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Le premier mai 2019 mis à mal par les gilets jaunes et les black-blocks

Le premier mai 2019 a été marqué par le chaos des gilets jaunes et des anarchistes des black-blocks. Ils ont littéralement effacé les fondamentaux du premier mai, pourtant déjà bien mis à mal.

Comparaison n’est pas raison, dit-on. Pourtant quand on compare le tour de force de la social-démocratie autrichienne hier à Vienne à ce premier mai 2019 français, on voit bien qu’au-delà de la différence de situations, il y a un mal français.

Ce mal français, c’est le refus de la politique, qui est systématique. Les partis politiques sont vides, tout est simplement « revendication » auprès de l’État, la culture de la Gauche historique est absente. Car tout de même, ce fut affreux que ce premier mai sous les yeux attentifs et permanents des médias. Surtout quand les médias sont ceux qui, comme BFMTV, cherchent le spectacle, la pseudo-actualité jouant sur les affects.

À l’opposé de la raison et de l’organisation propre au premier mai, les gilets jaunes et les anarchistes des black-blocks veulent le spectacle et ne proposent que l’irrationalisme. Ils ont fait leur show et ainsi les syndicats sont ainsi tous très mécontents. Il y avait pratiquement 300 000 personnes qui se sont mobilisées dans le pays – un résultat fort honorable –, mais ce qui a marqué, c’est le dirigeant de la CGT Philippe Martinez se prenant des grenades lacrymogènes alors que sa partie du cortège parisien était coincée entre les forces de l’ordre et les black-blocks.

Tout le point presse prévu à 14 heures a dû être annulé, alors que Philippe Martinez a été exfiltré et, pris de colère, n’a pas décroché aux coups de téléphone du ministère de l’intérieur, Christophe Castaner. S’il a continué le parcours, Bernadette Groison, secrétaire de la FSU (Fédération syndicale unitaire, majoritaire dans l’enseignement), a quant à elle plié bagage (« on s’est fait voler notre manifestation »).

Non pas qu’il y ait eu vraiment beaucoup de casse, mais l’ensemble a été très chaotique et les forces de l’ordre ont savamment opéré de manière très dispersée, pour perturber profondément le cortège qui a rassemblé 40 000 personnes. Cela partait dans tous les sens, les forces de l’ordre ont joué la carte du rentre-dedans généralisé, avec 17 000 contrôles préventifs à Paris, 330 interpellations et 210 gardes à vue.

L’ambiance a été délétère, Benoît Hamon résumant très bien ce qui l’amertume qui en reste :

« Aujourd’hui ceux qui voulaient manifester pour l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, la fin du travail pénible ont été empêchés de le faire ou auront marché en vain. Et pourtant ces revendications sont tellement légitimes. A qui cela profite-t’il ? #1erMai »

Ian Brossat dit la même chose, avec le même regard authentiquement politique et la même volonté d’exprimer le désarroi de la Gauche :

« Le gouvernement peut se frotter les mains. On ne parle pas des 240 défilés qui se sont déroulés dans le calme partout en France, plus fournis que l’an dernier. On ne parle pas de la colère sociale, des salaires et des délocalisations. Lamentable. #1erMai2019 »

Là où par contre il y a une certaine hypocrisie de la part de tout le monde, c’est que c’était prévu. L’article d’hier publié sur agauche.org soulignait bien que les gilets jaunes et les black blocks allaient dénaturer le premier mai. Philippe Martinez lui-même, sur France Inter, disait la veille de la manifestation :

« Attention à ne pas dénaturer le sens de cette journée, c’est une journée de mobilisation, et elle revêt toute son importance après les annonces d’Emmanuel Macron. »

Seulement voilà, quand on joue avec le feu on se brûle. En croyant qu’il est possible d’utiliser des irrationalismes anti-politiques comme les gilets jaunes, et même les black-blocks (et ce depuis quelques temps déjà), beaucoup de monde de la Gauche politique ainsi que la CGT ont perdu leurs propres fondamentaux, déjà pas forcément solides. Tout le monde s’est dit qu’il allait tirer les marrons du feu… .

Ce qui s’est passé à Montpellier en est un bon exemple. Les gilets jaunes arrivent. Ils prennent la tête du cortège et se mettent en branle. Ils s’aperçoivent que la CGT ne suit pas. Elle veut la tête. Les gilets jaunes reviennent. Les discussions commencent… La CGT capitule et se met à la remorque des gilets jaunes. Un siècle de mouvement ouvrier pour ça ?

Et les propos libéraux de Sylvia Meli, secrétaire générale de la CGT de l’Hérault, sont à ce titre une honte pétrie de libéralisme confondant. Elle justifie la capitulation de la manière suivante :

« Les contacts que nous avons avec les « gilets jaunes » se passent très bien. D’habitude, on est devant, oui. D’autres personnes ont voulu dépasser le camion, ils font comme ils le veulent, on n’est pas la police. »

Ces propos sont aussi pathétiques que cette horrible image d’une personne déguisée en gaulois.


Et que dire de ce slogan CRS=DAESH absolument terrifiant, relevant d’une logique de nihilisme et de relativisme ? Un siècle de mouvement ouvrier pour que le premier mai soit prétexte à ça ?


Qu’une telle horreur se laisse voir un premier mai, quelle infamie pour le mouvement ouvrier de notre pays ! Et quelle joie pour les populistes : Jean-Luc Mélenchon parle de « la jonction entre le mouvement ouvrier, traditionnel, syndical, et le mouvement spontané, insurrectionnel des « gilets jaunes » » !

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Politique

Un premier mai 2019 viennois comme tour de force social-démocrate

La social-démocratie autrichienne a connu la même crise que le Parti socialiste en France aujourd’hui. Repartie sur les fondamentaux, elle s’est totalement relancée.

Sur l’image ci-dessus, on voit la dirigeante de la social-démocratie autrichienne avec deux pins. Le premier montre le logo du parti entouré des étoiles de l’Europe. Le second indique « cent ans de Vienne la rouge, SPÖ », avec en logo un dessin représentant la cité Karl Marx, le plus grand HLM construit dans les années 1920 par la mairie social-démocrate, bastion ouvrier et lieu de la résistance au coup d’État austro-fasciste de 1934.

C’est un double positionnement qui témoigne d’une remise en question fondamentale, que le Parti socialiste a de son côté raté en France.

Il y a quelques temps, la social-démocratie autrichienne était pourtant pratiquement aussi mal que le Parti socialiste de notre pays. Les raisons étaient les mêmes, à ceci près que le SPÖ était qui plus est imbriqué dans l’appareil d’État depuis 1945, participant à des gouvernements de coalition avec la Droite. Autant dire que sa légitimité était brisée.

L’arrivée au gouvernement de la Droite et de l’extrême-Droite aurait donc pu porter le coup de grâce. Seulement, le SPÖ a fait le contraire du Parti socialiste en France : il est reparti puiser dans ses sources. N’ayant jamais abandonné ses traditions, il a pu relancer sa base, comme en témoigne le premier mai 2019.

Ce sont plus de 100 000 personnes, pour un pays d’un peu moins de neuf millions d’habitants, qui ont convergé de toute la ville vers la mairie. Celle-ci est un bastion social-démocrate depuis toujours, avec une grande majorité de la ville qui fut membre du parti dans les années 1920, diffusant un austro-marxisme multipliant les initiatives de grande ampleur, notamment dans la question du logement.

Voici la liste des points de rassemblements des 23 arrondissements de la ville. Vienne a une superficie de 414,89 km², contre 105,4 km² pour Paris intra-muros ; avec quasi deux millions d’habitants, elle est la seconde ville germanophone la plus peuplée. Pour cette raison, les habitants du 23e arrondissement sont venus en bus, étant trop éloignés du centre. Les autres sont venus par contre en cortège, parfois avec des orchestres, depuis les 22 autres arrondissements.

Voici une image de propagande du SPÖ, avec le maire de la ville. Sur la pancarte au fond à gauche, un peu floue, on lit : « Dépassement du capitalisme ! » Derrière le maire, le drapeau avec les trois flèches, entourés du cercle de l’unité, symbole de la social-démocratie autrichienne après 1945 ( il n’y avait auparavant pas le cercle ).

Sur cette autre affiche du SPÖ, largement propagée dans la ville de Vienne, on lit le slogan « Ensemble, nous sommes Vienne » et on voit Victor Adler, Autrichien juif qui fut le premier grand dirigeant de la social-démocratie, à partir de 1888. On notera que le SPÖ ne mentionne cependant jamais Otto Bauer, autre Autrichien juif, qui dirigea le parti durant les années 1920, mais défendait une ligne qui était alors la plus à gauche dans toute la social-démocratie européenne d’alors.

Le message du SPÖ sur les réseaux sociaux à l’occasion du premier mai. « Vive le premier mai », « L’être humain au lieu du monopole », « Le cortège de mai d’aujourd’hui se situe sous le signe des votes pour les élections européennes – toi aussi fais en partie. Ici la liste des rendez-vous ». Le slogan principal est « Vive le premier mai », « Liberté, égalité, justice ». En dessous : « Partage cette image si tu places les intérêts des employés avant ceux de ceux des monopoles ! ».

La photographie du grand rassemblement devant la mairie. Aux drapeaux du SPÖ et de ceux de l’Union européenne, s’ajoutait une variante de celui de l’UE, mise en rouge et avec les trois flèches.

La photographie de la mairie, avec le symbole des trois flèches au-dessus du podium, ainsi que des hommes en rouge sur la toile protégeant la réfection de la tour principale.

Le podium en gros plan, avec les trois flèches.

Le maire de la ville et la dirigeante de la social-démocratie autrichienne, Pamela Rendi-Wagner, tous deux avec des fanions rouges. Celui de la dirigeante est frappé du cercle et des trois flèches.

Au moyen de ballons, une banderole a été soulevée par la jeunesse du SPÖ, appelant à aller plus loin : « Cela suffit avec le silence, en avant pour l’opposition ! »

On notera qu’une section locale du SPÖ a fait une bannière pour rejeter Thomas Drozda, figure opportuniste : « Drozda, tu as regardé l’heure ? Il est temps de partir ! ». Il en est de même pour une autre section dont la bannière disait : « Il est cinq minutes avant minuit, y compris sur ta Rolex ! »

Naturellement, on pourra critiquer le programme, l’opportunisme, l’hypocrisie, etc. ; en attendant, il y a une Gauche, forte, puisant aussi dans ses traditions historiques. Et cela sans être à la remorque des syndicats. Il est vrai que ce qui aide, c’est qu’il n’y a en a qu’un et que les élections à la chambre du travail se font pas fractions. La fraction social-démocrate écrase tout le monde en faisant 60%, les autres étant au mieux très loin derrière.

Et cela sans les fonctionnaires, qui ne participent pas au vote de la dite chambre. Imagine-t-on en France la Gauche politique obtenir 60% dans les votes pour les syndicats du privé ? Et pourtant, c’est à cela qu’il faudra parvenir !

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Politique

Un premier mai 2019 parasité par les black-blocks et les gilets jaunes

Cela ne peut que faire mal au cœur de voir les anarchistes anti-politiques des black-blocks et les gilets jaunes venir parasiter le premier mai. C’est un coup de grâce symbolique à un premier mai déjà terriblement aseptisé depuis des décennies, coupées de la vigueur internationale du mouvement ouvrier et de ses valeurs politiques.

