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L’échec de l’extrême-Droite française reflète que la France relève du second monde

La France est une puissance en déclin.

La France est un pays où les gens fuient la réalité. Même l’extrême-Droite, pourtant normalement volontariste, a fui le conflit militaire en Ukraine, afin de soigneusement éviter d’avoir à soutenir la Russie. Des figures comme Eric Zemmour et Marion Maréchal auraient pu se poser en grands rebelles gaullistes en rejetant l’OTAN et les sanctions contre la Russie, mais ils ne l’ont surtout pas fait.

Il existe une base objective à cela : le déclin de la France, son déclassement, son incapacité à produire une extrême-Droite néo-gaulliste conséquente. Les traditions sont là, notamment dans l’armée, jamais elles ne s’expriment de manière prolongée, structurée, profonde. Le néo-gaullisme n’arrive pas à émerger, alors que logiquement on devrait le voir se développer à grande vitesse.

Pour saisir cette question, on peut se tourner vers la théorie des trois mondes exposée par la Chine de Mao au début des années 1970. Mao résume cette conception selon quoi « trois mondes se dessinent » comme suit :

« Je pose que les États-Unis et l’Union Soviétique appartiennent au premier monde. Les éléments du milieu, comme le Japon, l’Europe, l’Australie et le Canada, appartiennent au second monde. Nous sommes le troisième monde (…).

Tous les pays asiatiques, excepté le Japon appartiennent au troisième monde. Toute l’Afrique et également l’Amérique latine appartiennent au troisième monde. »

La Chine soulignait ainsi qu’il existait des contradictions entre les superpuissances et les pays du second monde, malgré le fait d’être tous capitalistes (pour la Chine de Mao l’URSS était une superpuissance où le capitalisme avait été rétabli à la mort de Staline). Les pays du second monde étaient aspirés par l’hégémonie des superpuissances, mais en même temps cherchaient à secouer leur joug. Les pays du tiers-monde ou troisième monde connaissaient un même processus, mais de manière encore plus marquée.

C’est par exemple pourquoi la Chine de Mao avait de bons rapports diplomatiques avec la France de De Gaulle, tout en soutenant la contestation étudiante de mai 1968 (dénoncée par le PCF et la CGT), car la France exprimait de manière prononcée une contradiction avec la superpuissance américaine.

Si l’on prend ce schéma et qu’on le projette en 2022, on a les États-Unis et la Chine comme superpuissances, et on a la France comme relevant toujours du second monde, à ceci près qu’elle a beaucoup perdu de sa force capitaliste. Le gaullisme, si puissant dans les années 1960-1980, s’est largement effacé ; il n’y a plus de bourgeoisie s’alignant sur cette idéologie. La bourgeoisie s’est largement macronisée, s’est façonné dans un style conforme aux intérêts du capitalisme américain.

Vladimir Poutine, en Russie, dénonce principalement cela. Lorsqu’il vante la religion orthodoxe russe et dénonce la décadence occidentale, il défend les intérêts de la bourgeoisie russe en disant aux bourgeois russes : attention, si vous vous alignez culturellement sur le capitalisme occidental, vous vous effacerez devant leurs dispositifs économiques et serez satellisés. Comme la bourgeoisie russe est soumise à une oligarchie liée à l’État, Vladimir Poutine a pu concrétiser cette démarche de rupture.

Un tel processus n’a pas lieu en France. Il n’y a pas eu de secteur de la bourgeoisie française exigeant, en accord ou en soumission avec une partie ou toute la haute bourgeoisie, que la France assume une autonomie stratégique la plus grande possible. La France est du second monde mais son rang est tellement bas que la soumission au premier monde est devenue majeure, voire complète si l’on prend que l’armée française, aujourd’hui, ne peut tout simplement plus être découplée de l’OTAN.

Le gaullisme avait justement bien fait en sorte que l’armée française soit indépendante, tout en étant liée à l’OTAN. Désormais, sans l’OTAN, l’armée française n’est plus en mesure de se projeter, de formuler d’interventions réelles. La dépendance militaire sur le plan stratégique est patente. Cela reflète et découle à la fois du fait que la France relève du second monde, de manière profondément marquée.

L’Allemagne connaît le même processus et s’aligne militairement entièrement sur la superpuissance américaine depuis deux mois. La différence est qu’il existe une grande agitation contre cette tendance, de la part de l’extrême-Droite et de représentants de la Gauche historique comme Sahra Wagenknecht, qui sont ici en grande concurrence.

En France, l’extrême-Droite s’est alignée sur l’OTAN et les milieux nationalistes agressifs soutiennent directement le régime ukrainien. Ce faisant, l’extrême-Droite converge avec la mise en orbite de la France autour de l’astre américain. Stratégiquement, la France est désormais un satellite américain.

L’échec de l’extrême-Droite reflète le statut de la France, pays du second monde en perte totale de vitesse.

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La véritable misère en France est psychologique

Le capitalisme détruit l’esprit et dissout l’âme.

Il n’existe pas de problématique de pauvreté en France, ou alors seulement jusqu’au niveau du très désagréable. Cela ne va pas toutefois jusqu’à une remise en cause existentielle, à part pour des populations marginalisées, très souvent immigrées. Car le capitalisme en 2022 produit beaucoup de marchandises, il est actif dans de très nombreuses sphères et on peut y trouver une place, même extrêmement déplaisante, mais tout de même.

Cela peut changer, mais cela n’a pas encore changé et de toutes façons même si ça change, les gens vont mettre un certain temps avant de comprendre ou d’accepter une baisse de leur niveau de vie. Cela produira inexorablement des mouvements pré-fascistes ou fascistes à la Gilets Jaunes.

Et le véritable arrière-plan dans le capitalisme développé, où il y a des marchandises partout, c’est que la misère psychologique est partout, que s’épanouir semble impossible, alors qu’au niveau de l’activité de l’esprit tout se réduit à la portion congrue et que l’âme, en quête de grandeur, se voit littéralement dissoute.

Il ne suffira pas que le capitalisme soit freiné ou recule pour que les gens comprennent l’ampleur de cette question psychologique. Mécaniquement, les gens se réfugieront bien plus dans la nostalgie d’un capitalisme permettant une certaine aisance. Le mouvement des Gilets Jaunes, cette horreur réactionnaire (au sens réel du terme puisque nostalgique d’un passé idéalisé), en témoigne de manière exemplaire.

Combattre la misère psychologique est donc fondamental et ce n’est pas là d’ailleurs quelque chose d’étranger au marxisme, comme on peut le penser en France, c’est bien au contraire au cœur de la question. Voici comment Karl Marx définit la situation des prolétaires dans le Capital en parlant de la paupérisation, c’est terrifiant et c’est vrai :

« L’analyse de la plus-value relative nous a conduit à ce résultat : dans le système capitaliste toutes les méthodes pour multiplier les puissances du travail collectif s’exécutent aux dépens du travailleur individuel; tous les moyens pour développer la production se transforment en moyens de dominer et d’exploiter le producteur : ils font de lui un homme tronqué, fragmentaire, ou l’appendice d’une machine ; ils lui opposent comme autant de pouvoirs hostiles les puissances scientifiques de la production-, ils substituent au travail attrayant le travail forcé ; ils rendent les conditions dans lesquelles le travail se fait de plus en plus anormales et soumettent l’ouvrier durant son service à un despotisme aussi illimité que mesquin ; ils transforment sa vie entière en temps de travail et jettent sa femme et ses enfants sous les roues du Jagernaut [sorte de chariot géant, utilisé pour les processions hindouistes] capitaliste.

Mais toutes les méthodes qui aident à la production de la plus-value favorisent également l’accumulation, et toute extension de celle-ci appelle à son tour celles-là.

Il en résulte que, quel que soit le taux des salaires, haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer à mesure que le capital s’accumule.

Enfin la loi, qui toujours équilibre le progrès de l’accumulation et celui de la surpopulation relative, rive le travailleur au capital plus solidement que les coins de Vulcain ne rivaient Prométhée à son rocher.

C’est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l’accumulation du capital et l’accumulation de la misère, de telle sorte qu’accumulation de richesse à un pôle, c’est égal accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale, d’esclavage, au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même. »

Être marxiste c’est considérer que les travailleurs sont en France des êtres humains tronqués, fragmentaires, frappés par la pauvreté, la souffrance, l’ignorance, l’abrutissement, la dégradation morale, l’esclavage salarié.

C’est là le contraire du discours misérabiliste – républicain des syndicats et de la Gauche gouvernementale, et de toutes les variantes d’ultra-gauche ! Pour eux les travailleurs n’ont pas besoin de changer, ils sont déjà très bien…

Eh bien non ! Ils doivent se transformer ! Pour être en mesure de transformer le monde. Sans cela, ils restent un simple rouage de la machinerie capitaliste, qui désormais précipite le monde à la guerre.

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Rien ne se fera sans grandeur d’âme

Ce qui est étroit d’esprit doit être banni.

Alexandre Deineka, Conférence de femmes, 1937

Ce qui caractérise le capitalisme en putréfaction, c’est le misérabilisme, la réduction des grandes causes à des aspects secondaires, voire littéralement sans importance ou grotesque. Au lieu de voir les choses en grand, on réduit son regard à une partie sans importance, sans vie réelle, et on se focalise de manière fétichiste là-dessus, perdant son temps et celui des autres.

Alors qu’on a besoin d’un héroïsme propre aux exigences des temps, qu’on doit vivre un romantisme conforme au besoin d’adéquation à une révolution du rapport entre Nature et culture, la société capitaliste produit à la chaîne des fascinations toujours plus morbides et grotesques pour des phénomènes bruyants mais sans contenu.

Il n’est pas de différence en effet entre le nazi des campagnes rejoignant le bataillon Azov en Ukraine et le LGBT des villes vivant à fond le turbocapitalisme consumériste, entre l’étudiant pseudo-contestataire des manifestations syndicales et l’adulte se complaisant dans sa vie d’entreprise. Tout cela est une fuite ou une raison pour fuir, tout cela est sans saveur, sans réalité réelle, c’est une vie qui se perd en s’éloignant toujours plus tant de la Nature que de la culture.

Il est effarant qu’une vie quotidienne aussi morne que celle de la société française ne provoque pas une grande révulsion, une vague de romantisme éperdu exigeant la transformation de secteurs entiers de l’existence, notamment au minimum la possibilité de rapports amoureux, l’empathie pour les animaux, deux choses sans lesquelles on ne peut pas vivre ne serait-ce qu’un peu.

Ce qui est même à la fois terrifiant et odieux là, c’est de voir que les gens continuent, pour reprendre l’expression cliché, de perdre leur vie à la gagner, de vivre au jour le jour sans jamais de recul ou de mise en perspective, et que cela dure, et que cela dure, et que jamais ils ne se remettent en cause.

S’il est ainsi des gens qui s’imaginent qu’avec un tel arrière-plan historique, un capitalisme ralenti ou perturbé va amener les gens à basculer à gauche de manière mécanique, c’est qu’ils n’ont rien compris. Ce qui va avoir lieu, avant tout, c’est une crise de civilisation, une remise en cause qui va provoquer d’abord des troubles intérieurs, d’immenses inquiétudes, des désorientations massives.

La tendance est d’ailleurs déjà là, se profilant avant l’émergence de la crise du capitalisme en 2020, telle la marée annonce son mouvement avant de s’officialiser concrètement par son vaste mouvement.

Pour cette raison, qui veut s’en sortir, au-delà d’un réel niveau sur le plan des idées et de la culture, doit déjà être à la hauteur humainement, en se rappelant que, substantiellement, rien ne se fera sans grandeur d’âme. Qui est mesquin ne serait-ce que dans un détail, dans un aspect anodin, bascule dans le passé, nie l’avenir, reste prisonnier d’une époque révolue, empêche l’esprit des temps nouveaux de se systématiser.

La vie quotidienne est un ensemble, tout marche en rythme même si de manière décalée. Il faut même voir sa propre vie telle une composition. Une composition musicale, littéraire, architecturale, picturale, comme on le voudra, de toutes façons cela revient au même : tout est synthèse et la question est de savoir quelle synthèse on veut être.

