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«Équilibre», le somptueux troisième album des Pirouettes

The Pirouettes est un groupe difficilement accessible de par la profondeur avec laquelle ils assument et sondent la sensibilité amoureuse. Il faut en effet beaucoup de sincérité et d’authenticité pour apprécier ces portraits à la fois subtils et directs ; cela va clairement à contre courant d’une époque et d’une société comme la nôtre.

Leur premier album « Carrément, carrément » était un magnifique tableau de l’insouciance amoureuse de la jeunesse, le second « Monopolis » peignait avec un talent rare la richesse et la complexité de la vie de (jeune) couple, et voilà que le troisième album « Équilibre » s’attache à la délicate question de la rupture, de l’éloignement, de la dichotomie des sentiments.

Le décor de l’album avait été planté dès la fin 2019 avec les saisissants « San Diego » et « pli du cœur », dont voici le clip du premier :

Le morceau « Il n’y a que toi » est toutefois celui qui illustre le mieux la teneur de l’album. En voici le clip, d’une grande finesse photographique et scénaristique, sortie l’été dernier :

Le double clip « Encore un peu d’amour / Ciel radieux » est également une très belle présentation de l’album, avec ce jeu de réponse très bien vu entre les deux morceaux qui se suivent :

« Ciel radieux » est ici un judicieux portrait de la femme française, à la fois précieuse et indépendante, répondant aux errements de l’homme français, toujours trop à la traîne.

On a là une approche absolument française d’exploration de la profondeur psychologique des sentiments amoureux. Et comme c’est admirablement bien mis en chanson par un sens de la mélodie et du rythme digne de l’Angleterre des années 1980, cela donne quelque chose de vraiment somptueux et très marquant.

Pour finir, difficile de ne pas être saisi, pris à la gorge par les émotions à l’écoute de « Tu parles trop » qui exprime la douleur de la déchirure amoureuse avec une sensibilité incroyable…

  • Le double album « Équilibre » des Pirouettes est sortie le 5 février 2021 – En écoute sur les plateformes de streaming et disponible à la vente CD et vinyle chez les disquaires ou en ligne sur la page bigwax du groupe.

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Culture

Le cœur brisé de Starline dans «Takotsubo»

Starline est une jeune rappeuse originaire de Lyon qui a débuté sous le label montpelliérain LaClassic à l’âge de 15 ans. On comprends son choix pour ce label qui produit un rap plutôt sombre, « conscient » comme on dit, mais surtout poétique.

Il y a quelques jours Starline a fêté son 21e anniversaire à travailler le montage de son nouveau projet, le clip du morceau « Takotsubo ». Et c’est sur une chaîne Youtube personnelle et non d’un label, qu’il est publié, marquant semble-t-il, l’ouverture d’une nouvelle période dans sa carrière.

https://www.youtube.com/watch?v=MSjwrrlYrnU

Le Tako-Tsubo est un syndrome cardiaque décrit pour la première fois au Japon ; le « syndrome du cœur brisé ». Cette pathologie atteint principalement les femmes et peut être déclenché par une très forte émotion, comme lors d’une rupture sentimentale ou la perte d’un être cher.

Le Tako-Tsubo est évoqué dans la culture manga et de nombreuses séries télévisées, le rappeur Nekfeu en avait aussi fait un titre.

La version de Starline n’a rien a envier à ce dernier, dans un autre style, plus aérien, moins bavard. C’est du artisanal très réussi, ça n’en a que plus de valeur.

On retrouve donc dans ce morceau la thématique de la rupture et principalement des sentiments qui sont encore là et dont il est difficile de se défaire.

Le fait de fumer des joints y est abordé comme un mal dont il est difficile de se passer dans ces moments psychologiquement durs à traverser :

« Y’a pas qu’ce soir que j’ai les idées bancales
Tout oublier j’ai essayé long time
Donc j’fais qu’fumer
J’sais pas si c’est bon bail… »

« J’ai compris que la beuh ça m’aidait pas
Mais ça me détend
Quand j’veux pas faire face à tous mes torts… »

Contrairement à ce qui peut se faire en général dans le « rap » moderne, elle est donc lucide sur la fonction de cette drogue au quotidien.

Au delà de cette question, la scène trap a tendance à tourner en rond dans le nihilisme. On a ici quelque chose qui montre ce qui peut lui être apporté en terme de sensibilité et de réalisme. Comme ces plans en voiture, filmés de la place du chauffeur qui retranscrivent bien dans le clip une scène tout à fait typique dans la jeunesse, qui pourrait se trouver dans une story Instagram.

Tout cela est forcément satisfaisant à voir et à écouter au milieu d’un mouvement musical largement dominé par la superficialité, souvent machiste d’ailleurs.

Avec ses basses lourdes, son arythmie typique et ses possibilités illimitées en terme de nappes mélodiques, la trap est un style qui convient très bien à la rêverie et à l’introspection, il serait dommage de s’en priver.

Ce morceau tombe donc comme un fruit mûr, avec une artiste ayant gagné en indépendance et en profondeur. Starline nous montre qu’on peut être une 2000 avec l’amour du rap des années 1990, vivre avec son temps et participer à un nouveau souffle.

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Société

Le film Elle pleure en hiver

La vidéo version longue de la chanson d’Ichon Elle pleure en hiver est un film synthétisant tout un esprit français concernant le couple.

C’est une chanson d’Ichon qui date de décembre, mais la version longue de la vidéo consiste en un petit film de sept minutes. Et cela ne peut qu’interpeller tellement c’est une sorte de synthèse de tout un esprit français, depuis la psychologie des personnages jusqu’à la typographie employée dans la vidéo… avec naturellement comme thème la relation d’un couple.

C’est là une obsession française, avec ses psychodrames, la question de la reconnaissance des deux partenaires (qui se veulent indépendants mais tout de même ensemble), l’attente d’un premier mouvement de la part de l’autre, etc. C’est si vrai que cette vidéo apparaîtra brutal à beaucoup.

On dira avec raison que tout cela, c’est tout de même très bourgeois, très parisien, comme le montre le décor (qui fait immanquablement penser à Jean-Luc Godard). C’est tout à fait vrai, mais il faut bien voir que le couple en France, au début du 21e siècle, est largement défini par le couple bourgeois parisien. C’est indéniablement un problème, mais une telle chose ne s’abolit pas, elle se dépasse. Et pour l’instant, la société française n’a pas dépassé ce modèle.

On considère en France qu’un couple réussi, c’est celui où ses deux composantes s’engueule de manière régulière, que c’est la réalité du couple d’avoir une situation déséquilibrée, avec des reproches à l’autre qui sont déplacés mais qui permettent d’échapper à la pression sociale, avec cette idée temporaire du couple même après des années ensemble, etc. Bref, le couple français, s’il n’y a pas de malaise, c’est qu’il n’y a plus rien !

Tout cela est peut-être discutable, mais cette vidéo de la chanson d’Ichon témoigne de la réflexion en découlant forcément, sur cet aspect fondamental de la réalité française. En ce sens, on doit bien parler de film et ce film parle plus de la réalité qu’une quantité industrielle d’autres films et séries. Peut-être que l’époque commence enfin à être mûr pour passer à autre chose !

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Culture

Playlist Euphories

Le jeune et talentueux duo nantais Videoclub a encore frappé avec une chanson entraînante, pleine de romance et accompagnée d’une mise en scène particulièrement réussie. De l’esprit et de la musique électronique, voilà la French Touch !

Une telle réussite exigeait un petit accompagnement au moyen d’une playlist se voulant dans la même perspective, rafraîchissante et créative, entraînante et colorée, avec de la mélodie et du beat… à l’instar du duo (russe) Tesla Boy et Sabrina.

On notera que ce retour à la mélodie dans un sens années 1980 s’accompagne justement de cette esthétique très stylé Adidas, avec également un côté décalé, des références aux jeux vidéos souvent également. Il y a un côté frais, euphorique sentimentalement parlant, libéré mais contenu en même temps, avec une certaine mélancolie.

