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L’assassin de Villeurbanne : il y a des responsables à sa folie

Le capitalisme, c’est du profit et en rien de l’organisation. C’est une fuite éperdue en avant. Les vagues massives de mouvements de population sont dans son intérêt, afin d’impulser de nouvelles dynamiques économiques. L’assassin de Villeurbanne est un de ces migrants qui, incapable de se propulser dans le capitalisme, a basculé dans l’errance et la folie.

C’est un drame du monde d’en bas – alors que la société tout en haut du capitalisme vit bien à l’écart de ce genre d’événements. L’assassin de Villeurbanne, un Afghan pachtoune, l’État ne sait pas quel âge il a. 33, 31 ou peut-être 27 ans. Il avait trois identités différentes. Et son errance est longue. On sait qu’il était en France en 2009, en Italie en 2014, en Allemagne en 2015, en Norvège en 2016, puis la même année en France.

Bref, on ne savait finalement rien de lui et lui-même ne savait sans doute plus trop qui il était. Sa personnalité a été atomisée. Pulvérisée par un parcours erratique depuis l’Afghanistan tribale jusqu’aux métropoles modernes et aliénées dans leur anonymat consommateur.

C’était un être humain, mais socialement un sous-produit de la vague d’immigration servant à renouveler les stocks de main d’œuvre pour le capitalisme. C’était un numéro parmi d’autres numéros. Et les numéros peuvent faire ce qu’ils veulent du moment qu’ils restent des numéros isolés.

C’est le principe du libéralisme, de l’atomisation en individus séparés. Le soutien au vague migratoire n’est rien d’autre qu’un éloge de l’atomisation, de la course au bonheur purement individuel, dans la négation de l’histoire, de la société, de la culture.

L’assassin de Villeurbanne, avant d’assassiner, a été assassiné culturellement. Sa folie vient de là. Et il y a justement une administration étatique, qui se charge de vérifier que rien ne déborde. Celle-ci a fait qu’il disposait d’une carte de séjour temporaire valable jusqu’à janvier 2020, la première étant obtenue en 2018, ce qui signifie qu’elle a été renouvelé en 2019.

Et elle savait qu’il avait des problèmes. Depuis avril 2019, il était dans un centre d’hébergement à Vaulx-en-Velin et on lui a proposé de se tourner vers le centre de santé mentale de Forum réfugiés, puis vers un établissement psychiatrique de Lyon.

Il n’a pas voulu. Mais on l’a laissé, car l’administration étatique ne fait qu’accompagner les phénomènes de la société capitaliste. Elle ne veut pas les résoudre. Cela signifie qu’on le reconnaissait, mais qu’en même temps on ne le reconnaissait pas. Cela ne pouvait qu’ajouter à sa folie.

Jusqu’à ce jour fatidique du samedi 31 août donc, où sur l’esplanade de la gare routière Laurent-Bonnevay, à Villeurbanne, armé d’un couteau et d’une broche de barbecue, il tue une personne, en blesse deux grièvement, ainsi que six autres encore.

On savait qu’il n’allait pas bien. Mais on a nié ses problèmes, son existence. Le capitalisme ne se préoccupe pas des existences. Ceux qui prônent l’ouverture totale de la France à tout le monde non plus. Tout ce qui intéresse ici, c’est le libéralisme, le libéralisme, le libéralisme et encore le libéralisme. Et tant pis si c’est un échec : malheur aux vaincus.

Finissons donc sur la seule réponse possible : non les gens ne doivent pas faire ce qu’ils veulent, comme ils veulent. Non, ils ne peuvent pas faire atterrir leur avion près du Mont-Blanc, à 4 450 mètres d’altitude, comme des Suisses l’ont fait en juillet dernier. Non, ils ne devraient pas posséder de voitures capables de dépasser les vitesses autorisées ou de rouler en SUV. Non, ils ne devraient pas avoir le droit de s’installer comme ils le veulent, n’importe où.

Mais c’est la dictature, ça ! Tout à fait, la dictature au service des intérêts de la grande majorité. Parce qu’il est évident que ceux qui ont tous les moyens, font n’importe quoi avec.

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Un épisode de « Plus belle la vie » promouvant la GPA dénoncé par plusieurs organisations féministes

La dénonciation de la GPA est pour ainsi dire un principe de base du féminisme. Cette marchandisation du corps d’une femme est tout simplement inacceptable, pour tout un tas de raisons. La Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution a publié un communiqué de presse, dénonçant un épisode de la série de France 3 « Plus belle la vie » qui fait ouvertement la promotion de la GPA.

Plusieurs associations féministes sont membre de cette coalition dont le collectif CoRP, qui avait saisi le CSA sur cette question. Voici le courrier envoyé à l’occasion, qui présente bien le contexte et le contenu de l’épisode dénoncé :

« Madame, Monsieur,

Le Collectif pour le Respect de la Personne vous saisit à propos de la série télévisée « Plus Belle la vie  » et plus spécifiquement pour l’épisode 3847 diffusé le mardi 23 juillet à 20h20 sur FR3. Cet épisode, dont le dialogue de la séquence incriminée est reproduit ci-dessous, présente comme acceptable le recours à la maternité de substitution (dite aussi « gestation pour autrui », GPA) pourtant interdite en France et dans la plupart des pays européens.

La Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution (CIAMS) avait alerté la production de la série TV, avant la diffusion de l’épisode en attirant son attention sur les conséquences délétères de la présentation partisane de cette pratique dans une série très appréciée du grand public. Malheureusement ces courriers, auxquels se sont associées de nombreuses organisations féministes et en faveur des droits humains ainsi que des individu-e-s, sont restés sans réponse.

Voici l’analyse que nous faisons de cet épisode en relevant les éléments du scénario qui contribuent à rendre la GPA, interdite en France, acceptable :
1- le recours à une jeune femme médecin, comme caution médicale pour rendre la pratique socialement acceptable. Cette jeune femme médecin, Léa, approuve le recours à la GPA en jouant le rôle de conscience morale !! forte de son statut médical (aura de la science et de la médecine !);

2- la notion d’état de fait, sélectif et fallacieux [Elle (Léa, jeune femme médecin brillante) le (Vincent) rassure en lui disant que, dans son entourage, des amis ont fait cette démarche. « La mère porteuse est restée dans le cercle familial et tout le monde est très heureux. »]. Ces propos ont pour objectif de banaliser le recours à la GPA. Ils s’appuient sur des cas individuels présentés comme positifs, masquant ainsi la situation réelle de la GPA dans le monde : un système d’exploitation des plus pauvres au profit des plus riches par le biais du tourisme procréatif.

3- l’usage abusif de la notion de don. [Quant au don, selon Léa, « c’est un geste d’amour et de partage ».] Le don, en l’occurrence, le don d’organe est là pour sauver des vies. Or, ici, il n’y a rien à sauver. De plus les personnes qui glorifient la générosité des mères porteuses [geste d’amour et de partage] sont toujours dans une situation qui les met à l’abri de devenir un jour mère porteuse.

4-la légitimation de la pratique du trafic : la jeune mère porteuse, [rencontrée en Angleterre], accouchera en France chez Céline (l’avocate qui a recours à la GPA en simulant un état de grossesse afin de faire passer l’enfant comme le sien au regard de l’état civil). La mère porteuse sera donc « importée » pour réaliser cette opération frauduleuse. Il s’agit là de trafic de femmes et d’enfant.

5- la caution juridique apportée à la pratique. Céline la mère d’intention qui a recours à la GPA est un personnage d’avocate brillante qui a toujours défendu des causes justes dans la série. Qu’elle soit ici la protagoniste principale et l’auteure d’une action interdite par la loi, est un signe fort donné au public de passer outre à la réglementation nationale pour se diriger vers la GPA transfrontière en toute impunité.

6- la diffusion de l’épisode coïncide avec le débat parlementaire sur la PMA où se manifesteront à nouveau les tentatives en faveur d’une légalisation de la GPA.

Dans son étude de 2018 sur la gestation pour autrui, la Rapporteuse spéciale des Nations-Unies sur la vente et l’exploitation sexuelle d’enfants, reconnaît que l’essentiel des conventions de GPA pratiquées, y compris dans les pays dits développés, ne sont rien d’autre que de la vente d’enfant, quels que soient les artifices juridiques employés.

La définition de la vente d’enfants contient trois éléments : a) « la rémunération ou tout autre avantage » (paiement) ; b) le transfert d’un enfant (transfert) ; et c) l’échange de « a » contre « b » (transfert contre paiement).

Nous demandons que la production de « Plus belle la vie » rappelle, dans les épisodes suivants, l’interdiction de la maternité de substitution et les raisons pour lesquelles elle est interdite en France.

Le Collectif pour le Respect de la Personne vous a déjà saisis, les années précédentes, pour les mêmes raisons, à savoir, une présentation exclusivement positive, notamment sur les chaînes publiques, de cette pratique sexiste et contraire aux droits humains qu’est la maternité de substitution.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir, Madame,

Monsieur, nos cordiales salutations.

Ana-Luana Stoicea-Deram
Présidente du Collectif pour le Respect de la Personne (CoRP)
collectif.corp@live.fr
https://collectif-corp.com »

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Société

«Le burkini n’est pas un symbole religieux»

Toute une série de professeurs d’universités ont publié un appel dans Libération pour prôner l’acceptation du burkini par la société. Leur mot d’ordre, au-delà de toutes considérations sur la religion, est le rejet de tout « jugement moral ». Ces gens sont de purs vecteurs du libéralisme et des ennemis jurés de la Gauche.

CNRS, université Paris-Nanterre, Sciences-Po, IEP Lyon, Inalco, Ined, université Lumière-Lyon-II, université Paris-XIII… la liste est longue et indique la provenance très diverse des signataires. Car toutes les entités d’enseignement supérieur en France sont des bastions de l’élitisme intellectuel et du libéralisme maquillé en engagement « humaniste ».

Allons d’ailleurs droit au but : ces gens sont des ignares, des menteurs et des salauds. Car il faut être tout cela pour oser expliquer la chose suivante :

« Le burkini n’est pas un symbole religieux. »

Comment peut-on affirmer une stupidité pareille, en ayant fait des études supérieures ? En les ayant effectuées, en fait, avec tout le formalisme le plus insipide qui soit, bien bourgeois. Ces gens disent en effet qu’aucun texte religieux ne le conseille et que les fondamentalistes sont contre la présence de femmes à la piscine.

Partant de là, le burkini perdrait son caractère religieux. On est là dans un raisonnement tellement sec, formel, professoral, qu’il perd tout contact avec la réalité. Et ce sont ces gens qui viennent donner des leçons à la Gauche :

« Les actions de désobéissance civile initiées à Grenoble par des femmes réclamant la possibilité de se baigner en burkini dans les piscines publiques ont suscité des réactions virulentes de la part des responsables politiques. La droite et l’extrême droite ont condamné d’une seule voix ce qu’elles voient comme une «revendication du communautarisme islamiste». On a trouvé peu de voix à gauche pour les contredire. »

Si la Gauche ne dit rien, ce n’est pas pour rien, c’est qu’elle a compris qu’il y a un agenda islamiste et elle a autre chose à faire que de jouer les idiots utiles. Mais de toutes façons, de quoi ces universitaires se mêlent ? Ils sont simplement des ultra-libéraux. Il suffit de lire ce qu’ils disent sur les mœurs :

« Affirmer en outre, à l’instar de la secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre femmes et hommes, que ces mobilisations sont un «message politique» signifiant aux femmes «couvrez-vous», renvoie aux arguments réactionnaires de tous les prohibitionnistes : autoriser, en somme, ce serait encourager.

Que ce soit la consommation d’alcool ou de drogue, l’IVG ou le mariage pour tous,  leurs opposants ont toujours agité le chiffon rouge de la décadence, la libéralisation induisant nécessairement une contamination, ce qu’aucune étude sérieuse n’a jamais démontré (…).

Les rapports au corps sont logiquement pluriels dans toute société, pouvant renvoyer à des convictions religieuses ou philosophiques personnelles autant qu’à des expériences de vie contrastées. Ces rapports différents au corps, à la pudeur, ne concernent pas l’Etat ou les pouvoirs publics et méritent d’être respectés tant qu’ils ne restreignent pas les libertés d’autrui (…).

La France est, qu’on le veuille ou non, un pays pluriel sur le plan culturel, du fait notamment de son passé colonial et de sa situation très ancienne de pays d’immigration. On peut nier cette réalité et vouloir réduire à l’invisibilité certaines citoyennes de notre pays.

