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Révolution permanente : contre la Gauche historique

Le trotskisme cherche à se renouveler.

Révolution permanente a tenu son université d’été avec 500 personnes, ce qui est une grande défaite du point de vue numérique pour cette organisation trotskiste. On parle en effet de la seule structure « militante » qui a su, ces derniers mois, impulser une réelle dynamique. Cependant, l’époque n’est pas du tout à un essor « militant », bien au contraire même.

Notons tout de suite quelque chose d’important : Révolution permanente prétend être un nouveau phénomène, une nouvelle vague militante pour la première fois depuis 40 ans, avec des centaines de personnes dans une organisation tout à fait nouvelle. C’est tout à fait faux.

Tous les 5-10 ans, il y a une nouvelle structure « militante » qui se développe, récupérant plein de gens de partout pour les épuiser rapidement et finir par s’étioler. Il suffit de penser à la très grande vague d’adhésion et d’activisme qu’a connu le syndicat d’esprit anarchiste CNT au début des années 2000, ou encore le Nouveau Parti Anticapitaliste à la toute fin des années 2000. Auparavant, dans les années 1990, on avait eu également Socialisme International, ou bien les Jeunesses Communistes Révolutionnaires – Egalité. Des militants très nombreux, aguerris, hyperactifs, hyperproductifs. Qu’en reste-t-il ? Strictement rien.

Révolution permanente est justement sortie du Nouveau Parti Anticapitaliste au milieu de l’année 2021, après avoir tenté de pousser son propre candidat à la présidentielle, ce qui a fait du bruit mais n’a pas été concrétisée par un développement. L’université d’été a été prétexte pour parler de former une « nouvelle » organisation révolutionnaire, cela avait d’ailleurs déjà été annoncé en juin 2022. Révolution permanente a annoncé que cette nouvelle organisation sera fondée durant l’automne, sous la forme d’un « Parti ». Voici le meeting de l’université d’été par ailleurs, qui comptabilise moins de mille vues.

C’est que Révolution permanente est, comme toute structure trotskiste, fondée sur une lecture cosmopolite des choses. Il est parlé des choses en général et toute question ne pourrait avoir qu’une réponse mondiale, dans un horizon lointain, très lointain. C’est d’ailleurs une structure dépendante de la Fraction trotskyste – Quatrième Internationale, dont la base est en Argentine et sa seule nature est revendicative, suivant le principe du « Programme de transition » de Léon Trotski où en mettant de l’huile sur le feu des revendications, on arriverait par miracle à une « révolution » mondiale.

Et comme on parle de trotskisme renouvelé, les travailleurs sont vus à travers le prisme post-moderne des « races », des LGBTQ, de la « radicalité » étudiante, d’une liste d’oppressions sous la forme de catalogue, car le socialisme… cela ne « suffit » pas en soi. Daniela Cobet de Révolution permanente dit ainsi :

« Pour renverser le capitalisme, la classe ouvrière, et pas uniquement les prolétaires en bleu de travail, a un rôle central parce qu’elle est au cœur de la production. Mais son combat ne peut se mener qu’en alliance avec l’ensemble des opprimés en lutte, et en portant leurs revendications spécifiques. »

C’est très exactement le discours américain contre le « classisme », le racisme, le sexisme, et autant de « -ismes » que l’on voudra. On a ici des gens qui ne connaissent pas l’Histoire du mouvement ouvrier, qui d’ailleurs la réfutent au nom du trotskisme, et qui accompagnent la diffusion des valeurs libérales et communautaires, bref l’élargissement du marché par l’atomisation individuelle. C’est présenté comme le « véritable » marxisme, la véritable radicalité, alors que c’est anti-historique et cosmopolite, totalement hors-sol et avec un esprit de contestation étudiante.

Révolution permanente racole tellement qu’ils ont réussi à employer à leur service Jean-Marc Rouillan (dont on peut entendre le point de vue ici), ancienne figure de l’organisation de lutte armée Action Directe. Jean-Marc Rouillan avait par ailleurs rejoint le Nouveau Parti Anticapitaliste depuis de nombreuses années et a toujours représenté les pires traditions anarchistes dans Action Directe. C’est un peu le désastre d’ailleurs ici, car on a affaire à une vente opportuniste à la découpe, puisqu’il y a les deux romans de 2022 directement « Action Directe » La Fille de Deauville de Vanessa Schneider (une journaliste et essayiste politique) et La Vie clandestine de Monica Sabolo (Voici, Elle, Grazia, etc.).

Tels sont les temps, où il faut vendre pour exister, racoler pour faire agir, etc. Révolution permanente tente concrètement de suivre les modes capitalistes, principalement américaines, pour se présenter comme l’aile « radicale » d’un libéralisme libertaire en lutte contre toutes les oppressions, notamment la « transphobie ».

C’est la ligne anti Gauche historique. Anasse Kazib, principale figure de Révolution permanente en tant que porte-parole, résume bien cette démarche en disant à l’université d’été que :

« Le stalinisme a transformé le marxisme en caricature, nous on revendique un marxisme qui prend en compte l’ensemble des oppressions, et on veut construire une organisation révolutionnaire à l’image de cette salle, remplie d’ouvrières et d’ouvriers, d’étudiantes et d’étudiants, de femmes, de personnes LGBT, racisées, etc. »

Le prolétariat ne suffit pas, le Socialisme en suffit pas : il faut quelque chose en plus. Cette ligne trotskiste a toujours été le fond même faisant converger trotskisme et fascisme. Et ce n’est qu’un début : moins le prolétariat se bouge, plus il faut des fictions comme les LGBTQ pour prétendre à la radicalité. Et lorsque le prolétariat se bougera vraiment, il y aura encore plus de fictions pour le tromper, pour le pourrir de l’intérieur, pour agir comme cinquième colonne.

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Décès d’Alain Krivine, figure majeure de l’opération d’escroquerie trotskiste à la suite de mai 1968

Le succès de l’opération a été immense.

Alain Krivine est tout à gauche

Il est un film qu’il est très utile de voir : Mourir à trente ans, un documentaire de 1982, qui retrace la prétendue naissance de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire au milieu des années 1960, avec le jeune Alain Krivine à sa tête. De manière scénarisée, il est expliqué que des jeunes, révolutionnaires sincères, rompent avec le Parti communiste « stalinien », fonde d’eux-mêmes une petite organisation qui réussit de par sa sincérité et son engagement à se formaliser comme une structure politique d’envergure, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, jouant un rôle éminent en 1968, fondant dans la foulée une Ligue Communiste, devenant le Front Communiste Révolutionnaire, puis la Ligue Communiste Révolutionnaire, puis le Nouveau Parti Anticapitaliste (en 2009).

Cette affiche de mai 1974 reprend très exactement ce qui est une narration esthétisée-romantique visant à piéger les gens. Même la page wikipédia de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire reprend cette fiction.

En réalité, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire a été un montage politique mis en place par les trotskistes du Parti communiste internationaliste. Complètement isolés politiquement après 1945, les trotskistes se sont divisés sur les moyens de se développer. La tendance du Parti communiste internationaliste a opté pour le masque gauchiste, cherchant à recruter à la fois de manière secrète et à proposer des fronts factices pour recruter en trompant. Alain Krivine, né en 1941 et qui vient de décéder, a ainsi été recruté puis a continué d’agir comme « taupe » dans l’Union des Etudiants Communistes, pour organiser une rupture artificielle.

Cela amena la mise en place de la « Jeunesse Communiste Révolutionnaire », calibrée dans une forme théorisée par le trotskiste égyptien Michel Pablo, façonnant le fond de l’approche de la « Quatrième Internationale – Secrétariat unifié ». Il fallait se présenter selon Michel Pablo comme la plus favorable à toute contestation mondiale, suivant le principe que « tout ce qui bouge est rouge », afin d’obtenir du prestige. La Jeunesse Communiste Révolutionnaire avait comme slogan « Ho Ho Ho Chi Minh Che Che Guevara », s’affirmait en soutien des Black Panthers américains, du FPLP palestinien, du FNL vietamien, du FLN algérien (alors au pouvoir), même de la Chine maoïste, bref se présentait comme au centre du « jeu » mondial révolutionnaire, tout en ayant en réalité une idéologie trotskiste récusant par derrière concrètement tout ce qui était soutenu.

Afin de racoler au maximum, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire d’Alain Krivine prônait également la promiscuité sexuelle (dénommée « amour libre »), un style branché, le droit de tendances dans l’organisation, etc. Dans ce jeu de la surenchère romantique, la Jeunesse Communiste Révolutionnaire a également affirmé que mai 1968 n’était qu’une répétition générale, cherchant à recruter en manipulant l’impatience révolutionnaire de la jeunesse.

Pour cette raison, elle fut amenée à organiser des structures clandestines non loin de la lutte armée, afin de se donner une aura révolutionnaire, multipliant les petits coups de force symbolique, menant à l’assaut contre un meeting fasciste en 1973 à Paris. Cette manifestation antifasciste ultra-violente, dont les maoïstes furent d’ailleurs une composante très importante (mais oubliée dans la « légende »), amena la dissolution par l’Etat de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire / Ligue Communiste.

S’ensuivit alors un retournement complet de la ligne (le film « Mourir à trente ans » raconte justement jusqu’à ce moment-là cette histoire, en la romançant). Il fut adopté une ligne « militante » traditionnelle, avec un fort accent électoraliste et syndicaliste, maintenant une tradition de recrutement romantique en se posant littéralement comme aile gauche du Parti socialiste dans les années 1980. Ce processus d’opportunisme le plus complet se vit ajouter une dimension associative, et la prétention révolutionnaire s’édulcora toujours plus, jusqu’à la transformation en « Nouveau Parti Anticapitaliste » en 2009, rompant formellement avec le trotskisme.

Alain Krivine a accompagné toute cette vaste séquence, de 1968 à sa mort, étant le porte-parole historique seulement officiellement, mais en pratique aux manettes. Il a servi de caution historique légitimant les transformations idéologiques, permettant à son courant de maintenir une grande aura « révolutionnaire » depuis mai 1968, alors que dès 1973 toute la démarche de confrontation avait été jetée aux oubliettes. L’opération du Parti Communiste Internationaliste dans les années 1960 a marché à merveille : le petit groupe d’ultra-gauche a donné naissance à un mouvement « révolutionnaire » de masse – qui s’est en fait totalement intégré au paysage de la révolte fictive dans un capitalisme au consumérisme présent 24h sur 24.

Cela souligne l’importance des moments clefs : mai 1968 a donné cinquante ans d’élan à ce courant trotskiste, qui aujourd’hui est à l’agonie, ayant joué son rôle trompeur et néfaste.

« Mourir à trente ans » a également joué un rôle très important. Il a donné naissance à un mythe, induisant en erreur des jeunes à l’ultra-gauche qui, ne connaissant pas l’arrière-plan manipulateur et fictif, sont amenés à s’imaginer qu’il faut suivre le même « parcours » d’ultra-militantisme activiste pour forcer le cours des choses (avant 2020, tous les cinq ans il apparaissait en France un mouvement de ce type, disparaissant après un certain succès bien évidemment en fait artificiel).

