replis individuels ainsi qu’à la folie guerrière et nationaliste, on doit forcément remarquer et s’intéresser à un tel manifeste du monde de la culture, affirmant aussi forcément le collectif :

« Nous sommes des structures souvent peu visibles, et qui sont prêtes à s’engager, au-delà de leur intérêt particulier, pour l’intérêt général. »

Pour autant, il ne faudrait pas s’imaginer qu’il s’agit là d’une scène entièrement alternative et profondément contre-culturelle, comme cela existe ou a pu exister à Berlin par exemple, mais plutôt de structures évoluant dans le champs de la subvention publique.

C’est d’ailleurs typiquement français, car il y a en France beaucoup d’argent public dirigé vers le monde de la culture, et inversement le monde de la culture est presque systématiquement dépendant, au moins en partie, des subventions publiques. Cela fait que le manifeste, au fond, a surtout pour discours de réclamer à ce que l’argent public soit orienté différemment, avec une meilleure prise en compte d’enjeux modernes et de tout un pan moderne de la culture, avec aussi une plus grande transparence démocratique quant à ce fonctionnement.

« En France en particulier, le sujet n’est pas celui des ressources publiques mobilisées pour la culture – elles sont considérables et en tout cas bien supérieures à celles disponibles ailleurs sur la planète – mais la question est bien celle de leur répartition.

Nous constatons en effet que si la mobilisation des pouvoirs publics est forte à l’endroit des dispositifs de chômage partiel, elle s’inscrit d’ores et déjà pour dessiner l’avenir dans une logique de conservation, de restauration et de retour à l’avant-crise, dans la plus grande opacité et sans le moindre débat sur les enjeux profonds d’une refondation du secteur de la culture et des médias. 

Oui, il faut un « New Deal de la culture et des médias ». Nous l’appelons de nos vœux, en ordre dispersé, depuis des années. Mais, la question est celle de ses enjeux, de son périmètre, de ses objectifs et de sa méthode. La question est celle de nos priorités collectives et de notre capacité à imaginer le futur plutôt qu’à administrer le passé.

À ce titre, en refusant de privilégier la jeunesse, l’avenir et l’innovation, en leur préférant le patrimoine et l’immobilisme, la philosophie et les orientations budgétaires du volet culture du plan de relance et du projet de loi de finances 2021 constituent, de notre point de vue, une erreur historique. »

Tout cela a de la valeur, en ce que cela se confronte concrètement et en pratique à la pénétration du capitalisme et des valeurs propres au capitalisme sur la vie quotidienne, dans le domaine de la culture.

Cela n’est pas défini comme ça bien sûr, car cela fait des années et des années qu’en France la Gauche a sombré et n’est plus capable d’expliquer que le problème justement, c’est le capitalisme. Il est donc parlé, de manière typiquement urbaine, d’oppression, d’inclusion, d’exclusion, de diversité, etc. Il est alors prôné :

« Un horizon réinventé collectivement, depuis le terrain, en rupture avec trois décennies de conservatisme et en phase avec les priorités et urgences de notre temps : la reconquête démocratique, la résorption des fractures sociales et territoriales, l’affirmation du rôle de la jeunesse et l’écologie. »

Notons d’ailleurs au sujet de l’écologie, qui est évoqué à de nombreuses reprise dans le manifeste, qu’il n’y a pas vraiment une réflexion en profondeur à ce sujet, ou alors simplement de manière passive avec la volonté (importante) de réduire l’impact sur l’environnement. La culture est pourtant un lieu privilégié pour exprimer le rapport nouveau à la planète Terre que doit entamer l’humanité, avec une écologie affirmée de manière positive. Cela d’autant plus que la crise actuelle, concrètement et de manière très précise, est le produit du rapport erroné de l’humanité à la nature, en l’occurrence aux animaux.

C’est qu’à un moment il faut savoir remettre en cause la vie quotidienne, sans quoi on est une partie du problème, pas de la solution. Le Manifeste des structures culturelles et des médias indépendants est néanmoins un document important, qui exprime une volonté de changement pouvant exister dans la société française et c’est malheureusement assez rare.

Pour apporter justement un sens productif, on constatera que cette position est ambivalente car à la fois tournée vers l’État, donc vers le collectif, et en même temps fondée sur un fétichisme de l’indépendance (qui est en faite relative), des différences, du particularisme, etc. C’est là typiquement le reflet d’une incapacité à se tourner vers la population au sens large, dans sa dimension de masse, au profit d’un certain esprit d’aventure culturelle tout à fait petit-bourgeois.

Rappelons ici la situation de la culture en France, qui est grossièrement coupée en deux, entre de multiples petits mondes semi-alternatifs, qui échappent partiellement à l’emprise capitaliste, et la culture de masse qui par contre est presque entièrement sous la coupe de grandes structures capitalistes, de ce qu’on appel l’industrie du divertissement. Les petits mondes semi-alternatifs ne veulent pas des grandes structures capitalistes, mais sont très complaisants avec elles et sont aisément corrompus par la dimension urbaine, branchée, avec les soutiens de l’État.

C’est là toutefois un problème secondaire, car ce qui compte et ce qui va compter de plus en plus avec la crise, c’est d’avoir des espaces d’affirmation démocratiques et collectifs, pour faire face au rouleau compresseur capitaliste et à la mobilisations nationalistes et guerrière. Il faudra alors de la confrontation, de la résistance, et celle-viendra forcément aussi du monde de la culture.

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Société

Affaire Michel Zecler: la France suinte les abus par tous les pores

La France s’imagine avoir affaire à des débordements, mais en réalité la violence est présente à tous les niveaux de la société. Celle-ci s’effondre sur elle-même.

« La France est un pays d’ordre et de liberté, pas de violence gratuite et d’arbitraire. » Ces propos d’Emmanuel Macron suite à l’affaire Michel Zecler en disent long sur la sale impression qu’ont les Français alors que la police a tabassé une personne sort de son interpellation mouvementée. Toute l’image d’une France apaisée s’efface devant de telles images. Toutes les prétentions du capitalisme à une société injuste, mais pas arbitraire, disparaissent.

Seulement voilà : dès que les choses sont mouvementées, en France les choses tournent mal. Insistons d’ailleurs là-dessus, car sinon on ne comprend pas le sens de la question.

Il n’y a pas de police abstraite composée de policiers pervers par nature. Il y a une police concrète avec des policiers réels façonnés par leur environnement. Quand on voit les images de l’agression de Michel Zecler, on comprend en effet tout de suite que les policiers agissant de la sorte ne le font pas par excès d’engagement, mais par un comportement habituel, en toute confiance.

Et cette confiance est le produit d’une société décadente où l’ultra-violence sort de tous les pores de la société. On n’a pas des policiers violents, pervers, tabasseurs par plaisir. On a une police violente dans le cadre d’une société violente où tout s’effondre en termes de valeurs. On n’a pas un État policier mais un État en déliquescence – et c’est là toute la différence entre la perspective de Gauche et celle des anarchistes.

On peut prendre un exemple très simple. Les gens font-ils confiance à la police ? Non ! Certainement pas ! Font-ils confiance à leurs voisins ? Non plus ! Et même encore moins ! Et c’est là qu’on a tout compris. Le capitalisme est la guerre de tout le monde contre tout le monde et dans ce cadre, l’arbitraire suinte dans les rapports de force. Cela est vrai à tous les niveaux : à l’école, dans la famille, au travail, dans les rapports avec la police.

