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Refus de l’hégémonie

Automne 2023 : la mort du Karabagh arménien

L’agonie tragique du Karabagh arménien a pris fin le 20 septembre 2023, presque 9 mois jour pour jour après la mise en place d’un blocus militaire total du régime azerbaïdjanais sur ce qui restait de territoire aux mains des séparatistes. Selon les autorités arméniennes du Karabagh, unilatéralement appelé « République d’Artsakh », ce blocus criminel a causé la mort de 213 personnes, majoritairement des civils, dont notamment des enfants, morts des suites de l’affaiblissement ou de manques de soin, comme conséquence directe du blocus.

Durant 9 mois, l’armée azerbaïdjanaise a entretenu un état de siège meurtrier, en verrouillant la seule route d’accès encore ouverte vers l’Arménie, dans l’indifférence totale de l’armée russe censée la garantir, en asséchant le réservoir qui alimentait la principale centrale électrique, fonctionnant de part une turbine hydroélectrique, et en restreignant à leur strict minimum les entrées de marchandises dans le Karabagh arménien.

Les pénuries se sont très rapidement installées et durant des mois et des mois la population civile a subi un effondrement des services publics, notamment d’éducation et de soin, et un rationnement très strict de sa consommation alimentaire et énergétique.

Le sentiment d’abandon et d’étranglement a progressivement gagné la population, alors que jour après jour, les provocations militaires de l’armée azerbaïdjanaise se multipliaient de manière toujours plus menaçante.

La partie était en fait perdue depuis l’écrasante défaite arménienne en novembre 2020. Depuis lors, les autorités arméniennes n’ont fait que se précipiter toujours plus loin dans une suicidaire fuite en avant, prises au piège dans l’étau de la bataille pour le repartage du monde, dont le peuple arménien est ici une victime malheureuse.

Pour le régime azerbaïdjanais, cela n’est pas encore suffisant toutefois : sa seule issue, de par sa nature même, est nécessairement la fuite en avant génocidaire : tout le régime d’Ilham Alyiev s’est littéralement construit sur la promotion d’un nationalisme raciste anti-arménien tourné vers la « reconquête du Karabagh (Qarabagh en turc azéri) et sur l’écrasement de l’État arménien.

Devant ses partenaires internationaux, le régime peut se payer le luxe de promettre officiellement d’intégrer pacifiquement les Arméniens du Karabagh à « l’État multinational » azerbaïdjanais. Mais il le fait en affirmant qu’il poursuivra et condamnera tous les « terroristes » ayant eu maille à partir avec les autorités séparatistes. C’est-à-dire en soi potentiellement l’ensemble de la population arménienne du Karabagh.

De toute façon, il suffit de suivre, ne serait-ce que quelques minutes, n’importe quelle chaîne ou média d’information lié au régime pour se faire une idée de ce que valent ces engagements, au vu de la propagande nationaliste, brutalement militariste, jouant sur la fibre du pantouranisme, pour subjuguer les masses azerbaïdjanaise dans la nasse d’une haine délirante contre les Arméniens.

De leur côté, les autorités arméniennes du Karabagh comme de l’État arménien en tant que tel n’ont rien été capable de faire en direction des masses turques, d’Azerbaïdjan ou même de Turquie. Tenues à bout de bras par la Russie, elles ont même encore jugé bon de jeter leurs dernières maigres forces pour tenter de se dégager de l’emprise de Moscou en se jetant aux pieds de l’Occident.

Il a été par exemple hallucinant de voir au début du mois de septembre le gouvernement arménien annoncer la programmation de manœuvres avec (mais c’est-à-dire sous le commandement de) l’armée des États-Unis, impliquant 175 militaires arméniens et 85 militaires américains, dans le cadre d’une opération de 10 jours, modeste mais significative, appelée Eagle Partner.

Cela au même moment où l’épouse de Nikol Pashinyan, Premier ministre arménien, a été vue à Kiev, où elle a participé a une rencontre des « premières dames et premiers gentlemen » soutenant l’Ukraine, organisées par la femme du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, alors que son mari prononçait un discours inédit déclarant très ouvertement que l’Arménie devait diversifier ses partenaires stratégiques et mettre fin à la dépendance envers Moscou

Ce rapprochement avec l’Occident, et notamment les États-Unis, est un alignement complet sur les « conseils » de American Armenian National Security Institute (AANSI), dirigé par le général, à la retraite, MacCarley et Appo Jabarian, dirigeant de médias arméniens à Los Angeles, qui a été très actif auprès des autorités dirigeantes de l’État arménien depuis le début du blocus azerbaïdjanais.

C’est d’ailleurs en plein déroulement de l’opération Eagle Partner que l’Azerbaïdjan a déclenché son attaque finale, forcément avec le feu vert de Moscou, qui n’a pas levé le petit doigt bien sûr. Exactement comme en 2020, c’est par le Karabagh que Moscou puni les autorités arméniennes.

C’est ainsi que meurt tragiquement la nation arménienne d’Azerbaïdjan, dont le Karabagh arménien était le dernier noyau. Nous avons été les seuls à documenter ce conflit, sur la base d’une juste compréhension de la période soviétique, et en particulier celle de la Grande Révolution, puis celle de l’URSS conduite par Joseph Staline, comme ayant été la seule expérience démocratique et unitaire, malgré des insuffisances, qui a permis l’existence et le développement de la nation arménienne d’Azerbaïdjan.

Il est en soi significatif que la clique des Alyev s’est installé au pouvoir dès les années 1960, profitant du révisionnisme pour tisser sa toile empoisonnée du nationalisme pantouranien et étrangler implacablement les Arméniens, jusqu’aux massacres génocidaires de Soumgaït et de Bakou, et jusqu’à la guerre de 2020 et la fin définitive de la nation arménienne d’Azerbaïdjan en septembre 2023.

On ne peut que sentir le cœur se soulever de voir l’immonde Ilham Alyiev, ce traitre à l’Azerbaïdjan démocratique, à genou embraser le drapeau des nationalistes azerbaïdjanais dans la ville de Stepanakert, débaptisée « Xanxendi » selon une fantaisiste toponymie raciste.

Rien que cet acte résume à quel point l’Azerbaïdjan est offensé dans son histoire par les pantouraniens comme Alyev : comme nous l’avons dit et répété, Stepanakert porte le nom du plus grand révolutionnaire d’Azerbaïdjan, Stepan Chahoumian, le « Lénine du Caucase », héros de la Commune de Bakou (1917-1918), que le réalisateur soviétique de nationalité géorgienne, Nikolaï Chenguelaia (1903-1943), a notamment célébré dans un film qui a fait sa notoriété : Les 26 commissaires.

On se demande qui peut parler sérieusement des peuples la Transcaucasie sans connaître justement les œuvres de ce réalisateur, dont les films illustrent si puissamment toute la charge démocratique de cette époque. Le film Elisso par exemple, aborde très justement la tragédie de la déportation meurtrière des Tcherkesses du Caucase en 1864, événement dont la brutalité ouvre dans le Caucase l’ère des impérialismes, dont le génocide des Arméniens en 1915 sera le paroxysme, mais non la fin.

En effet, sorti de la période révolutionnaire et stalinienne de l’URSS, l’histoire de la Transcaucasie comme proie des impérialismes se poursuit à nouveau, et se poursuivra aussi longtemps que ne se lèvera pas une nouvelle étoile rouge de la Révolution, balayant les magouilles impérialistes et les régimes nationalistes de la Caspienne à la mer Noire.

Et cela, il sera impossible de le faire sans les femmes. Qui connaît les Arméniens et leur mobilisation sait à quel point, y compris en France, l’engagement des femmes est déterminant, structurant, à la base même de toute organisation. En France, les mobilisations sont très largement organisées, structurées, élancées par des femmes, qui vont ensuite chercher des hommes pour exprimer, se mettre en avant, parler ou prononcer les discours.

De même, en Arménie et spécifiquement au Karabagh, les femmes ont tenu le pays. Pour prendre un exemple, n’importe qui connaissant Stepanakert et son marché a forcément discuté avec les femmes qui préparaient les succulents Jingalov hats, cette spécialité typique des Arméniens du Karabagh, dont les recettes sont l’objet de discussion effrénée et d’échanges enjouée entre familles, les femmes tenant les ficelles et le haut de la scène sur le sujet. On avait là un aspect significatif dont le pittoresque exprimait de manière touchante les ressorts de la psychologie des Arméniens du Karabagh en tant que peuple.

Ce sont aussi largement les femmes qui se sont impliquées dans la pacification du pays après la guerre de séparation avec l’Azerbaïdjan, s’occupant des enfants et des nombreux mutilés de guerre et surtout des innombrables blessés par les mines, très souvent encore les enfants. Le Karabagh reste un des endroits les plus minés au monde, et ce sont des femmes qui se sont formées pour identifier les zones dangereuses, les isoler et désamorcer petit à petit les engins une fois ceux-ci prudemment localisés.

Le Karabagh arménien a existé et tenu de manière objective par les femmes et leur engagement. Mais celles-ci n’étaient pas au poste de commande, leur vision du monde n’a jamais pu affronter celles des nationalistes qui tenaient les institutions et le pouvoir, et qui ont perdu le pays au bout du compte.

Sans participation des masses au pouvoir, sans femmes au poste de commande, rien ne tient, rien ne peut exister. Le Karabagh arménien est mort sous les coups des nationalistes pan-turcs criminels, qui paieront pour leurs crimes devant l’Histoire. Mais il est mort aussi de ne pas avoir su exister comme nation authentiquement populaire et démocratique. Il est mort de s’être laissé intoxiqué à ses propres illusions nationalistes, il est mort de s’être vendu aux uniformes bellicistes des nationalistes, qui ont infesté son imaginaire et sa culture en le coupant de ses autres peuples-frères du Caucase au lieu de cultiver les gigantesques acquis de l’expérience soviétique et le doux sourire de Nina (jouée par l’actrice Natalia Varleï) dans le film La prisonnière du Caucase, à la valeur si suggestive pour qui regarde le Caucase et ses peuples avec le cœur.

Voici donc la situation maintenant que la nation arménienne d’Azerbaïdjan a été liquidée :

  • La Russie a envoyé un message clair aux autorités arméniennes : l’Arménie sera écrasée par l’Azerbaïdjan sans que Moscou ne bouge si les Arméniens ne reviennent pas immédiatement et complètement dans l’orbite russe. Tout rapprochement avec l’Occident, et notamment avec les États-Unis sera vu comme une provocation, avec l’idée aussi que l’Occident n’interviendra pas de toute façon en faveur de l’Arménie.
  • L’Azerbaïdjan a satisfait une partie importante de ses objectifs, profitant du rapprochement de l’Arménie avec l’Occident pour intervenir de manière écrasante avec l’assentiment de Moscou au Karabagh, et cela avant que l’hiver ne transforme le blocus arménien en catastrophe humanitaire. Car c’est là ce sur quoi l’Arménie comptait pour prendre prétexte à une intervention humanitaire de l’Union européenne, et notamment de la France, avec la bénédiction de Washington, qui se serait ainsi implantée dans la région au détriment de Moscou. Le coup est stratégiquement une leçon d’opportunisme, puisque Bakou réussi à occuper un Karabagh vidé sans violence directe de sa population civile, en se débarrassant de Moscou et en empêchant les Occidentaux éventuellement d’y prendre pied, tout en étant soutenu militairement et économiquement par l’Occident et ses alliés, notamment l’État d’Israël.
  • L’Occident échoue a prendre pied dans la région, à l’exception relative des États-Unis, mais continue à entretenir une pression sur l’Azerbaïdjan et indirectement sur la Turquie afin de clarifier de manière conflictuelle les divergences d’intérêts entre ces États et l’Occident sous hégémonie américaine, dans la perspective du conflit gréco-turc qui est la ligne de mire occidentale dans le secteur. La seule place de l’Arménie dans ce dispositif est de ne pas être un complet satellite de Moscou et de rester au maximum possible un coin dans l’expansion turco-azérie, au moindre coût pour les Occidentaux.
  • L’Iran dévolue à l’Arménie finalement le même rôle stratégique de coin à l’expansion turco-azérie, à laquelle elle s’oppose pour d’autres raisons. Pour l’Iran, la ligne rouge est la question du Syunik, qui s’ouvre directement désormais, c’est-à-dire la revendication de l’Azerbaïdjan à ouvrir a minima un corridor à travers cette région arménienne vers son enclave du Nakhitchevan, afin de se relier quasiment directement à la Turquie, voire à annexer cette région, peuplée de 100 000 habitants, selon un scénario de l’étranglement identique à celui du Karabagh. Toutefois, l’Iran a décidé d’ouvrir en octobre 2022 un consulat général, inauguré par Hossein Amir-Abdollahian, le ministre des affaires étrangères en personne, à Kapan exactement sur la route imaginée de ce futur « corridor » par le régime d’Azerbaïdjan. En alternative à celle-ci, l’Iran a même proposée que le « corridor » soit construit sous son contrôle, en passant par le territoire de l’Iran et non de l’Arménie, ce qui permettrait à l’Iran à la fois de garantir le rôle de glacis sacrificiel à l’Arménie, tout en contrôlant directement les échanges turco-azéris.

Pour ce qui est de la France, à part s’aligner sur les États-Unis en soutenant l’Arménie de par son propre appareil de propagande orientaliste, autant dire qu’elle est inexistante. Le régime arménien compte, ou comptait, un peu quand même sur son engagement, dans le cadre de l’Union européenne, au moins pour une intervention humanitaire au Karabagh, qui n’aura pas lieu désormais.

Mais de toute façon, l’empressement français est très relatif. On n’a même pas vu ne serait-ce que quelques propositions d’accueil ou d’envoi d’une aide humanitaire sérieuse pour les plus de 100 000 réfugiés du Karabagh. On se dit tout de même qu’il est bien loin le temps du romantisme du Moussa Dag.

Mais qui, même dans la Gauche française, comprend sérieusement cette question ? Qui l’a sérieusement étudié, et publié des analyses démocratiques sur ce sujet ?

Par contre, la France a promis une aide militaire, dans l’opacité la plus totale, puisque le conflit gréco-turc, que le régime de France a clairement en ligne de mire, n’est pas encore ouvert. À ce stade, il s’agit encore de poser des jalons, mais des jalons dans l’escalade. L’Arménie est écrasée au Karabagh pour les intérêts de la Russie ? Préparons la à un nouvel écrasement, cette fois pour les intérêts de l’Occident.

Voilà la proposition de l’appareil militaro-industriel de l’État bourgeois en France à l’Arménie.

La tâche de la Gauche en France est d’organiser la vengeance des masses arméniennes du Karabagh, en organisant les masses françaises, notamment turques et arméniennes, sur une base démocratique dénonçant l’étau des haines nationalistes, terreau des guerres impérialistes de repartage du monde qui embrassent le Caucase et étranglent les peuples, en Ukraine, en Arménie, en Palestine… et bientôt encore ailleurs aussi longtemps que les masses ne lèveront pas le drapeau rouge.

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Refus de l’hégémonie

Sahra Wagenknecht et l’économie de guerre allemande

La démarche de Sahra Wagenknecht en Allemagne a ceci de pertinent qu’elle se confronte ouvertement avec la marche à la guerre des deux superpuissances, américaine et chinoise.

Il faut bien comprendre qu’économiquement, la première victime du conflit militaire Russie-Ukraine du côté des pays riches est l’Allemagne, son satellite autrichien y compris. Toutes les économies des principales puissances ont été torpillées par la crise commencée en 2020. Mais l’initiative russe a fait de l’Allemagne un maillon faible, comme celle-ci s’est alignée sur la superpuissance américaine.

Sahra Wagenknecht a indubitablement compris que les masses allemandes allaient protester contre la situation et que le grand risque était celui d’une situation comme celle des années 1930, où c’est le nationalisme qui l’emporte. C’est le cas en Autriche, où la Gauche a acquis une position très marquée contre le capitalisme, mais reste dans l’ombre d’une extrême-Droite assumant d’être contre la guerre à la Russie.

Sa ligne est donc de former un mouvement de masse, afin de bloquer l’extrême-Droite et de permettre une initiative de masse sur une base sociale.