C’est pourquoi ce qui est étroit d’esprit doit être banni. Il faut voir la grandeur même dans les petites choses, tout comme le particulier porte l’universel.

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Qu’est-ce qu’un beauf ?

Tous des beaufs ?

Tout comme la TVA et la boule à facette, le mot « beauf » est une invention 100% française et n’a pas d’équivalent exact dans les autres langues, et c’est dommage parce que c’est un terme très éloquent, qui en dit long sur notre façon de vivre. L’équivalent le plus proche est probablement le « gros oncle du barbecue » brésilien, « tiozão do churrasco« .

Popularisé par le dessinateur Cabu dans Charlie Hebdo dès les années 70, le mot « beauf » est totalement rentré dans le langage courant, si bien qu’on l’emploie chaque jour sans y prêter attention, et sans forcément réfléchir à quoi cela correspond. Son histoire accompagne celle de la société de consommation : autrefois il y avait des cuistres, des farauds et des gougnafiers, mais pas de beaufs.

On l’utilise le mot beauf pour parler d’autrui et rarement de soi-même, sauf dans un esprit d’auto-dérision voire avec une pointe de fierté anti-élitiste. A chacun ses beaufs, que l’on méprise plus ou moins ostensiblement. Car le concept est suffisamment flou pour que l’on soit tous le beauf de quelqu’un d’autre. La seule constante dans les définitions que l’on trouve, c’est l’étroitesse d’esprit et la vulgarité, mais cela ne signifie rien en substance. Les beaufs sont toujours des hommes, mais il y a des femmes pour les apprécier, voire les imiter.

Qu’en est-il du point de vue de la lutte des classes ? Tout d’abord il faut bien saisir qu’être beauf n’a pas grand chose à voir avec l’appartenance à telle ou telle classe sociale : le beauf n’est pas un redneck américain ni un chav britannique, deux termes anglo-saxons dénotant un mépris de classe affiché envers la classe ouvrière, en la réduisant à sa seule strate lumpen-prolétaire.

Le beauf des débuts chanté par Renaud dans sa chanson « Mon beauf« , revêt les traits d’un homme borné, sexiste, avec des idées de droite. On sait qu’il a fait 10 ans de légion, et rien de plus. Cabu lui donne tour à tour les traits d’un ouvrier, d’un patron de bistrot, d’un petit-bourgeois, d’un ouvrier se prenant pour un petit bourgeois, et même d’un grand bourgeois en s’inspirant du maire semi-mafieux de Nice de l’époque, Jacques Médecin, en mode méridional avec moustache, rouflaquettes et costume clair. Puis Cabu réactualise le concept dans les années 90 avec le « nouveau beauf » à catogan qui travaille dans la pub, se dit écolo mais roule en 4×4.

Difficile, donc, de trouver un archétype du beauf figé dans la culture populaire !

Quand on traite quelqu’un de beauf, le mépris est implicite, mais ce n’est pas du mépris de classe : c’est une critique morale, plus difficile à cerner, ce qui explique pourquoi les français bafouillent quand on leur demande d’expliquer ce qu’est un beauf, et pourquoi ils n’ont pas trop envie de faire partie du club. Mais essayons de toucher du doigt ce terme élusif, en proposant une définition :

Un beauf est une personne qui jouit des progrès sociaux et de bonnes conditions d’existence, tout en maintenant un mode de vie consumériste sans pour autant mener de réflexion sur sa propre vie et son rapport au monde. Plus il y a un décalage manifeste entre le niveau de vie (élevé) et le niveau d’exigence culturelle et morale (bas), plus on mérite d’être qualifié de beauf.

A titre d’exemple, voici le summum de la phrase beauf :

« Il m’est arrivé un drôle de tour l’autre jour, j’ai percuté une biche avec ma nouvelle voiture, ma carrosserie est toute bousillée! »

Cette phrase peut provoquer un malaise chez n’importe quelle personne sensible, car elle a tous les attributs de la beauferie consommée : un niveau de vie élevé avec un niveau moral au ras des pâquerettes, et une réflexion sur le rapport à la nature tout simplement inexistante. C’est cette dissociation d’avec la nature, ce fétichisme de la marchandise dont parlait Karl Marx, qui caractérise la personne « beauf », plus que tout autre critère. Quand les objets prennent plus d’importance que les êtres vivants, c’est qu’il y a une profonde crise culturelle, morale, et donc civilisationnelle.

Bien sûr, au quotidien, tout le monde ne parle pas comme ça. Mais mis à part ces cas de beauferie extrême qui fournissent des boucs émissaires faciles à accabler, il faut bien reconnaitre que pour tout un chacun, l’élévation du niveau de vie ne s’accompagne pas, au quotidien, d’une élévation du niveau de conscience morale, et encore moins d’une philosophie de l’action pour changer le monde.

Il y a donc une part de beauf en chacun d’entre nous, car qui peut réellement prétendre être à la hauteur de son époque ? Qui n’a jamais commandé sur Amazon, par commodité ? Qui refuse systématiquement de prendre ce moyens de transport aberrants qu’est la voiture ? Qui, plutôt que de se lamenter de la condition animale, fait son possible pour changer la situation ? Qui fait l’effort de lire un conte plutôt que de regarder Disney+ ? Qui ne consomme pas certaines marchandises par principe, même quand c’est gratuit ?

En réalité, peu de personnes sont à la hauteur de leur époque, et le basculement du côté beauf est une réalité pour la plupart d’entre nous. Comme des mouettes victimes de la marée noire, il faut s’extraire du mazout qu’est la société de consommation : le changement ne peut pas être porté par des beaufs, il faut d’abord s’élever, se débarrasser de cette fange, et commencer à essayer d’étendre ses ailes…

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Mais il ne se passe rien en France!

Toujours rien !

Nous sommes fin août 2022 et il ne se passe rien en France, strictement rien. Il n’y a pas de formes culturelles nouvelles qui affleurent, pas de contestation populaire qui gronde, pas d’initiatives se produisant au sein du peuple. La question de savoir si la rentrée 2022 va ainsi être bouillante ou pas se résout d’elle-même : il se passera peut-être quelque chose, sans doute quelque chose, mais il n’y aura rien d’une réelle ampleur, car il n’y a pas d’organisation.

C’est une question d’une très grande importance et se tromper à ce niveau ne peut amener qu’à la déception, la désillusion, le désespoir. Qui perd de vue la question de la conscience tombe immanquablement dans la capitulation ou bien l’auto-destruction.

Si on prend mai et juin 1968, le dernier grand mouvement de masse contestataire en France, avec 1936 trente ans auparavant, il y avait une Gauche extrêmement organisée et de masse. Le PCF avait une dimension de masse formidable, des structures de masse dans de très nombreux domaines, sans parler de la CGT. Il y avait une extrême-Gauche, avec les maoïstes et les trotskystes principalement, active au plus haut degré et avec une capacité d’organisation pratiquement militaire, ou en tout cas professionnelle.

Sans cela, il n’y aurait jamais pu avoir mai – juin 1968. Sans cadres, il n’y a pas de mouvement, sans idéologie, il n’y a pas d’orientation.

On n’a rien de tout cela aujourd’hui. Et il n’y a pas non plus de contexte international propice à un élan contestataire, que l’on pense alors à la guerre du Vietnam, à la révolution culturelle chinoise, aux guérillas en Amérique latine, aux guerres anticoloniales ayant eu lieu ou bien se prolongeant encore. Il n’y a pas de modèle ou d’identification ou d’inspiration possible à un mouvement ayant lieu quelque part dans le monde.

Il ne faut donc pas s’attendre à un mouvement populaire merveilleux tombant du ciel. Bien au contraire !

Qu’est-ce qui compte alors? Le travail de fond. Ce dont on a besoin ce n’est pas du spontanéisme ou de la « contestation » – à quoi cela peut-il bien servir alors qu’il ne se passe rien nulle part ? Quel intérêt de cultiver la marginalité ?

Ce dont on a besoin, c’est d’adultes avec des consciences sociales amples, capables d’appréhender les multiples contradictions sociales et d’affirmer le Socialisme sur un mode intellectuel élevé, avec des propositions politiques à la fois concrètes et d’une réelle envergure. C’est le sens réel du Socialisme, au sens de la Gauche historique. Il s’agit ni plus ni moins de fonder une nouvelle société, avec un nouvel État, et donc d’être capable de gouverner.

Il faut être prêt à gouverner pour le moment où tout va se fracturer, et être prêt à gouverner cela implique d’être prêt à lutter pour être en mesure de gouverner, en écrasant le capitalisme, la bourgeoisie comme classe, l’État à son service.

C’est pourquoi Agauche.org œuvre, dans la tradition de la Gauche historique, exactement comme le firent Le Populaire et l’Humanité dans les années 1930, à la conscience, à l’organisation – l’arme absolue du prolétariat !

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La société de consommation doit être l’ennemie de la Gauche

Ne pas l’affronter, c’est capituler devant le capitalisme.

Les nouvelles générations sont formidables, mais elles sont nées dans la société de consommation et sont privées de tout lien culturel, idéologique, politique, intellectuel avec la Gauche historique. Elles sont donc à la fois d’un immense potentiel révolutionnaire, car d’une vivacité incroyable, et pourtant en même temps elles sont totalement perdues de par leur convergence avec la société de consommation.

Celle-ci ne se prive pas de leur donner des fausses causes, telles les LGBTQ, les migrants, les consommateurs de drogues, les pseudos « travailleurs du sexe »… et le on sait si sont nombreux ces exemples du turbocapitalisme. Puis, avec le temps, ces jeunes sont appelés à s’assagir, à s’inscrire dans la propriété et à basculer dans le capitalisme traditionnel.

Tous les jeunes évidemment ne passent pas dans le turbocapitalisme, et les autres ne le quittent pas forcément. Cela donne une société à l’américaine, avec d’un côté des « républicains » qui sont en fait conservateurs, et des « démocrates » qui sont en fait les tenants du turbocapitalisme. C’est une véritable dynamique thèse-antithèse pour faire à la fois tenir et avancer la « synthèse » capitaliste.

Et rien ne tiendrait sans une société de consommation capable de satisfaire les innombrables « identités » proposées par le capitalisme, du biker à l’adepte du running, du chef d’entreprise partouzard à l’ouvrier pêcheur, du lumpen livreur à vélo à la ménagère de cinquante ans, de la secrétaire désireuse de se marier à la directrice du personnel divorcée. Autant de vies différentes, autant de mal-être, jamais attribué au capitalisme, autant d’espoirs mais aussi de joies, mais surtout autant de perditions sur le long terme, à la fois pour ces gens et pour la société toute entière.

Celle-ci se voit condamnée à devenir fictive, avec des liens sociaux disparaissant, se réduisant toujours plus à la dimension d’un contrat. Tout se vend, tout s’achète, et il ne viendrait pas à l’idée aux gens d’assumer en bloc des responsabilités, que ce soit dans un couple ou dans un mouvement politique, à moins que ce soit pour faire carrière.

Il est évident qu’aucun changement en profondeur n’est possible sans affronter ce culte de l’ego, sans que les egos soient anéantis, s’effaçant devant le grand tout : le prolétariat, la Biosphère, la vie elle-même. L’humanité déraille totalement, menant une guerre à la Nature et perdant le propre sens de son existence. Et ce ne sont pas les religions qui vont étancher la soif existentielle, ce ne sont que des opiums du peuple.

L’époque est mûre pour une immense transformation sociale, et pour qu’on garde le meilleur des capacités de production, il faut dégager ce qui est destructeur, il faut briser la société de consommation. Il faut que la raison triomphe – en phase avec la Nature. Il faut la planification – réalisée selon des esprits saisissant le Socialisme !

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Dégonfler des pneus ou changer le monde ?

Tout est dans le paraître.

Les gens qui roulent en SUV sont des salauds. Des salauds de droite, parce qu’ils n’en n’ont rien à faire des autres, et encore moins de la planète. Leurs véhicules sont aussi dangereux pour les piétons que vulgaires esthétiquement. Ils sont autant consommateurs en énergie qu’inutiles en pratique. Les gens qui roulent en SUV vivent dans un spot publicitaire permanent, leur « vie » est un néant social et culturel, tuée par le fétichisme de la marchandise.