Voici la vidéo avec la playlist, suivie de la liste des chansons la composant.

VIDEO PLAYLIST

  1. Videoclub : Euphories, 2020
  2. Tesla Boy – Прогулка (feat. Сабрина), 2020
  3. Soccer Mommy – Bloodstream, 2020
  4. Kennedy Rd. – Falling, 2019
  5. Moussa – Cabrioli, 2018
  6. Drake – Take Care ft. Rihanna, 2012
  7. The Pirouettes – Héros de la ville, 2019
  8. Childish Gambino – Feels Like Summer, 2018
  9. Mura Masa – Love$ick (Official Video) ft. A$AP Rocky, 2016
  10. Kilo Kish – Locket, 2014
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Société

Compte Fisha: une jeunesse sous l’emprise de la pornographie

Avec le confinement, le phénomène du revenge porn devient catastrophique, de nombreux comptes appelés « fisha » font leur apparition sur les réseaux sociaux. Ils proposent un grand nombre de photos à caractère pédopornographique, mettant en scène des adolescentes ou des filles encore plus jeunes et diffusées à leur insu.

La spécificité du revenge porn est qu’il s’agit de photos prises par la personnes elle-même ou prises à son insu par son « copain » et divulguées ensuite. À l’origine, ce sont des jeunes hommes qui veulent se venger d’une rupture qui faisaient « tourner » les photos, « fisha ». Celait fait référence au fait d’ « afficher » quelqu’un (en verlant). Cela est donc utilisé en partie pour détruire la réputation d’une fille.

Mais peu à peu les jeunes hommes y ont perçu un autre intérêt, celui du commerce les amenant très facilement dans un rôle de proxénète.

En effet, ces jeunes hommes, souvent entre 15 et 25 ans, procèdent par les réseaux sociaux, ajoutant un grand nombre de jeunes filles. Après avoir discuté avec elles, ils sont capable de déceler les faiblesses et les exploiter pour arriver à leur fin. Ils se comportent souvent comme quelqu’un ayant des sentiments, projetant des projets, exhibant le fait d’avoir une voiture de pouvoir l’emmener en voyage et demandant en échange une implication physique de la jeune fille, comme gage de sincérité.

Ces photos sont exposées sur des comptes, d’abord Twitter, puis Telegram ou d’autres plateformes garantissant l’anonymat. Ces comptes demandent une somme d’argent pour permettre l’abonnement.

Avec le confinement, ces apprentis proxénètes ont tout le temps pour monter leur stratégie et les jeunes filles sont autant de temps isolées, n’ont que leur smartphone comme contact vers l’extérieur et passent beaucoup de temps seules dans leur chambre. S’il y a un contexte familial difficile, ces conversations pleines de promesses sont une évasion, un espoir.

Nous sommes donc dans une société en crise, capable de produire des adolescents mettant en place des réseaux pédocriminels avec absolument aucune considération pour les femmes, pour l’intimité et les sentiments.

Inversement, on a des jeunes filles qui sont dans un tel désarroi culturel, moral et affectif, qui se retrouvent prêtes à céder à n’importe quelle illusion, en acceptant de se faire filmer nue par un petit copain de quelques semaines, ou encore pire maintenant pendant le confinement par des inconnus leur promettant monts et merveilles sur les réseaux sociaux.

Les sentiments sont encombrants pour le capitalisme, ils sont une barrière à l’exploitation du corps des femmes dans l’industrie du sexe. Que ce soit à travers la pornographie qui deviendrait morale avec la capacité de séparer amour et rapports sexuels, ou à travers ces photos « nude » extorquées en simulant et manipulant des sentiments.

Garçon et fille confondu, il est d’ailleurs désormais courant dans la jeunesse de recevoir des photos du sexe de quelqu’un qu’on a ajouté depuis quelques heures dans ses amis.

Prendre son sexe en photo et l’envoyer deviendrait donc banal chez les 2000 ? Il est là clairement un sujet dont il faut parler à ses enfants, mais aussi entre garçons et entre filles.

Face au fléau des comptes fisha pendant le confinement, il y a des femmes qui s’organisent virtuellement pour traquer les proxénètes numériques. C’est le cas du compte Twitter @StopFisha qui informe des possibilités d’action juridique pour les victimes. Il cherche aussi a regrouper, via un chat Telegram, les personnes ayant du temps pour chercher les comptes problématiques et les faire sauter. Sur ce compte il y a régulièrement des liens à signaler, ce qui est une bonne participation à la traque au proxénète.

Sur le fond du problème, il revient à la Gauche de lutter contre la banalisation de la pornographie et la prostitution comme exploitation du corps des femmes, comme violence contre toutes les femmes. La Gauche doit agir pour une jeunesse faisant des relations un havre de paix, reconnaissant le caractère nécessaire de l’amour et de l’expression démocratique entre homme et femme.

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Culture

«Les humains» de Voyou

Une histoire parlant d’amour simplement, mais de manière très profonde. Une production soignée et complexe, mais avec une approche résolument pop. Cela donne un morceau de grande qualité et ça s’appelle « Les humains », par l’artiste Voyou.

La réalisation du clip par l’artiste Norma (qui assure les cœurs) est également à souligner, car il y a là un style, une véritable identité artistique correspondant à la fois à l’univers de Voyou, mais aussi au titre lui-même. On n’est pas dans l’illustration sans âme destinée à simplement faire des vues sur YouTube.

D’ailleurs, les vues YouTube ne sont pas vraiment au rendez-vous pour un artiste de ce talent. À peine 25 000 vues dans la soirée de samedi pour un clip sorti mercredi, c’est malheureusement très faible. Cela en dit long sur le niveau culturel de la France et notamment de la jeunesse… qui pourtant passe son temps sur YouTube.

Ce n’est pas comme si Voyou n’était pas connu. Ses morceaux sont régulièrement dans les playlists Deezer ou Spotify. Même France Inter, la radio la plus écoutée en France selon Mediametrie, l’a joué et même invité en live.

Qui plus est, le clip « Les humains » est relayé sur tout un tas de sites, dont ceux des Inrockuptibles et de Radio Nova, deux médias appartement dorénavant au même groupe et censés représenter l’avant-garde culturelle version grand-public en France. Ces médias n’ont-ils plus de surface ?

C’est probable, car le public aujourd’hui ne fait que consommer, de manière passive, et il n’y a de la place que pour le pré-mâché, les grosses productions, pas à des œuvres aussi sensibles que celle de Voyou.

Bien sûr, le morceau aura un peu d’audience quand il sera dans les grandes playlists ou sur certaines radios. Il sera entendu, mais pas vraiment écouté. Il sera apprécié, mais en surface, et pas à sa juste valeur.

Dans un pays aussi développé culturellement que la France, le public devrait pourtant être à l’affût du dernier clip d’un artiste contemporain comme Voyou, capable dans son album Les bruits de la ville sorti il y a pile un an, de proposer un morceau aussi touchant que « Il neige ».

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Société

Couple, vie quotidienne et réaction

Les couples avancent, tiennent plus ou moins et sombrent dans une vie tout ce qu’il y a de plus acceptable. Les gens se posent et veulent profiter. Leurs couples deviennent de petits îlots, à la fois acceptation et rejet du monde qui les entourent. Les sorties se font en couples, les voyages en couples, la maison change et chacun prend son petit rôle.

à bout de souffle

Arrive le premier enfant, voire le deuxième et tout est relativisé, les gens deviennent raisonnables et sont obligés de penser à l’avenir de leurs progénitures. Ils n’ont « pas le temps », ou plutôt font en sorte de ne plus l’avoir. L’avenir de l’enfant est déjà planifié, les principes s’effritent et la santé, le bien-être de l’enfant sont les premiers et éternels prétextes avancés : personne n’est prêt à reconnaître qu’il a renié ses idéaux et sa jeunesse.

