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Le « grand remplacement » d’Eric Zemmour : une mobilisation contre le lumpenproletariat

Il ne faut pas prendre son discours au pied de la lettre.

Eric Zemmour parle des « envahisseurs » et il explique qu’il y aurait un « grand remplacement ». Une population étrangère viendrait remplacer les Français et cela tournerait à la catastrophe. Mais il faut bien comprendre que les gens favorables, pour leur majorité, ne comprennent pas les choses de manière « occidentaliste ». Ils considèrent qu’Eric Zemmour dénonce les gens aux comportements anti-sociaux. C’est pour cela qu’Eric Zemmour a une si grande réussite. Et, même, en fait, la réelle nature du discours sur le « grand remplacement » est une mobilisation capitaliste contre le lumpenproletariat.

Il faut bien comprendre qu’il existe trois types de gens dans le capitalisme. Il y a les gens dont le travail est stable, et dont la vie est stable aussi. Il y a les gens dont la vie est instable, car le travail est instable. Dans le premier cas, on a un travail et une vie insérée, l’entreprise ou l’institution pour laquelle on travaille se perpétue, la perspective est toute tracée. Dans le second cas, notamment pour certaines professions intellectuels ou les intérimaires, on vit un peu au jour le jour, surtout dans la jeunesse, car il n’y a pas de perspective bien établie, même si on garde la tête hors de l’eau.

Au 19e siècle, les ouvriers avaient une vie instable, leur salaire était journalier. Au 20e siècle, les ouvriers, à partir des années 1950 surtout, ont une vie totalement stable, pour ainsi dire petite-bourgeoise, d’où leur dédain pour la Cause du Socialisme.

Mais le capitalisme produit également deux autres choses, formant une troisième catégorie. Ce sont les chômeurs et les marginaux. Les premiers forment une armée de réserve plus ou moins grande, les seconds sont des sous-produits du capitalisme. Et plus le capitalisme est en crise, plus il y a des marginaux, qui consomment sans salaires et donc doivent trouver des revenus, de manière criminelle. Cela forme un lumpenproletariat toujours plus grand.

Quiconque va à Paris voit que cette ville est ainsi composée de bourgeois – la majorité des gens diplômés en France est à Paris – et de lumpenprolétaires. Il n’y a plus de « gens normaux » pour ainsi dire, même s’ils y passent, depuis la périphérie de la ville.

Et il s’avère que les chômeurs et les lumpenprolétaires proviennent notamment de l’immigration, parce qu’ils sont arrivés à chaque fois lors de nouveaux cycles d’accumulation, sans argent à la base, sans héritage, devant commencer à zéro. Le capitalisme en crise peut leur proposer toujours moins et voilà pourquoi on arrive à l’accumulation toujours plus grande d’un lumpenprolétariat qui s’avère surtout d’origine immigrée.

Eric Zemmour ne peut bien entendu pas dénoncer le lumpenprolétariat, car il faudrait expliquer d’où il vient : d’un capitalisme ayant perdu sa fonction intégratrice. Il parle donc des « étrangers », afin de les assimiler aux lumpenprolétaires. En fait, lui-même a une approche somme toute raciste et il assimile les étrangers aux lumpenprolétaires, mais la plupart des gens suivant Eric Zemmour ne sont pas racistes, même s’ils ont des préjugés plus ou moins importants. Ils sont révoltés contre les lumpenprolétaires et « relisent » à leur manière ce que dit Eric Zemmour.

Cette situation est d’autant plus logique que la Gauche gouvernementale et l’ultra-gauche ont accompagné la mise en place du turbocapitalisme, au nom des droits des migrants et des LGBTQ+, se prétendant favorables à la conquête des « droits » et servant en réalité d’aiguillons pour réimpulser le capitalisme. On est ici exactement comme aux Etats-Unis avec les démocrates et les républicains.

Les gens « normaux » se retrouvent ainsi sans issue, sans voix politique pour aborder la situation, ni même pour la comprendre. C’est pour cela qu’une approche comme celle d’Eric Zemmour, aussi absurde et raciste qu’elle puisse être, rencontre un certain succès. C’est un succès par défaut, mais réel, car touchant à la réalité de manière concrète, bien que déformée.

Et dans le capitalisme, tout est déformé, alors dans le capitalisme en crise c’est pire. Le capitalisme, pour s’en sortir, cherche à la fois à aller de l’avant (dans le turbocapitalisme) et à aller en arrière (dans le nationalisme protectionniste). C’est un mouvement dialectique et qui ne le voit pas tombe de Charybde en Scylla.

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Qu’est-ce que l’antifascisme ? (1935)

Il ne s’agit pas simplement d’écraser les bandes fascistes.

(Publié le 22 juin 1935 dans Le Populaire, l’organe du Parti socialiste SFIO ; son auteur, Paul Faure, en était le dirigeant avec Léon Blum (pour ensuite capituler devant Pétain en 1940.)

Je crois bien que la vraie lutte anti-fasciste, c’est la lutte de classe, c’est l’organisation des travailleurs en parti de classe sur le terrain politique, c’est l’organisation des travailleurs en syndicats fédérés et confédérés sur le terrain professionnel.

Ce n’est pas vrai seulement parce que c’est dans la tradition de tout le mouvement ouvrier, mais aussi parce que les faits quotidiens apportent à cette conception des confirmations éclatantes et répétées.

Prenez la journée d’hier à la Chambre. Il ne s’agissait pas, je vous assure, de prendre des positions extraordinaires, mais de réclamer la mise à l’ordre du jour d’un rapport parlementaire concernant les agissements des ligues fascistes. Qui plus est, l’auteur de ce rapport est précisément un radical.

Eh bien, il s’est trouvé un nombre important de radicaux pour refuser ce geste d’élémentaire « défense républicaine » et de respect des règles parlementaires. Comment s’en étonner quand les représentants autorisés de ce parti siègent dans les gouvernements d’union nationale avec les réactionnaires les plus notoires ?

Ils en sont là quand il n’est question que d’une discussion sur la date d’un rapport ! Que serait-ce donc s’il fallait s’associer à une lutte réelle et directe contre les causes précises du fascisme lui-même.

Certes, d’abord, avant toute chose et pour courir au plus pressé, dissolution et désarmement des ligues et formations fascistes. Mais ne perdons pas de vue que ces ligues et formations n’existent que parce qu’il a une crise économique avec une anarchie et une misère croissantes que certains ont intérêt à exploiter ; que parce qu’il y a a des banquiers et industriels qui subventionnent ces ligues ; que parce que ces mêmes banquiers et industriels lâchent sur l’opinion la sale mitraille de leur presse immonde.

La lutte contre le fascisme ne saurait donc se limiter à des mesures nécessaires contre des groupes armés au mépris des lois.

Il faut attaquer la crise économique de front en exigeant la nationalisation des banques et des principales industries ; la suppression de la fabrication et du commerce privés des armes ; la nationalisation du crédit ; la création d’offices agricoles en vue d’assainir le marché et d’écouler les produits ; la diminution du chômage par la semaine de quarante heures sans toucher aux salaires et par la mise en train de grands travaux utiles.

Il faut lutter contre la guerre en poursuivant, à Genève, une active politique de réduction et de suppression des armements qui, seule, permettra aux grands États de disposer des sommes nécessaires pour rétablir leurs finances et contre-battre efficacement les effets de la crise.

Qui n’accepte pas ce programme minimum d’action immédiate n’est pas sincèrement antifasciste, même s’il adhère à des formations ou des rassemblements sous le signe de l’antifascisme.

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Les odieux attentats du 11 septembre, fantasmagorie puisant dans la culture des années 1980

Les islamistes ont réalisé un attentat avec des codes bien précis.

Nous sommes en 1980 et c’est la sortie du film New York 1997, de John Carpenter, un réalisateur se voulant assez alternatif. Au début du film, un groupe révolutionnaire détourne l’avion du président américain et choisit de le faire s’écraser sur Manhattan à New York, symbole de l’oppression impérialiste. Manhattan est en effet devenu une prison à ciel ouverte, où les prisonniers sont livrés à eux-mêmes.

C’est le premier parallèle avec les attentats du 11 septembre.

L’État américain envoie alors un soldat sauver le président et celui-ci utilise un planeur pour atterrir sur le toit… d’une des tours du World Trade Center. C’est le second parallèle avec les attentats du 11 septembre.

Pourquoi trouve-t-on une convergence? Parce qu’il y a une tendance, au cinéma, dans les années 1980, au spectaculaire, au marquant. Et le réalisateur John Carpenter s’est focalisé sur Manhattan, symbole de la réussite capitaliste américaine. Comme il était critique du régime, il a tout décrit en noir, avec un État militarisé, Manhattan comme prison, mais cela reste un détournement de symboles réels.

Ce type de détournement pseudo-anticapitaliste est typique des années 1980 et il va se systématiser dans les années 1990 sous la forme de l’altermondialisme. Al Qaïda va d’ailleurs initialement beaucoup jouer sur cette corde altermondialiste, se présentant comme le rempart face à l’injustice, etc.

On sait comment les altermondialistes ont cherché à « renverser » les logos et les codes, tels les « yes men », deux professeurs d’université américaine se faisant passer pour des représentants de l’Organisation Mondiale du Commerce ou des dirigeants d’entreprises, en faisant alors un éloge caricaturé au possible du capitalisme le plus barbare et oppresseur.

C’est en fait un esprit petit-bourgeois qui vient de l’art contemporain des années 1980, dans un grand esprit de récupération de tout et n’importe quoi, alors que c’est le début d’un capitalisme tellement généralisé que tout est éphémère, qu’il faut « marquer » les esprits coûte que coûte, que tout est consommation.

Ce qui fait que si on prend les attentats du 11 septembre 2001 et qu’on les confronte à une définition de l’art contemporain – même s’il n’y a pas de définition au sens strict – on retrouve les mêmes principes : éphémère, du jamais vu, spectaculaire, sans média du type peinture ou vidéo (sans objet matériel de « représentation »), occupation de tout un espace, « performance » en direct, œuvre comme fin en soi, absence de culture nécessaire pour comprendre, refus de tout héritage artistique, etc.

