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Tribune de Frédéric Thiriez : «L’UEFA va tuer la Ligue 1»

Frédéric Thiriez est l’ancien président de la Ligue de football professionnel (LFP). Sa tribune, initialement publiée dans le Parisien samedi 20 avril, dénonce le bouleversement que causerait la réforme de la Ligue des champions par l’UEFA.

S’il est une figure proche de la Gauche ayant tenté ou prétendu tenter de limiter l’emprise du business dans le football, en étant en parti à l’origine du Fair Play financier, il a pendant son mandat de 2002 à 2016 accompagné le développement du football moderne, avec notamment l’inflation des salaires et des montants des transferts. Les droits TV de la ligue 1 ont triplé durant cette période, pour atteindre plus de 600 millions d’euros.

La fin de son mandat fut marquée par une demande de démission de la part de l’Association française du football amateur suite au refus d’accepter la montée en Ligue 2 du club de Luzenac (Ariège). L’association avait considéré qu’« aujourd’hui, une certaine idée du football, faite de morale, d’éthique et de justice est morte assassinée par ceux qui sont censés défendre ses valeurs. »

Frédéric Thiriez avait par ailleurs signé un appel de personnalités du sport à voter contre Marine le Pen, au deuxième tour de la présidentielle en 2017.

« L’UEFA va tuer la Ligue 1

Un ancien président ne doit pas parler… Telle est la règle que je me suis appliquée depuis que j’ai quitté la présidence de la Ligue de football professionnel. Si je romps ce silence aujourd’hui, c’est parce que les intérêts vitaux de nos championnats sont menacés par un projet de réforme de la Champions League qui, s’il est adopté, ruinera nos championnats nationaux. Pis, l’UEFA, au mépris du modèle sportif européen, veut faire de la prestigieuse coupe une compétition fermée, au seul profit de quelques clubs milliardaires et de leurs actionnaires.

La réforme se traduira par une augmentation insensée du nombre de matchs : on passerait de 96 matchs aujourd’hui à 224 pour la phase de groupes… Comment oser proposer une telle multiplication des rencontres, néfaste pour la santé des joueurs et mortifère pour les compétitions nationales ? Mortifère, oui, car il est strictement impossible dans le calendrier actuel de trouver les huit dates supplémentaires qu’exige la réforme. Sauf à supprimer une des deux coupes nationales ou à réduire la Ligue 1 à 18, ce que nos clubs n’accepteront pas, comme l’a bien dit Noël Le Graët(NDLR : le président de la Fédération française de football). Pourquoi seraient-ce toujours les compétitions nationales qui feraient les frais de la folie inflationniste des fédérations internationales ? L’UEFA, qui veut toujours plus, va au plus simple : pour augmenter les droits, augmentons le nombre de matchs ! Facile : sur le calendrier, la Fifa et l’UEFA se servent les premières ; les fédérations nationales ne peuvent que remplir les pauvres cases restantes.

Il y a plus grave : la réforme changera la nature même de la Champions League, qui deviendra un championnat quasi fermé. Lors de la première saison de la nouvelle formule, les cinq clubs arrivés en tête de leur groupe (il y a 4 groupes de 8), seront qualifiés automatiquement pour la Champions League de la saison suivante. Mieux, le 6e ou le 7e aussi auront une place garantie, une fois départagés par un match de barrage. Voilà donc 24 places préemptées pour la saison d’après, et pour tout dire, ad vitam aeternam pour peu que ces clubs ne finissent pas dernier de leur groupe. Une Ligue des champions fermée aux trois quarts et durablement. Avec un tel système, il est possible que le deuxième du championnat de Ligue 1, voire même le premier, soit exclu de la Champions League. C’est dire que notre championnat perdra tout son intérêt. En début de saison, nos deux ou trois clubs européens n’auront qu’une priorité : finir dans les cinq premiers de leur groupe afin d’être qualifiés encore l’année suivante. Ils délaisseront le championnat, envoyant au besoin une équipe B. Quant à la deuxième partie de saison, elle n’aura pas plus d’intérêt, puisque la « course aux places européennes » sera terminée… Qui s’intéressera alors à la Ligue 1 ? Les diffuseurs certainement pas. Un effondrement des droits télé en France est donc à redouter dès 2024.

Les 32 ligues européennes n’ont d’autre choix que de se battre pour leur survie en tirant à boulets rouges. La Premier League anglaise et la Liga espagnole ont montré le chemin. Souhaitons que la ligue française suive cet exemple. Mais à terme, il faudra bien revoir la gouvernance de l’UEFA, qui ignore superbement les ligues professionnelles, alors qu’elles font vivre les footballs nationaux. L’UEFA comme la Fifa ne peuvent à la fois prendre, comme organes régulateurs, des décisions qui s’imposent à tous et développer sans cesse de nouvelles compétitions qui minent les championnats nationaux sans que les ligues aient leur mot à dire.

Le bon sens voudrait qu’elles soient représentées à hauteur suffisante (un tiers ?) dans les organes décisionnels des fédérations internationales*. Ces dernières ont reçu de nos anciens la noble mission de gouverner le football, d’en fixer les règles et de développer notre sport partout sur la planète. Aujourd’hui, elles semblent dévorées par la « fièvre de l’or ». Le business a pris le pas sur l’intérêt général du football, les bonnes pratiques, l’avenir du jeu, l’aide aux nations défavorisées. La Fifa et l’UEFA se livrent même entre elles à une véritable guerre commerciale (Coupe du monde des clubs versus Champions League). Cette dérive inflationniste fait croître une bulle spéculative qui peut éclater à tout moment. Faut-il attendre l’implosion du système pour revenir à la raison ? »

* L’EPFL, qui représente les intérêts des ligues nationales, a fini par obtenir un siège au comité exécutif de l’UEFA sur 19.

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Le dopage est-il évitable ou inhérent au sport ?

Il y a de quoi s’offusquer des propos du journaliste sportif Patrick Montel qui, dans une vidéo, avait donné l’impression de relativiser la fuite rocambolesque reprochée à la marathonienne Clémence Calvin, appelant à une certaine compréhension sur la question du dopage.

Clémence Calvin prépare au Maroc le marathon de Paris (qui aura lieu dimanche). Son compagnon, l’athlète Samir Dahmani, se serait interposé physiquement face à des contrôleurs antidopage français, ce qui aurait permit à Clémence Calvin de prendre la fuite, l’athlète ne donnant depuis aucune nouvelle.

Le journaliste sportif Patrick Montel a fait des commentaires à ce sujet, en disant que le dopage était généralisé dans le sport et qu’il fallait comprendre le phénomène de manière bien plus large.

Le recordman du monde du décathlon Kevin Mayer s’est emporté sur les réseaux sociaux à son encontre. Il lui a rétorqué :

« Ces propos sortants de la bouche d’un commentateur sportif « spécialisé » dans l’athlétisme… Faire du dopage une généralité chez les Athlètes de haut niveau… Autant j’arrivais à supporter @LaProlon malgré ses nombreux défauts, mais là c’en est trop.

Le dopage est un raccourci pour les flemmards qui n’ont aucune conscience. Je vous inviterai bien à passer avec moi les 6 derniers mois de ma préparation avant Doha… Mais ce serait un rude sacrifice de ma part

Pour finir, vous profitez de votre notoriété pour balancer des infos sur lesquels vous n’avez aucune connaissance… Vous discréditez une grande partie des athlètes qui s’acharne tous les jours pour s’exprimer et inspirer des millions de personnes! J’arrête, je suis hors de moi »

On peut tout à fait comprendre que Kevin Mayer s’emporte de la sorte, se sentant visé, mis dans le même sac que des tricheurs par un journaliste qui explique presque que le dopage est inhérent au sport et qu’on y pourrait pas grand-chose.

Patrick Montel a étayé son propos dans une autre vidéo, où il insiste sur le fait qu’il a du mal à supporter l’acharnement contre les dopés, expliquant que les conséquences (suspension) sont déjà assez graves quand quelqu’un se fait « attraper par la patrouille » pour qu’il soit la peine « d’en rajouter ».

Son point de vue à propos du dopage est centré sur les individus. Ceux-ci pourraient commettre une faute en cédant à ce qui serait une pression, et il faudrait se satisfaire d’une sanction individuelle, juridique.

Il faut au contraire comprendre en quoi le dopage est un phénomène social déviant, qui doit être condamné en général, et non pas seulement en particulier. La condamnation populaire des sportifs dopés, ce qui est appelé ici « acharnement », est donc très importante. On peut même dire qu’elle est plus importante que la suspension elle-même.

Le dopage dénature le sport. C’est une décadence morale, qui relève de la corruption des valeurs, de la perte de repères. C’est à mettre sur le même plan que la délinquance ordinaire. C’est insupportable dans les classes populaires.

Kevin Mayer a très bien compris la chose quand il dit que « le dopage est un raccourci pour les flemmards qui n’ont aucune conscience ».

La lutte contre le dopage est une cause démocratique de très haute importance, qui relève de la bataille des idées entre les partisans du monde tel qu’il est, et ceux qui veulent le rendre meilleur.

Ceux qui disent que le dopage est inhérent au sport et que c’est une course perdue d’avance n’ont pour seul horizon que le capitalisme et la reproduction du capital. Ils n’imaginent pas qu’un autre monde soit possible, sans le business et toutes les horreurs qu’il suppose.

L’humanité n’est pas corrompue par nature, et le dopage est incompatible avec les valeurs populaires qu’il faut généraliser.

C’est d’ailleurs tout l’honneur de la Gauche, via le combat de Marie-George Buffet du PCF, que d’avoir eu un grand rôle pour la lutte antidopage, aboutissant sur la création de l’Agence mondiale antidopage (AMA) en 1999.

Cela ne fait pas suffisamment le poids, bien sûr, car il y a en face des forces très puissantes et très organisées. Cela donne l’impression que seuls les plus « petits » se font attraper, comme dans l’athlétisme, alors que dans le football par exemple, les contrôles sont quasiment inexistants et le problème est nié.

Soit, mais c’est justement tout l’honneur d’un sport que d’être l’objet d’une plus grande lutte antidopage que les autres, et de voir tomber ses tricheurs.

Il y a la même considération par rapports à d’autres pays et des athlètes français peuvent parfois déplorer que l’Agence française de lutte contre le dopage soit bien plus alerte que les agences d’autres pays.

Là encore, c’est tout l’honneur d’une fédération sportive nationale que de voir les tricheurs de son sport bien plus inquiétés qu’ils ne peuvent l’être ailleurs.

Tout relativisme à propos du dopage est donc insupportable pour qui a des valeurs, le sens de la morale. Ce qu’il faut critiquer au contraire, c’est plutôt que la lutte antidopage a de moins en moins de moyens, qu’elle perd beaucoup de terrain depuis quelques années, malgré les avancées qu’elle avait pu connaître au tournant des années 2000.

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L’assistance vidéo, cette horreur du football moderne

Les arbitres assistants vidéo ou VAR, acronyme anglais pour Video assistant referees, sont en place dans plusieurs championnats de football, et depuis la semaine dernière pour les phases finales de la Ligue des Champions. Loin d’apporter quelque-chose sur le plan sportif, ce dispositif répond surtout à la logique du football moderne, conformément aux sollicitations des clubs les plus riches.

L’Atlético de Madrid avait ouvert le score à la 70e minute lors de sa confrontation face à la Juventus en Ligue des Champions hier soir. Bien servi par Filipe Luis, Álvaro Morata venait récompenser d’une tête franche et bien placée les efforts des « Colchoneros » qui dominaient les débats. La clameur de l’Estadio Metropolitano, qui s’était transformé en une immense exaltation de joie, fut cependant douchée quelques minutes plus tard par l’arbitre. Après visionnage de la vidéo, celui-ci a estimé qu’il y avait une poussette fautive de la part du buteur contre le défenseur.

Cette décision n’a rien d’évidente, le ralenti ne permet pas rationnellement de juger l’intensité du geste de la main du défenseur ; le football étant un sport de contact, il y a sans-cesse ce type de mouvements entre les joueurs et rien ne permet avec les images d’affirmer que le défenseur ne s’est pas volontairement jeté, ou a été déséquilibré par sa propre faute.

C’est ici un cas d’école montrant l’inanité du dispositif VAR. La technologie est censée aider, mais on est en fait pas plus avancé, et il y a toujours des interprétations différentes, aucun consensus, et finalement un sentiment d’injustice qui n’en est que plus grand par rapport à une erreur d’arbitrage pendant le jeu. Un autre cas s’était d’ailleurs produit en première mi-temps où, après visionnage de la vidéo, l’arbitre s’était dédit après avoir accordé un penalty aux Madrilènes. Cette décision a semblé juste, mais là encore il n’y a rien d’établi avec certitude. C’est une question de quelques centimètres pour savoir si la faute a été commise en dehors ou dans la surface. Sa décision initiale, pendant le cours du jeu, n’avait rien d’absurde et n’aurait pas représenté quelque-chose de scandaleux.

Ces faits n’auront finalement pas changé grand-chose hier soir puisque les locaux l’ont emporté 2 à 0. Tel n’est pas le cas par contre de l’annulation du premier but de l’Ajax Amsterdam, qui a perdu 1 à 2 contre le Real Madrid la semaine dernière en Ligue des Champions également.