Nous considérons, à l’inverse, que la diversité des croyances et des opinions est un fait durable autant que positif et qu’il convient de permettre – dans l’esprit de nos institutions – à toutes et tous d’être traité selon un principe d’égalité. »

Quel rapport avec la Gauche ? La Gauche est universaliste, elle veut une société de l’égalité totale, où il y a une seule opinion dominante, celle de l’esprit collectif, du partage total, de l’athéisme, du refus de l’individualisme, etc. Elle veut un seul pays dans le monde, par la fusion de tous les pays en un seul.

Cela, pour la Gauche historique bien entendu. Celle qui est pour l’intervention de l’État dans la société, et non pas contre. Et tout concerne l’État organisé sur la base des valeurs de Gauche, afin de supprimer les traditions pourries et les mœurs hallucinantes relevant du capitalisme.

Cependant, nos universitaires disent que chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut, qu’il est très bien qu’il y ait plein d’opinions différentes et divergentes. C’est là du libéralisme le plus complet, non seulement pour la question des mœurs, mais politiquement également. C’est là le principe de la « société ouverte » élaborée dans les universités américaines et cela va à l’encontre de toutes les valeurs de la Gauche historique.

C’est là qu’on voit à quel point on est à la croisée des chemins. On se doute bien en effet que la posture de ces professeurs amène le Peuple dans les bras de l’extrême-Droite, parce qu’à un moment, les gens siffleront la fin de la récréation. Aucune société ne peut se maintenir avec des élucubrations pareilles.

Il faut dénoncer vigoureusement et systématiquement les postures de ces intellectuels et c’est toujours plus facile d’ailleurs, tellement ces gens se démasquent sous l’effet de la présidence d’Emmanuel Macron. Ils se positionnent toujours plus comme un satellite de « gauche » de son libéralisme social.

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Société

Appel de 50 députés de gauche en faveur du droit fondamental à l’IVG

Cinquante députés de gauche ont publié une tribune dans le Journal du Dimanche, demandant à ce que l’interruption volontaire de grossesse soit reconnu comme un droit fondamental. Cet appel se revendique de Simone Veil, pas de la Gauche historique. Et pour cause : l’avortement n’a jamais fait partie de ses fondamentaux.

On peut très bien reconnaître le droit à l’avortement et dire que c’est regrettable d’avorter, qu’il vaudrait mieux tout faire pour éviter. Encore est-il que cette position qu’on peut considérer comme raisonnable n’existe pas vraiment aujourd’hui, malheureusement.

Il n’y a en effet que deux camps : les religieux qui sont radicalement contre, les progressistes qui sont radicalement pour. Pour les uns, le fœtus est sacré dès le départ (en raison de son « âme »), pour les autres, tant qu’il n’est pas né il ne compte pas.

L’appel de 50 députés de gauche dans le Journal du Dimanche s’aligne entièrement sur ces « progressistes » dont Emmanuel Macron est le meilleur représentant. Il s’agit d’ailleurs pour l’appel d’être plus « progressiste » qu’Emmanuel Macron lui-même :

« Le président de la République a fait entrer Simone Veil au Panthéon le 1er juillet 2018, à juste titre. Aujourd’hui nous sommes cinquante députés issus de l’ensemble des groupes de la gauche parlementaire à lui répondre en déposant une proposition de loi constitutionnelle visant à ce que ‘nul ne puisse entraver le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse.’ »

Il faut en effet voir les choses telles qu’elles sont et comme l’appel doit le reconnaître lui-même, le combat pour le droit à l’avortement n’a pas été porté par la Gauche. Il est rappelé dans l’appel :

« Jusqu’en 1942, l’IVG était considérée comme un ‘crime contre l’État’ puni de la peine de mort. En 1971, ‘343 courageuses’ déposèrent un manifeste décisif pour l’évolution des mentalités de l’époque ; en 1975, la loi Veil consacra enfin le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Et en 1979, seulement, l’interruption volontaire de grossesse fut formellement légalisée. »

Ce qui veut dire que le Front populaire n’a pas autorisé l’avortement, que le mouvement en faveur du droit à l’avortement est né par des femmes non organisées dans la Gauche politique, que c’est un gouvernement de Droite qui a autorisé l’avortement.

Ni la SFIO, ni le Parti socialiste ensuite, ni le Parti Communiste, n’ont soutenu le droit à l’avortement qui, après un bref intermède légal à la suite de la révolution russe, a été interdit en URSS.

On est libre de dire ici : la Gauche historique a oublié cette question ou bien il n’y a rien été compris, les droits des femmes avaient été oubliés, etc. Mais en ce cas on tient la même critique à l’égard de la Gauche historique que la « nouvelle gauche », la « seconde gauche », celle des années 1960-1970, avec notamment le PSU, la CFDT, etc. La Gauche historique aurait été « dépassée », elle aurait raté l’essentiel, elle n’aurait été qu’un dogmatisme ouvriériste, etc.

Et cette question du droit à l’avortement peut se décliner avec le droit au cannabis, le droit au suicide assisté, le droit à se faire des modifications corporelles significatives, le droit à la procréation médicalement assistée, etc. etc.

En clair, la « seconde gauche » dit que ce qui compte ce sont les droits individuels et que la Gauche historique, avec ses principes, est incapable d’aller en ce sens. Il ne s’agit même pas d’un débat matérialiste. Il ne s’agit pas de gens qui disent : le fœtus n’est pas encore suffisamment développé pour être une personne avant tant ou tant de semaines. Il s’agit de gens qui veulent supprimer la matière et faire triompher les choix individuels.

Il s’avère naturellement que le peuple en France a bien compris cela et qu’il n’en est pas partisan, qu’il préfère rester à l’écart de ce qui lui semble très problématique. D’où le fait que le droit à l’avortement soit trusté par les fanatiques religieux d’un côté, les ultras modernistes de l’autre.

Ce qui se passe aux États-Unis, où le droit à l’avortement est furieusement attaqué dans son intégralité par le très puissant courant réactionnaire, est un excellent exemple de comment le refus populaire de l’ultra-modernité libérale aboutit au soutien aux pires forces réactionnaires.

C’est à cette situation que nous précipite une Gauche déconnectée du réel, ne vivant que par le culte libéral des droits individuel, et permettant à la Droite et l’extrême-Droite de se présenter comme les garants de la civilisation.

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Politique

Communiqué du Parti socialiste sur l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur

Le Parti socialiste appel au rassemblement de la Gauche et des écologistes pour s’opposer à l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur (Amérique du Sud) :

« Accord UE – Mercosur : un accord qui menace les intérêts des Européens et la planète

Le 28 juin 2019, la Commission européenne a annoncé la conclusion de l’accord entre l’UE et le Mercosur, qualifiant celui-ci « d’historique ». A son tour, Emmanuel Macron s’en est félicité, déclarant : « A ce stade, l’accord est bon, compte tenu du fait que les préoccupations de la France ont été intégralement prises en compte. »

Depuis, la Commission n’hésite pas à présenter cet accord comme la réponse au protectionnisme et à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. En réalité, elle a poussé à la conclusion de deux décennies de négociations libérales, flouant ainsi les intérêts de millions de citoyens, d’agriculteurs et d’éleveurs européens.

En outre, cet accord apparaît totalement anachronique face aux enjeux à relever en matières climatique, sanitaire, sociale et environnementale. L’heure n’est plus au libre-échange mais au juste-échange, c’est-à-dire au développement de modes de production, de distribution et de consommation soutenables pour la planète. Le Parti socialiste appelle le président de la République à sortir de l’ambiguïté sur cet accord avec le Mercosur.

A l’instar de son opposition à la ratification du CETA, soumise au vote de l’Assemblée nationale ce mois-ci, le Parti socialiste sera mobilisé en France et en Europe aux côtés de ses partenaires pour empêcher une ratification du Mercosur. Il invite solennellement les autres formations de gauche et écologistes à se joindre à une opposition commune. »

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Société

Une Inter-LGBT pro PMA, pro GPA…

Hier s’est tenue la « marche des fiertés ». Il est bien loin, l’esprit de la gaypride avec son esprit d’ouverture. Désormais l’agenda est ouvertement libéral : PMA, GPA, refus assumé du modèle du couple… tout y passe. On ne sera pas étonné que Mastercard soit l’un des sponsors.

Des trains SNCF aux camions des éboueurs, les couleurs LGBTQ+ sont partout et Mastercard en a profité pour présenter une carte de crédit « non-binaire ». Car, il faut bien le saisir, la démarche LGBTQ+ a un agenda très précis : l’ultra-libéralisme, tant économique que sociétal.

La déclaration de l’Inter-LGBT de cette année est, comme d’habitude, explicite :

« Les familles LGBTparentales existent depuis plusieurs décennies et concernent des dizaines, voire des centaines de milliers d’enfants. Ces familles sont d’origines diverses : les enfants sont nés de précédentes unions, de procréation médicalement assistée à l’étranger, de procréation amicale avec un tiers connu mais qui ne souhaite pas être parent, de gestation pour autrui ou de coparentalité,… Mais elles doivent toutes affronter des difficultés pour être reconnues. »

Tout est ici exposé clairement. Il faudrait reconnaître la PMA pour tout le monde, mais également la GPA. Après, il y en a encore pour ne pas reconnaître que la PMA et la GPA ont la même substance… Mais ce n’est pas tout. L’Inter-LGBT dit ouvertement qu’on peut avoir fait un enfant, mais ne pas vouloir assumer son rôle de parent, et que c’est un droit !

L’arrière-plan, c’est l’esprit consommateur : la famille serait réactionnaire en soi, il faut la démolir en la remplaçant par autant de types qu’il y a d’individus. Tout doit être recomposable comme on l’entend. C’est la loi du marché, portée à l’absolu sur le plan des rapports qui, on l’aura deviné, n’ont plus rien de sentimentaux, amoureux.

Évidemment, l’écrasante majorité des gens allant à la marche des fiertés ne comprend rien aux tenants et aboutissants de ce qui se présente ici à l’arrière-plan. Ils s’imaginent surtout être démocratiques et aider des gens marginalisés. C’est là où se situe le grand piège de la question.

Et cette question, pour la résumer très simplement, consiste en la chose suivante : oui ou non l’évolution naturelle, biologique de l’être humain, est-elle une valeur en soi, devant guider l’humanité ? Le marché dit non. Les transhumanistes qui défendent le marché et les choix individuels disent la même chose. Les gens se disant de Gauche, mais rejetant la Gauche historique, ainsi que les Lumières, disent eux aussi la même chose.

Beaucoup évitent également de se positionner. Pourtant, la légalisation de la PMA pour toutes va obliger à le faire. La légalisation potentielle du cannabis sera aussi une question brûlante, sans parler à l’avenir du « droit au suicide », de la GPA, etc.

C’est là qu’on voit à quel point la majorité des gens a abandonné tout principe de responsabilité par rapport à la société, corrompu par le libéralisme et, finalement, acceptant un certain confort matériel au moyen d’une consommation semblant satisfaisante.

L’Inter-LGBT agit comme reflet de cela : sa dynamique « festive » correspond à l’individu qui, rejetant toute norme comme « extérieure », se prétend au-delà de la Nature et de ses règles, s’imaginant exister par ses choix, sa consommation. C’est le capitalisme triomphant.

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Politique

Marion Maréchal à l’université d’été du Medef

Le Medef, le syndicat patronal, a décidé d’organiser une première université d’été en tant que telle. C’est une volonté de son dirigeant Geoffroy Roux de Bézieux, un représentant de la Droite dure. Nulle surprise donc à ce qu’il y invite Marion Maréchal, ni à ce que cela se déroule à l’hippodrome de Paris-Longchamp.

La Droite décide de plus en plus de faire la sainte-alliance des forces conservatrices et des forces populistes, exactement comme ce fut le cas en Allemagne, en Italie, en Espagne, durant les années 1930.

Ce qui est véritablement marquant dans la présence annoncée par L’Express de Marion Maréchal à l’université d’été du Medef, c’est le titre de la table ronde à laquelle elle participera. Celle-ci s’intitule en effet :

« La grande peur des mal pensants, pourquoi les populistes sont populaires. »

Il s’agit là en effet d’une allusion très précise, que bien entendu les journalistes n’ont pas remarqué, de par leur inculture. Le titre de la table ronde fait en effet allusion à un essai de Georges Bernanos, publié en 1931, La Grande Peur des bien-pensants. La thèse qui y est défendue est la même que celle du polémiste Eric Zemmour en ce moment : par intérêt matériel, les forces conservatrices sabordent la tradition, abandonnent le pays et les responsabilités, etc.