C’est parce que les gens ont baigné dans cette culture (ou plutôt cette idéologie capitaliste) qu’ils ont été profondément marqués plus qu’horrifiés, alors qu’il s’agit tout simplement d’une folie barbare contre des civils au nom de motifs religieux délirants. Le mot exact est cependant davantage « impressionnés » plus que marqués.

Al Qaïda a d’ailleurs conçu cela comme une sorte de publicité géante, ni plus ni moins. C’est très différent des attentats de l’État islamique comme au Bataclan à Paris, car Al Qaïda vient des années 1980 et a une démarche intellectualisée, avec une vision de l’opinion publique devant être gagnée à soi par des actions impressionnantes et représentatives, alors que l’État islamique date des années 2000 et a une démarche anti-intellectuelle, son but étant directement de monopoliser.

Dans les décennies futures, le rapport entre les attentats du 11 septembre 2001 et la publicité des années 1980 n’en apparaîtra que plus évidente, avec le recul sur une société de consommation généralisée prise au pied de la lettre par les islamistes d’Al Qaïda.

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Le retour des talibans témoigne aux yeux des gens de l’instabilité du monde

C’est une crise dans la crise et les gens le comprennent.

Le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan traumatise les gens et le scénario catastrophe marque d’autant plus que des avions ramènent depuis l’aéroport de Kaboul des ressortissants et des Afghans ayant soutenu les pays occidentaux.

C’est une crise dans la crise et pour les gens c’est d’autant plus incompréhensible que la crise devrait rassembler les pays du monde entier pour aller dans le bon sens. La crise est mondiale et la tendance naturelle, non capitaliste, est à l’unité, au rassemblement pour faire face aux événements.

La prise du pouvoir par les talibans apparaît comme un retour en arrière d’autant plus incompréhensible. Les talibans de retour, c’est le signe qu’on va vers le passé au moment où l’on devrait encore davantage se tourner vers l’avenir.

En fait, quoiqu’on puisse penser de la situation actuelle, il est évident que tout change à grand vitesse, que les mentalités se transforment radicalement, qu’il y a des accélérations subites. La prise du pouvoir par les talibans est peut-être la première grande expérience politique à l’échelle mondiale de la crise.

Il y a eu des émeutes, des protestations, des guerres mêmes depuis l’émergence de la pandémie. Et là il y a un changement de régime, avec un profond changement d’orientation politique, culturelle, sociale, même si l’Afghanistan d’avant les talibans était déjà lamentablement féodal, clanique, patriarcal.

C’est comme si c’était le premier grand événement de la période de crise – et il va dans le mauvais sens. Cela n’est absolument pas rassurant et les gens l’ont compris, à part bien entendu les secteurs musulmans qui, forcément, éprouvent une sympathie obligée, d’une manière ou d’une autre, pour un pays musulman se tournant de manière romantique, complète vers la religion.

C’est là d’ailleurs qu’on voit que, comme il a déjà été dit sur agauche.org, l’Islam est fini. Le romantisme taliban ne va en effet pas bien loin et entre cela et Dubaï, l’Islam n’a plus rien à proposer. L’envergure mondiale, historique, culturelle qu’il proposait durant les années 2000-2010, aussi mensongère qu’elle ait été, avait un impact comme « proposition » à l’humanité : aujourd’hui tout cela n’est plus que vanité.

C’est que dans un monde instable, les gens veulent du sens, ils veulent saisir la signification de ce qui se passe. C’est ainsi le matérialisme qui prédomine, ou bien son inverse l’irrationalisme comme celui des antivax. Mais la religion, c’est dépassé.

Quelle sera la forme que prendra la bataille entre matérialisme et irrationalisme, voilà la véritable question. Et on doit plutôt parler de formes, au pluriel, tellement il y a d’aspects. En ce sens, ce sont les marqueurs qui comptent.

Pour donner un exemple concret, on peut prendre le second tour de la présidentielle entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, en 2017. Quelle était la position matérialiste ? De voter à tout prix contre l’extrême-Droite. C’est la règle, la position raisonnable. Quelle était la position irrationaliste à Gauche ? De dire qu’on s’en moque, que tout le monde se vaut.

Ainsi, en appelant à voter pour Emmanuel Macron car il faut toujours bloquer l’extrême-Droite, un marqueur rationnel a été posé. Inversement, un marqueur irrationnel a été posé lorsque des gens ont dit que Marine Le Pen et Emmanuel Macron se valent.

C’est marqueur contre marqueur, une bataille de positions. Dans un monde toujours plus instable, cela devient littéralement l’aspect principal. Et il ne faut rien céder, absolument rien, quand on est de gauche, à l’irrationalisme de l’extrême-Droite et de l’ultra-gauche.

Ce n’est qu’ainsi que la ligne du maintien de la civilisation, de la culture, peut triompher de la crise en allant vers l’avenir, et non en faisant tourner à l’envers la roue de l’Histoire.

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Il faut absolument étudier les nouveaux comportements de la crise de civilisation

De cela dépend la capacité à agir à Gauche.

Le déconfinement que l’on connaît début juillet 2021 permet de porter un regard plus approfondi sur les gens sur le plan des comportements. Il apparaît de manière évidente que quelque chose s’est passé. Même si en apparence tout reprend comme avant, il y a un sentiment d’inquiétude qu’on devine à l’arrière-plan et il y a également une importante frustration qui se dégage d’eux. Dans les faits, on assiste à une crise de civilisation.

Or, on sait bien que des gens façonnés par le capitalisme détestent ces deux mots. Le principe de crise leur est insupportable, car ils veulent continuer à s’imaginer qu’ils maîtrisent leur vie, qu’il n’y a pas de grande rupture possible. Le mot civilisation leur est odieux, car il implique le déterminisme, la collectivité, la culture liée à l’Histoire. Par conséquent, les gens prisonniers d’un capitalisme pourtant frappé au cœur prétendent qu’il n’y a pas de crise, et que de toutes façons il n’y a pas de civilisation non plus, seulement des individus tous différents les uns des autres.

Cependant, l’Histoire avance malgré tout. Les comportements changent, les attitudes se modifient, les mentalités diffèrent, les états d’esprit se transforment. Tout cela est inévitable lors d’une période de changement, de modification, de différenciation, de transformation. Il y a donc lieu d’être à la hauteur de son époque et de saisir tout cela.

Faut-il se pencher sur le plus petit niveau, pour voir concrètement ce qu’il en est, ou bien est-il nécessaire de prendre un maximum de recul, pour un avoir un aperçu le plus cohérent possible, avec le plus d’envergure? Cela dépend de tout un chacun, selon son propre parcours. Mais tout se rejoint inéluctablement et on peut même dire, on doit même dire que c’est par là que la Gauche (historique) va resurgir. La Gauche va réemerger d’une prise de conscience de la réalité, des tendances qui se développent, de ce qui apparaît comme nécessaire.

On parle là d’une chose bien différente que de cette gauche gouvernementale orienté par le pragmatisme ou d’une ultra-gauche s’imaginant qu’un actionnisme né dans le capitalisme peut changer quoi que ce soit. On parle ici de gens saisissant les choses dans leur fondement même. De gens qui, avec un regard neuf, s’aperçoivent de choses qui ne vont pas, qui font l’expérience de phénomènes insupportables ou inacceptables, et qui enclenchent une révolte née non pas dans le capitalisme lui-même, mais dans ses larges interstices nées de la crise.

On sait déjà que la pandémie a amené beaucoup de gens à saisir qu’il y a un problème, celui de la destruction de la vie sauvage, de la négation du fait que l’humanité est une composante de la vie sur Terre et non pas un élément dominant et hors norme. On sait également qu’un nombre significatif de gens ont apprécié le confinement dans la mesure où il cassait le rythme de la vie quotidienne dans le capitalisme, qu’il brisait un train-train absolument insipide. Il n’en est jusqu’à présent rien sorti politiquement, mais ces deux tendances sont là et elles s’expriment immanquablement, sous une forme ou une autre.

Il y a bien sûr bien d’autres aspects. Certains ont remarqué que des milliards d’euros ont été trouvés pour les entreprises, alors que toute augmentation des salaires est bloquée depuis longtemps (sans parler des moyens pour l’éducation, la santé, etc.). D’autres ont constaté que les refuges et centres de soins pour animaux avaient été laissé à l’abandon par la société durant la crise. Pour d’autres encore, ce sont les comportements individualistes méprisant les consignes de santé qui ont traumatisé.

Les aspects sont en fait innombrables. Et il est essentiel qu’ils soient synthétisés le plus possible, afin de former une base de compréhension des mentalités nouvelles, des nouveaux êtres humains formés par la crise. Il y a un avant et il y a un long, un très long après, qui va s’étaler sur toute une période et implique des changements historiques. Le mieux on comprend cela, le mieux la Gauche historique pourra transformer le monde.

Se plonger dans l’étude de la réalité, par tous les moyens – intellectuels, artistiques, pratiques – est ainsi la condition de la réussite ; Agauche.org ne peut en être que le vecteur.

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La France fait semblant mais la crise l’a amenée dans un cul-de-sac

La réalité va rattraper les Français.

Si on regarde le comportement de la grande majorité des gens, nous connaissons en France, fin juin 2021, une situation qu’on peut résumer par le retour à la normale. Les choses reprennent leurs cours, comme si la pandémie avait disparu, comme si les aides économiques de l’Etat auraient consisté en un argent magique, comme si l’économie avait récupéré son niveau d’avant pandémie.

En même temps, tout le monde s’aperçoit bien que quelque chose ne va pas. Il y a quelque chose de vide dans l’atmosphère, comme un manque de substance. Il y a un manque de motivation ; si les soirées s’affirment, la consommation générale ne suit pas, il y a quelque chose qui cloche. L’abstention massive aux élections régionales relève de cette ambiance étrange.

Tout cela est, vu de l’intérieur, incompréhensible. Cependant, tout cela sera particulièrement clair vu d’ici quelques semaines, quelques mois, quelques années. Il y a ici deux options et deux options seulement.

