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Société

Boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar ou vendre son âme

C’est une question de principes.

Sur les huit stades qui accueillent la Coupe du monde de football 2022, un seul existait avant la désignation du Qatar en 2010 comme organisateur. Le Qatar, c’est globalement la taille de la Corse, dont essentiellement du désert. En termes de population, c’est équivalent au département du Nord, avec environ 2,5 millions d’habitants.

Il a donc fallu, en douze ans, construire sept stades internationaux, de manière totalement artificielle, à grand renfort de main-d’œuvre étrangère. Elle est essentiellement asiatique, d’Inde, du Bangladesh, du Népal, du Sri Lanka ou du Pakistan, et a choisi de venir s’y faire exploiter dans des conditions très difficiles, notamment de chaleur.

Il fait tellement chaud au Qatar qu’il a fallu décaler la Coupe du monde à la fin de l’année. Dans un premier temps, il avait été envisagé de climatiser ces stades à ciel ouvert pour organiser des matchs par 40°C minimum. Ces systèmes de climatisations ont malgré tout été installés sur 7 des 8 stades, mais ils ne devraient que peu servir avec des températures attendues autour de 25°C ; leur existence en dit néanmoins très long sur le mépris de la nature par les organisateurs de cette compétition, tant de la Fifa que du Qatar.

Le plus grand est le stade Lusail, dans la ville éponyme sortie de terre pour l’occasion. Il fait 80 000 places.

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Doha, il y a le stade Al-Bayt, qui fait 60 000 places et a été construit en forme de tente de bédouins.

Les autres stades construits pour l’occasion ont tous une capacité de 40 000, soit plus que la plupart des stades de Ligue 1 en France.

Le stade Al-Janoub est quant à lui censé représenter les coques de bateaux de pêche perlière des côtes de la péninsule arabique.

Le stade Education City à Doha reprend la forme d’un diamant.

Le stade Ahmed Ben Ali a vu une ligne de métro spécialement édifiée pour le desservir, aux portes du désert.

Le stade Al-Thumama a une forme représentant la taqiyah, le couvre-chef traditionnel des hommes.

Le stade Ras Abu Aboud a été fabriqué avec des conteneurs de marchandises.

Le stade international Khalifa, qui existait auparavant, a été entièrement remodelé et a également une capacité de 40 000 places.

Tout cela est grotesque, et insupportable pour qui n’a pas encore totalement vendu son âme au diable capitalisme. Tant écologiquement que culturellement, construire tous ces stades dans un si petit pays, de surcroît désertique, qui plus est sans aucune dimension populaire par rapport au football, est inacceptable.

Tout comme il est inacceptable d’avoir des bâtiments aussi grotesques, sans saveur, qui sont d’ailleurs maintenant la norme partout dans le monde, y compris en Europe.

Il n’y a que les gens cyniques et désabusés, ayant totalement accepté leur condition de rouage du capitalisme tournant à plein régime, pour se dire que ce n’est pas pire qu’autre chose et suivre cette Coupe du monde.

Pour les autres, pour ceux qui refusent de vendre leur âme, boycotter cette Coupe du monde est une évidence. Cela ne changera pas le monde, cela ne changera même rien à la terrible marche du monde. Mais c’est bien la moindre des choses.

On se rappellera au passage que la question se posait exactement en les mêmes termes pour les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin, tout aussi odieux, artificiels et contre-nature. Il était juste de les boycotter, comme il est juste de ne surtout pas regarder de match ni s’intéresser à ce mondial 2022 au Qatar… Sauf pour diffuser une réelle critique du capitalisme.

Le fameux « mur jaune » des supporters du Borussia Dortmund en Allemagne.
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Société

Le tiers-monde, l’occident et la coupe du monde 2022 au Qatar

Il y a un phénomène à bien comprendre.

La coupe du monde de football 2022, qui a commencé le 20 novembre 2022, est la cible d’innombrables critiques en France depuis plusieurs semaines, avec une montée en puissance au fur et à mesure qu’on s’est rapproché de l’événement.

Ces critiques portent principalement sur les conditions de vie des travailleurs, qui sont par ailleurs des immigrés dans un pays porté par les exportations de gaz et dont la population d’origine est minoritaire, vivant dans une bulle sécuritaire, religieuse et dorée.

Tout cela est très juste et doit être dit, tout comme doit être souligné le caractère anti-écologiste de la construction de stades géants dans un pays où d’ailleurs le football n’existe pas réellement.

Il est cependant un aspect essentiel qu’il faut comprendre et qui, osons le dire, est sans doute l’aspect principal de la question. C’est que les critiques sont, en très grande partie, hypocrites.

Ce à quoi on assiste, c’est à un déferlement de « moralisme » servant les intérêts du capitalisme occidental contre un capitalisme concurrent venant du tiers-monde.

Doha, la capitale du Qatar

L’organisatrice de la coupe du monde, la FIFA, n’a pas attendu 2022 pour être une machine à profit, tout comme le football n’a pas attendu 2022 pour être « moderne » et tout autant une machine à profit.

Ce qui se passe, c’est qu’un capitalisme – le plus souvent bureaucratique – concurrent se développe à pas de géants, ou s’est développé en tout cas depuis 2020. Le Qatar fait partie de ce capitalisme, d’où sa capacité à organiser la coupe du monde, de manière artificielle.

La FIFA, qui vise le profit, trouve ça très bien, et cet arrière-plan explique les propos de son président Gianni Infantino le 18 novembre 2022 en conférence de presse :

« Pour ce que nous, les Européens, avons fait au cours des 3 000 dernières années, nous devrions nous excuser pour les 3 000 prochaines années avant de donner des leçons de morale aux autres. »

Gianni Infantino à la conférence de presse

La ligne idéologique de ces propos de Gianni Infantino est exactement la même que celle de Vladimir Poutine en octobre 2022 au « club Valdai », qu’on trouve dans la revue PDF « Crise » de ce mois-ci avec une présentation du G20 de Bali comme étant celui du début de la « fin de l’occident ».

L’occident serait égoïste, il veut tout garder pour lui, il critique de manière hypocrite ceux qui cherchent à se développer, etc.

Car c’est de cela qu’il s’agit désormais : il y a deux blocs, les pays occidentaux d’un côté, le bloc sino-russe de l’autre, avec les pays du tiers-monde s’alignant largement désormais sur le second. Ces pays espèrent que la perte de l’hégémonie par les États-Unis leur donneront plus de marge.

Il faut donc passer les critiques de la coupe du monde 2022 au Qatar par le prisme de ce phénomène. Les fans du club de football du Hertha Berlin disent ainsi qu’aucun d’entre eux ne peut la regarder, par principe, mais ils ne disent rien contre le fait que leur club appartienne en majorité au multimillionnaire Lars Windhorst.

Ils sont surtout choqués par un « autre » capitalisme, qui n’est pas le leur, ce qu’on retrouve dans bon nombre de dénonciations des clubs richissimes de Manchester City et du Paris Saint-Germain. Les fans du Bayern Munich haïssent par exemple le club pour eux fictif du Red Bull Leipzig, mais leur propre entraîneur Julian Nagelsmann a été acheté à Leipzig 25 millions d’euros et gagne 7,5 millions d’euros par an.

Le football est totalement rongé par le profit, mais pour les fans consommateurs avant tout, c’est toujours le capitaliste concurrent du sien qui est le mauvais, sauf évidemment pour les clubs trop petits pour le capitalisme et qui le resteront toujours.

Un visuel du mouvement porté par les fans des petits clubs « contre le football moderne » avec le personnage prolétarien d’Andy Capp tiré d’une bande dessinée britannique décrivant son quotidien en quelques cases

Surtout, la coupe du monde se déroulant pour la première fois en fin et non en milieu d’année, cela provoque une déstabilisation massive de l’environnement capitaliste du football occidental ou plus exactement européen.

C’est vrai pour d’autres championnats, mais il n’y a que dans les pays européens que c’est aussi massif financièrement. La coupe du monde 2022 modifie le calendrier, casse le rythme de la saison, bref dérange la marche normale de ce capitalisme là – au profit d’un autre capitalisme.

Cela fait que, si on regarde bien, on doit se méfier grandement de la dénonciation de la coupe du monde de football 2022. Il y a lieu de critiquer la substance de cette dernière, mais si c’est pour finalement opposer un capitalisme à un autre, ce n’est pas une critique socialiste, c’est une critique national-socialiste.

Ce qui ramène à un point de vue essentiel qu’il faut avoir : la « mondialisation » unilatérale, qui n’a jamais été que tendancielle d’ailleurs, est bien terminée. Il y a désormais des blocs. La dénonciation de la mondialisation en général est d’autant plus démagogique.

Là est la grande difficulté : critiquer le capitalisme, sans tomber dans une dénonciation de la mondialisation servant l’occident ou bien le bloc sino-russe. D’où l’importance de l’économie politique.

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Écologie

Jets privés: Kylian Mbappé s’est brutalement coupé de la société française !

Dis moi ton emprunte carbone, je te dirais qui tu es ?

En pouffant de rire à propos des voyages en avion privé, le joueur de football Kylian Mbappé a fait une très grosse erreur : la condescendance.

C’est quelque chose qui ne passe pas du tout dans la société française. Autant on peut reprocher aux Français d’être hypocrites (faites ce que je dis, pas ce que je fais), autant ils n’acceptent pas d’être pris de haut par des gens qui assument de n’en avoir rien à faire des autres et des préoccupations collectives.

On est en France quand même, un pays avec une haute exigence historique !

A l’origine, il y a une question banale en conférence de presse de la part d’un journaliste à propos de la possibilité de prendre le train pour se déplacer à Nantes depuis Paris, plutôt que d’affréter un avion privé. L’entraîneur du Paris Saint-Germain a eu un comportement de beauf tout à fait exemplaire en méprisant la question, puis en répondant de manière provocante qu’il était envisagé par le PSG de se déplacer en char à voile.

Sa réponse est indigne et ce genre de personnage aura intérêt à bien se cacher le jour où le peuple prendra les armes pour faire table rase du passé. C’est typiquement le genre de tête que beaucoup de gens voudront faire tomber. Mais, au fond, c’est assez anecdotique, car le fait que Christophe Galtier soit un beauf n’aura surpris personne, et d’ailleurs personne n’attendait quoi que ce soit de lui.

C’est bien différent en ce qui concerne Kyllian Mbappé, qui aux côtés de son entraîneur a explosé de rire de manière dédaigneuse. Déjà, car celui-ci est jeune et on pouvait s’attendre à un minimum d’intérêt pour la question. Ensuite, car il a un statut de part sa carrière de footballeur et son rôle majeur en équipe de France. D’autant plus que Kylian Mbappé n’est pas connu comme étant quelqu’un de stupide. Au contraire, sa maturité est louée depuis ses 17 ou 18 ans, sa communication est toujours bien maîtrisée et il apparaît comme quelqu’un de raisonnable et pas (trop) déconnecté du monde réel. Que cela soit de la mise en scène ou non ne change rien à l’affaire, car c’est bien entendu l’image qui compte ici.

En termes d’image, Kyllian Mbappé a donc renvoyé celle d’un jeune tellement pourri gâté qu’il n’imagine pas une seconde de ne pas se déplacer en jet privé, au point d’exploser de rire à l’évocation de cette idée. Cela a choqué, bien entendu. Cela a méchamment choqué, même.

