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Politique

UJCML : Vive les étudiants de Nanterre et de Paris

Voici le tract du 4 mai 1968 de l’Union de la Jeunesse Communiste Marxiste-Léniniste, une des deux organisations maoïstes de 1968, qui est née dans le mouvement étudiant et qui s’est notamment caractérisé par une politique d’établissement dans les usines, ainsi que par une intense activité de soutien au Vietnam avec les Comités Vietnam de Base. Les images sont tirées du film de 1967 La Chinoise, de Jean-Luc Godard, lié à l’UJCML et à son prolongement, la Gauche Prolétarienne.

Depuis plus d’un mois, un nombre grandissant d’étudiants et de jeunes se révoltent et luttent contre la bourgeoisie. Les étudiants de Nanterre ont dans cette révolte joué un rôle d’avant-garde.

Toutes les forces répressives de la bourgeoisie se sont mobilisées pour écraser ce mouvement; elles ont utilisé la presse, les bandes fascistes, l’intimidation par l’administration universitaire, les arrestations et enfin l’agression de forces policières massives.

Tous les réactionnaires (y compris la clique dirigeante révisionniste), pris de panique, ont constitué un front uni et fomenté un vaste complot contre les étudiants : calomnier les étudiants progressistes, déverser un flot de mensonges, tout mettre en oeuvre pour les isoler de la population et permettre ainsi leur écrasement par les bandes fascistes et les troupes d’agression policière.

Mais cette offensive de la réaction, loin d’intimider les étudiants, a renforcé leur résolution.

Le mouvement des étudiants progressistes s’est impétueusement développé.

Malgré les contre-courants la masse des étudiants progressistes a brisé les manoeuvres d’encerclement et s’est orientée vers le peuple, vers les larges masses de la classe ouvrière, des travailleurs et de la population.

LE MOUVEMENT DE SOUTIEN AUX LUTTES DU PEUPLE CONNAIT UN GRAND ESSOR.

Le 3 mai, pendant près de 6 heures, de 17 heures à 23 heures environ, la masse des étudiants du Quartier Latin s’est bravement dressée contre les C. R. S. et la répression.

Comptant sur leurs propres forces et bénéficiant de l’appui de la population, ils se sont spontanément organisés et ont sévèrement châtié les provocations policières.

Déjà le mouvement de résistance aux brutalités policières se développe parmi les masses populaires.

Le 3 mai, une partie de la population s’est elle-même portée aux côtés des étudiants pour les aider à résister à la violence.

Les C. R. S. se sont comportés à l’égard de la population comme des troupes d’occupation en territoire ennemi, s’en prenant brutalement aux masses sans aucune distinction.

Ils ont suscité ainsi une grande colère dans la population.

Des masses populaires de plus en plus larges sont frappées depuis des mois et des années par la répression et la violence contre-révolutionnaire. Ces derniers temps les C. R. S. et autres troupes d’agression contre la population se sont livrés à des attaques brutales à l’égard des paysans de Redon, puis à l’égard des ouvriers et des masses populaires du Mans, de Caen, de Redon qui ont vaillamment combattu et châtié les agresseurs.

Ainsi des masses de plus en plus grandes d’ouvriers, de paysans, et d’étudiants prennent conscience de la nécessité de mettre un terme aux agressions policières, de faire cesser la répression.

Dans leur lutte contre la répression, les étudiants doivent résolument s’unir avec les larges masses populaires, et en particulier de la classe ouvrière, qui combattent depuis longtemps le même ennemi.

Ils doivent se mettre au service des travailleurs, force principale de la révolution.

Ouvriers, paysans, étudiants doivent s’entraider et se soutenir mutuellement pour défendre la liberté populaire et mettre en échec la violence policière.

Si les larges masses populaires des ouvriers, des paysans, des étudiants, persévèrent dans la lutte, conquièrent leur unité et forment un vaste front contre la répression policière, elles briseront inéluctablement les plans d’agression de la bourgeoisie.

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Écologie

Plus de 30 000 personnes appellent à la démission du préfet de l’Oise

Ce sont pratiquement 35 000 personnes qui ont signé un appel pour la démission du préfet de l’Oise, à la suite de son soutien unilatéral et déterminé à la chasse à courre.

Naturellement, François Ruffin, qui appelle à un rassemblement à Paris ce 5 mai pour faire la « fête à Macron », ne fait pas partie des signataires. Pourtant, Emmanuel Macron est le grand soutien aux chasseurs et à la chasse à courre en particulier…

Ce qui montre qu’une personne comme lui peut s’imaginer de gauche sans l’être, alors que des gens qui ne se définissent pas nécessairement comme de gauche assument une démarche fonrieriedamentalement de gauche…

Voici une vidéo relatant les propos tenus, ainsi que le texte de la pétition, qui peut être signée sur cette page.

Démission du préfet de l’Oise pour incitation à la violence

Lors de la dernière assemblée générale de la fédération des chasseurs de l’Oise, soit une semaine après une manifestation pacifique record contre la chasse à courre le 31 mars 2018 à Compiègne, le préfet de l’Oise et les présidents de la Fédération Nationale de la Chasse et de la Fédération de la Chasse de l’Oise, ont répondu à l’unisson pour appeler à la violence contre les opposants à la chasse à courre, de plus en plus nombreux.

Le Président de la Fédération Nationale des Chasseur, M Willy Schraen, en appelle à ses « gros bras », 800 chasseurs de gibier d’eau, pour venir « chasser en meute » les  citoyens qui s’opposeraient désormais à cette pratique. Il faut noter qu’il appelle des chasseurs non concernés par ce mouvement qui ne s’oppose qu’à une seule forme de chasse, la chasse à courre.

Le Préfet de l’Oise, M Louis Lefranc, appuie cette initiative en les appelant à « passer à l’action ».

Une véritable milice est levée à la simple demande de représentants de la chasse française. 

Ces méthodes sont anti-démocratiques et contraires aux droits de l’homme et du citoyen. Elles visent à écraser un élan citoyen qui n’en peut plus de supporter une pratique féodale et morbide qui représente la domination par la violence, extrême et gratuite, sur des êtres innocents.

Au lieu d’écouter ce mouvement et ce désir de beaucoup de français de vivre sans ces horreurs et ses souffrances infligées aux animaux, juste pour le plaisir d’une minorité , M le préfet de l’Oise a choisi LA REPRESSION et soutient désormais toute action des chasseurs visant à se faire justice eux-mêmes afin de continuer à vivre selon leurs us et coutumes.

Par ailleurs, M  Guy Harle d’Ophove affirme que toute personne n’aimant pas la chasse se doit de déménager et de quitter les villages forestiers, qui bien sûr selon lui, n’appartiennent qu’à une seule catégorie de citoyens : LES CHASSEURS.

Ce discours, en plus de son caractère dictatorial et violent, atteint plus d’une liberté fondamentale du citoyen français:

– le droit de manifester et d’exprimer ses opinions,

– le droit de vivre à la campagne et dans les villages forestiers pour toute personne opposée à la chasse.

 En soutenant ces  propos dangereux, le préfet de l’Oise cautionne la violence contre des citoyens qui ne veulent que préserver la vie.

Il prône de même l’obligation d’abattre tout animal s’introduisant sur une zone urbaine. Ceci, alors que les habitants des villages ont souvent manifesté leur désir de protéger ces animaux.

Comment un représentant de l’Etat peut-il à ce point ignorer le peuple au profit d’une caste minoritaire?

Comment un préfet peut-il cautionner l’emploi de la violence face à des militants pacifistes?

Comment peut-il mettre en place un dispositif tel que ‘les chasseurs vigilants’, tout en les incitant en même temps, à se faire justice eux-mêmes, alors qu’il s’adresse à des personnes munies d’armes ?

Il doit être le garant de la sécurité sur son territoire et non l’inverse.

Il doit par ailleurs respecter les libertés fondamentales des citoyens, ce qui n’est apparemment pas le cas.

Pour rappel, la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 relative à la DEONTOLOGIE et AUX DROITS et OBLIGATIONS des fonctionnaires:

Art. 25.-Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. Dans l’exercice de ses fonctions, il est tenu à l’obligation de neutralité.

Art. 25 bis.-I.-Le fonctionnaire veille à faire cesser immédiatement ou à prévenir les situations de conflit d’intérêts dans lesquelles il se trouve ou pourrait se trouver.

Au sens de la présente loi, constitue un conflit d’intérêts toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions.

Au vu des derniers évènements, le préfet Louis Le Franc, ne répond plus à aucune des obligations relatives à la DEONTOLOGIE et AUX DROITS et OBLIGATIONS des fonctionnaires.

Ses agissements sont de plus en plus dangereux pour nos concitoyens. Nous demandons de fait sa démission.

https://www.facebook.com/avapicardie/videos/1734101006647754/

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Politique

Des manifestations du 1er mai 2018 entièrement ritualisées

Les manifestations d’hier, premier mai 2018, ont rappelé que mai 1968 a échoué à ébranler la France profonde et que, finalement, nous en sommes encore au 19e siècle sur le plan des idées.

Peut-on faire plus caricatural ?

D’un côté, des syndicalistes défilant pour des revendications sociales et économiques, buvant des bières et mangeant des merguez, ou des kebabs aussi désormais, puisque c’est la mode pour faire « populaire » y compris dans les quartiers chics.

Quelque chose sans âme, avec des mentalités restreintes, prisonnières d’une vie quotidienne sévèrement encadrée par toutes les valeurs dominantes.

Quelque chose sans envergure aucune. D’ailleurs, le nombre total de manifestants, a été de 210 000, contre 280 000 l’année dernière, selon les chiffres de la CGT dans les deux cas. C’est évidemment un recul particulièrement significatif alors que la grève des cheminots a lieu.

Le black bloc, une sorte de divertissement 2.0 pour une contestation ritualisée

De l’autre, les anarchistes qui, a défaut de proposition, essayent de casser quelque chose. Et ils étaient nombreux : 1200. Un cortège de 1200 personnes appelant à la révolte, cela aurait eu un impact évident…

Mais ils ont préféré faire n’importe quoi, avec à la clef 200 arrestations, un chiffre très important qui montre le degré de désorganisation.

Il ne s’agit pas de regretter le saccage d’un Mc Donald’s : qui le regrette n’a rien compris à l’enjeu écologiste de notre époque, à la question animale de notre époque, au principe de surexploitation de notre époque.

Qui va au Mc Donald’s et tolère l’existence d’une telle monstruosité n’a pas compris les attentes de notre époque.

Ian Brossat, un carriériste bien inséré dans la mairie parisienne

On n’est donc certainement pas obligé de pleurnicher comme Ian Brossat, qui vit comme un grand bourgeois comme conseiller PCF de Paris et adjoint à la maire de Paris chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence, après avoir fait le lycée Henri IV et l’ENS de Lyon.

Cependant, on se doute bien que les casseurs n’ont pas fait cela par écologie ou par véganisme, ni même par lutte contre l’exploitation la plus féroce. On est dans la casse symbolique, dans un appel mystique à « autre chose ».

Ce qu’on doit reprocher, c’est qu’il n’y a rien derrière : ni culture, ni propositions, ni valeurs, ni programme.

En fait, il n’y a même rien du tout. C’est du nihilisme, tout à fait conforme à notre époque. C’est une fuite en avant, une sorte d’équivalent destructeur du populisme de Jean-Luc Mélenchon. Ce qui oblige ce dernier à nier les faits, jusqu’au ridicule.

Même Le Figaro se moque de lui !

« Le leader de la France insoumise dénonce des « violences insupportables contre la manifestation du 1er mai ». Avant de tenter : « Sans doute des bandes d’extrêmes droite. »

Pourtant, ces manifestants se revendiquent des « black blocs », une mouvance anarchiste et violemment anticapitaliste. Ils s’attaquent aux symboles de l’économie libérale, comme les fast-food ou des devantures de banques. Dans leur cortège, on pouvait par ailleurs apercevoir un drapeau communiste. »

C’est tout simplement ridicule de la part de Jean-Luc Mélenchon. C’est absurde. Et d’ailleurs, que diable peut faire un drapeau communiste au milieu des anarchistes ? C’est une aberration aussi !

Tout cela témoigne de la confusion des idées à notre époque. La génération facebook fonctionne à l’instinct, à l’image. On peut se croire à peu près n’importe quoi tout en n’y connaissant rien, car personne n’y connaît rien et, surtout, tout le monde s’en fout !

Ce qui montre bien, en dernier ressort, que tout ce petit monde fait confiance à l’État et au capitalisme pour se réguler de manière ou d’une autre. Personne ici ne croit en la crise, personne ici ne croit en le fascisme, personne ici ne croit au réchauffement climatique.

On est dans la théâtralisation de la contestation, avec des rôles entièrement préétablis… Et c’est humainement à la fois frustrant, intolérable, vide de sens.

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Politique

Le «premier» premier mai en 1968 et la nature du premier mai

C’est quelque chose de fondamentalement méconnu, tellement cela paraît invraisemblable, mais dans les années 1950-1960, les défilés du premier mai étaient interdits par l’État, en raison des guerres d’Indochine et d’Algérie.

Cela signifie qu’à l’époque, la Gauche avait entièrement capitulé au sujet de l’un de ses plus grands symboles. Cela a grandement contribué à la perte de toute un état d’esprit, de toute une tradition, de toute une certaine vision politique de confrontation au lendemain de 1945.

A l’époque, il y avait une grande polarisation et assumer la CGT, c’était assumer la lutte des classes… La CGT elle-même avait fort logiquement des revendications dépassant largement le cadre restreint des mesures sociales.

Malheureusement, l’interdiction acceptée par la Gauche a endormi les travailleurs.

Ainsi, le premier mai 1968, il y a cinquante ans, lors du premier défilé depuis de nombreuses années, ce fut le choc de la confrontation entre la CGT d’un côté, les gauchistes de l’autre, avec notamment les « marxistes-léninistes » (c’est-à-dire les maoïstes) pour qui le « P « C »F », comme ils le désignaient, avait trahi.

Les vieux reprochaient aux jeunes de ne pas avoir le sens des réalités, de mépriser la bataille des acquis ; les jeunes accusaient les vieux d’avoir trahi l’idéal révolutionnaire, d’avoir abandonné le projet d’une société ayant renversé le capitalisme.

Au-delà de la confrontation d’idées, c’est la question de la démarche elle-même qui se posait. En quoi consiste le premier mai ? En une démonstration de force des forces sociales défendant des intérêts économiques ? Ou bien en un rappel des grands idéaux de la Gauche, ceux d’un monde sans exploitation ni oppression ?

L’affiche de 1951, avec des revendications précises et politiques

Le 1er mai en France est, en effet, malheureusement prétexte à des rassemblements syndicaux, alors qu’en réalité, une telle journée devrait être l’expression de la Gauche politique.

Cela reflète le vrai problème de fond de la question sociale en France : en raison de la charte d’Amiens fait par la CGT en 1906 et séparant radicalement la politique de l’activité syndicale, il y a deux mondes qui coexistent, au lieu que la primauté revient à la politique normalement.

Cela a renforcé le syndicalisme réformiste et gestionnaire, totalement coupé sur le plan des idées et des valeurs de ce qu’est la Gauche. C’est la fameuse figure du syndicaliste râleur, collaborant avec le patronat pour avoir ses heures sans travail, collaborant aux projets de l’entreprise, ayant des normes particulièrement sexistes, porté largement sur l’alcool, etc.

Un personnage insupportable, prétendant même représenter la Gauche, alors que son existence dépend des millions et des millions d’euros donnés aux syndicats afin de maintenir leur existence et de pacifier les rapports sociaux.

L’affiche de 1972, où règne le flou et avec la CGT placé au centre, sans drapeau rouge

Les forces conservatrices ont ici très bien joué, ayant très bien comprises l’apolitisme syndicaliste française. Si à partir d’avril 1919 le 1er mai devient une journée chômée, il n’est férié et payé à l’initiative du syndicaliste CGT René Belin.

Sauf que cela se passe en 1941 et que René Belin est alors ministre du travail du régime de Vichy, qui instaura alors la « Fête du Travail et de la Concorde sociale ».

Prétendre que cela n’a pas eu d’influence serait absurde. C’est dans cette identité liée au « travail » et non pas à la Gauche qu’il y a eu l’espace pour le Front National de commencer un rassemblement du premier mai à partir de 1988. Même Nicolas Sarkozy a eu une initiative similaire en 2012, pour célébrer le « vrai travail ».

Il n’y a qu’en France qu’une aberration est possible. Le premier mai devrait avoir un sens politique, pas un sens économique ou social. C’est là, bien entendu, toute la question d’une définition de la lutte des classes.

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Écologie

« Cent noms pour une Zone d’Agriculture Durable à Notre-Dame-Des-Landes »

Quand même, même si on sait que parfois il y a un manque de culture ou d’intelligence, de plus en plus de positions à gauche laissent perplexes, pantois, tellement l’incohérence rejoint l’inconsistance.

Prenons la question de Notre-Dame-des-Landes. La lutte contre l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes vise initialement à défendre les zones humides, comme on le sait on est ensuite passé totalement à autre chose, avec des gens voulant vivre en petites communautés autosuffisantes.

On est passé d’une question écologiste à une question d’idéologie de repli sur la petite propriété, l’esprit communautaire, un vécu commun plein de « transcendance » par la solidarité, la mise en œuvre en commun, l’autosuffisance individuelle, etc.

On sait que cela relève du folklore anarchiste, de l’esprit anti-social de négation du mouvement ouvrier ; les zadistes de la « Zone à défendre » sont des gens cherchant à tout prix à vivre en marge de la société, récusant toute envie de changer celle-ci, haïssant la production organisée, développée, moderne.

Il n’y a donc rien à défendre là-dedans quand on est de Gauche. Et c’est pour cela que se précipitent pour défendre cela des gens cherchant à « dépasser » la Gauche historique, le mouvement ouvrier.

C’est cela qui unit les cadres du Parti de Gauche, de La France Insoumise, de Génération-s, d’Europe Ecologie Les Verts, etc.

A lire en effet « Cent noms pour une Zone d’Agriculture Durable à Notre-Dame-Des-Landes », un manifeste en faveur des zadistes cherchant à prolonger leur démarche, il y aurait une voie nouvelle combinant individualité, propriété et collectivité.

C’est là l’idéologie de la « troisième voie », celle du fascisme, qui prétend fonder le monde sur des « idées », des « expériences », le « vécu », la mise à plat des contradictions, etc.

La « nouvelle » gauche – rempli d’universitaires adeptes des philosophies sur la post-modernité, le monde post-industriel, etc. – se précipite toujours plus dans un positionnement franchement réactionnaire.