Soit le capitalisme est parvenu à surmonter sa crise et tout est redevenu comme avant. C’est ce que pensent les syndicats, l’ultra-gauche, les partis politiques en général, qui considèrent qu’on redémarre là où on s’était arrêté.

Si cela est vrai, alors c’est simplement que le capitalisme a tout asséché, que les mentalités sont aliénées, que les gens acceptent de consommer, de « choisir » une identité (religieuse, de « genre », « raciale », etc.), bref que tous les individus ont été atomisés, que tous les tissus sociaux ont été déchirés.

Soit le capitalisme fait face à une sorte de cul-de-sac et les gens se comportent comme dans un cul-de-sac, en étant désorientés, en cherchant une voie tout de même, en faisant une halte et en regardant s’il y a un passage possible quelque part. Comme tout cela se fait au niveau individuel, de manière isolée et individualiste, cela aboutit à une indifférence complète pour les questions collectives.

Si cela est vrai, alors on fait face à une nouvelle mentalité, celle des gens brisés par la crise. C’est d’ailleurs quelque chose qu’il semble qu’on peut remarquer chez les adolescents. Le confinement, l’inquiétude sanitaire, l’atmosphère de crise… tout cela les a profondément marqués et les a d’autant plus amenés à se replier sur eux-mêmes, à être dans l’expectative.

Dans quelques semaines, dans quelques mois, dans quelques années… il sera facile de voir ce qu’il en est. Cela ne veut pas dire que cela rende les choses plus simples. Si le capitalisme a surmonté la crise, alors l’aliénation sera telle qu’il faudra trouver de nouvelles voies, dans une société atomisée. Si par contre c’est la mentalité de crise qui l’a emporté, parce que le capitalisme est enferré dans la crise, alors il faut saisir les contours de cette mentalité.

On peut même résumer les choses ainsi : soit tout est comme avant, en pire, soit tout a changé, mais on ne sait pas exactement comment, surtout que le processus est encore en cours. On peut même dire qu’il sera toujours en cours jusqu’à la fin, un peu comme devait être la mentalité à la fin de Rome ou à la fin de la monarchie absolue française. La crise s’étale, la mentalité de crise s’épanche, mais tout cela avec des traits nouveaux, qui restent à saisir.

En attendant, la situation est horriblement déprimante. On peut même dire que c’est l’enfer. Tout est d’une superficialité généralisée, d’une stupidité affligeante, c’est littéralement le mépris pour la culture et la guerre à l’intelligence qui sont aux commandes de la société française.

Les Français ont basculé dans la mesquinerie petite-bourgeoise, même les bourgeois se comportent comme des petits-bourgeois qui ont les moyens, même les prolétaires se comportent comme des petits-bourgeois qui ont encore moins de moyens. Et au milieu de cela on a une vague de lumpen aux comportements erratiques, avec certains pratiquant le cannibalisme social.

D’ici quelques semaines, quelques mois, tout cela apparaîtra clairement quant à sa substance. Mais en attendant, quel enfer!

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La réédition de « Mein Kampf » est un non-sens sur le plan démocratique

Tout acte a un impact culturel et l’initiative des éditions Fayard converge avec une fascination morbide.

Le 2 juin 2021 paraît, aux éditions Fayard, une édition « critique » du livre qu’a écrit Adolf Hitler en prison dans les années 1920 : Mein Kampf (« Mon combat »). C’est le manifeste du national-socialisme dans sa version hitlérienne, le mouvement national-socialiste avec déjà la croix gammée le précédant de peu avec Rudolf Jung. Adolf Hitler y expose sa vision du monde, avec notamment le rôle des SA pour appuyer une contre-révolution au sein des institutions, pour mener une « révolution conservatrice« .

Cette édition critique est issue du travail de Florent Brayard et Andreas Wirsching, qui ont analysé avec leur équipe ce brûlot antisémite qu’est Mein Kampf. Ils l’ont déboulonné, c’est-à-dire « déconstruit », se plaçant ainsi dans la lignée des historiens post-modernes pour qui les choses doivent être déconstruites pour être expliquées, parce qu’elles formeraient avant tout un « discours ». C’est ce que souligne la PDG des éditions Fayard au quotidien Le Parisien :

« Notre intention n’a jamais été de republier Mein Kampf. C’est une totale fake news.

Nous proposons tout le contraire, à savoir une déconstruction ligne à ligne du texte d’Hitler, grâce à l’éclairage critique d’une équipe d’historiens qui comptent parmi les meilleurs spécialistes du nazisme : il y a une introduction avant chaque chapitre et près de 2800 notes pour encadrer cette logorrhée nazie.

Au total, ces analyses sont deux fois plus volumineuses que le texte. Notre objectif, c’est de lutter contre l’obscurantisme, de démythifier Mein Kampf. »

Le ton défensif employé témoigne de ce qui relève d’une inquiétude face aux polémiques, dans ce qui consiste en une vraie problématique. Car s’il est évident qu’il est nécessaire d’apporter une analyse critique d’un ouvrage malsain et criminel comme « Mein Kampf », cette édition contenant le texte d’origine a provoqué un coup de projecteur sur le livre lui-même. Et c’est bien le problème. « Mein Kampf » n’est pas seulement un ouvrage, ce n’est pas un « discours », c’est un marqueur idéologique.

L’ouvrage n’est disponible que sur commande auprès des libraires.

Voyons les choses telles qu’elles sont. D’un côté, les historiens à l’œuvre permettent d’appréhender le national-socialisme en tant qu’idéologie, montrant que les nazis ne sont pas des « fous » tombés du ciel, mais un produit de l’Histoire (en l’occurrence l’histoire allemande). C’est le bon aspect. Il est important de contextualiser, de cerner les éléments historiques des propos. Encore est-il qu’on n’a pas besoin de l’ensemble de la traduction de « Mein Kampf » pour ça. Mais passons.

De l’autre, en remettant Mein Kampf au centre de la question nazie, les historiens refont de l’ouvrage un mythe, un élément « porteur », un message de « portée », une œuvre particulière et particulièrement importante, incontournable, etc. C’est le mauvais aspect.

Alors, qu’est-ce qui compte le plus? Les faits parlent d’eux-mêmes.

L’ouvrage est cher : cent euros. Autant dire qu’il est inaccessible pour les gens. Les 10 000 exemplaires iront ainsi surtout dans les institutions universitaires. Notons ici qu’il ne s’agit pas ici d’une question de profits : Fayard a annoncé renoncer à tout bénéfice pour reverser le tout au Mémorial d’Auschwitz.

Comme il est inaccessible par son prix, ce qui reste ce n’est pas l’ouvrage (que personne n’achètera), mais l’initiative culturelle de republier Mein Kampf en édition critique. Ce qui signifie plus précisément: celle de republier Mein Kampf. En effet, comme cela coûte cent euros personne ne le lira. Comme personne ne le lira, la dimension critique de l’édition devient totalement secondaire. Ce qui va rester comme écho dans la société, c’est… on a réédité Mein Kampf. Rien de plus.

Le Figaro dans son article est amené à valoriser l’ouvrage Mein Kampf par une image… Dans un article faisant d’ailleurs de manière absurde de Stefan Zweig, Kafka et Freud de « grands auteurs allemands ».

On peut ainsi dire, on doit dire : à l’heure où dans les sondages Marine Le Pen est donnée au coude à coude avec ses potentiels rivaux au second tour de la Présidentielle de 2022, il est erroné d’avoir comme préoccupation de rééditer le livre pour les historiens seulement, d’une part, et sans voir à quoi cela contribue indirectement sur le plan culturel, d’autre part.

Rééditer le livre, même sous une forme critique, c’est remettre une pièce dans la machine, c’est relancer un mythe et le traducteur lui-même valorise la théorie que Mein Kampf aurait une réelle « présence » historique.

Le traducteur de la réédition de Mein Kampf reprend un tweet (lié à une tribune dans Le Monde) faisant de cet ouvrage une sorte d’actualité permanente, ce qui est absurde

Mais où ces gens ont-ils vu que Mein Kampf serait parmi nous? Mais quel non-sens au point de vue démocratique !

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Appel « Rééditer « Mein Kampf », c’est faire la part belle à l’antisémitisme! »

Une tribune dénonçant l’initiative des éditions Fayard.

Fayard a fait le choix de rééditer un brûlot antisémite, pour des motifs universitaires sérieux. La tribune considère toutefois qu’aucune publication n’est hors-sol et qu’il y a un impact sur la société.

Ce 13 février 2021 marquait les 15 ans du meurtre barbare et antisémite du jeune Ilan Halimi, torturé pendant 24 jours et tué parce que juif. Si en France, l’antisémitisme s’ancre culturellement dans une histoire de long terme, recyclant et réinvestissant les clichés sur les juifs et l’argent ou le complot datant du Moyen-Âge, ces dernières années, les actes antisémites n’ont cessé de progresser. En janvier 2020 on constatait une augmentation de 27% des actes antisémites et c’est dans ce contexte que les éditions Fayard prévoient de rééditer Mein Kampf, ouvrage rédigé par Adolf Hitler où il y expose son programme, ses idées ; son « combat ».

Dedans, sont détaillées ses conceptions antisémites et nationalistes du monde, ainsi que les mesures qu’il mit par la suite partiellement en œuvre à partir de 1933; la destruction des juifs d’Europe notamment. Ce texte a été une contribution importante à la littérature fasciste du XXème siècle, et a été le noyau dur du national-socialisme allemand, servant de base au ralliement de la population au fascisme, faisant des juifs l’origine de tous les maux de la société.

Permettre à Fayard cette réédition, c’est faciliter l’accès à ce torchon antisémite sur les étagères des librairies, et en répandre le discours. Jusqu’à aujourd’hui, il n’était pas aisé de se le procurer. Fayard, offre donc une importante promotion à cet ouvrage, en le mettant en évidence dans les grandes surfaces, dans les médias et en entraînant ainsi un débat public. Conscient·e·s de l’important travail de recherche fait autour du texte, nous pensons que ce travail peut se passer d’une réédition avec le texte original, pour être publié sans celui-ci, afin de comprendre le programme d’Hitler et le national-socialisme. Nous, acteur·ices ou usager·es de l’enseignement, refusons qu’une quelconque édition de Mein Kampf puisse être disponible librement. Bien qu’évidemment l’écrit d’Adolf Hitler ne constitue pas le seul danger fasciste, ce brûlot n’a pas sa place sur les étagères des bibliothèques universitaires.

