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Fiasco de la grève nationale du 29 septembre 2022

Le misérabilisme ne paie pas.

Prise avec Lumia Selfie

La société française ne sort pas de sa léthargie, et il ne faudra évidemment pas compter sur la CGT pour faire bouger les choses. Ce vendredi 29 septembre 2022, une énième « mobilisation interprofessionnelle pour les salaires  » était ainsi organisée dans le pays, avec un résultat pathétique.

On ne trouvera d’ailleurs aucun décompte sérieux et concret des français grévistes du jour, car on est dans la mise en scène, avec la CGT qui revendique même 250 000 manifestant défilant à 200 endroits en France (le ministère de l’intérieur dit pour sa part 120 000 personnes), ce qui est dans tous les cas extrêmement faible alors que c’est la misère qui est censée se propager à grande vitesse, que le pays est censé être à genoux avec l’inflation, etc.

En réalité, c’est un défilé réactionnaire de plus qui a eu lieu, une marche corporatiste, avec notamment les enseignants, quelques emplois du secteur public tels les personnels de restauration des cantines, les machinistes RATP, qui connaissent traditionnellement une proportion de gens sensibles à l’agitation syndicale.

Ce fut une marche comme il y en a eu un nombre incalculable, avec aucune dimension, ni sur le plan historique, ni sur le plan culturel, ni sur aucun plan d’ailleurs. C’était une grève et ce n’était pas une grève, en fait ce n’était rien.

Pratiquement personne en France ne savait d’ailleurs qu’il devait y avoir une grève ce jour et, pire encore, le soir même, la plupart des français l’ignoraient encore, à moins d’être passé pile à l’heure d’une manifestation dans un centre-ville, d’avoir eu la cantine de ses enfants fermée, ou bien, à Paris, d’avoir vu son bus annulé.

Cela n’empêche pas la CGT d’avoir un discours triomphaliste qui est son fond de commerce :

« Au vu des luttes engagées dans de nombreux secteurs professionnels, depuis des mois, autour de la question des salaires, tout portait à penser que la mobilisation par la grève allait s’amplifier et se généraliser ce jeudi.

Cela s’est vérifié avec des taux forts de grève : dans l’agro-alimentaire, la fédération a recensé près de 400 appels à la grève pour aujourd’hui. Le taux de gréviste allant de 30 à 100% des salariés dans les entreprises de ce secteur, ce représente au bas mot, 50 000 grévistes. »

La CGT propose en ce sens « de poursuivre et renforcer ces mobilisations, sans attendre et dans l’unité la plus large ». C’est la démagogie traditionnelle. En vérité, la CGT est complètement dépassée, coupée de la réalité concrète et quotidienne du pays, totalement hors-sol.

Il n’y a qu’à voir son affiche pour la mobilisation du jour, qui utilise l’écriture « inclusive » décadente des universitaires post-modernes, et qui fait tomber du chapeau la revendication loufoque d’une semaine de travail à 32 heures, d’un SMIC à 2000 euros. Comme si c’était possible de par le rapport de force actuel!

Tout cela ne mène à rien, et ne mènera jamais à rien. C’est un simulacre de lutte des classes, et même un simulacre de lutte tout court. C’est du vide et comme le vide n’existe pas, cela implique que cela joue un rôle néfaste. Cela épuise, cela trompe, cela invalide les luttes.

Bien sûr, il y a la grève dans les raffineries françaises depuis le début de semaine, avec la plupart des capacités de productions bloquées. C’est bien, ou plutôt c’est la moindre des choses dans un des rares secteurs ouvriers ou la capacité d’organisation est encore là. Pour autant, cela ne sort pas du cadre et est tout à fait sous contrôle de la bourgeoisie, il ne faut pas se faire d’illusions là dessus.

Le manque d’envergure, le manque d’ambition, la soumission complète au capitalisme, l’absence totale d’utopie, le refus des valeurs historiques du mouvement ouvrier… tout cela saute aux yeux. Concrètement, il ne se passe rien en France. Il n’y a pas de lutte des classes. Tout est à construire, à re-construire, minutieusement, avec de grandes ambitions, celles de la Gauche historique, celles du Socialisme.

Il faut œuvrer à former cette base – qui seule pourra être à la hauteur de l’Histoire lorsque les choses vont mal, très mal tourner!

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Grève des fonctionnaires le 5 octobre 2021

Le bloc CGT, CGT FO, FSU, Solidaires et FA-FP prennent leurs rêves pour la réalité.

C’est tout à fait exemplaire de comment les mentalités n’ont pas changé malgré la crise, alors que tout a changé. Les syndicats, n’existant concrètement que par la fonction publique, s’imaginent encore et toujours les seuls protagonistes sociaux. Il n’y a toujours pas d’effort vers les travailleurs du privé (sans parler des usines), ni de considérations culturelles et politiques (et ce alors que la Droite et l’extrême-Droite vont ici de succès en succès).

Les syndicats se permettent même de dénoncer la vaccination obligatoire, se plaçant ainsi en porte-à-faux avec la société et les gens les plus conscients à Gauche. Mais quand on dit les syndicats, on ne parle pas de la CFDT (qui assume de ne pas être contestataire et qui est désormais le premier syndicat en France) ni de la CFE CGC (qui regroupe les cadres) : ceux-là en profitent pour rester à l’écart et gagner des points.

C’est exemplaire d’un panorama avec des réformistes-modernistes concrets et non hors-sol, et des contestataires qui ont une portée utopique mais sont totalement déconnectés et finalement simplement corporatistes.

Voici le communiqué :

« Les organisations syndicales représentatives de la Fonction publique CGT, FO, FSU, Solidaires et FA-FP appellent l’ensemble des fonctionnaires et agents-es publics à cesser le travail le 5 octobre 2021 et à participer aux mobilisations organisées avec le secteur privé.

Subissant depuis des années des politiques publiques d’austérité qui ont dégradé considérablement leurs conditions de travail et leur pouvoir d’achat, les fonctionnaires et agents-es publics s’inscrivent dans les revendications portées sur le plan interprofessionnel, notamment :

• l’augmentation générale des salaires par la revalorisation du point d’indice et l’amélioration de la grille indiciaire, ainsi que des mesures fortes pour gagner l’égalité professionnelle,

• l’arrêt des suppressions de postes et des recrutements partout où c’est nécessaire,

• l’abandon du projet de loi 3DS, des restructurations et le maintien et le développement de services publics de proximité,

• l’arrêt des emplois précaires et la mise en place d’un plan massif de titularisation et/ou de CDIsation,

• l’engagement que la réforme portant sur un régime universel des retraites ou la remise en cause des régimes spéciaux est abandonnée.

Tout en réaffirmant que la priorité doit être à la mise en œuvre des moyens indispensables pour protéger la santé de la population et des salariés-es en particulier, dont fait partie aujourd’hui la vaccination à laquelle chacun doit pouvoir accéder, nous rappelons qu’il est inacceptable de sanctionner un-e agent-e sur un plan professionnel au regard de choix personnels, le tout sans possibilité de débat contradictoire par la saisine des CAP ou CCP.

C’est pourquoi, nos organisations refusent toute suspension des agents-es et interruption de leur rémunération et demandent le retrait de cette disposition du projet de loi.

Elles revendiquent davantage de moyens pour la santé et l’hôpital public et, globalement, des budgets 2022 en rupture avec les politiques d’austérité.

Face à un Président de la République et un Gouvernement qui continuent de faire la sourde oreille aux revendications portées par les organisations syndicales des travailleurs-euses, il est temps de nous faire entendre !

Nos organisations syndicales apportent leur soutien à toutes les mobilisations en cours notamment à l’Éducation nationale le 23 septembre prochain [l’appel date du 17] et en solidarité avec les retraités-es le 1er octobre 2021, processus de lutte qui doivent converger le 5 octobre prochain.

Ensemble, public, privé, soyons solidaires et prenons notre destin entre nos mains !

En grève et aux manifestations le 5 octobre 2021 ! »

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Comment les ouvriers de Knorr de Duppigheim ne sont volontairement pas rentrés dans l’Histoire

Qui plus est, pour pas grand chose.

Le mois d’août a été marqué par l’impressionnante déferlante des anti-pass. Mais il y a également eu un épisode pathétique qui reflète d’un échec historique, alors que tout aurait pu se passer bien différemment. Les ouvriers d’une usine alsacienne de Knorr auraient pu être le fer de lance de la classe ouvrière en France, mais ils ont décidé que non.

Ils auraient pu déclencher une grève dure, qui aurait été un symbole national, qui aurait littéralement levé le drapeau de la révolte ouvrière. Ils seraient rentrés dans l’Histoire. Ils ont préféré s’effacer devant Unilever.

Knorr appartient en effet à Unilever, qui est un géant de l’agroalimentaire. Il n’y a dans ce secteur que Nestlé, PepsiCo et la Coca-Cola Company qui soient devant. Unilever, c’est plus de 50 milliards de chiffre d’affaires, dont quelques uns en France. Ce sont les marques Amora, Maille, Monsavon, Rexona, Cajoline, Omo, Miko, Ben & Jerry’s, Persil, Lipton, etc.

Et donc, Knorr. Seulement voilà, en mars 2021, Unilever a décidé de délocaliser l’usine française de Knorr, vers la Pologne et la Roumanie (et en partie un sous-traitant en Bretagne). Cela met sur le carreau 261 travailleurs de Knorr, sans compter les intérimaires et les sous-traitants, soit un millier de personnes.

Alors il y a eu des protestations, des manifestations, une pétition avec 20 000 signataires, disant notamment cette chose étrange et révélatrice :

« Les soupes Knorr sont fabriquées en Alsace depuis 1953, tout d’abord à Illkirch-Graffenstaden puis, depuis 1983, à Duppigheim. Ces soupes font partie du patrimoine culinaire français. »

On comprend le problème : il n’y a pas de lecture de classe, seulement des considérations sur « l’emploi », le « savoir-faire », etc.

Un tract tente même le coup de l’argument de la pollution… C’est dire si vraiment l’affrontement a été refusé. Tout a été fait pour ne pas dire : sale capitaliste, on refuse ta restructuration, tu vas t’écraser.

