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Société

Il ne s’agit pas d’être « pour » ou « contre » les coupures d’électricité

On se situe au niveau de la civilisation elle-même.

L’annonce de coupures d’électricité par le gouvernement, avec un plan détaillé à ce sujet envoyé à toutes les préfectures, devrait normalement interpeller les gens sur la situation de blocage que vit l’humanité. Mais, cela semble passer comme tout le reste, et c’est normal car il y a là un problème complexe qui exige un niveau de conscience adéquat.

Quand on y réfléchit raisonnablement, on se dit qu’on ne peut ni être « contre », ni être « pour » les coupures d’électricité. On voit d’ailleurs ici combien le populisme style gilet jaune renforce la logique pragmatique de la bourgeoisie qui gère les choses en fonction d’une société minée par une crise profonde.

Pour les populistes, il ne s’agit que d’une « mauvaise gestion » due à deux hommes, François Hollande puis Emmanuel Macron. Par miroir inversé, le gouvernement peut facilement s’appuyer sur la réalité de la guerre en Ukraine, mais aussi et surtout sur l’impact qu’a eu la pandémie sur la maintenance des centrales nucléaires pour dire que le problème vient de là. À « la mauvaise gestion » répond la « gestion du cours des choses ».

Au centre de ce débat, les gens normaux restent désemparés. Il a été compris qu’on avait affaire ici à un problème d’une grande complexité où s’entremêlent de nombreux aspects. A ce titre, il ne faut pas écouter la bourgeoisie qui nous parle d’une succession de crises pour mieux masquer le fait que c’est une seule et même chose qui s’appelle la crise générale du capitalisme en ce début de XXIe siècle, et qui va donc en fait marquer tout ce siècle.

De quoi relèvent les coupures d’électricité ? D’une mauvaise gestion ou d’une nécessité liée à une « conjoncture » ? Évidemment, cela n’est ni l’un ni l’autre : les coupures d’électricité, c’est l’expression émergée du crash du capitalisme, en tant que mode de production apte à reproduire la vie quotidienne des gens.

Derrière les multiples causes que sont la guerre en Ukraine et l’inflation du prix du gaz qui impact, en tant que dernier moyen de production mobilisable pour fournir de l’électricité, le prix général de l’électricité, la sécheresse estivale comme expression de l’écocide qui mine les réservoirs des barrages d’hydroélectricité, sources essentielles pour faire face aux pics de consommation hivernale, et le retard de maintenance de centrales électriques due à la pandémie, il n’y a pas une accumulation d’aspects, mais un seul et même problème qui s’exprime à travers divers phénomènes.

Cet aspect central, c’est le fait que le capitalisme se heurte à son propre blocage historique, blocage qui lui est propre car c’est bien sa dynamique d’accumulation qui a fait entrer l’humanité dans ce mur et continue à le faire en forçant le cours des choses.

C’est finalement la même chose qu’au début de la pandémie, où le confinement était critiqué par certains comme une « gestion du moyen-âge » alors même qu’il ne s’agissait pas de savoir si l’on était pour ou contre, car telle était dorénavant la situation, exigeant d’y faire face, mais de comprendre comment et pourquoi une telle situation minait l’humanité toute entière.

Et comme pour les coupures d’électricité, on trouvait là concentré en lui le réchauffement climatique, la destruction de la nature, l’enfermement et l’anéantissement des animaux, l’asphyxie de la grande ville, etc.

C’est bien là qu’on voit qu’il y a une continuité historique entre les effets de la pandémie et la cause des coupures d’électricité, renvoyant aux oubliettes la logique d’explication de « cause à effets ».

Le rapport bancal de l’Humanité a amené à la situation d’une pandémie historique, bloquant l’ensemble de la production mondiale qui, pour redémarrer dans un cadre capitaliste, donc marchand, a connu des distorsions majeures.

Distorsions qui sont le terrain à l’accentuation d’antagonismes entre puissances, donc à la tendance à la guerre de repartage… mais aussi à des pénuries en tout genre, y compris de main d’œuvre qui minent le travail de maintenance alors même que l’écocide s’exprime toujours plus, comme les canicules et sécheresses majeures de l’été 2022.

Les potentielles coupures d’électricité de l’hiver 2022-2023 ne sont donc pas un « nouveau » phénomène après la pandémie, puis après la guerre en Ukraine et à côté du réchauffement climatique, mais l’expression nouvelle d’un même phénomène, celui de la crise générale du capitalisme.

De fait, les coupures d’électricité ne posent pas la question formelle « pour ou contre », mais bien une problématique d’ordre civilisationnel de type : « comment faire pour ne plus arriver dans une telle situation ? ».

De plus, il est fort à parier que l’anarchie du capitalisme associée à la décadence toujours plus prononcée des couches dirigeantes, cette autre expression de la crise générale, vont donner, si elles ont lieu, une tournure ubuesque à ces coupures d’électricité…

La Gauche historique se doit d’être à la hauteur de sa responsabilité en posant le problème au niveau de la civilisation humaine elle-même et non pas se ranger derrière la critique populiste, ou bien derrière un pragmatisme « de gauche » proposant une « autre gestion » plus « équitable », plus « rationnelle » etc.

On ne peut ni être pour, ni être contre les coupures d’électricité, mais on se doit d’élever le niveau de conscience pour embarquer l’Humanité dans la nécessité d’une nouvelle civilisation qui s’épargnera à l’avenir les régressions qu’elle éprouve depuis maintenant trois ans et qu’elle ne va manquer d’endurer si elle ne s’émancipe par du cours des choses.

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Les fichiers clients du capitalisme sont statistiques

Le capitalisme n’a pas besoin de personnaliser, mais d’individualiser.

L’entreprise Camaïeu s’est retrouvée en faillite fin septembre 2022, fermant 511 magasins et licenciant 2111 personnes. Le processus de liquidation devait voir la vente de son fichier clients. On parle ici de 3,8 millions de clients, sur les 12 derniers mois.

Comment un tel chiffre, un tel nombre de clients, permet de se retrouver en faillite, c’est une autre histoire. Mais donc, le fichier devant être vendu n’a pas pu l’être début décembre 2022, avec le logo, le nom etc.

Finalement, il a été enlevé de la vente. La Commission nationale informatique et liberté (CNIL) a en effet expliqué qu’il fallait le consentement de chaque personne ayant donné ses informations.

Il est important de comprendre pourquoi une telle vente a pu être stoppée, et pourquoi ça ne change rien au principe.

Il est bien connu que les grandes entreprises récupèrent le maximum de données sur leurs clients. De nombreux outils gratuits qu’on trouve sur internet, comme le moteur de recherche Google, retiennent les informations ou du moins des informations.

Pareillement lorsqu’on fait un achat et qu’on fournit ses coordonnées, un profil est établi. Quand on rentre dans un magasin, il y a également des données du téléphone qui peuvent être utilisées.

Tout cela est stocké et utilisé. Les grandes entreprises raffolent de ces données, qu’elles cherchent à collecter au maximum. De manière légale, tant qu’à faire. Mais on se doute, à moins de croire en la candeur des capitalistes et au caractère incorruptible de la société capitaliste, que sous le manteau des fichiers circulent.

Rien de neuf sous le soleil et la plupart des gens s’en moquent, une minorité trouvant ça cependant très désagréable et cherchant à l’éviter le plus possible. Cela tourne également à l’obsession dans une frange petite-bourgeoise détestant le « contrôle » et le principe même de société organisée, ou d’État.

Il est toutefois quelque chose d’essentiel à comprendre, et qui est expliqué dans l’article Google, Facebook, Youtube, Instagram: la civilisation chaîne de Markov.

Les données personnelles sont recueillies, parce qu’une personne concrète les donne, plus exactement les fournit légalement.

Mais ces données deviennent ensuite individuelles pour les statistiques. Les noms et adresses peuvent disparaître, cela ne change rien. Ce que les grandes entreprises veulent, c’est une lecture des processus des choix effectués.

Si les données permettent de savoir que tant de personnes d’un macbook surfant entre 19h et 21h préfèrent acheter un pot de fleurs beige plutôt que bleu ou jaune, c’est parfait. Il n’est pas besoin d’en savoir plus.

C’est pour cela que juridiquement il y a plein d’obstacles à la rétention d’informations personnelles, mais qu’une vaste quantité d’informations individuelles circule avec l’utilisation des téléphones portables, ainsi que des ordinateurs et des tablettes.

Qualitativement les entreprises ne connaissent pas les personnes, si l’on veut, par contre elles ont une masse d’informations formant une quantité leur permettant une activité commerciale de haute intensité.

Voilà pourquoi la CNIL peut stopper la vente d’un fichier client. Cela n’empêchera pas le capitalisme de dormir!

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Coup de pression des grands laboratoires pour préserver leurs marges de profit

L’État est incapable de collectiviser ce secteur de la santé.

À partir du 14 novembre une prétendue grève est déposée par le syndicat « Alliance de la biologie médicale » (ABM), suite à la volonté du gouvernement de « récupérer » 250 millions d’euros chaque année pendant 4 ans en réduisant les tarifs des actes pratiqués par les laboratoires.

En signe de protestation, de nombreux laboratoires ont décider de fermer leurs portes en plus d’avoir suspendu les remontées du nombre de tests covid positifs. Les dirigeants des groupes de biologie médicale, représentés par l’ABM ont proposé une contribution exceptionnelle en rapport avec les profits des seules années 2020 et 2021.

Derrière cette alliance syndicale, on retrouve les plus gros laboratoires de France tels que Biogroup un leader européen avec 25 % de parts de marché dans le secteur, ou encore le groupe Inovie qui possède plus de 500 laboratoires en France et Cerba Healthcare, 600 laboratoires en France et présent dans 11 pays d’Afrique qui est également signataire de la « grève ». À eux trois, BiogroupInovie et Cerba représentent 40 % du marché.

C’est que le secteur est soumis à d’intenses fusions-acquisitions depuis les années 2000, pour arriver à une situation rapprochant chacune de ces enseignes d’une situation de monopole. En France il y avait 5000 enseignes de laboratoires en 2008, aujourd’hui elles ne sont plus que 400.

À ce titre, le chiffre d’affaire de Biogroup est passé d’un chiffre d’affaire estimé à 600 millions en 2019 à 950 millions d’euros en 2020, 1,3 milliards en 2021. Celui d’Inovie de 465 millions en 2019, à 741 millions en 2020, un peu plus de 1 milliard en 2021. Chez Cerba on est autour du milliard en 2019, 1,3 milliard en 2020 et 1,5 milliards en 2021.

On voit donc bien que les profits de ces groupes ne datent pas du covid et que la privatisation de la santé est un problème général, mais ceux-ci ont en effet augmenté de 85 % durant la pandémie.

Mais ce qu’il faut saisir, c’est que plus le capital grossit, plus d’argent est emprunté, le covid et la confiance des marchés dans ce secteur en ayant amplifié le montant. Ainsi par exemple Biogroup a emprunté un total de 2,8 milliards d’euros en 2021 afin de stabiliser son capital et pouvoir continuer sa série de rachat de laboratoires en France et en Europe.

Il y a donc d’un côté une intense activité de concurrence nécessitant toujours plus d’emprunts pour ne pas perdre sa place, de l’autre, tout ce beau monde s’organise pour la défense de leur intérêt commun à pouvoir continuer à se manger entre eux.

C’est cela que défendent les syndicats de biologistes en fermant les laboratoires qui, plutôt qu’une grève, est un véritable coup de force antipopulaire pour faire pression sur le gouvernement.

C’est un secteur qui a eu un rôle de premier ordre d’un point de vue social durant la pandémie de covid-19, mais les premières lignes étaient davantage les étudiants en médecine, les secrétaires, les employés de laboratoire, les transporteurs des écouvillons que l’Alliance de la Biologie Médicale. Si l’on parle de grève, on s’attendrait à avoir l’avis de ces personnes sur les bénéfices faits par le cartel des biologistes…

Malheureusement l’activité exemplaire de ce secteur ne permet pas une collectivisation de cette richesse pour l’ensemble du secteur de la santé : l’hôpital public, les EHPAD qui sont dans un état catastrophique.