« Ses propres intérêts et la paix au lieu de la fidélité vassalisée et la confrontation »

Voici un long extrait du document d’analyse proposée par le mouvement « Aufstehen » (se lever, se soulever) lancé par Sahra Wagenknecht. Ce document fait partie des éléments constitutifs du parti qu’elle met en place fin octobre 2023.

On y trouve des points essentiels de la vision de Sahra Wagenknecht sur la guerre et la situation allemande.

« L’espoir de nombreux électeurs qu’un gouvernement dans lequel davantage de partis de gauche seraient représentés, et qui remplacerait ainsi le gouvernement conservateur en tant que représentant de l’élite, s’est rapidement évanoui.

Depuis le début de la guerre [entre la Russie et l’Ukraine], le gouvernement de coalition, contrairement au reste du monde, a complètement mis de côté les intérêts nationaux par rapport au capital américain et a déguisé moralement son action en opération d’aide à l’Ukraine.

Au lieu d’œuvrer dès le début à une solution diplomatique (le début remonte à 2014 au plus tard), des armes et de l’argent sont fournis sans cesse.

Le chancelier [social-démocrate Olaf] Scholz a amorcé un tournant. Aujourd’hui, c’est la confrontation qui remplace la détente.

La guerre actuelle a été déclenchée par la Russie. Si on veut y mettre fin, on ne doit pas mettre de côté ce qui a précédé.

En toute allégeance aux États-Unis et à nos dépens, la coalition, avec de prétendus objectifs moraux, vise uniquement à écraser la Russie ([référence aux propos de la ministre des affaires étrangères, écologiste, Annalena] Baerbock) et, si possible, à parvenir à un changement de gouvernement dans ce pays.

Surtout, les sanctions et l’embargo pétrolier ont amené notre économie au bord de l’effondrement dans de nombreux domaines et déclenché une vague sans précédent de « fierté coupable » ([l’expert du proche et moyen-orient Michael] Lüders = aveu d’actes répréhensibles contre la Russie avant la guerre).

Ceux qui sont au pouvoir parlent ainsi toujours sous la forme du « nous » et exigent que nous, les contribuables, acceptions la réduction de notre propre « prospérité » par solidarité avec l’Ukraine. Une majorité est pourtant depuis longtemps opposée au prolongement d’un soutien militaire.

Ces sanctions visaient à priver la Russie de sa base financière, même si les importations de pétrole n’ont pas encore été sanctionnées. Dans une obéissance prématurée, [le ministre de l’économie, écologiste, Robert] Habeck les a arrêtés, causant d’énormes dégâts à notre économie.

En tant que société, nous sommes simplement accaparés et, selon lui, nous devons supporter les difficultés.

Le suicide économique et social dû à une augmentation incommensurable des coûts n’a jusqu’à présent fait que prolonger les morts des deux côtés du front dans la guerre injustifiée de la Russie contre l’Ukraine, mais a causé bien moins de dégâts à l’économie russe qu’à la nôtre.

Mais « nous sommes les bons » ! La propagande de guerre s’accompagne d’une autoglorification morale et d’une perte du sens des réalités.

Bush, Reagan, Clinton et Obama ont mené des guerres comme étant du « bon côté ». C’est pourquoi les sanctions n’ont même jamais été ne serait-ce qu’envisagées.

Ainsi, de l’accord de coalition, peu a été mis en œuvre. « Oser faire plus de progrès », tel est le titre du document de 178 pages, empruntant évidemment à la déclaration gouvernementale de Willy Brandt en 1969, dont le slogan était « Oser plus de démocratie ».

A quoi ressemblent ces progrès ?

Avec le début de la guerre en Ukraine, notre économie est entrée dans le déclin.

L’interdiction d’importer du pétrole et du gaz naturel russes a poussé l’économie à ses limites, à l’exception de l’industrie militaire, qui est en plein essor grâce à l’injection de 100 milliards.

Lorsque le pays est entré en récession, le taux d’inflation a parfois dépassé 10% et s’élève au 23 juillet à 6,4%, même s’il dépasse encore 11% pour l’alimentation.

Cela touche particulièrement les groupes à faible revenu, déjà défavorisés.

Malgré une baisse significative des ventes de produits alimentaires, les bénéfices des leaders de l’industrie ont augmenté grâce à des prix abusifs criminels.

Cela signifie que les bénéfices vont aux riches, tandis que l’augmentation des coûts affecte particulièrement la population la plus pauvre.

La demande intérieure a été considérablement ralentie et, tout comme la baisse des exportations, elle a un impact sur la conjoncture négative.

Compte tenu de la hausse des prix des denrées alimentaires allant jusqu’à 20%, le flux vers les banques alimentaires a considérablement augmenté et, dans certains cas, a doublé. de sorte que des arrêts d’admission et des réductions de quantité dans la distribution ont été nécessaires.

C’est une impudence de la part du pouvoir que de confier la prise en charge de la « partie de la population laissée pour compte » à des associations organisées et financées par le secteur privé, sans leur apporter le soutien financier approprié !

En Allemagne, plus de deux millions de personnes dépendent désormais de l’aide alimentaire. Le besoin est probablement encore plus grand, car de nombreuses banques alimentaires ont cessé de les accepter.

Les dividendes des actionnaires ont cependant augmenté. De moins en moins de bénéfices sont restés dans l’entreprise, de plus en plus sont allés aux propriétaires (…).

Notre économie est en récession « technique » depuis le printemps 2023.

La production économique (produit intérieur brut, PIB) a diminué tant au quatrième trimestre 2022 qu’au premier trimestre 2023. Et les perspectives ne se sont pas améliorées depuis.

L’Allemagne connaît cette année la pire situation parmi toutes les grandes économies. Et ce sera probablement la seule grande économie à connaître une contraction. Cela veut dire : le FMI s’attend à une récession pour l’Allemagne.

L’industrie chimique en particulier s’est affaiblie, car les sanctions pétrolières et gazières y ont eu un impact particulier, mais aussi les secteurs des machines-outils et de l’électrotechnique.

Contrairement aux « citoyens normaux », l’économie allemande peut fuir. Une entreprise sur cinq envisage de délocaliser sa production à l’étranger.

Les petits fournisseurs qui ne peuvent pas déménager avec nous seront conduits à la ruine !

Il y a également un exode de travailleurs qualifiés. Environ 1,2 million de spécialistes bien formés et pour la plupart hautement qualifiés ont émigré en 2022.

Le budget fédéral 2024 prévoit des économies dans presque tous les domaines afin de pouvoir financer les dépenses d’armement et de guerre tout en respectant le frein à l’endettement (…).

La démocratie occidentale actuelle est une démocratie d’élite. Elle ne repose pas sur une volonté unifiée de la société, car la société est divisée en raison de différents intérêts économiques et de différentes visions du monde quant au développement.

Les élites comprennent des personnes qui ont beaucoup de pouvoir et qui, socialement, proviennent presque exclusivement des classes les plus riches et les plus capitalisées.

Leur attitude face aux inégalités sociales est essentiellement façonnée par leurs origines sociales exclusives et homogènes : c’est la base de leur pouvoir et de la mise en œuvre des politiques néolibérales !

Cependant, il n’existe pas une élite fermée, mais plutôt différents groupes d’élite, généralement liés les uns aux autres par leurs origines sociales.

Ils vivent dans un monde parallèle depuis leur naissance et ont une culture, une éducation et des opportunités de carrière communes. Cela signifie qu’ils fréquentent des écoles privées d’élite, étudient dans des collèges et universités (privés) d’élite et ont donc déjà un lien avec l’élite au pouvoir. »

Sahra Wagenknecht veut couper l’herbe sous le pied du nationalisme ; le faible niveau politique l’amène à lancer une initiative « sociale » avant tout, mais autour de principes bien circonscrits, comme la paix, le refus de l’OTAN. C’est là ce qui la distingue fondamentalement de gens comme Jean-Luc Mélenchon en France, dont le populisme est sans bornes aucune.

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L’Arménie au bord de l’effacement avant le conflit gréco-turc

L’Arménie connaît une pression énorme, alors que l’Azerbaïdjan a repris ces dernières semaines le contrôle du Nagorny-Karabakh. Autour de 100 000 Arméniens, soit la quasi totalité de la population arménienne locale, ont fui. Désormais, ce qui se trame, c’est l’effacement de l’Arménie, avec un partage du pays par la Russie d’un côté, la Turquie et l’Azerbaïdjan de l’autre, dans le cadre inévitable d’un accord avec l’Iran.

On sait comment tout cela forme un « Orient compliqué » pour les Français, mais il n’est pas difficile de comprendre la carte suivante. Vous avez la Turquie et autour… il y a l’Ukraine, Israël et Gaza, l’Arménie et l’Azerbaïdjan… tous les foyers les plus chauds du moment.

Pour ceux qui veulent approfondir la question turque en tant que telle, il y a l’excellent article « La Turquie, maillon faible de la chaîne des pays dépendants« , qui en 2020 présentait justement la Turquie comme au centre de la nouvelle crise historique qui se joue. La guerre gréco-turque – avec la France alliée « secrète » de la Grèce – s’annonce comme inévitable.

Mais regardons la question arménienne, qui connaît son dénouement. Que restera-t-il de l’Arménie? demandions-nous en septembre 2022. On risque de le savoir très vite malheureusement.

Pourquoi cela? Parce que nous vivons l’époque du repartage du monde et que l’Azerbaïdjan a les moyens de continuer à déstabiliser la région. Son objectif est de parvenir à unifier géographiquement ses régions, une d’entre-elle se situant derrière l’Arménie. Et cela permettrait une jonction avec la Turquie, pays considéré comme frère suivant la théorie employée d’une nation, deux pays.

Quel est le scénario?

Cette unification de l’Azerbaïdjan passerait par tout d’abord la demande d’un « corridor de Zanguezour »… et dans la foulée il y aurait des affrontements militaires ; ce serait tellement le chaos que la Russie serait « obligée » d’intervenir pour agir en tampon…

L’Arménie perdrait des territoires dans le processus et ce qui en reste n’aurait plus qu’un choix pour exister : celui de rejoindre la Fédération de Russie.

Le plan est évident, au point que le premier ministre arménien Nikol Pachinian, de passage au Parlement européen à Strasbourg le 17 octobre 2023, a directement accusé la Russie d’avoir lâché l’Arménie. Depuis plusieurs semaines, il a en ce sens lancé des appels incessants aux pays occidentaux, au point qu’il est considéré du point de vue russe comme un nouveau « Zelensky » en puissance.

La tenaille Russie-Azerbaïdjan est, de fait, une réalité pour l’Arménie, c’est la bataille pour le repartage du monde, une liquidation des acquis de fraternité datant de l’URSS. On notera d’ailleurs que le président d’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, lors de son discours suite à la reconquête du Karabagh, a longuement salué l’époque passée de fraternité entre Arméniens et Azéris au Karabagh. Il était obligé de le faire en raison du prestige historique de l’amitié caucasienne.

Affiche soviétique arménienne des années 1930

Le contexte étant ce qu’il est, les autres puissances se mettent donc de la partie. La France s’est la première lancée et a répondu positivement à l’Arménie. Elle a décidé d’envoyer des armes, le ministre français de la Défense Sébastien Lecornu étant en processus de discussion avec son homologue arménien Suren Papikian. Quelles armes, c’est par contre secret défense, le ministre français ayant même refusé de répondre à ce sujet à des questions du Sénat en octobre 2023.

Le président d’Azerbaïdjan Ilham Aliyev a, en raison de cette vente d’armes, refusé de rencontrer Nikol Pachinian le 5 octobre 2023 à Grenade lors d’un sommet de l’Union européenne. De son côté, Nikol Pachinian a boycotté une réunion de la Communauté des Etats Indépendants, qui regroupe des pays de l’ex-URSS.

Ce qui a provoqué deux réactions. D’abord une déclaration commune du Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, du président du Conseil européen, Charles Michel, du président français, Emmanuel Macron, et du chancelier allemand, Olaf Scholz.

Ensuite, une réponse acide du président d’Azerbaïdjan Ilham Aliyev :

« Maintenant, cela soulève la question : l’Arménie veut-elle la paix ?

Je ne le pense pas, car si elle avait voulu la paix, elle n’aurait pas manqué cette occasion.

Le Premier ministre arménien prend six heures de vol pour Grenade et participe à une réunion incompréhensible où l’on discute de l’Azerbaïdjan sans qu’elle y soit présente, mais il ne peut pas voler pendant deux à trois heures jusqu’à Bichkek [au Kirghiztan]. Il a mieux à faire apparemment. »

Car l’Azerbaïdjan sait que les pays occidentaux sont… loin, très loin. La presse azerbaïdjanaise se moque ainsi de la France et de l’ambassadeur Olivier Decotigny, reprenant les discours anti-occidentaux de la Turquie et de la Russie.

Les pays occidentaux ne peuvent que jouer les trouble-fêtes, et d’ailleurs ils n’ont aucun autre objectif concernant l’Arménie. Ce pays passe par pertes et profits dans les calculs impérialistes. Comme d’ailleurs au final tous les pays dans le cadre de l’affrontement entre les superpuissances américaine et chinoise, la seule vraie actualité.

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Joe Biden en Israël contre Vladimir Poutine en Chine

L’actualité mondiale est la conquête de l’hégémonie de la part des grandes puissances. Cela donne en pratique une guerre larvée, d’influence, en plus des théâtres strictement militaires en Ukraine, en Arménie ou en Palestine. Le 18 octobre 2023 était un jour particulièrement marquant pour la grande bataille pour le repartage du monde, avec le dessin toujours plus net de deux grands blocs opposés.

Le premier, celui mené par la superpuissance américaine, tente de maintenir à tout prix ses acquis et ses positions. C’est pour cela que le président américain Joe Biden était en Israël, afin d’y affirmer son autorité au Conseil de guerre israélien.

Pour la forme, il est fait comprendre que les États-Unis soutiennent fermement Israël… et que ce dernier lui est soumis stratégiquement. Joe Biden a dit :

« À la suite de l’attaque terroriste du Hamas, qui était brutale, inhumaine, inimaginable, ce conseil s’est rassemblé, solide et uni. Je veux que vous sachiez que vous n’êtes pas seuls. Comme je l’ai déjà souligné, nous continuerons de soutenir Israël, alors que vous travaillez à la défense de votre peuple. Nous continuerons de travailler avec vous et les partenaires régionaux pour protéger des civils innocents d’autres tragédies. »

Israël est concrètement une base américaine au Proche-Orient, une base militaire, mais aussi politique et culturelle. Tout doit se définir par là. Alors Israël est prié de ne pas trop faire de vague, pour assurer les intérêts américains.

En début de semaine, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken avait déjà assisté à l’intégralité du Conseil de sécurité israélien… qui s’était déroulé en bonne partie en anglais, et pas en hébreu moderne. Jamais un pays réellement indépendant ne pourrait accepter une telle supervision, bien entendu.

Et mercredi 18 octobre, pour affirmer sa main-mise, Joe Biden a expliqué notamment qu’il fallait l’entrée d’une aide humanitaire dans la bande de Gaza « au plus vite ». Il veut surtout limiter au maximum la portée politique néfaste mondialement d’un massacre de masse de la part d’Israël à Gaza.

L’armée américaine, qui a fait de grosses livraisons d’armes et de systèmes militaires à Israël, est donc sur le qui-vive dans la région pour faire en sorte que tout reste sous contrôle… et assumer l’escalade au besoin, mais selon les intérêts américains.

Après s’être rendu à Tel-Aviv, Joe Biden devait se rendre à Amman, en Jordanie pour y rencontrer le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, ainsi que le roi Abdallah de Jordanie et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

Il s’agit là de pays et d’une entité largement alignés en pratique sur les États-Unis, mais qui peuvent vite vaciller dans le contexte international. Et que s’est-il passé justement ? La visite a été annulée au dernier moment, officiellement en raison de l’explosion meurtrière survenue l’avant-veille sur le parking de l’hôpital al-Ahli, à Gaza. Il y a eu plusieurs centaines de morts et blessés graves selon le Hamas, quelques dizaines selon l’Union européenne.