Les gens qui dégonflent les pneus des SUV et qui accolent un petit flyers sur le pare-prise reflètent exactement ce même fétichisme de la marchandise, en l’occurrence celui pour les SUV. Ils s’en prennent aux SUV, car ils savent très bien que cela les fera « exister », en miroir inversé. Ils sont tout autant victimes des publicités ventant la puissance des SUV, sauf qu’eux l’interprètent dans l’autre sens, en négatif.

Dans les deux cas, on a la même fascination pour un symbole, qui n’est en réalité que vanité. Les SUV sont pire que les voitures normales ? Certes, mais les voitures normales sont déjà pire que tout. Ainsi que les trottinettes électriques et les scooters qui pourrissent la vie dans les centre-villes, ainsi que les mobylettes trafiquées et les motos 50 cm³ qui pourrissent la vie dans les bourgs.

Les gens qui s’imaginent « agir » pour la planète parce qu’ils dégonflent quelques pneu de SUV sont typiques de cette époque de vanité, où tout est dans le paraître et surtout la communication compulsive sur les réseaux sociaux. Ils ont choisi les SUV pour s’assurer le buzz en mode racoleur ; cela fonctionne très bien.

Si ces gens avaient vraiment compris qui sont les gens qui roulent en SUV, ils ne prendraient certainement pas la peine de mettre un flyer pour justifier leur geste. Qui peut croire une seconde qu’un salaud de droite ayant acheté un SUV va changer d’avis car un enquiquineur est venu dépressuriser ses pneumatiques ? On ne discute pas avec les salauds de droite, on se confronte à eux.

Le flyer qui explique l’action effectuée dit d’ailleurs justement que les possesseurs de SUV ne doivent pas le prendre personnellement. Mais c’est tout le contraire justement : ce sont leurs personnalités le problème, car elles ont une dimension anti-sociale, anti-Nature !

Mais c’est beaucoup plus facile de dégonfler un pneu avec un flyer à mettre sur internet que de faire de la politique. C’est beaucoup moins fatiguant que de batailler pour une expression démocratique et populaire dans le pays afin de développer une opinion publique à la hauteur des enjeux écologiques de notre époque.

C’est beaucoup plus satisfaisant pour son égo que d’étudier Karl Marx et l’Histoire de France dans sa chambre. C’est beaucoup moins engageant personnellement que de se dévouer corps et âme pour des animaux dans un refuge.

Ce n’est pas avec des dégonfleurs de pneus de SUV qu’on changera le monde. Ils sont le produit d’un vieux monde qui cherche à ce que « tout change pour que rien ne change », car on en reste à la surface des choses. Les dégonfleurs de pneus de SUV veulent concrètement dégonfler un capitalisme qui est allé trop loin dans la gonflette et qui est à deux doigts d’exploser… Ils sont une cinquième colonne du capitalisme dans les rangs de la contestation.

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Si la pandémie et la guerre en Ukraine ne suffisent pas… alors la mélancolie ?

On peut faire semblant, mais à l’intérieur, on s’effondre.

Chaque jour les réveils sonnent et les gens vaquent à leurs occupations. La vie quotidienne n’a pas changé malgré la pandémie et la guerre en Ukraine, elle suit son cours, pareille dans tous ses fondamentaux. Rien n’a fondamentalement changé dans le panorama du capitalisme, qui continue à s’étendre dans toujours plus de domaines.

On peut même, à certains degrés, vivre de manière vaguement alternative, voire de manière franchement alternative. Du moment que c’est marginal, que cela se réduit à un détail quelque part, à un moment, sans en rien entraver le marché général, c’est acceptable, voire utilisable si cela permet de produire de nouvelles marchandises. Les deux joueurs de tennis de la Wimbledon 2022, Novak Djokovic et Nick Kyrgios, sont ainsi vegans, mais il va de soi que cela ne change en rien la situation pour les animaux.

Personne n’en a rien à faire d’ailleurs, ni qu’ils soient vegans, ni des animaux, ni de rien d’ailleurs. On a atteint le degré où l’être humain a sa vie intérieure vidée de tout son sens, chacune de ses interactions étant liée, qu’il le veuille ou non, même à petite échelle, au marché capitaliste. Dire qu’en 2022 il y a encore des « anticapitalistes » pour s’imaginer contestataires en postant en permanence des messages sur le réseau social Twitter !

Pour s’extirper de tout cela, il va falloir beaucoup de choses, et notamment de la mélancolie. Parce que qui accepte le rythme de la vie capitaliste a perdu par avance. Normalement, on pensait que l’être humain regagnerait après la victoire sur le capitalisme seulement une bonne part de son humanité, comme la sensibilité artistique. Là il va falloir le faire en bonne partie avant, parce que pour vouloir renverser le capitalisme, il va falloir vouloir du sens, de la sensibilité, des rapports vrais, non superficiels.

Il n’est pas bien difficile que les folies identitaires – qu’elles soient racialistes ou LGBTQ+ ne changeant rien au fond – sont ici des fuites en avant proposées par le capitalisme afin d’empêcher le travail transformateur sur une base sensible, au profit de quelque chose de tapageur, de superficiel, et de pseudo sensible. Le romantisme tourmenté du black metal nazi ou l’ultra nervosité LGBTQ+ sont typiquement des faux semblants anti-populaires et anti-historiques, du totalement consommable adapté à de egos repliés sur eu-mêmes et incapables de produire.

Mais où sont d’ailleurs les artistes dont nous avons besoin pour dire non à tout ça, pour affirmer des valeurs positives, saines, constructives ? On n’a même pas quelques jeunes se précipitant le reggae pour dénoncer Babylone. C’est une situation historique terrible, qui correspond au déclin de toute une époque. C’est un drame historique qui se joue et pour l’instant, c’est une condamnation à l’échelle d’une génération à laquelle l’Histoire va procéder.

Quelle honte que la France de 2022 vu de l’avenir ! Quelle infamie plutôt, car ne pas changer les choses est déjà fou, mais alors en plus participer passivement au capitalisme dont les perspectives destructrices sont absolument évidentes… mais pourquoi ?

Oui, la mélancolie est une arme et il faut qu’une génération d’artistes s’en saisisse pour faire ressortir tous les besoins humains d’épanouissement qui sont totalement bloqués par un capitalisme qui pourrit sur pied et nous précipite dans la guerre. Il nous faut de la sensibilité, un véritable romantisme, l’affirmation d’une utopie dans toute sa dimension!

Et c’est cela ou rien. Parce que sans cela, de toute façon il n’y a rien ! Il n’est pas possible de vivre, ne serait-ce que de vivre, sans être connecté à l’exigence, aux exigences de l’avenir !

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La question prégnante de l’effondrement de la superpuissance américaine

Rater son positionnement, c’est aider le fascisme.

Mettons de côté les stupidités anarchistes et trotskistes comme quoi le fascisme ce serait des gangsters racistes faisant un hold up sur l’État et regardons les choses avec réalisme. Le fascisme, c’est une remise en ordre de marche de la société pour aller à la guerre. C’est un mouvement qui correspond au repli de chaque capitalisme sur sa base nationale, afin d’être en position de force dans la bataille pour le repartage du monde.

Eh bien c’est là que la question américaine prend une place capitale, et c’est là que va se jouer, pratiquement, la question de savoir si c’est le Fascisme qui va prendre le dessus, ou bien le Socialisme. Pourquoi cela ? Pour la simple raison que la superpuissance américaine est le capitalisme dominant depuis 1918.

Elle a été l’initiatrice de la société de consommation, d’un mode de vie de dimension civilisationnelle. Elle est la première puissance économique mondiale, sa monnaie est centrale dans le capitalisme mondial, son armée est de très loin la plus puissante au monde.

Seulement, la superpuissance américaine périclite. Le capitalisme est en crise, la compétition s’exacerbe donc jusqu’à aller dans le sens de la guerre. Chaque pays va procéder à son propre BREXIT – l’invasion de l’Ukraine, c’est le Brexit à la russe – et il va y avoir de multiples options idéologiques pour se prétendre le meilleur choix pour le pays.

Or, comme le capitalisme américain est hégémonique mais en crise, parce que l’ensemble du capitalisme est en crise, il y a des courants qui prônent le découplage par rapport à lui. Aujourd’hui, ces courants sont insignifiants et même Eric Zemmour, qui n’allait pas loin du tout sur cette ligne, s’est fait écraser sur le plan des idées au moment de la présidentielle 2022.

Seulement, si la Russie gagne en Ukraine – ce qu’elle est en train de faire – ces courants vont prétendre avoir obtenu une grande légitimité. Ils vont dire : regardez, la globalisation recule, le monde devient multipolaire, il faut être de la partie. La Chine devient incontournable, la Russie est inébranlable, et il y a l’Inde, le Brésil, l’Iran… Et ils prôneront une option « nationale-révolutionnaire », qui va servir de levier à la mise en place de l’idéologie fasciste en tant que telle.

Ce qui est terrible sur le plan des idées si on comprend ça, c’est qu’on voit très bien comment La France insoumise sème des graines dans cette direction, tout comme la mouvance issue de la « gauche » du PCF, à quoi il faut ajouter la scène « anti-vax » convergeant avec une extrême-Droite antisémite et complotiste qui s’imagine qu’une oligarchie décide du sort du monde.

Autrement dit, tout cela forme quelque chose qui ne ressemble à rien aujourd’hui, mais qui peut demain former l’ossature d’une approche générale permettant un élan politique dans une situation de crise. C’est d’ailleurs très exactement comme cela que le nazisme allemand est apparu du jour au lendemain sur la scène politique allemande. Il a été une synthèse de multiples initiatives délirantes et marginales, finissant par former une proposition d’orientation qui a obtenu l’accord du grand capital allemand et s’est mis au service de ce dernier.

C’est la raison pour laquelle écraser sur le plan des idées et de la culture ces tenants de l’option « nationale-révolutionnaire » (plus ou moins élaborée) est essentielle. Il faut être au premier rang de la dénonciation de la superpuissance américaine, mais pas pour faire de l’anti-américanisme, pour expliquer que c’est le mode de vie capitaliste qui a fait son temps, qu’il ne s’agit pas de remplacer une puissance hégémonique par une autre – car un monde « multipolaire » n’existe pas de par le côté inégal du développement capitaliste et de chaque puissance. L’heure est à une humanité unifiée, au Socialisme comme nouvelle civilisation.

C’est en ce sens, et cela a déjà été souligné, que nos articles sur l’Ukraine – qui annonçaient la guerre plusieurs mois avant qu’elle ne se déclenche – sont une arme politique antifasciste du plus haut degré. Ils sont la preuve que les partisans de la Gauche historique n’ont pas pris le train en marche, contrairement aux autres. Ils sont la preuve que les événements ont été compris et prévus. Ils sont la preuve de la justesse de la vision du monde qui affirme que l’avenir appartient au drapeau rouge.

C’est en ce sens que nous insistons sur la question des mentalités, du mode de vie, notamment par rapport à la question animale. Cette question est la grande frontière, elle délimite parfaitement qui relève de l’avenir et qui relève du passé. C’est la ligne de démarcation qui nous sépare des beaufs et des turbocapitalistes, ces indifférents et ces hyper-consommateurs aveugles.

L’effondrement de la superpuissance américaine peut aboutir à sa grande victoire sur son challenger chinois, sa grande défaite face à ce dernier – mais historiquement ce qui va advenir inévitablement c’est l’effacement du capitalisme et de ses valeurs pour faire la place au Socialisme !

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La société française vers le crash

La domination de l’individualisme va se payer cher.

N’importe qui peut voir qu’autour de soi, les gens ne conçoivent aucune autre perspective qu’individuelle. Ils ne se disent à aucun moment qu’il y a une société, un pays, une classe ; tout ce qu’ils peuvent considérer, c’est leur propre existence individuelle, formant le seul horizon, avec tout le reste formant un arrière-plan à la fois flou et secondaire. Même l’idée d’une guerre en Europe ne les dérange que dans la mesure où cela aurait un impact à leur propre petite échelle.

