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Politique

Décès de Jaques Jurquet, fondateur du PCMLF

Jacques Jurquet a été une importante figure politique en France et une très importante figure politique de la Gauche. Il avait fondé et dirigé le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France, actif en mai 1968 et durant toutes les années 1970.

Jacques Jurquet et Chou-En-Lai lors d’une visite en Chine

Jaques Jurquet, né en avril 1922 et décédé en novembre 2020, avait fait partie du PCF dans les années 1960, où il a fini par soutenir les thèses dites « pro-chinoises ». Il a fait partie du noyau dur des « marxistes-léninistes » et est devenu à ce titre le dirigeant du Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France (PCMLF), fondé en 1967. Le PCMLF, qui a toujours rejeté le qualificatif de « maoïste », s’opposait de manière virulente à l’UJCML et à la Gauche Prolétarienne qui correspondent quant à eux à ce qu’on a appelé en France les « maos ».

Le PCMLF entendait reformer le PCF, en restant dans la même perspective et sans en modifier culturellement ou idéologiquement les fondements. Il a obtenu un certain succès et fut tout au long des années suivant immédiatement 1968, devenant l’une des principales organisations de la gauche de la Gauche, avec plusieurs milliers de membres.

Jacques Jurquet

Son élan fut cependant brisé par étapes. Déjà, le PCMLF ne supporta pas vraiment le choc de mai 1968, car il fit partie des organisations interdites. Or, au lieu de simplement changer le nom car cette interdiction n’était que symbolique, il maintint une sorte de double organisation qui l’épuisa. Qui plus est, cette sorte de clandestinité relativement fictive poussa une partie des étudiants l’ayant rejoint après 1968 à le pourrir de l’intérieur et à provoquer une importante scission, donnant le Parti Communiste Révolutionnaire (marxiste-léniniste). Le PCMLF eut toutefois l’avantage d’avoir d’excellentes relations avec la Chine populaire de Mao Zedong et avec l’Albanie d’Enver Hoxha.

Ces excellentes relations se transformèrent cependant en catastrophe. La mort de Mao Zedong en 1976 amena en effet un retournement total de situation en Chine et il était hors de question de valoriser la révolution culturelle. Jacques Jurquet modifia ses propres écrits au sujet de mai 1968, gommant ainsi la révolution culturelle tout en devenant, jusqu’à sa mort, un ardent défenseur du « socialisme chinois ».

Ce courant qui considère encore la Chine comme socialiste, tout en se revendiquant de Mao Zedong, existe encore de manière marginal, notamment avec les Éditions Prolétariennes (il est à noter que cette tendance à voir la Chine comme socialiste est également réapparue dans des courants oppositionnels du PCF ces dernières années).

Le tournant chinois de 1976 affaiblit évidemment le PCMLF, qui dut également endurer une nouvelle scission, puisqu’une partie importante, à partir de sa base de Strasbourg, se tourna à la fin des années 1970 vers l’Albanie comme modèle. Il faut ici savoir qu’après la mort de Mao Zedong, l’Albanie d’Enver Hoxha, pourtant alliée auparavant à la Chine populaire, changea entièrement de ligne, expliquant que Mao Zedong n’avait été qu’un démocrate bourgeois. Elle fut très largement suivie par les « marxistes-léninistes » en Europe, notamment en France et en Espagne.

Ce courant pro-albanais du PCMLF donna naissance en 1979 au Parti Communiste des Ouvriers de France, qui existe encore (et dont l’un des membres fut Pierre, connu pour être présent dans pratiquement toutes les manifestations parisiennes pour vendre son petit journal « Drapeau rouge » et décédé en 2017 en tombant dans un escalier du métro en quittant justement une manifestation).

Le PCMLF avait de son côté assumé la légalité complète en 1978 en devenant le PCML, puis en 1985 le Parti pour une Alternative Communiste (PAC), qui disparut rapidement. Jacques Jurquet continua ses activités sociales et politiques à Marseille ; on trouvera sa biographie (détaillée mais formelle) sur le Maîtron en ligne.

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Écologie

Lutte Ouvrière prend position de ne pas prendre position sur la chasse

Lutte Ouvrière fait un exposé sur la chasse, mais repousse le problème à après la révolution.

Dans son organe théorique Lutte de classe, du mois de novembre 2020, Lutte Ouvrière aborde une question très importante, celle de la chasse. L’article, très documenté, est intitulé « La chasse, son business, les chasseurs et leur défense de la nature ». Il fournit de nombreuses informations intéressantes sur la chasse depuis 1789 et donc il vaut le détour.

Il est par contre incompréhensible dans son positionnement. On a en effet ici un exemple de contorsion typique de la Gauche rejetant la vie quotidienne. Le ton est toujours le même : il y a de la vérité de part et d’autre, tout est mal fait, ce n’est qu’après la révolution que etc.

Cela n’a évidemment aucun sens, comme le révèle ce court extrait, qui est trompeur car le document de Lutte Ouvrière est le fruit d’un vrai travail, mais enfin il faut quand même une vision du monde. On lit ainsi :

« Concernant la chasse, la question n’est pas d’en être partisan ou adversaire, de même qu’il est stupide de se positionner, comme le font les porte-parole de l’écologie politique, en défenseurs de la nature en l’opposant aux activités humaines.