Le second grand essai de Georges Bernanos marque au contraire une rupture avec son approche précédente. Dans Les Grands Cimetières sous la lune, publié en 1938, Georges Bernanos exprime son dégoût pour la barbarie du franquisme qui, pourtant, sur le plan des valeurs, lui correspondait totalement. Dans la foulée, Georges Bernanos soutiendra la France libre, abandonnera son antisémitisme forcené, tout en restant un idéaliste.

L’idéalisme n’est pas ce qui intéresse le Medef, ni la Droite, ni l’extrême-Droite. C’est l’esprit de l’essai de 1931 qui l’intéresse, avec cette volonté d’unifier toutes les forces totalement opposées à la Gauche et de promouvoir une dénonciation nationale-catholique de « l’argent ».

C’est qu’on devine qu’avec Emmanuel Macron, son ultra-individualisme économique et sa dialectique culturelle de la légalisation (la PMA pour toutes, le MMA, le cannabis à moyen terme, etc.), il y a un boulevard pour une lecture disant qu’avant, c’était mieux. Le chaos du capitalisme se voit ici opposé, dans le principe, à son propre fantôme. Le passé est censé rattraper et corriger l’avenir.

Normalement, le Front populaire s’oppose tant aux libéraux qu’aux conservateurs. Mais en France, la Gauche a été totalement contaminée par le libéralisme. Google promeut autant que possible la démarche LGBTQ+, cinquante gares de la SNCF pavoisent aux couleurs arc-en-ciel tout comme de nombreuses ambassades américaines dans le monde… et il faudrait leur faire confiance ? Allons, qui peut avoir autant de naïveté ?

Nous sommes coincés entre le marteau libéral et l’enclume conservatrice ; on a déjà Emmanuel Macron, on a désormais Marion Maréchal qui se profile. Et tout risque d’être emporté par une telle opposition ignoble qui vise à dévier le peuple vers le chauvinisme agressif, le protectionnisme au service du capitalisme national, l’esprit corporatiste comme seul horizon.

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La ministre des Sports va légaliser les combats de MMA

La ministre des sports Roxana Maracineanu a annoncé (sur twitter) que les combats de MMA allaient être légalisés à partir du 1er janvier 2020. Cette monstruosité, mélange d’ultra-technicité des sports de combat et de mentalité des gladiateurs de l’Antiquité, va désormais être officiellement présente dans notre pays, détruisant encore plus les consciences autour du mot d’ordre « du pain et des jeux ».

Aucune personne civilisée ne peut tolérer qu’une personne en frappe une autre, fasse du mal à quelqu’un d’autre. La sortie de la barbarie implique le respect démocratique de l’intégrité psychologique et physique de toute personne. Aucun plaisir ne doit exister au fait de voir quelqu’un souffrir, ou pire encore de le faire souffrir.

Seulement, cela est inacceptable pour le capitalisme qui a besoin que tout soit une marchandise. De plus en plus opportuniste, il promeut ce qui est sale, malsain, destructeur. Le MMA en est une illustration très claire et nul hasard que ce soit des libéraux qui œuvrent à sa reconnaissance. Des individus se tapant dessus sur un ring fermé (un « octogone »), c’est « leur » choix. Regarder ou pas, c’est un choix « individuel ». PMA pour toutes et MMA relèvent du même esprit ultra-libéral où tout est choix individuel, dans la négation de l’universel, de la civilisation.

Afin d’ailleurs de parer à une accusation d’anti-culture, le gouvernement va faire en sorte de placer le MMA sous tutelle d’une fédération existante pour sa structuration. Cela s’appelle une fédération sportive délégataire. Les candidates sont les fédérations de kick-boxing et muay thaï, karaté, lutte, judo, boxe française ainsi que la Fédération sportive et gymnique du travail du travail.

Nombre de ces fédérations étaient d’ailleurs vent debout contre le MMA, en particulier la fédération de judo. Il s’agit donc de calmer le jeu, pour des fédérations craignant une concurrence massive dans la jeunesse auprès des hommes, ainsi qu’une rupture par rapport à un certain état d’esprit. Il faut voir en effet que le MMA, dont l’acronyme en anglais signifie « Arts martiaux mixtes », n’est justement pas un art martial au sens historique du terme.

C’est un mélange des meilleurs techniques, mais en supprimant justement tout ce qui reliait les arts martiaux à des histoires nationales, avec donc une grande dimension morale appelant à la maîtrise de soi-même, à un comportement toujours noble, avec souvent par ailleurs un aspect particulièrement spirituel, voire militariste-légitimiste par rapport au régime, tout en en s’appuyant sur des pratiques populaires accumulées à travers le temps.

Le MMA est ainsi un pragmatisme technique, visant à l’efficacité pure, tant en combat où on se frappe qu’au sol avec des prises. Il n’y a pas de contenu historique et culturel. Il ne s’agit pas de former l’esprit. D’ailleurs, les combattants donnent pratiquement tout le temps l’impression d’être des guerriers des rues ayant survécu au pire, jouant sur la fibre individualiste, le spectaculaire pour avoir un impact médiatique, lors de grands shows bien rodés.

La légalisation c’est ainsi, sans même vraiment caricaturer, un moyen de faire en sorte de canaliser un nombre très important de jeunes hommes de banlieue et issus de l’immigration, pour les pousser à une activité servant l’individualisme et le capitalisme. Le ministère justifie d’ailleurs la légalisation en disant que cela existait déjà, qu’il faudrait encadrer, etc. Ce sont les mêmes arguments que pour la légalisation du cannabis.

On insistera pour finir sur le fait que le Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) est candidate pour héberger le MMA. Cette fédération omnisports organise déjà des cours de MMA. Ce serait un comble qu’elle devienne sa responsable ! Car la FSGT est née en 1934 de la fusion de la Fédération sportive du travail (FST) et de l’Union des sociétés sportives et gymniques du travail (USSGT), les structures organisées par le Parti Communiste SFIC et le Parti Socialiste SFIO.

Quelle insulte ce serait au mouvement ouvrier qu’un parcours démocratique, anti-militariste, pacifiste, pour un sport populaire relevant de la culture, se termine dans le soutien à l’un des pires produits du capitalisme… Le principal organisateur de MMA, l’UFC, a d’ailleurs été racheté en 2016 pas moins de quatre milliards de dollars par William Morris Endeavor, une très grande entreprise de divertissement télévisuel.

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Légalisation du cannabis : l’appel des 70 salauds

Soixante-dix personnes liées à la Gauche et présentées comme médecins, élus et économistes ont signé un appel dans L’Obs en faveurs de la légalisation du cannabis. C’est une mentalité de salauds, car ils défendent une drogue ravageuse au lieu de la dénoncer. 

C’est tout de même incroyable. On a dix mille problèmes sur la table en France et sur toute la planète. Le réchauffement climatique prend toute l’actualité à la gorge, le sort des animaux est d’un morbide donnant la nausée. Il y a des conflits un peu partout et toujours plus le risque de confrontation plus que sérieuse, comme entre les États-Unis et l’Iran, sans parler des États-Unis et la Chine. Le travail est aliénant, ennuyeux, épuisant pour la majorité des gens.

Et voilà donc que 70 élus et figures de la Gauche se disent : tiens, si on parlait du cannabis ? Si on donnait comme message qu’il faut le légaliser, parce que fumer un joint dans son coin, c’est un plaisir coutumier à beaucoup ? Si on publiait tous ensemble un grand appel dans L’Obs pour dire que le cannabis doit être légalisé ? Le décalage avec la réalité est totale. Mais le sens des priorités ne doit malheureusement pas étonner.

En effet, le cannabis rend abruti. Il engourdit les esprits, il pousse la volonté à chercher à fuir le réel. Il épuise les raisonnements, il construit une dépendance d’autant plus perverse qu’on pense conquérir une forme de liberté. À ce titre, il est consommé goulûment par deux catégories de personnes en particulier : les personnes désocialisées, à la limite du lumpenproletariat d’un côté, par les couches intellectuelles urbaines au mode de vie plutôt nocturne et décadent de l’autre.

L’appel des 70 salauds est donc la sainte alliance de ces deux catégories, à qui l’industrie du cannabis donne des ailes, appuyée par la philosophie macroniste du libéralisme dans tous les domaines de la vie. D’ailleurs, nommons les principales figures de ces 70 salauds.

On a évidemment la très foklorique Esther Benbassa, sénatrice de Paris EELV, sorte de caricature de la bobo de gauche libérale telle que vue par la pire extrême-droite. On a, de manière plus significative et plus honteuse, Alexis Corbière, qui est tout de même député de Seine-Saint-Denis LFI et Stéphane Troussel, président du département de la Seine-Saint-Denis (PS). On aimerait bien les voir tous deux aller discuter avec des familles populaires de Seine-Saint-Denis et expliquer qu’il faut légaliser le cannabis ! Gageons qu’ils seraient reçus avec une révolte morale bien significative !

Plus grave, on a Benoît Hamon. En signant un tel appel, il broie définitivement son identité politique. Il se met de manière unilatérale au même niveau que deux autres signataires ouvertement bobo : Raphaël Glucksmann, désormais député européen PS-Place publique et Yannick Jadot, député européen EELV. C’est un suicide politique.

On remarquera d’ailleurs, et ce n’est nullement surprenant, que des députés LREM ont signé l’appel : Aurélien Taché, député du Val-d’Oise, Pierre Person, député de Paris et François-Michel Lambert , député des Bouches-du-Rhône (un ex-EELV passé chez Macron puis ayant rejoint des centrises pro-Macron).

Ici, on retrouve le fond du problème. Que des gens de gauche se retrouvent à raconter la même chose que les macronistes, sans s’étonner ni s’émouvoir, c’est très grave. Cela signifie que le glissement culturel a totalement opéré, que le libéralisme sur le plan des mœurs – reflet du capitalisme débridé – a triomphé. Quand on voit Ugo Bernalicis et Adrien Quatennens, tous deux députés LFI du Nord, soit un bastion ouvrier, ont signé l’appel, on voit l’ampleur du désastre.

Les 70 signataires de l’appel, quasi tous issus des rangs de la Gauche, sont donc bien des salauds. Ils cèdent devant le cynisme du capitalisme où tout s’achète et se vend. Ils refusent de dénoncer ouvertement et franchement le cannabis, et propose même de l’intégrer culturellement à la société.

Mais le Peuple ne veut pas cela. Il ne veut pas des drogues. Le libéralisme n’écrasera pas aussi facilement les exigences de civilisation, de respect de son intégrité psychique et physique, d’un esprit démocratique tourné vers la science, la culture, la nature. La légalisation du cannabis ne peut aller qu’avec un monde de grisaille et de béton, de consommation futile dans un vaste repli général sur soi : personne n’en veut !

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Sur le port du voile et les sorties scolaires

Il est à nouveau question du port du voile islamique à l’école. Cette question incontestablement dérange la Gauche en ce qu’elle la met face à de terribles contradictions qu’elle peine non seulement à surmonter, mais même à regarder en face.

voiles

Cette question a une portée significative en ce qu’elle illustre précisément les insuffisances et les défis que doit surmonter la Gauche de France : faut-il être contre au risque de se retrouver dans le même camp que les réactionnaires s’appuyant sur cette question dans une perspective populiste voire franchement raciste ?

Ou faut-il être du côté de ceux et celles qui militent pour le port du droit au nom de la diversité, de la liberté, au risque de se retrouver dans le même camp que les islamistes ? Mais précisément être de gauche c’est refuser ce choix cornélien et absurde comme les deux face d’une même pièce. Être de gauche c’est voir les chose à la base même et proposer d’avancer dans une perspective populaire et démocratique.

Le 15 mai 2019, le Sénat a adopté un amendement proposé par le groupe Les Républicains, notamment Jacqueline Eustache-Brini, sénatrice du Val d’Oise, qui a porté la proposition avec le soutien de l’Union centriste. En l’occurrence, cet amendement a peu de chance d’être voté par l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ayant affirmé clairement son refus de le valider.

De la part des députés de droite, il y a bien sûr là une dimension proprement réactionnaire. Il s’agit sous le couvert de défendre la laïcité de l’État et de ses institutions, notamment de l’école, de mener une agression raciste à l’égard d’une fraction du peuple en vue de soutenir plus largement une mobilisation populiste en faveur du parti Les Républicains, qui cherche ainsi à se poser en défenseur de la République, de sa sécurité, voire de son « identité », face aux islamistes. Typiquement, la sénatrice Sylvie Goy-Chavent a affirmé :

« Pourquoi porter un signe religieux ostentatoire pose problème ? Car cela rompt avec l’harmonie entre les Français, quelle que soit leur origine, parce que ça choque en réalité. Notre rôle n’est de pas d’autoriser par la loi ce qui alimente cette rupture d’harmonie et alimente les haines. »

Bien entendu, tout cela est totalement vain et hypocrite. Même si cet amendement était adopté, qui peut imaginer que cela affirmerait « l’harmonie » des français au-delà des appartenances religieuses ? Même plus profondément, qui peut sérieusement penser que cela porterait un coup décisif aux organisations islamistes, à leur propagande ou même simplement à leur prestige aux yeux d’une partie des populations concernées par une influence culturelle et religieuse de l’islam ?