Faire croire, comme le font les médias libéraux, les intellectuels de « gauche », les anarchistes… qu’il y a un malaise policier ou avec la police, c’est mentir. C’est toute la société qui connaît un malaise terrible. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a dit :

« Lorsqu’il y a des gens qui déconnent, ils doivent quitter l’uniforme de la République, ils doivent être sanctionnés, ils doivent quitter ce travail, ils doivent être punis par la justice. »

C’est vrai… sauf que tout le monde déconne, plus rien ne tient. Le capitalisme produit des mentalités d’escroc, de manipulateurs, de cogneurs. Si on peut cogner, on le fait, voilà la mentalité. Si je peux arnaquer, abuser, forcer… je le fais. Et comme l’État est aux abonnés absents, la France suinte des abus, par tous les pores.

On a une preuve de cela, très simple d’ailleurs, c’est la violence à l’encontre des animaux. Elle est présente dans toute la société, que ce soit au niveau industriel ou au niveau de la vie quotidienne. La société française y est toutefois largement indifférente. Si vraiment la violence était si isolée dans certains secteurs, la violence contre les animaux apparaîtrait. Ce n’est pas le cas. Les gens sont en France totalement blindés quant à la violence. Dans les grandes villes, les agressions peuvent arriver n’importe où et on le sait. Les faits divers sont innombrables dans tout le pays et les peines encourues ridicules dans bien des cas, pour des tribunaux engorgés et des policiers qui n’ont même plus le temps de faire des enquêtes tellement il y en a à faire !

Tout le monde sait qu’une gare comme celle de Montparnasse à Paris regorge de pickpockets, qu’il y a des taxis à la sauvette, très bien habillés et très polis, juste à l’entrée de l’accès aux taxis, à 10 mètres du commissariat de la gare. Tout le monde s’en moque.

La violence est là, la violence est partout, la France est malade de sa violence… et ce n’est qu’un début dans un processus d’effondrement général. Et si le peuple ne se ressaisit pas, il y aura l’extrême-Droite, un général pour se pointer et se faire élire pour rétablir « l’ordre » – c’est-à-dire la sortie de la crise par la guerre. Comme dans les années 1930.

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Société

Diego Maradona, le cerf-volant cosmique

Diego Maradona a été une icône, atteignant un symbolisme religieux porteur des espoirs et des faiblesses populaires. Tout sauf un saint, et pourtant un saint dont l’absence est considérée comme insoutenable pour ceux qui l’ont vu religieusement.

Diego Maradona, décédé le 25 novembre 2020, a fait rêvé et c’est pour cela que sa mort est marquante. En quoi consiste ce rêve ? Pour le comprendre, il faut se tourner vers le football sud-américain, en particulier celui d’Argentine et du Brésil. Il y a une dimension populaire dans le football, dans ces pays, avec une pratique à la fois très large et quotidienne, faisant qu’il y a un côté artistique, profondément joueur, avec beaucoup de talent.

Diego Maradona a incarné cela, à travers qui plus est une personnalité fantasque, et il est un jour qui le consacra : le 22 juin 1986. C’est un jour mythique dans le football. Le cadre, c’est la coupe du monde de football au Mexique, avec le match Angleterre-Argentine, devant 115 000 personnes. Diego Maradona réalisa deux choses : une véritable sarabande footballistique d’une part, une escroquerie esthétisée de l’autre.

Voici la sarabande, Diego Maradona partant du milieu de terrain pour dribbler de multiples joueurs anglais, avant de marquer.

 Voici la traduction de ce que raconte le commentateur sportif argentin Victor Hugo Morales lors de l’action, reflétant l’impression des Argentins :

« Un génie, un génie, un génie, Gooooool… Je veux pleurer. Dieu Saint, vive le football! Golaaazooo! Diegoooool! Maradona, lors d’une action mémorable, la plus belle action de tous les temps… Un cerf-volant cosmique… De quelle planète viens-tu pour laisser sur ton chemin autant d’Anglais… Merci Dieu, pour le football, pour Maradona, pour ces larmes. »

Il y a ici un côté irrationnel tout à fait propre au culte du football en Amérique latine. Cela s’associe à un côté très pragmatique : il faut gagner à tout prix. Et justement Diego Maradona avait marqué juste avant en trichant. Son but quatre minutes avant a été marqué en effet de la main ; il dira par la suite, ce qui renforcera sa légende, qu’il a marqué le but…

« avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu.

Le tout est particulièrement renforcé également de par la petite taille de Diego Maradona (1 mètre 66), lui donnant l’image d’un petit gros de 70 kilos parvenant miraculeusement à jongler pour sauver la mise. Il faut bien entendu ajouter qu’on est au début de la télévision véritablement de masse.

La question reste bien entendu de savoir dans quelle mesure le but du siècle aurait eu tellement de valeur s’il n’y avait pas eu, quelques minutes auparavant, l’escroquerie du but de la main. On a ici une idéologie du génie assumant d’être criminel, avec un côté malsain ; Diego Maradona jouera particulièrement là-dessus, pusqu’il avait rejoint en 1984 le club de Naples.

Le club de football de cette ville magnifique (Voir Naples et mourir, dit-on) était alors de seconde zone et Diego Maradona le fit incroyablement progresser. Mais le club dépendait bien entendu de la mafia, omniprésente dans la ville, Diego Maradona basculant lui-même dans la drogue (jusqu’à être accusé de relever de l’organisation du trafic), l’alcoolisme, assumant un mode de vie de grand bourgeois décadent (utilisation de la prostitution, grosses voitures, etc.), cumulant les problèmes de santé et ne réussissant plus rien du tout par la suite. Il obtint ainsi l’image d’un ange déchu tout en se revendiquant révolutionnaire en soutenant ouvertement Cuba et Fidel Castro, le Venezuela, etc.

Dans un documentaire sur lui du réalisateur Emir Kusturica (forcément fasciné par le côté frénétique de ce footballeur), Diego Maradona chante une chanson sur lui-même où il raconte qu’il vient des faubourgs, que Dieu a voulu qu’il ait survécu et réussi à faire face à l’adversité, qu’il forma sa technique du pied gauche sur un terrain vague, qu’il a apporté l’allégresse au peuple… qu’il est curieux que Jésus ait trébuché, car lui jamais!

Il y a ainsi un côté fantasmatique et on pouvait plaquer sur Diego Maradona tout et n’importe quoi. C’est un Saint pour le groupe français très latino la Mano Negra, la figure du drogué tricheur avec des prostituées pour le groupe anglais Business (pour qui évidemment on ne plaisante pas avec le football, Gary Southgate en faisant les frais pour son penalty raté avec un classique du punk oï anglais).

Cette ironie mordante, cette prétention baroque, ce talent fragile, cette réalité si populaire ne pouvait que faire vibrer, malgré et à cause de son ambiguïté fondamentale, pour ne pas dire la corruption totale et un véritable gâchis humain. Maradona, c’est ainsi toute une époque de la vie populaire de la fin du 20e siècle, avec une valorisation de l’authentique mais une fascination étrange voire morbide pour celui qui s’en sort quitte à être amoral. La mort de Maradona a de ce fait nécessairement fait pleurer des gens ne s’intéressant pas à la carrière de Maradona, ni même vraiment au football. C’est dire l’ampleur de la question Maradona, qui est tout simplement de nature religieuse.