Voici le film Mourir à trente ans, qu’il faut connaître pour sa « narration », et auparavant l’extrait romancé tiré de Mourir à trente ans concernant l’attaque meeting fasciste en 1973.

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Société

Les « Indigènes de la République » ont été remplacés par Eric Zemmour

Le côté pile a remplacé le côté face.

C’est quelque chose d’absolument flagrant : Eric Zemmour est arrivé sur la scène politique française au moment où les « Indigènes de la République » en sortait. Et c’est d’autant plus marquant que le discours d’Eric Zemmour est exactement l’inverse de celui des « Indigènes de la République ». Voilà qui est lourd de sens !

Eric Zemmour dit que la France est par « essence » une bonne chose, tout comme les « Indigènes de la République » expliquait qu’elle était par « essence » une mauvaise chose. Eric Zemmour veut « refranciser » tout comme les « Indigènes de la République » voulaient « décoloniser ». Eric Zemmour pare de toutes les vertus le « Français de souche » abhorré par les « Indigènes de la République », tout comme Eric Zemmour a une obsession en mal des « Arabo-africains » que les « Indigènes de la République » voyaient comme la lumière du monde.

Le parallélisme est indéniable et c’est au fond le même communautarisme, le même rejet de la lutte des classes, la même haine de la Gauche historique. Cela va même encore plus loin, car l’un a remplacé l’autre. Les « Indigènes de la République » sont un mouvement né dans les années 2000 et qui ont connu un énorme succès dans les milieux anarchistes et trotskistes, obtenant une reconnaissance complète au point de contribuer à la naissance d’un nouveau milieu militant, une sorte d’étrange milieu mêlant anarchisme, théorie du genre, « décolonialisme » communautariste, fascination pour l’Islam comme religion des opprimés, haine de la police, culte du virilisme « militant ».

C’est la raison pour laquelle Houria Bouteldja, figure de proue du mouvement, a quitté le mouvement en octobre 2020 pour annoncer un an plus tard… son soutien à Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2022, alors qu’effectivement La France Insoumise a été largement touchée par l’irruption de ce nouveau milieu activiste. C’est une convergence logique puisque La France Insoumise ne se revendique plus de la Gauche mais du « populisme », opposant abstraitement un haut et un bas de la société.

Les « Indigènes de la République » avaient jusque-là souvent défrayé la chronique avec leurs thèses post-modernes provocatrices et communautaristes. Et une fois disparu, ils sont remplacés par quelqu’un tenant le même discours qu’eux, mais inversé, Eric Zemmour ! Nul hasard à cela. Leur conception du monde a essaimé, leurs idées anti-universalistes, anti-métissage, anti-collectiviste se sont répandues.

C’est qu’elles sont dans l’air du temps. Les « Indigènes de la République » ont été l’expression petite-bourgeoise d’immigrés cherchant à s’élever socialement en France, Eric Zemmour est l’expression de la bourgeoisie française cherchent à s’élever socialement dans le monde. C’est « moi d’abord », et comme il n’y a aucun mérite, il faut en inventer un, et c’est là qu’on trouve comme dans les années 1920-1930 le thème de la nation, de la « race », de la nation « prolétaire », de la « race » supérieure de parce qu’elle véhicule.

Tout cela est évident pour qui regarde les choses du point de vue de la Gauche historique – à rebours des anarchistes, des trotskistes et de leurs variantes désormais « post-modernes » hantant les universités et le « militantisme » dans les grandes villes.

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Politique

Crise chez les post-modernes : démission à l’UCL

Exactement comme prévu.

Ce qui devait arriver arriva : la naissance d’une organisation anarchiste de type post-moderne, littéralement post-anarchiste, a produit une fuite en avant petite-bourgeoise délirante humainement parlant. En lieu et place des valeurs, des principes et de l’organisation, cela a été le libre-cours aux invectives subjectives, aux points de vue individuels accusateurs. D’où la démission de nombreux membres de l’Union Communiste Libertaire, dont voici le texte de sortie.

La naissance de cette organisation en 2019 avait été abordé ici (La fusion entre Alternative Libertaire et la Coordination des Groupes Anarchistes). Il y était dit que cela donnerait pas une organisation solide, que :

« La fusion est un saut pour encore davantage abandonner les principes de la Gauche dans son parcours historique (…). C’est en réalité une simple mutation de plus, dans le sens de l’esprit post-industriel, post-moderne (…).

L’Union Communiste Libertaire, qui vient de naître ce 11 juin, est ainsi une fuite en avant, qui ne peut être soutenue que par ceux qui sont trop heureux de liquider les expériences passées sans tirer un quelconque bilan. Il n’y a aucun esprit critique qui est fait, c’est encore et toujours le principe de « s’unir » dans quelque chose de « nouveau » et de prétendre que cela serait une solution à tous les problèmes.

C’est le refus catégorique d’assumer quoi que ce soit politiquement, d’établir des bilans, des analyses de fond quant à l’histoire et à la culture de la France, d’évaluer les succès (ou non) des luttes, des méthodes employées, etc. C’est le refus de ce qui a été la social-démocratie historiquement.

La naissance d’un groupe ultra « nouveau » ne changera rien, car il existe déjà bien d’autres groupes du même genre. Mais cela contribuera à la confusion et des esprits se feront piéger, par incapacité de voir que c’est de la camelote anarchiste d’avant le siècle dernier, une attitude anti-socialiste, anti-communiste, anti-rationalité. »

Il suffit de lire le texte de démission pour voir que cette analyse était parfaitement juste. Et que, en même temps, la position des démissionnaires est intenable parce qu’elle parle de motifs politiques sans jamais en conclure quelque chose de politique justement.

Voici leur texte :

« Nous quittons l’UCL pour des motifs politiques

Militantes et militants communistes libertaires depuis des années, plus de quarante ans pour certain.es, nous avons assisté à une transformation profonde de notre organisation, ce qui aurait pu nous convenir. Mais l’Union Communiste Libertaire (UCL), créée il y a deux ans, met à mal les relations humaines qui s’y nouent, adopte un fonctionnement qui ne recherche ni le respect de ses textes fondateurs, ni celui de ses valeurs et ne favorise pas la solidarité militante.

Le communisme libertaire est un ensemble de pratiques qui définit ce que nous prônons politiquement et de valeurs porteuses d’un projet révolutionnaire.

Son combat est de lutter contre toute domination d’un être humain sur un autre, pour construire une société solidaire. Notre courant s’incarne dans la volonté d’ancrer nos combats coordonnés dans le réel, dans le refus du dogmatisme et du sectarisme et dans la recherche de nouvelles voies de transformation sociale.

1) Les orientations

Le plate-formisme, à l’origine fondé pour tirer les conséquences de l’échec total des mouvements anarchistes pendant la révolution russe, est indispensable en ces mauvais temps.

A l’abandon au 1er congrès de l’UCL de cette orientation, s’est ajouté un sectarisme « novateur » dans notre courant. Comme si la révolution pouvait ne dépendre que des seuls anarchistes ! L’organisation n’est donc plus un outil collectif, elle est devenue une fin en soi. Ces éléments marquent selon nous définitivement la rupture de l’UCL avec toute perspective révolutionnaire.

A l’UCL aujourd’hui, la lutte de classes est systématiquement opposée à « l’intersectionnalité », alors que pour nous toutes les luttes doivent être articulées ensemble.

Les postures radicales, ou plus exactement des discours prétendument radicaux, ne remplacent pas les engagements concrets en lien direct avec les classes populaires qu’ils soient associatifs, syndicaux, politiques, ancrés dans les quartiers, les villes et les campagnes. Cela se complète avec une incapacité d’écoute et d’empathie qui contrarie notre implication sociale ; au contraire, l’utilisation d’un langage élitiste ne peut que renforcer la domination sur celles et ceux qui ne le maîtrisent pas.

L’UCL nie, de fait, que tous les prolétaires ont matériellement intérêt à combattre ensemble le sexisme et le racisme, et que c’est sur cette base que nous pouvons construire des luttes sociales articulant les luttes contre toutes les formes de discrimination et pour leurs revendications communes.

Quant à la critique de toutes les religions, incarnée depuis toujours par le mouvement libertaire, elle est devenue tabou et donne même lieu à des accusations de racisme lorsqu’elle est proposée, alors que le Manifeste de l’UCL rappelle son engagement à défendre « un projet de société libéré de l’aliénation religieuse ». Même si la liberté de croire ou non doit être défendue, les libertaires se sont toujours dressé.es contre toutes les formes d’oppression religieuse, notamment chrétiennes, juives et musulmanes.

Concernant « l’islamophobie », dont nous nous ne sommes pas dupes, cela ne doit toutefois pas conduire à exclure toute réflexion critique quand l’islam politique est au pouvoir dans certains pays ou qu’il menace les droits et les libertés dans le monde ou ici.

2) Le fonctionnement

L’évolution de l’UCL met à mal le projet communiste-libertaire.

Cette organisation a accepté le principe d’une communication interne violente où le débat n’est plus nourri par des points de vue politiques mais s’exprime par anathèmes à partir d’une essentialisation des militant.es. Ainsi, ce n’est plus tant ce qui est argumenté que la personne qui parle, définie par la couleur de sa peau, son âge, son genre, etc. Or les personnes doivent être reconnues dans leurs propos et leurs actes, et non par la liste des dominations vécues. Quant aux vécus et aux ressentis, s’ils ont une place, ils ne justifient pas l’imposition d’une ligne politique.

Nous ne sommes pas responsables de qui nous sommes, uniquement de l’impérieuse nécessité d’interroger de quoi nous sommes porteurs ou porteuses et d’entrer par là même en transformation. Et selon nous, l’organisation a vocation à accompagner ses membres dans ce processus intime et politique.

A l’inverse, dans l’UCL s’expriment dorénavant surtout celles et ceux qui sont maîtres du temps et adeptes des faux procès, les autres n’ayant comme choix que de subir l’opprobre public, de s’autocensurer ou de se taire.

Des accusations sans fondement de racisme ou d’antisémitisme, de sexisme, de complicité de la culture du viol, de transphobie, de validisme, de putophobie, etc. sont proférées sans arguments, ni clefs de compréhension. Il est pourtant évident que si celles-ci étaient fondées, des procédures d’exclusion auraient été mises en œuvre.

Ces propos accusateurs, qui ont pu s’exprimer au dernier congrès, sont sans doute minoritaires ; ils camouflent en réalité des divergences politiques. Et la majorité laisse dire.

Au sein de l’organisation, les liens humains sont donc abîmés. Et le 1er congrès a illustré ce malaise relationnel entre les militant.es, devenus incapables ne serait-ce que de boire un coup ensemble après un moment de confrontation politique.

3) L’absence d’élaboration

Les positions politiques sont caricaturées et stigmatisées, la complexité du réel déniée. Et la pratique, certes longue et difficile, de l’élaboration collective et de la confrontation politique n’est plus une réalité. La richesse de la réflexion et la recherche de sens sont passées à la trappe !