 Notre inquiétude est d’autant plus grande que l’antisémitisme a encore long court dans nos universités et dans la société. La réédition de Mein Kampf va venir donner du grain à moudre aux antisémites et à l’extrême-droite qui se développe dans nos campus.

 Doit-on rappeler, les saccages sur plusieurs centres universitaires de locaux d’associations juives par des antisémites, tel que le local de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) de Tolbiac (Panthéon-Sorbonne) en mars 2018, ainsi que le local de l’UEJF à Dauphine en mars 2019 ? Ou encore la terrible histoire du week-end d’intégration antisémite à l’université Paris 13, nommé « Auschwitzland », où des étudiants d’une promotion ont harcelé une étudiante parce que juive, et ont organisé des « lancées de kippot »? Ces éléments ne sont pas des actes isolés. L’université n’est que le reflet de ce qu’il passe dans le reste de la société française, et par conséquent de l’antisémitisme et du racisme y sont présents comme en dehors de nos campus.

Par ailleurs, la présence de professeurs d’extrême-droite qui propagent des théories du complot antisémites inquiète et participe au climat d’insécurité pour les étudiant·e·s et personnel·le·s juifs et juives. Ainsi, par exemple, toujours au sein de la même université Paris 13, un enseignant de l’IUT de Bobigny s’est vanté d’appartenir au groupuscule royaliste l’Action Française, qui se revendique de la pensée de l’antisémite Charles Maurras. Ce professeur a pu dispenser ses cours librement jusqu’en janvier 2019, date à laquelle des militant·e·s d’association étudiante juive, extérieur·e·s à l’université, sont venu·e·s alerter les étudiant·e·s.

 L’obscurantisme et la haine sont par ailleurs répandus par de plus en plus de militant·e·s et membres d’organisations étudiantes d’extrême-droite, opérant depuis des années sur les campus et visant à détruire toute notion de recherche critique au sein des universités. Ces organisations étudiantes n’hésitent pas à utiliser la violence pour répandre leurs thèses antisémites, comme en témoignent les agressions à répétition perpétrées par des militant·e·s de la Cocarde Étudiante ou « les patriotes ».

Il est aujourd’hui nécessaire d’ouvrir la discussion sur l’antisémitisme dans de nos lieux d’études, d’accentuer la lutte contre celui-ci au sein de nos luttes antiracistes et contre l’extrême-droite.

 Ainsi, nous revendiquons :

– la non-publication de Mein Kampf et l’interdiction des éditions déjà existantes.

– une intensification de la lutte contre l’antisémitisme sur nos lieux d’étude avec :

* des cellules de veille obligatoires dans toutes les universités qui permettent de signaler tout acte de violence antisémite et d’y réagir rapidement,

* une formation obligatoire des étudiant·e·s et du personnel administratif et des enseignant·e·s sur l’antisémitisme,

* de réelles sanctions pour les associations et individus coupables d’actes antisémites ainsi que pour les enseignant·e·s diffusant dans leurs cours des discours antisémites et racistes, via la saisine systématique de la commission disciplinaire.

Nous appelons à signer la pétition sur change.org pour dire “Non à la ré-édition de Mein Kampf par Fayard !”, l’antisémitisme et la barbarie n’ont pas leur place dans notre société.

Signataires :

Union Nationale des Etudiants de France

Union Nationale Lycéenne

Fédération Syndicale Etudiante

Jessica Gérondal Mwiza – Vice-Présidente d’Ibuka France

Stanislas Broniszewski – Porte-parole d’AVA France (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui)

Samuel Mayol – Université Sorbonne Paris Nord

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Réflexions

« Retour à la normale » : une capacité de rébellion en France proche du néant

Tout ce qui ne rentre pas dans le cadre est asphyxié.

On se dit souvent que cela ne peut pas être pire sur le plan de la conscience sociale, de la culture, et pourtant les Français témoignent toujours plus de leur incapacité à vouloir autre chose, à vouloir faire autre chose que ce que le capitalisme leur propose.

C’est un constat négatif, mais il est également très positif, car il permet d’avoir un regard clair et concret sur la société française. Si l’on ne veut pas faire partie d’une minorité infirme de pseudos activistes s’excitant sur Twitter et s’imaginant avoir une influence sur une société qui n’en a rien à faire, il faut oser le réalisme.

Et ce qui exige de rappeler cette triste réalité, c’est la vaste campagne de l’État et des médias quant au « retour à la normal ». Cette campagne triomphe sur tous les tableaux. Elle ne rencontre aucune opposition, elle se reflète partout dans la société.

D’un côté, il est naturel que les gens veuillent dépasser une situation de tension, de stress, de crise sanitaire. De l’autre, l’idée est tout de même de tout reprendre comme avant, comme s’ils ne s’était rien passé.

De la même manière que les gens voulant vivre différemment – au sens le plus large possible – ont raté la période du premier confinement pour gagner des points, ils sont en train d’être battus par les tenants de la normalité de la vie quotidienne dans le capitalisme.

Ce qui prédomine comme vision, c’est que la crise sanitaire n’a été qu’une période étrange, sans fondement ni signification. Une sorte d’anomalie dans une société de consommation ininterrompue avec des consommateurs toujours plus différents les uns des autres, car « uniques », disposant d’un « ego » capable de réaliser des choix qui leur seraient propres.

Cette conception s’appuie sur la capacité du capitalisme à intégrer tout ce qui est créatif, en mouvement, pour l’intégrer dans le renouvellement des marchés, dans leur systématisation, et dans l’ouverture de nouveaux marchés. Le capitalisme propose des identités à la chaîne, avec à chaque fois une esthétique très développée, une forme… sans contenu.

Cela ne veut nullement dire que le capitalisme a gagné et, d’ailleurs, même si c’était vrai, cela donnerait d’autant plus de raisons de l’affronter. Non, ce que cela montre, en réalité, c’est que le capitalisme a perdu, car il s’est réalisé, il a atteint son maximum.

S’il a réussi à tenir face à la crise, c’est qu’il a tout donné. C’est paradoxal, mais si tel n’était pas le cas, il y aurait eu des problèmes généralisés, alors que là tout va bien. Cela ne concerne évidemment que les pays capitalistes développés, dans les autres pays le chaos est déjà installé, que ce soit en Inde, en Colombie ou au Mali. Mais dans les pays capitalistes, il ne se passe rien, il n’y a pas de réflexion, pas de grèves, pas de contestation, aucune remise en cause du capitalisme.

Le capitalisme a tout fait pour tout assécher. Cependant, pour réussir autant, cela veut dire qu’il a tout mis. Il lui faut désormais récupérer sa mise et c’est là que tout va changer, de manière abrupte, brutale, terrifiante pour beaucoup.

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La France, un pays d’endormis ou de zombies?

La passivité est de rigueur. Mais quelle en est la substance ?

Si on est réaliste, alors on voit que la France est totalement passive. Il y a bien des initiatives un peu porteuses ici ou là, mais elles sont éphémères, elles ne modifient pas la société française, elles ne portent aucun enthousiasme. Aucun mouvement, quel qu’il soit, ne parvient à mobiliser, à porter de l’engouement, à toucher les gens, à devenir le vecteur de quelque chose.

Même une horreur comme le Rassemblement National reste numériquement marginal, alors que ses résultats électoraux sont si hauts. On dira que ce n’est pas le meilleur exemple, car l’extrême-Droite correspond au nationalisme, à la dépolitisation, mais il est tout de même remarquable que même un mouvement ayant autant de succès ne charrie rien avec lui sur le plan des idées ou de la culture. Même les religions, qui connaissent un réel engouement depuis dix ans, ne produisent strictement rien, chaque religieux voyant sa démarche comme une aventure spirituelle individuelle, plus ou moins irrationnelle ou fanatique.

Les gens restent profondément à l’écart, d’absolument tout, ils sont repliés sur eux-mêmes : leur ego est leur seul horizon, leur expérience l’unique critère. Ils consomment et ne retiennent rien, ils piochent et ne synthétisent rien. La capacité d’un effort prolongé pour acquérir quelque chose d’élaboré semble absente.

Tout ce qui est une idée de portée générale leur semble d’ailleurs absurde. Si cela ne parle pas à l’ego, cela n’existe pas. Il faut flatter pour exister et ce qui ne flatte pas n’existe pas. D’où le fait que, quant aux choses pratiques, les gens ont la flemme. Si on demande à quelqu’un à un moment, on peut bien l’amener à donner un coup de main, par exemple à une association pour les animaux. Cependant, cela reste ponctuel, la continuité apparaît comme un obstacle infranchissable. C’était comme si faire quelque chose de manière régulière, prolongée, était trop engageant, et surtout pas assez gratifiant.

Si encore les gens vivaient dans un réel confort, dans une atmosphère cosy, en étant à l’aise, on pourrait se dire qu’ils sont corrompus par une certaine mollesse. Qu’ils vivent quelque chose d’agréable, ou du moins de rassurant. Bref, qu’ils seraient naturellement tranquilles, de nature reposée, inscrits dans un bonheur naturel, quoi qu’on en pense.

Mais non, même pas, ils vivent dans un environnement de pression, de concurrence, d’indifférence, leur vie est une course ininterrompue. La passivité n’est pas l’expression d’une tranquillité, mais d’une terrifiante angoisse. Les gens ne sont pas passifs, ils sont dans une course permanente. Pour reprendre cette image classique vue et revue : c’est comme le vélo, si on s’arrête de pédaler, on tombe. C’est du moins ce que pensent les gens, ou plutôt ce qu’ils ont comme inquiétude à l’arrière-plan d’une vie intellectuelle proche de zéro.