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Société

Fin du «confinement»: la France fêtera Noël pour tenter d’oublier la réalité

Emmanuel Macron a sauvé Noël. Du moins c’est ce qu’il voudrait faire croire, car dans les faits l’État ne gère plus grand-chose et ne fait que courir après la réalité du pays. Le second confinement est un lamentable échec et la France n’imaginait pas une seconde ne pas fêter Noël ni le Premier de l’An. Le chef de l’État et son gouvernement doivent donc s’aligner, avec le risque évident de faire repartir l’épidémie, avant et surtout pendant les fêtes.

Emmanuel Macron a indiqué que le « confinement » sera levé le 15 décembre, si les chiffres sont bons, puis qu’il n’y aurait pas de restrictions pour Noël et le Premier de l’An. Pourtant, il n’y a pas de confinement et chacun fait déjà ce qu’il veut ou à peu près, plus ou moins discrètement, de manière plus ou moins assumée. Les forces de police n’ont de toutes manières aucunement la capacité ni la volonté de faire respecter quoi que ce soit, hormis pour quelques opérations bien ciblées.

La véritable annonce du Président concerne donc la date du samedi 28 novembre, avec la réouverture des magasins « non essentiels ». Cela marquera la fin de ce semi-confinement, ou faux confinement, et il est évident que cela va s’accompagner d’un relâchement majeur des comportements tout au long du mois de décembre.

Il y a beaucoup de dignité dans ces propos du professeur Rémi Salomon, qui est le président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris et qui a tenu à faire des recommandations pour accompagner les annonces d’Emmanuel Macron :

« On coupe la bûche de Noël en deux et papy et mamie mangent dans la cuisine et nous, dans la salle à manger. Il ne faut pas manger avec papy et mamie, même à Noël, même si on a pris des précautions avant. On peut aller chez papy et mamie à Noël, mais on ne mange pas avec eux. Si je transmets le virus à papy et mamie, c’est pire que tout. »

Il y a beaucoup de dignité, mais c’est aussi terriblement à côté de la plaque. Une telle précision est absolument inaudible dans le pays et d’ici au réveillon du 24 décembre, le semi ou faux confinement de novembre ne sera qu’un lointain souvenir. Il va sans dire que le réveillon de la Saint-Sylvestre sera encore pire de ce point de vue là.

Heureusement, et c’est bien la moindre des choses, il ne sera pas possible de louer de salles ni de se retrouver en discothèques ou bars. Les Français ont toutefois de grandes maisons à disposition et il y a fort à parier que les soirées seront nombreuses, à nombreux, et bruyantes. Il s’agira d’oublier 2020, avec l’idée de rayer cela de la mémoire comme un mauvais souvenir.

Mais si les fêtes auront été surtout propices à la multiplication de foyers épidémiques, comme on peut s’y attendre, alors 2021 commencera de la plus terrible des manières, avec une reprise drastique de la circulation du virus.

Pourquoi ce qui s’est passé au début de l’automne ne se reproduirait pas à l’hiver ? En attendant, Noël est « sauvé », et avec lui surtout la course effrénée à la consommation de cadeau. Toujours pas de remise en cause, toujours la même fuite en avant… Mais jusqu’à quand ?

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Société

Cannabis: la Cour de justice de l’Union européenne impose le CBD à la France

Les capitalistes de la fleur de chanvre attendaient avec impatience la décision de la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire Kanavape. Jeudi 19 novembre 2020, elle vient de donner sa décision et sans surprise, elle demande à la France de s’aligner sur la législation commune européenne.

En 2017, Sébastien Béguerie de l’entreprise Kanavape spécialisée dans la commercialisation de cigarette électronique à base de cannabidiol est convoqué au tribunal correctionnel de Marseille. L’État lui reproche de vendre ses marchandises sous couvert de vertus médicales.

En effet, des médicaments à base de molécules issues du chanvre, comme le tétrahydrocannabinol (thc) ou le cannabidiol (cbd), existent déjà, comme le Sativex (thc) ou l’Epidyolex (cbd). En juin 2018, la Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildca) rappelait :

En France, les seuls produits contenant des tétrahydrocannabinols et du CBD pouvant revendiquer des allégations thérapeutiques sont les médicaments autorisés par l’ANSM ou la Commission européenne sur la base d’un dossier évalué selon des critères scientifiques de qualité, sécurité et efficacité.

Mais la pression capitaliste s’avère extrêmement intense puisque l’ « affaire Kanavape » donne lieu à des propos plein de confusion émanant du gouvernement de l’époque, pavant la voie à l’ouverture de nombreux « shops de CBD » partout en France.

Ces derniers s’appuient sur la législation européenne qui autorise la commercialisation et la vente de fleurs de chanvre à condition que la plante dont elles sont issues contiennent moins de 0,2 % de THC, la substance psychoactive du cannabis. Ainsi, des pays comme la Finlande, la Lituanie, la Norvège, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, etc., autorisent la vente de produits de cannabidiol sur cette base juridique.

Mais, les petits boutiquiers français du CBD oublient que la France a une base populaire qui n’est heureusement pas aussi réceptive aux mœurs libéral-libertaires que les Pays-bas ou la Norvège par-exemple, et que nous ne sommes pas non plus dans les pays de l’Est où l’euphorie capitaliste post-URSS fait des ravages.

De fait, la législation française interdit strictement la vente de fleurs de chanvre, quel que soit le taux de THC, n’autorisant que l’utilisation des graines et fibres d’une plante respectant la norme européenne de moins de 0,2 %. Autrement dit, d’accord pour des huiles, des crèmes, etc., à base de CBD d’une plante contenant moins de 0,2 % de THC, mais non aux fleurs de CBD pour fumer.

Cela pose forcément problème aux marchands de la fumette, confrontés alors à des procès en série.

La Cour de justice de l’Union européenne vient ici jouer son rôle de lissage et d’uniformisation vers le libéralisme, permettant l’extension du marché et la bonne marche du capitalisme. Dans sa décision à propos de l’affaire Kanavape, elle rappelle premièrement que :

La Cour dit pour droit que le droit de l’Union, en particulier les dispositions relatives à la libre circulation des marchandises, s’oppose à une réglementation nationale telle que celle en cause.

Pour ensuite affirmer très nettement :

Une interdiction de commercialisation du CBD, qui constitue, d’ailleurs, l’entrave la plus restrictive aux échanges concernant les produits légalement fabriqués et commercialisés dans d’autres États membres, ne saurait être adoptée que si ce risque apparaît comme suffisamment établi.

Grosso modo, l’échange et la vente de fleurs de CBD doivent être autorisées en France car il ne faut pas faire entrave à la liberté de circulation de marchandises soit-disant « inoffensives » pour la santé. Business is business !

Mais la France et surtout les français ne disent pas que le CBD n’est pas inoffensif au plan sanitaire, ils disent qu’avec un tel marché, on ouvre la boite de pandore vers la banalisation générale des drogues. Le CBD se fume de toute manière avec du tabac, et les études sanitaires disent que le CBD n’est pas psychotrope, non pas qu’il est absolument dénué d’effets indésirables… Si l’on veut se soigner, on a des médicaments prescrits par son médecin, et disponibles en pharmacie.

Pour l’Union européenne, il n’y a pas de réalités nationales, liées à des héritages culturels spécifiques issus des luttes de classe. Non, il y a simplement des espaces de projection marchande. Son rôle est de faire de l’Europe un vaste marché commun, si possible avec le plus d’échanges divers et variés, ni plus, ni moins. Il faut bien pouvoir peser dans la concurrence capitaliste internationale…

Avec cette décision, la Cour de justice de l’Union européenne vient détricoter par en haut, de manière totalement anti-démocratique, la culture populaire plutôt rétive à l’ouverture officielle d’un tel commerce en France. L’autorisation du CBD par cette « Cour » doit donc être comprise uniquement pour ce qu’elle est : une décision au service du rouleau compresseur capitaliste.