On est face à une contradiction typique de notre époque. La pandémie avait en effet obligé le gouvernement à faire un pas dans le collectivisme en tentant de faire primer le bien-être collectif dicté par la lutte contre le virus avec la politique du « quoiqu’il en coûte ».

Désormais tout un pan de l’économie s’apprête à s’écrouler avec le retour du libéralisme débridé et l’État ne veut assumer ce qui va avec, c’est-à-dire l’austérité en rognant sur les budgets de la sécurité sociale. Alors il tergiverse et s’enfonce dans ses propres contradictions, soulevant une pierre bien trop grosse pour lui : grappiller quelques miettes de profits pour mieux esquiver la nécessité de collectiviser les laboratoires de biologie médicale.

Car collectiviser le secteur de la santé est comme ailleurs une urgence d’époque que seule la Gauche historique est en mesure d’assumer.

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Société

La crise ne fait que commencer…

C’est un processus d’effondrement général.

Après l’insouciance de l’été, voilà la rentrée qui s’impose à tous dans toute sa brutalité. Les français avaient l’impression de sortir d’une crise en continuant leurs « projets » ? C’était nier le réel, un réel où pas un secteur de la société ne vit un processus d’effondrement…

Après les pénuries de main d’œuvre en cascade qui touchent bon nombre de domaines d’activité humaine essentielle, à l’instar de l’éducation nationale, des chauffeurs de bus, les services de santé et de soin à la personne, etc., voilà que la flambée des cours de l’énergie annonce un grand chamboulement.

Si l’on regarde d’un point de vue individuel on peut se dire que le pire sera d’éventuelles coupures d’électricité, une plus grande difficulté à boucler les fins de mois, ce qui est déjà alarmant en soi. En réalité, cela va toucher, et touche déjà le cœur de la vie quotidienne.

Avec pour commencer l’impossibilité annoncée d’ouvrir pour certaines stations de ski. Pour un pays comme la France, dont une partie de la croissance est tirée par le tourisme, c’est très marquant, même si on ne va pas en vacances au ski. On l’a vu lors de la « saison blanche » 2020/2021.

Il en va de même pour les piscines municipales dont une trentaine a d’ores et déjà annoncé l’obligation de fermer à cause des prix de l’électricité, parfois dans des conditions rocambolesques où les collectivités territoriales mandataires étaient prévenues quelques jours, voir quelques heures avant la fermeture !

Pour les familles, cela va poser des problèmes pour les cours de sports scolaires et en club, rajoutant à la désorganisation générale sur fond de galères liées aux pénuries de professeurs.

Et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg car ces structures fonctionnent sur contrats établis à l’avance. Combien de stades ou gymnases municipaux vont devoir supprimer des créneaux pour ne pas utiliser l’éclairage ? Quelles autres activités du quotidien vont être touchées, au pire par une fermeture, au mieux par des « régulations » ? Les cantines scolaires vont-elles faire le même choix que cette commune de Seine-Maritime qui a choisi de rationner entre le dessert, le fromage ou l’entrée plutôt que d’augmenter le prix du repas ?

Cela va être vécu comme un véritable cauchemar, avec à nouveau des pertes d’activités, du chômage partiel qui ne pourra de toute manière pas durer éternellement, avec des faillites d’entreprises qui ne pourront pas être soutenues éternellement aussi.

Ce sont déjà de nombreuses grandes entreprises sidérurgiques qui ont annoncé une baisse de leur activité, ce qui va avoir un impact général puisque fournisseurs de matières premières. Le secteur de l’automobile qui sort à peine de la pénurie de semi-conducteurs, et qui reste miné par la sous-consommation, s’inquiète de cette inflation monstre de l’énergie, le tout formant une spirale qui s’auto-alimente jusque vers la récession.

D’autant plus qu’il est clair que la crise de l’énergie va s’installer dans le temps, la guerre en Ukraine n’étant qu’un amplificateur d’un problème d’ordre historique, pour ne pas dire civilisationnel car étant lié à la question centrale du réchauffement climatique et de la construction de nouvelles sources d’énergies moins émettrices de CO2.

Cela même sans parler du fait que justement tout est incertain, de l’issue de la guerre en Ukraine en passant par les multiples zones de poudrière qui peuvent s’embraser à tout moment. Et on aurait tort ici d’oublier les désordres au niveau de l’économie capitaliste elle-même.

Alors que les aides et autres boucliers tarifaires sont prolongés, le risque de faillites en cascades d’entreprises incapables de faire face à la fois aux remboursements de leurs PGE contractés pendant les années de pandémie et à leurs factures d’électricité menacent d’un effondrement général de l’économie capitaliste elle-même.

Et c’est tant mieux ! Enfin, cela serait tant mieux si on avait des secteurs de la population faisant preuve d’une conscience sociale et politique à la hauteur de l’époque. À l’inverse, on a le populisme et l’indifférence qui règnent. Il est frappant de voir à quel point il y a un gouffre entre l’inquiétude de la bourgeoisie qui peine à assurer son rôle de gestion et les gens qui ne se soucient de si peu et sont loin de pouvoir prendre la relève.

Ce qui devrait être pourtant compris, c’est que le capitalisme se heurte à une telle désorganisation qu’il entraîne la société toute entière dans une sorte de chaos généralisé, sans capacité d’organisation rationnelle de longue durée.

Il est un système en fin de course, condamné car reposant sur la pagaille de l’économie de marché… et c’est dans l’ordre des choses que la Gauche historique se batte précisément pour un ordre nouveau.

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Restructurations économiques

Investissement dans les semi-conducteurs en France, un pas de plus vers le Brexit à la française

La restructuration du capitalisme suit son cours.

La crise économique issue de la pandémie de covid-19 a permis de battre en brèche un mythe relativement diffusé dans certaines sphères de la critique du capitalisme, celle d’un capitalisme fondé dorénavant sur le travail immatériel.

La pénurie de semi-conducteurs qui a commencé à l’automne 2020 a rappelé que le capitalisme d’aujourd’hui restait fondé sur le même principe que celui d’hier : l’existence d’une base productive bien matérielle. Car il n’y a ni téléphones portables ni ordinateur, ni même rien d’électronique sans les puces électroniques et donc les semi-conducteurs, ces petites plaquettes de silicium sur lesquelles sont gravées des circuits intégrés.

Mais voilà, cette base productive est massivement détenue par des pays asiatiques, et notamment des industries géantes telles que Samsung en Corée du Sud et TSMC à Taïwan.

Et si cela ne posait pas de réels problèmes jusqu’à la pandémie de Covid-19, la désorganisation en chaîne a provoqué des pénuries telles qu’elles menacent la relance de l’industrie automobile et plus généralement celle de toute l’économie.

Car la production de semi-conducteurs, ce n’est pas simplement la fabrication d’objets connectés, c’est aussi la condition pour des tas de branches industrielles de pouvoir bien fonctionner.

C’est pourquoi le plan France relance 2030 a placé au centre des investissements publics ce secteur clef, en visant une base productive existante qu’est le bassin de Grenoble où se concentrent des industriels du secteur, dont le fabricant franco-italien ST Microelectronics installée depuis 1992.

Ce mardi 12 juillet, Emmanuel Macron était ainsi à Crolles pour annoncer l’investissement de 5,7 milliards d’euros d’argent public pour la construction d’une nouvelle unité productive de semi-conducteurs de 12 nanomètres sur la base d’un partenariat entre Global Foundries, le numéro 2 de la fonderie de gaufrettes de silicium, et ST Microelectronics. Elle devient l’une des plus importantes pour cette production en France.

C’est là clairement une manière d’assurer le positionnement de la bourgeoisie française sur le marché, à la fois pour donner un signal clair dans la capacité d’accumulation en France au vu du contexte explosif de la dette publique française, et à la fois pour assurer la « souveraineté industrielle » de la France.

A ce titre, on voit combien la CGT est toujours plus intégrée à la restructuration du capitalisme français, puisque les syndicats CGT de ST Microelectronics et de Soitec (un autre leader du secteur dans le bassin grenoblois) appelaient en octobre 2021 à la naissance d’un « TSMC européen »….

Et cela entre parfaitement en adéquation avec Emmanuel Macron qui est un tenant de la ligne libérale-européenne, et c’est pourquoi il a pu compter sur la présence du commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, qui a rappelé l’inscription de cet d’investissement dans un plan européen plus large , le « Chips Act » ou paquet législatif sur les semi-conducteurs.

Thierry Breton a parlé d’ailleurs de « reconquête stratégique », ce qui en dit long sur la nature de l’Union européenne, qui n’est rien d’autre qu’un organisme au service des grandes entreprises principalement françaises, allemandes et italiennes.

De fait, c’est une fois de plus une marche en avant vers le Brexit à la française, car on notera la place fondamentale des semi-conducteurs dans toute la chaîne de production industrielle, mais aussi évidemment pour les équipements militaires.

Ce n’est pas pour rien si des embargos pèsent sur la Chine pour se procurer de semi-conducteurs d’une très petite taille auprès du fondeur taïwanais TSMC, tout comme la Russie est privée par les embargos occidentaux des semi-conducteurs du sud-coréen Samsung…

Derrière la souveraineté industrielle ne se cache ni plus ni moins qu’un objectif de fortification nationaliste, en vue d’assurer l’indépendance de la bourgeoisie dans sa relance de l’accumulation du capital.

Et cela ne présage évidemment rien de bon pour les ouvriers de cette industrie, dont le travail, déjà ennuyeux, très répétitif et soumis à une hiérarchie rigide, va être de plus en plus soumis à l’unité nationale avec le capitalisme.

Une perspective qui vise ni plus ni moins qu’à assurer la place de la France en tant que grande puissance dans le monde, un monde courant droit vers la guerre…

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Guerre

Le fanatisme belliciste anti-russe du ministre français de l’Économie Bruno Le Maire

Un pas de plus vers la guerre mondiale.

La France est-elle en guerre contre la Russie ? Officiellement non, mais en pratique ce n’est pas si évident. Le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire est allé très loin mardi 1er mars 2022 dans ses propos à l’encontre de la Russie en assumant le mot « guerre » sur France info. Il a dit, avec un ton particulièrement martial :

« Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie. »

Il a précisé à quel point il voulait atteindre la Russie, et même le peuple russe, au moyen de la guerre économique.

« Nous voulons viser le cœur du système russe, nous visons Vladimir Poutine, nous visons les oligarques, mais nous visons aussi toute l’économie russe. Et le peuple russe en paiera aussi les conséquences. On ne sait pas faire autrement. »

De manière totalement fanatique, il s’est félicité de l’efficacité (selon lui) des mesures déjà prises contre la Russie, en annonçant que le but était maintenant d’enfoncer le clou :

« Nous allons donc provoquer l’effondrement de l’économie russe. »

Ces propos sont incroyablement belliqueux, en plus d’êtres délirants dans leur contenu. C’est belliqueux, car il s’agit ici d’assumer une guerre, d’écraser un ennemi et avec lui son peuple. C’est délirant car en pratique les pays du bloc formé par les États-Unis, dans lequel s’inscrit la France, n’ont aucun moyen d’affirmer pour l’instant que l’économie russe est effectivement en train de tomber. C’est de la pure propagande de guerre, pour galvaniser l’opinion, pour mettre la pression sur l’ennemi.

Mais, emporté par son fanatisme, le ministre français est allé trop loin, en assumant trop ouvertement la position du gouvernement français et sa volonté d’écraser le régime russe. Il s’est fait recadrer et de manière pathétique, il a dû atténuer ses propos en expliquant plus tard dans la journée que « le terme de guerre utilisé ce matin sur France Info était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade », en précisant que la France n’est « pas en conflit contre le peuple russe ».

Sauf que les mots ont été prononcés, et s’ils sont éventuellement maladroits, ils reflètent en tous cas l’état d’esprit du gouvernement français. Il s’agit en l’occurrence d’un alignement total sur la superpuissance américaine et sa volonté de domination mondiale, avec la confrontation à la Russie comme préalable incontournable.