Il ne faut pas hésiter à dire ça, parce que l’intelligence dépend de l’Histoire. Ce qui s’inscrit dans l’Histoire, ce qui est porté par l’Histoire, voilà ce qui a de la valeur. Le reste n’est un phénomène secondaire, sans éclat, sans portée, sans substance. Et pour s’inscrire dans l’Histoire, il faut de la culture, pour cerner ce qui est en jeu, ce qui se meut, ce qui est réel. Une telle chose est inaccessible pour des zombies.

Car les Français sont des zombies. Mais aussi des endormis. S’ils sont principalement des endormis, alors la Gauche historique prendra le dessus. C’est absolument certain sur le long terme. S’ils sont principalement des zombies, alors l’extrême-Droite prendra le dessus. Cela semble se profiler à court terme. Cette mise en perspective, toute réaliste, est une réelle exigence pour toute personne de Gauche qui ne veut pas se faire broyer.

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Une société française régressive, ennuyeuse, toujours plus odieuse

La société française est pétrifiée dans le capitalisme.

Les Français ont fait le choix de la régression. Il ne peut se passer énormément de choses, en raison de la crise, heureusement, mais même s’il se passait quelque chose de bien, cela serait au maximum « pas trop mal » tellement le niveau est lamentable. On ne renverse pas une situation sans un haut degré de culture. Et si les jeunes sont débrouillards, ils sont déconnectés des exigences propres à la transformation de la société.

Mentionnons qu’on paie ici, aussi, le prix de la stupidité du populisme de La France Insoumise. Avec un appel au spontanéisme sans base idéologique, Jean-Luc Mélenchon a prétendu faire progresser la cause de la contestation, mais il n’a fait en réalité que finir le lessivage de la Gauche. Quant à Benoît Hamon, qui proposait une Gauche utopique avec Génération-s, il a quitté le navire pour passer dans le camp des bobos d’Europe Écologie-Les Verts.

Résultat, il ne reste rien ou pas grand chose, et en tout cas pas grand monde. Et Jean-Luc Mélenchon feint de se scandaliser de l’appel de généraux à la retraite à une intervention de l’armée pour rétablir la « civilisation », alors qu’en réalité il est simplement dégoûté de ne pas avoir été choisi par eux. En même temps qu’attendait-il, nous sommes en France ! Il n’aura donc été qu’un idiot utile du lessivage idéologique et culturel d’une France déjà largement apolitique, alors que la prise du pouvoir par une Droite dure s’affirme chaque jour davantage.

Cependant, il y a pire. Il y a toujours pire, c’est vrai. Toutefois on touche le fond du fond, ou on a la fin du fin, avec les pseudos contestataires d’ultra-gauche s’imaginant que le grand soir est pour demain ou bien que proposer des paquets de pâtes gratuits relève d’une activité subversive. On ne peut même plus parler ici de négation de l’intelligence ou de la conscience sociale, on est dans la guerre à l’intelligence, dans la guerre à la culture, dans la guerre au peuple. Toute est fait pour laisser les gens dans la stupidité du capitalisme au quotidien et ces gens en rajoutent en parant de vertus « révolutionnaires » ce que fait l’armée du Salut en bien mieux !

Non, il est à peu près clair qu’il n’y a rien sauver d’une société française qui va dans le mur, et dont le caractère odieux ressort chaque jour à quiconque a un semblant de conscience de gauche. Ce qui se passe dans le pays est fade et ignoble à la fois, dans une dialectique du dégoût et de l’horreur.

Et la conclusion est toute vue : c’est à partir des décombres qu’il va falloir reconstruire la Gauche, à travers l’effondrement d’un capitalisme à bout de souffle, un nationalisme français agressif et mégalomane, une tendance à la guerre généralisée dans le monde. Au moins une chose est sûre : la Gauche (historique) ne peut pas manquer d’ambition.

En attendant, donc, cela risque d’être encore relativement l’isolement et la marginalité sur le plan des idées, en attendant que le peuple comprenne qu’il doit s’extirper, douloureusement et avec discipline, d’une vie quotidienne de consommation, d’aliénation, d’exploitation, de superficialité et de nervosité permanente. Le capitalisme démolit psychiquement et il faut partir de là pour avancer : tout un défi !

Et dans ce panorama, il faut maintenir sa conscience quand on en a une, face à toute corruption. Car l’enjeu est immense, les responsabilités incontournables, et l’objectif aussi moralement nécessaire que resplendissant.

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La guerre, la crise sanitaire, la dette… les gens croient à une force des choses magique

Prisonnier dans l’alternance du travail et de la consommation, les gens passent à côté des tendances de fond.

Alors que les services de réanimation des hôpitaux parisiens sont remplies, des centaines de jeunes se sont rassemblés au parc des Buttes-Chaumont pour boire et danser au son d’une sono amenée pour l’occasion.

C’est révélateur d’attitudes voyant la vie comme un phénomène réduite à son aspect individuel. C’est le capitalisme triomphant. Les gens ne font pas d’efforts pour ce qui sort de la consommation individuelle.

La question de la guerre pour le repartage du monde s’impose comme une évidence au vu du conflit Ukraine – Russie, du Brexit, de l’élargissement de l’OTAN, de l’affirmation chinoise. Il en va de même pour la question écologiste au regard de la nature de la crise sanitaire provoquée par les bouleversements planétaires.

Et pour la guerre comme pour l’écologie, ce qui prédomine chez les gens c’est l’apathie, l’indifférence, et même une incompréhension complète, comme si tout cela était abstrait, lointain, finalement pas vraiment réel.

Même en économie, où la dette atteint plus d’une année de richesses pour le PIB, il n’y a pas d’inquiétude, comme si tous les soucis seraient amenés à se résorber par la force des choses. Le réchauffement climatique est pareillement reconnu, mais somme toute comme un bruit de fond.

En fait la réalité est niée ou tronçonnée, elle est vue comme abstraite, la seule chose concrète étant la reproduction de la vie quotidienne. Pour les gens ce qui compte c’est de pouvoir vivre comme auparavant, à peu de choses près, en étant si possible davantage valorisé socialement.

Mais cette valorisation sociale vise à satisfaire les égos. Toute dimension collective a été liquidée par un capitalisme atomisant les gens, par une division approfondie du travail, une consommation ininterrompue dans tous les domaines de la vie, une réduction des mentalités et de la culture à un horizon borné.

De tels esprits ne sont pas en mesure de saisir les phénomènes de fond, il faut que cela s’appuie sur une certaine rupture, sur un certain décrochage. Sans ça on peut parler de ce qu’on veut, les gens passeront à compter du fond.

Que faut-il alors faire ? Accepter cet ordre des choses et rentrer dans le jeu de la superficialité, ou bien privilégier un travail de fond en considérant que la tendance à la guerre l’emporte et va modifier toute la situation, forçant les gens à s’extirper à leur marasme ?

Faut-il faire comme si de rien n’était et se retrouver piégé comme en 1914, ou assumer les enseignements historiques et affirmer les positions justes pour faire face aux défis de notre époque ?

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Mélenchon, Marx et la nature comme « corps inorganique de l’homme »

La question de la définition de la Nature en dit long sur une France marquée par Descartes.

C’est un exemple de la dimension grotesque de la vie intellectuelle française. Du Marx mal lu, pas lu, interprété à tort et à travers, des références à des intellectuels universitaires hors sol… Que dire ?

La chose se passe ainsi : Jean-Luc Mélenchon tient des propos à l’Assemblée… Il dit qu’il ne s’agit pas de défendre la Nature, qui se défend elle-même, mais un écosystème compatible avec l’être humain. C’est un anthropocentrisme masqué : on sait que Jean-Luc Mélenchon avait parlé de manger du quinoa lors de la dernière élection présidentielle, mais c’était de la démagogie.

Et il dit alors que Marx appelle cela le « corps inorganique de l’homme » (ce qui n’est pas vrai du tout). Les éditions sociales, qui sont les éditions historiques du PCF, s’en réjouissent.

Dans la foulée, les éditions sociales mentionnent un ouvrage au sujet de cette expression. De manière délirante, cet ouvrage publié au éditions sociales a été écrit par… l’universitaire américaine Judith Butler, l’une des principales figures de la philosophie post-moderne, principalement de la théorie du genre. On ne peut pas faire plus éloigné de Karl Marx.

On peut trouver en ligne un extrait des discours délirants de Judith Butler. Rien que le début suffit :

« Ce que j’entends montrer aujourd’hui est relativement simple. L’objectif général de mon propos est de déterminer la meilleure façon de reconsidérer les Manuscrits économico-philosophiques de 1844 de Karl Marx afin de savoir si, selon l’hypothèse couramment admise, Marx est anthropocentrique. »

L’hypothèse couramment admise n’existe pas. Les gens ayant lu Marx sérieusement, et non pas de seconde main à travers des universitaires, savent très bien que Marx n’est pas du anthropocentriste (et non pas « anthropocentrique » d’ailleurs), qu’il se situe dans le prolongement de Spinoza et de Hegel, avec une lecture universelle s’exprimant justement dans une dialectique de la Nature.

Rien que le passage où Karl Marx parle du « corps inorganique de l’homme » dans les Manuscrits de 1844 le montre très clairement d’ailleurs : la dernière phrase le souligne clairement. Et d’ailleurs Karl Marx n’oppose pas du tout l’être humain à la Nature : il dit que l’être humain avec le travail est sorti de la Nature mais pour mieux y retourner. C’est le sens du communisme.

« La vie générique tant chez l’homme que chez l’animal consiste d’abord, au point de vue physique, dans le fait -que l’homme (comme l’animal) vit de la nature non-organique, et plus l’homme est universel par rapport à l’animal, plus est universel le champ de la nature non-orga­ni­que dont il vit.

De même que les plantes, les animaux, les pierres, l’air, la lumière, etc., constituent du point de vue théorique une partie de la conscience humaine, soit en tant qu’ob­jets des sciences de la nature, soit en tant qu’objets de l’art – qu’ils constituent sa nature intel­lec­tuelle non-organique, qu’ils sont des moyens de subsistance intellectuelle que l’hom­me doit d’abord apprêter pour en jouir et les digérer – de même ils constituent aussi au point de vue pratique une partie de la vie humaine et de l’activité humaine. Physiquement, l’homme ne vit que de ces produits naturels, qu’ils apparaissent sous forme de nourriture, de chauffage, de vêtements, d’habitation, etc.