Il s’est passé cette fois-ci quelque-chose d’improbable où l’on ne sait pas vraiment ce qui a entraîné l’annulation du but par l’arbitre. Cela a bien sûr fait l’objet d’une grande polémique aux Pays-Bas ainsi qu’en Catalogne (où le Real Madrid n’est pas apprécié), le sentiment d’injustice étant très grand.

L’UEFA a justifié le lendemain la décision de l’arbitre sur Twitter.

Il est expliqué que Dusan Tadic était en position de hors-jeu et qu’il gênait le gardien sur le but de Tagliafico. Cela est pour le moins étrange, car le joueur ne peut pas disparaître s’il est hors-jeu, et il n’a pas fait ici délibérément action de jeu, comme le sanctionne la Loi 11 du football.

Le gardien de but du Real ne s’était d’ailleurs absolument pas plaint de cette soi-disant obstruction sur le moment ; rien ne permet de toutes façons d’affirmer que Thibaut Courtois a réellement été empêché de sauver ce ballon à cause de son adversaire considéré hors-jeu sur la vidéo.

Cette justification de l’UEFA est donc très floue, et d’ailleurs pendant la diffusion du match, le réalisateur avait choisi un autre ralenti, avec un autre hors-jeu probable juste avant, mais pas du tout cette scène.

À l’issu de la rencontre, le gardien Thibaut Courtois a expliqué qu’« heureusement qu’il y avait le VAR » et que lui-même a pensé qu’il y avait hors-jeu. Sauf qu’on ne sait pas de quel hors-jeu il parle, et s’il parle de celui-ci, il est forcément de mauvaise fois car il ne peut aucunement le constater à ce moment là puisqu’il fixe logiquement le ballon. Les explications fournies par le corps arbitral à l’entraîneur de l’Ajax, Erik ten Hag, n’étaient pas claires non-plus, et contradictoires :

« L’un d’eux m’a dit que l’annulation du but était basée sur une position de hors-jeu qui n’était pas évidente à mes yeux, un autre parce qu’il y a eu une faute sur Courtois, que je n’ai pas revue sur les images de la télé. »

On se retrouve donc avec une technologie censée permettre d’éviter les erreurs d’arbitrage qui ajoute en fait encore plus de suspicion sur la partialité du corps arbitral et exacerbe le sentiment d’injustice.

Cette affaire est d’autant plus ennuyeuse que le dispositif n’aurait dû être en place que la saison prochaine pour la compétition européenne. L’UEFA a finalement décidé au mois de décembre que les arbitres assistants vidéo seraient présents dès les phases finales de cette année, changeant les modalités du jeu en cours de compétition. Il y a là quelque-chose d’inhabituel, de pas correcte, de pas conforme à l’esprit sportif. Qu’on soit pour ou contre, l’arbitrage vidéo change fondamentalement la façon dont sont joués et arbitrés les matchs, et cela n’est pas normal de l’instaurer au milieu du tournoi contrairement à ce qui était prévu.

Le président de l’UEFA Aleksander Ceferin s’était justifié en disant : « si nous pouvons le faire avant, pourquoi pas ? » Il s’est en fait empressé de répondre aux exigences des clubs de football les plus riches. L’institution était historiquement hostile au dispositif, mais elle a finalement cédé aux injonctions de personnalités comme Andrea Agnelli, président de la Juventus et du très influent syndicat de clubs ECA, ou de Karl-Heinz Rummenigge, président du directoire du Bayern Munich.

L’arbitrage vidéo est réclamé par les grands clubs qui veulent contrôler le plus possible l’incertitude du sport. De la même manière qu’ils plaident pour une ligue fermée, afin de ne pas avoir à se qualifier chaque année pour l’Europe, ceux-ci veulent surtout assurer leurs buisiness models.

L’argent qui leur permet d’acheter les plus grands joueurs et d’écraser la concurrence ne leur suffit pas, il y a encore trop d’incertitude, de risque de se voir « flouer » par un club moins fort et ils veulent pouvoir maîtriser le plus de paramètres possibles.

L’UEFA ne fait que se plier cette exigence, comme elle l’a fait cette année en acceptant d’inscrire pour les phases finales les joueurs transférés pendant l’hiver qui avaient joué la compétition avec un autre club, ce qui est un autre recul historique.

Le discours sur l’équité sportive ou le soulagement des arbitres pour justifier le dispositif VAR n’est que du flan. L’équipe nationale du Maroc l’avait d’ailleurs constaté à ses dépens pendant la Coupe du Monde 2018, il y avait clairement eu le sentiment que « le VAR, c’est pour les grandes équipes, c’est frustrant », comme l’avait dit Nabil Dirar.

Les joueurs et les entraîneurs sont de plus en plus nombreux à s’y opposer, à l’instar de l’entraîneur du club londonien Tottenham, Mauricio Pochettino, qui affirme que « personne n’est heureux de regarder ces matches en Europe avec la VAR, personne. »

La Ligue 1 française, qui a adopté le dispositif cette saison, regorge déjà de décisions contestées après utilisation de la vidéo ou, pire encore, de moments où la vidéo n’a pas été consulté dans une situation litigieuse sans que l’on sache pourquoi. Il faut se souvenir de cette 20e journée du championnat en décembre où pas moins de quatre matchs avaient connu une polémique relative à ce nouveau mode d’arbitrage.

L’assistance vidéo n’apporte manifestement rien au football, et cela casse l’ambiance dans les stades de manière très désagréable quand un but est finalement anulé. C’est une horreur de plus du football moderne.

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Disparition d’Emiliano Sala : les sportifs appartiennent au peuple !

La disparition tragique du footballeur Emiliano Sala est un bouleversement à Nantes, il y a le sentiment terrible et collectif que c’est « l’un des nôtres » qui a disparu.

Il était revenu à Nantes pour le week-end puis est reparti après un au revoir à ses anciens équipiers au centre d’entraînement. L’avion dans lequel se trouvait Emiliano Sala n’a pas été retrouvé, mais si à l’heure actuelle il est encore porté disparu, il n’y a que très peu de doutes quant à son sort. Le sujet a animé la journée des Nantais amoureux de leur club hier, dans les collèges et les lycées, au travail, dans les familles ou sur les messageries entre amis. Des centaines de personnes se sont rendues le soir même dans le centre de la ville en son nom.

Un footballeur, et qui plus est le meilleur buteur du club, qui s’implique fortement sur le terrain, donne de sa personne pour l’équipe, cela plaît aux gens. Emiliano Sala a plu au public nantais tant pour sa gentillesse et son sourire que pour sa « grinta » sur le terrain et ses buts. Toujours un bonjour quand il le fallait, toujours d’accord pour un autographe ou un selfie quand on le croisait au karting ou à la boulangerie, et toujours enclin à se donner pendant les matchs.

Les intellectuels des centre-villes, les bourgeois en général, ont du mal à saisir cela. Ils ne voient en les footballeurs pros que des individus qui réussissent, adulés par des gens d’en bas qui eux n’ont pas réussi. En vérité, ce n’est pas cela qui se passe : les gens du peuple savent que les footballeurs comme Emiliano Sala sont des leurs, et inversement. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de tristesse quant à sa disparition, car il y a de l’affection.

En arrière plan de cela, il va aussi y avoir beaucoup de colère. Car cette disparition n’aurait jamais dû arriver. C’est un drame du football moderne.

Elle est la conclusion tragique d’un insupportable épisode hivernal plein de rebondissements quant à son transfert vers le club de Cardiff City. L’entraîneur Vahid Halilhodzic ne voulait évidemment pas du départ de son buteur, surtout sans remplacement derrière, et assurait qu’il ne partirait pas.

Il y avait quand-même des rumeurs, puis un départ quasi certain finalement annulé, avant d’être enfin conclu il y a quelques jours. On ne sait jamais les choses dans le détail dans ce genre de transactions, mais la plupart des commentaires indiquaient qu’Emiliano Sala n’était pas intéressé sportivement par Cardiff. Ce serait le président du FC Nantes, Kita, qui a poussé le transfert pour récolter une grosse somme d’argent (estimée à 17 millions d’euros, dont la moitié doit revenir aux Girondins de Bordeaux en raison d’une clause sur le précédent transfert).

De son côté, le club de Cardiff a proposé au joueur un salaire très important, de 300 000 euros par mois, qu’il lui a été compliqué de refuser, ce que tout le monde à bien entendu compris, malgré la déception.

C’est un drame du football moderne, car ce genre de transferts insupportable d’un point de vue sportif ne devraient pas exister. Il ne devrait pas y avoir autant d’argent en jeu, avec une telle concurrence déloyale qui fausse toute équité. Il n’y aurait jamais dû avoir ces allez-retours improvisés entre Nantes et Cardiff dans un petit avion au-dessus de la Manche en plein milieu du championnat en hiver.

Si l’on en croit la presse, Emiliano Sala avait fait part de ses inquiétudes quant au vol à son à des amis, indiquant qu’à l’aller cela avait été compliqué et qu’il n’avait pas confiance en l’avion « sur le point de tomber en morceaux ». Cette information fait vraiment froid dans le dos, il y a quelque-chose de vraiment révoltant qui montre que les joueurs de football, même s’ils gagnent beaucoup d’argent, sont les victimes de tractations qui les dépassent, manipulés comme de simples marchandises, contraints à ce genre de voyages absurdes.

On peut même penser, d’ailleurs, qu’Emiliano Sala n’avait pas grand-chose à faire en Europe, et que le peuple argentin devrait avoir le droit de garder ses propres champions, qui quittent le pays à cause de l’argent.

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Le FC Nantes, grand perdant du « football moderne »

Le Football Club de Nantes est un des grands perdants de l’avènement du « football moderne », à l’image de clubs comme l’Ajax Amsterdam, le Celtic Glasgow, l’AS Saint-Étienne ou encore le Genoa CFC. Le club a fêté cette année ses 75 ans ; il fut durant la deuxième moitié du XXe siècle un club très populaire et il bénéficie encore d’une notoriété et d’une sympathie importante en France, malgré de faibles résultats sportifs.

 

« 60 ans de gloire, 15 ans d’anonymat… jusqu’à quand? »

Lors de la dernière rencontre de la saison 2017/2018, les supporters de Nantes ont déployé une grande fresque présentant des figures historiques du club. Elle était accompagnée d’un message résumant la situation.

Cela était bien sûr un pic destiné à la direction qui a largement fêté les 75 ans du club cette année. Depuis le dernier titre de champion de France en 2001, le « FCN » n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est justement à cette époque qu’il fût précipité dans les abîmes du « football moderne ».

Une tradition de football

Il y avait une identité sportive à Nantes, avec des projets collectifs construits et menés durablement, avec la reconnaissance et le soutiens des masses locales amatrices de football.

L’identité culturelle n’est pas directement ouvrière, mais en tout cas franchement populaire et démocratique. Le public est connu comme étant exigeant, amateur de beau jeu collectif, mais pas de frasques et d’aventures individuelles.

Seulement, cela n’est pas compatible avec le football d’aujourd’hui et sa dimension « business ». Il nécessite des projets démesurés, de l’immédiateté, et ne supporte pas que des anciens puissent être enraciné dans un club, respecter des valeurs déterminées, prendre le temps de la construction.

Le FC Nantes a été longtemps réputé pour son centre de formation de la Jonelière, qui fût pendant un moment l’un des plus à la pointe du monde. Cela a permis l’avènement de grandes équipes avec plusieurs joueurs formés au club, ce qui permettait aux recrues de respecter aussi un style de jeu particulier.

“Jeu à la nantaise”

Les commentateurs ont résumé cela sous le terme de “jeu à la nantaise”, qui fait un peu figure de mythe, car il représente des réalités différentes. Il y a toujours en tout cas derrière ce terme l’idée de l’intelligence collective, de la construction rapide et efficace.

José Arribas, Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix sont les principales figures représentants ce “jeu à la nantaise”. L’histoire du club est aussi marqué par de grands noms comme Henri Michel, Claude Makelele, Christian Karembeu ou bien Mickaël Landreau. Il faut penser aussi par exemple aux trios offensifs des années 1970 Baronchelli-Amisse et Pécout ou Halilhodžić, et d’autres encore.

La tradition de jeu nantaise avait commencé à tanguer au début des années 1990, époque à laquelle le “business” a commencé à envahir massivement le football. Jean-Claude Suaudeau avait une première fois claqué la porte du FC Nantes, en tant qu’entraîneur.

Mais c’était une autre époque que la nôtre, le capitalisme n’avait pas à ce moment les moyens de tout broyer et les structures ont pu se maintenir, avec l’appui de la population.

Une saison 94/95 fantastique

“Coco Suaudeau” est revenu à la tête de l’équipe en 1993. La saison 1994/95 a ensuite connue l’une des meilleures équipe française.

Largement issue du centre de formation, elle ne brillait pas par ses qualités individuelles mais par ses prestations collectives impressionnantes. En plus du titre de champions de France, les « canaris » n’ont connus qu’une seule défaite cette saison là, ce qui a donné lieu au record de 32 journées invaincues. En 2018, ce record n’a toujours pas été battu, même par le PSG et ses moyens immenses, complètements déloyaux par rapports aux autre clubs.