On en revient ici à l’hypocrisie des Français. En France, les footballeurs peuvent bien être aussi riches qu’ils le veulent, avoir des grosses voitures, se pavaner sur un voilier à l’autre bout du monde pendant la coupure hivernale, cela ne dérange pas. Par contre, il faut savoir se tenir et y mettre du sien quand il s’agit de faire bonne figure, surtout pour les stars. C’est le (modeste) prix à payer, étant considéré que c’est bien la moindre des choses.

C’est là qu’a pêché Kyllian Mbappé, assumant en fait totalement sa position de nanti coupé de la société française et de ses préoccupations. D’ailleurs, la suite de la conférence est moins connue, mais encore plus révélatrice de cette attitude détestable :

« – Et vous, sur les jets privés Monsieur Mbappé ?

– Comment ?

– Sur les jets privés. Vous, vous en pensez quoi ?

– Oh je pense rien ! [Il rigole encore avec dédain et quitte la conférence de presse sans même dire au revoir]. »

C’est comme s’il avait dit le Covid je m’en fiche, ou bien la crise énergétique ne m’intéresse pas je continuerai à mettre le chauffage à 25°C cet hiver et à chauffer ma piscine privée. Qu’il pense et fasse cela ne dérange pas les français… tant qu’il ne s’étale pas et fait au moins semblant de faire attention !

Cela paraît absurde, totalement hypocrite. Ça l’est en grande partie. Mais au fond, c’est plus subtil que cela en a l’air. Il y a l’idée, tout à fait française, que la volonté transforme la réalité matérielle, et que donc les personnalités ont cette responsabilité de prêcher la bonne parole pour faire changer les mentalités… Dialectiquement, les choses sont censées alors évoluer dans le bon sens, petit à petit, sans brusquer le quotidien.

C’est l’idée des « Restos du Cœur ». Les chanteurs de variété française sont pleins aux as et ont une vie décadente, mais c’est accepté tant qu’ils prétendent donner à manger aux pauvres et éradiquer la faim dans le pays.

Ce qui est marquant ici en tous cas, c’est de voir que l’écologie fait partie des préoccupations françaises dorénavant. On est encore loin du compte, évidemment. Par exemple, tout le monde critique la coupe du Monde au Qatar en novembre prochain avec ses stades climatisés en plein désert, mais personne n’a appelé l’équipe de France à ne pas s’y rendre.

On est très loin du compte aussi quand on entend le président de la République raconter que « la chose la plus efficace » en terme de sobriété énergétique « est de baisser un peu la clim »…

On est encore très loin du compte, mais les Français savent au moins maintenant sur qui il ne faut pas compter pour avancer. Les superstars médiatiques tels que Kylian Mbappé n’apportent rien à la société française et ce n’est pas là qu’il faudra chercher de la substance.

C’est au plus profond des couches populaires, dans le quotidien le plus évident, qu’on trouve en réalité le plus de dignité et de force pour avancer. C’est cela le grand enseignement historique de la Gauche, et c’est vers cela que se tourneront les Français quand ils chercheront de la cohérence plutôt que leur hypocrisie maladive.

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Société

Stade de France : faillite de l’État et indécence du ministre de l’Intérieur

La France s’enlise.

La France, qui plus est dans sa région capitale où vivent plus de 12 millions de personnes, s’est avérée incapable d’organiser un simple match de football avec quelques dizaines de milliers de supporters anglais et espagnols.

Rappelons que ce match, qui est chaque année en Europe le match de football le plus prestigieux de la saison, a commencé avec 37 minutes de retard, alors que des milliers de supporters du Liverpool FC n’étaient toujours pas dans l’enceinte. Ce n’est qu’à la toute fin de la première mi-temps, soit 1h30 après l’heure prévue du début de la rencontre, que tous (ou presque) les possesseurs d’un billet étaient à leur place.

Quelle débandade pour la France, qui s’imaginait récolter les lauriers en organisant ce match prévu initialement à Saint-Pétersbourg, mais relocalisé en raison de l’invasion russe de l’Ukraine.

Rien n’allait ce soir-là : les stadiers étaient extrêmement peu nombreux, avec aucun d’entre eux pour guider les gens. La communication visuelle pour l’accès aux différentes portes du stade était faible ou inexistante, d’ailleurs des portes étaient fermées sans information pour les personnes concernées, et de nombreux tourniquets ont été mis hors service par le passage de faux billets (ou en tous cas supposément faux).

Les témoignages expliquant cela sont innombrables. La presse étrangère s’en régale tellement c’est une occasion en or de clouer le bec aux Français traditionnellement si arrogants. Mais il n’y a pas que cela : il y a dans la presse étrangère, qui reflète (de manière imparfaite et désorientée) l’opinion publique de chaque pays, un haut le cœur face à un tel plantage.

Car évidemment, personne n’est à l’abri et chacun des voisins de la France sait être aussi concerné par cet genre de ratage accompagnant et renforçant la crise du capitalisme. Certes, il y a le plaisir (tout à fait compréhensible) de critiquer les Français, mais il y a aussi et surtout un profond dégoût pour ce qui menace toutes les sociétés capitalistes avancées, c’est-à-dire le chaos.

De quoi tout cela est-il le nom, si ce n’est d’un capitalisme à bout de souffle, incapable de fournir la main d’œuvre suffisante à un événement de masse, ni d’assurer la fiabilité de ses opérations, et s’enfonçant alors dans le désordre ?

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a affirmé lors d’une conférence de presse où il était sommé de s’expliquer sur la situation que :

« Le mal à la racine à l’origine [sic] de la situation samedi soir : une fraude massive et industrielle. »

C’est faux. Le mal à la racine est l’absence de stadiers suffisamment nombreux et formés, combiné à un système défaillant de lecture des billets. C’est une réalité peu connue, mais qui va l’être de plus en plus : la France peine à recruter du personnel de sécurité fiable, voire à en recruter tout court.

Plus personne ne veut faire cela, tellement c’est devenu un métier insupportable et dangereux, en raison de l’agressivité qui se généralise, ainsi que de la violence systématique. La solution a été de compter sur des immigrés censés être moins regardants, mais eux non plus ne veulent plus, ou pas à ce prix-là.

Et comme dans le même temps, en raison du capitalisme, il y a de plus en plus de marchandises et de flux à surveiller, alors cela engendre un manque flagrant de personnel.

C’est cela le premier problème du Stade de France samedi 28 mai 2022. Alors les forces de l’ordre, comme d’habitude, ont dû compenser comme elles pouvaient en mettant la pression. Cela n’a fait qu’empirer la situation, car les supporters (essentiellement du côté anglais) se retrouvaient pris dans des goulots d’étranglement en raison des dispositifs policiers, ce qui gênait les flux.

Puis, quand tout cela a dégénéré, la police a dû employer (relativement) la force, surtout du gaz lacrymogène, pour gérer la foule, une foule forcément en colère de ne pas pouvoir entrer au stade malgré le billet (payé au prix fort qui plus est).

C’est alors que des bandes de délinquants et criminels, soit des jeunes venant des quartiers environnants, soit des migrants des bidonvilles autour du périphérique, sont venus enfoncer le clou de cette ambiance de chaos : tabassage, coups de couteau, et vol de téléphone, de billet, de papiers d’identité, etc. Certaines images et récits de ces razzias sont effroyables, c’est particulièrement vrai dans la presse espagnole qui en a beaucoup parlé.

Mardi 31 mai, six personnes ont été jugées en comparution immédiate à Bobigny pour ces actes, alors que 48 personnes avaient été placées en garde à vue pour ces mêmes motifs.

Il ne faut pas s’en étonner. Le département de la Seine-Saint-Denis relève clairement du tiers-monde et se rapproche toujours plus du Bronx des années 1980 et 1990. C’est ce qu’avait rappelé il y a peu l’ancien football Thierry Henry, qui est un célèbre consultant à la télévision outre-manche :

« Techniquement, faites attention, le stade est situé à Saint-Denis. Saint-Denis, ce n’est pas Paris. Croyez-moi, vous ne voulez pas être à Saint-Denis, ce n’est pas la même chose que Paris… »

Il aurait fallu des moyens importants pour encadrer et assumer un tel événement en Seine-Saint-Denis, défini par Emmanuel Macron comme « la Californie sans la mer ». Mais la France en est manifestement devenue incapable.

Et autre signe des temps, de la décadence de l’État : l’attitude abjecte du ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin aurait dû immédiatement être démis de ses fonctions après un tel raté. Au contraire, celui-ci persiste et signe pour expliquer qu’il a tout bien fait, mais que tout est la faute des britannique qui se sont mal comporté :

« Il n’y a singulièrement que dans le football et avec certains clubs anglais qu’il y a ces événements »

On est là dans le populisme pour faire peur aux gens ayant en tête les hooligans d’il y a trente ans, alors que désormais le football anglais est totalement encadré et policé. Le hooliganisme anglais, avec ses groupes de choc, n’existe plus, à part éventuellement dans les divisions inférieures et encore.

En cause également selon le ministre de l’Intérieur, 30 000 à 40 000 supporters du Liverpool FC avec des faux billets ou sans billet, et 70% des billets présentés au pré-filtrage qui étaient faux. Ce chiffre est délirant, et n’est corroboré par rien du tout d’officiel. Comme si 30 000 à 40 000 fraudeurs refoulés du stade aurait pu disparaître par enchantement !

Car les abords du stade étaient vides une fois tout le monde rentré à l’intérieur vers 22h30, alors personne ne peut croire un tel chiffrage absolument gigantesque. Il faudrait d’ailleurs des moyens industriels pour un tel déploiement de faux billets et les polices anglaise et française auraient forcément vu quelque-chose en amont, aussi faibles soient-elles.

D’après l’AFP et RMC Sport, la Fédération française de football (organisatrice de l’événement pour le compte de l’UEFA) a pour sa part donné un tout autre chiffre lors d’une réunion lundi au ministère des Sports : 2 800  faux billets.

Et encore que cela inclut probablement un grand nombre de bugs des machines elles-mêmes. Un de joueurs du match, l’Ecossais Andy Robertson, a lui-même raconté avoir donné des billets à des proches, qui ont été considérés comme falsifiés, alors qu’ils étaient vrais.

Ce qui s’est passé samedi 28 mai 2022 aux abords du Stade de France à Saint-Denis est très significatif. C’est l’expression de manière crue d’une réalité qui est en cours depuis des années, mais qui s’est définitivement installée avec la crise sanitaire : la France est devenue une société en décomposition, avec un capitalisme qui se casse la figure, avec une puissance publique de moins en moins capable d’organiser le vivre-ensemble.

Et malgré que tout le monde soit conscient de cette réalité, tout le monde continue de faire semblant… pour l’instant.

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Politique

Le FC Bandera, un club à l’identité nationaliste ukrainienne à Paris

Une association culturello-politique au service du bandérisme en France.

Il y a en France une population ukrainienne, vivant principalement dans les grandes villes. Celle-ci, comme toutes les minorités nationales en France s’organise culturellement, associativement, dans l’idée de se métisser tout en gardant une part de culture nationale d’origine. Cependant il arrive, comme pour d’autres minorités nationales, qu’il y ait une frange ultra, qui consiste en une expression d’un nationalisme exacerbé. C’est là ce que représente le FC Bandera.

Cette équipe de football parisienne est à la gloire du collaborationniste ukrainien Stepan Bandera. Il est une figure érigée par les ultra-nationalistes ukrainiens en héros national. Elle évolue en Commission Football Loisir, c’est un championnat dans un esprit associatif, de loisir.