L’universalité de l’homme apparaît en pratique précisément dans l’universalité qui fait de la nature entière son corps non-organique, aussi bien dans la mesu­re où, premièrement, elle est un moyen de subsistance immédiat que dans celle où, [deuxième­ment], elle est la matière, l’objet et l’outil de son activité vitale.

La nature, c’est-à-dire la natu­re qui n’est pas elle-même le corps humain, est le corps non-organique de l’homme. L’homme vit de la nature signifie : la nature est son corps avec lequel il doit main­te­nir un processus cons­tant pour ne pas mourir.

Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indis­so­lu­blement liée à la nature ne signifie pas autre chose sinon que la nature est indissoluble­ment liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature. »

On voit donc que Jean-Luc Mélenchon cite Karl Marx pour dire le contraire de ce dernier : pour Karl Marx la situation où la Nature fait face à l’être humain est temporaire et mauvaise, il faut retourner à la Nature, que l’être humain redevienne un animal en son sein, mais en profitant de son évolution. C’est le sens du communisme.

Pour Jean-Luc Mélenchon par contre, la scission entre l’être humain et la Nature est consommée, la Nature étant réduite à un écosystème à gérer. Cela n’a rien à voir et on comprend au passage pourquoi il est un fervent partisan de cette horreur absolue qu’est « l’aquaculture », avec des millions et des millions de poissons enfermés sous l’eau.

Alors pourquoi tout cela ? Judith Butler le dit dans l’extrait mentionné plus haut. Elle valorise Louis Althusser, bien connu pour proposer un post-marxisme structuraliste, où il rejette le jeune Marx comme « humaniste », pour mettre en avant un Marx de la maturité « structuraliste » avant l’heure. En clair, Althusser = le meilleur lecteur de Marx.

C’est une escroquerie spécifiquement française, où l’on s’imagine que la philosophie anthropocentriste du libre-arbitre élaboré par Descartes serait un ancêtre du marxisme… Alors qu’en réalité le marxisme un naturalisme déterministe dans le prolongement de Spinoza.

Voici donc ce que dit Judith Butler :

« Ce que je voudrais mettre en avant, c’est que la plupart d’entre nous qui travaillons dans le sillage du structuralisme et du post-structuralisme au cours des dernières décennies avons une grande dette envers le bouleversement intellectuel opéré par le geste révolutionnaire d’Althusser. Ma propre dette envers celui-ci pour le changement de perspective qu’il a fait advenir est immense, que cette dette ait été consciente ou non. »

Structuralistes de tous les pays, unissez-vous ! Tel est le mot d’ordre et on voit que les éditions sociales participent à cette démarche lamentable, ce qui n’est guère étonnant puisque le marxisme français est faux et pourri à la base, par incapacité à se mettre à l’école de la social-démocratie allemande. Là est la source historique du problème.

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Le 18 mars ou comment Jean Castex fait le fou

Les Français veulent du romanesque, mais en en restant à la forme, ils auront un drame.

La France est un pays littéraire, où ce qui se vit doit s’écrire comme un roman. C’est la base de toute démarche de Français cherchant à avoir une existence qui lui donne du sens. Que ce soit pour une relation sentimentale, une coucherie hasardeuse franchement douteuse, une carrière d’homme politique, un travail associatif, des études ou même des vacances : le Français veut qu’il y ait un certain grain de folie, un petit quelque chose donnant un aspect romanesque à l’ensemble.

Que ce soit le coup d’État de De Gaulle en 1958, mai 1968, la « grève » des footballeurs français lors de la coup du monde en Afrique du Sud, l’élection d’Emmanuel Macron, toute attitude à la française implique ce petit plus, un comportement romancé souvent enclin au panache.

Seulement voilà, bien souvent les Français perdent pied avec la réalité, au nom de ce romancé. Lorsque Caroline s’imagine être un homme et entend s’appeler Gaspard ou bien lorsque Gaspard s’imagine être une Caroline, c’est vain: la crise d’identité et la mutilation corporelle peuvent donner l’image d’un roman, mais enfin cela ne change rien à l’absence de sens et de culture. Et des exemples de faux romans à la française, ce n’est pas cela qui manque. Le plus connu ces derniers temps est d’ailleurs ce roman ayant présenté Emmanuel Macron comme un J.F. Kennedy à la française.

Nommé premier ministre, Jean Castex avait sans doute oublié tout cela. Haut fonctionnaire, il comptait en rester aux faits. Mais les Français ont choisi, pétri par le libéralisme, ouvert au capitalisme, de se moquer des faits. Donc le confinement qui aurait dû être mis en place il y a une semaine, trois semaines, un mois, trois mois… eh bien les Français ont dit oui, mais non. Et Jean Castex a cédé à chaque fois, en disant : ah bon, en ce cas… on va voir ce qu’on peut faire.

D’où ce scénario ahurissant du 18 mars 2021, avec Jean Castex disant qu’on a bien fait de ne pas confiner plus tôt, sinon on aurait dû continuer à confiner, alors que cela implique qu’on n’a rien fait du tout. Citons cette phrase, qui montre comment on est passé dans un film, comment la réalité a cédé la place au discours :

Contrairement à beaucoup de nos voisins, nous avons écarté fin janvier l’option d’un confinement au long cours à l’échelle du pays et c’était la bonne décision : nous aurions alors infligé au pays un confinement de probablement 3 mois. Cela aurait été excessif et insupportable.

C’est à ce genre de propos d’un (très) haut fonctionnaire qui, avant sa nomination comme premier ministre, gagnait 200 000 euros par an, qu’on voit que la France est passée dans le camp de la fiction. On est comme avant mai 1968, dans une société fausse de menteurs.

Tel dans le film Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard, Jean Castex part donc à l’aventure, en espérant que le discours l’emportera sur les faits et que le pseudo-confinement annoncé le 18 mars 2021 pour la région parisienne et quelques autres départements opérera comme par magie. C’est la méthode Coué : à force d’y croire, cela deviendra vrai. Et comme de toutes façons les Parisiens ne veulent pas du confinement…

Une telle fuite en avant a une portée historique, non seulement en raison de la question sanitaire. C’est aussi historique parce qu’un travers français se révèle au grand jour. Cette manière absurde de romancer sa vie est erronée. Vouloir donner une grande portée, une portée romanesque, c’est bien. Confondre la fiction avec la réalité, c’est par contre faux. On peut même dire que le faux roman est d’autant plus présent qu’il est triché avec la réalité. Les Français croient écrire un roman, ils se déconnectent en fait du réel.

Ces raisonnements à la française « jusqu’ici tout va bien », « point trop n’en faut » et autres médiocrités sont une catastrophe. Le 18 mars 2021, Jean Castex a romancé le réel, jusqu’à le défigurer. Et tout cela en raison d’une médiocrité maquillée comme gestion pragmatique du quotidien. C’est à l’image des Français : englués dans une absence de perspective, complaisants avec eux-mêmes jusqu’au sordide, infantiles jusqu’à la négation de l’avenir au profit d’un présent étroit, borné, insipide.

La France déraille, la France décroche, la France sombre. Il va lui falloir de l’intelligence pour s’en sortir, et cette intelligence c’est le réalisme, le peuple systématisant la démocratie, le socialisme.

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AVA ou l’empathie face à la violence du 2 janvier 2021

La violence à laquelle est confrontée AVA est la même que subit toute expression d’empathie.

Les images de l’agression d’activistes d’AVA le 2 janvier 2021 à Compiègne sont terribles. Les gens d’AVA sont confrontés à une violence d’autant plus insoutenables qu’on sait que ce sont les mêmes pulsions de mort qui animent les veneurs contre les animaux. La chasse à courre se présente comme aristocratique, mais c’est bien plus d’une aristocratie de l’époque barbare dont il faut parler, avec un virilisme vulgaire associé à un complexe grotesque de supériorité.

En cela, elle converge d’ailleurs tout à fait avec les comportements des déclassés hantant les bas d’immeubles pour vendre de la drogue. Tout cela est décadent, morbide, anti-culturel, primitif. Étrange paradoxe que cette chasse à la courre relevant des couches les plus hautes de la société convergeant avec le mercantilisme pragmatique de populations précaires et marginalisées.

C’est toutefois l’époque qui veut ça. Ce qui compte, ce n’est pas la culture et c’est encore moins la compassion, l’empathie. Ce qui compte, c’est l’écrasement de l’autre. Se faire de l’argent aux dépens de la dépendance d’autres gens, se transcender en traquant un être vivant dans une forêt… C’est la même logique de cannibalisme social, de darwinisme social, de hiérarchie capitaliste poussée jusqu’au harcèlement complet.

De manière plus positive, demandons-nous si les gens d’AVA sont portés par la compassion ou l’empathie, ou les deux. Car intervenir pour les animaux, c’est de la compassion. Mais au-delà, il y a une reconnaissance avec eux et là on passe dans l’empathie. Ce n’est pas pareil. La compassion est un attendrissement, l’empathie une reconnaissance. Quand on cherche à protéger un être vivant, immédiatement, concrètement, on n’est plus dans la compassion, on l’a tellement poussé qu’on est dans l’empathie.

Que ce soit dans un sanctuaire pour éléphants au Kenya ou dans une forêt de Compiègne, c’est cette même empathie qui amène à s’engager jusqu’à confondre sa vie avec celle d’un être appelant à être protégé. C’est là un sentiment naturel ; c’est précisément un tel sentiment que le capitalisme veut effacer, afin de laisser entièrement la place à la compétition et son cynisme, à la concurrence et son égoïsme, à la consommation et son égocentrisme.