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Culture

Détruire ce qui nous détruit

Slogan de la Gauche allemande alternative, « détruire ce qui nous détruit » est emblématique d’une exigence de transformation de la vie quotidienne.

« Détruire ce qui nous détruit » est un slogan classique de la Gauche allemande alternative des années 1970 en Allemagne de l’Ouest ; à rebours complet de la logique syndicale, il place les revendications sur le plan de la vie quotidienne. C’est exemplaire de la différence d’ailleurs entre la Gauche française des années 1960-1970 et son équivalent allemand.

Ce slogan est connu par le groupe « Ton Steine Scherben » (Hauteur de voix Pierres Bris de vitres), dont c’est le premier single en 1970. Le groupe, qui pratique une sorte de rock, est devenu emblématique d’une scène allant des Verts alternatifs à la Fraction Armée Rouge en passant par les autonomes et tous les squats berlinois des années 1980, avec comme dénominateur commun la revendication de la transformation de la vie quotidienne. En France, le journal L’Internationale liée à Action Directe reprendra d’ailleurs le slogan en couverture de son numéro de décembre 1983 ; il est souvent employé par le PCF(mlm).

Voici la chanson de Ton Steine Scherben.

En voici les paroles, les dernières lignes étant présentes sur la version de l’album.

« Les radios sont allumés, les disques tournent
Les films sont diffusés, les télévisions allumés
Acheter des voyages, acheter des voitures

Acheter des maisons, acheter des meubles
Pourquoi ?

Détruisez ce qui vous détruit !

Détruisez ce qui vous détruit !

Les trains roulent, les dollars roulent

Les gens s’épuisent au boulot, les machines tournent

Construire des usines, construire des machines
Construire des moteurs, construire des canons

Pour qui ?

Détruisez ce qui vous détruit !

Détruisez ce qui vous détruit !

Les bombardiers volent, les chars roulent,

Les policiers frappent, les soldats tombent
Protéger les chefs, protéger les actions

Protéger le Droit, protéger l’État

De nous !

[A quoi s’ajoute sur l’album la chanson du Front de l’unité de Bertolt Brecht et Hanns Eisler :

Et parce que l’homme est un homme
voilà pourquoi il lui faut de quoi manger, eh oui!
Aucun bavardage ne le rassasie
ça ne ramène pas de bouffe.

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur

Et parce que l’homme est un homme
voilà pourquoi il lui faut aussi vêtements et chaussures.
Aucun bavardage ne le réchauffe
et pas de roulement de tambour, non plus

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur

Et parce que l’homme est un homme
voilà pourquoi les bottes dans la figure ne lui plaisent pas.
Il ne veut voir parmi soi aucun esclave
et au-dessus de lui aucun maître.

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur

Et parce que le prolétaire est un prolétaire
voilà pourquoi aucun autre le libérera,
la libération de la classe ouvrière
ne peut être que l’œuvre des ouvriers

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur] »

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Société

«Les addictions en France au temps du confinement»

Psychologiquement, le confinement a été vécu très difficilement par beaucoup de monde. Ses effets restent également très importants. On se reportera ainsi avec d’autant plus d’intérêt vers l’évaluation des addictions pendant le confinement.

C’est l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies qui la fournit, venant de mettre en ligne le numéro de septembre, au format PDF, de Tendances, à retrouver ci-dessous :

[il faut passer la souris (PC) ou le doigt (smartphone) sur le PDF
pour faire apparaître le bouton de changement de page en bas du document]

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Société

Vitry-sur-Seine: la honte d’avoir accueilli le premier combat officiel de MMA en France

Le premier combat officiel de MMA de l’histoire en France a eu lieu jeudi 8 octobre 2020 à Vitry-sur-Seine, une ville censée être de gauche, dans une salle portant le nom de Maurice Thorez, une figure incontournable de la Gauche française. La honte est totale.

Le MMA est un « sport » indéfendable. Ce sont les jeux du cirque romains, version spectacle à l’américaine ultra moderne, calibrés pour la télévision avec derrière des entreprises pesant une fortune. La démarche, c’est de placer deux brutes hautement formées aux techniques de combat dans une arène (un octogone), avec le droit à quasiment tous les coups (y compris les étranglements et les frappes d’un adversaire au sol) pour se défigurer l’un l’autre.

La ville de Vitry-sur-Seine en banlieue parisienne se couvre de honte en accueillant un tel spectacle dans sa salle municipale, pour une première en France. Il faut bien voir ici que cela ne tombe pas du ciel, car il y a toute une scène locale du MMA à Vitry-sur-Seine et aux alentours, et ce sont là des villes gérées par le PCF depuis des années (malgré les récentes péripéties).

Il y a eu du MMA à la Fête de l’Humanité en 2019 et la FSGT, une fédération sportive liée culturellement au PCF, défend depuis longtemps la légalisation du MMA. D’ailleurs, la FSGT s’était portée candidate pour être la fédération de tutelle du MMA, légalisée par Emmanuel Macron et ce n’est pas pour rien, puisqu’on retrouve l’idée du marché roi, de la sortie par le haut des pauvres au moyen d’un investissement dans et pour le marché, etc.

C’est une illustration de la terrible décomposition du PCF et de la Gauche en général, qui ne pèse plus rien dans le pays mais ne survit que par un populisme racoleur. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : le PCF, et tous les gens tournant autour, s’imaginent populaires en mettant en avant le MMA.

En fait, ils cèdent à toute une mentalité banlieusarde parisienne, quasi unilatéralement masculine, et extrêmement réactionnaire sur le plan culturel. Cela est d’autant plus terrible que la mouvance du PCF sert ici de fer de lance à une démarche ultra-capitaliste qui se lance et compte bien s’implanter par tous les moyens possibles.

Les combats de Vitry-sur-Seine du 8 octobre 2020 ne sont en effet qu’une mise en jambe, pour ensuite lancer véritablement tout le business du MMA en France. Il y a d’abord des petits combats, des petites organisations puis bientôt viendra le mastodonte commercial UFC qui raflera la mise de ce juteux business.

C’est d’ailleurs Cyril Gane qui l’explique le mieux, lui qui est l’un des seuls Français pratiquant le MMA en étant sous contrat avec l’UFC :

« L’UFC va arriver, elle laisse les organisations mineures faire connaître ce sport aux Français avant de débarquer. C’est une stratégie. Mais tout le monde attend l’UFC. »

Dès le samedi 10 octobre, un « gala » est d’ailleurs organisé à Paris Bercy et on a la ministre des sports elle-même qui s’investit directement dans ces organisations.

On a donc eu, en pleine crise sanitaire et alors que Paris dépasse le seuil d’alerte maximale, 600 personnes dans une salle « Maurice Thorez » qui viennent voir des gens s’écharper, sous les yeux de la ministre d’Emmanuel Macron acclamée.

Tout cela est terriblement décalé, hors sujet, en dehors du temps… ou plutôt totalement conforme à la décadence d’une époque, des mœurs, du capitalisme.

> Lire également : Du pain et des jeux: la Fédération de boxe organise la légalisation du MMA

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Société

Ragwear, un streetwear vegan normal et donc classe

La marque allemande Ragwear est à la fois ouverte et exigeante ; elle réussit à ouvrir un chemin pour le moins incontournable.

