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Communiqué de la SNPN pour la journée mondiale des zones humides

Du 30 janvier au 28 février 2021, c’est le mois de la sensibilisation de l’importance des zones humides. Depuis 1997, le 2 février marque la date symbolique de la journée de reconnaissance de ces écosystèmes fondamentaux pour la Planète.

C’est dans le cadre de cette 24e journée mondiale des zones humides, fondée sur la Convention internationale de Ramsar en Iran signée le 2 février 1971 et réunissant à ce jour 170 pays, que la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN), fondée en 1854, livre son bilan et son analyse quant à l’état de ces écosystèmes en France.

Voici le communiqué publié ce 2 février sur le site de la SNPN :

 » Aujourd’hui est la Journée Mondiale des Zones Humides ! C’est un mois d’événements de sensibilisation qui s’ouvre autour des zones humides. Cet évènement célèbre également  l’anniversaire de la signature de la convention de Ramsar dont la SNPN est partie-prenante.

La SNPN tient à faire un point de l’état de ces milieux en France.

Il y a quelques semaines le Service des données et études statistiques du Commissariat général au développement durable a publié l’évaluation nationale des sites humides emblématiques de la décennie 2010-2020. C’est malheureusement sans surprise qu’il est évalué que la situation a continué à se détériorer durant la dernière décennie : 

41 % des sites évalués en métropole et dans les Outre-mer ont vu leur état se dégrader,

69 % des sites évalués sont affectés par des perturbations du milieu physique,

57 % des sites évalués sont affectés par des modifications de la gestion en eau,

54 % des sites évalués sont affectés par une altération de la qualité de l’eau et subissent des pollutions. 

Les sites préalablement en mauvais état se dégradent encore plus que les autres et très peu ont vu leur situation s’améliorer[1], comme s’il se dessinait une sorte d’effet d’appel : dégradé déjà, donc dégradé encore…Avec une telle dynamique, pour 2030, seuls 25% des sites humides emblématiques auraient un avenir favorable selon cette même évaluation…

Une autre évaluation majeure réalisée en 2019[2] montre que les habitats aquatiques et humides d’intérêt communautaire -donc inscrits à la directive dite Habitat-Faune-Flore- sont parmi les habitats les plus menacés et dont l’état est le plus dégradé, 94 % ayant une évaluation défavorable !

Les zones humides, ces terres d’eau, qu’elles soient emblématiques, d’intérêt communautaire ou simplement “ordinaires”, sont donc, clairement, encore et toujours, parmi les écosystèmes les moins bien conservés en France et subissent toujours des pressions anthropiques intenses qui les fragilisent.

L’avis de la SNPN

La SNPN tient à souligner que les zones humides ont des fonctionnalités multiples et essentielles, bien au-delà de la conservation de la biodiversité, faisant d’elles des éléments significatifs des “solutions fondées sur la nature”, notamment pour lutter contre les effets de la crise climatique. Ce sont des milieux essentiels dans le contexte de crise écologique et climatique.

Ces milieux participent à la régulation des flux d’eau (réduction des crues, lutte contre les sécheresses, rechargement des nappes phréatiques…). Ils contribuent localement au rafraîchissement, à la limitation de la propagation des feux et à la stabilisation des sols. Mais les zones humides ont un rôle bien plus étendu : en voici deux exemples très concrets :

– Savez-vous que les mares de fermes stockent dans le monde plus de carbone organique que l’ensemble des océans de la planète[3] ? 

– Savez-vous qu’une tourbière de 30 cm d’épaisseur stocke plus de carbone par unité de surface qu’une forêt tropicale primaire ?

Alors qu’une tourbière dégradée peut émettre du CO2, ce qui suffirait à légitimer leur stricte protection, une tourbière restaurée en stocke et de façon bien plus efficace et durable qu’une jeune forêt ! En France, le drainage de tourbière est à l’origine d’une émission de CO2 par an équivalente à 3 millions de voyageurs faisant un aller-retour à New-York en avion [4] ! C’est aussi l’équivalent de l’empreinte carbone des habitants d’une ville comme Montpellier ou Bordeaux.

Selon une étude réalisée par le Service de l’économie, de l’évaluation et de l’intégration du développement durable (SOeS)[5], l’évaluation économique des services écologiques des zones humides a montré qu’une politique de préservation par acquisition est justifiée au regard des bénéfices que les « terres d’eau » procurent à la société humaine. Sur 50 ans, ces bénéfices représenteraient jusqu’à sept fois les valeurs d’acquisition et d’entretien. Certaines évaluations des services rendus les estiment jusqu’à 6 700 euros par hectare et par an[6]. Investir pour conserver en bon état les zones humides est donc une opération très rentable !

Les prairies humides, par exemple, sont des systèmes de production à plus forte valeur ajoutée que les grandes cultures. Elles participent au maintien d’un paysage varié, en particulier bocager.

Les zones humides ont des fonctionnalités multiples et essentielles faisant d’elles des éléments significatifs des “solutions fondées sur la nature”, notamment pour lutter contre les effets de la crise climatique. Il est économiquement très pertinent de les protéger, les restaurer ou les créer.

Force est de constater que les politiques engagées ne suffisent pas et que la France est donc bien en difficulté pour tenir ses engagements tant européens (Natura 2000) qu’internationaux (convention sur la diversité biologique, convention de Ramsar sur les zones humides).

Les principales causes de ce manque de réussite peuvent être regroupées en deux ensembles :

Les politiques conduites, pour intéressantes qu’elles soient, ne sont pas suffisamment efficaces. Elles achoppent sur l’insuffisance du portage interministériel et des moyens qui y sont consacrés. Les initiatives favorables, comme par exemple les MAE et le PSE ou le soutien au pâturage extensif en zones humides, peinent à se développer à cause d’inerties ou d’arbitrages défavorables.

De très nombreuses mesures néfastes à la conservation des zones humides persistent. Pire, elles continuent à être soutenues par des politiques publiques à tous les niveaux. Or la PAC demeure une cause majeure de disparition des prairies humides. La SAFER reconnaît d’ailleurs que la concentration des exploitations agricoles fait évoluer l’agriculture française à l’encontre des orientations politiques nationales.

La solution ? Des politiques publiques cohérentes, ambitieuses, interministérielles et pluriannuelles. 

