Catégories
Politique

La « pomme rouge » et la propagande de guerre turque

Le bourrage de crâne mystico-eschatologique du régime turc emporte la Turquie vers l’Apocalypse.

En campagne pour les élections de novembre 2023, le président de la République de Turquie, Reccep Tayyib Erdoğan, a prononcé ce weekend devant une foule de plusieurs milliers de ses partisans à Konya. C’était un discours très offensif, exposant de manière très ouverte l’expansionnisme du capitalisme turc, de nature bureaucratique, qu’il incarne avec son parti, l’AKP. On traduit habituellement le nom de ce parti par « Parti de la Justice et du Développement », mais il y a aussi un jeu de mot à saisir, dans le sens où Ak signifie aussi « blanc » ou « pur », c’est-à-dire non corrompu, en langue turque.

Konya est une ville du centre de la Turquie, au cœur du dispositif politique de l’AKP dont elle est un bastion électoral, mais aussi une vitrine. La ville est en effet dirigée par l’AKP depuis le début de l’expansion de ce parti, elle a bénéficié d’investissements massifs pour la moderniser, en terme d’équipements urbains et de réseaux de transports. Par exemple, la ville a accueilli les Jeux panislamiques, rassemblant des sportifs de plus de 50 États, en août dernier et s’apprête à prendre la présidence à l’international de la CGLU, héritière de « l’Internationale des municipalités », fondée à Gand en Belgique en 1913.

Cette organisation d’orientation disons libérale-démocratique, très peu connue en France, participe de la propagande du régime turc à la promotion de ce qu’il appelle le « municipalisme islamique », qui est un des piliers de son idéologie nationale-conservatrice à dimension moderne.

Plus profondément encore, Konya occupe une place spéciale dans le folklore turco-islamique mis en place par l’État turc depuis le régime de Mustafa Kemal Atatürk, entre 1923 et 1938. Sous ce rapport, la ville est censée incarner la spécificité turque de l’islam anatolien, à travers la confrérie des « derviches tourneurs », relativement connue en France, et de la figure de Rumi, penseur islamique relativement syncrétique du Moyen Âge turc, surnommé en turc Mevlana, le maître à penser, le guide.

Mais Konya fut aussi la capitale du sultanat seljukide des Romains, fondé entre la victoire turque sur l’Empire byzantin à Mantzikert en 1071, et la conquête de l’Asie mineure par l’Ilkhanat turco-mongol de Perse au XIIIe siècle. Dans la propagande du régime turc actuel, ce sultanat est tenu pour le fondateur de l’État turc en Anatolie, sorte d’ancêtre de l’Empire ottoman et de la République de Turquie si on peut dire. D’ailleurs, la plus haute tour de la ville porte justement le nom de « Seljuk Tower », dominant de ses 163 mètres de haut un centre commercial, ce qui en somme veut absolument tout dire.

C’est donc dans ce cadre que Reccep Tayyib Erdoğan a chauffé à blanc ses partisans, n’hésitant pas à cibler ses adversaires politiques du CHP, le parti Républicain tenu pour incarner une sorte d’opposition de « gauche » aux islamistes nationaux-conservateurs de l’AKP, en les traitant ouvertement de traîtres à la patrie, de valets de l’Otan et de 5e colonne pro-PKK, alors même que l’armée turque est engagée justement dans une opération de bombardement des bases des combattants kurdes de Syrie, les YPG, alliés au PKK et considérés comme responsables de l’attentat qui a frappé Istanbul au début du mois de novembre.

Mais de manière plus significative, Reccep Tayyib Erdoğan a exposé de manière claire et ramassée l’idéologie expansionniste de son régime qu’il entend mettre en œuvre, dont voici les principaux points :

  • D’une manière générale, selon sa perspective, l’époque qui vient sera le « siècle de la Turquie » (Türkiye Yüzyılı), qui entend se tailler sa place dans le repartage du monde.
  • Cette expansion doit s’effectuer sur la base d’une politique industrielle et commerciale agressive que Reccep Tayyib Erdoğan définit par la formule : croissance par l’investissement, l’emploi, la production, les exportations, l’excédent du compte courant (yatırım, istihdam, üretim, ihracat, cari fazla yoluyla büyüme). Reccep Tayyib Erdoğan s’affirme ici absolument déterminé à poursuivre coûte que coûte cette expansion en poursuivant d’injecter encore plus de crédit et de liquidité dans l’économie turque malgré une inflation des prix ces derniers mois.
  • Cette expansion doit se manifester par la réalisation de grands travaux d’équipement, comme le monstrueux projet du Kanal Istanbul par exemple, devant relier la mer Noire à la mer méditerranée pour augmenter le trafic maritime. L’objectif est de moderniser la Turquie et la doter d’infrastructures en mesure d’en faire une puissance capitaliste complète.
  • Cette expansion doit aussi se manifester par une politique industrielle restructurant profondément l’appareil de production turc, afin de faire émerger des monopoles en mesure de s’élancer à la conquête des marchés émergents, et même de l’Europe, comme le sont par exemple Beko pour l’électroménager et comme est censé le devenir TOGG (pour « Cartel des industries automobiles de Turquie, Türkiye’nin Otomobili Girişim Grubu), présenté comme la première marque nationale automobile de Turquie, devant conquérir le marché de la voiture électrique en Europe.
  • Mais le fleuron principal de cette expansion telle que l’a présentée Reccep Tayyib Erdoğan est le secteur de la défense, devenu ainsi qu’il l’a souligné, national et indépendant à 80%, et désormais exportateur. Reccep Tayyib Erdoğan a très largement souligné le lien entre le développement de cette industrie, la croissance turque et l’expansion nationale de la Turquie, comme « puissance de l’islam », devant galvaniser les masses, les « 85 millions de turcs » que Reccep Tayyib Erdoğan veut élancer vers le futur qu’il imagine dans le cadre de l’expansion capitaliste bureaucratique turc, en faisant de la Turquie une puissance indépendante du capitalisme mondialisé, et en saisissant l’opportunité de la crise pour prendre agressivement le plus de poids possible.

Et pour que cette dernière idée soit la plus claire possible, il a martelé du début à la fin de son discours la force que donne à l’expansion militariste de la Turquie un des fleurons de son appareil militaro-industriel : les drones de la firme Baykar, fondée par un de ses soutiens industriels Ôzdemir Bayraktar.

Il a notamment mis en avant le nouveau modèle, le drone KIZILELMA, qui est en fait un avion de combat sans pilote, à la puissance de feu supérieure à tous les modèles précédents.

Cet appareil a été annoncé une première fois lors de la fête islamique du Sacrifice en 2021, pour une mise en service en 2023, après donc les élections et au moment surtout où la Turquie s’apprêtera à fêter le centenaire de la fondation de la République, dont Reccep Tayyib Erdoğan entend faire le point de départ de la refondation d’une nouvelle puissance turque, dans une perspective romantico-eschatologique.

D’où le nom de ce drone, dont le président turc a répété le nom et souligné le sens mystique : Kizil Elma signifie en effet « pomme rouge » en turc, et cela est devenu un symbole ultra-nationaliste très connu en Turquie, car il recycle une vieille légende turco-islamique, où les forces militaires turques sont censés faire la conquête de la « pomme rouge », qui était le surnom de Constantinople, en ce qu’il s’y trouvait, devant l’immense basilique Sainte-Sophie, devenue aujourd’hui la mosqueée Aya Sofya, une statue équestre de l’empereur romain Justinien tenant une pomme d’or, devenu rouge avec la patine du temps, et annonçant la future conquête du monde.

Saisissant cette pomme rouge, en abattant cette statue après la prise de Constantinople en 1453, le symbole est resté comme devant annoncer la chute des autres « pomme rouge » en Occident, Vienne et Rome.

L’imaginaire semi-féodal des nationalistes turcs modernes a fait de ce symbole une métaphore de l’expansionnisme agressif de la Turquie, comme devant s’imposer au monde pour accomplir la domination islamique dont la Turquie est le meilleur agent, en ciblant de manière oblique l’Occident, tout en ne le ciblant en fait pas formellement.

De fait le régime turc piège implacablement la Turquie dans les insurmontables contradictions qui la tiraillent historiquement depuis l’effondrement tragique de l’Empire ottoman et son entrée dans le mode de production capitaliste.

Prise dans les griffes de son propre chauvinisme, exprimé par son appareil militaro-industriel porté par la crise ouverte en 2020 qui semble lui laisser un espace, la Turquie est à un tournant de son Histoire. Son régime national-conservateur l’élance d’un pas ferme et décidé dans l’Apocalypse.

En face, la France et la Grèce sont prêts à l’affronter, eux-mêmes portés par la bataille pour le repartage du monde.

Catégories
Politique

« Une ligne populaire pour sauver la gauche »: diesel et barbecue

Un texte sans dimension.

Le député Philippe Brun et la sénatrice Laurence Rossignol, tous deux au Parti socialiste, proposent dans une tribune une «ligne populaire » avec l’objectif de sauver la Gauche. Il y a le constat, tout à fait évident et absolument pas nouveau, que la Gauche en France est coupée du peuple. Certes. Mais qu’ont-ils à proposer ? Les gilets jaunes !

C’est grotesque, car les gilets jaunes non seulement sont dépassés depuis longtemps, mais surtout n’ont rien à voir, ni de près, ni de loin, avec ce que doit être la Gauche. Ni d’ailleurs avec le peuple français. Mais pour le voir, il faut une vision du monde, il faut vouloir le Socialisme et pas un républicanisme vaguement démocratique et social, et encore moins un plébéianisme délirant à la sans culottes version beauf 21e siècle.

Cela renvoie d’ailleurs directement à une autre question, essentielle : celle des valeurs. De ce côté là, c’est le néant pour ces parlementaires PS cherchant un « ligne populaire ».

Tout est dit dans ce passage :

« Ce n’est pas en accusant les classes populaires, la viande de leur barbecue et le diesel de leur véhicule qu’elles s’impliqueront davantage. »

Et bien justement, si ! La voiture diesel et la viande du barbecue, voilà parfaitement identifié des ennemis de classe. Des ennemis de l’intérieur, dans les mentalités, car c’est bien là toute l’expression du capitalisme français du 20e siècle qui a intégré le prolétariat pour le désintégrer de l’intérieur.

Il n’y aura jamais de ligne populaire sans une révolution culturelle contre le diesel et le barbecue. Et il n’y aura jamais de Gauche avec les gilets jaunes, qui sont précisément une expression du diesel et du barbecue.

Voici la tribune en question, qui a initialement été publiée sur le site Libération, en version payante… Ce qui est pour le moins étrange quand il s’agit de proposer une « ligne populaire ».

« Une ligne populaire pour sauver la gauche

L’alliance de la Nupes était nécessaire, mais pas suffisante. Seule une refondation profonde de la gauche, appuyée sur les revendications des gilets jaunes, lui permettra de défendre à nouveau des intérêts de classe.

La montée continue de l’extrême droite doit inquiéter toute femme et homme attaché à la République. Face à ce danger, l’accord de la Nupes a été une bouffée d’oxygène pour les électeurs de gauche.

Il a permis, dans le nouveau paysage tripolaire, l’élection de députés que la division aurait éliminés. Il a aussi corrigé les trajectoires respectives du PS et de LFI : le PS restait coupable de l’élection d’Emmanuel Macron et des hésitations de nombre de ses dirigeants en 2017, et LFI avait largement théorisé la fin du clivage droite-gauche au profit du clivage peuple-élite.

Nous sommes nombreux à redouter l’échéance de 2027. Entre les élections législatives de 2017 et de 2022, la gauche a gagné moins de 10 000 voix. Et l’extrême droite, 2 millions. Rien ne permet d’imaginer que, depuis juin, les courbes auraient changé de trajectoire.

La seule alliance des partis ne permet pas de créer une dynamique susceptible de changer véritablement les rapports de force qui se sont installés dans le pays. Etre de gauche n’est une fierté que pour environ 25 % des Français.

Nous avons tout livré à l’extrême droite : travail, nation, justice, laïcité, civisme. Elle les instrumentalise comme elle l’a fait tout au long de son histoire en répétant le même schéma : s’opposer, salir, puis récupérer les conquêtes des autres à son compte.

La défense de la République est confisquée par ceux qui la traitaient de «gueuse» jadis, la laïcité

par ceux qui veulent inscrire les racines chrétiennes de la France dans la Constitution, la sécurité par ceux qui la réduisent aux faits divers et le travail par ceux qui refusent qu’il soit rétribué à sa juste valeur.

L’état d’urgence démocratique nous impose d’aller convaincre les classes populaires et moyennes perdues. Seule la promesse d’un avenir meilleur pourra les empêcher de voter à l’extrême droite.

Nous appelons «ligne populaire» cette stratégie qui vise à retrouver ce Assemblée pourquoi la gauche a été créée : défendre ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. L’élection d’Emmanuel Macron, sur une base sociale minoritaire, a relégué la majorité sociale aux marges de notre pays.

Les ouvriers, employés, caissières, travailleuses du lien, travailleurs de la manutention et de la logistique, «la société du back-office», n’ont plus que leur colère comme moyen d’expression, leur abstention comme moyen de révolte, le vote RN comme maigre résignation. La gauche a renoncé depuis longtemps à ce peuple introuvable, qui se refuse à elle depuis qu’elle a fait de l’idéal européen l’horizon indépassable de son action, et donc de son impuissance.

Depuis qu’elle a fait du désintérêt pour les gens ordinaires la matrice morale inavouée de son discours et des centres-villes métropolitains mondialisés la ressource exclusive de son imaginaire. Nous devons rompre avec ce renoncement.

Chaque grand mouvement social irrigue une refondation politique. Nous vivons depuis cinquante ans sur la contre-culture de Mai 1968 et la victoire de 1981.

Nous avons la conviction que c’est du mouvement des gilets jaunes que la gauche doit désormais tirer les leçons de sa refondation. Si elle sait accompagner les mouvements sociétaux, elle est en revanche passée à côté de cette révolte, culturellement et sociologiquement trop loin d’elle.

Des idées de novembre 2018 nous retenons une démarche démocratique nouvelle, qui amena des milliers de Français, abstentionnistes militants, à gagner les ronds-points pour débattre.

Loin d’être dangereuses, les classes laborieuses, lorsqu’elles se mobilisent, ne parlent pas d’immigration ni d’insécurité mais de pouvoir d’achat et de droits démocratiques.

Un peuple demande aujour-d’hui à être entendu. Quel est ce peuple invisible ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ?

Rien.

Ce qui a empêché ce peuple de voir ses revendications entendues, et le mouvement des gilets jaunes de prospérer, a été son atomisation par la destruction des structures collectives, la dégradation du rôle des syndicats, la mise sous tutelle du mouvement associatif et la promotion de l’individualisme intégral. Nous devons réaffirmer qu’il existe des liens qui libèrent, ceux du soin et de la solidarité.

Ils doivent devenir les valeurs centrales de notre action politique. La grande œuvre qui est devant nous est de poursuivre un travail commencé par le milieu associatif et les mouvements de l’écologie politique : «conscientiser» les classes populaires et travailleuses, leur rappeler l’intérêt qui est le leur à voir l’écologie primer et leurs conditions de vie s’améliorer. Elles veulent comme les autres que leurs enfants respirent un air propre et mangent sainement.

L’écologie est par essence populaire, les socialistes l’avaient compris très tôt et l’ont oublié parfois. Les émissions de carbone sont proportionnelles à celles de la richesse. Ce n’est pas en accusant les classes populaires, la viande de leur barbecue et le diesel de leur véhicule qu’elles s’impliqueront davantage. La valorisation des pratiques «écoresponsables» est trop souvent perçue comme réservée à une élite diplômée et urbaine.

Résolument installée du côté du peuple, la gauche doit entendre tout ce que celui-ci a à lui dire, sans tabous ni préjugés. Cela implique de regarder en face la situation intérieure du pays et l’appel à plus d’ordre et d’autorité. Loin de toute surenchère ou récupération des mots de l’extrême droite – mais au contraire pour ne lui laisser aucune prise – nous devons porter un discours fort et clair d’ordre et de justice.

La sécurité est un droit du peuple, c’est même la condition de son adhésion à une aventure collective. Lorsque la tranquillité publique n’est plus assurée, le vivre ensemble est menacé. Parce qu’ils sont les plus exposés, la sécurité est un enjeu plus vif encore pour les plus modestes.

Il nous faut financer une police nombreuse, formée et réorganisée pour être plus au contact des populations et moins rivée sur ses statistiques. Plus transparente aussi, plus ouverte et moins susceptible d’être contestée. L’école, la justice civile, les transports publics, plus rien ne fonctionne correctement. On manque d’enseignants, de soignants, de conducteurs de train ou de bus. Et les services privés ne fonctionnent pas mieux. Les gens concluent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et qu’il n’y a rien à attendre du collectif. Une telle situation ne peut conduire qu’à une catastrophe démocratique, écologique et sociale.

Défendre la ligne populaire, c’est s’imposer de cesser de regarder la colonne «sympathisants de gauche» dans les études d’opinion et s’intéresser à la colonne «ouvriers et employés». Que les étudiants de Sciences-Po votent majoritairement Jean- Luc Mélenchon et que ceux de l’enseignement professionnel ne votent que marginalement à gauche devrait nous obséder. La ligne populaire est un projet et une méthode qui doit inspirer les mouvements sociaux comme les politiques publiques : féminisme populaire, écologie populaire, culture populaire, éducation populaire.

Défendons, en tout point et tout lieu, des intérêts de classe, éclairés par notre esprit des Lumières et la promesse de nouveaux droits. »

Texte proposé par :

Par Philippe Brun, Député de l’Eure et Laurence Rossignol, Sénatrice de l’Oise.

Signé par :

Jérôme Durain Sénateur de Saône-et- Loire

Jérôme Guedj Député de l’Essonne

Marie-Pierre Monier Sénatrice de la Drôme

Mélanie Thomin Députée du Finistère

Mickaël Vallet Sénateur de la Charente-Maritime.

Catégories
Politique

Face à l’OTAN, Marine Le Pen s’enfonce

On assiste au crash de l’extrême droite française.

On le sait : depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, jamais l’extrême-droite française dans ses composantes représentatives, pas plus Marine Le Pen qu’Eric Zemmour, n’a osé s’opposer réellement à l’Otan.

Encore lors de la rentrée parlementaire du 3 octobre, pas un député du Rassemblement national n’a eu le courage de refuser l’adoubement général et belliciste de l’Assemblée nationale, alors ornée de drapeaux ukrainiens, à l’ambassadeur de Kiev en France.

Lors d’une interview sur l’émission « Punchlines » animée par Cnews-Europe 1, chaînes connues pour leur populisme outrancier, Marine Le Pen a de nouveau tenté un exercice d’équilibriste, qui se résume en fait très concrètement à un suivisme vis-à-vis de l’Otan.

Elle s’est ainsi déclarée opposée à nouvelles livraisons de canons Ceasar à l’Ukraine, au motif que cela diminuerait la « sécurité nationale ». Elle a critiqué les va-t-en-guerre et appelé à des « pourparlers », et on sent que c’est là une perspective bricolée. Puis, sans aucun esprit de conséquence avec le reste, elle s’écrase :

« Je pense que transmettre du savoir-faire, des formations à l’armée ukrainienne, du matériel de protection, des gilets pare-balles, etc., aller livrer du matériel lourd dont, encore une fois, nos armées ont besoin, est affaiblir et prendre un risque pour notre sécurité intérieure. »

Marine Le Pen adopte ainsi une posture bien timide tout en se parant des vertus de grande opposante car elle aurait été la seule qui depuis le début aurait critiqué ces livraisons d’armes lourdes.

Pourtant, on notera qu’aucun extrait de ses propos ne sont publiés sur son compte Twitter, à l’inverse de déclarations sans grande surprise sur l’immigration, l’insécurité, les difficultés sociales, etc.

Car Marine Le Pen est comme tous les autres représentants politiques : elle cherche à éviter au maximum le sujet brûlant de la guerre car elle sent que le cours de l’Histoire a dorénavant basculé en sa défaveur et qu’il lui faudrait bien expliquer, par une sacrée contorsion, qu’elle reste la voix du nationalisme français…tout en ayant abandonné la France à l’Otan, donc aux États-Unis. Alors aux contorsions, est préférée au mieux l’esquive, au pire la tiédeur centriste.

Cela pose un problème, et non des moindres, pour le nationalisme français. La France, ce n’est pas l’Italie avec une Droite et une extrême-Droite qui a toujours été pro-États-Unis et pro-Otan, du fait du partage nucléaire et des multiples bases américaines, expliquant d’ailleurs la position pro-Otan de Giorgia Meloni.

En France, pour se poser en champion du nationalisme, difficile de ne pas assumer la tradition gaulliste, dont le point d’orgue a été les années 1960 avec la mise en place de la dite « autonomie stratégique » construite autour d’une armée complète et surtout d’une « dissuasion » nucléaire déployée sur les trois champs de la conflictualité (terre, air, mer).

C’est d’ailleurs toute la subtilité des propos de Marine Le Pen : refuser l’abandon de canons Caesar pour s’attirer la sympathie de certains officiers inquiets de la situation des armées, tout en rassurant l’Otan, en fait les États-Unis, sur le soutien avec les formations militaires.

La France est en effet connue et reconnue par les pays du capitalisme occidental comme ayant une grande tradition militaire dans les modalités de formation des armées, expérience des répressions des mouvements anticoloniaux oblige.

Mais quand l’Histoire roule à grande vitesse comme aujourd’hui, la subtilité ne compte plus. Ce qui compte c’est la capacité à assumer une position fidèle à sa conception justement historique.

La vérité c’est que Marine Le Pen essaye de composer bien maladroitement entre le nationalisme et la réalité d’une France moribonde bien incapable de se maintenir sans la force de frappe économique et militaire des États-Unis.

Si la France comme nation reléguée a été la situation qui a apporté de l’eau au moulin du nationalisme-social de Marine Le Pen, cela s’est retourné en son contraire depuis le 24 février 2022, voire même depuis l’irruption de la pandémie de Covid-19.

La France est tellement rabougrie que son sort est scellé : au sein du monde capitaliste qui marche vers la guerre entre les deux superpuissances américaine et chinoise, l’avenir de la France se fera en soumission à l’Otan. Il n’y a pas d’alternative possible pour la bourgeoisie, en tous cas pour l’instant.