C’est qu’il y a sur la question de la laïcité une hypocrisie encore plus grande. En effet, la situation est paralysée dans notre pays depuis la capitulation de la Gauche face à la réaction concernant l’école en 1984, quand le gouvernement socialiste a décidé ni plus ni moins d’abandonner face à la Droite son projet, dit de la Loi Savary, d’aller vers l’affirmation d’un service public scolaire unique, au moins à l’Université.

Depuis lors, la Gauche de notre pays à littéralement considéré qu’il était impossible de remettre en cause l’enseignement privé, majoritairement catholique. Le compromis s’en tient à contractualiser l’enseignement privé, c’est-à-dire de le financer très largement et de vérifier les programmes, sans interdire des ajouts supplémentaires.

Cela revient à dire que l’État organise donc lui-même un double système, où le privé dispose de marges de manoeuvre plus grandes que les établissement publics. Certaines écoles privées sont d’ailleurs de véritables bastions de la bourgeoisie et des fractions des « classes moyennes » en mesure d’y accéder pour échapper aux écoles publiques, disposer de meilleures conditions d’études ou tout simplement par snobisme.

Cela dynamite donc toute possibilité d’organiser la « mixité sociale » tant vantée comme projet et rend caduc d’ailleurs tout projet d’ensemble en matière éducative. Les enseignants eux-mêmes ne sont pas les derniers à participer à cette corruption du système éducatif lorsque cela concerne leurs propres enfants.

Concernant le voile, cela rend cette mesure ridicule. Cela revient à pousser des familles qui voudraient affirmer le port du voile vers l’enseignement privé, qui dispose sur ce sujet bien sûr des dérogations nécessaires. Voire même à organiser des écoles confessionnelles islamiques, qui devraient contractualiser pour assumer le programme certes.

Mais dans son contenu, celui-ci n’a rien pour faire face ni à l’islam, ni à aucune religion, dont de toute façon l’État reconnaît la pleine liberté. Une fois le contrat obtenu, l’école sera subventionnée et le port du voile y sera légal pour les mères accompagnants, comme pour les élèves, même mineures, sans même de limite d’âge. Cela est déjà le cas dans les écoles privés musulmanes existantes, mais cela est aussi vrai dans les autres écoles confessionnelles.

La Gauche post moderne ne perçoit pas toutes ces dimensions, car selon elle, la religion est une chose positive, si du moins elle accepte de céder au libéralisme, de relativiser. Ce qu’une partie des islamistes accepte soit par conviction soit par tactique.

Cette Gauche voit bien la dimension raciste de cette interdiction, mais non comme une mesure reflétant un cadre général. Elle voit cela comme une mesure particulière, segmentée, qu’elle croit devoir préciser comme « islamophobe ».

Cela lui permet de considérer le voile comme une liberté, sans contenu significatif, sinon comme affirmation individuelle de la dignité. Défendre le voile reviendrait donc à défendre un droit. Le droit d’abord de disposer de son corps en tant que femme, mais plus encore le droit de croire, puisqu’au fond, la science toute entière ne serait qu’un « discours » situé, tout comme la religion, et que supposer une valeur différente ou supérieure, à la science sur la religion, serait unilatéralement un racisme post colonial, une forme de discrimination ou de violence « symbolique ». Sophie Taillé-Polian, sénatrice Génération.s, a ainsi affirmé dans les débats :

« il faut faire en sorte que la diversité puisse s’exprimer, sans qu’il y ait de stigmatisation ».

On ne saurait mieux exprimer une position libérale, que partage d’ailleurs le Ministre LREM de l’Éducation Nationale, qui serait même prêt à aller encore plus loin dans la liberté accordée en matière d’établissement d’école privée comme il l’a annoncé au début de son mandat.

En fait, la question du voile telle qu’elle se pose est incontestablement une contradiction au sein du peuple. Les tentatives d’organiser ça et là des manifestations de soutiens aux « mamans voilées », c’est-à-dire de faire la promotion du projet islamiste, n’a pas rassemblé de grandes foules. Y compris même dans les quartiers supposés à « majorité musulmanes ».

C’est qu’il y a là une question qui ne touche pas qu’à la question de la supposée liberté de ces femmes de se voiler lors d’une sortie scolaire, ce qui n’est somme toute pas une chose essentielle ou significative au sein des masses, malgré toute la propagande islamiste ou post-moderne sur le sujet.

Il y a là en fait la question des enfants et de ce que l’on projette de leur transmettre. Et sur ce plan, bien peu de personnes continuent de penser franchement que les islamistes puissent sincèrement être des interlocuteurs de confiance.

Il y a une grande compréhension au sein des masses populaires tout comme d’une partie de la petite bourgeoisie culturelle touchée par les violences et les outrances des islamistes les plus radicaux, du fait qu’il se joue derrière cette question un enjeu bien plus grand, un bras de fer, qui dépasse d’ailleurs la seule question de l’islam et pose directement une question essentielle.

Celle du besoin de vivre tranquillement une vie pacifique, croyant ou non d’ailleurs, mais d’abord dans la bienveillance avec les autres et notamment pour les enfants, celle du besoin d’affirmer le métissage de partager les cultures par la cuisine, la langue et ses expressions, la musique, les fêtes collectives.

Il y a ce besoin de considérer la valeur des expériences sensibles, de la Raison, de reconnaître la supériorité de la science sur les superstitions comme une nécessité, même sans trop le dire pour ne pas heurter les sensibilités, mais d’aller quand même vers cela.

Voilà ce qui rassemble les « mamans » et au-delà les familles, les masses. Et dans cette question, le voile est perçu confusément comme un obstacle, un sujet problématique. Cela d’autant que parallèlement les attaques racistes des réactionnaires tentant de s’appuyer sur ce malaise pour pousser au racisme sont aussi perçues comme un problème, une menace même encore plus grande.

Les personnes politisées, en particulier les trentenaires ou les quadragénaires ayant des enfants et ayant vu les progrès de la religion et de ses provocations en vivant cela de manière problématique et confuse tentent toutefois de contourner le problème. Elle ne se prononcent pas, elles cèdent à la passivité. Pas question de cautionner ces lois sans critiques, et pas question non plus de soutenir le voile sans de fortes réserves au moins. Comment penser le problème alors avec des valeurs de Gauche claires ? Voilà en fait précisément une contradiction.

Et on ne règle pas une contradiction comme pensent pouvoir le faire les notables bourgeois par le haut, soit par le populisme ou la réaction jusqu’au racisme, soit par le relativisme post moderne ultra-libéral jusqu’à l’absurde.

Une contradiction cela se règle à la base par la démocratie, par la pratique collective de la vie en commun, par le métissage toujours plus développé et par l’affirmation de la science.

En outre, sur un plan plus politique il faut que la Gauche parvienne à réassumer la nécessité de revendiquer la liquidation pure et simple de tout enseignement privé, confessionnel ou non, contractualisé ou non, au profit d’un grand service public d’éducation unifié.

Cela ne réglera pas tout bien entendu, mais ce serait déjà un rude coup porté à la réaction dans son ensemble, aux racistes comme aux islamistes et à tous les religieux. Un Front rassemblant la Gauche dans une perspective populaire et démocratique doit forcément s’entendre à affirmer cette nécessité.

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L’Académie nationale de Pharmacie met en garde contre le cannabis dit « thérapeutique »

L’Académie nationale de Pharmacie a produit un communiqué important mettant en garde contre l’appellation « thérapeutique » du cannabis. Il est rappelé que c’est une drogue, qui ne relève en aucun cas de la médecine.

La promotion de la légalisation du cannabis est une des grandes campagnes du libéralisme qui entend bouleverser toutes les valeurs morales et les normes sociales. Pour entraîner la population avec lui, le libéralisme avance souvent masqué, en prétendant représenter le progrès contre ce qui serait vieux-jeu, réac, etc.

En l’occurrence, il y a depuis quelque temps une véritable propagande consistant à faire croire que le cannabis aurait des vertus médicales, ce qui revient à dire que ce serait un produit sains et bénéfique. Il y a même des États ayant reconnu cela officiellement.

La réflexion se retrouve alors prise en otage par des arguments fallacieux : qui pourrait-être contre quelque-chose qui fait du bien aux personnes malades ?

En vérité, comme le rappel très justement l’Académie nationale de Pharmacie, il y a une confusion qui est entretenue entre le produit, qui est une drogue, et des molécules, qui elles peuvent servir et son d’ailleurs utilisées pour la médecine.

Voici le communiqué qui présente les choses de manière précise :

« CANNABIS « THÉRAPEUTIQUE » Une appellation abusive et dangereuse

  •  7 % des jeunes français de 17 ans sont dépendants au cannabis.
  •  Les intoxications au cannabis par ingestion accidentelle chez les enfants ont été multipliées par 2,5 de 2010 à 2014 (https://www.ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Augmentation-dunombre-d-intoxications-au-cannabis-par-ingestion-accidentelle-chez-les-enfants-Point-d-Information).
  •  Le cannabis est la 3ème cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est une cause largement sousestimée de mortalité y compris par cancer du poumon (usage sous forme de cigarettes). Références : Nawrot TS, Perez L, Künzli N, et al. Public health importance of triggers of myocardial infarction: a comparative risk assessment. Lancet, 2011. Aldington S, Harwood M, Cox B, Weatherall M, Beckert L, Hansell A, Pritchard A, Robinson G, Beasley R; Cannabis and Respiratory Disease Research Group. Cannabis use and risk of lung cancer: a case-control study. Eur Respir J. 2008.
  •  Les parents consommateurs de cannabis exposent leurs enfants à une vulnérabilité accrue aux drogues Référence : Szutorisz H, Hurd Y. Epigenetic effects of cannabis exposure. Biological Psychiatry, 2016.

Un abus de langage

Des extraits de plantes fournissent les principes actifs de médicaments, comme la morphine extraite du pavot ou le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD) du cannabis. Pour autant, même si la morphine ou la codéine entrent dans la composition de médicaments, l’opium « thérapeutique » n’existe pas. Le cannabis « thérapeutique » non plus. Mélange végétal composé de 200 principes actifs différents, variables en quantités et en proportions en fonction des modalités de culture, de récolte, de conservation, n’étant ni dosé, ni contrôlé, le cannabis dit thérapeutique ne peut apporter les garanties d’un médicament.

Un abus de confiance

Le statut de « médicament » dépend d’un processus rigoureux de contrôle, d’analyse des risques et de validation qui aboutit à l’obtention d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Toute appellation « médicale » ou « thérapeutique » appliquée à un produit n’ayant pas suivi ce long processus réglementaire, est abusive et illicite.

À noter que quatre « médicaments » issus de cannabinoïdes de synthèse et d’un extrait pur de cannabis (cannabidiol), sont actuellement autorisés dans certaines situations cliniques spécifiques et des conditions rigoureuses de prescription :

  •  Le THC de synthèse (Dronabinol / Marinol®) et un dérivé synthétique du THC (Nabilone / Cesamet®) peuvent être prescrits en gélules pour traiter les nausées et les vomissements dus à la chimiothérapie anticancéreuse et pour stimuler l’appétit. Le Marinol® dispose aussi d’une Autorisation Temporaire d’Utilisation (ATU) pour les indications suivantes : « douleurs résistantes aux traitements standards, affections inflammatoires du système nerveux, maladie d’Unverricht-Lundborg, stimulation de l’appétit, syndrome de Gilles de la Tourette, dystonie résistante aux traitements usuels, douleurs paroxystiques ». Le Cesamet® dispose également d’une ATU nominative à caractère dérogatoire pour être prescrit comme somnifère ou soulager des douleurs chroniques.
  •  Le cannabidiol (CBD) : l’Epidyolex® est autorisé dans le cadre d’une ATU pour la prise en charge de certaines formes d’épilepsie rares et sévères.
  •  L’association de deux principes actifs, le THC et le CBD Le Sativex®, sous forme d’aérosols pour des pulvérisations buccales, a obtenu en 2014 une AMM pour « le traitement symptomatique d’appoint des manifestations de la spasticité, liée à une sclérose en plaques, chez des patients insuffisamment soulagés par les traitements anti spastiques de référence ». Le Service médical rendu (SMR) du Sativex ayant été jugé insignifiant par la HAS (Haute Autorité de Santé), son taux de remboursement a été fixé à 15 %. À ce jour, le produit n’est pas commercialisé en France.