Les jours précédant ce premier mai 2019, les médias et les réseaux sociaux se sont focalisés sur deux thèmes parasitant totalement son contenu historique. Ce qui compterait, c’est la présence des black-blocks à Paris, ainsi que celle des gilets jaunes. Le caractère réel de cette journée, relevant du monde du travail, du mouvement ouvrier, a entièrement disparu. Le premier mai ne serait qu’une sorte de mouvement social annuel, sans réelle envergure sur le plan des idées politiques, économiques, etc. Les « éléments radicaux » des mouvements sociaux auraient une place naturelle à s’y exprimer, lors de situations devenues extrêmes.

C’est là quelque chose de très mauvais et on boit le calice jusqu’à la lie d’une terrible dépolitisation. Le premier mai devient une affaire franco-française, coupée du mouvement ouvrier à l’échelle mondiale, qui possède le premier mai comme son patrimoine. Il y a là une fêlure, une cassure même. C’est un véritable abandon d’une position historique.

D’ailleurs, on peut critiquer le Parti socialiste comme on l’entendra, mais en attendant il n’y a plus de grand parti de gauche. Il y avait avant-hier le PCF, hier le PS et aujourd’hui il n’y a plus rien. Et quand on dit « parti », il faut comprendre « parti ». La France insoumise n’est pas un parti, mais un mouvement, et ce n’est pas la même chose.

Et quand on dit un grand parti, il ne s’agit pas que d’élections, mais de base populaire. La victoire du PSOE en Espagne, le poids du SPD en Allemagne et en Autriche, la vigueur du Labour britannique… rappellent et soulignent l’exception française. Une exception mauvaise.

Cela étant, cela pendait au nez. Les premiers mai en France ont toujours été, malheureusement, très différents de ceux des autres pays. Et cela est vrai depuis plusieurs décennies, depuis que le premier mai 1968, le PCF a chassé les « gauchistes » du cortège. La CGT a dès lors fait du premier mai une cérémonie, un rituel, quelque chose sans âme. Le premier mai s’est mué en marche de fonctionnaires et de syndiqués, sans dynamique, sans dimension socialiste, sans porter de culture.

Le parasitage par les black-blocks et les gilets jaunes pour ce premier 2019 apparaît pour cette raison un prix inévitable, car il y a en apparence un apport de volontarisme, de cœur, d’engagement, etc. Beaucoup de gens attendent cela. En pratique, pourtant, cela ne donnera rien, car ni les anarchistes, ni les gilets jaunes ( qui en sont un équivalents sans le folklore du drapeau noir ), ne peuvent rien apporter de positif.

Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec la radicalité. Les premiers mai de Berlin sont connus depuis les années 1970 comme des démonstrations de force de l’extrême-gauche, avec bien souvent des affrontements. Mais l’extrême-gauche allemande a elle-même régulièrement dénoncé la casse pour la casse, la casse qui part dans une démarche anti-politique, sans aucune orientation, démolissant les revendications et le sens des valeurs. Il ne faut pas confondre démonstration de force, y compris violente, et les méthodes anarchistes.

Quelle tristesse qu’en France, un pays tout de même marqué par un certain niveau culturel, on en soit retourné à la fin du 19e siècle, avec des syndicalistes durs et des anarchistes d’un côté, des carriéristes électoraux sans valeurs précises de l’autre. C’est véritablement désolant, mais sans doute était-ce inévitable. C’est une étape pour pouvoir aller de l’avant par la suite, sur des bases saines, fondées sur la raison et les principes socialistes. Après tout, le problème de base, c’est qu’il n’y a jamais eu de culture social-démocrate imprégnant les masses partout dans le pays.

Le Parti socialiste a toujours été très minoritaire, le PCF très puissant mais très localisé dans certaines zones du pays. Un mouvement ouvrier assumant l’ensemble du pays et s’y diffusant, cela n’a encore jamais existé, cela reste à construire. C’est un travail essentiel, qui demande des orientations claires, un engagement de fond, des principes bien déterminés : ceux de la Gauche historique.

Et c’est à elle qu’appartient le premier mai, pas à l’anarchisme anti-politique des black-blocks », ni aux gilets jaunes et leurs exigences que la France revienne trente ans en arrière.

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Écologie

Le muguet assassiné chaque premier mai, au lieu d’être célébré

Les brins de muguet sont partout chaque premier mai, mais cette plante n’est pas célébrée comme elle le devrait. 

Les versions divergent quant à l’origine de cette tradition, mais ce qui est certain est que cette plante aux jolies clochettes blanches est appréciée dans la culture populaire depuis des centaines d’années, et pas seulement en France.

Cela vient probablement du fait, en plus de son odeur agréable et de son apparence élégante, qu’elle s’épanouit avec les premiers « beaux jours » du printemps. Elle symbolise le renouveau, la vie qui entame une nouvelle étape marquée par la fin des gelées hivernales.

On trouve le muguet dans les sous-bois humides des forêts françaises, mais pas sur le pourtour méditerranéen où le temps est trop sec. Cet herbacé vivace profite des premiers rayons de soleils importants de la fin avril au début mai pour fleurir, avant que les autres arbres et plantes de la forêt ne lui fassent trop d’ombre.

Le muguet devrait être célébré, il fait au contraire l’objet d’un véritable pillage dans les forêts, pour être revendu en brins dépérissants. La cueillette devrait être strictement interdite, mais elle est tolérée. Normalement pas plus d’un petit bouquet par personne, mais cela n’est bien sûr pas respecté. Certaines personnes se servent allègrement afin de se faire de l’argent : à minimum 1€ le brin, c’est une affaire rentable…

En plus d’être inacceptable sur le plan culturel, car c’est un rapport à la nature totalement erronée, la cueillette massive du muguet dans les forêts à l’occasion du 1er mai est une menace pour l’espèce. En empêchant les brins de vivre, on empêche les insectes de polliniser ses clochettes pour la reproduction sexuée de la plante.

Le muguet se développe alors massivement sous forme de rhizome, c’est-à-dire en se clonant par-dessous terre, comme les bambous par exemple, ce qui fragilise l’espèce du fait du manque de brassage génétique.

Le muguet est aussi une affaire très rentable pour les maraîchers qui le produisent de manière industrielle dans l’Ouest de la France, particulièrement dans la région de Nantes depuis les années 1970. La récolte est estimée chaque année à 50 à 60 millions de brins. C’est énorme, cela mobilise plusieurs milliers de saisonniers.

Après la récolte, qui est un travail pénible et mal payé, les industriels mènent une course folle contre la nature pour proposer à la vente ces millions de brins pour le premier jour du mois de mai, où les prix s’envolent dans de manière aberrante.

Il existe tout un tas de méthodes pour avoir des brins de muguets prêts à vendre le jour même. Certaines années, il faut accélérer la floraison, d’autre, il faut la retarder à l’aide de serres réfrigérées. Ces « techniques » brutales sont très gourmandes en énergie, tout comme l’ensemble de la chaîne de conditionnement depuis la récolte jusqu’au vendeur, qui nécessite une logistique froide délirante.

Il faut ajouter à ces méfaits les pesticides utilisés, l’eau consommée en grande quantité ainsi que l’espace immense nécessaire à cette culture. Le muguet n’étant récolté que la 3e et la 4e année de culture, cela signifie qu’il faut le double de terres destinées au muguet par rapport à la récolte sur une exploitation. Quelle absurdité, quel gaspillage, quelle terrible manifestation de l’écocide…

Chaque premier mai, les gens croient apprécier une plante, alors qu’ils ne font que l’assassiner sans aucune considération pour ce qu’elle est, ni même pour ce qu’elle représente réellement.

Il suffirait pourtant d’apprécier le muguet tel qu’il existe dans la nature, comme un prétexte de plus à l’ode à la nature que devrait réciter chaque jour l’humanité.

Une société moderne, civilisée, tournée vers l’avenir n’acceptera jamais d’arracher les brins de muguet des forêts ni de forcer les clochettes à se montrer le 1er mai. La cueillette et la vente du muguet est une pratique arriérée.

Il faut célébrer le muguet de manière correcte, dans un esprit socialiste !

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Politique

Victoire du PSOE en Espagne

Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol a connu une victoire importante lors des élections législatives ce dimanche 28 avril 2019, dans un climat extrêmement tendu alors que les forces franquistes se réaffirment parallèlement aux velléités indépendantistes catalanes.

Les élections espagnoles ont largement attiré l’attention internationale. En effet, la bourgeoisie catalane avait tenté de mettre en place son indépendance, ce qui a été repoussé par l’État central, qui en même temps ne parvenait pas à faire cesser l’instabilité gouvernementale. La balance allait-elle pencher franchement à droite ou bien la Gauche saurait stabiliser la situation ? Le franquisme allait-il se réactiver, lui qui restait tapi dans l’État profond, l’armée, la haute-bourgeoisie ?

> Lire également : Les élections du 21 décembre 2017 en Catalogne

En ce sens, c’est une grande victoire du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, avec près de 29% des voix, accompagnées d’un un taux de participation massif (75,78 %). Cela fait 123 députés, contre 85 en 2016, et même s’il en faut 176 sur 350 pour une majorité absolue, la progression est notable et facile à interpréter.

C’est clairement une réponse populaire notamment à l’affirmation du parti d’extrême-droite VOX ces derniers temps, qui reçoit 10 % des voix alors que son orientation est néo-franquiste. Son dirigeant Santiago Abascal ne cesse de faire un travail de fond pour réactiver les fondamentaux franquistes, notamment national-catholiques (« Ce que nous défendons n’est pas moderne, ce sont les valeurs éternelles »).

Le PSOE assume de rejeter cela de manière frontale et c’est un marqueur important. Le slogan des partisans antifascistes ¡No pasarán! ( « Ils ne passeront pas ! » ) est scandé, dans un esprit de Front populaire. Tout comme la social-démocratie autrichienne qui mène un véritable travail de sape de l’alliance Droite / extrême-Droite, la social-démocratie espagnole parvient à se maintenir et à empêcher un basculement. On peut regretter son réformisme et son acceptation de la monarchie, son abandon de l’affirmation de la République, et même on doit le faire. Cependant, cela reste un frein significatif pour un basculement à droite.

Il faut comprendre pareillement le passage des libéraux de 32 à 57 députés, alors que le Parti Populaire, avec la Droite héritière du franquisme passe de 137 députés en 2016  à 66. L’Espagne résiste à une vague qui aurait pu être très brutale. La société aurait pu être fondamentalement décontenancée par tout le chaos provoqué par la possible sortie de la Catalogne. Il y aurait pu y avoir un retour général à une célébration de l’Espagne éternelle, catholique, royale, centralisée, etc. Cela n’est pas le cas, du moins seulement dans les marges de la société.

        « Nous sommes la Gauche »

Cela ne veut pas dire qu’il ne reste pas une quantité astronomique de questions et on voit mal comment la Gauche ne pourrait pas reprendre le drapeau de la République populaire et fédérale comme dans la seconde moitié des années 1930. C’est la seule sortie positive possible à une crise de l’État espagnol qui, à force de s’aggraver, ne pourra qu’aboutir à un renforcement massif des forces réactionnaires.

On notera également que si bizarrement Jean-Luc Mélenchon salue Podemos qui aurait fait une « magnifique remontada en Espagne », ce parti populiste passe en fait de 71 à 42 députés. Il a collé justement au PSOE et a perdu son aura revendicative. N’ayant pas de contenu lié à l’histoire espagnole, il s’efface. La social-démocratie, elle, avec ses solides traditions, l’emporte. Et de fait, seules les traditions de la Gauche de la période de la République espagnole peuvent tenir le choc.