Au prétexte du respect de l’« Etat de droit », des femmes et des hommes qui cultivaient la terre et pratiquaient l’élevage ont été délogé·e·s de leur lieu d’activité et de vie. Leur ferme, où deux agneaux sont nés la semaine passée, a été détruite.

Ces paysannes et ces paysans occupaient un terrain appartenant à l’Etat. Pourtant, il leur avait été promis qu’une solution viable, pacifique et tournée vers l’avenir serait recherchée. Ils/elles étaient en discussion avec la préfecture pour obtenir une convention d’occupation collective de ces terrains.

Le collectif : voilà le sujet du combat qui se joue à Notre-Dame-des-Landes.

Quand le Gouvernement impose des conventions d’occupation temporaires individuelles, des paysan·ne·s, de la ferme des Cent noms ou d’ailleurs, envisagent leur activité collectivement.

La question de la propriété de la terre et le fait qu’elle puisse appartenir à celles et ceux qui la travaillent est un enjeu considérable de l’Histoire politique de notre pays et du monde. L’un des ressorts de la Révolution française reposait sur cette question majeure.

La lutte des paysan·ne·s sans-terre d’Amérique latine comme l’accaparement des terrains agricoles par la Chine et les puissances occidentales en Afrique en sont l’expression criante aujourd’hui.

Si notre tradition et notre Histoire envisagent la possession de terres principalement de façon individuelle, l’imaginaire politique qui existe à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs prend appui sur un constat critique du rapport à la propriété pour expérimenter des propositions nouvelles.

Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. Dès lors, les écologistes et toutes celles et tous ceux qui réfléchissent à une autre relation à l’agriculture et aux sols envisagent légitimement, à coté de la propriété individuelle, une propriété collective, partagée, de la terre, ainsi qu’un travail lui aussi appréhendé collectivement.

Depuis des décennies, le labeur des agricultrices et des agriculteurs n’a cessé de s’alourdir pour des revenus de plus en plus faibles. Isolé·e·s les un·e·s des autres, les agriculteurs·trices de notre pays souffrent et meurent.

À Notre-Dame-des-Landes, l’intervention brutale des forces de l’ordre ne vise pas à faire respecter le droit. Elle vise à combattre une idée : celle d’un autre rapport à l’agriculture, en rupture avec le modèle productiviste.

Dans un monde globalisé, où la concurrence et l’individualisme font rage en délitant les liens de solidarité humaine et en détruisant l’environnement, les paysan·ne·s de Notre-Dame-des-Landes sèment les graines d’un autre monde.

Les défricheuses et les défricheurs de ce nouveau monde désirable n’ont pas toujours raison, mais celles et ceux qui les moquent, les oppriment et qui les blessent ont toujours tort.

En accordant la possibilité de conventions d’occupation collective des terres de Notre-Dame-des-Landes à celles et ceux qui en font la demande, ce que le droit permet, le Gouvernement n’abandonnerait pas son autorité. Au contraire, il ferait la preuve de sa disponibilité et de son ouverture à une approche différente de l’agriculture.

La ferme des 100 noms est tombée mais son imaginaire, celui qui s’est épanoui à Notre-Dame-des-Landes, est porteur d’espoir. Nous sommes convaincu·e·s que cet espoir est notre avenir. Il n’est pas trop tard.

Nous réclamons le droit de laisser vivre cette alternative pour transformer en réalité le rêve d’une agriculture ancrée sur les territoires, respectueuse du vivant et des paysan.ne.s.

Nous affirmons que cette France qui s’investit contre les grands projets destructeurs et dangereux sait et peut construire un monde meilleur.

Nous demandons l’arrêt immédiat des interventions policières et l’ouverture d’un vrai dialogue qui permette dans le respect de la loi l’élaboration de conventions individuelles, mais aussi collectives, d’occupation des terres de Notre-Dame-des-Landes.

Pour signer cette tribune en ligne : https://100noms.typeform.com/to/TO4gy9

Premier·es signataires :

Arnaud Apoteker, tribunal Monsanto; Isabelle Attard, ancienne députée; Clémentine Autain, députée du groupe LFI; Geneviève Azam, Attac; Laurence Abeille, ancienne députée écologiste;

Pénélope Bagieu, autrice de bandes dessinées; Guillaume Balas, co-coordinateur de Génération.s; Étienne Balibar, philosophe; Clotilde Bato, directrice de SOL-asso; Michel Bauwens, fondateur de la Fondation P2P; Julien Bayou, porte-parole EELV; Sandrine Bélier, ancienne députée européenne; Esther Benbassa, sénatrice EELV; Fatima Benomar, Les effrontées; Michel Bérhocoirigoin, paysan, co-fondateur de la Confédération paysanne; Martine Billard, secrétaire nationale à l’écologie du PG; Christophe Bonneuil, historien, CNRS; Dominique Bourg, philosophe; Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris; Pauline Boyer, porte-parole Alternatiba; Sophie Bringuy, conseillère régionale EELV des Pays-de-Loire; Sophie Bussière, avocate au barreau de Bayonne et militante écologiste;

Valérie Cabanes, essayiste et juriste; Alice Canabate, vice-Présidente de la FEP; Aymeric Caron, journaliste, écrivain, porte-parole du REV; Damien Carême, maire EELV de Grande-Synthe; Naima Charai, Génération.s; Pascal Cherki, Génération.s; Philippe Colomb, président d’Agir pour l’environnement; Eric Coquerel, députée du groupe LFI; Maxime Combes, économiste; Hugo Cordier, co-secrétaire des Jeunes écologistes; David Cormand, secrétaire National EELV; Christel Cournil, juriste et enseignante chercheuse; Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac;

Célia Da Costa Cruz, co-secrétaire des Jeunes écologistes; François Damerval, Cap21; Laurence de Cock, professeure et chercheuse; Jean-Paul Deléage, fondateur et directeur de la revue Ecologie & Politique; Estelle Deléage, rédactrice en chef de la revue Ecologie & Politique; Karima Delli, députée européenne EELV; Stéphane Delpeyrat, Génération.s; Florence Denier-Pasquier, membre du CESE; Marie Desplechin, auteure; Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice; Cyril Dion, auteur-réalisateur; Clémence Dubois, 350.org; Michel Dubromel, Président de FNE; François Dufour, conseiller régional, syndicaliste et faucheur volontaire; Marc Dufumier, agronome; Julien Durand, porte-parole de l’ACIPA, paysan;

Quentin Erades, lauréat de l’Institut De l’Engagement; Txetx Etchevery, Bizi;

David Flacher, Porte-parole d’Utopia; Charles Fournier, vice-Président EELV de la Région Centre Val-de-Loire; Bastien François, président de la Fondation pour l’écologie politique;

Roccu Garoby, autonomiste corse, membre du PNC; François Gemenne, chercheur en sciences politiques, Université de Liège, professeur à SciencesPo.; Guillaume Gontard, sénateur divers gauche de l’Isère; Gueraud Guibert, président de la Fabrique écologique;

Emilie Hache, philosophe; Nicolas Haeringer, 350.org; Benoit Hamon, Génération.s;

Nicolas Imbert, directeur de Green Cross France;

Yannick Jadot, député européen EELV; Mila Jeudy, Génération.s; Eva Joly, députée européenne EELV; Samuel Juhel, Président du REFEDD; Jean-François Julliard, Délégué général de Greenpeace France;

Stéphen Kerckhove, Délégué général d’Agir pour l’environnement;

Annie Lahmer, conseillère régionale EELV; Jean-Charles Lallemand, secrétaire général du PG; Aurore Lalucq, porte-parole de Génération.s; Philippe Lamberts, président du groupe Verts – ALE au Parlement Européen; Frédéric Lamblin, directeur d’une association agricole et environnementale; Mathilde Larrere, historienne; SarahLegrain, Secrétaire nationale aux relations extérieures du PG; René Louail, paysan; Benjamin Lucas, Génération.s; Roxane Lundy, Génération.s; Alexandra Lutz, présidente de CliMates;

Sébastien Mabile, avocat; Noel Mamère, journaliste et militant écologiste; Dominique Méda, sociologue et philosophe; Jean-Luc Mélenchon, président du Groupe LFI à l’Assemblée nationale; Christian Métairie, maire d’Arcueil; Guillaume Meurice, humoriste; Benoit Monange, directeur de la Fondation de l’Ecologie Politique; Claire Monod, co-coordinatrice Génération.s; Corinne Morel-Darleux, conseillère régionale AURA LFI; Cécile Muret, secrétaire Nationale de la Confédération Paysanne;

Franck Nicolon, conseiller régional «écologiste et citoyen» Pays-de-Loire; Claire Nouvian, présidente de Bloom;

Jon Palais, ANV-Cop 21; Mathilde Panot, députée du groupe LFI; Corine Pelluchon, philosophe, professeur à l’Université Paris-Est-Marne-La-Vallée;

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne; Eric Piolle, maire EELV de Grenoble; Emmanuel Poilane, directeur de France Liberté; Thomas Porcher, économiste; Loïc Prud’homme, député du groupe LFI; Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la Nature et l’Homme;

François Ralle Andreoli, conseiller consulaire; Sandra Regol, porte-parole EELV; Guillaume Riou, Président de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique; Michèle Rivasi, députée européenne EELV; Marie-Monique Robin, journaliste d’investigation et réalisatrice; Barbara Romagnan, militante écologiste et féministe; Clément Rossignol Puech, maire de Bègles;

Laetitia Sanchez, conseillère régionale EELV de Normandie; Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU et Président de IPES Food; Arnaud Schwartz, membre du CES européen; Pierre Serne, conseiller régional EELV; Danielle Simonet, coordinatrice du PG;

Claude Taleb, conseil Régional écologiste de Normandie; Laura Slimani, Génération.s;

Annie Thebaud-Mony, association Henri Pezerat; Nicolas Thierry, vice-président du Conseil Régional Nouvelle Aquitaine, EELV; Marie Toussaint, présidente de Notre affaire à tous;

François Veillerette, militant écologiste; Véronique Vinet, conseillère régionale EELV d’Occitanie; Vincent Verzat, youtubeur; Denis Vicherat, directeur des éditions Utopia; Patrick Viveret, philosophe…

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Culture

Le film « L’Enfance d’Ivan » d’Andrei Tarkovski (1962)

Après avoir intégré l’Institut fédéral d’État du cinéma (VGIK) en URSS en 1959, Andreï Tarkovski réalise plusieurs court-métrages, puis le moyen métrage Le rouleau compresseur et le violon, film pour enfant de fin d’étude.

Si ce dernier lui permet déjà de se faire remarquer dans les milieux cinéphiles c’est surtout avec son premier long métrage, L’Enfance d’Ivan, sorti en 1962, qu’il gagnera un statut de niveau international, remportant même le Lion d’or à la Mostra de Venise.

Dès cette oeuvre, Andreï Tarkovski s’impose comme l’un des plus grands cinéastes, voire le plus grand comme l’expliqua Ingmar Bergman.

On suit ainsi le jeune Ivan en pleine seconde guerre mondiale, qui a rejoint l’Armée Rouge en tant qu’éclaireur après l’assassinat de sa famille par les nazis.

Le film se veut cependant séparé de toute lecture héroïsante pour ainsi dire, afin de se tourner vers l’enfant lui-même.

Un enfant dont la fragilité a ainsi été volé par la guerre et la barbarie nazie. La guerre n’apparaît d’ailleurs que de manière assez abstraite dans le film. On ne voit presque aucun ennemi. En revanche elle ne lâche jamais Ivan, elle est marqué, gravé en lui, en son être.

La figure d’Ivan est donc très marquée, tout à la fois durcie et brisée ; il n’hésite pas à tenir tête aux adultes et aux gradés de l’armée, animé par un profond sentiment de vengeance.

Il veut absolument participer à l’effort de guerre et refuse catégoriquement d’entendre que celle-ci n’est “pas son affaire”.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le titre de la nouvelle de Bogomolov était simplement Ivan, c’est Andreï Tarkovski qui a ajouté “l’enfance”. Celle-ci se retrouve justement mise en scène non seulement dans les actions, mais également dans des séquences oniriques, pleine de poésie sur l’innocence et la joie, sauf que la guerre y agit comme un poison, les transformant en cauchemars.

Le film est, par cette raison même, un véritable chef d’œuvre sur le plan plastique, celui de la trame, du montage, de la précision du propos, de sa densité dans la mise en scène.

Le rapport à Ivan comme figure tourmentée est davantage problématique. Il y a un psychologisme indéniable qui est ici mis en avant, au grand plaisir de Jean-Paul Sartre qui, en octobre 1963, se fendit d’une longue lettre au quotidien italien L’Unità pour défendre L’enfance d’Ivan justement pour sa dimension pratiquement existentialiste, avec le refus d’une affirmation de l’héroïsme, des vertus de la mentalité communiste, etc.

Jean-Paul Sartre réduit ainsi l’intervention soviétique dans la seconde guerre mondiale à sa dimension simplement négative, passive, pleine de souffrance ; il explique ainsi qu’un enfant mis en pièce par ses parents, c’est une tragi-comédie bourgeoise, alors que des millions d’enfants détruits ou vivant par la guerre, ce serait l’une des tragédies soviétiques.

Cette réduction à une tragédie est une absurdité insultant profondément le dynamisme de la société soviétique et même assimilant les Russes à des êtres passivement tourmentés pour l’éternité.

C’est précisément, malheureusement, à un tel cliché qu’obéit Andreï Tarkovski lui-même avec ses incessantes références religieuses dans le film.

Il est ici dans l’ordre des choses que Jean-Paul Sartre puisse tenter de réduire le film à cette dimension, mentionnant comme prétendu exemple dans son article l’histoire d’un enfant juif mettant de l’essence sur son matelas pour se laisser brûler vif après avoir appris la mort de ses parents dans un camp d’extermination.

Et cette faiblesse psychologisante est typique des œuvres du « dégel » caractérisant l’accession de Nikita Khrouchtchev au poste de dirigeant du Parti Communiste d’Union Soviétique.

Andreï Tarkovski lui-même n’abandonnera pas cette tendance, qui est le grand travers de ses films.

L’enfance d’Ivan présente ainsi déjà les principales caractéristiques d’Andreï Tarkovski, alors qu’il n’a pas choisi d’adapter la nouvelle de Vladimir Bogomolov. Une première adaptation avait été commencée puis arrêtée par le studio faute de résultat satisfaisant. Il a alors été proposé à ce jeune réalisateur tout juste sorti de l’école de reprendre le projet avec le budget restant.

Celui-ci accepta aux conditions de tout reprendre de zéro, de créer sa propre équipe de tournage et de pouvoir intégrer des séquences de rêve d’Ivan. Il refusa même de regarder les rush du premier projet.

On y retrouve son sens de l’éclairage, ses plans très “photographiques”, la mélancolie, l’onirisme et l’aspect “vie intérieur” qui se dégage de ses films – on pourra, en quelque sorte, évidemment reconnaître là des traits typiquement russe, tant pour la forme que le contenu, l’esprit que l’âme.

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Politique

L’analyse erronée de l’antisémitisme par Emmanuel Macron

Il est courant à l’ultra-gauche de faire des cités le bastion du peuple : c’est totalement erroné, et cela au moins depuis les émeutes des banlieues de 2005. L’échec de la jonction populaire dans une révolte commune a marqué une rupture ayant comme conséquence le renforcement dans les banlieues de l’esprit lumpen-prolétaire et des trafics de drogues, de l’islamisme, d’un rejet total des valeurs de Gauche, d’une diffusion massive de l’antisémitisme.

L’échec de 2005 a abouti à un processus de ghettoïsation assumé de l’intérieur des banlieues elles-mêmes, alors qu’auparavant la pression était quasi uniquement extérieure. Le Front National et les « identitaires » en ont largement profité pour diffuser l’idée d’un conflit « racial » en France, tandis qu’Alain Soral a tenté, par tous les moyens et avec un succès certain, avec Dieudonné, à développer le thème d’une lutte anticapitaliste romantique ayant comme prisme l’antisémitisme.

Emmanuel Macron ne peut pas faire face à cela. Il ne peut pas assumer que l’immigration est une démolition de personnes arrachées à leur pays pour travailler comme main d’œuvre mal payée et dévalorisée. Il est obligé de la maintenir comme processus « naturel », comme déplacement individuel.

Par conséquent, il ne peut pas assumer les conséquences du déplacement d’une population pétrie de valeurs féodales dans un pays capitaliste développé et de la formation de ghettos. Il ne peut pas reconnaître la souffrance du travailleur arraché à ce qu’il a connu et isolé socialement, tout comme il ne peut pas saisir l’émergence de révoltes dévoyées, d’une fuite dans les superstitions, la paranoïa.

Aussi, lorsqu’il a abordé le sujet de l’antisémitisme en France lors d’un échange avec des étudiants américains de l’université George Washington, le 25 avril, Emmanuel Macron a développé une rhétorique ridiculement absurde :

« Il y a deux racines de ce nouvel antisémitisme. La première est liée à l’importation du conflit entre Israël et la Palestine.

Certaines personnes en France souhaitent reproduire ce conflit international au sein même de la société française.

La deuxième racine est une sorte d’ancien antisémitisme français, qui existait au début du siècle et qui reprend de l’ampleur. C’est une forte préoccupation pour moi. Nous devons le reconnaître ».

Finalement, Emmanuel Macron a la même lecture de l’antisémitisme que l’ultra-gauche ! Car on le sait, l’ultra-gauche, n’ayant plus rien à dire depuis 1989, a fait grosso modo de même, avec une esthétisation forcenée de la question palestinienne.

Cela alors, que dans les faits réels là-bas, bien loin de cette esthétisation, le pauvre peuple palestinien se prend davantage de coups chaque jour, sombrant sur le plan des idées dans l’ignoble corruption de l’OLP ou l’esprit moyen-âgeux sordide du Hamas, pendant que l’État israélien renforce sa main-mise totale sur tous les aspects de la vie (l’économie, les infrastructures, les emplois, etc.).

Et quand l’antisémitisme malheureusement populaire affleure trop, l’ultra-gauche prétend que ce n’est qu’un antisionisme qui ne se connaît pas, un anti-impérialisme qui ne se connaît pas, un anticapitalisme qui ne se connaît pas.

Les personnes juives sont assimilées à l’État israélien, à la question des conflits mondiaux, bref à une question « mondiale ». C’est là un discours national-révolutionnaire, ni plus ni moins.

Voilà pourquoi les personnes juives fuient une « gauche de la gauche » de moins en moins de gauche, ainsi que des départements comme le 93, et que des enfants juifs dans les écoles publiques est quelque chose d’extrêmement problématique en cas de situation de minorité.