Le jeu nantais était en 1994/1995 d’une grande fluidité, les phases de transition maîtrisées de manière brillante, l’équipe impossible à jouer. Le « tarif maison » pour les matchs à domicile était de 3 – 0 (cela s’est produit 10 fois en 19 matchs !)

C’était un grand moment de l’histoire du football.

Malgré la vente de quelques joueurs clés comme Christian Karembeu et Patrice Loko, le club a atteint les demi finale de la ligue des Champions l’année suivante, éliminé de justesse par la Juventus, malgré une victoire 3-2 à la Beaujoire.

Un dernier titre en 2001

La saison 2000-2001 fut comme une dernière respiration avant la noyade pour le FC Nantes. Raynald Denoueix, continuateur de Jean-Claude Suaudeau, a été capable de mener l’équipe au titre mais les moyens n’était déjà plus les même, le triomphe moins brillant et plus réaliste.

Tout a sombré ensuite, et violemment.

En 2000 le club a été racheté par le Socpress, à la tête du journal local “Presse Océan”. Cela fût présenté par de nombreux commentateurs comme un “coup” financier, dans le but de se servir de la trésorerie du club. C’était aussi une occasion pour la municipalité (censée être de Gauche car affiliée à Parti Socialiste) de se séparer du club.

Raynald Denoueix fut licencié sans ménagement, malgré le titre (il rebondit cependant directement au Real Sociedad avec qui il remporte le championnat espagnol, ce qui fût une véritable surprise et un véritable exploit !)

Le club n’a jamais pu se relever de ce bouleversement. Il a été relégué deux fois en ligue 2 en l’espace de deux ans, alors qu’il détenait le record de présence ininterrompue en première division du championnat français (44 saisons, de 1963 à 2007).

L’ère Kita

Le FC Nantes passa succinctement (et indirectement) dans les mains de Serge Dassault, puis dans celles de l’actuel propriétaire et président Waldemar kita.

Ce dernier est un industriel fortuné qui a racheté le club pour se faire plaisir, comme d’autres jouent à “Football Manager” sur leur ordinateur. Son plus récent “caprice” étant la construction d’un nouveau stade ultra moderne.

[Voir notre article : YelloPark, la mairie socialiste de nantes brade le stade de football de la Beaujoire ]

Sa présidence est marqué par une grande instabilité et des choix très critiqués en terme de gestion (transferts, salaires, infrastructures, etc.). Dès le début, il s’était fait remarquer par son attitude désinvolte en insultant violemment dans la presse le joueur Frédéric Da Rocha, figure du club :

« Qu’il se permette de faire un tour d’honneur […] alors que c’est la deuxième fois qu’il descend [en ligue 2, NDLR], c’est que pour sa gueule ! À sa place, j’aurais arrêté le foot depuis longtemps. »

Depuis qu’il est arrivé en 2007, le club a connus 14 entraîneurs, soit plus d’un par année, ce qui est au dessus des “standards” déjà très court du “football moderne”.

Parmi eux il y a Michel Der Zakarian, ancien joueur du club, qui a été licencié deux fois malgré qu’il ait fait remonter deux fois le club en ligue 1 !

Contre le football moderne

Contre le « football moderne »

Waldemar Kita est un personnage qui a tout du grand bourgeois détestable, bronzé aux UV, méprisant envers les classes populaires, etc. Il cristallise autour de sa personne tout une opposition, surtout de la part des supporters les plus fervents et les plus jeunes.

Il n’est cependant qu’une figure,représentant un système et des enjeux économiques soumettant le sports, que l’on peut résumer à travers la critique du “football moderne”.

Les traditions n’ont pas toutes disparues au FC Nantes, mais elles ne se maintiendront pas éternellement. L’histoire du football et des réalisations humaines en général est certes marqué par des changements. Il ne faudrait pas être figé dans le passé. Mais la situation du FC Nantes laisse malgré tout, somme toute, le sentiment amer d’un immense gâchis.

Voici pour finir un extrait de la réaction très vives, très authentique, de Vahid Halilhodzic (champion de France en 1983) parue dans la presse locale après la seconde relégation du FC Nantes il y a presque 10 ans.

« Le FC Nantes n’est pas mort ce week-end, il est enterré depuis pas mal de temps. C’est scandaleux !

Ses philosophes de joueurs ne savent pas que le FC Nantes c’est autre chose. Les gens sont résignés, déprimés. On n’a pas su tirer les leçons de la première descente.

Avec la remontée, certains ont pensé qu’ils étaient en droit de donner des leçons à tout le monde. C’est incompréhensible.

Ce club synonyme de stabilité, de travail, est tombé si bas. C’est facile d’accabler les gens mais quand tu joues mal, tu essaies au moins de courir, de te battre, de compenser avec de la générosité, de la volonté pour masquer ton manque de talent. Mais je n’ai même pas vu ça !

Ce vestiaire doit être confronté à pas mal de problèmes, c’est du moins l’impression qu’il donne de l’extérieur.

Ils ont réussi à tuer un monument du football, il fallait être costaud pour faire ça. Ils n’ont pas seulement détruit l’image de ce club mais aussi son âme.

Des communicants ont tenté de cacher la réalité mais le FCN est profondément malade à tous les niveaux.

La preuve, sa source inépuisable de talents, en l’occurrence le centre de formation, semble tarie. Où sont les jeunes ? Il faut un changement radical, surtout des gens plus compétents. »

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Le pragmatisme froid de l’équipe de France

La France est normalement un pays de panache, privilégiant le style à l’efficacité. La frilosité imposée par Didier Deschamps a été insupportable pour de nombreux commentateurs et supporters pendant la Coupe du Monde.

Si la Coupe du Monde se matérialise par des étoiles sur les maillots des nations victorieuses, c’est peut-être parce que le public aime voir les équipes briller. De ce point de vue, la prestation de l’équipe de France a généré beaucoup de frustration chez les amateurs de football.

Impossible de ne pas remarquer que la France n’a pas été la plus forte. Quand elle a asphyxié la Belgique, ce n’était pas par son jeu, mais en refusant le jeu, comme face au Danemark – match qui d’ailleurs avait été vécu comme un petit traumatisme tellement il ne s’était rien passé.

En ce qui concerne la finale, les chiffres sont éloquents : deux buts en première période malgré zéro tirs et un nombre incroyable de ballons perdus, seulement 68 % de passes réussies sur l’ensemble du match et moins de 35% de possession. Au vu de sa prestation bien meilleure, la logique aurait voulu que la Croatie l’emporte.

Bien sûr, la France n’a été menée au score que 9 min sur l’ensemble du tournoi (face à l’Argentine), mais elle n’a que trop rarement donné l’impression de dominer son sujet. Mis à part quelques exploits individuels, et pas mal de chance, les “bleus” ont surtout pris soin de ne jamais prendre de risque, cherchant à contrer l’adversaire de manière opportuniste. Il n’y a pas eu de réelles phases de construction, d’intelligence collective. Il s’agissait surtout de miser sur les erreurs de l’adversaire.

Cela est totalement assumé. Face aux critiques, le sélectionneur répond :

« Mon boulot c’est de gagner des matches» car « le résultat change tout. Et seul le résultat peut dire si je me trompe ou pas, si j’ai raison ou pas.»

C’est un pragmatisme froid, cynique. Et on se demande alors qu’elle a sa définition du sport, voir même du football. Car, ce qu’aime le public, ce qu’aiment les amateurs de football, c’est le jeu, et précisément le beau-jeu qui fait gagner, pour être champions du monde en proposant le meilleur football du monde.

Mais avec un raisonnement comme celui de Didier Deschamps, le football n’est plus qu’un outil pour satisfaire les orgueils nationaux. Car c’est une chose de soutenir son pays, puisque sur le plan personnel cela nous renvoie à un héritage, des traditions, un quotidien, mais cela en est une autre de vouloir écraser les autres à tout prix.

Le football est un jeu et ce qui devrait compter est le jeu. Tel ne fut pas le cas, et c’est ouvertement assumé aussi par exemple par Raphaël Varane dans une interview à l’Équipe :

“Nous on n’était pas venus pour jouer, on était là pour gagner, pour détruire l’adversaire. On sait qu’on n’a pas fait le plus beau jeu du tournoi. […] On était l’équipe la plus glaçante, oui, c’est ça, on était glaçants. On était des tueurs à sang froid. Quand je vois la finale contre la Croatie, c’est ça.”

Ces propos font froid dans le dos. Il n’est pas étonnant que Raphaël Varane soit défenseur titulaire du Real de Madrid, dont le pragmatisme s’opposent historiquement à la tradition de beau jeu et d’intelligence collective du FC Barcelone. Il a d’ailleurs évolué dans l’ombre de Sergio Ramos, qui est une caricature de cynisme et de pragmatisme dans le football moderne.

> Lire notre article : Le “football moderne” ne sanctionne pas Sergio Ramos pour son agression sur Mohamed Salah

Le discours de Varane n’est pas anodin. Il relève d’une idéologie de la concurrence capitaliste, de guerrier prêt à tout pour servir les dirigeants de son pays, mais pas de l’esprit du sport, ni d’un état d’esprit populaire.

L’équipe de France a beaucoup d’influence sur les jeunes ainsi que dans les centres de formation. Cela a très bien été remarqué par le joueurs français Hatem Ben Arfa, qui explique de manière intéressante dans une chronique à France Football :

“Pour moi, ce serait dangereux de se cacher derrière cette deuxième étoile pour faire du jeu des Bleus une référence mondiale. On ne va pas se le cacher : le style et l’identité ultraréalistes des Français sont assez moches. Et je n’ai pas envie que ce style-là devienne désormais la norme dans les centres de formation ou les clubs, puisque l’on a souvent l’habitude d’essayer de copier le nouveau champion du monde.

Je ne peux pas non plus me résoudre à gagner ainsi avec des talents aussi inventifs que Griezmann, Fekir, Mbappé ou Dembélé. Je pense que c’est du gâchis. Vu nos forces, on pourrait être beaucoup plus audacieux, moins caméléons. Pour connaître certains Bleus, je sais qu’ils ne se fichent pas de la manière et qu’ils n’auraient rien contre une évolution du jeu proposé.”

On pourrait arguer que Ben Arfa est un idéaliste, naïf face aux enjeux du football moderne. D’autant plus qu’il dit que Didier Deschamps devrait partir et que :

« Ce serait ensuite à son successeur de profiter du potentiel technique et de “libérer” les talents pour avoir une identité de beau jeu à la française, comme les Brésiliens en ont une. Et pour qu’on ne prenne pas du plaisir que dans les résultats. »

Cependant, l’intelligence et le bon sens sont en faveur d’Hatem Ben Arfa. Ce qui devrait primer, c’est le jeu, la beauté et le plaisir du jeu. Le football est un sport, ce n’est que du sport. La victoire n’est pas tout, ce n’est qu’un but, une motivation ; la défaite ne doit pas être insupportable. L’équipe de France n’a pas à être une start-up destinée à satisfaire le nationalisme et l’idéologie libérale-pragmatique d’un Emmanuel Macron.

Hatem Ben Arfa touche à un point essentiel quand il parle d’identité française. Car ce qui ressort de tout cela, en somme, c’est l’absence de caractère français au jeu de l’équipe de France.

On peut même dire que cette équipe n’avait pas d’identité du tout. Là encore, c’est très bien résumé et assumé par Raphaël Varane :

« C’est quoi le niveau international ? Quand est-ce que tu attaques, quand est-ce que tu défends, quand est-ce que tu laisses le ballon à l’adversaire… On regarde l’adversaire, et, après, on voit comment on peut jouer, nous. »

Il est intéressant de noter que ce discours s’oppose directement à celui de Bixente Lizarazu à propos de l’équipe de France 1998. Pour lui l’équipe avait une identité propre :

« Nous imprimions notre rythme et notre style, quel que soit l’adversaire, avec une base défensive très forte et une grosse agressivité dans les duels qui nous permettaient d’user nos adversaires avant que nos talents offensifs finissent le job.»

De nombreux commentateurs et amateurs du Football ont remarqué cela et le regrettent. Si les gens étaient contents de pouvoir faire la fête, on ne peut pas se satisfaire d’une telle victoire dans la manière. Car, en France, il y a l’art et la manière, comme le dit l’expression (qui est difficilement traduisible dans d’autres langues).

 

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Le régime et Emmanuel Macron profitent de la victoire de l’Équipe de France

La victoire de l’Équipe de France de Football à la Coupe du Monde a été largement mise en scène. La population est en quelque sorte privée d’une célébration intime, sincère, authentique. Les avions de la patrouille de France ont fait leur apparition au-dessus de Paris, comme pour bien rappeler les célébrations militaristes de l’avant-veille. De nombreux prêtres ont saisi l’opportunité pour sonner les cloches des églises et rappeler leur existence. Emmanuel Macron a été fortement mis en avant, etc.

Quoi qu’on en dise, le régime en place est le grand gagnant de la victoire de l’équipe de France de Football. Cela est bien sûr nié par l’immense majorité des commentateurs qui expriment à l’unisson la même béatitude surjouée, afin que surtout aucune voix dissonante ne transparaisse.