La France, dans le giron des États-Unis, soutient totalement le régime nationaliste, corrompu et nationaliste-racialiste au pouvoir en Ukraine depuis 2014. Régime dont l’instauration a été soutenue par eux. La France n’en a rien à faire ni de l’Ukraine, ni du peuple ukrainien, il ne s’agit pour elle que de défendre un pré carré en le disputant à la puissance russe, elle-même tendanciellement dans le giron de la superpuissance chinoise.

D’ailleurs, l’avalanche de sanctions économiques contre la Russie a surtout comme conséquence de pousser encore plus franchement la Russie dans le sillage de la superpuissance chinoise et de renfoncer les tensions avec le bloc formé par les États-Unis. C’est la tendance à la guerre mondiale qui se dessine sous nos yeux chaque jour, comme avant 1914.

Bruno Le Maire, en tant que libéral pro-OTAN, est un défenseur acharné du capitalisme dans sa version américaine, et on voit très bien en écoutant ses propos que ce n’est que de cela qu’il s’agit. Lorsque le ministre français de l’Économie entend « provoquer l’effondrement de l’économie russe », il développe juste avant que :

« États-Unis et Europe ensemble sont de très loin le continent économique et financier le plus puissant de la planète. »

C’est là assumer l’alignement sur la superpuissance américaine. L’écrasement économique de la Russie est donc au programme du ministre de l’Économie aujourd’hui, et dans son sillage l’écrasement militaire de la Russie sera bientôt au programme de l’OTAN.

De son côté évidemment, le régime russe est très content d’une telle opposition, lui permettant d’assumer encore plus facilement ses positions, son impérialisme. La Russie peut justifier d’autant plus facilement son invasion de l’Ukraine et sa négation de la nation ukrainienne, que celle-ci est inféodée au bloc américain-européen avec le président Volodymyr Zelensky et la tendance nationaliste qu’il représente.

Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, ancien premier ministre et figure majeure du régime, a ainsi rétorqué dans la journée dans un message en français sur Twitter :

« Un ministre français a dit aujourd’hui qu’ils nous avaient déclaré la guerre économique. Faites attention à votre discours, messieurs ! Et n’oubliez pas que les guerres économiques dans l’histoire de l’humanité se sont souvent transformées en guerres réelles. »

On rappellera au passage que le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire avait quelques jours auparavant parlé de manière indécente « d’arme nucléaire financière » (à propos du système bancaire SWIFT). On nage ici en pleine folie, dans une folie monstrueuse amenant à la guerre de part la concurrence acharnée entre les pays dans tous les domaines.

Ce n’est pas une folie imputable au cerveau « malade » de quelques dirigeants, pas plus celui de Vladimir Poutine que celui de Bruno Le Maire. Il s’agit simplement d’une tendance historique, du développement normal du capitalisme qui mène inéluctablement à la guerre et la crise, à la crise et la guerre. Bruno Le Maire, tout comme Vladimir Poutine, n’en sont que les vilains instruments.

Seuls les peuples peuvent s’y opposer, en France, en Russie, aux États-Unis, en Ukraine, en prenant le pouvoir pour instaurer des régimes véritablement démocratique et populaire, avec l’internationalisme prolétarien comme seul agenda diplomatique. Il n’y a pas d’autre choix ! Le monde se précipite à l’abîme. Et la conscience sociale des gens est à zéro. L’Histoire va s’accélérer sans commune mesure – dans un sens comme dans un autre.

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Guerre

Ukraine : avalanche de sanctions économiques contre la Russie

Les puissances liées à l’OTAN mènent leur « guerre hybride » sur le plan économique.

Suite à l’invasion de l’Ukraine, la Russie subit une réponse très agressive de la part des principales puissances du capitalisme liées aux États-Unis et à l’OTAN. Via une salve de mesures, c’est la mise en place d’un véritable embargo politique et financier ayant pour but d’isoler et d’affaiblir drastiquement le régime russe.

Si ces mesures ne se situent pas strictement sur le plan militaire, il n’en reste pas moins qu’elles ont une perspective fortement hostile, typique de la guerre moderne. Il s’agit, par tous les moyens, d’affaiblir l’ennemi, de le pousser à la faute, de profiter de la situation et d’appuyer à fond sur les contradictions. Il y a là une tendance terrible qui s’exprime, menant inévitablement à une nouvelle grande guerre inter-impérialiste, une troisième guerre mondiale.

L’Union européenne a fait en sorte de limiter drastiquement l’accès de la Russie aux marchés de capitaux européens et d’interdire les exportations vers la Russie des avions, pièces et équipements de l’industrie aéronautique et spatiale, composants électroniques, logiciels, ainsi que des technologies de raffinage pour l’industrie pétrolière. Concrètement, l’État russe et les principales entreprises russes ne peuvent plus lever de dette en se finançant sur les marchés financiers européens.

La déclaration commune des États membres parle de « conséquences massives et sérieuses », avec l’objectif clair et assumé de nuire profondément à la Russie, considérée désormais unilatéralement comme une puissance ennemie. Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov sont même directement visés, avec le gel de leurs avoirs européens, autrement dit le blocage net de leurs des comptes bancaires et titres financiers dans les banques européennes.

La délivrance de visas aux Russes par les États européens est bien sûr fortement limitée. Dans le giron de l’Union européenne et de ses États membres, il faut noter les mesures, symboliques mais agressives, de suspension de la Russie de l’Eurovision et du déplacement en région parisienne de la finale de Ligue des Champions de football qui était prévue le 28 mai à Saint-Pétersbourg.

Il faut noter également la décision du Conseil de l’Europe, dont la Russie est membre, de suspendre la participation des diplomates et délégués russes aux principales instances de l’organisation. Peu connu, ce Conseil de l’Europe est une institution ayant pour but de promouvoir une idéologie européenne bourgeoise de type libéral-démocrate ; elle institue notamment la Cour européenne des droits de l’homme.

Le Royaume-Uni est particulièrement agressif dans la réponse à l’attaque russe. D’une part car la stratégie du pays est d’être le « meilleur élève » des alliés américains, donc d’agir de manière marquée en se montrant, mais aussi car le Royaume-Uni est directement concerné par l’attaque en Ukraine, notamment de part les visées qu’il avait (ou qu’il a) sur la ville d’Odessa comme base navale.

Il s’agit concrètement d’exclure totalement les banques russes du secteur financier britannique, celles-ci voyant leurs actifs gelés et sont dorénavant interdites de lever de fond. Plus de cent entreprises et conglomérats, dans tous les secteurs, sont également concernés par cet embargo financier. La compagnie aérienne russe Aeroflot (membre du même réseau qu’Air France, l’alliance Skyteam) est également interdite de vol sur le sol britannique. De nombreuses personnalités russes sont interdites de territoire.

Les États-Unis bien sûr sont également très hostiles dans leur réponse, avec des représailles financières qui « dépassent tout ce qui a jamais été fait » selon le président Joe Biden. Ce sont d’abords les banques russes qui sont visées par des sanctions. Sur le plan financer également, plusieurs grandes entreprises russes, dont le géant Gazprom, ont interdictions de se financer sur le marché financier américain ; c’est également le cas pour l’État russe lui-même, privé d’accès. De nombreuses restrictions d’exportation ont aussi été décidées, surtout concernant les produits technologiques destinés aux secteurs de la défense et de l’aéronautique.

De plus, une longue liste d’ »oligarques » russes a été établie, de manière couper les vivres et les possibilités d’achat, à tous un tas de grandes fortunes considérées comme proches de Vladimir Poutine. Ce dernier devant devenir, selon Joe Biden, « un paria sur la scène internationale ».

Dans le giron américain direct, il y a le Canada qui pareillement a dressé une liste de 58 personnes et entités russes, afin de sanctionner directement « l’élite russe ». Entre autres sont nommés les ministres russes de la Défense, des Finances et de la Justice, afin de leur empêcher toutes interactions économiques. Enfin, de manière très radicale, tous les permis d’exportation pour la Russie sont suspendus.

C’est la même chose pour l’Australie, qui vise pour sa part directement plus de 300 membres du Parlement russe qui ont approuvé « l’invasion illégale de l’Ukraine ». Du côté du Japon, en plus du gel des actifs des personnes et organisations russe, de la suspension des visas, il y a également la suspension des exportations de tout un tas de produits tels les semi-conducteurs

En arrière plan de toutes ces mesures, il y a la menace brandie de couper la Russie du réseau interbancaire Swift, le système qui permet à l’immense majorité des banques mondiales d’échanger entre elles. De manière furieusement belliciste, le ministre des Finances français Bruno Le Maire a d’ailleurs fait à ce sujet un parallèle indécent avec l’arme nucléaire.

D’abord, il a expliqué l’enjeu :

« Toutes les options sont sur la table. Il reste que quand on a une arme nucléaire financière entre les mains [c’est-à-dire l’exclusion du système Swift], on réfléchit avant de l’utiliser. »

Puis il a expliqué que la France était justement favorable à l’utilisation de cette « arme nucléaire financière »…

Voilà donc le panorama actuel, avec une tendance à la guerre extrêmement marquée. L’Ukraine, prise au piège, servant ici de prétexte, les puissances liées à la superpuissance américaine profitant de l’occasion pour infliger des coups à la puissance russe concurrente et surtout à la couper du monde « occidental ».

Celle-ci, tout autant belliciste, se voit directement poussée dans le giron de la superpuissance chinoise, maintenant sur le plan économique et financier, et bientôt sur le plan strictement militaire. Tout cela dessinant de manière très nette les contours de la grande bataille pour le repartage du monde à venir avec deux grands blocs s’affrontant.

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Guerre

Guerre : l’économie mondiale en panique

L’invasion de l’Ukraine précipite la crise économique.

La Bourse de New York a ouvert jeudi 24 février à 15h (heure de Paris) en forte baisse, l’indice Dow Jones poursuivant son effondrement dès la première demi-heure (une perte de 630,6 points, soit 1,9%). Idem pour le Standard & Poor’s 500 (-1,97%) et le Nasdaq Composite (-1,91%).

C’est que la crise est totale. L’ordre mondial est chamboulé et la panique est générale. En pénétrant militairement en Ukraine, Vladimir Poutine a fait bien plus que déclencher une guerre : il précipite définitivement le monde dans une grande crise, sur tous les aspects, y compris donc économique.

La lame de fond balaye tout et si on ne regarde que l’économie américaine, la plus grande puissance mondiale, on voit qu’avant même l’ouverture de la bourse, c’était un tremblement de terre jeudi 24 février. Les plus importantes capitalisations telles Apple, Alphabet (Google) et Microsoft était en recule important (respectivement -4,05%, -2,38% et -3,04%).

Mais au-delà de ces chiffres relatifs et circonstanciels, il y a surtout que l’économie mondiale était déjà sur des sables mouvants, tenue à bout de bras par les banques centrales mondiales dopant artificiellement les marchés à coup d’argent magique par milliards. La promesse d’une sortie imminente de crise sanitaire servait de ciment à l’immense mensonge de la croissance revenue, ou revenant, mais la guerre en Ukraine vient clairement doucher les espoirs du capitalisme.

Là où la crise est le plus marqué, c’est en toute logique dans le secteur de l’énergie, qui est déjà en très forte tension depuis le début de la crise sanitaire. Cela fait des mois que les prix sont hauts, voire très hauts, alors que les difficultés d’approvisionnement et de production ne font qu’alimenter encore plus l’inflation des prix. La guerre en Ukraine vient encore plus précipiter les choses et accélérer la crise.

Le baril de pétrole WTI américain a dépassé le seuil symbolique des 100 dollars. Idem pour le baril de Brent de la mer du Nord atteignant les 105 dollars, alors qu’il ne passait pas la barre des 90 dollars la semaine dernière (il était à 66 dollars début décembre 2021 et il descendait sous les 15 dollars au printemps 2020). L’explosion des prix de ces deux valeurs pétrolières directement due à l’annonce de la guerre est de plus de 7 % ; ce n’est probablement qu’un début.

Ce qui affole les marchés et le cours des valeurs énergétique, c’est bien sûr le fait que la Russie est l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole. Il y a la crainte de ruptures, ou en tous cas de difficultés majeures d’approvisionnement. En cas de rupture majeure, les autres grands pays producteurs ne pourraient véritablement compenser. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne le gaz russe, dont le monde entier est dépendant. La Russie est le premier exportateur mondial de gaz naturel.