La fraction de la bourgeoisie représentée par Marine Le Pen n’a plus les leviers politiques, culturels, idéologiques pour s’assumer telle qu’elle est. Elle est K-O et à la dérive totale. En réalité, c’est toute la bourgeoisie française qui est dans cet état et laisse donc les États-Unis piloter tant bien que mal la marche du capitalisme occidental, en espérant pouvoir mettre quelques limites de ci, de là…

Même s’imaginer taper très dur sur les travailleurs, car il faudrait vraiment taper très, très fort, pour ramener une croissance telle que le capitalisme français pourrait s’assumer indépendant, est devenu un rêve nationaliste inatteignable. Ainsi, même un nationaliste qui chercherait à le rester jusqu’au bout, risque de basculer en fait dans le camp du socialisme.

Ce qui laisse l’espace à qui voudra assumer la Gauche historique. Car la relance générale d’une France indépendante, sur les plans économique et social mais aussi moral et culturel, ne peut se faire qu’avec la classe ouvrière au poste de commandes, avec le Socialisme.

Catégories
Politique

Éviction de Steeve Briois : la fin du « rêve » national-social

Le Rassemblement national met Hénin-Beaumont de côté.

Fraîchement élu président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a recomposé son bureau exécutif, l’organe décisionnel du parti. L’éviction de ce bureau exécutif de Steeve Briois, maire depuis 2014 d’Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, est particulièrement marquante.

C’est en effet lui qui a ancré Marine Le Pen dans ce territoire populaire depuis le début des années 2010, au point de la faire élire députée du département. Le « nord », et particulièrement cette ville d’Hénin-Beaumont, a représenté pour le Front national devenu Rassemblement national tout un symbole, et même une stratégie à part entière.

Il s’est agi d’un tournant social entièrement assumé, en captant la base prolétaire et petite-bourgeoise d’un territoire « périphérique » avec un discours nationaliste à prétention sociale. Loin des grandes métropoles technocratiques et modernistes donc, loin de la Droite traditionnelle et de la Gauche bobo.

De fait, Marine Le Pen a siphonné des pans entiers de l’électorat de la Gauche, mais surtout elle a coupé l’herbe sous le pied de la Gauche historique avec cette orientation. Localement, c’est une véritable catastrophe tellement ce mouvement a été, et est encore, puissant.

Immédiatement après son éviction du bureau exécutif du Rassemblement national, Steeve Briois a réagi avec des mots très durs à l’encontre de son parti, l’accusant de se tourner unilatéralement vers la Droite :

« Je ne peux qu’y voir un rabougrissement, et j’espère que le Rassemblement national n’est pas en train de céder au grand compromis nationaliste, cette stratégie d’union des droites radicales, qui a échoué à la présidentielle, plutôt que de l’ensemble des patriotes de droite comme de gauche ».

De fait, il considère que son éviction marque « un début de purge contre ceux qui défendent la ligne sociale », au profit de courants « droitards » qu’il qualifie d’identitaires et intégristes. On comprendra qu’il s’agit là de la ligne portée par Eric Zemmour et Marion Maréchal.

Cette nouvelle orientation du Rassemblement national, si elle s’avère réelle, sera forcément une bonne chose pour la Gauche historique. Elle ouvrira à nouveau l’espace qu’elle a odieusement abandonné au nationalisme.

Le prix à payer en revanche sera très cher, car il y aura forcément une radicalisation très forte de la Droite, qui va chercher à avancer tel un rouleau compresseur dans le contexte de crise, pour non plus séduire les classes populaires, mais les annihiler puis les écraser.

Il y a là probablement une nouvelle phase politique qui se dessine en France, et il s’agit d’être à la hauteur. La fin du « rêve » national-social en mode Hénin-Beaumont est une occasion à ne pas rater, mais il va falloir travailler dur pour être à niveau.

Car la Gauche historique part de loin, de très loin, et il y a toute à reconstruire. Et ce n’est pas avec le populisme de La France insoumise et son racolage lamentable sur le racisme et l’immigration qu’on arrivera à quelque-chose.

Il va falloir une sévère remise en cause, à tous les niveaux, pour se mettre à la hauteur des exigences. Cela va être rude, très rude, et dans un contexte toujours plus explosif. Cela va être un grand déchirement intérieur !

Catégories
Politique

L’ennemi principal en France, c’est la superpuissance américaine

C’est le rapport à la superpuissance qui détermine la vie politique française… et son absence.

S’il ne se passe rien en France, c’est également parce que les décisions ne sont plus prises à Paris, mais à Washington. Et de par l’ampleur d’un tel phénomène, c’est même le facteur principal : ce n’est pas également parce que Washington décide, mais surtout parce que Washington décide. C’est la superpuissance américaine qui décide des orientations internationales de la France (et de l’Union européenne), qui encadre ses perspectives militaires, qui orientent ses moeurs et même ses mentalités.

La société française suit un modèle américain, avec sa fragmentation sociale à la fois individualiste et communautaire ; tous les intellectuels universitaires se situent de manière assumée dans la perspective post-moderne dont le contenu tient à l’idéologie LGBTQ, l’écriture inclusive, l’art contemporain, le relativisme moral, la négation des classes (ou alors pour dénoncer le « classisme »), l’absence de toute critique du militarisme, etc., etc. !

La superpuissance américaine est le coeur du monstre capitaliste, c’est là que se décide le mode de vie dominant, qui se répand à travers les grandes entreprises américaines et l’influence étatique américaine. La crise de la civilisation capitaliste est avant tout la crise de la superpuissance américaine.

Ce n’est pas pour rien que des nationalistes français comme Eric Zemmour, Marion Maréchal, Marine Le Pen ont capitulé devant l’OTAN et le soutien au régime ukrainien lors du démarrage de l’opération militaire russe en février 2022. Ils savent que s’ils assumaient une rupture avec la superpuissance américaine, il aurait alors fallu une remise en cause du mode de vie français, et ça ils ne peuvent certainement pas l’assumer.

C’est une grande chance que nous avons en France, car à l’inverse en Russie malheureusement les forces nationalistes ont réussi à synthétiser une idéologie pour galvaniser les masses, prenant les commandes du refus de l’OTAN pour l’aligner sur un expansionnisme russe tout aussi impérialiste. Cela signifie qu’il existe un espace en France pour dénoncer la superpuissance américaine et basculer de là dans un rejet du capitalisme.

Il va de soi que cette dénonciation de la superpuissance américaine ne saurait tenir en l’anti-américanisme ou en l’alignement sur la Russie ou la Chine, cette dernière voulant simplement prendre la place des États-Unis. Cette dénonciation doit reposer sur la critique systématique, complète, intransigeante du mode de vie capitaliste dominant, avec son exploitation et son aliénation, sa destruction de la culture et sa fuite dans la guerre.

Une telle chose fait que la question animale est par exemple essentielle, car McDonald’s est un grand symbole du mode de vie capitaliste destructeur. Tout comme la dénonciation des réseaux sociaux, calibrés pour assécher les esprits, les faire se désorienter dans une consommation abrutissante, doit prendre une place réelle. On ne peut pas dénoncer le capitalisme en perdant sa vie sur Instagram, Facebook, Twitter, Tinder, Youtube et autres variantes pas forcément américaines, comme TikTok.

Dire qu’en France l’ennemi principal c’est la superpuissance américaine, c’est opposer non pas la France au États-Unis, mais les intérêts démocratiques et populaires des larges masses à l’alignement sur la superpuissance américaine et ses valeurs dans tous les domaines.

L’apolitisme en France est l’expression de cet alignement et rien ne peut se faire sans le rejet affirmé de la superpuissance américaine !

Catégories
Politique

L’extrême Droite a loupé le train de l’histoire…et c’est tant mieux

Pour la sortie de l’OTAN, place à la Gauche historique.

Sur agauche.org qui suit en long et en large depuis maintenant avril 2021 le conflit en Ukraine, il n’a pas été cessé de rappeler que cette guerre, loin d’être une fantaisie sortie de la tête de Poutine, relevait d’une tendance générale à la guerre de repartage du monde.

Chaque jour confirme cela et il va sans dire qu’une telle réalité amène fatalement les choses à prendre des tournures d’importance. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’on fait de la politique : nier ou contourner la guerre en Ukraine dans ses implications totales, c’est se couper de l’Histoire en marche.

Cela, les lecteurs assidus d’agauche.org l’ont bien compris. Ce qui amène à cette autre question qui ne manque d’émerger : si la politique est dorénavant conditionnée à des prises de positions sur ce conflit, qu’en est-il de l’extrême Droite ? Car force est de constater que l’extrême Droite qui a repris le flambeau du néo-gaullisme soulève une pierre trop grande pour elle, pour ne pas dire insoutenable en pratique comme il l’a été dernièrement remarqué.

Oui mais alors, au-delà de l’impossible néo-gaullisme du fait de ses vaines prétentions d’indépendance nationale, l’extrême Droite n’est-elle pas vue comme une force pro-russe ? Question tout à fait sérieuse et qui montre le rouleau compresseur de l’histoire en marche. Car oui, plus qu’être vue comme telle, l’extrême Droite a toujours entretenu des liens directs avec le régime de Poutine. Cela s’explique notamment par sa défense d’un ordre traditionnel-conservateur contre un occident « dégénéré » (et en réalité capitaliste décadent).

A moins d’être de mauvaise foi, l’extrême droite ne peut qu’admirer le discours critique de Poutine contre la propagande LGBT et la transformation des états civils en « parent n°1 et parent n°2 ». D’ailleurs, c’est pour cette raison que Marion Maréchal accompagnée de Thierry Mariani et d’André Kotarac, alors cadre de LFI, se rendaient en Crimée au Forum économique de Yalta en avril 2019.

« Je ne suis pas d’accord avec Mariani et Maréchal sur de nombreux sujets. Mais sur la défense de la souveraineté et sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord », disait Andréa Kotarac, qui devait passer au Rassemblement National quelques jours après ce voyage en Crimée.

En dehors des (très minoritaires) nationalistes-révolutionnaires qui soutiennent depuis 2014 les clans néo-nazis intégrés dans l’armée ukrainienne, donc l’OTAN, l’extrême Droite française est évidemment pro-russe, comme preuve renouvelée de son impossible néo-gaullisme.

Mais le problème historique, c’est bien que cette extrême Droite française s’est couchée et pas qu’un peu. Il peut bien y avoir des prises de position individuelles de-ci, de-là, et il est fort à parier que les discussions en « off » soient critiques de l’OTAN et des États-Unis. Il n’en reste pas moins vrai que l’Histoire ne se fait pas « en coulisse » mais devant la face du monde et sur ce terrain là, l’extrême Droite française a choisi de s’aligner sur l’OTAN et les États-Unis.

Aucun député RN, pas plus que LFI, n’a eu le courage de ne pas applaudir et de refuser de soutenir l’ambassadeur ukrainien lors de la session de rentrée parlementaire du 3 octobre. Voilà tout, fin de l’histoire. Mais maintenant, qui prendra au sérieux demain le RN ouvertement pro États-Unis et pro-OTAN ? De la même manière que la chance de se « rattraper » en réassumant ouvertement son soutien à la Russie s’éloigne toujours plus, à tel point que l’on peut dire qu’elle est même définitivement passée.

De fait pour l’extrême Droite, son espace-temps politique aurait été d’assumer le positionnement pro-russe, en attendant que justement l’histoire, toute l’Histoire se déroule, mais cela demandait d’être contre vents et marées. Et l’extrême Droite est une force bien trop corrompue pour assumer un quelconque antagonisme. Il suffit de voir le vacarme populiste qu’elle fait à propos de l’horrible meurtre de la jeune Lola alors même qu’elle reste silencieuse sur le fait que l’on est au bord d’une guerre mondiale, pour voir qu’elle a été court-circuitée par l’histoire.

Le souci pour l’extrême Droite, c’est que le soutien pro-OTAN, pro-États-Unis relève historiquement du camp libéral et social-libéral. Robert Ménard, lui ne s’y est pas trompé et a depuis le 24 février 2022 rejoint de manière assumée le camp pro-OTAN, quand bien même il fut ces dernières années un des acteurs importants de la dite « droite hors les murs » qui réunissait en réalité les forces pro-russes tels Mariani et Maréchal. Voici par exemple ce que déclarait Marion Maréchal lors du Forum économique de Yalta de 2019 :

Les Russes se souviennent de mes positions dans le débat français, loin de celles de l’élite libérale. Ils invitent les acteurs européens qu’ils perçoivent comme de bons interlocuteurs pour eux.

Même si cela était visible avant, il est maintenant évident que la guerre en Ukraine comme expression de la tendance à la guerre de repartage mène à la polarisation entre la superpuissance américaine et la superpuissance chinoise. Les puissances de second ordre, tels que la Russie, la France, l’Italie, etc., n’ont plus les moyens de leur indépendance et doivent obligatoirement se positionner sous tel ou tel giron au risque de perdre tout crédit.

A moins d’être fidèle à la Gauche historique et de refuser ce réalisme capitaliste, au nom de valeurs réelles, historiques, révolutionnaires.

Le fait même que l’extrême Droite ait loupé le coche met ainsi sur le devant de la scène le retour de la Gauche historique comme force de proposition en France – à condition de comprendre que l’aspect principal de l’évolution du monde, c’est l’affrontement sino-américain pour l’hégémonie mondiale.

Catégories
Politique

François Ruffin, ennemi n°1 de la Gauche historique

Il est indéniablement une tête de pont du fascisme.

La Gauche historique fait face à deux tendances qui la rongent depuis une dizaine d’années : d’un côté le post-modernisme, de l’autre le national-populisme.

Il apparait de plus en plus que le post-modernisme et son idéologie « décontructiviste » a toujours moins d’emprise sur la classe ouvrière. Son côté libéral-libertaire ne faisant plus illusions quant à ses buts : l’accompagnement du turbocapitalisme. L’alliance de la NUPES avec ses figures médiatiques telles que Sandrine Rousseau ou Danièle Obono, les récentes affaires « Adrien Quatennens », « Julien Bayou » finissent de faire craqueler l’influence du postmodernisme, qui n’est évidemment pas compris comme tel par les sympathisants populaire de la Gauche.

Mais forcément, cela laisse apparaître l’autre grande force qui a toujours saboté la Gauche de l’intérieur : le national-populisme. La figure montante de ce courant est François Ruffin. Et cela ne manque d’interpeller les éléments qui sont le plus intéressés par cette dynamique : les fascistes !

Dans le dernier numéro de la revue « Éléments pour la civilisation européenne« , revue fondée en 1973 autour de l’idée de mener une bataille culturelle axée sur la défense identitaire de type civilisationnel, on retrouve une interview de Marine Le Pen par le directeur de rédaction Pascal Eysseric mais aussi son reportage sur François Ruffin lors d’un débat à la fête de l’Humanité.

Dans une interview sur le dernier numéro de la revue par la chaine YouTube d’extrême-droite TV Libertés, on apprend de la bouche même de François Bousquet, alors rédacteur en chef, que Pascal Eysseric entretien une relation ancienne avec François Ruffin. Avant de se féliciter du fait que « la revue Éléments a accompagné beaucoup de gens qui sont passés de la gauche vers la droite, si tant est que le clivage soit encore opérant ».

Et les gens de cette revue sont d’une habileté redoutable dans leur capacité à pilonner la Gauche dans le pur style fasciste. Ainsi à la question de savoir si le « programme social du RN peut se faire l’économie de la lutte des classes », Marine Le Pen répond :

Le problème en France n’est pas qu’il y ait des riches, mais plutôt qu’il y ait des pauvres, de plus en plus de pauvres. Il ne faut pas lutter contre la richesse légitimement acquise, mais contre la pauvreté qui est incompatible avec la vision d’une société harmonieuse que, comme nationaux, nous défendons […] Nous pensons que le marxisme haineux comme le capitalisme prédateur réduisent toute la vie nationale à confrontation fratricide sur le champ de bataille économique. C’est un projet incompatible avec la conception fraternelle que nous défendons de la communauté nationale.

On comprend alors que le reportage dans ce même numéro sur François Ruffin ne relève en rien du hasard mais bien du fait qu’il est vu comme une tête de pont dans le cadre d’une offensive « métapolitique » visant à récupérer le reste des classes populaires qui n’ont pas encore été emportées par la démagogie national-sociale du RN. Derrière, il y a une opération de sabotage de la lutte des classes visant à barrer la route à toute reconstruction de la Gauche sur ses bases historiques.

Dans son reportage sur François Ruffin, Pascal Eysseric se félicite que « la grande nouveauté de la fête de l’huma […] c’est que la rédaction d’Éléments ait reçu une invitation du département de la Seine-Saint-Denis ». Puis il lance son opération idéologique par ces lignes habiles :

A Gauche, ce sont les deux seuls députés de la NUPES [Roussel/Ruffin] à parler ouvertement d’ « assistanat », de « système de revenu de substitution à vie pour certaines familles », de « cas soc' », à parler de frontières et de protectionnisme […]

Pour l’heure, Ruffin ne veut pas aller plus avant. Il s’accroche à des hochets indignes de lui sur « l’économie de guerre climatique », mais un mot, timidement , a fait son apparition « faire Nation ». Il est répété deux fois, curieuse coquille […]

Comme tous les assiégés, il se pose des questions : « sera-t-on abandonnés par les états-majors ? » Croit-il seulement à la dédicace qu’il nous a écrite en page de garde de son livre : « Pour Pascal, et pour qu’à la fin, c’est les gentils qui vont gagner »

Pour cause, François Ruffin a été réélu député aux élections législatives 2022 dans une circonscription où Marine Le Pen a atteint des sommets vertigineux lors du premier tour des présidentielles. Cette réélection est alors présentée comme une victoire de Gauche face à l’extrême droite, avec en apparence une bataille antifasciste contre la démagogie.

Sauf que non… car en fait François Ruffin et Marine Le Pen, vue comme la « Vierge Marine » dans sa circonscription, ce sont les deux faces d’une même pièce, celle de l’union nationale sur la base de la solidarité sociale.

On ne peut pas arriver avec 65,56 % des voix à Flixecourt aux législatives, seulement deux mois après après que Marine Le Pen ait obtenu 44,29 % voix au 1er tour des présidentielles, sans se demander ce qui cloche. Et en fait, il n’y a rien qui cloche car François Ruffin n’est pas sur des positions de lutte de classe, mais pratique le national-populisme.

Pour la Gauche historique, la bataille antifasciste s’est toujours effectuée dans le cadre d’un affrontement politique dans lequel des portions populaires étaient arrachés à la démagogie fasciste, et non pas dans une superposition sur fond de paix sociale.

C’est que François Ruffin développe un positionnement qui relève en apparence de la Gauche historique, mais est en réalité très proche des thèses du cercle Proudhon de 1911. Il vante ainsi la fierté du travail, mais ne parle jamais de classe ouvrière…encore moins de bourgeoisie. Parler de la « fierté des travailleurs » n’est qu’un discours para-syndical qui n’a que peu de dimensions politiques, et cela est malheureusement très français.

Comme lorsqu’il évoque de manière mielleuse le fait que ce qu’il appelle « la fierté du travail » ne se transmette pas dans les familles car le travail est caché et qu’il faudrait le photographier. Si François Ruffin était sur des positions de lutte de classes, il serait pourtant que oui lorsque l’on a pas le pouvoir sur les moyens de production, mettre en avant son travail n’est que vanité (ce qui ne signifie pas pour autant qu’on le rejette !).

La seule grande tradition du mouvement ouvrier, celle qui regorge de cartes postales et de photographies, c’est celle de la mise en avant des moments de grève, et surtout d’occupation, car c’est le moment où l’intelligence ouvrière se met au service de la politique d’émancipation.

François Ruffin formule alors des propositions sympathiques comme le « faire-ensemble » plutôt que le « vivre-ensemble » pour mieux désamorcer toute relance générale de la lutte des classes. Ce qui l’intéresse ce n’est pas la transformation de la société avec la classe ouvrière aux commandes, non ce qui le motive c’est comment garantir l’union nationale grâce au protectionnisme économique.

Pour cela, il faut que les prolétaires puissent accéder sans embûches au mode de vie bourgeois, et c’est pourquoi François Ruffin prend comme exemple de son « faire-ensemble » l’idée, toute sauf anecdotique et tout à fait fade, que pour qu’un couple tienne dans la durée il lui faudrait « un projet d’un enfant, d’une maison, de vacances, d’un film à voir ».

Le national-populisme de Ruffin qui apparaissait plus ou moins caché l’est, au fur et à mesure que la crise s’approfondit, de moins en moins. Et c’est savamment bien repéré et mis en avant par les idéologues d’extrême droite, comme ici Marc Eynaud de Boulevard Voltaire et donc Pascal Eysseric d’Eléments.

La vérité c’est que François Ruffin a besoin d’une bourgeoisie française riche, très riche, pour qu’elle soit en mesure d’aider les travailleurs les plus pauvres. En somme, François Ruffin, c’est l’héritage du catholicisme-social d’un Victor Hugo, plutôt que du marxisme d’un Paul Lafargue. Caricatural ? Il suffit de relire un passage de son livre « Je vous écris du front de la Somme » pour s’en convaincre :

À son arrivée à Matignon, en juin 1997, Lionel Jospin conditionne les allocations familiales : au-dessus de 25 000 francs par mois, les foyers ne toucheront plus rien. C’est une œuvre de justice, estime la gauche plurielle : les plus riches n’en ont pas besoin. Auteuil-Neuilly-Passy se révoltent, Versailles aussi, la Manif pour Tous avant l’heure. Mais, plus inattendu, les familles catholiques, bourgeoises, sont rejointes par… le député communiste de la Somme Maxime Gremetz ! La presse se moqua de lui, et moi avec. Jusqu’à un échange avec Serge Halimi, journaliste au Monde diplomatique : « Tu as tort de le railler. Aux États-Unis, ça s’est déroulé exactement comme ça : les plus aisés furent écartés de la sécurité sociale. Après tout, ils pouvaient se la payer. Mais du coup, au fil des années, comme ils ne touchaient rien, ils ont cotisé de moins en moins. Le système pour pauvres est alors devenu un pauvre système. »

Plus de riches = plus de contributions pour les pauvres ! Nous voilà renvoyé au début du XIXe siècle, à l’enfance du mouvement ouvrier et à son « socialisme conservateur » dont parlait le Manifeste du parti communiste… On ne s’étonnera donc guère que, comme tous les autres, François Ruffin ne dise rien sur la tendance à la guerre, encore moins sur l’OTAN et l’armée française car demain, il nous expliquera que l’armée est le grand creuset de la « communion nationale », du « faire-ensemble »…

François Ruffin n’a plus 36 000 voies possibles : ou bien il disparaît politiquement, ou bien il finit cadre du fascisme en suivant la marche nationale vers la guerre. Dans tous les cas, celles et ceux qui ont compris la tâche de reconstruire la Gauche historique doivent prendre pour acquis qu’il est indéniablement un obstacle à cette reconstruction.

Catégories
Politique

La Droite ne peut pas assumer la sortie de l’OTAN (et de l’UE)

Les forces à droite qui proclament cela font de la démagogie.