Le club de football est aux couleurs de l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) , structure armée pro-nazi, anticommuniste et antisémite. L’UPA a massacré les Polonais en Volhynie, participé aux côtés des nazis à la Shoah, et a tenté de liquider les partisans soviétiques.

Il existe aujourd’hui en Ukraine toute une frange du fascisme ukrainien qui se revendique de Bandera et de son héritage, c’est notamment Pravy Sektor (secteur droit).

Sur le site est fièrement affiché le slogan, le salut en fait, du milieu nationaliste ukrainien: « Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux Héros ! » «  Слава Україні! Героям слава! » L’un dit « Gloire à l’Ukraine », l’autre personne répond « Gloire aux héros ».

Les joueurs posent avec le drapeau ukrainien et la bannière bandériste avant les différents matchs disputées en CFL. Le maillot des joueurs est fait par l’équipementier polonais Gera, et le sponsor de l’équipe n’est autre que l’entreprise de BTP du président du FC Bandera, étant lui-même un notable dans la diaspora ukrainienne à Paris.

Sur le groupe Facebook du club il y a plus de 1000 membres, et sur le Facebook personnel du président du club, des partages de l’ancien conseiller du ministère de la Défense qui détient un média suivi en Ukraine, mais aussi de la propagande de Pravy Sektor (le secteur droit). Parmi ses mentions « j’aime », de la propagande nationaliste, des médias pro-américains comme radio svoboda mais aussi des groupes armés comme UNA (Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense ukrainienne).

Le club est une véritable association culturello-politique au service du bandérisme en France, il organise aussi des soirées pour ses membres et des sorties. C’est par le biais culturel que se développe le nationalisme chez ses joueurs.

Cela témoigne bien sûr d’un esprit au sein de la diaspora ukrainienne en France, au-delà du club. Il y a par exemple chaque année les commémorations de l’ « Holodomor » organisées par les nationalistes ukrainiens.

La vision passéiste de l’Ukraine avec la glorification d’un traître à la culture ukrainienne qu’est Bandera ne peut à terme que renforcer l’escalade vers la Guerre en Ukraine, en mobilisant y compris ici, en France, la diaspora ukrainienne vers un nationalisme exacerbé. Cela prépare les Ukrainiens en France à laisser l’Ukraine être un pion au service des États-Unis contre la Russie et ses rêves impérialistes. De fait, en mettant en avant Bandera comme symbole du club, cela l’inscrit dans la lignée des clubs fascistes, et donc militaristes.

Il existe pourtant une culture ukrainienne progressiste et populaire. Les ukrainiens de France ne doivent pas tomber dans le panneau proposer par le club FC Bandera qui n’est qu’une antenne culturelle du fascisme ukrainien. Les peuples d’Ukraine et de Russie sont des peuples amis, ayant une base culturelle commune.Paix entre nous, guerre aux tyrans.

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Écologie

Adidas et l’Ajax Amsterdam mettent des oiseaux en cage

Il ne suffit pas d’avoir l’air moderne, il faut l’être vraiment.

Depuis 20 ans, la marque Adidas est l’équipementier de l’Ajax, le fameux club de football d’Amsterdam. Cette saison, il a été décidé de marquer le coup en proposant un maillot dédié à Bob Marley.

C’est plutôt bien vu a priori, d’autant plus que cela ne tombe pas du ciel puisqu’il y a toute une tradition (bien que récente) derrière ce choix. Un très grand soin a donc été apporté à la réalisation d’un clip de promotion. C’est aérien, c’est moderne, cela donne envie… Mais le clip se finit sur l’image de trois oiseaux en cage, ce qui gâche littéralement tout.

Mettre des oiseaux dans une cage, c’est ni plus ni moins que de la maltraitance animale. C’est une véritable torture et on se demande pourquoi en 2021 cela n’est pas strictement interdit. D’autant plus dans un clip de promotion commercial se voulant moderne, avec des valeurs censées être positives, universelles, etc.

Il faut rappeler ici que l’Ajax Amsterdam est un club de football à l’identité très forte, tant de part son jeu que par l’attitude de ses supporters. Ils sont connus pour mettre en avant une identité juive et cosmopolite-urbaine, directement liée au traumatisme de l’holocauste. Une partie importante des habitants de la ville étaient juifs et ont été exterminés par les nazis.

Aujourd’hui encore, les supporters ultra de l’Ajax se surnomment eux-mêmes « joden » (juifs) et mettent en avant des symboles liés au judaïsme, alors qu’au contraire des hooligans d’autre clubs assument un antisémitisme provocateur des plus abjects, jusqu’à imiter le bruit de chambres à gaz…

Ce n’est donc pas pour rien que les supporters du club se sont finalement trouvé une affection collective pour Bob Marley et sa chanson « Three little birds », qui est un hymne universel et pacifiste bien connu (avec son fameux refrain « Don’t worry about a thing, ‘Cause every little thing gonna be all right »).

Cela part d’une anecdote en 2008 lors d’un match amical à l’extérieur contre le Cardiff City FC aux Pays de Galles. Le DJ gallois Ali Yassine avait pour mission de faire patienter les supporters ajacides et il a joué cette fameuse chanson, qui fut immédiatement reprise en cœur.

Plus tard, il expliquera :

« J’avais l’habitude de jouer de la guitare dans un groupe de reggae et j’ai toujours trouvé que l’Ajax était un beau club. L’une des raisons [au fait d’avoir joué « three little birds »] est l’amour qu’Amsterdam a pour le reggae, mais aussi à cause du football total. Une fois que j’ai su que nous jouerions un match amical contre l’Ajax, j’ai décidé de jouer du reggae autant que possible. »

Depuis, la chanson est jouée à la mi-temps des matchs à la Johan Cruyff Arena, le stade de l’Ajax. Il y a même eu en 2018 un fils de l’artiste jamaïcain, Ky-Mani Marley, qui est venu chanter avec tout le stade lors d’un match.

On notera également que Robert Nesta Marley était lui-même un grand amateur de football. Par exemple, à l’occasion d’un concert à Nantes en 1980, il était venu rencontrer les joueurs du FC Nantes à l’entraînement, le club étant à l’époque très réputé.

Tout cela pour dire que l’Ajax d’Amsterdam et la marque Adidas passent ici vraiment à côté de quelque chose en mettant trois oiseaux en cage dans le clip. Cela n’a d’ailleurs aucun rapport avec la chanson, qui parlent de trois oiseaux volant à la fenêtre le matin pour chanter un message positif. Il ne s’agit évidemment pas d’oiseaux en cage.

Les anecdotes sont d’ailleurs nombreuses à ce sujet. Certains prétendent que Bob Marley avait l’habitude de voir trois canaris se poser et chanter à la fenêtre de sa maison à Hope Road. D’autres disent que c’est une référence à I Threes, (« je suis trois »), un groupe féminin (dont la femme de Bob Marley) qui chantait les chœurs de ses premières chansons. D’autres encore prétendent qu’il s’agit d’une référence religieuse avec le soleil levant représentant Dieu et les trois oiseaux représentant la Sainte trinité (le père, le fils et le saint esprit).

On peut également regarder le clip original de la chanson, qui montre un loup voulant manger un cochon, mais qui finalement devient ami avec lui, alors que trois oiseaux, bien évidement libres, viennent chanter à plusieurs reprises.

À aucun moment il n’est donc question d’oiseaux en cage ; le clip promotionnel d’Adidas et de l’Ajax est ici une très grosse erreur, en plus d’être une faute morale vis à vis des animaux. C’est une faute d’autant plus absurde que cela ne colle pas avec le dessin sur le maillot, très bien vu, où l’ont voit justement trois oiseaux posés sur chacun des trois « x » représentatifs d’Amsterdam.

À notre époque, la question animale est absolument incontournable. On ne peut plus mettre les animaux de côté si l’on a une vocation pacifiste, universaliste, positive. Voir trois oiseaux dans une cage lors d’un hommage à Bob Marley est donc aussi cruel que ringard. C’est en dehors du temps. Et c’est un symbole de toute la limite que le capitalisme impose aux avancées historiques nécessaires.

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Politique

L’affaire du maillot de football ukrainien

Un mot d’ordre fasciste sur le maillot reflète un véritable problème de fond.

Le championnat d’Europe de football se tient en juin 2021 et l’équipe d’Ukraine utilise pour ce faire un nouveau maillot, ce qui est la règle, à la fois traditionnelle et commerciale. Une partie de son territoire étant occupée par la Russie, l’Ukraine en a profité pour présenter une carte du pays sur le maillot, en respectant évidemment les frontières conformément au droit international, montrant donc fort logiquement comme territoire ukrainien le Donbass (occupé par les séparatistes pro-Russie) et la Crimée (occupée et annexée par la Russie).

Seulement voilà, le régime ukrainien est sur une base fanatiquement anti-russe, anti-gauche, et s’est permis une provocation tout à fait banale pour lui, mais inacceptable pour l’UEFA, l’organisme international du football, qui s’est empressé de demander à ce qu’il soit mis un terme à cela, une fois compris l’ampleur du désastre. La Russie avait également mis de l’huile sur le feu, et pour cause.

Le col du maillot contient en effet deux mots d’ordre : « Gloire à l’Ukraine! » et « Gloire aux héros! ».

Or, ces deux slogans sont ceux des troupes fascistes ukrainiennes ayant soutenu l’invasion nazie de l’URSS. C’est là qu’on voit la catastrophe qu’est le régime ukrainien, corrompu et passé sous la coupe des États-Unis.

« Gloire à l’Ukraine! » (Slava Ukraini!) est initialement un mot d’ordre patriotique, provenant d’un poème de l’auteur national ukrainien Taras Chevtchenko. Les fascistes ont récupéré ce mot d’ordre, en y ajoutant un second, « Gloire aux héros » (Heroiam slava!). On parle ici de « l’Organisation des nationalistes ukrainiens » (OUN) fondée en Autriche en 1929, qui mettra ensuite en place une Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) convergeant avec l’Allemagne nazie.

C’est à la fondation de l’UPA que les deux mots d’ordre sont devenus des salutations : la première personne dit « Gloire à l’Ukraine », la seconde « Gloire aux héros », ou bien simplement « Gloire! » et « Gloire », avec d’ailleurs le salut romain comme norme, dans la tradition fasciste. Après 1945, les deux mots d’ordre furent interdits en URSS ; après l’effondrement de l’URSS en 1991 et jusqu’à la fin des années 2000, il y a ensuite une montée en puissance en Ukraine de « Gloire à l’Ukraine! », qui s’installe vraiment à partir des années 2000 et est devenu en 2018 la salutation militaire courante.

Les années 2010 ont également été marquées par une association toujours plus grande de ce mot d’ordre à « Gloire aux héros », notamment depuis l’Euro-Maïdan et l’activisme effréné de l’extrême-Droite, notamment de l’organisation « Svoboda » (Liberté).

L’affirmation de ces mots d’ordre sur le maillot national est donc terrible, cela reflète la main-mise toujours plus grande d’une idéologie nationaliste fantasmagorique sur l’Ukraine. C’est le triomphe d’un fanatisme délirant, où le mal consiste en ce qui est russe ou socialiste. La Russie n’a pas de mal, malheureusement, à en profiter pour sa démagogie visant à justifier son expansionnisme. C’est une situation insupportable pour les démocrates et le peuple ukrainien.