Il n’y a aucune vue d’ensemble, aucune mise en perspective, aucune réflexion. La situation est celle d’un désastre complet. On paie ici le prix de trente années de croissance capitaliste très forte de 1990 à 2020. Tout a été lessivé et tout continue d’être lessivé, puisque le capitalisme prolonge sa lancée en ouvrant encore des marchés nouveaux, comme les livraisons à domicile, les séries à la demande ou encore les postures identitaires LGBTQ+.

La société française est ainsi en droite ligne vers le crash. La crise du COVID-19, qui n’est pas terminée, n’a amené strictement rien de tangible sur le plan d’une critique de la situation de la Nature terriblement malmenée par le capitalisme. Les efforts financiers hallucinés des capitalistes pour maintenir la stabilité à coûts de crédits géants n’ont provoqué aucune interrogation. La guerre en Ukraine a provoqué des inquiétudes, mais de manière vague mais sans aucun effet.

Or, c’est naturellement impossible. Tous ces phénomènes historiques de grande ampleur, de très grande ampleur même, à quoi il faut ajouter le réchauffement climatique, ont nécessairement un impact à la fois profond et dans la durée. La société française ne peut pas ne pas être touchée, modifiée, transformée. Cela signifie que plus elle regarde ailleurs, plus elle retarde les échéances, plus cela va très mal se passer.

Plus la crise est repoussée et plus il ne se passe rien… Plus la crise va apparaître d’autant plus fortement, d’autant plus violemment. Ce processus peut être court comme il peut être long, le crash peut se dérouler à la rentrée 2022 comme une année, deux années, cinq années plus tard, selon les événements, mais on n’y coupera pas. Une société entière ne peut vivre à crédit et dans le déni, c’est intenable.

Le souci bien sûr est que plus la crise est repoussée, plus cela tourne mal dans la tête des gens. L’exploitation et l’aliénation brisent les gens, qui partent ainsi de toujours plus loin et ont toujours plus de mal avec les défis de toute une époque. Il va falloir tout un processus de décantation, de remise en cause, d’étude. Le peuple n’aura certainement pas besoin de populistes lui disant que tout ce qu’il fait est bien, mais bien au contraire d’une éducation.

Cette éducation ne pourra qu’être raisonnable, s’appuyer sur les valeurs de la Gauche historique, avec la mise en valeur claire, sans ambiguïtés, de la nécessité d’une société démocratique et populaire, allant au Socialisme. Elle ne devra céder en rien aux courants « ultras » qui ne manqueront pas de se renforcer dans une situation de désarroi général.

Mais comme on est loin d’un tel désarroi dans cette société française entièrement pacifiée. Et comment on en est proche, si proche, alors qu’on va droit dans le mur !

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« Surtout ne touchez à rien »

C’est la devise des Français.

Ce qui manque à la Gauche historique en France pour se développer, c’est une capacité approfondie à saisir les mentalités. Transformer le monde, c’est transformer les gens et pour cela faut-il les connaître. Naturellement, si on considère que les gens sont des « individus », là on ne peut arriver à rien à part accompagner le capitalisme. Mais si on considère que les gens sont des animaux, des animaux sociaux avec un parcours particulier, alors on peut dégager les tendances principales qui existent.

En l’occurrence, il est tout à fait flagrant que les gens ne veulent plus entendre parler de quoi que ce soit qui pourrait les remettre en cause, à quelque niveau que ce soit. C’est un sentiment naturel de leur part, puisqu’ils assimilent, tels des animaux précisément, la stabilité à la maîtrise de leur environnement : donc la stabilité, donc la protection.

C’est pourtant là fondamentalement trompeur car l’humanité, de par ses capacités d’intervention, a modifié radicalement son environnement, provoquant des mouvements sur le long terme. Sans une compréhension adéquate de ces mouvements, on vit au jour le jour en attendant le déluge. Et voilà justement que l’avenir, sous la forme du réchauffement climatique, de la pollution, de la fatigue générale dans un capitalisme exacerbé, de la guerre… commence à s’annoncer.

Alors les gens, au lieu de prendre le problème à bras le corps, adoptent comme devise « surtout ne touchez à rien », avec l’espoir que cette fuite dans nulle part permette d’éviter l’inévitable. Il y a l’idée de passer individuellement entre les mailles du filet, de se dire que cela arrivera à d’autres que soi. Bref, le principe est simplement de chercher à se rassurer à tout prix.

C’est très exactement la mentalité qui prime fin mai 2022. C’est la tendance générale au sein de la société française. Et on peut sentir une vraie précarité dans les esprits français qui portent cette tendance. Il y a un certain stress, une fragilité psychologique qui affleure, le basculement n’est pas très loin.

Cela est fondamentalement inquiétant. En même temps, il était temps qu’on arrive à un moment où enfin le capitalisme périclite, où son hégémonie totale sur les esprits s’affaiblit. Cela ne veut pas dire que cette hégémonie ait disparu, bien au contraire. En fait, elle se renforce même parallèlement au fait qu’elle s’affaiblit alors que les gens sont perdus. Les gens perdus par le capitalisme rebasculent dans le capitalisme, pour être encore plus perdus, et ainsi de suite.

Impossible également de savoir encore comment cela va tourner, puisque bien entendu le fait de vivre dans un capitalisme hyper-développé amène les gens à être incapables de se poser, ayant pris l’habitude de consommer, de sur-consommer à grande vitesse, sans effort intellectuel prolongé, sans implication « spirituelle » au sens où l’esprit se tourne sérieusement, entièrement vers quelque chose.

C’est là le portrait véritable de toute une période… En espérant qu’elle ne soit pas toute une époque historique, celle d’un effondrement du capitalisme sur des décennies, dans des déséquilibres en série, sanitaires et militaires, sociaux et économiques, avec une décadence intellectuelle et culturelle en filigrane.

Tout dépend ici des prolétaires. Le grand développement du capitalisme depuis 1989, avec l’effondrement de l’empire soviétique et l’intégration de la Chine comme usine du monde, a permis également la corruption d’une large partie des gens dans le tiers-monde, même si leur vie quotidienne est bien souvent chaotique et pauvre. Alors ce sont les prolétaires des pays riches qui, de par leur parcours, peuvent reprendre le flambeau de la contestation du capitalisme, depuis l’intérieur du monstre. Encore leur faut-il décrocher de toutes les traditions petites-bourgeoises qu’ils ont développé.

Quelle étrangeté que ce capitalisme réellement ébranlé et pourtant si stable en raison des prolétaires, de leur passivité complète, de leur participation au capitalisme. C’est tout le paradoxe du moment.

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Un capitalisme à l’apparence inépuisable

En réalité, c’est le peuple qui est inépuisable.

En ce mois d’avril 2022, le capitalisme apparaît de manière superficielle à la fois comme stable et inébranlable. Ses capacités à surmonter les crises semblent innombrables ; on dirait qu’il est inépuisable.

La pandémie commencée en 2020 et la guerre en Ukraine n’ont ainsi en rien modifié les fondamentaux de la société française. Ce sont des événements majeurs pourtant, mais cela n’a fait qu’effleurer les gens. Il en va de même pour le réchauffement climatique et la question animale, qui parlent de manière bien plus évidente, tout en restant dans un lointain flou absolument caractéristique.

Car l’un des grands atouts du capitalisme, c’est précisément, au moyen de cycles de consommation sans cesse renouvelés, de tout rejeter dans le passé, ou bien de transformer les idées, les comportements, les valeurs… en marchandises. Le capitalisme est le mode de production inclusif par définition ; il se sert d’absolument tout pour se réimpulser.

De presque tout, faut-il dire en réalité, car il existe bien des conceptions et des positions que le capitalisme ne peut pas récupérer. C’est le Socialisme. Cependant, il faut pour le Socialisme toujours avoir à lutter pour éviter la corruption d’une part, et pour étudier l’évolution du cours des choses et ne pas se faire déborder de l’autre.

Avant 1914, la social-démocratie était hostile au capitalisme, et irrécupérable, et pourtant une erreur d’analyse du cours des choses a amené une très large – quasi totale même – capitulation devant la guerre mondiale entre grandes puissances. On peut barricader la porte de la maison Socialisme comme on veut, si on laisse ne serait-ce qu’une fenêtre ouverte, le capitalisme s’engouffre et démolit les fondements.

Il y a l’arrière-plan, et c’est bien cela qu’il faut saisir, une bataille pour le peuple. Le capitalisme de la société de consommation n’est pas imperméable à un prolétariat misérable et à l’écart de lui comme au 19e siècle. Bien au contraire, les prolétaires sont enfermés dans un capitalisme présent 24 heures sur 24. Le capitalisme propose toujours d’avoir autre chose à faire, individuellement, qu’oeuvrer au Socialisme.

On peut regarder le football, faire du vélo, aller au café, partir en vacances, sélectionner une série sur Netflix, faire du shopping dans un centre commercial, jouer à un jeu vidéo, etc. Rien de plus humain. En même temps, ce qui est humain est façonné par le capitalisme et est poussé dans le mauvais sens : dans celui de la superficialité, de la répétition, de l’individualisme, de la passivité.

Plus le capitalisme remplit la vie des gens au moyen de la consommation capitaliste, plus il vide les gens. Et plus les gens sont vidés, plus cela renforce les cycles de consommation capitaliste, et ainsi de suite. En fait, on peut même dire que si on enlevait le capitalisme aux Français en avril 2022, ils seraient désemparés dans leur vie individuelle. Ils perdraient tous leurs repères. On l’a bien vu avec le confinement, une époque de remise en cause désormais totalement passée aux oubliettes, même par la minorité l’ayant apprécié en ce qu’elle avait justement cassé le rythme capitaliste.

Le capitalisme apparaît donc comme inépuisable. Sauf que sur le plan interne, sa crise est inéluctable, car l’accumulation a ses limites et il faut par conséquent la guerre, et une pressurisation d’une partie toujours plus grande de la population, en raison du poids grandissant des monopoles. Le prolétariat a adopté un mode de vie petit-bourgeois avec la société de consommation, mais cela ne peut pas durer éternellement.

C’est pourquoi le Socialisme triomphera en s’appuyant sur ce prolétariat reconstitué par la crise, car c’est le peuple qui est réellement inépuisable, pas le capitalisme. Le prolétariat trouvera une voie à travers l’effondrement de la civilisation capitaliste. C’est inéluctable.

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Le « militant », incapable de saisir les changements dans le monde

Le monde militant, d’improductif, est devenu une partie du problème.

La capacité de la Gauche historique a toujours été d’être en mesure de saisir le cours des évènements, de produire des cadres politiques en mesure d’orienter des militants, eux-mêmes capables d’orienter des discussions du quotidien dans tel ou tel sens. Un sens démocratique, populaire, évidemment.

Cette capacité politique militante n’est jamais tombée pas du ciel, elle est toujours le produit d’un effort intellectuel à la base, de la capacité de tout un chacun d’intervenir dans les grandes questions idéologiques.

Or, on sait comment des petits-bourgeois excités provoquent une corruption du militantisme réel. A la suite de mai 1968, et déjà un peu avant, il y avait déjà des gens au comportement stéréotypé, au raisonnement borné.

Mais ce que l’on constate au vue de 2022, c’est que la figure du militant est devenue une expression d’un vieux monde. Disons simplement qu’il y a encore 15, 20 ans, un militant de gauche pouvait, ou devait, être critiqué car il avait les clefs d’analyses à disposition, mais il ne les utilisait pas ou se les faisait déformer par l’opportunisme.

Ces clefs d’analyses, c’était grosso modo une lecture, même approximative, du capitalisme, des classes, des tendances politiques, bref du cours des choses. Cela était lié à une certaine formation idéologique.

Les années 2010 ont été la grande lessiveuse de ce processus. Avec la pandémie de Covid-19 puis, donc, la guerre en Ukraine, les militants se révèlent pour ce qu’ils sont devenus : une entrave au progrès de la conscience.

Non pas qu’ils en aient conscience eux-mêmes, mais parce qu’ils pensent maîtriser les choses sans en avoir la capacité, car ayant abandonné tout travail intellectuel de fond. Ils donnent l’impression de savoir, iles véhiculent l’illusion d’avoir des positions justes, voire même des positions tout court, et c’est en cela qu’ils participent à l’entrave de la conscience des gens.