Des patients qu’on abuse…

Avec 1 300 000 usagers réguliers, la France est le premier pays européen consommateur de cannabis, malgré son statut illicite et les risques bien connus qu’il fait courir sur les plans physique et psychique. Le THC stimule les récepteurs cannabinoïdes dans le cerveau, provoquant les effets bien connus des consommateurs, mais il produit surtout des effets délétères souvent irréversibles, notamment chez les plus jeunes : décrochage scolaire ; effets désinhibiteurs ; dépression, pouvant conduire au suicide ; déclenchement ou aggravation de la schizophrénie ; induction d’une polytoxicomanie ; responsabilité avérée dans les accidents de la route et en milieu professionnel, augmentation du risque de cancer du poumon…

Références : Gobbi G, Atkin T, Zytynski T, et al. Association of Cannabis Use in Adolescence and Risk of Depression, Anxiety, and Suicidality in Young Adulthood: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Psychiatry, 2019. Krebs MO, Kebir O, Jay TM. Exposure to cannabinoids can lead to persistent cognitive and psychiatric disorders. Eur J Pain, 2019. Andréasson S, Allebeck P, Engström A et al. Cannabis and Schizophrenia. A Longitudinal Study of Swedish Conscripts. Lancet, 1987. Zammit P, Allibeck P, Andréasson S et al. Self Reported Cannabis Use as a Risk Factor for Schizophrenia in Swedish Conscripts of 1969 ; Historical Cohort Study. Brit Med J, 2001. Arsenault L, Cannon M, Poulton R et al. Cannabis Use in Adolescence and Risk for Adult Psychosis : Longitudinal Prospective Study. Brit Med J, 2002. Bilan définitif de l’accidentalité routière 2017, Observatoire national interministériel de la sécurité routière. Aldington S, Harwood M, Cox B, Weatherall M, Beckert L, Hansell A, Pritchard A, Robinson G, Beasley R; Cannabis and Respiratory Disease Research Group. Cannabis use and risk of lung cancer: a case-control study. Eur Respir J. 2008.

L’Académie nationale de Pharmacie met en garde contre une banalisation de préparations de cannabis qui trompe les attentes des patients en les faisant abusivement passer pour « thérapeutique ». »

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Le pasteur Oberlin et le libéralisme

Reconnaître la dignité de l’œuvre du pasteur Oberlin (1740-1826) est une nécessité pour saisir à la fois la dimension historiquement progressiste du libéralisme et ses limites historiques. C’est cet héritage qui justifie encore la base populaire du libéralisme dans notre pays, mais de manière erronée désormais, celui-ci étant finalement incapable d’assumer et de pousser au bout les exigences démocratiques populaires.

"Le pasteur travaillant sur un chemin"

Le pasteur Jean-Frédéric (Johann Friedrich en allemand) Oberlin est une importante figure des Lumières et du libéralisme de la fin du XVIIIe siècle en Alsace, qui a une véritable dimension universelle.

Comme luthérien, il est bien entendu davantage connu en Allemagne, en Suisse ou même aux États-Unis d’Amérique, où son nom a été donné de manière significative à une grande école supérieure : le Oberlin College. Elle fut fondée dans la ville du même nom dans l’État de l’Ohio, qui se voulait dès l’origine un laboratoire du progrès et de l’universalité telle que portée par la bourgeoisie libérale. Cette école élitiste sur une base bourgeoise ouverte fut notamment la première à admettre et diplômer des femmes, puis des Américains descendants d’Africains dès les années 1830. Cela est d’autant plus remarquable que le pasteur Oberlin est mort en 1826. Son œuvre a donc très rapidement reçu un écho d’une grande envergure, en ce qu’elle porte dans la situation d’alors une incontestable dimension populaire et progressiste.

Le pasteur Oberlin est d’abord un ferme disciple ascétique et mystique du christianisme luthérien, partisan dès son plus jeune âge d’une stricte morale stoïcienne, prônant une frugalité exemplaire, une haute exigence morale et un grand niveau de dévouement pour le service aux autres.

Formé au Gymnase protestant de Strasbourg, il y obtient sa maîtrise en théologie à 23 ans, avec une solide éducation pratique à la médecine, à la botanique et à l’agriculture acquise par son expérience extra-scolaire. Il se signale de par ses qualités morales auprès du pasteur Stuber, qui lui offre son poste de pasteur dans une vallée isolée des Vosges alsaciennes, au Ban-de-la-Roche.

Ce secteur constitue une zone particulièrement arriérée encore sous l’emprise d’un féodalisme attardé, regroupant autour du petit bourg de Waldersbach quelques pauvres hameaux de protestants qui sont venus y chercher refuges par vagues successives suite aux persécutions des guerres de religions du XVI-XVIIe siècle, puis de la conquête française. Avant Oberlin, il n’y avait d’ailleurs même pas de route qui reliait de manière permanente ce fond de vallée au reste du monde, dont il était coupé de par ses denses forêts ou ses landes impropres à l’agriculture.

Le secteur faisait donc figure jusque là de zone de relégation. Mais avec le pasteur Stuber et surtout le pasteur Oberlin, cette zone acquiert la dimension d’un front pionnier, d’une terre d’expérience où déployer la puissante dynamique progressiste qui anime alors les libéraux éclairés comme le sont ces deux religieux.

Arrivé au sein de la communauté, le pasteur Oberlin y impose rapidement son autorité de part son dynamisme et sa capacité à répondre aux besoins des masses de ce secteur. On le voit déployer une activité tout azimut, ouvrant des routes, développant les activités agricoles et même industrielles avec l’appui du Président de la confédération helvétique Jean-Luc Legrand, qui investit en 1813 d’importants capitaux pour installer un atelier de production de rubans de soie employant près de 400 personnes dans le hameau de Fouday.

En l’espace de quelques années, le secteur sort de son arriération féodale pour passer à l’avant-garde de la société industrielle d’alors. Cet élan de modernisation libérale s’est accompagné d’un important effort d’éducation populaire qui fait gagner, plus encore que le reste, les masses du Ban-de-la-Roche à l’action du pasteur Oberlin.

Dès son arrivée, il mobilise en effet les énergies jusque là isolées, de certaines femmes dans les communautés villageoises qui assumaient l’éducation collective des enfants. La tâche étant déconsidérée par sa dimension domestique et soumise aux exigences du patriarcat. Celui-ci exigeait d’arracher aussitôt que possible ces femmes à leurs œuvres, pour les mettre à disposition des arrangements conjugaux nécessaires à la reproduction des liens établis dans le cadre de la société féodale locale. Le pasteur Oberlin a brisé ce rapport dès que possible et a établi cette fonction d’éducatrice de la jeunesse dans une dimension collective et officielle reconnu et rétribuée sous le terme de « conductrices de la tendre jeunesse ».

De l’invisibilité des rapports féodaux où ces femmes étaient de simples domestiques mises de côté pour une tâche somme toute subalterne, les voilà considérées comme des fonctionnaires rendant un service public contre une rétribution collective. De brillantes femmes vont donc appuyer l’action éducative d’Oberlin : comme Sarah Banzet et Louise Scheppler en particulier, que l’on considère comme les fondatrices de l’école maternelle moderne.

Dans le même ordre d’idées, la construction des bâtiments scolaires, de leur ameublement que la question de l’équipement pédagogique font l’objet d’une réflexion approfondie. Par exemple, la connaissance du monde est travaillée avec les enfants par des séries de cartes à manipuler et emboîtées à différentes échelles. Une grande place est accordée à la découverte par les jeux collectifs, l’exploration et l’expérience sensible. Oberlin constitue donc une dense documentation pédagogique, appuyée sur des collections d’objets remarquables à valeurs didactique, produit par les idées et l’expérience de son groupe.

En réalité, les pratiques des femmes de la vallée rencontrent au-delà d’Oberlin lui-même, les idées pédagogiques des grands penseurs Johann Coménius et aussi de Jan Hus, qui guident sa pensée et qui sont ici mises en œuvres de manière prolongée. Le programme scolaire est donc pensé de manière curriculaire et rationnelle, mais surtout, en rupture avec la base féodale entretenue jusque-là : il s’agit d’élever à la raison en brisant les superstitions et le carcan féodal des familles patriarcales. Outre les écoles, le pasteur fonde aussi une bibliothèque publique prêtant des livres à tous et il anime des cours d’éducation et de culture générale à destination des adultes.

L’expérience du Ban-de-la-Roche menée par Oberlin a donc une grande valeur historique. Il est bienvenu qu’un musée lui soit dédié à Waldersbach, rassemblant ses archives et les présentant dans un cadre accessible et ludique. Bien entendu, il faut souligner nécessairement aussi la dimension mystique et irrationnelle du pasteur, qui a toujours cherché à rattacher son œuvre à la religion, produisant à côté de ses remarquables innovations pédagogiques des cartes délirantes sur la géographie sainte du ciel et de l’âme.

De même, il était persuadé que les portraits qu’il pouvait réaliser par projection d’ombres révélaient les secrets de l’âme ou de la personnalité de quelqu’un. Sans doute a-t-on là immédiatement posé toutes les contradictions d’une personne qui entend assumer la rationalité, mais cherche néanmoins à le faire dans le cadre d’une religion. D’où la fuite en avant dans le mysticisme et l’incapacité au bout du compte à assumer la Raison complètement.

Ne pouvant dépasser Dieu et la foi, le pasteur Oberlin a fini par céder à l’irrationnel pour lequel il a toujours laissé un espace. L’industrialisation dans le cadre libéral aussi s’est vite aussi heurté aux besoins populaires locaux : la question du travail des enfants, de l’exploitation ouvrière, de celle de la nature aussi. De même, l’hypocrisie de l’encadrement moral religieux finalement, gêné par les excès et les brutalités du développement capitaliste, fourniront bien vite des sujets de contradictions. Le nouveau cadre capitaliste confrontant l’essor impulsé ici de manière remarquablement progressiste par le libéralisme, aux nouvelles exigences démocratiques toujours plus grandes et pressantes qu’il produit dialectiquement.

Il y a donc lieu de reconnaître toute la dignité de cette expérience historique. Cependant, il faut le faire non dans la perspective d’en faire un modèle, mais en considérer aussi toutes les limites, toutes les insuffisances. La figure du pasteur Oberlin illustre en effet tout aussi bien d’une part la nécessité de briser par les progrès de l’éducation et de l’industrie collective ce qui reste de réactionnaire, de féodal, dans notre pays, que d’autre part les limites du libéralisme pour accomplir cette exigence historique qui mène à la démocratie que le libéralisme est historiquement incapable de porter jusqu’au bout.

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La Gauche contre la privatisation de la société Aéroports de Paris

Plusieurs forces de gauche ont fait du rejet de la privatisation des aéroports de Paris un thème important. Il y a depuis hier la possibilité via un site internet officiel de participer à une initiative permettant de réclamer un référendum sur la question. Il faut pour cela aboutisse que près de 5 millions d’électeurs (4 717 396 précisément) se signalent sur le site : referendum.interieur.gouv.fr

Voici une sélection de réactions contre la privatisation d’Aéroports de Paris par des organisations ou personnalités à Gauche :

Voici également un sélection d’articles sur le sujet :

  • « ADP : IL FAUT UN RÉFÉRENDUM POUR QUE LES FRANÇAIS PUISSENT DÉCIDER ! », Entretien avec Fabien Gay sénateur communiste de Seine-Saint-Denis >> lavantgarde.fr
  • « Pourquoi le site du référendum contre la privatisation d’ADP est-il si critiqué ? » >> liberation.fr
  • « Stopper la privatisation d’ADP c’est possible… et ça commence ce 13 juin ! », par Coralie Delaume >> marianne.net
  • « Les privatisations sont au profit d’intérêts privés, financiers, des multinationales et au détriment des salariés et des usagers » >> france.attac.org
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Société

Noa Pothoven, un assassinat maquillé en suicide

C’est une affaire bouleversante, dont la portée ne peut pas être sous-estimée. Noa Pothoven s’est suicidée aux Pays-Bas, mais cela a été annoncé sur Instagram et avec l’accord des médecins. Cela s’appelle un meurtre et c’est un exemple de plus de comment le capitalisme va dans le sens de la suppression des « inutiles », faisant de la vie une marchandise comme une autre.