Certains fuyaient la société, sa morale et une vie quotidienne aliénante ; le temps aura suffi à remettre ces personnes sur le droit chemin. Un minimum de reconnaissance, voire un très vague prestige social, un couple, un foyer, un enfant et tout est oublié : la réconciliation a lieu. Toutes les parties sont satisfaites : la machine continue de tourner, malgré quelques errements de jeunesse. Ne dit-on pas qu’il faut que « jeunesse se fasse » ? À l’image de ces hommes friands de relations éphémères et qui finissent par se caser : il faut profiter de sa jeunesse, faire des expériences…

Soyons de véritables révolutionnaires

Au final, ceux qui se renient pour un peu de reconnaissance ont adopté le même schéma : leur jeunesse n’est devenue qu’une anecdote, une manière de se caractériser, d’être unique. La sincérité et toute la dignité de ces années de jeunesse ont été transformées en marchandises, en identité. Il y a l’ancien teuffeur, l’ancien punk, l’ancienne gothique… Et les nouveaux pères et mères de familles, de nouvelles personnes respectables et dorénavant acceptées dans leurs familles et belles-familles.

Trop contents d’avoir des petits-enfants, les parents viennent détruire le peu de dignité qu’il restait. Un minimum d’argent dans la famille et la corruption morale détruit tout : les plus intègres font des compromis, les autres plongent avec le sourire, trop contents d’avoir la possibilité d’ajouter quelques mètres carrés pour le petit qui va arriver.

Les couples cimentent alors leur relation avec un enfant. Les hommes se laissent porter et les femmes arrivent à leurs fins. Les hommes échangent ce projet contre une situation confortable, un foyer tenu par leur compagne. Chacun accepte son rôle et le foyer devient un lieu qui prépare la venu sur le marché de nouveaux individus, de nouveaux consommateurs, de personnes prêtes à accepter les horreurs d’un mode de production en perdition.

Le petit appartement des habitants des grandes villes n’est plus suffisant, il faut impérativement une pièce en plus avant même l’arrivée du premier. Les plus pragmatiques s’éloigneront du centre ville et iront dans une banlieue plus ou moins proches. Les autres auront plus petit et s’engageront sur des prêts toujours plus lourds.

L’enfant fait tout oublier. On oublie les mensonges et les tromperies d’une relation. La naissance est un moyen de réécrire une histoire qui de toute façon était déjà réécrite sans cesse fasse à l’entourage : on s’imagine quelque chose de vrai à défaut de l’avoir vécu.

Et le même scénario recommence : des couples davantage démocratiques et modernes se détachent ; mais qui arrive à tenir face au poids des années et de la vie quotidienne ? Qui arrive à ne pas trouver le premier prétexte pour parler systématiquement de son enfant à la pause déjeuner ? Qui arrive à ne pas tomber dans la logique des vacances et du néant culturel, voire intellectuel dans de nombreux cas, qui vont avec ?

Les personnes raisonnables à vingt ans ont au moins la dignité de ne pas avoir jeté par la fenêtre toute une partie de leur vie. Elles sont déjà vieilles, intégrées avant que les études, le travail et les divers crédits n’aient à faire quoi que ce soit. Elles sont efficaces et productives dans cette production éternelle, en apparence, de nouveaux consommateurs, de nouveaux individus. Elles sont ces personnes fières de faire des heures supplémentaires, fières de faire avancer leurs entreprises quoi qu’il arrive.

Ces personnes savent-elles que tout le monde finit par se faire broyer tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre ? Ont-elles fait le choix de ne pas faire de détour en espérant que la chute sera moins douloureuse ? Voire même plaisante ?

Heureusement, on finit par trouver des exceptions, des personnes, des couples qui tiennent face à la tempête. Combien tiendront ? Combien ne se feront pas démolir ?

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Société

Vivre et grandir ensemble

Dans la société capitaliste, on reconnaît la possibilité d’un couple. Mais dans celui-ci, on vit ensemble, on ne grandit pas ensemble. Car pour la mentalité capitaliste, grandir se fait seul, et aux dépens des autres.

Il existe de multiples jeux sur tablette, dont le nom se termine en « .io » comme Hole.io, où l’on bouge une forme (un serpent, un trou noir, une bactérie…) qui s’agrandit au fur et à mesure qu’elle mange des équivalents plus petits. Cela reflète totalement la vision néo-darwiniste de la vie et de la société, où toute évolution est individuelle et se fait aux dépens des autres.

Là où les choses se compliquent particulièrement, c’est dans le couple. Le couple traditionnel urbain ou rurbain en France – il faut ici le distinguer des couples des campagnes, des couples juifs et arabes – consiste tendanciellement en un contrat passé entre deux individus maintenant irréductiblement leur individualité.

Pour cette raison, les conflits sont récurrents et considérés comme une norme ; ils seraient même la preuve de la réussite du couple. Chacun grandit dans son coin et les engueulades si prisées des films français sont une remise en adéquation des deux protagonistes. C’est une sorte de remise en équilibre ; dans le cas où la divergence d’intérêts est trop grande, il y a séparation.

Ce n’est pas romantique, mais c’est considéré comme la seule forme résolument moderne, car chacun est différent et il s’agit d’être pragmatique. Il y a cependant un problème de fond. En quoi consiste en effet la vie partagée ? Et comment concevoir que deux personnes étant ensemble puisse avoir des évolutions totalement séparées ?

Naturellement, dans un couple, une personne grandit plus qu’une autre et il ne s’agit pas d’avoir la même évolution, un couple n’est pas une comptabilité (bien qu’inversement le couple moderne le voit justement comme une excellente comptabilité). Cependant, un couple est une fusion et avant d’être soi-même, on est dans le couple – c’est bien là ce qui est insupportable pour l’individualisme contemporain.

D’où sa remise en cause du couple, les théories sur le polyamour, l’exigence de la PMA pour les femmes seules, etc. Le couple, c’est comme la société, l’individu prétend être au-delà. L’individu contemporain réfute d’être la composante de quoi que ce soit.

Le capitalisme développé est donc en opposition complète, dans le fond, avec la notion même de couple. Lorsque Marlène Schiappa dit qu’il n’y a pas de modèle de famille, elle représente le fer de lance du capitalisme le plus affirmé. Tout doit être un contrat individuel.

Seulement, au-delà des considérations politiques ou économiques, culturelles ou morales, il est évident que cela ne correspond pas à la réalité : on ne grandit jamais aux dépens des autres. On ne grandit qu’avec les autres. La vie progresse par synthèse, pas en arrachant des bouts d’énergie ou de matières premières ici ou là !

Le capitaliste répondra bien sûr ici que la vie c’est la jungle, qu’il suffit de voir les dinosaures qui ont disparu, les requins en action, etc. Sauf que les dinosaures sont devenus en partie les oiseaux et que les requins relèvent d’un écosystème bien particulier : ils ne sont pas « en haut de l’échelle ». L’humanité non plus n’est pas en haut de l’échelle du monde ; elle en est seulement une composante.

L’individualisme contemporain ne veut rien savoir de tout cela, car il pousse à la compétition, la concurrence ; il reflète en cela le capital en lutte contre le capital, dans une bataille pour l’accumulation et la suprématie. Voilà pourquoi il y a tant de divorces : la tendance à amener la compétition au sein même du couple est inévitable pour qui vit en individualiste et ne voit en le couple qu’une sorte de compromis.

Seul le socialisme peut rétablir le couple comme fusion de deux personnes s’aimant et rejeter sa dégradation en association contractuelle fondée sur les sentiments et les intérêts.

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Culture

Presque l’Amour – Tu m’as trop menti (Chantal Goya cover)

Voici une reprise de « Tu m’as trop menti » de Chantal Goya par l’excellent groupe Presque l’Amour, originaire de Rouen. C’est une version électro-pop plus industrielle, une remise au goût du jour très bien vue de ce superbe titre.

Chantal Goya est une chanteuse populaire française marquée à Droite depuis 1974, notamment en ayant soutenu le libéral Valéry Giscard d’Estaing en 1974 ou en étant contre la pénalisation des clients des prostitués.

Elle fut cependant proche de la Gauche et les textes qu’elles chantaient étaient sincères, comme « Tu m’as trop menti » qui prône la sincérité amoureuse.