Il y a un décalage frappant à ce sujet. Si l’on prend par exemple le début du covid-19 il y a deux ans, l’idée comme quoi la société avait heurté un mur, notamment au plan écologique, était présent chez des gens, mais très peu chez les militants. C’est l’expression d’un énorme problème.

C’est encore plus vrai avec la Guerre en Ukraine. Que l’on prenne n’importe quel militant ou militante il y a un mois, et cette question était absolument invisible, alors qu’elle pouvait déjà être présente chez certaines personnes ayant une vie normale.

Avec le déclenchement de la Guerre, la question d’une généralisation mondiale du conflit, l’inquiétude face au retour de la menace nucléaire, ou bien encore le risque d’une plus grande paupérisation du fait de l’inflation, forme une inquiétude partagée par le plus grand nombre.

A l’inverse, les militants pensent dire des choses, croient développer des positions, mais ne font que copier-coller des raisonnements préconçus, sans prise de conscience du drame de la situation. Leurs comportements sont stéréotypés.

Pour preuve, leur incapacité à sortir des considérations purement électorales, à aborder des choses sérieuses, à affronter réellement la tendance à la guerre, la montée du fascisme, la souffrance des animaux, la destruction sans fin de la Planète…

Alors qu’une partie des gens normaux sont terrifiés par la situation car ayant instinctivement compris l’ampleur des changements à effectuer, les militants ont démissionné de la raison d’être du militant historique de la Gauche, celle de servir le peuple dans sa volonté d’explication du monde.

Les militants ont perdu toute la substance de ce qui faisait la force de la Gauche : la capacité à analyser le changement des choses, à interpréter les grandes bifurcations historiques.

Pour les « militants » d’esprit petit-bourgeois, la Guerre en Ukraine n’est finalement qu’une histoire de conjoncture, tout cela devant passer après que l’on ait, au mieux manifesté avec un drapeau ukrainien et que l’on ait appelé à l’accueil des réfugiés, au pire critiqué telle position pro-russe ou telle position pro-OTAN, ou encore mieux s’être caché en renvoyant les deux dos à dos.

Dans leurs têtes, tout va redevenir comme avant, bientôt, et à ce moment là on reprendra les discussions sur le niveau de son salaire, sur telle injustice là-bas, sur tel propos infâmant ici, etc. Il n’y a aucune envergure, aucune volonté même d’aller vers une réelle envergure, aucune volonté de rupture réelle, le militant étant devenu une forme de l’identité possible, parmi d’autres, dans la société de consommation.

Comment pourrait-il en être autrement alors qu’il n’y a pratiquement plus de vie militante dans les organisations ? Vie militante au sens d’un débat d’idées, non pas simplement autour de l’actualité ou de luttes, ce qui est important évidemment, mais plus généralement autour des grands tendances qui agitent le monde.

La figure du « militant » est devenue une partie du problème et l’on en revient finalement au point de départ de la Gauche historique : reconstruire un socle idéologique, reformer des cadres politiques, relancer un mouvement à la base, dans le feu d’une époque d’ores et déjà tumultueuse et qui ne va laisser personne indemne.

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« L’origine du conflit Russie-Ukraine : la compétition entre l’expansionnisme russe et la superpuissance américaine »

Une analyse de fond.

La question ukrainienne pose beaucoup de questions ; ce document tente d’en exposer les traits généraux. On remarquera qu’il a la particularité d’être d’avril 2021 et de très clairement annoncer les événements (revue pdf Crise 11 / avril 2021).

***

Pour comprendre le conflit russo-ukrainien, il faut cerner ses deux aspects principaux. Il y a tout d’abord la tendance à la guerre, avec des interventionnismes américain et russe très marqués. Il y a ensuite les rapports historiques entre la Russie et l’Ukraine.

La question du rôle du challenger

Dans les années 1960-1970, Mao Zedong a considéré que l’URSS social-impérialiste était la principale menace pour la paix du monde. La raison en est que l’URSS était le challenger. La superpuissance américaine ayant l’hégémonie, elle cherche surtout à maintenir ses positions, alors que le challenger doit venir chercher le numéro un sur son terrain.

Cela ne veut nullement dire que la superpuissance américaine ne poussait pas à la guerre. Néanmoins, la superpuissance soviétique était l’aspect principal de la contradiction entre superpuissances. On voit d’ailleurs que le pacte de Varsovie avait en 1982 pratiquement deux fois plus de tanks que l’OTAN, que l’URSS avait bien plus de têtes nucléaires que les États-Unis, etc.

Le piège de Thucidyde

L’universitaire américain Graham Allison, qui a été notamment conseiller de plusieurs secrétaires d’États (sous Reagan, Clinton et Obama) et est une figure des thinks tanks impérialistes américains, a publié en 2017 un ouvrage intitulé « Destinés à la guerre : l’Amérique et la Chine peuvent-elles échapper au piège de Thucydide ? ».

Il se fonde sur l’ouvrage La Guerre du Péloponnèse de l’Athénien Thucydide, où on lit que « Ce qui rend la guerre inévitable était la croissance du pouvoir athénien et la peur qui en résultait à Sparte. » Plus qu’une analyse géopolitique, cela reflète surtout la ligne stratégique américaine.

Car il ne faut pas confondre l’engrenage menant à la guerre et le caractère inéluctable de la guerre dans un cadre capitaliste, en raison de la nécessité du repartage du monde.

Le caractère inéluctable de la guerre

Staline, évaluant la situation, précise bien en 1952 dans Les problèmes économiques du socialisme en URSS :

« Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix évolue çà et là vers la lutte pour le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.

Le plus probable, c’est que le mouvement actuel pour la paix, c’est-à-dire le mouvement pour le maintien de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer une guerre donnée, à l’ajourner temporairement, à maintenir temporairement une paix donnée, à faire démissionner le gouvernement belliciste et à y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir provisoirement la paix. Cela est bien, naturellement. C’est même très bien.

Mais cela ne suffit cependant pas pour supprimer les guerres inévitables en général entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré tous ces succès du mouvement de la paix, l’impérialisme demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l’inéluctabilité des guerres reste également entière. Pour supprimer le caractère inévitable des guerres, il faut détruire l’impérialisme. »

On doit bien distinguer l’engrenage, qui peut porter sur tel ou tel point et est toujours relatif, de la tendance à la guerre qui est-elle absolue.

Le conflit russo-ukrainien : la compétition impériale

Il n’existe pas de conflit entre les peuples russe et ukrainien, qui historiquement sont fondamentalement liés. L’amitié entre les peuples a cependant été pris en étau par l’expansionnisme russe et par la superpuissance américaine.

La Russie, dans un esprit chauvin où elle est de caractère « grand-russe », par opposition aux « petits-russes », a exigé la satellisation de la Biélorussie et de l’Ukraine. Les forces capitalistes bureaucratiques ont été soutenus, avec une oligarchie contrôlant des pays corrompus où l’opposition est écrasée.

La superpuissance américaine avait-elle préparé le terrain pour mener une révolution idéologique et culturelle et donner naissance à sa propre couche capitaliste bureaucratique.

Cet affrontement va provoquer la partition de l’Ukraine en 2014.

Le conflit russo-ukrainien : le rôle américain

En fait, à partir des années 1980, la superpuissance américaine a, depuis ses universités et surtout Harvard, proposé une relecture de l’histoire russo-ukrainienne des années 1920-1930.

L’URSS aurait voulu briser l’Ukraine, et ce dès le départ. Elle aurait sciemment laissé des gens mourir de faim en Ukraine, afin de l’écraser nationalement.

Il y aurait une extermination par la faim (« Holodomor » en ukrainien), coûtant la vie à entre entre 2,6 et 5 millions de personnes. Cette théorie a été reprise officiellement par l’État ukrainien après l’effondrement de l’URSS, avec une négation systématique de tout ce qui avait un rapport culturel ou historique avec le passé soviétique.

Quant à l’historien américain James Mace, à la tête de la commission américaine sur la « famine en Ukraine » dans les années 1980, et le théoricien du prétendu « holodomor » servant à détruire l’Ukraine en tant que nation, il a été enterré en Ukraine, dans un cimetière dédié désormais aux « patriotes ».

Et la rue de l’ambassade américaine à Kiev, auparavant rue de la Collectivisation puis Yuri Kotsyubinsky (du nom d’un renégat fusillé en 1937), a pris son nom en 2016.

La théorie de l’holodomor

L’idéologie de l’État ukrainien à partir du début des années 1990 est ainsi un pur produit américain. La nation ukrainienne aurait manqué d’être exterminé par l’URSS. L’historien américain James Mace résume cela ainsi en 1982 à Tel Aviv :

« Pour centraliser le plein pouvoir entre les mains de Staline, il était nécessaire de détruire la paysannerie ukrainienne, l’intelligentsia ukrainienne, la langue ukrainienne, l’ukrainien, l’histoire telle que comprise par les Ukrainiens, pour détruire l’Ukraine en tant que telle… Le calcul est très simple et primitif : s’il n’y a pas de peuple, alors il n’y a pas de pays séparé, et par conséquent, il n’y a pas de problèmes. »

On lit, dans cette optique nationale fantasmagorique, dans le document officiel de l’État ukrainien « Holodomor Le génocide en Ukraine 1932-1933″, que :

« LES FERMIERS UKRAINIENS n’ont pas été privés de nourriture dans le but de les obliger à rejoindre les fermes collectives ; le processus de la collectivisation bolchevique des terres était pratiquement achevé en été 1932.

Le génocide par la famine a été volontairement dirigé dès l’origine contre la paysannerie ukrainienne en tant que noyau central de la nation ukrainienne qui aspirait à un État indépendant.

Elle était gardienne des traditions séculaires d’une agriculture libre et détentrice de valeurs nationales ; l’un et l’autre contredisaient l’idéologie communiste et suscitaient l’hostilité débridée des dirigeants bolcheviks. »

L’inanité de la théorie de l’holodomor

Les tenants de cette fantasmagorie sont pourtant en même temps obligés de reconnaître que la systématisation de la langue ukrainienne date précisément des années 1920-1930, que l’ukrainisation généralisée a caractérisé la politique soviétique.

Il n’y avait auparavant pas de presse ukrainienne, pas de maisons d’édition, le tsarisme écrasait l’Ukraine. Avec l’URSS, l’Ukraine s’affirme ouvertement sur le plan culturel et national. Il est donc absurde de constater cette affirmation et d’en même temps prétendre que l’URSS aurait voulu « anéantir » l’Ukraine. Il s’agit très clairement d’une interprétation façonnée par la superpuissance américaine afin de faire converger les multiples courants nationalistes ukrainiens.

Le rapport historique entre l’Ukraine et la Russie

Le rôle de la Russie n’est pas moins pervers que celui de la superpuissance américaine. En effet, la Russie abuse des liens culturels et historiques.

Car l’Ukraine est « russe » autant que la Biélorussie et la Russie. La première structure étatique est d’ailleurs la Rus’ de Kiev, qui a existé du 9e au 13e siècle. Elle s’est effondrée sous les coups des Mongols. Il y a alors, pour simplifier, trois forces dans la région :

– un bloc polonais-lituanien-biélorusse-ukrainien, qui existe jusqu’en 1795 comme grand-duché de Lituanie puis République des Deux Nations ;

– une Ukraine cherchant à se libérer de la domination du premier bloc, tout en étant la cible régulière des Tatars passant par la Crimée ;

– un bloc russe avec la grande-principauté de Moscou qui parvient à supprimer le joug mongol pour former un tsarat qui ne va pas cesser de s’agrandir, notamment aux dépens du khanat de Sibérie.

La Pologne, qui aujourd’hui se présente comme un martyr de l’Histoire, a ainsi en fait été une grande puissance visant à l’hégémonie régional, allant jusqu’à occuper Moscou au début du 17e siècle.

Les Ukrainiens devaient quant à eux choisir un camp. Le chef des cosaques, Bogdan Khmelnitski, fit alors le choix de la Russie, après s’être rebellé contre la noblesse polonaise.

Le traité de Pereïaslav de 1654 marque alors littéralement la fusion de l’histoire russe et ukrainienne, comme peuples « russes » parallèles.