Cette réalité ne peut pas être niée et ce n’est nullement un secret que l’Islam, pour se parer d’attributs sociaux malgré son conservatisme forcené, utilise la question juive comme anticapitalisme à destination de gens totalement coupés des traditions du mouvement ouvrier.

Et cette religion profite de la question de l’immigration, dont la nature, la forme, le fond, est un formidable non-dit depuis les années 1960.

En pratique, l’immigration est une déportation de population travailleuse, un drainage des forces vives. C’est un véritable pompage d’une main d’œuvre largement corvéable, car issue de la paysannerie et partant de là très peu éduquée, encadrée par des superstitions religieuses, des habitudes patriarcales.

Cela est vrai pour les Philippines venant servir de femmes de ménage à Neuilly – Auteuil – Passy depuis plusieurs années, comme des Arabes envoyés dans les usines des années 1960. Si l’on va à la fête annuelle des associations philippines à Paris, que voit-on ? Des regroupements religieux, des structures pour investir au pays.

Il n’y a jamais eu et il ne peut pas y avoir une équation : immigration = de gauche, bien au contraire. S’il y a une bataille tout à fait juste pour les droits, il en ressortira toujours sur le plan individuel une volonté d’affirmation sociale au sein de l’idéologie dominante, et cela d’autant plus qu’il y a des superstitions, des préjugés, des restes rétrogrades ramenés de pays arriérés.

Mais il y a pire. La gauche qui ne s’assume pas a accompagné cette immigration appuyant la pression sur les salaires et l’exploitation forcenée des personnes immigrées. C’est cela qui a poussé une large partie des couches populaires françaises dans les bras de l’extrême-droite profitant des préjugés racistes.

Même lorsqu’il y a eu des tentatives de révolte en faveur des travailleurs immigrés, cela a toujours basculé dans une lecture chrétienne de la « solidarité », l’Église catholique menant sur ce plan un travail forcené.

Le résultat en est une contribution à la ghettoïsation et l’un des aspects de la ghettoïsation de l’immigration… avec comme aspect incontournable, l’antisémitisme. L’antisémitisme, aujourd’hui, n’est porté que de manière résiduelle par les personnes françaises depuis plusieurs générations : si des préjugés restent, il est considéré toutefois comme inacceptable comme expression culturelle.

Par contre, dans l’immigration, ce n’est pas un secret, c’est un fait culturel solidement enraciné, principalement les jeunes, les religieux, les hommes. C’est un antisémitisme patriarcal, servant une prétention anticapitaliste romantique ; c’est un socialisme des imbéciles mêlé à un esprit de carrière petit-bourgeois.

Et seul un véritable socialisme peut le balayer. Emmanuel Macron, ne voulant pas de socialisme du tout, est alors obligé de le nier…

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Politique

La pathétique affaire du faux blessé grave de Tolbiac

Il y a maintenant plusieurs semaines, un mouvement étudiant s’est répandue dans une quinzaine de facultés contre le projet de réforme « Parcour Sup’ » entraînant plus de sélection sociale dans l’accès à l’université. Au cours du mouvement étudiant, l’occupation de la faculté parisienne de Tolbiac est apparue comme un des pôles radicales de la contestation, se rebaptisant elle-même « Commune Libre de Tolbiac ».

L’évacuation policière a débuté vendredi 20 avril dans la matinée, ce qui ne pouvait manquer d’avoir lieu après des semaines de blocage et une répression s’étant déjà abattue dans les autres facultés mobilisées.

C’est lors de cette évacuation qu’une rumeur à propos d’un blessé grave, voir d’un mort, s’est répandue entre le dimanche 22 et le mardi 24 avril. Une personne aurait ainsi soit-disant chuté d’un gradin par la faute d’un policier, lui causant un gravissime trauma crânien et le plongeant dans le coma. Voilà ce qu’ont diffusé des étudiants pseudos « témoins » dès le dimanche 22 avril.

Cette information s’est révélée être un pur mensonge, avec l’aveu d’une des témoins elle-même. Cette affaire révèle, en réalité, toute la vacuité et l’inconstance de ce mouvement de la « Commune Libre de Tolbiac ».

C’est le prix à payer lorsque les mouvements de gauche abandonnent toute fermeté, toute rigueur sur les repères idéologiques et culturels et se laissent emporter dans un hymne nihiliste et libérale-libertaire. Cela est une faute politique impardonnable car procéder par le mensonge, le trucage d’informations, c’est renforcer la confusion politique, l’irrationalité des comportements alors que le fascisme avance justement à grand pas…

Les fascistes étaient d’ailleurs venus attaquer l’occupation étudiante, dans un assaut typique d’un commando des années 1960-1970. C’est dans cette même faculté occupée que des tags antisémites à l’égard du local de l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) avaient été relevé, quelques jours après le terrible assassinat de Mireille Knöll.

Dans un tel contexte crispé, terriblement tendu, la position de la Gauche doit être des plus fermes, des plus solides, des plus sérieuses.

Procéder au mensonge, aux fausses déclarations sur une soit disant personne morte lors de l’évacuation, c’est tout simplement ouvrir les vannes culturels à l’extrême droite !

Chacune et chacun sait que l’extrême droite à principalement comme base de mentir et de diffuser des analyses incohérentes, irrationnelles à coup de « fake news » et d’analyses « sensationnelles » notamment dans la sphère conspirationniste…

Mais faut-il s’étonner de tout cela lorsqu’on voit une étudiante issue de l’occupation de Tolbiac sur le plateau de LCI en compagnie de l’identitaire et maire de Béziers Robert Ménard et l’ultra-conservatrice Eugénie Bastié ?

Où sont les valeurs de Gauche, les digues culturelles ? Il y a là un exemple terrible de faillite morale propre à la petite-bourgeoisie libérale-libertaire qui accepte tout et n’importe quoi, y compris des fausses tribunes médiatiques dominés par l’extrême droite.

Et cela est d’autant plus indigne et scandaleux que cette étudiante dit « parler en son nom propre » tout en parlant du soit disant blessé grave comme « un fait », intervention bien évidemment relayée par l’une des pages Facebook du mouvement d’occupation de Tolbiac.

Il y a là le triomphe de l’individualisme, de l’irrationnelle, du refus de toute cadre collectif et moral, tendances qui renforcent toute l’extrême droite…

Il y a aussi cette témoin, Leïla, électrice de Jean-Luc Mélenchon, qui est interviewée par la chaîne d’information « alternative » « Le Média » (France Insoumise) et décrit avec un aplomb déconcertant le faux blessé grave de l’évacuation policière… Rien d’étonnant au final puisque la ligne de la France Insoumise consiste justement dans le populisme, l’association « des colères » sans définitions idéologiques stables, rigoureuses.

Quel scandale, quelle manque de dignité que de penser faire « avancer » le mouvement étudiant sur la base d’une fausse personne gravement blessée, mais tellement compréhensible lorsqu’on l’on sait le niveau de décomposition morale du mouvement, miné par l’alcool, les drogues, les graffitis nihilistes et sexistes, le harcèlement sexuel…

Le site journalistique « Reporterre » peut bien « rétropédaler », il n’en fait rien. Il y a une faute déontologique énorme, un manque de recul flagrant.

Hervé Kempf, son directeur, évite d’ailleurs toute auto-critique sérieuse en affirmant d’un côté avoir « reçu un témoignage par écrit cohérent » et d’un autre côté relativisant le mensonge sur la base du traumatisme qu’aurait vécu les étudiantes et étudiants lors de l’évacuation…

A la veille de la commémoration des 50 ans de mai 68, toute personne de Gauche sait bien qu’il faut impérativement élaborer une critique profonde du libéralisme-libertaire issu de ce mouvement. Sans critique de ce nihilisme « soixante-huitard », il est impossible de fonder une Gauche sérieuse, capable de remporter la bataille culturelle dans un moment où c’est l’extrême droite qui avance vers le pouvoir…

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Écologie

Le triste spectacle des « zadistes » à Notre-Dame-des-Landes

Après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, l’État avait annoncé qu’il procéderait à l’expulsion des « zadistes », ainsi qu’à la réouverture d’une route départementale barricadée depuis plusieurs années.

Des moyens immenses ont été mobilisés début avril, avec quelque 2500 gendarmes mobiles, ce qui n’a pas empêché de nombreux affrontements. Parallèlement, il a été proposé aux « zadistes » de renseigner des fiches individuelles, nominatives, expliquant le projet agricole qu’ils souhaiteraient mener sur le territoire.

Quel triste spectacle aujourd’hui que ces « zadistes » à Notre-Dame-des-Landes continuant leur agitation coûte que coûte, pendant qu’une partie d’entre eux accepte la partition mise en place par l’État.

L’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes aurait dû être considéré comme une victoire, permettant d’aller de l’avant dans la défense de la planète. Ce ne fut pas le cas pour une raison très simple : l’aéroport n’était qu’un prétexte. C’était une sorte de totem inversé, permettant de dérouler toute une rhétorique contre la modernité, digne de tous les esprits réactionnaires, fascistes ou semi-fascistes, des années 1930-1940 avec leurs discours sur le retour à la terre, le rôle néfaste de la technique, la valeur de la petite propriété, etc.

Les « zadistes » ne se sont jamais véritablement préoccupé d’écologie. La zone humide n’a été d’ailleurs qu’un argument trouvé très tardivement. Ce qui compta, ce fut rapidement l’agriculture artisanale et le retour à une vie en communauté restreinte.

À côté de cela, la ZAD a charrié et charrie encore toute une frange de l’ultra-gauche européenne, anarchiste et nihiliste, qui fétichise les affrontements avec la police, dans une démarche destructrice n’apportant rien de constructif.

Cela forme un panorama lamentable, qui amène la population à se demander : comment se fait-il qu’il faille mobiliser une telle force publique pour quelques agitateurs à peine armés d’ustensiles artisanaux ?

Que les quatre agriculteurs présents historiquement ayant toujours refusé leur expulsion se voient régulariser leur situation, c’est dans l’ordre des choses.

Mais comment se fait-il que des individus qui n’ont rien fait d’autre que tout casser et boire des bières volées dans les supermarchés locaux se voient attribuer « gratuitement » des terres qu’ils occupent illégalement ?

Ces questions sont inévitables. On peut être contre la propriété privée, bien sûr – mais cela ne signifie aucunement accepter que l’État attribue des terres unilatéralement pour pacifier une situation. Ce n’est pas là un partage des terres comme toute révolution en a amené, plus ou moins, ces deux derniers siècles, mais un esprit de conquête digne du Far West.

L’État et le capitalisme ont très bien compris cet aspect d’ailleurs. La Préfète de Loire-Atlantique a expliqué à propos des 28 fiches de candidatures pour l’obtention de terrain que « ce sont notamment des activités d’élevage, de maraîchage et des cultures céréalières avec transformation sur place ».

Une partie des projets sont considérés comme « structurants, cohérents et portés par des personnes tout à fait crédibles » et portent selon le Figaro sur de la culture des céréales, de plantes médicinales et aromatiques, la création de vergers, l’élevage de vaches allaitantes ou encore sur l’héliciculture, la production d’escargots.

Cela est tellement éloigné de ce qu’aurait dû être la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. On a ici un boulevard pour la réaction, avec d’un côté des projets passéistes qui servent de laboratoire réactionnaire, de l’autre un nihilisme destructeur qui ne peut que renforcer les appels à l’autorité de l’État.

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Politique

Ammerschwihr et la situation des campagnes alsaciennes

En 2010, lors des élections régionales, gagnées de justesse par la droite en Alsace, alors que l’essentiel des régions basculaient à gauche dans les mains du Parti Socialiste, le Front National a enregistré à cette occasion une défaite relative en perdant 3 sièges pour n’en conserver que 5 au Conseil Régional, qui pilote les moyens et les missions délégués par l’Etat.

En particulier, le responsable local du FN, Patrick Binder, père de 6 enfants, travaillant dans la comptabilité et condamné en 2011 à 3 mois de prison avec sursis pour insultes à caractères antisémites et racistes, a pu maintenir son mandat, avec celui de son épouse d’ailleurs.

Depuis, la situation a évolué en Alsace comme dans le reste de notre pays, avec un renforcement du vote pour l’extrême droite, et en particulier du FN, et un effondrement de la gauche, notamment avec les dernières élections présidentielles et législatives de 2017.

On le voit sur les cartes présentées ici, la situation est la suivante : dans un contexte d’abstentionnisme généralisé, les villes tendent à concentrer les électeurs entendant que le régime se poursuive sous une forme libérale, plutôt centriste depuis la victoire d’Emmanuel Macron.

Les périphéries urbaines et les campagnes voient elles une explosion de la tendance à voter pour le FN.

On retrouve ici l’un des grands thèmes mis en avant comme clef par le « matérialisme dialectique » : la production d’une contradiction historique villes/campagnes et une tendance à la segmentation sociale sur le plan territorial qui s’accroit.

Le danger que soulignent ces résultats électoraux, est qu’ils montrent qu’une partie de l’extrême droite a compris cela. Il leur est apparu de plus en plus clair que les contradictions territoriales, mais aussi professionnelles, entre le travail manuel et le travail intellectuel, étaient une conséquence du libéralisme bourgeois et que ces contradictions allaient en s’aggravant.

Face à l’effondrement de la Gauche, qui occupait traditionnellement cet espace, le FN en particulier a mis cela en avant, et de manière de plus en plus affirmée ces derniers mois notamment avec la création dissidente des « Patriotes » de Florian Philippot ou le dernier Congrès du FN début mars 2017 durant lequel Marine Le Pen, seule candidate à la Présidence de son Parti, à clairement exprimé la volonté de se saisir de cet enjeu et d’occuper cet espace politique.

Évidemment, l’extrême droite ne peut ni saisir correctement cette problématique, ni donc y faire face concrètement. Mais elle peut y trouver un terrain où développer ses thèses populistes, en dénonçant sur cette base une soi-disant fracture entre « mondialistes » et « patriotes », dont l’essor métropolitain des villes serait par exemple une conséquence de la « mondialisation nomade », c’est-à-dire du capitalisme financier et « non régulé ».

Il ne faudra pas encore pousser très loin pour entendre parler « d’oligarchie », de la « banque » et bientôt des « Juifs ». Sur ce point néanmoins, les nécessités idéologiques de la lutte contre l’islamisme, lui-même violemment antisémite, modèrent toutefois pour l’instant les velléités explicitement antisémite du FN et de sa ligne.

Dans ce contexte, il est donc intéressant de saluer cette initiative spontanée de la jeunesse d’un village alsacien du Piémont vosgien, Ammerschwihr, dans le département du Haut-Rhin.

Ammerschwihr est un petit village d’environ 1800 habitants, très typique du vignoble alsacien.

Le village se situe à proximité de la ville de Colmar, principal bassin d’emploi de ses habitants, et vit pour le reste du tourisme, de par le caractère « iconique » de ses paysages, et de la production de vin en coopérative de petits et moyens propriétaires, notamment en la matière, ceux-ci s’appuient sur la réputation du terroir de la colline de Kaefferkopf, qui bénéficie de la part de l’Etat de la reconnaissance d’un label particulier et du classement en « grand cru ».

En outre, sur le ban de la commune, on trouve aussi le lieu-dit des « Trois-Epis », où les catholiques locaux ont développé une tradition de pèlerinage à la Vierge Marie depuis la fin de la terrible Guerre de Trente Ans au XVIIème siècle, et où la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale) a installé un vaste centre médical de repos des personnes en suivi d’opération chirurgicales ou nécessitant une hospitalisation de convalescence.

La communauté de ce village n’est donc absolument pas marginalisée, on peut même dire qu’il s’agit ici d’un exemple presque caricatural de campagne développée avec un certain succès par l’intégration capitaliste.

C’est peut-être une des raisons qui a poussé Parick Binder à choisir ce village pour illustrer l’affiche de sa campagne électorale en 2010. Mais ceux sont justement aussi ces mêmes raisons qui ont produit de l’incompréhension et le rejet de la part d’une partie significative de la population et notamment de sa jeunesse.

La jeunesse de ce village a refusé en effet le discours intolérant et nationaliste du FN de manière créative et expressionniste en produisant une chanson explicitement engagée dans une perspective populaire, festive, joyeuse, assumant le métissage et la culture alsacienne, le vivre ensemble dans un esprit de paix, parce que les thèses de dénonciation populistes du FN contre la « mondialisation », l’immigration ou les attaques libérales, n’y faisaient pas écho à la réalité locale.

Il y aurait beaucoup à dire bien sûr à propos des limites de tout cela, notamment la banalisation irresponsable de la consommation d’alcool, d’autant que le « collectif » à l’origine de la chanson a encore produit une autre vidéo faisant l’apologie des « fêtes des caves » et de leur consommation outrancière de vin.

Il faut ajouter sur ce point, qu’à l’origine de la mobilisation, on trouve un jeune propriétaire vigneron justement, Arnaud Geschickt et sa famille. On peut aussi voir encore l’absence de toute vue d’ensemble, une certaine naïveté, tenant aussi sans doute au jeune âge des participants à ce collectif.

Mais ce qui compte, c’est que ces jeunes ont eu raison de se révolter, ils ont été correctement touché par l’esprit populaire, se sont saisi des codes expressionnistes des jeunes des villes dans leur style, ont développé grâce à leur niveau d’éducation et leurs valeurs une volonté d’exprimer politiquement et rationnellement le rejet de l’extrême droite.

Dommage qu’ils le fassent, par conséquent, sur une base petite bourgeoise, d’un village d’une campagne que l’on pourrait percevoir « heureuse » échappant partiellement à l’esprit décadent, compétitif et agressif dans lequel baigne plus souvent et plus complètement la jeunesse des métropoles alsaciennes comme Mulhouse ou Strasbourg particulièrement.

Pourtant, Ammerschwihr est aussi une campagne cernée par la production massive d’alcool, exposée aux pesticides, où malgré tout l’ennui, le désœuvrement pousse à la consommation d’alcool, de drogues comme le cannabis ou les drogues de synthèses et où existe et se développe aussi la violence dans les familles.

La base depuis laquelle ces jeunes défient musicalement le FN est donc fragile, il ne faut pas aller bien loin d’Ammerschwihr pour rencontrer une jeunesse alsacienne malheureusement plus travaillée par le nationalisme et les idéologies d’extrême droite.

Bien entendu, tout cela n’était pas le propos visé par cette chanson et cette mobilisation. Mais cela explique le fait qu’elle ait été finalement et malheureusement vaine. Le groupe réuni par cette expérience n’a pas su approfondir sa démarche collective, s’engager dans le long terme, générer un organisme de lutte sur la base de l’espace qu’il a réussi à ouvrir et c’est finalement volatilisé en l’absence de vocation à durer.