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Politique

Communiqué des organisations syndicales et étudiantes pour le premier mai

« Le 1er mai 2019, ensemble, résolus et engagés dans les mobilisations

Le 1er mai est une journée d’action et de mobilisation internationale pour les droits des travailleur-se-s, le progrès social, la paix et la solidarité.

Dans la continuité des nombreuses luttes menées, il s’agit de poursuivre et amplifier les batailles pour que les urgences sociales et climatiques soient enfin prises en compte par le gouvernement et le patronat.

Aujourd’hui, 9 millions de personnes vivent avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté dont 6 millions sont privé-e-s d’emploi, et de nombreux-ses jeunes sont en situation de précarité. Dans le même temps des dividendes de plus en plus importants sont versés aux actionnaires.

C’est une autre répartition des richesses qu’il faut mettre en œuvre ainsi qu’une fiscalité plus juste et plus progressive. A l’inverse des choix politiques actuels, il est urgent de revaloriser les salaires du privé et du public, les minimas sociaux et les pensions, développer des services publics de qualité sur tout le territoire, gages de cohésion sociale et de plus d’égalité, d’établir une protection sociale de haut niveau, socle de notre modèle social basé sur la solidarité, créer des emplois de qualité dans le privé comme dans le public et assurer l’égalité professionnelle, permettre la réussite de tous les jeunes et l’accès à un haut niveau de qualification à toutes et tous ainsi que l’autonomie de la jeunesse, une éducation émancipatrice, gratuite sans restriction de nationalité.

Les injustices sociales explosent et sont étroitement liées aux risques environnementaux que personne ne peut plus ignorer et qu’il faut prendre en compte. Réchauffement climatique, perte considérable de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, pollutions des océans, usage immodéré de produits phytosanitaires, dissémination de perturbateurs endocriniens…

Les dégradations sont nombreuses et atteignent souvent des seuils d’irréversibilité à court terme. Les conséquences pour les populations sont de plus en plus dramatiques. Il est urgent de prendre les mesures nécessaires pour permettre une transition environnementale juste socialement.

Le gouvernement doit agir sans délai et à grande échelle pour permettre la construction d’une société plus juste, plus solidaire, non discriminante qui réponde aux questions environnementales, sociales et de santé sans les dissocier.Les organisations s’engagent à lutter, avec la même force, au renforcement des libertés publiques et contre toute restriction du droit à manifester, à s’exprimer et à s’organiser.

Elles condamnent les répressions syndicales envers les salarié-e-s et les jeunes organisées par le patronat et le gouvernement. Elles dénoncent fortement les mesures répressives et parfois violentes déployées par le gouvernement dans le but de faire taire le fort mécontentement et la grande exaspération du plus grand nombre.

Décidées à construire les mobilisations unitaires afin d’obtenir des avancées et cesser toutes les régressions sociales et environnementales, lutter contre la montée de l’extrême droite, ensemble et dans l’unité, les organisations CGT, FSU, SOLIDAIRES, UNEF et UNL appellent à une forte journée de mobilisation ce 1er mai sur l’ensemble du territoire, pour l’amélioration des droits des travailleur-se-s, pour le progrès social, la paix et la solidarité internationale.

Les Lilas, 10 avril 2019 »

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Société

Pas de notes de guitare au jardin du Luxembourg à Paris

La capitale est devenue une ville totalement embourgeoisée, où les valeurs populaires parisienne s’évaporent sous les coups d’esprits étriqués à la recherche d’une aseptisation commerciale. Que quelqu’un puisse avoir un PV pour jouer quelques notes de guitare au jardin du Luxembourg est une expression d’une décadence totale.

Voici le récit de Léo qui a reçu un PV pour avoir jouer de la guitare dans les Jardins du Luxembourg à Paris :

« Ce qui devait arriver est arrivé : Hier j’ai été puni comme un délinquant par la loi pour avoir joué de la musique.

Faire de la musique ne devrait pas être un délit.

« C’est bien il ne porte pas ses couilles le jeune homme, c’est une fiotte. Moi je croyais au moins que t’irais au bout du truc pour faire l’intéressant devant tes copains mais même pas. »

La musique adoucit les moeurs disait Platon. J’estime qu’interdire la musique en quelque lieu que ce soit tant qu’elle ne dérange personne relève de l’arbitraire et de l’autoritaire.

Avec un groupe d’amis, nous passions un moment agréable au Jardin du Luxembourg. Ma guitare accompagnait discrètement les conversations.

Un premier agent de sécurité vient nous sommer d’arrêter. Il rejette sèchement nos interrogations : il n’a pas d’explication à nous donner.

Depuis quand, en France, n’est-il pas possible de jouer de la musique dans un lieu public ? À Paris de surcroît, une ville qui revendique sa richesse culturelle ? Alors que les lieux culturels ferment les uns après les autres, jouer de la musique semble relever d’un acte de résistance…

Quelques heures plus tard, un deuxième agent nous rejoint, encore plus méprisant. Il nous explique que « autoriser une guitare c’est autoriser un djembé, puis une trompette, une batterie, et on s’arrête où après ? ». Ridicule. Je lui explique que sans raison valable (plainte de nos voisins de pelouse par exemple), je défendrai ma liberté de jouer et continuerai. Offusqué l’agent dresse alors un procès verbal. Au moment de me le faire signer il tente de m’intimider. Sois disant que si je refusais « je verrai bien ce qui allait m’arriver, mais que ce serait pire ». Pour quelques arpèges.

La situation ayant atteint un niveau d’absurdité indécent, j’accepte et signe. Satisfait, l’agent se gargarise : « C’est bien il ne porte pas ses couilles le jeune homme, c’est une fiotte. Moi je croyais qu’au moins t’irais au bout du truc pour faire l’intéressant devant tes copains mais même pas. » Infantilisation, humiliation, insulte, homophobie…

Outre le comportement excessivement inapproprié des deux agents, me voilà donc sanctionné pour la raison absurde que j’ai « joué dans le jardin du Luxembourg de la guitare sans autorisation spéciale ».

Je suis musicien. Je le suis par passion parce que c’est la chose qui me rend le plus heureux au monde. Je le fais tous les jours à raison de plusieurs heures par jour, et c’est parfois difficile. Mais aujourd’hui, j’ai la chance d’être appelé pour donner des concerts ou composer au service de divers projets et je retire un sentiment et une énergie positive très puissante de ce partage et de cette communion avec autrui. Me faire censurer et punir de la sorte pour avoir voulu partager et répandre gratuitement un peu de bonheur et de vie, a été une expérience violente et très désagréable que je trouve absolument révoltante.

J’ai l’intention de contester ce procès verbal, et j’aimerais que cette histoire ne se reproduise jamais pour personne. »

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Politique

Communiqué des associations antiracistes « Le mandat d’arrêt contre Alain Soral doit être exécuté d’urgence »

Communiqué des associations la Licra, SOS racisme, J’accuse !, l’Union des étudiants juifs de France et le Mrap à propos du fasciste Alain Soral, dont la peine de prison n’est pour le moment pas exécutée.

« Les associations antiracistes demandent de toute urgence au Procureur de la République de mettre à exécution le mandat d’arrêt décerné contre Alain SORAL pour contestation de crime contre l’humanité le 15 avril 2019.

Depuis 10 jours, l’antisémite Alain SORAL est sous le coup d’un mandat d’arrêt par décision de la 13eme chambre correctionnelle du TGI de Paris à la suite de sa condamnation pour contestation de crimes contre l’Humanité.

À ce jour, la justice n’a toujours pas exécuté la décision. Pire encore, nous avons appris que le Parquet de Paris avait décidé de faire appel de ce mandat d’arrêt au motif qu’il ne respecterait pas les dispositions du code de procédure pénale sur le mandat d’arrêt.

Cette décision d’appel est un scandale inédit et renvoie à nos concitoyens l’idée que la condamnation de l’antisémitisme et du racisme en France n’est jamais appliquée dans les faits.

Ce d’autant que seuls les délits politiques sont exclus des dispositions relatives au mandat d’arrêt. La contestation de crime contre l’humanité n’est et ne pourra jamais être considérée comme un délit politique. Nous demandons que soit mis fin à ce double scandale qui voit une décision de justice demeurée inappliquée et même contestée par l’autorité de poursuite qui se retrouve à défendre les intérêts de SORAL plutôt que la société.

Cet appel n’étant pas suspensif, nous demandons l’exécution immédiate de la décision de justice rendue contre Alain SORAL et le désistement de l’appel interjeté par le Parquet, pour des raisons politiques.

Alain SORAL tiendra le 4 mai au vu et au su de tout le monde une conférence publique à Mulhouse. Nous demandons au Procureur de la République de Mulhouse de faire procéder à l’arrestation d’Alain SORAL conformément au jugement et à la Loi. »

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Acte XXIV des gilets jaunes : échec d’une pseudo-convergence

Encore moins de monde, et ce malgré la présence de Jean-Luc Mélenchon et le forcing d’une partie de la CGT. Les beaux jours n’auront pas suffi à masquer la vacuité politique des gilets jaunes.

Ce 27 avril 2019 était socialement très important. En effet, les gilets jaunes tenaient leur traditionnelle initiative du samedi après l’intervention d’Emmanuel Macron pour exposer ses propositions de réforme devant le pays. Il y avait donc l’espace d’une réponse par la révolte aux dites propositions.

De plus, toute une partie de la CGT a fait un forcing énorme pour que le 27 avril il y ait une puissante manifestation parisienne, notamment la CGT Commerce et Services. L’objectif déclaré était de faire une démonstration de force qui convergerait avec les gilets jaunes.

On retrouve ici tout l’esprit syndicaliste révolutionnaire propre à la culture française, ce poison anti-politique dont, par ailleurs, les gilets jaunes sont une variante plus ou moins blanquiste. Et comme d’habitude cela fit un peu de bruit pour pratiquement rien. Les gilets jaunes, au nombre de 2600 à Paris, furent rejoints par un petit cortège CGT de 3500 personnes, pour une convergence derrière la bannière « Face à une attaque globale, riposte générale », le tout n’apportant rien car 0 + 0 = 0.

Futé politiquement, le secrétaire général de la confédération Philippe Martinez a soigneusement évité de se montrer. Furent par contre présents à cette faillite Amar Lagha de la CGT-Commerce, Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quatennens et Alexis Corbière de La France Insoumise, Philippe Poutou et Olivier Besancenot du NPA.

Le reste des gilets jaunes avait imaginé un forcing d’un autre genre, avec une manifestation « internationale » à Strasbourg. Cela ne donna que la présence de 2000 personnes… Il faut dire que les Allemands ne connaissent pas la déliquescence politique de la France. Le SPD (social-démocrate) a 437 000 membres, les Verts 77 000, die Linke (la Gauche) 61 000. Même la CDU (le parti de la Droite) a 415 000 adhérents. En France, le parti politique avec le plus d’adhérents, c’est le PCF avec 80 000…

La démarche anti-politique va continuer malheureusement, car les gilets jaunes vont parasiter le premier mai. Leur faible nombre pour l’acte XXIV de cette farce a d’ailleurs été justifié de leur côté par le fait que le premier mai est censé être témoin d’une grande initiative de leur part. Les médias prévoient depuis de nombreux jours beaucoup de casse. Non contents de n’arriver à rien, les gilets jaunes comptent faire couler la Gauche avec eux…

Pourtant, ils avaient toutes leurs chances avec l’intervention d’Emmanuel Macron du 25 avril. Sa conférence de presse a été d’une rare nullité. Le grand débat avait été censé récupérer toutes les exigences de la population et ce qu’il en sort, ce sont quelques mesures techniques pour relever ceci, réorganiser cela. Ce sont des choses sans âme, sans profondeur.