Et surtout cela fait du peuple ukrainien de la chair à canon alors que les Etats-Unis et l’OTAN comptent faire s’effondrer le régime russe.

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La sélection de Karim Benzema pour l’Euro 2020 ou le triomphe de l’opportunisme

Didier Deschamps a pendant longtemps campé fermement sur ses positions au sujet de la sélection de Karim Benzema… avant de finalement céder, car l’opportunisme est partout dans la société française des années 2020 pourrie par le capitalisme.

Le footballeur Karim Benzema est du genre à s’afficher sur Instagram avec une Rolex en or rose 18 carats, dont le prix équivaut à plus de deux ans de SMIC. C’est un personnage vulgaire dont les attitudes, les comportements, les propos, les fréquentations, sont détestables, et détestés.

Il y a eu la sordide affaire de la « sex tape », une tentative d’extorsions de fonds envers un autre joueur de football (l’affaire sera jugée en octobre 2021). Il y a eu l’affaire de la mineure prostituée Zahia (il a finalement été relaxé), il y a eu le crachat juste à la fin de la Marseillaise qui était jouée lors d’un match de football quelques jours après les attentats de novembre 2015 à Paris. Il y a eu l’apparition dans l’immonde clip de gangsta-rap Walabok de Booba.

Mais le summum avait été atteint en juin 2016 lorsque Karim Benzema avait de manière honteuse et lâche insinué que Didier Deschamps ne le sélectionnait pas… car il aurait « cédé à une partie raciste de la France ». C’était d’autant plus honteux que Karim Benzema avait lui-même expliqué quelques années auparavant se sentir algérien et n’en avoir rien à faire de l’équipe de France, ne faisant qu’un choix purement opportuniste sur le plan sportif.

Ses accusations de racisme avaient donc profondément choqué le pays et cela mettait fin, définitivement pensait-on, à sa carrière en équipe de France. En tous cas avec Didier Deschamps aux commandes.
C’est qu’il y a des limites à ne pas dépasser, et c’était là l’indélicatesse de trop de la part d’un jeune homme apparaissant définitivement comme un enfant pourri gâté, indigne d’attention. Didier Deschamps, par honneur personnel, mais surtout pour coller à l’opinion populaire, a donc assumé pendant de nombreuses année de se priver d’un des buteurs les plus efficaces au monde.

Et le président de la Fédération Française de Football, Noël Le Graët, rappelait en 2019 que :

 « Karim Benzema, c’est un très bon joueur, je n’ai jamais mis en doute ses qualités. Au contraire, il montre au Real Madrid qu’il est un des meilleurs joueurs à son poste. Mais l’aventure (équipe de) France est terminée. »

Que s’est-il donc passé en ce mois de mai 2021 pour que tout d’un coup tout cela disparaisse ? Karim Benzema est finalement sélectionné en équipe de France, à la joie de Noël Le Graët, et cela est vu comme une bonne nouvelle, simplement l’aboutissement heureux d’un conflit soi-disant personnel entre lui et le sélectionneur…

Quelle honte, qu’elle manque d’honneur et de fierté de la part d’une société française elle-même pourrie gâtée par le capitalisme. C’est le triomphe de l’opportunisme le plus vil, l’effondrement de toute prétention à incarner des valeurs, des attitudes, un mode de vie, une communauté.

Et dans la population cela ne passera pas. L’écrasante majorité des gens s’intéressant au football français approuvait la mise à l’écart de Karim Benzema, qui se situe d’ailleurs dans la continuité de la mise à l’écart d’autres individualistes talentueux (Nicolas Anelka, Eric Cantona, David Ginola, etc.)

Alors bien entendu, il y a l’espoir de victoire qui neutralise en partie les critiques, pour le moment. Mais les gens conscients comprennent que ce renversement reflète le cynisme contaminant toute la société.

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Communiqué de l’Association nationale des supporters contre le projet de «Super Ligue»

Voici le communiqué de l’Association nationale des supporters contre le projet de « Super Ligue » européenne de football. On y retrouve le style caractéristique des « ultras », les supporters des tribunes les plus investies dans les stades, mais avec une réelle volonté d’être démocratique, d’aller dans le sens populaire le plus large.

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Projet de «Super Ligue»: l’apogée de 30 ans de football moderne

L’annonce par douze clubs de football européens parmi les plus riches d’un projet d’une « Super ligue » fermée est l’aboutissement de tout un mouvement commencé dans les années 1990. C’est ce qu’on appelle le « football moderne », et qui consiste avec de grands moyens financiers à dénaturer le sport pour n’en faire qu’un divertissement lucratif.

Le sport est un phénomène social très complexe et contradictoire. Il a été inventé par la bourgeoisie et l’aristocratie moderniste, mais dans la plupart des cas les classes populaires (voire directement la classe ouvrière) se le sont approprié. C’est toujours la bourgeoisie qui décide et qui oriente le sport dans le sens du capitalisme, mais il y a en même temps dans de nombreux cas des bases populaires influentes, voire très puissantes.

La deuxième moitié du 20e siècle a été une période de grande stabilité pour le capitalisme et cela a laissé de grands espaces à la culture populaire dans le sport. Dans le football, en Europe et en Amérique latine, il a pu se former de véritables traditions populaires autour de très nombreux clubs, principalement dans les grandes villes industrielles.

Il ne faut pas s’imaginer un âge d’or où le football aurait été massif et exempt de toute corruption. Le football de la seconde moitié du 20e a toujours été un phénomène restreint à une minorité (très importante) de supporteurs véritables, et il n’a jamais connu de fonctionnement démocratique.

Toutefois, en raison de sa substance profondément populaire, le football a pris beaucoup d’ampleur et il s’est produit à la fin du 20e siècle une véritable massification. Beaucoup plus de gens se sont mis à regarder le football, à en parler, à y dépenser de l’argent, et il y a donc eu beaucoup plus d’enjeux financiers et étatiques. Et inversement.

Dans les années 1990, le football européen a ainsi pris une toute autre dimension avec des clubs devenant des véritables entreprises insérées dans un marché très agressif et mondialisé. Le tournant décisif a eu lieu au mois de décembre 1995 avec l’arrêt dit « Bosman » rendu par la Cour de justice des Communautés européennes, abolissant le nombre de trois joueurs étrangers maximum par club.

Cette Cour, dont l’existence même est anti-démocratique, a ainsi littéralement changé la donne : le football est devenu officiellement un business comme un autre et les joueurs sont devenus entièrement des marchandises que les clubs peuvent négocier sans contrainte.

Les salaires des plus grands joueurs ont alors explosé de manière indécente, ainsi que surtout le marché des transferts entre les clubs. Cela a produit ce qui se produit toujours avec le capitalisme : une extrême concentration avec une poignée de gros acteurs écrasants de plus en plus la concurrence. Gloire aux plus riches, malheurs aux plus faibles !

Ce phénomène n’est toutefois pas unilatéral, en raison du poids des traditions populaires dans le football. Cela fait que malgré l’hégémonie économique et sportive de quelques clubs disposant de moyens surdimensionnés, il existe toujours une multitude de clubs avec des bases très larges, ou en tous cas relativement larges. Et ces clubs parviennent toujours à exister sportivement, bien que ce soit en général le temps d’une ou quelques saisons, ou alors en assumant de n’exister qu’à la marge, ou dans un « petit » championnat.

Tant l’UEFA (qui gère la Ligue des Champions) que les championnats nationaux doivent ainsi composer avec tous ces clubs, et c’est précisément ce qui dérange la poignée de plus grands clubs voulant créer leur propre ligue fermée. Ces derniers considèrent qu’ils ne reçoivent pas une part suffisamment grande du gâteau des droits télévisés et tentent de s’organiser pour l’obtenir.

Il ne faudrait pas ici se contenter d’une critique populiste en s’imaginant que le problème est simplement que ces gros clubs veulent plus d’argent, juste pour avoir de l’argent. La question se pose beaucoup plus en profondeur.

L’UEFA est directement attaquée par le projet de « Super ligue » fermée, mais elle est également entièrement responsable de la situation. Elle a laissé, pendant 30 années, le marché des transferts s’emballer et les budgets des clubs prendre des proportions délirantes. Si elle l’a fait, c’est qu’elle raisonne de la même manière que les clubs voulant faire leur ligue fermée : elle raisonne en termes de « spectacle » à vendre. La question se pose maintenant pour les plus gros clubs de savoir comment assurer leur train de vie pour les années à venir afin de garantir ce spectacle.

Le turbo-capitalisme n’a que faire de la culture et de l’héritage populaire, il est une machine sans vergogne prête à mettre sur la touche des centaines de clubs en faisant disparaître une compétition devenue traditionnelle, au nom de la production d’un « spectacle » générant des droits télévisés.

C’est le principe même du football moderne, qui à la fois massifie le football dans la société en en faisant un spectacle de haute valeur, et en même temps lui ôte tout romantisme de par l’effacement de l’équité sportive à grande échelle pour des centaines de clubs ancrés historiquement.

Le projet de « Super ligue » pose donc une question existentielle pour le football qui est à un tournant : soit il se soumet entièrement à l’industrie du spectacle et il disparaît en tant que sport à proprement dit ; soit la dimension populaire l’emporte, car il s’est produit quelque-chose de nouveau permettant un nouvel élan sportif. Cela ne pourra pas se faire sans une critique massive et en profondeur de ce qu’est devenu le football ces 30, voire 50 dernières années.

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Diego Maradona, le cerf-volant cosmique

Diego Maradona a été une icône, atteignant un symbolisme religieux porteur des espoirs et des faiblesses populaires. Tout sauf un saint, et pourtant un saint dont l’absence est considérée comme insoutenable pour ceux qui l’ont vu religieusement.

Diego Maradona, décédé le 25 novembre 2020, a fait rêvé et c’est pour cela que sa mort est marquante. En quoi consiste ce rêve ? Pour le comprendre, il faut se tourner vers le football sud-américain, en particulier celui d’Argentine et du Brésil. Il y a une dimension populaire dans le football, dans ces pays, avec une pratique à la fois très large et quotidienne, faisant qu’il y a un côté artistique, profondément joueur, avec beaucoup de talent.

Diego Maradona a incarné cela, à travers qui plus est une personnalité fantasque, et il est un jour qui le consacra : le 22 juin 1986. C’est un jour mythique dans le football. Le cadre, c’est la coupe du monde de football au Mexique, avec le match Angleterre-Argentine, devant 115 000 personnes. Diego Maradona réalisa deux choses : une véritable sarabande footballistique d’une part, une escroquerie esthétisée de l’autre.

Voici la sarabande, Diego Maradona partant du milieu de terrain pour dribbler de multiples joueurs anglais, avant de marquer.

 Voici la traduction de ce que raconte le commentateur sportif argentin Victor Hugo Morales lors de l’action, reflétant l’impression des Argentins :

« Un génie, un génie, un génie, Gooooool… Je veux pleurer. Dieu Saint, vive le football! Golaaazooo! Diegoooool! Maradona, lors d’une action mémorable, la plus belle action de tous les temps… Un cerf-volant cosmique… De quelle planète viens-tu pour laisser sur ton chemin autant d’Anglais… Merci Dieu, pour le football, pour Maradona, pour ces larmes. »

Il y a ici un côté irrationnel tout à fait propre au culte du football en Amérique latine. Cela s’associe à un côté très pragmatique : il faut gagner à tout prix. Et justement Diego Maradona avait marqué juste avant en trichant. Son but quatre minutes avant a été marqué en effet de la main ; il dira par la suite, ce qui renforcera sa légende, qu’il a marqué le but…

« avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu.