Quel que soit le ministère concerné, la stratégie nationale des aires protégées, plan de relance, plan biodiversité, PAC et écorégimes, mesures agro-environnementales, paiements pour services environnementaux, stratégie nationale pour la biodiversité, contrats « verts et bleus », projets de territoire pour la gestion de l’eau, mesures naturelles de rétention d’eau, stratégie nationale bas-carbone, règlement relatif à la prise en compte des émissions et des absorptions de gaz à effet de serre résultant de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF), plans de paysage… et toutes les stratégies/organisations/outils à venir et à construire devraient être les moteurs de la reconquête nationale des zones humides, avec un même objectif ultime : améliorer la résistance et la résilience des écosystèmes sur les territoires et de nos systèmes socio-économiques qui en dépendent.

Les actions de protections, de restaurations, de réhabilitations et de créations nouvelles de zones humides doivent elles aussi émerger de programmes, de stratégies, de réglementations et de dynamiques multiples, bénéficiant d’un portage interministériel et pluriannuel, et disposant d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs partagés, suivis, et évalués de façon indépendante.

Nous ne ferons pas ici la liste exhaustive des actions à entreprendre, mais le Livre Blanc pour la Biodiversité[7] que la SNPN a produit avec d’autres associations partenaires cette année en propose de nombreuses.

Des zones humides nombreuses et en bon état, ce sont des territoires résistants aux évènements extrêmes et des systèmes écologiques et humains plus résilients. Ce sont des bénéfices pour tous, encore plus nécessaires demain qu’aujourd’hui !

La Société nationale de protection de la nature restera active pour défendre, protéger et gérer des zones humides, pour sensibiliser tous les publics, pour orienter et accompagner les politiques publiques comme elle le fait depuis tant d’année, en particulier grâce au soutien de ses membres et donateurs.

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Écologie

Le dernier document de travail de l’IPBES à propos de l’origine écologique des pandémies

Publié à la fin du mois de décembre et passé inaperçu, le rapport de travail de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) à propos du lien entre biodiversité et pandémie offre des connaissances scientifiques intéressantes… et alarmantes.

Ce bilan de travail est issu d’un atelier collectif de 22 scientifiques de différents pays qui a eu lieu de manière virtuelle entre le 27 et le 31 juillet 2020, à l’initiative du bureau de l’IPBES. Il fait suite et vient éclairer le document officiel « Echapper à l’ère des pandémies » publié à la fin octobre 2020.

Réunis autour de cinq axes de réflexion dont, entre autres, la manière dont les pandémies émergent de la diversité microbienne, le rôle du commerce d’animaux sauvages, du changement climatique et de l’utilisation des terres, les scientifiques ont étudié les connaissances acquises sur plus de 500 maladies infectieuses émergentes de ces dernières décennies.

On apprend ainsi qu’il y aurait environ 1,7 millions de virus qui n’ont pas encore été découverts. Parmi ces virus, on estime qu’entre 631 000 à 827 000 peuvent infecter les êtres humains. Il y a trois principaux types d’animaux qui sont des hôtes réservoirs d’agents pathogènes dangereux, les mammifères (et surtout les chauve-souris, les rongeurs et les primates), certains oiseaux (principalement aquatiques) et enfin les animaux d’élevage.

On a ainsi environ cinq nouvelles maladies qui émergent en moyenne tous les ans chez l’homme, avec un potentiel de transformation en pandémie. La transformation d’un virus en une pandémie relève d’un processus et de combinaisons précises, de très long terme, avec environ une pandémie par siècle.

Or, depuis 1918, on compte déjà au moins six pandémies, qui représentent donc « la pointe de l’iceberg de pandémies potentielles » et donc une nature totalement détraquée. De plus, les scientifiques rappellent que le taux de létalité du Covid-19 (> 0,5%) en fait l’une des plus graves pandémie mondiale depuis le VIH/SIDA dans les années 1970/80. C’est d’ailleurs cela qui les a poussé à former un atelier d’étude spécifique à ce sujet.

Pour ce groupe de travail, l’élément central expliquant le passage de virus d’un hôte réservoir animal à l’homme est la trop grande proximité entre les humains, le bétail, la faune sauvage. Cette proximité est principalement liée à la conversion d’espaces naturels en terres agricoles ou en espaces urbains, à l’élevage de « bétail », ainsi qu’à l’élevage et au commerce d’animaux sauvages ( qui a bondi de + 500 % depuis 2015).

C’est pourquoi les scientifiques réunis par l’IPBES rappellent :

« Le risque de pandémie est dû à l’augmentation exponentielle des changements anthropiques [d’origine humaine]. Blâmer la faune pour l’émergence de maladies est donc erronée, car l’émergence est causée par les activités humaines et les impacts de ces activités sur l’environnement. »

Par exemple, on a la certitude, entre autres, que le virus Nipah en Malaisie est lié à l’intensification agricole, que le virus Hendra en Australie est le résultat du changement d’affectation des terres, ou encore que le virus Marburg en Afrique centrale est le produit de la chasse sauvage et de l’exploitation minière.

Mais là où ce document de travail apporte quelque chose de tout à fait intéressant, c’est la connaissance des conditions particulières de transformation d’un agent pathogène en maladie, puis en pandémie.

Pour qu’un virus se transforme en une pandémie, il faut d’abord qu’il mute pour passer de son hôte réservoir à l’homme, puis dans un deuxième temps, il lui faut se combiner, se recombiner d’une telle manière à ce qu’il se transmette d’homme à homme. Cela fait donc deux étapes, deux « barrières » naturelles à franchir pour parvenir au niveau d’une pandémie.

Et il a été remarqué que dans les zones à forte biodiversité, il y a un « effet de dilution » de certains agents pathogènes alors que les régions dites de « paysages » ont un plus fort risque pandémique. À cela s’ajoute le changement climatique qui accentuent les déséquilibres et les affaiblissement des animaux sauvages, touchés eux-aussi par des maladies émergentes. Le changement climatique fait également disparaître de nombreuses espèces vivantes.

On se retrouve alors dans plus en plus en face d’espaces naturels réduits, avec une pauvreté de la vie organique et biologique, qui est elle-même affaiblie, malmenée et donc propice à la combinaison-mutation rapide de virus.