Toutefois, cet exemple souligne l’importance pour les gens de gauche de prendre le temps d’étudier le terrain dans lequel vit notre peuple, autour de soi et dans la situation générale de notre société, de relever les choses qui vont dans le bon sens, d’encourager les espaces d’expression démocratiques et populaires aspirant à se libérer du carcan étouffant de la société bourgeoise.

Et de le faire en mesurant les bases, les limites, les perspectives et les faiblesses de ces expressions, non pour les rejeter, mais les faire progresser, les renforcer, vers la démocratie, en élevant le niveau de conscience de chaque personne en partant du réel et le niveau d’engagement du plus grand nombre.

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Politique

Le manifeste contre l’antisémitisme de Phillipe Val

L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles ; au-delà du préjugé raciste, il y a une sorte de vision du monde, complotiste par incapacité à comprendre et donc dénoncer le capitalisme.

Que ce socialisme des imbéciles ait très largement contaminé la « gauche de la gauche » ces dernières années est une simple évidence. A défaut de contenu, il y a l’agitation vaine et stérile, qui a d’autant besoin de symbolisme, de raccourci, de populisme.

Que lors de l’occupation de Sciences Po ces jours derniers quelqu’un pavoisait au-dessus de l’entrée avec un drapeau palestinien, à côté du drapeau de Sciences Po barré d’un « A » cerclé, en dit long sur la vacuité des idées, les mensonges intellectuels, avec les allusions antisémites permanentes à différents degrés.

Là où il n’y a pas d’idées, de principes, de normes à Gauche, il y a l’antisémitisme, plus ou moins masqué, mais inévitable pour sa dimension de critique de « l’argent » : c’est la critique du capitalisme qui refuse d’aller jusqu’au bout et voit en quelque sorte un bon et un mauvais capitalisme.

On peut donc regretter de nombreux points dans le « manifeste de l’antisémitisme » écrit par Philippe Val et signé par 300 personnalités. Cependant, c’est le prix à payer pour la Gauche pour avoir laissé se développer une extrême-gauche universitaire populiste, opposé aux traditions de la Gauche, arc-bouté sur des raccourcis intellectuels et sur l’ethno-différentialisme, la théorie du genre et autres « modernités » américaines issues des lubies délirantes de philosophes français comme Gilles Deleuze ou Michel Foucault.

De plus, Phillipe Val –  à Charlie Hebdo comme rédacteur en chef (1992-2004), directeur de publication (2004-2009), puis responsable de  France Inter (2009-2014) – tape justement là où cela fait mal : le populisme outrancier d’une partie historique de la Gauche face aux préjugés des immigrés.

Ceux-ci venaient pourtant de pays arriérés dans le développement de la civilisation, ils étaient imbibés des valeurs patriarcales, moyen-âgeuses, religieuses – superstitieuses. Il fallait se battre naturellement pour leurs droits, pas en faire une figure révolutionnaire – pour la Gauche, ce sont les ouvriers qui sont la figure révolutionnaire, pas les marginaux, les immigrés, les banlieues, les gays et les lesbiennes, etc. etc.

On voit ici comment une extrême-gauche étudiante, « gauchiste », a cherché à manipuler des forces sociales pour briser la Gauche historique… Avec succès. Et avec comme résultat également ce fait qu’il faut bien constater : il existe « une épuration ethnique à bas bruit », conséquence d’un antisémitisme populaire fortement ancré, par l’intermédiaire de la religion musulmane.

Car les religions divisent et sont des superstitions : il faut s’en débarrasser. Le manifeste n’est pas de Gauche : il appelle la religion musulmane à se réformer. C’est une absurdité. Et une incompréhension de l’antisémitisme comme socialisme des imbéciles.

Et un refus d’unifier totalement le peuple, ce qui est le rôle de la Gauche.

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.

Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que la France sans les Juifs, ce n’est plus la France, il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante.

Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs, par des islamistes radicaux.

Pourtant, la dénonciation de l’islamophobie – qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre – dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans.

10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République.

Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.

Pourquoi ce silence ?

Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne…

Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite, s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société. Parce que la bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif.

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIème siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France. »

La liste des signataires

Charles Aznavour ; Françoise Hardy ; Pierre Arditi ; Elisabeth Badinter ; Michel Drucker ; Sibyle Veil ; François Pinault ; Eric-Emmanuel Schmitt ; Marceline Loridan-Ivens ; Radu Mihaileanu ; Elisabeth de Fontenay ; Nicolas Sarkozy ; Pascal Bruckner ; Laure Adler ; Bertrand Delanoë ; Manuel Valls ; Michel Jonasz ; Xavier Niel ; Jean-Pierre Raffarin ; Gérard Depardieu ; Renaud ; Pierre Lescure ; Francis Esménard ; Mgr Joseph Doré ; Grand Rabbin Haïm Korsia ; Imam Hassen Chalghoumi ; Carla Bruni ; Boualem Sansal ; Imam Aliou Gassama ; Annette Wieviorka ; Gérard Darmon ; Antoine Compagnon ; Mofti Mohamed ali Kacim ; Bernard Cazeneuve ; Bernard-Henri Lévy ; Philippe Val ; Zabou Breitman ; Waleed al-Husseini ; Yann Moix ; Xavier De Gaulle ; Joann Sfar ; Julia Kristeva ; François Berléand ; Olivier Guez ; Jeannette Bougrab ; Marc-Olivier Fogiel ; Luc Ferry ; Laurent Wauquiez ; Dominique Schnapper ; Daniel Mesguich ; Laurent Bouvet ; Pierre-André Taguieff ; Jacques Vendroux ; Georges Bensoussan ; Christian Estrosi ; Brice Couturier ; Imam Bouna Diakhaby ; Eric Ciotti ; Jean Glavany ; Maurice Lévy ; Jean-Claude Casanova ; Jean-Robert Pitte ; Jean-Luc Hees ; Alain Finkielkraut ; Père Patrick Desbois ; Aurore Bergé ; François Heilbronn ; Eliette Abécassis ; Bernard de la Villardière ; Richard Ducousset ; Juliette Méadel ; Daniel Leconte ; Jean Birenbaum ; Richard Malka ; Aldo Naouri ; Guillaume Dervieux ; Maurice Bartelemy ; Ilana Cicurel ; Yoann Lemaire ; Michel Gad Wolkowicz ; Olivier Rolin ; Dominique Perben ; Christine Jordis ; David Khayat ; Alexandre Devecchio ; Gilles Clavreul ; Jean-Paul Scarpitta ; Monette Vacquin ; Christine Orban ; Habib Meyer ; Chantal Delsol ; Vadim Sher ; Françoise Bernard ; Frédéric Encel ; Christiane Rancé ; Noémie Halioua ; Jean-Pierre Winter ; Jean-Paul Brighelli ; Marc-Alain Ouaknin ; Stephane Barsacq ; Pascal Fioretto ; Olivier Orban ; Stéphane Simon ; Laurent Munnich ; Ivan Rioufol ; Fabrice d’Almeida ; Dany Jucaud ; Olivia Grégoire ; Elise Fagjeles ; Brigitte-Fanny Cohen ; Yaël Mellul ; Lise Bouvet ; Frédéric Dumoulin ; Muriel Beyer ; André Bercoff ; Aliza Jabes ; Jean-Claude Zylberstein ; Natacha Vitrat ; Paul Aidana ; Imam Karim ; Alexandra Laignel-Lavastine ; Lydia Guirous ; Rivon Krygier ; Muriel Attal ; Serge Hefez ; Céline Pina ; Alain Kleinmann ; Marie Ibn Arabi-Blondel ; Michael Prazan ; Jean-François Rabain ; Ruth Aboulkheir ; Daniel Brun ; Paul Aidane ; Marielle David ; Catherine Kintzler ; Michèle Anahory ; Lionel Naccache ; François Ardeven ; Thibault Moreau ; Marianne Rabain-Lebovici ; Nadège Puljak ; Régine Waintrater ; Michèle Anahory ; Aude Weill-Raynal ; André Aboulkheir ; Elsa Chaudun ; Patrick Bantman ; Ruben Rabinovicth ; Claire Brière-Blanchet ; Ghislaine Guerry ; Jean-Jacques Moscovitz ; André Zagury ; François Ardeven ; Estelle Kulich ; Annette Becker ; Lilianne Lamantowicz ; Ruth Aboulkheir ; Christine Loterman ; Adrien Barrot ; Talila Guteville ; Florence Ben Sadoun ; Michèle Anahory ; Paul Zawadzki ; Serge Perrot ; Patrick Guyomard ; Marc Nacht ; André Aboulkheir ; Laurence Bantman ; Josiane Sberro ; Anne-Sophie Nogaret ; Lucile Gellman ; Alain Bentolila ; Janine Atlounian ; Claude Birman ; Danielle Cohen-Levinas ; Laurence Picard ; Sabrina Volcot-Freeman ; Gérard Bensussan ; Françoise-Anne Menager ; Yann Padova ; Evelyne Chauvet ; Yves Mamou ; Naem Bestandji ; Marc Knobel ; Nidra Poller ; Brigitte-Fanny Cohen ; Joelle Blumberg ; Catherine Rozenberg ; André Aboulkheir ; Caroline Bray-Goyon ; Michel Tauber ; André Zagury ; Laura Bruhl ; Eliane Dagane ; Paul Zawadzki ; Michel Bouleau ; Marc Zerbib ; Catherine Chalier ; Jasmine Getz ; Marie-Laure Dimon ; Marion Blumen ; Simone Wiener ; François Cahen ; Richard Metz ; Daniel Draï ; Jacqueline Costa-Lascoux ; Stéphane Lévy ; Arthur Joffe ; Antoine Molleron ; Liliane Kandel ; Stéphane Dugowson ; David Duquesne ; Marc Cohen ; Michèle Lévy-Soussan ; Frédéric Haziza ; Martine Dugowson ; Jonathan Cohen ; Damien Le Guay ; Patrick Loterman ; Mohamed Guerroumi ; Wladi Mamane ; William de Carvalho ; Brigitte Paszt ; Séverine Camus ; Solange Repleski ; André Perrin ; Sylvie Mehaudel ; Jean-Pierre Obin ; Yael Mellul ; Sophie Nizard ; Richard Prasquier ; Patricia Sitruk ; Renée Fregosi ; Jean-Jacques Rassial ; Karina Obadia ; Jean-Louis Repelski ; Edith Ochs ; Jacob Rogozinski ; Roger Fajnzylberg ; Marie-Helène Routisseau ; Philippe Ruszniewski ; André Senik ; Jean-François Solal ; Paule Steiner ; Jean-Benjamin Stora ; Anne Szulmajster ; Maud Tabachnik ; Daniel Tchenio ; Julien Trokiner ; Fatiha Boyer ; Cosimo Trono ; Henri Vacquin ; Caroline Valentin ; Alain Zaksas ; Slim Moussa ; Jacques Wrobel ; Roland Gori ; Nader Alami ; Céline Zins ; Richard Dell’Agnola ; Patrick Beaudouin ; Barbara Lefebvre ; Jacques Tarnéro ; Georges-Elia Sarfat ; Lise Boëll ; Jacques Wrobel ; Bernard Golse ; Céline Boulay-Esperonnier ; Anne Brandy ; Imam Karim ; Sammy Ghozlan.

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Georges Bernanos et les héros du ghetto de Varsovie

Georges Bernanos a écrit un texte intitulé « L’honneur est ce qui nous rassemble », qui devait servir de préface à un ouvrage collectif sur le ghetto de Varsovie. Cet ouvrage n’est jamais paru et le texte a été retrouvé dans les archives de Georges Bernanos.

C’est un texte exemplaire, car Georges Bernanos vient de l’Action française et du catholicisme ultra ; il dénonçait Adolf Hitler comme quelqu’un incapable d’un vrai antisémitisme et qui se plierait bientôt aux ordres de la « banque juive ».

La seconde guerre mondiale ébranla profondément – autant que qu’un catholique voyant en la banque la source du mal dans une société devant être spirituelle – Georges Bernanos, qui ne pouvait cautionner quelque chose sortant entièrement du cadre de son romantisme spiritualiste.

Il est, en ce sens, profondément représentatif d’une attitude très française par rapport à l’antisémitisme, qui consiste en une méfiance et en un mépris dédaigneux n’hésitant pas au rejet dégoûté, mais considérant comme indigne de basculer dans la brutalité ou le populisme.

L’HONNEUR EST CE QUI NOUS RASSEMBLE

J’écris ces pages en mémoire de Georges Torres, ami de mon fils Michel, parti du Brésil avec lui pour rejoindre les armées de la France Libre et qui, dans l’enthousiasme et la naïveté de ses vingt ans, croyait devoir quelque chose à mes livres et à moi-même, alors qu’il était déjà écrit que je devrais rester au contraire pour toujours débiteur envers lui de sa pure et noble mort.

Georges Torrès était juif, juif comme un certain nombre d’amis de mes livres dont l’affection paraîtra peu croyable à certains esprits malheureux dont la besogne n’est que de classer ce qui échappe à tout classement comme un fou qui prétendrait puiser de l’eau dans un filet à papillons.

Il est vrai que la Religion, la Race, la Nation permettent de «situer» les hommes ainsi qu’un objet dans les trois dimensions de l’espace.

Mais, précisément, l’analyse mathématique démontre l’existence d’une quatrième dimension où se rencontrent les parallèles, où l’hyperbole finit par retourner à son point de départ comme un grand oiseau migrateur à son nid d’un autre printemps.

L’honneur n’est pas toujours ce qui nous unit, mais il est toujours ce qui nous rassemble.

En présentant ce livre au public français, je voudrais m’acquitter envers les morts, mais aussi envers les vivants. Je crois avoir quelque chose à dire sur les morts juifs, sur les innombrables morts juifs, sur les immenses charniers juifs de cette guerre, et je le dirai aussi clairement que je le pourrai.

Ayant écrit La Grande peur des bien-pensants, je passe pour antisémite et je ne saurai m’en indigner sans hypocrisie puisque le livre dont je viens de parler est consacré à mon vieux maître Edouard Drumont.

Le mot d’antisémite est mal né, un mot qui devait tôt ou tard, comme le disent les bonnes gens « mal tourner », à l’exemple de tous ceux qu’on a formés sans grande dépense de jugement ni d’imagination, grâce à la particule prépositive anti. Hélas ! il n’est pas de mot venu du vocabulaire qui ne soit capable de diviser les hommes au point de les faire se haïr, mais il n’est d’honorable que ceux-là qui, le jour venu, sont capables de les réconcilier.

Le mot d’antisémite n’a évidemment pas en lui cette vertu. Mais Drumont ne l’a pas inventé, ni délibérément choisi.

Drumont était par naissance et par goût un homme de bibliothèque, une homme d’étude, un historien, et comme tel sans défense contre la foule. La foule s’est emparée de lui, l’a roulé dans son tumulte comme une pierre, puis est allée porter ailleurs ses applaudissements et des huées. Le mot d’antisémite n’est pas un mot d’historien, c’est un mot de foule, un mot de masse, et le destin de pareils mots est de ruisseler, tôt ou tard, de sang innocent.

Je comprends bien qu’en tête de ces pages le nom de Drumont fasse scandale. Le mien ne fera pas moins scandale à la fin, qu’importe ?

Ce double scandale n’est pas inutile, je le crois. Il donne son vrai sens au témoignage que je vais porter.

Ayant décidé de rendre, selon mes forces, justice à des mémoires héroïques, je ne vais pas à elles sous un déguisement quelconque, je vais à elles tel que je suis, sans rien renier de moi-même, de mes amis, des mes maîtres, de mon passé, tel que beaucoup de juifs me connurent et, me connaissant, m’accordèrent librement leur confiance et leur amitié.

Il est certain que ce livre aura un très grand nombre de lecteurs juifs dont la susceptibilité légendaire se trouve encore exaspérée aujourd’hui par d’affreuses, d’inénarrables preuves, mais je ne crois tout de même pas que ce soit d’abord pour eux que ce livre est écrit, que mon modeste témoignage est rendu. Je ne crois pas, personne n’est capable de croire, que les héros du ghetto de Varsovie se soient sacrifiés dans le seul but de rendre l’orgueil de leur de leur race à ceux qui ne l’ont d’ailleurs jamais perdu.

Il est permis de penser, au contraire, que leur silencieux message s’adresse précisément à ceux du dehors, à ceux qui, jugeant Israël non pas sur ses qualités ou ses défauts que sur son extraordinaire, son unique aventure à travers l’Histoire, refusent de nier lâchement un problème dont l’importance se mesure aux effroyables sacrifices humains qu’il a coûtés ; bref, il s’adresse à ceux qui – pour tout résumer en peu de mots – se sentent incapables de soutenir, contre l’évidence, aux applaudissements des imbéciles confirmés ainsi ; dans leur sécurité d’imbéciles, que le peuple juif est un peuple absolument pareil aux autres, un peuple moyen formé d’hommes moyens, tenant dans le passé une place moyenne.

Au temps de ma jeunesse, il était de bon ton, en effet, de nier qu’il y eût un problème juif, mais ces pudeurs académiques n’ont pas empêché Hitler de poser le problèmes à sa manière, avec l’immense majorité de peuple allemand pour complice.

Qui eût osé prédire, en ces années déjà lointaines, qu’un demi-siècle plus tard, une jeunesse juive enthousiaste, sur la terre même de ses aïeux et sous son propre étendard, défierait l’immense monde arabe, et ferait plier, à deux reprises, la volonté de l’Angleterre ?

Qu’en ces derniers temps, Israël ait été une fois de plus broyé comme le grain sous la meule, comme le raisin dans le pressoir, le fait n’a rien qui puisse surprendre.

Depuis deux mille ans, c’est bien ainsi que par une espèce de substitution formidable, il nous apparaît sous les traits de celui qu’il vit lui-même un jour, au seuil du prétoire de Pilate, le visage défiguré par les coups, sa robe blanche trempée du sang de la flagellation : Ecce Homo…

Mais il semble bien que cette dernière expérience ne sera pas renouvelée, que la preuve est faite désormais qu’aucune persécution n’est capable d’en finir avec un peuple dont le génie est précisément de lasser la patience et d’épuiser l’imagination des bourreaux.

Les charniers refroidissent lentement, la dépouille des martyrs retourne à la terres, l’herbe avare et les ronces recouvrent le sol impur où tant de moribonds ont sué leur dernière sueur, les fours crématoires eux-mêmes s’ouvrent béants et vides sur les matins et sur les soirs, mais c’est bien loin maintenant de l’Allemagne, c’est aux rives du Jourdain que lève la semence des héros du ghetto de Varsovie.