A l’image des likes et insultes des réseaux sociaux, le congrès a brillé par sa pauvreté intellectuelle, dans le prolongement d’un fonctionnement où l’entre-soi est privilégié.

Les commissions ne produisent au final que peu de réflexions.

Seul l’antipatriarcat « post-moderniste » semble avoir le vent en poupe et constitue de fait un bureau politique qui ne dit pas son nom, minorant ainsi la parole des militantes qui portent une approche et une méthodologie autres. Le genre est en effet devenu le prisme de tout échange. Les camarades hommes hétérosexuels sont, notamment, soumis à une critique permanente du simple fait de ce qu’ils sont, quel que soit leur engagement concret dans la lutte pour l’égalité des droits, y compris dans leur vie quotidienne.

La réflexion de l’UCL est donc devenue médiocre et réductrice, éloignée de la complexité des classes populaires, son action bien peu mise en œuvre, le travail avec d’autres organisations le plus souvent fustigé, et le débat interne empêché et perverti.

4) Crise à l’UCL

Si notre projet est encore largement utopique parce que la société capitaliste y fait obstacle, notre réflexion et nos pratiques doivent maintenir l’exigence d’une solidarité respectueuse de toutes et tous. Et si le combat libertaire est indispensable dans cette société où l’oppression de classe est centrale, c’est essentiellement au nom de son identité qu’il subit la répression.

De très nombreux et nombreuses camarades ont déjà quitté l’organisation, choqué.es de sa violence interne et de sa dérive politique – sans que cela ne soit toutefois interrogé par ses mandaté.es qui répondent par le déni aux demandes d’explication. Loin de s’être concrétisée, la recherche du « changement d’échelle » ayant conduit à la fusion AL-CGA est déjà un gâchis conséquent.

Car l’UCL ne conçoit plus la remise en questions, alors que celle-ci illustre la spécificité libertaire de notre engagement. C’est à ce titre que notre démission collective de l’organisation rencontrera certainement le mépris de celles et ceux qui en sont les fossoyeurs.

Nous continuerons donc à militer dans d’autres cadres, avec celles et ceux qui restent nos camarades.

Car il est un temps où la cohérence politique conduit à la rupture. Ce temps est devenu le nôtre.

Signataires

Albert (ex UCL 93 centre), Basile (ex UCL 93 centre), Cécile (ex UCL GPS), Cédric (ex UCL Allier), Clo (ex UCL 93 centre), Daniel (ex UCL Aveyron), Edouard (ex UCL Nîmes), Émilie (ex UCL Nîmes), Erwan (ex UCL Lorient), Evelyne (ex UCL Amiens), Gémy (ex UCL 93 Centre), Grégoire (ex UCL Orléans), Guillaume B (ex UCL Orléans), Jacques Dubart (ex UCL Nantes), Jean-André (ex UCL Aveyron), Jean-Michel (ex UCL Amiens), Jérôme (ex UCL Montreuil), Laeti (ex UCL Nantes), Laurent (ex UCL 93 centre), Matthias (ex UCL Orléans), Max (ex UCL St Denis), Nico (ex UCL Thionville), Noël (ex UCL Melun), Nunu (ex UCL Aveyron), Olivier (ex UCL 93 centre), Paul (ex UCL liaison Toulouse), Quentin (ex UCL Orléans), Rémi (ex UCL Lorient), Rémi (ex UCL Orléans), Rodolphe (ex UCL liaison Toulouse), Sébastien (ex UCL Nantes), Valentin (ex UCL Nîmes), Xavière (ex UCL 93 centre)« 

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Eric Zemmour à Marseille : fiasco ou succès politique ?

La visite marseillaise d’Eric Zemmour est révélatrice.

Faites vos jeux ! Parier, c’est moralement erroné, mais la politique rend cela inévitable, parce qu’il faut analyser les tendances et choisir ce qu’on considère juste, repoussant ce qu’on imagine faux, et qu’on mise tout dessus. Et là on a un exemple très parlant.

Le 27 novembre 2021, Eric Zemmour était de passage à Marseille, alors voilà différentes considérations à ce sujet, en provenance de ce dépotoir-défouloir qu’est Twitter, tout un symbole de notre époque. D’un côté, Eric Zemmour tentant d’inventer un mythe mobilisateur, avec le fameux parcours de l’homme providentiel à la rencontre de son peuple. De l’autre l’ultra-gauche qui n’en invente pas un puisqu’elle l’a déjà, avec son substitutisme et son « action directe ».

Qui est le gagnant de cette séquence ? Marseille s’est-elle vraiment soulevée contre Eric Zemmour ? Ce dernier a-t-il vraiment pris un pied au derrière dans la construction de sa figure politique ?

Bien entendu, on peut être horrifié et penser qu’il faut un antifascisme politique, parce que là…

Laetitia Avia est Députée de Paris, vice-présidente du bureau exécutif & Porte-parole LREM.

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L’ultragauche, CNews, la Guillotière ou le besoin d’un antifascisme politique

Le piège était gros comme une maison et l’ultragauche est tombée en plein dedans.

Le mercredi 24 novembre, Jordan Bardella était l’invité de l’émission « Face à la rue » diffusée sur Cnews et présentée par Jean-Marc Morandini. Cette émission est la quintessence de la stupidité intellectuelle. Elle est une expression d’un débat politique qui est asphyxié par le populisme.

Et forcément, inviter Jordan Bardella, président du Rassemblement National, à la Guillotière à Lyon c’était chercher la provocation en visant à mettre en scène pour le buzz médiatique toute les thèses démagogiques d’extrême droite. Et cela a fonctionné, d’autant plus que l’ultragauche est tombée dans le panneau en organisant un rassemblement d’opposition.

Quand Jordan Bardella vient pour diffuser son poison nationaliste-chauvin, c’est justement pour court-circuiter la lutte des classes, pour saboter toute prise de conscience et toute perspective d’organisation populaire contre le pourrissement anti-social.

Mais visiblement l’ultragauche et les « antifas » ne comprennent pas le rôle politique joué par le fascisme. Ils ne le comprennent pas, car ils ne l’étudient pas, et ne veulent pas raisonner en termes politiques.

C’est pourquoi dans ce contexte, les propos tenus par Eduardo Rihan-Cypel, membre du conseil national du PS, appuie là où ça fait mal :

« Je crois que ce sont des gens de l’ultragauche qui ne sont pas d’accord avec votre venue et notre venue et celle de Joardan Bardella. Il y a une partie de cela où je peux comprendre les choses où ils ont le sentiment qu’on prend les choses en spectacle (…). C’est une quartier dans lequel il y a des difficultés, il y a des problèmes de sécurité, de trafics, et moi j’entends des gens d’ultragauche qui nous disent de nous casser, mais j’aimerais aussi demain qu’ils puissent dire aux trafiquants, au dealers et aux délinquants à eux de se casser du quartier »

Ces propos ont évidemment fait polémique dans un partie de ladite « gauche de la gauche ». En effet, dire que le débat avec le Rassemblement National irait de soi, c’est quelque chose de bien critiquable tout comme d’ailleurs la participation à la mise en scène médiatique est une erreur car cela ne permet pas d’élever le niveau politique et idéologique.

Mais là où Eduardo Rihan-Cypel met le doigt là où ça fait mal, c’est sur la question du pourrissement social !

La Guillotière, c’est un quartier de 31 000 habitants qui s’est largement transformé ces dernières années, sous le poids notamment des résidences étudiantes. Mais pas seulement…

Le problème ce n’est pas que la Guillotière puise historiquement ses racines dans une identité métissée et populaire, un quartier surnommé tout à la fois « la petite Afrique » et le « chinatown lyonnais », mais bien que l’approfondissement de la crise du capitalisme produit une couche toujours plus grande de lumpenprolétaires.

Et le lumpenprolétariat, c’est un mode de vie anti-social, fondé sur le modèle de réussite du gangster, « sans foi, ni loi », avec tout son lot de conséquences en matière de climat délétère pour la vie quotidienne.

A la Guillotière, la situation est telle qu’une petite superette a avancé son heure de fermeture à 17h au lieu de 19h30 à cause des comportements anti-sociaux aux alentours, tout comme l’enseigne MacDonald’s ne sert plus ses immondes burgers en salle mais seulement en vente à emporter (la salle de restaurant étant fermée).

Les personnes liées à l’immigration asiatique ont tiré la sonnette d’alarme, allant même jusqu’à menacer de s’organiser pour assurer leur propre sécurité face aux violences. La cellule du PCF du 7e arrondissement de Lyon est ainsi amenée à parler de « réseaux mafieux qui prospèrent à la vue de tous ».

En manifestant derrière le slogan « Les vendeurs de rue ne sont pas des criminels ! », l’ultragauche montre qu’elle fait partie du problème, et non pas de la solution antifasciste. Il faut vraiment fantasmer sur le réel pour s’imaginer qu’il y a quoique ce soit de positif dans la vente de cigarettes ou tout autre produit de contrebande, sans même parler du climat oppressant pour les femmes.

Et que dire de ces trois individus ridicules, déguisés en daltons, ces personnages de la bande-dessinée « Lucky Luke », et tirant des feux d’artifices sur la police….

Et la misère sociale dira-t-on ? Certes, mais on ne combat pas la misère sociale en étant un anti-social ou en soutenant ce type social décadent, mais justement en proposant un modèle d’organisation populaire en mesure d’assurer une vie sociale réelle.

C’est par exemple ce qu’on fait certains groupes d’extrême gauche dans le quartier d’Exárcheia à Athènes en Grèce, où se mêlent des comités sociaux et groupes d’auto-défense contre ce qu’ils nomment justement le « cannibalisme social ». Voilà une proposition réelle, concrète qui ne court pas après la dénonciation de l’extrême droite mais sait se positionner en pratique pour proposer une solution anti-démagogique, car populaire.

Mais pour cela, il ne faut pas être un petit-bourgeois pourri par la pensée libérale-libertaire.

Bref, il faut avoir saisir la tâche énorme d’un antifascisme capable de briser la démagogie fasciste en le prenant de court sur le terrain pratique de l’organisation de la vie populaire. Un antifascisme politique et culturel, qui va s’avérer d’autant plus nécessaire que le fascisme porté par Marine le Pen, Eric Zemmour et ses relais médiatiques va intensifier la pression.

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Interview d’un Français parti au Rojava

Très utile pour connaître une vision du monde irriguant l’ultra-gauche.

L’idéologie du Rojava – la petite région autonome de Syrie à majorité kurde – irrigue très largement l’ultra-gauche. Cette idéologie est façonnée par le PKK agissant en Turquie et son dirigeant emprisonné Abdullah Öcallan (surnommé Apo).

Le PKK est pourtant né sur une base marxiste-léniniste, mais il l’a rapidement abandonné pour une démarche patriotique (ou nationaliste de gauche) se tournant finalement vers le principe confédéral / décentralisé (du moins officiellement), considérant qu’Abdullah Öcallan a formulé la solution à toutes les questions révolutionnaires du monde, au moyen du « municipalisme libertaire » et du « confédéralisme démocratique ».