Le tout est particulièrement renforcé également de par la petite taille de Diego Maradona (1 mètre 66), lui donnant l’image d’un petit gros de 70 kilos parvenant miraculeusement à jongler pour sauver la mise. Il faut bien entendu ajouter qu’on est au début de la télévision véritablement de masse.

La question reste bien entendu de savoir dans quelle mesure le but du siècle aurait eu tellement de valeur s’il n’y avait pas eu, quelques minutes auparavant, l’escroquerie du but de la main. On a ici une idéologie du génie assumant d’être criminel, avec un côté malsain ; Diego Maradona jouera particulièrement là-dessus, pusqu’il avait rejoint en 1984 le club de Naples.

Le club de football de cette ville magnifique (Voir Naples et mourir, dit-on) était alors de seconde zone et Diego Maradona le fit incroyablement progresser. Mais le club dépendait bien entendu de la mafia, omniprésente dans la ville, Diego Maradona basculant lui-même dans la drogue (jusqu’à être accusé de relever de l’organisation du trafic), l’alcoolisme, assumant un mode de vie de grand bourgeois décadent (utilisation de la prostitution, grosses voitures, etc.), cumulant les problèmes de santé et ne réussissant plus rien du tout par la suite. Il obtint ainsi l’image d’un ange déchu tout en se revendiquant révolutionnaire en soutenant ouvertement Cuba et Fidel Castro, le Venezuela, etc.

Dans un documentaire sur lui du réalisateur Emir Kusturica (forcément fasciné par le côté frénétique de ce footballeur), Diego Maradona chante une chanson sur lui-même où il raconte qu’il vient des faubourgs, que Dieu a voulu qu’il ait survécu et réussi à faire face à l’adversité, qu’il forma sa technique du pied gauche sur un terrain vague, qu’il a apporté l’allégresse au peuple… qu’il est curieux que Jésus ait trébuché, car lui jamais!

Il y a ainsi un côté fantasmatique et on pouvait plaquer sur Diego Maradona tout et n’importe quoi. C’est un Saint pour le groupe français très latino la Mano Negra, la figure du drogué tricheur avec des prostituées pour le groupe anglais Business (pour qui évidemment on ne plaisante pas avec le football, Gary Southgate en faisant les frais pour son penalty raté avec un classique du punk oï anglais).

Cette ironie mordante, cette prétention baroque, ce talent fragile, cette réalité si populaire ne pouvait que faire vibrer, malgré et à cause de son ambiguïté fondamentale, pour ne pas dire la corruption totale et un véritable gâchis humain. Maradona, c’est ainsi toute une époque de la vie populaire de la fin du 20e siècle, avec une valorisation de l’authentique mais une fascination étrange voire morbide pour celui qui s’en sort quitte à être amoral. La mort de Maradona a de ce fait nécessairement fait pleurer des gens ne s’intéressant pas à la carrière de Maradona, ni même vraiment au football. C’est dire l’ampleur de la question Maradona, qui est tout simplement de nature religieuse.

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Robin Leproux donne sa vision de la «pacification» du Paris Saint-Germain

Dans une interview, Robin Leproux explique comment il a fait en sorte que le PSG puisse être racheté par le Qatar, en cassant la dynamique de ses supporters, pour les remplacer par de sages consommateurs.

Robin Leproux joue la carte de l’humilité dans Le Parisien, mais c’est un grand bourgeois qui ne parvient pas à le masquer. Il dit ainsi qu’il n’est pas venu à la présidence du PSG pour l’argent, la preuve il ne gagnait que 10 000 euros par mois ! Faut-il être déconnecté pour raconter ce genre de choses !

Il est connu pour son « plan » de pacification des tribunes, en faisant en sorte que les places soient tirées au sort pendant plusieurs mois, pour briser l’unité des supporters au sein des tribunes Boulogne et Auteuil. C’est qu’il constate effectivement avec réalisme la chose suivante :

« Avec le phénomène de violence continue et historique autour du club et du Parc des Princes, on m’opposait souvent : « Robin, on t’aime beaucoup mais on ne peut pas s’associer à un club raciste et violent. »

Les gens sont amnésiques : dans l’histoire du PSG, il y a 20 ans de violences aux alentours du Parc avec des moments dramatiques et funestes. Il y avait eu un mort lors de la présidence d’Alain Cayzac ( NDLR : Julien Quemener en novembre 2006 ). J’étais dans ce contexte. Quand il y a eu le deuxième mort ( NDLR : Yann Lorence en février 2010 ), je ne peux pas vous dire. C’est un choc très personnel, un tournant dans ma vie (…).

A l’époque, il se dit ou s’écrit qu’il faut dissoudre le PSG, l’exclure du championnat, etc.. Je suis formel : le PSG a failli disparaître. »

Si en effet, les années 2000-2010 ont amené un changement profond, il est historiquement indéniable que les années 1980-2000 marquent l’hégémonie au PSG de la tribune Boulogne, entièrement composée de nationaliste avec de larges fractions de néo-nazis et apparentés. Le niveau de violence au sein de cette tribune était d’une grande brutalité et, si l’on peut dire, d’un vrai professionnalisme.

Julien Quemener, relevant de cette tribune Boulogne, a été tué par un policier alors qu’avec une centaine d’autres personnes il pourchassait trois fans du Hapoel Tel Aviv (un club israélien historiquement très à gauche). Yann Lorence s’est fait lynché lors d’une rixe, alors que supporters de la tribune Boulogne menaient une charge contre ceux de la tribune Auteuil, qu’ils harcelaient régulièrement, notamment lors des déplacements.

Si l’ancien président du PSG Robin Leproux ne le dit pas, mettant tous les « ultras » dos à dos, le début des années 2000 a correspondu pourtant à une énorme fracture sociale et raciale dans cette anomalie qu’était le Parc des Princes. La tribune Boulogne était composée de petits-bourgeois des milieux populaires, d’esprit lepéniste voire directement raciste et en tout cas nationaliste. C’était en décalage complet avec une banlieue parisienne immigrée et métissée, qui à l’époque s’orientait souvent vers l’Olympique de Marseille tellement le PSG apparaissait comme odieux. C’est encore le cas pour beaucoup de monde.

La tribune Auteuil a alors été marqué par la tentative progressive de former des « ultras » violemment hostiles à tout racisme, voire liés à une ultra-gauche anarchiste (Supras, Tigris, Authentiks,la Grinta, K-Soce Team…). Quand on dit « liés », il ne faut pas du tout croire que ce soit une liaison organique ou même politique. Les ultras de la tribune Auteuil étaient simplement anti-racistes, d’extraction populaire ou antiraciste, ils n’avaient rien contre l’ultra-gauche anarchiste (ou du NPA) dans laquelle certains étaient actifs, mais rien pour non plus.

Cela va faire un grand malentendu où l’ultra-gauche aida la tribune Auteuil à avoir une image « antifasciste », alors que des affrontements d’une extrême violence vont se développer entre les tribunes. Cela va amener un pillage de l’iconographie de la gauche radicale par les ultras et inversement une adoption du style « ultra » par l’ultra-gauche. Pour beaucoup de jeunes rejoignant l’ultra-gauche aujourd’hui, « militer » c’est utiliser des fumigènes lors des manifestations, s’habiller en ultra, faire de larges grafs sur les murs, etc. etc.

C’est là que Robin Leproux arrive. Il comprend que le PSG commence à ressembler à la région parisienne et qu’avec les activités des ultras il a un levier pour élargir gratuitement le public de l’entreprise PSG, de rompre l’isolement du PSG. Les « ultras » de la tribune Auteuil, en visant à rendre le club non raciste et également tourné vers les banlieues, ont été directement l’outil pour les capitalistes afin de former le « grand club de la capitale ».

Robin Leproux remodèle alors l’organisation des ultras avec son plan, alors que le PSG est racheté par le Qatar et que les ultras sont récupérés progressivement dans une version turbulente mais sélectionne et édulcorée (le CUP Paris, acceptant totalement la main-mise qatarie et la rupture avec l’histoire du club).

Pour les « historiques », avec le rachat par le Qatar, le PSG est un autre club. Pour toute l’immense vague de gens de la région parisienne passée dans la fascination pour le PSG, ce n’est pas bien grave : avec les millions, les centaines et centaines de millions, il y a le glamour et les victoires, et cela suffit.

> Lire également : La défaite du PSG est une (relative) défaite du football moderne

Robin Leproux a été l’artisan rusé de cette opération et il témoigne de l’intelligence des capitalistes par rapport à la sociologie et aux mentalités.

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Culture

La nouvelle esthétique Puma, colorée et posée

Puma et Adidas ont été fondés par deux frères et historiquement Puma a toujours été dans l’ombre d’Adidas, en étant considéré comme assez intéressant, mais manquant de mise en perspective, alors qu’Adidas a su se forger une identité et vraiment décliner ses produits. Le fait que les deux frères se soient brouillés et que Puma soit à la remorque a donné à cette dernière une image de « looser », amenant son déclin complet dans les années 1990, alors que s’affirmaient Nike et Reebok.

La marque chercha alors à s’en sortir dans les 2000 en se tournant vers une approche lifestyle en tentant de se diriger vers le luxe, avec d’ailleurs Pinault-Printemps-Redoute qui racheta la marque en 2007. Ce fut pareillement un échec. Il y eut alors une nouvelle réorientation, cette fois réussi, en s’appuyant sur le sport pour l’étirer jusqu’au lifestyle. C’était là ni plus ni moins que puiser dans l’approche populaire et Puma a alors mené une véritable révolution et trouvé son propre style.

Cela se veut populaire, mais en même temps extrêmement stylé, à l’image de la vidéo réalisée pour le club (populaire historiquement) de Manchester City. Là où l’extraordinaire vidéo Nike x Liverpool s’assume dans la fraîcheur populaire et l’immédiateté liverpudlienne, la vidéo propose une démarche propre et conquérante avec une prétention toute mancunienne.

Puma, c’est froid mais stylé, coloré mais posé, dynamique mais calé, populaire mais sophistiqué, pratique mais esthétisé. Il y a ici une tentative de suivre une exigence populaire dans le streetwear qui est extrêmement poussée.

Il y a chez Puma un mélange de côté décontracté et en même temps assez strict, mêlé à d’énormes influences années 1970. Impossible de ne pas faire le parallèle avec l’évolution de Lacoste, sauf que Puma peut y parvenir sans sombrer dans le baroque, car c’est sa tradition.

Ce qui est ici très intéressant, c’est que Puma va directement dans la voie de la socialisation. Puma, ce n’est pas une marque de sport, ni même de streetwear stylé. C’est une esthétique, exactement comme dans le Socialisme il y aura de multiples esthétiques proposés qu’on pourra trouver pour s’épanouir. Puma, c’est déjà des robes, des maillots de bains, des soutiens-gorges, des sous-vêtements, des leggings, des chaussettes, des polos, des sacs à dos, des lunettes de soleil, des casquettes, des montres, des pantalons, des gants, des bonnets, etc. etc.

En soi, toutes les grandes marques le font, mais Puma y parvient particulièrement, avec réellement sa patte. En ce sens, la marque s’est révolutionnée et elle n’y est parvenue qu’en allant dans le sens de la socialisation. On nationalise et c’est bon !