La France en est totalement dépendante, comme l’a rappelé le groupe TotalEnergies. Le président du groupe a même prévenu : «Si le gaz russe ne vient pas en Europe, on a un vrai sujet de prix du gaz en Europe». De fait, les prix ont déjà explosés, de 40% à 50 % sur la journée. C’est gigantesque et il faut prendre la mesure d’une telle situation. Le monde a véritablement changé, la crise se précipite.

Toutes les chaînes industrielles sont concernées directement, ainsi que le logiquement le transport, qui est lui aussi déjà en crise. La panique est immense également jeudi 24 février sur les marchés concernant les matières premières, tels l’aluminium, le blé ou le colza qui ont battu des records.

De fait, les principales places boursières européennes ont connu un petit « jeudi noir ». La bourse de Paris a clôturé en forte baisse de 3,83% après un pic à -5% en milieu de journée. Même chose à Francfort (3,96%), Milan (-4,10%) et Londres (-3,82%). Les Bourses russes quand à elles se sont effondrées de plus de 30%.

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Société

Emmanuel Macron et la soviétisation au moyen de l’argent magique

La crise impose la socialisation.

C’est un post sur Twitter – ce réseau social véritable plaie où prolifère les avis consommateurs – de quelqu’un relevant de la mouvance anti-pass et anti-vax. En apparence, c’est totalement délirant et d’ailleurs des gens de gauche s’en moquent. En réalité, cela exprime une profonde vérité : la socialisation de l’économie.

C’est en fait un thème récurrent de la petite-bourgeoisie. Elle déteste les grandes banques à la fois par anticapitalisme et par refus de ce qui est général, universel. D’un côté le petit-bourgeois relève du peuple et il n’aime pas les grands capitalistes. De l’autre, il a une mentalité de petit capitaliste et entend préserver la concurrence, d’où le refus et le panique devant ce qui a une dimension sociale générale, complète, socialiste.

C’est cela qui explique pourquoi, pour l’auteur de ce post sur Twitter, Emmanuel Soviet contribue à la « soviétisation des entreprises ». Puisque en effet l’argent magique est public, il est socialisé, il relève de toute la société. Et comme il relève de toute la société en maintenant des entreprises en vie, il transforme celles-ci dans leur substance parce qu’elles existent, à l’arrière-plan, en substance, par ce qui relève de toute la société, de ce qui est collectif.

C’est donc une réappropriation collective de ce qui est particulier et c’est exactement ce que déteste la petite-bourgeoisie qui entend préserver sa petite propriété coûte que coûte.

On remarquera que le petit-bourgeois est ici conscient de la crise : il sait qu’il ne peut pas y avoir de retour en arrière et voilà pourquoi il est d’autant plus hargneux, haineux, paranoïaque. Il sait qu’à un moment il faudra établir une comptabilité et que là rien n’empêche, sur le papier, que la société dise : j’ai porté tout cela à bout de bras, c’est donc à moi.

C’est d’ailleurs ce que la société devrait faire et ce qu’elle fera lorsque la Gauche historique se sera reconstituée. La privatisation des profits et la socialisation des pertes est une véritable contradiction s’exprimant ouvertement dans le cadre de la pandémie.

Cependant, c’est seulement une tendance, du moins pour l’instant. Le Parti Communiste Révolutionnaire de France vient par exemple de sortir son programme et il affirme cette chose tout à fait fausse :

« Dans la France contemporaine, on peut compter un nombre important de puissants monopoles (Vivendi, BNP-Paribas, Lagardère, Michelin, Bouygues, LVMH, Carrefour, Total, Renault, etc.).

L’oligarchie financière accapare pour elle seule l’État.

Ce dernier joue un rôle économique déterminant, par le financement public et la prise en charge des secteurs non rentables pour les capitalistes mais indispensables à l’économie. De plus, le dépeçage des services publics tels que la santé, la poste, l’énergie, les transports, l’éducation ou la recherche, pour en livrer les secteurs rentabilisables au privé, constitue aussi des réponses aux besoins d’augmenter les profits des monopoles. »

On comprend le problème tout de suite: si l’État est entièrement au service des monopoles, alors pourquoi y aurait-il besoin de privatiser ? Et, également, pourquoi y aurait-il encore des droits sociaux ?

Il y a ici une confusion, en raison d’un mode de raisonnement unilatéral typiquement petit-bourgeois (puisque celui-ci « fusionne » l’ouvrier et le bourgeois pour ainsi dire en lui-même) entre ce qui est une tendance et ce qui est un fait accompli.

Et c’est la même confusion qui est au cœur de celui pour qui Emmanuel Macron est un communiste. Que la socialisation de l’économie soit une tendance historique, c’est un fait, et justement il faut que la Gauche historique l’assume… Mais si on l’imagine déjà accompli ou quasiment, alors on déraille et comme les fascistes, on pense que le capitalisme dans un régime libéral équivaut à une sorte de tyrannie communiste… Ce que disaient précisément les fascistes italiens et les nazis allemands.

On n’en pas fini, en fait, de parler de l’argent magique. Tout simplement parce qu’il n’est pas magique du tout…

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Société

« D’où vient l’argent ? »

La Direction générale du Trésor a publié un article typique, à propos de l’argent magique et de la question de la crise.

La Direction générale du Trésor a un rôle fondamental pour la marche du pays. Il s’agit ni plus ni moins que de gérer les caisses de l’État, par le biais d’analyses, de conseils aux ministères, mais aussi et surtout de la gestion de la dette publique.

En l’occurrence, cette question de la dette est épineuse. Comme chacun le sait, l’État a fait le forcing face à l’impact des mesures sanitaires sur l’économie, en mettant des paquets d’argent sur la table. Sauf que, bien entendu, c’est de l’argent que l’État n’a pas. On parle ici en dizaines de milliards d’euros rien que pour la France.

Personne de censé ne peut se dire que c’est là une bonne chose, que tout va bien. Il y a concrètement une panique à ce sujet, y compris au sein même de la bourgeoisie. Alors la chef économiste de la Direction du Trésor assure le service après vente, via un article intitulé « D’où vient l’argent ? », article qui a été bien sûr relayé par la presse type Le Figaro.

Et donc, la chef économiste de la Direction du Trésor Agnès Bénassy-Quéré raconte qu’il n’y aucune raison de s’en faire. La panique serait injustifiée, les questions redondantes des gens au sujet de cet argent seraient infondées. Tout va très bien, Madame la marquise…

Son argumentation est ultra simple : l’État s’est endetté grâce à l’épargne des ménages qui ne demandait qu’à servir. L’État pourra tranquillement rembourser, car l’économie repart comme si de rien grâce à ce même argent.

Voici ce qu’elle dit un peu plus en détail :

1. Avec la crise sanitaire, il y a eu un déficit de consommation de la part des gens, et donc un surplus d’épargne ;

2. Les banques se sont servies de cet épargne pour prêter à l’État (via la BCE) ;

3. L’État a injecté cet argent dans l’économie, ce qui a permis aux ménage de ne pas perdre d’argent, et ainsi la boucle est bouclée !

Quelle blague !

Un tel raisonnement, de la part de l’administration officiellement chargée des questions économiques en France, est assez incroyable tellement tout cela est insensé. L’État aurait payé les ménages avec leur propre argent, mais ce même argent proviendrait justement de ce que l’État a payé !

A moins que les gens aient vu leur épargne fondre pour payer la crise, ce qui n’est pas du tout le cas, alors forcément il y a quelque chose qui cloche.

Ce que tente de nous « expliquer » la chef économiste de la Direction du Trésor dans son article « D’où vient l’argent » est que l’argent n’a en fait aucune valeur. Les États et les banques pourraient jouer des écritures comptables à leur guise sans que cela ne pose problème… Bien évidemment, cela est faux, archi-faux.

On ne peut pas stopper la productions de richesses, de valeurs, de marchandises, pendant plusieurs semaines, puis simplement ensuite faire circuler des chiffres entres des comptes en banques (depuis les banques, vers la Banque centrale européenne, vers l’État, puis vers les banques), et dire: tout va bien.

Ce qui s’est passé, et c’est quelque chose de très connu, c’est que la Banque centrale européenne a inventé de l’argent. Ni plus ni moins. Elle a effacé d’un coup de clavier des dettes d’État, soit disant en « rachetant » ces dettes, ce qui revient en fait à créer de l’argent.

Bien sûr, Agnès Bénassy-Quéré ne nie pas cela. Elle en parle, mais elle fait comme s’il ne s’agissait que d’une petite astuce technique. En réalité, il a été joué avec le feu. Ces masses d’argent tirées du chapeau par la Banque centrale européenne – et donc par les États, car ce sont eux qui contrôlent la banque centrale – aura, et a déjà, des répercussions.

La plus evidente, c’est l’inflation. Pas encore en France pour l’instant, quoique le problème se pose déjà en partie si l’on regarde l’économie dans le détail, mais déjà dans la plupart des pays riches. A commencer par les États-Unis (qui ont fait pareil en créant des dollars) où l’inflation est à l’heure actuelle alarmante.

Mais plus profondément que cela, ce qu’ont fait ces économistes jouant avec l’argent, c’est abîmer la valeur de l’argent lui-même, en lui ôtant son rapport avec la réalité de l’économie. Ce n’est pas quelque chose de nouveau et nous savons déjà a quel point il y a depuis des années toute une économie de la spéculation (ce que l’on appel en finance le marché secondaire) jouant dangereusement avec la valeur de l’argent.

C’est toutefois réalisé ici avec une ampleur inégalée historiquement, sur un laps de temps très très court, et de surcroît partout dans le monde.

C’est explosif, c’est ni plus ni moins une situation de crise avec un risque d’effondrement monétaire (en plus des risques économiques plus traditionnels que sont l’inflation, la perte de productivité, la baisse du PIB relativement à son niveau d’avant-crise, la perte de confiance en l’économie, etc.).

Le petit article « D’où vient l’argent ? » de la Direction générale du Trésor vaut donc le détour, avec son langage à la fois enfantin et ultra-technique. C’est un cas d’école de comment les institutions et les cadres de la bourgeoisie sont en vérité totalement dépassés par la situation. Cela en rajoute au fait que nous sommes dans une situation de crise.

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Société

McDonald’s en crise, tout un symbole

Et cela avec 40 milliards d’euros d’endettement.

Dans le dernier numéro de la revue au format PDF « Crise », qui analyse ce qui est considéré comme une « seconde crise générale du capitalisme », on apprend que les 1250 restaurants britanniques de McDonald’s ne sont plus en mesure de proposer de milkshakes en raison des pénuries. Tiens donc, une telle chose est possible? On parle de McDonald’s tout de même, l’une des multinationales les plus puissantes et, il est vrai, également les plus endettées.

McDonald’s ouvre en effet des magasins à crédit, considérant que l’expansion est inévitable, ce qui amène ainsi une dette de… 40 milliards d’euros!

Mais donc, McDonald’s fait face effectivement à des pénuries en Grande-Bretagne, si l’on cherche des informations à ce sujet. C’est dû aux difficultés d’approvisionnement: les contacts de malades du covid doivent s’isoler et la chaîne logistique est cassée… et les pénuries s’installent. Le Brexit n’aide pas, évidemment, car cela a produit le manque de 100 000 chauffeurs routiers en raison des contraintes administratives…

Donc, pas de milkshakes et là même c’est le Coca Cola en canettes qui commence à manquer à l’échelle du pays!

Mais McDonald’s n’a pas que des soucis d’approvisionnement. Il manque également du personnel, comme d’ailleurs dans la restauration en général. Beaucoup de gens sont partis car ils n’étaient plus dans l’élan les amenant à réaliser un travail harassant et mal payé. C’est vrai dans tous les pays où il y a un certain niveau de vie et où on se dit qu’on peut bien trouver autre chose.