Unilever a donc fait ce qu’elle voulait, car le capitalisme n’en a rien à faire des états d’âme.

Il fallait cogner, il fallait frapper. Mais les ouvriers de Knorr n’ont pas voulu le faire. Ils se sont tournés vers le plan de sauvegarde de l’emploi, début août 2021, avec la veille de l’acceptation, une petite initiative intersyndicale.

Comme déjà dit, c’est une mauvaise chose du point de vue de la classe, mais pour des travailleurs sans conscience de classe et devant se débrouiller avec leur vie, payer les crédits, ne pas se retrouver dans une situation intenable marquée par des divorces… cela a une certaine dignité.

Les ouvriers de Knorr n’ont cependant gagné que des miettes. Et là on se dit : le refus de la lutte, la destruction du tissu social, mais en plus, pas grand chose sur le plan individuel ?

Le plan social pour l’emploi consiste en effet en six mois de salaires bruts et 2 000 euros par année d’ancienneté. C’est une blague. Et encore Unilever avait proposé initialement 1 800 euros par année d’ancienneté !

Pour rappel, le plan social pour l’emploi chez Bridgestone, c’est 46 500 euros au total en fixe, plus 2500 euros par année d’ancienneté.

50 000 euros… on comprend que pour des travailleurs, alors que rien n’est acquis dans une situation sociale où il n’y a pas d’impulsion collective, cela se discute sur le plan individuel. On peut refaire sa vie, plus ou moins, surtout si la somme grimpe avec l’ancienneté.

Mais 10 000 euros, 15 000 euros, même disons 20, 25 000… on ne va pas loin. C’est tout de même plus que très peu pour collaborer à la toute-puissance des grandes entreprises, pour contribuer à la désertification locale, pour refuser d’aller à l’affrontement au nom – au moins – de la dignité du travail…

Que les ouvriers de Knorr ne veuillent pas faire une assemblée générale, occuper l’usine et y hisser le drapeau rouge, affronter les forces de répression dans la violence… on peut le concevoir.

Qu’ils choisissent la corruption par le capitalisme, on peut même le comprendre historiquement, malheureusement. Mais six mois de salaires bruts et 2 000 euros par année d’ancienneté à Unilever, qui brasse des milliards ?

Alors évidemment, il y a pour les 261 travailleurs un congé de reclassement rémunéré, un budget de formation, au total les indemnités s’élèveront à davantage, etc. Mais il ne faut pas se voiler la face : les ouvriers français sont complètement à la ramasse. Pour preuve, le 5 juillet, les ouvriers de l’usine Knorr avaient assigné leur ancien patron au tribunal judiciaire de Strasbourg, pour entrave au bon fonctionnement du conseil social et économique.

Les ouvriers français croient en le capitalisme, ils se donnent dans leur travail, ils n’ont aucune lecture de classe, ils veulent juste une meilleure répartition et qu’on les laisse tranquille dans leur vie privée. D’ailleurs ils sont souvent propriétaires de leur logement. Pour eux un licenciement est une trahison, au sens privé, au sens personnel. Cela ne relève pas de la lutte de classes pour eux.

Mais, franchement, si des ouvriers ne sont même pas capables d’affronter Unilever, qui a fait 5,6 milliards d’euros de bénéfices en 2020… alors quand vont-ils bouger?

Où vit-on ? Dans un pays où le capitalisme a gagné ?

Eh bien oui, et qui dit autre chose ment. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire. Mais en tout cas cela veut dire que tout reste à faire, effectivement…

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Une triste fin de la grève à la raffinerie de Grandpuits

La grève se termine par un accord syndical conforme aux exigences du groupe Total. Voilà ce qui se passe quand on choisit les syndicat, OXFAM et Greenpeace au lieu du peuple.

C’est une des grèves les plus combatives de ces derniers temps, une grève pour laquelle beaucoup de monde s’est mobilisé. Et pourtant on n’y comprend rien du tout quand on s’y intéresse.

Il faut dire qu’il y a tous les ingrédients pour que les gens ne comprennent rien : des décisions purement syndicales d’un côté, le refus de la politique de l’autre. C’est à croire que tout a été fait pour qu’il n’y ait pas d’espace démocratique.

Essayons d’expliquer les choses simplement. La chose est ainsi faite qu’il y a bien eu une assemblée générale de la raffinerie Total de Grandpuits en Seine-et-Marne. Et c’est elle qui a décidé de la fin de la grève commencée il y a un mois et demi.

Une assemblée générale, c’est la démocratie des travailleurs dans une entreprise. Là, on se dit, soit, il y a une expérience de démocratie de la part du peuple travailleur. Peu importe les choix effectués, c’est très bien historiquement.

En pratique, par exemple, Total avait fait du chantage. La multinationale française a dit : attention, si vous n’arrêtez pas la grève, il y aura un recul sur les mesures sociales d’accompagnement concernant les 150 personnes qui vont être mises de côté.

Les travailleurs peuvent considérer qu’il ne faut pas perdre cela. C’est bien compréhensible !

Sauf que ce n’est pas aussi simple. Déjà, l’assemblée générale n’en a pas été une. Les travailleurs non grévistes… n’avaient pas le droit de vote. C’est le contraire de la démocratie populaire.

Ensuite, l’assemblée générale a été à la remorque de l’intersyndicale, qui se chargeait de négocier. L’assemblée générale n’a donc pas été une assemblée générale, mais une caisse d’enregistrements de la part des grévistes. Elle n’a pas fait vivre la démocratie du peuple.

Avec une telle approche, inévitablement à un moment donné la majorité tente de s’en sortir autant que possible, sans envergure. On surveille les négociations, on valide tel ou tel point de vue. Mais à un moment on se retire. Et, donc, la majorité des syndicats a accepté le Plan social pour l’emploi négocié syndicalement, et à l’assemblée générale ils se sont précipités pour faire passer la chose.

C’est inévitable vue la démarche. D’ailleurs, c’est Total et la CFDT qui ont annoncé la fin de la grève ! Ce qui veut tout dire.

On notera encore une fois le rôle de la CFDT dans son accompagnement moderniste de la restructuration capitaliste. La CFDT disait en septembre 2020 :

« TOTAL GRANDPUITS – GARGENVILLE : La CFDT n’acceptera aucune suppression d’emploi » !

En pratique, Total maintient cependant son plan tout en prévoyant divers plans et options et promesses pour les 150 salariés mis de côté, ainsi que les 300 travailleurs des sous-traitants voisins. Quant aux garanties, il n’y en a pas. La CFDT a un rôle d’agent de la restructuration dans les rangs des travailleurs.

Parmi les autres syndicats signataires, on a la CGT-Force Ouvrière et la CFE-CGC. Mais pas la CGT. Cela ne veut nullement dire que la CGT soit opposée à la restructuration, comme l’exposent ses soutiens d’ultra-gauche, notamment certains courants trotskistes qui n’ont cessé de présenter la grève de Grandpuits comme exemplaire.

En réalité, la CGT est simplement sur une ligne conservatrice, de type industrialo-nationaliste, avec comme base ceux qui ont profité grassement des accords syndicaux dans les entreprises.

D’ailleurs, que dit la CGT ? Elle considère ainsi que le Plan social n’est pas très clair et qu’il faut voir ce que va en dire la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. Elle aurait préféré quinze jours de grève en plus.

Cela n’a pas de sens. Prétendre que la victoire peut encore sortir d’un tour de passe-passe administratif, c’est démobiliser. Il aurait mieux valu reconnaître la défaite, cela aurait eu plus de sens, pour tracer un bilan et tenter de relancer un prochain tour.

Mais il est vrai que les syndicats ont absolument tout fait rater à tous les niveaux, ce qui est inévitable. Au lieu d’avoir eu un pack avec tous les travailleurs unis par une assemblée générale, on a des syndicats négociant « au mieux » et avec un refus de mobiliser les masses.

D’où le scénario absurde du mardi 9 février, d’ailleurs. Ce jour-là une centaine de salariés de la raffinerie sont allés protester devant le siège de Total à La Défense. Tout cela donc alors que le Plan social pour l’emploi était en même temps validé !

Et la CGT, qui n’est pas en force à la raffinerie (c’est la CFDT qui l’est), s’est mise en tête, afin de renforcer artificiellement la lutte, de s’allier… à Greenpeace. Celle-ci accuse la multinationale française Total de « greenwashing » : Total ne serait pas vraiment écologiste dans sa démarche choisie et il faudrait donc soutenir la CGT à refuser le démantèlement de la raffinerie au profit d’une usine de production de biocarburants et en une usine de production bioplastiques, avec une usine de recyclage plastique et une centrale photovoltaïque !

Cela ne doit pas surprendre pourtant. Greenpeace, c’est une association multinationale à la stratégie opaque (clairement indirectement lié à certaines grandes puissances), au budget de 350 millions d’euros d’ailleurs.

Mais ce n’est pas tout. Le 9 février, on avait donc à La Défense le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard… mais également Cécile Duflot, ancienne ministre EELV du logement et maintenant à la tête de l’ONG Oxfam France.

Oxfam est une ONG multinationale contre la pauvreté, enfin une ONG très britannique, qui a un budget annuel de… plus d’un milliard d’euros.

À un moment, il ne faut pas être idiot : ce n’est pas pour rien que des ONG anglo-saxonnes aident un syndicat à mettre des bâtons dans les roues de Total, une multinationale française (dont le président vient d’ailleurs d’annoncer un changement de nom, ce sera désormais TotalEnergies).

Ces associations richissimes, soutenus à coups de millions par des organismes divers et variés, soutenus par les médias, relèvent du grand jeu du « soft power » des capitalistes. Ne pas voir cela, ce n’est rien comprendre au capitalisme et à ses jeux par la bande.

Alors, demandons-le : quel rapport avec la lutte des classes ? Où est la compréhension de la restructuration capitaliste ? Où est le refus catégorique de toute autre décision que la garantie de l’emploi de tous les travailleurs, y compris ceux des sous-traitants ?

On parle de Total, une entreprise richissime, et on est pas capable de demander cela, en 2021 ?