C’est pour cela que la violence à laquelle est confrontée AVA est la même que subit toute expression d’empathie, partout dans le monde. La violence n’est évidemment pas la même, les empathies ont différentes degrés, cependant la substance reste la même. Qu’on pense au mépris reçu par ceux aidant les pigeons dans les villes, par exemple, ou bien à la haine visant des animaux considérés comme « nuisibles ». Ce qui est visé, à chaque fois, c’est une prétendue « faiblesse » – la Droite parle des « zoolâtres ». Il faudrait être dans l’affirmation de l’ego, dans la démesure.

Cela n’a rien à voir avec un « spécisme » aux contours aussi indéfinis que le degré d’intelligence des universitaires produisent de tels concepts. Cela a tout à voir avec le capitalisme, pour qui tout passe par la consommation. On peut acheter un chien et lui fournir un collier en diamants – mais on ne peut pas aider gratuitement un chien dans le besoin. Ce qui passe par le prisme de la consommation est bien, le rester est mal.

On se doute alors, forcément, qu’une jeune génération façonnée par la reconnaissance capitaliste préférera un habit de marque montré sur Instagram à un travail anonyme dans refuge. On trouvera bien à la marge quelques personnes aidant dans un refuge et le montrant sur les réseaux sociaux – le degré zéro de la dignité – mais c’est un sous-produit d’une tendance générale à la reconnaissance sociale passant par le capitalisme.

L’empathie est gratuite et n’a pas besoin de reconnaissance. Quand on aide les animaux on le ne dit pas, on ne le montre pas, car on l’a fait pour les animaux, par empathie. On s’est effacé devant les animaux, devant la Cause, devant l’ensemble de la réalité. C’est le grand mérite d’AVA d’avoir déchiré un voile barrant la route à l’empathie. Et les personnes blessées méritent plus que notre compassion : elles méritent notre empathie.

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La confiance absolue des Français en la société de pollution

Les Français ont leurs esprits autant pollués par le capitalisme que peut l’être le monde lui-même.

Les Français sont dans une posture régressive. L’État a fait en sorte de déverser des milliards aux entreprises, sans surveillance ni contre-partie : cela passe comme une lettre à la poste. L’armée française met en place une série de wargames pour s’aligner avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne contre la Russie et la Chine : cela n’intéresse personne. La question animale a été posée au niveau de la société toute entière : c’est passé à la trappe. Les villes sont invivables, les campagnes un désert culturel : cela n’interpelle pas.

Il y a même en ce moment des vagues de licenciements et que voit-on ? Les ouvriers licenciés s’en moquent. Ils acceptent, contre un petit chèque. La révolte, au moins pour la dignité, pour la forme ? Même pas. La bataille pour l’outil productif, pour la classe ouvrière dans son ensemble ? Inconcevable. La réflexion pour ce qui va advenir par la suite, tant pour soi que pour ses enfants ? Inexistante.

Les gens acceptent d’être pris et jetés, comme ils prennent et ils jettent. Il faut le dire simplement, il y a une confiance absolue des Français en le capitalisme. Leur capacité d’utopie est à zéro. Tout est éteint. Il y a bien des poussées positives ici ou là, mais c’est instable, précaire, sans continuité. Ne parvient à tenir en France que ce qui est consommable et périssable.

Les gilets jaunes, ces nostalgiques du capitalisme des années 1980-1990, sont à ce titre totalement le produit du capitalisme. On est gilet jaune comme on veut, quand on veut, si on veut, pour dire ce qu’on veut, pour consommer sa protestation, pour se consommer soi-même, de manière cyclique. Ils ont pollué les esprits et les médias, les mentalités et les luttes, tout comme le capitalisme. Plus que dans une société de consommation, on est dans une société de pollution.

Certains pensent qu’on peut s’en sortir en jouant sur le consommable. Ils veulent faire des valeurs une denrée périssable, qu’il faudrait alors constamment renouveler : au moins quelque chose se passerait. C’est une cause perdue et qui ne peut de toutes façons pas exister alors que les réseaux sociaux sont une machinerie impeccablement rodé. Rien n’est plus vain que ces petits groupes activistes publiant en série des choses éphémères sur Facebook ou Twitter. Non, ce dont on a besoin, c’est de marqueurs, d’œuvres, de monuments.

On a besoin de choses qui restent, pas de choses qui marquent. On a besoin d’un patrimoine culturel, de choses qui éduquent, qui forment les esprits et non pas qui les pollue. Encore faut-il avoir des esprits. Avec la crise, ils vont être là. Mais dans quel état ?

Il ne faut pas sous-estimer le capacité des gens à rattraper le temps perdu. Mais il y a les mauvaises habitudes. Il y a les tentations de s’en sortir par le nationalisme et le militarisme. Cela sera la bataille de l’utopie contre le pragmatisme, alors que tout va aller très vite. L’enfantement de la nouvelle époque est bien douloureux !

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Les mentalités françaises: une catastrophe individualiste

Les Français sont pourris par l’individualisme. Leur relativisme est tellement immense qu’ils ne parviennent même plus à prendre quelque chose au sérieux. Le premier ministre dit : pas de football avant décembre, le PSG et Lyon comprennent qu’ils joueront à l’internationale en août et la ligue propose un plan pour recommencer le même mois.

Le président dit : pas d’ouverture de restaurants et de bars avant la mi-juillet. Que font les représentants de ces commerces ? Ils proposent un plan pour juin. Dans l’autre sens cela marche aussi. Le conseil scientifique préconise l’absence de rentrée scolaire avant septembre. Le premier ministre dit alors : rentrée le 11 mai. Histoire qu’on y comprenne plus rien, cette rentrée est différente selon les classes, selon les endroits, etc.

De toutes façons, les Français n’en font qu’à leur tête. On leur dit : pas de retour à la normale avant très longtemps, l’économie va être sinistrée, il faudra une longue période de distanciation sociale. Résultat : pour les Français, le 12 mai tout reprend comme avant.

La désillusion va être totale, le désenchantement complet. Il y a trop d’incohérence dans les mentalités françaises, trop de paresse d’esprit. Quand on voit le MJS (mouvement des jeunes socialistes) Paris dire que l’application de traçage c’est « big brother », mais qu’en même temps les documents à télécharger de ces jeunes socialistes sont sur Google docs, on a un exemple de la bouillie qu’il y a dans la tête de Français consommateurs, râleurs, superficiels, égocentriques.

Quand on pense que la France a donné naissance au protestantisme avec Jean Calvin et que son grand siècle a été le XVIIe des moralistes, on voit comment la machine capitaliste à décerveler a fonctionné à plein régime. Mais vit-on encore dans le capitalisme, ou dans le meilleur des mondes ? Le site Hémisphère gauche nous explique que le traçage c’est mal, car cela ne correspond pas à une confiance collective qu’on devrait avoir :

« Traiter l’épidémie par la surveillance individuelle, c’est finalement rejeter la responsabilité de sa maladie sur le malade, c’est prendre le risque de refaire le lien entre maladie et faute individuelle, déjà présent au Moyen-Age dans le sort que l’on réservait aux lépreux (castration, enfermement), considérant que leur maladie était une punition divine. C’est, au fond, oublier nos interdépendances.

A l’inverse, comme l’explique Yuval Noah Hariri dans le Financial Times, nous avons besoin d’une société de la confiance collective, une société de l’information transparente et de la gestion de crise en commun. Dans cette dynamique de restauration du lien social, nous devons réaliser que nos libertés individuelles sont également collectives et surtout, interdépendantes. »

Voici donc un site se revendiquant ancré à Gauche qui fait d’un futurologue interviewé par le Financial Time une référence pour s’orienter… Et qui s’imagine qu’on peut avoir une « confiance collective » dans une société rongée par l’indifférence, le consumérisme, la vanité.

La société française rentre dans le mur. Les Français sont incapables de faire face collectivement à un défi : et certains voudraient une révolution dans des conditions pareilles ? Pour qu’il y ait une révolution, si on trouve cela juste, il faut puissamment changer les mentalités, les mœurs, c’est une bataille immense à mener. Que la Gauche doit de toutes façons mener si elle veut simplement exister et ne pas se transformer en « gauche » à l’américaine avec ses primaires où gagne toujours un représentant de la grande bourgeoisie, représentant simplement des secteurs concurrentiels au parti d’en face.

Quand on voit la France, on se demande comment tant d’événements populaires de grande ampleur ont pu se dérouler de par le passé. Ne serait-ce d’ailleurs pas impossible et ne peut-on pas y voir un espoir que la vague sociale va apparaître pour de bon ?

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Une page d’Histoire qui s’écrit et qui attend ses artistes pour la conter

Nous vivons une page d’Histoire. Mais est-ce un aléa dans un mouvement plus profond, ou bien sommes-nous en plein dans l’équivalent de la chute de l’empire romain ? Et si c’est la chute d’une civilisation, où sont nos artistes pour la conter ?

« Wu Shixian, Village au bord du fleuve avant la pluie, 1912 »

Pour beaucoup, la crise sanitaire actuelle est temporaire. Elle est grave, mais elle n’est qu’un accident dans quelque chose de plus large, de plus profond. C’est là une profonde illusion. Cette crise sanitaire n’est pas dans l’Histoire, elle est l’Histoire. Et il ne faut pas raisonner en semaines, ni même en mois, mais en années. Ce qui s’écrit là, c’est la fin, ainsi un début.

La fin de quelque chose d’équivalent à l’empire romain, mais à un autre niveau, une autre qualité. Un moment de transition, non pas délicat et accompagnateur, mais violent et en rupture. Un moment qu’on ne choisit pas, qui s’impose, et qui s’impose à tous. De par l’ampleur de l’époque, cela est même vrai à l’échelle de la planète. Cela fait peur et cela rassure.

Cela fait peur, car les gens ne sont pas prêts et ne veulent pas l’être. Cela rassure, car cela fait trop longtemps que le capitalisme engloutit la planète et que rien ne vient stopper cette machine destructrice. Quel terrible faillite d’ailleurs que cela ne soit pas la sagesse humaine qui soit venue s’interposer avec l’engloutissement de la nature. Mais sans doute était-ce inévitable de par l’engourdissement des esprits dans un capitalisme hypnotiseur.