C’est en particulier le cas de la bande-son du film Masculin Féminin de Jean-Luc Godard, où elle fait une grande partie de la musique et où elle joue aussi.

C’est sur le tournage de ce film qu’elle a rencontré l’homme qui a écrit les paroles de « Tu m’as trop menti », Jean-Jacques Debout, avec qui elle entamera une relation amoureuse.

Tant la version originale que la reprise de Presque l’Amour en 2015 ont une tonalité très française, so french, avec cette façon de dire l’amour de manière à la fois engagée et réservée, avec cette forme de retenue très sophistiquée dans la façon de chanter.

Voici la version originale du titre chanté par Chantal Goya :

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Culture

Videoclub – En nuit (Clip officiel)

La nouvelle vidéo du groupe Videoclub est marquante, de nouveau, par sa profonde candeur. Elle reflète une très profonde modification des mentalités, les jeunes nés à partir de 2000 étant en rupture sur de très nombreux points avec les générations précédentes.

Il est difficile encore d’en cerner tous les contours, mais les différences sont bien plus que simplement perceptibles et elles annoncent bien des choses pour l’avenir.

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Culture

Amour plastique de Vidéoclub, la grande fraîcheur de la jeunesse urbaine française

Le clip Amour plastique de Vidéoclub rencontre un grand succès dans la jeunesse française, avec plus de 8 millions de vue à ce jour et alors que le groupe n’a encore produit que deux morceaux. C’est une électro-pop à la française d’une grande fraîcheur, typiquement urbaine et branchée, exprimant la sensibilité d’une jeunesse en quête d’authenticité et de « fun ».

La vidéo a été portée par la notoriété de sa chanteuse Adèle Castillon, dont la chaîne YouTube aussi drôle que fascinante mène une critique acerbe de la futilité des rapports sociaux à notre époque, dénonçant notamment « le manque d’originalité » et « d’élévation spirituelle » des youtubeurs.

Ce premier morceau n’a pourtant rien d’un « premier morceau » lancé comme une blague par une youtubeuse marrante, comme l’était celui à succès sur« les pâtes ». La justesse sonore d’Amour plastique l’a en fait rapidement propulsé à des records d’écoutes sur les plateformes de streaming, qui l’ont beaucoup relayé dans des playlists. Le titre est maintenant connu par la jeunesse tout aussi bien en Suède qu’en Pologne.

On y reconnaît bien sûr la touche électro-pop à la française du moment, mais avec ce petit quelque chose qui fait qu’on se dit que c’est un peu plus qu’un bon morceau. Son succès vient certainement de cet excellent dosage entre la légèreté, car la jeunesse ne veut pas se prendre la tête avec des choses ennuyantes, et l’authenticité, car la jeunesse la plus avancée culturellement ne supporte pas le fake.

On y parle donc d’amour fou, passionnément mais sans le grotesque habituel de la variété, ni ses notes insipides. C’est aussi à l’opposé de la fausse gravité d’un groupe comme Fauve, ou de toute une partie du rap français qui se complaît dans une esthétique larmoyante.

Le clip d’Amour plastique porte très bien le morceau, car il y a chez ces jeunes nantais une démarche artistique très aboutie, à la production aussi minutieuse que spontanée. C’est d’ailleurs tellement sophistiqué qu’il y a une vidéo making-off diffusée ensuite, elle-même très artistique.

Le style est très branché, en plein dans la hype « année 90 » du moment, avec cette sorte de fascination pour la culture pré-internet. On imagine que le nom du groupe, Vidéoclub, vient de là, comme un regard sur une époque où se procurer une vidéo relevait d’une démarche presque complexe, en tout cas impliquée, contrairement à maintenant où il suffit de scroller pour subir littéralement des milliers d’heures de vide audiovisuel.

Internet est arrivé tellement rapidement dans les vies, sans aucun contrôle, dans une société où règnent les rapports marchants et le libéralisme des mœurs, qu’il propose bien plus d’horreurs que de perspectives culturelles réjouissantes.

Il ne s’agit cependant pas d’être fasciné par le passé, et on aurait d’ailleurs du mal à imaginer que ces deux artistes prônent un romantisme réactionnaire, conservateur. Ils proposent au contraire une telle fraîcheur et un tel besoin de réalité, que leur démarche est forcément positive.

On peut être à peu près certain qu’ils n’en sont qu’à leurs débuts, eux qui le mois dernier n’avaient encore jamais donné de concert !

Le clip de leur second morceau, Roi, est lui aussi très sympathique.

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Réflexions

L’essentiel, c’est d’être sentimental, pour l’art

Les gilets jaunes ont tout faux, car ils sont brutaux dans leurs manières. Même leur lecture romantique d’un passé idéalisé se résume à des billets de banque. Ils correspondent au déclin d’une société française dont les membres perdent toujours plus leur humanité. Leur incapacité à être sentimental autrement que par la mièvrerie en témoigne.

Goethe et Schiller, Weimar

Il est important de s’attacher aux choses, non pas parce que les choses auraient une valeur en soi, mais parce qu’elles évoquent quelque chose, parce qu’elles portent des valeurs. Un logement qui n’a pas, ici et là, quelques bibelots liés à un vécu émotionnel, des moments sentimentaux, une tendresse touchante, n’a pas d’âme et n’est somme toute qu’un abri pour damnés.

L’ensemble de la culture est né justement de cette capacité à être sentimental, à se poser dans un coin, dans le silence, et à revenir sur quelque chose. Le reflet de ce qui a été vu, entendu, touché, senti, ressenti bien plus qu’avec simplement cinq sens d’ailleurs, nous interpelle, nous appelle, nous oblige à revenir dessus.

On sait à quel point certains films utilisent, avec de l’abus le plus souvent, de cette scène où un homme, l’air soucieux, rejoint le zinc d’un bar ou bien une chaise confortable, pour à l’écart siroter un whisky en réfléchissant au sens de la vie, au milieu d’une ambiance bruyante, avec une foule nombreuse, anonyme et mouvante.

C’est qu’il y a quelque chose d’universel dans cette posture sentimentale, qui est à la base du vécu de chaque artiste. On ne peut pas écrire une partition ou un roman sans décider de comme arrêter le temps, de rester dans quelque chose de passé, pour témoigner non pas d’ailleurs simplement d’un événement passé, mais de sa richesse, de sa complexité.

Il est souvent demandé aux écrivains s’ils sont les personnages de leur roman, et on va chercher dans leur vie privée des figures censées avoir été reprises. Cela est absurde et oublie que le travail d’artiste est d’universaliser, de transcender le particulier, le personnel, pour aboutir à quelque chose de vrai pour tout un chacun.

Il est vrai qu’il faut pour reconnaître là s’intéresser à l’art, en tant que tel. Non pas à l’art comme esthétique, d’ailleurs dégradé en esthétisme par les riches, quand ce n’est pas en abstraction contemporaine, mais à l’art comme production d’un artiste ancré dans son époque, dans sa société, dans sa propre vie.

Qu’est-ce qu’un artiste, si ce n’est quelqu’un reconnaissant avoir tellement vécu qu’il se sent obligé de synthétiser ce vécu, comme pour se ressaisir lui-même ? N’est-ce pas peut-être ainsi qu’il faille considérer l’artiste, ce porteur d’eau de l’âme humaine, ce passeur de lumière de l’esprit humain ?

Il y a une preuve à cela, s’il faut en trouver une. D’instinct, on sait au fond de soi que Léonard de Vinci ou Bela Bartok, Frédéric Chopin ou Honoré de Balzac, ont été pleinement humain, que si on les avait rencontrés, on aurait eu affaire à des aspects entiers de l’humanité. Des artistes transportant de grandes choses ne peuvent pas ne pas être amples, sentimentaux, dignes.