Il y a eu tout un battage médiatique mondial pour accuser Israël, alors qu’en pratique l’attaque dans ces conditions d’une telle cible n’était pas cohérente. Israël explique de son côté qu’il s’agirait d’un tir de roquettes (ciblé ou manqué) de la part des brigades al-Qods, c’est-à-dire la branche armée du Djihad islamique palestinien (JIP), une organisation plus ou moins concurrente du Hamas (et liée à l’Iran, bien que sunnite).

Ce qu’il se passe en tous cas, c’est que les forces réactionnaires du monde arabe poussent de manière forcenée pour provoquer coûte que coûte un embrasement et se servent allégrement de cette tragédie autour d’un hôpital. Il y a notamment d’importants remous à Ramallah en Cisjordanie.

Pendant ce temps, la Chine assumait toujours plus clairement et ouvertement sa concurrence au bloc américain. Le 18 octobre 2023, elle recevait encore une fois Vladimir Poutine, le président russe. En l’occurrence pour des questions économiques, mais il a été rabâché à quel point les deux pays sont alignés, s’entendent sur les questions mondiales et veulent continuer leurs coopérations internationales.

Le président chinois a particulièrement insisté sur le « partenariat stratégique global de coordination sino-russe », expliquant que celui-ci est fondé sur un bon voisinage durable et une coopération mutuellement bénéfique, avec un engagement à long terme.

Le président russe a expliqué de son côté que :

« l’évolution du paysage international prouve pleinement le jugement stratégique du président Xi selon lequel le monde subit des changements sans précédent depuis un siècle. La Russie est prête à travailler avec la Chine pour renforcer la communication et la coordination au sein des BRICS et d’autres mécanismes multilatéraux, défendre le système international fondé sur le droit international et promouvoir la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et équitable. »

Bien entendu, il a été question de la situation palestino-israélienne. Vladimir Poutine n’y est pas allé de main morte pour critiquer indirectement les États-Unis soutenant Israël, en leur opposant la création d’un État palestinien totalement « souverain et indépendant » et « avec Jérusalem comme capitale ».

Le même jour, mercredi 18 octobre 2023, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov arrivait à Pyongyang en Corée du Nord pour deux jours et la Chine recevait les présidents du Kenya, du Nigeria et de l’Indonésie. La veille, elle recevait les dirigeants de Hongrie, du Chili, d’Éthiopie et du Kazakhstan.

La situation mondiale se tend clairement drastiquement, la guerre mondiale se dessine toujours plus nettement avec la concurrence pour l’hégémonie des deux grandes superpuissances que sont les États-Unis et la Chine (et son premier allié la Russie).

Rien n’échappe à la satellisation par les deux superpuissances à moins d’une ligne d’indépendance, fondée sur les principes de la Gauche historique. On n’y est pas, nulle part, et il le faut pourtant à tout prix pour indiquer le vrai chemin à suivre !

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Le nationalisme ukrainien et l’effacement de la Russie

Avant le conflit entre la Russie et l’Ukraine, agauche.org a pendant six mois alerté de l’imminence de ce drame historique et souligné la menace que cela faisait peser sur l’Ukraine. Le déclenchement du conflit a cependant fait basculer l’Ukraine dans un nationalisme forcené, totalement délirant, voulant effacer la Russie.

Le régime ukrainien n’est nullement actif « en défense » de l’Ukraine ; en réalité, son agenda est celui du nationalisme ukrainien combiné à celui de l’Otan, avec comme but la destruction de la Russie. Les exemples suivants montrent l’ampleur de cette fuite en avant nationaliste, où tombent les Ukrainiens qui espèrent obtenir les armes américaines et l’argent européen à l’infini.

La chanteuse d’opéra Anna Netrebko est une grande cible du nationalisme ukrainien

Prenons le prix Erich-Maria-Remarque, du nom du grand écrivain allemand auteur d’A l’Ouest rien de nouveau. Le prix est décerné par la ville allemande d’Osnabrück, dans une optique qui se veut démocratique-pacifiste. Il y a un prix principal et un prix spécial.

Pour 2023, le prix principal est allé à Lioudmila Oulitskaïa. C’est une Russe, opposante depuis longtemps à Vladimir Poutine (un « criminel »). Écrivain, elle s’est opposée à « l’opération militaire spéciale » (une « honte ») en Ukraine et s’est dans la foulée installée en Allemagne. Elle dénonce la Russie depuis plus d’une décennie comme acculturée, nationaliste, ayant une folie impérialiste des grandeurs.

Eh bien celui qui a reçu le prix spécial, le dessinateur ukrainien Serhi Maidukov, a catégoriquement refusé de recevoir son prix. Hors de question d’être aux côtés d’une Russe ! C’est là qu’on voit le degré de fanatisme du nationalisme ukrainien, qui profite de l’appui massif des occidentaux (Maidukov travaille pour les New Yorker, Wall Street Journal, Washington Post, Zeit, Guardian, des quotidiens bellicistes).

Éloge par Le Monde d’une émission d’Arte racontant avec fierté l’interdiction de ce qui est russe à l’opéra de Kiev (« Kiev, un opéra en guerre« )

La contagion est générale ; elle ne concerne pas que l’opéra où tout ce qui est russe est interdit. Prenons Andreï Kourkov, qui est le romancier ukrainien dont les œuvres ont été le plus traduites à l’étranger. Il est né… dans la banlieue de Leningrad et tous ses romans ont été écrit en russe ! Mais lui-même est pour la suppression de la langue russe désormais. Ce qui ne n’empêche pas qu’il soit dénoncé en Ukraine comme « un collaborateur au long cours » pour ses romans écrits en russe…

Au début de 2023, il y a eu, autre exemple, le festival Prima Vista, en Estonie. C’est un pays fanatiquement anti-Russie également. Néanmoins, des opposants étaient systématiquement invités. Or, cette fois, les poètes ukrainiennes Olena Huseinova et Anna Gruver ont refusé de venir. La raison a tenu à la présence de la poète russe Linor Goralik ! Cela va si loin qu’Olena Huseinova a également dénoncé un poète russe habitant aux Canada ayant pris partie dans ses œuvres pour les « victimes » du conflit à Marioupol et Boutcha. Selon elle, c’est de l’appropriation néo-coloniale.

La romancière Oksana Sabuschko s’est pris une volée de bois vert en disant qu’elle n’avait rien contre le fait que ses œuvres soient traduites en russe, tout comme l’historien Jaroslav Hryzak pour avoir accordé une interview au média russe d’opposition (et interdit) Meduza. Pareil pour le romancier le plus connu en Ukraine, Iouri Androukhovytch, qui a été critiqué pour avoir parlé avec le romancier russe Mikhaïl Chichkine à un festival littéraire en Norvège en septembre 2022. Ce Mikhaïl Chichkine, dont la mère est Ukrainienne, vit pourtant en Suisse depuis 1995, publie dans tous les journaux occidentaux anglophones et dénonce Vladimir Poutine depuis le départ !

Le nationalisme ukrainien est une idéologie qui, depuis sa fondation au 19e siècle, vise à l’effacement de la Russie. Cette dernière ne serait qu’un assemblage artificiel produit par la « Moscovie ». Il n’y a donc rien de « russe » à reconnaître. Et même les Russes opposés à « l’opération militaire spéciale » sont donc dénoncés comme des agents du colonialisme. Tel est le fanatisme du nationalisme ukrainien, dont un exemple terrible est la nomination en septembre 2023 d’un nouveau ministre de la défense ukrainien, après un scandale de corruptions.

On parle ici de Roustem Oumierov, né en Ouzbékistan et Tatar de Crimée, où sa famille est revenue en 1991 : les Tatars avaient été déportés en 1944 par l’URSS en raison de leur soutien à l’Allemagne nazie. On comprend par sa nomination que c’est un symbole de la visée ukrainienne sur la Crimée. Cette dernière est russe historiquement et jamais la Russie ne l’abandonnera : le fait de nommer un tel ministre de la Défense montre qu’aucune solution pacifique n’est envisagée ni envisageable par l’Ukraine.

Roustem Oumierov est passé par les États-Unis, notamment avec le « Future Leaders Exchange ». C’est un agent américain. Mais pas seulement : il parle d’ailleurs turc et on comprend le double jeu de la Turquie, qui compte bien faire un partenariat approfondi avec le belligérant victorieux, que ce soit la Russie ou l’Ukraine. Telle est la bataille pour le repartage du monde.

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Les Etats-Unis remplacent la France au Gabon

La France a été une grande puissance coloniale en Afrique et elle a réussi à maintenir sa domination à différents degrés malgré les « indépendances ». C’est ce qu’on a surnommé la « Françafrique ». Le Gabon était considéré comme l’ex-colonie la plus sous le contrôle français, et en août 2023 un coup d’État surprise a changé la donne. Cependant, ce n’est pas au profit du bloc sino-russe : c’est en fait la superpuissance américaine qui a pris le contrôle du pays.

Le Gabon sur le continent africain

C’est une expression de l’effacement continu de la puissance capitaliste française. Alignée sur la superpuissance américaine, elle est aspirée par celle-ci, satellisée. La France ne peut faire que ce que la superpuissance américaine attend d’elle, comme faire un partenariat avec l’Ukraine pour une union politico-militaire au service des intérêts américains en Europe. Si elle est considérée comme pas assez fiable ailleurs, elle est dégagée.

Car le coup d’État au Gabon rentre dans le contexte de la bataille pour le repartage du monde dans la région. Depuis l’irruption de la crise du capitalisme en 2020, l’Afrique du Centre et de l’Ouest a connu une série de coups d’État au Niger, au Burkina Faso, au Soudan, en Guinée, au Mali et au Gabon. Si on excepte le Soudan, on parle de pays francophones et de passage dans l’orbite sino-russe.

Le coup d’État au Gabon est le fruit d’une logique américaine qui dit : la France perd toutes ses billes en Afrique et il faut la remplacer, exactement comme ce fut le cas pour le Vietnam, où la superpuissance américaine avait remplacé la France.

Il faut dire que la présence française au Gabon relevait d’un néo-colonialisme vraiment à l’ancienne. Omar Bongo, le premier président du Gabon « indépendant », est resté à la tête de pays de 1967 à sa mort en 2009. Il a été de toutes les magouilles militaires et économiques avec la France, ainsi que politiques puisqu’il a arrosé des partis politiques. Il a eu 33 femmes et une cinquantaine d’enfants, plaçant toute sa famille à tous les échelons de l’État, etc.

C’est d’ailleurs son fils Ali Bongo Ondimba qui a prit le relais et le coup d’État a suivi de quelques minutes la réélection de celui-ci pour un troisième mandat, avec pratiquement 65% des voix. C’était tellement invraisemblable, tellement bricolé, qu’à part pour les Français arrogants traditionnellement, il était évident que l’instabilité prévaudrait.

C’est pourquoi ce sont les propres services de sécurité de la présidence qui ont mené le coup d’État. C’est une fausse révolution de palais : pour que rien ne change, tout doit changer.

Voilà pourquoi les réactions sont très différentes de lors des coups d’État favorables à la Chine et à la Russie. Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine a annoncé la suspension avec effet immédiat du Gabon. Mais il n’y a pas la menace d’une intervention militaire.

La France ne compte pas évacuer ses ressortissants ou couper les fonds des « aides ». Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, a pratiquement excusé le coup d’État.

« Au Niger, le président était un président démocratiquement élu (…). Au Gabon, quelques heures avant le coup d’État militaire, il y a eu un coup d’État institutionnel car les élections ont été volées (…). Je ne peux pas dire que le Gabon était une vraie démocratie avec une famille qui dirigeait le pays depuis 50 ans. »

Selon lui, le vrai coup d’État « institutionnel » serait même d’avoir truqué les élections ! Autrement dit, rien n’a changé au Gabon à part la puissance tutélaire.

Et tout cela est allé très vite. En juin 2023, Ali Bongo Ondimba etait encore l’invité d’honneur de la rencontre à Paris sur le financement durable, celui-ci étant considéré comme proche par Emmanuel Macron.

Toutefois, il y a eu des signes avant coureurs, surtout l’adhésion du Gabon en 2022 au… Commonwealth ! C’est-à-dire l’union historique de l’empire britannique, et en fait surtout de nos jours une union à caractère anglophone, donc liée de fait à la puissance américaine.

La puissance française a tout simplement été mise de côté. C’est une expression double : à la fois de sa propre décadence et de l’alignement forcé sur les deux superpuissances, américaine et chinoise. On va à la troisième guerre mondiale de repartage du monde et elle a en fait même déjà commencé en Ukraine.

Telle est la réalité historique !

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Conférence des ambassadeurs français: 100% pro régime ukrainien

La France est un satellite américain : l’exemple suivant le révèle entièrement. Chaque année, les ambassadeurs français viennent à Paris, afin d’écouter le ministre des Affaires étrangères donner les directives officielles. On parle ici non pas tant des initiatives « secrètes » propres à la « diplomatie » que du discours officiel à adopter dans chaque pays par les ambassadeurs. Ce discours correspond au bruit de fond que la France entend orchestrer.

Les ambassadeurs français fin août 2023

En août 2023, la conférence des ambassadeurs a été placée dans une optique totalement favorable au régime ukrainien. La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a tenu des propos bellicistes sans aucune ambiguïté : la Russie doit s’effondrer, s’effacer. Elle avait d’ailleurs invité son homologue ukrainien, Dmytro Kuleba. Une conférence de presse commune a même été réalisée.

C’est là tout à fait révélateur, et on comprend tout lorsqu’on voit que Dmytro Kuleba s’est vanté d’avoir rencontre les responsables du Complexe Militaro-Industriel français. L’Ukraine est une colonie américaine et la France cherche à être le meilleur satellite américain en Europe, en se collant à l’Ukraine.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba salue sa rencontre avec le Complexe Militaro-Industriel français pour une nouvelle coopération et coproduction

Catherine Colonna et Dmytro Kuleba s’étaient déjà rencontrés plusieurs fois, notamment à Odessa pour une véritable opération de propagande. La conférence des ambassadeurs français de 2023 se situe dans le prolongement de telles initiatives, ce que Catherine Colonna a souligné dès le départ lors de la conférence de presse :

« Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse d’être devant vous en compagnie de Dmytro Kuleba.

En fait, si nous avons donné ensemble, souvent, des points de presse, à Kiev, à Odessa, et aux Nations unies à New York, c’est la première fois que nous le faisons ici, à Paris.

Merci, Monsieur le Ministre, merci, cher Dmytro, d’être venu jusqu’ici. C’est la deuxième fois que vous le faites depuis le début de la guerre, puisque j’avais pu vous accueillir au mois de mai dernier, lorsque vous aviez accompagné le Président Zelensky à Paris. »

Elle a enchaîné en expliquant que la France soutenait le régime ukrainien à tous les niveaux, y compris militaire. On a ici la preuve absolument claire que la France est en guerre contre la Russie. Une guerre indirecte, ayant une forme historique particulière, mais une guerre tout de même.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna

D’ailleurs, la Russie est présentée comme tous les pays ennemis lors d’une guerre : l’ennemi est inhumain, massacre les civils, n’a aucune morale, menace la paix, etc. Par conséquent, la guerre à l’ennemi est une « nécessité absolue », comme le formule Catherine Colonna.

« Cela fait plus d’un an et demi que la Russie ne cesse de cibler, de façon quasi quotidienne, les infrastructures civiles et les populations civiles en Ukraine, comme nous l’avons vu encore ces derniers jours.

Je dois répéter ce que dit clairement le droit international : cibler intentionnellement des objectifs civils est constitutif de crimes de guerre. Plus d’un an et demi, également, que le peuple ukrainien résiste, résiste avec bravoure, et mérite notre admiration, résiste pour défendre la liberté, la souveraineté de son pays, injustement agressé.

Et alors que le Président de la République l’a dit hier, je veux redire après lui que, comme je le disais aussi ce matin à nos ambassadrices et à nos ambassadeurs : la France apporte et apportera tout son soutien à l’Ukraine, dans tous les domaines, politique, diplomatique, juridique, économique, et bien sûr militaire, pour aider ce pays à exercer son droit à la légitime défense.