En France, le gaullisme a été une force de frappe idéologique et politique de très grande importance. Cela a permis à toute une fraction de la haute bourgeoisie de conserver une légitimité patriotique dans les années 1940 tout en étant anticommuniste, pour mieux revenir sur le devant de la scène dans les années 1950.

Le gaullisme c’est une grande synthèse idéologique pour la haute bourgeoisie française, combinant tout à la fois le corporatisme fasciste et le monarchisme dans une Ve République présidentialiste et le côté impérial du « cavalier seul » propre au bonapartisme.

C’est pour cela que les États-Unis se sont toujours méfiés du « mauvais élève » français, notamment lorsque le gaullisme a atteint son apogée dans les années 1960. C’est lorsque les États-Unis étaient engagés en pleine guerre du Vietnam que de Gaulle estime que la France doit sortir du commandement intégré de l’OTAN.

Mais cette politique d’indépendance nationale n’a été possible que parce que le gaullisme avait réussi le virage de la « décolonisation », en fait la transformation de l’empire colonial en zones néocoloniales, et que le capitalisme français connaissait un élan général, marqué par 6 % de croissance annuelle. De cette manière, le gaullisme a pu mettre en place un vaste complexe militaro-industriel notamment fondé sur une dissuasion nucléaire permise par les essais loin de la métropole.

Cet héritage gaulliste qui est devenu ensuite un néo-gaullisme a fourni un corpus politique et idéologique stratégique toujours plus porté par l’extrême droite dans les années 2000.

Le grand tournant a notamment été la réintégration en 2007 de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décrétée par Nicolas Sarkozy, mettant fin au néo-gaullisme qui était encore assumé par la Droite comme lors du refus de l’intervention américaine en Irak en 2003.

Depuis la pandémie de Covid-19 qui a miné tous les capitalismes nationaux les faisant se dresser les uns contre les autres dans le cadre d’une nouvelle guerre de repartage impérialiste, l’idée d’une indépendance nationale française en dehors de l’OTAN (et de l’UE qui est une excroissance) est une illusion.

Les fractions minoritaires de la Droite nationaliste qui promeuvent cette stratégie ne font qu’user d’un héritage qui a un écho populaire mais qui restera lettre morte tant le capitalisme français n’a plus les moyens d’une telle orientation.

Car le capitalisme français des années 1960 ce n’est pas celui de 2022 ! Avec 0,5 % de croissance annuelle et un endettement de près de 130 % de son PIB, une société minée par les comportements individualistes-consommateurs, l’appel au retour à la France gaulliste est un mirage qui chante simplement aux esprits nostalgiques.

Comment feront les Philippot, Asselineau et autre Dupont-Aignan pour assurer à la France sa base capitaliste face à la concurrence russe, chinoise et indienne sans l’appui des milliards américains, et surtout de son immense parapluie militaire dans le monde ? Avec le contexte d’inflation généralisé et les ruptures d’approvisionnements en matières premières, que feront ces patriotes pour assurer l’économie capitaliste française ? De quelle illusion se bercent-ils ?

En Italie, Georgia Meloni, supposée être pour la sortie de l’UE, négocie avec Mario Draghi pour constituer un gouvernement technique. Sans les subventions européennes, l’Italie capitaliste s’effondre, de même que sans les 770 milliards de dollars que les États-Unis injectent chaque année dans leur force militaire, l’Italie n’aurait pas les moyens de sa « défense » nationale, et donc de ses parts de marché.

Mais il faut voir aussi comment tous les députés du RN ont applaudi l’ambassadeur ukrainien le 3 octobre à l’assemblée nationale pour se convaincre que ces gens ne sont bel et bien qu’au service de la bourgeoisie et du capitalisme français, qui ne pourra se relancer sans l’appui militaire des États-Unis.

Il ne faut donc pas croire un instant les néo-gaullistes français qui s’imaginent revenir aux années 1960. Le basculement du monde dans la guerre de repartage impérialiste depuis la pandémie de Covid-19, puis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, rend à la Droite nationaliste ce mot d’ordre concrètement impossible, ou si ce n’est par démagogie pour attirer les faveurs d’une partie des gens.

Car dorénavant l’idée d’une sortie de l’OTAN (et de l’UE) n’est plus une simple option de politique internationale sur le mode d’un « choix géopolitique », mais une perspective antagonique avec l’appareil d’État lui-même et tout le mode de vie à l’américaine qui s’est réellement implanté en France à partir des années 1990.

La sortie de l’OTAN, c’est la remise en cause de la superpuissance américaine dans sa capacité à avoir orienté toute l’accumulation capitaliste au sortir de la seconde guerre mondiale, réimpulsée au tournant des années 1980-1990. En 2022, dans les puissances de second ordre comme la France, on ne peut plus vouloir un capitalisme national en dehors des positions fortifiées par les États-Unis.

Et comme on ne peut plus dissocier les deux, alors la sortie de l’OTAN exige en réalité une Gauche historique fidèle au mouvement ouvrier capable d’aller à la rupture pour réorganiser l’ensemble de la base productive. Bref, on ne peut assumer la sortie de l’OTAN si l’on assume pas également le Socialisme : le temps du néo-gaullisme est fini, place à la classe ouvrière et au socialisme.

Catégories
Politique

Pourquoi le PRCF n’ose-t-il pas aborder la question de la guerre en Ukraine?

Un positionnement absurde depuis le départ.

Le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) est la principale structure sortie du PCF dans le courant des années 1990, en exprimant une grande nostalgie pour le PCF des années 1980. On y trouve bien entendu un tropisme romantique pro-Russie, amenant d’ailleurs le PRCF à prendre position sans prendre position quant à la guerre en Ukraine. Reflet de tout cela, le PRCF vient d’envoyer quelqu’un en Russie, R. Barchi (un Brésilien), pour aller discuter avec le Parti Communiste de la Fédération de Russie. Et le message envoyé à l’occasion par le PRCF à ce parti russe qui est depuis le départ pour la guerre contre l’Ukraine… « oublie » de parler de la guerre en Ukraine. Le voici.

Paris, le 29 septembre 2022,

Au camarade Guennadi Andreïevitch Ziouganov, secrétaire national du Parti communiste de la Fédération de Russie,

Cher Guennadi Andreïevitch,

Depuis 2014, le Parti communiste de la Fédération de Russie n’a eu de cesse de défendre les peuples du Donbass victimes des hordes fascistes soutenues par l’Occident. Nous communistes français, membres du Pôle de Renaissance communiste en France sommes solidaires de vos actions, de votre analyse du conflit actuel et notamment des convois humanitaires que vous organisez régulièrement et avec une constance qui force le respect en direction du Donbass.

Quand certains partis en Occident se revendiquant du marxisme (comme le parti français trotskyste NPA) n’hésitent pas à dire qu’il faudrait envoyer davantage d’armes au régime de Kiev, nous pensons tout au contraire qu’il faut envoyer plus d’aide pour aider à reconstruire le Donbass et vous présentons ainsi notre modeste contribution qui a suscité un élan de solidarité au sein du peuple français qui n’accepte pas de vivre dans le bourrage de cranes de la propagande de guerre des médias impérialistes.

En cette année d’anniversaire de la naissance de l’Union des Républiques socialistes soviétiques, nous sommes heureux de renouer ainsi ces liens entre communistes français et russes, liens toujours fraternels et marqués par la profonde convergence de l’action des jacobins et des bolcheviques.

Vive les peuples du Donbass, vive les peuples soviétiques, vive les peuples libres qui secouent le joug impérialiste.

Pour le Pôle de Renaissance communiste en France,

Léon Landini, président du PRCF, ancien officier des F.T.P.-M.O.I., Grand Mutilé de Guerre, Médaille de la Résistance, Officier de la Légion d’honneur, Décoré par l’U.R.S.S. pour faits de Résistance.
Pierre Pranchère, président de la Commission International, ancien maquisard F.T.P.F., ancien député de Corrèze, Combattant Volontaire de la Résistance
Georges Gastaud, Fadi Kassem, co-secrétaires nationaux
Aymeric Monville, secrétaire de la commission International du P.R.C.F.,
Gilliatt Destaërck, responsable national des J.R.C.F., l’organisation de jeunesse du PRCF

On est là dans une sorte de romantisme hors sol, complètement à l’ouest, qui parle du Donbass afin de ne surtout pas parler du reste. Et ce n’est pas tant simplement parce que le PRCF s’aligne sur un « anti-impérialisme » russe… c’est surtout un moyen pour le PRCF de ne rien assumer et de ne pas appeler à combattre l’OTAN, à dénoncer la tendance à la guerre.

Le PRCF se dit pourtant bien contre l’OTAN, mais il n’en parle en fait jamais, c’est de la démagogie, la réalité concrète ne l’intéresse pas, il ne veut surtout pas se mouiller ! Comme d’ailleurs toute l’extrême-Gauche et l’ultra-Gauche, qui ne parlent tout simplement jamais de la guerre en Ukraine, ou bien vaguement avec un article de loin en loin !

Ce qui reflète le pessimisme du petit-bourgeois à l’écart du monde, cherchant simplement un capitalisme qui soit « social » et qui le laisse s’agiter dans son coin.

Catégories
Politique

Fiasco de la grève nationale du 29 septembre 2022

Le misérabilisme ne paie pas.

Prise avec Lumia Selfie

La société française ne sort pas de sa léthargie, et il ne faudra évidemment pas compter sur la CGT pour faire bouger les choses. Ce vendredi 29 septembre 2022, une énième « mobilisation interprofessionnelle pour les salaires  » était ainsi organisée dans le pays, avec un résultat pathétique.

On ne trouvera d’ailleurs aucun décompte sérieux et concret des français grévistes du jour, car on est dans la mise en scène, avec la CGT qui revendique même 250 000 manifestant défilant à 200 endroits en France (le ministère de l’intérieur dit pour sa part 120 000 personnes), ce qui est dans tous les cas extrêmement faible alors que c’est la misère qui est censée se propager à grande vitesse, que le pays est censé être à genoux avec l’inflation, etc.

En réalité, c’est un défilé réactionnaire de plus qui a eu lieu, une marche corporatiste, avec notamment les enseignants, quelques emplois du secteur public tels les personnels de restauration des cantines, les machinistes RATP, qui connaissent traditionnellement une proportion de gens sensibles à l’agitation syndicale.

Ce fut une marche comme il y en a eu un nombre incalculable, avec aucune dimension, ni sur le plan historique, ni sur le plan culturel, ni sur aucun plan d’ailleurs. C’était une grève et ce n’était pas une grève, en fait ce n’était rien.

Pratiquement personne en France ne savait d’ailleurs qu’il devait y avoir une grève ce jour et, pire encore, le soir même, la plupart des français l’ignoraient encore, à moins d’être passé pile à l’heure d’une manifestation dans un centre-ville, d’avoir eu la cantine de ses enfants fermée, ou bien, à Paris, d’avoir vu son bus annulé.

Cela n’empêche pas la CGT d’avoir un discours triomphaliste qui est son fond de commerce :

« Au vu des luttes engagées dans de nombreux secteurs professionnels, depuis des mois, autour de la question des salaires, tout portait à penser que la mobilisation par la grève allait s’amplifier et se généraliser ce jeudi.

Cela s’est vérifié avec des taux forts de grève : dans l’agro-alimentaire, la fédération a recensé près de 400 appels à la grève pour aujourd’hui. Le taux de gréviste allant de 30 à 100% des salariés dans les entreprises de ce secteur, ce représente au bas mot, 50 000 grévistes. »

La CGT propose en ce sens « de poursuivre et renforcer ces mobilisations, sans attendre et dans l’unité la plus large ». C’est la démagogie traditionnelle. En vérité, la CGT est complètement dépassée, coupée de la réalité concrète et quotidienne du pays, totalement hors-sol.

Il n’y a qu’à voir son affiche pour la mobilisation du jour, qui utilise l’écriture « inclusive » décadente des universitaires post-modernes, et qui fait tomber du chapeau la revendication loufoque d’une semaine de travail à 32 heures, d’un SMIC à 2000 euros. Comme si c’était possible de par le rapport de force actuel!

Tout cela ne mène à rien, et ne mènera jamais à rien. C’est un simulacre de lutte des classes, et même un simulacre de lutte tout court. C’est du vide et comme le vide n’existe pas, cela implique que cela joue un rôle néfaste. Cela épuise, cela trompe, cela invalide les luttes.

Bien sûr, il y a la grève dans les raffineries françaises depuis le début de semaine, avec la plupart des capacités de productions bloquées. C’est bien, ou plutôt c’est la moindre des choses dans un des rares secteurs ouvriers ou la capacité d’organisation est encore là. Pour autant, cela ne sort pas du cadre et est tout à fait sous contrôle de la bourgeoisie, il ne faut pas se faire d’illusions là dessus.

Le manque d’envergure, le manque d’ambition, la soumission complète au capitalisme, l’absence totale d’utopie, le refus des valeurs historiques du mouvement ouvrier… tout cela saute aux yeux. Concrètement, il ne se passe rien en France. Il n’y a pas de lutte des classes. Tout est à construire, à re-construire, minutieusement, avec de grandes ambitions, celles de la Gauche historique, celles du Socialisme.

Il faut œuvrer à former cette base – qui seule pourra être à la hauteur de l’Histoire lorsque les choses vont mal, très mal tourner!

Catégories
Politique

Victoire de Giorgia Meloni, pour un Brexit à l’italienne

Encore une victoire du populisme en Europe.

Ce qui s’est passé en Italie dimanche 25 septembre 2022 est très lisible depuis la France, car c’est exactement ce qui nous attend si tout reste en l’état. Il suffit de s’imaginer Marion Maréchal au pouvoir, à la tête d’une coalition de droite, sur un mode populiste pour une version italienne du Brexit.

Giorgia Meloni, qui a fondé et dirige le parti Fratelli d’Italia (dont le mari de Marion Maréchal est un haut cadre), a mené une coalition également composée par Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, et la Liga, de Matteo Salvini. En remportant les élections législatives pour la désignation du Parlement (400 députés et 200 sénateurs), elle devient présidente du Conseil italien, c’est-à-dire cheffe du gouvernement italien.

Au soir du 25 septembre, la coalition des Droites obtiendrait entre 111 et 131 sièges, pour seulement 33 à 53 pour la Gauche parlementaire, 14 à 34 pour le Mouvement 5 étoiles, 4 à 12 pour Italia Viva.

Giorgia Melon profite en fait d’un positionnement ferme ces dernières années, ayant été la seule à droite à ne pas participer au gouvernement de Mario Draghi.

Celui-ci, devenu extrêmement impopulaire en Italie, est dénoncé comme une figure technocratique européenne responsable de tous les maux ; il est d’ailleurs l’ancien président de la Banque centrale européenne (de 2011 à 2019).

En raison de la crise, il y a comme partout en Europe un grand rejet de l’Union européenne et un repli nationaliste.

Mais il faut bien voir qu’en Italie, Mario Draghi avait été présenté comme l’homme providentiel devant redresser le pays faisant feu de tout bois ; il était même surnommé de manière pompeuse « super Mario ». Il a donc à son égard une grande amertume dans la population.

C’est que l’Italie n’échappe pas à la crise, bien au contraire. Tout comme la France, le pays est extrêmement endettée, à hauteur du 150% du PIB et surtout a violemment subi la crise sanitaire. Les sommes colossales du Plan de relance européen, dont l’Italie est la principale bénéficiaire en raison de sa situation, n’apaisent aucunement le pays.

Et le problème c’est que, tout comme en France, il n’y a pas en Italie une Gauche démocratique et populaire capable d’organiser la défiance populaire sur un mode rationnel et social. Alors c’est le triomphe des populismes, des critiques en surface, des anti-vaccins, des anti-pass sanitaire, des promesses de retour en arrière à l’age d’or du capitalisme, du repli individualiste, du chauvinisme national, etc.

Giorgia Meloni ne triomphe pas d’ailleurs tant pour ses idées, mais surtout parce qu’elle s’est habilement construite une image alternative à la classe politique italienne, y compris à droite. Le fait qu’elle arrive au pouvoir aux côtés de Silvio Berlusconi, pourtant une figure politicienne incontournable italienne des 30 dernières années, ne change rien à l’affaire, mais en dit long sur le caractère populiste de sa démarche.

On aurait donc tort de chercher de la cohérence chez Giorgia Meloni, ce n’est pas du tout ce à quoi elle sert, ni ce pourquoi elle a été élue. Il s’agit simplement d’une réaction, d’un contre-coup de la crise dans un grand mélange des genres, exactement comme ce qu’a été le Brexit au Royaume-Uni.

Giorgia Meloni est libérale économiquement, elle considère qu’il faut le moins possible freiner les entreprises, mais pour autant elle n’entend surtout pas régler la question de la dette italienne et promeut au contraire l’assouplissement des règles européennes à ce sujet.

Son engagement politique depuis sa jeunesse est marqué par le style fasciste, son organisation elle-même étant la continuité de mouvements politiques fascistes (eux-mêmes totalement disparates), mais elle a choisi comme nom de son mouvement des paroles de l’hymne national italien, à connotation républicaine.

Et si Giorgia Meloni assumait totalement Mussolini dans sa jeunesse, elle explique maintenant qu’il était erroné de la part du fascisme d’écraser la démocratie (en tous cas ce qu’elle considère comme étant la démocratie) pour gouverner.

Il faut également pointer la question de l’OTAN, que Giorgia Meloni défend, s’assumant totalement comme atlantiste, c’est-à-dire prônant l’alignement sur la superpuissance américaine et défendant en ce moment totalement le régime ukrainien contre la Russie. Pourtant, la principale motivation de son succès électoral est justement le rejet de l’Union européenne, équivalent sur les plans politiques et culturels de l’OTAN sur le plan militaire.

On a donc apparemment un nationalisme italien… aligné sur la superpuissance américaine. En fait, comme Marion Maréchal, Giorgia Meloni est très proche des franges ultra-conservatrices de la Droite républicaine américaine à la Donald Trump. D’ailleurs, elle était aux côtés de Marion Maréchal invitée au Conservative political action conference en février 2018.

Et tous comme Marion Maréchal, Giorgia Meloni est surtout très opposée à la Gauche et ses traditions. Elle propose notamment d’abolir la fête nationale italienne célébrant le 25 avril la Libération lors de la deuxième guerre mondiale.

Et elle profite pour le reste d’une critique facile de la décadence post-moderne et cosmopolite pour séduire les classes populaires sur les thèmes sociétaux : immigration, catholicisme, avortement, gestation pour autrui, union homosexuelle, etc.

C’est l’esprit de l’époque : le nationalisme pro-brexit d’un côté, le cosmopolitisme consommateur de l’autre, le tout précipitant, accompagnant et exprimant la décadence du capitalisme, son triomphe mondial et l’émergence de luttes intestines pour chercher à surmonter la crise en repartageant le monde.

Catégories
Politique

Réformer ou dépasser le capitalisme ?

Taxer les « super-profits » ou socialiser les monopoles, il faut choisir.

Depuis la fin des élections présidentielles, différents cadres de gauche proposent de taxer les « super-profits ». Olivier Faure du PS a proposé de soumettre cela à un referendum d’initiative partagée, proposition soutenue quelques jours plus tard par Jean Luc Mélenchon lors de l’université d’été de la France insoumise. 

Pour défendre cette proposition, l’ensemble de la gauche ayant adhéré à l’alliance NUPES, c’est-à-dire principalement le parti socialiste, La France insoumise, le parti communiste français, EELV s’appuient sur le fait que les entreprises du CAC 40 ont engrangé plus de 170 milliards d’euros de bénéfice en 2020/2021. 

Avec le contexte inflationniste que connaît la quasi-totalité du monde, et particulièrement en Europe où il faut s’attendre à voir les factures d’électricité multipliées par dix lors de l’hiver qui arrive, cette proposition semble arriver à point nommé. 

La gauche actuelle qui tente de se refaire une crédibilité réfléchit ainsi : la situation devient compliquée pour les gens, partageons mieux l’argent des riches pour les aider. Une telle perspective est tout à fait éloignée de l’héritage du mouvement ouvrier, étant plutôt liée à celui d’une partie des classes dominantes ayant à cœur les « réformes sociales ». 

Évidemment, la situation est inacceptable. Que des entreprises comme Total Énergie qui emploie des dizaines de milliers de personnes à travers le monde arrivent à engranger des dizaines des milliards d’euros de bénéfice doit questionner toute personne de gauche, mais la discussion devrait surtout porter sur ce que nous voulons faire de Total, CMA-CGM, Carrefour, etc. 

Faut-il simplement se battre pour des réformes qui poussent les entreprises à mieux partager les bénéfices qu’elles font et demander au mieux un droit de regard sur leurs activités, ou alors faut-il exiger de lutter pour dépasser le capitalisme et socialiser des multinationales qui se développent bien souvent sans, voir contre l’avis populaire ? 

Plus directement est-il souhaitable que Total partage ses bénéfices tout en continuant son entreprise impérialiste, comme en Arabie Saoudite où elle vient de signer un accord avec Qatar Énergie pour développer l’exploitation de la plus grande réserve connue de GNL au monde? 

Ou alors l’objectif est-il de socialiser Total pour que cette entreprise ne fasse plus aucun bénéfice privé et qu’il soit décidé démocratiquement de ce qu’il est envisageable de réaliser avec les moyens de productions qu’elle possède ? 

Cette question est d’une grande importance car elle permet de prendre une position déterminante dans la période qui s’ouvre, et qui est marquée par la marche vers la troisième guerre mondiale. 

Des blocs se construisent et se préparent à faire face les uns aux autres pour se partager le monde. En France, des grandes entreprises comme Total, Orano (anciennement Areva), Carrefour ou Bolloré sont en première ligne pour pousser les capitalistes français à jeter toutes les forces du pays dans cette bataille de repartage.  

Preuve en est encore la visite d’Emmanuel Macron en Algérie pour négocier le gaz en compagnie du PDG d’Engie ou s‘approprier les métaux rares du pays grâce à un nouveau « partenariat », qui n’est rien d’autre qu’un néo-colonialisme du fait de l’absence de gros moyens de production en Algérie capables d’explorer puis d’exploiter des mines géantes. 

Par conséquent, en acceptant la proposition actuelle de taxation des « super-profits » par les forces de la NUPES, c’est donner l’illusion d’un capitalisme à visage humain, du moins pour les français au détriment des autres peuples.

Car l’objectif ici c’est de compenser la chute du niveau de vie provoqué par la crise du capitalisme, en partageant « mieux » le gâteau de l’impérialisme français sans s’y opposer. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’est jamais défini la différence entre les profits et les super-profits… Mais alors d’où viennent ces « super »-profits, si ce n’est d’une super exploitation d’autres peuples du monde ?