Il y a un écrivain d’ailleurs qui a été un escroc de bout en bout en se forgeant une telle image, qui a entièrement construit une véritable opération de marketing pour apparaître comme sentimental, révolté, engagé, soucieux, profond, etc. C’est bien sûr Victor Hugo, inventeur d’une image romantique que la République a trouvé tout à fait en phase avec son propre style, d’où le renvoi d’ascenseur en faisant un grand auteur qu’il n’est absolument pas. Lafargue, le gendre de Karl Marx, a écrit des lignes utiles à ce sujet, pour qui s’y intéresse.

Victor Hugo a fait école même si l’on peut dire, puisque les artistes actuels sont obligés de pareillement se mettre en scène lorsqu’ils ne sont pas de vrais transports de culture. Ils sont obligés de se façonner une identité de sentimental, car ils n’auraient plus de crédibilité sans cela. Et dans une société où l’apparence est maître, cela suffit ; il n’y a qu’à regarder les terribles mièvreries de la musique de variété ou de son équivalent en France, le rap, avec les prétentions des chanteurs à être tourmentés.

Voilà pourquoi on a besoin d’une meilleure éducation dans notre pays : pour que les faux sentimentaux soient démasqués, pour que les vrais s’orientent de manière adéquate vers l’art. Faisons un pari concernant l’avenir. Dans le socialisme, chaque personne aura un CV avec son parcours d’études, mais également une série de photographies prises, une série de pages romanesques écrites, des séries de mélodies, de films, de représentations de peintures, de fleurs, d’arbres et d’animaux choisies et justifiées par un court texte.

C’est bien là le minimum pour se présenter, soi-même, avec toute sa densité d’être humain, en soulignant la vaste gamme de sa sensibilité, la profondeur de son regard sur la beauté, l’harmonie, la vie. Comme cela sera bien !

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Culture

Armance de Stendhal (1827)

Armance ou quelques scènes d’un salon de Paris en 1827, plus connu sous son titre abrégé Armance, est le premier roman de Stendhal, publié en 1827. S’inscrivant dans la période romantique, ce roman nous fait part d’une description des mœurs de l’époque de la noblesse sous la Restauration française à travers une histoire d’amour mêlant le jeune Octave de Malivert à sa cousine Armance de Zohiloff.


Stendhal expose la situation sociale d’une noblesse spoliée après la Révolution française, bénéficiant d’indemnités en conséquence de la loi du « milliard aux émigrés » signée par la Chambre en avril 1825. Ces « émigrés » étaient des monarchistes ayant décidé de fuir la France entre 1789 et 1815 dans le but de combattre les forces révolutionnaires de l’extérieur ou de fuir la Terreur.

De par ce roman, Stendhal propose ainsi une critique globale de la noblesse.
Octave de Malivert est présenté comme en contradiction totale avec sa classe sociale.
Politiquement, il partage des idées libérales et progressistes contrairement à sa famille qui est le profil emblématique d’une noblesse réactionnaire.

C’est un jeune homme brillant issu de la noblesse qui vient tout juste de sortir de l’école de Polytechnique. Par le biais de sa famille, il rencontre sa cousine Armance de Zohiloff pour qui il s’éprend d’amour, sentiment entretenu réciproquement par cette dernière.

La belle Armance de Zohiloff vient de la même couche sociale que lui et est originaire d’une famille russe.

L’intrigue se poursuit alors entre malentendus et confusions de la part des deux amoureux, chacun n’osant déclarer ses sentiments à l’autre.

Octave se verra toutefois contraint d’avouer son amour à Armance, ce qui donnera suite à de nombreuses péripéties.

Sur le plan émotionnel, Octave est également incompris par sa famille. C’est un personnage complexe qui ne peut être heureux en raison de son impuissance sexuelle qu’il garde comme un secret. Il éprouve ainsi un profond mal-être, allant jusqu’à se comparer lui-même à un monstre.

Cette souffrance interne que ressent Octave est une expression du romantisme français. On retrouve également dans ce roman l’obsession de la noblesse pour le mariage. La famille de Malivert veut absolument marier Octave pour ses propres intérêts, cela étant le principal moyen de se reproduire socialement.

Dans son avant-propos, Stendhal commence par tromper le lecteur en ne se présentant non pas comme auteur mais comme correcteur d’un livre lui ayant été remis. Par ce fait, il a pour objectif d’écarter les critiques et la censure, ainsi que d’évincer une certaine responsabilité. Ce roman se veut être un « miroir au public », formule qui par la suite caractérisera l’auteur, dont l’œuvre la plus célèbre est Le rouge et le noir.

Cette œuvre est écrite d’une manière très fluide et accessible à tous. Le lecteur se voit ainsi voyager dans cette France du XIXe siècle sous la Restauration, avec des données géographiques très détaillées.

Stendhal laisse le lecteur découvrir le secret d’Octave avec minutie au fil du roman en attendant de lui une certaine patience. Il émet également des sous-entendus à ce sujet, rendant l’intrigue intéressante.

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Réflexions

La capitulation en amour

Lorsque l’amour s’exprime pleinement et exige un projet, celui de vivre à deux, cela implique une vraie politique du rapport à deux. Il arrive que l’une des deux personnes capitule.

En politique comme en amour, il y a des capitulations. Le rapprochement, aussi étrange qu’il peut sembler, est tout à fait juste. L’amour n’est pas une croyance comme dans une religion, car ce n’est pas l’au-delà qui compte, mais la réalité la plus immédiate. Cette réalité, on la gère à deux, et en ce sens c’est de la politique. Il faut bien s’organiser, dans sa vie et dans son couple, agir en fonction de l’autre, considérer son lendemain en fonction de celui de l’autre.

Bien souvent d’ailleurs, cela se dégrade en économie. La dimension politique disparaît, tout devient une question mathématique. Ne comptent plus que les chiffres, les perspectives de ces chiffres, la logique de l’addition, de l’accumulation. Un couple qui marche, c’est un couple qui accumule et il est largement considéré, de manière regrettable, que vivre d’amour et d’eau fraîche ne peut être qu’une lubie temporaire d’adolescents. Triste époque, sans romantisme !

C’est un grand paradoxe d’ailleurs que l’amour, qui a une part si essentielle dans la vie, ne soit même pas un thème des études de philosophie en terminale, au lycée. Il y a pourtant de quoi dire. Le couple, est-ce deux personnes regardant dans la même direction, deux personnes se regardant ? Quand on est en couple, n’est-on plus que la moitié d’un tout ? Ou bien conserve-t-on radicalement son entité personnelle ?

Et comment trouve-t-on la personne qui nous correspond ? Faut-il la chercher ou pas ? On connaît ici les principes généraux : qui cherche ne trouve pas, et l’amour nous tombe dessus quand on s’y attend le moins (ou bien quand on n’attend plus rien ?) Qui a des attentes déjà dans son esprit part perdant, car il va plaquer des désirs abstraits sur une personne réelle rencontrée, et tout va rater.

Il y a également bien des valeurs culturelles rentrant en jeu. Ainsi, la Française ne prend pas l’initiative par rapport au Français, car c’est à l’homme de prendre l’initiative et de mener à bien le processus aboutissant au couple. Cela date du 17e siècle, de la fameuse Carte de tendre, indiquant ce qu’il faut faire pour un homme pour enclencher une relation. La Suédoise, elle, prend l’initiative par contre, par fierté féministe : c’est un code bien différent.

Un autre code est encore la notion de destin, le mazal dans la culture juive et le mekhtoub dans la culture maghrébine. Le mazal, l’étoile, représente aussi le destin et quelques personnes correspondant à un amour parfait, d’où l’expression « mazal tov », « bon destin », lorsqu’on se marie. Tout est écrit, c’est également la notion du mekhtoub, le destin, chez les maghrébins. Ici, ce n’est pas Inch Allah, « si Dieu veut », mais comme si tout avait été écrit par Dieu dans un grand livre au début du monde.

Prenez un couple relativement récent avec une personne de culture française, une personne de culture maghrébine ou juive. A la question « Serez-vous avec la même personne dans dix ans ? », la personne de culture française dira : plutôt non, l’autre dira : plutôt oui. C’est une question de mise en perspective. Dans un cas, si l’on y va, cela n’engage pas en soi son être totalement ; dans l’autre cas, si l’on y va, c’est qu’on considère qu’on est déjà dedans, et que c’est inévitable.