Il va de soi que le style Puma n’est pas français. Il y a un côté chargé, pour ne pas dire bigarré, avec des couleurs orientées pastel ou fluo (très années 1970-1980) qui ne correspondent pas à l’esprit français dans la mode. Cela n’est pas une critique bien entendu, mais il va de soi qu’on a un certain mélange allemand voire scandinave de classe avec un surplus de motifs géométriques ou colorés, un peu comme pour Irie Daily même si la marque est elle vraiment berlinoise dans son style.

Là est d’ailleurs la grande difficulté de porter du Puma, il y a un savant équilibre entre le strict et l’esthétisé, ce qui fait que cela peut plaire, mais qu’on se dit : je ne pourrais pas le porter. Et ce qui est valable pour tel habit Puma n’est pas valable pour tel autre. En tout cas, il faut souligner qu’au niveau des prix c’est tout à fait accessible et d’autant plus lors des promotions. On est dans une production de masse et c’est là aussi qu’on voit tout un changement d’époque. Quelle qualité accessible ! Il n’y a qu’à pousser et le monde est nôtre, avec une esthétique populaire de masse et de haut niveau !

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Société

La défaite du PSG est une (relative) défaite du football moderne

Le PSG est un club de football devenu totalement artificiel depuis son rachat par le régime autocratique et islamiste du Qatar en 2011. C’est ce que le football moderne a de plus détestable et de plus anti-populaire ; sa défaite contre le Bayern Munich a donc été très réjouissante.

De manière fort étrange, la ministre des sports Roxana Maracineanu a appelé à soutenir le Paris Saint-Germain pour sa finale de la Ligue des champions du 23 août 2020, contre le Bayern de Munich. L’injonction a d’ailleurs été reprise un peu partout, même par le grand rabbin de France ! Une démarche que, bien entendu, n’a pas reprise L’Équipe pour sa Une au sujet du match, sachant très bien que le PSG est honni à la fois comme club parisien mais aussi, et surtout, et jusqu’en région parisienne, pour représenter un état d’esprit à la fois mercantile et replié sur lui-même.

Il va de soi que le rachat du PSG par le Qatar et sa transformation en marque mondiale parisienne, avec le soutien d’Anne Hidalgo, maire de Paris, est ici un arrière-plan essentiel. L’héritage du PSG, qui avait une indéniable base populaire de type petite-bourgeoise, très en phase avec Jacques Chirac et sa Droite populaire somme toute, a été gommée du jour au lendemain en 2011. Pour de nombreux historiques, le PSG, c’est aujourd’hui un nouveau club, coupé de ce qu’il y avait avant ce rachat, une opération préparée quasiment directement par Nicolas Sarkozy, alors président de la République et supporter du club.

Le « plan Leproux » avait consisté entre 2010 et 2011 en une grande opération de « nettoyage » des tribunes populaires parisiennes, préparant le rachat du club par l’émir du Qatar pour en faire quelque chose de totalement nouveau, de « luxueux », à coup de milliards d’euros.

Le Qatar devenait ainsi l’idiot utile de toute une frange de la bourgeoisie française, incapable d’investir elle-même dans un grand club de football, mais s’imaginant profiter des pétro-dollars qataris pour acheter à la fois victoires et prestige pour Paris. Inversement, le Qatar y a vu là une véritable opportunité afin d’« exister » dans le monde et garantir sa dictature néo-féodale, parallèlement à ses opérations de soutien à l’islamisme dans le monde.

Le rejet populaire face à cet immonde projet a été très faible en France. Si l’on prend les supporters historiques du PSG, seule une petite partie d’entre eux n’a pas été dupe. Leur dignité a consisté à refuser cela en quittant le club, par dépit. Ce fût une grande défaite populaire, mais le plus terrible était à venir.

Partout en France, une nouvelle génération est apparue, complètement aliénée par le capitalisme et sans aucun repère par rapport à la culture populaire du football, adhérant totalement au projet du PSG, méprisant au passage tout autre grand club local.

Il n’y a pas eu que des jeunes d’ailleurs, mais aussi beaucoup de prolétaires, abandonnant toute dignité de classe pour céder au rêve d’un grand club « français » rivalisant avec les mastodontes européens. Prêts à toutes les illusions, beaucoup de Français ont cédé au mensonge consistant à faire croire que le PSG allait élever le niveau du championnat français, alors qu’il n’a fait réalité que l’assécher, ôtant tout intérêt sportif à la Ligue 1.

Or, le problème du PSG, c’est que la réussite sportive ne s’achète pas, ou alors difficilement. Le modèle inverse est le Bayern Munich, qui a su profiter ces dernières années d’une large base populaire et d’un héritage historique pour développer une bonne gestion typiquement capitaliste, permettant la mise en place d’une équipe d’un très grand niveau, probablement l’une des équipes les plus fortes de l’histoire du football.

Lors de la finale de la Ligue des champions du 23 août 2020, malgré un match terne et peu ambitieux, l’équipe bavaroise n’a ainsi jamais vraiment été bousculée par le PSG, pour qui par contre ce match était censé être un aboutissement historique.

Le décalage a été immense entre l’apathie d’un Kylian Mpabbé face au but et la grande détermination de Kingsley Coman, l’homme du match ayant marqué le seul but de la rencontre. L’anecdote est pleine de sens : tous deux sont nés en banlieue parisienne, mais l’un a été rejeté par le PSG alors qu’il y a été formé, l’autre a été acheté pour 180 millions d’euros à l’AS Monaco, en contournant au passage les règles du fair-play financier.

Le transfert de Kylian Mbappé au PSG est d’ailleurs le transfert le plus cher de l’histoire du football, tandis que l’achat de Neymar par le PSG consiste en la plus grande somme dépensée pour un joueur dans l’histoire du football avec 220 millions d’euros (il ne s’agit pas d’un transfert au sens strict mais d’une sorte de manœuvre crapuleuse pour arracher le joueur au FC Barcelone).

D’ailleurs, si l’on fait les comptes, puisqu’il s’agit ici d’argent, les onze joueurs titulaires alignés par le Bayern Munich dimanche lui ont coûté en transfert la somme de… « seulement » 116 millions d’euros !

Les centaines de millions d’euros (plus d’un milliard) d’euros dépensés par le PSG en achat de joueur ces dernières années n’a pas fait le poids, car il ne s’agit pas seulement de s’acheter des joueurs, mais de construire une équipe. Indéniablement, le PSG a échoué à être une équipe, et pas seulement en finale d’ailleurs.

Il ne suffit clairement pas pour gagner la Ligue des champions de s’acheter Neymar et de le payer 36 millions d’euros par an, soit l’équivalent du salaire cumulé de tout l’effectif de l’Atalanta Bergame, qui était à deux doigts de sortir le PSG en 1/4 de finale. Pour cette raison, même si le PSG n’a probablement pas dit ses derniers mots et que les centaines de millions d’euros continueront à pleuvoir pour continuer à tuer le football, sa défaite est considérée comme une satisfaction populaire en France.

C’est une défaite (relative) du football moderne.

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Société

Football: des ultras refusent de revenir au stade en raison du Covid-19

Le peuple, quand il s’organise, a l’esprit collectif et la responsabilité sociale chevillés au corps. On a un bel exemple de cela avec les communiqués de différents groupes de supporters « ultra » qui expliquent pourquoi ils refusent de revenir dans les stades en raison de la crise sanitaire.

Malgré la possibilité (pour l’instant) d’avoir 5000 supporters dans un stade, il y a l’idée que soit tout le monde peut venir au stade, soit personne. Il n’est pas question d’avoir un quelconque favoritisme ou bien d’engendrer des frustrations. On a là une haute conscience sociale, de la part de personnes souvent jeunes. Mais ce n’est pas la seule raison.

Les ultras, bien qu’ils soient relativement criminalisés en France, sont des gens responsables, en tous cas pour la plupart d’entre eux. Ils savent très bien que leurs tribunes sont des lieux de promiscuité et de liesse collective. Impossible de respecter les mesures sanitaires dans ce cas et comme il n’est pas question de refuser les mesures sanitaires (les ultras ont souvent été à la pointe de la solidarité avec les soignants pendant le confinement), alors l’évidence s’impose : pas de retour au stade dans de telles conditions.

Gageons que l’ensemble des groupes d’ultras rejoignent cette position dans les jours qui suivent, alors que le championnat de France doit reprendre le 21 août pour la Ligue 1 et le lendemain pour la Ligue 2.

Nous reproduisons ci-dessous quelques exemples typiques.

Voici pour commencer le communiqué du 16 août 2020 des Merlus Ultras 1995, supporters du FC Lorient, qui expliquent avec une très grande dignité pourquoi et comment ils ont « essayé » pendant un match amical, avant de se rendre compte dès la mi-temps que ce n’était pas possible :

Voici le communiqué du 17 août 2020 des Red Tigers 1994, supporters du RC Lens, particulièrement actifs pour la solidarité populaire pendant le confinement :

Voici le communiqué du 16 août 2020 de la Brigade Loire 1999, supporters du FC Nantes, avec une critique très intelligente et très bien vue du « laxisme » ambiant dans la société quant aux mesures sanitaires :

Voici le communiqué du 17 aout 2020 des Ultrem 1995, supporters du Stade de Reims :

Voici un extrait du communiqué des South Winners 1987, supporters de l’Olympique de Marseille, qui déjà le 6 août 2020 entrevoyaient l’impossibilité de reprendre l’activité en tribune et appelaient à la plus grande responsabilité sanitaire :

On notera que certains groupes d’ultras n’ont pas le même sens des responsabilités ni la même dignité populaire. C’est le cas du Collectif Ultra Paris (PSG) qui a organisé un lamentable rassemblement sauvage devant le Parc des Princes pour « fêter » une victoire de leur club en 1/4 de finale de coupe d’Europe mercredi 12 août (comme si c’était une victoire de la coupe), avec banderoles, chants, fumigènes, etc.


Mais il faut noter ici que le CUP ne représente qu’une petite partie des ultras parisiens historique, celle qui a accepté l’état de fait où leur club est rentré en possession du Qatar.

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Politique

Anne Hidalgo et la marque Paris vendue au Qatar

Si elle se prétend de gauche, Anne Hidalgo gère en ardente partisane du capitalisme l’une des plus grandes villes du monde, en étroite relation d’ailleurs avec le Qatar.

Le 13 août l’équipe du Paris Saint-Germain gagnait son match de quart de finales de la Ligue des Champions en marquant deux buts dans les toutes dernières minutes, un renversement qui a été source d’émotions (positives comme négatives). Dans la foulée, Anne Hidalgo a publié sur Twitter un message intitulé « Paris La plus belle des équipes ».

Cela n’a l’air de rien, mais cela relève d’une gigantesque opération politico-commerciale, dont Anne Hidalgo est un élément clef en tant que maire de Paris. On sait en effet que le Paris Saint-Germain a été acheté par le Qatar, une dictature totalement réactionnaire où une petite oligarchie profite du gaz et du pétrole. Sur pratiquement trois millions d’habitants, les Qataris ne sont d’ailleurs que 10 %, le reste étant de la main d’œuvre.

Avec le Paris Saint-Germain, les Qataris ont acheté une « marque » dans leur démarche de « soft power » ; rappelons qu’ils sont historiquement les représentants des « frères musulmans » avec la Turquie, et ainsi les concurrents de l’Arabie Saoudite qui est « wahabite ». On est là dans un jeu de relations internationales, de jeux expansionnistes, bref de magouilles comme les États capitalistes ou corrompus savent les faire.