Et ce n’est pas une question (simplement) de morale, de politique. C’est simplement que face à un monstre comme Total, toute autre position ne fait pas le poids. Cela va être une machinerie qui va clairement diviser les travailleurs et les briser. Toute autre position que la lutte, c’est accepter le broyage ! On ne combat pas une restructuration autrement que par le conflit à la bonne intensité !

Et quand on fait une assemblée générale, on ne confère pas les pouvoirs à l’intersyndicale, les syndicats s’effacent, devant la démocratie pour tous les travailleurs, grévistes ou non.

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La grève à Total Grandpuits: exemplaire, mais erronée face à la restructuration

La grève à Total Grandpuits est très combative et dispose de nombreux soutiens, mais en se calibrant sur un plan erroné, l’approche syndicaliste conduit à la défaite. Face à une restructuration, il faut être à la hauteur ou se faire écraser.

Grandpuits est une petite commune de mille habitants en Seine-et-Marne, à une soixantaine kilomètres de la capitale. On y trouve l’une des huit raffineries de pétrole brut en France métropolitaine ; le pétrole vient depuis Le Havre au moyen d’un pipeline.

Total a décidé de la fermer, pour la remplacer par une usine d’agrocarburants et de bioplastique. C’est une bonne chose, sauf que cela ne procède pas d’une orientation écologiste en soi : cela relève d’une restructuration capitaliste. Cela se fait donc par définition aux dépens des travailleurs.

La nouvelle usine n’emploierait que 250 personnes au lieu de 450, alors que 500 travailleurs relevant de la sous-traitance resteraient sur le carreau. Ce qui fait qu’il y a les possibilités suivantes :

– capituler en acceptant tout ;

– négocier la capitulation ;

– lutter pour que rien ne change ;

– lutter pour se mettre à la hauteur de la restructuration en l’acceptant mais en faisant en sorte que ce soit les capitalistes qui la paient.

La dernière option est naturellement la bonne. C’est la seule à la hauteur des enjeux. Malheureusement, la grève de Grandpuits a choisi a la 3e option, qui ramène en fait à la seconde.

Il y a ainsi une mobilisation, avec une grève commencée le 4 janvier, un barrage filtrant bloquant l’accès à la raffinerie, le blocage de la mise en place des échafaudages destinés au démantèlement de l’usine. Il y a des soutiens de partout, une caisse de cotisation. La combativité est exemplaire.

Mais le mot d’ordre c’est que rien ne doit changer. C’est la vision syndicaliste du monde qui a triomphé. Et là c’est la défaite assurée.

Le dirigeant de la CGT, Philippe Martinez, est passé en novembre soutenir les travailleurs à sa manière, expliquant que la situation le passionnait, et pour cause : l’idée est bien entendu de formuler un contre-projet à celui de Total. Ce contre-projet, qui sera rendu public dans quelques semaines, consiste à… maintenir la raffinerie, pour une transition de… 40 ans.

C’est absolument représentatif de la ligne syndicale, qui consiste à vouloir maintenir les choses telles quelles en idéalisant le capitalisme des années 1960-1970 et en maintenant les travailleurs à un plan individuel, en mode gilets jaunes : vivons chacun dans son coin comme avant.

Merguez en mode barbecue et un sapin qui brûle : au 21e siècle, sérieusement?

Philippe Martinez note d’ailleurs :

« On ne peut pas demander à un salarié de sauver la planète si son emploi est en jeu. Dans ce cas-là, il choisira l’emploi. En revanche, s’il n’y a plus de planète, il n’aura plus d’emploi. »

En disant qu’on ne peut pas demander à un salarié de sauver la planète si son emploi en jeu, Philippe Martinez résume absolument tout. Cela se joue sur toute l’étroitesse d’esprit d’ouvriers à la vision du monde petite bourgeoise, incapable de raisonner en termes de classe ouvrière, tellement lessivés par le capitalisme que leur seul horizon est une porte de sortie individuelle, et « après moi le déluge ».

Il suffit, pour le constater amèrement, de regarder le document de lutte mis en avant par les grévistes. Ce dont il est parlé, c’est : des petits commerces, des écoles, de la vie locale, de l’impact sur la vie des grévistes. C’est un raisonnement en termes d’individus. Il n’y a aucune vision du monde, aucun projet de société, aucune mise en avant de valeurs collectives.

[Cliquer sur l’image pour lire le document]

La CGT a compris que cela ne passerait pas dans l’opinion, alors le mot d’ordre, c’est d’accuser Total de greenwashing. Une centaine de manifestants étaient le 26 janvier 2021 devant le siège de Total à la Défense et de la peinture verte a été lancée symboliquement sur le bâtiment. Total ne serait pas vraiment écologiste, c’est en quelque sorte un complot sur le dos des travailleurs!

Qu’est-ce qu’il ne faut pas inventer pour nier la restructuration capitaliste qu’on refuse d’affronter !

Et dans sa démarche, la CGT Grandpuits se la joue écologiste, comme dans ce document du 29 septembre 2020 qui est absolument risible quand on connaît les positions de la CGT au sujet de l’écologie et du capitalisme d’ailleurs.

« A la CGT Grandpuits, nous sommes convaincus de la nécessité e sortir d’un modèle économique structuré autour des énergies fossiles. En revanche, nous savons que, laissée aux grandes multinationales avides de profits, une telle perspective ne pourra jamais advenir, sauf sous la forme de mensonges visant à justifier des attaques contre les travailleurs.

Nous ne pouvons pas laisser la transition écologique aux mains des capitalistes qui détruisent la planète ! »

Pas certain non plus que brûler des pneus soit un gage de crédibilité quant à l’avenir de la planète. Et ce n’est clairement pas Total qui fait du greenwashing, Total fait du capitalisme, Total n’en a rien à faire d’une image verte. C’est la CGT Grandpuits qui fait du greenwashing pour masquer sa volonté que rien ne change, sa volonté qu’on vive comme il y a trente-quarante ans.

Sinon il ne serait pas proposé une reconversion de la raffinerie sur 40 ans, mais l’acceptation de la nouvelle usine en disant : aucune perte d’emploi, organisons les choses pour cela et Total paiera tout.

La restructuration – car c’est cela dont il s’agit – ne sera pas payée par les travailleurs, mais par le capital !

Sauf qu’évidemment exiger cela c’est vraiment se confronter aux capitalistes, en changeant de plan : on en reste pas à une situation locale, on voit les choses avec de la hauteur et on dit que les capitalistes paieront la restructuration, pas les travailleurs.

Inacceptables pour une CGT qui prétend juste piloter le capitalisme de manière meilleure, parce qu’elle n’est pas pour le Socialisme, et pour des grévistes qui, eux, veulent juste vivre comme avant, parce qu’ils n’ont pas compris les enjeux.

Sauf qu’agir ainsi c’est refuser la lutte des classes et ce sera alors la défaite. Et tous les soutiens, aussi lyriques soient-ils, n’y changeront rien : ce ne sont pas eux qui paieront la facture finale.

Soit les travailleurs de Grandpuits disent : Total doit tout payer de cette restructuration, soit cela sera la défaite. La restructuration est l’actualité, on ne peut pas la nier comme le font les syndicats. Il faut l’affronter. Il faut se mettre à la hauteur de Total : classe contre classe.

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Deux documents de la grève à Total Grandpuits

La ligne des grévistes est de viser le statu quo, pas de se mettre au niveau de la restructuration. La dimension de classe de la restructuration, son existence au niveau de la société toute entière, n’est pas comprise.

Le capitalisme impose une restructuration à Grandpuits. La vie des gens en est bouleversé. Les deux documents exposent les conceptions des travailleurs combatifs et déterminés, mais qui réduisent la problématique à une question locale, notamment en raison des syndicats.

On est ici très loin d’une compréhension de la dimension de la restructuration, qui est celle de l’ensemble de l’affrontement entre la bourgeoisie et les travailleurs. La question n’est pas l’emploi à Grandpuits, mais : qui paiera la restructuration à Grandpuits ?

En refusant de se placer au niveau du capitalisme lui-même, au niveau de la restructuration, les travailleurs ne verront pas les forces mises en branle et ne sauront pas répondre de manière adéquate dans la bataille.

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La CGT industries chimiques appel à la grève le 16 juin

Voici le communiqué de la Fédération nationale des industries chimiques – CGT appelant à la grève le 16 juin :

« DES MILLIARDS POUR LES PATRONS…
…DES MILLIERS DE LICENCIEMENTS POUR LES TRAVAILLEURS

Le jour d’après est arrivé !

Le gouvernement Macron sort l’arrosoir à milliards pour les entreprises : Après le secteur bancaire, les secteurs aéronautique et automobile voient arriver les milliards de fonds publics, dont le gouverneur de la Banque de France rappelle « qu’il faudra les rembourser » (entendez par les contribuables).

Ces milliards serviront à diminuer le temps de travail ? À augmenter les salaires ? À embaucher ? Non ? Au moins à maintenir l’emploi ?

Non, ils sont distribués sans aucune garantie. Les annonces fumeuses du banquier de l’Élysée sur des « contreparties » de relocalisation désignent des projets déjà engagés.
Il faudrait ainsi accepter de devoir payer plus d’impôt pour continuer de gaver les actionnaires pendant que les patrons décident la fermeture de sites et d’activités chez Renault, Airbus, ainsi que dans toute la chaîne de sous-traitants, en particulier dans les industries de la plasturgie, du caoutchouc, de la chimie ?

Ce n’est pas en demandant plus d’argent à l’Union Européenne pour le « social » qu’on va convaincre les patrons de renoncer à leurs marges. La valeur est créée par le seul travail, la période de confinement nous l’a rappelé clairement.

Cette crise n’a absolument pas été créée par le coronavirus, qui n’a pas contaminé un organisme sain mais un organisme déjà au bord du gouffre. Ainsi, le PIB avait déjà reculé de 6% au premier trimestre, alors que le confinement n’a démarré que mi-mars.

Si on a manqué de masques, de gel, de respirateurs, de places d’hôpitaux, provoquant trois fois plus de morts en France qu’en Allemagne pour un nombre de cas comparables, c’est que l’industrie a été détruite dans notre pays. Oui pour mémoire, il y a un lien direct entre emploi industriel et emploi de service, y compris public !