Ces forces politiques en apparence sociales qui ne veulent pas reconnaître « l’abondance » que connaissent les français depuis les années 1990 grâce à la « mondialisation » sont des menteurs qui proposent sans le dire de continuer l’entreprise de pillage par les multinationales françaises, et donc contribuer à alimenter la tendance à la guerre de repartage. On ne s’étonnera guère d’ailleurs de leur silence à propos du militarisme et de l’armée française…

La perspective de la Gauche historique, c’est celle de voir en la situation sociale difficile qui arrive une occasion historique pour permettre au prolétariat de France de se reconstruire une conscience de classe dans le but de mener la grande bataille contre la bourgeoisie, pour l’émancipation du capitalisme.

Catégories
Politique

La gauche prise entre le marteau postmoderne et l’enclume populiste

Deux récents débats thématiques en disent long sur le délabrement intellectuel.

Si l’on conçoit la Gauche comme une proposition idéologique visant à transformer les consciences pour mieux les émanciper, alors forcément on ne peut que voir qu’il y a un gouffre entre la vie des campagnes et la vie des villes, surtout des grandes villes.

Selon la tradition marxiste du mouvement ouvrier, cette opposition forme même une contradiction qui est par nature motrice de changements, de changements sociaux et culturels. Mais actuellement, sans force de Gauche arrimée à ses valeurs, cette opposition produit surtout la forme de fuites en avant individuelles, que cela soit dans le turbo-capitalisme pour la ville, le populisme pour la campagne.

Cette réalité est récemment revenue sur le devant de la scène par le biais de deux problématiques qui agitent les éléments de Gauche alliées dans la NUPES. Il y a eu tout d’abord une interview de François Ruffin, le député de la Somme, au journal Le Monde dans lequel il s’est demandé si la gauche voulait « reconquérir l’électorat populaire ».

Puis, plus récemment, le secrétaire national et candidat PCF à la dernière élection présidentielle Fabien Roussel, a déclaré lors de la Fête de l’Humanité que « la gauche doit défendre le travail et ne pas être la gauche des allocations et minimas sociaux ».

Si François Ruffin s’est dissocié de la sortie de Fabien Roussel, surtout pour conserver son audimat à la France insoumise, on retrouve pourtant les mêmes propos dans son dernier livre intitulé pompeusement Je vous écris du front de la Somme. Ce livre qui vise à se positionner dans le paysage politique de l’après Jean-Luc Mélenchon parle de sa campagne électorale qui a vu sa réélection dans la 1ère circonscription de la Somme et où il a été entièrement assumé de manière démagogique de mettre en avant la figure de Jean-Luc Mélenchon dans les quartiers HLM d’Amiens et de le ranger au placard dans les campagnes rurales.

Et François Ruffin de constater à la manière de Fabien Roussel :

Que reste-t-il de la gauche quand, massivement, les travailleurs, et les plus modestes des travailleurs, ne la ressentent plus comme leur avocat, leur défenseur ? Quand ils affirment : « Je ne peux pas être de gauche, je suis pour le travail » ? […] La gauche est associée au RMI, aujourd’hui, plus qu’aux congés payés. Les uns relèvent de l’histoire, oubliée, méconnue, du temps de nos arrières grands-parents, des expos avec photos en noir et blanc. L’autre, devenu RSA, appartient au contraire au quotidien, il a la tête de Pierre, Paul, Jacques et Nadia. De « parti des salariés », nous voilà, dans l’esprit commun, le « parti des assistés ».

Ainsi, pour ces deux députés qui proviennent du Nord de la France, là où s’est formé une puissante expérience du mouvement ouvrier, l’idée est simple : la Gauche a délaissé les territoires ruraux où vivent les ouvriers pour se concentrer sur les quartiers HLM qui jonchent les grandes villes et leurs agglomérations.

En réponse, Jean-Luc Mélenchon a enfoncé le clou en déclarant que la LFI était au regard des résultats électoraux des dernières élections présidentielles et législatives, le « parti des chômeurs, des précaires et des jeunes », ce qui est l’éloigne de fait de la classe ouvrière qui peuple en effet majoritairement la campagne.

D’autres figures de La France insoumise sont même allés jusqu’à nourrir la fable d’une « implantation » dans les départements de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, quand bien même le taux d’abstention y a été monstrueux et que le quotidien est un pourrissement social dans un mélange de lumpen-prolétaires et d’une petite-bourgeoisie carrément post-moderne.

On retrouve ici une problématique régulièrement mise en avant par le géographe Christophe Guilluy et connue pour l’idée d’une « France périphérique » laissée à l’abandon des retombées de la « mondialisation ». Et si Christophe Guilluy a loupé le coche de la Gauche historique, il en est tout autant de Fabien Roussel et François Ruffin car si tous ces constats sont justes, faut-il encore ensuite proposer une interprétation et transformation adéquate de la situation.

Et ce que ce débat appelle, c’est une compréhension de l’opposition entre la ville et la campagne. Or, si la campagne a ses caractéristiques, ce sont surtout celles de l’isolement social et de la morosité culturelle sur fond de pavillons et de zones industrielles immondes, sans même parler des valeurs chasse-pêche-nature-et-traditions qui restent dominantes, malgré leur marginalité en pratique.

Ne pas vouloir s’attaquer frontalement à tout cela, ce n’est pas être du côté du changement. Et les François Ruffin et Fabien Roussel, ce sont justement ce type de personnage qui n’a jamais remis en question la chasse pas plus d’ailleurs que le bistrot, le pavillon ou la mocheté de la zone industrielle.

Alors on peut bien parler de la campagne et du « monde ouvrier », mais si c’est juste pour en être un pseudo représentant qui n’a comme horizon que de parler de « nous contre eux », alors c’est le niveau zéro de la conscience de classe.

Car derrière ces thématiques, on retrouve une négation de la lutte des classes et de la classe ouvrière, une réalité qui n’a rien à voir avec la lecture simpliste d’une campagne à côté de la ville, et encore moins avec cette conception pyramidale du « bas contre le haut ». Sans même parler de ce concept a priori flatteur de la « gauche du travail » qui est en réalité étranger aux avancées sociales et culturelles du mouvement ouvrier au XXe siècle.

Parler de la « gauche du travail », d’une « fierté des usines et du savoir-faire des travailleurs » n’a aucun sens, car le travail n’est qu’un rouage du capitalisme dans sa folie accumulatrice, et la tâche de la gauche est de faire en sorte que les travailleurs manuels sortent de leur aliénation pour devenir une puissance dirigeante. La fierté de classe exige la conscience de classe alors que la conscience professionnelle aboutit bien souvent à la soumission au syndicalisme corporatiste…

La classe ouvrière aspire à devenir le haut de la société et pour cela, il lui faut conquérir le meilleur de la modernité et le meilleur de la sensibilité, deux choses qui se puisent dans la résolution de cette contradiction entre la ville et la campagne, et non pas dans leur juxtaposition comme le veulent, et les populistes et les post-modernes.

On ne peut pas devenir un working class hero en étant un pro-LGTBQI+, un militant de la libéralisation du cannabis et de la prostitution, un adepte du RSA pour tous, pas plus qu’en étant un beauf borné dans la consommation de viande et voyant en le travail l’unique horizon culturel possible et en l’alcool un vecteur de « sociabilité »…

On voit bien à quel point la NUPES est une entrave au progrès de la conscience car de telles thématiques devraient porter un débat sur la nature de la vie à la campagne et à la ville, de sorte à proposer un dépassement de ces deux modes de vie étrangers à l’émancipation du genre humain.

C’est que la Gauche est coincée entre le marteau du post-modernisme et l’enclume du populisme. Elle n’est nullement une force de changement, mais un acteur de la conservation sociale car il ne fait aucun doute que les idées avancées par François Ruffin et Fabien Roussel ne sont là que pour promouvoir de manière démagogique « le peuple contre les élites », jamais la classe ouvrière en lutte pour destituer la bourgeoisie du pouvoir.

Sinon il nous serait proposé une critique sérieuse de la vie des ouvriers à la campagne, de ce mode de vie qui n’a été qu’une perte de qualité de vie que cela soit par rapport à l’éloignement de tout, par à l’enfermement social, par rapport à la mentalité insupportable de petit propriétaire que cela véhicule, par rapport à l’enchaînement aux crédits et aux heures supplémentaires à n’en plus finir, etc.

Mais critiquer cela, ce serait assumer un changement d’envergure et les Ruffin et Roussel n’en veulent pas. Alors ils optent pour la protection nationale pour la paix sociale plutôt que la libération sociale.

A ce titre, voilà un autre passage de Je vous écris du front de la Somme qui en dit long sur cette perspective typique, au pire du New Deal Franklin Delano Roosevelt aux États-Unis, au pire des néo-socialistes Marcel Déat et Henri de Man, bref des propositions anti-Gauche des années 1930 :

D’où ma bataille, et depuis un bail, pour du protectionnisme. D’où ma lutte, au sein de la gauche, de la bonne gauche, pour qui une taxe à 17 % sur les pneus importés de Vietnam relèveraient quasiment du « racisme anti-asiatique », pour qui ce serait « monter les peuples les uns contre les autres », etc. 

François Ruffin et Fabien Roussel ne veulent pas remettre en cause l’esprit petit-bourgeois des ouvriers des campagnes, pas plus que les autres ne veulent remettre en cause les esprits anti-sociaux ou ultra-libéraux des lumpenprolétaires des quartiers HLM.

C’est pour cela que leur proposition, c’est une forte contribution fiscale des « riches » pour le bien de toute la nation, son cœur étant pour les populistes à la sauce Ruffin/Roussel l’ouvrier des campagnes portant le bon sens populaire, et la frange ultra-précarisée bien souvent prise dans le cannibalisme social pour les turbo-capitalistes à la sauce LFI du 93.

Ce dont la classe ouvrière a besoin, c’est d’une perspective qui ose renverser la table, d’un horizon qui ose l’utopie générale et non pas de ces débats qui ne mènent à rien si ce n’est à tout conserver comme avant grâce à cette grande diversion historique nationale-sociale. Un grand changement social sur fond de remise en question culturelle, voilà ce dont nous avons besoin !

Au lieu de proposer une sortie positive, progressiste, les forces de gauche alliées autour de la NUPES surfent sur l’une de ces deux issues culturelles possibles comme le révèlent les réactions des uns et des autres, des uns contre les autres… La NUPES montre ici comment elle est un point mort de l’Histoire.

L’Histoire, cette vieille taupe dont parlait Karl Marx est bien l’espoir sur lequel se fonde la Gauche historique pour sortir du bois et proposer enfin la grande rupture prolétarienne du monde.

Catégories
Politique

Le manifeste de Bernard Cazeneuve pour reformer le centre-gauche

Un long manifeste qui ne fera pas rêver.

Bernard Cazeneuve a été Premier ministre de François Hollande pendant près de six mois, après avoir été ministre de l’Intérieur pendant près de trois ans. Il tire une certaine légitimité de cette période et incarne dorénavant une perspective de renouveau pour tout le courant issu du Parti socialiste qui est amèr du grand recul de celui-ci.

Ces gens considèrent que la Gauche s’est trahie en se rangeant derrière les populistes de la France insoumise pour former la NUPES. Selon eux, il faut une Gauche centriste, qui ne déborde pas du cadre des institutions, qui apparait comme raisonnable et conciliante. Autrement dit, une « Gauche » bourgeoise, bien ancrée dans le capitalisme qu’il s’agit simplement d’accompagner de manière « sociale » et « égalitaire ». Les 400 personnes entourant Bernard Cazeneuve dans sa démarche sont d’ailleurs tout à fait représentatives de la bourgeoisie et intégrées au sein de celle-ci.

Leur manifeste publié en cette rentrée 2022 est très long, mais ne dit pas grand chose pour autant. Le discours est typique du vieux monde qui tente de se maintenir en niant la crise et la tendance à la guerre mondiale, en faisant comme s’il suffisait du combo services publics / Union européenne / syndicats pour préserver le train-train de la vie quotidienne française.

Tout cela est vain, car justement ce train-train de la vie quotidienne française ces cinquante dernières années a été dévastateur et ne peut plus durer : il a lessivé le mouvement ouvrier et la perspective du Socialisme, il a fait triompher le libéralisme et le turbo-capitalisme, il a écrasé la Nature et les animaux. Le prix à payer pour cela va être très élevé pour la société française pétrie de ses illusions, qui ne voit toujours rien venir.

Bernard Cazneuve et sa clique font en tous cas partie du passé, car ils n’ont rien à apporter, comme l’illustre parfaitement leur manifeste aussi ringard que prétentieux. C’est en quelque sorte le pendant réformiste et vide du populisme débridé et bavard de La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

« Manifeste pour une gauche sociale-démocrate, républicaine, humaniste et écologique

L’abstention massive des Français témoigne également de la perte de confiance dans les institutions de la République, mais aussi dans les forces politiques constituées, dont les citoyens doutent désormais qu’elles seront capables de se mettre au service du bien collectif. Il est fort probable que la communication débridée d’une majorité dévitalisée, sans boussole ni projet, et que les postures théâtrales des oppositions radicalisées ne suffiront pas à répondre à l’épuisement démocratique, qui prive la République de sa force vitale.

Alors que notre système politique et institutionnel voit sa légitimité contestée et son efficacité amoindrie, les Français aspirent à un gouvernement qui puisse agir de nouveau en les respectant, c’est-à-dire en s’adressant à leur intelligence collective. C’est dans ce contraste entre la situation politique et les aspirations profondes des Français que réside le risque d’un grave court-circuit démocratique : le blocage potentiel des institutions, la montée de la violence dans l’espace du débat public, l’effacement de la notion de respect, la volonté de certains de susciter, à chaque instant, la contestation de tout, en poussant la foule à s’emparer de la rue, offrent de sombres perspectives à notre pays.

Le mal est profond. Le divorce entre le peuple et les responsables politiques est consommé. Les Français sont de plus en plus nombreux à ne pas se sentir écoutés et – bien plus grave  – respectés. Le ressentiment le dispute au fatalisme, à l’insécurité culturelle s’ajoute une précarité existentielle débouchant sur le sentiment de vivre dans une société à durée déterminée. L’insécurité au quotidien, couplée à l’incertitude du lendemain, attise l’incompréhension mais aussi la colère. Pourtant, comme une lueur d’espérance, l’aspiration à la justice, à la concorde et au progrès est toujours aussi présente. Les énergies sont partout et l’envie de servir demeure infinie. Comme souvent face aux grandes épreuves, la France n’a pas perdu foi en elle-même.

Au fond, ce nouveau paysage politique souligne aussi le vide laissé par la sociale-démocratie et les humanistes de gauche. C’est ainsi qu’il faut lire ce texte, qui n’est autre qu’un appel à la refondation et donc à la constitution d’une dynamique collective. Un progrès qui protège, une République revivifiée, un État profondément restauré et un humanisme véritablement écologique : voici ce qui manque aux débats, voilà le cœur d’un nouveau mandat pour l’action. Il nous revient donc à nous, républicains de gauche et d’où que nous venions, de nous organiser pour rassembler nos forces et conjuguer nos efforts afin de redonner aux Français l’espérance à laquelle ils ont droit.

Voilà le mandat des militants de l’espérance : démontrer jour après jour qu’une autre gauche est possible, qui rompe avec l’outrance et le sectarisme, mais qui demeure ardente dans le refus des inégalités, des injustices et des discriminations, dans la défense des valeurs de la République et dans sa détermination à réussir le grand combat pour le climat, dont la jeunesse du monde entier porte avec audace le flambeau.

Un risque de dislocation de la société française

Les Français aspirent à un profond changement. Ils demandent à être convaincus que le progrès est encore une promesse possible pour eux-mêmes et leurs enfants. Certains aspirent au souffle des grandes espérances, qui a parfois permis dans l’Histoire d’enjamber un monde pour en faire jaillir un autre, qui soit plus juste et moins violent.  Beaucoup s’inquiètent du climat de tensions extrêmes dans lequel la Nation se trouve plongée. À l’occasion de l’élection présidentielle, le sentiment a dominé que la faiblesse de l’offre politique imposait au pays un choix par défaut. Ce que l’on a appelé le vote utile s’est traduit, pour bien des citoyens, par la résignation au moindre mal, dans un contexte où aucune force ne parvenait plus à apaiser le peuple, encore moins à l’unir.

Le délitement du débat public et du pacte civique résulte de l’affaissement des institutions, de l’abaissement des comportements dans la violence verbale et numérique, au point qu’il ne demeure presque plus rien de l’esprit républicain qui fit l’unité et l’indivisibilité de la Nation. Le passage au quinquennat a privé, mécaniquement, le chef de l’État du temps nécessaire à l’affirmation de son pouvoir d’arbitrage ; l’élection des députés dans la foulée a abouti à une désincarnation du Parlement assujetti à une technostructure froide, déconnectée et à l’exercice isolé du pouvoir présidentiel. L’accoutumance à la violence et à la transgression a convaincu chacun qu’il peut tout dire, tout faire et tout oser, pour atteindre ses buts. Les partis ont peu à peu cessé de jouer leur rôle d’enceinte de délibération où s’élaborent les propositions et les projets, pour se transformer en écuries d’ambitieux qu’anime la tactique plutôt que le bien commun. Les artifices de communication et les mises en scène théâtrales, auxquelles bien des responsables politiques se livrent pour dissimuler leur impuissance ou leur absence d’imagination réduisent la politique à un art de la séduction, éventuellement de la disruption, sans place pour le courage et les convictions. De ce jeu dont ils jugent sévèrement les acteurs, les Français ne sont pas dupes. Ils s’abstiennent de plus en plus ou choisissent le bulletin blanc afin de n’apporter à ce triste spectacle ni leur concours ni leurs voix. Il y a désormais un blocage, un refus d’obstacle, la démocratie représentative est en danger.

La société française fait face à un risque de dislocation. Pour prévenir cette désagrégation, quatre défis appellent des solutions urgentes : celle de la lutte contre les inégalités, à l’heure où les injustices accroissent les risques de fracturation de la société française ; celle du défi écologique et climatique, qui relève désormais d’une course effrénée contre la montre ; celle du nécessaire ré-ancrage républicain de la Nation, alors que des forces extrémistes, identitaires et violentes, assument de plus en plus ouvertement leur rupture avec l’universalisme, dont les républicains sont les héritiers ; celle de la réparation de l’État, abîmé et fragilisé par de funestes réformes, la réduction inconsidérée  de ses moyens, comme de sa capacité d’agir, notamment pour protéger les Français et la banalisation de son statut.

À gauche, l’aspiration au « rassemblement » est indissociable de l’espérance. Mais l’union est une discipline, qui revêt une part d’exigence morale et suppose la fidélité à des convictions, à des valeurs et à un héritage. C’est pourquoi la gauche de gouvernement, dans le temps long de son histoire, a toujours accepté de se confronter à la réalité, en faisant de l’éthique de la responsabilité l’instrument de sa crédibilité. Renoncer à cette identité reviendrait pour elle à se perdre, en laissant le champ libre à l’alliance de la droite extrême et à l’extrême droite. Dans la tempête et face au danger la faute funeste consiste à laisser tomber sa boussole.

La gauche de transformation, du fait de sa tradition pluraliste, est en outre la seule en capacité de réunir les différentes aspirations au progrès social, économique, environnemental, démocratique, sans transiger avec les valeurs de la République, le respect de l’État de droit et l’ambition d’une Europe plus forte et plus solidaire. La reconstruction d’une véritable perspective sociale-démocrate est urgente, si nous voulons pour nos enfants une société plus juste et plus écologique.

Refaire Nation

En nous attaquant aux inégalités, nous affirmons notre détermination à refaire Nation, en offrant à tous la perspective d’une vie digne et en protégeant le plus grand nombre du risque de déclassement. La société française, plus que jamais fragmentée et polarisée, hystérisée par les postures de confrontation entretenues en son sein ne se pense plus comme le creuset d’aspirations communes, mais comme la juxtaposition de groupes sociaux se représentant en communautés recroquevillées et hostiles les unes à l’égard des autres, où la revendication individuelle domine, au détriment des ambitions collectives et des préoccupations d’intérêt général. Face à la relégation vécue ou redoutée qu’éprouvent intimement nos concitoyens dans bien des territoires   – et qui se fait plus vive à mesure que l’on s’éloigne des centres urbains denses et connectés – les services publics sont à juste titre perçus comme l’instrument d’une possible solidarité, comme le levier de l’égalité réelle.

Les crises les plus récentes, par leur effet de souffle – le mouvement des gilets jaunes qui notamment a mis en lumière les fractures profondes au sein de la société française –, ont souvent conduit les gouvernants à privilégier la gestion politique immédiate, destinée à éteindre l’incendie, au détriment de la compréhension en profondeur des colères dont ils n’avaient que rarement anticipé l’avènement. Alors que les récentes poussées de fièvre ont, partout en France, résulté en grande partie d’un sentiment d’oubli des villes moyennes, des communes rurales reculées et des Outre-mer, une réponse plus ample, alliant le renforcement de la présence de l’État et des services publics et le retour à une ambitieuse politique de développement du territoire, aurait sans doute été plus efficace.

La question de la qualité et de la répartition des services publics sur le territoire national, face aux besoins affirmés de protection des Français, est devenue le critère à partir duquel s’opère ou non le consentement à l’impôt, ainsi que la capacité des citoyens à adhérer aux réformes qui leur sont proposées. Il en est ainsi des décisions visant à promouvoir les grandes politiques publiques de lutte contre le réchauffement climatique. Le renoncement à l’automobile dans les métropoles comme dans les campagnes n’est envisageable que si les transports sont non seulement accessibles, mais offrent un niveau de régularité, de sécurité et de confort conforme aux attentes des salariés modestes, des jeunes en formation, au travail ou en recherche d’emploi, encore très dépendants de la voiture pour leur activité et leur vie quotidienne.

Rétablir la possibilité de l’ascension sociale et garantir des conditions égales de dignité

S’engager pour la justice, c’est d’abord s’engager résolument dans le combat pour les droits des femmes et pour l’éradication des violences dont elles sont les victimes. Le féminisme est indissociable du combat pour le progrès. La belle idée théorisée par Gisèle Halimi en 2008, « la clause de l’Européenne la plus favorisée », doit enfin se concrétiser. Dans tous les domaines de la vie en société, nous devons prendre comme référence les pays européens où les législations sont les plus progressistes sans se laisser intimider par les lobbies conservateurs, aussi puissants soient-ils.