Il va de soi que de telles différences culturelles joue forcément un grand rôle et que si l’on rate cela, on ne comprend plus l’autre. Faut-il, qui plus est, considérer que l’amour vu par la culture française est post-moderne, ultra-individualiste, ou que l’amour vu par la culture maghrébine ou juive est féodale ? Évitons la voie médiane qui ne résoudrait rien au problème.

Car si problème il y a, et c’est là quelque chose de vrai partout, c’est la capitulation en amour. Il y a des gens qui s’aiment, mais avec l’un des deux qui finalement, décide de capituler. Il s’évapore, alors qu’il était encore présent il y a peu ; il se coupe de ce qu’il considérait encore auparavant comme son oxygène.

Il ne s’agit pas ici de traiter la fin d’un amour, car c’est bien d’autre chose dont il s’agit. Il est bien connu par exemple que certaines femmes, par le peu de confiance qu’elles ont en les hommes ou bien en l’homme rencontré, pratiquent l’adage « fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve ». De peur de se faire plaquer, on casse la relation soi-même avant. On a beau expliquer le concept aux hommes, rares sont ceux qui comprennent de quoi il en retourne.

Il est bien connu également que certains hommes ne cherchent d’abord que le désir et qu’éventuellement, alors à force d’attachement ou de tendresse, l’amour se forme éventuellement. C’est ici la quête d’un partenaire sexuel qui se transforme, finalement, en couple de fait. Cela manque d’envergure à première vue, cependant il y a par la suite la réalité d’une vie fondé sur le concret, et non sur le projet.

Le souci de l’amour en effet, c’est qu’en plus du sentiment, il est également de fait un projet. Lorsque Roméo et Juliette tombent amoureux, cela implique en soi un projet ; l’impossibilité de la réalisation du projet rend impossible l’amour, d’où le suicide (Shakespeare ne connaissait pas encore le Socialisme et la révolution). L’amour devient alors hautement politique, car il faut être à la hauteur du projet. Cela n’est pas possible sans un certain niveau de conscience, sans une capacité d’engagement.

Beaucoup abandonnent : la personne est trop loin, il n’y a pas assez de moyens matériels, les cultures sont trop différentes, la personne ne répond pas aux clichés qu’on s’est imposé, on a un plan de carrière qu’on ne veut pas modifier ou bien, ce n’est pas à négliger, on attend le prochain tour, en se disant qu’on tombera amoureux de quelqu’un de « mieux » !

C’est en ce sens que le capitalisme est un tue-l’amour. En se considérant comme une petite entreprise, les gens ne sont plus capables de s’engager, ni d’être naturels. Ils évaluent tout selon un plan de carrière, avec un regard froid, tueur, cruel. Et cruel envers eux-mêmes, mais cela ils s’en aperçoivent trop tard.

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Réflexions

Vivre sa vie ou vivre la vie

Le capitalisme prétend que vivre, c’est vivre sa vie, selon sa propre individualité. C’est là une abstraction visant à satisfaire concrètement l’esprit de consommation. La vie est un processus universel et c’est à ce processus qu’on appartient.

Le poète pauvre, 1839, Carl Spitzweg

Tous les grands philosophes ou les grands artistes qui ont abordé la question du sens de la vie ont souligné qu’ils ont découvert l’immensité, la multiplicité de la vie, sa richesse. Les ressources de la vie sont infinies, ses aspects indénombrables.

Le capitalisme prétend proposer une manière de vraiment vivre en disant que, justement, chaque aspect de la vie consiste en un individu. Être soi-même, ce serait vivre sa vie. On poursuit son bonheur à soi, chacun ayant des valeurs, des sensibilités différentes. Rien ne serait pareil pour personne, on ne peut pas juger le bonheur d’un autre.

Il faudrait accepter que certains aiment les voitures puissantes et bien polluantes, d’autres se faire fouetter. De vieux hommes veulent des jeunes femmes, certains aiment la fourrure. Tous les goûts sont permis et le capitalisme fournit pour cela la consommation disponible. C’est pour cela qu’il n’y a pas de réelle répression de là où l’argent circule, comme pour les call-girls, les drogues dans les milieux chics.

Le libéralisme ne peut qu’aller dans le sens d’ouvrir toutes les possibilités : celle d’acheter des drogues… si on le veut, de se faire mutiler… si on le veut, etc. Le passage du football en pay per view suit le même principe : on peut regarder le football… si on le veut. Et donc si on paye.

Vivre, c’est vivre sa vie, et donc payer. Parce que sa propre vie n’est pas celle du voisin, et que la distinction ne peut se faire que par la consommation. Dis moi ce que tu consommes, je te dirais qui tu es. Le capitalisme sous-tend une démarche ostentatoire qui prend d’ailleurs des proportions toujours plus immenses. Le triomphe d’Apple et des marques de vêtement Supreme et off-white témoigne de l’élargissement du luxe à la vie quotidienne, alors qu’avant l’ostentatoire concernait surtout des moments de la vie sociale.

Fini la robe de soirée issue de la haute couture, gage d’un moment bien travaillé et prouvant un statut social, ou les beaux habits qu’on a choisi pour aller en « boîte de nuit ». Désormais, c’est tout le temps qu’il faut montrer qu’on vit sa vie à soi. La pression est immense, et cherche tous les détails. Comment est-on habillé ? Quelle est sa posture ? Avec qui est-on ? Le couple lui-même s’efface devant le principe de l’alliance entre partenaire, dans la perspective d’une mise en valeur réciproque.

Vivre sa vie, c’est comme une sorte de grande Bourse des individus, où l’on cherche à placer des actions concernant sa propre vie. On n’existe pas en soi, mais par rapport à certains rapports, à certaines relations. On est une entreprise établissant des liens, et plus une personne avec une personnalité. On est uniquement un individu.

Ce n’est pas là vivre la vie. On ne peut réellement vivre qu’en voyant comment la vie est un processus universel, une réalité sensible qui concerne tout le monde, chaque être vivant. Ce n’est que de cette manière qu’on en saisit la densité, la subtilité, qu’on cherche soi-même à développer ses facultés pour davantage vivre.

Le sentiment amoureux est en ce sens un véritable obstacle au capitalisme, parce qu’il amène deux personnes à se rencontrer en tant que personnes, en faisant sauter tous les rapports consuméristes qui priment sinon. Quand on accepte d’être amoureux – nombreux et nombreuses sont les opportunistes, les carriéristes qui refusent – alors on est soi-même et que soi-même. On découvre l’amour comme réalité de la vie, non pas simplement de sa vie à soi, mais de la vie en général, représentée par la personne aimée.

C’est d’ailleurs parce qu’on voit la vie dans l’amour qu’on espère avoir des enfants, comme expression de la vie. Quel dommage ici que les enfants qu’on devrait aimer comme à la fois ses enfants et les enfants de l’amour, donc de la vie, soient uniquement vus, bien souvent, comme « ses » enfants au sens d’une propriété, d’une possession, d’un lien consumériste.

Est-ce cela qui fait que, bien souvent, l’amour disparaisse du côté de l’homme, un fois l’enfant arrivé, la femme perdant son statut d’une relation ostentatoire, pour ne plus avoir qu’une fonction utilitaire ? Car les tendances du capitalisme cherchent à revenir à la moindre occasion, pour reconquérir des espaces, ouvrir un marché.

Qui échappe une fois à l’aliénation n’en a pas fini avec la bataille pour être réellement soi-même. Tant qu’il n’y a aura pas eu de révolution, on n’est jamais à l’abri d’une rechute. Seul le fait d’être en phase avec le processus révolutionnaire permet de maintenir le cap de sa propre personnalité.

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Réflexions

Faut-il rechercher l’idyllique ou l’authentique ?