Et ce soutien se poursuivra, il se poursuivra et s’intensifiera aussi longtemps qu’il le faudra, pour mettre en échec l’agression russe. C’est une nécessité absolue, nous le savons. Une nécessité absolue pour défendre l’Ukraine, mais au-delà, pour défendre aussi notre sécurité collective et l’avenir du système international fondé sur le droit et non sur la force.

Catherine Colonna mentionne les propos du président de la République Emmanuel Macron, qui allaient dans le même sens la veille, tout en expliquant de son côté, de manière voilée, pourquoi la guerre contre la Russie a pris cette forme « indirecte ». C’est qu’elle dispose de l’arme nucléaire ! Le 28 août 2023, il formulait la chose ainsi aux ambassadeurs.

« Je considère que le contexte international se complique et fait courir le risque d’un affaiblissement de l’Occident et plus particulièrement de notre Europe. Il nous faut être lucide, sans être excessivement pessimiste dans ce contexte (…).

 A l’issue de ces deux lois de programmation, nous aurons doublé le budget de nos armées, ce qui est inédit dans la période contemporaine. (…).

Notre sécurité collective et celle de la France, de ses alliés, de ses partenaires européens est, évidemment, avant toute chose, remise en cause par l’agression Russe en Ukraine.

J’ai eu l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises sur ce sujet devant vous l’année dernière et je l’ai fait encore ces derniers mois, en particulier à Vilnius. Il ne faut pas perdre de vue la singularité de ce conflit. Elle repose d’abord sur le fait qu’en Europe, la guerre revient. 

La deuxième chose, c’est qu’elle vient de manière très claire, fouler aux pieds et violer la souveraineté populaire et l’intégrité territoriale d’un État européen. Et à cet égard, violer le droit international.

Qu’elle s’est aggravée avec des crimes de guerres multiples, d’attaques de populations civiles et des scènes que nous avons pu voir et sur lesquelles d’ailleurs nous travaillons par une coopération de nos magistrats, de nos policiers, de nos gendarmes exemplaires.

Ensuite, parce qu’elle implique un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, qui plus est, puissance dotée. Ce qui change les termes de l’efficacité d’une réponse diplomatique et de la nature, évidemment, de l’engagement politico-militaire. »

On remarquera l’insistance sur la dimension juridique. C’est pour couper les ponts, empêcher tout retour en arrière. Du moment que la Russie est présentée comme criminelle et devant être jugée afin d’être condamnée, par définition il ne peut y avoir aucune négociation et la guerre doit aller jusqu’au bout.

Tout l’appareil idéologique français des « droits de l’Homme » oeuvre en ce sens pour le futur « procès » de la Russie, qui devra aboutir à son démantèlement déjà prévu et à l’effacement de sa culture « criminelle » avec Tolstoï et Dostoïevski. Dans son discours aux ambassadeurs, Catherine Colonna a bien insisté sur ce point.

« Notre soutien est enfin juridique avec le travail mené autour d’un tribunal internationalisé pour juger des crimes commis par la Russie en Ukraine, et l’appui que nous apportons à la Cour pénale internationale et aux enquêteurs ukrainiens.

Avec la conviction que la justice est l’une des conditions de la paix : j’ai ainsi eu l’honneur de présider la première session ministérielle du Conseil de sécurité consacrée à l’Ukraine, et spécifiquement à la lutte contre l’impunité, en septembre dernier (…).

Voici 18 mois maintenant que la Russie a déclenché une guerre sans merci contre l’Ukraine. Voici 18 mois de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, dont la Cour Pénale Internationale s’est saisie et qui valent à Vladimir POUTINE d’être l’objet d’un mandat d’arrêt dans l’un des dossiers les plus abjects parmi ceux dont il s’est fait la spécialité : l’enlèvement d’enfants ukrainiens, déplacés de force en Russie.

Voici 18 mois que la Russie détruit tous les cadres juridiques et moraux qui gouvernent l’ordre international et fondent la paix et la stabilité dans le monde. La constance du crime n’en réduit pas la gravité. »

La France n’est nullement une puissance « indépendante », cherchant à « équilibrer » les forces mondiales, et même s’imaginer qu’elle le devrait est une farce réactionnaire. La France est, de par sa nature même, un satellite américain, un aspect de l’Occident sombrant dans une décadence complète, exprimant l’effondrement du capitalisme à l’échelle historique.

La France s’aligne sur la superpuissance américaine et cherche uniquement à avoir une meilleure part de gâteau… de ce que laissera la superpuissance américaine à ses satellites. Mais le maintien de l’hégémonie américaine est impossible. Le 20e siècle est terminé, et avec lui l’époque de l’hégémonie occidentale. Ce sont les masses mondiales qui font irruption au niveau planétaire et vont faire vivre le 21e siècle !

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La nature des Brics et le rôle central de la Chine

Le nom Brics vient de l’acronyme BRICS formé par les initiales du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud (South Africa) ; c’est une alliance informelle entre ces 5 pays, élargie à partir de 2024 à l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Argentine, l’Iran et l’Éthiopie.

C’est la Fédération de Russie qui est à l’origine de ce regroupement, en 2006, en marge d’une assemblée générale de l’ONU. Il y a eu ensuite différents jalons en vue des coopérations multilatérales entre ces pays se considérant au même niveau dans l’échiquier mondial : trop faible pour peser directement face aux puissances occidentales historiques, trop forts pour se contenter d’appartenir au tiers-monde.

Le premier véritable « sommet » des Brics n’eut lieu toutefois qu’en 2009, le 16 juin à Iekaterinbourg en Sibérie occidentale (et quatrième plus grande ville de Russie). La déclaration commune à l’issue disait avoir comme but de :

« promouvoir le dialogue et la coopération entre nos pays de manière progressive, proactive, pragmatique, ouverte et transparente.

Le dialogue et la coopération des pays BRIC sont propices non seulement à servir les intérêts communs des économies de marché émergentes et des pays en développement, mais également à construire un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune.

Le document expose une perception commune des moyens de faire face à la crise financière et économique mondiale. »

Cela ne souffre d’aucune ambiguïté : la volonté des Brics est d’exister de manière alternative à l’hégémonie de la superpuissance américaine. De par leur développement économique respectif, l’importance de leur population (plus de 40 % de la population mondiale) et la primauté de leurs ressources naturelles, ces pays entendent exister mondialement sans avoir à se soumettre aux États-Unis, mais tout en s’intégrant parfaitement dans la mondialisation capitaliste.

C’est pour cela que les Brics ne formaient pas, jusqu’au début des années 2020, une alliance formelle, de type militaire ou encore avec une intégration économique commune d’envergure. Il s’agissait normalement surtout d’une alliance de circonstance, pour peser et faire valoir leur puissance économique qui représentait en 2013 environ 27 % du PIB mondial.

La donne a toutefois changé depuis 2020. D’abord, il y a eu la crise sanitaire, qui s’est généralisée sur le plan économique, a changé la face du monde et chamboulé tous les rapports. Ensuite, il y a le conflit militaire en Ukraine, qui a accéléré la contradiction entre l’occident (sous domination américaine) et la Russie, créant un gigantesque clivage politico-diplomatique planétaire.

L’expansion potentielle des Brics

Surtout, la Chine s’est énormément développée durant les années 2010, devenant ouvertement une superpuissance challenger à l’hégémonie de la superpuissance américaine. Impossible dorénavant de considérer les Brics sans prendre en compte l’importance et le rôle de la superpuissance chinoise.

En fait, il faut même dire que l’existence des Brics, sa forme, ses discours, ses prétentions, intègrent totalement la stratégie chinoise d’hégémonie « alternative ». Voici le titre de l’allocution du président chinois Xi Jinping lors du 15e sommet des Brics à Johannesbourg en août 2023, où a été annoncée l’élargissement de l’alliance :

« Rechercher le développement par la solidarité et la coopération et assumer les responsabilités pour la paix. »

Ces mots choisis de manière très précise résonnent très fort dans tous les pays du tiers-monde, qui comprennent qui leur est proposé de suivre une autre voie que celle de la domination habituelle de la superpuissance américaine.

La Chine, particulièrement en Afrique, passe son temps à faire des accords économiques, acheter des terres, vendre des marchandises, proposer des appuis militaires, tout en prétendant ne pas du tout reproduire le schéma américain de domination.

Les Brics consistent essentiellement en ce support à la Chine dorénavant ; c’est une force d’appui à l’hégémonie « alternative » de la superpuissance chinoise. Voici ce qu’expliquait le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois à Johannesbourg le 24 août 2023, expliquant les propos de son président durant le sommet :

« Les pays des BRICS sont une force importante pour façonner l’échiquier international, a déclaré Xi Jinping.

Le fait que nous choisissons en toute indépendance nos voies de développement, défendons ensemble notre droit au développement et avançons ensemble vers la modernisation représente l’orientation du progrès de l’humanité et influencera certainement en profondeur le cours du monde, a-t-il affirmé.

La coopération des BRICS se trouve à un moment crucial pour ouvrir de nouvelles perspectives sur la base des accomplissements réalisés, a souligné le président chinois.

Suivant la tendance du développement mondial et répondant aux aspirations des peuples du monde entier, le président Xi Jinping a fait une proposition en quatre points sur la coopération des BRICS dans divers secteurs, traçant la voie à suivre pour une croissance saine et substantielle de la coopération des BRICS.

Nous devons approfondir la coopération commerciale et financière pour stimuler la croissance économique.

Nous, pays des BRICS, devons être des compagnons de route sur le chemin du développement et de la revitalisation, et nous opposer au découplage et à la rupture des chaînes d’approvisionnement, ainsi qu’à la coercition économique, a déclaré XI Jinping.

Nous devons étendre la coopération politique et sécuritaire pour maintenir la paix et la tranquillité, a-t-il ajouté.

Les pays du BRICS doivent maintenir le cap du développement pacifique, se soutenir sur les questions relatives à leurs intérêts fondamentaux respectifs et renforcer la coordination sur les grandes questions internationales et régionales.

Nous devons proposer nos bons offices sur les questions brûlantes, en encourageant un règlement politique, a affirmé Xi Jinping. Nous devons intensifier les échanges entre les peuples, promouvoir l’apprentissage mutuel entre les civilisations et préconiser la coexistence pacifique et l’harmonie entre les civilisations, a-t-il proposé.

Nous devons promouvoir le respect de tous les pays dans le choix indépendant de leur voie de modernisation, a ajouté Xi Jinping.

Nous devons défendre l’équité et la justice et améliorer la gouvernance mondiale, a-t-il noté. Les pays du BRICS doivent pratiquer un véritable multilatéralisme, défendre le système international centré sur les Nations Unies, soutenir et renforcer le système commercial multilatéral centré sur l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), et rejeter les tentatives de création de « petits cercles » ou de « blocs exclusifs ».

Nous devons faire avancer la réforme des systèmes financiers et monétaires internationaux et augmenter la représentation et le droit à la parole des pays en développement, a déclaré Xi Jinping. »

Les États-Unis, ainsi que tout le bloc occidental aligné sur la superpuissance américaine, sont directement visés. Il est fait allusion de manière très claire à la guerre en Ukraine entre l’Otan et la Russie ainsi qu’à la domination économique américaine au moyen du dollar et des embargos ou sanctions économiques. La République populaire de Chine prépare également très clairement le terrain en vue d’un affrontement direct avec les États-Unis sur la question de Taïwan.

Mais cela va plus loin que cela, car la Chine s’imagine pouvoir peser durablement et mise particulièrement sur le développement de l’Afrique au 21e siècle.

« En se concentrant sur le thème du sommet « Les BRICS et l’Afrique : Partenariat pour une croissance mutuellement accélérée, un développement durable et un multilatéralisme inclusif », les dirigeants des cinq pays BRICS ont eu un échange de vues approfondi et sont parvenus à un large consensus sur la coopération entre les BRICS et les questions majeures internationales d’intérêt commun.

Les parties sont d’avis que les BRICS doivent renforcer leur solidarité, continuer à embrasser l’esprit d’ouverture, d’inclusion et de coopération gagnant-gagnant, accélérer l’expansion des BRICS, rendre le système de gouvernance mondiale plus inclusif, plus juste et plus équitable, et promouvoir la multipolarité dans le monde.

Les BRICS doivent se soutenir sur les questions concernant les intérêts fondamentaux de chacun et respecter les voies de développement choisies indépendamment par les pays et adaptées à leurs réalités nationales.

Les BRICS doivent contribuer à accélérer la réforme du système financier et monétaire international, augmenter la représentation et le droit à la parole des marchés émergents et des pays en développement, faire progresser le développement durable et promouvoir une croissance inclusive. »

Depuis Johannesbourg, avec l’élargissement à d’autres pays, il devient évident que l’alliance des Brics n’est plus un regroupement informel, secondaire et de circonstance ; c’est un outil de développement pour l’hégémonie de la superpuissance chinoise en concurrence avec la superpuissance américaine.

C’est aussi, voire surtout en ce qui nous concerne en France, le marqueur de la dégringolade de la puissance américaine et de la fin de l’occident ! Non pas qu’il faille croire en l’hégémonie chinoise qui serait « meilleure » (si tant est qu’elle puisse se réaliser d’ailleurs), mais il faut se réjouir et appuyer l’effondrement occidental ; ce sera là le salut de la Gauche, la vraie, pour un monde qui doit changer de base!

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Premier élargissement des BRICS

Le groupe Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud (Brics) s’est élargi à l’occasion de son 15e sommet en Afrique du Sud, à Johannesburg, du 22 au 24 août 2023. Un tel événement, une année et demie après le début du conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, reflète la vague de fond qui est l’affirmation historique du tiers-monde contre l’hégémonie de la superpuissance américaine. Non seulement il n’y a pas d’alignement sur cette dernière, mais il y a même un soutien appuyé à son concurrent, la superpuissance chinoise.

La raison de cela, c’est que l’incroyable croissance du capitalisme dans la période 1989-2020, désormais brisée par la crise, a produit un développement massif de trop de pays pour que l’équilibre des forces ne soit pas remis en cause. L’affrontement sino-américain ne concerne pas que les États-Unis et la Chine. Tous les pays du monde participent, à leur échelle, à la grande bataille pour le repartage du monde.

Les BRICS forment le camp des outsiders les plus affirmés. Et les pays membres vont être rejoints en 2024 par l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Argentine, l’Iran et l’Éthiopie.

L’exemple de l’Arabie Saoudite est très parlant. Son État a été construit littéralement artificiellement par les États-Unis en raison du pétrole. C’est tellement un satellite néo-colonial que lorsque Ben Laden avec Al-Qaïda tente une révolte justement néo-coloniale contre les États-Unis, cela n’a aucun impact véritable. Et vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001, l’Arabie Saoudite s’émancipe de la tutelle américaine pour partir à l’aventure.

Autrement dit, des pays à moitié féodaux, largement soumis économiquement aux pays « riches », deviennent tout de même assez riches pour chercher à tirer leur épingle du jeu. En Argentine, le peuple est dans la misère, mais le pays a atteint une masse suffisamment grande pour tenter de rentrer dans le grand jeu.

Tel est l’appel d’air fourni par en priorité la Chine, mais également la Russie (à travers sa taille et ses ressources), à quoi s’ajoutent l’Inde qui est concurrente de la Chine mais a besoin d’espace face aux États-Unis, le Brésil qui se verrait bien dominer l’Amérique du Sud, l’Afrique du Sud qui aimerait bien devenir la puissance dominante dans la partie Sud de l’Afrique.

Les dirigeants des pays des BRICS dans sa version 2023

Toute une série de pays est d’ailleurs à la porte des BRICS. On parle ici des pays suivants en première ligne, même si la liste n’est pas précisément fixe : Afghanistan, Algérie, Angola, Bahreïn, Bangladesh, Biélorussie, Gabon, Indonésie, Kazakhstan, Mexique, Nicaragua, Nigeria, Pakistan, République démocratique du Congo, Sénégal, Soudan, Syrie, Thaïlande, Tunisie, Turquie, Uruguay, Venezuela, Zimbabwe. Les prochains adhérents seront certainement l’Algérie et le Nigeria, l’Indonésie et la Thaïlande.