Conscient de cela, Emmanuel Macron a d’ailleurs souligné l’importance des frontières et puisé dans les auteurs idéalistes. Dans l’allocution du 15 avril, non diffusée en raison de l’actualité dramatique que fut l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, il faisait référence à la philosophe Simone Weil parlant du « besoin de l’âme humaine ».

Il a cette fois cité Bernanos :

« Est-ce qu’on change jamais ? L’avenir le dira. Comme dit Bernanos, on a sa conscience pour soi. »

Pauvre Bernanos, dont l’exigence morale s’affirmant à travers une exigence spirituelle se voit dégradée à une posture machiavélique politicienne, ce qu’il abhorrait justement.

Emmanuel Macron a par ailleurs multiplié les pics traditionalistes, tout à fait dans l’esprit de son soutien total et absolu aux chasseurs. On a ainsi eu droit au propos suivant notamment :

« L’art d’être Français, c’est être à la fois enraciné et universel. »

Il va de soi que la prochaine étape, pas forcément portée par Emmanuel Macron, sera le fait d’abandonner le côté universel pour se cantonner à la dimension « enracinée ». Même si en attendant, Emmanuel Macron veut une France enracinée et universelle exactement comme le capitalisme français, à la fois national et acteur international.

Car cet « enracinement » ne porte rien de culturel, il est idéologique, comme en témoigne la nomination d’un très haut responsable militaire à la tête de l’organisation de « reconstruction » de Notre-Dame de Paris.

Le capitalisme se crispe toujours plus : Emmanuel Macron devait faire un sauvetage moderniste, avant l’éventuelle carte nationaliste. Et finalement, Emmanuel Macron compose déjà avec les valeurs du Fascisme dont l’ombre se profile toujours davantage…

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Les réactions à la proposition de fédération populaire par Jean-Luc Mélenchon

Plusieurs personnalités liées à la Gauche ont réagit à la proposition faite par Jean-Luc Mélenchon de créer une fédération populaire. Les réactions sont dans l’ensemble mitigées, car tout le monde ou presque a compris qu’il s’agirait surtout d’un « rassemblement » autour de sa propre personne.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste a bien résumé le sentiment général à Gauche sur la proposition du leader de la France insoumise :

« C’est « Je veux bien rassembler mais sur mes bases et derrière moi ». Et c’est comme ça qu’on n’y arrive jamais ».

Olivier Faure a également considéré que c’était d’abord « un aveu d’échec » de la part de  celui qui avait initialement refusé « l’idée même de rassembler la Gauche ».

Selon lui, le député insoumis considérait auparavant « qu’il n’était pas de la Gauche mais du peuple », ce à quoi il a répondu :

« la Gauche, ça n’est pas le populisme, ça ne le sera jamais. Jamais. Cela suppose de sa part qu’il fasse ce pas-là et qu’il abandonne cette idée folle du populisme de gauche ».

Olivier Faure considère par ailleurs que le Parti socialiste fait la démarche de l’unité pour les élections européennes en présentant Raphaël Gluksman et que cela fonctionne, tout en regrettant qu’il y ait actuellement une « offre divisée ». C’est un raisonnement qui peu paraître absurde, car cela revient à se féliciter d’une situation tout en regrettant qu’elle n’existe pas.

Il faut cependant comprendre que le Parti socialiste considère être toujours la force centrifuge de la Gauche. Il imagine pouvoir rassembler à nouveau après ces élections, ce qui couperait de fait l’herbe sous le pied de Jean-Luc Mélenchon :

« Il y a déjà une progression, qui n’est pas suffisante, et nous devons viser un score qui nous mettent dans une situation où nous puissions, demain, être à nouveau en mesure de rassembler et d’être un pôle de stabilité à gauche. »

Le sénateur et secrétaire national en charge des relations extérieures du Parti socialiste Rachid Temal est allé dans le même sens qu’Olivier Faure, en critiquant l’exclusion de fait du PS par la France insoumise :

« Mélenchon dit « Je veux discuter avec la Gauche », mais ne veut pas des partis et met des oukases sur le PS  ! »

Le candidat Raphaël Glucksmann a pour sa part considéré qu’effectivement, « la gauche ne pourra être une offre crédible que si elle se réunit », mais qu’il faut d’abord avoir des discussions de fond, en assumant les divergences de chacun. On comprendra que cela revient là aussi à critiquer le populisme de Jean-Luc Mélenchon, qu’il avait d’ailleurs qualifié quelques jours avant de « Thatcher de gauche ».

De son côté, le tête de liste du PCF aux Européennes Ian Brossat a eu une position plus mesurée, mais néanmoins sceptique. Il a considéré qu’il était d’accord sur l’idée de se reparler à Gauche après les Européennes, mais que pour autant « personne ne peut jouer les gros bras ».

Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel n’a pas réagit publiquement, ou alors très discrètement et cela est passé inaperçu. Rappelons qu’il expliquait au mois de février dernier discuter toutes les semaines avec Jean-Luc Mélenchon « pour lui demander de se détendre un petit peu, qu’on puisse trouver les contours d’un rassemblement ensemble », précisant que cela ne « veut pas dire forcément fusionner dans des listes ».

Benoît Hamon a pour sa part répondu longuement à la proposition de fédération populaire, dans un entretien également à Libération dès le lendemain. Il a considéré cela comme un « geste d’unité » pris très « au sérieux ».

Sa position est néanmoins compliquée à comprendre. Il explique qu’il faut une unité face au danger que représente l’extrême-droite, sans parler du fait que justement Jean-Luc Mélenchon n’aborde jamais le sujet de l’extrême-droite dans son long entretien.

> Lire également : Jean-Luc Mélenchon rejette le principe de Front populaire et appelle la Gauche à suivre sa démarche

Les propos de Benoît Hamon sont de gauche, avec un héritage évident de la tradition du Front populaire :

« Je vois la colère partout. L’alternance la plus naturelle aujourd’hui, c’est Marine Le Pen. Je me refuse d’user de cette situation avec cynisme comme le fait Emmanuel Macron en polarisant le débat entre lui et le Rassemblement National. Je préfère apporter des réponses positives aux inquiétudes des Français. Pour ce faire, il nous faut une gauche forte. Le drapeau est aujourd’hui à terre, relevons-le. »

Il semble cependant céder à la panique, en oubliant l’analyse de fond en raison d’un danger imminent, ce qui est forcément un grave erreur. Il dit en effet :

« Alors à tout prendre entre le désastre annoncé et un geste d’unité je préfère prendre acte de ce geste d’unité et le prendre au sérieux. Après tout, le fair-play, c’est peut-être contagieux. »

Il ne semble pas avoir vu que Jean-Luc Mélenchon n’était pas du tout dans une optique de Front populaire face à l’extrême-droite.

Le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts David Cormand a lui très bien vu que la question se posait par rapport à l’extrême-droite et que le « peuple de gauche » ne considérait pas le leader de la France insoumise comme étant un opposant à l’extrême-droite :

« Mélenchon le fait maintenant parce qu’il est en difficulté politique, interne, et dans les sondages. Il voit bien que le peuple de gauche qui lui avait accordé sa confiance à la présidentielle considère moins que c’est lui qui peut offrir une alternative aux libéraux et aux fachos ».

Finissons par Yannick Jadot, tête de la liste Europe Écologie-Les Verts, qui pour le coup assume totalement de ne plus être de gauche. Il a répondu qu’il fallait totalement rejeter la question de l’unité de la Gauche :

« J’ai noté qu’après m’avoir tapé dessus, il était favorable à l’économie de marché, finalement. Il est vrai que l’économie chez Maduro, l’économie des sovkhozes, ça ne fait pas rêver. Le problème de Mélenchon, Faure, Hamon, Glucksmann est que le pôle socialiste a explosé. Ils utilisent l’écologie pour essayer de masquer leur rupture. Ils disent tous : il faut recomposer la gauche derrière moi.

Moi, mon sujet, c’est qu’un projet écologique et solidaire gagne en Europe et dans ce pays. Je n’ai jamais été socialiste, trotskiste ou communiste, je n’ai toujours été qu’écologiste. J’ouvre portes et fenêtres aux citoyens qui ont compris que la lutte contre le dérèglement climatique était la mère de toutes les batailles et qu’elle pouvait être un formidable levier de justice sociale. »

Il rejette de ce fait totalement la proposition Jean-Luc Mélenchon, le considérant presque ouvertement comme un équivalent de Marine Le Pen (alors que lui-même est un équivalent d’Emmanuel Macron) :

« Non, ça ne m’intéresse pas. Jean-Luc Mélenchon a des convictions, une colère, une indignation par rapport à l’injustice sociale que je peux partager. Mais il a une conception de la démocratie qui n’est pas la mienne. Il passe son temps à brutaliser le débat politique, moi je veux apaiser notre pays. Il se place dans une logique national-étatiste, moi je veux une France beaucoup plus décentralisée, régionalisée.

Je crois fondamentalement que l’Europe, malgré ses défauts, est une formidable aventure, qu’elle est notre horizon civilisationnel. Il a quelques ambiguïtés avec Maduro et Poutine. Nous les écologistes, combattons toutes les dictatures, de droite, de gauche, où qu’elles soient. Nous devons à nos enfants une Europe des libertés, qui reconnaît à chacune et chacun sa dignité, ses identités multiples. Nous leur devons un avenir bienveillant dans lequel ils se projetteront avec confiance. »

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Polémique Edwy Plenel-Henri Weber sur les gilets jaunes

Henri Weber, une figure historique de la Gauche depuis cinquante ans, critique de manière développée l’ouvrage d’Edwy Plenel faisant une sorte d’éloge des gilets jaunes sans dimension critique ni même réellement politique. C’est un bon marqueur.

Edwy Plenel, le responsable de Mediapart (une sorte de presse alternative payante), a publié un ouvrage aux éditions La Découverte (anciennement les Éditions sociales liées au PCF). Il est consacré aux gilets jaunes et est intitulé La victoire des vaincus – À propos des gilets jaunes.

Henri Weber a publié un long article sur le site Slate.fr pour critiquer cet ouvrage, avec une perspective assez intéressante. Henri Weber a été l’une des figures dirigeantes des Jeunesses Communistes Révolutionnaires en 1968, puis de la Ligue Communiste (dont Edwy Plenel faisait également partie). Il a fini par rejoindre le Parti socialiste en 1986.

Henri Weber dit, grosso modo, qu’Edwy Plenel est de mauvaise foi, parce qu’il affirme que les gilets jaunes convergent vers la Gauche. Or, en réalité, souligne Henri Weber, tout est bien plus compliqué que cela. Et c’est de la manipulation intellectuelle que de prétendre le contraire. Voici un long extrait représentatif de la critique faite par Henri Weber :

« Dans son courant principal, assure Plenel, ce mouvement est égalitaire et démocratique. Il s’inscrit dans la lignée des révolutions françaises des siècles passés. C’est une sorte de Mai 68 rampant, dont les forces motrices ne seraient pas les étudiants et les ouvriers d’industrie, mais les perdants de la mondialisation et de la révolution numérique: les classes populaires et moyennes précarisées de la «France périphérique» (…).