Comme l’écrivait Engels, « nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger ».

Et il ajoutait, en citant plusieurs exemples des conséquences désastreuses du mode de production capitaliste sur l’environnement : « Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature, elle se venge sur nous de chacune d’elles. » (Dialectique de la nature, 1883). »

Intellectuellement, déjà, il est absurde pour des trotskistes de citer la « Dialectique de la nature », œuvre dont le concept élémentaire est à la base de l’approche du marxisme propre à l’URSS de Staline dans son interprétation de Lénine. Mais surtout la citation semble dire le contraire de ce que dit Lutte Ouvrière, car plutôt que de considérer que la chasse n’a pas d’impact sur la nature si forte, on peut très bien en déduire à l’inverse que la chasse est une prétention humaine qui va très mal terminer.

D’ailleurs, en cette période de pandémie, il est fort regrettable de ne pas aborder cette question des animaux sauvages pour chassés, sans parler des questions sautant aux yeux de l’humanité actuelle, mais apparemment pas de Lutte Ouvrière : la question de la valeur en soi de la vie sauvage, des forêts, etc.

De toutes manières, au-delà même de toutes ces questions, il y a celle de la dénonciation des beaufs, en bref de la vie quotidienne, et cela Lutte Ouvrière n’en veut pas. Pour elle, toute réponse est faussée car le capitalisme contamine tout. Il faudrait donc analyser les choses de manière neutre et se tourner vers la seule question, celle de la révolution.

Mais qu’est-ce que la révolution si ce n’est le fruit des contradictions d’une société ? Et comment peut-on être de Gauche sans considérer que le refus de la chasse est justement le produit d’une contradiction entre le passé et l’avenir ?

Lutte Ouvrière refuse d’être partisan, au nom d’une position « objective » qui n’existe pas, qui est une négation de l’existence de la société, des Français, de l’existence de ceux-ci dans leur rapport à la réalité, notamment naturelle. Exister, c’est forcément être partisan, parce que le moindre acte s’inscrit dans des rapports, positifs ou destructeurs. En refusant de prendre partie Lutte Ouvrière s’exonère d’une analyse des rapports dans la vie quotidienne… C’est une grossière erreur.

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Culture

Détruire ce qui nous détruit

Slogan de la Gauche allemande alternative, « détruire ce qui nous détruit » est emblématique d’une exigence de transformation de la vie quotidienne.

« Détruire ce qui nous détruit » est un slogan classique de la Gauche allemande alternative des années 1970 en Allemagne de l’Ouest ; à rebours complet de la logique syndicale, il place les revendications sur le plan de la vie quotidienne. C’est exemplaire de la différence d’ailleurs entre la Gauche française des années 1960-1970 et son équivalent allemand.

Ce slogan est connu par le groupe « Ton Steine Scherben » (Hauteur de voix Pierres Bris de vitres), dont c’est le premier single en 1970. Le groupe, qui pratique une sorte de rock, est devenu emblématique d’une scène allant des Verts alternatifs à la Fraction Armée Rouge en passant par les autonomes et tous les squats berlinois des années 1980, avec comme dénominateur commun la revendication de la transformation de la vie quotidienne. En France, le journal L’Internationale liée à Action Directe reprendra d’ailleurs le slogan en couverture de son numéro de décembre 1983 ; il est souvent employé par le PCF(mlm).

Voici la chanson de Ton Steine Scherben.

En voici les paroles, les dernières lignes étant présentes sur la version de l’album.

« Les radios sont allumés, les disques tournent
Les films sont diffusés, les télévisions allumés
Acheter des voyages, acheter des voitures

Acheter des maisons, acheter des meubles
Pourquoi ?

Détruisez ce qui vous détruit !

Détruisez ce qui vous détruit !

Les trains roulent, les dollars roulent

Les gens s’épuisent au boulot, les machines tournent

Construire des usines, construire des machines
Construire des moteurs, construire des canons

Pour qui ?

Détruisez ce qui vous détruit !

Détruisez ce qui vous détruit !

Les bombardiers volent, les chars roulent,

Les policiers frappent, les soldats tombent
Protéger les chefs, protéger les actions

Protéger le Droit, protéger l’État

De nous !

[A quoi s’ajoute sur l’album la chanson du Front de l’unité de Bertolt Brecht et Hanns Eisler :

Et parce que l’homme est un homme
voilà pourquoi il lui faut de quoi manger, eh oui!
Aucun bavardage ne le rassasie
ça ne ramène pas de bouffe.

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur

Et parce que l’homme est un homme
voilà pourquoi il lui faut aussi vêtements et chaussures.
Aucun bavardage ne le réchauffe
et pas de roulement de tambour, non plus

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur

Et parce que l’homme est un homme
voilà pourquoi les bottes dans la figure ne lui plaisent pas.
Il ne veut voir parmi soi aucun esclave
et au-dessus de lui aucun maître.