Il va de soi que l’intégration des prochains pays est déjà programmé. Le fait d’avoir intégré un pays latino-américain, deux pays africains, trois pays moyen-orientaux, est un signal fort. Il s’agissait de souligner un peu l’interventionnisme sur le continent américain (chasse gardée des États-Unis selon la doctrine Monroe en 1823), beaucoup la perspective africaine, à la folie la mise à la disposition des ressources en pétrole et en gaz.

Ce qui est dit, c’est : « nous avons la masse en termes d’habitants, nous avons le grand poids lourd économique chinois et le grand poids lourds en ressources russe, le moyen-orient se moque de qui dominera du moment qu’il est de la partie, vous avez tout à gagner à nous suivre. »

Le conflit armé en Ukraine a fourni la première étape de la grande remise en cause, la question de Taïwan en fournira la seconde. C’est la fin de l’occident qui se joue.

Le président français Emmanuel Macron a tenté de rendre visite au sommet des BRICS : il s’est fait recaler. La France est désormais clairement considérée comme un simple satellite américain. Elle est en première ligne pour l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne et dans l’Otan. Ce qui est tenté, c’est un partenariat France-Ukraine pour remplacer l’Allemagne comme force principale en Europe. Pour cette raison d’ailleurs, la droite allemande rage totalement du soutien « trop faible » du gouvernement socialiste allemand au régime ukrainien. L’extrême-Droite exige par contre une alliance avec la Russie.

Le président russe Vladimir Poutine n’a pas pu venir au sommet des BRICS non plus, en raison des poursuites pénales promues par l’occident, par l’intermédiaire de la Cour pénale internationale. C’est le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui l’a remplacé, afin d’éviter à l’Afrique du Sud de se retrouver dans un imbroglio juridique international.

Les pays membres ou futurs membres des BRICS ne veulent que prendre la place des pays riches. Cependant, ils affaiblissent historiquement l’ordre mondial, ils contribuent à la remise en cause de l’occident. Et ils portent une pierre bien trop lourde pour eux. La remise en cause totale de l’hégémonie américaine n’impliquera pas l’affirmation de la Chine (ou bien de manière très temporaire), mais bien du Socialisme, car c’est l’ensemble du système capitaliste mondial qui sera totalement ébranlé.

C’est la fin de l’occident et cette fin implique la fin du capitalisme. Et si l’occident croit dans sa quasi intégralité que tout restera tel quel, c’est en raison de l’aveuglement propre à une force en décadence. Le monde a totalement changé depuis 2020, il continue de changer et il ne s’arrêtera plus de changer jusqu’à l’effondrement général du capitalisme !

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Refus de l’hégémonie

La Chine annonce la bataille de 2024 pour Taiwan

La fin du mois d’août 2023 a été marquée par l’annonce de la Chine de ne pas permettre à la superpuissance américaine d’utiliser Taiwan comme futur « porte-avions » naturel contre elle. Et le moyen pour cela, c’est l’intervention militaire.

La superpuissance chinoise dit concrètement qu’elle ne laissera pas Taiwan être utilisée comme l’Ukraine pour la Russie, ou du moins qu’elle ne va pas attendre que ce soit encore plus le cas. Il faudra que la superpuissance américaine cède, ou ce sera la guerre.

D’un côté, sur le plan de la marine militaire, la Chine est bien moins puissante que les États-Unis. Mais l’Ukraine accapare beaucoup les initiatives occidentales. Un conflit sino-américain ouvert provoquerait une telle onde de choc que la superpuissance américaine pourrait largement vaciller.

Taiwan

La déclaration chinoise, faite à la chinoise diplomatiquement, c’est-à-dire de manière non explicite, s’est déroulée en deux temps.

Il y a eu d’abord un communiqué de l’agence de presse nationale chinoise pour expliquer que la Chine n’est pas dupe quant à la visite « indirecte » de Lai Ching-te aux États-Unis. On parle ici du vice-président de l’État de Taiwan, qui est en tête des sondages pour les élections présidentielles de janvier 2024. Il se présente comme un « indépendantiste pragmatique ».

BEIJING, 19 août (Xinhua) — Un responsable du Bureau de travail du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) pour les affaires de Taiwan a fermement condamné samedi la nouvelle décision provocatrice du Parti démocrate progressiste (PDP) de Taiwan de poursuivre sa collusion avec les États-Unis.

Le responsable s’est ainsi exprimé en réponse à l' »escale » de Lai Ching-te aux États-Unis, décrivant cet acte comme les efforts éhontés de Lai Ching-te pour s’accrocher au soutien américain afin de rechercher « l’indépendance de Taiwan ».

Lai Ching-te s’est récemment rendu aux États-Unis au nom d’une « escale » sur sa route pour assister à l’investiture du nouveau président du Paraguay. Il a également tenu des propos préconisant « l’indépendance de Taiwan » dans une interview avec Bloomberg et a rencontré de hauts responsables américains lors d’occasions publiques au Paraguay, a indiqué le responsable.

Les autorités du PDP ont obstinément adhéré à la position séparatiste de « l’indépendance de Taiwan », continué de faire des provocations en s’appuyant sur les États-Unis pour rechercher « l’indépendance de Taiwan », ainsi que volontairement agi comme un pion des forces anti-Chine aux États-Unis et en Occident pour contenir la Chine, a souligné le responsable, ajoutant qu’elles avaient « trahi les intérêts de la nation chinoise ».

Lai Ching-te s’est entêté à défendre la position de « l’indépendance de Taiwan », a fait remarquer le responsable, ajoutant que la dernière « escale » de Lai Ching-te aux États-Unis était un déguisement qu’il a utilisé pour vendre les intérêts de Taiwan afin de chercher à obtenir des gains dans les élections locales par des actes malhonnêtes.

Les actes de Lai Ching-te ont prouvé qu’il s’agissait d’un véritable fauteur de troubles qui pousserait Taiwan au bord de la guerre et apporterait de sérieux problèmes aux compatriotes de Taiwan, a souligné le responsable.

« Nous sommes disposés à créer un large espace de manœuvre pour une réunification pacifique, mais nous ne laisserons aucune place aux activités séparatistes recherchant « l’indépendance de Taiwan » sous quelque forme que ce soit », a indiqué le responsable.

Selon lui, des mesures résolues seront adoptées pour lutter contre les forces séparatistes recherchant « l’indépendance de Taiwan », afin de sauvegarder fermement la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale.

« Nous adressons un message clair à la partie américaine : elle doit adhérer fidèlement au principe d’une seule Chine et aux trois communiqués conjoints sino-américains, et traiter les questions liées à Taiwan avec prudence », a poursuivi le responsable.

Personne ne doit sous-estimer la ferme détermination, la forte volonté, ainsi que la grande capacité du gouvernement et du peuple chinois à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la nation », a déclaré la porte-parole. 

En plus de ce communiqué, il y en a un autre, qui présente des exercices militaires. Ceux-ci sont bien entendu liés à la visite américaine de Lai Ching-te. Et il est souligné que leur nature tient… au contrôle maritime et aérien dans deux zones autour de Taiwan, afin d’améliorer des opérations de « confrontations systématiques ». Là encore, en langage chinois « indirect », il faut traduire et c’est la guerre que cela veut dire.

NANJING, 19 août (Xinhua) — Le commandement du Théâtre d’opérations de l’est de l’Armée populaire de Libération (APL) a effectué des exercices militaires dans les eaux et l’espace aérien au nord et au sud-ouest de l’île de Taiwan.

Les exercices ont été menés pour prendre conjointement le contrôle de l’espace maritime et aérien, la recherche de sous-marins et les opérations anti-sous-marines, afin de tester la capacité des forces du commandement à mener des opérations coordonnées et des confrontations systématiques, a indiqué Shi Yi, porte-parole du commandement.

Nous y voilà donc. Et la mécanique est impitoyable. Ainsi, le 18 août 2023, les États-Unis signaient un communiqué commun avec le Japon et la République de Corée (la « Corée du Sud »). Il y est parlé de « partenariat stratégique » et du fait que les États-Unis sont impliqués dans la « protection » du Japon et de la Corée du Sud.

La Chine est dénoncée comme militariste et comme cherchant à bouleverser l’ordre établi dans la zone indo-pacifique. On retrouve à l’arrière-plan les différentes revendications des uns et des autres. En ce sens, d’ailleurs, les Philippines ont convoqué l’ambassadeur chinois le 7 août 2023 après des tirs au canon à eau de la part de garde-côtes chinois sur des navires philippins. Le chef des armées des Philippines, Romeo Brawner, a prévenu qu’une telle action contre des navires de son armée pourrait être considérée comme un acte de guerre.

C’est que les navires en question ravitaillaient une base militaire philippine consistant… en quelques soldats sur un chaland de débarquement datant de la deuxième guerre mondiale et échoué délibérément sur un atoll en 1999, pour en revendiquer l’appartenance aux Philippines. Le porte-parole du Conseil national de sécurité, Jonathan Malaya, a dans la foulée affirmé que « Nous n’abandonnerons jamais l’atoll d’Ayungin ».

A ce petit jeu, tout le monde participe : Vietnam, Malaisie, Australie… La France, également, avec la Nouvelle-Calédonie. C’est une véritable poudrière. Et elle va exploser, bientôt !

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Refus de l’hégémonie

La nature militaire de l’échec de l’offensive de printemps ukrainienne

L’occident avait médiatisé de manière massive l’offensive ukrainienne du Printemps 2023. Celle-ci s’est en fait réellement matérialisée au début de l’été, et elle a échoué. C’est donc la panique au sein des médias, notamment de tous ce gens faussement de gauche se plaçant dans le camp de la « démocratie » contre « l’ogre russe ».

L’Otan, ce ne serait pas bien, mais la menace principale, ce serait les vilains Russes et les affreux Chinois… Donc autant « sauver » les gentils Ukrainiens… au moyen de l’Otan. Voilà comment, à partir d’un point de vue partant de la Gauche, on arrive au militarisme. Le Canard enchaîné se lamente ainsi :

« Depuis deux mois, la contre-offensive menée par les Ukrainiens est une source de déception pour les états-majors occidentaux.

Ces stratèges s’étaient un peu vite persuadés que les soldats de Poutine ne pesaient pas bien lourd et que les armements déjà bien fournis par les Américains – l’équivalent de 43 milliards de dollars – allaient en faire de la pâtée.

Erreur : les envahisseurs résistent.

Un argument que Zelensky et ses généraux peuvent présenter en défense, et ils le font avec une relative discrétion, pour ne fâcher personne : « On ne nous a pas livré les 300 chars lourds et les dizaines d’avions de combat F-16 que nous avons réclamés dès janvier 2023. »

Il pourraient même ajouter que les autres matériels promis tout au long des dix-sept mois de cette guerre – batteries anti-aériennes, lance-missiles multiples, missiles de croisière, bombes à fragmentation, transports de troupes blindés, radars, drones, obus, munitions diverses, etc. – ont toujours été fournis à de petites doses, et avec beaucoup de retard. »

Tout l’article du Canard enchaîné va ainsi (« Les dangereux retards de l’aide fournie à Kiev », 16 août 2023). Et il est signé Claude Angeli, une figure majeure de cet hebdomadaire. Cet exclu du PCF dans sa jeunesse, en 1964, l’a rejoint en 1971 (c’est lui qui publie l’article sur les diamants de Bokassa touchant le président d’alors, Giscard). Il en est le rédacteur en chef de 1991 à 2012, pour ensuite s’occuper seulement de la politique étrangère.

Sa position est révélatrice de la situation actuelle, où parmi les pires militaristes se trouvent ceux qui veulent une France « sociale » et entendent la préserver à tout prix. C’est logique dans un pays où plus de 80% du chiffre d’affaires des entreprises du CAC 40 est réalisé à l’étranger. Le parasitisme à l’échelle mondiale produit un social-impérialisme agressif.

Sauf que le problème, donc, est que le régime ukrainien ne parvient pas à provoquer la destruction prévue de la Russie et sa partition en plusieurs pays.

Le directeur du renseignement militaire ukrainien Kyrylo Boudanov dans ses bureaux avec la carte de la Russie découpée en plusieurs États

La raison de l’échec du régime ukrainien tient à l’excellence russe au niveau défensif. Il faut remonter ici loin dans l’Histoire, ce qui a perdu la quasi totalité des observateurs. Il faut en effet connaître le parcours de la Russie depuis Napoléon, avec notamment le violent contraste entre l’URSS des années 1920-1940 et celle des années 1960-1980. Cela fait beaucoup!

La Russie a en effet été longtemps une partie de l’URSS et dans l’esprit communiste de la première partie du 20e siècle, la logique militaire est celle de la « défense active ». Autrement dit, on part du principe que l’ennemi est le seul agressif et qu’il est supérieur sur le plan militaire ; il faut donc contourner ces faiblesses en le manœuvrant sur un terrain prédéterminé.

Le « modèle », c’est la guerre générale du peuple russe contre l’armée de Napoléon au début du 19e siècle, combinant armée traditionnelle évitant les combats et harcèlement par la guerre des partisans. La dynamique de cette guerre est admirablement décrite dans le grand classique de Tolstoï, Guerre et paix. Les communistes soviétiques ont repris le concept de par sa dimension populaire.

Mais c’est en Chine que cette stratégie a été développée à une échelle la plus grande, conduisant à la victoire des communistes chinois en 1949 avec à leur tête Mao Zedong. Ce dernier a longuement théorisé les principes de cette « guerre populaire ». On trouve dans les « dix principes d’opération » les éléments fondamentaux de cette défense active.

Chou Enlai et Mao Zedong dans la base de Yenan en 1935

L’URSS a abandonné le principe de défense active à partir des années 1950, la bureaucratie capitaliste transformant à partir de là tout le pays et donc également les objectifs. L’URSS visait à devenir la puissance hégémonique mondiale. La stratégie militaire agressive a ainsi formé une superstructure théorique sur le principe de « défense active ».

Il s’agissait cette fois d’attaquer, suivant le principe traditionnel bourgeois du « blitzkrieg », l’attaque-éclair. L’Otan avait une peur bleue de cette stratégie et pour cette raison il était prévu d’utiliser immédiatement des bombes atomiques tactiques (en Allemagne et en Autriche) pour briser une éventuelle avancée des forces du Pacte de Varsovie.

Cependant, dans cette stratégie offensive, il y a des restes de « défense active », en raison de la supériorité considérée comme acquise de l’aviation occidentale. Pour cette raison, la « défense active » dans sa version impérialiste soviétique s’appuyait notamment sur les lignes de défense et les mines, afin de forcer l’opposant à agir sur un terrain prédéfini (et hors aviation).

Il faut savoir en effet que la stratégie militaire de l’Otan repose entièrement sur l’aviation : celle-ci écrase tout et après on envoie les troupes. La guerre contre l’Irak dans les années 1990 est un exemple fameux. Les lignes de défense avec une très forte artillerie et les mines sont une tentative soviétique de contrer ce principe.

C’est même tellement un arrière-plan qu’en fait, les soviétiques ne savaient pas faire autrement (et de fait ni les Russes ni les Ukrainiens aujourd’hui non plus). Voici par exemple ce qui a posé problème à l’URSS lors de sa conquête de l’Afghanistan en 1979. La carte suivante montre ce qui n’allait pas : l’invasion est passée par les grandes routes, mais le territoire contrôlé n’a jamais réellement dépassé l’environnement de ces grandes routes.

Pourquoi ? Parce que malgré des bombardements aériens terribles, les rebelles afghans n’ont jamais pu être détruits par l’artillerie soviétique puisqu’ils n’entraient pas dans le jeu de la défense active. Résultat, ce fut la défaite soviétique.

De manière incroyable, en 2023, les Ukrainiens sont par contre rentrés dans ce jeu. C’est sidérant, même. Le piège était énorme, mais le nationalisme ukrainien a tellement aveuglé les stratèges qu’ils ont tenté de passer en force.

Ils ont été aidé en cela il est vrai par l’Otan, qui a formé pendant des semaines des milliers de soldats ukrainiens pour « percer » la défense active. Tout le matériel distribué, avec les blindés, allait en ce sens (ce sont les Leopard, les Stryker, les Challenger 2, etc.). Or, c’était une opération suicide, au point que l’armée ukrainienne elle-même a arrêté d’utiliser les principes de l’Otan dans ses opérations.