En Grande-Bretagne, de très nombreux postes sont vacants et les restaurants McDonald’s lancent de multiples appels. Au Canada, des restaurants McDonald’s propose mille dollars de bonus à l’embauche et 400 dollars si l’on présente quelqu’un qui est par la suite embauché. Aux Etats-Unis, dans l’Oregon, un McDonald’s propose même d’y travailler désormais dès l’âge de 14 ans.

En France, on n’a rien de tout cela. On se souvient de la ruée sur les ventes à emporter au moment des assouplissements du confinement. McDonald’s est d’ailleurs intouchable en France. Tout le monde trouve cela très bien et même, beaucoup de gens attendent impatiemment un McDonald’s de par chez eux pour trouver de l’emploi. McDonald’s a une image familiale, de fournisseur de satiété, d’une certaine accessibilité populaire, d’une forme de prospérité économique…

C’est pourtant le scénario catastrophe que McDonald’s: les animaux sont massacrés industriellement pour une nourriture plus que critiquable au niveau diététique, tout cela avec des employés mal payés pour un travail répétitif, borné, épuisant psychologiquement. C’est vraiment un mélange d’oppression et d’exploitation, et si on ajoute la déforestation réalisée pour produire des aliments pour les animaux mangés ensuite, on a un scénario apocalyptique.

Et cet apocalypse est en expansion, ce qui n’est pas possible, à un moment cela s’effondre, et le recul provoqué par la pandémie va frapper un grand coup. McDonald’s a eu un chiffre d’affaires qui a reculé de 20% en 2020. Il a relancé la machine, notamment avec les livraisons, mais c’est fragile… Il faut d’autant plus commencer une dénonciation de cette production-consommation typique du capitalisme du vingtième siècle.

La crise économique doit s’accompagner d’une bataille des valeurs!

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Politique

Impôt mondial: communiqué d’Attac dénonçant une « non-avancée historique »

L’organisation Attac a représenté dans les années 2000 la quintessence de tout un courant « altermondialiste » en France, critiquant le libéralisme économique en affirmant qu’il était possible de réguler le capitalisme en s’attaquant notamment à l’évasion fiscale.

Il est tout à fait logique qu’Attac ait porté une grande attention à l’accord des ministres des Finances du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) au sujet d’un taux d’impôt minimal mondial sur les sociétés. C’était historiquement, pour résumer dans les grandes lignes, la grande revendication d’Attac… Et c’est en 2021 un grand échec.

L’organisation est obligée de constater dans son communiqué du samedi 5 juin 2021 que tout cela ne rythme à rien. Le problème de fond est contourné par à un discours « ultra » où il est prétendu qu’il faudrait encore « plus ». En réalité, on comprend à la lecture du communiqué qu’il n’y a pas grande chose à attendre de ce genre de considération.

L’altermondialisme s’est imaginé durant les années 2000 pouvoir contourner la lutte des classes et la bataille du socialisme pour dépasser le capitalisme. En 2021, il apparaît de plus en plus évidant qu’aucune avancée n’aura lieu sans la lutte des classes et la bataille du socialisme pour dépasser le capitalisme.

Voici le communiqué d’Attac que l’on sent plein d’amertume :

« Taux de 15 % sur les multinationales : une non-avancée historique

Les ministres des finances du G7 ont donné leur accord à l’instauration d’un taux d’impôt minimal mondial sur les sociétés (IS) d’« au moins 15% » (communiqué commun publié samedi 5 juin [1]). La satisfaction qu’ils ont affichée et leur empressement à présenter cette décision comme une « avancée historique » montre qu’aucun ne veut faire plus et mieux. En réalité, l’histoire retiendra surtout que, dans une période exceptionnelle, et alors que le nouveau Président des États-Unis avait lui-même proposé un taux minimum de 21 %, cet accord constitue une réelle « non-avancée ».
 
Le bénéfice à attendre de cette mesure est marginal à court terme : il atteindrait 2,5 à 4 milliards d’euros au maximum en France contre 16 milliards avec un taux de 21%. A long terme, il peut même être négatif. Certes, des recettes peuvent être dégagées par l’application de ce taux aux multinationales du numérique et à celles présentes dans des paradis fiscaux : encore faut-il s’assurer qu’il n’y aura aucune fuite de base imposable… Mais surtout, ce faible taux continuera par ailleurs de nourrir l’intense concurrence fiscale qui se traduit, notamment, par une course à la baisse des taux nominaux et réels de l’IS. Les données de l’OCDE [2] montrent que le taux légal moyen de l’IS a déjà fortement baissé : il a reculé de 7,4 points entre 2000 et 2020. Elles montrent aussi [3] que, sur 36 pays étudiés, seuls 3 (L’Irlande, le Chili et la Hongrie) présentent un taux nominal d’IS inférieur en 2021. Les gouvernements des pays qui présentent un taux nominal plus élevé pourraient arguer qu’il faut s’aligner sur ce taux de 15 %. Avec pour conséquences des pertes budgétaires importantes et une aggravation de l’injustice fiscale et sociale.
 
Par ailleurs, rien n’est précisé sur l’assiette sur lequel il sera calculé. Les travaux menés au sein de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) montrent qu’il existe une possibilité selon laquelle ce taux ne s’applique qu’à une partie des bénéfices. Ce qui réduirait d’autant plus le faible intérêt de ce taux. Cette crainte est d’autant plus fondée que le communiqué du G7 finances évoque « une solution équitable sur l’attribution des droits d’imposition, les pays du marché se voyant attribuer des droits d’imposition sur au moins 20 % des bénéfices dépassant une marge de 10 % pour les entreprises multinationales les plus grandes et les plus rentables ». Le bénéfice sur lequel se calculerait ce taux risque donc d’être bien réduit… Il y a cependant fort à parier que les États et les intérêts perdants (car il y en a tout de même) feront pression sur les futures négociations, quand bien même ils ont eu satisfaction sur une grande partie de leurs demandes… Enfin, suivant la méthode de répartition et de calcul retenue, cet accord pourrait surtout bénéficier aux pays riches et oublier les pays pauvres et en développement si la répartition du léger surplus s’effectue vers les pays où les multinationales ont leurs sièges.
 
Ce projet de taux minimum d’IS de 15 % montre que la volonté politique de combattre l’évasion fiscale et de faire en sorte que chacun paie sa « juste part » est déficiente. C’est donc une occasion manquée dans un contexte où les États ont tous besoin de ressources supplémentaires et de cohésion sociale. En choisissant un taux plus bas que celui proposé par Joe Biden, les gouvernements ont raté une occasion qui, pour le coup, aurait pu constituer une véritable avancée. Ils ont de facto choisi de ne pas se dégager de marges de manœuvre supplémentaires pour faire face aux conséquences de la crise et aux enjeux sociaux et écologiques. Ils ont également choisi de maintenir des différences entre les grands groupes et les PME, qui subissent de longue date un taux réel d’imposition supérieurs. En d’autres termes, faisant le choix du taux minimum le plus bas possible (2,5 point au dessus de celui de l’Irlande…) mais le maximum en termes de communication, ils ont fait le choix du maintien de l’injustice fiscale et sociale.

Au fond, la seule nouveauté aura été de parvenir à un accord sur un sujet important. Pour Attac, la perspective d’un taux mondial minimum à 25 % calculé sur l’ensemble des bénéfices aurait constitué une avancée majeure. Plus que jamais, une taxation unitaire, calculée sur l’ensemble des profits mondiaux et répartie selon des critères objectifs, permettrait de neutraliser la concurrence fiscale et de combattre l’évasion fiscale, tout en donnant de réelles marges de manœuvre aux États pour financer les enjeux sociaux, écologiques et économiques auxquels ils font face.

Notes

[1] Policy paper, G7 Finance Ministers and Central Bank Governors Communiqué, Updated 5 June 2021.

[2] OCDE, Statistiques sur l’impôt sur les sociétés, deuxième édition, 2020.

[3] Overall statutory tax rates on dividend income, OCDE.stat »

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Société

«Le souvenir de la bulle internet de la fin des années 1990 refait surface»

Dans son rapport trimestriel publié lundi 1er mars 2021, la Banque des règlements internationaux (BRI) pointe du doigt une envolée sans précédent sur les marchés financiers et dénonce des coups de folies. Elle fait ouvertement référence à la bulle internet de la fin des années 1990.

La BRI est une société détenue par les plus importantes banques centrales mondiales, c’est une sorte de garant de la coopération de l’ensemble des monnaies. L’une de ses principales mission est de garantir la stabilité monétaire et financière mondiale et il y a justement à ce propos un vent de panique.

La « banque des banques centrales » ne peut en effet que constater à quel point les prix de certains actifs se sont envolés au cours des derniers mois, ainsi que l’augmentation des introductions en bourse. Autrement dit, il y a énormément de spéculation et beaucoup de risques sont pris en conséquence des plans de relances faramineux des États, alors que les entreprises sont extrêmement endettées et que les conditions d’accès à l’emprunt sont extrêmement facilitées.

Il y a ainsi des fondations fragiles, sur lesquels viennent se produire des mouvements financiers irrationnels à grande échelle. Il est par exemple cité dans le rapport, sans le nommer explicitement, l’exemple de Signal. On se rappelle que le patron de Telsa, le très médiatique Elon Musk, avait incité les gens à utiliser l’application de messagerie Signal en lieu et place de WhatsApp. Cela avait immédiatement engendré une flambée de l’action « Signal Advance », de 11 560 % en 4 jours… Sauf que l’entreprise en question n’a rien à voir avec l’application Signal et son cours s’est ensuite effondré de 92 %.

L’entreprise Telsa est d’ailleurs elle-même un cas d’école. Sa valorisation est énorme, son action a bondi de près de 1000 % en un an, mais cela repose essentiellement sur du vent, de la communication, alors qu’elle ne produit que quelques centaines de milliers de voitures contre des millions pour les grands groupes du secteur.

La Banque des règlements internationaux est également très inquiète de la possibilité de grands mouvement financiers coordonnés par des petits investisseurs privés, en fait des boursicoteurs se concertant sur les réseaux sociaux. Il y a bien sûr l’épisode récent de l’action GameStop (une chaîne de magasins de jeux vidéos, qui possède l’enseigne Micromania en France) où des « petits » ont empoché des millions et coûté quelques milliards de dollars à des gros fonds de pensions.

Tout cela n’a bien entendu aucun rapport avec l’économie réelle (par exemple l’entreprise GameStop est extrêmement endettée et n’a aucune perspective), et relève d’une profonde irrationalité. L’exemple le plus flagrant est la folie des « cryptomonnaies », avec surtout le bitcoin dont le cours atteint des sommets astronomiques. Il ne s’agit aucunement d’une monnaie et cela n’a absolument aucune valeur à part être un actif ultra spéculatif ne servant… qu’à spéculer.

Il y a en fait dans l’économie tellement de richesses que celles-ci ne savent même plus où se diriger ni comment se diriger et cela part dans les tous les sens. Ce n’est pas nouveau, mais la pandémie ayant mis un coup d’arrêt à l’économie, cela a brusquement généré des quantités massives d’épargne, c’est-à-dire de capital, du patrimoine privé, cherchant à se placer.

Et comme l’économie de la finance réagit essentiellement à des tendances, et non pas à des valeurs réelles, alors puisque l’économie repart, cela génère des tendances à la hausse et donc des emballements spéculatifs. Le mouvement est bien sûr renforcé par la perspective des plans de relances des États et l’action monétaire forcenée des banques centrales. Cela est forcément très inquiétant pour qui regarde les choses avec sérieux et ce n’est donc pas pour rien que la Banque des règlements internationaux parle d’un « souvenir de la bulle internet de la fin des années 1990 [qui] refait surface ».

Il ne va pas suffire de grand-chose pour que le château de carte s’effondre ; la perspective d’un grand crash boursier ou d’une grande crise financière mondiale est une actualité tout à fait concrète pour le capitalisme.

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Politique

Annulation de la dette publique: la baguette magique plutôt que la lutte des classes?

Une poignée d’économistes européens dont le français Thomas Piketty ont publié une tribune pour réclamer l’annulation de la dette publique détenue par la Banque centrale européenne. C’est du populisme, qui vise à faire perdre du temps pour éviter à tout prix la lutte des classes.