L’ennemi, c’est très clairement ici la Gauche historique et en général c’est comme si tout ce qui a existé avant les années 1990 aurait été invalidé et ne serait même pas à prendre en compte. Une large partie de l’ultra-gauche post-anarchiste et post-trotskiste s’est d’ailleurs, depuis quelques années, d’une manière ou d’une autre reconnue dans cette approche (c’est par exemple une référence pour la « Jeune Garde »).

De nombreux Français ont de ce fait rejoint le Rojava pour combattre aux côté des Kurdes dans les YPG (Unités de protection du peuple), afin de combattre Daech, mais également par sympathie pour le projet au Rojava (mis concrètement en place par le PYD – Parti de l’union démocratique, lié au PKK). Ils sont intervenus das un contexte régional de guerre et pour cette raison la situation a été complexe, teinté parfois de pragmatisme de la part des forces kurdes, les États-Unis couvrant le Rojava depuis quelques années (il y a pratiquement mille soldats américains dans la région), des experts militaires français ayant également aidé à la formation des YPG, etc.

Voici justement une interview d’un Français parti là-bas, réalisé par le média d’ultra-gauche Lundi matin (qui consiste en la « suite » de la mouvance de « l’insurrection qui vient » de Julien Coupat).

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Société

On ne combat pas le fascisme chez Cyril Hanouna ni Vincent Bolloré

Seule la Gauche historique possède le volume nécessaire contre l’extrême-Droite.

Le capitalisme développé a réussi à mettre en place des démarches emprisonnant littéralement les gens sur le plan de la culture et des mentalités. Que ce soit Koh Lanta, Netflix ou TikTok, on parle ici de constructions visant à produire la passivité et à réduire la pensée à une sorte de magma instinctif.

L’émission « Touche pas à mon poste! » est emblématique depuis une décennie déjà de la course au crétinisme par l’intermédiaire du voyeurisme et de la stupidité. Son animateur, Cyril Hanouna, est désormais l’une des figures les plus connues (et appréciées) de France ; indéniablement intelligent, il s’est mis au service de la futilité consommatrice, de l’écrasement de l’intelligence. Les procédés sont insupportables, cela fonctionne dans un mélange de racolage et stupidités, c’est odieux.

Pourquoi des gens sont-ils alors allés dans une telle émission pour parler d’antifascisme? Quel sens peut-il y avoir à cela? Le sens de cela, c’est qu’il y a des gens qui ne veulent pas rompre avec le capitalisme, qui en accepte donc les règles, et qui s’imaginent pouvoir changer les choses de l’intérieur du capitalisme.

D’ailleurs, une personne de l’association L214 est également passée dans l’émission le lendemain, le 28 octobre 2021. Comme si on pouvait changer les choses en faveur des animaux dans une émission structurée pour vider les esprits et amener à une consommation passive. Il n’y a pas « Touche pas à mon poste! » sans McDonald’s, et inversement.

Tout comme il ne peut pas y avoir « Touche pas à mon poste! » sans Didier Raoult et inversement. Celui-ci est passé également le 28 octobre 2021, mais c’est une habitude pour ainsi dire (il y était même encore tout récemment, le 19 octobre).

Il est donc totalement absurde, et absolument incompatible avec l’antifascisme, de se pointer à une telle émission, comme l’a fait le 27 octobre le porte-parole de la « Jeune Garde« , et de porter une pseudo-contradiction à une activiste d’extrême-Droite, Juliette Briens, tenant des propos violents et caricaturaux. C’est simplement servir le spectacle racoleur de « Touche pas à mon poste! ».

Malheureusement c’est inévitable de la part de gens qui considèrent que le fascisme se combat « dans la rue ». C’est là une conception « ultra » qui a déjà été rejetée par l’antifascisme dans les années 1920-1930, parce que le fascisme vise justement, par sa violence, à empêcher la politique et à faire perdre son temps à la Gauche par des escarmouches.

Le fascisme ne se combat pas dans les rues ni sur les plateaux de télévision. Le fascisme est un processus historique d’un capitalisme en crise se militarisant et allant à la guerre. Telle est la conception de la Gauche historique qui vise, par conséquent, à assumer la politique, l’idéologie, la culture, bref la conscience. Ce n’est pas le spontanéisme, ce n’est pas la précipitation, ce n’est pas le spectaculaire.

On notera d’ailleurs que Cyril Hanouna a mis en place en 2010 la société H2O Productions, qui les deux premières années appartenait majoritairement à Havas. Havas est alors une filiale du groupe Bolloré. C’est d’ailleurs le groupe Bolloré qui possédait la chaîne C8. Celle-ci est vendue à Canal +, mais Canal + est vendu à Vivendi, dont le principal actionnaire est… Vincent Bolloré.

Vincent Bolloré qui possède donc CNews qui est la chaîne d’informations qui est un des très grands vecteurs de l’extrême-Droite, qui a propulsé Eric Zemmour.

Ce qui fait pour résumer qu’on est censé avoir de « l’antifascisme » mis en avant dans une des pires émissions mondiales de la stupidité et du racolage, sur une chaîne appartenant à Vincent Bolloré, milliardaire propulsant les idées d’extrême-Droite et Eric Zemmour !

Il va de soi que cela ne tient pas une seule seconde, ni intellectuellement, ni culturellement, ni idéologiquement, ni politiquement. Ce qui montre que l’action antifasciste ne peut se fonder que sur la conscience politique et viser la conscience politique, afin de ne pas se faire piéger. Et cette conscience politique ne peut se fonder que sur la Gauche historique, pour qui le fascisme c’est le capitalisme en crise pressurisant les travailleurs et cherchant en la guerre un moyen de s’en sortir.

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La « Jeune Garde » dans la revue Politis

C’est un tournant pour toute une mouvance.

La revue Politis, qui exprime un point de vue anti-libéral selon un point de vue gauche moderniste, a publié un numéro faisant la part belle au groupe « la Jeune Garde« . C’est là quelque chose de très intéressant, car c’est là une contribution assez importante à la liquidation de la Gauche historique.

La Jeune Garde, qui existe à Lyon, Paris et Strasbourg, est un mouvement qui se définit par l’antifascisme. Son nom est une référence indéniable à la chanson socialiste d’avant 1914 qui s’est prolongée chez les socialistes et les communistes par la suite, et jusqu’aux années 1990 dans différentes organisations d’extrême-Gauche. Le groupe utilise également le symbole des trois flèches qui fut employé par la social-démocratie allemande des années 1930 et autrichienne des années 1930 et 1950 (voire jusqu’à aujourd’hui).

C’est très paradoxal, car dans sa démarche, la Jeune Garde n’a rien à voir avec le mouvement ouvrier. En effet, on ne parle pas ici d’une structure en mode partidaire, sur une base idéologique avec une insistance sur la conscience du monde, mais d’une mouvance s’appuyant sur un style.

Ce style est celui des ultras du football, avec un mélange fumigènes – marques de mode appréciés dans les stades (comme Stone Island) – focalisation sur la police (en mode « ACAB ») – esprit de bande – photos de groupes sur les réseaux sociaux – coups de poing.

Les coups de poing se déroulent en l’occurrence contre l’extrême-Droite : le groupe est originaire de Lyon, une ville où l’extrême-Droite n’hésite pas à parader et à agresser, jusqu’au cutter à la barre de fer, comme encore tout récemment (voir ici et ).

Il faut bien saisir qu’on parle ici d’un mouvement de masse : il existe de nombreux groupes ayant le même style que la Jeune Garde, mêlant pour cette raison le style ultra au rap, à du militantisme anarchiste et syndicaliste, etc. Mentionnons notamment le Groupe Antifasciste de Lyon dont des activistes ont été arrêtées ces derniers jours, jusqu’à sur leur lieu de travail, pour des affrontements avec l’extrême-Droite lors d’une manifestation anti-pass (voir le communiqué du groupe ici).

Le symbole des trois flèches provient de la social-démocratie allemande, mais arrive sans doute ici par l’intermédiaire du RASH, un regroupement international anarchiste et communiste de skinheads antifascistes (sans rapport donc avec le symbole originel non plus)

Pour cette raison, il y a également dans toute cette mouvance des gens largement influencés par la Gauche historique et aborder même cette question n’a pas de sens pour les gens de cette mouvance, qui ont une approche spontanéiste, non idéologique ni partisane. Le principe est de combattre le racisme et les structures d’extrême-Droite, de se revendiquer des classes populaires, tout le reste semble très lointain pour la plupart.

Cela fait que, pour beaucoup de jeunes étudiants cherchant à rejoindre la « gauche radicale », la seule chose qui existe vraiment à leurs yeux est cette mouvance. D’où, forcément, l’intérêt qu’y voit Politis, d’autant plus que la Jeune Garde a passé un cap en parvenant à systématiser son approche, au point de disposer d’un porte-parole (ce qui est extrêmement courageux à Lyon de par les agressions d’extrême-Droite).

Du point de vue de la Gauche historique, il ne faut par contre pas s’attendre à quelque chose d’élaboré ; comme on le voit dans une interview dans la revue hipster Vice ou bien dans une interview au site La Horde, où l’on a on a cette définition suivante de l’antifascisme par le groupe parisien de la Jeune Garde:

« L’antifascisme c’est lutter contre les idées racistes, xénophobes, islamophobes, sexistes, antisémites, transphobes et homophobes »

Cette définition fera soupirer quiconque a ses racines dans la Gauche historique, pour qui le fascisme est une expression historique d’un capitalisme en crise cherchant des solutions par la guerre. Mais sans nul doute les gens de cette mouvance diront qu’ils n’ont rien contre cette définition et c’est bien là tous les avantages et les défauts d’une telle mouvance, ballottée dans les idées, influencée par l’extrême-Gauche comme par des théoriciens universitaires, suivant les modes activistes tout en cherchant une certaine loyauté populaire.

Cela étant, la valorisation par Politis fait passer un cap, car là on est dans le néo-réformisme assumé, on est dans une prétention à élaborer un nouveau discours « antifasciste », à remplacer ce qui a existé dans le passé car tout serait périmé, etc. C’est donc l’apogée pour cette mouvance, mais en même temps sa fin car toute ossification implique sa disparition comme « style » activiste.

Soit elle prolonge le tir et adopte un réformisme néo-anarchiste, totalement influencé par les valeurs libérales du post-modernisme, soit c’est le maintien d’une ligne du « coup de poing » et c’est l’écrasement, en raison du substitutisme et de l’aventurisme, par la combinaison de la répression étatique et des agressions d’extrême-Droite.

C’est le prix à payer quand on suit une ligne d’ultra-Gauche, qu’on rejette la Gauche historique et sa démarche programmatique-consciente.

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140 00 personnes contre le pass sanitaire samedi 4 septembre 2021

Nationalistes, ultra-gauche et délirants, de moins en moins nombreux… pour l’instant ?

Faut-il s’en réjouir, ou craindre le calme avant la tempête ? Les anti-pass sanitaire étaient en tous cas moins nombreux que les semaines précédentes ce samedi 4 septembre 2021. Le ministère de l’Intérieur parle de 140 000 personnes, contre 160 000 la semaine dernière.