Dans ce cadre, les Qataris font en sorte que le club du Paris Saint-Germain devienne le plus possible le club de « Paris » tout court, « Saint-Germain » se réduisant toujours plus. C’est une question de prestige ; plus il grandit, plus les retombées sont bonnes, directement et indirectement, pour le Qatar. Si le Qatar se faisait attaquer il y a vingt ans, personne ne savait même qu’il existait ; aujourd’hui, il est très connu alors qu’il n’est qu’une parodie de pays, au sens strict.

En disant ainsi « Paris La plus belle des équipes », Anne Hidalgo intègre totalement la démarche des Qataris, dont elle est par ailleurs très proche. On est en effet dans le donnant-donnant, au point que, miracle, on a par exemple eu le financement à hauteur de 60 % par le Qatar des ignobles fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées, qui ont coûté 6,3 millions d’euros.

D’où la langue de bois d’Anne Hidalgo depuis le rachat du Paris Saint-Germain, ce qui donne par exemple en 2016 :

« Ce que je peux dire sur Paris et la relation que l’on a avec le PSG et le patron du PSG, c’est une relation extrêmement positive, forte, je les remercie d’avoir mis le club de Paris au niveau auquel il est et puis de soutenir des choses qui m’importaient beaucoup. Je pense au foot féminin.

Ils ont vraiment mis les moyens et l’accompagnement pour construire une équipe magnifique. Et puis dans toute la lutte contre l’homophobie et le racisme dans les stades. Nous travaillons main dans la main et avec les gamins de Paris. Je suis heureuse de cette collaboration avec eux ».

Aucun mot sur l’oligarchie quatarie, ses financements d’une variété de l’islamisme, ses multiples casseroles à l’internationale pour obtenir la coupe du monde de football en 2022, etc. etc. Aucune critique du football business, au point que Neymar, arraché 222 millions d’euros au FC Barcelone, a eu droit à la Tour Eiffel le saluant en 2017 !

On comprend qu’Anne Hidalgo apprécie, de par son mode de vie et sa vision du monde, les Qataris qui possèdent à Paris l’hôtel Lambert, l’hôtel Kinski, l’hôtel Landolfo-Carcano, l’hôtel d’Évreux, le palace The Peninsula Paris, l’hôtel Gray d’Albion15, l’hôtel de Coislin, les immeubles des Galaries Lafayette, de HSBC et du Lido sur les Champs-Élysées, le Royal Monceau.

C’est la corruption complète. Comme on est loin du Paris des années 1930 où le Parti Communiste était le premier parti électoralement, sans parler de la banlieue rouge tout autour ! C’est désormais une ville bourgeois et petite-bourgeoise, avec de gens comme Ian Brossat pour servir de caution de « gauche ».

Il faut oser poser la question : lorsque la France basculera, enfin, un jour, dans le socialisme, que va-t-on faire de ces Parisiens, ou plutôt de ces néo-Parisiens, vivant dans leur bulle argentée ?

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Culture

Liverpool FC x Nike: «Tell us never»

Le peuple dit qu’il peut tout changer, car lui seul est en mesure de le faire. La vidéo de Nike pour/avec le club de football de Liverpool reflète un changement d’époque : le peuple s’impose, partout.

Il y avait le « yes we can » de Barack Obama, qui était un idéalisme américain tout à fait caricatural. Le « Tell us never » de Nike dans sa collaboration avec le club de football de Liverpool est bien différent. On y voit en effet, en quelque sorte, la classe ouvrière dire qu’elle a un mode de vie qui lui est propre et qu’elle est capable d’apporter un débordement, un saut en qualité.

Dis : « jamais » [cela ne pourra être fait] et la réponse est : « C’est déjà fait ».
(tell us « never », it’s already done.)

C’est là le reflet de la collision entre un capitalisme toujours plus de masse et la culture de masse. Le peuple s’impose à travers les interstices d’une consommation se voulant aliénante, mais obligée de coller à la réalité populaire. La contradiction est explosive et on lit déjà l’avenir, avec un peuple coloré dans son style et stylé dans ses couleurs.

De fait, il n’y a qu’à socialiser Nike et on a déjà une base solide. Le capitalisme touche vraiment à sa fin, il est déjà hors-jeu.

Il suffit d’ailleurs de comparer cette vidéo de très haut niveau à la campagne d’affiches délirante, d’une esthétique très fasciste, que Nike avait réalisé en 1998 lors de la coupe du monde de football en France, avec sa « république populaire du football ». La Mairie de Paris avait d’ailleurs interdit ces affiches faisant la promotion du Nike Park établi sur le Parvis de la Défense (Adidas étant également le sponsor de la coupe du monde, cela a dû joué).

Il est évident, cependant, qu’une telle vidéo s’appuie sur la particularité du club de Liverpool, qui assume directement sa dimension populaire. Paradoxalement, ce n’est pas forcément le cas de clubs éminemment populaires comme le Racing Club de Lens, par exemple, et ce même pour les organisations de supporters, qui ne jouent pas au sens strict de manière ouverte sur cette dimension.

On a une démarche localiste de soutien, mais cela ne s’élève pas à une dimension populaire, ouvrière, alors que dans le fond c’est pourtant évident. On a là un refus de faire de la politique, en quelque sorte, même indirectement. Il y a bien entendu l’erreur inverse, avec d’autres clubs se voulant de gauche de manière assumée, de manière forcée et donc folklorique (l’AS Livorno en Italie, Hapoel Tel Aviv, Sankt-Pauli à Hambourg, etc.).

Rares sont les clubs se revendiquant de la classe ouvrière en tant que telle, en se fondant sur une réelle tradition. Cela se lit dans les détails ; sur le site de Schalke 04, par exemple, au lieu de « bonjour », on a l’expression des mineurs : « Glück auf ! » (soit « à la chance »). On a également le symbole des mineurs sur les annonces des prochaines rencontres.

Et de manière encore plus intelligente, sur le logo de son magasin en ligne, le caddie est remplacé… par une berline de mine. Subtile, fin, populaire !

Le sweat shirt « Love your hood » (soit en anglais « aime là d’où tu viens ») est pareillement une affirmation de l’identité ouvrière (et en promo ici à trente euros).

Le club de l’Union de Berlin s’assume pareillement ouvrier (Nous de l’Est nous allons toujours de l’avant / Épaule contre épaule pour l’Union de fer / Durs sont les temps et dure est l’équipe / Aussi gagnons avec l’Union de fer (…) Qui ne se laisse pas acheter par l’Ouest ? / Union de fer, Union de fer). Mais c’est surtout le Rapid de Vienne qui se pose dans cette perspective avec le plus de netteté, avec une définition officielle comme un « club ouvrier », le club appartenant indirectement au Parti socialiste avec même un contrôle de l’identité du club par les ultras.

On voit ici évidemment comment la Gauche historique est capable d’insuffler des véritables valeurs, parce qu’elle se situe dans un prolongement. La démarche de Liverpool FC repose ainsi clairement sur les fondements de la Gauche historique, en l’occurrence du Labour Party britannique en général et de son identité locale en particulier. Cela a ses limites, mais c’est vrai, c’est authentique et c’est donc cent fois plus radical que les revendications folkloriques « de gauche », qui sont décalées de tout contenu populaire et ne satisfont que des petits-bourgeois en mal d’aventure identitaire.

Le peuple n’aime pas parader, il aime la vérité, il manifeste.

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Société

Troublante fin de saison au RC Lens, filmée dans un documentaire (la magie du football a-t-elle disparu?)

L’Équipe a diffusé sur sa chaîne télévisée un documentaire sur le RC Lens, club majeur et souvent très apprécié dans le football français en raison de son identité ouvrière. Durant quatre épisodes est montrée la vie du club de l’intérieur lors de la saison 2019/2020, qui s’est terminée dans les circonstances que l’on sait avec le confinement.

Ce qu’on y voit est forcément intéressant quand on aime le football et la culture populaire en général, mais n’a somme toute rien d’extraordinaire. On suit surtout des bourgeois dirigeants le club à la manière de bourgeois, faisant semble-t-il de leur mieux alors que les précédents dirigeants ont été désastreux. C’était en quelque sorte une anomalie que ce club soit en deuxième division et cela apparaît comme une réussite bienvenue de le voir à nouveau en Ligue 1 la saison prochaine.

Tel n’est cependant pas le principal intérêt du documentaire, qui nous rappelle surtout de manière particulièrement saisissante comment s’est finie cette saison de football en France. C’était il n’y a pas longtemps, mais cela paraît une éternité tellement il s’est passé quelque chose d’immense, d’inimaginable, de particulièrement historique.

La société française a été littéralement figée, du jour au lendemain, en raison du confinement qui était le dernier recours afin d’endiguer la vague épidémique de Covid-19, particulièrement alarmante. Le ciel est tombé sur la tête d’à peu près tout le monde en cette moitié du mois de mars 2020 et le football n’a bien sûr pas échappé à l’impératif sanitaire.

Le RC Lens était alors deuxième de Ligue 2, ayant même joué son dernier match à huis-clos en raison des premières mesures sanitaires. C’était là un premier « drame », car à ce niveau, le football sans supporters n’est plus vraiment la même chose… Et inversement, pour les supporters, le football sans le stade, ce n’est plus vraiment le football. Même quand on ne va pas au stade soi-même, un match à la télévision avec un stade vide, cela n’a aucune saveur.

Avec le confinement, le championnat a été suspendu puis la fin de saison décrétée, probablement à juste titre contrairement à ce qu’il s’est fait dans d’autre pays où les matchs sont joués sans public, pour finir « administrativement » la saison. En France, les classements ont été figés et le RC Lens s’est vu officiellement promu en Ligue 1 (et le Amiens SC a été honteusement poussé vers la Ligue 2). Mais une promotion sans supporters qui la fêtent, sans envahissement de terrain, sans défilé des joueurs dans la ville, sans salves d’applaudissement et autres manifestations d’une joie démesurée, quel sens cela-a-t-il ? Est-ce toujours ça, le football ?

Les images du documentaire montrant cela sont saisissantes… car justement il n’y a pas d’images. On a juste des rues lensoises désespérément vides et une promotion sportive qui s’avère n’être plus qu’une formalité comptable. Le supporter suivi toute la saison par le documentaire est ému par le titre, mais depuis son portable dans son salon. Pareil pour le président du club ou les joueurs intervenants. L’émotion est là, mais précaire, pas forcément forcée, mais semblant fortuite.

Et c’est là qu’on se demande : la magie du football a-t-elle disparu ? On est maintenant au mois de juillet et, donc, cette promotion du RC Lens en ligue 1, qui pourtant n’est pas quelque chose d’anodin, n’est pas fêtée, ne pourra pas être fêtée. Et si ça l’est, ce sera trop tard, formel, administratif, sans âme.

Il faut en dire de même d’ailleurs pour le titre de champion d’Angleterre du Liverpool FC, club extrêmement populaire localement ainsi que de part le monde, dont le titre était attendu depuis trente ans. Les matchs ont repris en Angleterre, sans public, avec tout un protocole sanitaire. Les « reds » ont obtenu le titre sportivement peu après la reprise, mais l’entraîneur est contraint de dire aux supporters de rester à la maison et que le titre sera fêté comme il se doit quand cela sera possible… Mais tout le monde sait que ce ne sera pas pareil. Il y aura forcément dans cette célébration, si tant est qu’elle ait lieu, une froideur, un décalage. Il manquera quelque-chose, un quelque-chose qui ne se décrète pas, qui est insaisissable et s’envole rapidement. Ce n’est probablement pas pour rien que « Liverpool » a complémentent manqué son premier match après l’officialisation de son titre, en s’inclinant presque honteusement 4 à 0 face à son dauphin, le Manchester City FC.