Voyons pourquoi. Les lignes de défense russes sont composées de trois lignes. Le schéma suivant présente leur configuration générale (de manière grossière et néanmoins expressive).

Le terrain des lignes se rétrécit, afin de laisser le temps aux troupes de rejoindre la ligne précédente en cas de défaite

L’armée russe a eu des semaines pour former ses lignes. Donc cela donne la chose suivante.

Vous avancez, comme sapeurs, à pied. Vous vous prenez de l’artillerie sur la tête. Une artillerie vous appuie, sans la même envergure pourtant (les Russes ont beaucoup plus de munitions). Vous cherchez à dégager les obstacles et à combler le fossé anti-char. Ensuite vous tentez de déminer. Sauf que là vous êtes tellement près de la première ligne russe que des drones suicides se précipitent sur vous. Vos drones sont bien moins efficaces également, en raison des systèmes utilisés pour les déboussoler (l’armée russe est très forte désormais en ce domaine).

Et en cas d’échec, la première ligne russe a le temps de remettre de nouvelles mines, d’adapter celles-ci (pour les blindés par exemple). Et tout est à recommencer.

C’est un cauchemar. Et il faut avoir conscience qu’on parle ici de millions de mines, sans doute autour de 8 millions ! Pour cette raison, à la mi-août 2023, l’armée ukrainienne… n’a même pas atteint la première ligne de défense, à part en un ou deux points grosso modo des 800 km de la ligne générale de front.

C’est un désastre, avec un front gelé sauf en de très rares points, mais un gel coûtant la vie à des centaines de soldats chaque jour.

La stratégie de l’Otan, historiquement mis en place dans les années 1970 face à l’URSS, dit qu’il faut cibler un point de la ligne de défense et foncer. Sauf qu’il faut des forces énormes pour passer sans se faire étriller de tous les côtés. C’est pour cela que des blindés ont été fournis en masse au régime ukrainien. Mais cela ne suffit pas.

L’offensive ukrainienne du printemps, en fait de l’été, est donc un carnage total. Et ce d’autant plus qu’il y en a pour six mois d’artillerie (à un rythme bien moins élevé que l’armée russe), et après il n’y a plus rien.

Pour cette raison, des dissensions s’expriment pour la première fois quasi ouvertement dans le régime ukrainien à la mi-août. Les « politiques » sont très déçus de l’échec de l’offensive et se demandent si elle vaut encore le coup, car il va falloir continuer de tenir. Les « militaires », avec à leur tête Valeri Zaloujny le commandant suprême de l’armée ukrainienne, disent qu’il faut prolonger l’effort coûte que coûte.

Le grand espoir de l’armée ukrainienne est de passer le Dniepr, au moyen d’un millier de soldats formés par les Royal Marines britanniques. Rappelons ici que l’objectif très clair du Royaume-Uni, c’est de faire passer sous sa coupe le port d’Odessa. Pour la Russie, c’est hors de question et le conflit ne s’arrêtera pas de son côté tant que la « Nouvelle Russie » historique au bord de la Mer Noire n’est pas récupérée.

C’est pour cela que dès juin 2022, il avait été dit de notre part que l’Ukraine serait, en tout état de cause, coupé en trois. Cela donnerait en jaune une zone marquée par l’intervention militaire polonaise avec un régime ukrainien nationaliste, en gris comprenant Kiev une zone tampon « protégé » par la France et l’Allemagne, en bleu une zone rejoignant la Fédération de Russie.

Tout cela a lieu alors qu’il y a eu au début d’août 2023 des rumeurs infondées mais révélatrices de possible coup d’État militaire en Ukraine, alors qu’inversement les « politiques » ont procédé à l’éviction de la totalité des responsables de centres de recrutement de l’armée ukrainienne, en raison de la corruption.

Et mi-août, le chef du bureau du secrétaire général de l’Otan, Stian Jenssen, a parlé d’un éventuel accord où l’Ukraine rejoindrait l’Otan en échange de territoires remis à la Russie. Il s’est bien évidemment rétracté. Cependant, tout cela correspond à un état d’esprit fondé sur la compréhension de l’échec de l’offensive ukrainienne de Printemps. La situation semble sans issue.

Ce qui rend fou de rage l’Allemagne qui a changé totalement de ligne et est désormais pro-régime ukrainien de manière totale. Tout ça pour ça ! Aussi prône-t-elle l’escalade. Elle compte fournir des missiles Taurus, d’une portée de 500 km.

Les SCALP/Storm Shadow ont été fournis par la France et le Royaume-Uni

Cela ne ferait que prolonger le conflit de quelques mois, sans en changer la donne. En l’état actuel des choses, les carottes sont cuites pour le régime ukrainien, dont la majorité des finances provient des aides occidentales. Sur le plan des troupes, ce n’est pas un problème, on est loin des statistiques horribles de la guerre de 1914-1918 et cela pourrait durer encore longtemps.

Mais le soutien occidental ne durera pas au-delà de la fin de l’année 2023 en raison de l’ombre de l’intervention chinoise pour récupérer Taïwan en 2024. Et une victoire militaire marquante à court terme semble impossible.

On touche un point névralgique du conflit, un tournant, un noyau dur faisant passer d’une situation à une autre. Cela ne rend que les choses encore plus dangereuses de par le contexte de guerre générale pour le repartage du monde.

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Refus de l’hégémonie

La guerre française contre la Russie

Historiquement, la France connaît une large influence de l’idéologie gaulliste, qui appelle à une sorte d’équilibre entre les plus grandes puissances. La France pourrait tirer son épingle du jeu en étant dans le camp américain, mais avec une sorte de perspective sociale-humaniste, le « pays des droits de l’Homme ».

Tout cela est désormais du passé et il n’existe plus aucune importance politique du gaullisme en France. L’irruption du conflit militaire entre la Russie et l’Ukraine a balayé toutes les positions gaullistes au profit d’un alignement complet sur la superpuissance américaine.

Aucun retour n’est plus possible. La première raison, c’est que la Russie a été expulsée d’Europe. Ses avoirs sont gelés et s’il n’était le fétichisme de la propriété, tout serait confisqué. Tout le sera de toutes façons, ces avoirs iront à l’Ukraine comme « avances » pour les futures dettes russes lorsque la Russie perdra… si elle perd.

La seconde, c’est que la France soutient militairement le régime ukrainien. Elle lui fournit des informations obtenues par ses satellites (CSO, Pleiades et Helios). Elle a envoyé des missiles anti-chars (Milan, Javelin et Akeron) et des systèmes portatifs de défense antiaérienne (Mistral). Elle a offert des obusiers (Caesar, TRF1) et deux systèmes de défense sol-air Crotale R-400.

Elle a mis en place la fourniture de dizaines et de dizaines de véhicules blindés de transport de troupes (VAB, AMX10-RC, ACMAT Bastions), ainsi que des véhicules légers (TRM 2000, GBC 180, Peugeot P4). A cela s’ajoute des mines HPD2A2, et tout ce qu’on ne sait pas (y compris masqués dans les tonnes d’aides humanitaires), car officiellement il n’y a aucune communication de l’armée française.

Tous les médias français, unanimes, sont pour la défaite totale de la Russie. Cet objectif était auparavant conçu comme possible et souhaitable, une opportunité à court terme. Désormais, même si cela doit prendre des années, l’Ukraine est censée aller au combat jusqu’au bout. Dans son éditorial du 9 août 2023, « Cette longue guerre qui attend l’Ukraine », Le Figaro expose les choses sans ambiguïtés.

« Céder face à Poutine n’est pas une option. Cela signerait une défaite stratégique catastrophique pour l’Occident (…).

Les alliés de Kiev devront accélérer le rythme et la qualité des livraisons d’armes, prendre de court Moscou (…).

L’Occident sera-t-il à la hauteur du défi? A-t-il encore le choix? Son avenir se joue en Ukraine… »

Constructions à Marioupol, que la Russie s’efforce de reconstruire rapidement, afin d’assurer sa crédibilité

C’est qu’il est trop tard pour reculer. Au-delà des intérêts stratégiques, où la France peut diverger de la superpuissance américaine, il y a le mode de vie. Et l’Ukraine s’est faite le bras armé de ce mode de vie. Il est tout à fait utile pour l’occident d’avoir un pays pauvre avec une population fanatiquement pro-américaine, pro-Otan, pro-Union européenne. Cela contribue à présenter l’occident comme un paradis, un modèle à suivre.

La toute-puissance occidentale est un facteur idéologique majeur. Et aucun changement profond n’est possible sans briser cette chape de plomb. Il suffit de voir la France en 2023. Les grèves contre la réforme des retraites et les émeutes de l’été n’ont été que des rides sur la surface de l’eau. Dans ses fondements, tout reste stable, même si décadent, ou justement stable parce que décadent.

L’occident, ce serait la diversité dans la liberté, dont les LGBT sont l’exemple fer de lance. Ce serait la seule vraie option, à rebours des « modèles autoritaires ». Sur le plan du contrôle social, c’est un bénéfice énorme. Il n’y a rien de tel pour justifier une pacification sociale. Des troubles, des problèmes ? Tout cela sera résolu, car rien d’autre n’est possible que le capitalisme occidental !

Sarah Ashton-Cirillo, trans américain nommé porte-parole pour les médias occidentaux des forces territoriales de l’armée ukrainienne

Aucune fiction n’est donc possible au sujet d’une « autre » France, qui pourrait être une force de paix si elle était souveraine. C’est impossible non seulement parce que l’État est inféodé à la superpuissance américaine, mais également parce que la société l’est tout autant.

Les occidentaux ont un mode de vie individualiste « hédoniste » et n’ont pas un soutien actif à la guerre contre la Russie. Mais indirectement, ils y participent et en sont même les vecteurs. Tout ce qui est guerre contre le tiers-monde est en fin de compte dans leur intérêt. A moins d’assumer la rupture, ils participent à la machine de guerre économique, sociale, idéologique, culturelle.

La Russie est d’ailleurs de plus en plus effacée sur le plan de la culture, dans l’indifférence ou dans le fanatisme. Tant que le capitalisme propose, les gens disposent. C’est pourquoi il faut souhaiter la « défaite stratégique catastrophique de l’Occident ». Elle ne serait en rien une victoire pour la Russie et la Chine, ou peut-être à court terme. Elle serait une victoire pour le tiers-monde.

Affiche chinoise des années 1970: « Bienvenue aux amis du tiers-monde »

La France est en guerre contre l’Ukraine, et pour que les choses puissent changer en France, il faut une défaite stratégique occidentale. C’est à ce prix que la lutte des classes peut se réaffirmer, le prolétariat se recomposer en sortant de son statut de « masse consommatrice passive ». Et la défaite stratégique occidentale est inévitable. C’est de là qu’il faut partir pour la moindre initiative qu’on puisse avoir – tout le reste relève d’un monde en perdition, condamné à disparaître.

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Refus de l’hégémonie

Appel médical international à bannir l’arme nucléaire

Depuis l’émergence de la crise en 2020, l’humanité est dans un état de sidération. Les esprits conscients s’atterrent, par contre, et cet appel de début août 2023 en est un exemple. Il est signé par les principales revues médicales mondiales et exige l’abandon des armes nucléaires.

Les signataires sont :

Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica
Acta Paediatrica
African Health Sciences
African Journal for Physical Activity and Health Sciences
African Journal of Clinical and Experimental Microbiology
African Journal of Current Medical Research
African Journal of Gastroenterology and Hepatology
African Journal of Primary Health Care & Family Medicine
African Journal of Reproductive Health
Afro-Egyptian Journal of Infectious and Endemic diseases
Allergy
AlQalam Journal of Medical and Applied Sciences
American Journal of Psychiatry
Anatomy Journal of Africa
Annales Africaines de Medecine
Arabian Journal of Scientific Research
Bayero Journal of Medical Laboratory Science
Biomolecules & Biomedicine
BJU International
BMC Pregnancy and Childbirth
BMJ
Complementary Therapies in Medicine
Croatian Medical Journal
Current Medical Research & Opinion
Cytopathology
Diseases of the Colon & Rectum
Dutch Journal of Medicine
East African Medical Journal
ESC Heart Failure
Ethiopian Journal of Health Sciences
European Journal of Heart Failure
Farm Animal Health and Nutrition
Ghana Medical Journal
Haematological Oncology
Indian Journal of Medical Ethics
International Journal of Gynecology & Obstetrics
International Journal of Health Policy and Management
International Journal of Medical Students
International Nursing Review
JAMA
JAMA Cardiology
JAMA Dermatology
JAMA Health Forum
JAMA Internal Medicine
JAMA Network Open
JAMA Neurology
JAMA Oncology
JAMA Ophthalmology
JAMA Pediatrics
JAMA Psychiatry
JAMA Surgery
Jos Journal of Medicine
Journal de la Faculté de Médecine d’Oran
Journal of Applied Pharmaceutical Science
Journal of Contemporary Language Research
Journal of Exploratory Research in Pharmacology
Journal of Internal Medicine
Journal of Lab Animal Research
Journal of Medical Imaging and Radiation Sciences
Journal of Neurosciences in Rural Practice
Journal of Pathology
Journal of Pathology: Clinical Research
Journal of Pediatric Endocrinology and Diabetes
Journal of Phytomedicine and Therapeutics
Journal of Postgraduate Medical Institute
Journal of Public Health Policy
Journal of Radiography and Radiation Sciences
Journal of Surgical Sciences
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Encore une fois, la France brille par son absence dans l’engagement. Il n’y a pourtant pas de différences entre les médecins dans les pays occidentaux (dans les pays du tiers-monde, la situation est différente). Pourquoi des médecins, forcément aisés, des États-Unis s’engagent en ce domaine, et pas des médecins français, au même mode de vie ?

On sent tout le poids idéologique de la dissuasion nucléaire française, le nationalisme sous-jacent : la France devrait être une « puissance à part ».

Voici le texte de l’appel. Pour une compréhension de ce que représente l’horreur de la guerre nucléaire et ses conséquences, les films suivants sont incontournables : Le jour d’après, Threads, Le dernier rivage, Gen d’Hiroshima. Les deux premiers ont marqué l’Histoire et il faut les voir avec prudence de par leur immense charge émotionnelle.

Réduire les risques de guerre nucléaire

Le rôle des professionnels de santé

En janvier 2023, le comité scientifique et de sécurité du Bulletin of the Atomic Scientists a avancé les aiguilles de l’horloge apocalyptique à 90 secondes avant minuit, reflétant le risque croissant de guerre nucléaire (1).

En août 2022, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres , a averti que le monde se trouvait désormais dans « une période de danger nucléaire sans précédent depuis le plus fort de la guerre froide » (2).

Le danger a été souligné par les tensions croissantes entre de nombreux États dotés d’armes nucléaires (1) (3).

En tant que rédacteurs en chef de revues médicales et de santé du monde entier, nous appelons les professionnels de la santé à alerter le public et nos dirigeants sur ce danger majeur pour la santé publique et les systèmes vitaux essentiels de la planète et exhortons à agir pour l’empêcher.

Les efforts actuels de contrôle des armements nucléaires et de non-prolifération sont insuffisants pour protéger la population mondiale contre la menace d’une guerre nucléaire par choix, erreur ou erreur de calcul.

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) engage chacune des 190 nations participantes « à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur une traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. » (4).

Les progrès ont été d’une lenteur décevante et la dernière conférence d’examen des traités en 2022 s’est terminée sans déclaration commune (5).

Il existe de nombreux exemples de quasi-catastrophes qui ont montré les risques de dépendre de la dissuasion nucléaire pour un avenir indéfini (6).

La modernisation des arsenaux nucléaires pourrait augmenter les risques – par exemple, les missiles hypersoniques réduisent le temps disponible pour faire la distinction entre une attaque et une fausse alerte, augmentant ainsi la probabilité d’une escalade rapide.

Toute utilisation d’armes nucléaires serait catastrophique pour l’humanité. Même une guerre nucléaire « limitée » impliquant seulement 250 des 13 000 armes nucléaires dans le monde pourrait tuer 120 millions de personnes sur le coup et provoquer une perturbation climatique mondiale conduisant à une famine nucléaire, mettant en danger deux milliards de personnes (7) (8).