Nous avons besoin d’une reconquête industrielle, non pas à la sauce patronale, à savoir le productivisme polluant, mais une industrie utile, répondant aux besoins sociaux et écologiques.

Pour imposer une autre société que la simple réinitialisation de l’ancienne, avec ses actionnaires qui décident « où » et « quoi » est fabriqué, avec pour seule boussole le profit, les travailleurs doivent agir !

La Fédération Nationale des Industries Chimiques appellent ses syndicats à ne plus attendre !

Nous devons dès à présent engager une bataille difficile, une bataille longue mais nécessaire : celle qui concerne notre avenir !

Si nous voulons vivre dans une société où le personnel hospitalier continue de gagner cinq fois moins qu’un présentateur météo à la télévision, alors ne faisons rien. Restons confinés ! Contentons-nous d’applaudir aux balcons à 20h et laissons les locaux de la CGT fermés dans les entreprises, dans les départements et à Montreuil !

Mais si nous voulons que le monde de demain ressemble à une société de fraternité, d’égalité et de liberté, alors notre devoir est de nous engager dans la lutte.

APPEL GÉNÉRAL À LA GRÈVE !

Le 16 juin, la FNIC-CGT appelle ses syndicats, les travailleurs à cesser le travail dans toutes les entreprises.

Tous ensemble, les travailleurs doivent s’unir pour imposer une autre alternative à la guerre économique et au désastre social et écologique.

16 JUIN : TOUTES ET TOUS EN GRÈVE ! »

 

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Retraites: les syndicats en mode «repeat»

Une nouvelle « journée d’action » syndicale avait lieu ce jeudi 6 février 2020 contre la réforme des retraites. C’est toujours le même ronronnement, avec des défilés dans les grandes villes, une grève que personne ne voit depuis que les transports parisiens circulent et des syndicats qui bombent le torse en prétendant que la mobilisation est massive.

 

Il a fallu attendre 21h30 pour avoir le communiqué de l’intersyndicale CGT, FO, SOLIDAIRES et FSU (ainsi qu’UNEF, UNL, FIDL et MNL) : c’est que les débats ont dû être bien longs et compliqués à Montreuil hier soir après cette nouvelle journée de manifestation désormais routinière.

Les syndicats doivent en effet être bien ennuyés : d’un côté ils ont une base petite mais solide d’au moins 121 000 personnes, ainsi que le soutien tacite d’une grande partie de la population, de l’autre il ne se passe absolument rien et, au fond, tout cela n’intéresse personne. Mais hors de question de se remettre en cause pour autant. Le choix a donc été fait de garder le doigt appuyé sur le bouton « repeat », en espérant qu’à force de dire qu’il se passe quelque-chose la prophétie s’auto-réalisera.

On apprend donc comme d’habitude que « le rejet de la réforme et la détermination d’obtenir le retrait sont intacts et se propagent de manière inéluctable » et qu’ils sont « persuadés que cette mobilisation inédite, historique, vaincra ».

L’intersyndicale n’hésite pas à mentir éhontément pour appuyer son propos :

« Chaque semaine et ce depuis le 5 décembre, des A.G se multiplient sur les lieux de travail, dans les lycées et universités malgré les diverses pressions. »

De la même manière, la CGT explique dans son propre communiqué d’hier de manière surréaliste que :

« Ce sont plusieurs centaines de milliers de manifestants, dont une grande partie d’entre eux étaient en grève (portuaires et dockers, salariés de la Tour Eiffel nécessitant une fermeture du site, salariés des incinérateurs de déchets de l’Ile de France…) qui se sont rassemblés partout en France, dans les grandes villes comme les plus petits bourgs. »

Philippe Martinez avait d’ailleurs prétendu de manière délirante hier matin, face caméra :

« dans l’agroalimentaire par exemple, les jours de mobilisation interprofessionnelle, on dépasse les 100 000 salariés en grève ».

Peu importe si les chiffres de la participation aux manifestations n’ont rien d’extraordinaire (la CGT ne donne pas de chiffre national, le police parle de 121 000 personnes hier), que personne n’a remarqué que le pays est en grève : ce qui compte est de prétendre qu’il se passe quelque-chose.

Le leader de la CGT Philippe Martinez avait de toutes façons déjà dit la messe en début d’après-midi en tête du cortège parisien :

« La mobilisation est là. Ceux qui refusent de la voir doivent ouvrir les yeux ».

On a appris également que l’intersyndicale entendait s’organiser pour pourrir la journée internationale des femmes le 8 mars avec leur ronronnement syndical. Les femmes « seraient les plus grandes perdantes avec ce projet de loi », alors ils se sont dit qu’il y a peut-être là une opportunité et ils appellent donc à faire quelque-chose.

D’ici là, « une nouvelle journée de convergence, de grève et de manifestation » est appelée par l’intersyndicale pour le 20 février, dans 15 jours.

Une « contre-conférence » est également prévue pour le mois de mars, pour faire des propositions concrètes sur la question des retraites, en s’imaginant peut-être avoir l’appui du Conseil d’État, qu’ils n’arrêtent pas de mettre en avant depuis quelques jours. C’est que, toujours plus rejetées et ignorées par la bourgeoisie qui n’a plus besoin d’elles, les organisations syndicales remuent ciel et terre pour se rendre indispensable et avoir leur place dans la cogestion du capitalisme, comme avant.

Tout cela est vain ! Leur tour est passé, comme le prouve leur incapacité à mobiliser contre la réforme de retraites. C’est la lutte de classes qui va reprendre ses droits, sans eux, contre eux, comme en mai 1968, comme en 1936. C’est la politique, assumée par la Gauche historique affirmant le Socialisme, qui sera alors sur le devant de la scène, portée par la classe ouvrière et la jeunesse.

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Début février 2020: mais où est la grève?

Les syndicats, CGT en tête, nous ont promis monts et merveilles. L’ultra-gauche voyait même se pointer la crise de régime. En ce début février 2020, on peut constater cette simple chose : la mobilisation contre la réforme des retraites s’est fracassée sur la réalité du quotidien de la société capitaliste, entre indifférence et corporatisme bien calculé. Il n’y a pas que les patrons qui ont peur de la lutte des classes, les gens en ont tout autant peur.

Il ne s’agit nullement d’être pessimiste, bien au contraire. Tout mouvement populaire de lutte, même défait, apporte des enseignements aux gens. Ce qui est dommage ici, c’est que la défaite était prévisible et qu’à aucun moment, les syndicats n’ont cherché à se remettre en cause pour essayer de débloquer la situation.

On dit souvent à Gauche, dans le mouvement ouvrier, que les patrons ont peur de la lutte des classes. Que le drapeau rouge fait trembler le bourgeois. Mais c’est vrai également des gens. Les gens ont la trouille. S’il fallait définir la mobilisation contre la réforme des retraites, on doit dire qu’il s’agit aussi d’une mobilisation contre la mobilisation.

C’est une lutte conçue par les gens comme un moyen de ne pas lutter. Tout a été fait pour contourner la lutte des classes et on le voit très bien à ces signes qui ne trompent pas. Comme au moment des gilets jaunes, le capitalisme n’a pas été critiqué, pas plus que la bourgeoisie n’a été mentionnée.

On a une critique « anticapitaliste » qui affleure parfois, mais cela n’a rien à voir avec l’affirmation du Socialisme et du principe d’une société avec une hégémonie à tous les niveaux de l’esprit collectif. Les gens protestent parfois contre le capitalisme, car le capitalisme leur semble mal fait, ou parce que le capitalisme les dérange, ou bien même les agresse.

Mais ils ne veulent pas s’en débarrasser. Ils ne considèrent pas qu’ils sont aliénés, exploités. Tous pensent qu’ils peuvent tirer leur épingle du jeu dans le capitalisme. Tous pensent que le capitalisme est stable, qu’il va continuer comme avant, avec moins de droits certainement, mais sans changement en ce qui concerne le quotidien.

Les gens sont heureux de consommer sans recul, de se procurer le dernier matériel technologique mis à la disposition du public, de regarder des émissions de divertissement aussi stupides que les films hollywoodiens, de partir en vacances en se comportant comme de simples touristes.

Et ceux qui ne peuvent pas, parce qu’ils sont marginalisés socialement – et ceux-là forment une minorité de la société – ne rêvent que d’une chose : vivre comme les autres. La teneur du rap montre très bien quel est le degré de corruption qui prévaut.

Aucun régime n’est jamais menacé par des gens avec une morale aussi faible, une capacité d’engagement d’une faiblesse inouïe et la plupart du temps inexistante. L’extrême-gauche est composée de la petite-bourgeoisie intellectuelle, le monde associatif est sous contrôle de l’esprit bobo de manière complète, les ouvriers ne font rien ou, quand ils agissent, se placent au mieux de manière passive sous les ordres syndicaux.

Le niveau démocratique des masses est ce qu’on doit qualifier de catastrophique. Qui ne part pas de là vit dans un fantasme et est en total décalage avec la réalité de la société française. Est-ce à dire qu’il n’y aura rien ? Pas du tout et au contraire, car la lutte des classes se produit malgré les prolétaires s’il le faut. Mais qu’on s’imagine quel traumatisme cela va être quand la lutte des classes va reprendre ses droits, quelle fracture cela va être dans une société paralysée depuis les années 1960.

L’enfantement de l’époque qui s’ouvre va être terriblement douloureux.

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29, 30 et 31 janvier: le coup d’épée dans l’eau de la CGT

À l’issue de la grève du 24 janvier la semaine dernière, la CGT avait annoncé une nouvelle journée de grève et de manifestation pour ce mercredi 29 janvier suivie de deux jours d’initiatives les 30 et 31 janvier. Ce triptyque n’a rien donné, à part une énième manifestation syndicale mercredi aussi déprimante qu’inutile de part son caractère répétitif et improductif. Pour le reste, il n’y a aucune capacité à se tourner réellement vers les classes populaires dans leur ensemble, ce que la CGT ne sait pas faire (et ne veut pas faire).