Le capitalisme propose de partir à la quête du choix de son prince charmant, au moyen de critères bien établis… Quand il ne propose pas d’abolir cette quête et de sombrer dans la décadence, d’arracher à la vie quelques parts de vitalité transcendante. Tout cela est vain et faux.

Eve of St Agnes by John Everett Millais

Il existe une grande différence d’attitude chez les gens entre la période avant et après 35 ans. Bien entendu, cela varie très sensiblement selon qu’on habite dans une ville grande ou petite, à la campagne ou dans une zone péri-urbaine, voire même dans le nord, le sud, l’est ou l’ouest de la France. Cependant, l’opposition frontale entre deux périodes reste présente chez chacun.

La première période est celle de la quête de l’idyllique, de l’idéal, c’est-à-dire que chaque personne cherche son partenaire idéal dans la vie, son emploi idéal, son logement idéal, etc. Selon l’adage qui dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue, cette quête s’associe avec une exigence matérielle plus ou moins forte, devant tout au moins rassurer l’ensemble, d’où la propriété comme socle bien ancré dans la réalité et garantie de conservation de l’ensemble.

La seconde période est celle de la fin des illusions. C’est la prise de conscience, le plus souvent amère, non pas qu’on n’a pas trouvé, mais que ce qu’on a choisi s’avère finalement insatisfaisant. C’est là la raison des divorces, non pas que la relation ait été en soi insatisfaisante, mais il y a une crise existentielle qui s’exprime aussi à travers le besoin de rupture. C’est là aussi bien sûr la raison des tromperies, des changements brutaux de comportement, de valeurs, qui peuvent d’ailleurs s’accompagner par la fin de certains comportements et de valeurs.

La seconde période est ainsi souvent marquée par l’arrêt du sport, la cessation de l’écoute de musique, ou bien la fin de certaines activités culturelles, l’interruption de la lecture de livres. C’est une période qui est celle valorisée par la société comme celle où on est adulte et c’est à partir de là que, vraiment, on devient strictement incapable de comprendre les adolescents.

Il est d’ailleurs toujours amusant d’inquiéter ceux-ci en leur montrant les adultes et en leur disant qu’ils vont devenir pareils, ce qui leur semble résolument invraisemblable. Et pourtant… la machine capitaliste est implacable.

La seconde période exige aussi des enfants par ailleurs, pour bien souvent servir de report des rêves. Qui ne connaît pas les parents ayant reporté sur leurs enfants tel ou tel rêve de succès, de gloire ? L’une des premières mesures du socialisme sera clairement de calmer et de rééduquer les parents traumatisant leurs très jeunes enfants à coups d’exigences de performance, dans la perspective d’un triomphe futur. Cette agression de l’enfance est inacceptable.

La seconde période est on l’aura compris le produit direct de la première. A l’idéalisme de la première répond l’amertume de la seconde. Non pas que ce qu’on ait vécu ait été faux, totalement faux, cela n’aurait pas de sens. Toutefois, il y a l’horrible impression de ne pas être authentique, il y a cette observation qu’on se fait à intervalles plus ou moins réguliers qu’on a raté quelque chose.

Ce quelque chose, on se l’imagine être tel ou tel ex, telle ou telle carrière, telle ou telle orientation, tel ou tel tournant, mais réalité ce quelque chose c’est évidemment soi-même. Et on se dit qu’il est trop tard, d’où la nostalgie imprégnant de plus en plus la matière grise.

Il faut noter ici qu’il existe également un autre phénomène, celui où des gens choisissent la seconde période. Celle-ci a l’air en effet rassurante dans la mesure où finalement on est comme pris dans les glaces. Tout y est stable, rien ne bouge, contrairement à la confusion, aux pertes d’orientation de la première période. Il est tellement plus simple d’être conservateur, pessimiste, en qualifiant d’erreurs de jeunesse ses propres rêves !

Il est évident que toute quête d’idylle de la première période est à la fois normale car le bonheur est naturel comme valeur humaine, et à la fois déformée par le capitalisme qui la transforme en vécu consommateur en quête d’une marchandise sans aspérités, conforme à ce qu’on a en tête.

Le nombre de problèmes que cela pose est tellement gigantesque que, vu de l’avenir, on pourra pratiquement dresser une étude des mentalités de la société capitaliste rien que par rapport à une évaluation de cet esprit aliéné saisissant les choses suivant une évaluation idéaliste-idyllique.

Alors que l’être humain propre à une société socialiste, lui, se focalisera toujours sur l’authenticité, et reconnaîtra qu’il faut savoir s’incliner devant la richesse des faits authentiques, qu’il faut savoir percevoir leur nature concrète, qu’il ne faut pas céder devant les illusions d’un faux confort amenant à balayer d’un revers de la main ce qui s’avère en réalité la vérité.

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Réflexions

« Si je dis non elle se casse »

Quand on va chez le médecin ou chez le dentiste, on a souvent toute une presse qui est disponible, pour passer le temps. On peut être amener à se demander dans quelle mesure ce ne sont pas de véritables nids à microbes, que l’on se refile les uns aux autres !

Si l’on en voit des plus engageants, on peut en prendre un, comme par exemple le magazine Spirou, tout frais tout neuf. A quoi ressemblent donc les journaux pour enfants de nos jours ? Peut-on encore se plaindre de la qualité des dessins, réalisés par informatique, sans grâce ni densité ?
Et quelle surprise que de voir deux petites cases, dont le contenu semblait ô combien significatif, mais est-ce bien pour des enfants ?

Spirou - « Si je dis non elle se casse »

Comment, on explique déjà aux garçons que leur seul avenir sera d’être célibataire ou bien un « canard » ? On explique déjà aux filles qu’il faut agir en capitaliste, d’être toujours insatisfaite de ce qu’on a ou de ce qu’on peut avoir trop facilement ? Le capitalisme fait déjà des enfants des consommateurs, les préparant le plus tôt possible à s’élancer sur le « marché »…

Mais le marché de quoi ? De l’amour ? Du couple ? C’est un phénomène bien connu, que tout homme connaît, car la femme est condamnée dans cette société à devoir agir avec pragmatisme et efficacité.

Avec le couple, il faut désormais se tenir à carreau et l’homme « canardisé » ses anciennes valeurs, ses anciennes orientations, voire ses anciens amis, pour ne vivre socialement qu’à travers sa compagne dessinant un couple qui termine rapidement en petit regroupement traditionnel bunkérisé autour d’un enfant, avec une socialisation fondée sur l’acceptation complète de la société, malgré quelques velléités bobos de-ci de-là éventuellement, ou bien quelques parties de FIFA, autant que possible…

Est-il besoin de dire qu’il y a ici une source très importante de destruction de tout esprit de contestation ? On commence toujours le grand compromis dans sa vie en cherchant à ce que ses beaux-parents soient contents, on passe par la case mairie avec un certain contentement et voilà déjà des futurs parents ne comprenant rien à leurs adolescents, oubliant qu’ils ont été jeunes eux-mêmes. Et le cycle recommence.

Cela rappelle une carte postale vendu dans les librairies, avec une photographie du poète russe Vladimir Maïakovski, et une citation censée être de lui : « Toutes les femmes sont collantes et assommantes ; tous les hommes sont des vauriens. » Ce n’est pas très engageant et malheur à qui, homme ou femme, place la bienveillance est au cœur des préoccupations. Ce sera considéré comme un cœur de verre, devant se heurter à un cœur de pierre !

Car il faudrait savoir accepter le monde tel qu’il est, sans le changer. L’acceptation de la déformation de sa propre personnalité est le prix à payer pour être reconnu en tant qu’individu et donc d’avoir le mérite du maintien du couple intégré dans la société. Le capitalisme est une machine à détruire les romances.

Et qu’est-ce qu’être de gauche ? Assumer cette romance coûte que coûte, et non pas basculer dans le polyamour, le fait de coucher avec n’importe qui, l’individualisme hédoniste des grandes villes, avec leur vile décadence, masque d’un terrible vide intérieur..