Ragwear est une marque allemande qui est assez proche de l’esprit d’iriedaily, mais sans la prétention alternative, ce qui amène paradoxalement un style beaucoup plus grand public et accessible, avec un esprit même peut-être plus authentique, parce que plus simple, plus neutre, sans agressivité.

Fondée en 1997 sur une base streetwear liée à la culture skate, la marque s’est aperçue des conditions terribles qu’implique la production de denim en Afrique en termes de conditions de travail et de pollution de l’eau. Elle a alors tout changé et en 2007 elle est devenue une marque strictement vegan accordant une place essentielle au refus de polluer.

Comme chez Iriedaily, on a pareillement sur Facebook les photos des travailleurs chinois produisant les habits ainsi que des lieux de travail, des employés, mais chez Ragwear on a également régulièrement des photos d’animaux, avec également des appels aux dons, la marque parrainant également une vache arrivée dans un refuge spécialisé pour vaches, etc. On est davantage dans une modernité vegan que dans un style branché urbain comme fin en soi.

Cela implique bien entendu un style moins tranché, moins cassant sur le plan graphique, mais de ce fait quelque chose de moins masculin urbain. La touche féminine est marquée et il est intéressant de savoir que les designers se trouvent à Prague, ce qui joue certainement sur le côté neutre et fleuri.

Cela interpellera forcément, parce qu’on sort clairement de la course au bizarre ou au grotesque qui est le pendant de la compétition au sein du streetwear, puisque le principe sous-jacent est de se faire remarquer en ville. C’est toute la difficulté de la question du style alors que le capitalisme corrompt les designers et les gens en général, imposant une fuit effrénée dans le remarquable. Ragwear se sort de cette problématique par un côté clairement tourné vers les gens normaux et par un souci fondamental : celui d’être sympathique et du bon côté.

Ragwear produit des t-shirts manches longues et courtes, des chemises, des sweatshirts, des blousons, des robes, des hauts et des pantalons ; on notera que son site dispose d’une version en français, ce qui est valable pour les sympathiques articles du magazine.

La marque mérite clairement d’être connue en France et il est évident qu’elle le sera, parce qu’elle propose ce qui est tout à fait dans l’air du temps. L’exigence posée par Ragwear correspond à quelque chose de tout à fait populaire : simple et vegan, urbain mais sans pousser à une distinction artificielle. Ce qui est classe, somme toute.

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Société

GRS: «Non à la privatisation des routes nationales!»

Communiqué de la Gauche Républicaine & Socialiste :

« Un décret lié à la LOM ouvre la possibilité de privatiser les Routes nationales : pour nous c’est non !

La presse a relevé le 18 septembre dernier qu’un décret relatif à la Loi d’organisation des mobilités (LOM) avait été publié le 15 août, en plein été pour échapper à l’attention, qui ouvre la possibilité de privatiser les routes nationales.

Le gouvernement poursuit l’extension du marché et cède à la rente privée un investissement public payé par les Français. Il répond ainsi à l’appétit des grands groupes privés qui profitent déjà de la privatisation des concessions autoroutières.

Ainsi l’État macroniste n’a pas la volonté de s’embarrasser de l’entretien correct de nombreuses portions de routes nationales et pour parvenir à ses fins explique qu’il n’en a pas les moyens. Cette stratégie est poursuivi depuis plus de 15 ans par tous les gouvernements qui se sont succédés : lorsqu’il ne transfère pas tout simplement aux départements certaines routes nationales (qui n’ont pas les moyens suffisants pour un entretien convenable), l’État choisit de négliger dramatiquement les milliers de kilomètres qui restent de sa responsabilité, qui souffrent ainsi d’un sous-investissement chronique et finissent par se dégrader.

L’État macroniste veut ainsi nous faire croire aux sirènes des sociétés concessionnaires privées d’autoroutes qui susurrent : « si vous nous confiez certaines portions, les derniers kilomètres avant l’autoroute, par exemple, nous les entretenons, nous investissons, et, en échange, vous prorogez nos contrats autoroutiers ».

Aucune leçon tirée du scandale des autoroutes“Or, l’allongement des durées de concession, c’est justement ce qu’il faut éviter, comme le démontrent le rapport de la commission d’enquête du Sénat rendu public également ce vendredi 18 septembre après 8 mois de travail intensifs. Selon les estimations de ce rapport, au moins deux des trois sociétés concessionnaires auront rentabilisé leurs investissements dès la fin de l’année 2022, alors que les contrats courent pour encore au moins dix ans. Prolonger la durée des concessions reviendrait à priver l’État de nouvelles recettes, car plus une concession est vieille, plus elle est rentable. Les dividendes versés aux actionnaires de ces sociétés privés sont d’ores-et-déjà conséquents, nourris par une gestion opaque des tarifs et des péages au détriment des usagers, qui n’ont aucun moyen de pression – pas plus que l’État qui s’en est volontairement privé. En effet, les contrats de concession accordés à ces grands groupes (Eiffage, Vinci, Abertis, pour les plus importantes) ont été négociées de dans un sens qui leur était particulièrement favorables et toute tentative pour remettre de l’ordre a été ajournée sine die, comme le démontre le scandale du fiasco de la mission d’information de 2014 dont le rapporteur socialiste Jean-Paul Chanteguet fut mis sur la touche pour avoir trop vertement critiqué les conditions dans lesquelles le gouvernement Hollande avait renouvelé en 2013 les concessions. La commission d’enquête sénatoriale a ainsi auditionné plusieurs ministres qui ont reconnu l’opacité de la gestion de ces contrats de concession, indiquant avoir été même écartés de certaines négociations.

Tout le monde s’accorde aujourd’hui à reconnaître que la privatisation des concessions autoroutières en 2005, décidée par le gouvernement de Dominique de Villepin, a été une gigantesque erreur. Pourtant la droite sénatoriale comme le gouvernement Macron et sa majorité refusent aujourd’hui de réparer cette erreur, invoquant le même argument (et le seul) qui avait justifié la privatisation en 2005 et le renouvellement des concessions en 2013 : « la dette » ! Ainsi Bruno Le Maire annonce sans examen au fond du coût réel des concessions un prix de 45-50 Mds €, ce qui serait selon lui trop cher pour la puissance publique. Ce prix doit être interrogé, au regard de l’opacité du dispositif et des pratiques des sociétés privées. Or nous l’avons tous constaté, l’argent n’est pas cher aujourd’hui pour la puissance publique : l’État vient d’emprunter plusieurs centaines de milliards d’euros sur les marchés et parfois à des taux négatifs. Ainsi investir pour racheter les concessions autoroutières, ce serait à la fois mettre fin à une rente indue pour des sociétés privées qui n’apporte aucun avantage pour les usagers et créer demain des recettes importantes pour la puissance publique ! Même la commission d’enquête sénatoriale pourtant largement orientée à droite estime qu’il est temps de “partager équitablement les profits futurs avec l’État et les usagers” et pour ce fait suggère de ne pas renouveler certaines concessions autoroutières.

Les péages ne doivent plus servir à nourrir les dividendes des actionnaires mais à financer le retour à la gestion publique des autoroutes et à améliorer le réseau et le service, avec trois axes prioritaires : l’aménagement du territoire, la transition écologique et la maîtrise réelle des tarifs et péages (donc la défense du pouvoir d’achat).