Dans un communiqué la semaine dernière, la CGT avait annoncé qu’elle prévoyait pour cette semaine « le renforcement et l’élargissement de la mobilisation » et il devait y avoir des « initiatives les 30 et 31 janvier en direction des populations. »

Qu’a-t-on vu hier et avant-hier à ce sujet ? Rien, absolument rien. Cela n’est même pas un échec puisqu’en réalité la CGT n’envisageait pas de faire quoi que cela soit. Ni sa direction, ni ses bases militantes n’ont pour habitude d’avoir une véritable démarche démocratique en se tournant vers la population concrètement.

Même lors de différentes opérations de blocages, par exemples sur les récurrents blocages de ports autonomes depuis le début de l’année, qui en général ont lieu en amont dans des zones industrielles, les syndicalistes bloqueurs sont incapables de venir échanger avec les prolétaires de la zone, de les convaincre politiquement, de chercher la convergence par la discussion fraternelle. Les bloqueurs se contentent de bloquer dans leur coin, puis lèvent les barrages parfois, sans que personne ne sache jamais ni pourquoi, ni comment.

Cela est dans la nature même du syndicalisme, qui se prétend au-dessus de la politique et pour qui seul l’activisme compterait. La grève générale serait donc un modèle en soi, et il n’y aurait qu’à le suivre, en rejoignant la CGT et en lui signant un chèque en blanc pour qu’elle négocie avec le gouvernement au nom de tout le monde.

Quand on dit « tout le monde » ici, il faut bien voir qu’il s’agit en effet de tout le monde, dans le sens de toutes les couches de la population. La CGT est censée être une expression prolétarienne, s’inscrivant dans la lutte de classe. Mais cela n’intéresse plus la CGT, alors si elle n’a pas le soutien des ouvriers, elle s’imagine qu’au moins c’est très bien d’avoir à ses côtés les avocats, cette corporation bourgeoise.

On avait ainsi le droit mercredi soir sur la page Facebook officiel de la CGT à la célébration d’une stupide chorégraphie d’avocats (reprenant le très viril et brutal « haka » des rugbymen néo-zélandais) pendant la manifestation parisienne, avec le commentaire suivant :

« 👏🏼 Belle scène de convergence ou quand les #AvocatsEnGreve enseignent au cortège #AcauseDeMacron leur Haka ! »

D’ailleurs, les manifestations elles-mêmes ce mercredi 29 janviers 2020 ont été très faibles, tant numériquement que dans le contenu, toujours plus routinier et sans perspective. La CGT n’a même pas donné de chiffre national cette fois (le gouvernement annonçant quant à lui 108 000 personnes contre 249 000 la semaine dernière), se contentant de prétendre que tout va bien :

« Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, MNL, UNL se félicitent de l’importance des mobilisations pour le retrait du projet de réforme des retraites du Gouvernement. Le soutien de la population au mouvement social s’amplifie, des initiatives unitaires sont prises sur tout le territoire, les journées de grèves et de manifestations du vendredi 24 et du mercredi 29 janvier ont encore rassemblé des centaines de milliers de personnes. C’est la preuve d’un rejet massif des propositions portées par le Gouvernement. »

Quant à la grève, elle n’est plus qu’anecdotique, concernant quelques syndicalistes dans certains secteurs, de manière très isolée, avec des coups de force tentés ici et là (par exemple sur l’incinération des déchets en Île-de-France).

La CGT et l’intersyndicale n’ont rien d’autre à proposer qu’une nouvelle journée de grève, sans véritablement de travail destiné à organiser celle-ci, et surtout de nouveaux défilés dans les villes, jeudi 6 février.

Tout cela tourne en rond et ne mène à rien bien entendu, à tel point que les médias finissent pas ne quasiment plus en parler et le gouvernement ne semble même plus y prêter attention. Le Premier ministre vient d’ailleurs d’annoncer sa candidature aux municipales au Havre, cet ancien bastion ouvrier que son prédécesseur avait arraché à la Gauche en 1995. La conférence de financement, cette soi-disant victoire obtenue par la CFDT pour faire tampon et qui a démarré ce jeudi, ne s’avère être qu’un jeu de rôle mettant en scène syndicats et « patronat », sans aucune utilité.

La CGT est en fait tellement faible qu’une telle parade gouvernementale est devenue inutile. La CGT, dont le rôle de pacificateur social est considéré comme désuet par le capitalisme français version 2020, se retrouve maintenant éjectée du cours de l’histoire. C’est à la Gauche de prendre main, pour remettre la lutte des classes sur la table et ouvrir à nouveau la perspective politique du socialisme.

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La Gauche et la question syndicale fin janvier 2020

La grève lancée par les syndicats le 5 décembre 2019 se transforme en échec complet et la question de leur rapport à la Gauche revient logiquement à la surface. La politique reprend ses droits et les points de vue sont assez variés.

Comme la grève a été surtout portée par la CGT, celle-ci est au cœur de l’attention… ou pas. Tout est justement une question de valorisation de celle-ci ou non. Du côté du Parti Communiste Révolutionnaire de France, qui se revendique pour résumer du PCF des années 1960, il n’y a de la place que pour la CGT et si défaite il doit y avoir, c’est en raison de son manque de force. En l’occurrence, c’est la CFDT qui a le mauvais rôle :

« La CFDT n’a donc jamais basculé dans la trahison de classe, puisqu’elle a toujours été une organisation syndicale de collaboration de classe. »

L’idée tient debout, mais paradoxalement l’explication est assez alambiquée. La CFDT est à la base la CFTC, le syndicat chrétien. Mais l’article ne dénonce pas la CFDT comme son prolongement, elle attribue au groupe Reconstruction (qui a impulsé la transformation en CFDT) l’objectif de « créer un syndicat capable de rivaliser et d’écraser la CGT » au moyen de la ligne autogestionnaire. Ce n’est toutefois pas vrai. Reconstruction a toujours assumé à la fois de ne pas être communiste et de ne pas être anticommuniste. La CFDT, ce n’est pas Force Ouvrière (qui elle est ouvertement anticommuniste).

Ce qui compte évidemment toutefois, c’est la dénonciation de la CFDT. C’est une tendance omniprésente du côté de ceux soutenant la CGT. On ne la trouve toutefois pas du côté des anarchistes, qui ont eux vu des tendances intéressantes dans la démarche de la CGT, une sorte de retour aux sources. L’Union Communiste Libertaire y consacre un long article où une circulaire interne de la CGT est même présentée comme le parfait manuel du syndicaliste autogestionnaire. Ce qui revient à dire que la CGT est devenue la CFDT des années 1970. L’article demande même que les sections syndicales soient revivifiés. Il y a beaucoup d’espoir dans une « nouvelle » CGT :

« Dans la CGT, les débats sont ouverts, et ils le sont tout autrement qu’il y a dix ans, si l’on compare la gestion confédérale de Thibault en 2010, refusant explicitement d’accélérer vers la généralisation, et les appels de Martinez en 2020, qui peinent hélas à être suivis. La reconstruction d’un syndicalisme de combat commence aujourd’hui ! »

On a aussi quelque chose d’intéressant avec le dernier éditorial des bulletin d’entreprises de Lutte Ouvrière. Ce mouvement trotskiste a une double tradition : d’un côté rejoindre les syndicats, de l’autre ne pas trop chercher à les mettre en avant. La raison est simple à comprendre : il est considéré que la direction bureaucratique des syndicats est trop pesante et que s’il faut être dans les syndicats, il est nécessaire à un moment de les déborder pour parvenir à quelque chose.

C’est une ligne inspirée du Programme de transition de Léon Trotsky et qui tient également à l’origine de l’organisation, née à Renault d’un comité de grève extérieur à la CGT. Ce mouvement extérieur à la CGT (et au PCF) rejoindra ce qui donnera alors Force Ouvrière. Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis, mais c’est une tradition qui est restée.

Et que voit-on justement ? Qu’il est parlé de « l’exaspération des classes populaires », de la « colère » dans les entreprises privées qui va finir par éclater. L’éditorial a même comme titre « Les travailleurs ont commencé à rendre les coups, il faut continuer ! ». Cependant, l’éditorial ne mentionne pas une seule fois la CGT ! Même le mot « syndicat » n’est pas présent. C’est bien sûr un choix effectué sciemment et il l’est même depuis le départ du mouvement. Il n’y a aucune confiance en la CGT.

Pour résumer, ces trois points de vue sont parfaitement représentatifs des points de vue actuels. Il y a ceux pour qui la CGT doit être renforcée pour maintenir ses positions. Il y a ceux pour qui la CGT s’est lancée dans quelque chose l’amenant à se transformer. Il y a ceux qui n’ont pas confiance en la CGT, car ils n’ont jamais eu confiance en elle de toutes façons.

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L’UNSA-RATP quitte la grève contre la réforme des retraites

Ce samedi 18 janvier 2020, malgré l’absence d’un quelconque recul de la part du gouvernement, l’UNSA-RATP a annoncé sa sortie de la grève contre la réforme des retraites, tout en prétendant aller de l’avant et ne rien lâcher.

Quand on capitule, on ne dit jamais qu’on le fait. On prétend avoir trouvé une nouvelle forme, plus approfondie, radicalement différente, qui apporterait davantage, etc. L’UNSA-RATP, premier syndicat à la RATP, a ici une posture tout à fait classique, surtout chez les syndicats : d’un côté le radicalisme verbal, de l’autre la porte de sortie négociée.

Preuve en est de la prudence du syndicat, les multiples sites et réseaux sociaux liés à l’UNSA se sont bien gardés de diffuser le communiqué de sortie de grève, largement repris par contre par la presse. Il s’agit de neutraliser la position prise, à tout prix, pour sauver la face.

Comme lors de précédents communiqués d’ailleurs, il y a également une précaution précise utilisée, à savoir le fait de se positionner derrière la décision des assemblées générales. C’est évidemment n’importe quoi puisqu’on sait très bien que ces assemblées générales sont, de facto, des intersyndicales, et qu’à la RATP, l’UNSA y est majoritaire…

À cela s’ajoute quelques tournures savamment dosées : « reprendre des forces », « la conviction et la détermination », etc. Puis la patate chaude est remise aux autres syndicats et à l’attente d’un mouvement généralisé à toutes les entreprises du pays. Et on conclut avec un « on lâche rien » qui n’engage à rien.