Ce document de travail rappelle une fois encore le potentiel viral explosif des élevages industriels qui concentrent dans un même endroit des milliers d’animaux similaires au plan génétique, et donc facilitant la mutation rapide. De même, l’urbanisation des grandes villes concentre certaines espèces sauvages, comme les rats et les chauve-souris, des importants hôtes-réservoirs de virus.

Plus un espace concentre un type d’animal sauvage, de surcroît proche de l’être humain, plus sont réunies les conditions pour franchir les deux barrières citées précédemment. Un virus aura par exemple plus de « difficultés » à muter dans des rhinocéros vivant dans un vaste espace naturel foisonnant de vie sauvage (au sens organique général).

Plus que de la proximité homme-animaux sauvages, il faudrait donc plutôt dire que c’est la promiscuité entre quelques formes de vie sauvage appauvries et les êtres humains, sur fond d’un environnement climatique déréglé, qui favorise les pandémies virales.

Enfin, le document souligne que les politiques sanitaires cherchent à « guérir plus que de prévenir ». Cela montre à quel point il y a urgence à établir un programme de sanctuaires pour protéger les espaces naturels, mais également pour en reconstituer de nouveaux. Tout un programme d’ampleur, que seule la Gauche historique est à même de réaliser de par sa capacité à se confronter aux grandes entreprises destructrices de la nature.

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L’épidémie de grippe aviaire, une énième crise dans la crise

Alors que les industriels du foie gras diffusaient massivement des spots publicitaires lors des dernières fêtes de fin d’année, les premiers cas de grippe aviaire ont été détectés au début du mois de décembre dans un élevage de canards des Landes. On assiste depuis à l’abattage massif de tous les animaux de l’élevage.

L’influenza aviaire est une maladie qui touche principalement les oiseaux, qu’ils soient d’élevage ou sauvages bien qu’elle soit plus mortelle chez les oiseaux d’élevage. Le virus peut se propager par les sécrétions respiratoires ou les déjections, et peut survivre longtemps à des températures basses.

La souche H5N8 qui circule actuellement en France et en Europe est une souche extrêmement contagieuse et elle est classée comme hautement pathogène, avec les 32 millions de canards élevés en France, la situation est plus que tendue.

Dans ces conditions, il était inévitable que la situation vire au drame pour les oiseaux d’élevage. Depuis début décembre, des foyers d’infections ont été détectés dans plus d’une centaine d’élevages de canards et d’oies en France. La maladie se développe d’ailleurs de manière exponentielle, le nombre de foyers ayant doublé en une semaine malgré les mesures mises en place.

Lorsqu’on sait que la « production » de « foie gras » consiste en un gavage forcée en à peine deux semaines, on ne peut malheureusement pas être étonné de l’horrible gestion de la situation par les principaux acteurs de ce secteur.

En effet, la solution proposée par Hervé Dupouy, président de la section palmipède de la FNSEA des landes, est de faire un « vide sanitaire » dans les élevages, c’est-à-dire qu’il propose d’abattre tous les animaux des élevages contaminés, puis de laisser les lieux sans animaux durant 2 mois.

Une solution que Marie-Pierre Pé, la directrice du comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG), ainsi que le ministre de l’agriculture Julien Denormandie approuvent, ce dernier parlant même de « dépeuplement massif inéluctable ». C’est dire comment l’État est dépassé par une situation qui a pourrie…

Et comment ne pas le voir alors que depuis le 20 décembre ce sont déjà 400 000 animaux qui on été tués, et plusieurs centaine de milliers d’autre qui vont l’être dans les jours à venir avec d’ores et déjà la réquisition d’abattoirs par le gouvernement.

Quand on constate que les oiseaux sauvages ont peu de chance de développer une forme grave de la maladie, contrairement aux oiseaux d’élevage, on ne peut que se rendre à l’évidence de l’enfer que nous faisons vivre à ces animaux uniquement pour alimenter ce si puissant secteur du capitalisme français dont l’humanité pourrait largement se passer au XXIe siècle.

Rappelons ici simplement que la France est tout à la fois premier producteur et premier consommateur mondial de foie gras, avec trois groupes qui monopolisent le secteur, soit Euralis Gastronomie et ses 700 éleveurs, Maïsadour avec sa marque Delpeyrat, Luc Berri avec Labeyrie, pour une production qui se fait généralement dans le sud-ouest.

Avec entre 10 à 20 000 tonnes de foie gras produits par an, représentant plus de 20 millions d’oiseaux gavés, principalement des canards mais aussi des oies, la France est loin devant la Hongrie, la Bulgarie, les États-Unis, le Canada, et même la Chine…

Cette situation ne peut que nous faire penser ici aux visons qui ont été abattu par millions à l’automne 2020, considérés comme le vecteur de propagation du coronavirus. Finalement, le secteur du foie gras est à la France ce qu’est le secteur de la fourrure de visons au Danemark, et ici comme là-bas c’est toujours la même brutalité comptable infâme qui s’abat.

À chaque fois le choix est fait d’abattre les animaux sans aucune considération de leur existence, sans que le mode d’organisation de l’humanité ne soit remis en question, alors même qu’il est à la base de ce drame écologique. Pour cela, il faut se heurter à toute l’idéologie française du terroir et des paysages, et savamment entretenue par l’agrobusiness.

Alors que l’humanité est empêtrée dans l’épidémie de COVID-19 engendrée par un rapport dénaturé à l’ensemble de la biosphère, la crise de la grippe aviaire dans le sud-ouest est une énième crise dans la crise…. Tout cela doit changer. Inéluctablement, un mouvement populaire sensiblement tourner vers l’avenir va, et doit émerger pour en finir avec ces atrocités envers la vie.

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GPA en France: un maillage informel plus dense que jamais

Un article de trois pages sur les réseaux autour de la Gestation Pour Autrui (GPA) en France est paru dans le numéro du journal Marianne de la première semaine de janvier 2021. Une enquête qui met en relief les réseaux français liés au développement de la GPA dans le monde.