Cadeaux et idéologie

On ne peut qu’être consterné par ce refus obstiné de tirer les enseignements du scandale des concessions autoroutières. Pire, le gouvernement Macron est en train aujourd’hui d’engager une aggravation de la situation en étendant à tout ou partie de plusieurs routes nationales le modèle néo-libéral qui s’applique aux autoroutes.

Il s’agit évidemment pour le futur candidat à l’élection présidentielle de favoriser un peu plus quelques sociétés privées et parmi elles leurs principaux actionnaires, dont il pourra récolter le soutien en temps opportun, étant bien entendu qu’Emmanuel Macron sert depuis 2017 les intérêts d’une caste stato-financière et qu’il a vocation à poursuivre dans cette voie.

La rente de situation des sociétés concessionnaires et la récolte de dividendes seront donc dopées par ce nouvel abandon de la puissance publique au détriment des usagers et des citoyens : la mobilisation des gilets jaunes avait ainsi illustré combien l’augmentation coût des transports est insupportable pour les ménages des catégories populaires et même des « professions intermédiaires ». Après l’échec de la privatisation d’ADP (plus du fait de la crise sanitaire que de la mobilisation somme toute remarquable des citoyens contre celle-ci), les routes nationales sont l’un des actifs les plus facilement aliénables pour satisfaire les grands appétits privés.

Au-delà de ces seules considérations vénales, la logique devant nous revient à mettre au clou notre patrimoine pour répondre à une injonction idéologique dangereuse.

La privatisation des routes nationales, après celles des autoroutes, vise à réduire encore un peu l’emprise de l’État – donc notre mandataire collectif – sur la circulation dans notre pays. C’est ni plus ni moins qu’une forme nouvelle de régression sociale : nous revenons aux institutions de l’Ancien Régime, aux logiques d’aménagement de l’espace et aux régimes de circulation qui dominaient notre pays avant la Révolution de 1789 avec les « Fermiers Généraux » et les octrois. Cela implique une forme de transfert de la liberté de circulation des usagers – les citoyens – vers les entreprises – le marché. L’espace politique de notre pays se trouve ainsi un peu plus placé sous l’emprise et le pouvoir des acteurs du marché (oui contrairement à ce que d’aucuns ont pu laisser entendre le marché n’est pas désincarné) et un peu moins sous l’autorité du peuple, fondement de la souveraineté populaire, donc de la démocratie.

Par ailleurs, une fois de plus, le néolibéralisme, présenté comme une forme de modernisation de la vie économique, engage une régression de l’économie d’un pays pour deux raisons :

  • Premièrement, en restreignant l’accès à la circulation dans l’espace public, la privatisation de ces routes réduit l’activité économique en diminuant les échanges. Ce que le néolibéralisme présente comme une forme de modernité est, en réalité, une régression économique qui tend à réduire le volume des échanges soutenant l’activité économique du pays. Même le marché, finalement, se trouve restreint par ce qui nous est « vendu » comme un outil de son développement.
  • La seconde raison est son incidence sur la circulation elle-même et, au-delà, sur l’emprise de la circulation sur l’activité industrielle. En conduisant à une limitation du volume des échanges et donc, de l’intensité de la circulation, la privatisation des routes conduit, à terme, à une diminution de l’usage des moyens de transport. Dans le temps long, cette privatisation pourrait conduire à une réduction de la demande des acteurs des échanges et ainsi, au-delà, à une réduction de l’offre en moyens de transport des acteurs de l’industrie.

En conséquence, la Gauche Républicaine et Socialiste demande le retrait du décret « relatif aux conditions de classement de certaines sections de routes dans la catégorie des autoroutes ». Elle s’oppose radicalement à la privatisation des routes nationales, et réclame le retour de toutes les infrastructures de transport dans le giron public .

la puissance publique doit s’engager dans une logique de non renouvellement des concessions des sociétés autoroutières et préparer une renationalisation de l’ensemble des autoroutes qui permettra le retour à une gestion publique, sous une forme à inventer pour qu’elle puisse associer les usagers. »

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Société

PS: «La 5G: progrès ou fuite en avant?»

La technologie 5G génère beaucoup d’interrogations, voire d’inquiétudes en France. Voici un positionnement intéressant de la part du Parti socialiste à ce sujet, exprimé sur un mode très rationnel typique de la Gauche française :

« La 5G : progrès ou fuite en avant ?

Depuis plusieurs années, des alertes sont lancées concernant la 5G. Certaines sont suspectes, relayées par les complotistes en tous genres. Mais ces derniers mois, les rapports scientifiques s’accumulent et les problèmes soulevés se multiplient.

Nombreux sont ceux qui réclament un moratoire sur le déploiement de la 5G en France, le temps d’étudier sérieusement toutes les conséquences de l’installation et de l’utilisation massive de cette technologie de communication. Des candidats et maires socialistes ont notamment pris position pendant la campagne municipale ou plus récemment dans une tribune.

Le Premier secrétaire du PS Olivier Faure s’est exprimé à plusieurs reprises ces derniers mois en faveur d’un principe de précaution.

Car contrairement à ce que prétend Emmanuel Macron à travers des propos dédaigneux et tristement caricaturaux, réfléchir et débattre avant de déployer la 5G, ce n’est pas prôner la régression des civilisations humaines vers un nouvel âge de pierre, c’est au contraire exiger de comprendre si une évolution technologique est un véritable progrès humain.

C’est dans cet esprit que le secrétariat national du Parti socialiste lance un travail d’auditions d’experts et de concertations avec nos élus dans les territoires, pour :

  • démêler le vrai du faux sur les questions d’impact du déploiement de la 5G sur la santé, notamment dans les fréquences hautes (26GHz) pour lesquelles l’ANSES demande d’approfondir la recherche sur les effets sanitaires potentiels ;
  • examiner les aspects de consommation d’énergie et d’impact environnemental d’une utilisation nationale massive de la 5G ;
  • évaluer les expertises concernant les problèmes d’interférences avec des équipements importants, comme les installations météorologiques ;
  • comprendre les risques liés à la cyber-sécurité, en particulier pour les objets connectés, et assurer la protection des libertés individuelles et de la vie privée mais aussi les enjeux internationaux de sécurité liés aux technologies de la 5G ;
  • alors que certains territoires ne sont pas encore couverts par la 3G et la 4G, il est paradoxal de se focaliser sur la 5G. Il semble donc nécessaire d’engager une réflexion sur la fracture numérique territoriale, de s’assurer aussi des moyens mis en œuvre pour réduire la fracture sociale, et d’enfin envisager ces technologies de réseaux mobiles comme des outils d’aménagement du territoire ;
  • enfin, il convient d’engager un débat public avec la mise en place de consultations citoyennes sur les enjeux de la 5G dans les métropoles concernées.

L’évolution technologique n’est pas un but en soi. Voilà maintenant 30 ans que la révolution numérique a commencé, avec les prémices de l’Internet et de la téléphonie mobile. L’évolution exponentielle de ces technologies a bouleversé nos sociétés, nos vies, pour le meilleur et pour le pire.

Dès qu’une évolution technologique apparaît, elle est déployée, parce qu’il y a toujours des intérêts économiques et financiers qui rencontrent opportunément une aspiration légitime des êtres humains à un progrès technologique qui améliore ou facilite leur vie quotidienne. C’est seulement dans un deuxième temps qu’on mesure les conséquences négatives d’un déploiement précipité.