Un coup de baguette magique, et hop disparus les près de 25 % de la dette publique européenne qui sont détenus par la Banque centrale européenne (BCE) ! La proposition a l’air farfelu, et elle l’est, mais Thomas Piketty et ses amis ont pourtant de l’audience. À tel point que la Présidente de la BCE a dû elle-même leur répondre dans une interview au Journal du dimanche le 7 février.

Ce que rétorque Christine Lagarde est très simple :

« L’annulation de cette dette est inenvisageable. Ce serait une violation du traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des États. Cette règle constitue l’un des piliers fondamentaux de l’euro. Le traité européen a été accepté et ratifié librement et volontairement par les États membres de l’Union européenne. »

En effet, ce serait de son point de vue une catastrophe. Si les États européens s’amusent ouvertement à annuler des morceaux de dette (on parle ici de 2 500 milliards d’euros), cela aurait des répercussions immenses sur la monnaie et la capacité des États à emprunter de l’argent.

Une monnaie n’existe pas par elle-même, comme une abstraction coupée de la réalité. La monnaie est le produit de rapport économiques et politico-culturels complexes qui font qu’il y a une confiance en elle, en son fonctionnement, en sa capacité à représenter de la valeur, c’est-à-dire des richesses, des marchandises, des services, etc.

Si les États européens décident unilatéralement d’effacer un pan entier de leur dette publique respective sous prétexte qu’elle est détenue par la BCE, cela revient à casser les règles du jeu. Il ne s’agit pas ici d’être « pour » ou « contre », mais simplement de comprendre comment fonctionnent les choses.

S’il y a un traité européen interdisant strictement le financement monétaire des États comme l’explique Christine Lagarde, c’est pour une raison très simple. Les États européens ont créé la BCE pour faire de l’euro une monnaie reconnue mondialement, considérée comme solide, fiable, inspirant confiance, etc. La moindre des choses dans ce cas est donc de ne pas faire disparaître des euros par enchantement…

Thomas Piketty et ses amis économistes européens expliquent pourtant dans leur grande sagesse que ce n’est pas un problème. La BCE appartenant aux États européens disent-ils, ceux-ci n’auraient qu’à annuler leur propre dette. Voici comment ils le formulent :

« Les citoyens découvrent, pour certains avec effarement, que près de 25 % de la dette publique européenne sont aujourd’hui détenus par leur Banque centrale. Nous nous devons à nous-même 25 % de notre dette et si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs, soit en réempruntant pour faire « rouler la dette » au lieu d’emprunter pour investir, soit en augmentant les impôts, soit en baissant les dépenses. »

Cela est doublement faux, et relève d’un populisme outrancier. C’est faux et populiste, car les économistes écrivant cela savent très bien que la BCE est indépendante juridiquement. Ce n’est pas une indépendance politique évidemment, mais ce qu’il faut comprendre, c’est que la BCE ne consiste pas en une sorte de compte en banque géant des États européens. « Nous » ne nous devons pas à « nous-même » 25 % de « notre dette » comme il est prétendu, car ces « 25 % de dettes publiques » détenus par la BCE n’appartient aucunement aux États européens. Cela n’aurait aucun sens d’être à la fois débiteur et créancier de la même dette, et on se demande comment ces économistes s’imaginent faire avaler de telles salades à la population.

Leur explication est fausse également car au sens strict, la BCE ne détient pas réellement cette dette dont il est question. On rentre ici dans un aspect très complexe, que se gardent bien d’évoquer Thomas Piketty et ses amis, mais c’est un point important.

Ce qui se passe en réalité, c’est que la BCE fait une création de monnaie pour acheter des morceaux de dette publique sur les marchés financiers. Elle le fait à grande échelle depuis de nombreuses années, ce qui à force représente des centaines de milliards d’euros. Ces milliards d’euros sont injectés dans l’économie, surtout dans les marchés financiers, et les morceaux de dette « détenus » par la BCE servent alors à justifier cet argent (c’est une sorte de garantie par équivalence).

Encore une fois, il ne s’agit pas d’être « pour » ou « contre », mais de comprendre comme les choses fonctionnent. Et ce qu’il faut comprendre ici, c’est que quand il est question de la dette publique « détenue » par la BCE, il est question de la monnaie « euro » elle-même et de sa valeur comme marchandise sur les marchés financiers.

Si la BCE annulait la dette publique des États européens (ce qu’elle n’a juridiquement pas le droit de faire de toutes façons on le rappelle), cela reviendrait à ce qu’elle dise : « en fait, un euro ne vaut pas réellement un euro, car nous changeons les règles du jeu et nous annulons 2 500 milliards d’euros sans équivalence par ailleurs ».

Cela paraît peut-être complexe à comprendre, mais au fond c’est très simple. Si les États sont endettés, c’est qu’il y a à un moment quelqu’un qui leur a prêté de l’argent. Une dette correspond forcément à quelque-chose, c’est la représentation d’une valeur.

La BCE s’immisce dans cet échange en monétarisant une partie immense de cette dette (en la « rachetant »), mais cela ne change strictement rien au problème. La BCE, quand elle « possède » de la dette publique, n’est qu’un intermédiaire. Elle ne peut pas faire « disparaître » par enchantement cette dette, sans qu’il ne se passe rien et que tout le monde y gagne comme le prétendent les économistes magiciens !

On peut très bien, et il le faudra, par la lutte des classes, faire un grand ménage et considérer que des pans entiers de la dette soient confisqués à ceux qui la détiennent. Seulement, c’est là une décision politique, qui revient à faire payer des gens en particulier. Posséder une dette (en fait une créance, une « dette » d’un État), dans l’économie actuelle, c’est posséder un actif, c’est-à-dire une richesse en tant que telle. On peut donc tout à fait confisquer des richesses, et donc confisquer les morceaux de dette publique à ceux qui la possèdent.

Mais pour cela, il faut la lutte des classes, il faut la classe ouvrière organisée et déterminée à prendre le pouvoir économique et politique à son compte, mettant en place de nouveaux rapports sociaux de manière démocratique. C’est une tâche ambitieuse, d’une ampleur immense, impliquant des changements en profondeurs qui sont le fruit d’un acharnement politico-culturel de longue haleine contre la bourgeoisie qui fera tout pour empêcher cela, car elle ne veut pas se faire confisquer ses richesses.

Cela n’a rien à voir avec les élucubrations populistes des économistes à la baguette magique, qui sont surtout des petits-bourgeois ayant une peur bleue de la lutte des classes !

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Prolongement des suppressions d’emploi, prémisse d’une crise économique de grande ampleur

L’économie française n’a pas encore sombré, mais la pression de la crise continue de se faire sentir.

Le nombre de plans de sauvegarde pour l’emploi (PSE, obligatoire lors d’un licenciement de 10 personnes ou plus dans des entreprises de 50 personnes ou plus) entre le premier mars et le 13 septembre est de 394, contre 249 l’an passé sur la même période. C’est une augmentation de 58% et cela donne concrètement 57 000 destructions d’emploi qui sont envisagés, alors qu’ils n’ont été que 18 000 sur la même période l’an passé.

C’est énorme, mais ce n’est qu’un premier aperçu de la crise qui s’annonce. En effet, des pans entiers du capitalisme sont encore sous perfusion, avec de l’argent public qui masque pour encore quelques mois, ou quelques semaines, des difficultés économiques bien réelles. Par exemple, il y a encore (au 23 septembre) 1,3 millions de salariés dont le salaire est en partie pris en charge par l’État dans le cadre du chômage partiel, contre 9 millions au plus fort de la crise.

Il faut ajouter à cela les prêts garantis souscrit par des milliers d’entreprises, dont une grande part d’entre elles ne pourra le rembourser et sombrera, ainsi que les mesures de suspensions de charge ou d’aides diverses, qui vont précipiter énormément d’entreprises quand elles seront levées, probablement cet hiver.

Tout ce qui se passe actuellement n’est donc que les prémices de ce qui vient, alors que les suppressions de postes à la chaîne engendreront à leur tour des baisses d’activités dans d’autres secteurs, puis de nouvelles suppressions de poste, etc.

Si l’on regarde par secteur, on a notamment l’aéronautique où ce sont pas moins de 25 000 postes qui sont déjà menacés sur les 300 000 emplois (directs) de la filière en France. Rien que dans le département de la Haute-Garonne, où Airbus est principalement implanté, cela donne 20 PSE en cours. Avec 3600 suppressions d’emplois chez Airbus, 1300 chez Daher, 350 chez Figeac Aero, 700 chez Derichbourg, on comprend tout de suite que la situation va être très compliquée dans le département, ce qui aura forcément un impact énorme sur toute l’économie locale.

Dans le commerce, la suspension de l’activité économique a été fatale pour de nombreuses enseignes alors que d’autres en profitent pour restructurer, avec déjà plusieurs milliers d’emplois supprimés ou en suppression (Camaïeu, André, La Halle, Alinéa, PicWicToys, Auchan, etc.)

D’autres grandes enseignes dans différents secteurs ont d’ors et déjà annoncé des suppressions de poste en France, comme General Electric, Boiron, Nokia, Renault, Smart, Bridgeston… ce à quoi il faut ajouter les difficultés, beaucoup moins visibles, de tout un tas de PME et d’entreprises individuelles. Chaque semaine depuis cet été, ce sont entre 100 et 200 licenciements collectifs (de moins de 10 personnes) qui ont lieu.

Il y a également, ne l’oublions pas, toute l’économie de la culture et du spectacle, qui est au point mort ou quasiment au point mort depuis le mois de mars, que l’État maintient sous respiration artificielle et dont on sait déjà qu’une grande partie ne pourra jamais redémarrer.

En plus de ces suppressions d’emplois, de nombreuses entreprises ne recrutent pas, ou très peu. Rien que pour l’intérim, la situation est très délicate avec une somme totale des missions inférieure de 20 % par rapport à l’an passé pour la rentrée de septembre. Selon l’OCDE, en ce qui concerne la France, cela représente pour le secteur de l’intérim, un déficit de pas moins de 150 000 emplois sur l’année, ce qui est gigantesque.

En attendant, les regards sont rivés sur la date du 7 octobre dans les tribunaux de commerce. Ce sera en effet 45 jours après la fin de la période d’urgence sanitaire, soit le délai maximum avant de demander un redressement judiciaire ou une liquidation judiciaire pour les entreprises en difficulté. Là encore, une grande vague est attendue.

La crise économique ne fait donc que commencer, et elle est déjà bien présente en ce qui concerne l’emploi. La bourgeoisie ne s’imagine certainement pas payer la crise et les suppressions d’emplois sont pour elle une première façon de faire payer la crise aux travailleurs, en en mettant sur le carreau une partie pour espérer se relancer sur le dos de ceux restants… ceux-là devant subir une pression accentuée comme jamais.

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Décès de Philippe Frémeaux, à l’origine de la revue Alternatives économiques

Journaliste, Philippe Frémeaux avait lancé la revue devenue incontournable pour la gauche postmoderne, dans une optique keynésienne ouvertement coupée du mouvement ouvrier.

Il est dans la tradition de la Gauche historique que la presse dépende des partis, que les orientations soient prises uniquement en leur sein, par leurs membres. Au contraire, la revue Alternatives économiques a été un très puissant vecteur de l’affirmation de la gauche postmoderne.

La trajectoire de Philippe Frémeaux est ici exemplaire. Il ne s’agit pas d’une figure d’un mouvement, mais d’un carriériste intellectuel. Il est d’abord professeur d’économie au lycée à partir du milieu des années 1970, maître de conférence à Sciences-Po, avant de donner des cours à l’école de communication CELSA. À côté il écrit pour Le Monde, avant de rejoindre Alternatives économiques, dont il va devenir le rédacteur en chef, ce qui va véritablement lancé la revue.

Sous son impulsion, la revue a pris un tournant commercial. Tirant à un peu moins de 100 000 exemplaires, elle se veut facile d’accès, vulgarisant les thèses keynésiennes. Elle est extrêmement sobre dans ses exigences, qui se veulent toujours « justifiés » par un mélange de « réalisme » et de « justice sociale ». Philippe Frémeaux est en même temps passé par France Info, France Culture, toute cette approche correspondant à tout un état d’esprit propre aux années 2000-2010, celle de la gauche finalement très en phase avec Lionel Jospin.