Ce qui a au cours des siècles opposé le monde chrétien au monde juif n’est sans doute qu’un malentendu, mais c’est un malentendu fonda-mental, et qui en pénétrerait le sens connaîtrait du même coup, peut-être, la signification totale de l’Histoire.

Autre chose est de haïr, autre chose est de méconnaître, et si nous avions le courage d’aller au-delà des apparences, nous devrions sans doute convenir que le plus grand malheur d’Israël n’est pas d’avoir été si constamment haï, c’est d’avoir été non moins constamment méconnu et de n’avoir été méconnu que pour s’être méconnu lui-même.

Dans l’extraordinaire récit qu’on va lire, on remarquera qu’une grande partie de la population du ghetto s’est presque jusqu’au bout refusée à organiser la lutte.

Oh, certes on peut dire que ce fut par crainte, ou même par simple bon sens, car il était clair qu’une poignée de héros n’avait aucune chance d’affronter la Wehrmacht avec quelque espoir de succès.

Mais je crois aussi que, le sachant ou sans le savoir, les opposants à l’insurrection obéissaient à une vieille conception juive de l’honneur, très étrangère à notre sensibilité, conformant ainsi leur attitude à l’attitude immémoriale dé leurs pères, depuis la dispersion.

L’honneur juif en effet, depuis deux mille ans, n’est pas de résister par la force, mais par la Patience, par tous les moyens de la patience, car le but que se propose, que s’est toujours proposé ce peuple impérissable n’est pas de vaincre, mais de durer ; c’est de la durée qu’il attend le salut. Qu’Israël dure, et le Très-Haut vaincra pour lui.

En attendant, l’honneur, c’est de rester juif et de faire des enfants juifs, d’en faire assez pour que tous les pogroms ne puissent anéantir ce que Dieu a ordonné de conserver.

L’honneur n’est pas de venger les morts, c’est-à-dire d’en grossir autant le nombre, car Israël veut vivre et non pas mourir. Israël aime la vie d’un amour farouche tout en la blasphémant sans cesse, son Dieu est celui des vivants, non des morts.

Après tout, on oublie trop qu’au temps de Notre Seigneur Jésus-Christ, un grand nombre de Juifs fidèles, parmi les plus instruits, ne croyaient pas à l’immortalité de l’âme.

Voilà ce que la Chrétienté médiévale n’a pas compris. La chrétienté médiévale attachait à sa propre conception de l’honneur une importance capitale.

La lecture de Plutarque ne lui avait même pas révélé qu’il y en eût une autre que la sienne, elle lisait Plutarque avec des yeux chrétiens, c’est ce qui apparaît si clairement chez Amyot. Eût-elle vu plus clair, qu’elle eût d’ailleurs refusé de se poser le problème.

Elle faisait au juif l’injure de le dispenser de l’honneur, et nommément de l’honneur militaire, elle fermait obstinément les yeux sur les causes réelles de la survivance du peuple juif à travers l’Histoire, sur la fidélité à lui-même, à sa loi, à ses ancêtres, fidélité qui avait pourtant de quoi émouvoir son âme.

Parce que cette fidélité n’était pas une fidélité militaire, de tradition et d’esprit militaire, elle maintenait le juif hors d’une fraternité militaire dont n’était même pas exclu l’Infidèle. Et le juif devait nécessairement s’accommoder d’une telle exclusion, s’y installer, en tirer profit. Ainsi le malentendu n’a cessé de s’aggraver au cours des âges.

Certains peuples conquis par les armes, puis assimilés au point de disparaître comme peuples, laissaient une mémoire glorieuse simplement parce qu’ils n’avaient capitulé qu’après s’être battus, qu’ils avaient fait une capitulation militaire.

Au lieu que le peuple juif battu sans combat, mais jamais assimilé, n’obtenait’ rien de plus (qu’une espèce de curiosité indifférente. Il est vrai qu’il ne demandait rien de plus, puisqu’il lui suffisait de survivre, fût-ce dans l’injustice et le mépris, jus-qu’à ce que l’ombre du Très-Haut couvrît la terre — Dispersit superbos.

Oui, voilà ce que nous n’avons pas nous-mêmes toujours compris. Si l’honneur pour un peuple n’est pas de vaincre mais de subsister coûte que coûte jusqu’au jour certain, inéluctable, où Dieu doit triompher à sa place, il n’est pas équitable de le juger selon les règles de l’honneur chevaleresque…

Je me souviens du soir où l’enfant magnifique auquel j’ai dédié ces pages me parlait coeur à coeur, m’ouvrait son coeur, tandis que l’encens d’une soirée tropicale entrait à flots par la fenêtre ouverte. Il me parlait de sa famille, de ses amis, de certaines expériences qui avaient blessé profondément une sensibilité précocement douloureuse.

Son départ pour Londres lui apparaissait comme la voie du salut, son destin passait par Londres… «Je leur montrerai, me dit-il tout à coup, comment un luit peut se battre.» Et ce «leur» mystérieux prenait dans sa bouche un accent de sérieux enfantin qui me frappa le coeur d’un pressentiment funèbre.

Oh! sans doute, l’enfant que j’avais là devant moi ressemblait comme un frère à n’importe quel jeune garçon de bonne race que tentent le risque. et l’honneur, mais son enthousiasme trop réfléchi, volontaire, avait aussi je ne sais quoi de blessé, comme certains rires une imperceptible fêlure.

Le regard qui me fixait posait une question à laquelle je n’osais pas répondre. Mais les héros de Varsovie et lui-même ont depuis répondu pour moi.

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Le ghetto de Varsovie et la chanson yiddish « Zog Nit Keynmol »

La chanson Ne dis jamais (Zog Nit Keynmol) est une chanson écrite en 1943 par un habitant du ghetto de Vilnius, Hirsch Glick, qui l’a écrite suite au soulèvement du ghetto de Varsovie. Elle est devenue un hymne des survivants de la shoah après avoir été un des chants de partisans juifs en Europe.

Ne dis jamais

Ne dis jamais que c’est ton denier chemin

Malgré les cieux de plomb qui cachent le bleu du jour

Car sonnera pour nous l’heure tant attendue

Nos pas feront retentir ce cri : nous sommes là

Le soleil illuminera notre présent

Les nuits noires disparaîtront avec l’ennemi

Et si le soleil devait tarder à l’horizon

Ce chant se transmettra comme un appel

Ce chant n’a pas été écrit avec un crayon mais avec du sang

Ce n’est pas le chant d’un oiseau en liberté :

Un peuple entouré de murs qui s’écroulent

l’a chanté, le nagan [pistolet soviétique] à la main

Du vert pays des palmiers jusqu’au pays des neiges blanches

Nous arrivons avec nos souffrances et nos douleurs

Et là où est tombé la plus petite goutte de sang

Jaillira notre héroïsme et notre courage

C’est pourquoi ne dis jamais que c’est ton dernier chemin

Malgré les cieux de plomb qui cachent le bleu du jour

Car sonnera pour nous l’heure tant attendue

Nos pas feront retentir ce cri : nous sommes là.

 

Zog Nit Keynmol

Zog nit keynmol az du gayst dem letzten veg,

Ven himlen blayene farshteln bloye teg;

Vayl kumen vet noch undzer oysgebenkte shuh,

Es vet a poyk tun undzer trot – mir zaynen do!

Es vet di morgenzun bagilden undz dem haynt,

Un der nechten vet farshvinden mitn faynt;

Nor oyb farzamen vet di zun in dem ka-yor,

Vi a parol zol geyn dos leed fun door tzu door.

Geshriben iz dos leed mit blut und nit mit bly,

S’iz nit keyn leedl fun a foygel oyf der fry;

Dos hut a folk tzvishen falendi-ke vent,

Dos leed gezungen mit naganes in di hent.

Fun grinem palmenland biz land fun vaysen shney,

Mir kumen un mit undzer payn, mit undzer vey;

Un voo gefalen iz a shpritz fun undzer blut,

Shpritzen vet dort undzer gvure, undzer mut.

Zog nit keyn mol az du gayst dem letzten veg,

Ven himlen blayene farshteln bloye teg;

Kumen vet noch undzer oysgebenkte shuh,

Es vet a poyk tun undzer trot — mir zaynen do.

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Culture

Curzio Malaparte dans le ghetto de Varsovie

Dans l’immense Kaputt, Curzio Malaparte retrace son expérience terriblement douloureuse pour son esprit, sans sensibilité, de la cruauté nazie, de la barbarie raffinée et sans bornes. Lui qui avait rejoint, par idéalisme, la cause fasciste qu’il espérait à la fois social et élevant le niveau de la civilisation, est confronté à l’échec dans l’ignominie la plus complète.

« Il y a une sorte d’avilissement voulu dans l’arrogance et la brutalité de l’Allemand, un profond besoin d’auto-dénigrement dans son impitoyable cruauté, une fureur d’abjection dans sa « peur » mystérieuse.

J’écoutais les paroles des commensaux avec une pitié et une horreur que je m’efforçais en vain de cacher, quand [le gouverneur nazi de Pologne] Frank, s’apercevant de ma gêne, et peut-être aussi pour me faire participer à son impression d’humiliation morbide, se tourna vers moi avec un sourire ironique et me demanda « Êtes-vous allé voir le ghetto, mein lieber Malaparte? »

J’étais allé, quelques jours plus tôt, dans le ghetto de Varsovie.

J’avais franchi le seuil de la « ville interdite » ceinte de cette haute muraille de briques rouges, que les Allemands ont construite pour enfermer dans le ghetto, comme dans une cage, de misérables fauves désarmés.

A la porte gardée par un peloton de SS armés de mitrailleuses, était collée l’affiche, signée du gouverneur Fischer, menaçant de la peine de mort tout Juif qui se fût risqué à sortir du ghetto.

Dès les premiers pas, tout comme dans les « villes interdites » de Cracovie, de Lublin, de Czenftochowa, j’avais été atterré par le silence de glace qui régnait dans les rues, bondées d’une lugubre population apeurée et déguenillée.

J’avais essayé de parcourir le ghetto tout seul, et de me passer de l’escorte de l’agent de la Gestapo qui me suivait partout comme une ombre ; mais les ordres du gouverneur Fischer étaient sévères, et cette fois-là encore il avait fallu me résigner à la compagnie du Garde Noir, un grand jeune homme blond au visage maigre, au regard clair et froid.

Il avait une figure très belle, avec un front haut et pur que son casque d’acier obscurcissait d’une ombre secrète. Il marchait au milieu des Juifs, comme un Ange du Dieu d’Israël.

Le silence était léger, transparent on eût dit qu’il flottait dans l’air.

Au-dessous de ce silence, on entendait le léger craquement de mille pas sur la neige, semblable à un rince-ment de dents. Intrigués par mon uniforme d’officier italien, les hommes levaient des visages barbus, et me fixaient avec des yeux mis-clos, rougis par le froid, la fièvre et la faim : des larmes brillaient dans les cils et coulaient dans les barbes sales.

S’il m’arrivait, dans la foule, de heurter quelqu’un, je m’excusais, je disais : « prosze Pana «  et celui que j’avais heurté levait la tête et me fixait d’un air de stupeur et d’incrédulité.

Je souriais et je répétais : « prosze Pana », parce que je savais que ma politesse était pour eux quelque chose de merveilleux, qu’après deux années et demie d’angoisse et d’un rebutant esclavage, c’était la première fois qu’un officier ennemi (je n’étais pas un officier allemand, j’étais un officier italien, mais il ne suffisait pas que je ne fusse pas un officier allemand : non, cela ne devait pas suffire) — disait poliment « prosze Pana » à un pauvre Juif du ghetto de Varsovie.

De temps en temps, il me fallait enjamber un mort; je marchais au milieu de la foule sans voir ou je mettais les pieds et, parfois, je trébuchais contre un cadavre étendu sur le trottoir entre les candélabres rituels.

Les morts gisaient, abandonnés dans la neige dans l’attente que le char des « monatti » passât les emporter : mais la mortalité était élevée, les chars peu nombreux, on n’avait pas le temps de les emporter tous, et les cadavres restaient là des jours et des jours, étendus dans la neige entre les candélabres éteints.

Beaucoup gisaient à terre dans les vestibules des maisons, dans les corridors, sur les paliers d’escaliers ou sur des lits dans des chambres bondées d’êtres pâles et silencieux. Ils avaient la barbe souillée de neige et de boue.

Certains avaient les yeux ouverts et regardaient la foule passer, nous suivant longtemps de leur regard blanc. Ils étaient raides et durs : on eût dit des statues de bois.

Des morts juifs de Chagall.

Les barbes semblaient bleues dans les maigres visages rendus livides par le gel et par la mort. D’un bleu si pur qu’il rappelait le bleu de certaines algues marines. D’un bleu si mystérieux qu’il rappelait la mer, ce bleu mystérieux de la mer à certaines heures mystérieuses du jour.

Le silence des rues de la ville interdite ce silence glacial, parcouru, comme par un frisson, de ce léger grincement de dents, m’écrasait à tel point qu’à un certain moment, je commençai à parler tout seul, à haute voix.

Tout le monde se retourna pour me regarder, avec une expression de profond étonnement et un regard apeuré. Alors je me mis à observer les yeux des gens.

Presque tous les visages d’hommes étaient barbus. Les quelques figures glabres que j’apercevais étaient épouvantables tant la faim et le désespoir s’y montraient nus.

La face des adolescents était couverte d’un duvet frisé rougeâtre ou noirâtre sur une peau de cire. Le visage des femmes et des enfants semblait en papier mâché. Et sur toutes ces figures, il y avait déjà l’ombre bleue de la mort.

Dans ces visages couleur de papier gris ou d’une blancheur crayeuse, les yeux semblaient d’étranges insectes fouillant au fond des orbites avec des pattes poilues pour sucer le peu de lumière qui brillait au-dedans.

A mon approche, ces répugnants insectes se mettaient à remuer avec inquiétude et, quittant un instant leur proie, surgissaient du fond des orbites comme du fond d’une tanière, et me fixaient apeurés.

C’étaient des yeux d’une extraordinaire vivacité, les uns brûlés par la fièvre, les autres humides et mélancoliques. Certains luisaient de reflets verdâtres comme des scarabées. D’autres étaient rouges, ou noirs, ou blancs, certains éteints, opaques, et comme ternis par le voile mince de la cataracte.

Les yeux des femmes avaient une courageuse fermeté : elles soutenaient mon regard avec un mépris insolent, puis fixaient en pleine figure le Garde Noir qui m’accompagnait, et je voyais une expression de peur et d’horreur les assombrir tout à coup.

Mais les yeux des enfants étaient terribles, je ne pouvais les regarder.

Sur cette foule noire, vêtue de longs caftans noirs, le front couvert d’une calotte noire, stagnait un ciel d’ouate sale, de coton hydrophile.

Aux carrefours stationnaient des couples de gendarmes juifs, l’étoile de David imprimée en lettres rouges sur leur brassard jaune, immobiles et impassibles au milieu d’un trafic incessant de traîneaux tirés par des troïkas d’enfants, de petites voitures de bébé et de petits « pousse » chargés de meubles, de tas de chiffons, de ferraille, de toutes sortes de marchandises misérables.

Des groupes de gens se rassemblaient de temps en temps à un coin de rue, battant la semelle sur la neige gelée, se tapant les épaules de leurs mains grandes ouvertes, et se serraient, s’étreignaient les uns les autres par dizaines et par vingtaines pour se communiquer un peu de chaleur.

Les lugubres petits cafés de la rue Nalewski, de la rue Przyrynek, de la rue Zarkocaymska étaient bondés de vieillards barbus debout, silencieux, serrés les uns contre les autres, peut-être pour se réchauffer, peut-être pour se donner du courage, comme font les bêtes.

Quand nous nous montrions sur le seuil, ceux qui se trouvaient prêts de la porte se rejetaient en arrière, apeurés. On entendait quelques cris d’effroi, quelques gémissements, puis le silence revenait, coupé seulement par le halètement des poitrines, ce silence de bêtes résignées à mourir.

Toux fixaient le Garde Noir qui me suivait. Tous fixaient son visage df’Ange, ce visage que tous reconnaissaient, que tous avaient vu cent fois briller parmi les oliviers près des portes de Jéricho, de Sodome, de Jérusalem.

Ce visage d’Ange annonciateur de la colère de Dieu.

Alors je souriais, je disais « prosze Pana » à ceux que je heurtais involontairement en entrant ; et je vais que ces paroles un don merveilleux.

Je disais en souriant « prosze Pana » et je voyais autour de moi, sur ces visages de papier sale, naître un pauvre sourire de stupeur, de joie, de gratitude. Je disais « prosze Pana » et je souriais.

Des équipes de jeunes faisaient le tour des rues pour ramas-ser les morts. Ils entraient dans les vestibules, montaient les escaliers, pénétraient dans les pièces. Ces jeunes « monatti » étaient en grande partie des étudiants.

La plupart venaient de Berlin, de Munich, et de Vienne ; d’autres avaient été déportés de Belgique, de France, de Hollande ou de Roumanie. Beaucou, naguère, étaient riches et heureux, habitaient une belle maison, avaient grandi parmi des meubles de luxe, de tableaux anciens, des livres, des instrutnents de musique, de l’argenterie précieuse et de fragiles bibelots maintenant ils se traînaient péniblement dans la neige, les pieds entortillés dans des loques et les vêtements en Lambeaux.

Ils parlaient français, bohémien, roumain, ou le doux allemand de Vienne. C’étaient de jeunes intellectuels élevés dans les meilleures Universités d’Europe.

Ils étaient déguenillés, affamés, dévorés de parasites, encore tout endoloris des coups, des insultes, des souffrances endurés dans les camps de concentration et au cours de leur terrible odyssée de Vienne, de clin, de Munich, de Paris, de Prague ou Bucarest jusqu’au ghetto de Varsovie, mais une belle lumière éclairait leur visage : on lisait dans leurs yeux une volonté juvénile de s’entraider, de secourir l’immense misère de leur peuple, dans leurs yeux et dans leur regard un défi noble et résolu.

Je m’arrêtais et les regardais accomplir leur œuvre de pitié. Je leur disais à voix basse en français : « Un jour vous serez libres. Vous serez heureux un jour et libres ». Les jeunes « monatti » relevaient la tête et me considéraient en souriant.

Puis, lentement, ils tournaient les yeux sur le Garde Noir qui me suivait comme une ombre, fixaient leur regard sur l’Ange au beau visage cruel, l’Ange des Écritures, annonciateur de mort, et se penchaient sur les corps étendus le long du trottoir — approchant leur sourire heureux de la face bleue des morts.