Ils étaient 7000 à Montpellier, 3700 à Lyon (en deux cortèges) 2900 à Nice, 2700 à Lille, 2400 à Nantes, 700 à Saint-Nazaire, 1500 à Rennes, 2900 à Bordeaux, 1500 à Besançon et 2200 à Strasbourg. A Paris, les autorités ont annoncé 18 500 manifestants, répartis dans pas moins de 5 cortèges différents…

L’ultra-gauche semble avoir mis la main sur bon nombre de rassemblements dans les différentes villes (plus de 200 en tout), alors qu’une partie des manifestations se font par contre toujours sous l’égide des nationalistes, notamment autour de Florian Philipot à Paris. Les cortèges charrient en tous cas systématiquement leur lots de délirants, pour qui le prétexte est idéal pour rejeter l’État, la police, les règles sociales, la société elle-même et toute forme de raison.

C’est glaçant, mais au moins on peut se dire que ça n’a pas prise sur la société française. A moins que ce soit l’inverse… et qu’une partie du pays fasse littéralement sécession et déraille ouvertement !

On se dira cependant qu’il est toutefois difficile de s’intéresser à ces énergumènes et leur charabia paranoïaque. Comme par exemple ce responsable du syndicat SUD à la Poste qui s’imagine que le pass sanitaire est un complot pour se débarrasser des salariés :

«Le pass sanitaire, c’est le pass licenciement. C’est une facilité plus grande de suspendre le contrat de travail et, au final, de licencier».

Ce qu’il dit là est on ne peut plus typique. Ces gens sont totalement hors-sol, et leur paranoïa anti-État leur fait d’ailleurs passer à côté des véritables enjeux. Car il fallait par exemple plutôt lire le Figaro ce vendredi, qui titrait, martial : « Pourquoi les Français vont devoir travailler d’avantage ».

En effet, telle est l’actualité sociale du moment. Le capitalisme n’a aucune envie de licencier les gens sans raison en ce moment, ni d’ailleurs jamais. Il a ses règles, ou plutôt sa règle : le profit. Et justement il est considéré qu’il va falloir mettre les ouvriers au pas et les faire travailler plus, restructuration oblige. C’est la crise, cela va être de plus en plus la crise, voilà le sujet, le vrai sujet.

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Le pass sanitaire est-il une mesure machiavélique ?

L’ultra-gauche a largement diffusé sa conception d’un État qui « pense ».

Depuis l’allocution du 12 juillet 2021 d’Emmanuel Macron, un grand débat existe chez les gens de gauche : le pass sanitaire est-il une mesure anti-populaire, et même directement hostile à l’encontre des travailleurs ? La question s’est posée avec d’autant plus d’acuité qu’une partie importante des masses laborieuses, dans ce qu’elles ont de plus large, a eu un véritable haut-le-cœur à l’annonce des mesures étatiques.

La lassitude dans la crise sanitaire et la fatigue du salariat ont amené bon nombre de travailleurs à exprimer un refus de suivre une exigence décidée de manière unilatérale. Il y a un sentiment diffus de ne plus vouloir suivre les règles imposées. Tout cela est très confus, évidemment, vue la nullité complète du niveau de conscience sociale, politique, idéologique, culturel. Il y a cependant quelque chose, et c’est suffisant pour avoir été remarqué.

Comme on le sait, il y a en effet en France une grande tradition syndicaliste révolutionnaire ; à vrai dire, on considère même qu’être à gauche de la gauche serait d’exprimer la colère populaire revendicative. D’où une vague de refus du pass sanitaire exprimée politiquement de manière ouverte.

Il faut cependant prendre garde à ne pas rater la question de fond. En effet, les travailleurs refusant le pass sanitaire ont pris cela pour eux, au sens de : « on va encore nous ennuyer, nous agresser ». Ils ont une vision machiavélique d’Emmanuel Macron, comme de Nicolas Sarkozy hier. Il y aurait un calcul, ce serait un coup fourré, un coup de Jarnac, etc.

Or, que voit-on ? Que les dénonciations du pass sanitaire se placent à ce niveau. Elles ont toutes comme arrière-plan intellectuel d’imaginer le capitalisme organisé, avec des gens savant pertinemment ce qu’ils font. Il est pourtant évident que l’État est débordé et que le pass sanitaire est le minimum objectif à réaliser pour essayer que la société sorte la tête de l’eau.

C’est là qu’on voit comment prédomine la conception d’ultra-gauche d’un État « calculateur », d’un État à la « 1984 », d’un capitalisme conscient et cynique, calculateur et machiavélique. C’est une vraie paranoïa, qui s’exprime très largement. Lutte Ouvrière, par exemple, est formelle dans son article Passe sanitaire et vaccination forcée : c’est non ! : c’est une mesure calculée, un coup machiavélique.

« Qu’arrivera-t-il aux salariés qui n’auront pas de passe sanitaire à jour ou à ceux qui ne voudront pas se plier à l’obligation vaccinale ? Seront-ils mis à l’amende, suspendus, licenciés ? La non-vaccination est devenue un nouveau motif de licenciement, eh bien voilà une attaque anti-ouvrière de plus à combattre ! 

La vaccination est un moyen puissant pour combattre l’épidémie, mais Macron s’en sert comme une arme politique pour dissimuler sa propre responsabilité. Il s’en sert pour cacher combien la gestion capitaliste des hôpitaux est criminelle. Il s’en sert pour faire oublier le manque de moyens humains et matériels du système de santé.

Macron est en campagne et il utilise la crise sanitaire pour resserrer les rangs derrière lui, en dressant les vaccinés contre les non-vaccinés. Il aimerait que nous passions le temps à nous dénigrer, nous déchirer et nous contrôler les uns les autres, plutôt que juger de son action et lui demander des comptes. »

L’idée de fond, c’est que le pass sanitaire serait une mesure afin de diviser pour régner, avec aux commandes un super-calculateur prévoyant les coups à l’avance. Le PCRF parle de « Macron l’autocrate jupitérien » réalisant une « avalanche continue des mesures liberticides et réactionnaires ». Le PRCF parle du « tyranneau Macron« , qui empile les mesures liberticides :

« Préparées par un intense pilonnage médiatique, les annonces de Macron sont inadmissibles sur toute la ligne. Plus arrogant que jamais alors même que le parti macroniste LREM a obtenu moins de 4% des inscrits aux régionales et aux départementales, le “libéral” Macron institue à la fois l’obligation vaccinale pour les soignants et le passe sanitaire individuel obligatoire pour une interminable série d’activités : ce qui revient de fait quasiment à assigner à résidence, voire à interdire de vie sociale, politique et culturelle toute une partie de la population!

Cette approche ultra-autoritaire et diviseuse, typique des mesures liberticides empilées sans fin par les présidents et par les gouvernements maastrichtiens successifs, fait l’impasse sur l’euro-casse austéritaire de l’hôpital, qui continue de plus belle, et sur le désintérêt total du pouvoir pour les politiques de soin et de prévention. »

Le média Lundi.am, porte-parole d’une ultra-gauche spontanéiste et intellectuelle, parle pareillement de contrôle et de répression :

« Emmanuel Macron l’a annoncé lundi dernier, la stratégie de lutte contre la 4e vague épidémique s’articulera autour de valeurs phares : la menace et le chantage, le contrôle et la répression. Il y a beaucoup à dire et à penser de ce que va produire le Pass sanitaire et les mille frontières invisibles qu’il va faire exister autour de nous, de la division entre bon citoyen et marginal co-responsable de l’épidémie. »

Révolution Permanente, courant du Nouveau Parti Anticapitaliste en phase de fonder un nouveau parti, formule cela de la manière suivante dans Pass sanitaire : un autoritarisme made in Macron pour masquer l’échec de sa stratégie vaccinale :

« Lundi 12 juillet, Emmanuel Macron a annoncé l’extension du pass sanitaire à l’ensemble des bars, restaurants, centres commerciaux et trains. A travers cette mesure, Macron cherche à faire peser le poids des restrictions sur les non-vaccinés, créant ainsi des citoyens de seconde zone. Si la généralisation de la vaccination est une nécessité, cette mesure est intrinsèquement autoritaire et liberticide. Pire, loin de créer de la confiance envers la vaccination, elle va accentuer la défiance. »

Tout cela est bien erroné et rate le vrai fond du problème: que le capitalisme a fait le tour de lui-même, que l’État est débordé, que tout se fait au jour le jour… Croire que les couches dominantes, totalement décadentes, peuvent gérer quelque chose, c’est « croire » en un capitalisme qui peut se comprendre lui-même, ce qui est absurde. Le pass sanitaire n’est pas une mesure machiavélique : c’est simplement une réponse objective d’une société essayant de traverser la crise sanitaire. Et loin de parler de mesures liberticides, il faudrait au contraire se plaindre que ces mesures ne le sont pas assez!

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1er mai 2021 et l’ultra-gauche: la CGT donne son point de vue

Le premier secrétaire de la CGT Philippe Martinez a tenu des propos hallucinés en prétendant que c’est l’extrême-Droite qui a attaqué lors du 1er mai à Paris.

On peut tout à fait qualifier de fasciste les partisans de l’ultra-gauche radicale adeptes de la casse urbaine et de l’hystérie anti-police. Seulement pour le faire, il faut au moins une analyse renvoyant l’ultra-gauche radicale à son nihilisme et à l’histoire du fascisme esthétisant la violence gratuite au nom d’un romantisme révolutionnaire.

Tel n’est pas le discours de la CGT, qui raconte surtout n’importe quoi pour ne pas faire de politique, parce qu’elle est anti-politique et qu’elle pourrit la Gauche avec son syndicalisme prétentieux et vain.

Sur la chaîne Public-Sénat, le premier secrétaire de la CGT a insinué que les échauffourées du 1er mai à Paris auraient été organisées en amont et que serait l’œuvre de « l’extrême-droite ». Il a justifié cela par la prise de position récente de la CGT contre la tribune des militaires ou par la défense par son syndicat des « sans papiers ».

C’est totalement ridicule. D’une part, car l’extrême-droite n’en a pas grand-chose à faire des prises de position de la CGT, ni de sa fascination pour les travailleurs étrangers présents illégalement sur le territoire. La CGT ne fait peur à personne et elle sert juste de défouloir pour les commentaires des lecteurs du Figaro.

D’autre part, car l’extrême-droite en France est en pleine recomposition avec un élan nationaliste très puissant, elle a donc bien d’autres choses à faire. Quant aux éléments radicaux d’ultra-droite adeptes du coup de poing, il ne faut vraiment rien y connaître pour s’imaginer qu’ils osent s’aventurer ainsi dans un cortège du 1er mai, surtout à Paris.

La CGT se couvre donc de ridicule, mais elle joue aussi un rôle néfaste en entretenant la confusion sur ce qu’est l’extrême-droite et le danger qu’elle représente. Le risque en France, ce n’est pas un régime « totalitaire » ou la généralisation de pogroms racistes contre les « sans papiers ». Le risque en France, l’actualité, c’est le nationalisme et la tendance à la guerre, avec en face la classe ouvrière et les masses populaires qui sont apathiques et apolitiques, laissant faire passivement.