Le conflit russo-ukrainien : le rôle russe

L’expansionnisme russe abuse cette histoire « russe » parallèle de manière complète, avec une démagogie sans limites. Elle le fait dans une optique grand-russe, où l’Ukraine ne serait jamais qu’une petite-Russie ne pouvant exister sans sa réelle base historique. Elle diffuse un ardent nationalisme en Russie.

Et aux gens en Ukraine qui sont attachés à la Russie, car il s’agit de deux peuples frères, elle dit que ne pas obéir à la Russie serait perdre tout caractère russe, comme si seule la Russie portait historiquement la Rus’ de Kiev.

Cela marque surtout les gens tout à l’est de l’Ukraine, du Donbass, le bassin houiller du Donets, mais même la partie est du pays en général, particulièrement lié à la Russie et parlant couramment le russe dans leur vie quotidienne, voire le pratiquant comme principale langue.

Il y a bien entendu une part de vérité, car les forces au service de la superpuissance américaine veulent inventer une Ukraine qui n’aurait aucun rapport historique avec la Russie. Et c’est d’autant plus vrai que les forces nationalistes ukrainiennes sont ultra agressives.

Le conflit russo-ukrainien : le nationalisme ukrainien

Le nationalisme ukrainien a une forme très particulière. Sa base historique vient en effet de l’extrême-ouest du pays, ce qui lui confère des traits déformés au possible.

Lorsque le tsarisme s’effondra, les forces bourgeoises ukrainiennes fondirent une « République populaire ukrainienne », qui ne dura que jusqu’en 1920 avec la victoire de l’armée rouge.

La Galicie orientale resta cependant aux mains de la Pologne. Cette région et l’Autriche deviennent alors le bastion des nationalistes ukrainiens, qui fondent en 1929 l’Organisation des nationalistes ukrainiens, avec comme dirigeant Stepan Bandera.

Anti-polonaise, antisémite, antisoviétique, pratiquant dans les années 1930 régulièrement le meurtre jusque des opposants, l’organisation convergea ensuite avec l’Allemagne nazie et forma une légion ukrainienne, puis une Armée insurrectionnelle ukrainienne massacrant notamment 100 000 Polonais dans une perspective de purification ethnique.

Cette « armée » finit par se retrouver à combattre très brièvement l’Allemagne nazie en cherchant un appui américain, avant d’être écrasée par l’avancée de l’armée rouge, alors que Stepan Bandera est exécuté par le KGB en Allemagne de l’Ouest en 1959.

La Galicie orientale devint alors soviétique, mais reste marqué par cette aventure « banderiste », surtout que la mouvance banderiste des pays occidentaux s’est précipité dans le pays après l’effondrement de l’URSS.

La valorisation de Stepan Bandera et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne relève désormais de l’idéologie officielle et est portée par de multiples organisations nationalistes extrêmement actives et militarisées.

L’Euromaïdan et les nationalistes ukrainiens

Les organisations nationalistes ukrainiennes ont été très médiatisées au moment des rassemblements appelés « Euromaïdan », de par leur activisme violent et leur iconographie ouvertement nazie.

Ces organisations, comme Secteur droit ou Svoboda, se veulent les successeurs de Stepan Bandera, leur bastion est la partie extrême-occidentale du pays, la Galicie qui n’a rejoint le reste de l’Ukraine qu’en 1945.

Elles ont joué le rôle des troupes de choc lors de l’Euromaïdan, c’est-à-dire les rassemblements sur la place Maïdan (c’est-à-dire de l’indépendance) à Kiev, fin 2013 – début 2014. Jusqu’à 500 000 personnes ont protesté contre le régime, corrompu et à bout de souffle.

Ce fut alors la « révolution », c’est-à-dire la mise de côté de l’oligarchie pro-russe et son remplacement par une autre oligarchie, cette fois pro-américaine ou pro-européenne.

La dénomination du mouvement vient de Radio Free Europe, la radio américaine, alors que les États-Unis ont déversé des milliards par l’intermédiaire d’associations et d’ONG. Depuis 2014, le régime en place est ainsi pro-occidental, violemment anti-russe, farouchement anti communiste, réécrivant l’histoire ukrainienne.

Le séparatisme au Donbass et la question de la Crimée

Initialement, il y a eu des révoltes contre la ligne triomphant à l’Euromaïdan. Ces révoltes, manipulées par la Russie, ont immédiatement abouti à des mouvements séparatistes, usurpant l’antifascisme et les références soviétiques. Cela a donné deux pseudos-républiques populaires, celle de Donetsk et celle de Louhansk.

Dans les deux cas il s’agit de régimes satellites de la Russie, de forme anti-démocratique, patriarcale-clanique, avec les exécutions sommaires et la torture, tout comme d’ailleurs chez les unités anti-séparatistes néo-nazies quelques kilomètres plus loin.

L’idée était initialement d’unifier ces deux « républiques populaires » avec l’Est de l’Ukraine, pour former une « Nouvelle-Russie ». D’ailleurs, initialement les séparatistes avaient davantage de territoires ; à la suite de l’intervention ukrainienne, ils en perdu les deux-tiers.

La Russie a également profité de la situation pour annexer la Crimée. Cette région avait été littéralement offerte à l’Ukraine par le révisionniste Nikita Khrouchtchev, alors qu’historiquement la région est russe. Le prétexte était le 300e anniversaire du traité de Pereïaslav signé par Bogdan Khmelnitski avec la Moscovie, liant l’Ukraine à la Russie.

L’écrasante majorité des gens de Crimée a accepté le coup de force et l’annexion russe. Il n’en reste pas moins que c’est une invasion et une annexion contraire au principe du droit international, avec qui plus est des troupes russes sans uniformes afin de masquer les faits.

La Crimée ou la Nouvelle-Russie ?

L’expansionnisme russe fait face à un dilemme qui caractérise toute son attitude militaire et politique. D’un côté, la Crimée est alimentée en eau potable par un canal partant d’Ukraine et désormais fermé. Il lui faut impérativement débloquer cette situation.

Cependant, cela impliquerait, du point de vue expansionniste, d’effectuer un débarquement massif et de s’approprier une bande de terre au bord de la mer Noire, ce qui est délicat à défendre. Il faudrait en fait même étendre cette bande jusqu’aux pseudos « républiques populaires » et cela veut dire que le débarquement doit s’accompagner d’une pénétration massive par les troupes pour maintenir la conquête.

De l’autre, la Russie a l’espoir de disposer de l’accord passif d’une partie de la population à l’Est du pays en cas de passage à une hégémonie russe. Cela veut toutefois dire qu’il faudrait une pénétration militaire massive et, de ce fait, cela ne résoudrait pas la question de l’eau potable pour la Crimée.

Une troisième option serait une double combinaison débarquement – pénétration massive, mais ce serait là littéralement mener une guerre ouverte à l’Ukraine, alors que les deux autres options peuvent se maintenir comme opérations « localisées ».

L’expansionnisme russe se heurte à l’hégémonie de l’OTAN

Dans tous les cas, l’expansionnisme russe à l’Est se heurte à l’hégémonie de l’OTAN, qui s’est installé en Europe centrale et dans pratiquement tous les pays de l’Est européen. Les velléités impérialistes des uns et des autres ne peuvent qu’entrer en contradiction antagonique.

La tendance à l’affrontement impérialiste est inéluctable de par la prise d’initiative des uns et des autres, alors que le conflit sino-américain se dessine en toile de fond comme base pour la troisième guerre mondiale. La question russo-ukrainienne doit être réglée en un sens ou un autre, telle est la logique des deux blocs : les Américains pour passer à la Chine, la Russie pour assumer son expansionnisme.

La prise d’initiative des peuples du monde face à la guerre va être essentielle et cela dans un contexte de seconde crise générale du capitalisme qui va exiger un haut niveau d’engagement de leur part. L’époque va être particulièrement tourmentée et nécessitera une implication communiste à la hauteur.

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« Dieu, la science, les preuves » : effectivement le big bang mène à Dieu

Partant de là, si on rejette Dieu…

« Durant trois jours, à l’isolement sur sa paillasse humide, Fock n’a pas eu la moindre miette à avaler. Juste un carafon d’eau à demi croupie. Au soir du quatrième jour, le voilà traîné devant l’un de ses geôliers.

Affaibli par son jeûne forcé, il flageole sur ses jambes. Mais, calfeutré dans son uniforme grisâtre, le personnage qui fait office de chef de la troisième sous-section du NKVD lui ordonne de rester debout. À coups de bâton sur ses reins, là où le choc fait le plus mal.

D’une voix mauvaise, le chef lui apprend qu’il fait partie des conjurés de Poulkovo. Ceux-là qui, traîtres à l’État, profèrent que l’Univers a connu un commencement, des milliards d’années en arrière.

Fock devine alors que l’un de ses tortionnaires doit être l’idéologue de la troupe. Car ce dernier se laisse couler dans un bloc de colère refroidie, portée par une voix déréglée dans les aigus.

Selon cette voix, le matérialisme dialectique couronne le triomphe de la raison. L’Univers est là depuis toujours. Et pour toujours. »

« Dieu, la science, les preuves »

« Dieu, la science, les preuves« , de Michel-Yves Bolloré (ingénieur en informatique, maître ès sciences et docteur en gestion des affaires de l’Université Paris Dauphine) et Olivier Bonnassies (entrepreneur ancien élève de l’École Polytechnique, diplômé de l’Institut HEC start up et de l’Institut Catholique de Paris) épaulés par une vingtaine de personnes, est un ouvrage de 577 pages best-seller en France, avec plus de 100 000 exemplaires vendus en trois mois. Les médias en ont énormément parlé, soulignant son impact sur le plan des idées au sein de la société alors qu’il y a également des conférences à ce sujet.

Il a été publié aux éditions Guy Trédaniel, une maison d’édition ne publiant que des horreurs psychologisantes, mystiques, etc., du genre « Découvrez le chemin de votre âme grâce aux Mémoires Akashiques », « Se libérer du sentiment d’abandon et des angoisses de séparation », « Les nombres boussoles », « Le grand livre des 12 libérations énergétiques », « La nouvelle science de la conscience », « La numérologie en action (Un problème = Une solution) », « L’Oracle à Haute Vibration », etc.

Ces éditions avaient déjà publié en 2014 Trois minutes pour comprendre le Big Bang des frères Bogdanoff, récemment décédés du COVID-19 et qui d’ailleurs ont également participé à « Dieu, la science, les preuves », car l’approche est exactement la même bien que là on a quelque chose de bien plus sérieux.

Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies tirent en effet à l’artillerie lourde avec de très nombreuses références, menant une grande bataille cosmologique, d’une manière qu’on ne peut que considérer comme tout à fait cohérente. Pourquoi cela ?

Tout simplement parce que la théorie du big bang est une conception se présentant comme scientifique et développée par un abbé, astronome et physicien, Georges Lemaître. Son principe est bien connu. Or, en France, 99,9% des gens se voulant athée ou anti-religieux s’en revendiquent, considérant que cela s’oppose à la religion et au créationnisme. Sauf que pas du tout, puisque cela relève de l’idéologie catholique romaine visant à intégrer un discours pseudo-scientifique. Le monde serait le produit d’un « dessein intelligent », la Bible utiliserait des allégories, le big bang serait le moyen employé par Dieu pour donner naissance au monde.

Tel est très exactement le contenu de « Dieu, la science, les preuves ».

Cinquante années d’intense propagande sur le big bang ont de fait été particulièrement efficaces et maintenant la religion en récolte les fruits, jetant les athées et les anti-religieux comme des fétus de paille pour avoir été fainéants intellectuellement. Il suffit en effet aux auteurs de dire : tout le monde reconnaît l’existence du big bang, donc si l’on veut être scientifique alors on l’accepte, donc si on est scientifique on doit croire en Dieu.

C’est implacable. Et c’est juste.

Car, par fainéantise, les athées et les non-religieux s’imaginent que Dieu, ce n’est que de la superstition. Or, c’est inexact. Dieu c’est aussi un moyen d’expliquer les choses. Si l’on raisonne en termes de cause et de conséquence, il faut bien une cause ! Même Aristote, anti-religieux, a dû faire la théorie d’un « Dieu » n’ayant que comme simple fonction d’être un « premier moteur ». Il en va de même pour les déistes des Lumières, comme Rousseau et Voltaire, anti-religieux, mais ayant besoin d’un « grand horloger » afin de justifier que le monde fonctionne.