Reste qu’on voit mal comment les plus de vingt ans vont être, d’une manière ou d’une autre, à la hauteur des immenses transformations nécessaires. Les plus de soixante ans savaient déjà que le monde allait dans le mur, mais ils considéraient qu’après eux, le déluge. Ceux entre vingt et soixante ans ont cherché surtout un plan de carrière, faisant confiance à l’efficacité des entreprises, à la vigueur du capitalisme.

Quel désenchantement c’est aujourd’hui pour le trentenaire ingénieur, social dans l’esprit mais parcimonieux dans les faits, ouvert au changement mais lui-même toujours changeant, découvrant que tout son univers n’a, finalement, aucune base, aucune dynamique, aucune valeur, que tout cela est vain ! Quelle misère morale pour celle, mariée trop tôt, enfermé dans un carcan anti-féministe qu’elle a elle-même choisi en pensant le maîtriser, et voyant ses certitudes si chèrement acquises n’être qu’illusion !

Il y a ici un nombre immense de profils à étudier, à cataloguer, pour en dresser le portrait à la Balzac, pour raconter la fin d’une époque, la fin d’une société, littéralement l’effacement de personnalités types, de figures sociales stéréotypées. Un monde agonise, un autre laisse entrevoir sa nature, foncièrement collective – que dit-on là, non pas collective, mais collectiviste ! Le 21e siècle sera collectiviste ou ne sera pas.

Les artistes pessimistes ne peuvent plus basculer dans le cynisme : ils sont obligés de convertir leur dépression dans un sens positif, pour annoncer la nouvelle ère qui s’ouvre. Et ce n’est pas du lyrisme. Seuls les prisonniers du capitalisme peuvent encore croire en un grand rétablissement. Seuls les aliénés peuvent ne pas voir que le mot de nature va reprendre ses droits, que désormais l’humanité va changer et que les êtres humains vont être nouveaux.

Les artistes doivent être en première ligne pour conter cela, pour raconter le grand retour au réel d’une humanité partie dans de vains rêves de toute puissance consommatrice, de réduction de l’esprit à une utilisation de marchandises, d’une destruction des sentiments – notamment l’amour – au profit d’un pragmatisme égocentrique.

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Les Français s’ennuient

Les Français s’ennuient. Mais ils ont trop le sens de l’envergure pour ne pas le savoir. Ils sont corrompus et donc l’acceptent. Jusqu’à une génération en rupture, qui en a simplement assez, qui sature.

Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c’est l’ennui. Les Français s’ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde. Le réchauffement climatique les émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment. Sur le plan de la vie quotidienne, ils restent fidèles à eux-mêmes et donc à leurs habitudes. L’élection de Donald Trump aux États-Unis et de Bolsonaro au Brésil a bien troublé les esprits, provoquant des sentiments violents et des opinions tranchés, puis on est vite passé à autre chose.

L’explosion récente de la pauvreté la plus sombre en Argentine, frappant désormais le tiers de la population, n’a pas été remarqué. Il en va de même pour les très violentes manifestations au Chili à la suite de l’augmentation du ticket de transport dans la capitale de 30 pesos (1 euro fait 848 pesos), faisant au moins 26 morts et pratiquement 3000 blessés. Ni même les mobilisations massives en Colombie, en Iran, en Irak, en Algérie… Seul le mouvement à Hong Kong a été remarqué, parce que les médias en ont parlé comme c’est une mobilisation pro-occidentale.

C’est que l’Europe est en paix et les dirigeants, Emmanuel Macron en tête, ne cessent de dire que c’est fait pour durer. De toutes façons, on n’est plus concerné : les États-Unis et la Chine décident de tout de par leur poids, alors pourquoi changer, ou même faire des efforts ? Tout peut continuer comme avant et rien n’atteint le train train de la vie quotidienne.

Mais la jeunesse s’ennuie. Nés après 2000, les jeunes n’ont pas les préjugés des anciens et ils profitent de la modernité sous la forme d’accès à ce qui forme le goût le plus immédiat : les habits, la musique, le style. Ils sont individualistes et tête en l’air, mais savent en même temps qu’ils sont en rupture complète avec le passé. On les méprise : eux répondent en ignorant ce qu’il y avait avant.

Ils sont une force tranquille, à rebours des gilets jaunes, ces mis de côté qui refusent la modernité au lieu de s’en saisir. Les gilets jaunes veulent geler la France, la faire retourner dans le passé, et les syndicats sont la même posture culturelle avec leur ligne purement défensive, nostalgique des droits acquis hier. Cela ne parle pas à la jeunesse. Comment pourrait-il en être autrement ?

Dans son article du Monde du 15 mars 1968, Quand la France s’ennuie, Pierre Viansson-Ponté constatait la même ambiance étrange où la France semblait en décalage avec tout, même avec elle-même. Et il notait :

« Cet état de mélancolie devrait normalement servir l’opposition. Les Français ont souvent montré qu’ils aimaient le changement pour le changement, quoi qu’il puisse leur en coûter. »

Cela ne semblait alors pas le cas, puisqu’il ne se passait rien. Alors vint mai 1968 juste après, comme expression de la contradiction massive entre une France enkystée dans les vieilles habitudes et une jeunesse en total décalage dans sa manière de concevoir les choses. Il va en être de même pour la France d’aujourd’hui.

Car les Français sont trop éduqués, trop conscients des rapports d’oppression, d’exploitation, trop culturels, trop fiers de leur héritage contestataire, pour ne rien faire. Et s’ils consomment jusqu’au bout, s’ils pratiquent l’individualisme jusqu’au bout, c’est pour bien être certain d’avoir essayé jusqu’au bout de rien faire. Cela aussi, c’est très français. La certitude de l’impossibilité de continuer comme avant acquise, de manière cartésienne à leurs yeux, ils vont alors rentrer dans le jeu historique.

Et cela n’aura, bien sûr, rien à voir avec la tragi-comédie des gilets jaunes. Lorsque se mettent en mouvement les jeunes et les ouvriers – car ils seront là – tout change. Le contenu sera alors ce qui compte. Car c’est toujours ce qui compte, tels les fleurs, les animaux, le bleu du ciel, le bruit de la musique, tout quoi !

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5 leçons pour être productif

Jean-François Millet, Le semeur, 1865
Jean-François Millet, Le semeur, 1865

Leçon numéro 1 : rien ne vient de rien

Pour être productif, il faut puiser non pas en soi-même, mais dans la culture. Pour écrire il faut avoir des connaissances littéraires, pour faire de la musique il faut avoir des connaissances musicales, etc. C’est une fiction du capitalisme de croire qu’il y a des choses qui s’inventeraient. Rien ne vient de rien. Pour produire, il faut se tourner vers ce qui a été produit et apporter sa sensibilité.

Voici un exemple avec le Prélude n° 20 en Do Mineur, Opus 28 de Frédéric Chopin.

Et voici la chanson « Could It Be Magic » composé par Barry Manilow en partant de la base de Frédéric Chopin.

Leçon numéro 2 : le principe, c’est de célébrer

Barry Manilow n’aurait jamais pu composer « Could It Be Magic » sans un certain niveau d’exigence artistique, de capacité technique, mais surtout de capacité émotionnelle à célébrer. Sans célébration, aucune production n’est possible, dans aucun domaine.

Il y a des gens qui voient des pistes, des idées et qui décident de se comporter comme des voleurs. Ils se disent qu’ils peuvent avancer dans la vie sans être redevable à personne. Comme ils se voilent la face, ils haïssent même ceux qu’ils ont volé, dénigrent ceux à qui ils doivent tout.

C’est là conforme à une mentalité corrompue propre au capitalisme et qui est incapable de célébrer, de distinguer le juste et l’injustice, l’harmonieux du dis-harmonieux.

Et surtout, dans le mensonge il n’y a pas la capacité humaine à aller jusqu’au bout d’une entreprise.

C’est pour cela que la chanson de George Harrison « My Sweet Lord » n’est pas religieuse en réalité, mais universelle.

Leçon numéro 3 : tout le monde peut briller

Le capitalisme veut des gens efficaces pour ses propres besoins. Il dévalue tout le reste. Il est donc normal de n’avoir aucune confiance en soi pour tout ce qui compte – car cela ne compte pas pour le capitalisme.

Le premier pas est de comprendre que ce n’est pas qu’on est faible sur le plan de la créativité, de la productivité, mais qu’on a été rendu faible. Comme il est dit dans la chanson Instant Karma de John Lennon, tout le monde brille « comme la lune et les étoiles et le soleil – tout le monde ! »

Leçon numéro 4 : être authentique

On peut penser avoir raison et se planter. Mais humainement, il y a des erreurs qu’on doit assumer dans son vécu pendant des années. Il faut donc être authentique, tout le temps, sinon dans les moments d’épreuve on se voile la face et on échoue.

C’est d’autant plus vrai par rapport à soi-même. On ne peut pas produire en étant à côté de soi, ou pas entièrement soi-même. C’est vrai pour écrire une ligne, avoir une relation amoureuse, choisir un habit…

Et quand on a quelqu’un qui se trompe en face, il faut oser aller jusqu’au bout pour chercher à discuter jusqu’au bout, quitte à se faire massacrer. C’est le prix à payer parfois pour rester authentique.

La chanson « We can it work out », « On peut le faire », est un magistral appel à quelqu’un s’étant enfermé sur soi-même et ayant perdu de vue l’important, ne voyant plus pourquoi justement il y a intérêt à faire les choses…

Leçon numéro 5 : se lier à la Cause

Impossible d’avoir de l’énergie sur le plan personnel sans se lier à la Cause. Si l’on vit pas en soi, à travers les fibres de son existence, la Cause du socialisme ou l’un de ses aspects, on rapetisse et on disparaît dans l’aliénation.

Il faut savoir se plier à la Cause et s’écraser… Tel John Lennon l’a fait dans la chanson « Woman » (« Pour l’autre moitié du ciel (…) Après tout ma dette envers toi dure toujours (…) Femme je sais que tu comprends le petit enfant à l’inérieur de l’homme S’il te plaît rappelle toi ma vie est dans tes mains »).