Cette interprétation optimiste et unilatérale occulte soigneusement les singularités du mouvement des «gilets jaunes».

La première d’entre elles est le refus farouche de désigner des représentants. Curieux mouvement démocratique que celui qui rejette le principe même de la représentation, sans lequel il n’y a pas d’auto-organisation possible, et menace de mort celles et ceux, issus de ses rangs, qui cherchent à structurer le mouvement et à lui trouver un débouché politique. Sans représentants élus, mandatés, contrôlés, la place est nette pour des chefaillons non élus, incontrôlés, n’ayant de compte à rendre à personne. Il n’existe pas de démocratie sans représentation. Même la démocratie directe la plus radicale, celle des conseils d’ouvriers, de paysans, et de soldats de la révolution russe, était fondée sur l’élection de délégués, à tous les niveaux: depuis l’atelier et le quartier… jusqu’au conseil central des conseils –le Soviet suprême de 1917–, désignant le gouvernement. Le fait que ces délégués étaient révocables à tout moment, ce qui a rendu –soit dit en passant– cette démocratie directe impraticable et éphémère, n’empêche pas qu’ils étaient élus et ré-élus.

En réalité, les «gilets jaunes» ont des leaders de fait: les principaux s’appellent Éric Drouet, Maxime Nicolle, Étienne Chouard, Priscillia Ludosky… Ils ont été choisis par les médias en fonction de leur aptitude à «faire le buzz», mais aussi en raison de l’audience de leur page Facebook sur les réseaux sociaux (…).

N’en déplaise à Plenel, les enquêtes d’opinion et les études sociologiques qui s’accumulent depuis quatre mois montrent que ces composantes populistes de droite et d’extrême droite pèsent d’un bon poids parmi les «gilets jaunes» (…).

La crise des démocraties occidentales a malheureusement des causes beaucoup plus variées et profondes que la nature de leur Constitution, même si en France celle-ci mérite d’être substantiellement réformée.

Edwy Plenel ne décrit pas le mouvement des «gilets jaunes» tel qu’il est, dans sa diversité, mais tel que, selon lui, il devrait être, pour prolonger le sillon creusé par les révolutions françaises. Il idéalise ce mouvement à des fins de prescription politique. Cette idéalisation ne favorise pas, quoiqu’il en pense, la lutte contre les populismes d’extrême droite et d’extrême gauche, qui mènent le mouvement des «gilets jaunes» dans l’impasse, et mettent en péril notre État de droit et notre République. »

La position de Henri Weber est très intéressante, car elle est vraiment socialiste réformiste et ne cède pas au populisme. Il est étrange, évidemment, de le voir parler d’État de droit, alors que n’importe qui en France sait qu’il y de véritables problèmes de démocratie, pour ne pas dire plus. En fait, Henri Weber idéalise l’État pour contrer l’idéalisation des gilets jaunes.

> Lire également : notre dossier gilets jaunes

Cependant, au moins il y a ici une critique de gauche des gilets jaunes, chose très partagée, mais très rarement exprimée. En ce sens, c’est une bonne chose, et une bonne contribution à l’appui d’une identité de gauche, ancrée dans la rationalité et la Politique.

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Politique

Communiqué du Secours populaire français après la disparition de son Président Julien Lauprêtre

Fils d’ouvriers et ouvrier dans sa jeunesse, Julien Lauprêtre représentait avec le Secours populaire français une certaine tradition du mouvement ouvrier, qui a développé ses structures de manière indépendante au début du XXe siècle puis s’est de plus en institutionnalisé après la Guerre.

Le parcours Julien Lauprêtre à la tête du Secours populaire français depuis 1955 porte la marque de l’institutionnalisation, en ayant dirigé une association très liée au PCF ( il a été membre de son Comité central de 1970 à 2000) qui affirmait en même temps son indépendance, ses propres choix.

Le Secours populaire français est directement issu de la tradition du Front populaire de 1936, comme processus d’Unité des socialistes et des communistes. Il est un prolongement de masse du Secours Rouge, branche française du Secours Rouge International généré par l’Internationale Communiste.

Il a notamment lancé des actions pour les vacances de la jeunesse populaire. Julien Lauprêtre a lui-même rencontré sa femme à l’été 1936 dans une colonie du Secours ouvrier international et il est expliqué dans sa biographie que l’engagement communiste de son père a « pris racine dans les manifestations de 1934 contre les ligues fascistes, pour le Front populaire en 1936 ».

Julien Lauprêtre fut un Résistant, « marqué » par sa rencontre avec Missak Manouchian en prison à 17 ans, avant d’être nommé responsable national des Jeunesses communistes dans la clandestinité.

D’une organisation spécifiquement liée au mouvement démocratique et populaire, tant en France qu’à l’international, il a fait du Secours populaire français une association caritative, centrant son action sur la solidarité aux personnes pauvres et l’aide alimentaire, finissant par nouer en 2012 des partenariats avec des entreprises symboles du capitalisme telles que Disneyland, Courte-Paille ou Carrefour.

Si le Secours populaire français (lui-même issu du Secours rouge, branche du Secours rouge international généré par l’Internationale Communiste) est un élément important du patrimoine démocratique et populaire en France, de la Gauche française, avec un héritage provenant directement du Front populaire, il est aussi un exemple de renoncement de la tradition historique du mouvement ouvrier centrée sur le combat politique et l’autonomie vis-à-vis du capitalisme et des institutions capitalistes.

Voici le communiqué du Secours populaire français :

« Continuons le combat d’une vie !

Le Secrétariat national du Secours populaire et la famille ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de Julien Lauprêtre, Président du Secours populaire français, survenu à 93 ans dans un hôpital parisien des suites d’une chute pour laquelle il avait été hospitalisé.

Plus qu’un Président, c’est un ami que tous les membres du Secours populaire ont perdu aujourd’hui. Julien se présentait toujours comme « bénévole à Paris ». C’est vrai qu’il n’était pas un Président ordinaire. Sa porte et son écoute étaient ouvertes à tous, sans distinction, à n’importe quel moment de la journée. Une humanité, une simplicité et une sincérité qui allaient droit au cœur des 80 000 bénévoles de l’Association. Julien aimait répéter : « La solidarité ne règle pas tout, mais pour celles et ceux qui la reçoivent, elle est irremplaçable. » Et il ajoutait aussitôt cette phrase d’Henri Barbusse : « La solidarité, ce ne sont pas des mots, mais des actes. » Toute sa vie, Julien a refusé l’inacceptable, la pauvreté, l’injustice. Toute sa vie a été orientée vers les autres. Il a fait de la solidarité son combat quotidien, et du Secours populaire, un grand mouvement de solidarité populaire.

Dès son arrivée en 1954, Julien et un petit groupe d’hommes et de femmes vont faire du Secours populaire, l’une des plus importantes associations de solidarité de notre pays. Très vite, il a compris que l’association avait tout à gagner à se recentrer sur son rôle d’association de solidarité plutôt que d’intervenir sur le champ politique. Il en a fait une association rassemblant toutes les bonnes volontés pour que se développe une solidarité populaire indépendante des pouvoirs établis, qu’ils soient publics ou privés, philosophiques, confessionnels, politiques ou syndicaux. Au Secours populaire, nous sommes quotidiennement les témoins de ceux qui vivent un véritable parcours du combattant pour régler leurs factures, faire trois repas décents par jour, se soigner… Nous sommes aussi les témoins, avec nos partenaires dans le Monde, des situations des enfants, des femmes, des hommes qui luttent pour survivre. La pauvreté est là. Elle ne recule pas. Elle s’aggrave.

Avec une ténacité incroyable, Julien a fait front pour ne pas laisser la désespérance prospérer. Il a sillonné le monde, fait le tour de notre pays pour mobiliser les bénévoles à agir sans relâche pour les personnes dans la précarité, et sensibilisé les dirigeants à la lutte contre la pauvreté en France, en Europe et dans le Monde. Il avait aussi à cœur d’offrir aux enfants l’opportunité de prendre la parole, d’agir, de s’organiser. C’est ainsi qu’est né en 1992 le mouvement d’enfants bénévoles au Secours populaire, les « copains du Monde ».

Il a consacré sa vie pour que celles et ceux qui n’ont rien, ou si peu, relèvent la tête et soient plus forts pour s’en sortir grâce à la solidarité, dans une démarche d’égal à égal entre celui qui donne et celui qui reçoit.

Aujourd’hui, les membres du Secours populaire sont plus que résolus à continuer son combat pour faire triompher l’entraide et la solidarité et faire reculer la pauvreté et l’exclusion. »

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Jean-Luc Mélenchon rejette le principe de Front populaire et appelle la Gauche à suivre sa démarche

Jean-Luc Mélenchon a fait le choix de s’adresser à la Gauche ce mardi 23 avril en lançant « un appel à la création d’une fédération populaire » dans le journal Libération, qui consiste en un rassemblement autour de sa démarche. C’est contraire au principe de Front populaire qui consiste en une unité politique des forces de la Gauche contre le danger du fascisme.

Dans un long entretien à Libération, Jean-Luc Mélenchon a parlé de la Gauche, ce qui a pu être considéré comme un appel à l’unité. Il a surtout expliqué que le rassemblement devrait se faire autour de sa démarche, qui aurait la légitimité populaire, qui serait forcément la bonne formule alors que la « vieille gauche » est méprisante à son égard.

Il considère avoir acquis une légitimité avec son score au premier tour de la Présidentielle en 2017 (19,58 %, soit 7 059 951 voix). Les élections Européennes doivent être une continuité de cela :

« notre force doit recevoir l’aval populaire. Comme je l’ai reçu pendant la présidentielle. Là sera le centre de gravité pour la suite contre le macronisme. »

Jean-Luc Mélenchon s’estime farouchement mis à l’écart par les formations politiques de gauche elle-mêmes, et les rejette. Ce qui semble l’intéresser, c’est surtout de capter la base électorale de la Gauche, mais pas de participer à une unité. Ses réponses à ce propos sont très claires :

« – Avez-vous abandonné tout espoir d’unité ?
– Je suis réaliste.
– Donc vous espérez toujours rassembler.
– Le peuple, oui. Mais chaque fois que je l’ai proposé, la vieille gauche m’a envoyé balader. Elle n’accepte pas la réalité, c’est-à-dire notre centralité et celle du programme «l’Avenir en commun». Mais si l’élection nous en donne la force, nous assumerons de nouveau notre responsabilité. Nous proposerons de nouveau une fédération populaire à construire dans les élections suivantes et dans les mouvements écologiques et sociaux. »

Quand il lui est posé la question de savoir s’il est capable de faire des compromis avec des gens ne pensant pas comme lui, il répond qu’à l’Assemblée son groupe « vote même des fois avec la droite » et que ce n’est « l’étiquette » qui compte.