Ce n’est pas tout ! En raison de l’offensive post-moderne, notamment LGBT, le matérialisme est combattu de l’intérieur par les ultra-individualistes rejetant toutes les normes et, par conséquent, hostiles au concept de « Nature ». Or, si on rejette la Nature, alors le monde est matériel mais relève du hasard. Il est alors très facile pour les religieux d’arriver et de dire que le monde ne relève pas du hasard, qu’il y a une cohérence dans l’ensemble. Qu’il faut donc un principe organisateur, qui vient forcément de Dieu.

« Dieu, la science, les preuves » est à ce titre un ouvrage extrêmement intéressant, car il retrace de manière très lisible la théorie du big bang, il montre comment il y a cinquante ans, les matérialistes s’y opposaient tous, comme il est ainsi relaté :

En 1963 encore, Alexandre Dauvillier, le titulaire de la chaire de cosmologie au Collège de France à Paris, aurait dit, à propos du Big Bang : « C’est de la foutaise. L’Univers n’a pas de début, car penser que l’Univers a un début, ce n’est plus de la physique, c’est de la métaphysique . »

Ce qui est fou, c’est qu’aujourd’hui le big bang est considéré comme « physique » justement ; concrètement seul le PCF(mlm) le réfute au nom du matérialisme dialectique. Ce qui est idéologique-dogmatique, car cela revient à dire : les preuves du big bang s’appuient seulement sur des données qui sont interprétées en un sens particulier. Au nom de l’idéologie (communiste), il faut considérer comme partielles ces données qui remettant en cause la vision communiste du monde et combattre les interprétations pro-religieuses.

C’est dogmatique car cela fait donc triompher l’idéologie. Mais en même temps, n’y a-t-il justement pas ici une idéologie à l’oeuvre avec le big bang?

Toute la question est bien là. « Dieu, la science, les preuves » n’est pas un récupération de la théorie du big bang, c’est un ouvrage bien fait, résumant bien le développement de la conception du big bang et ses implications. Et en même temps c’est normal que cela se retrouve chez les éditions Guy Trédaniel, parce que la tendance est la même : promouvoir l’irrationalisme.

Une preuve de cela, c’est que « Dieu, la science, les preuves » vise justement explicitement le matérialisme dialectique, présenté comme ennemi à abattre. Karl Marx et Friedrich Engels voient leur conception de l’éternité de la Nature évidemment attaquée frontalement et on trouve une très longue dénonciation particulièrement romancée du combat soviétique, à l’époque de Staline, contre la conception du big bang et ses partisans. L’ouvrage est ouvertement idéologique.

D’ailleurs, pour bien faire, il y a également une longue dénonciation des nazis qui auraient pareillement rejeté le big bang. Cela ne s’étaie ici sur strictement rien, à part sur quelques illuminés à la marge du régime, et d’ailleurs les soldats allemands de la seconde guerre mondiale avaient sur leurs ceinturons la devise « Gott mit uns », Dieu avec nous. Mais on a compris le sens de la démarche qui est d’assimiler le matérialisme dialectique au nazisme, comme formes « matérialistes » hostiles à Dieu.

L’ouvrage est concrètement un véritable manuel de propagande, tout en étant une excellente introduction à qui veut découvrir le monde de la cosmologie, car Il est très pédagogique et en même temps totalement à charge, ce qui permet d’élever son niveau, à condition d’être athée et de saisir les véritables enjeux.

Mais, athée, qui l’est vraiment, d’ailleurs, aujourd’hui en France ? L’ouvrage propose une citation aidant à savoir si on l’est:

« Au XVIIIe siècle, Diderot et d’autres penseurs postulèrent que la matière elle-même était vivante : « Tout animal est plus ou moins homme ; tout minéral est plus ou moins plante ; toute plante est plus ou moins animal. »

Être athée, comme Diderot, c’est considérer que la matière est sensible en elle-même, avec différents degrés d’organisation. Si on ne l’admet pas, si on considère qu’il y a quelque chose « en plus », alors il faut trouver une origine à cela – et c’est Dieu, que celui-ci soit un petit pois, des spaghettis, Allah, ou le Christ.

Les Français ne veulent pas du Christ ou d’Allah, mais ils ne veulent pas reconnaître la Nature. Ils leur restent alors les petits poids ou les spaghettis. On comprend pourquoi la société française est en déchéance.

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« Le matérialisme dialectique et le big bang »

Une conception athée.

En relation avec le best-seller « Dieu, la science, les preuves », voici un avis très exactement contraire. Et il ne faut pas se voiler la face : de part et d’autre, on a un haut niveau de problématique cosmologique ; si l’on a pas l’habitude, la lecture peut être malaisée. Force est de reconnaître toutefois que tant l’ouvrage « Dieu, la science, les preuves » que ce texte (des textes « philosophiques » de materialisme-dialectique.com) se laisse appréhender.

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Pandémie, conflit en Ukraine… Les Français sont des caramels mous

Ils sont enrobés dans le sucre de la consommation.

Les Français ne veulent rien savoir de ce qui risque de déborder l’horizon de leur propre vie quotidienne. Ils apprécient d’autant plus les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continue, parce que cela déverse tellement de choses que, somme toute, on ne retient rien et mieux encore, on peut faire le tri. TF1 vient d’ailleurs de lancer TF1 Info, une application permettant d’accéder gratuitement à un Journal Télévisé « à la carte », les thématiques dépendant des préférences choisies.

Dès qu’il s’agit d’effectuer un effort prolongé sur le plan psychique, dès qu’il s’agit de remettre en cause le train-train de sa vie quotidienne… Il y a refus ou échec, tellement le capitalisme engourdit les mentalités, paralyse les initiatives, imposant un manque de confiance en soi gigantesque et d’autant plus fort que la consommation des réseaux sociaux s’accompagne de la mise en place de la mégalomanie d’egos boursouflés.

En ce sens, le capitalisme a bien gagné, mais il va perdre d’avoir gagner. Il a tout conquis et partant de là sa croissance ne peut se faire qu’aux dépens de lui-même, d’où la révolte de la Chine usine du monde cherchant à assumer le rôle de challenger face à la superpuissance américaine, d’où la colère russe face à la conquête de l’Est de l’Union européenne et de l’OTAN.

Cela, les gens prisonniers du capitalisme ne peuvent pas le voir, car ils vivent le capitalisme au quotidien et ne voient pas ce qu’implique le capitalisme comme tendance de fond, à quoi on doit rajouter d’ailleurs ici le réchauffement climatique, l’écocide au niveau planétaire, la décadence morale, l’effondrement culturel, la condition animale meurtrière. Et évidemment la pandémie, causée par un dérèglement des conditions naturelles par le capitalisme.

Il y a bien eu un aperçu de cela, à un moment il y a eu un frémissement : le réchauffement climatique a été souligné par beaucoup, le confinement a amené une prise de conscience que le capitalisme a un rythme aliénant, certains ont vu que la pandémie a comme cause une urbanisation massive. Cela n’a pas duré toutefois, tout le monde reprenant sa place de manière bien ordonnée dans le chaos consumériste capitaliste.

Là, forcément, on comprend que le conflit en Ukraine apparaisse d’autant plus comme lointain, exotique même, concernant des pays qu’on ne connaît pas et qu’on ne veut pas connaître, avec la considération qui plus est que rien ne peut vraiment changer l’ordre des choses, que rien ne peut atteindre une vie réglée au rythme d’une consommation capitaliste qui, tout comme le lever et le coucher du soleil, reste une certitude sans cesse redécouverte.

Les Français sont des caramels mous. Ils sont enrobés dans le sucre de la consommation.

Si on ne part pas de là, on ne peut pas comprendre les mentalités, leur évolution, marquée notamment par des fuites identitaires lorsque cela tangue trop, comme avec les délires nationalistes ou LGBT, où l’on s’invente une vie pour tenter de bloquer les failles gigantesques qu’on a dans sa vie au quotidien, pour colmater les brèches et tenter de maintenir une certaine stabilité mentale. Sauf que cela ressemble à Gribouille se jetant à l’eau pour ne pas être mouillé par la pluie.

C’est de toutes façons la grande caractéristique de la société de notre époque que les gens déraillent totalement.

Alors il faut d’autant plus affirmer la raison, la conscience, ce que le Socialisme représente historiquement dans un capitalisme dérapant toujours plus. Il faut savoir faire face à une société en décomposition et formuler les éléments qui permettent d’avoir une conscience nette, une vie morale et combative, en affirmant les valeurs positives du collectivisme, du respect de la vie, de la culture, contre le consumérisme aliénant et son corrélat, l’exploitation au travail.

Ce qui est en cours, c’est ni plus ni moins qu’un changement de civilisation.

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L’indifférence envers l’OTAN témoigne de la corruption des Français par le consumérisme

La France est une cage dorée dont les prisonniers s’imaginent heureux.

Les Français vivent dans un des pays les plus riches du monde, le niveau de vie est tel qu’il est possible pour l’écrasante majorité des gens de s’intégrer économiquement et de socialiser, en profitant d’une consommation réelle et avec un accès aux soins très facile. Les gens sont ainsi corrompus dans le consumérisme, tous les gens, et pas seulement les couches sociales aisées.

Qui ne veut pas le voir ne reconnaît pas le degré de développement du capitalisme et les couches innombrables de corruption et d’aliénation qui anéantissent les esprits. Nous vivons dans une société de consommation avancée, pas à l’époque d’Émile Zola. Ce n’est pas sérieux que de lire des propos comme ceux du porte-parole de la « Jeune Garde » sur les réseaux sociaux au sujet de la mesure comme quoi on doit payer 20 euros aux urgences si on est pas hospitalisé :

« On est déjà plein à éviter d’aller chez le médecin généraliste, et je ne parle même pas des spécialistes (dermato, dentiste, kiné, etc…). Maintenant beaucoup d’entre nous vont même éviter les urgences. »

Ce n’est pas vrai. Il n’existe pas d’obstacle en France à la possibilité d’aller voir un médecin généraliste, ni même un spécialiste. Il existe des détours, en raison de l’éloignement relatif éventuel d’un spécialiste, du temps d’attente. Mais dire qu’en raison d’un manque d’argent, on ne peut pas aller chez les médecin, en France, en 2022, ce n’est pas vrai.

Sans compter que c’est une très bonne mesure que ces 20 euros aux urgences si ce n’est pas une urgence, vu le nombre d’éléments anti-sociaux les pourrissant en consommant par facilité ce lieu pourtant essentiel pour la santé. Une urgence est une urgence et ce qui n’est pas une urgence n’est pas une urgence. Ces 20 euros sont une réponse forcée du système de santé face à un esprit consumériste atteignant même les urgences, voilà la vérité !

Et la preuve de tout cela, c’est l’indifférence générale envers l’OTAN et d’ailleurs la question de la guerre en général. La France est vécue, même par les critiques les plus « rebelles », comme un îlot paisible, coupé des troubles des pays moins avancés, avec un confort matériel développé, sans répression policière réelle. Et plus cela est vrai, plus il y a la fabrication de mythes, du type les policiers sont des assassins, l’État est policier, la misère immense, etc.

En réalité, les gens vivent leur petite vie en ne prenant aucune responsabilité, une petite ultra-gauche s’agite pour s’imaginer relever d’une actualité en fait fictive, les syndicalistes monnayent l’intégration des travailleurs dans les institutions, les capitalistes font du capitalisme et cela s’arrête là.

Il n’y a pas de remise en cause de la société de consommation. Pour preuve, où sont les gens qui, lors du premier confinement, avait compris que les choses ne tournaient pas rond, que le rythme capitaliste ralenti ouvrait l’esprit et montrait qu’il fallait autre chose ? Ils ont disparu, ils ont réintégré le capitalisme lorsque celui-ci s’est relancé… à crédit. Ce crédit n’a choqué personne d’ailleurs. Des milliards et des milliards distribués, les entreprises capitalistes portés à bout de bras ? C’est normal !