Une guerre nucléaire à grande échelle entre les États-Unis et la Russie pourrait tuer 200 millions de personnes ou plus à court terme et potentiellement provoquer un « hiver nucléaire » mondial qui pourrait tuer 5 à 6 milliards de personnes, menaçant la survie de l’humanité (7) (8).

Une fois une arme nucléaire déclenchée, l’escalade vers une guerre nucléaire totale pourrait se produire rapidement. La prévention de toute utilisation d’armes nucléaires est donc une priorité urgente de santé publique et des mesures fondamentales doivent également être prises pour s’attaquer à la cause profonde du problème, en abolissant les armes nucléaires.

La communauté de la santé a joué un rôle crucial dans les efforts visant à réduire le risque de guerre nucléaire et doit continuer à le faire à l’avenir (9).

Dans les années 1980, les efforts des professionnels de la santé, dirigés par l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire – International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), a contribué à mettre fin à la course aux armements de la guerre froide en éduquant les décideurs politiques et le public des deux côtés du rideau de fer sur les conséquences médicales de la guerre nucléaire.

Cela a été reconnu lorsque le prix Nobel de la paix de 1985 a été décerné à l’IPPNW (10).

En 2007, l’IPPNW a lancé la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, qui est devenue une campagne mondiale de la société civile avec des centaines d’organisations partenaires.

Une voie vers l’abolition nucléaire a été ouverte avec l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires en 2017, pour lequel la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires a reçu le prix Nobel de la paix 2017.

Les organisations médicales internationales, dont le Comité international de la Croix-Rouge, l’IPPNW, l’Association médicale mondiale, la Fédération mondiale des associations de santé publique et le Conseil international des infirmières ont joué un rôle clé dans le processus qui a conduit aux négociations et dans les négociations elles-mêmes, présentant les preuves scientifiques des conséquences sanitaires et environnementales catastrophiques des armes nucléaires et de la guerre nucléaire.

Ils ont poursuivi cette importante collaboration lors de la première réunion des parties au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui compte actuellement 92 signataires, dont 68 États membres (11).

Nous appelons maintenant les associations professionnelles de la santé à informer leurs membres dans le monde entier de la menace pour la survie humaine et à se joindre à l’IPPNW pour soutenir les efforts visant à réduire les risques à court terme de guerre nucléaire, y compris trois mesures immédiates de la part des États dotés d’armes nucléaires et de leurs alliés :

premièrement, adopter une politique de non-utilisation en premier (12) ;

deuxièmement, retirer leurs armes nucléaires de l’alerte de lancement rapide ;

et, troisièmement, exhorter tous les États impliqués dans les conflits actuels à s’engager publiquement et sans équivoque à ne pas utiliser d’armes nucléaires dans ces conflits.

Nous leur demandons en outre d’œuvrer à la fin définitive de la menace nucléaire en soutenant l’ouverture urgente de négociations entre les États dotés d’armes nucléaires en vue d’un accord vérifiable et assorti de délais pour éliminer leurs armes nucléaires conformément aux engagements pris dans le traité de non-prolifération, en ouvrant la moyen pour toutes les nations d’adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Le danger est grand et croissant. Les États dotés d’armes nucléaires doivent éliminer leurs arsenaux nucléaires avant de nous éliminer.

La communauté de la santé a joué un rôle décisif pendant la guerre froide et plus récemment dans l’élaboration du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Nous devons relever ce défi de nouveau comme une priorité urgente, en travaillant avec une énergie renouvelée pour réduire les risques de guerre nucléaire et pour éliminer les armes nucléaires.

Références

1. 
   Science and Security Board. A time of unprecedented danger: it is 90 seconds to midnight. 2023 Doomsday Clock Statement. Bull Atomic Scientists 2023 Jan 24. https://thebulletin.org/doomsday-clock/current-time/
2. 
   UN. Future generations counting on our commitment to step back from abyss, lift cloud of nuclear annihilation for good, secretary-general tells review conference. Press release, 1 Aug 2022. https://press.un.org/en/2022/sgsm21394.doc.htm
3. 
    1. Tollefson J
   . Is nuclear war more likely after Russia’s suspension of the New START treaty?2023;615:386. doi:10.1038/d41586-023-00679-w pmid:36882544
   CrossRefPubMedGoogle Scholar
4. 
   UN. 2005 Review conference of the parties to the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons (NPT), 2–27 May, 2005. https://www.un.org/en/conf/npt/2005/npttreaty.html
5. 
   Mukhatzhanova G. 10th NPT review conference: why it was doomed and how it almost succeeded. Arms Control Association, 2022. https://www.armscontrol.org/act/2022-10/features/10th-npt-review-conference-why-doomed-almost-succeeded
6. ↵
   Lewis P, Williams H, Pelopidas B. Too close for comfort, cases of near nuclear use and options for policy. Chatham House Report, 2014. https://www.chathamhouse.org/2014/04/too-close-comfort-cases-near-nuclear-use-and-options-policy
7. 
   Bivens M. Nuclear famine. IPPNW, 2022. https://www.ippnw.org/wp-content/uploads/2022/09/ENGLISH-Nuclear-Famine-Report-Final-bleed-marks.pdf
8. 
    1. Xia L, 
    2. Robock A, 
    3. Scherrer K, 
    4. et al
   . Global food insecurity and famine from reduced crop, marine fishery and livestock production due to climate disruption from nuclear war soot injection. 2022;3:586-96. doi:10.1038/s43016-022-00573-0 pmid:37118594
   CrossRefPubMedGoogle Scholar
9. 
    1. Helfand I, 
    2. Lewis P, 
    3. Haines A
   . Reducing the risks of nuclear war to humanity. 2022;399:1097-8. doi:10.1016/S0140-6736(22)00422-6 pmid:35255264
   CrossRefPubMedGoogle Scholar
10. 
   Nobel Prize. International Physicians for the Prevention of Nuclear War—facts. 1985. https://www.nobelprize.org/prizes/peace/1985/physicians/facts/
11. 
   UN Office for Disarmament Affairs. Treaties database. Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons, status of the Treaty. 2023. https://treaties.unoda.org/t/tpnw
12. 
   Center for Arms Control and Non-Proliferation. No first use: frequently asked questions. 2023. https://armscontrolcenter.org/issues/no-first-use/no-first-use-frequently-asked-questions/
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Refus de l’hégémonie

Otan Vilnius 2023: officialisation de la guerre contre la Russie

Le sommet de l’Otan des 11 et 12 juillet à Vilnius, en Lituanie, n’a quasiment pas été médiatisé en France. La raison est double : d’abord, le sommet n’a fait qu’officialiser ce qui était déjà en place. Ensuite, il faut continuer d’endormir l’opinion publique française. Tout fonctionne très bien pour l’Otan, donc il n’y a aucun besoin de trop remuer les choses, surtout dans un pays en perte de vitesse à tous les niveaux.

La France doit continuer de dormir en ce qui concerne la question ukrainienne. Il n’y a que dans la partie orientale de l’Europe où là, par contre, les opinions sont chauffées à blanc. La guerre à la Russie est mise en avant en faisant miroiter un niveau de vie et un style de vie à l’occidentale.

Un trolleybus typique de l’Est de l’Europe, ici à Vilnius en juillet 2023 avec le drapeau de l’Otan et l’appel à soutenir le régime ukrainien

Sans le matériel militaire occidental, sans les finances occidentales, le conflit militaire entre la Russie et l’Ukraine serait évidemment fini depuis longtemps. Mais c’est la crise et la bataille pour le repartage du monde. Désormais, il n’y a plus de retour en arrière possible et le sommet de Vilnius l’a reconnu.

D’une part, parce que le régime ukrainien est fanatique et veut détruire la Russie comme nation, et même entièrement l’effacer culturellement. C’est son agenda nationaliste « bandériste ». Ce projet est entièrement avalisé ou « oublié » par les pays de l’Otan qui soutiennent le régime ukrainien.

Ensuite, parce que la Russie a déjà perdu 50 000 soldats et qu’elle réfute l’Otan en Ukraine. Or, le sommet de Vilnius a promis justement que l’Ukraine rejoindrait l’Otan en un seul « acte ». Le « plan d’action » a sauté, et il était particulièrement compliqué, car l’Otan exige des réformes politiques et économiques très poussées, afin d’encadrer les pays selon les exigences des grandes puissances dominantes. Le régime ukrainien sera désormais invité quand l’Otan l’aura décidé, soit à la première occasion, lorsque la Russie titubera… Si jamais elle titube.

Ce sera donc l’affrontement militaire jusqu’au bout, immanquablement. Trop de sang a coulé, trop de choses sont en jeu, l’engrenage est là.

Grand symbole de ce bellicisme jusqu’au boutiste impliquant le démantèlement de la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est lui-même venu assister en partie au sommet de l’Otan. Le président français Emmanuel Macron lui a promis de fournir une aide militaire bien plus importante, avec notamment des missiles longue portée de type SCALP (Système de croisière conventionnel autonome à longue portée, soit un missile de 500 kilos envoyé à 250 km).

Autre chef d’Etat ou de gouvernement présent en plus des 31 de l’Otan : le premier ministre suédois Ulf Kristersson, puisque la Turquie ne pratique plus de veto à l’intégration de la Suède. Cette dernière rejoint donc la Finlande et les pays baltes sur le flanc nord, avec Saint-Pétersbourg non loin.

Il faut ajouter à cette intégration de l’Otan celle, indirecte, de l’Autriche et dans une moindre mesure de la Suisse. Ces deux pays sont neutres en théorie, cependant l’Union européenne assume ouvertement que sa défense passe par l’Otan. L’Autriche est donc de facto dans la stratégie de l’Otan, chose accentuée désormais par l’European Sky Shield Initiative, que rejoint la Suisse également.

Ce projet consiste en un bouclier anti-missile commun, sous l’égide de l’Otan. C’est l’Allemagne qui a lancé le projet et 19 pays en font partie, mais pas la France. Celle-ci est mécontente que le matériel prévu soit le Patriot américain, le système allemand IRIS-T et le système israélien Arrow-3.

Vilnius en juillet 2023

Le sommet de l’Otan à Vilnius a également été marqué par un fait d’importance. Les chefs d’État ou de gouvernement ont dû avaliser des centaines de pages de documents consistant en les réponses militaires possibles en cas ce conflits régionaux avec la Russie. L’information n’est pas cachée, mais elle est naturellement très difficilement trouvable. L’euphémisme employé par l’Otan tient à l’expression suivante :

« les plans de défense les plus complets et les plus ambitieux depuis la fin de la Guerre froide ».

Emmanuel Macron a donc signé ces plans, sans compte-rendu à rien ni personne, conformément à l’organisation de la Ve République, un régime accepté par tous les partis politiques institutionnels depuis 1958… et né d’un coup d’Etat militaire portant de Gaulle au pouvoir. Au sens strict, on peut facilement dire qu’il n’y a plus de vraie Gauche en France depuis cette date.

Cette situation reflète que, de toutes manières, l’opinion publique française n’a rien contre tout ça. La France est heureuse de faire partie de l’occident, occident qui dispose de l’hégémonie mondiale, superpuissance américaine en tête. Elle assume donc le militarisme. L’armée française vient par exemple également de décider d’acheter 1515 missiles antichars à Lockheed-Martin. Sachant qu’aucune armée aux frontières ne va envoyer de chars envahir la France, ces missiles serviront bien entendu sur le front de l’Est…

Ce sommet de Vilnius entérine un triste constat : depuis le début du conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, que nous annoncions plus de six mois avant son commencement, il n’y aucune opposition anti-guerre qui n’ait réussi à se constituer en France, ni même en Europe.

Pas même en Allemagne et en Italie, deux pays pourtant très marqués par la Gauche historique. Ni même en Angleterre ou en Espagne, deux pays où la tradition anti-guerre fut puissante par le passé.

Les capitalistes font ce qu’ils veulent, les grandes puissances mènent le bal : telle est la sinistre réalité. Le monde est précipité dans la barbarie. Mais les déchirures causées à l’ordre mondial font amener les peuples du monde sur le devant de la scène ! L’occident connaît son apogée finale, son hégémonie est pourtant condamnée !

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Guerre Refus de l’hégémonie

Exercice Hemex-Orion 2023: la France assume la guerre de repartage

La France prépare la guerre.

Prévu depuis 2017, l’exercice Hemex-Orion marque l’entrée pour les armées françaises dans la nouvelle ère dite de la « haute intensité ». Une préparation qui implique de s’entrainer sur un très vaste espace pour appréhender les grandes manœuvres opératives : un type d’exercice qui n’était plus réalisé depuis 30 ans.

Cela signifie que la guerre pour le repartage de l’ordre mondial issu de la deuxième guerre mondiale est entièrement assumé par la France, comme le décrit le service communication des armées dans sa petite vidéo de présentation de l’exercice :

« Orion consitute le premier jalon d’un nouveau cycle d’exercice triennal des armées. Le contexte international est marqué par la durcissement de la compétition entre grandes puissances, le réarmement et la déshinibition de certaines puissances régionales, la multiplication des foyers de crises et l’expansion de la menace terroriste. »

Avec Hemex-Orion 2023 – Hemex pour « Exercice d’hypothèse d’engagement majeur », Orion pour « Opération d’envergure des armées Résilientes Interopérables Orientées vers la haute intensité Novatrices, il est visé une gigantesque manœuvre, avec 7 000 soldats engagés au départ et 12 000 en fin d’opération, le tout sur une vingtaine de départements entre février et mai 2023.

Intégré dans la « stratégie de défense collective de l’Otan », l’exercice se fonde sur un scénario imaginé par le ministère des armées lui-même. Une fédération aurait éclaté en plusieurs entités. L’une dentre elles, Mercure, soutiendrait des milices qui revendiquent l’indépendance d’une des régions de l’Arnland, autre entité née de l’explosion de la fédération mais soutenue par la France.

On a ici une allusion directe à la situation ukrainienne de 2014 à aujourd’hui. Mais on pourrait y voir également la perspective du démantèlement de la Russie… Plus généralement, comme lors de l’exercice SERRAT 2022 en Ardèche, on retrouve tout l’imaginaire propagandiste anticommuniste dans les symboles utilisés pour qualifier l’ennemi… sans parler de la milice indépendantiste.

Si la manœuvre militaire est détaillée sur derniers temps dans la presse générale, la première phase de l’exercice a débuté en mai 2022 par le fait de planifier les opérations.

Avec la seconde phase en Occitanie, c’est un camp de SDF qui a été déplacé, le massif de la Gardiole qui a été interdit d’accès entre février et mars.

En tout sont déployés de 1 à 3 brigades, 2 300 véhicules, dont 100 drones et 40 hélicoptères, 30 bâtiments navals, dont le porte-avion Charles de Gaulle, 20 captures spatiaux, 80 aéronefs (plus 50 de la marine nationale), 6 système de défense sol/air, 2 drones Male (reconnaissance).

Dès le 9 février a débuté la montée en puissance du déploiement militaire dans le sud de la France et samedi 18 mars, un avion C-130 a largué en mer de Toulon une dizaine de commandos marines. Puis, ce samedi 25 février, ce sont 600 paras » ainsi que 12 tonnes de matériel qui ont été largués dans le ciel de Castres dans le but de percer les premières lignes ennemies.

Le gros de cette phase 2 consiste en un vaste débarquement amphibie dans le bassin de Thau à Sète menant combat jusqu’à la mi-mars, en rejoignant les troupes aéroportées à Castres. L’exercice doit se clôturer entre le 5 et le 11 mars à Cahors avec exercice de combat en ville, ce qui a valu aux établissements scolaires d’informer via le logiciel Pronote les parents d’élèves.

La délégation militaire du Lot qui souhaite conserver le plus grand réalisme de l’exercice a présenté la chose publiquement :

« la coordination avec les acteurs locaux, les interactions avec la population, la préservation des infrastructures et des activités économiques. Orion représente l’occasion de voir les militaires en action et de leur témoigner leur soutien. Ce contact avec les territoires manifeste la vitalité de lien armées-nation contribuant à la cohésion nationale »

Cette phase de l’exercice vise à tester le déploiement de l’échelon national d’urgence (ENU) composé de 5000 soldats capables d’être déployés en 48h. Ici, on parle d’un déploiement à la fois aéroportée à l’intérieur des lignes ennemies et d’un débarquement amphibie de troupes marines après des actions de neutralisation physique et cyber. L’armée cherche à s’entrainer à la guerre dite « multimilieu/multichamp », embrassant la terre, la mer, les airs mais aussi le cyber et l’informationnel.