Pour plus de justice, il nous faut renouveler les conditions d’adhésion au contrat social en rétablissant la possibilité de l’ascension sociale et en garantissant des conditions égales de dignité. Cela suppose notamment de mieux prendre en compte les difficultés de nos concitoyens en situation de handicap : revalorisation des aides, valorisation du rôle des aidants familiaux, meilleur accès aux services publics et donc aussi à l’école. En effet, la dignité de notre société se mesure à sa capacité à réduire les inégalités notables et inacceptables qui subsistent en son sein. La société, lorsqu’elle se fige, consacre toujours les héritiers et n’assure plus la promesse républicaine d’un avenir meilleur pour les générations nouvelles et les plus vulnérables.

Porter le projet d’un progrès qui protège c’est aussi combattre fermement les inégalités en matière de santé. Trop souvent encore, nos concitoyens en situation de précarité ne bénéficient pas d’une garantie d’accès aux soins. Améliorer leurs conditions de vie et assurer leur dignité passe donc par le déploiement de politiques publiques plus volontaristes, notamment par le renforcement de la médecine préventive dont on sait qu’elle est encore plus indispensable pour les plus précaires et les plus isolés. Au-delà, la consolidation de l’hôpital comme pilier des politiques publiques d’accès à la santé de tous les Français doit redevenir l’une des priorités de l’action de l’État, en revalorisant les métiers, en soulageant les urgences et en luttant contre les déserts médicaux grâce à une politique d’incitation véritablement attractive.

Pour que le futur ne soit pas une fatalité, notre système éducatif doit être repensé comme la pierre angulaire d’une société renouant avec la bienveillance, le respect et la confiance dans la science, le progrès, les savoirs. Cela suppose la revalorisation des salaires des professeurs, qui doit manifester toute l’estime dans laquelle la société les tient mais aussi leur recrutement en nombre suffisant – au même titre d’ailleurs que pour les soignants, les « gardiens de la paix », ou les personnels de justice. La centralité de l’école dans les projets et les budgets, c’est aussi celle de la laïcité. La séparation des églises et de l’État est un principe de liberté – celle de croire ou de ne pas croire – et de concorde – la foi des uns ne fait pas la loi des autres, encore moins celle de tous. Face aux séparatismes religieux ou ethniques, au différentialisme et aux relativismes culturels, face à l’affirmation d’un islam politique qui hait l’universalisme français et soumet nos compatriotes de confession musulmane au joug d’une radicalité religieuse – alors même que ces derniers aspirent à vivre en paix dans la communauté nationale – la laïcité est ce trésor commun qu’il nous faut défendre sans relâche. Vouloir encore et toujours la République laïque c’est désirer ardemment l’égalité et le respect de l’autre, dans sa singularité, en raison du creuset de valeurs que nous avons en partage et qui nous permet de transcender nos différences. Les inégalités de destin s’inscrivent aussi dans les difficultés d’accès au logement. Les communes qui dérogent au principe même de la mixité sociale, malgré les pénalités financières, doivent être conduites à relancer la construction de logements sociaux. Les logements existants doivent être remis aux normes en alliant l’objectif d’une amélioration de la qualité de la vie à celui de la transition écologique. Enfin, vecteur d’insertion et de stabilité, l’accès au logement pour les familles monoparentales et les ménages sans domicile doit constituer une priorité. Le sans-abrisme n’est pas une fatalité, pas plus que l’attente prolongée de milliers de familles et d’enfants dans les hôtels sociaux. C’est par une politique ambitieuse et exigeante en matière de logement que les Français les plus en difficulté pourront recommencer à adhérer au contrat social et républicain.

Il est aujourd’hui encore du devoir des sociaux-démocrates de rappeler que les victimes des inégalités, les citoyens relégués par les effets de l’injustice de la naissance ou de l’existence, n’ont pas à être privés de la possibilité d’une redistribution équitable des fruits de leur travail. Notre politique ne peut plus seulement être celle de l’emploi mais bien celle du travail qui doit être repensée à l’aune de la transition écologique avec les travailleurs, les syndicats et le patronat. S’il faut rompre avec le toujours-plus, la simple affirmation de ce mantra ne trace aucune piste et dissimule la complexité des réformes à venir.

L’un des enjeux du monde du travail est de fournir des emplois de qualité, assurant non seulement un plus grand bien-être des salariés, mais aussi des progrès en matière de productivité et d’efficacité globale. L’ensemble des secteurs professionnels devront se faire plus sobres sans pour autant renoncer à l’ingéniosité française. Les progrès du travail et des technologies, en un mot du génie mécanique à l’œuvre dans toutes les réalisations humaines, sont un fait : il sera le moteur des solutions de demain, dans les secteurs qui demandent beaucoup de main-d’œuvre comme dans ceux qui en mobilisent moins. Pour que le progrès soit réel, il faut qu’il soit complet. Cela suppose qu’il soit maîtrisé, qu’il s’appuie sur les formidables potentialités du génie humain mais qu’il reste sans cesse guidé par les principes éthiques. Car le progrès n’est digne de sa promesse que s’il sert à lutter contre les injustices et les inégalités. Nécessairement technique, il doit être impérativement mis au service du quotidien des employés, augmentant la qualité de leur travail. Ainsi, le progrès pourra s’incarner dans l’efficacité de nouvelles méthodes qui assurent la protection des salariés, et non le sacrifice de la qualité de leur vie au travail ou de leur sécurité. Cette exigence est d’autant plus indispensable à l’âge de l’individualisation des métiers et de la numérisation des organisations. Cette mutation ne peut se faire que si le travail paie, que si la dignité des Français résulte aussi de leur labeur. Dans cette place reconnue donnée au travail, la plus grande intégration des syndicats et de leurs représentants à la vie de l’entreprise sera essentielle autant que fondatrice. Elle permettra un meilleur partage de l’information, une plus grande représentation des salariés dans les instances de décisions et de rémunérations, une redistribution plus juste de la valeur produite. C’est l’entreprise tout entière qui doit redevenir un espace de discussions et de compromis et non le lieu de toutes les confrontations et dominations, car elle est une communauté humaine essentielle pour relever les défis collectifs et favoriser un accomplissement individuel.

De progrès, la réforme des retraites doit l’être impérativement. Celle qui consisterait à repousser toujours plus loin l’âge de départ serait injuste et inefficace, en perpétuant l’idée que toute réforme est destinée à imposer d’abord des reculs de notre système de protection sociale, en niant les différences d’espérance de vie entre les Français, la pénibilité de certains métiers et en négligeant l’enjeu essentiel de l’emploi des seniors. Une telle approche n’aurait pour résultat que de dégager des marges budgétaires dans le cadre d’une politique sans vision ni projet à long terme. De surcroît, aucune modernisation du système visant à sauvegarder le principe solidaire de la répartition se sera possible sans que soient prises en compte la pénibilité du travail et la possibilité de partir en retraite de manière anticipée – en particulier dans le cas des carrières longues. La question du niveau des retraites les plus basses reste centrale : elles devront être réévaluées.

Face au changement climatique, l’immobilisme est criminel

Il appartient aussi aux sociaux-démocrates de ne jamais rendre incompatibles, par dogmatisme, la réduction des inégalités et l’ambition écologique. Cette politique sans nuance aboutirait au risque de voir les élites divorcer définitivement des classes populaires et d’une part croissante des classes moyennes, sans le concours desquelles les objectifs climatiques échoueraient à trouver leurs débouchés démocratiques. Le mouvement des ronds-points, à l’automne 2018, a témoigné de l’ampleur de ce dilemme et de l’impasse que représente, pour les gouvernements, la mise en opposition du sauvetage de la planète et du besoin de protection des populations les plus fragiles. Il est donc du devoir des nations de faire converger les objectifs de politiques publiques, définis dans le cadre des conférences pour le climat, au sein d’un agenda international crédible qui rende le marché et la justice sociale possibles, en privilégiant les filières d’excellence de la grande mutation écologique.

Face au changement climatique, l’immobilisme est criminel. Les conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dans son dernier rapport, sont sans appel, qui pointent notre responsabilité collective dans le réchauffement global de l’atmosphère, des océans et des continents. Le lien entre les émissions de CO2, résultant des activités humaines, les dérèglements climatiques, les manifestations météorologiques extrêmes impactant les territoires où nous vivons, donnent une dimension d’urgence au défi climatique. Le moment d’agir ne peut plus être différé. L’urgence environnementale, celle qui concerne le climat et la biodiversité, la qualité de l’air et l’accès à l’eau, est une urgence vitale. Elle est devenue existentielle au sens où de son issue dépend, à très brève échéance, la possibilité même de la vie. Le bouleversement climatique est en effet sans précédent. Il s’accélère comme un processus désormais hors de contrôle, face auquel il faudrait une volonté unanime des États et des organisations internationales pour retrouver la maîtrise de notre destin. La hausse du niveau des mers, la fonte des calottes glaciaires et le réchauffement climatique qui s’accélèrent constituent un point de basculement dont les conséquences, à court terme, pourraient se révéler à la fois irréversibles et imprévisibles. S’il est encore possible de limiter la hausse des températures à l’horizon 2050, l’effort pour y parvenir sera tel qu’il ne s’accomplira pas en faisant l’économie d’une stratégie concertée des nations, elles-mêmes armées d’un surcroît de détermination ou de volonté.

En 2015, lors de la conférence de Paris pour le climat, la France a incarné une ambition pour la planète. Ce qui paraissait alors hors de portée s’est traduit par un accord historique, dont la feuille de route a soulevé une espérance, en montrant le chemin d’une possible réconciliation entre la production, maîtrisée dans ses effets, et l’indispensable transition écologique. Depuis, la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre de la France indique qu’elle ne tiendra pas ses objectifs climatiques de Paris. La production bas-carbone de notre électricité grâce à la filière nucléaire française constitue l’une de nos forces pour tenir nos engagements. Mais elle est largement compensée par nos retards – dont nos nombreuses importations très intenses en charbon – nos mobilités encore trop polluantes ou encore notre filière renouvelable insuffisamment développée.

Une nouvelle approche de l’intervention de la puissance publique

La réussite de la transition passe par une nouvelle approche de l’intervention de la puissance publique. Il est pour les Français inconcevable que les compétences, les investissements et les actions conjointes de l’État, de la puissance publique locale, et d’abord des régions et des métropoles, des grands opérateurs publics et des entreprises ne soient pas mieux coordonnés et planifiés pour permettre la réduction de la fracture territoriale dans des conditions qui soient compatibles avec l’urgence climatique. La politique énergétique doit trouver son équilibre entre la promotion du renouvelable, la modernisation du parc nucléaire, la poursuite des programmes de réduction de la consommation d’énergie. Dans cette perspective, l’accélération de la mise aux normes environnementales des bâtiments publics et privés doit continuer à mobiliser les pouvoirs publics nationaux et locaux. De même, la commande publique doit être plus responsable et ses acteurs   –État, collectivités locales, bailleurs, etc. – activer les nouveaux leviers de la loi sans attendre. Le combat de la transition est aussi celui de l’Europe. Les plans de relance européens et les capacités d’investissement des différents instruments de l’Union ne peuvent être une chance pour les territoires soumis à l’urgence climatique que si, dans chaque pays, des capacités d’anticipation et de planification s’organisent autour de la transition énergétique. Encore faut-il associer les territoires à la définition des projets et déconcentrer l’État pour qu’il coordonne leur mise en œuvre.

Pour réussir le défi écologique, nous devons bâtir une méthode et tracer des perspectives en nous appuyant sur nos entreprises. Notre industrie est composée d’un maillage de milliers d’entreprises qui conçoivent et développent des solutions pour la neutralité carbone collective, favoriser l’écoconception des produits, réduire l’empreinte de leurs productions sans en altérer la qualité et l’utilité, réinventer les modèles économiques pour qu’ils soient fondés sur la circularité et la fonctionnalité – sur l’économie des usages. Le combat qu’elles mènent est d’intérêt général et le renforcement du soutien public à leurs initiatives, une nécessité. Mais il faut aller plus loin et porter une véritable vision d’avenir. En lien avec nos partenaires européens, nous devons faire émerger de grands champions dans les domaines clés de la transition écologique – énergies, mobilités, infrastructures numériques et portuaires, éco-matériaux, agro-écologie. C’est un impératif de soutenabilité et de souveraineté. L’Europe, qui dispose de nombreux atouts pour une croissance en conscience et au sein de laquelle la France doit assumer un rôle de chef de file, permettra la sauvegarde durable de notre environnement en fournissant aux États les moyens de faire face de manière stratégique aux crises à venir.

L’Union européenne demeure pour nous la grande espérance pour notre pays

L’Union européenne demeure pour nous la grande espérance et le grand projet non seulement pour le continent mais pour notre pays. La construction européenne repose sur le principe d’un ordre en droit, inscrit dans la Constitution de la République. L’Europe est à la fois notre meilleur bouclier dans un monde chaotique et notre meilleur chemin pour le futur. Elle montre depuis 2016 sa résilience et son efficacité face aux crises. Qu’il s’agisse de l’unité enfin trouvée des Vingt-Sept face au Brexit, de la politique de vaccination continentale, du plan de relance et de la mutualisation des dettes, ou encore de la réponse commune face à la guerre que la Russie de Vladimir Poutine a engagée contre l’Ukraine et son peuple. Certains pensent que l’Union se trouve à l’origine de l’incapacité du continent à défendre ses intérêts, alors même que c’est la faiblesse de l’ambition européenne qui seule explique cet échec. Efficace face aux crises, l’Union est par ailleurs indispensable pour pouvoir peser dans ce qu’il convient d’appeler l’Ère des Empires. Sans l’Union, l’Europe restera la cible trop passive des appétits chinois, américains et russes. Elle est aussi un pôle de puissance et de stabilité dans un ordre mondial menacé par des organisations nouvelles, conjuguant terrorisme, trafics, cyber-criminalité. La géopolitique du futur est aussi celle des défis climatique, migratoire, sanitaire, des batailles pour l’accès à l’eau, au soin et à la démocratie. Avec l’Union et dans le fracas du monde, l’Europe pourra organiser la défense de ses valeurs, de ses intérêts et de ses emplois, et assurer enfin la mise en œuvre d’une volonté politique et stratégique réaffirmée.

À l’instar de notre filière nucléaire, la France a montré par le passé qu’elle était capable de lancer de grands programmes technologiques, industriels et de recherche destinés à maintenir son rang dans le monde et à garantir son indépendance et sa souveraineté. Il a fallu attendre l’étrange concept d’entreprises sans usines – c’est-à-dire l’avènement d’une conception exclusivement libérale de la division du travail à l’échelle planétaire – pour que notre pays accepte, comme une fatalité, le lent déclin de son industrie, dont les effets sur sa capacité de résilience ont été durement éprouvés au moment de la crise sanitaire. Beaucoup ont préconisé la réindustrialisation à marche forcée de la France, sans jamais faire la part de ce qui était désormais stratégique pour elle et de ce qui avait cessé de l’être depuis longtemps. Dans toutes les hypothèses évoquées et retenues, on peinait à trouver la méthode et le début d’un chemin de crédibilité. À grand renfort de slogans parfois grandiloquents, annonçant la démondialisation, on semble faire l’impasse sur la dimension internationale des grandes causes à défendre – et d’abord la lutte contre le réchauffement climatique – qui suppose que les nations les plus engagées puissent projeter, par-delà leurs frontières, une ambition universelle, en coordonnant leurs initiatives. Il s’agit de faire en sorte que les efforts accomplis par les uns, avec la préoccupation de la vie sur la planète, ne soient pas détruits par le nationalisme égoïste des autres, soucieux d’affirmer la domination de leurs produits, de leurs industries, de leurs normes et de leurs capitaux sur le reste du monde. L’utilisation extraterritoriale du droit a montré que dans cette compétition pour l’affirmation d’intérêts parfois puissants, tous les coups pouvaient être portés, et que l’Union européenne se trouvait généralement désarmée lorsque de grands pays transformaient en instrument assumé de leur hégémonisme certaines réglementations ou législations élaborées par eux. Ce chemin qui consiste à réduire le monde à un affrontement entre blocs économiques n’est ni viable ni durable.

Redonner à la puissance publique les moyens d’opérer la transformation sociale et écologique

Pour porter cette ambition de renouveau, notre vision sociale-démocrate est plus que jamais pertinente et fait preuve de sa modernité : elle affirme la nécessité de donner à la puissance publique, à l’échelle européenne, nationale et locale, les moyens d’opérer la transformation sociale et écologique. Rien de significatif ne se fera donc sans le renforcement de l’intervention de la puissance publique, sans l’affirmation par l’État de ses prérogatives, sans l’association des citoyens à une ambition commune et qui donne un sens au tout qu’ils constituent ensemble, au cœur des territoires où ils vivent. Cette ambition porte le beau nom de Nation.

Elle ne peut pas être un repli ni une fermeture sans dommages dont il suffirait d’évoquer les vertus pour nous guérir de nos insuffisances et nous protéger d’un monde hostile. Dans le lent processus historique ayant abouti à son avènement, la France a vu l’État préexister à la Nation. Le pacte qui s’est noué entre des citoyens aspirant à la liberté et formant pour l’humanité des vœux universels a donné à la souveraineté une dimension singulière, indissociable d’une irrépressible aspiration à la démocratie et dont la forme républicaine a mis du temps à éclore. C’est dans le temps long de son histoire que la République est parvenue à se doter d’institutions à même de réaliser son projet. Parmi les thuriféraires de la VIe République, figurent nombre de ceux qui rêvent du retour de la IVe, amputée de ses talents. Ce serait sans doute là le terrain le plus favorable à l’assouvissement des calculs d’appareils et des ambitions personnelles les plus indicibles. Alors que depuis plus de soixante ans, notre pays a connu de multiples alternances qui ont permis à des majorités de sensibilités différentes de mettre en œuvre leurs programmes, que les cohabitations successives se sont déroulées sans heurts, que des crises le plus souvent profondes ont pu être surmontées sans que l’indivisibilité de la Nation ne soit rompue, on voudrait s’en prendre à ce qui tient encore, comme pour faire oublier ce qui ne tient plus aux yeux des Français et qui relèvent d’un lent processus d’abaissement des comportements politiques. Faut-il pour autant ne rien faire du tout et ne plus rien oser ? Doit-on tout conserver en l’état, au motif qu’il y aurait dans le mouvement possible des choses une prise de risque dont la France n’aurait plus les moyens ? On ne peut avoir été si longtemps au pouvoir et prétendre y revenir un jour, sans avoir une juste idée des urgences de l’époque et des moyens à mobiliser pour y faire face en conduisant les réformes nécessaires.

Rien de l’ambition nationale ne peut se concevoir sans un État déconcentré fort, retrouvant sous la coordination des préfets les moyens d’une action ancrée dans les territoires et donnant un visage humain à l’administration. Dans cet esprit, tout entier tendu vers l’objectif de l’amélioration de la qualité du service public, nous pouvons parvenir à recréer une efficacité de l’action publique, en rompant avec les logiques d’attrition qui ont prévalu.

Rien de tout cela ne peut se réaliser sans un pacte de confiance renforcé avec les collectivités locales. Notre République vit du fait que des personnes sont prêtes à assumer des fonctions publiques et à assurer sur le terrain l’indispensable dialogue quotidien avec leurs concitoyens, sans se défausser de leurs responsabilités sur l’État. Ces femmes et hommes sont les maillons essentiels de la démocratie représentative et sont le gage d’une action publique de proximité à tous les échelons-clés, municipalités, intercommunalités, départements et régions.

Ainsi, les territoires sont le socle démocratique de notre République. Pour nous, sociaux-démocrates, la décentralisation est une démocratisation. Elle n’affaiblit pas l’État, elle est même le levier indispensable de la réindustrialisation de notre pays et donc de sa souveraineté, en s’appuyant notamment sur l’excellence des régions. Il n’y aura donc pas de modernisation de l’économie et du plus globalement du pays sans une nouvelle étape de décentralisation qui soit ambitieuse.

Multiplier les espaces de dialogue et de concertation

Ce n’est qu’en multipliant les espaces de dialogue et de concertation que l’on évite les courts-circuits politiques. Pour donner du sens à la vie de la Nation, nous souhaitons des corps intermédiaires structurés et puissants : des partis, des syndicats, ainsi que des institutions valorisées dans leur rôle et fonctionnant régulièrement. Il faut un Parlement qui ne soit pas un théâtre d’ombres et des représentants du peuple qui ne rompent pas le lien avec ceux qui leur ont témoigné leur confiance, au prétexte qu’il faut « faire moderne » et que les réseaux dits sociaux, avec leurs injonctions et leur bruit, suffiraient à dégager un chemin de crédibilité et de raison. On ne peut faire en politique l’économie du lien réel au citoyen. C’est pourquoi la primauté et la centralité du suffrage universel doivent être réaffirmées dans notre contrat social et démocratique.

Il n’est qu’à constater l’effacement progressif des deux assemblées législatives pour mesurer combien l’arrivée d’une classe politique sans ancrage n’a encore rien engendré de nouveau et que l’éloignement d’une base à laquelle on s’astreint à rendre des comptes réduit la politique à un jeu exclusivement tactique, destiné à se sauver soi-même. Il faut à la Nation un gouvernement qui ne soit pas composé que de collaborateurs serviles, fébriles à l’idée de tout perdre, en prenant le risque d’offenser le prince.

Et que reste-t-il des organisations qui firent si longtemps battre le cœur de la démocratie en défendant les intérêts des salariés ? Certaines d’entre elles se sont parfois montrées plus préoccupées de la préservation de leur pré carré que de la recherche des compromis utiles, permettant de faire progresser des causes justes, après avoir été arrachées de haute lutte. Encore faut-il qu’elles soient considérées par le pouvoir comme des partenaires et non des adversaires.

Quant aux associations et aux mouvements de l’éducation populaire, ils n’ont cessé d’être négligés, recevant les saluts enflammés à la fin des discours alors que leurs bénévoles méritent reconnaissance, leur contribution au pacte social et à l’autonomie de la jeunesse exigent le respect, et leurs missions imposent accompagnement moral et financier.

Enfin, le soutien à la culture et la promotion des activités culturelles dans toute leur diversité doit être assumé comme une tâche impérative de la puissance publique. La culture est nécessaire à la vie et indispensable aux citoyens pour voir et comprendre le monde.  Pour affronter ses nombreux défis, la Nation a bel et bien besoin de femmes et d’hommes éclairés à l’esprit civique et donc critique, libérés du seul économisme et rétifs à l’uniformisation culturelle, sensibilisés aux arts, épris de l’amour du beau, de tout ce qui fait aussi la France. Éducation, urbanisme, paysages, création, le droit au beau est bien plus qu’une exigence esthétique, il est un impératif catégorique d’émancipation individuelle, de transmission et de construction collectives, et de rayonnement national.