Malheureusement ou heureusement, le capitalisme ne peut pas tenir et là il se lézarde, se précipitant dans la guerre. Là il faut voir les choses en face : les gens ne comprennent rien, ne veulent pas le comprendre et sont bien plus prêts à se précipiter chez Eric Zemmour et Marine Le Pen qu’à se soulever contre une guerre servant aussi à maintenir leur niveau de vie.

Les gens sont bien plus d’accord pour soutenir l’aventurisme militariste au service du capitalisme et donc aussi de leur consumérisme, que de faire le moindre effort intellectuel ou moral contre la guerre. C’est là une catastrophe complète qui doit être reconnue si on veut lutter contre elle.

Contre vents et marée, à contre-courant du consumérisme et sans céder un pouce aux opportunistes faisant leur petite place dans le capitalisme tout en prétendant être « révolté », il faut rejeter un mode de vie aliénant, oppressant, où l’exploitation est extrêmement développée sur le plan de l’organisation et des techniques, exigeant une attention immense et un effort nerveux gigantesque comparé à il y a cent ans.

Car les travailleurs ont plus d’aisance matérielle que sous Émile Zola, mais ils sont davantage exploités, de manière bien plus raffinée, bien plus profonde, bien plus générale.

Il faut arrêter avec le misérabilisme… l’ennemi c’est Netflix, c’est McDonald’s, c’est Koh-Lanta, c’est Amazon, c’est The North Face, c’est les paris sportifs, c’est les Kebabs, c’est radio Nostalgie ou Skyrock !

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La différence entre la Droite, les fachos, le fascisme

Il est essentiel de faire la différence.

Du point de vue la Gauche gouvernementale, des post-modernes et des anarchistes, les gens empêchant de faire ce que l’on veut sont des fachos. C’est un point de vue libéral, anti-collectif, pour qui le Socialisme c’est la caserne, et il n’y a pas lieu de revenir dessus.

Du point de vue de la Gauche historique, le fascisme c’est une « contre-révolution » visant à saboter la lutte de classe des exploités en proposant une « alternative » communautaire nationaliste et militariste, à prétention romantique.

Cependant, et c’est là où il faut être fin, il existe une distinction significative au sein du fascisme. Il y a en effet d’un côté des « conservateurs révolutionnaires », qui veulent un retour en arrière marqué, dans un esprit aristocratique. Ce courant est historiquement extrêmement puissant en France avec le royalisme porté par l’Action française. Marion Maréchal s’y rattache notamment, et évidemment Eric Zemmour.

Voici une image représentant comment ces « conservateurs révolutionnaires » se considèrent comme radicalement différent des fascistes, ce qui est vrai au sens strict.

On remarquera ici que, au sens strict, il n’existe pas de courants fascistes en France. Il en existe en Ukraine notamment, mais il n’y a pas en France de courants fascistes, ou plus exactement il n’y en a plus. Il y avait par exemple le Groupe action jeunesse dans les années 1970, qui à la faculté d’Assas s’affrontait violemment avec le GUD : le « GAJ » était fasciste, le GUD conservateur révolutionnaire. Même Serge Ayoub, avec ses Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, n’était pas un « national-révolutionnaire », mais un « nationaliste révolutionnaire », c’est-à-dire un conservateur révolutionnaire. Au sens strict, le dernier mouvement fasciste en France a consisté en les « nationalistes autonomes » de Picardie, qui ont implosé en raison de leur origine populaire basculant dans le lumpen et par la concurrence violente des conservateurs révolutionnaires.

On notera ici que les fascistes se revendiquent par ailleurs toujours des débuts du fascisme italien et du national-socialisme allemand, considérant qu’après il y a une « trahison » conservatrice révolutionnaire. C’est qu’ils cherchent en pratique, sans le savoir, à concurrencer le Socialisme. Si l’on prend le tableau ici montré, on peut voir que la plupart des éléments correspondent aussi et en fait fondamentalement à la Gauche historique !

C’est pour cela que les anarchistes, les trotskistes, les post-modernes considèrent les tenants de la Gauche historique comme des « fachos ». Ils sont contre l’idéologie, le romantisme (sur le plan personnel, et en fait le classicisme en esthétique), l’État total, l’Homme nouveau, le collectivisme généralisé, etc.

On soulignera par ailleurs que les conservateurs révolutionnaires n’ont pas d’idéologie, mais une doctrine. Tout comme le socialistes français historiquement, ils n’ont pas de corpus bien déterminé. On cherchera en vain des textes de portée idéologique chez Jean Jaurès et Charles Maurras. On ne trouvera que des remarques, des articles contextuels, des points de vue approfondis. Ce n’est pas un système fermé. C’est tout à fait flagrant dans l’approche d’Eric Zemmour par exemple, ou du philosophe Michel Onfray, ou encore de l’écrivain Albert Camus, etc. C’est très français comme approche.

D’où l’accusation toujours faite contre la Gauche historique d’être allemande ou russe. Et permettons de nous dire qu’il serait bien temps sur ce plan d’être allemand ou russe. Car contre le fascisme et ses variantes – conservatrice révolutionnaire – il faut une capacité d’analyse bien développée, une base idéologique solide pour comprendre les choses.

Il faut combattre le fascisme et on ne peut pas combattre ce qu’on ne comprend pas !

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« Libertés en bas, autorité en haut », la matrice fondamentale du fascisme français

Qui n’étudie pas le fascisme en France, qui n’en comprend pas sa matrice idéologique, est condamné à l’échec.

En France, il y a un double problème pour saisir la nature du fascisme. D’un côté, il y a la trajectoire spécifique de la France en tant que Nation, et de l’autre, mais en fait étant lié au premier, il y a la lecture faite par l’extrême-droite française du fascisme comme régime historique.

En effet, si l’on se cantonne à une définition stricte du fascisme, il faut partir du premier régime politique qui a fait date dans l’Histoire, à savoir le régime de Benito Mussolini.

Issu du Parti socialiste italien, profondément influencé par les thèses syndicalistes-révolutionnaires qui, à l’origine française, ont trouvé écho dans une Italie profondément agraire du début du XXe siècle, Benito Mussolini fonde son mouvement, le Faisceau, sur la conjonction de la culture syndicaliste-révolutionnaire et de l’idéologie nationaliste.

Dans son optique, cette synthèse idéologique doit se réaliser grâce à l’intégration de l’individu, lui et sa fouge de révolté, à un corps supérieur, qui ne peut être que l’État lui-même.

Dans un discours au Sénat en 1928, Benito Mussolini a défini la substance de son mouvement en les termes suivants :

« Si au cours des 80 années qui se sont écoulées, nous avons réalisé des progrès aussi importants, vous pensez et vous pouvez supposer et prévoir que, dans 50 ou 80 ans, le chemin parcouru par l’Italie, par cette Italie que nous sentons si puissante, si pleine de sève, sera vraiment grandiose, surtout si la concorde subsiste entre tous les citoyens, si l’Etat continue à être l’arbitre dans les différends politiques et sociaux, si tout est dans l’Etat et rien en dehors de l’Etat, car, aujourd’hui on ne conçoit pas un individu en dehors de l’Etat, sinon l’individu sauvage, qui ne peut revendiquer que la solitude et le sable du désert »

C’est ce discours qui a marqué la définition du fascisme dans une formule simple et ramassée :  » Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! ». Pour le principal mouvement d’extrême-droite française qu’est l’Action Française et son chef de file idéologique, Charles Maurras, c’est une conception du monde qui ne peut convenir à la France.

Fondé sur une approche, l' »empirisme organisateur », Charles Maurras propose un « nationalisme intégral », résumé dans une formule tout aussi simple et ramassée : « libertés en bas, autorité en haut ».

Qu’est-ce-que cela signifie ? Il faut partir des faits historiques qui ont fabriqué la France : la France est une Nation qui s’est construite sur des Rois et elle doit justement sa supposé stabilité sociale à la forme monarchique du pouvoir, voilà pour l’ « empirisme organisateur » (organiser des faits historiques).

La France royaliste, c’est une organisation sociale spécifique : il y a les provinces qui s’auto-organisent, et au-dessus, le Roi qui, tel un arbitre, détient le monopole du pouvoir régalien et spirituel. Voilà pour la devise « libertés en bas, autorité en haut ».

Par conséquent, le salut de la France passe par une devise : « politique d’abord » ou « la France seule » comme horizon, et le retour à la monarchie comme ciment national et garantie de l’auto-organisation. C’est le sens du « nationalisme intégral » ou d’une autre formule connue : « la monarchie, c’est l’anarchie plus un » (sous-entendu, l’auto-organisation des provinces plus un Roi).

Dans cette lecture réactionnaire formulée par Charles Maurras, il y a donc une sorte de rejet formel de la définition de Mussolini et un produit culturel du parcours national français, qui est différent de celui de l’Italie. Pour faire simple, la formule de Mussolini correspond au parcours tortueux de l’unification italienne, quand la doctrine maurassienne correspond au processus de formation de la France sous la Monarchie absolue.

Mais ce qu’il faut voir c’est qu’au-delà de ces divergences, la substance reste la même : la paix sociale doit être garantie par un État-arbitre cimenté par une mystique national-chauvine. Le reste n’est qu’une histoire de déclinaison particulière aux trajectoires nationales.

Si le fascisme en Italie suppose d’intégrer l’individu à l’État de part une unification nationale qui n’a pas connu le poids du morcellement en « pays » mais en États déjà formés, le fascisme en France peut se baser sur l’intégration, car réalisé dans le long féodalisme et institutionnalisé par l’Absolutisme, de l’individu à la communauté provinciale.

La lecture romantique-réactionnaire opposant un « pays légal » à un « pays réel » correspond à cette image : les provinces auto-organisées et dont la « liberté » et les « traditions » seraient garanties par la royauté (pays réel), sont saccagés par un appareil bureaucratique-centralisateur issue d’une Révolution française qui dissout les « provinces » (pays légal).

Mais concrètement, cela signifie que le fascisme en France a comme matrice fondamentale cette formule « libertés en bas, autorité en haut », soit un État-arbitre fort, et un individu-roi car libre de s’auto-organiser dans sa province. Comme souligné dans un article précédent, l’erreur de Charles Maurras est de ne pas avoir intégré de manière formelle la République, ce que fera le Colonel de la Rocque et réalisera le Général de Gaulle avec la Ve République.

Quand le PSF du Colonel de la Rocque propose la « profession organisée » fondée sur « la coopération des diverses professions dans le cadre de l’économie régionale et nationale », ou lorsque De Gaulle formule sa doctrine de la « participation » visible en 1969 avec le référendum sur la « régionalisation », il y a cette même continuité de fond avec la formule « libertés en bas, autorité en haut ». Les lois de décentralisation entre 1982 et 1986 sous François Mitterrand confirment cette structuration mentale des français.

De fait, cette lecture n’est pas seulement liée à l’extrême-droite mais a imprimé concrètement les mentalités françaises : les gilets jaunes en ont été l’un des meilleurs exemples en date. Il n’est pas étonnant que le prototype du sympathisant d’Eric Zemmour ou de Marine Le Pen soit une sorte de « redneck » à la française, soit une personne à l’individualisme débridé qui veut pouvoir faire ce qu’il veut pour lui-même en « province », et souhaite un État fort pour lui garantir son égoïsme de beauf.

Quand Eric Zemmour déclare supprimer le permis à point ou supprimer les nouvelles limitation de vitesse, c’est dans cette même logique. Pareillement lorsque Marine Le Pen fait campagne derrière le slogan « Rendre la France aux français » ou que Florian Philippot harangue la foule sous le slogan « Libertés » lors des manifestations anti-pass, on retrouve toujours cette opposition « pays légal / pays réel », cette même vision du monde : « libertés en bas, autorité en haut » ou individualisme pour le peuple, fermeté-autorité pour l’État.

Il apparaît donc très clair que pour combattre réellement le fascisme dans ce pays, il va falloir en saisir les contours culturels et générer une contre-proposition, formuler une contre-lecture en mesure de battre en brèche une vision du monde qui a bien trop infusé dans la société française.

Par sa défense inconditionnelle du collectivisme et sa perspective d’une politisation généralisée des gens, il est clair que seule la Gauche historique est à même d’être un contre-feu crédible en bataillant tout à la fois contre l’individualisme et contre l’idée d’un État-arbitre à l’écart de toute politisation populaire.