Et comme s’il fallait prévenir la critique, celle-ci est dénigrée dans son essence même. À ce jeu, on peut noter la copie tout à fait typique rendue par le rédacteur en chef du Figaro Guillaume Tabard, expliquant que :

« Chez tous ceux-là, une incapacité à se laisser emporter par la joie et, sur le plan politique, la hantise de voir Emmanuel Macron s’emparer de cette victoire, pour ne pas dire l’accaparer. »

Cela est très bien vue de parler de joie, car au centre de tout cela il y a en effet les masses et la joie qu’elles ont exprimée. Les célébrations ont été intenses après la victoire.

Cela avait d’ailleurs commencé dès l’après-midi avant même la rencontre contre la Croatie. Une ambiance guillerette, voire pétillante, traversait la France ensoleillée ce dimanche. Dans les villes et les campagnes, dans les stations balnéaires et les campings, les masses se parlaient ou se regardaient affectueusement.

Il y avait un parfum de 1998 avec des places de villages réunies autour d’un écran, des familles dans les jardins où les femmes, surtout les anciennes, étaient là pour réguler les excès regrettables des hommes avec l’alcool, des centres-villes où la jeunesse plus intellectuelle et cultivée prenait plaisir à s’associer à une joie simple et populaire, des cités de banlieues où l’enthousiasme était particulièrement exacerbé, et puis encore à Paris, où il y avait un peu de tout cela.

Il faut reconnaître aussi l’immense ferveur des gens qui ont attendu pendant de nombreuses heures en plein soleil l’arrivée des joueurs sur les Champs-Élysées. Il y a là quelque chose d’éminemment populaire, relevant d’une véritable communion nationale, à l’opposée par exemple des cérémonies administratives organisées par le régime pour célébrer son Armée chaque 14 juillet.

Au contraire, ce genre de défilé parisien massif, rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes pour un événement sportif, est quelque-chose de rare et précieux. C’était le quatrième. Il y a eu 1998 évidemment, dans une moindre mesure 2000 après la victoire à l’Euro de Football, et il y avait eu avant seulement l’incroyable déambulation du champion de course à pied Jules Ladoumègue en 1935 devant 400 000 personnes.

Il était une figure ouvrière, proche du Parti Communiste, et victime d’institutions sportives réactionnaires l’interdisant de pratiquer son sport, jusqu’à le priver de Jeux Olympiques. L’URSS lui avait proposé de concourir là-bas ; le journal Paris-Soir avait organisé pour son retour une course d’exhibition à travers Paris dont le succès fut immense.

Ce lundi 16 juillet 2018, les masses n’auront par contre pas véritablement célébré la prestation sportive des “bleus”. On ne peut pas dire que l’équipe a brillé de par le jeu qu’elle a proposé ; elle a même fait preuve d’une réussite insolente pour s’imposer face à la Belgique puis à la Croatie. Mais là n’est pas du tout la question.

Le sport n’est ici qu’un prétexte. La population s’empare de cette victoire à la Coupe du Monde pour exprimer quelque-chose de plus important que simplement le football. Cela dépasse le sport et n’appartient même pas aux joueurs eux-mêmes, pas plus qu’à Didier Deschamps.

Les joueurs ne sont pas extérieurs à l’événement, par définition, évidemment. Ils en sont simplement l’incarnation. Cela s’est traduit entre-autre par la reprise de plusieurs chansons dédiés à certains joueurs, diffusées grâce aux réseaux sociaux.

Les deux plus populaires sont celles dédiées à N’Golo Kanté, dont la qualité de jeu est particulièrement appréciée, et à Benjamin Pavard. Cette dernière fait écho à un chant stupide et très grossier des supporters marseillais pour leur finale de Ligue Europa à Lyon (sur un air classique de supporters anglais), qui a connu un grand succès au printemps chez les jeunes garçons amateurs de football partout en France.

La ferveur populaire prend donc comme prétexte le football pour exprimer un besoin social, qui est en quelque sorte un besoin d’unité.

Le régime n’a surtout pas envie de cette unité populaire, mais plutôt d’une unité derrière ses institutions et le système économique qu’il promeut. C’est la raison pour laquelle il tend à personnifier largement les célébrations. Les joueurs sont donc mis au centre du dispositif, présentés comme étant des individus ayant réussis quelque-chose.

Quand les masses disent “on a gagné”, parce que l’élan est collectif, le régime préfère un “merci les bleus”.

Pour les masses, peu importe qu’il n’y avait pas 67 millions de français sur le terrain, ce qui compte est l’unité autour d’un même mouvement, d’une même cause, aussi futile soit-elle.

Cela ne saurait compter pour les représentants du capitalisme où l’entreprise individuelle et la réussite personnelle sont au centre de tout.

C’est ainsi que de nombreuses grandes entreprises ont communiqué ce “merci les bleus”. C’est également le coeur du message d’Emmanuel Macron et de toute la communication qu’il a mise en place, faisant de cette victoire presque une “affaire d’État”.

La question n’est pas ici de savoir si le président Macron profitera personnellement de l’événement. Il ne faut pas sous-estimer les masses françaises qui, normalement, au moins pour celles ayant un héritage politique, ne se font pas avoir aussi facilement.

Par contre, parce qu’elles sont largement dépolitisées, abandonnées depuis longtemps par la Gauche, elles se retrouvent désemparées face aux institutions qui profitent de l’événement pour maintenir et renforcer le régime.

Emmanuel Macron joue un rôle important en ce sens. Il a méticuleusement soigné son approche de la question, en étant toujours là tout en prenant soin de ne jamais donner l’impression d’en faire trop.

Lors de sa visite en Bretagne pendant les phases de poule, il avait fait en sorte de “s’éclipser” pour assister à la deuxième mi-temps d’un match debout au milieu des clients d’un bar, commandant une bière et payant sa tournée pour fêter la victoire.

Il a fait inviter des jeunes footballeurs d’Île-de-France à l’Élysée pour un autre match, rendu visite aux joueurs dans les vestiaires après la victoire contre la Belgique tout en prenant soin de ne pas diffuser de photos, etc.

Les images de sa présence dans le vestiaire après la victoire en finale, appelant les joueurs “les enfants”, ont par contre été largement diffusées. Les commentaires promouvaient systématiquement son discours “émouvant”, suite logique de son attitude “survoltée” durant la rencontre.

Il avait emmené avec lui un sous-officier de l’Armée gravement blessé au Mali, afin de servir un odieux discours nationaliste, hautain, mélangeant tout et n’importe quoi, relativisant quelque chose d’aussi grave que la guerre avec du sport :

«Je l’ai revu [le militaire] le 13 juillet, il était sur un fauteuil roulant […]. Il m’a dit: “J’ai une faveur à vous demander. Après-demain, quand vous verrez les joueurs, dites-leur qu’ils ont fait rêver un petit Français comme moi.” C’est pour ça que je voulais vous l’emmener, parce que je voulais que vous vous rendiez compte de ce que vous faites».

Certains joueurs sont littéralement tombés dans le panneau pour célébrer le régime. Comme si finalement leur victoire était aussi importante pour la population que l’ouverture d’une usine donnant du travail à des milliers d’ouvriers, ou encore une découverte scientifique permettant de grandes avancées sur le plan écologique.

Benjamin Mendy s’est carrément permis un “dab” avec Emmanuel Macron tandis que Blaise Matuidi, le prenant en accolade, s’exclamait : « Avec Monsieur le Président, vive la France, vive la République ! ».

Le lendemain, le transfert des joueurs vers Paris depuis l’aéroport a également été organisé de manière à ce que la célébration des individus soit totale. On a laissé des gens s’arrêter à pied sur l’autoroute pour “voir” leur bus de prêt, d’autre circuler à scooter, sans gants, portable à la main, parfois debout sur leurs machines, au milieu de l’escadron de police motorisé encadrant le bus.

La suite de cela fût une grande “garden party” dans les jardins de l’Élysée. Étaient invités un millier de jeunes issus des clubs d’origines des joueurs de l’équipe de France, afin de souligner encore une fois le caractère individuel de l’aventure. Il était bien sûr expliqué qu’il y avait parmi-eux probablement les “futurs Mbappé”, comme si le sport amateur n’était en fait là que pour servir de réservoir au sport de haut niveau et aux clubs professionnels.

Les médias ont relayé tout cela en grandes pompes, meublant avec des interventions de journalistes ridicules voulant à tout prix se placer au coeur de l’événement. TF1, France 2, les quatre chaînes d’information en continu et la chaînes L’Équipe ont toutes assurées un direct de plusieurs heures.

En ce qui concerne la classe politique, les principales figures ont relayé, forcément, le remerciement aux “bleus”.

Édouard Philippe: « Champions du monde !!! Quel match ! Quel mondial ! Quelle équipe ! Vous faites la fierté de votre pays, bravo ».

Benjamin Griveaux: « GÉANTS 20 ans après, merci les Bleus d’offrir le rêve à une nouvelle génération » (Twitter)

François de Rugy: « On est les champions, on est, on est, on est les champions ! Bravo LesBleus ! Et bravo aux Croates pour leur jeu. Beau moment de football, beau moment de rassemblement et de fierté nationale »

Christophe Castaner: « Toucher les étoiles ! Merci à l’équipe de France ! »

Valérie Pécresse: « Champions du monde. Quel match ! Quels joueurs ! Ils ont réussi… Merci Didier Deschamps pour ce bonheur ! »

Anne Hidalgo: « Champions du monde ! Quel bonheur ! Quel match ! C’était un rêve, vous en avez fait une réalité. Merci les Bleus !

Parti socialiste: « Champions du monde ! Félicitations à l’équipe de France qui 20 ans après réitère l’exploit en s’imposant 4-2 en finale ! Bravo les Bleus ».

Manuels Valls: « Un immense merci aux Bleus, à Griezmann, Pogba, Mbappé… à la défense de fer avec Varane et Umtiti… au stratège Deschamps qui a construit un groupe soudé, efficace et fort de ses valeurs. C’est beau le foot ».

Laurent Wauquiez: « Ils l’ont fait ! L’équipe de France, championne du monde. 20 ans que la France attendait. Nous en avons rêvé. Nous avons tant vibré. Nous sommes fiers de vous ! Bravo les Bleus ! »

Nicolas Dupont-Aignan: « Bravo bravo bravo ! Tellement fier d’être Français ! Félicitations à nos héros ! »

A noter également, le message d’Eric Coquerel de “La France Insoumise”, relayant directement et sans filtre le discours en faveur du régime :

Le régime ne profitera pas éternellement de cet élan, ou de ce type d’élan. La nature du système économique qu’il promeut est trop instable. Le capitalisme génère trop de crise, de chômage, de décadence culturelle, d’incertitudes morales, pour que la ferveur populaire ne se transforme pas à un moment ou à un autre en colère populaire.

D’ailleurs, les masses étaient nombreuses à siffler le président de la République à diverse occasion lors de cette Coupe du Monde.

Le régime peut se maintenir un moment, mais il peut tout aussi bien vaciller rapidement. Ce qui comptera alors, c’est la nature du renversement de ce régime en place. Si la Gauche aujourd’hui en France n’est pas à la hauteur de cet enjeu, tel n’est pas le cas des différents cercles réactionnaires et de l’Extrême-Droite qui se préparent à cela.

Si le régime tente aujourd’hui de se maintenir par des artifices patriotiques, il ne faut pas perdre des yeux le nationalisme qui en arrière-plan se profile.

Illustration de cela, cet extrait d’une tribune de la réactionnaire Natacha Polony. Cela devrait être un avertissement, un message d’alerte à toutes les personnes de gauche soucieuses des valeurs démocratiques et de l’unité populaire.

Elle a ici très bien compris l’enjeu, la nature profonde et sincère de l’élan populaire autour de l’Équipe de France. Elle entend l’orienter vers le nationalisme plutôt que le socialisme.

« […] À nous tous, adultes et dépositaires de l’immense héritage d’un pays millénaire de convertir cet élan superficiel en sentiment profond et pérenne, à travers la transmission des textes historiques, philosophiques et littéraires qui racontent ce qu’est la France, comme à travers une géographie, des paysages qui en sont le visage.

Tous ces enfants qui brandissent des drapeaux et crient leur joie d’être français ne demandent qu’à aimer leur patrie. Ils ne sont pas toute la France, ils ne masquent pas les haines, le séparatisme, les fractures. Mais plus ils seront nombreux, et plus nous serons nombreux pour combattre ceux qui nous ont déclaré la guerre.

Nul ne s’imagine qu’un pays s’apaise par le miracle d’un match de foot mais un point nourrit nos espoirs : on ne nous sort plus le mythe de la France black-blanc-beur. Cette équipe est tout aussi diverse mais elle est avant tout bleu-blanc-rouge, ce qui signifie que -rêvons un peu – nous retrouvons peut-être un peu de cet universalisme qui est l’identité même de la France et que la globalisation culturelle a voulu remplacer par un multiculturalisme profondément communautariste.