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur

Et parce que le prolétaire est un prolétaire
voilà pourquoi aucun autre le libérera,
la libération de la classe ouvrière
ne peut être que l’œuvre des ouvriers

Donc gauche, deux, trois!
Donc gauche, deux, trois!
Là où est ta place, camarade!
Range-toi dans le Front de l’unité des travailleurs
Car toi aussi es un travailleur] »

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Politique

Une situation compliquée au NPA

Le Monde a publié un article à sensation sur un NPA au bord de la scission. C’est une manière apolitique de voir un véritable mouvement de fond sur le plan des idées.

Le Monde a publié un article racoleur intitulé « Le Nouveau Parti anticapitaliste menacé d’implosion », avec beaucoup de sensationnalisme. Le journal avait déjà présenté en 2012 le conflit entre la « majo » et les minoritaires avec beaucoup de bile (« Au NPA, bataille autour de l’héritage financier de la LCR »). Il faut y voir une part de rancœur, puisque la personne qui a écrit l’article, Sylvia Zappi, a été elle-même une militante pendant toutes les années 1980 de la Ligue Communiste Révolutionnaire, l’ancêtre du NPA.

Durant ces années, la LCR était une organisation extrêmement sérieuse, avec des permanents, des cadres de très haut niveau, une capacité d’intervention d’une grande efficacité. La LCR est partie avec succès à la conquête des « mouvements sociaux », notamment des structures associatives, et c’est justement cela qui a produit le NPA. Cela a marqué toutes les années 1990, avec l’apogée dans les années 2000. En 2007, Olivier Besancenot obtenait alors 1,5 million de voix aux élections présidentielles, dans le prolongement de cette image à la fois sociale et urbaine, non-idéologique et concrète. C’est très exactement la stratégie que mène actuellement le PTB en Belgique.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste remplace alors la LCR en février 2009, avec pratiquement 10 000 personnes impliquées alors dans cette structure, soit trois fois plus que la LCR. Tout a cependant tout de suite raté. Il aurait fallu le double d’adhérents pour noyer les « militants » politiques et associatifs, voire le triple. Au lieu de cela, l’ambiance a été rapidement une bataille de tendances et de courants, avec de concurrences locales et au niveau de la direction. Le NPA a pratiquement été paralysé dès le départ et il est devenu inexistant électoralement, alors qu’il avait été pensé que justement c’était acquis à ce niveau.

En même temps, cela a fait un formidable d’appel d’air pour pratiquement toutes les organisations trotskistes, qui ne parvenaient plus à tracer de perspectives. Elles ont trouvé dans le NPA une certaine orientation de masse et se sont fondés là-dessus pour se développer et se structurer. L’une des formes les plus développées est autour du média Révolution permanente, produit par le Courant Communiste Révolutionnaire. L’année dernière s’est également fondée l’alternative communiste révolutionnaire.

Le choix de « communiste révolutionnaire » est évidemment une allusion à la LCR et au trotskisme en général (qui se définit comme « communiste » mais dans une version « révolutionnaire »). Cependant, il ne faudrait pas croire une seconde que l’objectif est de refonder la LCR. Il s’agit de fonder un NPA bis, qui aurait les mêmes principes que le trotskisme anglais, notamment avec le SWP (qui relève par contre d’un autre courant du trotskisme, il y en a à peu près sept désormais). C’est un mélange d’autogestion de type libertaire, avec par contre une lecture marxiste de l’État et une tactique trotskiste des revendications sociales.

Si l’on regarde bien, l’influence de cette démarche a été énorme et pratiquement toute l’extrême-Gauche a adopté cette approche, et ce même dans les cas où elle ne revendique pas du trotskisme (OCML-VP, UCL, PCM, etc.). L’idée est de se raccrocher à un « mouvement social » (donc évidemment les gilets jaunes), de soutenir la CGT, d’avoir des principes anti-oppressifs (racisme « systémique », « LGBT » etc.), de pratiquer le populisme au maximum (contre les policiers, les ministres, le président…) et de recruter (notamment sur les réseaux sociaux) en se présentant comme toujours plus revendicatif. Un NPA bis pourrait indubitablement disposer d’un certain écho.

Les « historiques » de la LCR n’ont par contre aucune envie de repartir sur ce qu’ils voient comme de vieilles lunes. Ils ne sont pas contre les interprétations postmodernes du marxisme, mais de là à devoir les porter soi-même, c’est une autre histoire. Ils sont pour une « realpolitik », quelque chose de pragmatique, des avancées au moyen de « coups » (comme les élections municipales à bordeaux avec Philippe Poutou, les interventions médiatiques d’Olivier Besancenot, etc.) Ils pensent qu’il suffit d’attendre pour voir La France Insoumise s’enliser et le NPA former une alternative crédible… à condition de tenir.

Comme on le voit, ce sont deux visions très sérieuses, très élaborées, et on ne peut nullement l’aborder comme le fait l’article du Monde. Le congrès du NPA en 2020 sera d’ailleurs forcément riche en points de vue, même si dans le contexte actuel, dans pratiquement six mois, cela veut dire que c’est dans une éternité.