Aujourd’hui, on appelle cette idéologie « l’économie sociale et solidaire », même si évidemment, la revue Alternatives économiques a toujours revendiqué être au-dessus des idéologies. Philippe Frémeaux n’hésitait d’ailleurs pas à se revendiquer comme le patron (directeur général) de la revue et on chercherait en vain une référence politique bien délimitée. D’ailleurs, ont salué sa mémoire à la fois Benoît Hamon, Eric Piolle, Julien Bayou… tous mettant ce qu’ils veulent derrière.

On aura compris que derrière la « vulgarisation » de l’économie, il y avait en fait un appel énorme vers les milieux intellectuels petits-bourgeois, en particulier les professeurs d’économie (plus précisément de SES, sciences économiques et sociales). Il faut ici savoir qu’après 1989, l’approche des cours d’économie a totalement changé. Avant 1989, on avait pour chaque thème trois points de vue qui étaient expliqués, relevant du libéralisme, du keynésianisme et du marxisme conforme à l’interprétation du PCF. Dans un processus commençant en 1989 et se concrétisant en quelques années, il n’y a plus eu qu’un seul point de vue expliqué par les professeurs. Les professeurs d’économie se sont alors sentis investis d’une mission.

Il n’y a bien entendu pas eu que les professeurs ; au sens strict, tout le milieu intellectuel de gauche parisien a suivi, ou plus exactement des centre-villes, dans une vaste anticipation de ce qu’allait devenir EELV. Il y a ici une énorme histoire des idées à écrire, mais il y a une ligne droite allant de la revue Alternatives économiques, néo-keynésienne, à EELV. Benoît Hamon a été, si l’on veut, l’articulation entre les deux. L’Histoire a d’ailleurs été injuste avec le « passeur » Benoît Hamon.

Cependant, c’était inévitable. La petite-bourgeoisie n’existe pas historiquement, elle est une zone-tampon et se raccrocher à elle en s’imaginant qu’elle va orienter tout un pays, toute une économie, c’est rêver éveillé. D’ailleurs, personne ne se souviendra de Philippe Frémeaux ; quant à Alternatives économiques, la revue ne peut que rentrer dans le mur. Le néo-keynésianisme triomphe en effet en ce moment avec les milliards distribués à l’économie, c’est-à-dire aux entreprises. Que va-t-il en résulter ? Une facture colossale, que les travailleurs vont devoir payer, et pour qu’ils payent l’État va devoir employer une violence inouïe. Les néo-keynésiens se démasqueront alors d’autant plus que comme un simple support moderne aux entreprises, dont le temps est définitivement passé.

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Union européenne: un plan de relance signant le recul de la France, de l’Espagne et de l’Italie

Historiquement, l’Union européenne est une unité économico-politique ouest-européenne sous supervision américaine, avec le moteur franco-allemand entraînant les autres pays. La tutelle américaine est partie, mais la France décroche et se fait toujours plus secondaire face à l’Allemagne. C’est là qu’était tout l’enjeu des près de 100 heures de négociations du sommet européen qui s’est terminé à 05h31 du matin mardi 21 juillet 2020.

Emmanuel Macron a prétendu avoir décroché un accord historique avec le plan de relance de 750 milliards d’euros de l’Union européenne. En réalité, il n’a fait que négocier le recul de la France face à l’Allemagne et à ses principaux alliés voire satellites que sont les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et la Suède.

Les négociations furent en effet un long chemin de croix pour le président français qui devait faire face à des assauts répétés par ce qui a été appelé les pays « frugaux ». Il a même été parlé par certains médias, de manière honteusement chauvine, des pays « radins ». Ces termes ne recouvrent pourtant pas une sorte de différence de mœurs entre les pays, mais directement un rapport de force entre différentes puissances.

Ce qui se passe est simple à comprendre : avec la pandémie de Covid-19, les capitalismes de la France, de l’Espagne et de l’Italie se retrouvent fortement fragilisés, de par leur niveau déjà problématique initialement. Surtout pour l’Italie, il y a même le risque d’une faillite de l’État en raison d’une dette abyssale et de difficultés à emprunter sur les marchés financiers.

De l’autre côté, il y a le capitalisme de l’Allemagne, stable et puissant, entraînant avec lui surtout ceux des Pays-Bas, de l’Autriche, du Danemark et de la Suède, tout aussi stables. Tous ces pays – surtout l’Allemagne, très ambitieuse à l’international – n’ont aucun intérêt à l’effondrement de l’Italie et au recul drastique des économies françaises et espagnoles, alors il fallait un plan. Cela d’autant plus que tous ces pays, à part la Suède, ont la même monnaie, l’euro.

Plan il devait y avoir, plan il y a donc eu. Ce qui compte par contre, c’est la nature de ce plan. Et là, les choses sont très claires, se résumant à deux aspects, qui n’en forment finalement qu’un seul :

– l’Italie, l’Espagne et la France seront les principaux bénéficiaires des subventions et des prêts permis par le plan de l’Union européenne ;

– les subventions accordées par le plan européen seront soumises à un droit de regard particulièrement strict de l’ensemble des pays européens, et donc surtout de l’Allemagne et de ses satellites.

Autrement dit, on a là un processus très clair de vassalisation de l’Italie, de l’Espagne et de la France vis-à-vis de l’Union européenne, et donc de la puissance allemande.

Au passage, en raison de leur rapport de force particulièrement favorable, les pays dit « frugaux » se sont vu accorder une baisse de leur contribution au budget européen. Il y a également tout un tas de reculs, en ce qui concerne la recherche, le budget « Erasmus » (échanges universitaires), qui est amputé d’un tiers, le budget agricole (dont la France bénéficie beaucoup), ou encore le fonds pour la santé qui passe de 7 à… 1 milliard. C’est la même chose pour le projet porté par Emmanuel Macron d’une politique militaire européenne : cela passe dorénavant à la trappe.

Au lieu de tout cela, on va avoir des subventions, estimées à 40 milliards pour la France, 60 milliards pour l’Espagne et 80 milliards pour l’Italie. Ce sont les trois principaux bénéficiaire du plan, avec 180 milliards sur les 390 de prévus, soit pas loin de la moitié de la somme destinée aux 27 pays membres.

Cet argent doit être emprunté par la Commission européenne sur les marchés financiers, ce qui est une première historique pour de telles sommes (alors qu’il y a également 360 milliards à emprunter, en tant qu’intermédiaire pour des prêts). Cet argent doit ensuite être remboursé sur des fonds propres… qui n’existent pas encore. L’idée est de mettre en place différentes taxes européennes (taxes carbone, taxe « Gafa », taxe plastique, etc.) pour rembourser cet argent, d’ici à 2058 au plus tard.

Notons au passage que ces emprunts (en fait des obligations) ne seront émis que l’année prochaine, alors que les pays, et donc surtout la France, l’Espagne et l’Italie, vont rapidement commencer à dépenser l’argent en question.

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire a déjà sauté de joie en expliquant que l’Union européenne allait payer presque la moitié du plan de 100 milliards prévu pour « relancer » l’économie. Il a même expliqué ouvertement que cet argent allait être dépensé dès 2020 et que « dès 2021, l’Europe remboursera ».

Dans le même registre, Emmanuel Macron se fait magicien en faisant croire que l’argent tombe du ciel par enchantement :

« cet argent viendra de l’Europe sur notre budget sans que nous ayons besoin de le financer, ni par notre propre endettement ni par nos impôts »

« ce n’est pas le contribuable français [qui] paiera »

En réalité, il n’y a pas d’argent magique, qu’il vienne de l’Union européenne ou d’ailleurs. Il faudra bien que quelqu’un paye et la bourgeoisie fera tout pour que ce soit les travailleurs qui paient. Cependant, dans le contexte de concurrence exacerbée entre les puissances européennes, les antagonismes seront de plus en plus forts et les nationalismes se feront de plus en plus puissants. En France, puissance en décrochage, la tentation du nationalisme sera d’autant plus forte, d’autant plus agressive, comme moyen d’éviter la lutter des classes et de détourner l’attention de la bourgeoisie.

> Lire également : La faillite de l’idéalisme européen face au Covid-19

Il va de soi ici que vont émerger beaucoup de tendances nationalistes anti-allemandes (Jean-Luc Mélenchon avait déjà commencé il y a quelques années de manière très brutale d’ailleurs). Et surtout, on a un capitalisme qui se fait crédit à lui-même pour tenter de survivre. C’est intenable.

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Crise du secteur automobile: Emmanuel Macron annonce 8 milliards d’euros pour le maintenir sous perfusion

En visite dans l’usine de sous-traitance automobile Valeo à Étaples près du Touquet dans le Pas-de-Calais, le président Emmanuel Macron a présenté un gigantesque plan d’aide pour la filière automobile. Ce sont 8 milliards d’euros qui ont été annoncés pour tenter d’empêcher l’effondrement de tout un secteur face à la crise économique. Le capitalisme vacille et l’État s’imagine pouvoir faire face en dépensant de l’argent qu’il n’a pas.

C’est la panique au plus haut sommet de l’État face aux chiffres catastrophiques du secteur de l’automobile. Les ventes se sont effondrées avec le confinement, de près de 90 % en avril par rapport à l’année dernière et le Président a expliqué dans son intervention que cela représentera pas moins de 500 000 véhicules invendus d’ici fin juin, par rapport à l’an passé. C’est gigantesque.

Les usines, représentants 400 000 emplois et plus du double en comptant toute la chaîne de service que la production automobile induit en aval, tournent au ralenti, alors que les ventes ne se relancent pas. Pour endiguer l’hémorragie, l’État français envisage la méthode habituelle : sortir le carnet de chèques et subventionner à tour de bras.

Ce sont en tout huit milliards d’aides apportées par l’État qui sont annoncées, réparties en centaines de millions par ci et centaines de millions par là. Ce n’est pas moins qu’un renouvellement complet du « parc automobile » qui est envisagé, avec le véhicule électrique comme fer de lance pour espérer relancer le marché grâce au label de l’écologie (ou en tous cas de la prétendue écologie).

Les annonces sonnent fort, avec par exemple l’annonce d’une prime de 7000 euros pour l’achat d’un véhicule électrique. En fait, cette prime existe déjà, et elle est de 6000 euros. Mais ce qui compte pour Emmanuel Macron, c’est l’effet d’annonce, afin d’espérer relancer tout un secteur en le maintenant sous perfusion par des primes, à la production et à l’achat.

Avec son lyrisme habituel, en s’imaginant peut-être avoir la capacité de créer un choc de consommation, le Président s’est emballé sur la question. Il a expliqué que :

« C’est en France que le véhicule propre qui équipera l’Europe et le monde dans les années à venir s’inventera et se produira. »

Cela est particulièrement risible alors que de nombreuses entreprises dans le monde n’ont pas attendu la France pour produire des voitures électriques ou des moteurs thermiques à faible émission. L’Allemagne s’apprête d’ailleurs à accueillir une «  gigafactory Tesla » près de Berlin, c’est-à-dire une immense usine produisant des voitures électriques sur un site plus grand que celui de PSA à Sochaux… Tesla possède déjà deux grandes usines aux États-Unis et une en Chine.

Avec beaucoup de retard, mais par contre avec plein de bons sentiments, la France s’imagine donc pouvoir éviter la crise aussi facilement ? Rien n’est moins sûr. Dans son intervention, Emmanuel Macron a beaucoup insisté sur la modernisation des chaînes de production, la robotisation, la numérisation, l’innovation écologique. Le problème est que cela existe déjà, que les usines sont déjà ultra-modernes et automatisées, alors que sur le plan écologique, l’industrie a déjà connu un bon gigantesque ces dernières années quant à la consommation des moteurs thermiques et à leurs émissions de polluants.

Il y a toujours possibilité de faire mieux évidemment, mais il ne faudrait pas s’imaginer ici que l’industrie à des possibilités d’innovation énormes pour se relancer. En réalité, le secteur était déjà à bout de souffle depuis de nombreuses années, faisant face à un ralentissement structurel de son activité, liée au mode de vie de la seconde moitié du 20e siècle.