> Lire également : Les outrances du populiste et grossier Jean-Luc Mélenchon

Il assume ainsi son orientation populiste, en mettant de côté le débat idéologique et politique à Gauche, qui devrait s’incliner par rapport à sa démarche :

« Je me répète : tout le monde doit se mettre au service de la fédération du peuple. »

La « base de départ pour discuter partout » devrait donc être le programme de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon est d’accord avec la proposition du journal Libération d’avoir un débat avec la Gauche, mais il précise :

« Il ne faut jamais oublier le but, la fédération populaire entre les classes populaires et les classes moyennes plus favorisées qui n’appartiennent pas à l’oligarchie. C’est la grande question. Elle ne sera pas réglée par la guirlande des sigles de partis. Nous ne sommes plus dans les années 70. Le champ politique s’est effondré. Pas de mon fait. Ce sont les électeurs qui ont dissous le PS et nous ont portés en avant. Nous assumons notre situation. Pas les autres. »

> Lire également : Les propos grandiloquents de Jean-Luc Mélenchon sur Eric Drouet

Quand Jean-Luc Mélenchon a lancé La France insoumise, il s’agissait en effet de se libérer de la Gauche, considérée comme un carcan, en préférant une sorte de populisme social, très poreux au nationalisme.

Pour lui, la société a changé et la modèle de la Gauche est d’une « autre époque » :

« La société était assez stable et les liens de représentation politique fonctionnaient. Le PCF représentait une grande partie de la classe ouvrière. Les socialistes, plutôt les classes moyennes. Tout cela a volé en éclats. Un acteur nouveau est né. C’est ce peuple urbanisé qui s’oppose à l’oligarchie. Voir les gilets jaunes ou l’Algérie. Son existence quotidienne dépend de l’accès aux réseaux collectifs. Cet accès est l’enjeu social central. »

Il précise plus loin que :

« l’évolution du capitalisme a atomisé la société, les formes habituelles de représentation ont explosé. Voyez où en sont les partis politiques traditionnels. »

> Lire également : Alexis Corbière assume de rejeter la Gauche

Cela justifie son écartement de la Gauche, et donc du Socialisme. Il propose donc autre chose, qui y ressemble vaguement, mais sans que cela soit très précis :

« il y a une conscience nouvelle qui rétablit l’idée de changement global, c’est la conscience écologique. Beaucoup ont compris que l’économie productiviste conduit à la catastrophe. Mais c’est un constat qui ne porte pas sa solution en lui-même. Car quels sont les moyens de remédier à la mise en danger de l’écosystème ? Certains pensent que c’est possible dans le cadre de l’économie de marché actuelle, que le système va finalement se réguler. Nous ne le croyons pas. Quand Jadot [le candidat d’Europe Ecologie-les Verts] fait l’éloge de l’écologie de marché, nous sommes en désaccord. Il y faut une intervention collective volontaire et énergique, une planification écologique de la transition. »

Cependant, il n’envisage pas de supprimer l’économie de marché mais est partisan d’une « économie mixte », c’est-à-dire donc pas du Socialisme, qui est le fondement historique de la Gauche (largement abandonné par celle-ci, il est vrai).

Sa vision consiste en une proposition très vague, classiquement réformiste, mais bien en deçà de la radicalité et de l’envergure que pouvait proposer un François Mitterrand en 1981, qui n’était pourtant pas un « révolutionnaire » :

« Nous dénonçons la marchandisation généralisée voulue par les traités européens. Nous préférons revendiquer l’intérêt général, l’action collective. Nous ne pourrons pas relever le défi écologique dans le cadre de la concurrence libre et non faussée, dans le cadre du libre-échange généralisé. La planification est de toute nécessité pour appliquer la règle verte : on ne prend plus à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer. »

Sur le plan politique, Jean-Luc Mélenchon considère donc que le rassemblement de la Gauche est à la fois possible et pas possible, car « certains sont restés productivistes, nucléaristes, d’autres continuent de faire l’éloge du marché partout. »

La Gauche dans sa forme et sa proposition historique ayant donc échoué selon lui, il n’y aurait pas d’autre choix que de rejoindre sa démarche :

« au demeurant, je ne crois plus à l’ancien modèle de rassemblement des organisations. Nous devons certes nous rassembler, mais au service d’une tâche en commun : fédérer le peuple, réunir ses revendications, en faire un programme compatible avec l’impératif écologique et social. »

Il faut pour cela :

« aller idéologiquement au bout de la mutation écologique et populaire qui est nécessaire. Il faut qu’on soit tous clairs. Pas de tambouille sur la question européenne, sur le nucléaire, sur la question décisive de la paix, de la sortie de l’Otan. »

> Lire également : Andrea Kotarac de la France insoumise à un forum russe avec l’extrême-droite

Jean-Luc Mélenchon ne propose donc pas un Front populaire, qui est la proposition historique de la Gauche face à la menace du fascisme. Le nationalisme ne représente pas un danger pour lui puisqu’il n’en parle pas. Il ne parle d’ailleurs à aucun moment du danger que représente Marine Le Pen. Son nom n’est cité qu’une seule fois dans ce long entretien, pour se comparer à elle, comme s’il se considérait en concurrence avec elle sur le terrain du populisme (« quand Marine Le Pen dit «vous êtes des Blancs chrétiens», je réponds «vous êtes des enfants des Lumières». »)

Précisons pour finir, à propos de sa formation La France insoumise, puisqu’il considère que sa démarche est la bonne et qu’il faut la suivre, qu’elle n’a pas un fonctionnement démocratique.

Il explique en effet, de manière assez obscure, qu’il n’y a « pas de dirigeants » à la France insoumise et qu’il n’y a donc pas de problème au fait qu’aucune direction ne soit élue… C’est pour le moins nébuleux, et effectivement contraire aux pratiques des formations de gauche.

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Il considère ainsi comme de bonnes choses les « 4 000 comités qui fonctionnent en autonomie » et les « 60 % des candidats n’ont pas de carte du parti ». Cela est inacceptable du point de vue de la Gauche traditionnelle car cela empêche toute démarche politique démocratique, en laissant libre cours à des individus et à l’émergence de tribuns ou petits chefs.

Ce n’est pas ainsi que le mouvement démocratique et populaire avancera. Seul un retour aux fondamentaux de la Gauche historique peut permettre de progresser, et certainement pas une liquidation totale de ses principes dans une fuite en avant populiste.

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Société

La drogue et l’alcool, ce conformisme de la jeunesse

Aujourd’hui en France, on se procure de la drogue comme on veut. Dans n’importe quelle soirée électro branchée, les gens, parfois des filles très jeunes, n’hésitent pas à demander des ecstasys à n’importe-qui. En teuf, c’est-à-dire en rave-party à la campagne, lors des plus gros événements on a même des rangées de dealers qui se postent à l’entrée du site pour proposer leur marchandise, en toute tranquillité.

C’est la même chose pour le cannabis et la cocaïne, qui circulent pour ainsi dire librement, notamment depuis les cités HLM où l’on peut s’approvisionner comme au supermarché. La nouvelle tendance étant la livraison à domicile via les réseaux sociaux, uberisation de la société oblige.

Tout cela n’est pas nouveau certes, mais c’est de pire en pire. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies a publié ces jours-ci son rapport 2019, cinq ans après l’éditions précédente en 2013. C’est officiellement ce qu’il y a de plus fiable comme données concernant la drogue et les addictions en général dans le pays. On y apprend que l’offre de stupéfiants explose, et qu’elle se diversifie.

Les mots de l’Observatoire dans son rapport sont très simples et très clairs (c’est nous qui soulignons) :

« Le marché des drogues illicites en France est en expansion, reflétant la forte progression des usages dans l’année et de leur intensité constatée depuis près de vingt-cinq ans dans les enquêtes en population générale, notamment pour le cannabis, la cocaïne et la MDMA/ecstasy. L’offre est portée par une diversité d’acteurs, des réseaux d’usagers-revendeurs aux organisations criminelles, dont l’enracinement sur l’ensemble du territoire est réel ».

Le principal indicateur quantitatif de l’étude est la saisie des drogues. Il est expliqué que les quantités saisies ont explosé. L’année 2017 a connu un record pour les quantités saisies d’herbe de cannabis (20,2 tonnes, contre 4,8 tonnes en 2013) et de cocaïne (17,5 tonnes contre 5,6 tonnes en 2013). Les quantités saisies de résine de cannabis ont été de 67 tonnes en 2017, alors qu’elles avaient fortement baissé après un pic en 2013 (70,9 tonnes).

Les drogues sont d’après l’Observatoire de plus en plus présentes dans la jeunesse, avec une augmentation chez les mineurs de l’expérimentation des drogues stimulantes, l’ecstasy (MDMA) et la cocaïne. En ce qui concerne les adultes, la consommation de cocaïne atteindrait en ce moment « un pic », avec 1,6 % des personnes en ayant consommé dans l’année.

Le phénomène récent le plus marquant est le développent dans les années 2010 des nouveaux produits de synthèse (NPS) qui imitent les effets des drogues illicites traditionnelles, mais avec des compositions chimiques légèrement modifiées pour contourner la législation. L’usage détourné de médicaments légaux à base d’opioïdes se développe également, avec des habitudes importées depuis les États-Unis via des clips de rap.

Cela correspond à un panorama général, dans lequel selon la note de synthèse du rapport :

« l’éventail des drogues consommées aujourd’hui – en Europe comme en France – est de plus en plus diversifié et les pratiques des usagers restent marquées par la polyconsommation. »

Cette diversification concerne également les réseaux d’approvisionnement, qui profitent de plus en plus d’internet où rien n’est contrôlé et où il est relativement facile de se procurer de la drogue, classique ou NPS.

Parallèlement, les drogues elles-mêmes sont de plus en plus efficientes, avec une optimisation de leurs principes actifs par des producteurs de plus en plus professionnels.

Il est expliqué que la teneur en THC a presque quadruplé durant les quinze dernières années en ce qui concerne la résine de cannabis et que la pureté de la cocaïne et de la teneur en MDMA des comprimés d’ecstasy ont augmenté de manière importante.

Un phénomène marquant est que les jeunes veulent de plus en plus d’herbe à la place de la résine de cannabis, qui reste cependant majoritaire. Cela illustre probablement la banalisation culturelle du cannabis, qui bénéficie d’une image « naturelle », voir de celle d’un produit sain. Il y a une approbation de plus en plus forte pour l’usage « thérapeutique » du cannabis, déjà autorisé par de nombreux États, parallèlement à d’intenses campagnes en faveur de la dépénalisation du cannabis en général.

À côté de cela, la consommation d’alcool est toujours aussi répandue, dans les mœurs, banale. 87 % des adultes entre 18 ans et 75 ans boivent au moins une fois dans l’année et 78 % des jeunes de 17 ans.

En ce qui concerne plus précisément la jeunesse, l’étude montre que neuf jeunes sur dix ont déjà bu de l’alcool à 17 ans, six sur dix ont déjà fumé une cigarette et quatre sur dix ont déjà fumé du cannabis. Seul 12 % des jeunes de 17 ans n’ont jamais consommé aucune des substances. Au contraire, 8 % des jeunes de 17 ans déclarent selon l’étude avoir consommé de l’alcool au moins dix fois durant le mois précédent et 7 % pour le cannabis.

La drogue est clairement une norme dans la jeunesse. C’est un conformisme, mais qui est vécu comme un anticonformisme parce qu’elle est illégale. L’alcool est quand à lui une valeur dominante, totalement assumée et souvent même revendiquée.

La jeunesse qui se drogue et se noie dans l’alcool se conforme au système, qui s’accommode en retour tout à fait de son enivrement, comme une sorte d’assurance contre les grands bouleversements sociaux et culturels.

Il faut dire que la jeunesse en France n’a jamais été aidée en cela par la Gauche, traditionnellement liée à la jeunesse mais qui n’a jamais véritablement critiqué ces paradis artificiels.Cela devrait pourtant faire partie des programmes et des valeurs les plus fondamentales.