Voilà 20 ans qu’on court après la fracture numérique sociale et territoriale. On commence à peine à repenser le droit du travail dans le monde des plateformes numériques et du télétravail. On s’interroge sur la manière de traiter les addictions aux écrans chez les plus jeunes. On cherche depuis des années la ligne d’équilibre entre l’utilité du traitement massif des données et la protection de la vie privée. Les GAFAM font des profits considérables et atteignent des valorisations en bourse leur permettant de peser sur l’économie mondiale et d’investir massivement sans s’acquitter d’un impôt sur les sociétés à un niveau acceptable dans les pays où ces entreprises génèrent leurs profits. À titre d’exemple, la société AMAZON a investi près de 36 milliards de dollars en R&D en 2019, ce qui représente pour une seule entreprise l’équivalent du budget total du programme européen de financement de la recherche et de l’innovation Horizon 2020 de 2018 à 2020. Nous avons toujours et encore des problèmes de gouvernance de l’Internet et de neutralité du net notamment en dehors de l’Europe, pour garantir l’égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet. Ce principe exclut par exemple toute discrimination positive ou négative à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau.

Doit-on continuer cette fuite en avant, ou peut-on prendre le temps à l’occasion de ce débat sur la 5G, de respirer, poser les bonnes questions, trouver les solutions adéquates, avant de continuer à avancer ?

Oui, l’évolution technologique est intimement liée à la construction des civilisations humaines.

Mais la responsabilité politique est de s’assurer que le déploiement d’une technologie va dans le sens du progrès humain accessible à tous, dans le respect de l’écosystème dans lequel nos civilisations peuvent prospérer.

Mercredi 16 septembre 2020

 

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Société

Dans quelle mesure le confinement a-t-il changé les mentalités?

C’est une question d’une importance extrême pour saisir notre pays et son évolution. Dans quelle mesure le confinement a-t-il déboussolé, cassé le rythme du capitalisme, produit l’envie d’une autre vie ?

Emmanuel Macron a affirmé son mouvement politique comme étant celui des gagnants contre celui des perdants. Toute sa vision du monde est résumée dans ce propos donné à des entrepreneurs réunis dans la Halle Freyssinet à Paris en 2017 :

« Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Parce que c’est un lieu où on passe. Parce que c’est un lieu qu’on partage. »

Mais qui sont les gagnants et les perdants du confinement ? Le peuple a très bien vu que la partie privilégiée de la société a profité de ses maisons de campagne et du télétravail, alors que les travailleurs manuels, prisonniers de l’appareil productif, ont eux été clairement enserrés encore plus dans le capitalisme dans une situation sanitaire critique.

Pourtant, quelle que soit la situation, les gens se sont tous aperçus que, finalement, les règles du jeu social pouvaient réellement changer du jour au lendemain. Le confinement a été une mesure qui a révolutionné la vie quotidienne, tout comme le masque obligatoire, la distanciation sociale, etc. Ce n’est pas révolutionnaire au sens d’un progrès historique, aussi serait-il plus juste de parler de bouleversement.

Cela n’enlève toutefois rien au fait que tout le monde a compris que les choses pouvaient changer. Et beaucoup de monde ayant profité du confinement, d’une manière ou d’une autre, pour faire autre chose, pour vivre autrement, a changé son point de vue.

Certains seront irrattrapables pour le capitalisme, d’autres chercheront à vivre encore plus comme des capitalistes, au sens où certains voudront quitter le système de la course au profit à tout prix, cesser le rythme effréné du capitalisme avec sa compétition, sa concurrence… Alors que d’autres voudront beaucoup de richesses pour être en mesure de s’isoler.

Pour d’autres encore, et ils sont évidemment nombreux, vouloir ceci ou cela ne change rien puisque tout est bloqué. Un loyer ou un crédit, une situation non modifiable en raison de telle ou telle responsabilité familiale ou sociale, et on peut rêver ce qu’on veut, on ne l’aura pas. Cela frustre d’autant plus, cela provoque du ressentiment, cela peut également amener à une conscience sociale que le capitalisme impose une division sociale inacceptable.

Reste que tout cela est flou encore. Dans quelle mesure le confinement a-t-il changé les mentalités ? On ne peut pas le dire, encore. Cependant, c’est bien le cas et c’est d’autant plus vrai que tout le monde fait semblant que tout a repris comme avant. L’aspiration est niée, réprimée, intériorisée, tant parce que les gens n’osent pas que parce que le capitalisme ôte toute perspective concrète en ce sens.

Il y a alors deux possibilités. Soit il y a un exil intérieur, avec une sécession culturelle, sous la forme d’une contre-culture, d’une affirmation d’un mode de vie alternatif. Soit cela s’extériorise sous la formes d’incendies sociaux sur la base d’une révolte contre les cadences, la pression au travail, les exigences patronales, etc.

Il y a deux contre-arguments qu’on trouvera ici : culturellement, les Français sont des fainéants sur le plan des alternatives. Ils veulent tous le changement, mais aucun ne veut changer. Le véganisme a mis trente ans à arriver en France, l’idéologie des beaufs est omniprésente, il n’y a jamais eu de mouvement hippie de masse, ni une Gauche alternative à gauche du PCF (et non à sa droite comme le PSU). Socialement, les incendies sociaux ont disparu depuis belle lurette, remplacée par le substitutisme cégétiste.

Seulement voilà, le confinement a changé les mentalités. Donc, plus rien n’est pareil. Mais dans quelle mesure plus rien n’est-il pareil ?

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Tour de France: le maire EELV de Lyon méprise les classes populaires

Le nouveau maire EELV de Lyon, à l’image de son parti, n’a rien à voir avec la Gauche. Il fait partie d’une frange de la bourgeoisie violemment hostile aux classes populaires et sa critique méprisante du Tour de France en est un bel exemple.

Dans un pays, il y a des monuments. Cela peut être un bâtiment, une sculpture, un tableau, de la musique, une façon de faire certaines choses, ou bien encore un événement sportif. Le Tour de France fait partie des monuments français, du patrimoine de la France.

Cela ne veut pas dire que cela est figé et qu’il est interdit de le faire évoluer. Mais cela nécessite de connaître les choses de l’intérieur, en étant lié de manière organique au peuple, car le patrimoine par définition est porté par le peuple.

C’est tout le contraire d’EELV, qui représente la bourgeoisie cosmopolite vivant dans de riches appartements de centre-villes et s’imaginant écologiste en allant chercher son pain à bicyclette le dimanche matin.

Ainsi, quand Grégory Doucet le nouveau maire EELV de Lyon critique le Tour de France de manière méprisante, cela ne passe pas, car on ne peut pas s’en prendre au patrimoine populaire sans susciter de la réprobation.

Alors que la 14e étape de l’édition 2020 de l’épreuve arrive à Lyon samedi 12 septembre, il a en effet qualifié le Tour de « machiste et polluant ». Sa critique est ici typique du bourgeois de grande métropole, vivant dans sa petite bulle, raisonnant avec des concepts universitaires hors-sol et méprisant la vie quotidienne du peuple.

Cela est particulièrement flagrant quand il interroge de manière hautaine :

« Combien de véhicules à moteur thermique circulent pour faire courir ces coureurs à vélo ? »

En France, ainsi que dans de nombreux pays, des millions de gens adorent le Tour de France. Et comme à chaque fois qu’il y a quelque chose de populaire et massif, cela est fait avec beaucoup de sérieux.

Les coureurs sont donc des professionnels et ils ont logiquement avec eux tout un staff, lui aussi professionnel, engagé de manière très aboutie sur la course, qui est préparée pendant de longs mois.