Ils soulevaient ces morts avec délicatesse, comme s’ils eussent soulevé une statue de bois. Ils les déposaient sur des chars traînés par des équipes de jeunes gens hâves et déguenillés — et la neige gardait l’empreinte des cadavres, avec ces taches jaunâtres, effroyables et mystérieuses, que les morts laissent sur tout ce qu’ils touchent.

Des bandes de chiens osseux venaient renifler l’air derrière les funèbres convois, et des troupes d’enfants loqueteux, la figure marquée par la faim, l’insomnie et la peur, ramassaient dans la neige les guenilles, les morceaux de papier, les pots vides, les pelures de pommes de terre, toutes ces précieuses épaves que misère, la faim et la mort laissent toujours derrière elles.

De l’intérieur des maisons, j’entendais parfois s’élever un chant faible, une plainte monotone qui cessaient aussitôt que j’apparaissais sur le seuil.

Une odeur indéfinissable de saleté, de vêtements mouillés, de chair morte imprégnait l’air des pièces lugubres où des foules misérables de vieillards de femmes et d’enfants vivaient entassées comme des prisonniers : les uns assis par terre, les autres debout, adossés au mur, certains étendus sur des tas de paille et de papier Lee malades, les moribonds, les morts, gisaient sur les lits.

Tous se taisaient brusquement, me regardant et regardanr l’Ange qui me suivait. »

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Politique

75e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie

Il y a 75 ans, jour pour jour, débutait le soulèvement du ghetto de Varsovie. Le 19 avril 1943, la veille de Pessa’h (pâque juive), deux milles policiers allemands et SS entrent dans le ghetto afin de le détruire.

Face à eux s’opposent quelques centaines de personnes : des membres de l’organisation juive de combat (Żydowska Organizacja Bojowa ou ŻOB), de l’union militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy ou ŻZW) et quelques hommes de l’armée de l’intérieur (Armia Krajowa – mouvement polonais non juif contrairement aux deux premières organisations) qui fournira également des armes.

L’opération devait durer trois jours, elle durera jusqu’au 16 mai 1943. Le ghetto fut rasé et les survivants envoyés dans des camps de concentration (Poniatowa et Trawniki), d’extermination (Treblinka et Majdanek).

Le ghetto de Varsovie était le plus important ghetto juif au sein de l’Europe nazie. Construit en 1940, il sera donc détruit trois ans plus tard. Le ghetto sera qualifié de « zone de contagion » par l’occupant nazi, les lois de plus en plus dures à l’égard des personnes juives (qui seront obligées de venir y vivre), et les conditions de plus en plus catastrophiques.

Il comptera jusqu’à 400 000 habitants qui devront survivre dans une zone de 3,3km². Les conditions de vie y sont terribles : insalubrité, malnutrition… Les épidémies frappent et font beaucoup de mort.

Entre le 23 juillet et le 21 septembre 1942, entre 4 et 7 000 personnes juives seront déportées quotidiennement vers le camp de Treblinka. Personne ne sait au début que ces personnes partent vers un camp d’extermination. Entre 250 et 300 000 mourront à Treblinka durant ces huit semaines.

Les déportations reprirent en janvier 1943, après plusieurs mois de calme, et les premières actions de résistance armées et organisées eurent lieu. La ŻOB et la ŻZW subirent de lourdes pertes mais l’occupant nazi recula et arrêta les déportations au bout de quelques jours : 5 000 juifs l’ont été, contre 8 000 prévus. Les deux organisations prirent le contrôle du ghetto.

Le 19 avril 1943, l’insurrection héroïque débuta. Les organisations de résistance disposaient d’armes et de planques mais n’avaient aucune chance face aux troupes nazies (tant en nombre de combattants qu’en matériel).

Après trois jours de combats, les maisons furent brûlées et les sous-sol dynamités. Le ghetto fut rasé petit à petit et la résistance fut brisée : le 29 avril, la ŻZW n’avait plus de commandements et les combattants restants s’échappèrent via un tunnel. Le 16 mai, le commandant Jürgen Stroop fit exploser la grande synagogue de Varsovie. Ceci marqua la fin de l’insurrection.

En ce 19 avril 2018, nous n’oublions pas la résistance des combattants du ghetto de Varsovie. Nous n’oublions pas l’horreur nazie, ce qui ne veut pas dire qu’il faille éprouver une quelconque haine à l’égard du peuple allemand, ou du peuple polonais martyr lui-même par ailleurs. L’ennemi est le fascisme.

Et le fascisme n’est pas une anomalie historique qui ne pourrait pas ré-apparaître. On ne peut pas être de gauche aujourd’hui et s’imaginer que tout cela n’est que du passé. Le fascisme monte et, comme hier, le fascisme veut le pouvoir. Ceci est vrai en France, en Autriche et dans de plus en plus de pays.

Face au fascisme, il faut toujours un rassemblement le plus large possible des personnes progressistes afin de lui faire barrage : « plus jamais ça !».

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Culture

Ready player one, fourre-tout et néant culturel

ready player one, wade watts

Ready player one est un film basé sur un roman du même nom sorti en 2011, et réalisé par Steven Spielberg. Le film est sorti le 28 mars 2018 en France et a reçu d’excellentes critiques.

Ce qui est conforme à l’esprit d’une époque marquée par la régression et l’infantilisme, la fuite dans l’artificiel et le virtuel.

Posons le cadre. L’action se déroule aux États-Unis en 2045 dans la ville de Columbus, dans l’Ohio. Le monde est en déclin suite à diverses crises, les villes sont surpeuplées, et tout le monde préfère se réfugier dans une réalité virtuelle : l’OASIS. Ce monde est un jeu développé par un personnage présenté comme un rêveur et un utopiste introverti fan de « culture pop », James Halliday. Dans l’OASIS tout serait possible, les seules limites seraient l’imagination de chacun…

Chacun accumule de l’argent et des objets, chacun peut accumuler et dépenser tout son argent jusqu’à ce que son personnage meurt. Comme dans de nombreux jeux vidéos, le personnage ressuscite… mais il perd tout ce qu’il a accumulé jusque là.

En 2045, Halliday est déjà mort. Il a laissé un quête dont le prix est le contrôle de l’OASIS. La société IOI, toute puissante dans le monde réel, ne rêve que d’une chose : en prendre le contrôle afin de dégager des profits colossaux : publicités ciblées, annonces en tout genre, etc. Quelques jeunes vont s’y opposer… Évidemment avec succès.

ready player one, parzival

Dès le départ le contexte est tout simplement grossier : un libéral-libertaire rêveur et mégalo (il faut connaître tous les détails de la vie d’Halliday pour réussir la quête), son jeu délirant où règne une sorte de capitalisme pré-monopolistique et relativement pacifié d’un côté, et une caricature de réalité avec de méchante entreprises de l’autre. Les bons et les mauvais. Les gentils rêveurs en jean baskets et les méchants en costumes cravates.

Cela a l’air de gauche, mais c’est du populisme, le plus outrancier.

Tout au long des deux heures du film, s’enchaînent alors des références à la dite « pop culture » sans aucun esprit de synthèse, sans aucune recherche. La « pop culture » en question semble d’ailleurs se résumer surtout aux années 1980. Les quadras sont ravis, leur vie semble avoir un sens, la vanité de leur vie sociale avoir trouvé un masque de culture.

Mais si le film s’était contenté de n’avoir aucune profondeur, on pourrait le considérer comme un énième divertissement très bien réalisé graphiquement, rempli de références, mais surtout sans aucun intérêt, un énième film plat et infantilisant dans sa fascination pour les jeux vidéos et les super héros.

Seulement, il y a un détail qui révèle le caractère fondamentalement réactionnaire de ce film.

Qu’un film fantasme sur un mode virtuel, les premiers easter eggs dans les jeux vidéos, Godzilla, Star wars, Terminator, Retour vers le futur, Aha, Duran Duran, etc. pourquoi pas. Qu’une grosse production hollywoodienne sort encore une pseudo-critique des méchants dirigeants en costumes et sans émotions, ce n’est pas une surprise.

Mais qu’un film aussi niais et mauvais se serve de Joy Division comme caution alternative, ou encore de la fameuse chanson des Twisted Sisters, ou encore d’un look punk, alors là il faut dire non.

ready player one, wade watts samantha

Car pourquoi la scène de la tentative d’arrestation a-t-elle comme point culminant la vision de la femme avec le t-shirt ayant la pochette d’Unknown pleasures, le premier album de Joy Division ?

Pourquoi la grande offensive a-t-elle lieu sur les Twisted Sisters, avec leur chanson de véritable confrontation à l’idéologie dominante ?

Tout simplement parce que le film a besoin d’une caution rebelle. Sauf que la rébellion n’est pas une composante d’une pop culture réduite à une accumulation d’anecdotes !

Ecouter Joy Division, les Twisted Sisters, cela avait un prix : celui de l’engagement contre un abrutissement dominant, contre la domination d’une consommation de masse allant dans le sens de l’aliénation au lieu du progrès culturel et de l’approfondissement de nos facultés.

C’était une rébellion, en tant qu’expression de la soif existentielle pour un autre monde.

Ready player one ne vaut ici pas mieux que les marques de skate qui se sont vendus à des grands groupes et vendent leurs produits sous une imagerie faussement rebelle. C’est un éloge de la fuite dans le virtuel, de l’esprit de clan pour s’en sortir.

C’est un parfait exemple de récupération du romantisme, de la rébellion, par le capitalisme, pour s’octroyer une apparence de sens, et ici appuyer un film sans aucune profondeur, sans aucune esthétique, sans aucune identité propre, où tout est fade, simple et niais.

Le capitalisme ne peut que pervertir la pop culture authentique, les véritables valeurs culturelles!

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Politique

400 enseignants dénoncent la réforme de l’accès à l’université

Des enseignants ont publié une tribune, publiée sur franceinfo.

Cela reflète une très forte gronde dans les universités, en raison des modalités de sélection. Il y a des refus, et également la compréhension, au-delà de la nature anti-démocratique d’une sélection forcément arbitraire dans cette société, qu’il s’agit d’un moyen de contourner le fait d’accorder des moyens réels à l’enseignement.

Nous, enseignants à l’université, soutenons et accompagnons les étudiants dans leur contestation de la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE) et de Parcoursup depuis le début de leur mouvement.

Notre prise de position s’explique d’abord par notre rejet de toute forme de sélection à l’entrée de l’université. Or, la nouvelle loi instaure une sélection hypocrite. D’un côté, les responsables gouvernementaux refusent catégoriquement d’utiliser ce mot.

Mais, de l’autre, on nous demande de classer les candidatures de sorte qu’un couperet tombera une fois les capacités d’accueil des filières saturées. Parcoursup est en effet conçu de telle façon qu’on ne peut y introduire des ex æquo, sauf à déployer des trésors d’ingéniosité informatique.

Le gouvernement défend sa loi en invoquant une politique d’orientation destinée à pallier les échecs en premier cycle. Mais il ne donne aucun moyen pour mettre en place les cours de mise à niveau, dont il annonce unilatéralement la mise en place.

Un milliard d’euros représente 7,5% du budget total 2018 de l’Enseignement supérieur (13,4 milliards d’euros). Une dotation supplémentaire d’un milliard d’euros, rien que pour le premier cycle, devrait être largement visible, ce qui n’est pas le cas. Et, à notre connaissance, aucune loi rectificative du budget n’est annoncée.

Autre argument utilisé par le gouvernement : rien ne serait pire que le tirage au sort pratiqué l’année dernière via le logiciel admission post-bac (APB) pour 1% des bacheliers dans les filières en tension. En réalité, le système APB a révélé l’impossibilité d’accueillir tous les étudiants, faute de place et de moyens.

En juillet 2017, le ministère a reconnu que 87 000 demandes d’inscription n’étaient pas satisfaites, soit plus du quart du total des nouveaux entrants à l’université en 2016 ! Le fait qu’un mode de sélection (sur dossier, pour tous les bacheliers) se substitue à un autre a pour objectif presque avoué de différer, sinon d’écarter dans l’immédiat, un certain nombre de candidats.

Le problème posé par le nombre de candidatures n’a pas disparu. Au contraire, on sait, pour des raisons démographiques, qu’il va se tendre davantage. L’année 2018-2019 correspond au baby boom de l’an 2000 et se traduit par une explosion démographique prévisible depuis longtemps.

Or, toute la politique du gouvernement est fondée sur la volonté de ne pas donner davantage de moyens à l’Enseignement supérieur, malgré les difficultés auxquelles il est confronté depuis des années.

Si nous soutenons les étudiants, c’est enfin parce que nous assistons, impuissants, à une inexorable dégradation de l’enseignement supérieur depuis une vingtaine d’années. Les dix dernières années ont été marquées par la réduction drastique des budgets et le gel des créations de postes à l’université.

N’oublions pas que la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) de 2007 a donné lieu en 2009 à une grève de plusieurs semaines dans l’enseignement supérieur, la plus longue jamais enregistrée. Depuis, la situation n’a cessé d’empirer.

Il serait vain, nous dit-on, d’accueillir davantage d’étudiants à l’université dès lors qu’ils n’ont pas le niveau. Ce serait un gaspillage des deniers publics ! Mais la finalité de l’Education nationale n’est-elle pas d’éduquer et de former ?

Ce qui fait la noblesse de notre métier n’est-il pas d’élever le niveau de ceux qui ne l’ont pas, c’est-à-dire pas encore ? Quel serait notre rôle s’il s’agissait seulement de dispenser des cours à ceux qui n’ont aucun problème et qui ont la chance d’avoir le niveau et d’être doués pour les études supérieures ?

L’université est un formidable révélateur de talents, un lieu où s’expérimente l’autonomie, où se développe l’esprit critique. Bon nombre d’étudiants qui ont fait des études brillantes à l’université n’étaient pas des élèves remarquables dans le secondaire et n’ont pas eu une bonne mention au baccalauréat.

Auraient-ils été retenus si la sélection s’était appliquée alors ? Pourquoi devrions-nous abandonner ce vivier et renoncer, par une sélection absurde, à donner leur chance à tous ceux qui ont le degré minimum, à savoir le baccalauréat ?

La France est-elle riche à ce point de talents avérés pour que les enseignants renoncent à leur vocation première : former, éduquer et faire progresser vers les meilleurs niveaux ?