La conviction d’appartenir à la même condition humaine

C’est dans l’affirmation à chaque instant de ce que l’on est et de ce à quoi on croit que réside le vrai courage. Il n’est pas de grand fleuve qui ne procède d’une source claire. Il en va de même en politique. La victoire appelle toujours une force suffisamment puissante, pour que le courant imprime sa vitesse et que plus rien ne parvienne à l’interrompre. La satisfaction qu’engendrent les concessions faites à la radicalité est par la force des choses éphémère. Elle est comme une tentative de dérivation du fleuve par ceux qui ont oublié qu’il se dirige inéluctablement vers la mer, lorsqu’il demeure fidèle à sa source.

Il nous faut donc libérer un paysage politique dévasté et reconstruire pas à pas ce qui doit l’être : des organisations politiques tournées vers la Nation et son bien, armées de la sincérité sans laquelle il ne peut y avoir de confiance et portant un projet où l’audace ne va pas sans la part de risque qu’appelle la recherche constante de la juste position. Pour y parvenir, on aurait tort de se satisfaire des postures grandiloquentes de l’insoumission, en acceptant le mariage de l’inconséquence et de la violence, dans un nihilisme où la colère empêcherait l’avènement de l’espérance. L’amour de la justice et de l’égalité ne place pas spontanément ceux qui en sont les porte-drapeaux sur un chemin de roses. La gauche à laquelle nous croyons est pétrie de l’esprit de nuance, dont il est de notre devoir moral de faire l’éloge pour restituer au peuple des citoyens la complexité d’un monde dont nous aspirons à maîtriser le destin.

L’indignation est nécessaire mais ne suffit pas à mettre en mouvement des sociétés où des fossés se creusent, au point que les plus vulnérables, désespérés de ne pouvoir un jour rencontrer le progrès, se jettent dans les bras de populismes et d’extrémismes qui les instrumentalisent et les dupent, peu soucieux de résoudre les problèmes dont l’aggravation leur sert de rente électorale. Mais ce cynisme, enkysté depuis des décennies dans le débat public et dont l’élection présidentielle a montré l’extension géographique et sociale, n’est pas une fatalité. Il nous présente simplement les comptes de nos manquements et de nos renoncements successifs, lorsque nous abandonnons le peuple à ceux qui le trompent et que nous avons depuis longtemps cessé de lui parler, pour ne privilégier que des catégories d’intérêts ou des communautés d’appartenance.

Les combats de la gauche sont indissociablement liés à la passion de la République et à la nécessité d’en préserver toujours les valeurs, les institutions et la citoyenneté. L’unité et l’indivisibilité de la Nation appellent un effort constant de ses représentants pour ne pas perdre le fil d’une histoire faite de conquêtes, de reculs, de déceptions, mais aussi de conscience et de culture politique constamment soumises à l’examen critique d’esprits demeurant libres, en même temps que profondément unis les uns aux autres par la conviction d’appartenir à une même condition humaine.

C’est cette conviction qui constitue le creuset de la promesse universelle de la République et de la France, celle avec laquelle on ne peut transiger : ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui pourrait nous diviser un jour. De là vient que le premier de nos devoirs est d’affirmer que l’unité de la Nation relève du travail de chacun, c’est-à-dire d’un effort qui conditionne la réussite et l’avènement des ambitions que nous pouvons porter collectivement et au premier rang desquelles doit subsister, à tout prix, le désir de demeurer ensemble. Car la République n’est pas seulement l’enjeu des gouvernants : elle est d’abord l’affaire des citoyens.

Qui s’estime comptable de cette histoire ne peut admettre que les grandes causes qui firent les plus ardents combats de la gauche soient ainsi abandonnés. La suspicion cyniquement entretenue à l’égard de chacun dans la compétition de tous contre tous ne conduit qu’à excommunier les plus modestes et leur interdire de participer à la grande aventure humaine pour la reconnaissance de leurs droits et de leur singularité. Il n’y a rien dans cette tension délibérément entretenue qui puisse ressembler au progrès, rien qui puisse susciter l’espérance. Les exigences d’égalité et de justice, le rejet du racisme, de l’antisémitisme, des discriminations, de la violence à l’encontre des plus vulnérables ne peuvent pas être simplement portés par une partie de la Nation, mais par elle tout entière. La laïcité, la liberté, l’égalité et la fraternité continueront à perdre leur force d’entraînement, aussi longtemps qu’elles n’auront pas retrouvé leur utilité pratique, celle d’outils qu’on utilise pour atteindre un but, comme on construit une maison ou cultive un jardin.

Il n’y a pas l’inéluctabilité de la droitisation de la société, de la réaction et de l’extrémisme de droite ou de gauche accomplissant leur œuvre destructrice. Il n’y a que le risque pour les forces sociales de se tromper de route et de laisser à leurs opposants le soin de préempter un héritage séculaire en le dilapidant et en le trahissant. C’est là pour nous l’essentiel qui prévaut face aux agitations d’estrade et aux ambitions pour soi-même. C’est cette quête du sens profond de l’égalité et de la Nation que nous porterons, car elle seule peut porter notre espérance.

Premiers signataires

Patricia ADAM, Ancienne députée du Finistère (29) ;  Jérôme ALEMANY, Conseiller départemental (44) ;  Sylvie ALFRED, Meulles (14) ;  Kevin ALLENO , Élu municipal Lanester – Morbihan (56) ;  Arthur ALLIZARD, Artiste (61) ;  Jean ALMARCHA, Conseiller départemental Montpellier (34) ;  Rado ANDRIAMANIO, Psychiatre hospitalier (61) ;  Cédric ARDOUIN, Socialiste d’Indre-et-Loire (37) ;  Louis ARSAC, Consultant à l’international – Caen (14) ;  Bernard ATTALI, Consultant ;  Edwige AVICE, Ancienne ministre , IAG ;  Jean-Paul BACQUET, Député honoraire (63) ;  Orod BAGHERI (38) ; Guy  BAILLART, Ancien député du Calvados (14) ;  Sylvie BALON, Conseillère départementale et première adjointe au maire de Longwy (54) ;  Marie-Annick BARTHE, Économiste, POLLEN ;  Chantal BEAUFILS, Enseignante à la retraite – Senlis (60) ;  Yves BEGUIN, IAG ;  Flavien BENAIN-LIOT,  Trésorier – IAG ;  Jean-Marie BENIER, Conseiller départemental (22) ;  Alain BERGOUNIOUX, VP de IAG, Président de l’OURS ;  Ludovic BIASOTTO, Maire de Lavardac – Vice-président d’Albret Communauté (47) ;  Gisèle  BIEMOURET, Ancienne députée du Gers (32) ;  Clément BIJOU, Périgueux (24) ;  Erwann BINET, Ancien député de l’Isère (38) ;  Philippe BLET, CA Les Engagé.e.s ;  Martyne BLOCH, Socialiste (59) ;  Angela BOGROS, Principale de collège à la retraite – Lisieux (14) ;  Monique BOINEAU-SERRANO, Maire de Chassaignes (24) ;  Jean-Paul BOISSON, Socialiste – Retraité INSEE – Niort (79) ;  Baptiste BONDU,  TÉLÉMAQUE ;  Jérôme BORNET, Conseiller municipal d’Orléans (45) ;  Thomas  BOS, étudiant ;  Claude BOUCHAFA, Militant associatif (62) ;  Pierre-Etienne BOUCHET, Socialiste – conseiller municipal de Chantilly (60) ;  Christophe BOUILLON, Ancien député de Seine-Maritime, maire de Barentin et conseiller départemental (76) ;  Isabelle BOUILLOT, IAG ;  Pascal BOURDEAU, Vice-président du CD 24 ;  Hussein  BOURGI , Sénateur de l’Hérault, conseiller régional d’Occitanie (34) ;  Robert BOUSBA, Provins (77) ;  Maxime BOUTRON, SGA Les Engagé.e.s ;  Bertrand BRASSENS, Haut fonctionnaire à la retraite ;  Maurice  BRAUD , Socialiste – Conseiller municipal délégué de Créteil et conseiller communautaire (94) ;  Jean-Louis  BRICOUT , Député de l’Aisne (02) ;  François BROTTES, ancien député de l’Isère et président de commission (38) ;  Pierre BRUYNOOGHE, Administrateur du cercle POLLEN ;  Hélène BURGAT, Maire de Mondeville et vice-présidente de Caen-La-Mer (14) ;  Philippe BUISSON, Maire de Libourne (33) ;  Mathieu CAHN,  Strasbourg (67) ;  Jean-Philippe CALMUS, (75) ;  Jean-Christophe CAMBADÉLIS, NOUVELLE SOCIÉTÉ (75) ;  Pierre CASELLAS, Conseiller municipal délégué – Tournefeuille (31) ;  Laurent  CATHALA, Ancien député du Val-de-Marne, maire de Créteil (94) ;  Christophe CATHUS, Conseiller régional, maire de Cales (24) ;  Michelle CAZANOVE, Haut fonctionnaire en retraite, POLLEN ;  Maïté CAZAUX, Socialiste – Bordeaux (33) ;  Bernard CAZENEUVE, Ancien Premier ministre (50) ;  Jean-Pierre CERDAN, SG de l’ONG Électriciens sans frontières, IAG ;  Pierre CHABERT , Terre de progrès, POLLEN ;  Fanny CHAPPÉ, Maire de Paimpol, conseillère régionale (22) ;  Robert CHAPUIS, Ancien ministre – IAG ;  Nathalie CHARLES, Cadre territorial (61) ;  Vasilica CHARNAY, Ancienne collaboratrice parlementaire, POLLEN ;  Christelle CHASSE, Maire de Herbignac (44) ;  Raphaël CHAUVOIS, Conseiller municipal de Ouistreham, ancien conseiller régional (14) ;  Jean-Luc CHENUT , Président du département d’Ille-et-Vilaine (35) ;  Loïg  CHESNAISGIRARD, Président de la Région Bretagne (35) ;  Pascale CHEVALLIER DEVERRE, Rédactrice territoriale (61) ;  Sylvie CHEVALLIER , Vice-présidente du Conseil départemental (24) ;  Françoise CHOPARD, PRG – Le centre gauche ;  Francis  CHOUAT , Ancien député de l’Essonne et maire d’Evry (91) ;  Léo CHRISTOPHE, Étudiant (15) ;  Gérard CICUREL, Consultant informatique ;  Jacques CLAUDÉ, Haut fonctionnaire à la retraite – Saint-Denis (93) ;  Thomas CLAY, Avocat et Professeur de Droit ; Jérôme CLÉMENT,  ;  Christian COAIL , Président du département des Côtes-d’Armor (22) ;  André COENT , Maire de Plouzélambre  – Côtes d’Armor (22) ;  Gérard COLIN, Ancien conseiller départemental (61) ;  Sylvie COLIN, Militante associative (61) ;  Antoine COLOMBANI, TÉLÉMAQUE ;  Dominique COMBLES DE NAYVES, Ancien ambassadeur, IAG  – Secrétaire général ;  Denis  COMPINGT,  ;  Corentin  CONDUTIER , Consultant en finances publiques – Betton (35) ;  Josette CONNAN, Maire de Lanleff (22) ;  Pierre-Yves COSSE, Ancien commissaire général au Plan – IAG ;  Michel COSSON, Bénévole association (61) ;  Anthony COURTALHAC, Militant socialiste Puy-de-Dôme (63) ;  François CUILLANDRE, Maire de Brest (29) ;  Frédéric CUVILLIER, Ancien ministre, ancien député du Pas-de-Calais, maire de Boulogne-sur-Mer (62) ;  Corinne  DALDOSSO, Attachée territoriale (31) ;  Arsène DEHEC, Étudiant – Cognac (16) ;  Valérie DELAGE, Bureau Les Engagé.e.s ;  Denis  DELASALLE, Ancien maire de Villers-Canivet (14) ;  Serge  DELAVALLEE, Vice-président de la CDC Pays de l’Aigle (61) ;  Gérard DELFAU, Président association laïque ;  Carole DELGA, Présidente de la région Occitanie – Ancienne Ministre (31) ; Halima DELIMI, Communicante (Genève- Suisse) ;  Pierre DENIZET, IAG ;  Bernard DEROSIER,  Ancien député du Nord (59) ;  Jean-Philippe DEROSIER, SGA Les Engagé.e.s ;  Yvon DESCHAMPS, Ancien premier fédéral PS (69) ;  Jacques DÉSIDÉRI, Responsable syndical interprofessionnel – Aix-en-Provence (13) ;  Michel DESTOT, Président IAG, Ancien député de l’Isère et maire de Grenoble (38) ;  Serge  DEVERRE, Commercial (61) ;  William DIAS RAMALHO, CA Les Engagé.e.s ;  Meiling DINGGENTIL, Cheffe d’entreprise – Senlis (60) ;  Marie-Claire DONNEN, Conseillère régionale Grand Est ;  Mathieu  DRUILLOLE, Secrétaire fédéral PS – Responsable associatif (24) ;  Jean-Marc DUBARRY, Balma (31) ;  Jeanine DUBIE, Ancienne députée des Hautes-Pyrénées – PRG (65) ;  Alain DUBOIS, Président des Acteurs régionaux du développement durable (59) ;  Sandrine DUBOS, Socialiste (24) ;  Katia DUBOUCHETBUISSON, Élue de Villeurbanne et doctorante en droit public (69) ;  Jean-Paul DUCOULOMBIER, Ancien maire de Saint-Aubin-sur-Mer (14) ;  Pauline DUCOULOMBIER, Cadre dans une structure culturelle (14) ;  Anne Lise DUFOURTONINI, Maire de Denain – Ancienne députée du Nord (59) ;  Jean-Louis DUPIN, Cugnaux (31) ;  Yves DURAND , Ancien député et ancien maire de Lomme (59), POLLEN ;  Christian  ECKERT , Ancien ministre, ancien député de Meurthe-et-Moselle (54) ;  Éric ELKHOUBY, Ancien député et ancien adjoint au maire de Strasbourg (67) ;  Fabrice EPSTEIN, Avocat ;  Matthias FEKL, Avocat, ancien ministre ;  Marie-José FERCOQ , Maire de Mellionnec (22) ;  Corinne  FERET , Sénatrice du Calvados  (14) ;  Martine FILLEUL, Sénatrice du Nord (59) ;  Daniel FILOCHE, Bénévole associatif (61) ;  Jacqueline FILOCHE, Bénévole associatif (61) ;  Sandrine FLOUREUSSES, VP du conseil départemental (31) ;  Marc FONTECAVE, Professeur au Collège de France (75) ;  Hugues FOURAGE, Ancien député de Vendée (85) ;  Serge FOURCAUD, Maire de Bonneville-et-Saint-Avit-de-Fumadières (24) ;  Jean-Marc FOURNEL, Maire de Longwy (54) ;  Sébastien FOURNIER, DG délégué d’Eurocom Éditions – IAG ;  Jacques FOURRE, Socialiste – secrétaire de section (14) ;  Grégory GABORET, Conseiller municipal d’Amilly (45) ;  Jean-Louis GAGNAIRE, Ancien député de la Loire (42) ;  Jean-Bernard GAILLOTRENUCCI, Conseiller politique, POLLEN ;  Arthur des GARETS, Étudiant SciencesPo ENS ;  Julie GARCINSAUDO, Conseillère départementale – Pézenas (34) ;  Roland GARRIGUES, Ancien maire de Montauban (82) ;  Vincent  GAUDY, Vice-président du conseil départemental – Maire de Florensac (34) ;  Yacinthe GBODOGBE, Conducteur d’engins – Creil (60)  ;  Robert  GELLI , Magistrat honoraire ;  Jean-Louis GELY, Vice-président du Département – Montpellier (34) ;  Hélène GEOFFROY, Ancienne ministre, maire de Vaulx-en-Velin (69) ;  Florence GINISTY, Avocate – Toulouse (31) ;  Mathieu GITON, Délégué des Français de l’étranger ( Bruxelles – Belgique)  ;  Jean GLAVANY, Ancien ministre, ancien député des Hautes-Pyrénées (65) ;  Mathieu GLAZ, Conseiller départemental (56) ;  Yves GOASDOUÉ, Maire de Flers et président de Flers Agglo (61) ;  Serge GODARD, IAG ;  Sandrine GOMBERT, Conseillère régionale des Hauts-de-France – Maire de Petite-Forêt (59) ;  Mario GOMES, Artisan – Chantilly (60) ;  José-Luis GOMEZLLANOS, IAG ;  Marc GOUA, Ancien député de Maine-et-Loire (49) ;  Rémy GOUBERT, Étudiant en droit (15) ;  Pierrick GOURONNEC, Maire de Pleumeur-Gautier – Côtes d’Armor (22) ;  Sébastien GRICOURT, Expert international – Socialiste Bagnolet (93) ;  Charles-Henry GRIGY, Agent hospitalier (61) ;  Karine GROSJEAN, Ancienne PSF, présidente association laïque – Pontarlier (25) ;  Guillaume GROSSO, VP PRG – Élu à l’Assemblée des Français de l’étranger – Genève ;  Alain GUEGUEN, Maire de Plouguernével (22) ;  Davy GUIHAIRE, Infirmier hospitalier (61) ;  Daniel GUILLIET, Inspecteur du travail à la retraite – Chantilly (60) ;  Loris GUILLOTEAU, Socialiste – étudiant (77) ;  Muriel GUIN, Fonctionnaire européenne (Bruxelles- Belgique) ;  Éric GULINO, Maire de Ogy-Montois-Flanville (57) ;  Béatrice GUYOT, Conseillère départementale (61) ;  David  HABIB , Député des Pyrénées-Atlantiques, ancien maire de Mourenx (64)  ;  François HADA, Ancien conseiller de Jean-Marc Ayrault ;  Yoan HADADI, Socialiste (57) ; Seid HASSIM, Chef d’entreprise (31) ;  Angélique HAVARD, Écologiste – Conseillère municipale Lisieux (14) ;  Bertrand HAVARD, Adjoint au maire de Mondeville (14) ;  Claire HEBERSUFFRIN, Co-créatrice du mouvement des réseaux d’échanges des savoirs (91) ;  Marc HEBERSUFFRIN, Co-créateur du mouvement des réseaux d’échanges des savoirs (91) ;  Lori HELLOCO, Conseiller départemental, premier adjoint au maire de Flers (61)  ;  Quentin HENAFF, Directeur d’hôpital, IAG ;  Thomas  HENNEQUIN, Maire de Montcornet (02) ;  Gabrielle HENRY, VP du conseil départemental (34) ;  Francis  HERBAYS, Maire de Fillières (54) ;  Annie HILY, Infirmière, socialiste – Chantilly (60) ;  Antoine HOAREAU, Adjoint au maire de Dijon (21) ;  Jean-Michel  HOULLEGATTE , Sénateur de la Manche (50) ;  Sylvaine HOULLEMARE, Maire déléguée de Familly – Livarot – Pays d’Auge (14) ;  Jean-Pierre HUREL, Adjoint au maire de Flers (61) ;  Fabrice HURET, Universitaire, POLLEN ;  Joris HURIOT, Maire de Mattaincourt (88) ;  association Inventer à Gauche  ;  Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil (27) ;  Hervé JAVERZAC, Conseiller municipal de Sanilhac (24) ;  Laurent JOFFRIN, Président LES ENGAGÉS ;  Gilles JOVIADO, Maire de Buzet-sur-Tarn – VP CDC Val Aïgo (31) ;  Laurent  JUMELINE, Vice-président de Flers Agglo (61) ;  Régis KERDELHUE , Élu municipal Morbihan (56) ;  Patrice KERVAON, Conseiller départemental (22) ;  Romain KIRCHDORFER, IAG ;  Patrick KLUGMAN, Avocat (75) ;  Yann KOEBERLÉ ARNOULT, Les Engagé.e.s ;  Marie-Rose KORO, Conseillère des Français de l’étranger (Turquie) ;  Annie LACOUR, Socialiste – Lisieux (14) ;  Guillaume LACROIX, Président du Parti radical de gauche ;  Michel  LALANDE , Ancien haut-fonctionnaire (94) ;  Delphine LALU, LES ENGAGÉS ;  Jérôme LAMBERT, Ancien député de la Charente (16) ;  Bruno LAMONERIE, Vice-président du Conseil départemental, président EPCI (24) ;  Pascal LAMY, Ancien commissaire européen, ancien DG de l’OMC, IAG ;  Nadège LANGLAIS, Conseillère départementale (22) ;  Benjamin LANIER, IAG  ;  Nathalie LANZI, Socialiste – Niort (79) ;  Ange LAUNAY, Socialiste (14) ;  Thibault LAVAUDVAVASSEUR, Étudiant – Lisieux (14) ;  Paul LE BIHAN, Maire de Lannion (22) ;  Béatrice LE COUSTER, Conseillère départementale (22) ;  Stéphane LE FOLL, Ancien ministre, ancien député, maire du Mans (72) ;  Anthony LE FOLLIC , Conseiller municipal de Saint-Geniès (24) ;  Philippe LE GOFF, Maire de Guingamp (22) ;  Philippe LE GOUX, Maire de Pléguien (22) ;  Claude LE HEN , Militant syndical (56) ;  Vincent  LE MEAUX , Président de l’agglomération Guingamp-Paimpol (22) ;  Annaïg LE MOËL RAFLIK, Élue municipale Lanester (56) ;  Marie-Christine LE MOUËL, Élue municipale Pontivy (56) ;  Gaëlle LE STRADIC , Conseillère régionale (56) ;  Jean-Claude LEBLOIS , Président du Conseil départemental (87) ;  Didier LEBRET , Ancien ambassadeur, associé senior chez ESL&Network (58) ;  André LEDRAN, Ancien maire de Ouistreham – Ancien député et conseiller général (14) ;  Denis LEFEBVRE, Historien ;  Dominique LEFEBVRE , Ancien député du Val-d’Oise et ancien maire de Cergy-Pontoise (95) ;  Annick LEFEUVRE , Bénévole association (61) ;  Nicole LEFOUR, (60) ;  Magali LEFRANCOIS, Ancienne conseillère départementale (14) ;  Roselyne LEFRANCOIS, IAG ;  Patrick LEGEAY, Élu municipal Lanester (56) ;  Thierry LEGOUIX, Ancien conseiller départemental (14) ;  Jacky LEHUGEUR , Maire de Gouvix (14) ;  Bernadette LEMOINE, Institutrice – Chantilly (60) ;  Aubin-Dominique LENGHAT, Ancien ministre de Centrafrique – Bussy-Saint-Georges (93) ;  Claudine LEPAGE, Ancienne sénatrice (Français établis hors de France) ;  Christine LEPELTIER-FLEURY, Infirmière hospitalière (61) ;  Fabienne LEPERS, Hem (59) ;  Philippe LEPINAY, IAG ;  Isabelle LERALLE, Élue syndicale –  Hôpital de Lisieux (14) ;  Jean-Paul LEROY, Élu municipal, ancien maire de Pleslin-Trigavou (22) ;  Jean-Paul LETOUZÉ,  ;  Michel LEVALLET , Socialiste – Ouistreham (14) ;  Jean LEVIOL, 29 ;  Martial  LONGUET, Adjoint au maire de Gouvix (14) ;  Jérôme LOPEZ, Conseiller départemental – Maire de Saint-Mathieu-de-Tréviers (34) ;  Guillaume LOUIS, Conseiller départemental (22) ;  Sylvie LYONS, Socialiste (05) ;  J.-C. MACQUAIRE, Retraité (26) ;  Jean-Michel  MADELAINE, Professeur de karaté – Lisieux (14) ;  Lydie MAHE, Conseillère départementale (44) ;  Saliha MAKHLOUF, Consultante en communication – Conseillère municipale déléguée – Corbas (69) ;  Jean-Claude MALAISE , Retraité de la banque – Orry-la-Ville (60) ;  Hermeline  MALHERBE , Présidente du Conseil départemental (66) ;  Vincent  MALHERBE , Délégué départemental TDP POLLEN (66) ;  Jean MALLOT, Ancien député de l’Allier (03) ;  Mario MAMBOLE, Technicien voirie- Saint-Maximin Village (60) ;  Louis-Joseph MANSCOUR, Ancien député européen et ancien député de la Martinique ;  Marie-Lise MARSAT, Vice-présidente du Conseil départemental, maire de  Le Buisson-de-Cadouin (24) ;  David  MARTI, Maire Le Creusot – Président CU Creusot-Montceau (71) ;  David  MARTINEAU, Conseiller départemental (44) ;  Christophe MARTY, Logisticien (31) ;  Frédérique MASSAT, Ancienne députée de l’Ariège (09) ;  Jean-Luc MATHIEU, Magistrat honoraire, POLLEN ;  Pierre MAULNY, Doctorant – Enseignant d’histoire (75)   ;  Ginette MAUREL, (34) ;  Daniel MAURIN, Toulouse (31) ;  Nicolas MAYER-ROSSIGNOL, Maire et Président de la Métropole de Rouen (76)  ;  Michel  MENARD , Président du département de Loire-Atlantique (44) ;  Baptiste MÉNARD , Président de Lueurs républicaines – (59) ;  Alexandre MENNUCCI, Avocat (75) ;  Patrick MENNUCCI, Membre du bureau national du PS ;  Jean-François MERLE, Animateur de MichelROCARD.org – IAG ;  Kléber  MESQUIDA , Président du Conseil départemental (34) ;  Vanessa MILER-FELS, TÉLÉMAQUE ;  Jean-Jacques MIRASSOU, Ancien sénateur (31) ;  Nina MITHA, CA Les Engagé.e.s ;  Serge  MOATI , Journaliste ;  Xavier MOINIER, Enseignant-Chercheur – Université de Poitiers (86) ;  Jean-Philippe MONTEIL,  Principal de collège (31) ;  Christophe MORALES, (34) ;  Henry MOREIGNE, Délégué départemental Terre de Progrès, POLLEN ;  Patrick MOREL, Maire de Urville (14) ;  Michel MORIN , Élu municipal Saint-Brieuc (22) ;  Jean-Pierre MOUSSY, IAG ;  Brigitte NABET, Libourne (33) ;  Jérôme NARBONNE, Perthuis (84) ;  Philippe NAUCHE, VP Conseil régional d’Aquitaine – Ancien député de Corrèze ;  Hakima NECIB, Grenoble (38) ;  Alain NERI, Ancien député (63) ;  Ségolène NEUVILLE, Ancienne ministre (66) ;  Laurent OLLÉON, Avocat (75) ;  Thierry ORVEILLON, Maire de Pleslin-Trigavou – Côtes d’Armor (22) ;  Nassima OULD OUALI, Étudiante – Chaville (92) ;  Wilfrid PAILHES, Conseiller municipal de Bourg-lès-Valence,  conseiller agglomération de Valence (26) ;  Laurent  PANIFOUS, Député de l’Ariège (09) ;  Pierre PAPON, Ancien DG CNRS, IAG ;  Germinal  PEIRO , Président du Conseil départemental (24) ;  Martine PELAN, Conseillère départementale (22) ;  Philippe  PERDRIZET, Enseignant à la retraite – Lisieux (14) ;  Christiane PERRET, Syndicaliste « CFDT retraités » (61) ;  Sandrine PERRET, Consultante (61) ;  Philippe PEYRELEVADE, VP IAG – Rédacteur du manifeste pour la social-démocratie de IAG ;  Joël PHILIPPE, Maire de Tonquédec (22) ;  Christine PIERRAT, Conseillère municipale Val de Briey (54) ;  Delphine PINEDA, Citoyenne engagée à gauche (75) ;  Gaëlle PIOLINE , Adjointe au maire de Flers (61) ;  Édouard PODYMA, Socialiste – Caen (14) ;  Marie-Pierre PONS, VP du département de l’Hérault, canton de Saint-Pons-de-Thomières, maire de Cessenon (34) ;  Dominique POTIER, Député de Meurthe-et-Moselle  (54) ;  Martial POUPINEL, Directeur adj. EREA (61) ;  Sylvie PRADELLE, Conseillère départementale Frontignan (34) ;  Jean-Mael PRESTI, VP JRG Lyon (69) ;  Pascal PRIDO, Maire de Le Foeil (22) ;  Elie PUIGMAL, Ancien maire et ancien conseiller départemental (66) ;  Bruno RANSON, Fonctionnaire de l’État – Chantilly (60) ;  Maryse RAOULT, Ancienne maire, militante associative (22) ;  Robert RAULT , Conseiller départemental (22) ;  Régine RAYNARD, Militante syndicale (32) ;  Ali REBOUH, Conseiller départemental (44) ;  Farida REBOUH, Conseiller départemental (44) ;  Colette REGIS, Socialiste (75) ;  Daniel REGIS,  Socialiste – Élu de Villemur (31) ;  Bastien RENDU, TÉLÉMAQUE ;  Bruno RESSORT, CA Les Engagé.e.s ;  Jean-Michel RIBES ; Alain RICCI, CA Les Engagé.e.s ;  Marie RICHARD, IAG ;  Jacques RIGAUD, Vice-président du Département, conseiller de Lodève (34) ;  Michel RIGAUD, Chef d’entreprise (31) ;  Brigitte ROBERT, Assistante maternelle – Chantilly (60) ;  Arnaud ROHMER, TÉLÉMAQUE ;  Dominique RODA, Chef d’entreprise – Senlis (60) ;  Rozenn ROUILLER, Conseillère départementale, maire de Montpon-Ménestérol (24) ;  Martine ROURE, ancienne Députée européenne (69) ;  Gaëlle ROUTIER, Conseillère départementale (22) ;  Didier ROUX, Socialiste (31) ;  Bernard RULLIER, Les Engagé.e.s ;  Catherine  SABBAH , Déléguée générale de l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement  ;  Philippe SABUCO,  TÉLÉMAQUE ;  Gildas SALAUN, Adjoint à la maire de Nantes (44) ;  David  SAMZUN, Maire de Saint-Nazaire (44) ;  Michel SANTOUL, Conseiller municipal de Villemur – Conseiller communautaire (31) ;  Michel SAPIN, Ancien ministre  ;  Gilles SAVARY, Ancien député européen et ancien député de la Gironde – POLLEN (33) ;  Virginie SCHAEFFER-MONTEILS, Socialiste – Ouistreham (14) ;  Pierre SCHAPIRA, ancien Adjoint au Maire de Paris (75) ; Jean-Luc SECHET, Conseiller départemental (44) ;  Anne-Marie SEGUIN, Conseillère municipale de Livarot-Pays-d’Auge (14) ;  Odette SEGUIN , Vice-présidente d’une association d’éducation populaire des Hauts-de-France – Mouy (60) ;  Yohan SENEZ, Président club sportif professionnel (59) ;  Françoise SENOUQUE, Socialiste – Villemur (31) ;  Marc SENOUQUE, Socialiste – Villemur (31) ;  Christophe SIRUGUE, Ancien ministre et ancien député de Saône-et-Loire (71) ;  Thierry SOTHER, Socialiste, premier secrétaire fédéral (67) ;  Denis  SOUBEYRAN, Haut-Fonctionnaire, POLLEN ;  Jeff SOUBIEN , Président de la régie de quartier – Caen (14) ;  Louis SOUCHAL, CA Les Engagé.e.s ;  Serge SOULA, Enseignant chercheur – Ancien conseiller général (31) ;  Jean-Claude SOULBIEU, Retraité de la fonction publique – Lisieux (14) ;  Stessy SPEISSMANN, Maire de Gérardmer (88) ;  Jean SUHAS, Cadre de banque (États-Unis) – Secrétaire fédéral Écologie à la FFE ;  Nicolas SULTAN, Chef d’entreprise ;  Olivier TACONET, CA Les Engagé.e.s ;  Geneviève TAPIE, CESR Occitanie – Présidente de l’Observatoire de la parité ;  David  TAUPIAC, Député du Gers (32) ;  Christian TEILLAC , Vice-président du Conseil départemental, maire-adjoint (24) ;  Matthieu TERENTI, IAG ;  Sylvie  TOLMONT , Ancienne députée de la Sarthe (72) ;  Jean-Paul TRAN THIET, Avocat – Président du Conseil d’Orientation du Cercle POLLEN ;  Catherine  TRAUTMANN, Conseillère municipale de Strasbourg, ancienne ministre (67) ;  Nathalie TRAVERT-LE ROUX, Maire de Landéhen (22) ;  Marina TYMEN, Conseillère nationale Terre de Progrès, POLLEN ;  Mathias ULMANN, Consultant en stratégie – Français de l’étranger ;  Clément VACHÉ, CA Les Engagé.e.s ;  Isabelle VAILLANT, Économiste ;  Romain VAILLANT, Maire de Villeneuve-Tolosane, vice-président de Toulouse métropole, Les Engagé.e.s (31) ;  Clotilde  VALTER , VP agglomération Lisieux-Normandie, Ancienne ministre (14) ;  Alain VAN DER MARLIERE, Haut fonctionnaire à la retraite (72) ;  Robert VANOVERMEIR, Adjoint honoraire – Villeneuve-d’Ascq (59) ;  Claudine VASSAS-MEJRI, Vice-présidente du conseil départemental – Maire de Castries (34) ;  Franck VERHERBRUGGEN, Consultant (13) ;  Vincent  VERON, Socialiste, premier secrétaire fédéral (61) ;  Michèle  VICTORY, Ancienne députée de l’Ardèche (07) ;  Philippe VIDAL, VP Conseil départemental – Maire de Cazouls-lès-Béziers (34) ;  Philippe VOIRON , Retraité du travail social (92) ;  Michael WEBER, Maire de Woelfling-lès-Sarreguemines, conseiller régional Grand Est, président de la fédération nationale des Parcs régionaux (57) ;  Patricia WEBER, Vice-présidente du département – Lattes (34), conseillère de Montpellier Méditerranée Métropole ;  Ariel WEIL, Maire de Paris Centre (75) ;  Didier YON, Conseiller départemental (22) ;  François ZIMERAY, Avocat. »