Allons, enfants de la Patrie, les jours de gloire ne se dédaignent pas, quels qu’ils soient. »

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Société

Une victoire à la coupe du monde de football sans panache français

Quiconque a porté son attention aux désirs des masses sait que depuis le début de la coupe du monde de football, il y a un grand désir de communion qui est exprimé. Naturellement, le traumatisme des attentats islamistes a beaucoup joué et il y a eu une envie de ferveur, s’exprimant ainsi avec la victoire de l’équipe de France de football.

France - Croatie, Fan zone

 

Mais il y a aussi toute une bourgeoisie trop heureuse de trouver un thème pour fédérer patrons et ouvriers, smicards et financiers !

Être de Gauche, c’est donc comprendre cette joie populaire, sans pour autant sombrer dans la démagogie célébrant une nation parmi les plus riches du monde, où toutes les classes sociales collaboreraient, profitant d’un vivier populaire voyant en le football un rêve américain accessible.

D’ailleurs, l’inculture des footballeurs, dont le mode de vie est toujours décadent et totalement pro-capitaliste, avec un style nouveau riche contribuant à pourrir les banlieues, n’a d’égal que l’absence de caractère français au jeu de l’équipe de France de football.

Mbappé

 

Le pragmatisme a été tellement de rigueur que Kylian Mbappé s’est justifié d’un « moi je suis en final » pour justifier son jeu théâtral face à la Belgique en demi-finale, tandis que le premier but de la finale est issue d’un coup franc consécutif à une faute imaginaire, Antoine Griezmann se laissant tomber par volonté de simulation.

Il y a ici un grand changement dans l’esprit français, qui cautionne désormais ce pragmatisme, alors qu’auparavant il célébrait, de manière bien plus française, la finale gâchée par le coup de tête de Zinedine Zidane contre un joueur italien, sans parler du fameux France-Allemagne ! Perdre avec panache a toujours été un trait du style français !

Impossible de ne pas voir qu’au-delà des aspects permettant l’approche pragmatique – les qualités des joueurs, leur style de jeu, etc. – il y a vraiment une macronisation des esprits, dans le sens d’une volonté de triompher, à tout prix.

L’esprit national disparaît, happé par le cynisme. De toutes façons cet esprit national était condamné à disparaître, mais pas dans le cosmopolitisme capitaliste : dans la rencontre de tous les peuples apportant le meilleur d’entre eux…

Là on en est vraiment très loin. De la même manière que les traditions du Paris Saint-Germain ont été entièrement anéanties par l’achat du club par le Qatar – l’argent est censé acheter la victoire en Ligue des Champions et les supporters n’y voient aucun inconvénient – l’esprit Macron a réduit la devise française à « Liberté Égalité Mbappé ».

Même Le Monde a participé aux premières loges à la valorisation du « teen ager » qui aurait un destin unique, incroyable, en comparaison avec nos propres vies qui sont censées être sans aucune densité.

France - Croatie, Emmanuel Macron

Impossible de ne pas parler non plus de l’omniprésence d’Emmanuel Macron, comme spectateur particulièrement expressif du match, puis à la remise des médailles aux joueurs, où il a pris chacun dans ses bras.

On est là dans une mise en scène qui profite elle-même d’une construction sociale : la structuration de très nombreux clubs de football par un pays très riche utilisant les victoires comme un dispositif idéologique pour assurer son hégémonie culturelle et intellectuelle.

Oui, intellectuelle, car des millions de prolétaires, incapables de lire une ligne de Karl Marx, s’y connaissent sans commune mesure quant aux joueurs, aux tactiques, aux systèmes de jeu !

Il ne s’agit évidemment pas ici de nier la valeur du jeu – bien au contraire, il s’agit d’en défendre l’esprit. Et là, il n’y a donc pas que la beauté du jeu : il y a l’utilisation par un pays riche, il y a un refuge pour un peuple qui inversement a été incapable d’éprouver ne serait-ce qu’un peu d’intérêt au cinquantenaire de mai 68.

Ne pas voir cela serait rater ce qui se passe dans notre pays !

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Réflexions

« Il a 19 ans, et il est en finale de la Coupe du monde. Vous faisiez quoi à 19 ans, vous ? »

Il est difficile d’exprimer le malaise terriblement profond qu’on peut ressentir parfois, et que dire de ce qu’on a au fond de soi à la vue de ce commentaire du Monde dans son « live » pour le match France-Belgique d’hier, en coupe du monde de football ?

« Il a 19 ans, et il est en finale de la Coupe du monde. Vous faisiez quoi à 19 ans, vous ? » peut-on lire, avec une photographie où l’on voit de dos Kylian Mbappé.

Ce n’est pas seulement la surmédiatisation et la dimension « spectacle » du football moderne qui pose ici problème, ni même l’individualisation forcenée d’un système qui ne voit justement que des individus, de par sa nature.

Bien sûr, tout cela est vrai, mais certains diront : c’est de la politique et diront que là n’est pas l’important. Admettons, même si ce n’est pas vrai. Non, au-delà de cela, il y a ce terrible problème, ce problème peut-être le plus douloureux de notre époque : la négation de la personnalité.

Car ce que sous-tend Le Monde, c’est qu’être en finale d’une Coupe du monde aurait davantage d’intensité dans le vécu que, par exemple, à 19 ans, devenir amoureux, découvrir les premiers albums de Pink Floyd, adopter un chien dans un refuge, voir sa première aurore boréale, avoir un couple de pigeons ayant construit un nid et couvant ses œufs juste devant sa fenêtre.

Et c’est là qu’on ressent en pleine face ce qui est une odieuse impression de vide ; la vie dans cette société semble être un immense gaspillage, entièrement superficiel, sans aucune substance, avec tout n’étant qu’apparence.

La vie dans cette société n’est que du remplissage, une immense accumulation de choses diverses servant au remplissage. Et, ausi, on remplit sa vie avec un emploi, avec un couple, avec des jours qui passent. Non pas qu’un emploi ni un couple ne soient pas nécessaires, pas plus que les jours qui passent ! Bien au contraire, penser à l’inverse serait basculer dans la religion ou la célébration de marginalités auto-destructrices.

Cependant, pour un couple authentique et un emploi non aliénant, pour des jours qui passent en étant emplis de vie et non remplis de consommation et de superficialité, il faut s’arracher, s’extraire, s’extirper, s’enlever, s’ôter, se retirer d’attitudes, de conventions, de normes paradoxalement totalement vides.

Et les remplacer par d’autres, fondamentalement positives, allant dans le sens de l’épanouissement de ses propres facultés, de ressentir toute une gamme d’émotions, de sentir la nature, et d’une capacité à construire, à produire. C’est cela, le socialisme.

Et donc comprendre que ce qui compte, c’est la civilisation dans son ensemble, la culture, par laquelle on existe avec la nature, et non pas des individus qui ne sont que des egos abstraits. Après tout, qu’importe de savoir qui est l’auteur de La Multiplication des pains des Très Riches Heures du duc de Berry au XVe siècle?

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Société

« L’inter-LGBT » et les « discriminations » dans le sport

Le thème de la « marche des fiertés » à Paris concernait cette année les discriminations dans le sport. Le slogan était : « Les discriminations au tapis, dans le sport comme dans nos vies ! ». En apparence, cela sonne juste et progressiste, contre l’homophobie. En réalité, « l’inter-LGBT » qui organise cela mélange tout et n’importe quoi, de par sa dimension libérale et anti-populaire.

La lutte contre l’homophobie dans le sport est une cause démocratique essentielle. L’orientation sexuelle d’une personne ne devrait pas être un sujet pour l’activité physique. Les préjugés à l’égard des femmes et des hommes homosexuels dans les milieux sportifs doivent être dénoncés.

Par exemple, il faut critiquer le fait que le président du club de football anglais Watford, le célèbre chanteur Elton John, soit moqué par certains supporters pour son homosexualité. Il faut aussi reconnaître et se féliciter du fait que, pour une grande majorité de suiveurs du football, l’orientation sexuelle du président du club de Watford n’est pas un sujet de conversation.

Le sport est très populaire à notre époque car il a une dimension universelle. C’est cela qui plaît par exemple avec la Coupe du Monde de Football. Des nations du monde entier peuvent s’affronter selon les mêmes règles et de manière (relativement) équitable, en tant que ce sont des expressions particulières de la même humanité.

La question homosexuelle devrait être comprise de cette manière : les femmes et les hommes homosexuels sont, sur le plan des relations amoureuses, des expressions particulières et minoritaire d’une même humanité. Ce qui compte est d’aller dans un sens commun, universel.

Les personnes gays et lesbiennes doivent alors avoir dans le sport leur place de manière indifférencié, sans avoir pour autant à cacher la réalité de leur relation amoureuse avec une personne du même sexe.

« L’inter-LGBT » ne raisonne pas de cette manière dans son communiqué contre les « discriminations » dans le sport. Ce qui l’intéresse est au contraire l’affirmation et la multiplication des particularités, et ce de manière exacerbé.

Le terme « LGBTQI+ » qui est utilisé est une sorte de catalogue des affirmations individuelles sur le plan de la sexualité et du genre. Chacun aurait le droit de « choisir » et il n’y aurait en fait aucune réalité naturelle, pas même des hommes et des femmes.

Ce rejet de la réalité naturelle est incompatible avec le sport car il est, par essence, un rapport à la nature. Il s’agit dans le sport d’exprimer des capacité physiques et intellectuelles naturelles. Le matériel, comme une perche dans le saut à la perche ou bien un vélo dans le cyclisme, ne sert que de vecteur à l’expression de capacités naturelles.

C’est la raison pour laquelle la grande majorité des sports différencie les catégories féminines des catégories masculines. Il y a dans le sport une volonté d’universalité, d’expression équitable des réalités naturelles.

Dans le cyclisme par exemple, les meilleurs femmes professionnelles ont globalement un niveau équivalent à celui d’un coureur amateur masculin de bon niveau régional. Pour des raisons hormonales essentiellement, mais aussi en partie culturelles, le niveau des femmes est différent. Il serait alors absurde de nier cela, et mettre tout le monde sur le même plan. Cela serait contraire à la recherche d’universalité. Un coureur amateur régional masculin ne peut pas moralement se prétendre meilleur qu’une cycliste professionnelle.

 

Cette question est précisément ce qui dérange les personnes parlant de « LGBTQI+ ». Dès que l’on pose la question du sport féminin, on voit tout de suite qu’ils sont dans une impasse, et ne peuvent s’en sortir que de manière antidémocratique, en rejetant les revendications populaires.

L’inter-LGBT prétend qu’on pourrait choisir d’être homme ou femme, voire aucun des deux. Cela est contraire au combat démocratique et populaire des femmes dans le sport qui est justement de pouvoir affirmer les catégories féminines.

L’inter-LGBT fait de la question homosexuelle une question de libéralisme. Chacun pourrait faire ce qu’il veut, et l’homosexualité ne serait qu’une option, un choix.

Le sport est donc vécu par ces gens comme étant « normatifs », discriminatoire, car il ne restreint l’expression de tous ces particularismes. « Le sport est bel et bien le terrain privilégié de stigmatisations », disent-ils.

Ce n’est là que du libéralisme, qui désert d’ailleurs totalement la cause homosexuelle, tout comme le féminisme en général.

Les personnes gays et lesbiennes sont prises au piège de ce genre de discours « LGBT », elles sont utilisées comme caution démocratique pour affirmer des valeurs décadentes, des choix autocentrés.

Au contraire, la fierté homosexuelle doit s’affirmer dans le sport, comme dans la vie, justement parce que ce n’est pas un « choix », mais une réalité. Les homosexuels sont des gens comme les autres et doivent pouvoir faire du sport et suivre le sport, « comme tout le monde ».

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Défaite de l’Allemagne en football et nationalisme français de la « France Insoumise »

La France Insoumise s’est lancée dans une opération de nationalisme anti-allemand forcené à la suite de l’élimination, au premier tour de la coupe du monde, de l’équipe d’Allemagne. Cette dernière a connu une défaite récurrente ces dernières années de la part du champion en titre s’imaginant pouvoir se reposer sur ses acquis et échouant à reconquérir son titre (et non pas simplement le conserver).

Ce qui ressort ici, ce sont les valeurs du nationalisme français le plus traditionnel qu’on retrouve chez la France Insoumise, en opposition frontale avec les valeurs de la Gauche qui n’ont jamais assimilé un peuple à son gouvernement, ni d’ailleurs un peuple à un préjugé négatif quelconque.

Malheureusement, ce sont bien évidemment les partisans de l’Union Européenne dans sa version libérale, capitaliste, qui ont été aux premières loges pour le dénoncer. Car c’est un affrontement entre libéraux et nationalistes auquel on assiste ici, ce qui est un piège terrible.

Les libéraux, les capitalistes, prétendant améliorer les conditions matérielles et empêcher la guerre grâce à l’Europe, ce qui est de moins en moins vrai et bientôt ne le sera plus du tout.

Les nationalistes veulent que leur pays tirent leur épingle du jeu le plus vite possible, en faisant cavalier seul.

C’est à cette catégorie qu’appartient la France Insoumise et son populisme. C’est bien toute une stratégie, profitant de toutes les opportunités. On a d’ailleurs Manuel Bompard, coordinateur des campagnes de la France insoumise, qui parle à cette occasion de dégagisme.