Quelque-chose a disparu, et ne reviendra probablement jamais, ou en tous cas pas comme avant. Parce que le football, particulièrement en Angleterre, est censé toujours être là, s’imposer à tout, à tous les accidents de la vie. On divorce, on perd un proche, son travail, une région est sinistrée économiquement, etc.… mais le club lui est toujours là. Malgré les défaites, malgré les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants qui vont et viennent.

Ce qui est vrai en Angleterre est vrai pour tous les clubs dans le monde, forcément marqués par l’approche anglaise, au moins en partie. C’est vrai au RC Lens, ne serait-ce que par la physionomie de son stade, mais aussi par l’état d’esprit de ses supporters. D’ailleurs, si la frange la plus organisée et déterminée des supporters lensois relève au sens strict de la culture « ultra », d’influence italienne, cela n’est pas aussi franc quand dans d’autres clubs en France. L’influence anglaise, de type « Kop », est beaucoup très preignante dans le stade. Pour faire simple, disons que les « ultras » ont une approche unilatérale, s’inscrivant directement dans le jeu et se devant d’être « toujours présent », de ne jamais critiquer l’équipe pendant un match. Cela a sa dignité, mais c’est différent de l’approche « Kop » à l’anglaise, beaucoup plus festive, faisant plus facilement la différence entre le club (une identité d’ordre éternelle) et l’équipe sur le terrain, qu’on peut critiquer pendant le match, ou juste regarder sans applaudir ni chanter quand il n’y a pas d’emballement.

Toujours est-il que, pour les « Kop » ou les « ultras », ou pour le supporter lambda, le football relève d’une certaine magie, dans le sens où cela transcende la raison immédiate. Cela correspond d’ailleurs à toute une époque, commencée au milieu du XIXe siècle.

Cette « magie », aussi longtemps mise de côté depuis le confinement, pourra-t-elle réapparaître ? A-t-elle d’ailleurs vraiment existé ? Ou n’était-elle finalement qu’une belle illusion… ?

 

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Société

Bundesliga: la démonstration de force du capitalisme allemand

Le championnat allemand de football professionnel, la Bundesliga de 1ère et de 2e division, a repris ce week-end. C’est une démonstration de force de grande envergure pour le capitalisme allemand, disposant de moyens gigantesques et capable de mobiliser énormément de choses pour relancer la machine. Cela même malgré la réticence d’une majorité de la population et des supporters.

Alors qu’aucun grand championnat européen n’envisage encore concrètement une reprise malgré différentes annonces, la Bundesliga avait obtenu la reprise des entraînements pour ses joueurs et annoncé la date du 16 mai il y a plusieurs semaines. Elle s’y est tenu et tout s’est déroulé comme prévu hier pour les six rencontres au programme. Il en sera très probablement de même aujourd’hui pour les deux autres rencontres, dont celle du mastodonte Bayern de Munich, leader de la première division.

Le protocole mis en place est drastique, d’une envergure inimaginable dans de nombreux pays, et en tous cas certainement pas en France.

Les joueurs sont dépistés deux fois par semaine ainsi que la veille de chaque rencontre. Rien que cela nécessite des milliers de tests que seul un capitalisme aussi puissant et conquérant que le capitalisme allemand peut se permettre de réserver pour une telle activité. La réticence d’une majorité de la population et de supporters n’y fait rien, puisqu’il y a là une dynamique enclenchée qui est de grande ampleurs, avec des enjeux économiques de type industriel qui s’imposent à la société.

La Bundesliga donc, est capable de mobiliser de nombreux véhicules pour transporter les joueurs et le personnel avec une distance suffisante entre les sièges. Il y a ensuite un protocole très strict, pour ainsi dire millimétré, prévoyant sur plus de cinquante pages le comportement et la place de chacun dans le stade. Seules 322 personnes peuvent y être présentes, réparties dans trois zones avec chacune des règles précises à respecter.

En ce qui concerne les joueurs, leur température est prise à l’arrivée au stade, il y a un roulement pour l’occupation des vestiaires, qui sont désinfectés au bout de 40 minutes maximum. À l’issue du match, pas question d’y prendre sa douche, chacun étant invité à le faire chez soi ou à l’hôtel pour l’équipe visiteuse. Au bord du terrain, même les remplaçants doivent respecter une distance minimale entre-eux et porter un masque.

Sur le terrain, aucune poignée de main, crachat, cérémonie, échange de maillot, photo de groupe, etc. Même les célébrations de but avec trop de promiscuité sont à éviter, et ont été largement évitées hier ; la promiscuité liée au jeu, lors des phases de coup de pied arrêtés notamment, n’ayant bien sûr pas pu être proscrite par contre.

Les interviews à l’issue d’une rencontre sont possibles, mais seulement derrière un plexiglas.

Malgré le peu d’entraînements collectifs qu’ils ont pu avoir avant les rencontres de ce week-end (à peine l’équivalent deux matchs entiers à 11 contre 11 en général), les joueurs ne se sont aucunement plaints de cette reprise et de ces protocoles.

Au contraire, le capitalisme allemand est puissant et triomphant, il sait très bien faire les choses pour que tout se déroule sans accrocs.

Les propos dans la presse française du Marseillais Benjamin Stambouli, joueur du Schalke 04, sont à cet égard très évocateurs :

« La perception de cette crise et la façon de la gérer ont été différentes entre les deux pays. C’était plus souple ici avec la réouverture plus rapide des magasins.

Je me souviens de la fameuse phrase du président Macron sur le fait qu’on soit en guerre, elle m’a beaucoup marqué. J’ai vraiment pris conscience de la gravité de la situation. En France, il y a eu un vrai confinement d’où la naissance d’une crainte légitime. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a répété vouloir faire confiance aux comportements de ses concitoyens, en réclamant discipline et rigueur.

Attention, je ne dis pas que la gestion en France était mauvaise, mais il y avait juste un peu plus de liberté et moins de crainte ici. Pour nous, c’est la suite logique de reprendre le championnat, avec des conditions sanitaires strictes.

Le club nous a mis à l’aise de suite. Avec un message clair : si on avait peur pour notre santé, notre vie, on pouvait rester chez nous, sans aucune amende ou sanction morale. C’est super parce qu’on ne nous a jamais mis le couteau sous la gorge.

Le dialogue a toujours été présent. Cette liberté de décision est fondamentale et le comportement du club a été classe. »

L’international français et défenseur du Bayern de Munich Benjamin Pavard, a eu des propos de la même teneur :

« je pars du principe que si le gouvernement autorise les matches, cela veut dire qu’il estime que les conditions sont réunies. »

Dans le même temps, lui et les autres joueurs de son équipe ont accepté sans broncher de laisser 20 % de leur salaire au club, ce qui en général est loin d’être aussi simple dans de nombreux clubs d’autres pays.

Tout cela peut sembler l’anecdotique et est de fait entièrement secondaire. Cela reflète cependant la vigueur du capitalisme allemand. Il a les moyens de réagir, de s’opposer à la population, de décider, de mettre en place. Rien qu’avec cet exemple on voit très bien que ce pays a l’hégémonie dans l’Union européenne et que la France ne suit pas. Imagine-t-on les couches dominantes françaises accepter cela passivement ? Soit elles voudront encore plus se rattacher à l’Allemagne, soit elles chercheront au contraire à s’en décrocher. Dans les deux cas on a une poussée capitaliste autoritaire, très autoritaire, en perspective.

 

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Culture

Série: The english game raconte l’émergence du professionnalisme dans le football

The English game (mars 2020) est une très bonne série montrant en six épisodes l’émergence de la classe ouvrière dans l’histoire du football. Il y est abordée cette question aussi complexe que passionnante du professionnalisme dans le sport, directement lié à la classe ouvrière.

Le strict amateurisme dans le sport est une conception aristocratique-bourgeoise. Il s’agissait à l’origine de garantir l’entre-soi de la haute société qui avait conceptualisé le sport, inventé des règles et mis en place des structures dans le cadre de la grande modernisation permise par la généralisation du capitalisme.

Les classes populaires, qui avaient elles-mêmes dans leur histoire de nombreux jeux à caractère physique, ont également été touchées par cette modernisation capitaliste. Le football, ce « jeu anglais », toucha ainsi rapidement la classe ouvrière britannique, la partie la plus avancée des masses populaires britanniques. Elle s’est logiquement intéressée à cette forme nouvelle, raffinée et structurée, qu’est le sport.

Dès la fin du XIXe siècle, des équipes furent formées autour d’usines avec un niveau de jeu évoluant rapidement et faisant évoluer le sport lui-même dans un sens plus collectif, concurrençant les gentlemens sportifs, aristocrates. Lors de la saison 1880-1881, le Darwen FC est le premier club constitué d’ouvriers à atteindre les quarts de finale de la FA Cup, qui n’avait que dix ans.

Une partie de la bourgeoisie, celle qui était directement industrielle, entreprenariale, non-liée organiquement à la bourgeoisie financière d’origine aristocrate, y vit une opportunité : celle de former des équipes constituées d’éléments populaires payés, développant ainsi une économie autour de cela, mais affirmant au passage sa propre culture dont le professionnalisme sportif est une expression.

On aurait tort cependant de n’y voir qu’un opportunisme de nature libéral, en dehors de tout rapport culturel et social populaire. La classe ouvrière a elle-même appuyé le professionnalisme, seule forme à même de l’intégrer, en tant que classe, dans le football. Il est très vite apparu naturel pour les ouvriers de voir les meilleurs d’entre eux se consacrer entièrement au sport, d’autant plus quand ils pouvaient rester liés localement à eux par l’intermédiaire d’un club à supporter.

C’est là tout l’intérêt et le grand mérite de The English game, qui est presque autant un documentaire qu’une série d’ailleurs, que de montrer cela avec une grande subtilité, sans tomber dans la caricature « ouvriériste » ou au contraire « libérale ».

La série nous montre ainsi formidablement bien comment un club comme le Blackburn Rovers Football Club est autant une construction industrielle bourgeoise qu’une formation populaire, et précisément ouvrière. C’est ce double aspect qui fait qu’aujourd’hui encore, malgré la grande corruption du fait de leurs salaires astronomiques, de nombreux footballeurs professionnels sont autant des mercenaires que des personnes organiquement liées à la classe ouvrière et surtout à une culture ouvrière locale.

Le football est ainsi tout autant un élément de collaboration de classe, qu’un moyen de développement moral, économique et culturel pour la classe ouvrière. Le professionnalisme a été la condition indispensable, et positive, de ce développement. Quelques années plus tard en France, il s’est produit un phénomène tout à fait similaire avec l’émergence du professionnalisme dans le cyclisme, sport populaire, alors que l’amateurisme était généralisé et strictement préservé dans les autres sports.

Le professionnalisme a toutefois une conséquence négative évidente dans le football… C’est la constitution d’un marché des transferts débridé, dénaturant le sport et engendrant une corruption généralisée tant des joueurs que des entraîneurs, mais aussi des supporters. Cela est d’autant plus vrai lorsque le capitalisme s’est amplement développé.