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Guerre

NON au SNU (Service National Universel)

Une petite pétition a été diffusée contre le Service National Universel, signée notamment par Europe Écologie – Les Verts avec différentes associations et organisations d’extrême-Gauche. Toute mobilisation contre le SNU et la militarisation est évidemment très bonne, mais impossible de ne pas mentionner des bizarreries. On apprend ainsi qu’il y aurait une mobilisation générale de la jeunesse. Et on apprend que l’armée n’aurait pas voulu du SNU. Dans les deux cas, cela ne tient évidemment pas debout. La jeunesse est passive, consommatrice et atomisée, l’armée est fort ravie de la structurer en sa faveur.

« Le Service national universel que le gouvernement veut rendre obligatoire pour les jeunes de 16 ans

  • Une opération de soumission de la jeunesse: il s’agit d’inculquer un esprit d’obéissance aux règles, un respect absolu des normes… Règles et normes qui, pour la plupart, ne visent qu’à perpétuer les inégalités et injustices inhérentes à l’organisation actuelle de la société. Cette volonté de soumission passe aussi par un contrôle renforcé, notamment à travers la mise en fiches de tous les jeunes de 16 à 25 ans ; on sait comment ce genre de fichier peut être utilisé ! Volonté de soumission, enfin, car elle ne reconnaît comme « engagement » des jeunes que les dispositifs étatiques.
  • La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses : les jeunes du SNU seront utilisé/es pour remplacer des emplois aujourd’hui occupés par des employé/es qui ont un salaire, une convention collective ou un statut, la possibilité de s’organiser syndicalement, des droits individuels et collectifs. Avec le SNU, chaque année, 800000 jeunes seront exploité/es, sans aucun de ces droits, pour des durées variables ; ils et elles seront très vivement encouragé.es à poursuivre leur « engagement volontaire » par un service civique, dans les mêmes conditions de précarité.
  • Des dépenses considérables : 6 milliards €/an, selon un rapport sénatorial de 2017. Ces milliards seraient bien plus utiles pour le service public de l’Éducation, qu’aux mains des militaires !
  • Le renforcement de la militarisation. Encadrement militaire, levée du drapeau, chant guerrier, uniforme, parcours du combattant, raid commando, etc. contribueront à l’endoctrinement des jeunes. La propagande visera à banaliser encore plus le rôle de l’armée, alors que celle-ci est en pointe dans la répression, sur le territoire français, dans les colonies et diverses régions du monde. Sans surprise, il n’est nullement question dans le programme de pacifisme, de non-violence, ni de remise en cause du rôle de l’armée.

Le gouvernement nous dit : Il faut que les jeunes s’engagent. Mais c’est déjà le cas !

Ils et elles s’engagent pour lutter contre le racisme, pour que cesse la destruction de la terre, pour défendre leur droit à étudier, pour le partage des richesses, pour le droit au logement, pour l’égalité des droits et contre les discriminations, etc. Ce n’est pas à l’État de les forcer à s’engager !

Comment peut-on parler d’apprendre la citoyenneté, lorsqu’on confie l’encadrement à l’armée (qui, par ailleurs, n’était pas demandeuse) ?

Non au SNU! Abrogation du SNU!

Signé entre autres par :

Union pacifiste, Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant.e.s, ASSO-Solidaires, SUD éducation, SUNDEP Solidaires Sud Enseignement privé, Solidaires Jeunesse et Sports, Fédération SUD Collectivités Territoriales, Fédération Éducation de la Confédération Nationale du Travail, Émancipation tendance intersyndicale, Mouvement National Lycéen, Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, Fédération nationale de la Libre Pensée, Droits Devant !!, Ni guerres ni état de guerre, Causes communes, Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre, Réseau des Centres de Recherche, d’Etude et de Formation à l’Animation et au Développement, Mouvement de la paix, Parti Communiste des Ouvriers de France, Europe Écologie – Les Verts, Fédération Anarchiste, Union Communiste Libertaire, L’insurgé, Les Jeunes écologistes, Union des Jeunes Révolutionnaires, Union Prolétarienne, Unité Communiste de Lyon, Groupe libertaire Jules Durand, Radio-Libertaire, Revue Silence, Arc en ciel théâtre réseau coopératif.

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Politique

Lutte ouvrière capitule finalement devant le concept d’«islamophobie»

Accepter ou refuser tel ou tel concept a un sens. Lutte Ouvrière, l’organisation d’Arlette Laguiller et de Nathalie Arthaud, a été ainsi très clair sur le concept d’« islamophobie » : elle le rejette comme un outil culturel de forces réactionnaires, elle condamne l’extrême-Gauche complaisante et populiste. C’était en 2017. À l’occasion de la manifestation du 10 novembre 2019, elle a fini par s’aligner et capituler sur le plan des idées, de la culture.

Nathalie Arthaud utilise donc le concept d’« islamophobie », de manière assumée. En février 2017, sa revue internationale Lutte des classes publiait un article à charge contre ce terme: Le piège de la «lutte contre l’islamophobie».