Djordje Kuzmanovic, responsable « géopolitique » de la France insoumise, a la même interprétation populiste. On remarquera qu’il présente la France comme une colonie allemande, ce qui est un discours relevant de l’idéologie nationale-révolutionnaire.

Bastien Lachaud, député LFI de Seine-Saint-Denis, a publié un tweet enlevé par la suite, disant :

Merci aux Coréens, Battiston est enfin vengé – Séville 1982 ! Dégageons Angela Merkel pour venger les peuples européens

Adrien Quatennens, député LFI du Nord, a tenu des propos dans le même esprit.

Jean-Luc Mélenchon a par ailleurs tout fait pour souligner le trait, déjà bien forcé.

Preuve de la démagogie de Jean-Luc Mélenchon, voici ce qu’il a pu mettre en avant juste avant ces propos.

Plus de guerre, plus de compétition, puis peu après la dénonciation nationaliste de l’Allemagne. Tout cela est d’ailleurs un fourre-tout lamentable, puisqu’en même temps on trouvait cela : Merkel associée aux panzers, qui dépouillerait la France.

L’échec de la Gauche est terrible : il accorde des espaces aux chauvins, aux nationalistes, aux antisémites, qui se prétendent contre le capitalisme, contre l’impérialisme, pour mieux mobiliser dans un sens nationaliste.

Ce qui est totalement ressemblant à l’Italie des années 1920, l’Allemagne des années 1930, avec l’utilisation du ressort « national » pour mobiliser prétendument pour du « social ».

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9 choses anecdotiques mais importantes sur la coupe du monde de football 2018

1. Le budget de l’organisation de la Coupe du Monde est monstrueux. Annoncé à 9 milliards d’euros, il tourne plutôt autour des 10 milliards d’euros après des ajustements de dernière minutes. A titre de comparaison, le mondial en Allemagne en 2006 avait coûté 430 millions d’euros.

Le Qatar devrait dépenser encore plus pour la Coupe de Monde 2022 : le budget annoncé est, pour l’instant, de 15 milliards d’euros, dont une grande partie pour des stades qui seront inutiles. Ce problème de stades concerne déjà la Russie puisque certains stades ont été agrandis à grand frais, alors que cela sera inutile par la suite pour les clubs y évoluant, voire même cela pourra constituer un handicap en raison des frais d’entretien.

2.La diffusion TV des matchs de coupes du monde sont perturbés de jeux SMS insupportables, y compris sur Bein Sport, qui est pourtant payante. Ils sont infantilisant, jouent sur la pulsion et l’émotion des spectateurs en annonçant des sommes immenses, avec des questions stupides, du genre : qui a marqué tel but lors de tel match, alors que cela a été dit juste avant, sans parler qu’on peut trouver l’information avec internet…

Et c’est à peine légal car les jeux d’argents sont très réglementés. Les chaînes contournent en fait la réglementation en proposant de rembourser les SMS. En pratique, cela n’est bien sûr pas réclamé par l’immense majorité des joueurs, et ces jeux sont très rentables…

3. Leroy Sané est un ailier gauche allemand et le meilleur joueur de son équipe. Il n’a pas pourtant pas été sélectionné, ce qui a provoqué de puissants remous en Allemagne. Le grand quotidien Die Zeit l’a défendu : « Leroy Sané est le genre de joueur pour lequel on regarde le football ». C’est vrai qu’il est techniquement excellent et très créatif. Seulement voilà, il est mal éduqué, trop individualiste.

Pour preuve son grand tatouage dans le dos. On y voit… lui-même célébrant un but. Il y a même le logo Nike sur ses chaussures. Quel narcissisme, quelle aliénation.

4. Normalement, on peut dire que les clubs sont l’essence du football mais les compétitions internationales sont des sortes de trêve, des moments où clubs s’effacent. Tel n’a pas été le cas avec le Real Madrid qui choisit comme nouvel entraîneur le sélectionneur national espagnol Julen Lopetegui qui avait encore pourtant deux ans de contrat.

Cela dans le dos de la Fédération espagnole et en l’annonçant juste quelques jours avant la compétition. Trop énorme : la fédération espagnole n’a pas eu le choix que de le limoger, tellement cela est irrespectueux, tellement cela représente un effondrement total sur le plan des valeurs, de la morale.

5. Pour en rester à ce thème du respect de l’équipe nationale, et la tradition qui veut que les problématiques de club s’effacent, il y a également l’affaire Antoine Griezmann. Partira, partira pas de l’Atletico Madrid ?

Il a soufflé le chaud et le froid, pour finalement l’annoncer au profit d’une chaîne privée et au mépris des supporters et commentateurs, à qui il avait promis une réponse auparavant. Le joueur français a pris le risque de perturber son équipe en plein pendant le mondial, et l’on a du mal à comprendre comment la Fédération française de Football a pu accepter cela. A moins que le star system et l’argent ne décident de tout?

6. Les Français ne sont pas des Japonais, et la réciproque est vraie. Les Japonais se sont en effet remarqués dans le stade après le match, parce qu’ils récupéraient toutes les ordures de leurs zones pour les mettre dans des sacs poubelles. Un haut degré de socialisation qui fait rêver, dans un pays comme la France où jeter n’importe quoi n’importe comment est un sport national, valorisé par tout un chacun comme de l’affirmation individuelle !

7. La Belgique a un entraîneur qui ne parle ni français, ni flamand. Pas grave, puisque dans le staff pas grand monde ne le fait… Le sélectionneur Roberto Martinez est en effet espagnol, ses deux adjoints sont anglais et français (Thierry Henry), le préparateur physique est gallois, etc. Pour trouver un belge dans la hiérarchie de l’encadrement, il faut remonter jusqu’au deuxième entraîneur des gardiens, Erwin Lemmens !

En ce qui concerne les joueurs, seul le défenseur Leander Dendoncker joue en Belgique en club, au RSC Anderlecht. Tant mieux pour les échanges internationaux, quel dommage que cela soit avec la mondialisation! Et ce n’est pas comme cela que le sectarisme et le repli identitaire disparaîtront en Belgique, malheureusement…

8. L’équipe suisse a quatre joueurs d’origine kosovare : Granit Xhaka, Xherdan Shaqiri, Valon Behrami et Blerim Dzemaili. Lorsque les deux premiers ont marqué contre la Serbie, ils ont ostensiblement célébré leur but avec un geste symbolisant l’aigle albanais. C’est une provocation nationaliste : le Kosovo, désormais indépendant, est peuplé en grande majorité d’Albanais, mais est considéré par la Serbie comme l’un de ses territoires historiques.

Un tel geste est dans tous les cas une provocation ahurissante. L’entraîneur de la Serbie a, avant le match, eu une attitude qui est la bonne, celle ne faisant pas des Balkans une poudrière. « Je suis d’un pays avec plusieurs cultures, de Bosnie. Mon père est monténégrin, ma mère serbe. Je suis un homme international. La nationalité n’est pas pour moi quelque chose de pertinent. »

9. En 2002, le commentateur Thierry Roland avait expliqué que «Il n’y a rien qui ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen, surtout habillés en footballeurs, d’autant qu’ils mesurent tous 1,70 m, qu’ils sont tous bruns, à part le gardien. »

Cette stupidité raciste est reprise par le sélectionneur sud-coréen Shin Tae-yong, qui lors des entraînements de préparation a fait plusieurs fois intervertir les maillots des joueurs, frappés d’un numéro précis. « Il est très difficile pour les Occidentaux de différencier les Asiatiques, c’est la raison pour laquelle nous avons fait cela » a-t-il expliqué. Il y a encore du chemin avant le 21e siècle finalement…

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La mairie socialiste de Nantes brade le stade de football de la Beaujoire

Le projet Yello Park prévoit la destruction du Stade de la Beaujoire dans lequel évolue le FC Nantes pour construire une enceinte privée, typique du « football moderne ». La mairie acquise au Parti Socialiste soutient directement le projet. Elle a annoncé qu’elle va céder l’équipement public pour une somme incroyablement basse : 10,6 millions d’euros.

 

La Beaujoire au prix d’une friche

10,6 M€ : une telle somme n’évoque pas forcément grand chose, alors il faut la mettre en perspective. Rien qu’entre 2015 et 2017, la métropole de Nantes a investi 6 millions d’euros en travaux de rénovation de la Beaujoire. À titre de comparaison, le récent stade d’athlétisme couvert Pierre Quinon à Nantes, avec ses 500 places assises, a coûté 18 millions d’euros.

Concrètement, cela signifie que la ville brade la Beaujoire. Cela revient à céder le terrain pour une valeurs équivalente à une simple friche dans un quartier peu attractif d’une région sinistrée. L’information a été accueillie avec stupéfaction par les acteurs locaux, tellement cela paraît incroyable.

Cela d’autant plus que c’est une dilapidation d’équipement public, c’est-à-dire d’un stade qui appartient en théorie à la collectivité, au profit d’un projet privé destiné à faire de l’argent pour quelques personnes, qui sont par ailleurs déjà riches.

 

Une décision unilatérale

Depuis son annonce, le projet Yello Park a suscité de nombreuse interrogations. Il est très vite apparu que tout a été décidé en sous mains entre les acteurs privés et la mairie, sans concertation avec les habitants et les supporters du club.

D’un côté, le président du FC Nantes Waldemar Kita, qui a fait fortune dans la chirurgie esthétique, s’est associé au promoteur Yoann Joubert à la tête du groupe Réalité. Ils ont monté un gigantesque projet capitaliste, avec des commerces et des habitations autour du nouveau stade ultra moderne, qui serait en quelques sorte un lieu de spectacle.

De l’autre, la mairie entend se débarrasser facilement d’un équipement qu’elle estime n’être pas intéressant pour elle. Cette volonté de la mairie date au moins de la précédente mandature de Jean-Marc Ayrault.

Pour justifier cela, des chiffres farfelus ont été mis en avant, et il a été prétendu de manière grotesque et mensongère par Waldemar Kita que « Refaire la Beaujoire coûterait plus cher que faire un nouveau stade ». On est là dans le mensonge et la manipulation la plus vile. Rien qu’avec les chiffres qu’il avance lui-même, cela ne tiens pas, puisqu’il estime une rénovation à 100 M€ et son nouveau stade à 200 M€ !

 

 

Un projet contesté

Le groupe de supporters Brigade Loire a fait un gros travail pour étudier cela, montrer quelles pourraient-être les autres solutions, comprendre les enjeux. Un dossier de 111 pages a été rédigé (visible ici), avec de nombreux chiffres, beaucoup de comparaisons, de données, etc.

Il apparaît comme évident pour beaucoup qu’il n’est pas utile de détruire la Beaujoire. Une rénovation serait tout à fait possible, et même préférable. La décision de céder la Beaujoire au Yello Park a été prise unilatéralement, sans laisser la possibilité à d’autre projets d’être proposés.

Il n’y a même pas eu d’appel d’offre, c’est-à-dire une mise en concurrence, ce qui est censé être la norme dans l’économie capitaliste. En réalité, la concurrence n’est qu’un moyen pour les capitalistes d’accaparer des marchés, et les plus gros groupes ont les moyens d’empêcher toute concurrence quand cela va dans leur sens.

 

 

Contre le “football moderne” ou pour le “foot business” ?

Ce qui est censée être la Gauche avec le Parti Socialiste, participe en fait directement de cette folie capitaliste. Elle dilapide le patrimoine collectif, n’a pas d’autre projet d’avenir pour la population que la soumission au marché et à la mégalomanie de quelques individus voulant laisser une trace.

Ce projet suscite d’autant plus de méfiance que la population n’a pas confiance en Waldemar Kita qui, à la tête du club depuis plus de 10 ans, a multiplié les erreurs de gestions et n’a jamais su maintenir une quelconque stabilité.

Le club s’endetterait directement avec le Yello Park. Cela pourrait causer sa faillite en cas de difficulté sportives. En l’état, il n’y a aucune raison d’imaginer que la situation sportive du FC Nantes évolue de manière positive dans les prochaines années. C’est aujourd’hui une équipe de milieu de tableau qui pourrait facilement se retrouver à jouer le maintien, voir être reléguée en Ligue 2.

Par ailleurs, absolument rien ne garantie le succès commercial du projet. De nombreux exemples de nouveaux stades alertent sur ce risque, comme le montre le dossier de la Brigade Loire.

La seule chose qui est certaine dans cette affaire, c’est que si le projet aboutissait, la mairie socialiste de Nantes aurait fait détruire pour un maigre gain un équipement public fonctionnant, avec une valeurs patrimoniale indéniable.

Cela serait un bon énorme vers la confiscation totale du FC Nantes à la population. Comme c’est la norme dans le “football moderne”, le club deviendrait encore plus une structure anti-démocratique et anti-populaire, servant un divertissement hors-sol et uniquement mercantile.

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Légalisation du MMA : non !