Ils ont bénéficié de la GPA, ils sont businessmen et ont vu dans la maternité de substitution un marché et ils tentent de faire reconnaître la pratique comme un progrès tout en étant déjà acteurs d’un réseau. Ces quelques personnalités françaises, comme Marc Olivier Fogiel, Romain Taillandier, travaillent déjà pour la GPA, en faisant sa promotion médiatique pour le premier ou carrément en travaillant pour une clinique étrangère pour le second.

Cette enquête met en exergue le fait que Romain Taillandier aide une soixantaine de riches couples par an à contourner la loi pour obtenir leur GPA avec Fertility Center. On constate d’ailleurs que ces acheteurs d’enfants sont en majorité des hommes dans un secteur dirigé majoritairement par des hommes qui exploitent des femmes pour leur utérus.

Cette activité autour de la GPA ne s’arrête pas à ces personnalités, des anciens bénéficiaires de GPA peuvent se voir proposer le rôle d’entremetteurs. Il y a de ces couples qui mettent en relation des potentiels clients avec des cliniques étrangères comme l’ukrainienne BiotexCom ou l’agence canadienne CMC, et ce, pour une modique commission de 1000 à 2000€ par contrat amené.

Une pratique qui relève du trafic d’être humain mais qui ne peut passer sous le coup de la loi puisqu’il n’existe aucune filiale implantée réellement sur le sol français.

Pourtant ce maillage montre bien qu’il y a tout un terrain prêt à être occupé et qu’il existe un très grand intérêt à pousser en faveur de la légalisation de la maternité de substitution.

Selon Marianne, ces personnes travaillant déjà pour le marché de la GPA en France sont de plus en plus nombreuses. Dans l’ombre et malgré la loi, il y a bel et bien un essor d’acteurs français portant tout ce marché de la reproduction humaine.

La crise du coronavirus aura soudé les acteurs de ces réseaux à cause de l’affaire des bébés coincés aux frontières. Il faut voir aussi la crise dans son aspect futur, c’est à dire une masse de capitaux cherchant de nouveaux débouchés, le business de la reproduction en fait partie, et on va sans doute assister à une énorme pression pour la libéralisation.

Les fruits du travail parallèle pour ce marché international permettra sans aucun doute aux ardents défenseurs de la vente de bébés de pouvoir arguer que la gestation pour autrui existe de toute manière, qu’il faut ajuster la loi à la réalité.

Et sans une grande mobilisation refusant que la loi s’accorde à des pratiques immorales, enfreignant les droits humains, on peut être certains qu’une légifération en faveur de ce marché verra le jour. Que ce soit sur un agenda national ou des prérogatives internationales comme le prévoient les actuels travaux de la Conférence de La Haye.

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Magenta skateboard, la touche à la française

Fondée en 2010 par deux skateurs français, la marque Magenta skateboard a fêté ses dix années d’existence en 2020. Elle fait aujourd’hui partie du paysage incontournable du skateboard, et participe d’une « french touch » en assumant une démarche auparavant mise de côté.

Courant 2010, Vivien Feil et Soy Panday, deux piliers de la scène skate en France présents depuis les années 1990, sont confrontés à l’épuisement de leur démarche. Vivien Feil ne se retrouve plus dans le skate « à l’américaine » et Soy Panday pense avoir fait le tour : il faut aller de l’avant, chercher un nouveau souffle.

C’est de là que vient l’idée de fonder une marque de skateboard, Magenta, en référence à l’appartement parisien localisé au boulevard du même nom ayant été un repère important pour la scène des années 2000. Et le lancement de la marque atteste déjà de son ADN, avec plusieurs séries de board (le plateau seul du skateboard) sorties comme un feuilleton d’une bande-dessinée, présentant tour à tour, tel ou tel aspect de la team et de la philosophie de la marque.

Entre le clip qui a « lancé » la marque il y a dix ans, et le clip anniversaire, il y a le reflet de ce qu’est à la base et en général l’état d’esprit « skate », et en particulier celui véhiculé par « Magenta ». Comme le dit le clip de 2010, avec le skateboard « c’est la rue qui commande », mêlant ainsi culture alternative avec pour horizon le dépassement de la morosité de la ville par son appropriation ludique, émancipatrice…

Être un skateur, c’est avant tout un état d’esprit et c’est pour cela que quiconque a un skate ou fait du skate, n’est pas forcément un skateur, ou ne le reste pas ! Avec « Magenta skateboard », on comprend tout à fait cela : être un skateur, c’est avoir un certain regard sur le monde, urbain forcément mais pas seulement. La sensation de skater, le style vestimentaire particulier, l’insistance sur les playlist, la mise à distance du travail et d’une « vie rangée » sont les révélateurs de tout un life style, d’une culture alternative.

Dans son interview en 2004 pour le magazine français Sugar, Soy Panday exprime à merveille cette mentalité alternative, un poil juvénile, lui-même ayant fuit du business world pour se lancer à fond dans le skateboard :

Le skate pour moi, c’est du rêve qui permet d’échapper à la réalité, je suis censé chercher un travail, être sérieux et responsable et ça me fait chier… Dans la mesure où je fais du skate tous les jours et lorsque j’en ai envie, j’ai un peu réalisé mon rêve…

Le clip d’introduction de la première vidéo en 2010 :

Le clip anniversaire en 2020 :

Mais si Magenta reflète bien l’esprit skate, il en va de même, et à leurs façons, des marques comme Polar, Helas, Rave, Sour, Isle, Palace, Primitive, Wknd, Antiz, etc. En réalité, Magenta apporte dans la scène une touche bien française, quand Baker skateboard a finalement cristallisé l’approche américaine agressive.

A sa naissance, Magenta Skateboard a suscité la curiosité mais aussi la controverse. Car dans un monde de plus en plus aseptisé et pourrie par le business, le skateboard n’échappe pas à la règle.

Non pas que l’origine du skateboard, située dans les Etats-Unis des années 1970-1980, soit à jeter, mais qu’il y manque une « touche », un « esprit », une « philosophie » au sens esthétique, romantique même. Cela tient à la naissance du skateboard.

Être un skateur dans les années 1980-1990 aux Etats-Unis, c’était se confronter aux vigiles privés, aux policiers, aux voisins des quartiers pavillonnaires ghettoisés, etc. C’était se réfugier dans la cour d’une école, avec son « set » de marches (escalier) et son « handrail » (rampes d’escalier). Tout cela a fait du skateboard quelque chose de très « hardcore », et il est nullement étonnant que le punk hardcore et l’ancêtre de la phonk aient influencé, à ses débuts, la scène.