Comme celle-ci a lieu sur la route, en parcourant une très grande distance quotidienne, cela nécessite des voitures pour suivre les coureurs, afin de leur porter assistance, les ravitailler, changer de roue en cas de crevaison, etc. C’est aussi simple que cela et il faut vraiment tout le mépris du bobo de centre-ville pour ne pas comprendre la raison de la présence de ces « véhicules à moteur thermique » pour suivre « ces coureurs ».

C’est la même chose pour les autres voitures et motos, que ce soit de l’organisation, des médias, des médecins, de la publicité, etc. Tout cela s’explique pour une raison simple : le professionnalisme de l’événement, d’autant plus important en raison de son caractère massif, extrêmement populaire.

Mais le peuple, les gens d’EELV n’en ont rien à faire. Tout ce qui compte pour eux est de calquer des concepts sur la réalité, pour se donner un genre moderne. Là encore, c’est particulièrement flagrant quand Grégory Doucet affirme de manière délirante :

« D’abord, le Tour de France continue à véhiculer une image machiste du sport. Quand on défend les valeurs du sport, on défend l’égalité femmes-hommes. Il devrait y avoir un Tour de France féminin depuis longtemps. C’est la dernière épreuve d’envergure à ne pas avoir franchi le pas. »

Qu’est-ce que cela peut bien lui faire qu’il n’y ait pas de Tour de France féminin ? Et d’ailleurs, pourquoi n’y a t-il pas d’équivalent féminin du Tour de France ? Tout simplement car il n’y a pas beaucoup de femmes cyclistes pratiquant ce sport avec le même niveau de professionnalisme que les hommes cyclistes. Point. Ce n’est ni bien, ni mal, c’est une simple réalité historique, un simple cheminement de l’évolution de la vie du peuple.

Depuis quand d’ailleurs l’horizon des femmes serait de faire forcément la même choses que les hommes ?

De toutes façons, cela ne signifie pas que les femmes sont en dehors du cyclisme masculin. Mais pour savoir cela, il faut faire partie du peuple et s’être déjà rendue sur une course cycliste amateur… où les femmes sont extrêmement nombreuses. Ce sont par exemple presque toujours des femmes qui prennent les photos sur les courses amateurs, de manière très sérieuse. Les mères des coureurs sont très présentes et impliquées, tout comme les femmes qui sont bénévoles dans l’organisation, pour distribuer les dossards par exemple ou servir à la buvette, ou encore dans l’arbitrage où il y a très souvent des femmes, etc. Il y a également les podiums où la tradition veut que ce soient des jeunes femmes qui donnent un bouquet au vainqueur de la course et lui fassent la bise, même sur la plus petite course de village.

On peut trouver cela ringard éventuellement, ou bien déplacé, caricatural, etc. mais cela ne donne pas pour autant le droit de critiquer avec mépris, et encore moins celui de prétendre pouvoir parler à la place des femmes participant à cela.

Mais nous ne vivons pas dans une société démocratique, et donc le peuple n’a jamais la parole. À la place, ce sont des bourgeois comme Grégory Doucet qui s’arrogent la prétention de savoir ce qui est bon ou mauvais. Les bourgeois comme Grégory Doucet d’EELV représente ici tout l’inverse de la Gauche historique, qui au contraire est liée organiquement au peuple en incarnant le meilleur de la tradition populaire dans tous les domaines.

Et on voit que le masque d’EELV tombe de plus en plus, alors que son espoir est de démolir définitivement la Gauche, de la cannibaliser pour devenir un parti politique majeur. Outre que son écologie est toujours plus au service d’un renouveau du capitalisme, son opposition à ce qui est le noyau de la Gauche populaire est toujours plus agressive.

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La nouvelle esthétique Puma, colorée et posée

Puma et Adidas ont été fondés par deux frères et historiquement Puma a toujours été dans l’ombre d’Adidas, en étant considéré comme assez intéressant, mais manquant de mise en perspective, alors qu’Adidas a su se forger une identité et vraiment décliner ses produits. Le fait que les deux frères se soient brouillés et que Puma soit à la remorque a donné à cette dernière une image de « looser », amenant son déclin complet dans les années 1990, alors que s’affirmaient Nike et Reebok.

La marque chercha alors à s’en sortir dans les 2000 en se tournant vers une approche lifestyle en tentant de se diriger vers le luxe, avec d’ailleurs Pinault-Printemps-Redoute qui racheta la marque en 2007. Ce fut pareillement un échec. Il y eut alors une nouvelle réorientation, cette fois réussi, en s’appuyant sur le sport pour l’étirer jusqu’au lifestyle. C’était là ni plus ni moins que puiser dans l’approche populaire et Puma a alors mené une véritable révolution et trouvé son propre style.

Cela se veut populaire, mais en même temps extrêmement stylé, à l’image de la vidéo réalisée pour le club (populaire historiquement) de Manchester City. Là où l’extraordinaire vidéo Nike x Liverpool s’assume dans la fraîcheur populaire et l’immédiateté liverpudlienne, la vidéo propose une démarche propre et conquérante avec une prétention toute mancunienne.

Puma, c’est froid mais stylé, coloré mais posé, dynamique mais calé, populaire mais sophistiqué, pratique mais esthétisé. Il y a ici une tentative de suivre une exigence populaire dans le streetwear qui est extrêmement poussée.

Il y a chez Puma un mélange de côté décontracté et en même temps assez strict, mêlé à d’énormes influences années 1970. Impossible de ne pas faire le parallèle avec l’évolution de Lacoste, sauf que Puma peut y parvenir sans sombrer dans le baroque, car c’est sa tradition.

Ce qui est ici très intéressant, c’est que Puma va directement dans la voie de la socialisation. Puma, ce n’est pas une marque de sport, ni même de streetwear stylé. C’est une esthétique, exactement comme dans le Socialisme il y aura de multiples esthétiques proposés qu’on pourra trouver pour s’épanouir. Puma, c’est déjà des robes, des maillots de bains, des soutiens-gorges, des sous-vêtements, des leggings, des chaussettes, des polos, des sacs à dos, des lunettes de soleil, des casquettes, des montres, des pantalons, des gants, des bonnets, etc. etc.

En soi, toutes les grandes marques le font, mais Puma y parvient particulièrement, avec réellement sa patte. En ce sens, la marque s’est révolutionnée et elle n’y est parvenue qu’en allant dans le sens de la socialisation. On nationalise et c’est bon !

Il va de soi que le style Puma n’est pas français. Il y a un côté chargé, pour ne pas dire bigarré, avec des couleurs orientées pastel ou fluo (très années 1970-1980) qui ne correspondent pas à l’esprit français dans la mode. Cela n’est pas une critique bien entendu, mais il va de soi qu’on a un certain mélange allemand voire scandinave de classe avec un surplus de motifs géométriques ou colorés, un peu comme pour Irie Daily même si la marque est elle vraiment berlinoise dans son style.

Là est d’ailleurs la grande difficulté de porter du Puma, il y a un savant équilibre entre le strict et l’esthétisé, ce qui fait que cela peut plaire, mais qu’on se dit : je ne pourrais pas le porter. Et ce qui est valable pour tel habit Puma n’est pas valable pour tel autre. En tout cas, il faut souligner qu’au niveau des prix c’est tout à fait accessible et d’autant plus lors des promotions. On est dans une production de masse et c’est là aussi qu’on voit tout un changement d’époque. Quelle qualité accessible ! Il n’y a qu’à pousser et le monde est nôtre, avec une esthétique populaire de masse et de haut niveau !