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Culture

Monopolis de The Pirouettes, la romance électro-pop à la française

Monopolis est le second album électro-pop de The Pirouettes, sortie le 28 septembre 2018. Comme à son habitude, ce jeune duo amoureux dans la vie évoque la romance, avec un style et un ton sophistiqué mais très épuré, à la française.

Les poèmes d’amour des Pirouettes sont très passionnés, mais toujours mesurés. Dans chaque morceau, la mélodie est aérienne et le rythme puissant, sans s’égarer dans les frasques de l’électro ni la vulgarité du langage. Il y a là indéniablement un style français, une « french touch » qui tout en modernité, synthétise une grande partie de la pop française des années 1980 et 1990.

Le côté « ktich » est parfaitement assumé, dans une attitude mi-moqueuse mi-nostalgiques très tendance, dans la lignée de la vaporwave ou bien de la mode des friperies.

Monopolis est d’ailleurs une référence à la ville « capitale de l’occident » imaginée dans Starmania par Michel Berger. L’album ne s’intéresse pas ici au thème social-culturel de la comédie musicale mais se sert du décor, qui forme un peu un contexte, en plus d’être une référence sonore.

Chaque chanson est censée raconter une histoire se passant à Monopolis, avec systématiquement ce thème, si français, de l’amour et de la romance. Si leur premier album Carrément Carrément (2016) racontait surtout le quotidien de la jeunesse, les premiers temps de l’amour, c’est plutôt la complexité des rapports amoureux qui est évoquée ici. La peur de voir disparaître la romance dans les tracas du quotidien et l’élaboration du couple lui-même.

Le titre Ce paradis exprime bien cela, avec un très joli clip tourné au pied de l’Interféromètre du Plateau de Bure dans les Alpes.

L’écriture est belle, les mots sont précis mais légers, sans fioriture, se suffisant à eux-mêmes :

« Passant, absent, replié sur moi-même
J’ai longtemps galopé aux dépens de ce que j’aime
J’ai trop voulu tout niquer, j’ai tout perdu, fini par tout casser
Et je m’en veux, c’est pas un jeu, oh, je t’en prie, laisse-moi le retrouver

Ce paradis imaginé pour toi et moi
Au large des îles d’un continent qu’on n’connait pas »

Le chant est d’ailleurs quelque-chose qui peut rebuter au premier abord, semblant trop lisse. Il y a en fait un double aspect : le chant est très simple, voir ouvertement simpliste – bien que juste, parce-que les productions musicales sont quant à elles très élaborées et abouties.

La dimension la plus importante dans chaque morceau n’est pas le chant mais la mélodie, gavée de synthés et de rythmes électroniques. Le rendu est très atmosphérique, comme savent le faire surtout les anglais, et il est très rare d’avoir dans la chanson française une production musicale du niveau de celui des Pirouettes.

La légèreté du chant permet donc de ne pas abîmer cet écrin, destiné au texte.

Car plus que le chant finalement, c’est souvent le texte qui déstabilise, de part sa profondeur et sa sincérité.

Au pays du libéralisme où l’adultère et la tromperie sont érigés en style de vie, on n’a pas l’habitude des propos aussi directs et volontaires des Pirouettes.

Le morceau Tu peux compter sur moi est ainsi exemplaire. C’est un hymne à la fidélité et à la sincérité des sentiments, à rebours de la décadence et du relativisme général dans les mœurs aujourd’hui en France.

Mais dans le style, dans l’approche, le ton est tout à fait français. Et ça là le grand intérêt et la grande porté de ce groupe talentueux.

L’audience des Pirouettes se limite aux milieux culturels les plus à la pointe ou à la jeunesse urbaine la plus branchée, qui apprécie surtout par désinvolture.

C’est parce-que l’époque n’est pas propice à leur succès. La jeunesse en général n’a pas la profondeur d’esprit d’apprécier et de s’engager dans ce thème de la romance. Les âmes sont trop meurtries et trop corrompues par les valeurs dominantes pour s’ouvrir autant.

 

> Discographie :

Album – Monopolis, 2018
Album – Carrément Carrément, 2016
EP – L’Importance Des Autres, 2014

> Merch :

bigwax.fr/fr/kidderminster

> Tournée :

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Société

Serndip : des rencontres sans lendemain contre les relations sincères

Serndip est une énième application de rencontre disponible sur smartphone depuis début 2018. Comme chacune, elle se veut complètement différente, le principe est de mettre l’accent sur des rencontres autour d’activités. Bien évidemment, elle propose de faire des vraies rencontres, de trouver sa moitié, etc. Contrairement au gros concurrent du secteur : Tinder et sa réputation des « dates Tinder » sans lendemain.

Serndip publicité : 18 heures bowling, 22 heures strike
Ignoble

Pourquoi parler de Serndip aujourd’hui ? Parce qu’elle a lancé une grand campagne de publicité. Une campagne où chaque affiche est une attaque contre l’idée même d’une relation sincère, d’une véritable romance.

L’une des affiches atteint des sommets dans le glauque, on y voit une deux blocs de texte dans lesquels sont incrustées des images. On lit « 18 heures bowling » en haut avec le visage souriant d’une jeune femme, et « 22 heures strike » en bas avec deux paires des pieds sous une couette. Où est la romance, la sincérité là-dedans ? Sans même parler de la femme considérée comme trophée sexuel…

L’entreprise derrière l’application affirme pourtant :

Le réel, l’alchimie, le partage, l’échange, les passions : tout ce qui fait le sel de la vie et de la rencontre amoureuse… C’est exactement ce qui manque aux applis et sites de dating contemporains. (source)

Où est l’amour dans des affiches qui ne parlent que de sexe et de conquêtes ? Où est le partage lorsque l’on considère comme une victoire, un « strike », de coucher avec une personne moins de quatre heures après la première rencontre ?

Mentionnons également cet extrait de la FAQ :

Les évènements de Serndip sont-ils uniquement composés de célibataires ?

Serndip est une application dite de rencontres, de “dating”. Elle a vocation à créer des relations amoureuses. Par conséquent, ses membres s’y inscrivent car ils cherchent à rencontrer l’amour, que ça soit une aventure, une relation poly-amoureuse ou exclusive. Il n’y pas de règles, on peut vouloir un type de rencontre et passer d’un type de relation à un autre.

De l’amour dans une aventure ? De l’amour dans le poly-amour ? Pas de règles ? Comment peut-on être à ce point hypocrite ? Tout cela est abject et à des années lumières du mouvement ouvrier et de ses principes.

Finissons par la série d’article « Dating anatomy » qui sont une tentative de paraître vrai, d’être en phase avec son époque. Les personnages sont forcés, racoleurs et vides, incroyablement vides. Il n’y a aucune profondeur. Et le dessin est à l’image du contenu : une catastrophe.

Serndip, dating anatomy : encore et encore
Critiquer Tinder pour faire… presque pareil ?

Prenons par exemple l’épisode « Encore et encore… ». On y découvre trois histoires centrée autour d’une jeune femme, elle rencontre et couche avec une nouvelle personne chaque semaine. A chaque les rencontres se font via une application baptisée « Pecho+ » et à chaque fois cette femme est déçue.

L’attaque contre Tinder est évidente. Mais, au fond, que critique Serndip ? Certainement pas le fond : il n’y a aucune dénonciation des relations sans lendemain, aucune remise en question du manque criant de sentiments dans cette BD. Au final l’application ne propose que de consommer mieux, pas d’envisager différemment les relations entre les personnes.

Entre les personnes complètement corrompues moralement (poly-amour, refus du couple) et toutes celles cherchant tant bien que mal à vivre quelque chose de sincère, il y a une place pour toutes ces applications de rencontres. Et à l’heure des startups, de plus en plus de personnes comptent bien en tirer de l’argent.

Il faut remettre la romance, la sincérité et le couple au centre des relations entre personnes. Il faut dénoncer les délires libéraux de relations poly-amoureuses, non-exclusives. Il faut en finir avec le libéralisme-libertaire issu de « mai 68 », revenir aux idéaux de « mai 68 » d’une société libérée du capitalisme et de sa corruption.