Avec Magenta, c’est une perspective différente qui a été mise en avant, venant bousculer les codes anciens. Magenta a mis l’accent non plus sur la performance du tricks (figure) en tant que tel mais sur la globalité de la démarche en insistant sur le côté exploration totale, esthétique et amusante de la ville. Jusque dans les années 2010, pour parvenir à « percer » dans le skateboard, il fallait être en mesure d’aligner une batterie de figures, et notamment de « se jeter » sur un escalier impressionnant, une pente ultra-raide, avec tous les risques physiques pris.

Qui d’autres que des français, portés justement sur l’ « état d’esprit », pouvait mettre en valeur une autre approche ? Non pas d’ailleurs que faire du skate sans viser le sempiternel « hammer » (littéralement « marteau » pour désigner le fait de faire de grosses figures impressionnantes) était inexistant avant, mais avec Magenta il y a eu la mise en forme générale d’une démarche assumée. La scènes skate de la east coast américaine, notamment new-yorkaise, développait cette tendance à l’exploration fun de la rue, mais c’était relativement isolée, peu assumée et valorisée en tant que tel.

A noter que Magenta a pu façonner son monde en rapport avec la culture japonaise, notamment certaines astuces pour filmer, et dans le fait de se focaliser sur ou tel ou tel aspect du lieu, tel ou tel aspect du tricks. Le Japon est un pays marqué par une forte répression du skateboard, ce qui fait que les sessions se font uniquement la nuit, avec tout le relief esthétique que cela fournit en conjugaison avec l’esprit japonais en général.

La team Magenta entretien depuis ses débuts des liens solides avec la scène japonaise, à tel point que l’on peut dire que c’est une approche franco-japonaise du skateboard. Une synthèse franco-japonaise visible dans le projet vidéo Minuit sort en 2012, ou dans Soleil levant, une compilation vidéos comprenant notamment des images de nombreux road trip au Japon.

A ses débuts, Magenta ne pouvait que susciter la critique car s’il y a forcément un aspect positif, il y a aussi, quoi qu’on en dise, un aspect négatif. Produire des clips à base de powerslide, de ollies par ci, par là, sur fond de jazz et le tout en pleine nuit, a dénoté une forme de prétention, une mentalité hautaine si typiquement française.

Mais d’un autre côté, quel souffle novateur apporté au skateboard ! D’ailleurs, les fondateurs de la marque sont tous issus de la scène des années 1990, ayant connu les débuts où le skate se pratiquait le plus souvent sur une place urbaine, où se côtoyaient marginaux et alternatifs, dans un esprit « hardcore ».

Mais il fallait pouvoir assumer le fait qu’on pouvait dorénavant filmer et rendre stylé un simple ollie, un power slide (dérapage sur les roues), un boneless ou no comply, le fait de cruiser (rouler-glisser dans la rue), à condition qu’il y ait une démarche réflexive qui l’accompagne, en tenant compte du style du skateur, du spot choisi (ses couleurs, son revêtement, etc.), de la manière de filmer, de la luminosité, etc. D’ailleurs, il serait erroné de dire que la simplicité du tricks relève d’un simplisme, d’un approche débutante.

En fait, il y a une insistance sur l’approche qualitative plus que quantitative, encore que cela soit réducteur puisque pouvoir faire une « ligne » (enchainement de figures) à très vive allure sur un endroit rugueux demande un certain niveau de pratique… C’est n’est donc finalement pas tant la difficulté du skateboard que Magenta a révolutionné, mais plutôt l’idée qu’on peut faire du skateboard, sans pour autant être obligé de se mettre son corps à l’épreuve du danger…

Magenta, c’est le skate branché, artistique, sans pour autant sortir de l’esprit générale skate. Est-il d’ailleurs bien étonnant que le Q.G de la marque, tout autant que de la team, soit à Bordeaux, cette ville aujourd’hui marquée par la culture bobo-branchée, mais qui a longtemps été la « belle endormie », lieu florissant de la scène punk se confrontant à la crispation d’une bourgeoisie traditionnelle. D’ailleurs la gamme vestimentaire de Magenta est à ce titre très stylée, du fait de ses détails subtiles et modernes.

Pendant très longtemps, et cela est encore vrai aujourd’hui, le skateboard était sévèrement sanctionnée par la police bordelaise, étant même un sujet d’actualité du fait des plaintes déposés par les bourgeois retraités en recherche de tranquillité. Tout comme au Japon, et dans une moindre mesure à New-York, les sessions de skate à Bordeaux se faisaient la nui, là aussi pour éviter la répression. Entre la pratique de nuit et l’architecture florissante de la ville, il y avait là tout le terreau favorable pour que Magenta skateboard s’exprime se développe.

Léo Valls, le skateur bordelais sponsorisé par la marque qui a largement contribué à faire accepter le skateboard dans la ville, comme en juin 2019 avec le projet Play!, représente admirablement bien l’approche « Magenta ».

La photo de ce « simple » backslide powerslide, photographié par David Manau, sur l’une des pyramides du Louvre, grâce à un accès plus libre lors du chantier 2014-2016, est un chef d’oeuvre qui marquera surement l’histoire du skateboard.

Avec Magenta, on a enfin trouvé la touche française du skateboard, et non plus un mimétisme forcément bancal de l’approche américaine. Une touche qui conjugue l’exploration approfondie de la ville, l’esthétisme général de la démarche et la « touche » subjective du skateur autant que du filmeur.

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La ministre de la mer préfère l’industrie de la pêche à la protection des cétacés

Connu depuis 30 ans, le drame de centaines de cétacés qui s’échouent sur les rivages maritimes français explose depuis 2016. À tel point que l’on ne parle plus de centaines mais de milliers d’animaux victimes d’une société de consommation qui n’en finit pas de transformer la Mer en une simple espace de valorisation marchande.

Le drame prend de telles proportions que la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction visant selon elle, les manquement de la France à la législation de protection des espèces protégées. On estime, selon les associations, qu’en 2020 il y a eu jusqu’à 11 300 cétacés morts, certains s’échouant sur les côtes françaises et d’autres coulant au large. On parle bien ici des cétacés, incluant donc les dauphins mais aussi les baleines, les cachalots, voir même les rorquals tropicaux comme celui échoué récemment dans la Manche.