Maintenant, si l’on va voir l’article du 14 janvier 2020 sur le site de l’UNSA info, intitulé justement pas moins que « Enfin le retrait de l’âge pivot ! Un compromis sur l’équilibre financier permettant d’avancer », on lit la chose suivante :

« L’UNSA avait fait du retrait de cette mesure une condition indispensable avant la tenue de la conférence de financement.
Le courrier du Premier ministre l’indique clairement.
Cette mesure injuste qui aurait dû frapper tous·tes les salarié·es dès 2022 n’est plus d’actualité. C’est une avancée majeure, à mettre à l’actif de la mobilisation et de l’action de l’UNSA.

Les échanges peuvent enfin démarrer. L’équilibre financier, dès 2027 et à long terme, de notre régime de retraites est indispensable. La future conférence de financement doit y concourir et permettre de trouver rapidement un accord engageant partenaires sociaux et gouvernement.

L’UNSA y apportera ses solutions, la pérennité du système de retraite par répartition l’exige.
Parallèlement, sur les autres sujets contenus dans le projet de loi, l’UNSA poursuivra son action notamment auprès des parlementaires et du gouvernement afin d’obtenir les avancées, garanties et compensations permettant plus de justice sociale.

L’UNSA, sur tous les fronts, continue de défendre les salari·é·es

Après le retrait de l’âge pivot par le Premier ministre, Laurent Escure, le 12 janvier, sur RTL, a exposé les préconisations de l’UNSA pour parvenir à l’équilibre financier, dès 2027 et sur le long terme. »

On lit bien : « Les échanges peuvent enfin démarrer », l’UNSA « apportera ses solutions ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire négocier. L’UNSA a d’ailleurs toujours affirmé être un syndicat constructif, de négociation, etc.
L’UNSA RATP pôle traction avait alors refusé de s’aligner sur cette position de l’UNSA nationale.
C’est désormais chose faite. Pourquoi ? Parce que l’abandon de tout conflit réel de la part des syndicats est inévitable. C’est une lutte de classe qu’il fallait, avec des assemblées générales, pas des intersyndicales réduisant le conflit à des points technocratiques perdant tout le monde et isolant le reste des travailleurs.
Que ce soit en 1936 ou en 1968, c’est la Gauche qui a amené le changement, les syndicats étant des courroies de transmission. La centralité syndicale ne peut amener qu’à de l’accompagnement.
L’UNSA-RATP opère désormais à un alignement qui ne dit pas son nom.
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Le ridicule envahissement du siège de la CFDT par une poignée de grévistes

Le siège de la CFDT a été envahi de manière symbolique par des grévistes de la « coordination SNCF-RATP ». Plutôt que de se tourner vers la population de manière démocratique pour élargir la grève, ces gens préfèrent prétendre que tout est de la faute de Laurent Berger de la CFDT.

L’envahissement du siège de la CFDT ce vendredi 17 janvier 2020 est typique des fuites en avant militantes « radicales » qui cherchent des symboles faciles plutôt qu’un véritable ancrage de masse. Ils n’étaient qu’une poignée de grévistes RATP et SNCF à profiter de la sortie d’un salarié du siège pour déjeuner afin de s’infiltrer quelques instants en faisant du bruit, puis repartir avant l’arrivée de la police.

C’est un petit coup de force totalement inutile, mais censée symboliser la dénonciation d’une « petite bureaucratie syndicale ». Pour parfaire la mise en scène, il y a eu une prise de parole au mégaphone avec un gréviste expliquant de manière ridicule que, en grève depuis 43 jours, ils « affament » leurs enfants et ne savent plus comment remplir leur frigo.

Cette personne s’affiche pourtant comme membre du courant « Révolution Permanente » du NPA et est militante Sud Rail ; il sait très bien ce qu’il fait et n’a jamais eu besoin de Laurent Berger de la CFDT pour se mettre en grève.

On peut penser ce qu’on veut de la CFDT et même dénoncer sa ligne, mais c’est ridicule d’affirmer qu’un « mec là-haut » (sous entendu Laurent Berger), déciderait à la place des grévistes de « la suite du mouvement » et négocierait à leur place « la régression sociale. » Ce n’est pas la CFDT qui a initié la grève et qui trahirait tout le monde aujourd’hui ! Ce serait un mensonge de prétendre cela.

La CFDT ne représente quelques-chose que parce que le syndicalisme est très faible et minoritaire en France. Une critique politique de la CFDT est utile évidemment, mais ce n’est aucunement de cela qu’il s’agit ici. On a plutôt un coup de force symbolique et anti-démocratique, consistant à se laver les mains en disant « c’est la faute de la CFDT si la grève ne marche pas ».

C’est trop facile ! Surtout venant d’un militant de Sud Rail, syndicat groupusculaire à la SNCF qui n’a jamais été en mesure de peser sur quoi que cela soit et qui n’en a jamais rien eu à faire du regard de la population sur les grévistes, ni dans cette grève, ni dans les précédentes. Cet envahissement symbolique est typique de cette poignée de grévistes radicalisés s’imaginant l’avant-garde de quelque-chose et exigeant que la population les suive.

Sauf que ça ne marche pas comme cela, et ce n’est en tous cas pas la façon de faire de la Gauche. Quand la CGT, alors liée au PCF, avait un ancrage véritable dans les masses travailleuses, la question ne se posait pas de savoir ce que disaient ou faisaient les autres syndicats. D’ailleurs, la CGT actuelle n’a pas appréciée d’être associée à cette envahissement de la CFDT et l’a fait savoir :

« Quels que soient les désaccords possibles entre organisations syndicales, la CGT ne cautionne pas ce type d’action. Chaque organisation syndicale est libre de son mode de fonctionnement, de son orientation et de ses revendications. »

C’est donc cela l’actualité pour la Gauche : avoir un véritable ancrage dans les masses travailleuses de France, pour mener avec elles un changement de société. Tout le reste n’est que prétention vaniteuse et cela ne peut qu’amener de la rancœur et favoriser le populisme et l’extrême-Droite.

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La mobilisation du 11 janvier 2020 contre la réforme des retraites

Les rassemblements du samedi 11 janvier devaient profiter du week-end pour prolonger en mieux ceux du jeudi précédent. C’est un échec très net, accompagné par le passage de la CFDT dans le camp de la réforme. Alors que la lutte des classes doit précisément se lancer maintenant, elle est tétanisée.

Le grand souci actuel, c’est que les gens qui luttent s’imaginent que parce qu’ils se mettent enfin à faire quelque chose, ils vont vaincre sans péril. Ils ne comprennent pas que leur lutte est encore embryonnaire, faible culturellement, inexistante politiquement. Ils ne voient pas qu’ils ne sont pas en avance et le fer de lance d’une révolte, mais carrément en retard et l’arrière-garde réagissant à un écrasement individualiste de la société.

Les gens mobilisés croient ainsi commencer à gagner… Alors que la lutte réelle ne fait que commencer. Le décalage est total. Et le prix à payer se lit dans l’incapacité à mobiliser au-delà de la base mobilisée.

Il y a eu 149 000 personnes dans les rues le 11 janvier selon le ministère de l’Intérieur, 500 000 d’après la CGT. Dans tous les cas, cela veut dire qu’une partie significative des gens jeudi ne sont pas revenus – rappelons que la CGT avait compté 1,7 million de manifestants jeudi 9 janvier. Cela veut dire aussi que les gens qui ne se sont pas en grève ne se sont pas mobilisés en profitant du week-end.

S’il y avait réellement un élan, il y aurait plus de monde, et surtout une certaine tension sociale. Or, si la majorité du pays refuse la réforme des retraites, il n’y a simplement pas de confiance en les syndicats, CGT y compris. Donc les gens ne sont pas venus, donc les gens ne se mobilisent pas. La base de la lutte, c’est la mouvance syndicale et on ne sort toujours pas de là. Et on n’en sortira pas, car seule la Gauche, dans ses valeurs historiques, peut porter un mouvement de masse, certainement pas « les syndicats ».

Ceux-ci sont pour cette raison obligés de toujours plus basculer dans le syndicalisme révolutionnaire, c’est-à-dire le substitutisme d’une minorité luttant par procuration pour les autres. Voici ce que le dit le communiqué commun CGT – FO – FSU – Solidaires – CFE CGC – MNL – UNEF – UNL :

« Les 9, 10 et 11 janvier les mobilisations auront été d’une grande force. Ce samedi 11 janvier elles ont pris de l’ampleur avec un caractère interprofessionnel et transgénérationnel marqué. »

C’est du syndicalisme révolutionnaire, parce que l’idée est qu’à force de mettre en avant un « mythe mobilisateur », il est espéré que les choses s’auto-réalisent. On dit que la jeunesse est mobilisée aux côtés des plus anciens, que de larges secteurs du monde du travail s’impliquent. On le dit pour faire en sorte que cela arrive, comme par magie. Et on s’auto-intoxique jusqu’à croire à ses mensonges.

Seulement là, le contexte est totalement différent et les syndicats jouent pratiquement à quitte ou double. C’est d’autant plus vrai que l’État, rompu à la gestion des conflits sociaux dans notre pays, a mis en branle le processus d’intégration. La CFDT considère déjà qu’elle a gagné avec la mise de côté de l’âge pivot du projet de loi – une mise de côté pourtant présentée par le gouvernement comme « provisoire ». De plus, comme cet âge pivot pourra être modelé comme le gouvernement l’entend en jouant sur la valeur des « points » accumulés lors du parcours individuel dans le monde du travail.

La vraie question n’est toutefois pas là. Le problème de fond, c’est que les syndicats font partie des institutions depuis cinquante ans et qu’on voit leurs limites : ils ne peuvent rien proposer dépassant le cadre posé par le gouvernement. Ils ne le peuvent pas, ils ne le veulent pas. Ils ne parviennent pas – même quand ils le veulent, c’est flagrant pour les secteurs les plus offensifs de la CGT – à proposer quelque chose de positif.