La Gauche historique considère que l’être humain relève de l’humanité, celle-ci de la Nature, et la vie ne procède jamais à sa propre suppression. Cela rentre en conflit ouvert avec le capitalisme qui dit que les êtres humains sont des individus dont la liberté de choix serait totale. Partant de là, le suicide relèverait du libre-arbitre.

C’est pourquoi la médecine a, aux Pays-Bas, accepté de laisser Noa Pothoven aller au suicide. Elle avait décidé de cesser de s’alimenter et de s’hydrater, à la suite d’un stress post-traumatique et d’anorexie consécutif à trois viols subis à 11, 12 et 14 ans. Elle est donc morte à Arnhem, chez ses parents, dans un lit d’hôpital placé dans le salon, supervisé par une clinique de fin de vie.

Les médecins néerlandais se dédouanent en disant que ce n’est pas une euthanasie, ni un suicide assisté, car ils ne sont pas intervenus pour faire en sorte qu’elle meurt. Ils contournent ici la question du « caractère insupportable des souffrances du patient » nécessaire pour l’accompagnement dans la mort. Sauf qu’en pratique ils ont laissé quelqu’un capituler et mourir.

C’est absolument inacceptable. Et ça l’est d’autant plus que Noa Pothoven a annoncé sa décision sur instagram, où elle postait régulièrement. On est là dans le spectacle morbide propre au capitalisme, dans la lignée de la série Netflix 13 Reasons Why qui a mis en scène le suicide en en faisant un « choix ». C’est la faillite de l’humanité sur toute la ligne.

Le capitalisme a réussi à faire en sorte que les choix individuels deviennent des marchandises comme des autres, obtenant une reconnaissance sociale totale. Mais de quels choix parle-t-on d’ailleurs ? En réalité, tout est déterminé. Ce qu’on fait est le produit de la société, il n’y a pas d’individus « libres ».

D’ailleurs, Noa Pothoven avait par ailleurs également publié un livre au sujet de son parcours, de ce qu’elle appelait son « combat ». On est là dans un positionnement identitaire. Sa souffrance était réelle, mais passant par le prisme des médias, elle prenait une ampleur aliénée d’autant plus forte, ne pouvant que nourrir encore plus sa tendance à l’auto-destruction.

C’est la société capitaliste qui a tué Noa Pothoven, après s’être délectée de sa souffrance réduite à un parcours individuel unique. Le choix de Noa Pothoven n’a été que le prolongement conséquent de l’individualisme forcené établi comme unique horizon.

Il est justement ici bien connu que l’anorexie, comme expression d’une souffrance personnelle, est l’apanage de jeunes filles de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie. Incapables, malheureusement, de saisir la nature sociale (et naturelle) de leur mal-être extrêmement profond, ces jeunes filles expriment leur désarroi en se mutilant, en cherchant l’auto-destruction comme moyen d’expression.

C’est précisément ce qu’on a avec Noa Pothoven et vue comment la société est en train de tourner, de tels phénomènes ne peuvent qu’empirer. D’où la volonté du capitalisme de légaliser les suicides assistés pour quiconque considère « souffrir de manière insupportable ». C’est un effacement de toute question sociale et naturelle, pour tout focaliser sur l’individu, ses choix, son parcours unique, son ressenti unique, etc.

Une telle société va droit dans le mur. Et vue comment la Gauche est pourrie par le post-modernisme et son individualisme, non seulement on va aller dans le mur, mais en plus on aura l’extrême-droite qui elle va prétendre s’opposer à tout cela au moyen du conservatisme. Alors qu’on a besoin vite fait du Socialisme pour sauver les gens de leur souffrance, pour trouver des points d’appuis positifs, par la nature, le travail, la culture.

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Les caractéristiques de la gauche post-industrielle, post-moderne, post-historique

La « nouvelle Gauche » qui s’est développée à partir des universités américaines a largement contribué au démanchement de la Gauche historique française. Posant des questions parfois pertinentes, ses réponses sont systématiquement la « déconstruction » et l’ultra-individualisme comme lecture du monde.

Michel Foucault

La société de consommation implique que tant qu’on n’a pas choisi, on est indépendant du reste. On choisit ce qu’on achète et ce qu’on n’achète pas, on choisit pour qui travaille et pour qui on ne travaille pas, avec qui on partage des éléments de sa vie ou pas, et tout est fixé par un contrat. La « nouvelle gauche » est le produit de cette société de consommation, dont elle a assimilé l’existence de bout en bout.

Elle raisonne ici en termes d’individus et prône l’élargissement maximal des possibilités pour l’individu de s’affirmer. Tout ce qui empêche cela doit être déconstruit. Pour la « nouvelle gauche », il n’y a donc plus de pays et de liens de l’individu avec lui, il n’y a plus non plus de données biologiques, comme le fait d’être homme ou femme, qui amèneraient l’individu à être par nature comme ci ou comme cela.

Il n’y a pas non plus de classes sociales. Il y a seulement des individus pauvres et des individus riches, les premiers connaissant des « injustices » en tant qu’individus. La société entière serait même traversée de préjugés, d’idées qui façonneraient les rapports sociaux. C’est le contraire du marxisme, pour qui les rapports sociaux donnent naissance aux idées, qu’elles reflètent.

Pour la « nouvelle gauche », farouchement opposé à tout déterminisme, il ne peut exister que des individus avec parfois des influences, mais jamais totalement décisives. C’est le libre-arbitre qui serait la substance de chaque individu, qui serait en mesure de choisir ce qu’il veut, comme il veut, d’avoir la capacité d’utiliser sa conscience en dominant tous les aspects de la réalité. L’individu serait tout-puissant.

Toute observation extérieure, toute remarque concernant un individu, serait un « truc de facho ». Chaque individu serait une micro-société, voire un micro-univers. Personne ne pourrait ni évaluer, ni juger un autre individu pour ses choix, qui seraient uniques. Chacun fabrique sa vie indépendamment des autres, ou au moyen de rapports bien choisis. Comme l’a dit Sarte, chacun consisterait en ses « choix ».

Le capitalisme propose justement les choix, mais cela la « nouvelle gauche » ne le voit pas. Elle ne peut plus le voir, car elle rejette les notions d’histoire, d’industrie, le pays comme cadre politique. Elle vit dans une « modernité » ayant dépassé tout cela, et même dans une « post-modernité ». L’impressionnisme avait déjà affirmé la modernité subjective contre le réalisme, la « nouvelle gauche » est elle même partisane de l’abstraction, de l’art contemporain, de la subjectivité la plus totale.

queer
« Cologne est colorée – La diversité au lieu de la simplicité »

L’individu serait donc au-dessus de tout, car le monde ne consisterait qu’en ses choix. Chacun serait un micro-monde façonné par ses choix : tel est l’idéal de la « nouvelle gauche », qui voit là un monde parfait. Pour elle, la société doit accorder le plus de droits et de possibilités à l’individu, pour qu’il vive de manière totalement indépendante.

Ce qui est faisable est donc possiblement à faire. Il n’y a plus de normes, tout est possible, surtout ce qui permet de s’affirmer individuellement, de « développer » son individualité, tel se prostituer, acheter des enfants à une mère porteuse, avorter à n’importe quel comment, « changer » de sexe, élever son enfant de manière « neutre » quant à son « genre », « aimer » plusieurs personnes en même temps, avoir des rapports sexuels avec autant de gens qu’on veut (y compris en même temps), prendre n’importe quelle drogue, etc.

L’individu n’est pas au-dessus des responsabilités, mais seules les responsabilités qu’il a choisies auraient un sens. Le reste serait une « construction », une « structure » oppressive pour l’individu. On retrouve ici la philosophie structuraliste née en France, qui exportée aux États-Unis a amené l’émergence de la philosophie de la « déconstruction ».

En France, c’est l’université de Paris 8 qui a alors servi de laboratoire à tout cela, puis de caisse de résonance. Elle a été fondé après mai 1968 à Vincennes en banlieue parisienne, pour rassembler les professeurs et les élèves correspondant aux exigences libérales-libertaires du moment. On y trouve notamment Michel Foucault et Gilles Deleuze, l’un « structuraliste », l’autre exprimant une ligne « désirante ». Après l’exportation des idées dans les universités américaines, Paris 8 a récupéré les idées pour les diffuser dans notre pays.

Cependant, c’est toute la couche sociale des étudiants de gauche, notamment en sciences humaines, qui a adopté la ligne de la « nouvelle Gauche ». Souvent leurs parents ont capitulé par rapport à leur engagement à Gauche, tout en gardant des espoirs, et la nouvelle génération a trouvé un nouveau terrain, plus conforme à leur mode de vie propre à la petite-bourgeoisie, résolument étrangère au peuple.

Il y a vraiment un parallèle strict entre la contamination de toute la Gauche par cette « nouvelle Gauche » et le triomphe du Front National dans les classes populaires lors des années 2000 ! C’est qu’aucun ouvrier, et encore moins un jeune ouvrier, ne peut ne serait-ce que saisir les thèses de la nouvelle gauche. C’est trop irrationnel, cela reflète trop un style de vie décadent propre aux villes d’une certaine taille, caractéristique d’une certaine oisiveté propre justement aux étudiants en sciences humaines.

Qui dans le peuple, de toutes façons, pourrait soutenir une « nouvelle Gauche » hostile à tout principe ? Quel ouvrier, quelle femme du peuple, quel employé pourrait dire : oui, supprimons tous les principes, faisons ce qu’on veut comme on veut ? C’est là simplement un rêve de bourgeois moderne, qui plein d’aisances, a envie d’être encore plus à l’aise, et de résumer sa vie à ses propres choix, dans la négation de toute collectivité, de toute société, de tout engagement, de tout devoir.

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« Dans le cas de M. Lambert : pour avoir soif, il faut avoir conscience »

L’affaire Vincent Lambert est terrible, car on est encore une fois coincé entre le libéralisme partisan de l’euthanasie à tout va et les religieux ne reconnaissant pas la réalité uniquement matérielle du monde. Dans tous les cas, il y a une négation du principe de sensibilité, au nom d’une prétendue individualité étant le propre de l’Homme.

L’affaire Vincent Lambert est terrible et pour beaucoup de monde en France, sa situation interpelle. Personne n’a envie de se retrouver comme lui, tétraplégique, en état végétatif depuis plus de 10 ans. Une partie de sa famille considère qu’il faut le laisser partir, une autre s’y oppose. On comprend fondamentalement le sentiment d’humanité des premiers, qui voient bien que ce n’est pas une vie. Les seconds mettent en avant la religion pour s’y opposer, et au-delà de cette question, ils soulignent avec justesse qu’une société libérale autorisant l’euthanasie, c’est la boîte de Pandore du meurtre à grande échelle…

Initialement, l’État a tranché pour laisser partir Vincent Lambert. Seulement voilà : Vincent Lambert n’est pas en train de mourir. Il ne peut rien faire, toute son alimentation lui est fourni médicalement, mais au sens strict, il vit et peut continuer de vivre ainsi. Le CHU de Reims n’a pas pour autant le droit de le tuer, car l’euthanasie est interdite pour les êtres humains.

La cour d’appel de Paris a ordonné lundi soir la reprise des traitements.

On en arrive ainsi à la situation ubuesque, totalement aberrante, où… on va le laisser mourir de faim et de soif. Il va de soi que c’est là inacceptable. Déjà en raison de la dignité humaine. Vincent Lambert va être tué – peut-être à juste titre si on dit que ce n’est pas une vie – mais personne ne l’assume tel quel.

Ensuite, il y a la négation totale de la sensibilité. Dr Bernard Devalois, spécialiste des soins palliatifs à la maison de santé protestante de Bordeaux Bagatelle, a tenu des propos totalement scandaleux – mais logique du point de vue de ce qu’est l’idéologie dominante. Il expliqué la chose suivante au Figaro :

« Vincent Lambert n’aura ni faim ni soif, il va mourir naturellement en quelques jours »

« Dans le cas de M. Lambert, il n’y a pas de sensation de soif: pour avoir soif, il faut avoir conscience. »

C’est là le point de vue religieux ainsi que cartésien (qui revient au même) : rien n’existe si on n’en pas conscience. Un arbre qui tombe dans une forêt, cela n’existe pas si un être humain n’est pas là pour en avoir conscience. Une caresse sur une main n’existe pas si la conscience ne le perçoit pas. C’est totalement faux et on ne dira jamais assez à quel point il faut en revenir aux matérialistes du XVIIIe siècle, les fameux Helvétius, d’Holbach, Diderot, tous ces auteurs faisant la sensibilité le sens de la vie.