Il ne faudrait pas croire qu’il s’agit ici d’une question de répression, car cela est secondaire. L’État connaît très bien les flux de trafics et les réseaux, au moins dans leur forme générale. Il ne faudrait pas grand-chose à un gouvernement de Gauche pour les écraser, ou en tous cas les isoler et les harceler. Seulement, cela n’est possible qu’avec une volonté de s’opposer au libéralisme, portée par des valeurs nouvelles et une volonté de véritablement changer la vie.

La jeunesse, quant à elle, ne devrait pas céder au conformisme, cette forme de vieillesse. Que vienne le moment où elle cassera massivement cette image de l’alcool et de la drogue comme étant cools, branchés, alternatifs ! La vie sur Terre a bien mieux à offrir que ces paradis artificiels, ces petites morts de sa propre existence.

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Politique

Dissolution du mouvement Bastion social, une victoire du camp démocratique

La dissolution du mouvement Bastion social par l’État français ce mercredi 24 avril 2019 est une nouvelle importante pour toutes les personnes ayant conscience de l’importance du combat antifasciste. C’est indiscutablement une bonne chose, car ce groupe d’activistes d’extrême-droite représentait une menace directement dangereuse pour le mouvement démocratique et populaire en France, notamment à Lyon.

De manière typiquement fasciste, l’idéologie du mouvement Bastion social consistait à prôner une « troisième voie », nationaliste, par rapport au capitalisme et au Socialisme.

Nous avons évoqué ce mouvement à plusieurs reprises dans des articles, et nous l’avions présenté dans un article complet et détaillé en février 2018.

> Lire également : Le “Bastion social” et ses locaux à Lyon, Strasbourg, Chambéry, Aix-en-Provence, Marseille

Organisé autour de ce qui se voulait être des squats d’extrême-droite, sur le modèle de Casapound en Italie, il devait être un mouvement fédérateur de la jeunesse nationaliste radicale, avec pour objectif de constituer des brigades de choc, afin de se confronter, de provoquer.

La dissolution du mouvement Bastion social est donc une victoire, partielle mais réelle, du camp démocratique sur le fascisme. Cela ne sera bien sûr pas suffisant, car seule la classe ouvrière, en portant le Socialisme, peu véritablement écraser le fascisme. Le libéralisme d’un Emmanuel Macron, qui s’avère être par ailleurs un réactionnaire partageant des valeurs de la Droite la plus conservatrice, notamment sur la chasse à courre, ne peut pas grand-chose face au romantisme nationaliste. Il est même évident que cela l’alimente.

Il faut cependant raisonner de manière politique, intelligente, et reconnaître ici à quel point il était juste de voter pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de la Présidentielle, justement parce que le gouvernement d’Emmanuel Macron a dissout Bastion social, ce que n’aurait jamais fait Marine Le Pen.

Il ne s’agit pas pour autant d’avoir des illusions sur la capacité d’Emmanuel Macron à mener la bataille qu’il imagine contre le populisme, voire le nationalisme – les déboires de la tête de liste LREM aux Européennes Nathalie Loiseau, concernant sa présence sur une liste d’extrême-droite à une élection étudiante dans sa jeunesse, en dit déjà très long sur tout cela.

Cette dissolution par l’État d’un groupe fasciste est importante, mais elle n’est qu’un aspect partiel, temporaire, à l’efficacité très limitée. C’est un coup porté au fascisme, mais il se renforcera d’une autre manière si la situation ne change pas.

C’est à la Gauche de mener pleinement la bataille contre le nationalisme et le fascisme, de manière unitaire, en assumant les valeurs historiques du mouvement ouvrier. Ce qu’il faut, évidemment, c’est un nouveau Front populaire en France, comme en 1936 !

Voici le communiqué du Ministère de l’Intérieur sur la dissolution du mouvement Bastion social :

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Écologie

La photo d’une zone humide

Le rapport à dame Nature, pour ne pas être destructeur, exige un haut niveau d’engagement. Et donc une révolution dans la manière de voir les choses, y compris les choses ayant l’air insignifiantes… Les apparences sont trompeuses, quand on n’y connaît rien.

C’est une photo dont on se dit qu’a priori, elle ne montre rien. Elle est même plutôt terne, et on a l’impression d’être nulle part, au milieu de rien, et que tout cela, somme toute, n’est pas très engageant. Elle montre un lieu à Sallanches, une modeste ville de 16 000 habitants, entre Annecy et Chamonix, au milieu des montagnes. Et ce lieu doit céder la place à un centre commercial. Il y aurait donc quelque chose, à la place de rien…

Ce qu’on voit pourtant, c’est une zone humide, ce que le code de l’environnement définit comme suit :

« on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année »

La zone humide en question a été le lieu dune importante lutte écologiste contre un centre-commercial en Haute-Savoie.

Justement parce que certains, organisés dans le collectif Pour la Zone Humide de Sallanches, sont allés au-delà des apparences. Force est de constater que c’est impressionnant, car à voir la photographie… on ne dirait pas… enfin pas vraiment… Enfin, il faut le savoir, quoi.

Mais comment le savoir, là est le problème. Ce n’est pas le genre de choses qu’on apprend à l’école. Et même en dehors de l’école, si on ne cherche pas, on ne va pas le trouver. Et encore, pour chercher, il faut savoir à l’avance, au moins un peu. Cela fait beaucoup ! Et là est le problème de l’écologie.

Encore est-il que ce n’est pas un problème, mais une problématique. Car l’écologie exige un nouveau rapport au vivant, un certain engagement. La préoccupation, chose négative, doit se convertir en quelque chose de positif. Il faut valoriser ce qui n’était pas vu hier. Et c’est vrai que, lorsqu’on voit la photo, on se demande bien pourquoi il faudrait préserver un endroit pareil… Alors qu’en réalité, c’est la vie même qui est visible sur cette photo, pour qui sait la regarder.

Il semble évident que pour les personnes plus âgées, une telle réorientation de son propre regard est à peu près foutu. Les « vieux » sont trop blasés, trop consensuels, trop abrutis par le mépris, la condescendance par rapport à l’environnement. Ils culpabilisent aussi, et vont cyniquement au bout de leur raisonnement, de leur démarche.

Chez les jeunes par contre, tout est possible, car ils ne croient plus en rien. Ils peuvent donc porter un regard plus sain, plus authentique. S’ils ne sont pas fainéants il est vrai, et on sait à quel point le capitalisme les pousse à consommer passivement et à se regarder le nombril. Aussi faut-il les pousser à observer leur environnement et à chercher à entretenir un rapport entièrement différent avec lui.

Cela ne va pas sans remise en cause, même pour eux. Mais chez eux, il y a une chance que cela se produise ! Et surtout, il n’y a pas le choix. Tout est détruit si vite sur la planète, il est si peu de temps…

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Culture

Amour plastique de Vidéoclub, la grande fraîcheur de la jeunesse urbaine française

Le clip Amour plastique de Vidéoclub rencontre un grand succès dans la jeunesse française, avec plus de 8 millions de vue à ce jour et alors que le groupe n’a encore produit que deux morceaux. C’est une électro-pop à la française d’une grande fraîcheur, typiquement urbaine et branchée, exprimant la sensibilité d’une jeunesse en quête d’authenticité et de « fun ».

La vidéo a été portée par la notoriété de sa chanteuse Adèle Castillon, dont la chaîne YouTube aussi drôle que fascinante mène une critique acerbe de la futilité des rapports sociaux à notre époque, dénonçant notamment « le manque d’originalité » et « d’élévation spirituelle » des youtubeurs.

Ce premier morceau n’a pourtant rien d’un « premier morceau » lancé comme une blague par une youtubeuse marrante, comme l’était celui à succès sur« les pâtes ». La justesse sonore d’Amour plastique l’a en fait rapidement propulsé à des records d’écoutes sur les plateformes de streaming, qui l’ont beaucoup relayé dans des playlists. Le titre est maintenant connu par la jeunesse tout aussi bien en Suède qu’en Pologne.

On y reconnaît bien sûr la touche électro-pop à la française du moment, mais avec ce petit quelque chose qui fait qu’on se dit que c’est un peu plus qu’un bon morceau. Son succès vient certainement de cet excellent dosage entre la légèreté, car la jeunesse ne veut pas se prendre la tête avec des choses ennuyantes, et l’authenticité, car la jeunesse la plus avancée culturellement ne supporte pas le fake.

On y parle donc d’amour fou, passionnément mais sans le grotesque habituel de la variété, ni ses notes insipides. C’est aussi à l’opposé de la fausse gravité d’un groupe comme Fauve, ou de toute une partie du rap français qui se complaît dans une esthétique larmoyante.

Le clip d’Amour plastique porte très bien le morceau, car il y a chez ces jeunes nantais une démarche artistique très aboutie, à la production aussi minutieuse que spontanée. C’est d’ailleurs tellement sophistiqué qu’il y a une vidéo making-off diffusée ensuite, elle-même très artistique.

Le style est très branché, en plein dans la hype « année 90 » du moment, avec cette sorte de fascination pour la culture pré-internet. On imagine que le nom du groupe, Vidéoclub, vient de là, comme un regard sur une époque où se procurer une vidéo relevait d’une démarche presque complexe, en tout cas impliquée, contrairement à maintenant où il suffit de scroller pour subir littéralement des milliers d’heures de vide audiovisuel.

Internet est arrivé tellement rapidement dans les vies, sans aucun contrôle, dans une société où règnent les rapports marchants et le libéralisme des mœurs, qu’il propose bien plus d’horreurs que de perspectives culturelles réjouissantes.

Il ne s’agit cependant pas d’être fasciné par le passé, et on aurait d’ailleurs du mal à imaginer que ces deux artistes prônent un romantisme réactionnaire, conservateur. Ils proposent au contraire une telle fraîcheur et un tel besoin de réalité, que leur démarche est forcément positive.

On peut être à peu près certain qu’ils n’en sont qu’à leurs débuts, eux qui le mois dernier n’avaient encore jamais donné de concert !

Le clip de leur second morceau, Roi, est lui aussi très sympathique.

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Politique

Tribune du Président de l’UEJF : « D’où parles-tu, camarade ? 

Le Président de l’Union des étudiants juifs de France a publié un Tribune dans l’Express dans laquelle il fustige les dérives du syndicats étudiant Unef, qui organisait le weekend dernier des Assises nationales jeunes contre le racisme.

Sacha Ghozlan reproche en quelque sorte à l’Unef d’abandonner ses traditions de gauche en passant de la lutte des classes à la « lutte des races » :

« Je t’ai rencontré à l’Université. Tu militais pour défendre les droits de tous les étudiants. Nous assumions des désaccords politiques mais républicains en conseil universitaire ou au sujet de la politique nationale.

Je t’ai connu laïc et farouchement républicain, universaliste et de tous les combats pour les opprimés, pour la justice et pour l’égalité. Je t’ai trouvé à nos côtés en Pologne et au Rwanda pour préserver les Mémoires, en Israël à la rencontre d’une société civile porteuse d’espoir de paix, à Lyon III et à Assas pour combattre l’extrême droite. Ta présence à nos côtés était alors si précieuse.

Quelques années se sont écoulées et tu t’es éloigné. Je ne te reconnais plus.