La CGT ne fait rien contre ça, au contraire même car à bien des égards elle contribue activement à la diffusion du poison nationaliste avec un discours social-chauvin très ancré, sans parler de son syndicalisme beauf plein de rodomontades mais sans résultat face aux restructuratons.

La CGT préfère donc s’inventer des ennemis d’extrême-droite, pour s’imaginer exister et représenter quelques-choses d’important et de positif dans le pays. Elle ne veut surtout pas d’un débat politique, et encore moins avec l’ultra-gauche qui est son partenaire très clair dans les manifestations ces dernières années.

Tant la CGT que l’ultra-gauche ont raconté la même chose ces dernières années, avec un cinéma anti-police, avec une fascination quasi-raciste et anti-ouvrière pour les travailleurs sans-papiers, avec des pleurnicheries complètement décalées sur la réalité du niveau de vie des masses en France, etc.

Tout cela ne mène à rien, à part à se couper définitivement des gens et laisser le champ libres aux nationalistes.

Alors, on ne regrettera pas la faillite de la CGT et l’ultra-gauche. Mais un tel effondrement n’a rien de positif s’il n’y a rien à la place. Il y a urgence à se reconstruire pour la Gauche, la vraie Gauche, celle du mouvement ouvrier et de l’intelligence politico-culturelle.

Il faut briser la guerre à l’intelligence menée par les anarchistes et les syndicalistes!

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1er mai 2021 et CGT: l’ultra-gauche donne son point de vue

L’affaire de l’affrontement CGT et ultra-gauche le 1er mai 2021 n’en finit pas.

Le document suivant exprime le point de vue de l’ultra-gauche entrée en confrontation avec la CGT le premier mai 2021 à Paris. Le document n’est pas garantie, du moins il est très hautement vraisemblable.

Dans sa démarche, il correspond à ce qui a été analysé ici : une scission entre les cégétistes et l’ultra-gauche, dans un contexte d’échec complet du tandem pourtant si uni ces dernières années.

En cela d’ailleurs, une large partie du communiqué est mensonger. Il prétend en effet relever de « l’autonomie » au sens où il serait extérieur aux institutions et a fortiori la CGT. Sauf qu’on n’a rien vu de tout cela ces dernières années. Depuis cinq ans, la CGT et l’ultra-gauche marchent main dans la main dans les protestations.

Que ces gens se tournent aujourd’hui vers l’autonomie a tout à fait un sens, vu que la CGT n’a aucun ambition de transformer la société et s’y oppose culturellement et institutionnellement. Il faut de la politique, pas du syndicalisme, très bien.

Mais prétendre depuis toujours défendre l’autonomie, c’est tout simplement faux. D’où évidemment l’incohérence sur le plan des idées. D’un côté on a par exemple la critique faite de la CGT en 1968… de l’autre on a l’affirmation que la CGT d’aujourd’hui relèverait de restes du « marxisme-léninisme » alors que le premier mai 1968, la CGT affrontait déjà les marxistes-léninistes (c’est-à-dire les maoïstes).

Rien que cet exemple historique montre que le positionnement adopté est nouveau et mal digéré.

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L’ultra-gauche n’assume rien face à la CGT

L’ultra-gauche n’a rien à voir avec les autonomes, d’où son malaise face aux bagarres entre ultra-gauche et cégétistes le premier mai 2021.

Ce qu’a fait l’ultra-gauche ces cinq dernières années, jamais les « autonomes » ne l’auraient fait. Jamais ils n’auraient soutenu les initiatives de la CGT, et pour cause !

Historiquement, les « autonomes » apportent en effet beaucoup car ils soulignent que des pans entiers du mouvement ouvriers ont été intégré dans les institutions. C’est le prolongement du point de vue maoïste. Depuis le premier mai 1968 jusqu’à la fin des années 1970, les « maos » puis les « autonomes » sont hostiles au syndicalisme et en particulier à la CGT qui admet et reconnaît les institutions.

L’ultra-gauche se situe hors de cette tradition. Elle a comme base l’anarchisme et elle soutient le syndicalisme, comme la corde soutient le pendu. C’est un retour à la France du début du XXe siècle, avec ses syndicalistes isolés et des anarchistes marginaux, tous cependant plus bruyants les uns que les autres, pendant que les réformistes occupent le terrain électoral. Avec l’effondrement du niveau intellectuel et culturel en France, on est retombé à ce niveau-là…

Quelle honte ! Être en 2021 et avoir une situation similaire à celle de 1901 ! Quelle honte et quelle catastrophe ! Comme si le capitalisme ne s’était pas formidablement développé entre-temps…

Alors, très clairement, les rodomontades sur la « grève générale » de la CGT et les prétentions au grand soir de l’ultra-gauche sont vaines. Et qui se ressemble s’assemble, comme on l’a vu toutes ces dernières années.

Forcément, dans une telle situation, l’attaque de cégétistes parisiens par des gens d’ultra-gauche fait tâche. Alors l’ultra-gauche en parle sans en parler, avec une hypocrisie qui en dit long sur l’escroquerie que tout cela représente. Sur Pars-luttes.info, on a par exemple un long compte-rendu d’un premier mai 2021 parisien qui aurait été formidable, à tous les points de vue. « Premier mai répressif, premier mai massif » est digne des scénarios hollywoodiens. Mais lorsqu’il s’agit de parler de affrontements avec la CGT… c’est la fuite :

« Une fois arrivés à Nation l’ambiance est vraiment détendue. On traîne, on cause avec les camarades qu’on n’avait pas encore vu, on se repose. Il faut une heure et demi au moins entre les premiers et les derniers arrivés ce qui est important quand même, surtout au vu de la densité du cortège.

Je suis d’un côté de la place qui ne me permet pas de voir l’attaque contre les camions de la CGT qui anime tant les réseaux sociaux et les médias réac. Je ne commenterai donc pas ce brillant moment. »

Lundi.am est tout aussi hypocrite. Organe exprimant le point de vue de « l’autonomie italienne » version intellectuelle et esthétisante, son article « CGT, COLLABOS » est ainsi intellectuel et esthétisant dans un petit éloge du désordre, sans s’engager en rien.

« La machine à indignation pouvait s’enclencher. L’« important groupe d’individus » décrit par le communiqué de l’organisation syndicale est petit à petit devenu un « commando » (Jean-Luc Mélenchon), de « personnes masquées » (Clémentine Autain, portant un masque), de faux gilets jaunes (Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT), « pas venues pour revendiquer » (Philippe Martinez), des « ennemis de classe » (les profs de l’UCL), peut-être bien d’extrême droite (Benjamin Amar, aussi de la CGT), en tout cas des « éléments ultras » (Olivier Faure).

On ne s’étonnera pas que les trotskistes voient quant à eux derrière cette « agression odieuse », la main des « blacks blocs » (Nathalie Arthaud, ou pas), et des « autonomes » (Révolution Permanente, cherchant encore et toujours « le bon côté de la barricade »).

Personne ne sait donc qui a bien pu « organiser » le « guet-apens » dénoncé par Martinez, mais toute la gauche a quelque chose à en dire. L’empressement à se poser en victime et à fantasmer un ennemi intérieur et insaisissable (à la fois fasciste et autonome, GJ et organisé), se calque exactement sur la fabrique des polémiques évoquées plus haut (visant habituellement à dédouaner le maintien de l’ordre). Fabrique qui vise notamment à empêcher de demander « pourquoi » et à resituer l’événement dans son contexte immédiat et historique – s’empêcher de réfléchir, en somme.

Derrière, il y aurait des désirs de révolte, un besoin de désordre : c’est la soupe intellectuelle de « l’insurrection qui vient » et des intellectuels observateurs des « luttes » spontanées.

Quant aux autres points de vue, ils relèvent des professionnels des manifestations parisiennes, qu’on retrouve surtout sur Twitter (comme pour l’exemple suivant), c’est de tout un folklore dont on parle, et le terme est inapproprié car « folklore » parle de culture populaire, alors que là on est dans des choses à 99,999% éloigné du peuple.

Tout cela est coupé du peuple à tous les niveaux. Et le niveau d’analyse est nul : tous ces gens vivent au jour le jour, ils sont entièrement conformes à la société de consommation. Vivement que la Gauche resurgisse pour rejeter aux oubliettes l’anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire !

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Tensions entre l’ultra Gauche et la CGT à Paris, Nantes et Lyon

Les manifestations syndicales du premier mai ont été marquées à Paris, Nantes et Lyon par des tensions entre l’ultra-gauche et la CGT. À Paris, le syndicat fait état de 21 blessés, dont 4 graves, après des échanges de coups et des jets de projectile. Son service d’ordre s’est retrouvé débordé en quelques secondes par des « antifas » et des gilets jaunes menant une véritable agression.

Il y a en effet beaucoup de rancœurs accumulées, qui ne demandaient qu’à exploser tellement la déception est grande de part et d’autre.

L’ultra-gauche en France n’est pas du tout anti-CGT, bien au contraire. Elle ne relève pas de ce qu’on a pu appeler à une époque l’autonomie ouvrière, avec une proposition communiste organisée, opposée à la CGT et au PCF (accusés tous deux d’avoir rejoint les institutions, ce qui est visible en mai 1968 ). L’ultra-gauche n’a eu ces dernières années pour seule « ligne » politique que l’accompagnement de la CGT justement, en s’imaginant pouvoir la déborder par la sur-enchère « radicale » et populiste. C’est précisément la raison pour laquelle l’ultra-gauche se rend systématiquement aux rassemblements syndicaux, sans capacité d’initiative pour organiser ses propres démonstrations, sa propre actualité.

De son côté, la CGT, de par son fond syndicaliste-révolutionnaire, a beaucoup apprécié ces dernières années cet étalage de pseudo black-blocks, avec des ersatz de barricades et d’affrontement avec la police en fin de manifestations, ainsi que tout un discours populiste anti « violences » policières. Cela pouvait donner l’illusion qu’il se passe quelque-chose.

Seulement, cela ne mène à rien, personne en France n’en a rien à faire de tout ce cinéma. Et surtout pas les prolétaires qui tournent toujours plus le dos aux syndicats ; les élections syndicales dans les très petites entreprises, dont les résultats sont tombés à la mi-avril 2021 ont connu une participation de seulement 5,44 %. Quant à l’ultra-gauche, elle vie en vase clos et pour les gens ce ne sont que des énergumènes de plus, comme le capitalisme sait en produire à la chaîne.

Or, après l’échec vient l’amertume. D’où les reproches et les attaques, entre frères ennemis. À Paris, des « antifas » et des gilets jaunes ont donc reproché à la CGT de « collaborer » avec la police, et ont violemment attaqué.

Inversement, à Nantes et à Lyon, la CGT a dénoncé ouvertement les anarchistes venus faire leur casse habituelle et insignifiante, en leur reprochant de s’en prendre aux « travailleurs », tournant le dos à la convergence effectuée toutes ces dernières années.

C’est une fracture d’un côté comme de l’autre. C’est la fin de toute une époque mais pas dans le sens d’un dépassement : c’est celui d’un effondrement.