Le côté positif de le la présidence d’Emmanuel Macron est que le libéralisme est de plus en plus franc et assumé. Le libéralisme serait devenu le véritable progrès et compte bien ajuster la société à ses besoins : après la question de la libéralisation du cannabis, voici celle du MMA (Mixed Martial Arts).

mma ufcLe MMA est un sport de combat qui se veut complet puisqu’il comporte des frappes, des projections au sol, des étranglements, etc. En clair : très peu de règles, et beaucoup de coups sont permis. Notamment frapper un adversaire au sol. A cela s’ajoute le peu de protections…

Aujourd’hui les compétitions sont interdites en France, mais de plus en plus de clubs proposent des entraînements. Et le nombre de pratiquant et de combattants augment de même. Les combattants français se retrouvent dans cette position étrange où ils peuvent s’entraîner dans leurs clubs, en France, mais sont obligés d’aller à l’étranger pour participer à des rencontres amateurs ou professionnelles.

La pression est donc de plus en plus forte pour légaliser cette pratique. Surtout que certaines français se sont faits ou se font un nom dans la discipline. Comme Cyrille Diabaté, ancien champion de boxe thaï et de kick boxing, qui participera assez tardivement (à plus de 35 ans) à des combats de l’UFC (Ultimate Fighting Championship, plus importe ligue mondiale de MMA). Ou encore le lensois Tom Duquesnoy qui a commencé à combattre à l’UFC en 2017 à tout juste 23 ans.

Mais les choses pourraient bien changer si l’on en croit les acteurs français de la discipline : un rapport serait prévu pour septembre ou octobre afin de structurer, et donc légaliser petit à petit le MMA en France. Surtout que l’actuelle ministre des sports, Laura Flessel, défend la pratique…

 

« Il y a plus en plus de pratiquants, il faut encadrer pour le bien de tous »

 

De même que le cannabis devrait être légalisé pour le bien des consommateurs, le MMA devrait l’être aussi afin de garantir des entraîneurs compétents et de garantir l’intégrité physique des combattants lors de rencontres.

MMA combattant au solAu lieu de dire « on n’arrête cette fuite en avant » et de recadrer toutes les disciplines, quitte à en interdire, nous devrions accepter de voir le principe même de civilisation reculer petit à petit. Le libéralisme voudrait tout faire accepter : s’il y a une demande, il faut une offre en conséquence. Pourquoi se priver d’un nouveau marché ?

On nous parlera de responsabilité individuelle, d’information, de choix, etc. Mais de tels arguments n’ont rien de social-démocrates, ils n’ont rien à voir avec le mouvement ouvrier. Il y a des principes et une morale à appliquer dans tous les aspects de la vie, et le sport doit en faire partie intégrante.

 

Une discipline pas si violente que ça ?

 

mma ufcUn des principaux arguments anti-MMA est sa violence : combat dans une cage, coups au sol autorisés, peu de protections… En réponse, les pro-MMA répondent que les diversité des techniques autorisées et la plus courte durée des combats font que le MMA est moins violent et risqué qu’un combat professionnel de boxe anglaise. Partant de là, si la boxe anglaise est autorisée pourquoi pas le MMA ?

Parce qu’en 2018, une discipline qui autorise des frappes au sol et des étranglements est une discipline barbare, point. Parce que la recherche du sensationnel, du KO, de la vitesse et de l’esprit de guerrier qui ont pris place dans d’autres disciplines ne doit pas être une prétexte pour continuer à s’enfoncer toujours plus dans le glauque !

N’importe quelle personne un minimum progressiste et qui n’a pas été broyée par la culture dominante ne peut qu’être horrifiée à l’idée d’envoyer des personnes s’affronter de la sorte dans une cage fermée. Nous ne pouvons accepter une sorte de combat de gladiateurs des temps modernes.

 

mma, octogone

 

 

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Le “football moderne” ne sanctionne pas Sergio Ramos pour son agression sur Mohamed Salah

Le football est un sport extrêmement populaire. Cela signifie qu’il est considéré de manière très sérieuse par une grande partie de la population, particulièrement chez les hommes d’origine ouvrière.

C’est ainsi que la blessure de Mohamed Salah, attaquant égyptien du Liverpool FC, provoquée par le capitaine du Real de Madrid, Sergio Ramos en finale de la Ligue des Champions de l’UEFA 2018, a suscité beaucoup d’indignation.

Lors d’un contact physique pendant une phase de jeu, le défenseur espagnol a en effet volontairement accroché le bras du numéro 11 de Liverpool pour le faire tomber de manière violente. Une pétition qui recueille à l’heure actuelle plus de 500 000 signatures réclame que l’UEFA s’appuie sur l’enregistrement vidéo pour le sanctionner a posteri.

Au vue des images, l’intention de faire mal est évidente.

Cela a d’ailleurs été souligné par un “tweet” de la fédération européenne de judo qui explique que cette technique est tellement dangereuse qu’elle est interdite dans leur sport !

Cela n’a pas manqué, Mohamed Salah a dû quitter le terrain quelques minutes après pour se rendre en urgence à l’hôpital. Il manquera très probablement le premier match de la Coupe du Monde avec la sélection égyptienne, dont il est la figure de proue.

Quand bien même le football n’est qu’un jeu, il représente quelque chose d’immense sur le plan culturel. Doit-il alors véhiculer des valeurs positives et morales, à travers le respect du jeu et de l’engagement ? Ou bien n’est-il, finalement, qu’un divertissement reflétant la société capitaliste, c’est-à-dire la concurrence exacerbée, la promotion du cynisme le plus vil pour arriver à ses fins ?

Manifestement, le football à notre époque correspond bien plus à la seconde description qu’à la première. C’est ce qui est désigné de manière critique comme étant le “football moderne”, ou le “football business”.

La faute de Sergio Ramos contre Mohamed Salah donne lieu à une confrontation typique entre les partisans du football tel qu’il existe actuellement, et ceux qui critiquent le “football moderne”.

Christophe Dugarry a défendu de manière on ne peut plus claire ce “football moderne” dans l’une des émissions de football les plus suivie en France :

“C’est un génie absolu, Ramos ! C’est le défenseur qui te fait gagner des titres, qui te fait gagner les compétitions. Ok, il est malin, il est vicieux. Mais tu ne dois avoir aucune retenue sur l’engagement ! »

Dans un autre genre se voulant plus intellectuel, mais tout aussi cynique et bourgeois, il y a eu un article du journal “Le Monde” qui affirme que Sergio Ramos est indispensable au football, expliquant que :

“il réalise une redoutable synthèse de vice et de brutalité”.

Au contraire, il y a eu toute une vague de colère face à ce geste, réclamant des sanctions. Cela d’autant plus que Sergio Ramos est connu pour avoir souvent une telle attitude immorale.

Rien que durant ce match, il a simulé une faute de manière odieuse face à Sadio Mané (ce qui a donné lieu à un carton jaune à son adversaire innocent) et a donné discrètement un coup de coude au gardien de but adverse Loris Karius (ce qui a probablement contribué à le déstabiliser puisqu’il commet juste après une bourde monumentale lui coûtant un but).

Le sentiment pour beaucoup d’amateurs de football est que la victoire du Real de Madrid est entachée par ces faits ayant empêché le Liverpool FC de s’exprimer réellement sur le plan sportif.

Cela n’est pas nécessairement vrai, ou du moins cela ne l’est qu’en partie puisqu’il faut considérer aussi que l’équipe anglaise ne peut pas ignorer la réalité du football à notre époque. Elle a donc failli par manque d’expérience, ce qui d’ailleurs se reflètent dans son jeu puisque Liverpool a littéralement foncé tête baissé dès le début du match, se jetant corps et âme dans la partie, “au talent”, en relativisant des considérations tactiques plus élaborées.

Toujours est-il que l’attitude de Sergio Ramos est injustifiable et qu’il devrait être sanctionné pour cela. La pétition réclamant une sanction par l’UEFA représente une exigence morale indéniable, une volonté de justice populaire positive.

Ajoutons également que la popularité de Mohamed Salah a largement contribué à déchaîner les passions. Ce joueurs s’est révélé durant cette saison, remportant les titres de meilleur buteur et de meilleur joueur de Premier League, le championnat anglais. Il est cependant une figure nationale en Égypte et dans le monde arabe depuis déjà quelques années. Il était déjà un joueur réputé lorsqu’il évoluait au FC Bâle puis à l’AS Roma, en passant par Chelsea FC et l’AC Fiorentina.

Le chef de l’Etat égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’a qualifié de “symbole de l’Égypte ». Le mot clef “Ramos le chien” ( راموس_الكلب# ) – une insulte absurde pour les chiens – s’est répandue de manière virale sur Twitter, avec de multiples réactions sur différents médias.

Mohamed Salah représente en effet une certaine fierté dans le monde arabe. C’est un symbole de réussite, mais aussi une figure morale (largement liée à l’Islam) différente des autres stars du “football moderne”. L’Égyptien ne fait jamais parler de lui dans la presse, son attitude est toujours pudique et respectueuse, voire affectueuse notamment avec les jeunes. Il finance de nombreux projets dans son village natale, n’expose pas outrageusement ses richesses, signe toujours avec plaisir les autographes, accepte les selfies, ne célèbre pas ses buts contre ses anciennes équipes, etc.

Il est également très apprécié par la base des supporters de Liverpool, dont la ferveur populaire, voire ouvertement ouvrière, est connu mondialement. “The Egyptian King” dispose déjà de plusieurs chants, dont un qui dit, de manière affectueuse et subtile au vue de la situation politique anglaise :

Mohamed Sa-la-la-la-lah, Mohamed Sa-la-la-la-lah,
s’il est assez bon pour toi, il est assez bon pour moi,
s’il en marque quelques autres, alors je serai musulman aussi.

s’il est assez bon pour toi, il est assez bon pour moi,
Assis dans une mosquée, voilà où je veux être !

Voici la traduction du texte de la pétition appelant à sanctionner Sergio Ramos :

L’UEFA et la FIFA devraient punir Sergio Ramos pour avoir blessé intentionnellement Mohamed Salah

Sergio Ramos a intentionnellement gardé le bras de Mohamed Salah sous son aisselle, provoquant une luxation de son épaule. Non seulement il a manqué le reste du match, mais il manquera aussi la Coupe du Monde de la FIFA 2018.

En outre, il a continué à agir de manière à ce que les joueurs de Liverpool commettent des fautes, ce qui a amené l’arbitre à donner à Mané un carton jaune qu’il ne méritait pas.

Sergio Ramos représente un exemple terrible pour les futures générations de footballeurs. Au lieu de gagner des matchs équitablement, il utilise des tours qui défient l’esprit du jeu et le fair-play.

L’UEFA et la FIFA devraient prendre des mesures contre Ramos et des joueurs similaires, en utilisant les enregistrements vidéo des matches pour garder l’esprit du match.

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Le ski alpin aujourd’hui en France

Le ski alpin est de moins en moins un sport, c’est-à-dire avec des entraînements réguliers, encadrés et planifiés en vu de compétitions. Il est surtout un loisir et une activité de détente peu structurée.

Bien que la France connaisse encore des champions de niveau international tels Tessa Worley ou Alexis Pinturault, les compétitions de ski sont rares et globalement réservées aux jeunes locaux.

Le modèle de l’École du Ski Français (de loin la plus grande école de ski au monde) reste néanmoins d’inspiration largement sportive. Celle-ci dispose d’un quasi-monopole sur l’enseignement du ski en France.

Son activité est organisée autour d’épreuves à passer en fonction d’un temps de référence établie par un moniteur, les fameux « flèche », « chamois » et « fusée ». Pour les débutants il existe également des items techniques à valider, les étoiles pour les enfants et les degrés pour les adultes.

De plus en plus cependant les stations de ski développent des activités annexes au ski alpin. Il y a par exemple des « snow-park », des coussins d’air géants pour faire des sauts sans prendre la peine d’apprendre à réceptionner correctement, des DJ organisent des « soirées » alcoolisées en pleine journée au milieu des pistes et certaines stations valorisent officiellement la pratique du hors-piste!

Souvent le sport n’est plus la raison première des séjours. Le ski devient de plus en plus un à côté servant de prétexte à des séjours de débauche valorisant des pratiques décadentes et la recherche de « sensations fortes » (c’est-à-dire des sensations contre-nature).

Les animations dans les bars la nuit sont sur-abondantes. Les séjours à des prix spéciaux pour des groupes d’étudiants sont récurrents : les corporations étudiantes possèdent ici une grande tradition dans ce domaine.

Les domaines skiables les plus imposants ne cessent de s’agrandir et de développer de la neige artificielle, ce qui est par ailleurs extrêmement néfaste sur le plan environnemental. Certaines stations font même parvenir de la neige par camion ou hélicoptères.

Ces grands domaines monopolisent la clientèle malgré des tarifs toujours plus élevées et inaccessibles même pour les masses les moins défavorisées, et alors que beaucoup de petites stations ferment ou peinent à équilibrer leurs comptes.

La France est la première destination mondiale pour le ski avec le plus grand nombre de kilomètres de piste, le plus grand nombre de remontées mécaniques, etc.

Ce secteur est d’ailleurs extrêmement concentré avec deux monopoles se partageant la fabrication des équipements : Doppelmayr – Garaventa (d’origine autrichienne et Suisse) et Poma – Leitner (d’origine française et italienne).