Ton bureau national se réunit en non-mixité raciale quand il ne méprise pas l’incendie de Notre-Dame de Paris dont il estime qu’il s’agit d’une histoire de « Français blancs ». Tu adoptes le vocabulaire des Indigènes de la République, tu demandes à censurer Charb et Eschyle à l’Université, tu restes muet quand nos locaux sont vandalisés à Tolbiac ou à Dauphine sur fond d’antisémitisme et tes sections locales appellent au boycott d’Israël. Et si tout cela pourrait sembler anecdotique, tu ponctues désormais chacune de tes phrases de qualificatifs raciaux : « blancs » et « racisés ». Par-delà l’Université, les Français entendent ce grand basculement idéologique.

D’où parles-tu, camarade ?

Si tu posais cette question dans une logique marxiste pour démontrer que tout orateur expose ses thèses selon sa construction sociale, tu la déplaces aujourd’hui vers une construction raciale. Et je crains que, de la lutte des classes, tu ne deviennes aujourd’hui que le sombre héraut d’une lutte des races. Tu te coupes de la société, des victimes de racisme mais aussi de ceux dont l’identité plurielle, mouvante et complexe ne peut se réduire à une intersectionnalité dont on voit bien qu’elle produit elle-même une violence symbolique.

Ton Union organise cette semaine des Assises contre le racisme. Dans la vidéo officielle de lancement, tu le dis avec certitude « les dominants sont les blancs, tandis que les racisés sont les personnes non-blanches. Il existe un racisme systémique ».

Le racisme doit être combattu sous toutes ses formes – discrimination à l’embauche, au logement, rumeurs visant les Roms, racisme anti-musulmans, xénophobie visant les migrants -, mais il emprunte des chemins plus complexes que cette suma divisio aussi hasardeuse que nauséabonde. Elle porte en elle les germes d’une société fragmentée selon des critères raciaux et génère une dangereuse assignation identitaire. Les réunions en non-mixité raciale sont des pratiques discriminatoires, et quand elles se déroulent à l’Université, c’est une circonstance aggravante.

Les victimes d’actes racistes souffrent une première fois des actes de leurs agresseurs, faut-il y ajouter un verrou identitaire et communautariste ?

Que dois-je en conclure, moi qui suis un étudiant juif ? D’où voudrais-tu que je parle, camarade ? Ou plutôt, où souhaiterais-tu m’assigner ?

Suis-je du côté des dominants, prêtant ainsi le flanc aux thèses antisémites de Dieudonné qui qualifie les juifs « de négriers reconvertis dans la banque et la finance » ? Suis-je du côté des racisés, m’enfermant ainsi dans une posture victimaire dans laquelle Alain Soral veut acculer les juifs, les accusant d’utiliser la Shoah ou l’antisémitisme pour se hisser dans la société ? L’une ou l’autre de ces assignations me sont insupportables, et mon identité juive française est bien plus complexe que cet enfermement qui m’est proposé.

Notre génération est phagocytée par des individus malveillants qui entretiennent volontiers la concurrence victimaire dans le débat public, par des propagandistes haineux qui dénaturent les réseaux sociaux, par des pseudo-humoristes qui veulent prendre en otage l’humour pour propager la haine et par des identitaires qui veulent imposer un agenda politique qui agit en miroir de l’extrême droite comme les deux faces d’une même pièce.

L’UNEF fut un rédacteur de la charte de Grenoble en 1946 qui a structuré le syndicalisme étudiant au sortir de la guerre, en donnant aux étudiants le rôle de vigie de la société. Par-delà l’UNEF, quand un grand syndicat étudiant abandonne ses valeurs fondatrices, c’est toute notre génération, et toute la société qui en sort déboussolée.

Les étudiants ont besoin de l’UNEF pour porter des combats universalistes. Nous avons besoin de toi, camarade ! »

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Politique

Andrea Kotarac de la France insoumise à un forum russe avec l’extrême-droite

Le conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes et membre de la France insoumise Andrea Kotarac était présent la semaine dernière à un forum international organisé par le pouvoir russe à Yalta. Il y a croisé Marion Maréchal et Thierry Mariani, ancien député de la Droite ayant rejoint Marine Le Pen pour les Européennes. La question de l’alliance avec la Russie est un sujet important pour ces personnes, dans une perspective nationaliste évidente.

Selon la démagogie classique de l’extrême-droite, largement partagée par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, la France devrait se libérer d’une certaine emprise américaine. Selon eux, le pays ne serait pas suffisamment indépendant et l’alliance avec la Russie serait un moyen de se renforcer sur le plan international.

C’est un point de vue nationaliste, qui envisage le monde en termes de blocs et de concurrence entre ces blocs, avec l’idée d’y tirer son épingle du jeu. C’est exactement le genre de raisonnement qu’a eu la partie des élites britanniques favorable au Brexit.

La Gauche, historiquement, ne sait que trop bien à quel point de telles perspectives sont des poisons pour le peuple et ne mènent qu’à la guerre et au fascisme. Si la question du racisme est souvent considérée comme l’aspect principal de la lutte antifasciste en France, cela est une erreur, car le danger majeur est vraiment le nationalisme.

La présence d’Andrea Kotarac à ce forum du pouvoir russe est ainsi pleine de sens, comme le sont ses propos relayés dans Le Monde :

« Je ne suis pas d’accord avec Mariani et Maréchal sur de nombreux sujets. Mais sur la défense de la souveraineté nationale et sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord »

« Je suis venu pour dire qu’une partie de la gauche française ne considère pas la Russie en ennemi, bien au contraire. »

Selon ce même journal, le Lyonnais prétend « avoir l’oreille de Jean-Luc Mélenchon » sur les questions internationales. Ce n’est pas étonnant, car ses propos sont conformes à la perspective sociale-chauvine du chef « insoumis ». La prose nationaliste d’Andrea Kotarac n’est de toute manière pas nouvelle et n’a jamais été condamnée par son organisation.

Il y a pourtant de quoi sauter au plafond quand on lit, dans sa tribune publiée dans Marianne le 8 mars dernier, que :

« La patrie doit être au peuple ce que la religion est à Dieu. »

Il s’agissait pour lui de défendre les gilets jaunes qui montreraient « à l’oligarchie française et européenne, promotrice d’une société post-nationale, que le peuple et la nation ont encore un sens. »

Andrea Kotarac s’est donc rendu à un Forum intitulé « Monde, Russie, Crimée » aux côtés de nombreuses figures nationalistes du monde entier. Il a justifié sa présence au site Sputnik en expliquant que «la Russie n’est pas un ennemi» et qu’il souhaite que les relations françaises avec ce pays s’améliorent.

Sa perspective nationaliste est là encore assumée de manière franche, avec des propos nationalistes que ne renierait pas Marine le Pen :

« la France aujourd’hui, après le Brexit, c’est la seule nation qui dispose de l’arme nucléaire en Union européenne, c’est la seule nation qui dispose d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et c’est un pays qui doit être en avant-garde pour maintenir des relations stables et un partenariat avec la Russie ».

Il s’agirait pour lui, toujours d’après Sputnik, de promouvoir une France «ni prorusse, ni proaméricaine, simplement indépendante et qui gère ses intérêts sur le continent européen en partenariat avec la Russie».

Cette prose nationaliste est un poison, d’autant plus quand elle est mélangée à des prétentions sociales, avec l’idée que les classes sociales devraient s’unir derrière le drapeau national. .

La Gauche doit ici faire front contre ce qui représente une horreur historique, qu’on a connue dans les années 1920-1940 et qui a mené l’humanité à une catastrophe gigantesque. Si la critique des idéologies individualistes post-industrielles est juste, elle ne doit pas s’appuyer sur le romantisme nationaliste, mais sur la perspective de la Gauche historique : le Socialisme.
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Écologie

Des microparticules de plastique en grande quantité dans une zone isolée des Pyrénées

Si la de la présence massive du plastique dans les océans est maintenant assez connue, une étude récente a montré que cela concerne également l’atmosphère, y compris dans une région en apparence préservées. La pollution est donc partout, l’humanité souillant littéralement la planète avec son mode de production incontrôlé.

L’étude publiée lundi 15 avril 2019 a été menée par une équipe composée de chercheurs des universités de Toulouse, Orléans et Strathclyde (Écosse). Des échantillons ont été récoltés dans une zone Natura 2000 des Pyrénées, dans la vallée de Vicdessos en Ariège, à près de 1 500 m d’altitude.

Des particules microscopiques de plastique y ont donc été retrouvées, dans des quantités comparables à ce qu’on peut trouver à Paris d’après les chercheurs. Celles-ci, d’après les explications, ont tout simplement été transportées par le vent, depuis les aires urbaines.

Voici la traduction du résumé de l’article, publié dans la fameuse revue scientifique Nature :

« Transport atmosphérique et dépôt de microplastiques dans un bassin de montagne isolé

Les déchets plastiques sont un problème mondial de plus en plus important et l’un des principaux défis environnementaux de cette génération. Les microplastiques ont atteint les océans via le transport fluvial à l’échelle mondiale. À l’exception de deux mégapoles, Paris (France) et Dongguan (Chine), les informations sur le dépôt ou le transport de microplastiques dans l’atmosphère sont insuffisantes.

Nous présentons ici les observations de dépôts de microplastiques atmosphériques dans un bassin de montagne vierge et éloigné (Pyrénées françaises). Nous avons analysé des échantillons prélevés sur une période de cinq mois représentant les dépôts atmosphériques humides et secs, et avons identifié des fibres d’une longueur maximale d’environ 750 µm et des fragments jusqu’à 300 µm sous forme de microplastiques. Nous documentons les comptes quotidiens relatifs de 249 fragments, 73 films et 44 fibres par mètre carré qui se sont déposés sur le bassin versant.

Une analyse de trajectoire de masse d’air montre le transport de microplastiques dans l’atmosphère sur une distance allant jusqu’à 95 km. Nous suggérons que les microplastiques peuvent atteindre et affecter les zones isolées et peu peuplées par le biais du transport atmosphérique. »

Cette information a stupéfait les chercheurs, qui semble-t-il ne s’attendaient pas à une telle catastrophe. L’un d’entre-eux a par exemple expliqué à la presse locale :

« Cette région montagneuse a fait l’objet de nombreuses études interdisciplinaires en écologie et environnement au cours de la dernière décennie (…). Nous ne pouvions anticiper que notre dernière étude révèle de tels niveaux de dépôts de microplastiques dans la pluie. »

Cependant, ces résultats ne sont pas si surprenant, tant on sait que l’humanité n’a pour ainsi dire aucun contrôle sur ses activités. Le plastique est probablement la matière qui illustre le mieux ce qu’est le capitalisme depuis la fin du XXe siècle : il permet de produire toujours plus de marchandises, très facilement et très rapidement, mais avec des conséquences environnementales désastreuses.

L’écologie, c’est une question de culture, de rapport culturel à la nature qui doit être meilleur, mais c’est aussi une question d’organisation. Le rôle de la Gauche est justement d’expliquer ici en quoi l’économie doit être contrôlée, planifiée, orientée de manière rationnelle, selon les besoins réels de la population, en prenant en compte tout les paramètres. C’est là le discours traditionnel du mouvement ouvrier, qui est encore plus d’actualité aujourd’hui avec les catastrophes écologiques en cours.

Une telle pollution jusque dans les Pyrénées est inacceptable, rien que le résultat de cette étude devrait engendrer un contrôle radical et à grande échelle de la production et de l’usage de matières plastiques, afin de les restreindre et d’en organiser précisément les cycles de vie, dans l’intérêt de la planète, et de tous ses habitants.