Y était dénoncé la galaxie utilisant ce terme comme vecteur d’une démarche religieuse et – surprise – on trouve justement les signataires de l’appel pour la manifestation du 10 novembre auquel souscrit finalement Lutte Ouvrière. Voici ce qu’on y lit :

La galaxie de l’anti-islamophobie

Depuis plusieurs années, une galaxie de groupes se donnant pour objectif la « lutte contre l’islamophobie » se développent et prennent diverses initiatives. Certains, comme l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) ou PSM (Participation et spiritualité musulmanes), sont ouvertement des associations de prosélytisme religieux. D’autres se défendent d’être des organisations religieuses et se cachent derrière des revendications d’égalité, de lutte contre le racisme et contre l’islamophobie. C’est le cas du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), de Mamans toutes égales, du Collectif une école pour toutes, Féministes pour l’égalité, et plus récemment d’Alcir (Association de lutte contre l’islamophobie et les racismes). Le Parti des indigènes de la République (PIR) est aussi à ranger dans cette galaxie.

Depuis l’attentat contre Charlie hebdo, en janvier 2015, les initiatives de ces groupes se sont multipliées : rassemblement anti-islamophobie le 18 janvier 2015 à Paris ; meeting contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire le 6 mars 2015 à Saint-Denis ; Marche de la dignité et contre le racisme organisée par le PIR le 31 octobre 2015 ; meeting à Saint-Denis contre l’état d’urgence le 11 décembre 2015, ou encore, le 21 septembre dernier, le meeting d’Alcir baptisé « Pour un printemps de la liberté, de l’égalité et de la fraternité », organisé dans le 20e arrondissement de Paris.

Ces différentes initiatives ne prêtent pas forcément à la critique. Le rassemblement du 18 janvier 2015 était une réponse à une manifestation d’extrême droite organisée le même jour pour « expulser tous les islamistes ». Et organiser des réunions contre l’état d’urgence ou marcher contre le racisme peut sembler juste. La question est de savoir qui organise ces initiatives, quelles idées s’y expriment, et ce que des militants qui se disent d’extrême gauche y font et y disent.

Ces rassemblements ont tous été en réalité des tribunes pour des organisations islamistes et communautaristes.

Lors du rassemblement du 18 janvier 2015, des jeunes brandissent des drapeaux algériens, turcs, marocains, des panneaux portant des sourates du Coran, et une grande banderole : « Touche pas à mon prophète ».

Le meeting du 6 mars 2015 était coorganisé par l’UOIF. Celui du 11 décembre faisait, lui aussi, la part plus que belle aux militants religieux. Certes, des laïcs (journalistes du Monde diplomatique ou représentante du Syndicat de la magistrature) s’y sont exprimés, mais en partageant la tribune avec Tariq Ramadan, Ismahane Chouder, porte-parole de PSM, ou Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF.

On retrouve les mêmes parmi les signataires de l’appel pour le meeting d’Alcir du 21 septembre 2016. Le nom des porte-parole des associations et groupes religieux musulmans figure sur l’affiche, ornée d’une photo d’une femme voilée drapée… dans un drapeau bleu-blanc-rouge.

Parmi les signataires de cet appel on trouve le NPA, qui a appelé à ce meeting sur son site, avec cette affiche puant le patriotisme et le républicanisme.

Ces différentes initiatives se sont faites avec la participation ou le soutien de groupes ou partis de gauche (Attac, Ensemble, EELV) ou d’extrême gauche (anarchistes libertaires, antifas, NPA). Et le 18 décembre 2016 encore, a eu lieu une conférence internationale contre l’islamophobie et la xénophobie, à Saint-Denis, à laquelle appelaient conjointement le Parti des indigènes de la République et le NPA, et dont l’appel était signé par Olivier Besancenot et Tariq Ramadan.

Le même article dénonce la complaisance avec ces forces présentées comme réactionnaire…

La complaisance de l’extrême gauche

Une partie de la « gauche de la gauche » organise avec ce milieu réactionnaire toutes sortes d’initiatives, leur ouvre ses colonnes ou discute doctement avec eux de leurs positions.

Ce n’est pas par accident. Il y a longtemps que la LCR, et plus encore le NPA, se refusent à critiquer clairement le voile, et font preuve vis-à-vis de l’islam d’une bonne dose de démagogie. On se souvient de l’affaire de la candidate voilée du NPA dans le Vaucluse, en 2011. Se refusant à affirmer sans ambages le caractère oppressif du voile et de ses divers avatars vestimentaires, des membres de ce parti sont allés par exemple, en août dernier, jusqu’à organiser dans le cadre de leur université d’été une manifestation pour défendre le droit des femmes à porter le burkini, aux cris de « Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider ». On n’est, on le voit, pas très loin du féminisme décolonial.

Le NPA a déclaré, à la suite d’une réunion de sa direction nationale les 17 et 18 septembre dernier, que « le NPA, ses militants, ses porte-parole et son candidat seront au cœur de l’action contre le racisme et l’islamophobie ». Un communiqué du 16 octobre appelle à « faire de la lutte contre l’islamophobie une véritable priorité ».

Cela n’a rien de fortuit, de la part d’un courant qui a pour habitude d’épouser les idées d’autres courants, dans l’espoir de gagner l’oreille de telle ou telle fraction de la jeunesse, de la petite bourgeoisie intellectuelle ou du monde du travail. Autrement dit : tentons d’attirer les jeunes des banlieues à nous… en nous rangeant derrière des organisations qui, elles, disent ce que ces jeunes veulent entendre, quelque réactionnaires que soient leurs idées.