Le problème du capitalisme, c’est qu’il est, par définition, incapable d’organiser l’économie et de produire ce qui est utile, de la meilleure manière possible. Il n’y a alors comme seule option pour les dirigeants acceptant le capitalisme que de tenter de « relancer » sans cesse la machine, dans une course folle à la production pour la production.

Même le syndicalisme, qui refuse la Gauche et donc le Socialisme, ne dit pas autre chose. Pour Philippe Martinez de la CGT, le problème de ce plan serait surtout qu’il n’y a pas de critique de la stratégie de Renault, sous-entendant que son syndicat aurait mieux géré cette entreprise capitaliste que les capitalistes eux-mêmes. Pour le reste, Philippe Martinez critique tout en expliquant que la CGT dit déjà le même chose depuis longtemps, à propos de « renouveler le parc automobile » et « fabriquer des véhicules plus propres en France ».

Pour la CFTC, le plan gouvernemental « c’est du plus, on va le prendre », alors que pour la CFDT les primes sont « une bonne nouvelle », mais de toutes façons elle « n’en attendait pas moins de l’État ». La CFE-CGC de la métallurgie quant à elle « approuve les grandes lignes du plan » du gouvernement.

Tout cela apparaît donc bien décalé, alors que la France s’apprête à s’enfoncer dans une crise économique majeure, et que la crise écologique se fait chaque jour plus grande, avec des enjeux immenses. Le monde va changer, rapidement, drastiquement, et tous ceux qui auront cru aux mensonges du capitalisme et ses capacités de relance éternelle vont se retrouver fort dépourvus. À la Gauche d’être en mesure de proposer une autre voie, sur la base de ses traditions ouvrières historiques, c’est-à-dire la lutte des classes pour faire plier la bourgeoisie et ériger à sa place un nouveau monde, socialiste.

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Une économie française déboussolée à l’heure du déconfinement

La France est un pays qui, économiquement, se ratatine depuis plusieurs années. En train d’être encore plus déclassée avec la crise sanitaire, son capitalisme voudra avancer à marche forcée. L’instabilité est à l’ordre du jour.

Pour accompagner le choc du confinement, l’État a mis en place un chômage partiel. 12,4 millions de salariés d’un million d’entreprises ont reçu environ 84% du net, payé par l’État (et 100 % lorsque le salaire est au SMIC). Ce dernier a été très généreux avec les couches sociales supérieures puisqu’il a accepté de suivre cette compensation jusqu’à 4,5 SMIC.

Or, tout cela a un coût : 26 milliards d’euros. Il va falloir les trouver. À cela s’ajoute un plan pour aider l’économie (capitaliste) : 52 milliards. Il va falloir les trouver aussi. D’autant plus qu’il y a déjà 599 milliards à payer en 2023, en raison des dettes de l’État.

Tout cela est bien compliqué et il n’y a que trois moyens : la guerre, les impôts, les emprunts. La guerre n’est pas à l’ordre du jour encore, les impôts ce n’est pas faisable car la pression des capitalistes est énorme surtout que les exigences sont déjà hautes. Reste l’emprunt : l’État va devoir emprunter au moins 300 milliards d’euros. Cela représente 15 % du PIB français.

Notons d’ailleurs ici une chose au niveau du PIB, en prenant celui par habitant. Il est au niveau du Japon, clairement derrière l’Allemagne (ainsi que son satellite autrichien) et les États-Unis, ainsi que le Royaume-Uni, la Belgique, le Canada, la Finlande, les Pays-Bas, la Suède, l’Australie.

La France a décroché. Et on sait qu’un endettement implique une dépendance, à moins de disposer d’une base productive forte. Et la France se ratatine. En 2018, les exportations agroalimentaires avaient une valeur de 44 milliards d’euros en France, 72 milliards en Allemagne, 94 milliards aux Pays-Bas. Rien que ces chiffres, dans un secteur où la France est historiquement puissante, en dit très long. Le plan économique de relance en Allemagne est d’ailleurs trois fois plus grand qu’en France, culminant à 160 milliards.

Peut-on penser que le secteur du luxe, avec 76 milliards d’euros à l’exportation peut relancer à lui seul le capitalisme français ? Naturellement pas. Il est d’ailleurs plombé par l’absence des touristes, notamment étrangers, ceux-ci formant 40 % des touristes en général.

Il n’y a donc que deux options. Soit la France accepte une situation italo-espagnole, tendant à celle de la Grèce. C’est celle d’une satellisation relative dans le capitalisme, d’une mise en orbite de l’Allemagne. La France ne serait pas une colonie bien entendu, cependant ses couches dominantes devraient se mettre sous la coupe de l’Allemagne.

Soit la France tente de se réaffirmer en s’appuyant sur son vaste appareil militaire, soit en forçant l’Allemagne à être encore plus agressive dans un tandem, soit en y allant seule. Cette tendance va évidemment recevoir dans les mois prochains un appui gigantesque de la part de très nombreux secteurs. Cela est d’autant plus vrai que Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen… instillent cette vision du monde depuis longtemps déjà.

Dans tous les cas, c’est une instabilité complète qui est à l’ordre du jour et seule la Gauche historique peut y faire face. Elle seule peut refuser avec force le militarisme, elle seule peut mettre en échec le plan menant à la satellisation.

On se doute qu’entre les tenants d’une Union Européenne sous domination allemande et ceux du nationalisme, la situation de la Gauche historique sera très difficile. Elle est coincée entre le marteau et l’enclume. Tout est d’ailleurs très mal partie, puisque la Gauche historique est d’une faiblesse inouïe. Mais il n’y a simplement pas le choix !

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Jean-Luc Mélenchon: une solution à la crise en mode casino

Dans une interview à la Tribune de Genève, Jean-Luc Mélenchon montre qu’il connaît tous les fondamentaux de la Gauche. Mais il refuse de les assumer pour la réponse à la crise actuelle. Il préfère « inventer ».

Jean-Luc Mélenchon a rompu avec la Gauche depuis longtemps ; La France Insoumise assume d’être un mouvement populiste représentant le « bas » contre le « haut ». Cela amène à des jugements dénués de valeurs culturelles, comme cet éloge du premier ministre, qui pourtant devrait être honni :

« Édouard Philippe est de droite et n’a jamais prétendu autre chose. C’est un homme élégant, d’un côtoiement agréable, un libéral assumé et qui le dit clairement. »

En disant cela, Jean-Luc Mélenchon assume de ne pas vouloir supprimer la Droite, simplement la concurrencer. Mais c’est anecdotique en comparaison avec son interprétation de la crise. Dans une interview du 5 mai à la Tribune de de Genève, il présente de la manière suivante la solution à la crise :

« La dette sera colossale à la suite de cette crise, et vous proposez le gel des dettes d’État. Comment?

J’ai le goût de l’histoire, et je sais que dans le passé jamais une dette d’un niveau pareil n’a été payée. Celle-là, personne ne pourra la rembourser non plus. Alors il y a quatre voies traditionnelles de sortie. L’hyperinflation: personne n’en veut. La coupe dans les dépenses: on vient de voir les conséquences sur les systèmes de santé publique. La banqueroute: c’est également une mauvaise idée, compte tenu des dégâts que ça provoque. Et enfin la guerre: cette page-là, nous l’avons tournée en Europe.

Donc votre proposition?

C’est la suivante. Toutes les dettes d’État que la Banque centrale européenne détient parce qu’elle les a déjà rachetées doivent être congelées. On les transforme en dettes perpétuelles sans intérêts. »

Ce que dit ici Jean-Luc Mélenchon est dramatique. Il a en effet tout à fait raison pur les quatre portes de sortie, mais il les interprète très mal.

* L’hyperinflation correspond à faire payer la crise par le peuple, en dévaluant son argent. Les couches supérieures de la société y échappent de par leurs grandes possessions de propriété et d’appareil productifs. Mais l’hyperinflation ne se décide pas, elle est provoquée par les faits. On peut la laisser courir, toutefois il n’y pas de bouton « hyperinflation ». Et ce n’est pas tant une sortie de crise qu’une expression de la crise.

* La coupe dans les dépenses vise à démanteler l’État qui coûte trop cher. Mais l’État est là surtout pour épauler les entreprises : croire que le pléthorique secteur public en France a une dimension socialiste, c’est croire aux élucubrations de la Droite ! Par conséquent pourquoi le capitalisme supprimerait-il ce qui l’épaule avec succès en France ?

* La banqueroute serait une « mauvaise idée ». Mais la banqueroute n’est pas une idée ! C’est une réalité objective, là aussi. Les faillites d’entreprises sont une conséquence d’un enrayement de la machinerie capitaliste. C’est un phénomène auquel on échappe pas dans une crise.

* Il y a enfin la guerre. Jean-Luc Mélenchon dit que cette page a été tournée en Europe. Il ferait bien d’aller voyager, quand ce sera possible, en Ukraine et dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Il ferait bien également d’étudier les dépenses militaires françaises et grecques, tout comme de voir les cartes de la grande Hongrie largement diffusée indirectement par le gouvernement de Budapest. Et de toutes façons, la guerre, pareillement, ne se décide pas : elle se fait. C’est aussi un produit de la crise. Elle est inévitable à moins de renverser la direction de la société aux mains du capitalisme.

Alors, Jean-Luc Mélenchon trouve un joker : on gèle les dettes.

Est-il possible cependant de geler des dettes ? Ce dont rêve Jean-Luc Mélenchon, c’est de pouvoir aller au casino et de dire : vous allez me passer de l’argent jusqu’à ce que je gagne. Et on verra si je vous rembourse, on verra plus tard !

C’est évidemment absurde. Car le capitalisme veut plus, toujours plus. Là où il n’y a pas d’intérêt – et l’exploitation des ouvriers est un intérêt, sur leur travail – il n’y a pas de capitalisme. Encore est-il que dit comme cela c’est incorrect, car le capitalisme n’est pas un « commerce », mais une réalité productive. Il ne s’agit pas de « gratter » de l’argent en sous-payant les gens ou en escroquant à la vente. Il s’agit de classes sociales exploitées à grande échelle, dans un véritable système organisé.

Et Jean-Luc Mélenchon pense que ce système flotte dans le ciel, qu’il n’est pas réel et que, donc, on peut indéfiniment remettre une pièce dans la machine comme on met de l’essence dans une voiture. Pourquoi pense-t-il cela ? Parce que, comme François Hollande, il pense que la finance est quelque chose de virtuel. Il pense que la finance vit dans un monde parallèle, qu’elle ne représente pas quelque chose de réel, qu’elle est une sorte de fantôme parasitaire.

Il reprend ainsi les thèses du PCF des années 1970-1980 comme quoi cet argent en trop, flottant, doit être congelé pour être utilisé pour le système productif qui, lui, serait réel. Il y aurait un bon et un mauvais capitalisme, un capitalisme réel et un capitalisme virtuel. C’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon raisonne en termes d’oligarchie, et pas de bourgeoisie. Pour lui les financiers sont une caste parasitaire. Ils doivent payer la crise et on va congeler une partie de leurs avoirs.

Seulement voilà, le capitalisme ce sont des classes, pas des castes. L’idéologie postmoderne raisonne en termes de castes : il y aurait la caste des Français de souche, des hétérosexuels, des personnes valides, des financiers, etc. Cela ne repose sur rien. Le capitalisme est un système unifié, avec des classes, il n’est pas un kaléidoscope avec des castes. Le capitalisme, ce n’est pas l’Inde britannique et post-britannique avec son bric-à-brac de castes et de découpages communautaires.

Le capitalisme, c’est deux classes, et des couches sociales penchant vers l’une ou l’autre. Les prostituées penchent vers la bourgeoisie, vivant en parasites sociaux, comme Rosa Luxembourg l’a bien souligné, les petits employés penchent vers les ouvriers, de par leur nature de travailleurs.

C’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon a tort. Il pense qu’on peut réguler le capitalisme, l’organiser, l’encadrer. Ce n’est pas possible. Il est un tout et il est surtout un château de cartes en train de s’effondrer.