Catégories
Politique

Révolution permanente : contre la Gauche historique

Le trotskisme cherche à se renouveler.

Révolution permanente a tenu son université d’été avec 500 personnes, ce qui est une grande défaite du point de vue numérique pour cette organisation trotskiste. On parle en effet de la seule structure « militante » qui a su, ces derniers mois, impulser une réelle dynamique. Cependant, l’époque n’est pas du tout à un essor « militant », bien au contraire même.

Notons tout de suite quelque chose d’important : Révolution permanente prétend être un nouveau phénomène, une nouvelle vague militante pour la première fois depuis 40 ans, avec des centaines de personnes dans une organisation tout à fait nouvelle. C’est tout à fait faux.

Tous les 5-10 ans, il y a une nouvelle structure « militante » qui se développe, récupérant plein de gens de partout pour les épuiser rapidement et finir par s’étioler. Il suffit de penser à la très grande vague d’adhésion et d’activisme qu’a connu le syndicat d’esprit anarchiste CNT au début des années 2000, ou encore le Nouveau Parti Anticapitaliste à la toute fin des années 2000. Auparavant, dans les années 1990, on avait eu également Socialisme International, ou bien les Jeunesses Communistes Révolutionnaires – Egalité. Des militants très nombreux, aguerris, hyperactifs, hyperproductifs. Qu’en reste-t-il ? Strictement rien.

Révolution permanente est justement sortie du Nouveau Parti Anticapitaliste au milieu de l’année 2021, après avoir tenté de pousser son propre candidat à la présidentielle, ce qui a fait du bruit mais n’a pas été concrétisée par un développement. L’université d’été a été prétexte pour parler de former une « nouvelle » organisation révolutionnaire, cela avait d’ailleurs déjà été annoncé en juin 2022. Révolution permanente a annoncé que cette nouvelle organisation sera fondée durant l’automne, sous la forme d’un « Parti ». Voici le meeting de l’université d’été par ailleurs, qui comptabilise moins de mille vues.

C’est que Révolution permanente est, comme toute structure trotskiste, fondée sur une lecture cosmopolite des choses. Il est parlé des choses en général et toute question ne pourrait avoir qu’une réponse mondiale, dans un horizon lointain, très lointain. C’est d’ailleurs une structure dépendante de la Fraction trotskyste – Quatrième Internationale, dont la base est en Argentine et sa seule nature est revendicative, suivant le principe du « Programme de transition » de Léon Trotski où en mettant de l’huile sur le feu des revendications, on arriverait par miracle à une « révolution » mondiale.

Et comme on parle de trotskisme renouvelé, les travailleurs sont vus à travers le prisme post-moderne des « races », des LGBTQ, de la « radicalité » étudiante, d’une liste d’oppressions sous la forme de catalogue, car le socialisme… cela ne « suffit » pas en soi. Daniela Cobet de Révolution permanente dit ainsi :

« Pour renverser le capitalisme, la classe ouvrière, et pas uniquement les prolétaires en bleu de travail, a un rôle central parce qu’elle est au cœur de la production. Mais son combat ne peut se mener qu’en alliance avec l’ensemble des opprimés en lutte, et en portant leurs revendications spécifiques. »

C’est très exactement le discours américain contre le « classisme », le racisme, le sexisme, et autant de « -ismes » que l’on voudra. On a ici des gens qui ne connaissent pas l’Histoire du mouvement ouvrier, qui d’ailleurs la réfutent au nom du trotskisme, et qui accompagnent la diffusion des valeurs libérales et communautaires, bref l’élargissement du marché par l’atomisation individuelle. C’est présenté comme le « véritable » marxisme, la véritable radicalité, alors que c’est anti-historique et cosmopolite, totalement hors-sol et avec un esprit de contestation étudiante.

Révolution permanente racole tellement qu’ils ont réussi à employer à leur service Jean-Marc Rouillan (dont on peut entendre le point de vue ici), ancienne figure de l’organisation de lutte armée Action Directe. Jean-Marc Rouillan avait par ailleurs rejoint le Nouveau Parti Anticapitaliste depuis de nombreuses années et a toujours représenté les pires traditions anarchistes dans Action Directe. C’est un peu le désastre d’ailleurs ici, car on a affaire à une vente opportuniste à la découpe, puisqu’il y a les deux romans de 2022 directement « Action Directe » La Fille de Deauville de Vanessa Schneider (une journaliste et essayiste politique) et La Vie clandestine de Monica Sabolo (Voici, Elle, Grazia, etc.).

Tels sont les temps, où il faut vendre pour exister, racoler pour faire agir, etc. Révolution permanente tente concrètement de suivre les modes capitalistes, principalement américaines, pour se présenter comme l’aile « radicale » d’un libéralisme libertaire en lutte contre toutes les oppressions, notamment la « transphobie ».

C’est la ligne anti Gauche historique. Anasse Kazib, principale figure de Révolution permanente en tant que porte-parole, résume bien cette démarche en disant à l’université d’été que :

« Le stalinisme a transformé le marxisme en caricature, nous on revendique un marxisme qui prend en compte l’ensemble des oppressions, et on veut construire une organisation révolutionnaire à l’image de cette salle, remplie d’ouvrières et d’ouvriers, d’étudiantes et d’étudiants, de femmes, de personnes LGBT, racisées, etc. »

Le prolétariat ne suffit pas, le Socialisme en suffit pas : il faut quelque chose en plus. Cette ligne trotskiste a toujours été le fond même faisant converger trotskisme et fascisme. Et ce n’est qu’un début : moins le prolétariat se bouge, plus il faut des fictions comme les LGBTQ pour prétendre à la radicalité. Et lorsque le prolétariat se bougera vraiment, il y aura encore plus de fictions pour le tromper, pour le pourrir de l’intérieur, pour agir comme cinquième colonne.

Catégories
Politique

Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022)

Il représente la fin de l’URSS.

Aujourd’hui, l’URSS ne signifie strictement rien pour les jeunes Français. C’est que l’URSS s’est effondrée d’un coup, et la presse occidentale en attribue le mérite à Mikhaïl Gorbatchev, qui vient de décéder le 30 août 2022.

C’est que Mikhaïl Gorbatchev a accompagné effectivement le démantèlement du système soviétique, qui était en faillite totale en raison du poids massif du complexe militaro-industriel. L’URSS visait la suprématie mondiale et maintenait sous son joug de nombreux pays, principalement à l’Est de l’Europe. A un moment il fallait aller à la guerre totale et mondiale, ou s’effacer.

C’est là où intervient Mikhaïl Gorbatchev. Il est arrivé à la tête de l’URSS en 1985, à 54 ans, soit un âge très jeune si on pense à ses prédécesseurs Konstantin Tchernenko et Iouri Andropov, qui ne restèrent qu’un an à la tête du pays, en raison de leur décès dû à leur âge avancé. Il prôna la Glasnost, c’est-à-dire la transparence, et la Perestroïka, c’est-à-dire la restructuration.

Autrement dit, il comptait réformer l’économie soviétique, qui était à la fois un capitalisme militarisé bureaucratique et un chaos concurrentiel de regroupements corrompus, voire mafieux. Il n’y est pas arrivé et il a décidé d’accompagner en douceur l’effacement du régime.

Photo TASS / Alexander Chumichev

Les nostalgiques de l’URSS ne lui ont jamais pardonné, pas plus que les Russes d’ailleurs. Si après la dissolution de l’URSS en 1991 il est dans toute la presse occidentale, dans des conférences et des publicités, après avoir obtenu le prix Nobel de la paix en 1990, en Russie plus personne ne veut entendre parler de lui. Lorsqu’il se présente à la présidentielle russe de 1996, il obtient 0,5% des voix.

C’est que les années de gouvernance du président russe Boris Eltsine, de 1991 à 1999, furent effroyables, avec une pauvreté systématique jusqu’à la misère, une corruption accompagnée de guerres mafieuses ouvertes ; la Russie manqua de s’effondrer. Si Vladimir Poutine est populaire aujourd’hui en Russie, c’est en raison précisément du dépassement de cette situation, du « retour » de la Russie, dont l’opération militaire en Ukraine est par ailleurs un prolongement.

C’est que Mikhaïl Gorbatchev pensait que l’URSS se maintiendrait sous une forme ou une autre, sauf que ce ne fut pas le cas. L’implosion de l’URSS le dépassa ainsi totalement, Boris Eltsine représenta une oligarchie prenant les commandes de la Russie qui le mit hors-jeu. Mikhaïl Gorbatchev apparaissait alors comme celui qui fut, en quelque sorte, un simple pion occidental au service du sabotage interne de l’URSS.

En réalité, Mikhaïl Gorbatchev est le fruit d’une société soviétique pourrie et lui-même n’a été qu’un bureaucrate carriériste essayant de gérer les choses de la meilleure manière possible, de son propre point de vue. Ce n’est pas Mikhaïl Gorbatchev qui a donné naissance à l’effondrement de l’URSS, mais l’effondrement de l’URSS qui a donné naissance à Mikhaïl Gorbatchev. Il était aussi vide de contenu que le Parti Communiste d’Union Soviétique qu’il dirigeait. Et c’était lui ou un militaire fou lançant la guerre mondiale pour la suprématie mondiale.

A l’annonce de son décès, Vladimir Poutine a tout de même salué la mort de celui qui a joué un grand rôle historiquement, ce qu’il avait déjà formulé il y a quelques années. Bien entendu, Vladimir Poutine n’a pas souligne le caractère positif ou négatif de ce rôle. Mais Mikhaïl Gorbatchev aura marqué les esprits justement, car il s’est retrouvé le grand accompagnateur d’un événement historique majeur, la fin de l’URSS. Ce que Vladimir Poutine a défini comme « la plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle ».

Catégories
Politique

Le triomphe de La France Insoumise comme néo-réformisme

Tous les opportunistes ont convergé avec la NUPES.

Le mouvement populiste de Jean-Luc Mélenchon La France Insoumise tient son université d’été et c’est un grand succès, du moins médiatique et « militant ». On assiste à la reconstruction ou l’espoir d’une reconstruction d’un néo-réformisme, à la fois électoraliste et louvoyant sur tous les sujets, pour proposer une « alternative » sociale dans le cadre du capitalisme. C’est de la tromperie à 100%, mais le public petit-bourgeois de La France Insoumise veut être trompé justement, afin de tromper les prolétaires. C’est un immense jeu de dupes afin d’amener le prolétariat à se placer à la remorque de la petite-bourgeoisie.

Les médias présentent de ce fait de manière ininterrompue La France Insoumise comme la grande force de gauche. La France Insoumise est, si l’on suit le programme commun de 1981 en comparaison, littéralement de centre-droit, mais la tromperie passe grâce au capitalisme et aux opportunistes.

On a ainsi des membres du gouvernement comme la secrétaire d’Etat chargée de l’Economie sociale et solidaire Marlène Schiappa ou encore le ministre des Transports Clément Beaune qui sont venus « débattre » à l’université d’été. Il y avait d’ailleurs également la figure de la Droite parisienne Rachida Dati. Ces gens viennent aider à faire en sorte que La France Insoumise ait une image radicale, tout en restant étroitement dans le cadre des institutions.

Et on a des opportunistes visant à donner de l’extérieur de la valeur à La France Insoumise, comme Raphael Arnault de la Jeune Garde. Pour qu’il qualifie Jean-Luc Mélenchon d’antifasciste, c’est vraiment que lui-même est un trotskiste et qu’on a ici un plan de communication établie par derrière, autrement ce n’est pas possible.