Cet opportunisme est une vieille tradition d’une partie du mouvement trotskyste, la même qui l’a conduite, dans le passé, à soutenir sans s’en démarquer les nationalistes des pays colonisés, comme le FLN algérien, ou certains courants staliniens, à trouver des vertus aux associations les plus réformistes, comme Attac, ou à faire les yeux doux aux décroissants.

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Énorme fiasco pour l’extrême-gauche et les anarchistes à Nantes

La manifestation à Nantes ce samedi 3 août 2019 n’a réuni que peu de monde, malgré cinq semaines de campagne intense dans la ville et malgré le tapage fait au niveau national relayant la thèse anarchiste d’une « attaque policière » de la Fête de la musique qui serait « l’aboutissement d’années de violences et d’impunité pour les forces de l’ordre ».

L’agitation de l’extrême-gauche et des anarchistes dénonçant des violences policières et un État policier ne prend pas. Le spectacle devenu traditionnel de casseurs saccageant le centre-ville de Nantes a bien eu lieu, mais cela reste anecdotique, insignifiant. La police n’a dénombré que 1 700 manifestants l’après-midi, pour 39 placements en garde à vue, alors qu’il y avait des personnes venues d’ailleurs, parfois même d’autres pays, pour ce qui avait été annoncé comme un besoin de recueillement important de la population nantaise.

Non pas qu’il n’y ait pas eu ces dernières semaines une certaine émotion à propos de Steve Maia Caniço de la part de beaucoup de nantais, surtout de jeunes gens des milieux culturels et alternatifs vivant à proximité du centre. Mais justement, malgré cela, malgré des discussions récurrentes aux terrasses des cafés, malgré des banderoles « Steve » arborées par certaines boutiques plus ou moins alternatives, malgré des messages d’artistes lors de concerts, malgré des affiches partout en ville pendant cinq semaines, il n’y a eu que quelques centaines de personnes au rassemblement pacifique du matin et tout au plus quelques milliers l’après-midi.

L’extrême-gauche et les anarchistes avaient pourtant un boulevard pour mobiliser, d’autant plus qu’ils avaient le soutien au moins passif des autorités de la ville et des institutions culturelles comme le Voyage à Nantes. La Préfecture n’a pas interdit le rassemblement, non déclaré comme c’est l’usage dans cette ville, mais l’a simplement cantonné aux grands axes habituels. Il y a même eu deux adjoints (PCF) de la maire socialiste qui se sont exprimé ouvertement contre la police, avec quasiment mot pour mot le même discours que les anarchistes de « Nantes révoltée ».

Seulement voilà, quand il n’y a pas de fond, quand on fait de la parodie de contestation, du supermarché de la révolte, cela ne mène à rien. Le petit-bourgeois nantais peut bien être d’accord pour ne pas aimer la police, mais il n’ira pas pour autant lui jeter des cailloux dessus en criant « Castaner, Assassin » à la manière d’un gilet jaune ! Encore moins si c’est pour saccager les infrastructures d’un festival de rue, comme l’ont fait ces idiots de casseurs.

– Les installations du festival Aux heures d’été qui ont été détruites –

Les masses populaires quant à elles regardent cela de très loin, avec une certaine sympathie pour le jeune Steve bien sûr, mais en considérant cette affaire somme toute comme un fait divers dramatique. On pourra regretter la passivité populaire, cette tendance à trop se tenir à distance de l’actualité politico-culturelle, mais pas sa rationalité.

Cette rationalité, ce bon sens populaire, est précisément ce que n’ont pas l’extrême-gauche et les anarchistes, dont les propos ne sont que grotesque, mauvaise foi et irrationalisme. Il faut d’ailleurs souligner ici à quel point la société française est perméable à cet irrationalisme, notamment à Gauche et dans les milieux intellectuels, cultivés, engagés socialement (ce qui revient en fait quasiment au même).

Il n’y a qu’à voir cet emballement autour du rapport de l’IGPN, que tout un tas de gens dénoncent hardiment alors qu’ils ne l’ont même pas lu et qu’ils n’ont absolument aucune idée du rôle de cette instance policière. La « police des polices » dit, dans son style formel typiquement bourgeois propre aux administrations françaises, qu’elle n’a pas d’élément lui permettant de prouver que la police est directement responsable de la mort de Steve. La belle affaire !

En vérité, personne n’a pour l’instant d’élément tangible et précis liant directement l’action de la police à la chute du jeune homme dans la Loire et ce n’est d’ailleurs aucunement le rôle de l’IGPN d’enquêter là-dessus. Il y a une enquête ouverte par le parquet pour homicide involontaire, une commission d’enquête parlementaire va probablement voir le jour, une enquête administrative est enclenchée, etc. Mais peu importe la réalité, ce qui compte est de s’offusquer, de ruer dans les brancards, pour ne surtout pas remettre en cause quoi que ce soit de la société française. Tout ce qui est excessif est insignifiant, dit l’expression.

L’extrême-gauche et les anarchistes ne sont ici que les idiots utiles de la petite-bourgeoisie radicalisée, qui maintient la fiction d’une opposition au régime. Cela produit en fait tout l’inverse, renforce le régime et même pire, pousse une partie des classes populaires dans les bras de l’extrême-Droite qui a un boulevard pour apparaître comme le parti de l’ordre.