Alors que se passe t-il ?

Pour les connaisseurs du problème, la chose est bien connue : les cétacés échoués présentent de nombreuses traces, voire des lésions étant de bénignes à très graves (des nageoires sont parfois arrachées). Des bouts de filets sont parfois encore accrochés sur le corps. Il ne fait donc aucun doute que c’est la pêche dite pélagique qui est le responsable de cette horreur.

Avec la technique de la pêche en « boeuf », les filets des chalutiers raclent le fonds des océans pour récupérer les poissons vivant en bancs comme les bars, les merlus (d’où le nom de pélagique, signifiant les dépôts sédimentaires dans les fonds marins).

Sur la façade Atlantique, il y a environ 18 chalutiers pélagiques qui opèrent, ce qui en dit long sur la concentration économique dans ce secteur. Mais on l’a compris avec une telle pêche industrielle de masse, le filet emprisonne littéralement tout ce qui bouge, y compris les cétacés qui sont alors déchiquetés, plaqués au fond et ne peuvent plus remonter à la surface pour se ré-oxygéner.

Au problème de la pêche pélagique s’ajoute en plus la terrible pollution sonore qui déstabilise le très sophistiqué système d’écho-localisation et de communication qu’ont ces mammifères pour vivre, se reproduire, et se développer.

Dans le documentaire Sonic Sea, que toute personne sincèrement écologiste se doit d’avoir vu, on apprend par exemple que les échos d’une baleine en Irlande peut s’entendre jusque sur la côte est des États-Unis. De fait, l’énorme trafic international maritime de marchandises, les multiples exercices des marines militaires, mais aussi les recherches en imagerie sismique des grandes entreprises gazières et pétrolières sont des perturbateurs désastreux pour ces animaux.

Et désastreux est un bien faible mot tant l’écocide revêt ici un caractère barbare, avec des dauphins qui sont désorientés dans la totalité de leur environnement (c’est toute la mer qui est pourrie par les bruits de haute fréquence) allant jusqu’à briser leur système auditif et cérébral.

Et que fait la ministre de la mer, Annick Girardin, dans ce contexte ? Et bien, elle fait ce que fait tout bon ministre dans le capitalisme : défendre l’industrie nationale de la pêche face à la concurrence. Car, comme se plaisent à le souligner les populistes en tout genre, notamment Jean-Luc Mélenchon, la France détient un vaste espace maritime et donc un important secteur de pêche qui pèse de tout son poids sur la législation européenne… Comme ce fut le cas en 2013 lorsque la tentative d’empêcher l’interdiction du chalutage en eau profonde s’est transformé en un simple et creux « contrôle ».

Dans le contexte du Brexit visant à re-négocier les zones de pêche, la ministre de la mer a donc surtout comme mission de protéger les pêcheurs français. Dans un entretien début octobre au JDD, la ministre répondait à une question évoquant la possible exclusion des pêcheurs français des zones maritimes britanniques :

« La pêche ne sera pas la variable d’ajustement du Brexit et le gouvernement y veille. »

La question des cétacés échoués n’est donc qu’un obstacle dans l’accumulation du capital, nécessitant l’affirmation d’une « écologie pragmatique ». Alors que plusieurs groupes et organisations chargées de la protection des cétacés demandaient au pire une restriction de la pêche, au mieux une interdiction de deux mois, la ministre déclarait :

« Ce qui m’intéresse, c’est comment on protège les dauphins tout en ayant une activité de pêche. Le développement durable, c’est prendre en compte l’écologie et l’activité humaine. » 

La ministre se fait ici la simple porte-voix d’Hubert Carré, le directeur général du Comité national des pêches maritimes, qui lui-même disait qu’on ne peut « pas flinguer toute une filière parce que vous avez décidé d’arrêter toute forme de pêche pendant quatre mois ».

Et le pire dans tout cela c’est qu’au-delà d’annoncer des mesures de contrôle en 2021 (entendez : des observateurs qui montent sur les chalutiers), Annik Girardin annonce presque fièrement la généralisation de pingers, ces dispositifs acoustiques qui doivent éloigner les cétacés des chalutiers.

Comme si les pauvres cétacés n’étaient pas déjà complètement déboussolés et malmenés par la saturation de bruits d’électro-sons produits des activités humains en tout genre ! L’heureuse accalmie vécue par les cétacés grâce à la baisse du trafic maritime international provoquée par la crise du coronavirus s’annonce déjà lointaine.

Comme ailleurs, le rouleau compresseur capitaliste, si froid, si mortifère, si criminel, est de retour pour forcer la reprise coûte que coûte… à moins qu’enfin des esprits se soulèvent sur la côte atlantique pour défendre la vie des cétacés !

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Écologie

La pollution de l’air, les élevages de vision et le SARS-CoV-2

Alors que des études italiennes et françaises ont montré que le virus SARS-CoV-2 était en circulation en Europe depuis l’automne 2019, il semblerait que des éléments écologiques aient fourni un terreau favorable à l’expansion du virus, tout autant qu’à sa mutation et au développement de facteurs de co-morbidité.

Au moment où l’Italie était le pays d’Europe le plus touché par la maladie, la Société italienne de médecine environnementale alertait sur le lien entre diffusion du virus et mauvaise qualité de l’air. En fait, les scientifiques savaient déjà que les particules fines étaient des vecteurs-transporteurs de contaminants chimiques et biologiques, mais aussi de virus.

Dans son propos introductif, l’étude rappelait ainsi que différentes recherches avaient prouvé que le nombre de cas de grippe, du virus respiratoire syncytial humain (RSV) et de la rougeole variaient par rapport au niveau de particules fines en suspension dans l’air (PM 2,5, PM 10) selon les endroits.

L’étude montre ainsi que la soudaine flambée de cas à la fin février en Lombardie est liée à un épisode de pollution aux particules au début du même mois – le temps d’incubation étant d’environ 10 à 14 jours. Au même moment, l’évolution du virus à Rome qui n’était pas emprise à un pic de pollution, fut moins rapide.