Toute la Gauche historique vient historiquement de cette approche philosophique, qui ne reconnaît pas Dieu, pas plus qu’une sorte de super-conscience individuelle qui serait le sens de la vie de tout un chacun. La Gauche historique a toujours été matérialiste, définissant la vie selon des critères naturels. Ici, pour le pauvre Vincent Lambert, malheureusement, sa vie personnelle est totalement frustrée, bloquée. Il faut soulager sa souffrance inévitable.

Mais elle n’est pas inévitable justement pour ceux raisonnant en termes de conscience ou d’âme. Les premiers disent : la conscience est partie, on supprime le corps. Les seconds disent : le corps est encore là, donc l’âme aussi, il faut tout garder.

Ces deux points de vue sont inacceptables. Ils sont malheureusement prédominants à tous les niveaux philosophiques, spirituels, dans notre pays. Même la Gauche est totalement contaminée par eux. C’est bien pour cela qu’il n’y a plus de Gauche, justement. Quand on dit la même chose que les libéraux ou les réactionnaires pour les thèmes les plus essentiels, on se confond avec eux.

Il est facile d’ailleurs de voir comment on peut se faire aisément happer. Si l’on comprend que le libéralisme veut supprimer les personnes en détresse insuffisamment consommatrices – les vieux, les suicidaires (qui auraient le droit au suicide assistée !), on tombe facilement dans le camp réactionnaire, qui prétend que les valeurs du passé préservent de cela. Si on veut assumer l’euthanasie car en-dehors de l’épanouissement naturel rien n’est possible, on tombe rapidement si on n’y prend pas garde dans le camp des libéraux qui veulent démonter les mauvaises règles, car ils entendent en fait démonter toutes les règles !

L’affaire Vincent Lambert est malheureusement également loin d’être unique. Elle souligne la nécessité qu’il y a à se poser les questions sur la vie quotidienne, le rapport à la vie, la relation à la nature, et cela d’une manière qui soit propre à la Gauche historique. Les possibilités techniques permettant toujours plus de « libertés », il faut savoir s’opposer avec matérialisme à la GPA, à la PMA pour toutes, aux modifications technologiques rêvées par des milliardaires délirants qui n’ont qu’un rêve : aller sur une autre planète, parce qu’ils n’en ont rien à faire de celle sur laquelle on est…

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Société

Bilal Hassani et son appel à être le « roi » de sa propre vie

L’album de Bilal Hassani est un flop et son rapport à la musique est aussi faux que toute sa démarche. Au lieu de chercher à l’affirmation, à l’épanouissement de la personnalité, il est une figure du travestissement propre à un capitalisme ne proposant que le rapport commercial de l’individu entièrement tourné vers lui-même.

Malgré un véritable tabassage médiatique, l’album Kingdom de Bilal Hassani est un flop complet. Ce n’est pas étonnant, quoique vues les nullités qui pullulent dans les choses à la mode musicalement, il y avait de quoi s’inquiéter. Mais ce qui est reproché à Bilal Hassani, ce n’est finalement pas sa faiblesse musicale totale, c’est son côté faux.

Car, au fond, à quoi a-t-on eu droit, encore une fois ? À une opération des LGBT+ sur l’opinion démocratique. Les jeunes, voire les très jeunes plutôt, épris d’ouverture d’esprit, de volonté d’acceptation, ont encore une fois été les cibles des discours de l’ultra-libéralisme. Et s’il y a des gens qui devraient le plus combattre cela, ce sont biens les personnes homosexuelles, qui voient leur bataille historique pour la reconnaissance de leurs droits transformée en levier pour propager l’hédonisme, les identités à la carte, la négation de l’existence des droits et des femmes, le refus du couple comme norme naturelle et sociale, etc.

Or, le peuple est démocratique et donc si quelque chose est faux, à un moment, cela se voit. Bilal Hassani n’a tout simplement pas fait le poids. Comme l’Autrichien Conchita Wurst, à force de vouloir tout être sans rien assumer jamais, à force de refuser la moindre formalisation, à un moment cela ne passe plus. A-t-on d’ailleurs lu les paroles de sa chanson « roi », qui a représenté la France à l’Eurovision ? C’est le manifeste de la subjectivité la plus radicale, la théorie de l’ultra-libéralisme mise en texte.

Chacun peut faire comme il l’entend, comme il le désirerait, chacun « choisirait » la définition de sa vie, de sa propre réalité… Chacun serait le « roi » de sa propre vie. « Je suis free, oui, j’invente ma vie », « J’suis pas dans les codes, ça dérange beaucoup », « Quand je rêve, je suis un roi », « Toutes ces voix « fais comme ci, fais comme ça » », « Only God can judge you and me », « Ça passe ou ça casse, mais ça regarde qui? »…

C’est l’exact opposé de Spinoza, qui explique que l’être humain n’est pas « un empire dans un empire », que tout est déterminisme et qu’il faut en prendre conscience, pour bien faire les choses, correspondre à sa propre nature. C’est évidemment quelque chose n’allant pas en conformité avec la non-conformité du capitalisme, qui veut des consommations multipliées et démultipliées, tout se consommant, jusqu’à sa propre identité.

Vous prendrez quoi au menu religion ? Oui oui, on peut être gay en même temps, tout comme de gauche tout en étant capitaliste. Un petit sac Gucci à 600 euros comme le joueur de football Paul Pogba sinon juste en tenue de pèlerin, en simple robe, en pèlerinage à la Mecque, comme en ce moment ? Aucun problème. Marié, amoureux de quelqu’un d’autre, et même être quelqu’un d’autre ? Tout est possible, il suffit de payer. Il suffit de choisir. Personne peut juger.

L’Eurovision est devenu un vecteur important de cette démarche. Après sa période variété, suivie de sa période décalée, c’est devenu une usine à chansons formatées de type variété, avec des variantes reprenant les thèmes de la pseudo-subversion, de la fausse liberté mais vraie superficialité, de l’egotrip mis en exergue comme le point culminant de l’expression de soi. L’échec en France de Bilal Hassani est cohérent avec son succès à la candidature pour représenter la France à l’Eurovision : extérieur à la société française, il ne peut exister que dans une sorte de bulle au-delà de toute réalité culturelle.

Cependant, cela n’a pas suffit à emporter le concours de l’Eurovision. Malgré les grandes prétentions affichées, il a échoué à la 14e place du classement ce hier soir à Tel-Aviv en Israël, très loin derrière le néerlandais Duncan Laurence et son titre Arcade, bien plus lisse et consensuel.

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La liste Renaissance soutenue par La République en marche aux Européennes

Le mouvement d’Emmanuel Macron La République en marche propose sa liste Renaissance pour les européennes. Un nom qui se veut progressiste, tourné vers l’avenir, qui se veut en même temps rassurant, inspirant la confiance, mais qui dans le fond autant que dans la forme est très inadapté et purement marketing.

La République en marche

Il faut regarder le programme proposé pour comprendre, car les idées ne sont pas neuves : du capitalisme modernisé. Ce libéralisme se détecte assez aisément. Les premières mesures présentées ont comme thème de faire de l’Europe « une puissance verte ». On peut penser ce que l’on veut de Benoït Hamon et son « Printemps européen », mais lui au moins a bien compris que l’écologie est un combat qui ne saura être mené que par la Gauche.

« Puissance verte » est un oxymore, d’ailleurs, dès l’instant où l’on reste dans le cadre capitaliste.

L’écologie ralentirait le capitalisme, puisqu’elle impliquerait forcément un haut niveau de contrôle sur la production (quoi, quand, comment et combien produire), ce qui n’est pas envisageable dans un système exigeant la croissance permanente.

Par conséquent, cela empêcherait l’Europe de devenir une « puissance » telle que souhaitée par les capitalistes. Pour cette raison, cet appel à une Europe plus verte n’est, au fond, qu’un vernis écolo destiné à s’attirer les faveurs de l’électorat de gauche, et une occasion d’investir dans l’ouverture de nouveaux marchés de l’écologie, comme pourraient l’être les voitures électriques par exemple.

C’est la même logique électoraliste qui pousse, un peu plus loin, à parler de la construction d’une Europe « de la justice sociale et fiscale ». Après tous les changements fiscaux et sociaux qu’a fait LREM, favorisant les gros capitalistes (les fameux « premiers de cordée » comme les appelle Emmanuel Macron) comme la suppression de l’ISF, il apparaît évident que ceux qui ont adopté la même approche politique, sociale et culturelle que ce parti n’ont absolument aucune intention d’améliorer la vie sur ces plans là… ou que leur perception de ce qui est « juste » socialement et fiscalement est totalement déformée.

Les points suivants sont un appel à renforcer la puissance militaire et diplomatique de l’Europe. Il s’agirait alors de « faire respecter l’Europe dans la mondialisation » ce qui signifie en réalité « utiliser l’Europe pour affronter les puissances chinoise et américaine ».

Il convient de rappeler que l’Europe n’est pas une puissance unie, car elle est avant tout constituée de nations dont dont les monopoles sont déjà concurrents dans de nombreux secteurs. Ce sont en réalité les puissances de la France et l’Allemagne dont il est question.

Par exemple, une mesure de la liste Renaissance est de « construire un Pacte avec l’Afrique en développant les investissements et des programmes scolaires et universitaires, en particulier à destination des jeunes filles ».

Est présenté ici un renforcement de la domination – surtout française – sur le continent africain via non seulement l’économie, mais également l’éducation. Il s’agit ici pour les exploiteurs de décider, avec leurs collaborateurs locaux, de ce que les exploités apprendront à l’école : cela donne un cachet plus « doux » à cette domination car il y est question d’éducation, mais qui est de gauche sait que lorsque l’on parle de capitalisme, la formation scolaire sert des intérêts particuliers.

Ce que veut vraiment Renaissance au travers de cette mesure, c’est former les cadres et les travailleurs en Afrique qui se mettront plus tard au service de la France. Le programme dit aussi qu’il faut « donner à l’Europe les moyens de se défendre » et « faire respecter nos valeurs et nos frontières », ce qui s’inscrit aussi dans cette dynamique de guerre, de domination économique et politique, et de préservation des intérêts des pays membres et du couple franco-allemand plus particulièrement.

La question de l’identité européenne est abordée, de la manière typique de la bourgeoisie moderniste.  « L’Europe s’est faite par la culture » (dans le cas de l’union européenne, cela est faux, car elle s’est faite artificiellement et par le haut contre les peuples), donc il s’agit de pousser les étudiants et les artistes à faire leurs études à l’étranger grâce à Erasmus.

Cela n’est pas fait dans une démarche d’ouverture aux différentes cultures nationales, mais plutôt de former plus efficacement la jeunesse pour les futurs besoin du marché du travail et de promouvoir une « culture européenne » artificielle qui s’appuierait sur l’art contemporain, sur Picasso… Le soutien à ces artistes et ces mouvements est ouvertement assumé, conformément à la position bourgeoise sur la question de la culture et des arts.

Le chapitre « rendre l’Europe aux citoyens » est fortement marqué de populisme. Le constat plutôt juste selon lequel « les français se sont éloignés de l’Europe […] car elle leur paraît trop inefficace et technocratique » est présenté. C’est en effet ce qui peut se passer lorsqu’un changement est imposé par le haut, et le phénomène de rejet ne concerne d’ailleurs pas que les Français.

L’Europe n’appartiendra jamais « aux citoyens », puisque son fonctionnement même est anti-démocratique et que ses institutions sont déconnectées de la vie des masses.

Y proposer « plus de transparence et d’action citoyenne » (comme de forcer le Conseil et le Parlement à étudier les suggestions de lois si 1 million de citoyens soutiennent) n’y changera rien, pas plus que cette promesse populiste de « lutte acharnée contre les lobbies » dont on peut facilement douter du sérieux. Ce n’est finalement rien de plus qu’une modernisation des institutions européennes, pour les rendre plus efficaces, tout en leur donnant un air démocratique.

On détecte également le post-modernisme libéral de la liste qui s’affirme à travers le point « Pour une politique féministe européenne » et concernant la lutte contre les discriminations. L’utilisation de l’acronyme LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels et Intersexes) dénote bien la philosophie post-moderne des « marcheurs ».

Quant au féminisme, derrière les grandes proclamations contre les violences faites aux femmes, les inégalités salariales ou de représentation, il n’y a strictement rien. LREM utilise l’image de Simone Veil, la ministre de droite libérale qui permit l’IVG, et défend « les droits sexuels et reproductifs » et « la contraception et l’IVG libres ».