Et tant mieux, tellement tout ça va à l’encontre des exigences de notre époque, alors que l’humanité fait d’ores et déjà face à l’une des plus grandes crise de son histoire, qui est un mélange de crise écologique, sanitaire, sociale, économique, psychologique, et bien sûr guerrière. Construisons vite une Gauche renouvelée et largement tournée vers le peuple pour relever le drapeau rouge et la fierté ouvrière, pour faire un grand ménage face à toute cette nullité !

Voici le communiqué de la CGT concernant les événements de Paris, suivis des communiqué locaux concernant Nantes et Lyon :

« Communiqué commun de la CGT et de l’Union Régionale d’Île-de-France CGT

Samedi 1er mai, alors que les 25 000 manifestants commençaient à quitter la place de la Nation, au terme d’une manifestation massive, porteuse des revendications des travailleurs et de l’aspiration à une société plus juste, elles et ils ont été victimes d’une violence inacceptable.
Si, sur le parcours, une fois encore, le cortège a dû faire face à plusieurs interventions des forces de l’ordre totalement injustifiées, la manifestation a pu, tout de même, arriver à son terme.
C’est à ce moment qu’un important groupe d’individus dont certains se revendiquant gilets jaunes, ont fait usage d’une extrême violence à l’encontre des manifestants.
Insultes homophobes, sexistes, racistes, ont précédé des actes de vandalisations des véhicules des organisations, et, bien plus grave, la haine s’est exprimée par un déchainement de coups et de jets de projectiles.
Notre organisation, la CGT, était particulièrement ciblée.
21 blessés, dont 4 graves auxquels nous apportons tous notre soutien et notre solidarité !
Le monde du travail ne reculera pas plus devant ce type d’agressions que face aux politiques libérales menées par le gouvernement actuel, dont les lois veulent nous priver de notre liberté.
Nous appelons l’ensemble du monde du travail à se mobiliser, à rejeter toutes formes de haine qui divise les femmes et les hommes de notre pays et à renforcer avec les organisations syndicales, les luttes face aux politiques libérales au service du capitalisme.
Montreuil, le 1ermai 2021

 » QUAND LES KWAYS NOIRS SABOTENT LA JOURNEE INTERNATIONALE des droits du travail et jouent contre les travailleuses et les travailleurs.

L’an dernier le 1er mai était confiné, et cette année ce rendez-vous traditionnel était l’occasion de porter les luttes en cours, de redire la colère des salariés oubliés du plan de relance à 200 milliards, les sans-emplois, les précaires , les licenciés avec les personnels de la culture en tête Aujourd’hui à Nantes nous étions plus de 4000 masqués mais pas muselés, heureux de se retrouver enfin, entre camarades, amis, famille, jeunes et moins jeunes autours des valeurs d’internationalisme et d’humanisme.

Hélas, dans le cortège la composante autoproclamée révolutionnaire a franchi un cap inacceptable en volant littéralement le sens de cette journée, jouant la tension et le simulacre de la barricade, se rêvant communards de 1871. Pourtant ils ont oublié le sens politique de cette journée en ne permettant pas aux travailleurs de s’exprimer, en insultant et blessant même les artistes et techniciens de Graslin et donc insultant leur lutte. Un spectacle devant les marches du théâtre était prévu ainsi que des prises de parole pour une protection sociale et des services publics au service de toutes et tous. Impossible à tenir dans ces conditions.
De jeunes enfants ont été choqués, ont subi les gaz à cause de leur inconséquence. Idem pour des familles avec poussette, des personnes à mobilité réduite : c’est impardonnable.

Nous n’oublierons pas que ce 1er mai nous a été volé et nous demandons une nouvelle fois : à qui profite ces agissements contre les luttes des travailleurs ? Quelles sont les relations existantes entre les soi-disant révolutionnaires et le pouvoir en place qui les laisse agir ? En tout cas ils sont l’allié objectif du pouvoir et l’ont prouvé aujourd’hui encore. »

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Fiasco complet du pathétique cinéma des manifestations contre la loi «sécurité globale»

La troisième vague de manifestations contre la loi « sécurité globale » a été un échec complet, révélant l’isolement social d’une ultra-gauche déconnectée.

Le projet de loi « sécurité globale » n’intéresse personne et il y a de moins en moins de monde pour manifester. De 133 000 personnes il y a 15 jours à 57 000 la semaine précédente, les manifestants sont donc passés à 26 400 personnes partout en France ce samedi 12 décembre 2020, selon les chiffres du ministère de l’intérieur. L’ultra-gauche et les anarchistes s’imaginent faire l’actualité, en réalité ils ne font que servir l’agenda du ministre de l’intérieur qui en profite pour se présenter comme un garant de l’ordre en prétendant avoir géré la casse.

La grande particularité de ce samedi 12 décembre, notamment à Paris, est en effet qu’il y a eu beaucoup d’interpellations, 142 au total, avec en plus de cela un encadrement très strict de la manifestation parisienne pour qu’il n’y ait absolument aucune casse, ni aucun débordement.

D’après BFMTV, il y avait d’ailleurs 3000 forces de police déployées rien qu’à Paris… pour seulement 5000 participants selon la Préfecture, et 10 000 selon les organisateurs. C’est gigantesque et cela a permis de strictement confiner les manifestants, en ciblant et arrêtant les personnes considérées comme suspectes de vouloir aller à la casse, à la formation de black bloc, etc.

Le minsitre de l’Intérieur était lui-même aux premières loges pour suivre cela et communiquer en direct, via Twitter, l’évolution des interpellations. On est là dans la mise en scène totale, car Gérald Darmanin n’a rien fait d’autre que demander à la Police d’appliquer ce qu’elle sait parfaitement faire, et ce qu’elle a déjà fait à de nombreuses reprises, y compris récemment.

C’est à dire que quand l’État souhaite qu’il n’y ait pas de débordement ni de casse avec l’ultra-gauche et les anarchistes, et bien il n’y en a pas. Tout simplement. Aucune doctrine nouvelle ici, ni aucun « saut » dans la gestion des opposants, ou autre fantasmagorie du genre. La petite-bourgeoisie urbaine et radicalisée peut bien crier au loup « totalitaire », la vérité est qu’il n’y a pas de violence de la part de la police, car elle n’a même pas besoin de cela pour encadrer.

Les anarchistes n’ont toujours pas compris qu’on les laisse faire, qu’ils servent de voie de garage, que pendant ce temps-là la société fonctionne, le capitalisme continue, rien ne change. Et encore devrait-on être encore plus dur que cela, car dans un contexte de crise, alors qu’on va vers une explosion sociale, et alors qu’on est encore en pleine crise sanitaire, faire perdre son temps avec tout cela, ce n’est même plus se tromper : c’est sciemment détourner l’attention de l’essentiel.

Quand les masses seront prises à la gorge par les mesures anti-sociales, par l’austérité, par la pression pour s’investir dans la société, dans le capitalisme… comment se défendront-elles sans structures, sans bagage, sans valeurs ? Il y a des défis immenses qui se posent et la vérité c’est que les manifestations du 12 décembre 2020 sont totalement hors sol.

Benjamin Lucas, coordinateur national de Génération-s, a par exemple publié le message sur Twitter :

 » Depuis des mois le droit de manifester, fondamental en démocratie, est brutalement entravé par le pouvoir. Une fois de plus la violence injustifiée de la répression nous oblige à exiger la démission du Préfet et du ministre de l’Intérieur. « 

Mais qu’est-ce qu’on en a à faire du préfet et même du ministre de l’Intérieur ? Et d’ailleurs, les gens n’ont en strictement rien à faire. L’essentiel n’est pas du tout là. Les gens regardent l’avenir, ils s’inquiètent et savent que les problèmes se voient en grand. Tout va changer et on s’intéresserait à tel préfet, à tel ministre ? Allons bon !

Ce qui est inquiétant inversement, c’est que la Droite et l’extrême-Droite ont compris cela et posent des marqueurs régulièrement. Sur le plan des idées, elles posent des jalons, des repères, elles orientent. La Gauche est totalement KO sans même participer au combat, malheureusement.

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7 personnes arrêtées et accusées de bombisme

Sept personnes ont été accusées de terrorisme pour avoir voulu monter de agressions armées sur les forces de l’ordre.

L’article du 7 décembre 2020, « Un week-end du 5-6 décembre marquant un tournant à Droite« , constatait que dans notre triste panorama, il y aurait un retour du bombisme.

« Et que va-t-il se passer également ? Eh bien il y aura forcément des gens, à l’ultra-gauche, pour prendre au sérieux les discours mythomanes des syndicalistes et anarchistes sur le grand soir. Il faut donc s’attendre à un renouveau du bombisme anarchiste. »

Il n’aura guère fallu attendre de temps pour que cette hypothèse se valide a priori, puisque plusieurs personnes ont été arrêtées et accusées de s’être préparé pour attaquer des policiers, des gendarmes, des militaires. On a ici, si cela se confirme, les caractéristiques de la démarche anarchiste, pour qui il ne s’agit pas de vouloir la révolution par le peuple renversant violemment les couches dominantes, mais par les minorités agissantes agressant les forces de l’ordre.

C’est a priori caricatural, même s’il est difficile d’en savoir plus puisque ce sont évidemment Le Parisien et BFM qui sont aux premières loges pour parler de projet de « semer la terreur », BFM précisant avec davantage de détails que les autres le profil des personnes arrêtées :

« Neuf personnes, âgées d’une trentaine d’années, ont été interpellées mardi dernier à Vitry-sur-Seine, en région parisienne, à Toulouse et à Cubjac, en Dordogne par les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), soupçonnées de préparer une action violente (…).

Dans le camion appartenant à l’un des individus interpellés les policiers ont découvert des produits servant à fabriquer du TATP, un explosif, des billes d’acier, mais aussi des armes, un fusil de chasse à canon scié, un revolver, un couteau et des munitions. Au domicile de l’un des autres suspects, du matériel de CRS comme des jambières, un casque, un bouclier de maintien de l’ordre, a été retrouvé. »

Il faut noter que les sept personnes qui ont été amenées devant un juge anti-terroriste ont été arrêtées il y a trois jours. Trois jours où ces personnes ont « disparues », alors que les seules informations un peu détaillées proviennent ensuite de médias farouchement opposés à la Gauche, dont la fonction est de mobiliser contre elle, comme BFM justement. Il y a ici un véritable problème de fond, car on devrait savoir qui sont ces personnes, quel est leur point de vue, puisqu’il s’agit de quelque chose de politique.

La Gauche devrait exiger que ces personnes puissent s’exprimer, que ce ne soit pas l’État qui donne leur profil à travers des messages diffusés par l’intermédiaire de certains médias. Malheureusement, on sait que rien ne sera fait, car la Gauche gouvernementale et la Gauche post-moderne sont hégémoniques et elles ne veulent pas entendre parler de révolution et donc de gens n’acceptant pas les règles du jeu institutionnel.

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Article 24 : un exemple d’obsession petite-bourgeoisie quant à l’Etat

Quelle est donc la raison de cette agitation au sein des milieux petits-bourgeois, tout particulièrement des journalistes, en raison d’un article sur le floutage des visages des policiers ? C’est l’obsession à propos de l’État.