À la Gauche en face de montrer qu’elle est un ordre nouveau, en portant le Socialisme comme seul et unique chemin vers une société pacifiée et authentiquement démocratique.

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La famille de Steve Maia Caniço ne soutient pas les rassemblements aujourd’hui à Nantes

La famille du jeune Steve Maia Caniço a expliqué qu’elle ne soutenait pas les rassemblements qui doivent avoir lieu aujourd’hui à Nantes. L’extrême-gauche et les anarchistes qui organisent ces rassemblements ne mènent pas un combat démocratique et populaire, mais se servent de la moindre occasion pour dérouler leur fiction d’une répression policière systématique et d’un État policier.

C’est la crainte de débordements violents qui a rebuté la famille de Steve Maia Caniço, disparu dans la nuit du 21 au 22 juin dernier et retrouvé sans vie dans la Loire il y a quelques jours. Par le biais de son avocat, elle a fait savoir qu’elle « ne soutenait pas du tout » les appels à manifester ce samedi 2 août. Maître Cécile de Oliveira a même expliqué que le deuil des parents est « abîmé par le fait que Steve devient un enjeu politique très fort », parlant de colère de la part des proches qui considèrent « une forme de confiscation de la mémoire » de leur fils et frère.

Les mots sont très forts. La sœur du jeune homme s’est livrée plus en détail, affirmant ne surtout pas vouloir que le nom de Steve puisse être associé de près ou de loin à des violences, craignant qu’ensuite certains osent faire un amalgame entre des violences et ce qui s’est passé sur le quai Wilson.

Personne n’est dupe en effet des appels sous les mots d’ordre « ni oubli, ni pardon » ou encore « contre les violences policières ». Ce sont évidemment des prétextes pour « casser du flic » et quelques vitrines, de la part de gens dont l’obsession est de croire que « tout le monde déteste la police ».

Ces appels sont soutenus par tout un tas de personnes plus ou moins radicales, depuis les bobos du mouvement Place publique jusqu’aux populistes de la France insoumise. Le PCF est particulièrement mobilisé sur cette affaire, l’un de ses responsables nationaux parlant même de « meurtre d’État ».

Les membres de la section locale du PCF interviennent volontiers à la télévision pour faire de tout cela une affaire d’État, mettant en cause le ministre de l’intérieur et le gouvernement, appelant à des démissions, etc. Il y a eu dans le même genre cette Une pittoresque de L’Humanité hier matin, titrant « Steve : la vérité, toute la vérité », illustrée par une photo sur fond noir « Justice ! ».

Tous ces gens n’ont-ils donc rien d’autre à dire sur la marche actuelle du monde, la tendance à la guerre, la montée du fascisme, l’écocide, pour à ce point ruer dans les brancards en prenant prétexte d’un tel accident dramatique ?

La famille a raison d’être en colère face à ce qui est une opération de récupération odieuse, anti-populaire, faisant de Steve Maia Caniço un totem pour masquer une absence totale de contenu et de perspective politique.

Il est légitime de réclamer la vérité sur les circonstances du décès, c’est même une exigence démocratique fondamentale et c’est d’ailleurs ce que dit la famille. Tout porte à croire que le jeune homme est tombé à l’eau suite à l’intervention policière qui a dégénéré et il y a de toutes manières beaucoup de choses à dire sur cette intervention policière elle-même, dont l’issue reflète bien le chaos dans lequel s’enfonce de plus en plus notre société.

Les sound sytem jouant de la techno ce soir là étaient relégués dans cette partie de la ville, sur un quai non sécurisé, dangereux, hors du périmètre officiel de la fête de la musique. La police est intervenue sous les ordres d’un commissaire dénoncé comme brutal, qui a voulu ici faire appliquer administrativement la réglementation, de manière anti-populaire, probablement en sachant très bien que cela allait dégénérer, ce qui a engendré la chute de plusieurs personnes à l’eau.

Pour autant, l’époque exige beaucoup de raison et de lucidité, mais surtout pas des mises en scène de contestation, d’offuscation, qui n’ont d’ailleurs aucun écho dans les masses populaires.

Contrairement à ce que veulent faire croire l’extrême-gauche et les anarchistes, bien relayés par ce qui reste de l’esprit gilet jaune, la police en France n’assassine pas impunément. Elle n’a pas délibérément jeté dans la Loire des jeunes qui écoutaient de la musique et il n’y a aucune opération systématique et gouvernementale visant à généraliser une violence policière contre le peuple.

La mort de Steve est un drame social, pas un drame simplement policier. C’est toute notre époque qui est en crise, c’est la société elle-même qui perd ses fondements.

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Faut-il voter pour la liste de Lutte Ouvrière ?

L’organisation trotskiste présente une liste aux élections européennes, afin d’appeler au combat des travailleurs contre le grand capital. Cela se veut cependant uniquement une candidature témoignage, la politique étant totalement rejetée. Lutte Ouvrière scie ainsi la branche sur laquelle elle est assise.