La seconde phase relève en fait d’un pré-engagement, dans l’ombre, de l’armée française, alors dirigeantes d’autres forces issues de l’Otan, contre les milices indépendantistes imaginaires.

La phase 3, dénommée « civilo-militaire », relève de l’implication de plusieurs ministères dans la prise de décision et l’explication à l’opinion publique de l’engagement. Soit après coup. Cela doit permettre à justifier publiquement que la France est la « nation-cadre » d’un vaste dispositif d’intervention militaire au moment où, dans le scénario, les forces de Mercure entrent en confrontation directe. Ce sera la phase 4 entre avril et mai, dite d’envergure ou guerre de haute intensité entre deux armées conventionnelles.

Pour traduire : on déploie l’armée…on explique après, ou comment démasquer le fondement d’une guerre de grande puissance n’ayant aucune valeur démocratique et populaire. Cela en dit long sur la sophistication de la prochaine guerre de haute intensité, nécessitant tout un dispositif politico-militaire dans l’espoir de conserver toute la situation sous contrôle. A moyen terme, cela est vain bien évidemment.

Ce qui est clair, c’est que la France prépare activement la guerre et cela fait écho à une citation des Comités de la paix des Usines Schneider de 1952 reprise par la gazette anti-guerre Rosa dans son numéro 11 :

Les ouvriers pensent et disent que ce n’est pas tellement sûr que la guerre soit une fatalité, car une fatalité qui a un plan et qui a des crédits, n’en est pas une.

A l’instar de la France « nation-cadre » en Roumanie, c’est-à-dire puissance dirigeante et coordonnatrice de plusieurs armées pour le compte de l’Otan, l’exercice Hemex-Orion n’est là que pour préparer la France à manier un déploiement militaire sophistiqué par et pour l’Otan.

Car derrière cet exercice où prennent part des soldats allemands, belges, italiens, grecs, américains, anglais, etc., la France ne vise pas directement à assurer la défense nationale, mais bien plutôt à montrer sa crédibilité envers l’Otan.

C’est un signal envoyé aux États-Unis comme quoi la France reste dans la course pour la guerre de repartage qui s’annonce, ou plutôt qui a déjà commencé avec la guerre contre la Russie.

C’est une preuve une fois de plus que la France n’est qu’une puissance de second ordre qui tente, tant bien que mal, de conserver sa place au soleil en tirant profit du mieux qu’elle peut de l’ordre international garanti par l’Otan depuis les années 1950. Car il faut bien comprendre que mobiliser 12 000 hommes, c’est tout à la fois rien au regard de ce qui se passe justement en Ukraine et déterminant si l’on se place sur le plan de la coalition Otan.

Il faut donc prendre cet exercice pour ce qu’il signifie historiquement : la France est un protagoniste majeur du militarisme occidental qui se prépare à maintenir le statu quo mondial qui lui est favorable.

Quiconque ne le conteste pas est de facto dans le camp du militarisme français.

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Politique Refus de l’hégémonie

L’ennemi principal en France, c’est la superpuissance américaine

C’est le rapport à la superpuissance qui détermine la vie politique française… et son absence.

S’il ne se passe rien en France, c’est également parce que les décisions ne sont plus prises à Paris, mais à Washington. Et de par l’ampleur d’un tel phénomène, c’est même le facteur principal : ce n’est pas également parce que Washington décide, mais surtout parce que Washington décide. C’est la superpuissance américaine qui décide des orientations internationales de la France (et de l’Union européenne), qui encadre ses perspectives militaires, qui orientent ses moeurs et même ses mentalités.

La société française suit un modèle américain, avec sa fragmentation sociale à la fois individualiste et communautaire ; tous les intellectuels universitaires se situent de manière assumée dans la perspective post-moderne dont le contenu tient à l’idéologie LGBTQ, l’écriture inclusive, l’art contemporain, le relativisme moral, la négation des classes (ou alors pour dénoncer le « classisme »), l’absence de toute critique du militarisme, etc., etc. !

La superpuissance américaine est le coeur du monstre capitaliste, c’est là que se décide le mode de vie dominant, qui se répand à travers les grandes entreprises américaines et l’influence étatique américaine. La crise de la civilisation capitaliste est avant tout la crise de la superpuissance américaine.

Ce n’est pas pour rien que des nationalistes français comme Eric Zemmour, Marion Maréchal, Marine Le Pen ont capitulé devant l’OTAN et le soutien au régime ukrainien lors du démarrage de l’opération militaire russe en février 2022. Ils savent que s’ils assumaient une rupture avec la superpuissance américaine, il aurait alors fallu une remise en cause du mode de vie français, et ça ils ne peuvent certainement pas l’assumer.

C’est une grande chance que nous avons en France, car à l’inverse en Russie malheureusement les forces nationalistes ont réussi à synthétiser une idéologie pour galvaniser les masses, prenant les commandes du refus de l’OTAN pour l’aligner sur un expansionnisme russe tout aussi impérialiste. Cela signifie qu’il existe un espace en France pour dénoncer la superpuissance américaine et basculer de là dans un rejet du capitalisme.

Il va de soi que cette dénonciation de la superpuissance américaine ne saurait tenir en l’anti-américanisme ou en l’alignement sur la Russie ou la Chine, cette dernière voulant simplement prendre la place des États-Unis. Cette dénonciation doit reposer sur la critique systématique, complète, intransigeante du mode de vie capitaliste dominant, avec son exploitation et son aliénation, sa destruction de la culture et sa fuite dans la guerre.

Une telle chose fait que la question animale est par exemple essentielle, car McDonald’s est un grand symbole du mode de vie capitaliste destructeur. Tout comme la dénonciation des réseaux sociaux, calibrés pour assécher les esprits, les faire se désorienter dans une consommation abrutissante, doit prendre une place réelle. On ne peut pas dénoncer le capitalisme en perdant sa vie sur Instagram, Facebook, Twitter, Tinder, Youtube et autres variantes pas forcément américaines, comme TikTok.

Dire qu’en France l’ennemi principal c’est la superpuissance américaine, c’est opposer non pas la France au États-Unis, mais les intérêts démocratiques et populaires des larges masses à l’alignement sur la superpuissance américaine et ses valeurs dans tous les domaines.

L’apolitisme en France est l’expression de cet alignement et rien ne peut se faire sans le rejet affirmé de la superpuissance américaine !

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Guerre Refus de l’hégémonie

La fin de l’utopie bourgeoise

L’utopique mondialisation s’est une nouvelle fois évanouie.

Hier, utopie du chemin de fer et de l’acier, aujourd’hui utopie de l’entrepôt et du conteneur, le rêve d’une humanité unifiée à travers les flux économiques parcourt le monde depuis que le capitalisme s’est réellement élancé au seuil du XIXe siècle.

Car la mondialisation telle qu’on l’entend aujourd’hui n’a pas commencé comme cela est souvent dit en 1991, mais véritablement au XIXe siècle lorsque se sont constitués les premiers trusts internationaux exportant leurs capitaux aux quatre coins du globe.

Et déjà en cette fin de siècle qui avait vu fleurir les mouvements de libération nationale, nombreux étaient les commentateurs proclamant la fin des guerres grâce au règne de la dépendance économique généralisée, alors baptisée « première mondialisation ».

A tel point que la Ligue internationale de la paix et de la liberté fondée en 1867 à Genève avait intitulé son organe « Les Etats-Unis d’Europe ». Il en allait d’une portée historique, celle d’un capitalisme bâtissant une nouvelle civilisation pacifiée. Douce et vaine illusion bourgeoise : le développement des richesses nationales restait fondé sur de puissantes inégalités entre pays, formant le lit de la rancœur et du nationalisme.

Si l’illusion fut critiquée théoriquement par quelques grandes figures du mouvement ouvrier international, tel par-exemple Rosa Luxembourg et Lénine à travers deux articles que sont « Utopies pacifistes » et « Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », l’horreur des tranchées de la première guerre mondiale se chargea du reste.

Maintenant soyons lucides. La « mondialisation » de l’après-guerre froide ne fut rien d’autre qu’un retour à l’élan de cette « première mondialisation ». De cet élan qui fit le bonheur des capitalistes de grandes puissances, trop content de s’élancer à la conquête des terres vierges de l’Est et de l’Asie, enfin domestiquées par l’économie de marché.

Hier comme aujourd’hui, l’illusion ne pouvait durer qu’un temps, le temps d’un cycle d’accumulation du capital. Un cycle qui a vu certains pays stagner, d’autres fleurir, le tout dans le chaos mondial d’une économie de marché qui devient tôt ou tard le tremplin pour une grande guerre de repartage.

Et c’est dans cette conjoncture historique que reprend forme le fameux « retour des nations », ce retour en arrière qu’a déjà connu l’Europe et le monde au seuil de 1914 et qui atteste la péremption de la bourgeoisie comme porteur de la civilisation humaine.

Ce processus qui prend partout en Europe, d’une manière ou d’autre, la forme d’un relatif retrait de certaines règles communautaire de commerce, voir carrément l’autonomisation de certaines chaînes d’approvisionnements économiques mondiales, à l’instar de l’industrie des semi-conducteurs.

À la télévision américaine CNN, Emmanuel Macron déclarait récemment d’une manière pragmatique qui sous-entend clairement la tendance à la guerre de repartage :

Il faut passer d’un monde où l’interdépendance et le commerce étaient un moyen d’éviter les guerres, à un monde où il faut être autonome et indépendant.

Ce qui se passe est donc tout à fait simple. La bourgeoisie a historiquement et positivement constitué des marchés nationaux à travers un processus d’unification sociale et culturelle nationale, puis de cet élan s’est constitué une spécialisation des économies alors interdépendantes, donnant lieu à un marché mondial, une « mondialisation ».

Mais la bourgeoisie ne peut aller jusqu’au bout de ce processus car sa portée historique est fondée sur l’économie de marché qui connaît des antagonismes économiques et des développements inégaux entre pays. Le clash est tôt ou tard inéluctable, et le retour à la base du marché national incontournable.

Le Brexit était déjà annonciateur de tout ce processus historique et les événements historiques de ces cinq dernières années n’ont fait que confirmer une accélération des choses.

Il y a évidemment l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les poussées des forces nationalistes un peu partout en Europe, comme en France avec les 89 députés RN élus en juin, en Suède avec les « Démocrates de Suède » devenu deuxième force politique du pays aux dernières élections législatives, et dernièrement en Italie avec la poussée fulgurante de la figure de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, passée de 4,35 % aux élections de 2018 à 26,47 % en 2022.

En Italie, Giorgia Meloni est très claire sur cette perspective, se disant « prête à faire revivre l’Italie » et à la « faire respecter en Europe ». Et c’est le rêve de l’Union européenne, corollaire de l’illusoire mondialisation, qui s’effondre : elle reste ce qu’elle a toujours été, une interface de négociations financières et commerciales pour les pays développés de l’Ouest européen.

Là aussi, il faut se souvenir de comment le mot d’ordre des « États-Unis d’Europe » était défendu dans les années 1900 par les forces libérales-modernisatrices, tel Georges Clémenceau cherchant à s’appuyer sur l’élan de la « première mondialisation ».

Chimère car déjà se cachait la soumission aux États-Unis qui allaient devenir la principale force capitaliste mondiale au sortir de la première guerre mondiale. Et l’on remarquera combien la filiation historique de Georges Clémenceau se trouve en Emmanuel Macron, l’un comme l’autre soutenant une Europe au service de la France dans le cadre d’une alliance avec les États-Unis.

Finalement, en ce début de XXIe siècle, nous voilà revenus au point de départ de la fin XIXe siècle. Et de ce point de vue, l’enjeu est de ne pas retomber dans les erreurs du mouvement ouvrier français, alors divisé entre réformateurs et syndicalistes, tous finissant dans l’Union Sacrée d’août 1914.

Reconnaître la fin de l’illusion bourgeoise, c’est repartir sur les bases de l’utopie socialiste, celle-là qui fait de la fin des antagonismes économiques et des inégalités de développement la condition pour la réalisation d’une coopération entre les peuples du globe.

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Guerre Refus de l’hégémonie

L’arc, les flèches et le refus socialiste-communiste de l’arme nucléaire de 1972

La corruption capitaliste de la Gauche gouvernementale est patente.

Voici le passage du programme commun de 1972 concernant l’emploi de l’arme nucléaire et de l’armée, ou plus exactement du désarmement. Car le Parti socialiste et le PCF prônaient alors le refus de l’armée de métier, la réglementation des ventes d’armes, l’abandon complet de l’arme nucléaire, et l’affirmation du démantèlement de l’OTAN et du Pacte de Varsovie !

Qu’on compare cela aux derniers propos bellicistes de Jean-Luc Mélenchon !

Pour la Gauche à l’époque, en 1972, le programme commun était un compromis pour tenter de gagner la majorité. Désormais, c’est tellement à gauche que cela va bien trop loin pour toute la Gauche participant aux élections ! On voit à quel point il y a eu une décadence.

Et comment il faut reconquérir le terrain perdu alors que la France s’aligne sur l’OTAN et la superpuissance américaine !

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Culture Refus de l’hégémonie

Le terrifiant et obligatoire téléfilm « Threads » (1984)

Un classique de la véracité sur la guerre nucléaire.

« Threads » (les fils) est un téléfilm de 1984 qui est le pendant britannique du téléfilm américain Le Jour d’après. Dans ce dernier, on accompagne une famille de la campagne américaine dans la pénombre de la guerre nucléaire ; dans Threads, on accompagne une famille de la ville industrielle de Sheffield. Le Jour d’après était passé à la télévision sur ABC, Threads à la BBC.

Les deux téléfilms sont incontournables. Cependant, Le Jour d’après a une approche américaine ; son réalisme reste si ce n’est consensuel, du moins dans le cadre classique d’un téléfilm, même si forcément en raison du thème, cela reste émotionnellement très difficile. Threads s’appuie par contre sur une lecture anglaise du réalisme et c’est très cru. Ce n’est pas un film d’horreur, mais c’est l’horreur.

Dans les deux cas, on se rappellera toute sa vie de ces films et on est immanquablement horrifié par l’existence même de l’arme nucléaire. Mais Le Jour d’après est cauchemardesque, Threads est infernal. Peter Bradshaw du journal The Guardian résume ainsi ses impressions tout à fait compréhensibles :

« Ce n’est que lorsque j’ai vu Threads que j’ai découvert que quelque chose à l’écran pouvait me faire donner des sueurs froide et frissonnantes et me maintenir dans cet état pendant 20 minutes, suivi de semaines de dépression et d’anxiété. »

Threads s’appuie en effet sur toutes les analyses possibles des effets à court et moyen terme d’un holocauste nucléaire sur la Grande-Bretagne. Son exposition est scientifique et il est très bien réalisé. Ce qu’on voit est vraisemblable, voire on le considère comme vrai et comme pour Le Jour d’après, c’est totalement envahissant.

Cela parlait alors d’autant plus aux Britanniques que le Royaume-Uni avait tout un programme – Protect and Survive – passant à la télévision, à la radio, diffusé en brochures, etc. expliquant comment se « protéger » et « survivre » à une attaque nucléaire.

Threads est pratiquement une réponse point par point à l’absurdité de ce programme expliquant aux gens quoi faire, comme si cela serait suffisant. Le bourrage de crâne de Protect and Survive ne passerait plus aujourd’hui tellement c’est infantilisant, niais et absurde.

Threads est ainsi incontournable, mais il faut être prêt mentalement. Le Jour d’après est regardable en famille, même s’il est dur. Impossible pour Threads. En fait, il faut à la fois l’éviter au possible et en même temps absolument le regarder. Telle est sa nature.

Le film est visible en ligne ici, de manière légale et sûre (même si c’est un peu long à démarrer). C’est la version originale et l’anglais qu’on y trouve, celui de Sheffield, est indéniablement difficile d’accès. On comprend l’ensemble cependant sans soucis… malheureusement.