La position de Gauche sur la question est que si l’IVG doit exister, le recours à cette pratique est loin d’être anodin, et que le plus important reste de lutter contre les causes des grossesses non voulues comme celles pouvant avoir lieu durant l’adolescence, ou pouvant être dues à l’inceste, au viol…

Ici, il n’est question que de rendre cet acte 100% libre. Cela est assez représentatif du pseudo-féminisme libéral, qui n’aura jamais la capacité de libérer les femmes de l’oppression patriarcale, puisqu’il les défend en tant qu’individus libres de leurs choix subjectifs, traitant leur corps comme bon leur semble. Il s’agirait, au contraire, de les défendre pour ce qu’elles sont : des femmes, égales aux hommes, partie prenante de notre société, hier féodale et aujourd’hui capitaliste.

Tout cela constitue un programme n’ayant rien de surprenant, venant d’un tel parti : capitalisme, libéralisme à tous les niveaux, un peu de populisme et « d’écologie » pour attirer le plus de monde possible, dans la logique « au delà du clivage gauche-droite ». Cette liste représente les intérêts d’industriels, et des « startuppers » des secteurs en développement (notamment liés au numérique)… de tous ceux qui, finalement, ressentent le besoin d’une Europe protégeant leurs intérêts.

Les 30 premiers candidats de la liste en sont l’illustration : uniquement des cadres, hauts et petits fonctionnaires, notables, petits-bourgeois, un exploitant agricole… Mais pas un seul ouvrier.

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La République en marche récupère Simone Veil : c’est dans l’ordre des choses

Des gens sont choqués que La République en marche (LREM) utilise Simone Veil pour mettre en avant sa campagne pour les élections européennes. Cependant, Simone Veil était à l’UDF, l’ancêtre direct de LREM sur le plan des idées. C’était une femme membre assumée de la Droite et le droit à l’avortement était mis en avant par elle au nom de l’ultra-libéralisme.

« Non à la privatisation choquante de la mémoire de Simone Veil par LREM » dit Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes. « Je pense que les magnifiques yeux de Simone Veil déchargeraient de la mitraille vers tous ceux qui aujourd’hui utilisent sans vergogne son image et son nom » dit Dominique Bussereau, président de l’Assemblée des Départements de France.

Ces dénonciations, et il y en a un certain nombre sur la « récupération » à laquelle on assisterait, rentrent dans le cadre d’une triple initiative :

  • Nathalie Loiseau est passée au Panthéon le 9 mai pour honorer Simone Veil, accompagnée notamment de l’avocat Jean Veil, fils de celle-ci et candidat en 78e position sur la liste de La République en marche ;
  • un rassemblement plus large de LREM a eu lieu au même endroit un peu plus tard ;
  • Marlène Schiappa, Nathalie Loiseau et Chrysoula Zacharopoulu avaient, quelques jour plus tôt, publié une tribune dans le Journal Du Dimanche pour proposer un « pacte Simone Veil », avec comme objectif l’harmonisation par le haut les droits des femmes, avec principalement le droit à l’avortement mis en avant à mots couverts.

Pourtant, tout cela est tout à fait cohérent. Simone Veil a toujours été une femme politique relevant de la Droite. Si elle a mis en avant les droit des femmes, c’est uniquement dans le sens de l’ultra-libéralisme. Le droit à l’avortement établi administrativement, en niant toute question de morale, relève résolument de la position libérale selon laquelle l’individu fait ce qu’il veut comme il l’entend, sans qu’on ait à le juger. Il suffit de lire comment elle a justifié l’avortement pour s’en convaincre.

> Lire également : Mai 1968, la droite libérale et l’interruption volontaire de grossesse

Évidemment, si l’on réduit le combat politique à une bataille pour l’élargissement des droits individuels, on trouvera cela très bien. D’ailleurs, tant les libéraux que la « Gauche » post-industrielle, post-moderne, ont fait de Simone Veil une icône. Et c’est d’ailleurs aussi en ce sens qu’il faut voir la critique d’EELV, qui dit somme toute : nous aussi nous sommes libéraux sur le plan des mœurs, Simone Veil est aussi à nous !

Mais si l’on est partisan de la Gauche historique, alors Simone Veil est inacceptable et sa manière de permettre le droit à l’avortement a uniquement servi l’esprit libéral, faisant de l’avortement une simple formalité, niant toutes les questions morales qui vont avec. Le droit des femmes a ici été dévié en rejet de la biologie, en liquidation de toute valeur à ce qui est naturel, en affirmation unilatérale du libre-arbitre absolu.

C’est pour cela que la question de l’avortement reste paradoxalement si actuelle dans la société et que de larges parties de la population européenne sont contre. Ce n’est pas qu’elles soient réactionnaires, mais elles sont piégées par la réaction, qui a beau jeu de profiter des positions caricaturales des ultra-libéraux.

La question de Simone Veil est donc tout à fait pertinente, mais pas du tout parce que LREM fait une récupération. Bien au contraire, on voit comment beaucoup de gens se sont fait aspirés par le libéralisme. Pensant bien faire, être ouvert d’esprit, beaucoup de gens de gauche ont considéré qu’il était dans l’ordre des choses de laisser faire les gens ce qu’ils veulent, comme ils veulent, que c’était là s’opposer au conservatisme, aux fachos.

Mais l’alternative n’est pas le conservatisme contre le libéralisme. Elle est entre un capitalisme toujours plus libéral et relativiste, ou bien le retour en arrière réactionnaire, ou bien la démocratie la plus large en défense de la culture, le Socialisme. C’est une bataille pour les valeurs qui se joue et qui croit combattre la réaction en niant le principe même de valeurs ne fait que servir le libéralisme… Un libéralisme qui n’est pas qu’économique, mais est également moral, culturel, idéologique.

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Benoît XVI sur l’Église catholique et la dégénérescence du monde moderne

Le pape « retraité » Benoît XVI a fait une longue lettre publiée au sein de l’Église catholique. Il y explique que celle-ci connaît une attaque venant de ceux qui veulent la moderniser, l’adapter à des mœurs qu’ils considère somme toute comme dégénérées. C’est toute la logique mystique d’une « révolte contre le monde moderne ».

La Gauche historique a un grand point commun avec le catholicisme, et cela la distingue de la gauche post-moderne, post-industrielle. Ce point commun, c’est l’affirmation d’une morale et de valeurs bien déterminées, d’une éthique du quotidien. Ni la Gauche historique, ni le catholicisme ne professent le libéralisme. Ni l’une, ni l’autre n’acceptent le discours libéral-libertaire de déconstruction des normes et des valeurs.

Naturellement, la Gauche historique et le catholicisme ont des visions du monde bien différentes. Mais les deux ont des valeurs et en cela, ils sont opposés à une « modernité » capitaliste faisant de l’individu, de ses caprices, de ses « choix », l’alpha et l’oméga du sens de la vie. C’est pour cette raison que l’Église catholique, comme elle professe un mysticisme, est catégoriquement contre le mariage des prêtres. On ne peut être marié qu’à l’Église comme intermédiaire avec le divin.

Cela semble incompréhensible pour une écrasante majorité de Français, catholiques ou pas. Car les Français sont libéraux et ne comprennent pas que tout ne soit pas relatif. Ils ont accepté les règles culturelles du capitalisme comme quoi tout se vaut. Or, les religions ne sont pas relatives, elles viennent de Dieu, si on accepte leur discours.

Évidemment, il n’y a pas de Dieu, donc ce qui est dit est relatif, car le produit de l’Histoire. Le christianisme a joué un rôle progressiste, le catholicisme d’abord, le protestantisme ensuite. Mais c’est du passé et aujourd’hui on n’en a plus besoin. Beaucoup de gens l’ont compris, même de ceux qui croient en les religions ! Et cette incohérence est un problème, car les religions, de leur côté, maintiennent forcément leur discours.

Pour le pape Benoît XVI, donc, la religion n’est du passé, mais un présent ininterrompu, celui de la révélation, et dans un long texte, il défend le caractère sacré des institutions religieuses. Il formule cela avec lyrisme, refusant toute modification, toute « innovation » comme le disent les musulmans :

« L’idée d’une meilleure Église, créée par nous-mêmes, est en fait une proposition du Diable, par laquelle il veut nous éloigner du Dieu vivant, à travers une logique trompeuse par laquelle nous sommes trop facilement dupés. »

Tout cela ne peut évidemment que perturber les catholiques français. « Abus sexuels, un texte troublant de Benoît XVI », dit d’ailleurs le titre d’un article à ce sujet dans La Croix, le quotidien catholique. Le sous-titre de l’article tente de désamorcer l’affaire :

« Analyse Une revue allemande a publié un texte de Benoît XVI dans lequel le pape émérite semble prendre le contre-pied du pape François sur la question des abus sexuels. »

La Croix ment ici et cherche à masquer le problème en tordant les faits. Ce n’est en effet pas une revue allemande, mais la revue du clergé catholique de Bavière et du Palatinat rhénan. Il y a donc une dimension tout à fait légale à ce texte, publié dans un cadre relevant directement de l’Église catholique romaine.

À cela s’ajoute que le texte est d’un pape « retraité », une sommité théologique. Et il a été bien précisé lors de la parution de l’article qu’il y avait l’accord du pape François pour sa sortie. Les derniers mots du texte sont d’ailleurs :

« À la fin de mes réflexions, j’aimerais remercier le pape François pour tout ce qu’il fait afin de nous montrer, de manière toujours renouvelée, la lumière de Dieu, qui encore aujourd’hui n’a pas disparu. Merci, Saint Père ! »

Il est vrai que le texte fait mal à tous ceux qui tentent de réinterpréter le catholicisme de manière libérale ; le quotidien italien le Corriere della Sera parle d’ailleurs d’un « véritable coup de poing dans l’estomac ». La Croix est même obligé de conclure l’article par un autre pieux mensonge :

« Certains vont toutefois jusqu’à mettre en doute la paternité d’un texte dans lequel ils ne reconnaissent pas la plume habituelle de l’ancien pape qui, à 92 ans la semaine prochaine, leur apparaît plus que jamais sous la coupe de son entourage. »

De tels propos sont risibles pour qui sait que Benoît XVI est l’un des plus grands théologiens catholiques de la seconde moitié du 20e siècle et qu’il a toujours défendu les mêmes positions.

Que dit-il, d’ailleurs, dans le texte, ou plutôt que rappelle-t-il ? Que les affaires de pédophilie qui ont récemment fait scandale dans l’Église romaine, où l’on s’aperçoit toujours plus que c’est une forme de violence s’exprimant de manière récurrente dans le clergé, auraient des sources extérieures à l’Église. Il ne va pas dire le contraire, puisque pour lui tous les problèmes viennent du monde matériel et toutes les solutions du monde spirituel. L’Église étant une forme spirituelle, elle est donc intouchable.

Tous les problèmes sont attribués par Benoît XVI à une dégénérescence, le monde moderne en étant son expression la plus complète. C’est pour cela qu’il faut rétablir la Gauche historique et dénoncer la décadence. Il n’y a que trois interprétations : le « monde moderne » est bien car libéral, le « monde moderne » est mauvais car dégénéré, ou bien la société capitaliste est décadente. Le libéralisme et le conservatisme sont d’ailleurs une image inversée l’un de l’autre ; seule la vision socialiste dépasse réellement le capitalisme.

Et, donc, Benoît XVI attaque la dégénérescence. D’où ses dénonciations de la « révolution sexuelle » apparue dans les années 1960, l’hypersexualisation mercantile qui s’est développée, jusqu’à la pornographie, et qui aurait contaminé des pans entiers de l’Église, dans la mesure où il y aurait des propositions de « s’adapter » au monde moderne.

Un exemple notamment mentionnée est le manifeste de Cologne de 1989, signé par des centaines de théologiens allemands, autrichiens, suisses et néerlandais. Un autre est la formation, qui n’est nullement un secret, de clubs homosexuels à l’intérieur de l’Église, menant une très importante guerre d’influence. Le pape François en a également parlé.

C’est que le conservatisme ne peut pas tenir face au libéralisme, effectivement. La religion catholique étant un mysticisme avec un clergé censé être « pur », il y a forcément une contamination par la décadence. Et effectivement, s’il y a davantage de pédophilie dans une société capitaliste en pleine décadence, alors cela se reflète d’autant plus dans une structure comme le clergé catholique avec ses mœurs anti-naturelles.

En fait, Benoît XVI a raison, sauf qu’il croit voir une dégénérescence alors que c’est une décadence, et il croit voir en l’Église quelque chose de pur qui pourrait tenir le choc, alors qu’en réalité c’est une relique du passé, condamnée à être balayée. En ce sens, l’anticléricalisme primaire résumant la pédophilie à l’Église est fondamentalement erroné. Il faut dénoncer la pédophilie en général, et bien voir qu’elle s’étend dans l’Église en particulier, de par ses mœurs mystiques par définition délirantes.