On est enfermé dans un mode revendicatif rétif à toute politisation, à toute valeur politique, hostile à toute politisation même. On en revient aux mêmes travers des gilets jaunes : l’État est considéré comme les grand gestionnaire de portefeuille de la nation et doit payer, les droits sont considérés comme un privilège individuel et non des conquêtes sociales.

Et les syndicats fonctionnent comme fin en soi ; ils ne se veulent pas vecteurs de la lutte, mais le lieu de la lutte, le lieu d’absolument tout. Voilà pourquoi la démagogie d’extrême-Droite peut continuer à dénoncer la réforme des retraites, alors qu’un mouvement sur une base de Gauche rendrait cela impossible. Les choses vont se décanter… dans un sens ou dans un autre. Rien ne peut rester tel quel.

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Retraites: la «victoire» revendiquée par la CFDT

La CFDT considère qu’elle a obtenu du gouvernement le « retrait de l’âge pivot » et que cela constitue une victoire, conduisant à cesser le mouvement et à se mettre autour de la table pour organiser avec le gouvernement la réforme de la retraite.

On est ici loin de l’esprit de la CFDT qui dans les dix années ayant suivies le mouvement de mai et juin 1968 s’est posée comme une véritable organisation « démocratique » et « représentative » des travailleurs. Ils s’agissait à l’époque d’arriver en quelque sorte au socialisme depuis l’intérieur du capitalisme, via l’autogestion.

C’était alors alors perçu comme un radicalisme dans un contexte où l’extrême-Gauche était forte. La CFDT apparaissant comme une sorte de gauche de la très rigide CGT, organiquement liée au lui-même très rigide PCF, totalement débordé par « mai 68 ». La CFDT revendiquait alors la retraite à 60 ans. Une campagne d’action commune avait par exemple été lancée en ce sens avec la CGT le 1er avril 1971, la revendication n’aboutissant qu’une dizaine d’année plus tard avec l’élection de François Mitterrand.

La CFDT « autogestionnaire » des années 1970 a ensuite opéré un tournant en devenant de plus en plus « réaliste » dans ses revendications. Pour le dire autrement, puisque la norme était l’intégration des travailleurs au capitalisme, via les institutions, il s’agissait d’être les « meilleurs » sur ce plan là. Il s’est agit d’obtenir des choses « concrètes », en jouant la carte de la non-opposition systématique.

Cela a conduit l’organisation à adopter le plan Juppé (qui concernait en partie les retraites) en 1995 puis à signer la réforme des retraites de 2003. En 2020, cela amène la CFDT à se mettre à la table du gouvernement, après en être parti temporairement, en affirmant avoir obtenu quelque-chose d’important.

Voici le communiqué de la CFDT publié hier samedi 11 janvier 2020 suite à une décision du gouvernement :

« La CFDT a obtenu le retrait de l’âge pivot et poursuit son action pour un système de retraite plus juste

La CFDT a pris connaissance du courrier envoyé aujourd’hui par le Premier ministre. Elle salue le retrait de l’âge pivot du projet de loi, retrait qui marque la volonté de compromis du gouvernement.
Dans cet esprit, la CFDT va poursuivre les discussions dans le cadre proposé pour répondre aux interrogations qui demeurent sur le futur régime universel.

La CFDT s’engage pour porter ses revendications : meilleure prise en compte de la pénibilité, de la situation des femmes, sécurisation des transitions, notamment dans la fonction publique, amélioration du minimum contributif, développement de la retraite progressive et amélioration des fins de carrière.

La CFDT s’inscrira également dans la conférence de financement dont elle a proposé le principe. Elle le fera avec l’esprit de responsabilité qui a toujours été le sien et avec l’exigence de justice sociale et de solidarité qui a toujours guidé son action. Elle le fera sans exclure aucun sujet, mais avec le souci de défendre les intérêts des travailleurs et des retraités. »

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Une mobilisation du 9 janvier 2020 sans perspective

Demi-succès, la mobilisation a témoigné d’un engagement certain, mais pas d’un élargissement. Il n’y a ainsi de place pour aucune perspective à part simplement tenir. Comme la lutte des classes avance ou recule mais ne connaît pas de surplace, l’État s’empresse de fermer la parenthèse, avec les matraques et la négociation.

La mobilisation du 9 janvier était très attendue : annoncée bien en amont, elle devait permettre non pas simplement de jauger les forces, mais bien de provoquer un élargissement du mouvement contre la réforme gouvernementale des retraites. Du côté gouvernemental, on espérait un pourrissement.

Les deux camps en sont pour leurs frais. Car d’un côté, les syndicats CGT, FO, CFE-CGC, FSU et Solidaires restent mobilisés, alors que les deux syndicats prêts à négocier, la CFDT et l’Unsa, sont encore de la partie d’une manière ou d’une autre. Il y a eu 200 cortèges dans le pays, 452 000 personnes dans les rues selon le gouvernement et 1,3 million selon les syndicats, la CGT y allant comme d’habitude de la « mobilisation historique » etc. etc. Les chiffres syndicaux sont irréalistes, reste qu’il y avait du monde.

A la SNCF le mouvement a été soutenu au 36e jour de grève, avec 44,2% de grévistes (dont 38,5% au matériel 31,7% à la sûreté, 34,5% au transport, 56,5% au contrôle, 27,8% à l’équipement, 65% à la traction, 35,8% a la circulation). La RATP est restée très perturbée, l’Éducation nationale voit un mouvement important se maintenir, il se passe donc bien quelque chose encore. Surtout que la CGT Energie s’est vraiment lancée et qu’hier le mouvement a bloqué l’équivalent de la consommation électrique de l’Ile de France.

Seulement, il n’y aucune étincelle sociale ou culturelle et aucun mai 1968 à l’horizon. La France continue d’ailleurs de tourner. Seule la région parisienne voit sa vie quotidienne franchement bousculée pour aller et retourner au travail, et encore aucunement la bourgeoisie avec les moyens qu’elle dispose (depuis Uber jusqu’aux trottinettes électriques).

Tout se raidit donc, à défaut de durcir. Les exemples sont significatifs ces derniers jours. Au Havre des pompiers ont arrosé la mairie (d’où vient le premier ministre), alors qu’à Bordeaux, le courant a été coupé au commissariat central après l’arrestation d’un militant de la CGT énergie. A Radio France, la PDG Sibyle Veil tenait un discours de vœux pour la nouvelle année qui a été interrompu par le choeur de la radio entonnant le chant des esclaves dans l’opéra de Verdi Nabucco.

C’est là chercher à bousculer les choses. Seulement, le régime ne se contente désormais plus de contenir. Il sait qu’en l’absence d’avancée, le mouvement se tasse et donc perd en énergie populaire. Les forcings de type « syndicaliste révolutionnaire » cherchent justement à compenser cela et personne n’est dupe.

Lors du 9 janvier à Paris, les gilets jaunes, qui s’étaient placé en tête de cortège, devant les syndicats, en compagnie des libertaires, se sont ainsi littéralement fait manger par une charge policière allant directement à l’assaut. Dans une même idée, le dépôt bus Belliard à Paris a vu les bloqueurs chassé à coups de gazage à bout portant.

Il y avait par le passé des accrochages de ce type, mais le changement est qualitatif. Le côté ponctuel de l’agressivité s’efface désormais devant une véritable stratégie. La grève n’ayant pas progressé, elle est de plus en plus encerclée, la répression véritable peut s’installer, au moyen d’une police française parmi des plus hautes professionnelles du monde, avec une tradition de plus de 150 ans !

Ceux qui ont parlé de violence policière et d’État policier il y a encore peu vont regretter leur démagogie, et cela d’autant plus à l’horizon des prochaines élections municipales. L’esprit de dépression générale se maintient en France, la Gauche ne l’a pas rompu et il va falloir faire face à l’extrême-Droite en embuscade.

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L’affrontement politique entre Philippe Martinez et Laurent Brun

En apparence, on a deux figures syndicalistes qui n’ont rien à voir avec la politique, qu’ils récusent au nom de la charte d’Amiens. Et pourtant, le mouvement contre la réforme des retraites a passé un cap et vient de rentrer dans une seconde phase. Ces deux dirigeants syndicaux en synthétisent la nature politique.

Ils sont issus de la même culture, celle du PCF. Il ne faut donc pas chercher d’éléments culturels relevant de la gauche alternative, cherchant à modifier la vie quotidienne, dénonçant le capitalisme dans sa dimension culturelle. On est dans une logique syndicale dure, dont le parti politique, en l’occurrence le PCF, ne peut être que le prolongement.

Il y a toutefois une profonde différence entre le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, et le secrétaire Général de la Fédération CGT des Cheminots, Laurent Brun. Cette différence est la grande actualité politique des derniers jours, comme conséquence de la persistance de la grève. Cette différence provoque même des soubresauts relançant la grève.

L’Histoire avance, mais passe donc par un drôle de chemin ! Ce qui se passe est toutefois assez simple. On a d’un côté une partie de la CGT qui dit que, désormais, tout a changé, qu’il ne peut au mieux y avoir qu’un PCF social et accompagnateur de la modernité. C’est la ligne de la nouvelle génération ayant pris le pouvoir et dont Ian Brossat est le meilleur représentant (la victoire de la ligne portée par André Chassaigne au dernier congrès n’ayant pas changé grand chose à l’affaire).

Philippe Martinez reste davantage ancré dans l’histoire ouvrière, mais il est d’accord avec cette tendance. Il veut une CGT de combat, mais dans une perspective constructive.

Laurent Brun a un profil tout à fait différent. C’est un nostalgique du style du PCF des années 1980, en mode dénonciation de la soumission du travail au capital, Cuba comme référence romantique, des références à Marx pour revendiquer une identité ouvrière historique.

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire par rapport à la grève contre la réforme des retraites ? Cela signifie que :

→ pour Philippe Martinez, c’est une lutte sociale, devant également aider à renforcer la CGT, d’où la mise en avant de sa signature de la fameuse pétition du Journal du Dimanche portée par la gauche institutionnelle.

→ pour Laurent Brun, c’est une lutte de classe par procuration où les cheminots sont le héraut de l’ensemble des couches populaires.