Dépassements des seuils limites de concentration aux PM10 en Italie entre le 10 et le 29 février 2020

D’autres études ailleurs dans le monde ont également montré le rôle de la pollution. Elle provoque une fragilisation du tissu cellulaire de l’appareil respiratoire, rendant plus aisée la contamination par le virus SARS-CoV-2, ainsi que le risque de développer une forme grave de la maladie. Enfin, une recherche liée à l’Université de Cambridge soulignait quant à elle le fait que les oxydes d’azote – un gaz et non pas des particules fines – émis par les gaz d’échappements favorisaient les récepteurs organique du virus.

Alors que l’on sait maintenant que le virus vecteur du covid-19 a vu sa circulation boostée par la pollution de l’air, tout autant que celle-ci a très certainement participé à la formation de cas graves, voire mortels, le suivi de l’évolution du virus montre que les horribles élevages de vison pourrait avoir un rôle dans la mutation d’une forme plus infectieuse.

Dans un article de la revue Nature en date du 26 octobre 2020, une vaste équipe de chercheurs analyse la mutation d’une protéine de la pointe du virus (on appelle un coronavirus du fait de la couronne de protéines qui entoure le virus, et lui permet de se fixer aux récepteurs de l’organisme cible). L’équipe note :

Pour le SARS-CoV-2, les analyses de plus de 28 000 séquences de gènes de pointe en mai 2020 ont révélé une substitution D614G rare avant mars 2020, mais devenue plus courante à mesure que la pandémie se propageait, survenant dans plus de 74% de toutes les séquences publiées d’ici juin 2020.

Malheureusement en continuant à utiliser partiellement l’expérimentation sur de pauvres hamsters, les scientifiques ont montré que la mutation G614 impliquait une meilleur réplication du SARS-CoV-2 dans les voies respiratoires supérieures grâce à une infectivité accrue du virion. Il semblerait que l’Europe a surtout été confronté à une mutation spécifique du SARS-CoV-2.

Il semblerait que les élevages de vison aient pu joué un rôle très tôt dans la mutation du SARS-CoV-2. Comme le rappelle One Voice, on comptabilise 250 exploitations de visons en Europe touchées entre avril et octobre, près de 6 millions d’animaux abattus, à quoi s’ajoutent les 15 millions de visons exterminés récemment au Danemark.

On sait que les visons ont contracté le covid-19 au contact du personnel des élevages eux-mêmes positifs… En Italie, des visons ont été contaminés officiellement dès le mois d’août en Lombardie et Emilie-Romagne…favorisant la mutation du virus ? Quand on voit cette vidéo d’un élevage de visons publiée au mois de novembre par la Ligue anti-vivisection italienne, on se dit que les conditions objectives étaient réunies pour une telle transformation, et cela d’autant plus du fait que le travailleur n’a aucune protection.

En Europe, l’épidémie a commencé son envolée meurtrière avec la flambée des cas avérés de covid-19 en Italie, avec une forte mortalité dans une zone rurale de Lombardie à l’Est de Milan à la fin février. Mais dès l’automne 2019, des personnes porteuses d’anticorps contre le coronavirus en Italie ont été recensées alors que le virus ne semblait pas aussi virulent. Alors que s’est-il passé entre temps ?

On peut émettre l’hypothèse d’un effet synergique entre la pollution de l’air et les élevages de visons, alors que la zone italienne touchée par le covid-19 comporte cinq élevages de visons, et qu’elle a connu au début de ce mois un important pic de pollutions aux particules fines. Par exemple, à Capralba, village lombard de 2 500 habitants, existe une ferme de 60 000 visons…

Si tel est le cas, on a là l’illustration d’un monde en déperdition complète avec un virus pur produit de la destruction des écosystèmes et de la vie sauvage, s’étant développé et renforcé justement à travers cette destruction anti-naturelle.

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Écologie

1 000 visons abattus en France, l’horreur d’un monde sans âme

Après les millions de visons abattus aux Pays-Bas, en Suède, en Grèce, aux États-Unis, en Italie, en Espagne et bien évidemment au Danemark, c’est un élevage français qui est touché par la mutation du virus SARS-CoV-2. L’horreur n’en finit pas de s’abattre sur le monde, avec une humanité qui regarde ailleurs…

À Champrond-en-Gâtine, un petit village d’à peine 700 habitants, un élevage de visons vient d’être déclaré contaminé par une variante du SARS-CoV-2, le coronavirus vecteur du Covid-19. Ce sont mille visons qui vont ainsi être purement et simplement liquidés pour assurer à l’humanité sa fuite en avant mortifère.

L’humanité s’enfonce dans la croyance en sa prétention absolue à dominer la nature. Ces mille visons sont touchés par une variante du virus qui menace la fiabilité des futurs vaccins, du fait que le virus ait trouvé un hôte animal propice à développer une plus grande résistance, alors il est décidé de les éliminer froidement. Cette horreur surgit maintenant dans notre pays, mais elle est déjà là depuis cet été, avec près de 17 millions de visons tués déjà récemment au Danemark.

En bon administrateur zélé du capitalisme, le gouvernement agit par un acte administratif en ordonnant l’abattage pur et simple. On ne va quand même pas débourser des sommes d’agent, mobiliser des lieux, une technologie, des scientifiques pour protéger la vie d’animaux… Pourtant, lorsqu’on sait que le vison est un animal très vivace, joueur et intelligent, on n’est pris d’un sentiment de grande tristesse, d’une profonde colère.

Le ministère de l’agriculture et de la transition écologique peut affirmer dans un communiqué, non sans gêne :

« Les ministres rappellent l’importance des gestes barrières pour lutter contre la propagation de la Covid-19 : il s’agit de protéger les visons d’une éventuelle contamination à partir du personnel des élevages, mais aussi, par précaution, d’éviter les contacts entre des animaux qui seraient infectés et le personnel des élevages. »

C’est vraiment le serpent qui se mord et se remord encore la queue. On sait que le covid-19 est le résultat d’une proximité, pour ne pas dire une promiscuité, trop grande entre les animaux sauvages et les êtres humains. Tout cela dans un contexte d’urbanisation généralisée, anti-naturelle…

Au lieu de changer de perspective générale, les choses continuent et s’empirent avec une humanité qui ne parvient pas à s’extirper de son aliénation dans la consommation… Tout cela jusqu’à quand ?