Signataires : Lyu Abe, Université de Nice Sophia-Antipolis (06), Catherine Adloff, Université Savoie Mont Blanc (74), Thomas Alam, Université de Lille (59), Florence Alazard, Université de Tours (37), Sophie Albert, Université Paris-Sorbonne (75) , Christèle Allès, Université de Nantes (44)   Eric Alliez, Université Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)   Virginie Althaus, Université de Rouen (76)   Charles Alunni, Université Paris 8 (93) / École Normale Supérieure (75)   Maxime Amblard, Université de Lorraine (54)   Virginie André, Université de Lorraine (54)   Armelle Andro, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Saverio Ansaldi, Université de Reims Champagne- Ardenne (51)   Dominique Archambault, Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis (93)   Chantal Aspe, Aix-Marseille Université (13)   Isabelle Aubert, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Marc Bailly-Bechet, Université Nice Sophia-Antipolis (06)   Mohammed Bachir, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Marie-Hélène Bacqué, Université Paris Nanterre (92)   Ludivine Bantigny, Université de Rouen (76)   Sabine Barles, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Christophe Baticle, Université de Picardie Jules Verne (80) Dominique Batoux, Aix-Marseille Université (13) Jauffrey Berthier, Université de Bordeaux Montaigne (33)   Cécile Bianchi, Aix-Marseille Université (13)   Hervé Billard , Université Bretagne occidentale (29) Vincent Béal, Université de Strasbourg (67)   Véronique Beaulande-Barraud, Université de Reims (51)   Eric Beaumatin, Université Paris 3 (75)   Emmanuelle Bénicourt, Université Picardie Jules Verne (80)   Jocelyn Benoist, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Christophe Benzitoun, Université de Lorraine (54) Sylvie Bepoix, Université de Franche-Comté (25)   Christian Berner, Université Paris Nanterre (92)   Sandrine Berroir, Université Paris Diderot (75)   Jerôme Berthaut, Université de Bourgogne (21)   Christine Bertrand, Sorbonne Université (75)   Magali Bessone, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Bertrand Binoche, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Élodie Blestel, Université Paris 3 (75)   Brigitte Blondet, Université Paris Est Créteil (94)   Géraldine Bois, Université de Lorraine Nancy (54)   Christian Bonnet, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Stéphane Bonnéry, Université Paris 8 (93)   Yann Boniface, Université de Lorraine (54)   Yannick Bosc, Université de Rouen (76)   Martine Boudet, Université Toulouse Jean Jaurés (31)    Marion Boudier, Université d’Amiens (80)   Antoine Boulangé, Sorbonne Université (75)   Joël Boulier, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Nicolas Bourgeois, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Chahira Boutayeb, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Vincent Bonnecase, Science po Bordeaux (33)   Corine Bonningue, Université Toulouse 3 (31)   Sylvain Bordiec, Université de Bordeaux (33)   Anne Bory, Université de Lille (59)   Senouci Boucif, Université Haute Normandie (76)   Vanina Bouté, Université de Picardie (80)   Nicolas Bourgoin, Université de Franche-Comté (25)   ​​​Raphaëlle Branche, Université de Rouen (76)   Jean-Baptiste Brenet, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Serge Bresson, Université Picardie Jules Verne (80)   Guillaume Bridet, Université de Bourgogne (21)   Olga Bronnikova, Université Grenoble Alpes (38)   Cédric Brun, Université Bordeaux-Montaigne (33)   Mathieu Brunet, Aix Marseille Université  (13)   Isabelle Bruno, Université de Lille (59)   Fanny Bugeja-Bloch, universelle Paris Nanterre (92)   Didier Busca, Université Toulouse Jean Jaurès (31)   Marie Buscatto, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Mireille Cabané, Université de Lorraine (54)   Florence Cabaret, Université de Rouen (76)   Patricia Caillé, Université de Strasbourg (67)   Ronan de Calan, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Silvia Capanema, Université Paris 13 (93)   Marcel Carbillet, Université de Nice Sophia-Antipolis (06)   Mathilde Carrive, Université de Poitiers (86)   Florent Castagnino, Université Paris Est Marne-la-Vallée (77)   Nicolas Castel, Université de Lorraine (54)   Peggy Cénac, Université de Bourgogne (21)   Olivia Chambard, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Pierre Chantelot, Université Paris-Est Marne-la-Vallée (77)   Cécile Chapon, Aix-Marseille Université (13)   Sébastien Charbonnier, Université de Lille (59)   Christophe Charle, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Marie-Claude Charpentier, Université de Franche-Comté (25)   Marie Charvet, Université de Nantes (44)   Rudy Chaulet, Université de Franche-Comté (21)   Nathalie Chauvac, Université Toulouse Jean Jaurès (31)   Gilda Charrier, Université de Bretagne Occidentale (29)   Marie Chenet, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Marion Chottin, IHRIM CNRS (69)   Verene Chevalier, Université Paris Est Créteil (94)   Pierre Clement, Université de Rouen (76)   Mickaël Clévenot, Université de Bourgogne-Franche-Comté (21)   Robert Coale, Université de Rouen-Normandie (76)    Deborah Cohen, Université de Rouen (76)   Michèle Cohen-Halimi, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)   Beate Collet, Sorbonne Université (75) Jean-Baptiste Comby, Université Paris 2 (75)   Hadrien Commenges, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Carlos Conde Romero, Université de Lorraine (54)   Laurence Corbel, Université Rennes 2 (35)   Paula Cossart, Université de Lille (59)   Sandrine Costamagno, Université Toulouse Jean Jaurès (31)   Christel Coton, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Marie Cottrell, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Laurent Coudroy de Lille, Université Paris Est Creteil (94)   Saskia Cousin, Université Paris Descartes (75)   Nathalie Coutinet, Université Paris 13 – Villetaneuse (93)   Natacha Coquery, Université Lumière Lyon (69)   Geneviève Cresson, Université Lille 1 (59)   Hervé Christofol, Université d’Angers (49)   Marie Cuillerai, Université Paris 7-Diderot (75) / Université Paris 8 (93)     Kim Sang Ong Van Cung, Université Bordeaux Montaigne ( 33)   Fanny Darbus, Université de Nantes (44)   Bruno Dauvier, Aix-Marseille Université (13)   Augustin David, Université Paris 8 (93)   Mary David,  Université de Nantes (44)   Eva Debray, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne  (75)   Estelle Deléage, Université de Caen (14)   Christophe Demarque, Aix-Marseille Université (13)   Steeves Demazeux, Université de Bordeaux Montaigne (33)   Marie-Aude Depuiset, Université de Lille (59) Marie-Laure Déroff, Université de Bretagne Occidentale (29)   Elodie Djordjevic, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Université Paris II Panthéon-Assas (75)   Laurence de Cock, Université Paris-Diderot (75)    Hervé Defalvard, Université Paris Est Marne la Vallée (77)   Pierre Deffontaines, Université de Bourgogne Franche-Comté (21)   Delphine Dellacherie, Université de Lille SHS (59)   Fabien Desage, Université Lille 2 (59)   Stéphane Desvignes, Sorbonne Université (75)   Catherine Deville Cavellin, Université Paris Est Créteil (94)   Estelle d’Halluin, Université de Nantes (44)   Petros Diatsentos, Aix-Marseille Université (13)   Sophie Didier, Université Paris-Est Marne-la-Vallée (77)   Stéphane Douailler, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)   Blaise Douglas, Université de Rouen-Normandie (76)   Milena Doytcheva, Université Lille SHS (59)   Matthias Dressler-Bredsdorff, Sorbonne Université (75)   Isabelle Dubost, Université des Antilles (972)   Pascale Dubus, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Julien Dufour, Université de Lorraine (54)   Stéphane Dufoix, Université Paris Nanterre (92)   Delphine Dulong, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Natalie Depraz, Université de Rouen (76)   Frédéric Dufaux, Université Paris Nanterre (92)  Jean-François Dupeyron, Université de Bordeaux (33)   Pascal Dupuy, Université de Rouen (76)   Florence Eloy, Université Paris 8 (93)   Philippe Enclos, Université de Lille (59) Léo Exibard, Aix-Marseille Université (13)   Corine Eyraud, Aix-Marseille Université (13)   Jean Fabbri, Universite de Tours (37)   Eric Fassin, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis (93)   Emmanuel Faye, Université de Rouen Normandie (76)   Caroline Fayolle Université de Montpellier (34)   Jocelyne Fernandez-Vest, CNRS / Université Sorbonne-Nouvelle – Paris 3 (75)   Benjamin Ferron, Université Paris-Est Créteil (94)   Etienne Fieux, Université de Toulouse 3 (31)   ​​​​​Catherine Filippi-Deswelle, Université de Rouen (76)   Jérémie Foa, Université Aix-Marseille (13)   Sylvie Fol, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Didier Forcioli, Université de Nice Sophia Antipolis (06)   Sabine Fortino, Université de Paris Nanterre (92)   Eric Fournier, Université Paris-1 (75)   Karine François, Université de Lorraine (54)   Jérémy Freixas, Université de Nantes  (44)   Anne Fretel, Université de Lille 1 (59)   Julien Fretel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Frédéric Fruteau de Laclos, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Muriel Froment-Meurice, Université Paris-Est (94)   Christian Gadchaux, Aix-Marseille Université (13)   Philippe Gajewski Université Paris 8 (93)   Fanny Gallot, Université Paris Est Créteil (94)   Cyril Gallut, Sorbonne Université (75) Edith Galy, Université Nice Sophia-Antipolis (06)   Aline Garnier, Université Paris Est Créteil (94)   Marie Garrau, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   François Gaudin, Université de Rouen (76)   Pierre Gautreau, Université Panthéon Sorbonne (75)   Marie-Dominique Garnier, Université Paris 8 (93)   Nadia Garnoussi, Université de Lille (59)   Jean-Luc Gautero, Université de Nice Sophia Antipolis (06)   Emmanuèle Gautier-Costard, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Katia Genel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Julie Gervais, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne  (75)   Laurence Giavarini, Université de Bourgogne (21)   Pierre Gilbert, Université Paris 8 (93)   Pascal Gillot, Université de Tours (37)   Frédéric Gob, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Mónica González, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 (75)   Sylvie Grand’Eury-Buron, Université de Lorraine (54)   Christophe Giudicelli, Université de Rennes (35)   Nicolas Gregori, Université de Lorraine (54) Christophe Grellard, École Pratique des Hautes Études (75)   Tatiana Gründler, Université Paris Nanterre (92)   Florent Guénard, Université de Nantes (44)   Nacira Guénif, Université Paris 8 (93)   Sophie Guérard de Latour, Université Paris-Sorbonne   Bertrand Guillarme, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)    Michèle Guillemont, Université de Lille (59) Fabien Guillot, Université de Caen Normandie (14)   Didier Guy, Université de Strasbourg (67)   Emilie Hache, Université Paris Nanterre (92)   Hamza Hajji, Université Paris 8 (93)   Berenice Hamidi Kim, Université Lyon 2 et Institut Universitaire de France (69)   Claire Hancock, Université Paris-Est Créteil (94)   Matthieu Hély, Université de Versailles St Quentin en Yvelines (78)   Philippe Henry, Université de Franche-Comté (25)   Céline Hervet, Université de Picardie (80)   Isabelle Hirtzlin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Jennifer Houdiard, Université de Nantes (44)    Myriam Houssay-Holzschuch, Université Grenoble Alpes (38)   Nicolas Hubé, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Sophie Jallais, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Richard Jacquemond, Aix-Marseille Université (13)   Lionel Jacquot, Université de Lorraine (54)   Chantal Jaquet, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Fançois Jarrige, Université de Bourgogne (21)   Julie Jarty, Université Toulouse Jean Jaurès (31)   Fanny Jedlicki, Université du Havre (76)   Nicolas Jouandeau, Université Paris 8-Vincennes-Saint Denis (93)   Nathalie Jourdan, Sorbonne-Université (75)   Marianne Jover, Université d’Aix-Marseille (13)   Octave Julien, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Tiphaine Karsenti Université Paris-Nanterre (92) Aurélie Knüfer, Université Paul Valéry – Montpellier (34)   Jean-Luc Kop, Université de Lorraine – Nancy (54)   Mustapha Krazem, Université de Bourgogne (21)   Émilie Kurdziel, Université de Poitiers (86)   Gaëlle Lacaze, Sorbonne Université (75)   Jean-Marc Lachaud, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Laurent C.-Labonnote, Université de Lille (59)   Claire Lacour, Université Paris Sud (91)   Fabien Laffont, Université Toulouse 2 (31)   Stéphanie Laguérodie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Xavier Lambert, Université Toulouse 2 Jean Jaurès (31)   Jean Pierre Lanfrey, Université Aix-Marseille (13)   David Lapoujade, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Mathilde Larrere, Université de Paris Est Marne la Vallée (77)   Annie Lacroix-Riz, Université Paris 7 (75)   Nathalie Lebrun, Université de Lille (59)   Amélie Leconte, Aix-Marseille Université (13) Christian Lavault, Université Paris 13 (93)   Sandra Laugier, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Christian Lazzeri, Université Paris Nanterre (92)   Daniel Lebaud, Université de Franche-Comté (25)   Frédérique Leblanc, Université Paris Nanterre (92)   Guillaume Leblanc, Université Paris Est (94)   Eric Lecerf, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)   Gabienne Leconte, Université de Rouen (76)   Laurence Le Douarin, Université de Lille (59)   Philippe Légé, Université Picardie Jules Verne (80)   Vincent Lhuillier, Université de lorraine (54) Thibault Le Corre, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Laurent Lemarchand, Université de Rouen (76)   Claire Lemêtre, Université Paris 8 (93)   Emeric Lendjel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Yann Leredde, Université de Montpellier (34)   Benoît Leroux,  Université de Poitiers (86)   Marie Leroy-Collombel, Université Paris Descartes (75)   Marie-Pierre Lefeuvre, Université de Tours (37)   Enora Le Quere, Université de Rouen-Normandie (76)   Marie Lesclingand, Université de Nice (06)   Clément Lescloupé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne (75)   Laurent Lespez, Université de Paris-Est Créteil (94)   Cécile Lefèvre, Université Paris Descartes (75)   Yann Leredde, Université de Montpellier  (34)   Brigitte Lion, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Dany Lionel,  Université d’Aix-Marseille (13)   Olivier Long, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Jean-François Louette, Sorbonne Université (75)   Odette Louiset, Université Rouen Normandie (76)   José Vicente Lozano, Université de Rouen Normandie (76)   Isabelle Luciani, Université Aix-Marseille (13)   Armelle Mabon, Université Bretagne Sud (56)   Yves Macchi, Université de Lille, (59)   Pascal Maillard, Université de Strasbourg (67)   Arnaud Maisetti, Aix-Marseille Université (13) Corine Maitte, Universite Paris-Est Marne-la-Vallée (77)   Christelle Manifet, Université Toulouse Jean Jaurès (31)   Patrice Maniglier, Université Paris Nanterre (92)   Eric Marquer, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Jacob Matthews, Université Paris 8 (93)   Benoît Mariou, Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis (93)   Pascal Marry, Université Paris Est Marne la Vallée (77)   Jean-Luc Martine, Université de Bourgogne Franche-Comté (21)   Etienne Matheron, Université d’Artois (62)   Frédérique Matonti, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Nicole Mathieu, CNRS/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Quentin Meillassoux, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Sarah Mekdjian, Université Grenoble Alpes (38)   Bernard Mezzadri, Université d’Avignon (84)   Laure Michel, Sorbonne Université (75)   Catherine Mills, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Christophe Miqueu, Université de Bordeaux Montaigne (33)   Hasnia-Sonia Missaoui, Université de Toulouse Jean Jaurès (31)   Guillaume Mazeau, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Laurence Maurel, Université de Dijon (21)   Christophe Mileschi, Université Paris Nanterre (92)   Olivier Milhaud, Sorbonne Université (75) Benjamin Moignard, université Paris-Est-Créteil (94)   Jeanne Moisand, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Nicolas Monteix, Université de Rouen (76)   Katell Morand, Université Paris Nanterre (92)   Marie Morelle, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Olivier Morizot, Aix-Marseille Université (13)   Damase Mouralis, Université de Rouen-Normandie (76) Marie-Hélène Mourgues, Université Paris-Diderot (75)   Caroline Muller Université de Reims (51)   Jennifer Murray, Université de Franche-Comté (25)   Alerto Naibo, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Bruno Nazaret, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Emilie Née, Université Paris Est Créteil (94)   Hélène Nessi, Université Paris Nanterre (92)   Frédéric Neyrat, Université de Rouen-Normandie (76)   Alexander Neumann, Université Paris 8 (93)   Bertrand Ogilvie, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)   Julien O’Miel, Université de Lille (59)   Renaud Orain, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Jean-Louis Olive, Université de Perpignan Via Domitia (66)  Marie-Hélène Orthous, Université Avignon-Pays de Vaucluse (84)   Claude Paraponaris, Aix Marseille Université (13)   Armelle Parey, Université de Caen (14)   Alain Parrau, Université Paris 7 (75)   Simon Paye, Université de Lorraine (54)   Thierry Pécout, Université de Saint-Étienne (42)   Etienne Penissat, Université de Lille (59)   Bastien Pereira Besteiro, Université Lyon 2 (69)   Philippe de Peretti, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Corinne Perraudin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Danielle Perrot-Corpet, Sorbonne Université (75)   Etienne Petit, Université de Lorraine (57)   Claire Pagès, Université de Tours, (37)   Mélanie Plouviez, Université de Nice Sophia Antipolis (06) Héloïse Petit, Université de Lille 1 (59) Matthieu Pichon, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Manon Pignot Université d’Amiens (80)   Catherine Peyrard, Université de Rouen (76)   Nathalie Peyrebonne, Université Sorbonne nouvelle – Paris 3 (75)   Marie Philemon, Université Paris 8 (93)   Hélène Pignot, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Florence Piola, Université Lyon1 (69)   Aurélien Poidevin, Université de Rouen (76)   Sophie Poirot-Delpech, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Raphaël Porteilla, Université de Bourgogne (21)   Jean-Christophe Poully, Université de Caen (14)   Behrang Pourhosseini, Université Paris 8 – Vincennes (93)   Joël Pothier, Sorbonne Université (75)   Plínio Prado, Université Paris 8 – Vincennes (93)   Muriel Pucci, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Christophe Quéva, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Lissell Quiroz, Université de Rouen Normandie (76)   Véronique Rauline, MCF Université Nanterre (92) Christelle Rabier, EHESS – Marseille (13)   Nicolas Rafin, Université de Nantes (44)   Olivier Ramaré, CNRS / Aix-Marseille Université (13)   Paul Rateau, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, (75)   Jean-Yves Rauline, Université de Rouen Normandie (76)   Pablo Rauzy, Université Paris 8 (93)   Manuel Rebuschi, Université de Lorraine (54)   Laurent Regnier, Aix-Marseille Université (13) Emmanuel Renault, Université Paris Nanterre (92)   Judith Revel, Université Paris Nanterre (92)   Nicolas Rialland, Université de Rouen (76)   Jean-Luc Richard, Université de Rennes 1 (35)   Ophélie Rillon, IEP de Bordeaux (33)   Fabrice Ripoll, Université Paris Est Créteil (94)   Olivier Ritz, Université Paris-Diderot (75)   Michaël Rivard, Université Paris-Est Créteil (94)   Jean Rivière, Université de Nantes (44)   Valérie Robert, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 (75)   Vincent Robert, Université Paris I Panthéon Sorbonne (75)   Valérie Robin Azevedo, Université Paris V Descartes (75)   Jean-Yves Rochex, Université Paris 8 – Vincennes (93)   Anne Roger, Université de Lyon 1 (69)   Anis Rojbi, Université Paris 8 (93)   Salomé Roth, Université Sorbonne Nouvelle (75)   Marine Roussillon Université d’Artois (62)   Céline Ruet, Université Paris 13 – Villetaneuse (93)   Benjamin Saccomanno, Université de Toulouse Jean Jaurès (31)   Gaël Saint-Cricq, Université de Rouen (76)   Jessica Sainty, Université d’Avignon   (84)   Catherine Samary, Université Paris Dauphine (75)   Samuel F. Sanchez, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (75)   Damien Sauze, Université Lumière Lyon 2 (69)   Michel Savaric, Université de Franche-Comté (25)   Delphine Serre, Université Paris Descartes (75)   Pascal Sévérac, Université Paris Est, (94)   Nicolas Schapira, Université Paris Nanterre (92)   Guillaume Sibertin-Blanc Université Paris-Nanterre (92)   Brigitte Sibille, Université Nice-Sophia Antipolis (06)   Camille Signoretto, Aix-Marseille Université (13)   Wilfrid da Silva,  Sorbonne Université (75)   Arnault Skornicki, Université Paris Nanterre (92)   Pierre Serna, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75) Charles Soulié, Université Paris 8 – Vincennes (93)   Amandine Spire, Université Paris Diderot (75)   Patrick Taïeb, Université de Montpellier (34)   Armelle Talbot, Université Paris Diderot (75)   Pascal Taranto,  AMU   Romain Telliez, Sorbonne Université (75)   Florent Tetard , Université Paris 13 – Villetaneuse (93)   Anne Teulade, Université de Nantes (44)   Nadine Thèvenot, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Claude Thiaudière, Université de Picardie Jules Verne (80)   Marion Tillous, Université Paris 8 (93)   Marc Tomczak, Université de Lorraine (54)   Anne Tomiche, Sorbonne Université (75)   Mathieu Uhel, Université de Caen (14)   François Valegeas, Université Paul-Valery Montpellier 3 (34)   Boris Valentin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Eric Valentin, Université de Picardie Jules Verne (80)   Julie Valentin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Jérôme Valluy, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Patricia Vannier, Université Toulouse Jean Jaurès (31)   Vincent Veschambre, Université de Lyon (69)   Frédéric Verhaegen, Université de Lorraine (54)   Patrice Vermeren, Paris 8 Vincennes Saint-Denis (93)   Catherine Vigier, Université de Rouen (76)   Cécile Vignal, Université de Lille (59)   Noémie Villacèque Université de Reims (51)   Alexandre Vincent, Université de Poitiers (86)   Bruno Vivicorsi, Université de Rouen (76)   Bruno Viaris, Université Paris-Sud (91)   Luc Vincenti, Université Montpellier-III (34)   Christophe Voilliot, Université Paris-Nanterre (92)   Anne-Catherine Wagner, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Geoffrey Williams, Université de Bretagne Sud (56)   Marc Weinstein, Aix-Marseille Université (13)   Maud Yvinec, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (75)   Barbara Zauli, Université Paris 8 – Vincennes (93)   Anna Zaytseva, Université Toulouse 2 (31)   Caroline Zekri, Université Paris-Est Créteil (94)

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Politique

Les mises en scène médiatiques d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a, comme le dit l’expression désuète, mangé son pain blanc. Élu par une partie de la population le voyant comme un Kennedy français, il fait désormais figure de cadre technocratique qui a encore l’aura du type « qui sait ce qu’il fait ».