Comme on le voit, c’est bien différent et depuis quelques jours, l’antagonisme entre les deux tendances s’est cristallisée de manière historique. Philippe Martinez l’avait bien senti depuis le départ, d’où sa volonté de temporiser et sa fameuse absence d’annonce à part la mobilisation du 9 janvier, il y a deux semaines.

Inversement, la Fédération CGT des Mines et de l’Énergie (dont l’héritage direct est la puissante CGT de l’ancien bastion EDF-GDF) explique par exemple le 6 janvier que pour elle la lutte doit rester interprofessionnelle et qu’elle « refuse » – le terme est même inscrit en rouge dans cette phrase elle-même en gras – « toute rencontre avec les ministères et/ou employeurs ».

Philippe Martinez aimerait clairement en terminer avec tout ça, en mode « il faut trouver une solution le plus rapidement possible », alors que les tenants de la ligne de Laurent Brun se disent que c’est précisément maintenant que tout commence.

Cela peut inspirer plein de questions, de réflexions. Qu’est-ce qui va commencer ? Est-ce de la lutte de classes ou bien la lutte des classes utilisant indirectement les partisans du courant de Laurent Brun ? Tout ce discours de combat serait-il en réalité simplement du verbiage radical masquant les intérêts corporatistes des cheminots, voire de la CGT nostalgique d’une certaine prédominance dans le monde du travail dans le passé ?

Laurent Brun est-il le vecteur d’un esprit de lutte réelle ou bien un simple acteur « syndicaliste révolutionnaire » à la française ? Le monde du travail verra-t-il vraiment un moyen d’épauler sa propre lutte dans tout cela ?

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La pétition du 5 janvier 2019: le tournant politique de la grève

Le Journal du Dimanche a publié une tribune appelant le gouvernement à stopper la réforme des retraites et à négocier avec les syndicats. C’est que la grève se prolongeant, tout risque de commencer à être bousculé socialement et d’ouvrir la porte aux révoltes. C’est hors de question pour la direction de la CGT et la gauche institutionnelle, tous deux à l’origine de la tribune. C’est une opération de récupération et surtout d’évitement de la lutte des classes, qui cherche à torpiller la gauche du mouvement de grève.

La grève continuant, les choses deviennent politiques, comme prévues. Qu’on le veuille ou non, on est dans une opposition entre des syndicats et le gouvernement, ce qui pose la question de la légalité, de la légitimité, donc de l’État.

C’est là ouvrir une porte à ce que la société française soit ébranlée. Tant mieux ! dit-on si on est de Gauche et qu’on espère enfin qu’en France, il y ait un mouvement populaire. Hors de question ! dit-on si on considère que tout doit rester dans le cadre institutionnel.

La tribune publiée dans le Journal du Dimanche du 5 janvier 2019 est ainsi très brève. En quelques lignes, on a un « appel au calme » signé des principales figures politiques classées à gauche, tels Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Olivier Faure (PS), Fabien Roussel (PCF), Julien Bayou (EELV), à quoi s’ajoute Philippe Martinez, le dirigeant de la CGT.

On a également parmi les signataires Gérard Filoche de la Gauche démocratique et sociale, Guillaume Balas de Génération-S, Raphaël Glucksmann de Place publique, Marie-Noëlle Lienemann de la Gauche républicaine et socialiste, Olivier Besancenot et Philippe Poutou du Nouveau Parti anticapitaliste.

De plus, pour faire bien, la liste comprend des comédiens, des historiens, etc. et dispose d’un site où signer la tribune-pétition.

« Une majorité de citoyennes et de citoyens le demandent : retrait de la réforme Macron !

Depuis le 5 décembre, des millions d’hommes et de femmes se retrouvent dans les grèves, dont beaucoup en reconductible, et les manifestations à l’appel des organisations syndicales.

Ils et elles rejettent la réforme du système de retraites que veulent leur imposer le président de la République et son gouvernement.

Ce projet n’est pas acceptable, car il est porteur de régression des droits de chacune et chacun : toutes les hypothétiques avancées proposées par le gouvernement devraient être financées par des baisses de pensions ou par l’allongement de la durée de la vie au travail. D’autres choix sont pourtant possibles.

C’est pourquoi nous demandons le retrait du projet présenté par le Premier ministre, afin que soient ouvertes sans délai de vraies négociations avec les organisations syndicales, pour un système de retraites pleinement juste et solidaire, porteur de progrès pour toutes et tous, sans allongement de la durée de la vie au travail. »

Tout est ici très compréhensible, voire logique même si l’on veut, s’il n’y avait pas le dernier paragraphe. Car s’il y a retrait du projet de réforme des retraites, qu’y a-t-il à négocier ?

C’est là qu’on comprend que cette tribune-pétition a comme cible toute la gauche du mouvement de grève, pour qui cette grève porte sur bien plus que la question des retraites. La pétition-tribune, très largement diffusée dans les milieux syndicaux, est une manière de limiter la question aux retraites, d’exiger une porte de sortie rapide à la crise.

C’est doublement criminel.

Déjà, car il s’agit de demander à Emmanuel Macron de réactiver la gauche institutionnel et la CGT, sur le dos de la grève.

Ensuite, car c’est espérer quelque chose d’un gouvernement fer de lance du capitalisme sur le plan des privatisations, ce qui est absurde.

À l’arrière-plan, la chose s’explique comme suit : Philippe Martinez, le dirigeant de la CGT, veut couper l’herbe sous le pied du syndicalisme dur à la CGT, et empêcher à tout prix que s’ouvre une nouvelle séquence de lutte, bien plus dure et généralisée.

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Le clip des infirmières de l’unité médico-chirurgicale pédiatrique du CHRU Brest-Carhaix

Ce clip a été réalisé au sein de l’unité médico-chirurgicale pédiatrique du CHRU Brest-Carhaix. Cela fait un an que le personnel exprime sa grande détresse quand à la dégradation des conditions d’exercice du travail, pourtant tellement indispensable. La colère est grande dans les hôpitaux publics français depuis plusieurs mois.

Une pétition de soutien est disponible : Soutien à l’unité médico-chirurgicale pédiatrique de Brest.

 

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«Serons-nous débarrassés de Macron ou de la CGT?»

Il est un article sans intérêt de la revue de droite Causeur dont le titre dit par contre beaucoup de choses. Si la grève contre la réforme des retraites échoue, la CGT va profondément reculer et c’est un coup symbolique contre le « communisme ». Si Emmanuel Macron recule, il part perdant aux prochaines élections présidentielles et c’est un boulevard pour l’alliance Droite/extrême-Droite.

L’article de Causeur, en date du 31 décembre, reflète parfaitement les espoirs de la Droite et de l’extrême-Droite. Une partie importante de la bourgeoisie s’est rangée derrière Emmanuel Macron le progressiste, le moderniste. S’il échoue dans ses réformes, il perd sa crédibilité et cela laisse de la place pour une nouvelle proposition stratégique, celle d’une remise à plat sous la forme d’un tournant à la fois militariste et nationaliste.

Cela est d’autant plus vrai qu’une large partie de la Gauche ayant soutenu Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, au nom du rejet de l’extrême-Droite, dit ouvertement aujourd’hui qu’elle ne le refera pas, que Marine Le Pen n’aurait pas fait pire, etc. C’est une position absurde, mais malheureusement de plus en plus partagée.

On retrouve ici l’illusion selon laquelle il faudrait la terre brûlée et tout reprendre à zéro. Comme si l’extrême-Droite allait attendre que la Gauche se reconstitue ! Il faut ici avoir conscience que le barrage à toute avancée de l’extrême-Droite est primordiale. Croire qu’un basculement dans une alliance Droite/extrême-Droite ne changerait rien, voire aiderait à reconstituer la Gauche, cela s’appelle une pensée suicidaire !

Il faut être réaliste et bien voir que l’échec de la grève contre la réforme des retraites implique un profond élan populiste. Inversement, la victoire de la grève implique un passage à la lutte de classes que les syndicats ne veulent pas. Les syndicats ne posent aucune question selon un agenda politique de gauche ; ce qui les intéresse, c’est leur insertion dans les rapports sociaux, comme leviers pour les négociations. Il n’en ressort donc rien.

L’incohérence est particulièrement marquée du côté de la CGT. Le 1er janvier, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez était invité sur BFM TV et la radio RMC, et il a appelé à mener « des grèves partout, dans le public, dans le privé ». Cependant, cela ne se décrète pas et encore moins plusieurs semaines après le début du mouvement. Et jusqu’à présent, la CGT a toujours cherché à maintenir la chape de plomb syndicale, s’opposant de fait à l’affirmation du principe des assemblées générales au-delà des syndicats.

> Lire également : Assemblée générale et non intersyndicale ou gilets jaunes

La Gauche est donc coincée, car elle dépend d’une CGT qui refuse la politique, sans parler de Force Ouvrière qui est très violemment anti-politique et a toujours été opposé de la manière la plus farouche à l’hégémonie de la Gauche politique (ce qui n’est pas étonnant pour un syndicat ouvertement né avec l’appui de la CIA juste après la Seconde Guerre mondiale, afin de faire barrage à toute union de la Gauche en France).

Et la Gauche est aussi bloquée par l’immense faiblesse de ses forces, qui plus est éparpillée. Cela laisse peu de perspectives à part un intense travail de fond, qui accapare les énergies et qui est moqué par l’ultra-gauche s’imaginant la France au bord du grand soir, alors qu’on est bien plus proche de l’instauration d’un État autoritaire assumé, au nom de l’unité nationale.

Déjà Emmanuel Macron y est allé de sa petite phrase, lors de ses « vœux présidentiels » :

« 2020 doit ouvrir la décennie de l’unité retrouvée de la Nation.

Je vois trop de divisions au nom des origines, des religions, des intérêts. Je lutterai avec détermination contre les forces qui minent l’unité nationale et dans les prochaines semaines je prendrai de nouvelles décisions sur ce sujet. »

Emmanuel Macron a joué ici les mystérieux, mais l’on sait ce que cela signifie : la crispation militariste et nationaliste de l’État, parallèlement à celle du pays.

Seule la lutte de classes peut débloquer la situation. Et cela ne passe pas par la CGT, mais par son dépassement démocratique à la base, dans un élan populaire politique reconstituant la Gauche culturellement et politiquement.