Car ces visons étaient élevés pour leur peau servant ensuite à la fourrure pour des vêtements de luxe. On lira ainsi avec dégoût sur un blog spécialisé dans la mode de la fourrure que « le vison est une fourrure durable, très représentative de la mode des années 40, et en même temps indémodable car elle est traitée aujourd’hui d’une façon très moderne (rasée, teinte…). »

Tout cela est scandaleux, révoltant et l’on se demande pourquoi les gens ne se soulèvent pas directement contre toute cette filière portée par des bourgeois sans scrupules. Car, en plus de leur abattage sans ménagement, les conditions d’élevage de ces visons étaient d’une horreur sans nom, d’où le fait que les associations de la cause animale soient parvenues à obtenir la fin de ces enfers à l’horizon 2025.

En août 2020, soit il y a à peine trois mois, l’association One Voice tournait d’ailleurs des images insoutenables dans l’élevage de Champrond-en-Gâtine. Un élevage que l’association qualifiait comme « le pire élevage de visons d’Europe »…

L’humanité n’en finit pas de s’enfoncer dans un cycle de régression morale. Une régression qui ronge tant des espèces vivantes honteusement exploitées et assassinées sur l’autel de la consommation que des êtres humains pétrifiés devant l’horreur… Un jour ou l’autre, une tempête de feu va s’abattre contre ce monde sans âme qui ne produit que consommation aliénée, égoïsme et insensibilité envers la vie elle-même.

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Société

Cannabis: la Cour de justice de l’Union européenne impose le CBD à la France

Les capitalistes de la fleur de chanvre attendaient avec impatience la décision de la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire Kanavape. Jeudi 19 novembre 2020, elle vient de donner sa décision et sans surprise, elle demande à la France de s’aligner sur la législation commune européenne.

En 2017, Sébastien Béguerie de l’entreprise Kanavape spécialisée dans la commercialisation de cigarette électronique à base de cannabidiol est convoqué au tribunal correctionnel de Marseille. L’État lui reproche de vendre ses marchandises sous couvert de vertus médicales.

En effet, des médicaments à base de molécules issues du chanvre, comme le tétrahydrocannabinol (thc) ou le cannabidiol (cbd), existent déjà, comme le Sativex (thc) ou l’Epidyolex (cbd). En juin 2018, la Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildca) rappelait :

En France, les seuls produits contenant des tétrahydrocannabinols et du CBD pouvant revendiquer des allégations thérapeutiques sont les médicaments autorisés par l’ANSM ou la Commission européenne sur la base d’un dossier évalué selon des critères scientifiques de qualité, sécurité et efficacité.

Mais la pression capitaliste s’avère extrêmement intense puisque l’ « affaire Kanavape » donne lieu à des propos plein de confusion émanant du gouvernement de l’époque, pavant la voie à l’ouverture de nombreux « shops de CBD » partout en France.

Ces derniers s’appuient sur la législation européenne qui autorise la commercialisation et la vente de fleurs de chanvre à condition que la plante dont elles sont issues contiennent moins de 0,2 % de THC, la substance psychoactive du cannabis. Ainsi, des pays comme la Finlande, la Lituanie, la Norvège, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, etc., autorisent la vente de produits de cannabidiol sur cette base juridique.

Mais, les petits boutiquiers français du CBD oublient que la France a une base populaire qui n’est heureusement pas aussi réceptive aux mœurs libéral-libertaires que les Pays-bas ou la Norvège par-exemple, et que nous ne sommes pas non plus dans les pays de l’Est où l’euphorie capitaliste post-URSS fait des ravages.

De fait, la législation française interdit strictement la vente de fleurs de chanvre, quel que soit le taux de THC, n’autorisant que l’utilisation des graines et fibres d’une plante respectant la norme européenne de moins de 0,2 %. Autrement dit, d’accord pour des huiles, des crèmes, etc., à base de CBD d’une plante contenant moins de 0,2 % de THC, mais non aux fleurs de CBD pour fumer.

Cela pose forcément problème aux marchands de la fumette, confrontés alors à des procès en série.

La Cour de justice de l’Union européenne vient ici jouer son rôle de lissage et d’uniformisation vers le libéralisme, permettant l’extension du marché et la bonne marche du capitalisme. Dans sa décision à propos de l’affaire Kanavape, elle rappelle premièrement que :

La Cour dit pour droit que le droit de l’Union, en particulier les dispositions relatives à la libre circulation des marchandises, s’oppose à une réglementation nationale telle que celle en cause.

Pour ensuite affirmer très nettement :

Une interdiction de commercialisation du CBD, qui constitue, d’ailleurs, l’entrave la plus restrictive aux échanges concernant les produits légalement fabriqués et commercialisés dans d’autres États membres, ne saurait être adoptée que si ce risque apparaît comme suffisamment établi.

Grosso modo, l’échange et la vente de fleurs de CBD doivent être autorisées en France car il ne faut pas faire entrave à la liberté de circulation de marchandises soit-disant « inoffensives » pour la santé. Business is business !

Mais la France et surtout les français ne disent pas que le CBD n’est pas inoffensif au plan sanitaire, ils disent qu’avec un tel marché, on ouvre la boite de pandore vers la banalisation générale des drogues. Le CBD se fume de toute manière avec du tabac, et les études sanitaires disent que le CBD n’est pas psychotrope, non pas qu’il est absolument dénué d’effets indésirables… Si l’on veut se soigner, on a des médicaments prescrits par son médecin, et disponibles en pharmacie.

Pour l’Union européenne, il n’y a pas de réalités nationales, liées à des héritages culturels spécifiques issus des luttes de classe. Non, il y a simplement des espaces de projection marchande. Son rôle est de faire de l’Europe un vaste marché commun, si possible avec le plus d’échanges divers et variés, ni plus, ni moins. Il faut bien pouvoir peser dans la concurrence capitaliste internationale…

Avec cette décision, la Cour de justice de l’Union européenne vient détricoter par en haut, de manière totalement anti-démocratique, la culture populaire plutôt rétive à l’ouverture officielle d’un tel commerce en France. L’autorisation du CBD par cette « Cour » doit donc être comprise uniquement pour ce qu’elle est : une décision au service du rouleau compresseur capitaliste.