À la dernière place de la liste de Lutte Ouvrière, on trouve symboliquement Arlette Laguiller. Cette dernière fut à un moment très connue dans notre pays ; il y a eu un réel mouvement de sympathie pour cette femme qui, à travers plusieurs décennies, a maintenu le flambeau d’une certaine affirmation sociale de type révolutionnaire. Son opiniâtreté a payé. Lutte Ouvrière n’a toutefois pas su quoi faire de cela et la sympathie a disparu, l’indifférence vis-à-vis de Lutte Ouvrière reprenant le dessus.

C’est que Lutte Ouvrière présente un paradoxe. Son discours est tourné vers les ouvriers, les socialistes, les communistes, appelant à la lutte. Mais ces luttes ne sont jamais définies, le seul horizon étant le renversement du capitalisme. Lutte Ouvrière est en effet une organisation dont l’idéologie est « gauchiste ». Sa logique est celle du débordement permanent au moyen des revendications économiques et sociales. Il n’y a pas d’espace pour les réflexions sur l’actualité politique ou culturelle.

Pour Lutte Ouvrière, toute actualité politique est un piège pour les travailleurs, une perte de temps. Les actualités culturelles sont également considérés comme une dispersion pour les militants, et même pour les travailleurs. La seule chose qui compte, ce sont les revendications contre le patronat afin de former une organisation prête au renversement du capitalisme. Cela a pu en fasciner certains, voyant là un sincère romantisme révolutionnaire ; cela a pu aussi dégoûter et donner une impression de sectarisme, voire de secte.

Dans les années 1970, cela a empêché la fusion prévue avec la Ligue Communiste Révolutionnaire, elle aussi trotskiste. La LCR, elle, cherchait inversement la « dialectique des secteurs d’intervention », les militants partant à la conquête des associations, des mouvements, suivant l’adage « tout ce qui bouge est rouge ». De là vint la mise en valeur des « mouvements sociaux », ce qui assurera à la LCR un important succès pavant la voie au Nouveau Parti Anticapitaliste, qui lui ne donnera rien.

Les militants de Lutte Ouvrière et de la LCR se distinguaient ainsi radicalement. Pour entrer à Lutte Ouvrière, il fallait auparavant montrer patte blanche, suivre un certain moule. Pas de boucles d’oreille pour les hommes, ni de cheveux longs, il fallait également un habillement passant inaperçu dans les milieux populaires. Les militants se fréquentent entre eux et ne connaissent pas d’autres horizons. Le style était rigoureusement conservateur sur le plan des mœurs. À la LCR, il était au contraire décadent, avec le culte de l’amour libre, du style de vie hédoniste, etc. Les deux ne pouvaient pas s’entendre pour cette raison même.

Lutte Ouvrière n’est aujourd’hui, évidemment, que l’ombre d’elle-même. Elle cède à la pression du capitalisme moderne ; elle est par exemple prête aujourd’hui à la légalisation du cannabis, que jamais elle n’aurait accepté de par le passé. Son accentuation militante sur la clandestinité a disparu : pour connaître la liste des cadres, il suffit de regarder les listes électorales, et même les tracts donnent des numéros de téléphone. Le ton n’est pas du tout triomphaliste et il est clairement expliqué qu’il faut tenir en attendant des temps meilleurs.

Les gens qui votent pour Lutte Ouvrière ne s’intéressent la plupart du temps pas à tout cela. Il y a toujours un vote très à gauche en France, quelle que soit la liste. C’est histoire de montrer l’attachement à une affirmation révolutionnaire. Ce faisant, ce n’est pas politique, c’est romantique. Cela a sa dignité, évidemment. On peut dire qu’on veut la révolution et ne pas trouver d’espace politique pour aller de l’avant. On vote alors pour le symbole. Lutte Ouvrière dit elle-même que voter pour sa liste, c’est faire le témoignage qu’il faut faire avancer la cause des travailleurs.

Certains diront que si la liste faisait 10 % cela aurait un sens, et qu’avant c’était plus facile dans tous les cas, car il y avait une Gauche. Les mauvaises langues diront que justement de tels gauchistes n’ont jamais pu vivre qu’à l’ombre des grands partis de gauche, des gouvernements de gauche. Il y au moins une part de vérité. Mais inversement, Lutte Ouvrière a été totalement oublié par les listes de gauche aux européennes. Personne n’a essayé de discuter avec elle, même si on connaît le résultat d’avance. Lorsque les médias ont mis Lutte Ouvrière de côté pour le grand débat, personne ne les a soutenus, et pourtant Lutte Ouvrière a en France plus de légitimité, même électorale, que Génération-s de Benoît Hamon.

Le choix de voter pour Lutte Ouvrière dépend donc d’une certaine mise en perspective. On peut dire qu’on fait un vote témoignage et cela d’autant plus si on apprécie la démarche de Lutte Ouvrière, ou même si on se dit, qu’au moins, il y a quelqu’un pour qui le mot ouvrier n’est pas un gros mot ! On peut aussi voter pour une autre liste, qui elle fait par contre de la politique et ne dit pas la même chose à chaque élection. En espérant ainsi que les choses se décantent. Évidemment, on peut aussi malheureusement ne pas voter, en considérant qu’il faut une remise à plat et que là on ne fait que contourner les problèmes.