C’est donc pour cela que la « Jeune Garde » de Raphael Arnault n’utilise jamais le symbole des deux drapeaux mais toujours les trois flèches relevant historiquement des socialistes, que l’antifascisme est conçu simplement comme un mot-valise pour un anticapitalisme populiste. On est dans la mise en place d’un néo-réformisme dur mêlant socialistes, trotskistes, communistes libertaires, populistes, « militants » aux valeurs post-modernes. C’est l’opposé de la Gauche historique.

Ce n’est pas pour rien de toute façon que le député NUPES Jérôme Legavre de Seine-Saint-Denis appartient au « Parti Ouvrier Indépendant » (POI), que le POI prête ses locaux parisiens au « parlement de l’Union populaire » de La France Insoumise.

Et il est cohérent que tout cela marche de par le niveau intellectuel et culturel en France. Les petits-bourgeois sentent le sol se dérober sous leurs pieds et profitent de ce qu’ils ont pour mettre en place une vaste organisation revendicative – électoraliste pour chercher à subsister face à la crise qui se développe.

La multitude des thèmes permet d’engranger large sans jamais rien creuser et les revendications, en convergence avec les syndicalistes corrompus par le capitalisme, donnent une image contestataire pour attirer les sympathies ou le soutien de prolétaires… Ou plutôt d’une partie des prolétaires, car le processus a immanquablement comme conséquence d’en pousser une partie encore plus grande dans l’apolitisme ou directement dans le soutien à l’extrême-Droite.

Tel est le prix à payer quand on n’assume pas le Socialisme et d’ailleurs La France Insoumise n’est qu’un phénomène sans portée historique, servant simplement au capitalisme à temporiser. Lorsque la crise va impliquer une situation bien plus dure, La France Insoumise disparaîtra et des gens comme François Ruffin montreront qu’au fond ils sont très exactement ce que représente le fascisme, à savoir une tentative nationale-sociale d’éviter le Socialisme.

Il n’y a pas de place pour le néo-réformisme dans une époque de bouleversement !

Catégories
Politique

La « nationalisation » d’EDF pour « l’indépendance » de la France

C’est un Brexit à la Française.

Le Royaume-Uni a eu son Brexit et la France emprunte le même chemin. Non pas que le « Frexit » soit d’actualité, il n’est pas question pour la France de quitter l’Union européenne, dont elle est encore le moteur avec l’Allemagne. Il y a par contre la même tendance qu’au Royaume-Uni au repli nationaliste.

Ce repli est une réaction face au ratatinement du capitalisme dans le cadre de la crise. Si en période d’expansion, le capitalisme prône l’ouverture sur le monde par le marché, en période de crise il y a au contraire une tendance à vouloir faire face au monde.

La « nationalisation » d’EDF votée par l’Assemblée nationale le mardi 26 juillet est précisément l’expression de cela. L’État va reprendre le contrôle total de l’entreprise énergétique avec comme objectif de renforcer « l’indépendance énergétique de la France ».

L’enjeu, expliqué par Bruno Le Maire, le ministre en charge des questions économiques est très facile à comprendre :

« Nationaliser EDF, c’est nous donner toutes les chances d’être indépendants. »

Concrètement, il s’agit pour l’État français d’avoir les mains entièrement libres pour renforcer à vitesse grand V le parc nucléaire français, pour minimiser sa « dépendance » commerciale sur les questions énergétiques.

Il faut s’attendre à ce que la France mette en parallèle la pression contre l’Union européenne et l’indexation (harmonisation) des prix de l’énergie, afin qu’EDF (donc la France) puisse définir seule les prix. C’est donc une contre-tendance à la tendance capitaliste voulant l’ouverture par le marché. C’est typique de notre époque de crise et de guerre, où les monopoles nationaux prennent un rôle toujours plus importants nationalement.

Il y a en arrière-plan bien sûr la guerre en Ukraine et l’embargo économique contre le gaz et le pétrole russe, qui chamboulent totalement le marché mondial. La France s’imagine – en pillant par contre les mines d’uranium sur le continent africain – garantir son « indépendance » avec le nucléaire et ainsi faire face dans la grande bataille pour le repartage du monde. En pratique toutefois, cela ressemble plus à une tentative en catastrophe de sauver les meubles.

Actuellement, plus de la moitié des 56 réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, pour maintenance ou des problèmes de corrosion. Le parc nucléaire est vieillissant, avec en plus de cela une dette de 60 milliards d’euros pour EDF. La France est en faillite comme le montre sa dette, mais comme elle a encore beaucoup de moyens financiers, il est donc prétendu pouvoir aller de l’avant sur le plan énergétique en mettant le paquet sur le nucléaire.

La prétention à aller de l’avant est un mensonge évidemment, et quiconque s’imaginerait un instant que la « nationalisation » d’EDF ait un accent social, ne serait-ce que comme aspect secondaire, se met le doigt dans l’œil et court à la désillusion.

La nationalisation d’EDF, cela va être un sauvetage à marche forcé, avec aucun véritable élan et en vérité très peu de moyens. Cela signifie donc une pressurisation des travailleurs, ainsi que le moins-disant sur le plan de la sécurité et de l’écologie. D’ailleurs, l’écologie passe totalement à la trappe et le nucléaire ne souffre plus d’aucune contestation. Le consensus est total pour sauver le capitalisme : le nucléaire doit être là pour ça.

On notera également qu’il faut ici parler de « nationalisation » ou de « renationalisation » simplement avec des guillemets, car il ne s’agit pas de cela. EDF est déjà une entreprise publique puisque l’État possède (et a toujours possédé depuis sa création) plus de la moitié de son capital. En l’occurrence l’État possède près de 85% du capital d’EDF. La nouveauté est simplement que le projet de budget rectificatif pour 2022 prévoit le rachat des 15% manquants (pour près de 10 milliards d’euros).

On est là dans une tambouille assez technique, mais certainement pas dans la « nationalisation » d’une entreprise en fait déjà publique. Mais plus personne ne connaît rien à rien et tout le monde raconte systématiquement n’importe quoi, de manière racoleuse. Le gouvernement parle de « nationalisation » pour chercher un élan dans l’opinion publique, et il n’y a personne pour le contredire.

C’est donc une véritable catastrophe. Les Français qui ont été prompts à moquer, voire vilipender les Britanniques pour le Brexit, ne voient pas qu’il se déroule aujourd’hui exactement le même processus de repli en France.

La différence, c’est qu’au moins au Royaume-Uni il y avait débat (bien que de manière faible), et pas loin de la moitié de la population était contre. En France, le consensus pour un Brexit à la française est presque total, tellement c’est l’apathie démocratique et partout la fête du capitalisme, ainsi qu’aux rêves impériaux aux dépens d’une Russie présentée comme un démon à exorciser par la guerre.

Catégories
Politique

Départ d’une partie de Génération-s à EELV

La déchéance touche à sa fin.

Lorsque Génération-s a été mis en place par Benoît Hamon, l’idée était de reconstruire à Gauche en profitant de la mouvance socialiste pour développer des idées partant de la base. Lors de la journée de fondation à Vincennes, en banlieue parisienne, en juillet 2017, les gens autour de Benoît Hamon n’ont rien proposé : ils ont demandé aux gens ce qu’ils pensaient, ce qu’ils souhaitaient.

Malheureusement, de par la composante sociale des gens autour de Benoît Hamon (et de lui-même), cela s’est transformé en une sorte de petit carriérisme bourgeois sans envergure. Benoît Hamon lui-même abandonnait le mouvement en mai 2019, devenant candidat aux régionales de 2021 pour Europe Ecologie Les Verts pour rejoindre dans la foulée une entreprise visant les migrants à fort potentiel entrepreneurial.

Génération-s s’était entre-temps mis dans l’orbite d’Europe Ecologie Les Verts – il s’agit des mêmes bobos – avant qu’une partie pousse justement la logique jusqu’au bout, comme l’explique cette tribune en ce début juillet 2022.

Génération-s aurait pu être la critique de gauche de l’échec historique du Parti socialiste, cela aurait été une critique par la droite… EELV est désormais entièrement pro-OTAN en effet, rejoindre un tel mouvement en ce moment n’est même pas de la capitulation par rapport aux valeurs de gauche, c’est carrément aller aider la superpuissance américaine dans l’installation de forces lui étant asservies sur le plan des valeurs et des propositions.

Idéologiquement c’est d’ailleurs la tentative de former un Parti Démocrate à l’américaine, en mode Europe fédérale, écriture inclusive et LGBT, modernisation du capitalisme et neutralisation sociale – pacificatrice des contradictions, etc. Ces gens se disent de « gauche » mais leur modèle c’est le centrisme historique ayant existé en France dans les années 1950, en mode pro Union européenne inféodée aux États-Unis, modernisation et accompagnement social de celle-ci. Ignoble !

« Pelouse de Reuilly. 1er juillet 2017. Des personnes aux parcours politiques variés se retrouvent à l’invitation de Benoît Hamon. Elles sont nombreuses. Certaines sont socialistes, écœurées par le quinquennat Hollande qui vient de s’achever. D’autres sont écologistes et ont fait le pari courageux d’un rassemblement autour d’un candidat et d’un projet qui, pour la première fois, portent les questions environnementales et sociales ensemble avec la même ambition.

Nombre n’ont eu jusqu’alors aucun attachement partisan mais ont répondu à l’élan démocratique issu d’une primaire ouverte à laquelle des millions de Françaises et Français ont participé, partageant l’espoir d’une candidature audacieuse portant un projet de profonde transformation de la société et répondant aux enjeux réels de notre pays par des mesures innovantes : revenu universel, lutte contre les perturbateurs endocriniens et la taxe robot notamment. 

Elles ont en commun d’avoir voulu créer un futur désirable pour la France. Un futur désirable offrant un horizon de sortie de la société de consommation vorace et mortifère qui accumule toujours plus de profits en exploitant les ressources de la Terre et la force humaine de travail.

Un futur désirable dont l’étendard est celui du revenu universel, incarnant la sortie de la pauvreté, un revenu digne tout au long de la vie, une aspiration à retrouver du sens en mettant le travail à sa juste place et en reprenant le pouvoir sur notre vie et notre rapport au temps. Surtout, il permet d’envisager les mutations profondes que nécessite la transition écologique et à la rendre acceptable pour l’immense majorité d’entre nous.

Une grande partie des participantes et participants de la pelouse de Reuilly ont traduit cette histoire dans une aventure un peu folle : celle de créer un nouveau parti politique à partir de rien, ou plutôt à partir d’un projet ayant structuré le débat public le temps d’une présidentielle et du rêve puissant d’unir les familles issues de la gauche et de l’écologie. 

Un peu partout en France et au-delà. Juillet 2022 

Cinq ans ont passé depuis la pelouse de Reuilly. Cinq ans d’un quinquennat dévastateur pour les droits sociaux et les pratiques démocratiques de notre pays.

Cinq années durant lesquelles les conséquences du réchauffement climatique sont devenues plus visibles et fréquentes. Mais si le consensus est réel sur l’enjeu climatique, la bataille commence seulement sur la manière de conduire et de financer la transition écologique. Nous proposions par le revenu universel d’instaurer un nouveau droit social permettant d’affronter les crises. La COVID-19 avec la mise en place du « Quoi qu’il en coûte » a balayé les critiques le qualifiant d’utopique. Mais un autre projet, théorisant la croissance verte comme réponse à tous les maux, a été choisi.

Nous sommes conscient.e.s qu’il est plus facile d’adhérer à un projet promettant de ne pas changer, de ne pas faire d’effort et de garder coûte que coûte les repères du modèle productiviste. C’est vrai pour la minorité qui a accumulé assez de richesses pour faire face aux crises à venir. C’est faux pour celles et ceux qui ont vu leur pouvoir de vivre s’amoindrir depuis de nombreux mois et qui sont les premières victimes du réchauffement climatique. 

Alors, notre premier défi est de convaincre que la majorité d’entre nous vivra mieux dans une société de la sobriété, adaptant son modèle économique au fait que les ressources sont limitées et que nous avons atteint ces limites. Cela pose avec une acuité nouvelle la question de la répartition juste des fruits de l’exploitation de ces ressources.

Tout au long de ces 5 dernières années, nous avons œuvré à incarner ce trait d’union entre les combats de la gauche et des écologistes, pour finalement voir aboutir l’accord historique de la NUPES pour les élections législatives. Nous avons pris acte de la demande des électrices et électeurs de voir notre camp se rassembler.

Nous avons mis notre énergie à ce que cette union s’incarne dans des campagnes communes permettant de susciter le plus d’espoir possible. Nous y avons vu les prémices d’un nouveau cycle : celui de la recomposition du camp progressiste après dix ans de décomposition et d’essoufflement lié à la démultiplication des partis du camp du progrès. 

Les défis que notre camp social a à affronter sont tels que nous avons besoin d’une force politique regroupant des milliers de personnes, dont la vitalité démocratique repose sur la qualité de son débat politique, dont les membres impulsent de nouvelles solidarités à l’image des coopératives. 

Aujourd’hui, il ne reste pas grand chose à Génération.s de l’élan de 2017. Pas de campagne depuis 2 ans pour convaincre de la nécessaire sobriété et du revenu universel. Une inconstance stratégique, avec la mise à mal du rassemblement autour du pôle écologiste au moment de l’accord pour les législatives; une orientation pourtant approuvée massivement par les militant-es pendant la dernière convention.

Moteurs pour faire vivre le pôle écologiste dans leurs territoires, les militantes et militants de Génération.s ont été laissé.es dans l’incompréhension totale face à cette décision. Dans le même temps, l’absence de souffle démocratique, des instances ne parvenant pas à répondre à l’aspiration originelle de promouvoir la diversité et la formation militante, ont conduit à de nombreux découragements. 

Génération.s est devenu trop étroit, dénué de projet politique distinctif, et ne parvient plus à justifier de son utilité à terme. Pour notre part, nous souhaitons continuer à marcher sur nos deux jambes que sont : la justice sociale et la réponse au défi climatique.

Or, ce projet politique existe et nous y avons toute notre place : c’est celui de l’écologie politique porté au sein d’EELV. Nous l’avons suffisamment appris, construit et partagé à leurs côtés depuis deux ans en menant des campagnes communes à toutes les échelles locales et nationales. 

Construire la suite : au sein d’EELV 

Nous savons qu’au sein d’EELV nous pourrons porter les idées que nous avons défendues à Génération.s. Nous nous engagerons pour une écologie populaire, tournée vers les personnes précaires, premières victimes de la crise climatique.

Nous construirons le renouveau démocratique pour rajeunir nos institutions et mettre les habitantes et les habitants au cœur des décisions qui les concernent. Nous nous battrons pour l’équité territoriale afin d’offrir dans les quartiers populaires et dans les milieux ruraux une autre voie que celles de l’abstention, du rejet de la politique ou de la haine portée par l’extrême-droite.

Nous militerons pour une nouvelle Europe fédérale qui remet l’humain au cœur de son projet politique, en première ligne de la lutte contre le réchauffement climatique, avec la primauté du principe de solidarité et un fédéralisme du mieux-disant écologique, social et démocratique. Nous défendrons également la mise en place d’un Revenu Universel d’Existence, pierre angulaire de la prise en compte des enjeux nouveaux du XXIème Siècle.

Alors, cinq ans plus tard, nous militant.es, élu.es, responsables politiques issu.es de Génération.s soufflons une dernière fois les bougies de notre engagement dans ce parti. En rejoignant EELV, nous partons pour une aventure nouvelle, riches de rencontres, riches d’une expérience démocratique, riches d’une conscience plus aiguisée que l’écologie politique est l’alternative au libéralisme. 

Nous partons aussi en gardant l’espoir porté au sein du pôle écologiste : celui de devenir une force partisane offrant de nouvelles perspectives pour l’écologie politique. C’est pourquoi nous décidons d’accompagner et de rejoindre la dynamique initiée par EELV, celle d’un dépassement et d’une refondation avec l’ambition de défendre une société plus juste, plus respectueuse et portant un véritable projet d’avenir. »

Les premiers signataires : 

Ameris Amblard 

Pierre-Yvain Arnaud

Maxime Auger

Françoise Benaïm 

Sabrina Benmokhtar

Setni Baro

Alain Blanc

Alice Bosler

Sophie Boussemart

Nicolas Braemer

Maïtena Bru

Ghislain Cabayot

Gaëlle Capitaine

Jean-Michel Mischa Cazeaux

Sandrine Charnoz

Amélie Cohen-Langlais 

Emmanuelle Cretin-Magand

Marianne Cuoq

Tanguy Dassonville

Elliot de Faramond

Joséphine Delpeyrat

Danielle Depierre-Martin

Chérif Diallo

Sylvie Dumas

Gérald Elbaze

Thomas Franck 

Nicolas Garcia

Julie Godichaud

Dominique Guillou

Loreleï Guys

Popée Guys

Reine Guys

Denis Haudebault 

Frédéric Hocquard   

Sylvain Indjic   

Mathieu Kerbouche

Ronan Kerguiduff

Arthur Lacour

Sébastien Lagrave

Marie-Charlotte Latour

Clarisse Leclair

Jean Mariaud

Nathalie Maquoi

Laila Megharbi

Marc Mejean 

Félix Mésonnier

Marthe Nagels

Patrick Nana

Stéphane Pfeiffer

Agathe Pigneux

Sylvie Poupon

Bastien Recher

Michaël Ristic

Lucile Robert

Marie-Dorothée Schmidt

Pascale Seux

Fausto Sinigaglia

Laura Slimani

Guy Tabacchi

Jean-Daniel Thumser

Anaïs Touzet

Laurent Touzet

Arthur Wolff

Dan Zisso

Catégories
Politique

L’extrême-Droite conquiert le Nord-Isère

C’est un symbole de l’avancée du nationalisme.

La sixième circonscription de l’Isère est une zone connue pour l’implantation de l’extrême-Droite dans ce département voisin du Rhône et de la métropole lyonnaise.

Ce qui frappe lorsqu’on regarde les choses de manière générale, c’est comment Grenoble est une ville gagnée par les classes moyennes, ou bobos, liées à la dynamique de la NUPES, avec notamment Eric Piolle comme maire depuis 2014, alors que le Nord du département, bien plus populaire, voire ouvrier, enregistre des scores élevés pour l’extrême-Droite.

On y retrouve des villes comme Pont-de-Chéruy qui compte un peu plus de 5 000 habitants et attire de nombreuses familles ouvrières venues de la région lyonnaise, attirées par la possibilité d’accéder à un pavillon avec jardin, ce qui n’est pas possible dans la périphérie de la grande ville.

Elles viennent ainsi y chercher la tranquillité des campagnes, loin du bruit et de l’insécurité propre aux grandes villes, la banlieue lyonnaise étant située à 30km. Une partie des gens continue ainsi à travailler dans l’agglomération lyonnaise, tout en vivant à la campagne iséroise.

Nous avions d’ailleurs déjà largement présenté la situation à propos des élections municipales 2020 dans l’article « Municipales: la pression de l’extrême-Droite en Isère » dans lequel il était remarqué comment le Nord-Isère était une campagne populaire où existe un certaine base pour l’activisme néo-nazi sur fond de renforcement du vote pour le camp de l’extrême-Droite traditionnelle.

C’est au cœur de cette zone, à Charvieu-Chavagneux que le 6 novembre 2021 Eric Zemmour est venu dédicacer son livre devant 2 400 sympathisants, avec l’accord du maire de la ville Gérard Dézempte, issu de la Droite traditionnelle mais ayant basculé à l’extrême-Droite lors de l’élection présidentielle 2017. D’ailleurs, les trois directeurs de cabinets de Gérard Dézempte sont tous proches de Marion Maréchal et de l’ISSEP, son école lancée en 2018 à Lyon.

C’est donc en toute logique que le Rassemblement National a placé un de ses cadres locaux, Alexy Jolly. Élu conseiller municipal dans le bastion PCF d’Echirolles mais aussi à la métropole grenobloise, également conseiller régional depuis 2021 et responsable départemental du RN de l’Isère, Alexis Jolly n’a cessé de chasser sur le terrain de la Gauche historique pour s’implanter.

Et sans une Gauche précisément ancrée dans ses fondamentaux, le boulevard était énorme dans cette 6e circonscription iséroise acquise aux idées populistes depuis les années 1960, notamment avec le passé activiste poujadiste porté par Gérard Nicoud du CIDUNATI.

Dans les petites villes du Nord-Isère, Marine Le Pen a obtenu des scores élevés lors du second tour de l’élection présidentielle, avec par-exemple 54,70 % à Charvieu-Chavagneux, 50,40 % à Chavanoz, 50,60 % à Pont-de-Chéruy, 49, 20 % à Morestel ou encore 55, 80 à Salagnon.

Le terrain était donc plus que propice et finalement Alexis Jolly devient le premier député Rassemblement National de l’Isère, avec pratiquement 51 % des suffrages exprimés. L’extrême-Droite progresse donc sensiblement puisque le maire de Charvieu-Chavagneux, Gérard Dézempte, faisait 15 022 voix au second tour de l’élection législative en 2017, Alexis Jolly gagnant 3 645 voix avec 18 667 voix en 2022.

Et il faut voir à quel point la député sortante, candidate de la majorité présidentielle Cendra Motin est à côté de la plaque, en déclarant :

J’y vois un message adressé à la majorité de la part des électeurs. Pour moi, c’est plus un message de désespoir, de colère et un une demande d’attention. C’est plus tout cela qu’un vrai message d’accord avec le parti de Marine Le Pen.

C’est là un discours stéréotypé, qui voit les classes populaires comme incapables de faire un choix allant dans une direction donnée, mais devant forcément être marqué par l’emprise émotionnelle et le misérabilisme.

Or, justement le drame, c’est qu’il y a là un choix, certes fait en faveur d’un candidat aux propositions nationalistes démagogiques, mais qui se veut rationnel et constructif.

Aux yeux des ouvriers votants, ce qui compte, c’est que le candidat nationaliste puisse garantir la tranquillité des choses, qu’il préserve un cadre de vie fraîchement conquis, bref qu’il garantisse la continuité de mentalités prolétariennes prisonnières d’un rêve bourgeois sans pour autant être des bourgeois…

De fait, l’élection d’Alexy Joly, premier député RN de l’Isère, atteste de la recomposition en cours de la Droite et de l’extrême-Droite, avec un Rassemblement National qui s’implante comme une force en mesure de proposer une solution considérée comme crédible par les éléments stabilisés de la classe ouvrière.

Et plus généralement, lorsqu’on connaît l’activisme des franges ultra de l’extrême-Droite autour du secteur, on voit se dessiner un modèle franquiste, avec des éléments marginaux activistes s’activant dans l’ombre du travail institutionnel d’une grande force national-conservatrice qu’est le RN.

C’est une leçon de l’époque.