De son côté, la grande bourgeoisie sombre elle aussi dans la décadence et ne s’intéresse plus depuis longtemps à la montagne ni même véritablement au ski. Ses stations ne servent que de décor à un entre-soi ultra élitiste et cosmopolite, avec des logements toujours plus démesurés, des galeries d’art contemporain, de la prostitution de luxe imposée par de riches oligarques russes, ou même un aéroport sur les pistes comme à Courchevel.

Aucune société réellement démocratique ne pourrait tolérer une telle insulte à la morale et à l’idée même de civilisation que sont ces stations de ski huppées, bien loin de l’esprit initiale ayant conduit la bourgeoisie à inventer le ski alpin.

> Lire également : Le développement du ski alpin en France

Il en est de même des autres grandes stations de ski qui sont surtout des « usines » à loisirs extrêmement polluantes et dramatiques d’un point de vue culturel.

Le recul du ski alpin en tant que sport et l’accroissement sans précédent de la taille des domaines skiables de moins en moins accessibles aux masses populaires est une manifestation de la décadence de notre société.

C’est le produit de la pression toujours plus grande que font subir les plus riches, les monopoles à la société tout entière ainsi qu’aux derniers espaces naturels relativement préservés en France.

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Le cycliste Romain Bardet à propos du sport sur France Inter

Le coureur cycliste Romain Bardet était l’invité de l’émission Par Jupiter sur France Inter jeudi dernier. C’est une émission satirique mais néanmoins sérieuse, typique de l’esprit de la gauche française.

Voici une retranscription d’un échange intéressant concernant certaines pratiques liées au sport.

On peut l’écouter à partir de 44min 30 secondes sur ce lien.

« Charline Vanhoenacker : Voici un sujet sur le sport extrême où les gens veulent se surpasser.

Il y a de plus en plus de salles et d’adeptes de cross-fit, de sports inspirés des méthodes de l’armée américaine et aussi beaucoup de vélo en salle où les gens cherchent à flirter avec le rouge.

Quasiment parfois à la suffocation, certains rendent sur le parquet après le sport. Est-ce que vous comprenez cette démarche de vouloir se surpasser ?

Romain Bardet : Non j’ai un peu de mal je vous avoue. Cela m’est un peu étranger, ce n’est pas la conception que j’ai originel du sport. C’est vrai que le sport m’a été inculqué par mes parents, c’était les grandes randonnées le dimanche à vélo, finir le col avec mon père, profiter des paysages, faire un pic-nique dans l’herbe tout simplement.

C’est découvrir des lieux, être au grand air et pour moi les séances, voilà quand faut rester à l’intérieur, c’est de la véritable torture mentale, parce que ce n’est pas la conception que j’en ai.

On a la chance d’avoir une grosse diversité des paysages en France et pleins de choses à découvrir et je pense que le sport amène aussi ce lâcher prise, quand on va dans des grandes étendues, des grands espaces, les montagnes, moi les volcans en Auvergne, justement propice à découvrir des choses et être en communion avec la nature.

Et voilà vous en parliez c’est vrai qu’il y a une grosse tendance pour ces sports un petit peu extrêmes où les gens dans un temps imparti doivent faire le maximum, un peu à l’image de la société dans laquelle on vit, dans la vie de tous les jours…

Charline Vanhoenacker : c’est vrai dans l’instantané, peu de temps pour le faire…

Romain Bardet : mais aussi il y a un vrai tendance retour à la nature avec le phénomène trail qui se développe énormément où des gens aussi ont besoin de rechercher une certaine quiétude que la nature peut apporter. »

Ceci est très intéressant. D’abord à propos de la nature, mais aussi à propos du sport. À la base du sport, il y a le plaisir et le jeu.

Les sportifs, notamment les cyclistes mais c’est aussi le cas des footballeurs, insistent très souvent dans les interviews sur le fait que cela soit une passion pour eux.

La souffrance n’est pas le but. Ce qui est valorisé par contre est l’effort, la rigueur pour arriver à ses buts. Mais toujours avec à l’esprit le plaisir.

Le plaisir est d’ailleurs collectif, y compris dans l’adversité, puisque l’adversaire dans la grande majorité des cas est respecté et salué pour ses performances, que l’on soit gagnant ou perdant.

Au contraire, les pratiques dénoncées dans l’émissions et qui sont à la mode à Paris et dans les grandes villes françaises sont typiques de la décadence de notre société.

Cela n’a aucun sens et reflète un grand malaise chez les personnes riches et branchées qui vivent dans ces grandes villes.

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Le développement du ski alpin en France

Le ski alpin est traditionnellement un sport pratiqué par la bourgeoisie intellectuelle des grandes villes, notamment celle des professions libérales médicales (médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, etc.). Ce sont ces personnes, souvent jeunes, françaises ou anglaises, qui l’ont introduit au début du XXe siècle.

C’était un prolongement de l’activité des clubs alpins (qui ont inventé l’alpinisme), au moment de l’avènement du tourisme et du sport.

L’attrait pour la montagne exprimait le besoin de se tourner vers la nature alors que les villes étaient déjà saturées et les campagnes largement façonnées par l’agriculture et considérées comme seulement arriérées culturellement. Le Club Alpin français a par la suite largement contribué à la création de parcs nationaux sur les grands massifs de montagne, les plus connus étant ceux de la Vanoise (créé en 1963) et des Écrins (crée en 1973).

Encore aujourd’hui, les massifs montagneux sont très peu façonnés par l’humanité. La neige, la végétation, la hauteur des sommets et la rudesse des pentes, la vivacité des cours d’eau, fascinaient et fascinent largement.

La question de l’eau est d’ailleurs primordiale. Le tourisme est d’abord parvenu dans les massifs montagneux via les stations thermales (avec une fascination parfois irrationnelle pour les eaux minérales et leurs propriétés curatives prétendues). La neige est elle-même une forme particulière d’organisation de l’eau.

Le ski alpin est directement le produit de cet engouement pour la montagne par la bourgeoisie intellectuelle des grandes villes voulant se tourner vers la nature et les sensations.

C’est une manifestation évidente de la contradiction ville-campagne, mais aussi de la contradiction entre le travail intellectuel et le travail manuel : les travailleurs intellectuels voulant avoir une activité manuelle, utiliser et maîtriser leur corps, mais de manière agréable.

Tant la neige que la forte inclinaison des pentes attenantes à certaines stations thermales étaient justement propices à l’expression de sensations et à la maîtrise de son corps dans des conditions particulières que permet le ski alpin. L’attrait étant bien sûr renforcé par le plaisir d’être au « grand-air » dans un environnement inhabituel, grandiose, etc.

La naissance du ski alpin n’a été possible bien sûr qu’avec l’appuie des masses les plus avancées des populations locales connaissant la montagne et ses dangers. Elles y voyaient la possibilité d’un développement économique et culturel.

Nombres de jeunes se sont rapidement intéressé eux-mêmes au ski – la plupart des champions de ski étant par la suite essentiellement des locaux. Pour autant, c’est d’abord et surtout avec des codes culturels bourgeois et un style urbain, voir même parisien, que s’est développé le ski.

Le premier concours international de ski alpin eu lieu à Chamonix en 1907, organisé par le Club Alpin Français. La seconde édition en 1908 attira largement le « Tout-Paris » pour qui le sport était depuis plusieurs dizaines d’années une mondanité incontournable, et même un style de vie pour les éléments aristocratiques ayant une bonne condition physique et s’impliquant dans le sport.

La ville de Chamonix n’est ainsi pas tant une ville savoyarde qu’une sorte de prolongement de Paris et des grandes villes françaises, avec une architecture de type haussmannienne pour de nombreux bâtiments. C’est le cas également pour la ville de Cauterets dans les Pyrénées, autre berceau du ski en France où furent organisés les championnats de France en 1910.

Durant les années 1920 et 1930, les concours de ski étaient nombreux. Les premiers Jeux Olympiques d’hiver organisés en 1924 à Chamonix (avec 300 coureurs issus de 16 nations) eurent un retentissement considérable. La France était au cœur d’un mouvement culturel et sportif de développement des sports d’hiver, à tel point que fut développé dans les années 1930 un style proprement français : une méthode de ski français.

Cette technique de ski était d’abord une recherche d’efficacité qui permit à son initiateur Émile Allais de devenir un des plus grands champions de sa génération. Il est né à Megève en 1912, c’est-à-dire avant même que le village devienne une station de ski. Ses parents y tenaient une boulangerie et lui-même était porteur de bagages à ski pour les premiers touristes dans sa jeunesse.

Sa méthode sera ensuite popularisée avec l’appuie de la fédération française de ski et la publication d’un livre, puis d’un livre illustré. L’École Nationale du Ski Français qui a vu le jour à la même époque sous l’impulsion de Léo Lagrange, ministre du Front Populaire des Loisirs et des Sports, reprendra directement cette méthode française. Elle sera ensuite diffusée après la guerre via les moniteurs de l’ESF (Ecole de Ski Français), connus pour leurs « pulls rouges ».

S’est alors développée une attitude autour du ski, non forcément liée à la compétition mais en tout cas avec la volonté d’avoir une technique maîtrisée et efficace, en plus d’un style sophistiqué, élégant « à la française », urbain.

Nul hasard au fait que cette méthode française trouve son origine à Megève puisqu’il s’agit là d’une station créée de toutes pièces autour du village initial par la famille Rothschild avec l’ambition d’en faire une station française.

Il lui fallait les codes culturels de l’aristocratie et de la haute-bourgeoisie française qui ne souhaitait pas être mélangée avec l’aristocratie allemande dans les stations suisses. On a là la rencontre entre les masses habiles et connaissant la montagne et les hautes sphères de la société française véhiculant un style français qu’elle appelle « art de vivre à la française ».

A partir des années 1950/1960 le ski et les stations de sport d’hiver se sont largement développées en France, sous l’impulsion de l’État qui a mis en place un « plan-neige » à partir de 1964 jusqu’à la fin des années 1970. Émile Allais a d’ailleurs beaucoup œuvré pour cela. Via des classes de neiges, des colonies de vacances, des possibilités par les comités d’entreprises, une partie des masses a alors eu accès au ski, ne serait-ce que sporadiquement.

Durant les années 1970, les vacances en famille au ski sont devenues accessibles pour la petite-bourgeoisie et les parties les moins pauvres des masses populaires. Cela a largement contribué à faire des vacances au ski non pas un plaisir sportif en tant que tel mais surtout un faire-valoir, une sorte de « must have » petit-bourgeois afin de s’imaginer riche, de s’imaginer appartenir à la bourgeoisie.

Ce genre d’attitude est très bien illustrée dans le film Les Bronzés font du Ski de 1979. Les médias avec leurs reportages redondants chaque année lors des vacances d’hiver relaient largement cet état d’esprit aisément détestable de par sa dimension régressive.

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Les footballs et la nécessité de l’esprit du jeu

Le football et le rugby sont d’après les historiens des variations de la soule (ou choule), un jeu de balle assez brutal. Une certaine forme de ce jeu serait toujours pratiquée traditionnellement dans certaines régions en France.

Depuis 1850 environ, les institutions sportives ont fait beaucoup d’efforts pour séparer football et rugby de la soule d’une part, et pour les distinguer l’un de l’autre d’autre part, par le développement de règlements spécifiques.

Le règlement officiel du football (Laws of the Game en anglais) comprend dix-sept règles écrites augmentées de quelques annexes. Néanmoins, il est dit de manière très officielle qu’une Law 18, la dix-huitième règle, supplante toutes les autres.

Selon cette règle non-écrite, le bon sens doit être de mise dans l’interprétation des règles du jeu afin de ne jamais aller contre l’esprit du jeu. Ce « Spirit Of The Game » constitue donc l’essence du football.

D’après les commentateurs, l’esprit du jeu réside dans une certaine justice naturelle, une fluidité dans la partie et dans le fait que l’issue du match doit être le produit de l’action des joueurs. Il semble donc que pour les juristes du football, l’essentiel réside dans la satisfaction qu’éprouve les joueurs à disputer une partie entre eux.

Jouer collectivement avec un ballon est une activité sportive très populaire. On se retrouve entre amis, entre deux cours, après l’école ou le travail, pour jouer.

Dans la pratique, on s’écarte des règlements du sport tel qu’il est imposé dans les stades. Entre plaisir et contraintes matérielles, les joueurs créent de nouveaux jeux. C’est ainsi que les fédérations sportives courent après les sports « de rue » pour tenter de référencer et de fixer ces jeux populaires : five-a-side football et « rugby à toucher » sont des exemples.

Les équipes mixtes de 5 ou 6 joueurs se rencontrent dans des lieux du quotidien, sur des terrains plus ou moins improvisés. Même si chacun cherche à faire triompher son équipe, pas besoin d’arbitre et encore moins d’arbitrage-vidéo. Il s’agit d’interpréter les règles afin que tous s’accordent au final sur le fait que la justice règne durant la partie.

Ignorant le conservatisme des institutions sportives, les joueurs et les joueuses ont ainsi pu imposer la mixité dans leur pratique du football et du rugby. L’interdiction des placages, des tacles et de tout contact violent, la réduction de la durée des parties et la simplification des règles permettent un jeu fluide et rapide.

Dans ces football populaires, c’est bien l’esprit du jeu qui domine.