Cependant, chaque passage médiatique est toujours un risque pour cette image. Aussi, avant de passer hier soir chez les journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel pour RMC, BFMTV et Mediapart, il était passé trois jours avant sur TF1 chez Jean-Pierre Pernaut.

Ce dernier est bien connu pour correspondre, prétendument, à la France profonde, avec un 13h violemment populiste, une posture bien rodée, bien entendu également utilisée avec Emmanuel Macron :

« Nous avons choisi un cadre inédit et magnifique, le p’tit village de Berd’huis, dans l’Orne (…). Je poserai au président les questions que vous vous posez. »

C’est qu’Emmanuel Macron a bien compris que la « mondialisation » commençait à tanguer sévèrement en France et qu’il fallait faire semblant de ne pas être uniquement le président de ceux qui profitent.

Son soutien total aux chasseurs relève de cette conquête des territoires en s’appuyant sur le maillage des notables et de l’idéologie des terroirs.

Mais, chasser le naturel il revient au galop, Emmanuel Macron n’a pas pu s’empêcher d’expliquer, dans l’école servant de lieu d’accueil, qu’il ne compte pas « montrer du doigt une catégorie qui irait moins bien, les villes ou les métropoles parce qu’elles iraient mieux ».

Et pour son passage hier soir, avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, il a choisi comme emplacement le Théâtre national de Chaillot, en face de la Tour Eiffel.

On retrouve là tout le symbole tout à fait parisianiste d’Emmanuel Macron, même si la légende veut que ce soit les journalistes qui aient en partie choisi le lieu, parce qu’ils ne voulaient pas de l’Elysée, et que l’ONU lors d’une assemblée générale y a proclamé la Déclaration universelle des droits de l’homme, en décembre 1948.

En réalité, tout a été choisi bien entendu par l’équipe d’Emmanuel Macron, tout comme les journalistes eux-mêmes, connus pour leur « pugnacité ». Ils ont également dit « Emmanuel Macron », et jamais « Monsieur le président ».

Les épisodes de joute verbale ont été de rigueur, avec les fameuses petites remarques pleines de panache, pour le plus grand plaisir de Jean-Luc Mélenchon qui dénonçait pourtant juste avant les journalistes, un populisme en chassant un autre.

On a ainsi eu Jean-Jacques Bourdin faisant un « Si vous faites des réponses de 5 minutes, on y sera jusqu’à minuit » et Edwy Plenel un « Vous n’êtes pas le professeur, nous ne sommes pas vos élèves ».

Tout cela est du show, orchestré de manière méthodique, millimétrée, conformément aux règles du marketing politique et médiatique d’un Etat moderne de plus en plus coupé de la population. Le but est simple à comprendre : Emmanuel Macron veut se présenter comme un battant, comme un réformateur, comme quelqu’un à l’écoute du bas peuple mais forçant surtout les choses pour faire avancer, en général, la cause du pays.

Et cela marche, qu’on trouve cela bien ou non. Ce qui montre qu’il y a dans notre pays un véritable problème de maturité politique. Tout comme avec Nicolas Sarkozy, il y a une polarisation populiste autour du président de la République, ce qui était par ailleurs évidemment le cas avant puisque tout provient de la nature du régime de la Ve République.

Cependant, avec la force des médias et des réseaux sociaux, cela ressort d’autant plus. Il y a un anéantissement du débat d’idées en France et derrière Emmanuel Macron, il y a le populisme, le nationalisme, le fascisme.

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Guerre

L’intervention militaire française, américaine et britannique en Syrie

« J’ai donc ordonné aux forces armées françaises d’intervenir cette nuit, dans le cadre d’une opération internationale menée en coalition avec les États-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni et dirigée contre l’arsenal chimique clandestin du régime syrien. »

Emmanuel Macron assume parfaitement l’attaque, au moyen de plus de cent missiles, d’installations syriennes censées abriter des moyens de fabriquer des armes chimiques. Une « ligne rouge » qui apparaît, malheureusement, comme un farce et une fable de plus dans un conflit syrien sanglant ayant coûté la vie, depuis 2011, à plus de 350 000 personnes.

Car l’attaque commune à la France, le Royaume-Uni et les États-Unis n’est qu’un ajout à une liste extrêmement nombreuse d’interventions armées, de manipulations politiques, de gesticulations par les services secrets, tout cela au service d’une bataille pour le repartage du contrôle des territoires et des pays.

La guerre suinte de tous les pores des initiatives des grandes puissances et ici, bien entendu, c’est la Russie qui est particulièrement visée, dans une épreuve de force marquée par un esprit d’escalade militaire de plus en plus grand.

Et la France est une grande puissance au même titre que les autres. Ce simple fait est, comme toujours, nié par beaucoup, comme si somme toute la France n’était qu’une sorte de colonie. C’est la contribution classique à la négation de l’interventionnisme français, qui ne vaut pas mieux que les autres.

La France serait un pays voulant la paix et qui se laisserait en quelque sorte abuser, ou bien manipuler, par des Américains qui seraient les seuls fautifs. Marine Le Pen, par exemple, en allusion aux États-Unis, regrette que :

« La France perd à nouveau une occasion d’apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante et d’équilibre dans le monde. »

Jean-Luc Mélenchon dit la même chose :

« C’est une aventure de revanche nord-américaine, une escalade irresponsable. La France mérite mieux que ce rôle. Elle doit être la force de l’ordre international et de la paix. »

Florian Philippot manie le même lyrisme nationaliste :

« Voir la France réduite au rôle de supplétif des faucons contre la paix du monde et ses propres intérêts est toujours une souffrance. »

Les « député-e-s » du Parti communiste français (eux aussi suivent la mode universitaire de l’écriture inclusive) adoptent un lyrisme patriotique traditionnel chez eux :

« Une décision illégale et dangereuse qui confirme la rupture avec notre tradition d’indépendance nationale fondée sur la valeur de la paix et du multilatéralisme.

Si cette tradition faisait notre singularité et notre grandeur, sa remise en cause questionne notre place dans le monde : la France est-elle condamnée à s’aligner sur la volonté et les intérêts américains ? »

Le Nouveau Parti Anticapitaliste dénonce pareillement (et on se rappellera qu’il prônait en 2011 le soutien des grandes puissances à la « révolution syrienne »!) :

« la nouvelle aventure militaire dirigée par Trump en Syrie »

Comme si la France n’était pas impliquée en Syrie. Comme si la France avait reçu des ordres pour envoyer cinq frégates multimissions et des bâtiments de protection et de soutien en mer Méditerranée, neuf chasseurs pour tirer 12 missiles de croisière (trois depuis une frégate, neuf depuis les chasseurs).

Le fait d’avoir choisi d’ailleurs de lancer des missiles depuis une frégate vise à valoriser le missile de croisière naval (MDCN) utilisé ici pour la première fois. Cela correspond à l’esprit d’une démonstration de force.

C’est pour cette raison que Benoît Hamon a eu tort quand il a affirmé que :

« Laisser Assad impuni après l’usage d’armes chimiques contre des civils est impossible. Mais il faut un mandat de l’ONU. Que ceux qui s’offusquent du bombardement d’une usine, sortent aussi du silence quand Poutine et Assad anéantissent les civils de la Goutha et d’Alep. »

C’est là en appeler à un système international de sécurité largement dépassé. Il y a quatre ans, la Russie annexait purement et simplement la Crimée, où était l’ONU ? Et que dire auparavant de la guerre contre la Libye en 2011, sans mandat de l’ONU ? De celle, bien connue, contre l’Irak, toute pareille, en 2003 ? De l’intervention, également sans mandat, au Kosovo en 1999 ?

La vérité est que la compétition internationale tend à la guerre de repartage. Ne pas assumer cela, c’est ne pas être de gauche ; accuser les Américains, c’est nier que chez les dirigeants, russes comme français, américains comme britanniques, iraniens comme israéliens, on éprouve l’envie, le besoin de se tourner vers la guerre de repartage.

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Culture

L’antisémitisme selon Moishe Postone

L’intellectuel canadien Moishe Postone d’origine juive, professeur de l’université de Chicago, vient de décéder ; il a joué un rôle intellectuel important dans l’analyse du nazisme, depuis la parution en 1986 d’un texte intitulé « Antisémitisme et national-socialisme », dont voici un passage introductif, soulignant le caractère particulier de la destruction des Juifs d’Europe.

« Qu’est‑ce qui fait la spécificité de l’Holocauste et de l’antisémitisme moderne ? Ni le nombre des hommes qui furent assassinés ni l’étendue de leurs souffrances : ce n’est pas une question de quantité. Les exemples historiques de meurtres de masse et de génocides ne manquent pas. (Par exemple, les nazis assassinèrent bien plus de Russes que de juifs.)

En réalité, il s’agit d’une spécificité qualitative. Certains aspects de l’anéantissement du judaïsme européen restent inexplicables tant que l’on traite l’antisémitisme comme un exemple particulier d’une stratégie du bouc émissaire dont les victimes auraient fort bien pu être les membres de n’importe quel autre groupe.

L’Holocauste se caractérise par un sens de la mission idéologique, par une relative absence d’émotion et de haine directe (contrairement aux pogromes, par exemple) et, ce qui est encore plus important, par son manque évident de fonctionnalité.

L’extermination des juifs n’était pas le moyen d’une autre fin. Les juifs ne furent pas exterminés pour une raison militaire ni au cours d’un violent processus d’acquisition territoriale (comme ce fut le cas pour les Indiens d’Amérique ou les Tasmaniens).

Il ne s’agissait pas davantage d’éliminer les résistants potentiels parmi les juifs pour exploiter plus facilement les autres en tant qu’ilotes. (C’était là par ailleurs la politique des nazis à l’égard des Polonais et des Russes.) Il n’y avait pas non plus un quelconque autre but « extérieur ».

L’extermination des juifs ne devait pas seulement être totale, elle était une fin en soi : l’extermination pour l’extermination, une fin exigeant la priorité absolue.

Ni une explication fonctionnaliste du meurtre de masse ni une théorie de l’antisémitisme centrée sur la notion de bouc émissaire ne sauraient fournir d’explication satisfaisante au fait que, pendant les dernières années de la guerre, une importante partie des chemins de fer fut utilisée pour transporter les juifs vers les chambres à gaz et non pour soutenir la logistique de l’armée alors que la Wehrmacht était écrasée par l’Armée rouge.

Une fois reconnue la spécificité qualitative de l’anéantissement du judaïsme européen, il devient évident que toutes les tentatives d’explication qui s’appuient sur les notions de capitalisme, de racisme, de bureaucratie, de répression sexuelle ou de personnalité autoritaire demeurent beaucoup trop générales. »

Si ce caractère particulier de la Shoah est ou devrait être évident, Moishe Postone considère que l’antisémitisme est, de plus, une sorte de sous-produit naturel du capitalisme.

A l’opposé de la Gauche – on est ici dans la tradition de l’ultra-gauche – Moishe Postone considère ainsi que l’antisémitisme n’est ni un « socialisme des imbéciles », ni un romantisme anti-moderne, mais l’expression organique, propre au capitalisme, d’une tentative de destruction de « l’abstraction » à laquelle serait associé la population juive.

Il ne voit pas en le nazisme l’expression folle d’un capitalisme conquérant et militariste, mais comme l’aboutissement triomphant d’un antisémitisme qui serait une sorte de fuite en avant anticapitaliste indépendante des luttes des classes : à défaut de saisir la nature du capitalisme, les antisémites combattent une fantasmagorie, « l’abstraction ».

Moishe Postone fait ainsi de l’antisémitisme – à l’opposé de la vision qu’en a la Gauche – non pas un racisme y compris ayant une dimension « anticapitaliste » – mais une idéologie purement autonome, capable d’intervenir dans l’Histoire, qu’on ne peut combattre que par la raison intellectuelle.

Il dit pour cette raison dans « Antisémitisme et national-socialisme » :

« C’est Auschwitz — et non la prise de pouvoir en 1933 — qui fut la véritable « révolution allemande », la véritable tentative de « renversement » non seulement d’un ordre politique mais de la formation sociale existante.

Cet acte devait préserver le monde de la tyrannie de l’abstrait. Ce faisant, les nazis se sont « libérés » eux‑mêmes de l’humanité. »

Cette lecture d’un antisémitisme « autonome » a été reprise en tant que telle par le courant dit de la « théorie critique », se revendiquant du philosophe Theodor W. Adorno, et composant la très grande majorité de la gauche alternative allemande des années 1990-2000. La presse germanophone s’est donc faite écho du décès de Moishe Postone.

L’un des effets notables de l’influence de Moishe Postone a été la naissance à un mouvement « anti-deutsch », anti-allemand, qui a provoqué des polémiques importantes en appelant au soutien unilatéral d’Israël, voire des États-Unis, au nom de la lutte prioritaire contre l’antisémitisme comme idéologie autonome qui dominerait l’Allemagne.

Moishe Postone est également très apprécié chez les partisans d’une « critique de la valeur », courant d’ultra-gauche opposant Karl Marx à la Gauche historique, dont le site Palim-Psao.fr propose les documents (ainsi que de nombreux articles de ou sur Moishe Postone).

Voici quelques citations de Moishe Postone expliquant sa vision de l’antisémitisme comme idéologie « autonome » cherchant à combattre « l’abstraction ».

«  Le pouvoir attribué aux juifs par l’antisémitisme n’est pas seulement conçu comme plus grand mais aussi comme réel et non comme potentiel. Cette différence qualitative est exprimée par l’antisémitisme moderne en termes de mystérieuse présence insaisissable, abstraite et universelle.

Ce pouvoir n’apparaît pas en tant que tel mais cherche un support  concret — politique, social ou culturel — à travers lequel il puisse fonctionner. Étant donné que ce pouvoir n’est pas fixé concrètement, qu’il n’est pas  » enraciné « , il est ressenti comme immensément grand et difficilement contrôlable. Il est censé se tenir derrière les apparences sans leur être identique. Sa source est  donc cachée, conspiratrice. Les juifs sont synonymes d’une insaisissable conspiration internationale, démesurément puissante. »

[…]

« Quand on considère les caractéristiques spécifiques du pouvoir que l’antisémitisme moderne attribue aux juifs — abstraction, insaisissabilité, universalité et mobilité —, on remarque qu’il s’agit là des caractéristiques  d’une des dimensions des formes sociales que Marx a analysées : la valeur. De plus, cette dimension — tout  comme le pouvoir attribué aux juifs — n’apparaît pas en tant que telle mais prend la forme d’un support  matériel : la marchandise. »

[…]

« Désormais, la forme phénoménale du concret est plus organique. Le capital industriel peut donc apparaître en tant que descendant direct du travail artisanal « naturel », en tant qu’« organiquement enraciné », par opposition au capital financier  » parasite  » et  » sans racines « . L’organisation du capital industriel paraît alors s’apparenter à  celle de la corporation médiévale — l’ensemble social dans lequel il se trouve est saisi comme unité organique supérieure : comme communauté (Gemeinschaft), Volk, race.

Le capital lui-même — ou plutôt ce qui est perçu comme l’aspect négatif du capitalisme— est identifié à la forme phénoménale de sa dimension abstraite, au capital financier et au capital porteur d’intérêts.

En ce sens, l’interprétation biologique qui oppose la dimension concrète (du capitalisme) en tant que  » naturelle  » et  » saine  » à l’aspect négatif de ce qui est pris pour le  » capitalisme  » ne se trouve pas en contradiction avec l’exaltation du capital industriel et de la technologie : toutes les deux se tiennent du côté  » matériel  » de l’antinomie. »

[…]

« Cette forme d’  » anticapitalisme  » repose donc sur une attaque unilatérale de l’abstrait. L’abstrait et le concret ne sont pas saisis dans leur unité, comme parties fondatrices d’une antinomie pour laquelle le dépassement effectif de l’abstrait — de la dimension de la valeur — suppose le dépassement pratique et historique de l’opposition elle-même, ainsi que celui de chacun de ses termes. »

[…]

« L’attaque  » anticapitaliste  » ne se limite pas à l’attaque contre l’abstraction. Au niveau du fétiche-capital, ce n’est pas seulement le côté concret de l’antinomie qui peut être naturalisé et biologisé, mais aussi le côté abstrait, lequel est biologisé — dans la figure du Juif.

Ainsi, l’opposition fétichisée du matériel concret et de l’abstrait, du  » naturel  » et de l’  » artificiel « , se mue en opposition raciale entre l’Aryen et le Juif, opposition qui a une signification historique mondiale.

L’antisémitisme moderne consiste en la biologisation du capitalisme saisi sous la forme de l’abstrait phénoménal, biologisation qui transforme le capitalisme en  » juiverie internationale « . »

[…]

« Les juifs n’étaient pas simplement considérés comme les représentants du capital (dans ce cas, en effet, les attaques antisémites auraient été spécifiées en termes de classe). Ils devinrent les personnifications de la domination internationale, insaisissable, destructrice et immensément puissante du capital.

Si certaines formes de mécontentement anticapitaliste se dirigeaient contre la dimension abstraite phénoménale du capital personnifiée dans la figure du Juif, ce n’est pas parce que les juifs étaient consciemment identifiés à la dimension abstraite de la valeur, mais parce que, dans l’opposition de ses dimensions abstraite et concrète, le capitalisme apparaît d’une manière telle qu’il engendre cette identification.

C’est pourquoi la révolte « anticapitaliste  » a pris la forme d’une révolte contre les juifs. La suppression du capitalisme et de ses effets négatifs fut identifiée à la suppression des juifs »

[…]

« À une époque où le concret était exalté contre l’abstrait, contre le  » capitalisme  » et contre l’État bourgeois, cette identification engendra une association fatale : les juifs étaient sans racines, cosmopolites et abstraits »

[…]

« Comprendre l’antisémitisme de cette façon permet de saisir un moment essentiel du nazisme en tant que mouvement anticapitaliste tronqué, caractérisé par une haine de l’abstrait, une propension à faire du concret existant une hypostase et une mission qui, quoique cruelle et bornée, n’est pas forcément animée par la haine : délivrer le monde de la source de tous les maux. »

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« S’il est vrai qu’en 1934 les nazis ont renoncé à l’  » anticapitalisme  » trop concret et plébéien des SA, ils n’ont toutefois pas renoncé à l’idée fondamentale de l’antisémitisme : le  » savoir  » que la source de tous les maux est l’abstrait, le Juif. »