Qu’en est-il réellement ? Que penser de ces discours alarmistes venant de ce monde libéral-libertaire, voir carrément populiste ?

Des milieux qui ne représentent rien

Les syndicats français s’imaginent représenter les larges masses françaises alors que ce n’est pas le cas. De même, les syndicats étudiants s’imaginent être les plus dignes représentants des jeunes français, alors qu’ils sont totalement marginalisés et à des années-lumières de la réalités de la jeunesse populaire de notre pays. La situation des journalistes de rédactions supposément à Gauche, et réellement libéral-libertaire, est la même : coupés de la classe ouvrière, et plus généralement du prolétariat, ils tournent en roue-libre.

Ils s’imaginent être les gardiens de la démocratie, des acquis sociaux et du progrès. La réalité est qu’ils sont une des composantes du libéralisme sur le plan des idées et du capitalisme sur le plan des salaires. Le besoin d’informer, d’élever le niveau des masses et de faire avancer la raison face à l’obscurantisme n’a pas sa place au sein des rédactions de grands groupes de presse qui ne survivent que grâce à des aides publiques, des perfusions d’actionnaires et de publicitaires.

Le décalage entre les aspirations, les grands discours et la réalité quotidienne entretiennent des mentalités complètement à côté de la plaque. Plutôt que de porter un regard lucide sur leur réalité quotidienne et sur le besoin de se lier aux masses, les journalistes se laissent bercer par la simplicité d’un entre-soi réconfortant.

Le fantasme des « bavures policières »

On se doute que la petite-bourgeoisie intellectuelle tend naturellement aux conceptions libérales-libertaires. C’est si vrai que pour certains, être journaliste c’est… filmer les fins de manifestations, les arrestations, et plus généralement toutes les interventions des forces de l’ordre. C’est de l’immédiatisme, tout à fait en phase avec la consommation propre aux réseaux-sociaux. C’est du BFM TV maquillé en rébellion.

Pour cette raison, les fameuses « bavures » et « violences policières » sont un sujet vendeur et une manière de lancer une petite carrière. Il est ici simplement pris la France des années 1970, avec sa police brutale, propice au racisme et en tout cas ouvertement beauf, afin de prétendre que la France de 2020 lui correspond.

On tord ici tellement les faits que la conséquence inévitable, c’est que des jeunes hommes drogués et violents envers leur conjointe, des dealers en fuite, et autres éléments anti-sociaux, sont transformés en victimes de l’arbitraire, de « racisme systémique » et autres inventions petites-bourgeoises.

L’État, obsession petite-bourgeoise

Que des amendements et des lois soient mal faits, mal écrits avec de nombreux flous, cela n’a malheureusement rien de surprenant. Sauf si bien entendu on n’a pas de critique de fond de la société et du capitalisme… Et justement la petite-bourgeoisie s’imaginant contestataire n’a qu’une obsession : l’État.

L’État à qui il faut mendier, tout en le dénonçant, et inversement. Les mêmes petits-bourgeois qui dénoncent qu’on ne pourrait plus montrer les policiers en action… n’ont pas pour autant quelque chose à proposer concernant l’organisation de la société. Ils prétendent qu’il faudrait moins de police, plus de police – mais sans que rien ne soit changé dans la société. C’est évidemment intenable et ils le savent. C’est de la démagogie.

C’est du niveau des gilets jaunes exigeant moins d’impôts et plus de services publics, du syndicat qui dénonce le patron tout en faisant un accord avec lui dans le cadre des négociations, des entreprises qui veulent le libéralisme… mais aussi les aides de l’État.

L’État est véritablement une obsession petite-bourgeoise, tout ce que voit la petite-bourgeoisie, c’est l’État, ce qui est bien passe par l’État, ce qui est mal passe par l’État. Coincée entre la bourgeoisie qu’elle jalouse et les prolétaires qu’elle méprise, la petite-bourgeoisie trouve des fictions, cherche à faire du bruit, elle tente d’exister. Que tout cela est vain, que ses gesticulations sont grotesques!

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Deux tribunes absurdes anti-confinement à gauche

Surfant sur la dynamique petite-bourgeoise anti-confinement, deux tribunes se revendiquant de la Gauche dénonce le confinement comme une manœuvre politique sans fondement.

Ce sont deux étranges tribunes, extrêmement offensives, qui dénoncent le confinement avec les mêmes arguments que l’ultra-gauche ces dernières semaines. Le second confinement reposerait sur un mensonge gouvernemental, le but serait de faire peur, d’instaurer un État pratiquant une surveillance généralisée, décidant par en haut, etc.

C’est de la paranoïa petite-bourgeoise tout à fait traditionnelle, avec la dénonciation de l’État, des décisions centralisées, des mesures collectives, avec une lecture complotiste où les mesures relèveraient d’une opération machiavélique, avec un agenda caché, etc.


La tribune Le confinement constitue un remède pire que le mal pour la société française, parue sur Regards.fr

C’est une longue tribune, signée par des gens relevant de la bourgeoisie intellectuelle: professeur d’université, maître de conférence d’université, médecin, psychiatre, chercheur au CNRS, biologiste, vétérinaire, etc.

Ces 350 signataires disent que le reconfinement a été prévu depuis des mois, qu’on a un alarmisme qui est une construction intellectuelle afin de faire peur, que les arguments pour le reconfinement seraient un délire, que la démocratie serait mise entre parenthèses, etc.

La tribune En finir avec l’état d’urgence et d’exception, publiée par Libération

Cette tribune est portée par quelques personnes seulement, avec notamment le député LFI et ultra-populiste François Ruffin, Lenny Benbara qui est fondateur du think tank Institut Rousseau, William Bouchardon qui est responsable de la rubrique Économie du Vent se lève.

Là encore il est dénoncé une atteinte aux libertés publiques, avec des décisions par en haut donc mauvaises, pour une situation accentuant qui plus est les inégalités sociales.


On croit rêver à lire ces tribunes. Le capitalisme veut évidemment faire tourner la machine à plein régime, donc il ne veut certainement pas de nouveau confinement. S’il le fait, c’est qu’il n’a pas le choix – et d’ailleurs il le fait mal. Il n’y a pas trop de confinement, il n’y en a pas assez. Mais pour les petits-bourgeois, l’ennemi c’est l’État, donc celui-ci a toujours tort, et en même temps il faut toujours se tourner vers lui pour obtenir de l’aide. D’où cette démagogie sur les libertés publiques, les décisions par en haut, etc., comme si toutes les décisions n’étaient pas prises par en haut depuis longtemps !

Dans la situation de crise sanitaire que l’on connaît, il faut se souvenir de ces deux tribunes, car bientôt leur caractère scandaleux sautera aux yeux, leur caractère petite-bourgeois sera évident et sera source de leçons. On verra aisément qu’il s’agissait de démarches anti-collectivistes, anti-populaires, d’expressions de terreurs devant les nécessaires décisions à la fois étatiques et populaires.

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Octobre 2020: la Droite à l’offensive, la Gauche bousculée

La lutte contre les islamistes devrait être une lutte contre l’islamisme sur une base universaliste. Au lieu de cela on a des mesures policières-administratives parallèlement à une vaste offensive idéologique d’une Droite décomplexée.

Il est toujours difficile de lire les tournants dans l’opinion et le meurtre odieux d’un enseignant d’histoire-géographie par un fanatique islamiste a provoqué une onde de choc d’autant plus forte qu’elle passe sous les radars. En tout cas, impossible de ne pas voir que l’ultra-gauche est tétanisée, au point souvent de ne même pas parler de cette actualité (ou avec un retard très opportuniste), que la Gauche ne sait souvent parler que de la Marseillaise…

Alors que la Droite mène une campagne de fond énorme, s’alignant directement pratiquement sur les idées de Jean-Marie Le Pen des années 1980. On peut même dire que CNews fait passer BFMTV pour un média de centre-droit au rythme où vont les choses.

Pourquoi est-ce aussi simple ? Car il y a eu des marqueurs et il y en a qui assassine la Gauche depuis l’intérieur. Il s’agit bien entendu du rassemblement du 10 novembre 2019 contre « l’islamophobie ». En réfutant la lutte des classes, les « post-modernes » et les populistes s’étaient alors retrouvés sur la même ligne que le « Collectif contre l’islamophobie en France » et de toute une frange de l’activisme musulman.

C’était une convergence naturelle de mouvements populistes, qu’on a connu d’ailleurs dans d’autres pays (le SWP en Angleterre, le PTB en Belgique, etc.), avec à l’arrière-plan un fantasme sur l’Islam comme religion des opprimés, l’idée de faire dans le communautaire pour faire populaire, etc. Cela a évidemment immédiatement senti le roussi, amenant les carriéristes à vite se retirer sur la pointe des pieds avant même la tenue de la manifestation, à l’instar de Yannick Jadot d’EELV et de François Ruffin de La France Insoumise.

> Lire également : La manifestation parisienne du 10 novembre 2019 contre «l’islamophobie»

Yannick Jadot avait dit qu’il ne validait finalement pas tout le texte ni le terme d’islamophobie… Même si rien ne vaudra les propos de Ruffin, véritable contorsionniste : « Moi, j’étais à Bruxelles en train de manger des frites et des gaufres avec mes enfants [au moment de signer], ce n’est pas mon truc. Je n’irai pas dimanche, je joue au foot. »

François Ruffin s’était ici montré plus fin politique que La France Insoumise, le NPA, l’UNEF, l’Union communiste libertaire, la députée PCF Elsa Faucillon, le secrétaire de la CGT Philippe Martinez, Benoît Hamon de Génération-s, etc., car maintenant ils en paient le prix fort. Jean-Luc Mélenchon et l’UNEF sont la visée d’un profond mépris en général et leur positionnement est en particulier l’un des moyens de la Droite pour se positionner comme la seule en mesure de défendre les valeurs d’unité sociale.

Les gens très ancrés à Gauche l’ont bien compris et sont très remontés contre eux. Reste à savoir maintenant si c’est un combat de lignes qui se profile ou si c’est un avatar de plus d’une implosion de la Gauche en général, pour ne pas dire les restes de la Gauche tellement le panorama est catastrophique.

Plus en amont, c’est d’ailleurs la question de « Je suis Charlie » qui est la clef du problème (et de la solution). Non pas qu’il faille considérer « Je suis Charlie » comme un mouvement positif en soi, mais en étant incapable de l’étudier, de le saisir, d’en développer les traits les meilleurs, la Gauche a failli.

Quand on pense à la tonne de littérature qui a été écrite sur un phénomène aussi marginal numériquement et culturellement que les gilets jaunes, et qu’on voit que « Je suis Charlie » n’a rien amené malgré son ampleur nationale, le décalage saute aux yeux. Cela ne fait que souligner la nécessité de moyens d’élever le niveau, de fournir des éléments faisant progresser les consciences.

Et si la Gauche n’y parvient pas volontairement, la terrible violence qui se profile dans ce contexte de crise va la forcer, au moyen d’une Droite promettant la brutalité la plus complète.